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Introduction

Au XIXème siècle, l’entreprise était conçue comme une unité


économiquement rationnelle, mais isolée de son environnement. Alors
qu’aujourd’hui, on la considère comme un système ouvert sur son
environnement. Elle dépend de tout ce qui influence ses résultats.

En effet, l’environnement de l’entreprise ne se limite pas seulement à son


environnement concurrentiel, d’autres dimensions ce qu’on appelle le macro
environnement doivent être prises en compte. Il s’agit des changements
macroéconomiques (globalisation, libéralisme économique, mondialisation
des marchés et de l’économie), des évolutions démographiques, sociales et
technologiques et de l’évolution du cadre institutionnel.

Le cadre institutionnel peut être défini comme l’ensemble des règles


fondamentales politiques, sociales et légales qui établissent les bases de la
production, de l’échange et de la répartition des revenus. Si le néo
institutionnalisme des années quatre vingt considérait le cadre institutionnel
comme étant fortement stable et résistant aux changement, un courant
récent est venu mette en évidence sa nature dynamique.

En effet, tout environnement institutionnel connait des changements qui


aboutissent à l’émergence des nouvelles institutions et /ou à la
transformation des institutions existantes. Ce qui s’accompagne par des
nouvelles règles institutionnelles. Dans le cas où ces règles sont
avantageuses, les entreprises vont agir de façon à les maintenir à leur
faveur. Dans le cas contraire (règles institutionnelles contraignantes), elles
vont chercher à les contourner voire les modifier.

A partir tout ce qui précède une question cruciale s’impose : Quelle corrélation
existe-t-elle entre l’entreprise et l’environnement institutionnel?

En d’autres termes : est-ce l’environnement institutionnel qui définit l’action


de l’entreprise ou est-ce l’entreprise qui définit l’environnement ?
Plan

Introduction

I. La relation organisations- institutions


1. La relation organisations institutions
2. Le jeu des organisations dans le cadre institutionnel donné

II. Changements institutionnels et stratégies


concurrentielles des entreprises
1. Cadre institutionnel et légitimité des actions de
l’entreprise
2. Changement de cadre institutionnel et choix stratégiques
des entreprises
3. Dynamique de l’évolution des organisations et du cadre
institutionnel

III. Dynamique des organisations et des institutions dans


les économies faiblement performantes
1. Le choc de la concurrence internationale
2. Les stratégies des firmes lorsque l’architecture
institutionnelle est faiblement performante

IV. Cas de Maroc


1. Environnement administratif
2. Le cadre juridique et judicaire

Conclusion

Bibliographique
La relation organisations
institutions
Dans le cadre d’analyse de la Nouvelle Economie Institutionnelle,
traditionnellement, les organisations sont analysées à partir de leurs
capacités à diminuer les coûts de transaction. Comme le souligne North : « Il
y a plus d’un demi-siècle Coase (1937) démontrait que les coûts de
transaction étaient le fondement de l’existence de la firme. Ainsi, si
l’information et l’exécution des contrats sont peu coûteuses, il est difficile de
donner aux organisations un rôle significatif. Qu’est-ce qui dans les coûts de
transaction conduit à l’organisation ? Les réponses peuvent être classées
depuis la firme vue comme étant une forme d’exploitation (Marglin 1974),
jusqu’à la firme comme réponse à la question des actifs spécifiques
(Williamson 1975, 1985), ou comme réponse à la question de la mesure des
coûts (Barzel 1982) ».
Cependant, de façon plus générique, les organisations peuvent être
comprises comme une manière, pour des agents disposant d’une rationalité
limitée, de s’adapter aux contraintes institutionnelles : « les organisations
sont une réponse à la structure institutionnelle des sociétés». Cette vision
très générique du rôle des organisations permet de mettre en évidence un
premier aspect du lien entre institution et organisation. Les organisations et
leurs caractéristiques ne peuvent se comprendre indépendamment du cadre
institutionnel dans lequel elles sont ancrées.
Mais, par un effet en retour, les organisations vont être les acteurs du
changement des règles du jeu. Elles sont « la cause principale de la
transformation de la structure institutionnelle ».
Les organisations – en dépit de l’existence d’un chemin de dépendance
institutionnelle – disposent d’une marge de liberté d’action qui explique à la
fois leur évolution et leur capacité à modifier les règles du jeu. Il y a donc
évolution conjointe des organisations, de leurs stratégies et des institutions.
Ainsi, la distinction organisation/institution permet de saisir le jeu des
organisations dans un cadre institutionnel donné et, dès lors, la dynamique
de l’évolution des organisations et du cadre institutionnel.
1. La distinction organisation institution
Pour distinguer de façon simple ce que recouvrent les deux notions
d’organisation et d’institution, North propose une analogie sportive. Les
institutions sont les règles du jeu et les organisations sont les joueurs. Les
institutions fournissent donc un arrière plan qui influence la forme prise par
les actions économiques. North (1990, 2005) définit trois grandes catégories
d’institutions : les institutions politiques, économiques et sociales. Ainsi, les
règles du jeu économique « se composent d’une structure politique qui
désigne la façon dont nous développons et agrégeons les choix politiques,
d’une structure des droits de propriété qui définit les incitations
économiques formelles, d’une structure sociale – les normes et les
conventions – qui définit les incitations informelles dans l’économie ».
Cependant, cette distinction analytique entre institutions et organisations ne
doit pas faire oublier que les organisations sont elles-mêmes créatrices de
règles et ont donc une dimension institutionnelle : « la manière dont j’ai
défini les institutions permet d’inclure les organisations puisque les
organisations fournissent aussi une structure à l’interaction entre les
hommes ».
En outre, North (1990) souligne la diversité des organisations, lesquelles
englobent l'ensemble des agents collectifs quels que soient leurs objets.
Ainsi, l’analyse doit prendre en compte non seulement les organisations
productives (les firmes) mais aussi les syndicats, les corps politiques, etc. : «
les organisations se définissent comme des groupes d’individus regroupés
ensemble par des objectifs communs. Les firmes, les syndicats, les
coopératives sont des exemples d’organisations économiques ; Les
organisations politiques peuvent être illustrées par les partis politiques, le
Sénat, les agences de régulation ; Les corps religieux, les clubs sont des
exemples d’organisations sociales ».
Ainsi, la métaphore sportive utilisée par North pour distinguer les institutions
des organisations pourrait apparaître superficielle. Cette simplification a un
intérêt analytique et ne doit pas masquer le jeu complexe – du fait de la
multiplicité des formes d’institutions et d’organisations – qu’il faudra prendre
compte, à partir du moment où l’on voudra appliquer cette grille à une
réalité économique
2. Le jeu des organisations dans un cadre
institutionnel donné
Etant insérées dans un environnement institutionnel, les organisations ont
plusieurs possibilités de comportement face aux institutions. Elles peuvent,
en fonction des buts et des valeurs qu’elles sont chargées de défendre,
s’accommoder des institutions ou essayer de les modifier : « le
comportement de maximisation des firmes peut prendre la forme de choix
réalisés dans l’ensemble des contraintes existant ou d’une tentative de
changer les contraintes ».
L’accommodation aux institutions peut prendre deux formes : l’organisation
peut se conformer aux règles du jeu existantes ou essayer de les contourner.
La possibilité de contourner est liée, en partie, à la possibilité d’interpréter
les règles formelles et informelles en raison de leur incomplétude. Cette
incomplétude provient non seulement d’une situation d’information
imparfaite mais aussi de la limitation de la capacité cognitive des agents.
Par ailleurs, les institutions sont soumises à des pressions contradictoires
entre les acteurs gagnants au changement, qui poussent vers des
modifications institutionnelles, et les acteurs perdants, qui résistent au
changement. La recherche d’une modification des règles du jeu, peut, par
exemple, être le fait de firmes, mais aussi d’organisations intermédiaires
(syndicats, groupement professionnel, associations) qui exercent des
activités de lobbying sur les décideurs politiques ou encore d’organisations
politiques.
L’effet de ces types d’action des organisations va varier selon les règles du
jeu économique, i.e. le régime des droits de propriété. Le régime des droits
de propriété oriente, en effet, la manière dont les firmes vont choisir leurs
stratégies de façon à garantir leurs intérêts. Ainsi, si le régime des droits de
propriété favorise l’efficacité productive, le fait que les organisations se
conforment aux règles du jeu peut entraîner un cercle vertueux (économies
développées), dans lequel la distribution des droits de propriété récompense
les firmes les plus efficaces, et les conduit à créer des richesses.
Inversement, si le régime des droits de propriété favorise l’inefficacité ou la
redistribution, la conformité des organisations aux institutions peut entraîner
la mise en place d’un cercle vicieux bloquant la croissance économique
globale.

Changements institutionnelles et
stratégies concurrentielles des
entreprises
Dans sa conceptualisation très populaire de l’environnement, Thompson a
mis l’accent sur «l’environnement-tâche» de l’organisation, considérant que
«l’environnement général», souvent stable, pouvait en première
approximation être négligé. Ce faisant, il a fourni une théorie qui est très
puissante pour expliquer les comportements organisationnels dans des
situations de grande stabilité des valeurs, normes et règles de
comportement qui caractérisent une société. Par contre, cette théorie est
très insuffisante lorsqu’on se retrouve dans la situation d’instabilité
(Kiggundu, Jorgensen et Hafsi, 1983). En effet, très souvent, dans ces cas là,
l’environnement général domine et les effets de l’environnement-tâche sont
Comparativement insignifiants. Cette vision dichotomique entre
l’environnement-tâche et l’environnement général a été battue en brèche
par le développement récent de la théorie institutionnelle (Berger et
Luckmann, 1967; Meyer et Rowan, 1977; Scott, 2001). Aujourd’hui,
poursuivant les idées de Barnard (1938), à propos de la persuasion, il y a une
forte convergence vers la réalisation que rien n’échappe aux idées
«dominantes». On ne conçoit rien dans le vide. Notre raisonnement même,
notre rationalité, sont fortement imprégnés des «institutions» (Dacin,
Goodstein et
Scott, 2002) qui sont définies alors comme étant les idées qui «dominent»
notre entendement du monde. Même notre compréhension de
l’environnement tâche est colorée par les institutions. En d’autres termes, la
réalité est construite socialement (Berger et Luckmann, 1967), ce qui fait
que le monde institutionnel, bien qu’étant une création subjective de sens,
est ensuite vécu comme une réalité objective.

1. Cadre institutionnel et légitimité des actions


de l’entreprise

Les institutions définissent ce que nous considérons comme acceptable ou


non et déterminent ainsi le cadre dans lequel toute action trouve sa
légitimité. Une organisation ne peut survivre sans légitimité : une
approbation de son environnement général que ses actions sont «désirables,
convenables et appropriées, à l’intérieur d’un système de normes, valeurs et
croyances, socialement construit» (Suchman, 1995). Ce système qu’on
appelle institutions peut être précisé. Comme suggéré par Scott (2001), on
peut distinguer pour les besoins de l’analyse entre trois composantes des
institutions – normative, réglementaire et cognitive.
Chacune de ces composantes est la base d’une forme d’évaluation de la
légitimité de l’action (Scott, 1995) et de mécanismes de contrôle distincts –
normatifs, coercitifs et mimétiques
(DiMaggio et Powell, 1983).
La composante normative, qui a été beaucoup discutée par Weber, met
l’accent sur les «règles normatives qui introduisent une dimension
prescriptive, évaluative et obligatoire dans la vie sociale» (Scott, 1995 :37).
Les institutions réglementaires mettent l’accent sur «des processus
réglementaires explicites : activités d’établissement de règles, de
monitoring, et de sanctions» (Scott, 1995 :35). Finalement les éléments
cognitifs sont «les règles qui spécifient quels types d’acteurs peuvent
exister, quelles caractéristiques structurelles ces acteurs peuvent adopter,
quelles procédures ils doivent suivre et quel sens est associé à leurs actions»
(Ruef et Scott, 1998 :878). De cette manière, les institutions déterminent de
manière forte notre perception du monde.

DiMaggio et Powell (1983), ainsi que Meyer et Rowan (1977), argumentent


même que la légitimité n’a rien à voir avec l’efficacité. L’approbation que les
organisations obtiennent et qui leur permet de survivre ne fait référence ni à
leur efficacité, ni aux sentiments des membres de l’organisation quant à leur
efficience. En acceptant d’être comme les autres, organisations et individus
obtiennent aussi leur approbation (Powell et DiMaggio, 1991). Les institutions
sont ainsi puissantes parce qu’elles permettent de maintenir la légitimité des
actions entreprises et grâce à cela assurent la survie. Le mimétisme
stratégique en résulte directement. En effet, les normes institutionnelles
affectent l’interprétation cognitive des dirigeants (Aldrich, 1994) et les flux
de ressources, qui sont liés aux pressions à la conformité issues de plusieurs
sources, notamment des grandes valeurs dominantes de l’environnement,
de l’Etat et des autres organisations chargées de la réglementation, des
normes et standards professionnels et de l’incertitude qui vient de
l’environnement-tâche (Dacin, 1997).

2. Changement du cadre institutionnel et choix


stratégique des entreprises

Dans cet ordre d’idées, Carney et Gedajlovic (2002) ont montré comment la
co-évolution entre les stratégies organisationnelles et l’environnement
institutionnel permet d’expliquer le développement et le succès des groupes
d’affaires familiaux en Asie. L’idée de co-évolution suggère que l’effet n’est
peut-être pas à sens unique et que les organisations peuvent aussi
influencer, bien que de manière plus ténue, l’évolution des institutions.
Lawrence (1999) argumente quant à lui de manière plus forte encore la
nature des rapports entre institutions et stratégie organisationnelle. Il
suggère que les firmes peuvent même avoir des stratégies institutionnelles
destinées à agir pour influencer la formation et la transformation des
institutions, de façon à veiller à maintenir des conditions favorables au plan
stratégique. La stratégie concurrentielle et l’évolution institutionnelle sont
alors liées de manière si étroite que les entreprises sont très attentives à
tous les changements qui peuvent se produire dans le cadre institutionnel.
Cependant, sur le plan empirique, peu de recherches ont illustré clairement
cette relation d’impact et de co-évolution qui existe entre les institutions, les
stratégies concurrentielles des entreprises et leurs performances. Dans la
plupart des cas, les changements institutionnels se font progressivement
sans laisser de traces identifiables sur les comportements stratégiques des
organisations.
 Tout changement du cadre institutionnel d’un champ organisationnel
donné entraîne des changements dans les choix stratégiques des
firmes du champ :

Cette hypothèse repose sur l’idée selon laquelle le cadre institutionnel d’un
champ organisationnel donné contraint les choix stratégiques des firmes du
champ en réduisant relativement le répertoire stratégique des entreprises.
Par conséquent, un changement institutionnel dans un champ
organisationnel devrait engendrer un changement stratégique au niveau des
comportements des organisations compte tenu qu’il crée des opportunités
nouvelles aux firmes et des conditions favorables à la remise en cause de
l’ordre établi. Cette hypothèse ne met cependant pas en cause l’effet inverse
qui consiste en l’action des entreprises sur les institutions. Nous croyons
seulement que compte tenu de la lente évolution des institutions, les effets
sur celles-ci de l’action des entreprises ne peuvent être aisément observés
sur une période relativement courte. Il faudrait pour cela faire une recherche
longitudinale ou historique qui porterait sur des décennies, comme l’a fait
Dacin (1997) pour avoir des chances de trouver une relation convaincante.

 Lorsque le cadre institutionnel d’un champ organisationnel donné


change, alors la performance relative des entreprises du champ
change :

Cette hypothèse accepte donc, comme un fait établi, la relation qui existe
entre la stratégie de l’entreprise et sa performance (voir Rumelt, 1974 ou
Porter, 1994). Par conséquent, elle stipule que tout changement
institutionnel de l’environnement des entreprises devrait se traduire au
niveau de leur performance.

3. La dynamique de l’évolution des organisations


et du cadre institutionnel
Les institutions ne sont pas seulement un cadre contraignant l’action des
organisations. Elles sont aussi un espace d’actions pour les différentes
organisations, actions qui peuvent aller jusqu’à la modification des règles du
jeu. Cette dynamique d’évolution peut être décomposée à l’aide de la
séquence suivante :

« Réalité » croyances institutions organisations


politiques

Résultat « réalité » modifiée

Dans cette séquence, les agents, du fait de leur rationalité limitée, se créent
des représentations du monde qui se cristallisent dans des croyances
partagées, lesquelles deviennent des institutions. Les institutions sont ainsi
des croyances partagées et des règles du jeu. Les organisations, en réponse
à un ensemble de règles institutionnelles, vont agir de façon à remplir leurs
objectifs et à défendre leurs valeurs. Ces actions (les politiques de notre
séquence), si elles sont menées dans le cadre des institutions existantes,
conduisent directement à un résultat. Il peut s’agir aussi d’actions politiques
qui visent à changer des règles. Les résultats, dans ce cas, peuvent être le
maintien ou la modification des règles existantes.
Les modalités d’action des organisations peuvent être extrêmement variées.
Ainsi, lorsqu’elles cherchent à modifier les règles du jeu existantes, les
organisations économiques productives (e.g. les firmes) peuvent agir
directement auprès des décideurs politiques pour modifier les règles. Elles
peuvent également, investir des ressources dans des organisations
intermédiaires (par exemple des associations professionnelles), pour
défendre leurs intérêts via des activités de lobbying ou des activités visant à
influencer l'opinion publique (Chabaud, 2004). Dans cette quête de la
modification des institutions, des organisations autres que les organisations
économiques peuvent également intervenir (organisations politiques,
organisations sociales). Dès lors, l’action des organisations pour transformer
les règles institutionnelles est un processus complexe et difficilement
anticipable du fait du rôle des idéologies dans ce processus.
Remarquons, enfin, qu’il est difficile de rendre compte de la manière dont les
agents peuvent percevoir les effets de leurs actions (la « réalité » modifiée)
parce que la perception de cette « réalité » est tributaire des schémas
mentaux que les agents se sont créés pour saisir la réalité. Les schémas
mentaux des agents, du fait de la limitation de leur capacité cognitive, sont
une représentation imparfaite du monde, construite à l’aide de croyances
dans lesquelles les idéologies des agents jouent un rôle important.
Autrement dit, la réalité modifiée sera jugée à l’aune des croyances des
agents. Ainsi l’évolution conjointe des organisations et des institutions ne
constitue pas un processus simplement linéaire. L’opérationnalisation de la
séquence qui rend compte de la dynamique, nécessite des observations
empiriques précises, qui prennent en compte non seulement les règles
économiques formelles et informelles, mais aussi les croyances des agents
et la manière dont ces croyances peuvent se transformer par l’évolution des
idéologies. Enfin, il faut ajouter que les agents peuvent avoir des intérêts
divergents voire opposés.
L’utilisation du cadre northien conduit à distinguer deux types de
questionnements.
D’une part, North souligne la façon dont les organisations sont affectées par
les institutions, à partir de deux cas polaires : les « économies faiblement
performantes » dans lesquelles les organisations sont engluées dans des
environnements institutionnels limitant les possibilités de croissance, et les
économies occidentales dans lesquelles les organisations sont incitées à
s’engager de façon efficace dans des activités productives, du fait de
structures institutionnelles fortement incitatives. D’autre part, au-delà de la
recherche par les organisations de l’adéquation de leurs comportements à
l’environnement institutionnel, North insiste sur la dynamique qui se noue
entre institutions et organisations. La compréhension de ce sentier de
développement permettra là aussi de contraster les situations et influences
réciproques entre institutions et organisations. A cette fin, nous rendrons
compte de la dynamique d’internationalisation du secteur électrique en
distinguant deux cas polaires : les structures institutionnelles « faiblement
performantes » et les structures institutionnelles « fortement incitatives ».

Dynamique des organisations et


des institutions dans les «
économies faiblement
performantes »

1. le choc de la concurrence International


C’est dans ce contexte que les « économies faiblement performantes » ont,
ces dernières années, entamé des réformes institutionnelles visant à
libéraliser les secteurs des industries de réseau, dont l’électricité. Nous
sommes dans une situation où les réformes vont avoir pour origine, non pas
une évolution incrémentale, mais une modification radicale des règles
économiques (les droits de propriété). Une modification des règles du qui
leur soit avantageuse.
 Une asymétrie entre firmes locales et firmes étrangères
Une forte asymétrie est présente entre les firmes locales et les firmes
étrangères dans le contexte d'ouverture du marché électrique. En effet, la
firme locale a peu d’options stratégiques dans un tel contexte. Caractérisées
par une faible efficacité économique et, généralement, de faibles capacités
d'investissement, ces entreprises sont dans une position délicate face à
l'ouverture du secteur à la concurrence internationale. Dans la plupart des
pays concernés, les firmes électriques subissent des mouvements
d’acquisition par des capitaux étrangers, des réorganisations drastiques
(cessions d’actifs, réorganisation salariale et statutaire, privatisation,
séparation en plusieurs entreprises distinctes…) ou restent engluées dans les
difficultés soulignées dans la section précédente.
 La demande de garanties institutionnelles par les entreprises
étrangères
Dans ce contexte, les investissements directs à l'étranger (IDE) réalisés par
les entreprises électriques étrangères vers les pays en voie de
développement sont triplement risqués : risque en raison du coût des
investissements initiaux, risque lié à l’instabilité politique et donc aux
modifications possibles des règles institutionnelles et, enfin, risque de non
rentabilisation des investissements en raison de l’absence d’assurance sur
une croissance à long terme des économies de ces pays.
Face à ces risques, les firmes sollicitent des formes de garanties
institutionnelles de leurs investissements. Cette demande de garanties ne va
pas sans poser quelques problèmes de cohérence et de complémentarité
institutionnelle. Si l’on se situe à un niveau très général de l’analyse, la
fonction de ce dispositif de garantie des investissements est de mettre fin au
cercle vicieux du sous-investissement et de la faible qualité. De plus, cette
garantie doit être en mesure d'assurer que
les aléas imprévus ex ante n’auront pas de conséquence sur la rentabilité
des fonds investis.
Une abondante littérature s’est développée pour essayer de définir ce que
doit comprendre une garantie institutionnelle efficace pour sécuriser et
inciter aux investissements. Cette littérature converge vers l’idée que la
meilleure façon de garantir la stabilité des engagements institutionnels est
de faire en sorte que le gouvernement et le Parlement ne puissent plus être
en mesure d’exproprier les investissements des firmes étrangères par une
manipulation des tarifs ou un changement de lois ou règlements. Il faut donc
que ce soit le pouvoir judiciaire qui garantisse l’exécution des engagements
pris sans que les deux autres pouvoirs (exécutifs et législatifs) puissent
interférer.
 Les deux formes d’engagement dans les pays du tiers-monde.
Compte tenu des risques encourus et de la plus ou moins grande crédibilité
des réformes institutionnelles, deux types de comportements stratégiques
peuvent être adoptés par les firmes étrangères : l'implantation directe ou, au
contraire, la vente de prestations de services.
L’investissement direct malgré les risques encourus. Les investissements
directs à l'étranger (IDE) se sont fortement accrus dans les PVD sur la
période 1980-2000 : la part des entreprises étrangères a été multipliée par
trente sur 20 ans. Les entreprises étrangères possèdent désormais selon les
régions du monde des parts de marché comprises entre 2% (Asie centrale) et
20% (Amérique du Sud) de l'électricité produite dans les pays en
développement.

2- Les stratégies des firmes lorsque l'architecture


institutionnelle est « faiblement performante ».
Dans une situation où l’architecture institutionnelle est « faiblement
performante », les entreprises électriques sont engluées dans des
comportements ne permettant pas un développement efficace. Cette
faiblesse de l’industrie locale apparaîtra particulièrement cruciale lors de
l’ouverture des marchés, les entreprises locales ne parvenant pas à faire
face à l’entrée de concurrents dotés de ressources plus importantes.
Nous montrerons ainsi la manière dont ont pu se créer les cercles vicieux
conduisant au blocage de la croissance dans le secteur d'activité, et
comment ils contraignent les entreprises qui les subissent.
 Le cercle vicieux de l’environnement institutionnel faiblement
performant
Le cercle vicieux dans lequel peut s’enferrer une industrie de réseau avec
monopole naturel a été décrit par Savedoff et Spiller (1999) dans le secteur
de l’eau en Amérique Latine. Leur analyse paraît pouvoir s’appliquer pour
toute industrie de réseau.
Dans un contexte institutionnel où les autorités publiques peuvent fixer le
tarif d’un bien, Savedoff et Spiller montrent que la tarification sera utilisée à
des fins électoralistes et/ou populistes par les pouvoirs publics. En
conséquence, l’industrie concernée sera soumise à une tarification de la
fourniture qui ne lui permettra pas d'assurer sa rentabilité économique. Dans
le domaine de l’électricité, une étude, portant sur 360 entreprises
électriques de 57 pays en développement ou en transition, montre que le
manque à gagner lié à la sous-tarification de ce secteur pouvait être estimé
à 90 milliards de dollars américains (Besant-Jones, 1993; World
Bank, 1994).
Une telle situation pose la question de la manière dont les entreprises
pourront assurer les investissements sur le long terme. En effet, les
industries de réseaux étant caractérisées par des investissements initiaux
massifs - ayant des durées de vie très longues -, la perte de qualité de
services n’est pas immédiatement corrélée à l’absence de rentabilité
économique de court terme. Cependant, à long terme, les entreprises sont
dans l’incapacité d’assurer la maintenance et, a fortiori, le renouvellement
des investissements et l’extension des réseaux.
Les entreprises du secteur deviennent donc dépendantes des finances de
l’Etat pour assurer le bon fonctionnement du réseau. Ainsi, l’étude
précédemment citée montre que les entreprises ne finançaient,
approximativement, que 12% des 80 milliards de dollars d'investissements
nécessaires aux infrastructures (repris dans World Bank, 2004,).
Cette dépendance par rapport au financement de l’Etat peut également
avoir des conséquences négatives sur l’industrie à plusieurs niveaux
complémentaires : une mauvaise qualité de services, un choix à des fins
exclusivement politiques en ce qui concerne l’extension géographique du
réseau, une faible couverture de la
population, voire des situations de rationnement de la fourniture (Shirley
(ed.), 2002;
Savedoff et Spiller, 1999).
Ces interférences d’objectifs politiques qui ne sont pas directement reliés au
secteur d’activité vont, plus largement, altérer l’ensemble du
fonctionnement des entreprises et contraindre leurs stratégies. Ainsi, une
entreprise peut perdre le contrôle de sa politique d’embauche et être
confrontée à des situations de sureffectifs liés à des objectifs de politique
économique de soutien de la demande. Il peut même arriver que l’entreprise
soit conduite à accepter des modes de relation où la corruption peut être
présente (Rose-Ackerman, 1999).
Au total, le cercle vicieux de ce type de configuration peut être synthétisé de
la manière suivante : l’industrie est soumise aux contraintes des décideurs
politiques et non directement à celles liées à sa propre situation. Cette «
politisation » se traduit par des prix faibles, une mauvaise qualité de services
et des phénomènes de corruption. Le cercle vicieux se mettra en place
lorsque les autorités politiques ne pourront plus ou ne voudront pas, assurer
le financement des investissements que ne peuvent faire les entreprises en
raison de la sous-tarification.

Dans ce contexte, les entreprises apparaissent comme fortement


contraintes. Elles ne peuvent guère obtenir un changement des règles, et
vont essentiellement chercher à favoriser leur maintien en place. Ainsi, pour
l’observateur, des comportements de sous-investissement systématique liés
à l’absence d’incitations et de garanties institutionnelles efficaces seront
observables, qui paraissent peu favorables au développement économique
du secteur industriel, et à la compétitivité des acteurs locaux.
Cas de Maroc
Au-delà du strict cadre juridique (salariés, actionnaires) il y a des partenaires
stables de l’entreprise : les clients, les fournisseurs, les institutions …..
L’environnement direct d’une entreprise est formé d’autres entreprises. Elle
s’insère aussi un environnement social formé de conditions humaines et
économique, de savoir et des règles ( )

A cet égard, l’entreprise marocaine se trouve confronté à un environnement


de plus en plus complexe et de plus en plus sensible à toute mutation, tantôt
pour les facettes internes (le contexte institutionnel et financier de
l’économie) et externes (la globalisation des marchés, les flux des capitaux
étrangers…).

Cependant, le Maroc ne peut pas poursuivre une accélération de sa


croissance économique prodigieuse sans un assainissement réel et profond
de ses environnements qui doivent devenir des cadres d’accueil et de
gestion efficaces pour l’initiative privée.

Des réformes macroéconomiques significatives ont été effectivement


réalisées dans ce sens.

1. L’environnement administratif

L’administration doit constituer un instrument efficient au service du


développement économique du pays et être à l’écoute, et en toute
circonstance, du monde des entreprises, créateur de richesse et d’emplois.

Les pesanteurs administratives, les rigidités du comportement, et les


procédures tant harassantes que répétitives, peuvent ruiner toutes les
volontés d’investissement si elle devait persister.

L’analyse attentive des structures de l’administration marocaine, son


comportement quotidien, son rôle en tant qu’acteur du développement, ne
permet pas d’apporter une réponse positive aux questions fondamentales
concernant le bon fonctionnement, l’efficacité et la maîtrise des coûts
2. Le cadre juridique et judiciaire

Les déficiences de l’administration ne constituent pas le seul obstacle au


bien être des entreprises marocaines, le dysfonctionnement de la justice est
un autre écueil qui doit être analysé, ainsi que le cadre juridique et
réglementaire et les reformes qu’ils ont subi.

 le contexte juridique

La réforme des cadres juridique, judiciaire et réglementaire en vue d’une


réduction du coût des affaires est l’une des revendications des investisseurs
(locaux et étrangers). Les principaux textes concernés sont ceux du code de
commerce et les cadres juridiques des sociétés.

-Le nouveau code de commerce a été promulgué en 1996 ( Dahir n° 1-96-83


du 1/8/96 portant loi n° 15-95 relative au code du commerce BO n° 4418 du
16/10/96) introduisant des innovation sur le statut du commerçant et
particulièrement la firme commerçante, l’élargissement de la
commercialisation et des obligation qui en découlent, la réglementation de
certains contrats , la réforme des procédures de traitement et de liquidation
des entreprises en difficulté.

-La loi sur les sociétés anonymes (loi n°17-95-Bon°4422 du 17/10/96)


constitue une incitation aux entreprises de se restructure et s’adapter aux
nouvelles exigences du développement économique, et assure une plus
grande protection aux actionnaires.

-Dahir de 13/2/97 portante loi n° 5-96 sur la SCS, SCA, SARL, parmi ses
innovations l’acquisition de la personnalité morale à partir de
l’immatriculation au registre de commerce, la protection des associés par
l’extension de leur doit à l’information (droit à la communication des
documents).

-La création des juridictions appelés « tribunaux de commerce » (Dahir n° 1-


97-65 de la 12/2/97 partante loi n°53-95 instituant des juridictions de
commerce), qui sont compétents pour connaître les actions relatives aux
contrats commerciaux, les litiges relatives aux effets de commerce.
Toutefois, une sensibilité à une législation relative à la réglementation
économique de la concurrence ne semble pas encore suffisante Pourtant, un
droit de la concurrence à l’image des législations présentes aux pays dites
développés s’imposent.

 Le contexte judiciaire

Les différentes citations actuelles convergent vers un même point, la justice


est la sole (la base) sur lequel se construit le sort d’une nation. Un mauvais
fonctionnement de la justice a des répercussions considérables sur le plan
politique, social et économique.

Un bon fonctionnement de la justice est un élément constitutif de


l’environnement de l’entreprise qui veut réussir.

Au Maroc, un premier regard sur le fonctionnement quotidien de la justice


montre qu’elle est freinée par un ensemble d’obstacle et qu’elle est accusée
par toutes les composantes de la société marocaine.

Premièrement, la lenteur pesante avec la quelles les verdicts sont prononcés,


il n’est pas rare de voir une procédure judiciaire n’aboutir qu’au terme d’une
période longe de 5 ans parfois dix ans ».

La seconde forme est encore plus intolérable, en effet, l’exécution des


décisions judiciaire peut nécessiter des mois et des années. Chose qui peut
laisser des effets néfastes en vers les victimes et les ayants droits.

Troisièmement, l’absence d’autonomie et d’indépendance de la justice, car


une justice qui n’est pas indépendante ne peut pas être équitable.

Un quatrième fléau a reproché à la justice marocaine est l’injustice et la


généralisation des pratique de corruption. Dans un système judiciaire
corrompu où l’argent se substitue aux règles de droit, la justice s’exerce au
profit des riches et des puissants au détriment des pauvres et des faibles.
Conclusion
En conclusion, on pourra dire que l’entreprise, aujourd’hui, est devenue
un moteur de développement incontournable et irremplaçable, raison
pour laquelle on trouve que certains pays actuellement perdent de
plus en plus de leurs pouvoirs étatiques pour le compte des firmes
multinationales dont l’étendue dépassent largement les frontières des
nations et dont leurs impacts sont indiscutablement indéniables
(créatrices d’emplois, des recettes fiscales importantes,
investissement dans des secteurs vitaux …).

Par ailleurs, l’environnement institutionnel qui restait depuis longtemps


sous le contrôle des pouvoirs exécutifs et législatifs, a commencé
d’être plus ou moins réadaptable pour des raisons économiques et
sociales, ce qui fait le changement n’est plus un choix pour les
décideurs aujourd’hui, mais il est devenu une obligation imposé par la
mouvance et la dynamique des économies modernes dans le cadre de
la mondialisation.

Enfin si les Etats sont concernés par ce changement, l’entreprise est


également appelée à apprendre beaucoup de ce champs de bataille
pour qu’elle puisse tout d’abord survivre, et gagner ensuite encore
plus au niveau de sa performance, notamment dans un climat où les
intérêts se divergent et les acteurs sont assez nombreux.
Bibliographie
 Chabaud D. (2004), « Les organisations entre institution et
stratégie. Autour des travaux de North sur l'encastrement
institutionnel de l'activité économique », in Huault I. (ed.),
Institutions et Gestion, Editions Vuibert, collection FNEGE,
pp. 71- 83.

 Chabaud D.; Parthenay C.; Perez Y. (2005), « L'évolution de


l’analyse northienne des institutions : la prise en compte des
idéologies », Revue Economique.

 Glachant J.M. (2002), « L’approche néo-institutionnelle de la


réforme des industries de réseaux », Revue Economique.

 Glachant J.M. (2004), « Quatre designs de réforme électrique


: Grande-Bretagne, Californie, Scandinavie et Allemagne »,
Economies et Sociétés, EN n°2-3, 2003, pp. 231-255.

 Perez Y. (2002), L’analyse Néo-institutionnelle des réformes


électriques européennes, Thèse de doctorat Université de
Paris I, www.grjm.net