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Analyse des pertes alimentaires:

causes et solutions
Études de cas sur le sorgho, le maïs,
le niébé au Burkina Faso
Analyse des pertes alimentaires:
causes et solutions
Études de cas sur le sorgho, le maïs,
le niébé au Burkina Faso

PUBLIÉ PAR
ORGANISATION DES NATIONS UNIES POUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE (FAO)
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL (PAM)
FONDS INTERNATIONAL DE DÉVELOPPEMENT AGRICOLE (FIDA)
ROME, 2019
Citation requise:
FAO, PAM et FIDA. 2019. Analyse des pertes alimentaires: causes et solutions − Études de cas sur le sorgho, le maïs,
le niébé au Burkina Faso. Rome. 206 pp. Licence: CC BY-NC-SA 3.0 IGO.

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ou les politiques de la FAO, du PAM ou du FIDA.

ISBN 978-92-5-131310-7 (FAO)


© FAO, PAM et FIDA, 2019

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Photographie de la couverture: ©FAO/Alessandra Benedetti


v

Table des matières

Remerciements ix

Abbreviations et acronymes x

Résumé exécutif xiv

PARTIE 1
Étude de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso (2015-16) 1
Approche méthodologique 4
Politiques nationales, plans et stratégies dans le domaine des pertes après récolte 10
Institutions et oganisations pertinentes dans les sous-secteurs du maïs, du sorgho et du niébé 13

Chapitre 1
Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est 17
Le sous-secteur du sorgho 17
La chaîne d’approvisionnement du sorgho 23
Les pertes après récolte dans la chaîne d’approvisionnement du sorgho 31
Stratégie de réduction des pertes alimentaires de sorgho 39

Chapitre 2
Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 45
Le sous-secteur du maïs 45
La chaîne d’approvisionnement du maïs 48
Les pertes après récolte dans la chaîne d’approvisionnement du maïs 54
Stratégie de réduction des pertes alimentaires de maïs 63

Chapitre 3
Le niébé dans la region du nord 69
Le sous-secteur du niébé 69
La chaîne d’approvisionnement du niébé 72
Les pertes après récolte dans la chaîne d’approvisionnement du niébé 79
Stratégie de réduction des pertes alimentaires de niébé 85

PARTIE 2
Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) 93
Objectifs et méthodologie de l’étude 95
Analyse des problématiques liées au genre et aux jeunes dans les chaînes
d’approvisionnement du sorgho, du maïs et du niébé 102

Chapitre 4
Le sorgho dans la région de la Boucle du Mouhoun 107
La chaîne d’approvisionnement du sorgho 107
Les pertes après recolte dans la chaîne d’approvisionnement du sorgho 114
Stratégie de réduction des pertes alimentaires de sorgho 120
vi

Chapitre 5
Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 127
LA CHAÎNE D’APPROVISIONNEMENT DU NIÉBÉ 151
LES PERTES APRÈS RECOLTE DANS LA CHAÎNE D’APPROVISIONNEMENT DU NIÉBÉ 158
STRATÉGIE DE RÉDUCTION DES PERTES DE NIÉBÉ 164

Chapitre 6
Le niébé dans la région du nord 151
La chaîne d’approvisionnement du maïs 127
Les pertes après recolte dans la chaîne d’approvisionnement du maïs 134
Stratégie de réduction des pertes de maïs 145

Annexes
1. Références bibliographiques 173
2. Annexes à l’étude 2015-16 175
3. Annexes à l’étude de réplication (2016-17) 181
4. Personnes-ressources 185
5. Taux de conversion 186

LISTE DES TABLEAUX


1 Chaînes d’approvisionnement sélectionnées du sous-secteur du sorgho (UGCPA) xiv
2 Chaînes d’approvisionnement sélectionnées du sous-secteur du maïs (UPPA/Houet) xv
3 Chaînes d’approvisionnement sélectionnées du sous-secteur du niébé (AFDR et grossiste) xv
4 La chaîne d’approvisionnement du sorgho, acteurs, opérations et points de pertes xix
5 La chaîne d’approvisionnement du maïs, acteurs, opérations et points de pertes xx
6 La chaîne d’approvisionnement du niébé, acteurs, opérations et points de pertes xxi
7 Résumé des causes des pertes après-récolte pour les chaînes d’approvisionnement
des trois cultures étudiées xxii
8 Impact potentiel des pertes alimentaires dans les chaînes d’approvisionnement
du sorgho, du maïs et du niébé (niveaux indicatifs) xxiv
9 Résumé des recommandations xxv
10 Budget prévisionnel (au niveau régional) des mesures identifiées pour le projet proposé xxvii
11 Calcul des coûts-bénéfices pour l’adoption d’un silo métallique de 500 kg xxviii
12 Calcul des coûts-bénéfices pour l’adoption de sacs hermétiques de 100 kg xxviii
1.1 Données sur la production de sorgho blanc et rouge pour la campagne 2015-2016
au niveau national 17
1.2 Mécanismes de gestion de la sécurité sanitaire des aliments au Burkina Faso 18
1.3 Présentation de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des groupements de
commercialisation de produits agricoles 20
1.4 Importance économique de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des
groupements de commercialisation de produits agricoles 20
1.5 Perception des points critiques de pertes de sorgho selon les acteurs dans
la Boucle du Mouhoun 22
1.6 Perception des points critiques de pertes de sorgho selon les acteurs dans
la région de l’Est 23
1.7 Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des groupements
de commercialisation de produits agricoles (Boucle du Mouhoun) 26
1.8 Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement du sorgho – Environnement 30
1.9 Facteurs pour l’évaluation environnementale de la chaîne d’approvisionnement
du sorgho 30
vii

1.10 Pertes à l’abattage des plants de sorgho au champ au niveau d’Ouarkoye


et de Tchériba (Boucle du Mouhoun) 31
1.11 Pertes collectées au séchage des petits tas de panicules de sorgho au champ
(Boucle du Mouhoun) 32
1.12 Données sur les pertes de sorgho au battage/vannage manuel (Boucle du Mouhoun) 32
1.13 Données de suivi de cargaison de sorgho de Bokuy à Dédougou (Boucle du Mouhoun) 33
1.14 Données de suivi de cargaison de sorgho de Bendougou Arbinda à Dédougou
(Boucle du Mouhoun) 33
1.15 Estimation des pertes de grains de sorgho sur l’axe Tankuy-Dédougou
(Boucle du Mouhoun) 33
1.16 Données du premier suivi de cargaison de sorgho de Tankuy à Dédougou
(Boucle du Mouhoun) 34
1.17 Données du second suivi de cargaison de sorgho de Tankuy à Dédougou
(Boucle du Mouhoun) 34
1.18 Matrice de synthèse des résultats sur les pertes alimentaires du sorgho
(Boucle du Mouhoun) 35
1.19 Analyse coûts-bénéfices des mesures de réduction des pertes sur le sorgho
(Boucle du Mouhoun) 39
1.20 Récapitulatif des causes des pertes de sorgho et des solutions proposées pour
leur réduction au niveau des points critiques de pertes (Boucle du Mouhoun) 41
1.21 Budget prévisionnel des mesures identifiées pour le projet proposé
(Boucle du Mouhoun) 43
1.22 Présentation de la chaîne d’approvisionnement du maïs de l’Union des producteurs
professionnels du Houet 47
1.23 Importance économique de la chaîne d’approvisionnement du maïs de l’Union
des producteurs professionnels du Houet 47
1.24 Importance des pertes de maïs selon la perception des acteurs/trices
(région des Hauts-Bassins) 49
1.25 Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement du maïs dans les Hauts-Bassins 50
1.26 Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement du maïs - Environnement 53
1.27 Facteurs pour l’évaluation environnementale de la chaîne d’approvisionnement
du maïs 54
1.28 Pertes à la récolte du maïs à Kouakoualé et Farako-ba (région des Hauts-Bassins) 55
1.29 Taux de pertes à l’égrenage du maïs à Missidougou (région des Hauts-Bassins) 55
1.30 Taux de pertes à l’égrenage du maïs à Gonion (région des Hauts-Bassins) 56
1.31 Données de suivi de cargaison de 10 sacs de maïs de Missidougou à Bobo-Dioulasso
(région des Hauts-Bassins) 56
1.32 Données de suivi de cargaison du maïs de Séguéré à Bobo-Dioulasso
(région des Hauts-Bassins) 56
1.33 Données de suivi de cargaison du maïs de Banfora à Bobo-Dioulasso
(région des Hauts-Bassins) 57
1.34 Données de suivi de cargaison du maïs de Karankasso Sambla à Bobo-Dioulasso
(région des Hauts-Bassins) 57
1.35 Estimation des pertes de maïs sur les axes suivis (région des Hauts-Bassins) 57
1.36 Données de transformation du maïs en farine par le procédé artisanal (1er essai) 58
1.37 Données de transformation du maïs en farine par le procédé artisanal (essai 2) 58
1.38 Détermination des pertes au stockage du maïs (région des Hauts-Bassins) 59
1.39 Matrice de synthèse des résultats sur les pertes alimentaires du maïs
(région des Hauts-Bassins) 60
1.40 Analyse coûts-bénéfices des mesures de réduction des pertes sur le maïs
(région des Hauts-Bassins) 60
1.41 Récapitulatif des causes des pertes de maïs et des solutions proposées
pour leur réduction dans la région des Hauts-Bassins 65
viii

1.42 Budget prévisionnel des mesures identifiées de réduction des pertes


de maïs dans les Hauts-Bassins 67
1.43 Informations sur la production de niébé au niveau national (Burkina Faso) 70
1.44 Présentation des chaînes d’approvisionnement du niébé sélectionnées 71
1.45 Importance économique des chaînes d’approvisionnement du niébé choisies 71
1.46 Importance des pertes de niébé selon la perception des acteurs (région du Nord) 73
1.47 Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement du niébé de l’Association
formation développement et ruralité – AFDR (région du Nord) 74
1.48 Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement du niébé – Environnement 78
1.49 Facteurs pour l’évaluation environnementale de la chaîne d’approvisionnement
du niébé 78
1.50 Détermination des pertes à la récolte du niébé à Gourcy dans la province
du Zandoma (région du Nord) 79
1.51 Pertes au battage/vannage de gousses de niébé au bâton à Gourcy (région du Nord) 79
1.52 Estimation des pertes totales de niébé au battage/vannage à Gourcy chez l’exploitant 2
(région du Nord) 79
1.53 Pertes de niébé au battage/vannage et au triage à Sonh chez l’exploitante 1
(région du Nord) 80
1.54 Pertes au transport de sacs de niébé de Zogoré à Ouahigouya (région du Nord) 80
1.55 Estimation des pertes de grains de niébé sur l’axe Tallé-Ouahigouya (région du Nord) 80
1.56 Pertes au transport de sacs de niébé de Tallé à Ouahigouya chez l’Association
formation développement et ruralité – AFDR (région du Nord) 81
1.57 Matrice de synthèse des résultats sur les pertes alimentaires du niébé (région du Nord) 84
1.58 Analyse coûts-bénéfices des mesures de réduction des pertes sur le niébé dans
la région du Nord 86
1.59 Récapitulatif des causes des pertes de niébé et des solutions proposées pour leur
réduction dans la région du Nord 87
1.60 Budget prévisionnel des actions à mener pour réduire les pertes de niébé dans
la région du Nord 90
2.1 Production de sorgho blanc et rouge pour la campagne 2016-2017 107
2.2 Mécanismes de gestion de la sécurité sanitaire des aliments au Burkina Faso 108
2.3 La chaîne d’approvisionnement de l’Union des groupements de commercialisation
de produits agricoles (région de la Boucle du Mouhoun) 108
2.4 Importance économique de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des groupements
de commercialisation deproduits agricoles (région de la Boucle du Mouhoun) 108
2.5 Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des groupements
de commercialisation de produits agricoles (région de la Boucle du Mouhoun) 109
2.6 Rôle des hommes, des femmes et des jeunes dans les opérations après récolte
du sorgho (région de la Boucle du Mouhoun) 110
2.7 Perception des points critiques de pertes de sorgho selon les acteurs
dans la Boucle du Mouhoun 113
2.8 Pertes à la récolte à l’abattage des plants de sorgho au champ
(région de la Boucle du Mouhoun) 115
2.9 Pertes au battage manuel, au battage au tracteur et au vannage manuel du sorgho
(région de la Boucle du Mouhoun) 116
2.10 Données de suivis des cargaisons du sorgho de Bondokuy à Dédougou
(région de la Boucle du Mouhoun 117
2.11 Évolution des pertes au stockage du sorgho au cours de la réplication de l’étude
(région de la Boucle du Mouhoun) 118
2.12 Matrice de synthèse des résultats sur les pertes alimentaires du sorgho
(région de la Boucle du Mouhoun) 119
2.13 Principales causes des pertes après récolte du sorgho et mesures de réduction
des pertes (région de la Boucle du Mouhoun) 121
ix

2.14 Analyse coûts-bénéfices des mesures de réduction des pertes sur le sorgho
(région de la Boucle du Mouhoun) 122
2.15 Récapitulatif des causes des pertes de sorgho et des solutions proposées pour leur
réduction au niveau des points critiques de pertes (région de la Boucle du Mouhoun) 123
2.16 Budget prévisionnel des mesures identifiées pour le projet proposé
(région de la Boucle du Mouhoun) 125
2.17 Présentation de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des producteurs
professionnels du Houet (région des Hauts-Bassins) 128
2.18 Importance économique de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des
producteurs professionnels du Houet (région des Hauts-Bassins) 128
2.19 Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des
producteurs professionnels du Houet (régiondes Hauts-Bassins) 129
2.20 Rôle des hommes, des femmes et des jeunes dans les opérations d’après
récolte du maïs (région des Hauts-Bassins) 130
2.21 Importance des pertes de maïs selon la perception des acteurs
(région des Hauts-Bassins) 133
2.22 Pertes à la récolte du maïs pendant la phase de réplication au cours de la
campagne agricole 2016-2017 (région des Hauts-Bassins) 136
2.23 Aux de pertes à l’égrenage du maïs au cours de la campagne agricole 2016-2017
(région des Hauts-Bassins) 137
2.24 Données de suivi de cargaison du maïs au cours de la réplication de l’étude
(2016-2017), région des Hauts-Bassins 138
2.25 Processus de transformation du maïs grain en farine 139
2.26 Évolution des pertes au stockage du maïs au cours de l’année 2016-2017
(région des Hauts-Bassins) 141
2.27 Teneur en aflatoxines d’échantillons de maïs grains à la récolte et au stockage
(région des Hauts-Bassins) 141
2.28 Matrice de synthèse des résultats sur les pertes alimentaires du maïs
(région des Hauts-Bassins) 142
2.29 Principales causes et mesures identifiées de réduction des pertes de maïs
dans la région des Hauts-Bassins 144
2.30 Analyse coûts-bénéfices des mesures préconisées de réduction des pertes du maïs
(région des Hauts-Bassins) 146
2.31 Récapitulatif des causes des pertes de maïs et des solutions proposées
pour leur réduction dans la région des Hauts-Bassins 148
2.32 Détail du coût des mesures de réduction des pertes de maïs
dans la région des Hauts-Bassins 149
2.33 Présentation de la chaîne d’approvisionnement du niébé de l’Association
formation développement et ruralité (région du Nord) 152
2.34 Importance économique de la chaîne d’approvisionnement du niébé de
l’Association formation développement et ruralité (région du Nord) 152
2.35 Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement du niébé de l’Association
formation développement et ruralité (région du Nord) 153
2.36 Rôle des hommes, des femmes et des jeunes dans les opérations
d’après récolte du niébé (région du Nord) 154
2.37 Pertes présumées de niébé (région du Nord) 157
2.38 Détermination des pertes à la récolte du niébé dans la chaîne alimentaire de
l’Association formation développement et ruralité au cours de la campagne
agricole 2016-2017 (région du Nord) 159
2.39 Résultats d’analyse de la qualité du niébé à la récolte et au stockage (région du Nord) 162
2.40 Matrice de synthèse des résultats sur les pertes alimentaires du niébé
dans la région du Nord 163
2.41 Analyse coûts-bénéfices des mesures de réduction des pertes sur le niébé
(région du Nord) 165
x

2.42 Récapitulatif des causes des pertes de niébé et des solutions proposées
pour leur réduction dans la région du Nord 167
2.43 Budget prévisionnel des actions à mener pour réduire les pertes de niébé
dans la région du Nord 170

LISTE DES FIGURES


1.1 Diagramme de flux de la chaîne d’approvisionnement du sorgho dans
la Boucle du Mouhoun 28
1.2 Diagramme de flux de la chaîne d’approvisionnement du sorgho dans
la région de l’Est 29
1.3 Diagramme de flux de la chaîne d’approvisionnement du maïs dans les Hauts-Bassins 52
1.4 Diagramme de flux de la chaîne d’approvisionnement du niébé dans la région du Nord 76
2.1 Diagramme de flux de la chaîne d’approvisionnement du sorgho de l’Union des
groupements de commercialisation de produits agricoles dans la Boucle du Mouhoun 112
2.2 Diagramme de flux de la chaîne d’approvisionnement du maïs dans la région
des Hauts-Bassins 132
2.3 Diagramme de flux de la chaîne d’approvisionnement du niébé dans la région du Nord 156

LISTE DES PHOTOS


1.1 Différents types de battage du sorgho 24
1.2 Vannage manuel du sorgho après battage, village de Poundou (Boucle du Mouhoun) 25
1.3 Greniers pour le stockage en épis ou panicules 25
1.4 Greniers en paille, village de Bilanga (région de l’Est) 36
1.5 Daba utilisée pour l’abattage des plants à la récolte 36
1.6 Sacs de type PICS utilisés par les producteurs pour la conservation du niébé,
village de Tankuy (Boucle du Mouhoun) 74
1.7 Bidons plastiques utilisés pour la conservation du niébé, village de Sonh
(région du Nord) 74
1.8 Démonstration du battage du niébé avec une batteuse mécanisée et non
motorisée, Ouahigouya, chef-lieu de la région du Nord 82
2.1 Détermination des pertes au champ à l’abattage des plants de sorgho,
village de Moukouna (Boucle du Mouhoun) 97
2.2 Dispositifs de détermination des pertes au battage/vannage du sorgho,
région de la Boucle du Mouhoun 97
2.3 Récolte du maïs sur pied, dans les moyettes et recherche de pertes au champ
(dans les carrés de pertes) 99
2.4 Dispositif de détermination des pertes à l’égrenage du maïs,
village de Farako-Bâ (Hauts-Bassins) 99
2.5 Récolte du sorgho (abattage et coupe des panicules),
région de la Boucle du Mouhoun 115
2.6 Battage du sorgho, village de Bèkuy (Boucle du Mouhoun) 116
2.7 Stockage du sorgho dans un grenier en banco, village de Moukouna
(Boucle du Mouhoun 117
2.8 Évaluation des pertes à la récolte du maïs en épis sur pied et en moyettes 134
2.9 Dispositif d’évaluation de pertes à l’égrenage du maïs, village de Farako-Bâ,
région des Hauts-Bassins 135
2.10 Dégâts de termites sur le maïs au champ, village de Tolotama (Hauts-Bassins) 143
2.11 Gousses de niébé oubliées au champ, village de Oula (région du Nord) 158
2.12 Stockage du niébé, village de Guidiyiri (région du Nord) 160
xi

Remerciements

Cette publication a été produite dans le cadre du projet “Intégration des initiatives de réduction des
pertes alimentaires pour les petits exploitants dans les zones à déficit vivrier” mis en œuvre conjointe-
ment par les agences des Nations Unies basées à Rome (ABR) FAO, FIDA, et le PAM, financé par le
gouvernement suisse, et en collaboration avec le Ministère de l’agriculture, des ressources hydrauliques,
de l’assainissement et de la sécurité alimentaire au Burkina Faso.
Les études ont été menées par une équipe d’experts nationaux, constituée d'Alain Tagnan (agroécono-
miste), Hado Sawadogo-Ouédraogo (spécialiste des questions de genre) et Doulaye Diancoumba (spé-
cialiste en agroalimentaire), sous la supervision du point focal national du projet, Dieudonné Ouédraogo,
appuyé par l’assistant technique du projet, Justin Savadogo et les points focaux de l’Organisation pour
l'alimentation et l'agriculture (FAO) des Nations Unies, Olivier Souleymane Traoré et Madi Savadogo,
Ismaël Nignan du Programme alimentaire mondial (PAM), et Ludovic Pascal Conditamdé du Fonds
international de développement agricole (FIDA). L’équipe remercie ici les acteurs de terrain, les per-
sonnes ressources et les acteurs leaders rencontrés, qui ont contribué à faciliter la collecte des données.
Les auteurs du rapport d'étude 1 (octobre 2015 - avril 2016) sont: Alain Tagnan, Hado Sawadogo Oué-
draogo et Doulaye Diancoumba. Les auteurs de l’étude de réplication (novembre 2016 - avril 2017) sont:
Alain Tagnan, Hado Sawadogo Ouédraogo, Doulaye Diancoumba, Bouma Thio, Aboubacar Dao. La revue
technique a été effectuée par Myriam Annette (consultante pour la FAO) et Mireille Totobesola (FAO).
Les auteurs remercient également Massimo Barbieri et Francesca Gianfelici (consultante pour la FAO)
pour la cartographie, la mise en page et la coordination de la publication.
xii

Abréviations et acronymes

ABNORM Agence burkinabé de normalisation, de la métrologie et de la qualité


ABR Agences des Nations Unies basées à Rome
AFD Agence française de développement
AFDI Agriculteurs français et développement international
AFDR Association formation développement et ruralité
AFV Association femme et vie
AGRA Alliance pour une révolution verte en Afrique
APROSSA Association pour la promotion de la sécurité et de la souveraineté alimentaires
au Burkina Faso / Afrique verte
AMR Association monde rural
BAD Banque africaine de développement
BCE Base de conseils en entreprise
BID Banque interaméricaine de développement
BPA Bonnes pratiques agricoles
BPH Bonnes pratiques d’hygiène
CA Chaîne d’approvisionnement
CAA Chaîne d’approvisionnement alimentaire
CATHWEL Catholic Relief Services Burkina
CEDEAO Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest
CIC-B Comité interprofessionnel des filières céréales et niébé du Burkina Faso
CILSS Comité inter-États de lutte contre la sécheresse au Sahel
CIRAD Centre de coopération internationale en recherche agronomique
pour le développement
CIVC Centre d’information et de veille commerciale
CRS Catholic Relief Services
CUMA Coopérative d'utilisation de matériel agricole
DDC Direction du développement et de la coopération (Coopération Suisse)
DGESS Direction générale des études statistiques sectorielles
DGPER Direction générale de la promotion de l’économie rurale
DGPV Direction générale des productions végétales
DSS Direction des statistiques générales de santé
DTA Département de technologie alimentaire
DVRD Direction de la vulgarisation et de la recherche-développement
EDSBF-MICS IV Enquête démographique et de santé et à indicateurs multiples
EPA Enquête permanente agricole
xiii

FARM Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde


FARMAF Projet de gestion du risque agricole pour l'Afrique
FCFA Franc CFA
FEPA-B Fédération des professionnels agricoles du Burkina Faso
FIDA Fonds des Nations Unies pour l’investissement et le développement agricole
FSTP Food Security Thematic Program
GPS Global Positioning System (système de positionnement par satellite)
Ha Hectare
HACCP Analyse des dangers - points critiques pour leur maîtrise
IFDC Centre international pour la fertilité des sols et le développement agricole
INERA Institut de l’environnement et de recherches agricoles
INSD Institut national des statistiques et la démographie
IRSAT Institut de recherche en sciences appliquées et technologies
kg / g Kilogramme / gramme
km / m Kilomètre / mètre
MAAH Ministère de l’agriculture et des aménagements agricoles
MARHASA Ministère de l’agriculture des ressources hydrauliques, de l’assainissement
et de la sécurité alimentaire
MASA Ministère de l’agriculture et de la sécurité alimentaire
MCIA Ministère du commerce de l’industrie et de l’artisanat
MJFPE Ministère de la jeunesse, de la formation professionnelle et de l'emploi
ND/Nd Non disponible
OMS Organisation mondiale de la santé
ONG Organisation non gouvernementale
OP Organisation de producteurs
OXFAM Oxford Committee for Famine Relief
P2RS Programme de renforcement de la résilience de la population à l’insécurité
alimentaire et nutritionnelle au Sahel
PADAB II Programme d’appui au développement de l’agriculture au Burkina Faso, phase 2
PAFASP Programme d’appui aux filières agro-sylvo-pastorales
P4P Purchase for Progress
PAM Programme alimentaire mondial
PAN Plan d’actions pour le développement de la filière niébé
PAPSA Projet d’amélioration de la productivité agricole et de la sécurité alimentaire
PAR Pertes après récolte
PCESA Programme de croissance économique dans le secteur agricole
PCP Point critique de pertes
PDRD Programme de développement rural durable dans la région du Nord
PEHD Polyéthylène haute densité
PFP Point de faibles pertes
xiv

PFRDV Pays à faible revenu et à déficit vivrier


PIB Produit intérieur brut
PICOFA Programme d’investissement communautaire pour la fertilité agricole
dans la région de l’Est
PICS Purdue Improved Cowpea Storage (sacs)
PIGEPE Projet d’irrigation et de gestion de l’eau à petite échelle dans le Sud-Ouest
PNVACA Programme national de vulgarisation et d’appui conseil agricole
PNDES Programme national de développement économique et social
PNDSA / BM Projet national de développement des services agricoles / Banque mondiale
PNSR Programme national du secteur rural
PNUD Programme des Nations Unies pour le développement
PP Polypropylène
Ppb Partie par billions
PPC Poids de produits consommables
PPAAO Programme de productivité agricole en Afrique de l’Ouest
PROFIL Projet pour la promotion des filières
PRRIA Projet de renforcement de la résilience contre l’insécurité alimentaire
PSAE Programme de sécurité alimentaire dans la région de l’Est
PSAN-BF Programme de sécurité alimentaire et nutritionnelle au Burkina Faso
PS-GDA Plan stratégique genre du développement agricole
PTF Partenaires techniques et financiers
RPAM / BF Projet de réduction des pertes post-récoltes et d'amélioration
de l'accès aux marchés rémunérateurs par les petits producteurs / Burkina Faso
SAVE FOOD Initiative mondiale de réduction des pertes et du gaspillage alimentaires
SCADD Stratégie de croissance accélérée et de développement durable
SC Suivi des cargaisons
SIM Systèmes d’information sur les marchés
SONAGESS Société nationale de gestion des stocks de sécurité alimentaire
UA Union africaine
UDPA Union départementale des professionnels agricoles
UEMOA Union économique et monétaire ouest-africaine
UGCPA Union des groupements de commercialisation de produits agricoles
UNPS Union nationale des producteurs semenciers
UPPA / Houet Union des producteurs professionnels du Houet
URGCC Union régionale des groupements de commercialisation de céréales
USD Dollar des États-Unis
xv

Carte du Burkina Faso

RÉGIONS DES ÉTUDES DE CAS

Mali

Niger

NORD

BOUCLE DU
MOUHOUN

HAUTS-BASSINS

Benin

Ghana
Togo

Côte d’Ivoire Les frontières et les noms indiqués et les désignations employées dans cette carte
n'impliquent aucune approbation ou acceptation officielle de la part des Nations Unies.

Source: UN Map No. 4230 Rev. 1 (August 2018). Department of Field Support – Geospatial Information Section
xvi

Résumé exécutif

LES CHAÎNES D’APPROVISIONNEMENT DU SORGHO, DU MAÏS ET DU NIÉBÉ


ÉTUDIÉES
Deux études ont été conduites au Burkina Faso pour une analyse approfondie des pertes après-récolte et
de leurs causes le long des chaînes d’approvisionnement (CA) du sorgho, du maïs et du niébé.
La première étude sur le terrain des pertes après-récolte a été conduite entre les mois d’octobre 2015
et d’avril 2016 dans trois régions du pays. Deux chaînes d’approvisionnement ont été sélectionnées par
région: celle du commerce classique de céréales, et celle organisée autour des organisations faitières de
producteurs.
Dans la Boucle du Mouhoun, les chaînes d’approvisionnement du sorgho retenues sont celle de
l’Union des groupements de commercialisation de produits agricoles (UGCPA) et celle organisée
autour d’un commerçant grossiste. Dans les Hauts-Bassins, les chaînes d’approvisionnement du maïs
sélectionnées sont celles de l’Union des producteurs professionnels du Houet (UPPA/Houet) et d’un
commerçant grossiste (Établissement Téra). Dans la région du Nord, les chaînes d’approvisionnement
du niébé sélectionnées sont celles de l’Association formation développement et ruralité (AFDR) et
d’un commerçant grossiste. Cette dernière draine la plus grande part commercialisée dans la région
du Nord.
La réplication de cette étude s’est déroulée entre les mois de novembre 2016 et d’avril 2017 et a concer-
né les chaînes d’approvisionnement organisées autour de l’UGCPA dans la Boucle du Mouhoun pour le
sorgho, de l’UPPA/Houet dans les Hauts Bassins pour le maïs, et de l’AFDR dans le Nord pour le niébé.

Le sorgho dans la Boucle du Mouhoun


Les lieux de production visités sont six exploitations des villages de Poundou, Ouarkoye et Kosso dans
la zone de Ouarkoye, et des villages de Tisse et Tchériba dans celle de Tchériba. Les sacs de sorgho sont
transportés chez le commerçant à Dédougou. Douze exploitations ont été retenues pour la réplication de
la première étude, qui a été conduite dans les villages de Moukouna et Tankuy dans la commune rurale
de Bondokuy et de Békuy, Poundou et Kamako dans la commune rurale d’Ouarkoye.

TABLEAU 1
Chaînes d’approvisionnement sélectionnées du sous-secteur du sorgho (UGCPA)
Volume Revenus Superficie
Marché des Nombre de
Zone de Produits commercialisé totaux moyenne
CA produits ménages Variétés
production finis (tonnes/an) générés par ménage
finis agricoles
par l’UGCPA (USD) agricole (ha)

Première étude

UGCPA Boucle du SONAGESS, Sorgho 451,4 311 140 000 0,5 à 2 Variétés
Mouhoun PAM grains améliorées:
Flagnon,
Sariasso 14 +
variétés locales
de sorgho rouge
et blanc

Réplication

UGCPA Boucle du SONAGESS, Sorgho 576,3 412 130 000 0,5 à 2 Variétés locales
Mouhoun PAM, Ets grains et améliorées
TERA Flagnon,
Wêêpoa,
Wêêmouna,
Kapelga
xvii

TABLEAU 2
Chaînes d’approvisionnement sélectionnées du sous-secteur du maïs (UPPA/Houet)
CA Zone de Marché des Produits Volume Nombre Revenus Superficie Variétés
production produits finis finis commercialisé de totaux moyenne
(tonnes/an) ménages générés par
par l’UPPA agricoles (USD) ménage
agricole
(ha)

Première étude

Variétés
améliorées
SONAGESS, PAM, 1 000
UPPA/ Maïs SR22,
Houet 906 (dont 250 219 000 0,2 à 3
Houet grossistes locaux grains Masongo,
femmes)
Wari,
Espoir, etc.

Réplication

Variétés
PAM, améliorées
10 000
UPPA/ Hauts- commerçants, Maïs SR22,
6 000 (dont 16 1 229 000 0,2 à 3
Houet Bassins transformatrices, grains Masongo,
femmes)
consommateurs Wari,
Espoir, etc.

TABLEAU 3
Chaînes d’approvisionnement sélectionnées du sous-secteur du niébé (AFDR et grossiste)
Revenus
Volume Nombre de Superficie moyenne
Zone de Marché des Produits totaux
CA commercialisé ménages par ménage
production produits finis finis générés
(tonnes/an) agricoles agricole (ha)
(USD)

Première étude

Yatenga, Niébé 2 731 (dont


AFDR PAM 540 290 000 1
Zondoma grains 1858 femmes)

Centres
urbains,
Niébé
Grossiste Yatenga marché 1 000 ND 536 000 0,25 à 3
grains
frontalier du
Mali

Réplication

Province du PAM,
Niébé 2 731 (dont
AFDR Yatenga et groupements, 248 136 000 1
grains 1858 femmes)
du Zondoma individus

A la récolte (novembre-décembre), les plants de sorgho sont abattus à l’aide de la daba ou de la


machette, les panicules sont coupées au couteau, et les épis sont entreposés en tas sur le sol. Les panicules
sont pré-séchées au champ puis séchées à domicile. Peu de producteurs disposent de bâches, le séchage
se fait le plus souvent à même le sol. Le battage est effectué manuellement ou à l’aide d’un tracteur qui
passe sur le tas de panicules étalées (parfois sur une bâche). S’ensuit le vannage manuel à l’aide de plats
et de calebasses puis le conditionnement et le transport vers les lieux de stockage, généralement dans les
maisons d’habitation. Chez certains producteurs, les panicules sont stockées dans des greniers en terre.

Commercialisation - L’UGCPA procède à l’enlèvement de la quantité mise en vente, qui est acheminée
et stockée dans ses magasins de regroupement. Le sorgho collecté est nettoyé, traité (application d’un
traitement insecticide préventif du magasin et du stock) et reconditionné en attendant son transport
chez les acheteurs (commerçants grossistes ou institutions comme le PAM et la SONAGESS). Les
xviii

producteurs vendent aussi leur surplus de production dans le réseau classique de commercialisation. Les
grossistes disposent d’un réseau de collecteurs qui s’approvisionnent dans les marchés des villages et des
communes. Les grossistes sont aussi approvisionnés par des demi-grossistes1 localisés dans les communes
rurales et les organisations de producteurs (OP). Les grains de sorgho, conditionnés dans des sacs en PP
tissés (aucun produit de traitement n’est utilisé), sont transférés chez le commerçant en camion. Lors du
chargement et du déchargement, pratiqué sans beaucoup de soin par les manutentionnaires, il arrive que
des sacs éclatent. Dans les magasins des commerçants, l’entreposage se fait presque toujours à même le
sol, collé au mur, avec un stock atteignant presque le plafond. En général, le commerçant, qui ne dispose
pas de grandes capacités de stockage, pratique le moins possible un stockage prolongé des produits, en
vue d’alléger les frais d’entretien et de minimiser les risques de contamination. En cas de nécessité, le
stock est traité de manière préventive (avec de la phosphine, sans assurer l’étanchéité des sacs traités). Ce
traitement n’est pas toujours assuré par un personnel qualifié. Le temps de collecte et d’acheminement
du produit au client ne dépasse pas un mois.

Le maïs dans la région des Hauts-Bassins


Les lieux de production visités sont six exploitations des communes de Missidougou et Gonion dans les
localités de Kouakoulé et Farako-Bâ Sud respectivement. Les sacs de maïs sont transportés chez le com-
merçant à Bobo-Dioulasso. La réplication de la première étude a été conduite dans douze exploitations,
dans les localités de Farako-Bâ, Baré, Dafinso et Tolotama dans la commune de Bobo Dioulasso.
Les épis récoltés sont déposés dans différents contenants (sacs en PP tissé, plats, etc.) et transportés vers
l’endroit aménagé pour le séchage et le despathage. Peu de producteurs disposent de bâches et le séchage
est fait à même le sol. Un crible peut être utilisé. L’égrenage est fait avec une égreneuse mécanique. Le
maïs est stocké dans des sacs en PP tissé à domicile sans avoir fait l’objet de traitement particulier de
conservation. Le maïs est également stocké, dans une moindre mesure, dans des silos métalliques. Les
sacs sont ensuite transférés chez le commerçant en camion.

Commercialisation - Le grossiste dispose de collecteurs qui assurent son approvisionnement en maïs. Il


est également approvisionné par les commerçants demi-grossistes et les organisations de producteurs,
dont l’UPPA/Houet. Les stocks de céréales sont regroupés au niveau départemental et acheminés au
magasin central de l’UPPA/Houet à Bobo-Dioulasso. L’UPPA/Houet dans son ensemble commercialise
environ 5 000 tonnes de céréales (dont le maïs) et de niébé annuellement. Ses principaux clients sont la
SONAGESS, le Catholic Relief Services (CRS), le PAM, les unités de transformations locales, les com-
merçants grossistes et les consommateurs individuels.
Le maïs est transformé en farine, semoule ou gritz (décorticage et mouture), par les moulins de
quartier, ainsi que par des unités artisanales ou semi industrielles.

Le niébé dans la région du Nord


Les lieux de production visités sont quatre exploitations des localités d’Aorêma, et Sonh dans la province
du Yatenga, et des localités de Gourcy et Kagapessogo dans la province du Zandoma. Les sacs de niébé
sont transportés chez le commerçant grossiste à Ouahigouya. La réplication de la première étude a été
conduite dans douze exploitations de la province du Yatenga, notamment à Gourbaré dans la Commune
d’Oula et dans la province du Zondoma, dans la commune de Gourcy (villages de Niessega, Guidiyiri,
Kagapesgo, Tamounouma et Bouloulou).
La production de niébé est récoltée deux ou trois fois en fonction de l’état de maturation des gousses.
Les gousses récoltées dans des plats, morceaux de tissus, sacs en PP tissé, sont transportées à domicile
et séchées. Peu de producteurs disposent de bâches et le séchage est fait à même le sol. Le battage des
gousses, manuel (à l’aide de bâtons), est utilisé pour une quantité importante de niébé, et le pilage (dans

1
Le commerçant demi-grossiste est un intermédiaire entre le grossiste et le détaillant. Il traite des quantités allant de
quelques dizaines de sacs à une cinquantaine, voire une centaine de tonnes de céréales. Ces acteurs sont localisés aussi
bien dans les zones de production que dans les zones de consommation. Dans les zones de collecte, il dispose de maga-
sins pour le stockage du produit de sa collecte en vue de la vente aux grossistes. Dans les zones de consommation, le
demi-grossiste s’approvisionne auprès du grossiste.
xix

Importance des cultures de sorgho, de maïs et de niébé pour la sécurité alimentaire


au Burkina Faso

Les céréales constituent les principales productions végétales du Burkina Faso. Elles occupent à elles seules
plus de 88% des surfaces emblavées annuellement et constituent l’alimentation de base de la majorité de la
population. En dix ans, la production céréalière du pays a augmenté de 57%, atteignant près de 4,9 millions
de tonnes en 2012.
Le sorgho est la principale culture céréalière du Burkina Faso. Il est cultivé particulièrement dans la région de
la Boucle du Mouhoun où il occupe le deuxième rang après le mil en superficies emblavées pour les céréales. La
production de la campagne 2015-2016 est estimée à plus de 268 000 tonnes, pour une production céréalière
totale de 799 000 tonnes.
Dans la région des Hauts-bassins, le maïs occupe la première place parmi les céréales en superficies
emblavées. La production de la campagne 2015-2016 est estimée à 616 000 tonnes par rapport à une produc-
tion céréalière totale de 828 600 tonnes.
Le niébé est la légumineuse la plus cultivée au Burkina Faso. Du fait de nombreux avantages agroécologiques
et socioéconomiques, le niébé est passé, en quelques années, du statut de culture vivrière surtout réservée à
l’autoconsommation familiale et aux marchés locaux, à celui de culture de rente destinée également à la vente
sur les marchés urbains et à l’exportation. L’accroissement de la production a surtout été le fait des petites
exploitations qui produisent le niébé en culture secondaire associée avec les céréales. La région du Nord a pro-
duit, en 2015-2016, 114 200 tonnes, soit 20 pour cent de la production nationale.

un mortier) pour des quantités plus petites. Le vannage manuel est effectué à l’aide de plats, de calebasses,
de pelles ou de paniers. Les équipements utilisés pour la conservation du niébé sont les silos métalliques
fermiers, les sacs à triple fonds et les bidons plastiques, qui montrent de bons résultats après plusieurs
mois de stockage, et les sacs en PP tissé. Le niébé ne subit pas de traitement. Les grains de niébé, condi-
tionnés dans des sacs en PP tissés, sont ensuite transférés chez le commerçant.

Commercialisation - Le grossiste dispose d’un réseau de collecteurs de niébé qui s’approvisionnent dans
les marchés des villages et des communes. Il est aussi approvisionné par des demi-grossistes localisés
dans les communes rurales. Le grossiste assure une rotation rapide de son stock et minimise les risques
de conservation du produit. Le temps de collecte et d’acheminement du produit au client ne dépasse pas
un mois. Les producteurs commercialisent environ la moitié de leur production de niébé pour disposer
d’argent liquide afin de satisfaire les besoins de leur ménage (scolarisation, santé, etc.). Dans la région du
Nord, l’AFDR est la seule structure associative ou faitière de producteurs faisant la collecte et la commer-
cialisation du niébé. Le niébé commercialisé par l’AFDR est collecté auprès d’un réseau de producteurs
dans les localités d’Aorêma et de Sonh. La collecte est faite en fonction des marchés obtenus. Le produit
est acheminé dans les magasins de regroupement à Ouahigouya. Le stock de niébé est nettoyé/trié avant
d’être commercialisé auprès d’institutions.

MÉTHODOLOGIE
L’approche méthodologique suivie est basée sur la méthodologie pour les études de cas élaborée par la
FAO dans le cadre de l’Initiative mondiale de réduction des pertes et du gaspillage alimentaires (Save
Food): «  Analyse des pertes alimentaires: Causes et Solutions, Etudes de cas dans les sous-secteurs de
l’agriculture et de la pêche à petite échelle ». Les activités suivantes ont été réalisées: analyse préliminaire:
revue documentaire et consultation avec des experts; enquête d’évaluation des pertes après-récolte: entre-
tiens auprès de personnes ressources des structures techniques centrales et décentralisées, de producteurs,
de commerçants et de transformateurs, et identification des points critiques de pertes (PCP) sur la base des
discussions avec les acteurs; suivi des cargaisons: collecte d’échantillons lors de la récolte, du battage/égre-
nage, du transport chez le commerçant, de la transformation du maïs en farine dans une unité artisanale,
xx

et du stockage chez le producteur et le grossiste (suivi sur cinq mois), et analyse des pertes quantitatives
et qualitatives (taux d’infestation par les insectes et les moisissures, poids des grains consommables, etc.).
De nouvelles mesures ont été effectuées au cours de la réplication: teneur en aflatoxines, estimation des
pertes au battage au moyen de tracteurs (le sorgho analysé au cours de la première étude avait unique-
ment subi un battage manuel). L’appréciation des pertes en lien avec les jeunes2 producteurs (de moins de
35 ans) a également été prise en compte.

Problématique genre
Les chercheurs ont examiné les différents rôles joués par les femmes et les hommes, au niveau des points
critiques de pertes, en collectant des données ventilées par sexe et en identifiant les contraintes et oppor-
tunités spécifiques aux femmes et aux hommes, pour réduire les pertes alimentaires.

OBJECTIFS DES ÉTUDES


L’objectif de l’étude est d’estimer les pertes qualitatives et quantitatives le long des chaînes d’approvision-
nement du sorgho, du maïs et du niébé, de mettre en évidence les points critiques de pertes et d’identifier
les principales causes des pertes. De plus, il s’agit d’identifier les solutions appropriées, réalisables et
durables, les meilleures pratiques et les stratégies de réduction des pertes après-récolte.
La réplication de la première étude vise à comparer les résultats obtenus sur deux années consécutives,
à compléter les informations qui n’ont pas pu être collectées au cours de la première étude, et à essayer
de mieux comprendre les différences éventuelles et les causes (occasionnelles et structurelles).

RÉSULTATS 
Points critiques de pertes
Le sorgho dans la Boucle du Mouhoun
Les étapes suivantes sont perçues comme les points critiques de pertes (PCP) par les acteurs des chaînes
d’approvisionnement: la récolte, le transport des panicules à domicile, le battage/vannage, le trans-
port et le stockage chez le grossiste.
Niveaux indicatifs de pertes (mesures effectuées par les chercheurs sur des échantillons collectés sur
le terrain) (Tableau 4):
Les niveaux de pertes quantitatives à la récolte sont identiques lors de la première étude et de la
réplication: 5,4% en 2015-2016 et 5,3% en 2016-2017. Les pertes sont liées aux mauvaises pratiques:
degré inadéquat de séchage, temps inopportun de la récolte, éparpillement des grains lorsque les tiges
sont jetées au sol.
Les taux de pertes quantitatives au battage/vannage sont minimes (inférieurs à 1%) durant les deux
études: 0,47% en 2015-2016 et 0,66% en 2016-2017. Les pertes de grains proviennent des panicules
insuffisamment battues et des grains qui n’ont pas été séparés de la poussière lors du vannage. En 2015-
2016, il a été réalisé un essai de battage sur seulement 27 kg de panicules de sorgho à titre expérimental.
Au cours de la réplication, le battage du sorgho porte sur une moyenne d’une tonne en battage manuel
et d’environ 1,5 tonnes en battage avec un tracteur.
Le taux de pertes quantitatives à l’étape de transport chez le grossiste est estimé à 0,2% durant la
première campagne et à 0,6% durant la campagne de 2016-2017. Les facteurs critiques de risque de perte
sont l’état des voies et des véhicules utilisés, la qualité des sacs (sacs percés desquels tombent les grains)
et les mauvaises pratiques de manutention des sacs.
Les niveaux de pertes observés et mesurés au battage/vannage et au transport sont très faibles. Ces
étapes sont pourtant perçues comme des PCP par les acteurs car elles sont épuisantes et/ou les produc-
teurs utilisent des équipements inadéquats, qui sont des facteurs de risque de perte.
Les pertes qualitatives au stockage du sorgho chez le producteur sont estimées à 0,02% en 2015-
2016 et à 3,2% en 2016-2017. Les résultats de la première étude montrent que le sorgho se conserve
relativement bien en panicules dans des greniers en terre pendant deux ou trois ans. S’il est constaté

2
Lors de la réplication de la première étude, les jeunes sont ciblés comme groupe d’étude, suite à une recommandation
énoncée dans les conclusions de la première étude 2015-2016, qui ne s’était intéressée qu’aux hommes, femmes et enfants
(âgés de 14 ans maximum).
xxi

TABLEAU 4
La chaîne d’approvisionnement du sorgho, acteurs, opérations et points de pertes
Niveau de la CA Champ et exploitation Marché rural / Commune Centre urbain
rurale

Collecteurs OP
Producteurs
Transporteurs Grossistes
Acteurs Collecteurs
Demi-grossistes Clients des OP (ex.
OP
OP institutions)

Récolte et mise en tas des épis (1) Stockage chez le


grossiste
Séchage des épis au champ
(2) Stockage au magasin
(Transport des épis au domicile) de regroupement des OP
(Stockage des épis en greniers) (1) Collecte et stockage
Contrôle qualité et poids
chez le collecteur
Battage / vannage Stockage au magasin
Transport chez le grossiste
Opérations Conditionnement central
Stockage au magasin du
(1) Transport des grains au Nettoyage (selon
demi-grossiste et vente au
domicile marché)
grossiste
Stockage des grains à domicile Transport et stockage
chez le grossiste
Transport au marché
Vente et stockage aux
(2) Collecte par les OP institutions

Récolte
Points critiques de pertes perçus Transport des panicules à Transport chez le grossiste
par les acteurs domicile Stockage chez le grossiste
Battage/vannage

Récolte: 5,4% Transport chez le grossiste:


1ère étude
Battage/vannage: 0,47% 0,2%
Taux de pertes
quantitatives (%)
Récolte: 5,3% Transport chez le grossiste:
Réplication
Battage/vannage: 0,66% 0,6%

Stockage chez le producteur:


1ère étude
0,02%
Taux de pertes
qualitatives (%)
Stockage chez le producteur:
Réplication
3,2%

(1) Chaîne d’approvisionnement classique (organisée autour du commerçant grossiste)


(2) Chaîne d’approvisionnement de l’UGCPA

moins d’infestation que dans les grains conservés en sacs, les panicules subissent toutefois quelques
infestations par les lépidoptères après 5 mois d’entreposage. L’empilement de la production de l’année
sur des stocks vieux de 2 à 4 ans peut être l’une des causes. L’année suivante, les attaques d’insectes sont
observées aussi bien dans le stockage en grains dans les sacs que dans le stockage sous forme de panicules
dans les greniers. Les différences de qualité des panicules avant stockage et le taux d’humidité pourraient
expliquer cet écart de résultats entre les deux études. La principale différence entre les deux études est
donc au stockage.
Les niveaux de pertes obtenus à ce niveau durant la campagne 2016-2017 étant relativement élevés
(supérieurs à 3%) et montrant des infestations croissantes par les insectes au cours du temps, le stockage
chez le producteur est considéré comme une étape sensible à contrôler, qui nécessite la mise en place
d’actions ciblées.

Le maïs dans la région des Hauts-Bassins


Les étapes suivantes sont perçues comme les points critiques de pertes par les acteurs des chaînes d’ap-
provisionnement: la récolte, le séchage des épis, l’égrenage, le stockage au magasin du producteur, le
transport chez le grossiste et la transformation primaire (en farine et en semoule).
Niveaux indicatifs de pertes (mesures effectuées par les chercheurs sur des échantillons collectés sur
le terrain) (Tableau 5):
xxii

Les niveaux de pertes quantitatives à la récolte sont de 3,5% en 2015-2016 et de 2,5% en 2016-2017.
Les grains tombés des épis sont attaqués par les termites, les fournis et la pourriture (si pluie tardive). La
récolte en moyettes n’a pas été observée dans la zone de l’étude en 2015-2016. Cette technique semble
donner de bons résultats avec un taux de pertes faible. A des fins de comparaison, si on se limite au cours
de la réplication à la récolte des épis sur pied, le taux moyen de pertes passe à 3,1%, ce qui se rapproche
du taux de 3,5% constaté au cours de la première étude.
Les niveaux de pertes quantitatives à l’égrenage mécanisé sont passés de 5,6% en 2015-2016 à 1,8%
en 2016-2017. Cette différence assez importante pourrait provenir du degré de séchage des épis et de
la dextérité du machiniste qui doit adapter la force de ventilation du produit pour ne pas propulser les
grains loin de la bâche étalée. Le rendement à l’égrenage est d’environ 80%.
Le taux de pertes quantitatives à l’étape de transport chez le grossiste a doublé entre les deux cam-
pagnes: il était de 0,77% en 2015-2016, il est passé à 1,6% en 2016-2017. Les facteurs de risques sont l’état
des sacs (souvent troués) et l’état de la carrosserie des véhicules de transport.
Les pertes qualitatives au stockage du maïs chez le producteur sont identiques d’une année sur
l’autre: elles sont estimées à 2,7%. Le maïs est sensible à la durée de stockage avec une dégradation
croissante de la qualité des grains et une infestation des stocks par les insectes et les rongeurs. Le maïs est
stocké dans des sacs en polypropylène tissés à domicile. Il n’a pas fait l’objet de traitement particulier de
conservation. La présence de moisissures a été observée, liée à une teneur élevée en humidité.

TABLEAU 5
La chaîne d’approvisionnement du maïs, acteurs, opérations et points de pertes
Niveau de la CA Champ et exploitation Marché rural / Commune rurale Centre urbain

Collecteurs OP
Producteurs Transporteurs Grossistes
Acteurs Collecteurs Demi-grossistes Clients des OP (ex.
OP OP institutions)

Transformateurs Transformateurs

(1) Stockage chez le


Récolte (coupe des épis)
grossiste
Despathage (1) Collecte et stockage chez le
(2) Stockage au magasin
collecteur
Séchage des épis central de l’UPPA/Houet
Transport chez le grossiste
Egrenage/vannage/triage Vente groupée /
Stockage au magasin du demi- producteurs
Opérations Conditionnement
grossiste et vente au grossiste
Transformation
(1) Transport à domicile
Transport chez le grossiste
Stockage à domicile
Transformation en farine (unités
Stockage chez le grossiste
Transport au marché artisanales)
Commercialisation
(2) Collecte par les OP
(institutions, export)

Récolte
Séchage des épis Transport chez le grossiste
Points critiques de pertes
perçus par les acteurs Egrenage Transformation primaire (en
farine et en semoule)
Stockage au magasin du
producteur

Récolte: 3,5% Transport chez le grossiste: 0,77%


1ère étude
Taux de pertes Egrenage: 5,6% Transformation: 20%
quantitatives
(%) Récolte: 2,5% Transport chez le grossiste: 1,6%
Réplication
Egrenage: 1,75% Transformation: 15,3%

Stockage chez le
1ère étude
producteur: 2,7%
Taux de pertes
qualitatives (%)
Stockage chez le
Réplication
producteur: 2,7%

(1) Chaîne d’approvisionnement classique (organisée autour du commerçant grossiste)


(2) Chaîne d’approvisionnement de l’UPPA/Houet
xxiii

Au cours de la première étude, le taux de pertes à la transformation du maïs en farine est de 20%,
survenant principalement au moment du décorticage et le rendement moyen de transformation du maïs
blanc en farine est de 62,5%. Le taux de pertes est estimé à 15,3% durant la réplication et le rendement
brut moyen à 67,7%. La transformation des grains de maïs en farine peut donc également être consi-
dérée comme un point critique de pertes.
Les résultats des analyses de la teneur en aflatoxines révèlent des teneurs en dessous du seuil de
tolérance de 20 ppb (spécifications ISO 16050).

Le niébé dans la région du Nord


Les étapes suivantes sont perçues comme les points critiques de pertes par les acteurs des chaînes
d’approvisionnement: la récolte, le séchage, le battage/pilage manuel, et le stockage au niveau du
producteur.
Niveaux indicatifs de pertes (mesures effectuées par les chercheurs sur des échantillons collectés sur
le terrain) (Tableau 6):
Les niveaux de pertes quantitatives à la récolte sont de 8,7% en 2015-2016 et de 12% en 2016-2017.
Les pertes sont dues à la non collecte de gousses aux champs (en cause, la charge de travail importante
des membres du ménage, surtout des femmes, et la difficulté de récolter des gousses en culture associée
avec des cultures hautes), à la pourriture des grains, et aux attaques de termites.

TABLEAU 6
La chaîne d’approvisionnement du niébé, acteurs, opérations et points de pertes
Marché rural /
Niveau de la CA Champ et exploitation Centre urbain
Commune rurale

Collecteurs
Producteurs OP
Transporteurs
Acteurs Collecteurs Grossistes
Demi-grossistes
OP Clients des OP
OP

Récolte
Transport à domicile (1) Stockage chez le
grossiste
Séchage des gousses
(1) Collecte et Transport chez le client ou
Battage/pilage manuel au marché frontalier
stockage chez le
Vannage/triage manuel collecteur Stockage
Séchage manuel Transport chez le (2) Stockage au magasin
Opérations
grossiste central
Conditionnement
Stockage au magasin Nettoyage/triage
(1) Stockage chez le producteur
du demi-grossiste et
Transport au marché vente au grossiste Conditionnement en sacs

(2) Regroupement local par le village Transport chez le client

Transport au magasin central de Stockage


l’AFDR

Récolte

Points critiques de pertes perçus Séchage


par les acteurs Battage/pilage manuel
Stockage chez le producteur

Récolte: 8,7% Transport chez le


1ère étude
Battage: 1,1% grossiste: 0,3%
Taux de pertes
quantitatives (%)
Récolte: 12% Transport chez le
Réplication
Battage: 1,1% grossiste: 0,3%

1ère étude Stockage chez le producteur: 35%


Taux de pertes
qualitatives (%)
Réplication Stockage chez le producteur: 20%

(1) Chaîne d’approvisionnement classique (organisée autour du commerçant grossiste)


(2) Chaîne d’approvisionnement de l’AFDR
xxiv

Le taux de pertes quantitatives à l’étape de transport chez le grossiste est estimé à 0,3% durant les
deux campagnes.
Durant la première campagne, après cinq mois de stockage chez le producteur, les pertes qualitatives
ont été estimées à 35% pour ceux qui ne pratiquaient pas le stockage hermétique. Un an plus tard, les
pertes au stockage chez le producteur ont été estimées à 20%. Les différences de qualité du produit avant
stockage et le taux d’humidité pourraient expliquer cet écart de résultat entre les deux études.

L’IMPORTANCE DES BONNES PRATIQUES APRÈS-RÉCOLTE


Des pratiques inadéquates, dès la récolte, et l’utilisation d’équipements inappropriés rendent le grain
vulnérable aux moisissures et aux infestations de ravageurs le long de la chaîne d’approvisionnement, et
entraînent des pertes, de faibles rendements et une production de moindre qualité.
Le séchage au village, le despathage, l’égrenage/ battage, le vannage et le triage sont des étapes sensibles
au niveau de la chaîne d’approvisionnement. Très souvent effectuées de manière inadéquate (mauvaises
pratiques, équipements peu performants), exposant les cultures aux intempéries, elles constituent des
portes d’entrée critiques pour l’infestation par les insectes et les moisissures, dont la prolifération va
se poursuivre tout au long du parcours, en particulier au cours des périodes de stockage. Un mauvais
séchage, puis un stockage inadéquat, affectera ensuite l’efficacité du décorticage.
Ainsi par exemple, le nombre insuffisant d’égreneuses conduit à l’utilisation de technologies peu
performantes (battage du sorgho par le tracteur) ou à la prolongation de la durée de stockage des épis
de maïs, les exposant ainsi aux déprédateurs. Le taux de pertes qualitatives du niébé après trois mois de
stockage, lors le stockage hermétique n’est pas appliqué, peut atteindre 100% des grains.

TABLEAU 7
Résumé des causes des pertes après-récolte pour les chaînes d’approvisionnement des trois cultures étudiées
Materiel et equipements Organisation Infrastructures Competences

Équipements non Absence de Précarité des Mauvaises pratiques agricoles et après-récolte


appropriés et non structuration des infrastructures de
Connaissances insuffisantes des acteurs des
performants producteurs stockage, absence de
filières en matière de pertes après-récolte et de
traitement
Défectuosités des Organisation bonnes pratiques
emballages insuffisante des Mauvais état
Faible qualification des opérateurs des
opérations aux des routes et
Qualité du matériel équipements (ex. décortiqueuses)
différentes étapes des véhicules de
végétal, susceptibilité
de la chaîne transport Utilisation inappropriée des produits
variétale
d’approvisionnement insecticides et de fumigation par du personnel
Normes d’hygiène
Disponibilité insuffisante non qualifié
Pénibilité du travail non respectées lors
d’outils simples pour le
du stockage des sacs
séchage et l’égrenage/
en magasins
battage/vannage (bâches
et cribles) Manque d’entrepôts
communautaires

Capacites techniques des


Environnement politique Inegalites hommes-femmes
services de l’etat

Faiblesses en matière de Insuffisance de financement du secteur agricole Inégalité dans la répartition des tâches entre
capacités techniques et hommes et femmes
Absence d’un cadre politique et réglementaire
financières des services
en matière de gestion après-récolte Pouvoir décisionnel des femmes limité,
de l’Etat en charge de
concernant les tâches d’après-récolte, le
la vulgarisation (agents Intégration insuffisante des pertes dans les
contrôle des stocks et l’affectation des recettes
d’encadrement agricole) politiques, stratégies et programmes actuels
Accès limité des femmes aux équipements,
Manque de contrôle de l’application des normes
aux services financiers (crédit), à l’information
de sécurité sanitaire et qualité des aliments
technique, aux formations
Dominance de « l’approche projet » au
Exemple de déphasage technologique: Le
niveau des ministères et des PTF, et la faible
battage dévoué aux hommes est devenu
coordination des interventions
mécanique tandis que le vannage, effectué
Insuffisance des investissements dans la par les femmes, est demeuré manuel, pour des
recherche et l’amélioration des activités après- quantités devenues plus importantes
récolte
Le volume élevé de travail des femmes, actrices
principales, constituent un handicap à la qualité
de certaines opérations et à leur réalisation à
bonne date
xxv

Causes des pertes après récolte en lien avec les problématiques de genre et liées aux jeunes
Les femmes jouent un rôle majeur dans les chaînes d’approvisionnement étudiées. Les facteurs tels
que la participation limitée des femmes à la prise de décision, leur faible accès aux stocks, leur peu d’accès
ou de contrôle sur les revenus, constituent les raisons sous-jacentes de l’inefficacité des chaînes de valeur
et, par conséquent, des pertes alimentaires. Accorder aux femmes un accès égal aux équipements, aux
ressources productives et financières et à la prise de décision contribuera à réduire les pertes alimentaires.
Les jeunes interviennent principalement dans les sous-opérations nécessitant beaucoup d’effort phy-
sique, comme la coupe des tiges, le battage manuel et le transfert des sacs. La non prise en compte des
jeunes dans les processus de prise de décisions constitue également des pertes d’opportunités pour les
activités agricoles et d’après récolte.
Des problématiques similaires se posent pour les trois cultures étudiées, résumées dans le tableau 7.
Les causes identifiées lors de la première étude trouvent écho lors de la réplication.

IMPACT DES PERTES APRÈS-RÉCOLTE


Les pertes après-récolte ont un impact négatif sur les moyens de subsistance des producteurs de sorgho,
de maïs et de niébé les plus vulnérables qui vivent en marge de l’insécurité alimentaire. Elles réduisent
la disponibilité alimentaire au niveau du ménage, dont une partie de la production est gardée pour la
consommation domestique. Les pertes diminuent également le volume et la qualité de produit à la vente,
ce qui se traduit par une réduction des revenus. Les producteurs endurent des pertes économiques
importantes. En outre, les pertes représentent un gaspillage de main-d’œuvre et d’intrants utilisés. Il est
donc très important pour un producteur de réduire ses pertes sensiblement.
L’impact potentiel des pertes (volume et valeur économique) a été estimé à différents niveaux (indivi-
duel, chaîne de l’OP et régional) depuis la récolte jusqu’à la commercialisation (tableau 8).
Avec un taux de pertes de 7,8% le long de la chaîne d’approvisionnement (moyenne entre les deux
années), on estime qu’un producteur de sorgho perd en une année 0,16 tonne de sorgho pour une valeur
de 28 USD. Au niveau de la région de la Boucle du Mouhoun, cela représente une perte de 20 600 tonnes
de sorgho et de 3,6 millions d’USD. Avec un taux de pertes moyen de 10,1% le long de la chaîne d’ap-
provisionnement, un producteur de maïs perd en une année 0,27 tonne de maïs pour une valeur de 65
USD. Au niveau de la région des Hauts-Bassins, cela représente une perte de 61 000 tonnes de maïs et de
14 millions d’USD. Avec un taux de pertes moyen de 36% le long de la chaîne d’approvisionnement, un
producteur de niébé perd en une année 0,15 tonne de niébé pour une valeur de 81,5 USD. Au niveau de
la région du Nord, cela représente une perte de 38 000 tonnes et de 28 millions d’USD.
TABLEAU 8
xxvi

Impact potentiel des pertes alimentaires dans les chaînes d’approvisionnement du sorgho, du maïs et du niébé (niveaux indicatifs)
Volume de Quantité de
Valeur de la Prix de
produit ayant produit ayant
production Valeur Valeur vente du
Volume annuel subi des pertes subi des pertes
Volume annuel Production vendue au prix des des produit sur
Revenus commercialisé Revenus Taux quantitatives et quantitatives et
commercialisé annuelle au du marché rural pertes pertes le marché
générés par au niveau de la générés de qualitatives (par qualitatives (par
par ménage niveau de (hypothèse (USD/ (USD/ rural de
producteur CAA organisée totaux pertes infestation et/ou infestation et/ou
agricole la région : 50% de la an)**** an)**** références
(USD) autour de l’OP (USD) (%)* déversement) déversement)
(tonnes) (tonnes) production est (USD/tonne)
(tonnes) tonnes/an** tonnes/an***
vendue)
(USD/an)
Au niveau individuel Au niveau de la région

1,5
Sorgho 451,4 268 250 3,5
(première (2014) 450 140 000 28,7 millions 6,1 0,13 27,9 16 300 214,3
(2014) (2015-2016) millions
étude)

1,4
Sorgho 576,3 262 900 3,7
(2016) 320 130 000 19,3 millions 9,5 0,19 27,9 24 950 147
(réplication) (2016) (2016-2017) millions

0,9
Maïs 906 615 920 20,6
(première (2014) 220 219 000 86 millions 12 0,36 100 74 000 278,6
(2014) (2015-2016) millions
étude)

0,6
Maïs 6 000 588 500 7,7
(2016) 123 1 229 000 47 millions 8,2 0,18 28,8 48 260 160
(réplication) (2014) (2016-2017) millions

0,2
Niébé 540 114 220 26
(première (2014) 106 290 000 31,3 millions 41,5 0,25 137 47 400 548,2
(2014) (2015-2016) millions
étude)

Niébé 0,1 93 200 16


50 248 136 000 26,2 millions 30,5 0,046 25,9 28 450 563
(réplication) (2016) (2016-2017) millions

* Le taux de pertes est la somme des niveaux de pertes estimés aux étapes de la récolte, du battage/vannage, du transport et du stockage (exprimé en pourcentage de la production initiale totale).
** Le poids des pertes est mesuré partir de la quantité moyenne produite par ménage agricole (données de l’étude de terrain): 2,2 et 2 tonnes/an pour le sorgho, 3 et 2,2 tonnes/an pour le maïs et 0,6 et 0,15 tonnes/an
pour le niébé.
*** Le poids des pertes est mesuré à partir de la production régionale annuelle.
**** Le produit ayant subi des pertes qualitatives (au stockage) sera jeté s’il est trop infesté ou sera vendu à un prix moindre sur le marché rural. Nous mesurons ici l’impact maximal: le produit est perdu
quantitativement. Sa valeur, s’il avait pu être vendu au prix de référence, est évaluée.
NB- Taux de conversion utilisé durant la première étude: 1 USD = 560 FCFA
Taux de conversion utilisé durant la réplication: 1 USD = 662 FCFA
xxvii

RECOMMANDATIONS
Cinq actions prioritaires de réduction des pertes sont retenues sur le plan technique: former et sensi-
biliser les agents d’encadrement agricole et les producteurs sur la thématique des pertes après-récolte et
leur prévention (causes, impacts, ampleur, et bonnes pratiques); faciliter l’accès des producteurs à des
équipements de séchage et d’égrenage/battage (bâches, aires de battage, batteuses/égreneuses, souffleurs
de grains); promouvoir le stockage hermétique (silos métalliques, sacs); promouvoir la construction de
magasins de stockage; et améliorer le rendement de la transformation du maïs.
Afin d’atteindre ces objectifs et d’inscrire les interventions recommandées dans la durée, il est néces-
saire de mener des actions aux niveaux structurel et politique, en particulier: soutenir les efforts de
recherche et de développement répondant à des besoins spécifiques identifiés au niveau local et régional,
dont l’adoption de variétés adaptées et d’équipements de transformation plus performants; mener des
activités de plaidoyer au niveau national pour le contrôle de la qualité de tous les équipements
de gestion après récolte, y compris les sacs en polypropylène tissés mis sur le marché; développer les
partenariats public-privé pour améliorer l’accès des technologies de réduction des pertes après-récolte
aux producteurs, améliorer les liens entre producteurs et fournisseurs; faire de la gestion des pertes
après-récolte une priorité dans les stratégies et les programmes gouvernementaux en cours ou en phase
d’élaboration dans le domaine du développement agricole.

TABLEAU 9
Résumé des recommandations
Materiel et equipements Organisation Infrastructures
• promouvoir l’adoption et appuyer l’acquisition de • Appuyer la création de plateformes • Renforcer les infrastruc-
technologies après-récolte adaptées (séchage, batt- interprofessionnelles pour une meil- tures clés (transport, mar-
age/égrenage, stockage), en veillant à la prise en leure coordination entre les acteurs. chés, réhabilitation des
compte des besoins spécifiques des hommes et des voies de desserte agricole,
• Développer les chaînes de valeur
femmes. etc.).
sélectionnées, en renforçant les
• Promouvoir les techniques de stockage hermétique compétences commerciales et • Appuyer la construction
(sacs, silos métalliques et/ou plastiques, autres conten- entrepreneuriales des parties pre- de magasins de stockage
ants selon leur disponibilité sur les marchés et leur nantes et en soutenant les institu- au profit d’organisation
accessibilité aux hommes et aux femmes sur les plans tions de micro-financement et de faitières.
technique et économique). crédit, afin de faciliter l’accès à des
équipements et installations effi-
• Soutenir la fabrication au niveau local d’équipements
caces.
après-récolte adaptés aux petits producteurs et
favoriser les échanges entre les utilisateurs et les arti-
sans au niveau local.

Recherche et
Capacites techniques, competences Environnement politique
developpement

• Renforcer les capacités (sensibiliser et former les • Au niveau gouvernemental, faire • Soutenir les efforts de
agents d’encadrement et de vulgarisation, les organi- de la gestion des pertes après récol- recherche et de dével-
sations faitières, les producteurs et les autres acteurs te une priorité dans les programmes oppement (variétés et
concernés), sur: agricoles en cours ou en phase technologies adaptées,
d’élaboration au niveau national. itinéraires techniques,
-- les pertes après récolte, leur prévention, la valeur
etc.) répondant à des
économique des pertes, leur impact sur les revenus • Intégrer la dimension de genre dans
besoins spécifiques iden-
et la disponibilité alimentaire; le développement des politiques de
tifiés au niveau local et
réduction des pertes alimentaires.
-- les bonnes pratiques de récolte et d’après récolte, régional et aux efforts
en tenant compte des besoins et priorités des • Promouvoir les normes de qualité d’atténuation des risques
hommes et des femmes; et de sécurité sanitaire des produits liés aux aléas climatiques
agricoles (vulgarisation) et renforc- des zones sèches.
-- la maîtrise des itinéraires techniques de production;
er leur application par des contrôles
-- l’amélioration des installations de stockage sur réguliers effectués par du personnel
l’exploitation et au niveau des magasins, y compris qualifié et équipé.
la gestion des stocks et le traitement phytosanitaire;
• Assurer, au niveau national, la qual-
-- le développement inclusif de la chaîne de valeur; ité des produits et des intrants,
de l’environnement de travail, des
-- l’égale participation hommes-femmes à la prise équipements et des emballages
de décision en matière d’activités après récolte, (dont les sacs en polypropylène tis-
l’allègement des tâches et la gestion équitables des sés mis sur le marché).
stocks.
• Renforcer les services publics, en matière de suivi et de
contrôle des installations de stockage (salubrité, ges-
tion des stocks, inspection et contrôle de la qualité et
de la sécurité sanitaire des aliments).
xxviii

L’importance des points suivants est rappelée:


ƒƒ Les mesures de renforcement des capacités devront veiller à une prise en compte et une participation
efficace des femmes et des jeunes.
ƒƒ Les modalités d’acquisition et de gestion des matériels et des équipements destinés aux producteurs,
veilleront à ce que les inégalités de rapports entre les producteurs et productrices ne soient pas
reproduites et à ce que les besoins spécifiques des jeunes soient pris en compte.
ƒƒ L’État devra appuyer, en matière de stratégie de réduction des pertes après récolte et de renforce-
ment des capacités, les organisations faitières et les ONG telles que: l’UPPA, l’Association femme
et vie (AFV), l’UGCPA, l’AFDR, l’Action pour le monde rural, etc.

Sur la base des résultats des deux études dans les régions de la Boucle du Mouhoun, des Hauts-Bassins et
du Nord, des recommandations ont été formulées, qui sont résumées dans le tableau 9. La problématique
de l’inégalité hommes-femmes est transversale.

RENTABILITÉ TECHNIQUE ET ÉCONOMIQUE


Pour chaque filière, différentes mesures techniques (adoption d’équipements et renforcement des capaci-
tés techniques) sont préconisées (tableau 10), pour une mise en œuvre au niveau régional. L’hypothèse est
émise que la combinaison de ces interventions, contribuera à réduire les pertes alimentaires de 40-80%.
Le coût s’étale sur une période de dix ans. Il est possible d’évaluer la rentabilité des interventions en
déduisant le coût total amorti de l’intervention de la valeur économique de la réduction des pertes.
TABLEAU 10
Budget prévisionnel (au niveau régional) des mesures identifiées pour le projet proposé
Points critiques de Mesures de réduction des pertes Coûts Coût par Coûts Pertes économiques (USD/an) Taux de Economies liées à la réduction
pertes estimés tonne (USD/ annuels réduction de des pertes (USD/an)
(USD) sur 10 tonne) totaux pertes anticipé
ans (USD/an)

Sorgho Première étude Réplication Première étude Réplication

Sensibilisation des acteurs*, Appui


Récolte à la sélection de variétés*, Sacs 1 801 400 3 107 000 2 048 300 60% 1 864 200 1 229 000
hermétiques de 100 kg

Battage/vannage et
Bâches de 25 m2 162 000 377 000 459 900 60% 226 200 275 900
transport

Sacs hermétiques de 100 kg et de


Stockage 107 200 10 700 1 159 400 60% 6 420 695 600
50 kg, Silos métalliques 500 kg**

Total (USD) 2 070 600 0,9 238 120 3 500 000 3 667 500 60% 2 100 000 2 200 500

Mais

Sensibilisation des acteurs, Appui à


Récolte 1 138 000 5 990 000 2 354 000 40-80% 4 791 900 941 600
la recherche (variétés, technologies)

Égreneuse multifonctionnelle (maïs


Égrenage/vannage
+ sorgho), Souffleur de grains, 600 900 10 447 400 3 013 100 40-80% 8 384 900 1 205 250
et transport
Bâche de 25 m²

Sacs hermétiques de 100 kg et de


50 kg, Magasin de stockage de 250
Stockage 4 577 620 4 179 000 2 354 000 40-80% 3 343 200 941 600
tonnes, Silos métalliques de 1300
kg** et de 500 kg

Total (USD) 6 316 520 1,2 726 400 20 600 000  7 721 600 40-80% 16 520 000 3 088 450

Niebe

Renforcement des capacités et


appui au respect des bonnes
Récolte 11 000 000 5 449 100 6 296 600 50-70% 2 724 600 4 407 600
pratiques agricoles, Appui à la
recherche développement

Battage/vannage et Egreneuses/batteuses de niébé,


180 730 800 400 645 400 50-70% 400 200 451 800
transport Bâches de bonne qualité

Sacs hermétiques de 50 kg et de
100 kg, Silos métalliques de 500
Stockage kg, Magasins communaux de 250 1 415 000 19 735 200 9 077 600 50-70% 9 867 600 6 354 310
tonnes, Magasins provinciaux de
500 tonnes

Total (USD) 12 595 730 12,7 1 448 509 25 984 680 16 019 600 50-70% 12 992 400 11 213 700

* Estimations prévisionnelles au regard de la zone d’intervention


xxix

** Les silos de 500 kg sont destinés aux producteurs individuels (le choix de la capacité de stockage est basé sur la quantité produite au niveau individuel). Les silos de plus grande capacité (1300 kg) sont destinés aux
organisations de producteurs, à raison de 2 silos/commune.
xxx

Le stockage est une étape critique à maîtriser. L’adoption de silos métalliques au niveau individuel (1 silo
par ménage), permettrait au producteur de faire des économies significatives (près de 6 USD par an pour
le producteur de sorgho, 17,8 USD/an pour le producteur de maïs et 76,6 USD/an pour le producteur de
niébé). La durée de vie des silos métalliques est de 20 ans.
Par ailleurs, la fabrication locale de silos métalliques est faisable et rentable pour les artisans, compte
tenu de leur coût de production et de leur prix de vente. Les matériaux de construction des silos sont
disponibles et de bonne qualité sur les marchés des régions concernées. La problématique majeure des
fabricants reste le développement de leur marché, qui passe par la promotion de l’outil de stockage et par
l’amélioration de l’accessibilité des producteurs à cet outil.
La rentabilité est également évaluée pour l’adoption de sacs hermétiques de 100 kg au niveau indivi-
duel (5 à 10 sacs par ménage), d’une durée de vie de 2 ans.

TABLEAU 11
Calcul des coûts-bénéfices pour l’adoption d’un silo métallique de 500 kg
Sorgho Maïs Niébé

Rubriques Valeurs/Unité Valeurs/Unité Valeurs/Unité

Quantité du produit au niveau d’un ménage 2 tonnes/an 3 tonnes/an 0,6 tonnes/an

Valeur du produit 147 USD/tonne 278,6 USD/tonne 548,2 USD/tonne

Taux de pertes au stockage 3% 2,7 % 35 %

Pertes alimentaires 0,06 tonnes/an 0,08 tonnes/an 0,21 tonnes/an

Pertes économiques 8,9 USD/an 22,6 USD/an 115 USD/an

Coût annuel total de l’intervention 5,4 USD/an 5,4 USD/an 5,4 USD/an

Coût individuel par tonne 2,7 USD/tonne 1,8 USD/tonne 9 USD/tonne

Réduction désirée du taux de pertes 60 % 80 % 70 %

Réduction du volume des pertes 0,04 tonnes/an 0,06 tonnes/an 0,15 tonnes/an

Économies liées à la réduction des pertes 5,9 USD/an 17,8 USD/an 82 USD/an

Rentabilité de l’intervention 0,5 USD/an 12,4 USD/an 76,6 USD/an

TABLEAU 12
Calcul des coûts-bénéfices pour l’adoption de sacs hermétiques de 100 kg
Sorgho Maïs Niébé

Rubriques Valeurs/Unité Valeurs/Unité Valeurs/Unité

Quantité du produit au niveau d’un ménage 2 tonnes/an 3 tonnes/an 0,6 tonnes/an

Valeur du produit 147 USD/tonne 278,6 USD/tonne 548,2 USD/tonne

Taux de pertes au stockage 3% 2,7 % 35 %

Pertes alimentaires 0,06 tonnes/an 0,08 tonnes/an 0,21 tonnes/an

Pertes économiques 8,9 USD/an 22,6 USD/an 115 USD/an

Coût annuel total de l’intervention 5 USD/an 10 USD/an 5 USD/an

Coût individuel par tonne 2,5 USD/tonne 3,3 USD/tonne 8,3 USD/tonne

Réduction désirée du taux de pertes 60 % 80 % 70 %

Réduction du volume des pertes 0,04 tonnes/an 0,06 tonnes/an 0,15 tonnes/an

Économies liées à la réduction des pertes 5,9 USD/an 17,8 USD/an 82 USD/an

Rentabilité de l’intervention 0,9 USD/an 7,8 USD/an 77 USD/an


PARTIE 1
Étude de cas sur le sorgho, le maïs, le
niébé au Burkina Faso (2015-16)

INTRODUCTION
Le Burkina Faso est un pays sahélien où le sec- pression sur les ressources naturelles. Le mode
teur agricole joue un rôle socio-économique très d’exploitation des ressources naturelles, conjugué
important. En effet, le secteur agricole occupe à une croissance démographique élevée (3,1%),
plus de 86% de la population, fournit environ accélère la dégradation des terres agricoles.
45% des revenus des ménages agricoles, génère La variabilité des conditions agro-climatiques,
30% du produit intérieur brut (PIB) et 70% des la faible adaptation des producteurs aux change-
recettes d’exportations. En 2006, la population ments climatiques, la dégradation des ressources
agricole était estimée à 13 098 679 de personnes (6 productives et environnementales, le faible niveau
304 242 hommes et 6 794 437 femmes) (DGESS/ de développement des filières et la non maîtrise des
MASA, 2012). Les céréales constituent les prin- techniques de production, sont quelques-unes des
cipales productions végétales du Burkina Faso. contraintes de la production agricole au Burkina
En dix ans, la production céréalière du pays a Faso, qui expliquent les difficultés alimentaires
augmenté de 57%, passant de 3 119 000 tonnes en récurrentes dans certaines zones vulnérables. Les
2002 à 4 898 000 tonnes en 2012 (DGESS/MAAH, bilans céréaliers indiquent une disponibilité en
2016). La culture du niébé est également ciblée par céréales très variable, qui fluctue chaque année
la politique agricole du Gouvernement, du fait entre –250 000 et +1 000 000 tonnes. A cela
de ses nombreux avantages agro-écologiques et s’ajoute l’existence de disparités structurelles peu
socioéconomiques (Dabat M.-H. et al, 2012). favorables aux femmes et aux jeunes, en matière
L’agriculture burkinabé, avec de faibles rende- d’accès, de gestion et de contrôle des ressources.
ments, est quasiment extensive et exerce une forte Cette situation a peu évolué pour les femmes
2 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

comme l’indique une note3 en 2015. alimentaire demeure préoccupante au Burkina


Par ailleurs, selon le rapport sur le développe- Faso comme dans la plupart des pays du Sahel et
ment humain en Afrique 2012 du Programme des en général dans les pays à faible revenu et à déficit
Nations Unies pour le développement (PNUD, vivrier (PFRDV). Parmi les facteurs qui exacerbent
2012), le Burkina Faso est caractérisé par une l’insécurité alimentaire, la malnutrition et la pau-
incidence élevée de la pauvreté, de la faim et de la vreté, il semble que les pertes après récolte (PAR)4
malnutrition. L’une des deux raisons majeures de ou pertes alimentaires soient souvent omises. 
cette situation selon ce rapport, est le préjugé lié au Les PAR sont le résultat du disfonctionnement
genre. Les dernières enquêtes sur les conditions de des chaînes de production et d’approvisionnement.
vie des ménages indiquent que 43,9% de la popula- Elles sont considérées comme l’un des facteurs de
tion vivait en dessous du seuil de pauvreté en 2009. l’insécurité alimentaire des ménages les plus vul-
Le «rapport genre et pauvreté» 1998 de l’Institut nérables. Les PAR ont non seulement un impact
national des statistiques et la démographie (INSD) négatif sur la sécurité alimentaire et les moyens
indique que dans le groupe des personnes vivant de subsistance des populations vulnérables, mais
dans l’extrême pauvreté, 52,4% sont des femmes. aussi sur l’environnement et le développement
L’incidence de la pauvreté est de l’ordre de 50% en économique en général. Elles affectent de façon
milieu rural (INSD, 2010). disproportionnée les femmes, très souvent en
En 2012, la prévalence de la malnutrition aigüe charge de la gestion des opérations de manutention
est de 10,9% et les enfants de moins de 5 ans après récolte. La réduction des PAR peut donc
présentent une insuffisance pondérale de 21,5%. contribuer de manière significative à améliorer la
L’insécurité alimentaire touche environ 30% de la sécurité alimentaire et atténuer la vulnérabilité des
population. (PNUD, 2012). ménages les plus fragiles.
Pour améliorer la contribution du secteur rural Après le sommet de l’UA de janvier 2015 à
à la croissance économique, à la lutte contre la Addis-Abeba, les services techniques du Ministère
pauvreté et l’insécurité alimentaire, des politiques de l’agriculture du Burkina Faso ont reçu officiel-
et des stratégies de développement ont été élabo- lement les documents relatifs aux sept engagements
rées et mises en œuvre par le Gouvernement à dits «Déclaration de Malabo», adoptés en juillet
partir des années 2000 au nombre desquelles on 2014 par l’UA, dont le but est d’éradiquer la faim
peut citer  : i) la Stratégie de croissance accélérée et de réduire de moitié la pauvreté en Afrique d’ici
et de développement durable (SCADD), ii) le 2025. La réduction des PAR de moitié d’ici 2025
Programme national du secteur rural (PNSR), iii) est en lien avec l’éradication de la faim en Afrique.
le Plan stratégique genre et développement agri- C’est ainsi que depuis, la réduction des PAR fait
cole (PS-GDA), iv) le Plan d’actions de la filière partie des priorités nationales du Burkina Faso.
céréales (mil, sorgho, maïs), v) et le Plan d’actions L’agriculture burkinabé est une agriculture de
pour le développement de la filière niébé (PAN). subsistance basée sur les céréales, qui occupent à
L’ensemble des politiques du Gouvernement et elles seules plus de 88  % des surfaces emblavées
des interventions mises en place ont permis d’at- annuellement et constituent l’alimentation de base
teindre une disponibilité alimentaire globalement de la majorité de la population (elles participent
satisfaisante sur la période 2002-2013. En effet, le pour environ 73% à l’apport calorifique dans l’ali-
bilan céréalier de la campagne 2014/2015 indique mentation). La mise en œuvre de stratégies et d’in-
une consommation apparente de produits céréaliers terventions de réduction des PAR dans cette filière
(mil, maïs, sorgho, riz, fonio) par habitant de 237 est par conséquent un enjeu crucial, qui s’inscrit
kg/personne et par an, supérieure à la norme de dans le cadre de la lutte contre la pauvreté et des
consommation établie à 190 kg de céréales par per- défis à relever dans le secteur agricole au Burkina
sonne et par an (DGESS/MARHASA, 2014/2015). Faso: renforcer la sécurité alimentaire, augmenter
En dépit de cette situation alimentaire rela- les revenus des populations rurales, assurer une
tivement satisfaisante, il existe une proportion gestion durable des ressources naturelles, respon-
importante de ménages agricoles, qui n’arrive pas sabiliser les populations rurales en tant qu’acteurs
à couvrir ses besoins alimentaires en céréales sur de développement.
la base de sa propre production. Ainsi, la situation

4
Les activités après récolte comprennent la  récolte  elle-
même, la manutention après récolte, la transformation, la
3
MARHASA, note d’orientation politique, août 2015. distribution (grossiste et détaillant) et la consommation.
3

Compte tenu de l’importance du maïs, du loppement et de la coopération (Gouvernement


sorgho et du niébé pour la sécurité alimentaire suisse), via un partenariat entre trois agences des
et nutritionnelle et les moyens d’existence d’une Nations Unies basées à Rome (la FAO, le PAM et
grande partie de la population burkinabé, et le FIDA), et ses activités sont mises en œuvre sur le
compte tenu aussi du fait que le Gouvernement terrain dans trois PFRDV (le Burkina Faso, l’Ou-
reconnaît l’existence de PAR tout au long de ganda et la République Démocratique du Congo).
ces chaînes d’approvisionnement, pertes qui vont Au Burkina Faso, cette initiative a ainsi prévu
influer sur l’offre, il est nécessaire de conduire une étude couvrant le sorgho, le maïs et le niébé,
des études sur les PAR et de mettre en place des dans quatre régions administratives (la Boucle du
interventions ciblées pour leur réduction dans les Mouhoun et l’Est, les Hauts-Bassins et le Nord).
chaînes d’approvisionnement de ces trois cultures. Le présent rapport présente les résultats de cette
Le projet «Intégration des initiatives de réduc- étude. Chaque chapitre comprend un état des
tion des pertes alimentaires pour les petits exploi- lieux des connaissances, les résultats de l’étude sur
tants dans les zones à déficit vivrier» se situe dans le terrain, ainsi qu’une analyse des résultats et des
ce contexte. Il est financé par la Direction du déve- recommandations.
4

Approche méthodologique

L’approche méthodologique suivie dans cette l’étude à travers notamment un atelier natio-
étude est fondée sur la méthodologie élaborée nal de restitution et de validation. Sur la base
par la FAO pour les études de cas dans le cadre des résultats obtenus, des interventions sont
de l’Initiative mondiale de réduction des pertes proposées, avec pour objectif une réduction
et du gaspillage alimentaires - Save Food5 (FAO, significative des pertes sur une période de
2016). Cette méthodologie comporte les phases dix ans dans les chaînes d’approvisionnement
suivantes: étudiées.
ƒƒ l’analyse préliminaire (dépistage) du
sous-secteur étudié, permettant de dresser un Le choix des chaînes d’approvisionnement pour les
état des lieux des CAA existantes, d’identifier travaux sur le terrain se fait à l’issue de la phase de
sur les CAA retenues les principaux points dépistage. Il est effectué en particulier à partir des
critiques de pertes et d’évaluer les niveaux de critères suivants : la création de valeur ajoutée, la
pertes qualitatives et quantitatives telles que contribution à la génération de revenus, la capacité
perçues par les experts et autres personnes à générer des emplois non familiaux, l’importance
ressources des filières sur lesquelles porte du marché à l’exportation (génération des devises),
l’étude; et la contribution à la sécurité alimentaire. Il se fait
ƒƒ l’évaluation des pertes sur le terrain (enquête), également en s’appuyant sur les critères suivants:
dans les différentes régions ciblées du pays, ƒƒ la taille des exploitations des chaînes alimen-
via des interviews semi-structurées avec les taires;
groupes d’acteurs/actrices (producteurs, ƒƒ la création de valeur ajoutée par les petites et
transformateurs, transporteurs, et gestion- moyennes exploitations de la chaîne d’appro-
naires/vendeurs dont les gérants d’entrepôts, visionnement;
les grossistes et les détaillants), sur la base de ƒƒ la finalité des produits obtenus dans chaque
questionnaires spécifiques complétés par des chaîne d’approvisionnement;
observations faites par les chargés d’étude; ƒƒ l’existence des marchés urbains dans les vil-
ƒƒ le suivi des cargaisons du produit-échan- lages, les zones urbaines et les possibilités de
tillonnage (SC-échantillonnage) depuis les vendre à l’étranger;
champs de production jusqu’aux marchés de ƒƒ l’existence d’un programme d’appui en cours.
vente en gros ou au détail;
ƒƒ l’analyse des données collectées (synthèse) L’étude a commencé avec une rencontre de
dans les bassins de production et sur les mar- cadrage le 9 octobre 2015. Les différentes étapes se
chés pour établir un état détaillé des causes sont ensuite déroulées comme suit:
des pertes alimentaires, estimer leur ampleur, ƒƒ adaptation des questionnaires-guides: du 5 au
et rechercher des solutions concrètes pour 19 octobre 2015;
leur réduction aux différentes étapes critiques ƒƒ réalisation de l’état des lieux (diagnostic pré-
de chaque chaîne d’approvisionnement étu- liminaire): du 5 octobre au 2 novembre 2015;
diée; ƒƒ mission d’identification des acteurs sur le
ƒƒ l’élaboration et la validation du rapport de terrain: du 15 au 31 octobre 2015;
ƒƒ interviews de producteurs/trices, de com-
merçants et suivi des points critiques de
pertes à la récolte: du 2 au 27 novembre 2015;
5
http://www.fao.org/save-food/fr
5

ƒƒ suivi des points critiques de pertes au stoc- Les résultats de l’état des lieux ont été présentés
kage, à la transformation et suivi des cargai- et revus au cours d’une rencontre technique avec
sons: du 15 décembre 2015 au 16 avril 2016. les représentants du Ministère en charge de l’agri-
culture et de l’Institut de l’environnement et de
Un produit par région a été retenu pour l’étude. recherches agricoles (INERA), la responsable du
Ce choix a été fait en tenant compte de l’impor- projet conjoint, le point focal national du projet,
tance de la production de chaque produit dans la l’assistant technique du projet, et les points focaux
région. Ainsi, les régions proposées et les produits du PAM et de la FAO. Ils ont été validés le 10
retenus pour la collecte des données sur le terrain novembre 2015.
sont:
ƒƒ la région de la Boucle du Mouhoun pour le COLLECTE DES DONNÉES SUR LE
sorgho; TERRAIN
ƒƒ la région de l’Est pour le sorgho; La collecte des données sur les PAR a été faite
ƒƒ la région des Hauts-Bassins pour le maïs; auprès des personnes ressources des structures
ƒƒ la région du Nord pour le niébé. techniques centrales et décentralisées (guide d’en-
tretien), et auprès des acteurs/trices directs (ques-
QUESTIONNAIRES-GUIDES ET GUIDES tionnaire et détermination pratique des pertes).
D’ENTRETIEN UTILISÉS Les données sur les pertes à la récolte, au stockage
Des questionnaires-guides ont été élaborés et chez les producteurs/trices et commerçants/tes, et
adaptés pour la collecte de données sur les PAR de au cours de la transformation, ont été directement
sorgho, de maïs et de niébé au Burkina Faso, pour constatées et recueillies par les consultants. Les
les maillons de la production, de la transformation méthodes utilisées pour le recueil de ces données,
et de la distribution. La problématique du genre notamment au niveau des points critiques de
a été prise en compte lors de l’élaboration des pertes identifiées au préalable, sont présentées
questionnaires. comme suit:
Un guide d’entretien a été élaboré avec les ƒƒ Dans chaque région, deux ou trois groupes
structures d’appui technique aux niveaux central de discussion, mixtes ou de femmes, ont été
et déconcentré. identifiés, en vue d’échanger sur la probléma-
tique des PAR.
ÉTAT DES LIEUX DES CHAÎNES DE ƒƒ De ces groupes de discussion, quatre produc-
VALEUR DANS LES RÉGIONS ÉTUDIÉES teurs et deux productrices échantillons ont
Cette phase comprend la revue documentaire, la été retenus.
consultation des experts nationaux. Ces missions ƒƒ Par la suite, la qualité de leurs produits a été
dans les quatre régions ont eu pour objectif d’in- suivie par observation et prélèvement systé-
former les partenaires sur les enjeux de l’étude, matique d’échantillons pour analyse au labo-
d’identifier les acteurs/trices, de les sensibiliser sur ratoire au cours du stockage en 3 passages.
leur rôle, et de conduire les activités préalables aux ƒƒ Un à deux commerçants ont été également
enquêtes auprès des acteurs/trices et au suivi des identifiés, par région, pour estimer les pertes
cargaisons. lors des opérations d’approvisionnement, de
Le rapport sur l’état des lieux a porté sur: stockage et pour le suivi des cargaisons.
ƒƒ la synthèse des données bibliographiques; ƒƒ Le sorgho et le niébé étant faiblement trans-
ƒƒ la description des chaînes d’approvisionne- formés au niveau artisanal et semi-industriel,
ment de sorgho, maïs et niébé existantes dans une unité artisanale et une unité semi-in-
les régions de l’étude; dustrielle de transformation de maïs ont été
ƒƒ les propositions de chaînes d’approvisionne- retenues pour la détermination des pertes à la
ment à retenir pour l’étude; transformation.
ƒƒ l’identification des points critiques de
pertes  ressortis de la revue documentaire et MÉTHODES DE DÉTERMINATION DES
selon les acteurs/trices rencontrés; PERTES SUR LE TERRAIN
ƒƒ les services d’appui accompagnant les chaînes Les pertes alimentaires quantitatives se réfèrent à
d’approvisionnement dans les régions de une diminution de la masse des aliments consom-
l’étude; mables par les humains à travers les différents
ƒƒ l’implication des hommes, des femmes et des segments de la chaîne d’approvisionnement ali-
enfants dans les chaînes d’approvisionnement. mentaire. En plus des pertes quantitatives, les pro-
6 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

duits alimentaires perdent également en qualité, d’humidité est mesuré. Une moyenne du poids des
entraînant une baisse de leur valeur économique grains collectés sur les 3 films plastiques est alors
et nutritionnelle, avec des risques de sécurité faite; cette moyenne du poids constitue les pertes
sanitaire (contamination par les mycotoxines par sur une superficie de 22m². Ces pertes de grains
exemple), affectant la santé et la sécurité nutrition- sont ramenées à l’hectare ou au poids de la pro-
nelle des populations (FAO, 2016). duction de sorgho d’un hectare, car 2 ou 3 carrés
Le suivi de la qualité des grains est réalisé avec de rendement ont également été posés, permettant
les paramètres suivants: de déterminer la production du champ à l’hectare.
ƒƒ le taux d’humidité; En résumé, les calculs utilisés sont les suivants:
ƒƒ le poids de 1000 grains; ƒƒ rendement à l’hectare = (moyenne des carrés de
ƒƒ le degré d’infestation des grains; rendement sur 25 m² / 25) x 10 000 m² (en kg)
ƒƒ le type de nuisible présent; ƒƒ pertes au champ / ha = (pertes au champ sur
ƒƒ le taux de produit endommagé; 22 m²/ 22) x 10 000 m² (en kg)
ƒƒ le taux d’impuretés totales; ƒƒ taux de pertes au poids = poids des pertes sur
ƒƒ le poids du produit consommable. 1 ha / (rendement par ha + poids des pertes
sur 1 ha)
Une évaluation économique des pertes quantita-
tives est également réalisée en tenant compte des Détermination des pertes au battage/vannage
prix des produits sur le marché au mois d’avril Il s’agit du battage et du vannage manuels. Un
2016, diffusés par le système d’information sur les poids donné de panicules de sorgho est battu et
marchés (SIM) de la Société nationale de gestion vanné. Après ces 2 opérations, on récupère la
des stocks de sécurité alimentaire (SONAGESS). paille issue des panicules battues, et les résidus
Elle est présentée à la section 4 de chaque chapitre (poussière) du vannage. Il est alors procédé à la
avec les données suivantes: récupération des grains restés adhérés aux épis et
ƒƒ Pour le sorgho, la valeur considérée est le prix au tri des grains se trouvant dans les résidus de
sur le marché rural de référence de Solenzo vannage. Ces grains sont alors pesés et constituent
dans la région de la Boucle du Mouhoun. Il les pertes au battage/vannage. Le taux de pertes
est de l’ordre de 214 USD par tonne. au cours de l’opération est rapporté à la quantité
ƒƒ Pour le maïs, la valeur considérée est le totale de grains obtenus. Le battage est assuré par
prix sur le marché de référence de Colma les hommes et le vannage par les femmes.
à Bobo-Dioulasso, dans la région des Les pertes sont calculées comme suit:
Hauts-Bassins. Il est de l’ordre de 278,6 USD ƒƒ pertes totales de grains  = pertes de grains
par tonne. dans la poussière + pertes de grains dans la
ƒƒ Pour le niébé, la valeur du produit considérée paille
est le prix moyen sur le marché de Gourcy. Il ƒƒ % de pertes par rapport à la quantité totale
est de 548,2 USD/tonne. de grains = pertes totales de grains / (poids
des grains obtenus + poids des pertes) x 100
Détermination des pertes de sorgho
Détermination des pertes au champ à Détermination des pertes au cours du transfert
l’abattage des plants des sacs chez le commerçant (SC)
La première étape de la récolte du sorgho dans La méthode de détermination des pertes à ce
les régions visitées consiste à couper les plants à niveau est similaire à celle utilisée pour le maïs
la base à l’aide d’une machette ou d’une houe, et détaillée ci-après.
à les déposer au sol. Au cours de cette opération
menée uniquement par les hommes, des grains Détermination des pertes de maïs
tombent au sol et ne peuvent plus être récupérés, Détermination des pertes à la récolte
constituant ainsi des pertes à l’abattage des plants. La superficie du champ de maïs a été mesurée au
Pour la quantification de ces pertes, trois films départ en tenant compte de sa forme. A la suite
plastiques de 2,2m x 10m chacun ont été disposés du passage des personnes (les femmes en général)
dans le champ à récolter. Au cours de l’abattage, effectuant la récolte pour le compte du (de la)
une partie des plants tombent sur le film plas- producteur/trice, il a été délimité trois carrés de
tique avec des grains qui se détachent. En fin 5m x 5m dans le champ, où l’équipe de consultants
d’opération, le film plastique est récupéré avec les accompagnée du personnel d’appui, ont récupéré
grains; ces derniers sont nettoyés, pesés et le taux les épis de maïs non récoltés.
7

Ces épis issus d’un carré, égrenés, nettoyés sur la rafle, et ceux retrouvés dans la poussière.
et pesés par un laboratoire agréé, constituent les Le taux de pertes à l’égrenage peut être calculé par
pertes en grains au champ sur une superficie de 25 rapport à la quantité totale de grains obtenue au
m² (en tenant compte de sa teneur en eau). Étant cours de l’égrenage.
donné que trois carrés ont été posés, une moyenne Parallèlement, cinquante kilogrammes d’épis
de ces pertes est alors calculée. Cette moyenne est ont été décortiqués manuellement, afin d’apprécier
extrapolée à l’hectare ou rapportée à la production la performance de l’égreneuse utilisée.
totale du champ en grain, qui est demandée au En résumé, les calculs utilisés sont les suivants:
producteur après sa récolte pour le calcul du taux ƒƒ pertes totales = grains détachés des rafles
de pertes au champ. + grains issus du vannage de la poussière +
En résumé, les calculs utilisés sont les suivants: grains projetés sur le plastique en kg
ƒƒ pertes sur 1 ha = (moyenne des pertes sur 3 ƒƒ taux de pertes  = pertes totales (kg) / (poids
carrés de 25 m² / 25) x 10 000 des grains mis en sacs + pertes totales) en %
ƒƒ production récoltée d’1 ha = production
totale récoltée / superficie mesurée Détermination des pertes au cours du transfert
ƒƒ production totale d’1 ha = production récol- des sacs chez le commerçant (SC)
tée sur 1 ha + pertes sur 1 ha La détermination des pertes de grain au cours du
ƒƒ taux de pertes  = pertes sur 1 ha (en kg) / transfert des sacs de maïs est faite en déduisant le
production totale d’1 ha poids des sacs à l’arrivée de son poids au départ.
Pour cela, un échantillon de sacs a été identifié,
Détermination des pertes à l’égrenage numéroté et pesé au départ du lot. Ces mêmes sacs
Une certaine quantité (50 kg et 150 kg suivant ont été pesés à l’arrivée au magasin, afin d’iden-
les capacités des contenants disponibles) d’épis tifier une différence de poids suite au transfert,
de maïs est égrenée mécaniquement en 2 fois par ce qui correspondrait à des pertes de grains au
les opérateurs de l’égreneuse dans les conditions cours du trajet. Il est également décrit différentes
habituelles de travail. Les opérateurs placent au sol observations faites au cours du transfert du lot, à
une bâche afin de récupérer les grains rejetés par savoir l’état des sacs utilisés, l’état de la carrosserie
l’égreneuse. La taille de la bâche n’est pas suffisante du véhicule et de la route, la distance à parcourir,
surtout quand le souffleur de la machine fonctionne la manière de manutentionner les sacs par le per-
avec un gros débit de ventilation, ce qui améliore le sonnel au cours du chargement/déchargement, etc.
nettoyage des grains à la sortie, mais projette des Le nombre de sacs à retenir comme échantillon
grains assez loin de la bâche disposée. a été retenu en fonction de la cargaison à transférer
L’équipe a alors mis en place un film plastique et cela selon les règles en matière d’échantillonnage.
après la bâche pour récupérer les grains qui L’appareil de pesage utilisé est une bascule de
tombent en dehors de la bâche des opérateurs ; ces marque OHAUS, série SD 200L, de portée de
grains tombés en dehors de la zone de récupération 200 kg ± 100 g (sensibilité). Les pertes au cours du
des opérateurs, sont considérés comme une partie transfert du sorgho et du niébé ont été estimées
des pertes au cours de l’opération d’égrenage. Un selon la même méthode. Le suivi de cargaison
ramassage manuel des grains se retrouvant au-delà a porté seulement sur les pertes quantitatives;
du film plastique a complété la récupération des les collecteurs procèdent au regroupement des
grains perdus. petites quantités achetées et procèdent souvent au
Les rafles issues de l’égrenage sont en général reconditionnement selon la destination des pro-
mises de côté pour être utilisées comme combus- duits, ce qui ne facilite pas le suivi de la traçabilité
tibles. Ces rafles ont été récupérées pour y retirer du producteur au commerçant grossiste.
les grains adhérés. Ces grains nettoyés et pesés ont En résumé, le calcul utilisé est le suivant:
constitué une autre partie des pertes à l’égrenage. ƒƒ pertes au transport = poids du sac au départ
Enfin, le mélange de morceaux de rafles et de – poids du sac à l’arrivée
grains est vanné pour récupérer les grains qui s’y
trouvent. Le reste est jeté comme déchets. Ces Détermination des pertes au cours du stockage
déchets (poussière) ont été fouillés pour y retirer Ces pertes ont été déterminées au laboratoire et
le restant des grains qui ont constitué une autre portent sur la part de grains consommables dans
partie des pertes à l’égrenage. l’échantillon, mis à part les impuretés, les grains
Les pertes à l’égrenage comprennent alors, les endommagés et altérés. Un suivi en trois passages
grains projetés hors de la bâche, ceux récupérés du stock chez le (la) producteur/trice et le commer-
8 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

çant a été prévu. A chaque passage, un échantillon Détermination des pertes au battage/vannage
est prélevé du stock et transmis au laboratoire Un poids de gousse est battu avec un bâton sur
pour déterminer le niveau d’infestation (nombre un espace nettoyé sur lequel un film plastique est
d’insectes vivants ou mort pour une quantité de posé; après battage il est procédé au vannage. Au
grain), le poids des grains consommables et le taux cours du battage des grains sont projetés au-delà
de pertes du produit consommable. Ces trois para- de l’aire de battage; par ailleurs, suite au vannage,
mètres nous ont permis de suivre l’évolution du des grains sont récupérés dans les résidus de van-
produit au cours du stockage, en termes de pertes nage. Les grains propulsés hors de l’aire de battage
qualitatives et quantitatives. Les mêmes analyses et ceux issus des résidus de vannage sont alors
ont été effectuées pour le sorgho et le niébé. pesés et constituent les pertes enregistrées au cours
de cette opération. Le taux de pertes est déterminé
Détermination des pertes à la transformation par rapport à la quantité de grains de niébé obte-
Pour la production d’une farine conservable et nue. Habituellement l’opération de battage est
commercialisable, le décorticage vise à débarrasser du ressort des hommes, le vannage étant réservé
le grain de son péricarpe et du germe qui représente exclusivement aux femmes.
en général environ 17% du grain. Ainsi, la perte au En résumé, les calculs utilisés sont les suivants:
cours de la transformation du maïs en farine est ƒƒ pertes totales = pertes au battage + pertes au
constituée de la part d’albumen qui est mélangée vannage
aux sous-produits (péricarpe et germe) normale- ƒƒ % pertes sur total des grains = pertes totales /
ment ôtés au cours des opérations de décorticage (poids des grains obtenus + poids des pertes)
et de broyage. La perte en farine correspond à la
différence entre le poids des grains transformés et PRISE EN COMPTE DE LA
celui du produit fini obtenu, déduction faite de la PROBLÉMATIQUE DU GENRE
part du péricarpe et du germe qui sont sources des La méthodologie élaborée par la FAO, stipule
sous-produits, en tenant compte de la teneur en «qu’une analyse des dimensions “genre” doit être
eau des deux produits. considérée quelle que soit la méthode, et surtout
dans les enquêtes, le SC-échantillonnage et la
Détermination des pertes de niébé synthèse».
Détermination des pertes à la récolte L’adaptation des guides d’entretiens, la déter-
Après le dernier passage dans le champ de niébé, mination des échantillons et la collecte des don-
signe de la fin de la récolte, trois carrés de 5m x nées ont matérialisé cette dimension par la prise
5m sont placés dans le champ, pour rechercher et en compte:
récupérer les gousses qui n’ont pas été récoltées. ƒƒ des données désagrégées par sexe;
Les gousses collectées dans chaque carré ont par ƒƒ de la charge de travail des producteurs et des
la suite été décortiquées, les grains ont été net- productrices  au moment des activités après
toyés, pesés, et le taux d’humidité est mesuré. La récolte;
moyenne du poids de ces grains sur un carré de 25 ƒƒ du processus décisionnel dans les différentes
m² représente les pertes à la récolte sur la superfi- opérations après récolte;
cie concernée. Pour l’exploitation des données, le ƒƒ de l’accès et du contrôle de la gestion des
niveau de ces pertes est ramené à l’hectare ou à la stocks de maïs, de sorgho et de niébé;
quantité totale de la production de niébé. ƒƒ de la recommandation de solutions pour la
La superficie du champ a été mesurée en tenant réduction des pertes après récolte «contribuant
compte de sa forme et la quantité totale de grains à la réduction des inégalités entre les hommes
récoltée a été communiquée par le producteur et les femmes ou ne les aggravant pas».
après battage des gousses.
En résumé, les calculs utilisés sont les suivants: Des groupes de discussion complémentaires ont
ƒƒ production récoltée par hectare = production été organisés dans les régions du Nord, de la
totale récoltée / superficie du champ Boucle du Mouhoun et des Hauts-Bassins pour
ƒƒ pertes de grains par ha = (pertes sur parcelle approfondir certains concepts. Les points focaux
de 25 m² / 25) x 10 000 m² (en gramme) de la problématique du genre de la FAO, du
ƒƒ % pertes sur la production de niébé = poids PAM et de la Direction du développement et de
des pertes par ha / (production récoltée sur 1 la coopération (DDC), ont été associés à l’étude
ha en kg + poids des pertes par ha) en tant que personnes ressources dans le domaine
du genre.
9

Afin de tenir compte de la difficulté des aux échanges dédiés aux femmes. Les propos
femmes à s’exprimer en présence des hommes, de ces groupes de femmes sont différents de
il était essentiel de mener des entretiens avec ceux tenus dans le cadre de discussions avec
des groupes composés uniquement de femmes. des groupes mixtes. Ceci est la preuve que la
Il n’a malheureusement été possible de le présence masculine lors des discussions entre
faire qu’avec trois groupes de discussion, car femmes est une source de retenue et de biais
les hommes se sont systématiquement invités dans les propos tenus par les femmes.
10

Politiques nationales, plans et stratégies


dans le domaine des pertes après récolte

PRISE EN COMPTE DES PERTES APRÈS cadre législatif est renforcé par l’adoption de
RÉCOLTE DANS LES DOCUMENTS DE politiques et stratégies, dont le PNSR, qui a pour
POLITIQUE AGRICOLE objectif global de «contribuer de manière durable
Le Burkina Faso a élaboré et adopté en février à la sécurité alimentaire et nutritionnelle, à une
2016 les ‘Priorités Résilience Pays’ avec l’appui croissance économique forte, et à la réduction
de l’Union européenne et l’accompagnement de la de la pauvreté». Des plans d’actions de la filière
Communauté économique des États de l’Afrique céréales (mil, sorgho, maïs) et de la filière niébé
de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union économique ont été élaborés entre 2001 et 2003. Ces plans
et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Dans le s’inscrivent dans le cadre de l’élaboration de
but d’atteindre l’objectif de réduction des pertes politiques sectorielles agricoles du Gouvernement
de moitié d’ici 2025 (UA, 2014), ce document devant participer de manière durable à la sécurité
comporte les actions prioritaires pour renforcer la alimentaire. L’exécution du Plan d’actions pour
résilience, comprenant les actions pour la réduction le développement de la filière niébé (PAN) avait
des PAR. Dans le document de référence au niveau comme objectif d’entraîner l’augmentation de la
national du Plan de développement économique production nationale de niébé de 180 000 tonnes
et social (PNDES), en cours d’élaboration, sont (niveau 2003) à plus de 400 000 tonnes à l’horizon
inscrites les priorités pour la réduction des PAR. 2010. Le PAN comporte sept volets d’activités
Dans le nouveau Programme national du secteur dont l’un est consacré à l’amélioration du stockage
rural (PNSR), en cours d’élaboration, il est prévu et de la conservation du niébé.
des plaidoyers auprès des organisations faitières En plus de ces plans d’actions, plusieurs projets
de producteurs/trices, en vue d’encourager des et programmes ont été mis en œuvre pour appuyer
actions de réduction de PAR. Le bilan du PNSR le développement des filières maïs, sorgho et
a relevé une insuffisance d’infrastructures de stoc- niébé. A ce titre, le Programme d’appui aux filières
kage et de conservation des produits agricoles. agro-sylvo-pastorales (PAFASP), le Projet pour la
promotion des filières (PROFIL), le Programme
DOCUMENTS DE POLITIQUE d’appui au développement de l’agriculture au
NATIONAUX PERTINENTS DANS LE Burkina Faso, phase 2 (PADAB II), le Programme
DOMAINE DES PERTES ALIMENTAIRES de productivité agricole en Afrique de l’Ouest
La Stratégie de croissance accélérée et de dévelop- (PPAAO), le Projet d’amélioration de la producti-
pement durable (SCADD), adoptée en décembre vité agricole et de la sécurité alimentaire (PAPSA),
2010 comme référentiel national de développe- le Programme de sécurité alimentaire et nutrition-
ment, a réaffirmé l’importance du secteur rural nelle au Burkina Faso (PSAN-BF) (composante 1),
dans le développement socioéconomique du pays. et le Programme de croissance économique dans le
Sur le plan législatif, le secteur rural est régi secteur agricole (PCESA) peuvent être cités.
par un certain nombre de textes de lois6 aux-
quels s’ajoutent différents accords et conventions LA PRISE EN COMPTE DE LA
internationaux ratifiés par le Burkina Faso. Ce PROBLÉMATIQUE DU GENRE DANS LES
DOCUMENTS DE POLITIQUE AGRICOLE
Parmi les principes de mise en œuvre du PNSR,
6
Ces lois sont relatives au foncier rural, au pastoralisme,
figure «la prise en compte du genre, la participa-
aux semences, engrais et pesticides, aux interprofessions, tion équitable des hommes et des femmes dans les
à la recherche scientifique et à l’innovation, etc. analyses, les orientations, les choix stratégiques,
11

ainsi que la formulation et la mise en œuvre des trie. Chaque année, des zones sont chroniquement
investissements prioritaires, l’accès et le contrôle déficitaires, particulièrement dans la partie sep-
égal et équitable aux ressources et aux sphères tentrionale du territoire. Le recours au marché
de décisions, dans le respect de leurs droits fon- pour couvrir les besoins alimentaires est donc une
damentaux». Le Plan stratégique genre du déve- tradition pour une partie de la population, le maïs
loppement agricole (PS-GDA), élaboré en 2005, et le niébé étant considérés comme des cultures de
constitue le référentiel pour la prise en compte rente à la faveur de l’augmentation de leur volume
du genre dans les différents documents comme de production.
le PNSR, l’un des axes stratégiques du PS-GDA La commercialisation des céréales et du niébé
étant, le renforcement de la prise en compte du au Burkina Faso a été pendant longtemps domi-
genre dans les politiques et programmes de déve- née par les commerçants. Néanmoins, avec la
loppement agricole. sécheresse des années 1970, l’État a été contraint
Des dispositions institutionnelles ont également d’intervenir dans ce secteur afin de réguler les prix
été prises pour la prise en compte du genre dans le et surtout de motiver la production nationale. La
secteur agricole. Un point focal genre au sein de la libéralisation du commerce et des prix à partir
Direction de la vulgarisation et de la recherche-dé- des années 1990 a eu comme corollaire le désen-
veloppement (DVRD) et une cellule ‘genre’ au gagement de l’État de la commercialisation des
sein de chaque Direction régionale ont été mis en produits agricoles.
place dans le cadre de l’appui du Projet national Ce désengagement a été soutenu par la création
de développement des services agricoles/Banque du Systèmes d’information sur les marchés (SIM).
mondiale (PNDSA/BM). A la faveur de l’adoption L’accompagnement des acteurs et actrices s’est tra-
de la politique nationale ‘genre’ en 2009, le maillage duit par des appels à concurrence pour les achats
institutionnel a permis au ministère en charge de institutionnels (SONAGESS, PAM, Ministères),
l’agriculture de mettre en place une cellule ‘genre’ la mise en place des interprofessions et la consti-
de douze personnes, présidée par le Directeur tution des banques de céréales, l’organisation de
général des études et des statistiques. foires, de journées promotionnelles et de bourses
Au Burkina Faso, la réduction des PAR va de produits agricoles.
renforcer les actions du Gouvernement qui a Bien plus tard, le système de commercialisation
instruit l’élaboration du PNDES, comme nou- des céréales et du niébé a connu une évolution avec
veau cadre de référence des interventions pour la le développement des infrastructures de stockage
période 2016-2020. Ce nouveau référentiel a eu et des infrastructures marchandes, la création
entre autres priorités, «d’en finir avec les cycles de structures commerciales des producteurs, le
récurrents de déficits céréaliers pour améliorer développement du ‘warrantage’, l’élargissement
la sécurité alimentaire à l’horizon 2020», énoncé de l’accompagnement des institutions bancaires et
dans le programme du Président du Burkina Faso. de microfinance.
Le niveau de réduction des inégalités dans le Le système commercial autour des céréales et du
secteur agricole, est apprécié à travers la note niébé au Burkina Faso a également recours au SIM
d’orientation politique, intitulé «Prise en compte de seconde génération, aux centres d’information
du genre dans le secteur rural: mythe ou réalité?». et de veille commerciale (CIVC), aux plateformes
Cette note élaborée sous la tutelle du Minis- multiacteurs ces dernières années. Sont également
tère de l’agriculture, des ressources hydrauliques, mis en place des instruments de régulation aux
de l’assainissement et de la sécurité alimentaire frontières, notamment les réglementations com-
(MARHASA) en août 2015, conclut que des merciales communautaires de l’UEMOA entrées
efforts sont consentis pour garantir l’égalité entre en vigueur depuis 2002. Malgré le développement
hommes et femmes dans la vie économique et des nouvelles technologies de l’information et de
sociale en milieu rural au Burkina Faso. Cepen- la communication et celui des SIM de seconde
dant, il est toujours noté des inégalités dans l’accès génération, le prix d’achat au producteur est
à la terre, au crédit agricole, à la micro finance, à toujours fixé par les commerçants en fonction
l’encadrement et aux revenus. des opportunités de ventes qui leur sont offertes
incluant leurs charges. A l’exception des ventes
POLITIQUES DE COMMERCIALISATION groupées, le prix d’achat au producteur fait rare-
ET DE MARCHÉ ment l’objet d’un consensus entre le producteur
Au Burkina Faso, la production vivrière agricole et le commerçant ou entre le consommateur et le
annuelle est fortement tributaire de la pluviomé- commerçant.
12 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

Les principales contraintes au POLITIQUES DANS LE DOMAINE DE LA


fonctionnement des marchés QUALITÉ ET DE LA SÉCURITÉ SANITAIRE
Plusieurs facteurs internes et externes affectent le DES ALIMENTS
fonctionnement normal des marchés, induisant Selon les normes de qualité applicables aux céréales
souvent des coûts élevés des céréales sur les mar- de production locale, objet de la note de service
chés de consommation. Il s’agit essentiellement n°31/96/SONAGESS du 24 octobre 1996, il existe
de: i) l’état défectueux des routes dans les zones six classes de qualité (A, B, BC, C, D, E). La qualité
de production, ii) la faible capacité financière des A est la meilleure, la qualité E est la pire et ne peut
commerçants qui ne leur permet pas de tirer profit être consommée même par les animaux. Parmi les
des stockages de longue durée, iii) les coûts de critères pris en compte pour cette classification, il
manutention et, iv) les prélèvements illicites lors y a entre autres, l’humidité du grain, la perte de
du transport. poids de produit consommable liée à la présence
En effet, en dehors des prélèvements officiels de grains altérés par les insectes et les moisissures,
(taxes, péages), les transporteurs routiers sont vic- de grains brisés et d’impuretés diverses du lot.
times de frais illicites dont les montants sont jugés Tous ces critères ne doivent pas excéder 7% du
exorbitants dans certains pays voisins. poids des grains et ne contenir aucun déprédateur
vivant pour la qualité A, 13% pour la qualité B et
20% pour la qualité BC qui n’est plus conservable
même à court terme alors que la qualité B est
conservable durant au moins 12 mois.
13

Institutions et oganisations pertinentes


dans les sous-secteurs du maïs, du sorgho
et du niébé

Au nombre des institutions intervenant dans les INSTITUTIONS DES NATIONS UNIES
sous-secteurs du sorgho, du maïs et du niébé, se ƒƒ Le Fonds des Nations Unies pour l’investis-
trouvent les départements ministériels, les institu- sement et le développement agricole (FIDA)
tions des Nations Unies s’occupant des questions appuie le Gouvernement dans la mise en
d’alimentation et d’agriculture, les organisations place de projets de développement de l’agri-
sous régionales, les organisations non gouverne- culture dans les régions du Burkina Faso où
mentales (ONG) internationales, et les associa- le taux de pauvreté semble le plus élevé. Les
tions et unions d’acteurs. principaux projets mis en œuvre ces dernières
années sont le Programme de développe-
MINISTÈRES ment rural durable dans la région du Nord
ƒƒ Le Ministère de l’agriculture et des amé- (PDRD), PROFIL, le Programme d’inves-
nagements agricoles (MAAH) a en charge tissement communautaire pour la fertilité
l’élaboration des politiques en lien avec agricole dans la région de l’Est (PICOFA),
le développement de la productivité agri- le Projet d’irrigation et de gestion de l’eau à
cole, l’organisation des acteurs des filières petite échelle dans le Sud-ouest (PIGEPE), le
agricoles. Il assure la diffusion des paquets Projet Neer-tamba, etc.
technologiques sur les bonnes pratiques de ƒƒ Le Programme alimentaire mondial (PAM)
production du sorgho, du maïs et du niébé, est chargé de l’aide alimentaire. Cette aide
et appuie la mise en place d’organisations des est un des nombreux instruments qui peut
producteurs des filières porteuses et straté- contribuer à améliorer la sécurité alimentaire,
giques. laquelle «existe lorsque tous les êtres humains
ƒƒ Le Ministère du commerce  de l’industrie et ont, à tout moment, un accès physique et
de l’artisanat (MCIA) organise la commer- économique à une nourriture suffisante, saine
cialisation des produits agricoles au niveau et nutritive leur permettant de satisfaire leurs
national et dans la sous-région. Le MCIA besoins énergétiques et leurs préférences ali-
encadre l’importation des emballages pour mentaires pour mener une vie saine et active»
les denrées à mettre sur le marché, le déve- (Sommet mondial de l’alimentation, 1996).
loppement des unités semi-industrielles et Dans le cadre du projet Purchase for progress
industrielles de transformation des céréales, (P4P), le PAM accompagne des organisations
l’élaboration des normes pour les produits de producteurs à acquérir des connaissances
agricoles bruts et transformés (Agence bur- sur la qualité commerciale de leurs produits,
kinabé de normalisation, de la métrologie et et sur la réduction des pertes alimentaires par
de la qualité, ABNORM). la subvention de matériels de stockage et de
ƒƒ Le Ministère de l’enseignement supérieur, de conservation de leurs produits.
la recherche scientifique et de l’innovation a ƒƒ La FAO a pour mission de fournir une
en charge la recherche dans les domaines de assistance technique aux pays en développe-
la production et transformation des produits ment, de conseiller les gouvernements et de
agricoles (INERA et DTA/IRSAT). L’Institut leur fournir un espace de débat multilatéral,
pour l’environnement et la recherche agricole de développer en collaboration avec l’Or-
(INERA) propose des semences adaptées ganisation mondiale de la santé (OMS) la
au changement climatique, et les itinéraires normalisation des produits alimentaires, et
techniques pour des productions efficientes. de sensibiliser les populations aux problèmes
14 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

de la faim chronique dans le monde. Dans ce céréales sont rencontrées dans la zone d’étude,
cadre, la FAO accompagne le Gouvernement telles que:
burkinabé dans la mise en œuvre de projets ƒƒ Les filières maïs et sorgho sont structurées
de développement de production agricole tels autour du Comité interprofessionnel des
que le PSAN-BF, le Food security thematic céréales et niébé du Burkina Faso (CIC-B).
program (FSTP), le projet Capacity deve- Cette organisation faîtière mise en place en
lopment and experience sharing for sustai- 2003 dispose dans la région d’une struc-
nable rice value chain development in Africa ture régionale qui collabore avec les unions
through south-south cooperation, etc. provinciales (Houet, Kénédougou, Tuy) et
la Fédération des professionnels agricoles
ORGANISATIONS SOUS RÉGIONALES  du Burkina (FEPA-B) pour exploiter toutes
ƒƒ Le Comité inter-États de lutte contre la séche- les opportunités de commercialisation des
resse au sahel (CILSS) cherche à mobiliser les céréales. Des producteurs agricoles spécia-
populations sahéliennes et la communauté lisés dans la production de semences dont
internationale autour de l’aide d’urgence et celles de maïs et du sorgho, sont organisés
de la mise en œuvre des programmes dans les au sein de l’Union nationale des producteurs
domaines de l’agriculture pluviale et irriguée, semenciers (UNPS).
de l’hydraulique, de l’environnement, etc. ƒƒ L’Union des producteurs professionnels du
Dans la recherche de la sécurité alimentaire Houet (UPPA/Houet) est un démembre-
de la zone sahélienne, le CILSS mène des ment au niveau provincial de la FEPA-B, qui
réflexions et des études sur des thèmes d’ac- est une structure faitière nationale. Créée en
tualité comme la protection des récoltes avec 1998, l’UPPA/Houet a été reconnue offi-
les produits naturels, la réduction des PAR, ciellement en 2007 et est représentée dans
etc. les treize départements de la province. Les
ƒƒ Dans le cadre de la sécurité alimentaire activités principales de l’UPPA/Houet sont
sous-régionale, la CEDEAO et l’UEMOA l’information et la communication, l’appui
mènent des études et mettent en œuvre des à la production, à la transformation et à la
projets innovants sur les bonnes pratiques commercialisation des céréales, l’expérimen-
de production et après récolte. L’UEMOA tation, et la formation.
a appuyé, ces deux dernières années, des ƒƒ L’UPPA/Houet dans son ensemble, ses
unions de producteurs à acquérir des maga- unions et ses groupements de base membres,
sins de stockage de grandes capacités. commercialisent annuellement environ 5
000 tonnes de céréales (dont le maïs) et
COOPÉRATIONS MULTILATÉRALES ET de niébé. La SONAGESS, l’ONG Catholic
BILATÉRALES  relief services (CRS), le PAM, les unités de
Différentes coopérations multilatérales (Union transformation, les commerçants grossistes
européenne par exemple) et bilatérales accom- et les consommateurs individuels sont les
pagnent la mise en place de projets de dévelop- principaux clients de l’UPPA/Houet. Pour
pement des filières agricoles. Le présent projet la campagne commerciale 2013, une quantité
conjoint des agences des Nations Unies basées à de 220 tonnes de maïs a été livrée au PAM,
Rome (RBA/GLO/001/SWI) bénéficie de l’appui 400 tonnes à la SONAGESS et 70 tonnes à
de la Direction du développement et de la coopé- l’Union provinciale des transformatrices de
ration suisse (DDC). céréales du Houet.
ƒƒ L’Union des groupements de commercia-
ASSOCIATIONS ET UNIONS DES lisation de produits agricoles (UGCPA) a
ACTEURS  été créée en 1993. En 2010, elle comptait 2
Des filières agricoles se sont organisées grâce aux 100 membres répartis dans 85 groupements
acteurs eux-mêmes et dans les régions, afin de de base. En 2015, l’UGCPA totalisait 3 100
mener leurs activités de production, et aussi pour membres provenant de 105 groupements.
une participation efficiente dans les cadres de Parmi ces membres, 1 350 sont des femmes.
concertation avec l’État et les autres partenaires. ƒƒ L’Union régionale des groupements de com-
Des organisations de distributeurs d’intrants mercialisation des céréales de la Boucle du
et d’équipements, de producteurs, de transfor- Mouhoun (URGCC/BM) a été créée en
mateurs et des associations de commerçants de Juillet 2005 avec trois unions provinciales, à
15

savoir: l’Union provinciale des groupements tion groupée du surplus de leur production
de paysans pour la commercialisation des agricole.
céréales du Mouhoun, l’Union provinciale
des céréaliers de la Kossi, et l’Union des ORGANISATIONS NON
groupements paysans pour la commercialisa- GOUVERNEMENTALES
tion des céréales des Balé. L’URGCC/BM est De nombreuses organisations non gouverne-
composée de 22 organisations de producteurs mentales (Oxfam, Agriterra, Projet de gestion
(OP) avec un effectif de 572 personnes dont du risque agricole pour l’Afrique - FARMAF,
265 femmes (soit 46%), réparties dans les Alliance pour la révolution verte en Afrique -
trois unions provinciales. Elle appuie princi- AGRA, Agriculteurs français et développement
palement les producteurs pour l’acquisition international - AFDI, Association pour la pro-
d’intrants et la commercialisation de céréales motion de la sécurité et de la souveraineté alimen-
dont le sorgho. taires au Burkina - APROSSA/Afrique Verte, etc.)
ƒƒ L’Association formation développement et appuient les organisations de producteurs dans
ruralité (AFDR) est une association  créée les régions. Les domaines d’appui sont variés et
en  2000 et reconnue officiellement en 2001. portent sur: i) la production, la transformation
Elle intervient dans trois domaines: la forma- et la commercialisation des céréales et du niébé,
tion/alphabétisation, l’appui à la production ii) l’appui en équipements après récolte (égre-
(aménagements et équipements) et la com- neuse, palettes, bascules, magasins de stockage),
mercialisation groupée. En vue du renfor- iii) la construction d’infrastructures, iv) l’appui en
cement de la résilience de ses membres, l’as- intrants (fonds de roulement engrais, Coopérative
sociation dispose d’un centre de formation d’utilisation de matériel agricole - CUMA), et v)
initiale en agriculture de 10 ha, d’un magasin le fonds de garantie auprès des caisses populaires
de 300 tonnes, et a initié la commercialisa- pour le crédit agricole des femmes.
17

Chapitre 1
Le sorgho dans les régions de la Boucle du
Mouhoun et de l’est

LE SOUS-SECTEUR DU SORGHO Filière du sorgho dans la région de l’Est


Statut et importance du sous-secteur Dans la région de l’Est, le sorgho occupe la pre-
du sorgho mière place sur la base des superficies emblavées en
Filière du sorgho dans la Boucle du Mouhoun céréales. Au cours de la campagne 2015/2016, une
Le sorgho est la principale culture céréalière du superficie de 157 770 ha a été emblavée en sorgho
Burkina Faso. Il est cultivé particulièrement dans blanc et sorgho rouge soit 48% des superficies
la Boucle du Mouhoun où il vient en deuxième couvertes par les céréales dans cette région. La
rang après le mil sur la base des superficies embla- production de la campagne 2015/2016 a été estimée
vées pour les céréales. Au cours de la campagne à 143 000 tonnes sur une production céréalière
2015/2016, une superficie d’environ 244 780 ha totale de 340 000 tonnes dans la région. Au cours
a été emblavée en sorgho blanc et rouge, soit de cette même campagne, la production de sorgho
36% des superficies couvertes par les céréales a été en baisse, de l’ordre de 24% pour le sorgho
dans cette région. La production de la campagne blanc et de 32% pour le sorgho rouge, témoignant
2015/2016 a été estimée à 268 250 tonnes, contre ainsi de la place prépondérante des cultures de
274 800 tonnes pour le mil, pour une production rente comme l’arachide (en hausse de 30%) sur les
céréalière totale de 799 000 tonnes. Malgré cette cultures céréalières dans cette région.
performance, la production du sorgho est en baisse La représentation du CIC-B dans la région de
dans cette région particulièrement pour le sorgho l’Est ne semble pas bien visible. On note néan-
rouge (10,84%). moins l’existence de groupements villageois de
La transformation du sorgho dans la Boucle du production de céréales dans toutes les provinces
Mouhoun est relativement inexistante en dehors de de la région, notamment dans la province de la
la fabrication du dolo (boisson à base de sorgho) Gnagna. Des producteurs agricoles sont spécialisés
assurée par les femmes en tant qu’activité généra- dans la production de semences dont celles de
trice de revenu. sorgho.
La filière sorgho, comme les autres céréales La transformation du sorgho dans l’Est est
sèches (maïs, mil) est structurée au niveau national quasiment inexistante en dehors de la fabrication
autour du Comité interprofessionnel des céréales du dolo réalisée par les femmes en tant qu’activité
du Burkina (CIC-B). génératrice de revenu.

TABLEAU 1.1
Données sur la production de sorgho blanc et rouge pour la campagne 2015-2016 au niveau national
Production annuelle Surface Rendement
(tonnes/an) cultivée (ha) moyen (kg/ha)

Matière première 1 435 640 1 444 940 994


7
Taux moyen d’accroissement annuel sur les 5 dernières années (%) -16% -19%

Source: DGESS agriculture, service des statistiques agricoles, 2016.

7
Le taux moyen d’accroissement annuel sur les 5 dernières
années est de -16% pour le sorgho blanc et de -22% pour
le sorgho rouge.
18 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

TABLEAU 1.2
Mécanismes de gestion de la sécurité sanitaire des aliments au Burkina Faso
Contrôleur Contrôle Situation réelle dans la CAA Agent responsable

Existe et s’applique à toute la


CAA
Normes nationales de
sécurité sanitaire/qualité Existe mais n’est pas ABNORM
x
des aliments rigoureusement appliquée

N’existe pas

Récolte Aucun
Réglementations
Transport Faible
et exigences Laboratoire national
Fréquence des contrôles
gouvernementales de santé publique +
(Aucun, Faible, Moyen, Stockage Moyen
Département technologie
Élevée)
alimentaire de l’IRSAT
Transformation Faible

Marché/commercialisation Moyen

Inscription obligatoire de Existe x


Ministère du commerce,
l’unité de préparation/
de l’industrie et de
transformation des
N’existe pas l’artisanat
aliments

Acteurs de la CAA - BPH/BPA/HACCP/normes


x Responsable qualité
volontaires
Système de gestion
de la sécurité Identification des dangers
sanitaire des aliments potentiels

Source: résultats du diagnostic préliminaire réalisé en octobre 2015.

Dans la région de l’Est et particulièrement dans tion du déficit agricole s’appuient sur la néces-
la province de la Gnagna, la commercialisation sité de réaliser des infrastructures de stockage
du sorgho est faible, et intervient dans le ménage et de conservation. Ces infrastructures sont
en cas d’événements imprévus nécessitant des nécessaires pour le stockage prolongé des
ressources. Le sorgho est produit essentiellement productions des zones excédentaires. Elles
pour l’autoconsommation des ménages. permettent également le développement du
warrantage8 et facilitent l’accès des produc-
Inventaire des activités et enseignements teurs au crédit pour le développement de leurs
tirés des interventions passées et en cours activités. La construction d’infrastructures de
dans le domaine des pertes de sorgho stockage est couplée à la vulgarisation des
Des expériences antérieures menées au niveau techniques de stockage et de conservation.
national pour la réduction des pertes, il faut ƒƒ Les réflexions sur les difficultés de la femme
principalement noter la construction d’infrastruc- en milieu rural (Programme du candidat
tures de stockage et le traitement des produits Roch Marc Kaboré à l’élection présidentielle
au cours du stockage, par le biais d’activités de de 2015) sont prises en compte dans les
renforcement des capacités des agents techniques priorités du secteur agricole pour les cinq ans
d’encadrement. La construction d’infrastructures
de stockage a été également favorisée ces dernières
années par la nécessité de regrouper les produits 8
Le crédit warrantage, aussi appelé crédit stockage ou
des producteurs/trices des organisations faitières crédit warranté, est un système de crédit rural qui
en vue de faciliter la commercialisation groupée. consiste, pour une organisation paysanne et/ou ses
Depuis les engagements pris en 2014 par les membres producteurs, à obtenir un prêt en mettant
en garantie leur production (de mil, sorgho, riz, maïs,
chefs d’État de l’UA à Malabo, les PAR sont prises arachide etc.) susceptible d’augmenter de valeur. Les
en compte dans les projets et les programmes systèmes de warrantage ont deux objectifs principaux:
élaborés. C’est ainsi que: éviter aux petits producteurs de vendre juste après la
ƒƒ Dans le cadre du programme présidentiel en période de soudure (lorsque les prix sont au plus bas) et
leur donner la possibilité d’accéder à un crédit (https://
cours relatif au domaine agricole (Priorités www.microfinancegateway.org/fr/library/le-warran-
du secteur agricole pour le quinquennat), les tage-un-système-au-service-du-financement-des-pro-
engagements formulés en matière de réduc- ducteurs-agricoles). 
Chapitre 1 – Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est 19

à venir en vue de solutions durables au profit ƒƒ Le Projet Innovation et mobilisation pour


des femmes et des hommes de ce secteur. la sécurité alimentaire dans la Boucle du
ƒƒ Le Projet de renforcement de la résilience Mouhoun (juin 2015 - mars 2020), financé
contre l’insécurité alimentaire 2014-2018 par le Ministère des affaires étrangères, du
(PRRIA), financé par la Banque interamé- commerce et du développement du Canada et
ricaine de développement (BID), est mis en exécuté par l’UGCPA, a pour objectif prin-
œuvre dans les régions de l’Est, du Centre- cipal de renforcer les chaînes de valeurs agri-
Nord et du Sahel. Il met l’accent sur la col- coles, depuis la production agricole jusqu’à
lecte de céréales (mil, sorgho, maïs) à travers la commercialisation, en prenant en compte
la SONAGESS. Il est prévu de doter toutes les besoins différenciés des femmes et des
les communes couvertes par ce projet d’in- hommes.
frastructures de stockage de grande capacité
(500 tonnes). De ce qui précède, les leçons suivantes peuvent
ƒƒ Le Projet 1 du programme de renforcement être retenues:
de la résilience de la population à l’insécu- ƒƒ L’attention accordée aux PAR par les déci-
rité alimentaire et nutritionnelle au Sahel deurs n’a pas été à la hauteur de la place
(P2RS), financé par la Banque africaine de qu’elles devraient occuper dans le cadre des
développement (BAD) est mis en œuvre actions à mener pour la sécurité alimentaire
dans les régions du Centre, de la Boucle du et nutritionnelle au niveau national.
Mouhoun, du Centre-Ouest, du Centre-Sud, ƒƒ Les actions pour la réduction des PAR néces-
du Plateau central et du Sahel. C’est un projet sitent des investissements souvent importants
de renforcement de la résilience qui met (notamment la construction de magasins ou
l’accent sur la construction de magasins et le matériels de stockage, en plus d’actions à
développement du warrantage. grande échelle de  formations sur les bonnes
pratiques de gestion après récolte et de ren-
Les projets ci-après prennent en compte les ques- forcement de capacités au niveau des pro-
tions de genre ou liées aux femmes dans la valori- ducteurs), avec des résultats s’étendant sur
sation des filières céréales: plusieurs années. Aussi il est important que
ƒƒ Le Programme national de vulgarisation et ces investissements soient en partie subven-
d’appui conseil agricoles 2011-2017 (PNVA- tionnés au regard du bénéfice attendu pour
CA) prévoit dans ses objectifs de renforcer l’ensemble du pays (c’est à dire la sécurité
les capacités des agents d’appui conseil et des alimentaire).
producteurs sur les techniques de production ƒƒ Les agents de vulgarisation agricole ne sont
des principales filières prioritaires et l’amé- pas bien outillés pour le conseil à apporter
lioration de l’accès des femmes et des jeunes aux producteurs dans le domaine des PAR.
aux services agricoles. ƒƒ Les actions menées en faveur de la réduction
ƒƒ Le Programme de productivité agricole en des pertes portaient uniquement sur celles
Afrique de l’Ouest - PPAAO (janvier 2012 liées au stockage.
- juin 2016) a comme objectif de générer et ƒƒ Les résultats des programmes et projets
de diffuser des technologies améliorées pour ayant des volets dédiés aux femmes ont eu
l’intensification durable des productions des effets positifs sur les rapports hommes/
agricoles. femmes. Toutefois, la plupart de ces projets
ƒƒ Le Projet PROFIL (2008-2015) a pour objec- ne tiennent pas compte de la problématique
tif global de réduire la pauvreté rurale en du genre.
facilitant l’accès équitable des ruraux pauvres
aux filières agricoles qui bénéficient de mar- Aperçu des chaînes d’approvisionnement les
chés porteurs. plus importantes du sous-secteur
ƒƒ L’UGCPA à Dédougou assure le renfor- Filière du sorgho dans la Boucle du Mouhoun
cement des capacités de ses membres en Deux types de chaînes d’approvisionnement ont
techniques après récolte et en techniques été identifiés: celui du commerce classique de
de stockage des céréales. Elle a notamment céréales, et celui organisé autour des organisations
élaboré et utilisé des modules de formation faitières de producteurs.
intitulés Gestion des pertes après récolte avec
la prise en compte des femmes.
20 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

TABLEAU 1.3
Présentation de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des groupements de commercialisation de produits
agricoles
Nombre Projets
Chaîne Zone de Volume Marché des
Produit fini de petits d’appui en
d’approvisionnement production (tonnes/an) produits finis
producteurs cours

PAM
Boucle du
UGCPA Sorgho grains 451,4 311 SONAGESS, PAM IFDC
Mouhoun
Oxfam

Source: résultats du diagnostic préliminaire réalisé en octobre 2015 et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16
avril 2016.

TABLEAU 1.4
Importance économique de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des groupements de commercialisation de
produits agricoles
Importance
Chaîne Emplois
économique Contribution à la génération de revenus pour les acteurs
d’approvisionnement générés
(FCFA)

253 975 FCFA par producteur


UGCPA 78 986 250 311
(déduction non faite des frais de fonctionnement)

Source: résultats du diagnostic préliminaire réalisé en octobre 2015 et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16
avril 2016 (taux de conversion: 1 USD = 560 FCFA).

Chaîne d’approvisionnement classique Chaîne d’approvisionnement de


Dans les localités visitées, cette chaîne est orga- l’Union régionale des groupements de
nisée autour d’un commerçant grossiste. Elle est commercialisation de céréales (URGCC)
alimentée à la base par les producteurs/trices orga- Maillon production
nisés ou non. Ces derniers peuvent être membres L’URGCC appuie principalement les produc-
de l’UGCPA dans la commune de Ouarkoye, teurs/trices pour l’acquisition des intrants et la
ou de groupements de producteurs/trices dans la commercialisation des céréales (dont le sorgho).
commune de Tchériba. En plus de la collecte assu-
rée par leurs organisations de producteurs (OP), Maillon commercialisation
ces producteurs/trices vendent leur surplus de Avec le crédit de commercialisation acquis auprès
production dans le réseau classique de commercia- des structures financières décentralisées, chaque
lisation des céréales, à travers les collecteurs/trices. OP, avec l’appui de son comité de gestion interne,
achète le sorgho et l’entrepose dans un magasin.
Chaîne d’approvisionnement de l’Union des Chaque comité est composé de trois à cinq per-
groupements de commercialisation de produits sonnes, dont une femme au moins dans les grou-
agricoles (UGCPA) pements mixtes. Les groupements féminins sont
L’UGCPA a pour mission la commercialisation du constitués de femmes uniquement. La vérification
surplus de production de ses membres en céréales. de la qualité et du poids du sorgho est assurée par
le responsable en charge de la commercialisation
Maillon production de l’Union. Pour une conformité du poids, il est
L’UGCPA est particulièrement présente dans la retenu que 100 kg de sorgho correspondent à 54
région de la Boucle du Mouhoun où elle s’investit boîtes de conserve de tomates (unité de mesure
dans la commercialisation des céréales sèches locale). Sept groupements de femmes participent
(maïs, mil, sorgho) et du niébé pour le marché à la collecte et à la commercialisation du sorgho.
local, et du bissap (fleurs d’hibiscus sp.) biologique Le canal de commercialisation le plus courant
pour l’export. au niveau de l’Union passe par les bourses céré-
alières, organisées par l’ONG ‘Afrique verte’.
Maillon commercialisation Au cours de la bourse, les échantillons de sorgho
Le sorgho collecté est acheminé dans les magasins destinés à la vente sont exposés, avec une quantifi-
de regroupement où la vérification du poids de cation des offres. Par ailleurs, les acheteurs expri-
chaque sac et de la qualité des grains est faite, avec ment leurs besoins d’achat. La synthèse de l’offre
la contribution des femmes au nettoyage des stocks. et de la demande est présentée en séance plénière
Chapitre 1 – Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est 21

et permet par la suite d’organiser des tables de Dans la région de l’Est, deux chaînes d’approvi-
négociation entre producteurs et acheteurs. Les sionnement, organisées autour de groupements
contrats signés sont suivis par un comité. Le deu- de producteurs, ont également été étudiées. Mais
xième canal de commercialisation portant sur de pour ces chaînes, le suivi des cargaisons n’a pas
faibles quantités, est la collecte et la vente directe été effectué parce qu’il n’existait pas de circuit de
aux commerçants de céréales. commercialisation du sorgho bien défini dans la
zone de l’étude.
Filière du sorgho dans la région de l’Est Les estimations des pertes consécutives à l’étude
La chaîne d’approvisionnement passe surtout par sur le terrain n’ont été effectuées que pour les
le circuit classique du commerçant avec de faibles chaînes de la région de la Boucle du Mouhoun. En
quantités, pour les mêmes raisons évoquées que effet, au regard de l’importance relative de la pro-
celles de la chaîne d’approvisionnement classique duction du sorgho et des chaînes d’approvisionne-
de la filière du sorgho dans la Boucle du Mou- ment dans la région de la Boucle du Mouhoun par
houn. Cependant, les commerçants grossistes sont rapport à celle, moindre, de la région de l’Est, et
relativement rares dans la zone de l’étude, ceux qui en raison du fait que les récolte sont intervenues à
ont été recommandés proviennent de Pouytenga la même période, l’équipe a privilégié la collecte de
dans la région du Centre Est. données dans la Boucle du Mouhoun.
On note néanmoins l’existence de groupements
villageois de production de céréales dans toutes Pertes présumées dans les chaînes
les provinces de cette région, notamment dans d’approvisionnement sélectionnées
la province de la Gnagna. Les producteurs sont Les tableaux 1.5 et 1.6 présentent l’importance
regroupés au sein de l’Union nationale des pro- des pertes alimentaires selon la perception des
ducteurs semenciers (UNPS). acteurs/trices rencontrés au cours des entretiens
Les données collectées auprès des commerçants semi-structurés.
de céréales participant à l’étude sont insuffisantes
et ne permettent pas de renseigner des tableaux
similaires à ceux fournis pour la chaîne de l’UG- Les points critiques de pertes identifiés au niveau
CPA (voir les tableaux 1.3 et 1.4). En effet, il a de la Boucle du Mouhoun sont: la récolte (abat-
été observé que les commerçants sont réticents à tage des plants), le transport des panicules à
communiquer sur leurs activités commerciales. domicile (localité de Tchériba), le battage (tracteur
montant sur le tas d’épis ou battage sur le sol), le
Sélection des chaînes d’approvisionnement prélèvement des épis dans le grenier pour le bat-
pour l’étude des pertes sur le terrain tage, le stockage chez le collecteur, le transport et
Dans la Boucle du Mouhoun, les chaînes d’appro- stockage chez le grossiste.
visionnement retenues pour la détermination des
PAR sont celle de l’UGCPA (pour les OP) et celle
organisée autour d’un commerçant grossiste:
ƒƒ L’UGCPA a une expérience de plus d’une
vingtaine d’années dans la collecte et la com-
mercialisation du sorgho; elle dispose d’une
grande capacité propre de stockage et est bien
connue au niveau national dans le domaine
de la vente de céréales aux institutions de la
place (SONAGESS, PAM, Catholic relief
services - CATHWEL, etc.). En 2014, l’UG-
CPA a commercialisé 451,4 tonnes de sorgho
collectées auprès de 311 producteurs. Le
chiffre d’affaires a été de 78 986 250 FCFA,
soit une génération de revenus par produc-
teur de 253 975 FCFA.
ƒƒ Le grossiste de la chaîne d’approvisionne-
ment classique retenue a des relations de
collaboration avec l’UGCPA.
22 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

TABLEAU 1.5
Perception des points critiques de pertes de sorgho selon les acteurs dans la Boucle du Mouhoun
Importance des différentes opérations en termes de pertes de sorgho

Non importantes Importantes Très importantes


Opérations Observations
Pertes Pertes Pertes Pertes Pertes Pertes
quantitatives qualitatives quantitatives qualitatives quantitatives qualitatives

ƒƒ Pertes liées au degré


de séchage des
grains et à l’heure
de récolte dans la
Récolte x x journée, au dépôt
brutal des tiges
coupées
ƒƒ Grains éparpillés

Mise en tas
x x
des épis

Séchage des
x x
épis au champ

Transport
des épis à x x
domicile

Prélèvement
x x
du grenier

ƒƒ Pertes qualitatives
importantes quand
le tracteur monte
sur les grains pour
les détacher des épis
Battage x x et pour le battage
au sol
ƒƒ Grains éparpillés
ƒƒ Résidus contenant
des grains

Vannage x x

Mise en sacs x x

Stockage au
Les sacs utilisés sont de
magasin de x x
bonne qualité
regroupement

Stockage
au magasin x x
central

Stockage au
domicile du x x
producteur

Stockage chez Utilisation de sacs en


x x
le collecteur mauvais état

Grains éparpillés et
Transport chez
x x versés à partir des sacs
le grossiste
percés

Stockage chez Action de prédateurs:


x x
le grossiste rongeurs, insectes

Source: résultats du diagnostic préliminaire réalisé en octobre 2015 et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16
avril 2016.
Chapitre 1 – Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est 23

TABLEAU 1.6
Perception des points critiques de pertes de sorgho selon les acteurs dans la région de l’Est
Importance des différentes opérations en termes de pertes de sorgho

Non importantes Importantes Très importantes


Opérations Observations
Pertes Pertes Pertes Pertes Pertes Pertes
quantitatives qualitatives quantitatives qualitatives quantitatives qualitatives

Pertes liées au degré


de séchage des grains
Récolte x x
et à l’heure de récolte
dans la journée

Séchage des
x x
épis au champ

Après séchage des


Transport
champs les épis sont
des épis à x x
transportés dans des
domicile
charrettes

Battage x x Battage sur le sol

Vannage x x

Mise en sacs x x

Stockage au
Les sacs utilisés sont
magasin de x x
de bonne qualité
regroupement

Sacs en bon état et


Transport chez
x x moyens de transport
le grossiste
adéquat

Mauvais état des


Stockage chez
x x sacs provenant des
le grossiste
collecteurs

Décorticage Grains tombant du


x x
au mortier mortier

Mouture au Fuite de grains du


x x
moulin moulin

Source: résultats du diagnostic préliminaire réalisé en octobre 2015 et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015
et le 16 avril 2016.

Les points critiques de pertes identifiés au niveau Chaînes d’approvisionnement sélectionnées


de la région de l’Est sont: la récolte (abattage des Filière du sorgho dans la Boucle du Mouhoun
plants), le transport des épis à domicile, le battage Les lieux de production visités sont six exploita-
sur le sol, le stockage chez le grossiste, le décorti- tions des villages de Poundou, Ouarkoye et Kosso
cage au mortier et la mouture au moulin. dans la zone de Ouarkoye, et des villages de Tisse
et Tchériba dans celle de Tchériba.
Le sorgho collecté est acheminé dans les maga-
sins de regroupement (de l’UGCPA). Puis il est
LA CHAÎNE D’APPROVISIONNEMENT transporté chez le commerçant. Les sacs de sorgho
DU SORGHO sont transportés des communes de Bokuy, Ben-
Description des chaînes d’approvisionnement dougou Arbinda et Tankuy vers la ville de Dédou-
sélectionnées gou, chef-lieu du département du même nom et la
Les variétés de sorgho utilisées par l’échantillon de capitale de la province du Mouhoun située dans la
producteurs/trices dans les régions de la Boucle du région de la Boucle du Mouhoun.
Mouhoun et de l’Est sont des variétés améliorées
(Flagnon, Sariasso 14) et des variétés locales de Filière du sorgho dans la région de l’Est
sorgho rouge ou blanc. Ces plants atteignent une Deux groupements de producteurs/trices de
hauteur d’environ 3 à 4 mètres. céréales alimentant les circuits traditionnels de
collecte de sorgho dans la région de l’Est ont été
24 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

rencontrés. Il s’agit des membres du groupement regroupés en fin de journée en un grand tas qui
«Kangouaporé» de Kodiéni dans la commune de est laissé au soleil une à deux semaines avant le
Bilanga, et des producteurs du village de Tiongo battage ou avant d’être acheminé pour le stockage
Pani dans la commune de Piéla. en grenier.
Les membres du groupement «Kangouaporé» Les épis de sorgho sont séchés sur une terrasse
entreposent au magasin du groupement le sorgho ou sur un espace nettoyé à cette fin. Une bâche
destiné à la vente. Les collecteurs du village et (ou un film plastique) est placée au sol pour le
des commerçants provenant de Bilanga, de Pièla séchage, si elle est disponible. Peu de producteurs/
et de Pouytenga sont les clients potentiels du trices disposent de bâches; souvent le séchage est
groupement. En cas de nécessité, les producteurs fait à même le sol. La bâche permet de protéger la
s’organisent pour transporter leur sorgho et le couche inférieure des épis des fourmis et des ter-
vendre sur le marché de Pouytenga. mites, et aussi de couvrir les produits en cours de
Au niveau du village de Tiongo Pani, la com- séchage, pour éviter la reprise d’humidité avec les
mercialisation du sorgho se fait individuellement pluies tardives de fin de campagne. Le séchage est
au domicile du producteur avec les collecteurs, une étape fondamentale pour la suite du stockage.
ou le sorgho est transporté à vélo ou en moto au Tous les membres du ménage (hommes, femmes,
marché de Piéla. La vente du sorgho par le chef de et enfants) sont mis à contribution pour cette
ménage est occasionnelle et vise à faire face à des opération.
besoins financiers spécifiques. La difficulté rencontrée au séchage est donc
surtout liée à l’acquisition de bâches permettant de
Description des chaînes d’approvisionnement disposer d’une aire de séchage adaptée.
sélectionnées
Récolte Battage, vannage
Les plants de sorgho sont abattus par les hommes, Le sorgho est battu manuellement dans la région
les femmes s’occupant de la coupe de la panicule. de l’Est. Les quantités battues sont relativement
Ces panicules sont entreposées en petits tas sur faibles: moins d’un sac à quelques sacs de grains
des tiges aménagées à même le sol comme support. après le conditionnement. Dans la région de la
Ces tas sont ramassés en fin de journée pour Boucle du Mouhoun, le battage est effectué à l’aide
constituer les gros tas de séchage. d’un tracteur qui passe sur le tas d’épis étalés. Les
épis issus d’une superficie de 5 ha sont ainsi battus
Séchage en 2 heures environ. Ce mode de battage est soup-
Le premier traitement appliqué aux produits suite çonné engendrer une proportion assez importante
à la récolte est le séchage. Après la coupe de la de grains brisés.
panicule, les épis de sorgho sont pré-séchés dans S’ensuit le vannage pratiqué essentiellement
le champ, en exposant de petits tas d’épis au soleil par les femmes. Un groupe de sept femmes a mis
toute la journée. Les petits tas d’épis sont alors trois jours pour vanner la quantité battue en deux

PHOTO 1.1
Différents types de battage du sorgho

Battage avec une batteuse motorisée, Battage manuel au bâton, village Battage avec un tracteur, village
village de Passakongo (Boucle du de Poundou, 13 décembre 2016 de Poundou, 14 décembre 2016
Mouhoun), 5 février 2016

©DOULAYE DIANCOUMBA
Chapitre 1 – Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est 25

PHOTO 1.2 PHOTO 1.3


Vannage manuel du sorgho après battage, village de Greniers pour le stockage en épis ou panicules
Poundou (Boucle du Mouhoun), 4 février 2016

©DOULAYE DIANCOUMBA

heures par le tracteur. Le battage par le tracteur


est soupçonné de générer une proportion relati- Grenier en paille, village de Grenier en terre de type familial,
vement importante de grains brisés. Les femmes Bilanga (région de l’Est), 26 village de Tissé (Boucle du
novembre 2015 Mouhoun), 2 février 2016
procèdent au vannage manuel en utilisant des
plats et des calebasses. L’opération peut être ©DOULAYE DIANCOUMBA

menée par des hommes à l’aide de pelles ou de


paniers. Le vannage manuel d’une telle quantité,
pénible et fastidieux, est susceptible d’être égale- Le grenier en terre est rencontré dans la région
ment une source de pertes quantitatives. de la Boucle du Mouhoun, dans la commune de
Tchériba, zone de grande production de sorgho.
Conservation du sorgho au niveau individuel Il est construit sur des cailloux de 25 à 35 cm de
Les greniers et les sacs en polypropylène (PP) tis- diamètre environ, servant de support. Le plancher
sés sont les infrastructures et les matériels utilisés et le toit du grenier traditionnel sont en terrasse
par les producteurs et les productrices pour la (en terre) avec une armature en bois. Les parois du
conservation du sorgho. grenier sont construites en général avec de la motte
Le sorgho n’est pas une céréale commerciale de terre pétrie; la construction avec des briques en
dans cette région, elle est principalement produite terre ou des parpaings, et avec un toit en tôle fait
pour la consommation et la sécurité alimentaire son apparition dans certaines localités.
des ménages. La capacité de ces greniers peut atteindre 2 à 5
Greniers en paille ou en terre: Les matériaux tonnes de grains selon la capacité du ménage. Dans
de construction et la capacité des greniers sont la commune de Tchériba (Boucle du Mouhoun), la
fonction des potentialités agricoles des zones de conservation du sorgho en épis dans les greniers se
production, et aussi de la capacité de production fait sans utilisation de produit de traitement.
des membres du ménage. Sac en polypropylène tissé: ce sac est utilisé
Le grenier en paille avec un toit de chaume pour le conditionnement du sorgho en grains. Les
se rencontre dans les zones de faible production céréales mises en sacs sont gardées dans un lieu
(région de l’Est). Il est la propriété d’un ménage d’entreposage (à domicile ou au magasin du grou-
ou d’une famille. Il est construit sur un support pement). Les tailles des sacs les plus fréquemment
en bois et sur des cailloux, et est destiné à un seul utilisées sont celles pouvant contenir 50 ou 100 kg
produit, même si le ménage peut y associer deux de grains. Certains sacs en PP tissés sont traités
produits en cas de nécessité (mil et sorgho par ‘anti UV’, ce qui leur donne une résistance suite à
exemple). leur exposition au soleil; ce qui n’est pas le cas des
Dans ce type de grenier, le sorgho est conservé sacs non traités. Pour des raisons de compétitivité
en épis. Le grenier peut aussi être construit en sur le marché, il existe diverses sortes de sacs avec
terre avec le toit en paille. La capacité de stockage des maillages de film plastique différents. Certains
du grenier en paille est relativement modeste: de sacs, bien que neufs, se déchirent facilement suite
300 kg à 1 tonne de grains environ. aux différentes manutentions nécessaires pour
le stockage et la commercialisation. Il existe au
26 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

niveau national une unité de fabrication de sacs en Les organisations faitières de producteurs/
PP tissé (FASOPLAST). trices pratiquant la vente groupée collectent leurs
produits dès la récolte pour une vente différée.
Transfert des sacs chez le commerçant Pour cela, elles réalisent un traitement préventif
Les grains de sorgho, conditionnés dans des sacs du magasin et du stock (insecticide ou fumiga-
en PP tissés, sont transférés chez le commerçant en tion). Les produits stockés dans les magasins des
camion. Ces camions peuvent transporter exclusi- structures faitières et des commerçants de grains
vement du sorgho ou du sorgho en association avec se conservent bien en général.
d’autres produits et parfois avec des personnes. Les commerçants utilisent les mêmes types
Le chargement et le déchargement sont assurés d’infrastructures que les organisations de pro-
par des manutentionnaires, dont les commerçants ducteurs pratiquant la vente groupée de leurs
récriminent la brutalité de leurs gestes qui peuvent produits. Ces magasins sont acquis sur fonds
conduire à l’éclatement des sacs. propres ou par location. L’entreposage des sacs en
PP tissé se fait à même le sol, collé au mur, avec un
Conservation du sorgho au niveau stock atteignant presque le plafond. Des stockages
communautaire ou chez le commerçant respectant les normes techniques sont également
Le stockage au niveau communautaire est fait observés: utilisation de palettes, existence d’une
dans un magasin du groupement ou de l’union. Ce distance entre le mur et le stock etc.
dernier est en général construit en dur avec une Ordinairement, le commerçant pratique le
capacité variant de quelques dizaines à quelques moins possible un stockage prolongé des produits.
centaines de tonnes, selon le dynamisme de l’OP La rotation du stock est appliquée dans la mesure
pour la commercialisation de ses produits. Cer- du possible en vue d’alléger les frais d’entretien du
taines organisations faitières de producteurs ont stock de produits qui passe entre leurs mains. Le
une capacité de stockage d’environ 5 000 tonnes. stockage du sorgho est fait sur une courte période

TABLEAU 1.7
Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des groupements de commercialisation de
produits agricoles (Boucle du Mouhoun)9
Mois de l’année Quantité par
Lieu Produits Sous- Durée/
Étapes de la CAA producteur
géographique principaux produits Distance
de à (tonnes)

Production primaire Kosso mai novembre sorgho 2,2 néant 5 mois

sorgho
Récolte Kosso novembre 2,2 néant 2 semaines
panicules

Manutention après sorgho


Kosso janvier 2,0 néant
récolte grains

sorgho 3 mois/
Stockage Ouarkoye janvier avril 1,5 néant
grains 30 km

sorgho
Transport Ouarkoye janvier avril 1,3 néant
grains

sorgho
Ventes aux marchés Dedougou janvier avril 1,2 néant 35 km
grains

sorgho
Transformation néant néant néant néant
grains

sorgho
Stockage Dédougou janvier avril 1 néant
grains

Ouagadougou/ sorgho
Transport janvier avril 1 néant 230 km
Ouahigouya grains

Ouagadougou/ sorgho
Vente en gros janvier avril 1 néant
Ouahigouya grains

sorgho
Vente au détail Ouagadougou janvier avril néant
grains

Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
Chapitre 1 – Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est 27

dans l’attente d’une opportunité de marché. En L’UGCPA a pour mission la commercialisa-


cas de nécessité, liée à l’absence de marché par tion du surplus de production en céréales de ses
exemple, le stock est traité de manière préventive, membres, en déduction des besoins de consomma-
afin d’éviter l’apparition d’infestation. tion des membres de leur ménage.

Traitement Maillon production 


Les sacs de sorgho dans le magasin peuvent être Les producteurs membres de l’UGCPA bénéficient
traités au préalable avec un insecticide. L’usage du de renforcement de capacité dans les domaines de
phosphure d’hydrogène (phosphine) est souvent l’intensification de la production, de la gestion de
noté pour le traitement des grains, en traite- leur exploitation, et aussi, dans la réduction des
ment classique (sacs entreposés sous bâche) ou PAR. C’est dans cette démarche que leur surplus
par introduction du comprimé dans chaque sac, de production est collecté et commercialisé selon
sans que l’étanchéité du sac traité ne soit prise les opportunités qui se présentent.
en compte. Ce traitement utilisant un fumigant
devrait en principe être assuré par un personnel Maillon commercialisation 
qualifié, ce qui n’est pas le cas en général. Le sorgho est acheté suivant un prix de base
déterminé au début de chaque campagne agricole.
Description du système de commercialisation Le produit enlevé à la fin de la récolte est acheminé
Dans la Boucle du Mouhoun, les commerçants dans les magasins de regroupement dans lesquels
grossistes classiques de céréales disposent d’un la vérification de la quantité et de la qualité des
réseau de collecteurs/trices de sorgho qui s’ap- grains collectés est faite. Au siège, l’UGCPA
provisionnent dans les marchés des villages et possède une capacité de stockage de près de
des communes avoisinantes. Ils sont aussi appro- 2  000 tonnes. Les quantités collectées auprès des
visionnés par des commerçants demi-grossistes9 membres de l’organisation sont traitées (nettoyage
localisés dans les communes rurales. et reconditionnement) pour être placées auprès
En dehors de quelques grands commerçants des institutions consommatrices ou auprès de
de la place, le grossiste ne dispose pas de grandes commerçants grossistes. Au terme de processus
capacités de stockage. En début de la période de de mise en vente, l’organisation détermine des
commercialisation du sorgho, le grossiste collecte ristournes à reverser aux membres participants.
le produit en vue de satisfaire les commandes. Le La synthèse des diagrammes de flux des chaînes
grossiste de céréales assure une rotation rapide d’approvisionnement du sorgho dans les régions
de son stock en début de période et minimise les du Mouhoun et de l’Est est présentée respective-
risques de conservation du produit à long terme. ment dans les figures 1.1 et 1.2 ci-dessous.
Le temps de collecte et d’acheminement du pro-
duit au client ne dépasse pas un mois. La collecte Implication des parties prenantes, en
réalisée un peu plus tard est conservée pour être particulier des femmes, le long de la chaîne
vendue pendant la soudure avec une plus-value. d’approvisionnement
Le sorgho est peu vendu dans certaines régions Les femmes jouent un rôle majeur dans la chaîne
du Burkina Faso, notamment la région de l’Est. Il d’approvisionnement (récolte, séchage, battage et
est produit essentiellement pour l’alimentation des vannage, stockage et commercialisation).
membres du ménage. Son déstockage n’intervient
que très tard dans la saison ou lorsque le ménage a À la récolte
épuisé ses autres sources de revenus. L’opération de récolte comporte quatre sous-opéra-
tions, l’abattage des tiges portant les épis, la coupe
des panicules et le dépôt en petits tas, et enfin le
transport à l’endroit préparé pour le gros tas.
9
Le commerçant demi-grossiste est un intermédiaire entre Les hommes sont en charge de l’abattage, les
le grossiste et le détaillant. Il traite des quantités allant de
quelques dizaines de sacs à une cinquantaine, voire une
femmes sont responsables de détacher la panicule
centaine de tonnes de céréales. Ces acteurs sont localisés de la tige et de constituer les petits tas. Ces femmes
aussi bien dans les zones de production que dans les proviennent des familles propriétaires ou sont des
zones de consommation. Dans les zones de collecte, il ouvrières agricoles. A Tissé, les femmes actives
dispose de magasins pour le stockage du produit de sa
collecte en vue de la vente aux grossistes. Dans les zones
dans les champs familiaux affirment recevoir une
de consommation, le demi-grossiste s’approvisionne certaine quantité de panicules comme contribu-
auprès du grossiste. tion au panier de la ménagère. Pour ces femmes,
28 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

FIGURE 1.1
Diagramme de flux de la chaîne d’approvisionnement du sorgho dans la Boucle du Mouhoun

Récolte

Transport des épis Mise en tas des épis


à domicile

Stockage au Séchage des épis


grenier Sur aire au champ

Prélèvement au Battage
grenier (bâton/tracteur)

Battage
Vannage
au bâton

Vannage Conditionnement

Transport

Stockage
Stockage à domicile
Magasin de regroupement

Contrôle qualité
Transport au marché
et poids

Stockage Stockage
Collecteur Magasin central

Transport Nettoyage
chez grossiste (selon marché)

Stockage Stockage
Grossistes Institutions

l’absence de jouissance des revenus issus de la de la vente du sorgho se fait par consensus», condi-
vente du sorgho ne constitue pas une contrainte à tionnalité apparemment non remplie. Par contre
leur pleine participation aux activités après récolte. des exemples de femmes entretenant uniquement
Il est à souligner que ces réponses ont été données leur champ personnel (et non le champ familial),
au cours de rencontres mixtes. bien que mariées, ont été donnés comme attitudes
Le processus décisionnel est du ressort de développées par certaines en guise de réaction à
l’homme. Par ailleurs, les femmes, tout en affir- la gestion unilatérale des stocks familiaux par les
mant que les décisions se prennent en concertation maris. La conclusion tirée par les femmes, «en tant
avec elles, n’ont pas pu donner un exemple concret que femme, il faut travailler à ce qu’il y ait l’entente
de cette décision collective; en guise de réponse entre toi et ton mari», indique dans l’absolu qu’elles
elles ont plutôt énoncé que «si l’entente existe entre doivent veiller à cette entente même au détriment
un homme et ses épouses, l’utilisation des revenus de leurs droits. Aussi le langage mesuré des femmes
Chapitre 1 – Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est 29

FIGURE 1.2
Diagramme de flux de la chaîne d’approvisionnement du sorgho dans la région de l’Est

Récolte

Séchage des épis

Transport des épis


à domicile

Stockage
dans le grenier

Battage
(au sol balayé)

Décorticage Vannage

Mouture Conditionnement
(au moulin) en sacs

Stockage au magasin
(3 mois maximum)

Transport au marché

Stockage
chez grossiste

observé au cours des échanges, traduit les difficultés illustre bien la charge et la pénibilité du vannage
qu’elles ont à dénoncer une telle situation qu’elles effectué par les femmes. Une production de 5 ha,
déplorent pourtant, en présence des hommes. égrenée par un tracteur en 2 heures, a été vannée et
ensachée par sept femmes en trois jours.
Au niveau du battage/vannage du sorgho
Le battage est effectué par les hommes ou les Stockage chez les commerçants
femmes en fonction de la quantité destinée au Deux groupes de femmes ont été interviewés dans
battage. Les producteurs font de plus en plus la région de la Boucle du Mouhoun. Les tâches
appel au service du tracteur pour les quantités plus des femmes consistent à vanner, tamiser, trier les
importantes. cailloux et les grains cassés ou de mauvaise qualité,
Le vannage effectué par les femmes devient et à enlever les impuretés. Les femmes apportent
de plus en plus fastidieux au regard du volume l’essentiel des outils de travail, ledit travail se fai-
relativement important du sorgho à vanner, les sant en station debout, assise ou accroupie et sans
superficies emblavées étant plus importantes. Le réel matériel de protection. La poussière dégagée,
cas du producteur de la Boucle du Mouhoun les postures incommodes de travail et l’absence
30 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

TABLEAU 1.8
Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement du sorgho – Environnement
PRODUCTION Quantité Unité

Outils, équipements, intrants Daba + charrue + tracteurs ND ND

Matériels, produits chimiques Matériel de traitement des plants + insecticides ND  ND 

Eau Eau de pluie ND ND

STOCKAGE Quantité Unité

Silos métalliques fermiers, sacs de type PICS*,


Outils, équipements, infrastructures ND  ND 
bidons plastiques, magasins

Matériels, produits chimiques Phosphure d’hydrogène + insecticides de contact ND 1/sac

TRANSPORT Quantité Unité

Outils, équipements, logistique Charrette asine, motos tricycles, camion ND  ND 

Énergie Gazoil – –

TRANSFORMATION Quantité Unité

– – – –

VENTE EN GROS ET DETAIL Quantité Unité

Outils, équipements, infrastructures Bascule + ustensiles de mesures locales ND  ND 

* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au
Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

TABLEAU 1.9
Facteurs pour l’évaluation environnementale de la chaîne d’approvisionnement du sorgho
Facteurs Description

Type de système de production Monoculture en général

Nettoyage, labour, principalement à la charrue ou avec la daba ou aussi au


Pratiques de préparation du sol
tracteur

Sols assez riches en matière organique, peu lessivés


Degré de dégradation et qualité du sol
Végétation constituée d’arbres et d’arbustes

Utilisation de l’eau Eau de pluie

Impacts sur les écosystèmes Plante à racines fasciculées, qui épuisent l’horizon superficiel des sols

Sources de gaz à effet de serre Très faible

Facteurs climatiques Température élevée + pluviométrie moyenne autour de 800 mm

Utilisation de résidus dans la chaîne


Alimentation pour bétail
d’approvisionnement

Utilisation d’aliments issus de pertes Alimentation pour bétail

Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

d’abri épuisent les femmes et les exposent aux Les femmes sont unanimes à reconnaitre qu’en
maladies et à la fatigue. Les maux de tête, le absence d’emploi, cette activité, même si elle est
rhume, la toux sont quelques-unes des pathologies difficile, leur permet de faire face à certains de
développées. En matière de prévention, certaines leurs besoins.
femmes utilisent des cache-nez, et humectent leurs Les tableaux 1.8 et 1.9 suivants fournissent des
narines de beurre de karité. Bien que mis un peu éléments sur l’évaluation environnementale.
à l’écart du lieu de travail, les enfants ne sont pas La production du sorgho se fait sur de faibles
moins exposés que leurs génitrices, les alentours superficies de 0,5 à 2 ha en moyenne dans la
étant chargés de poussière. Boucle du Mouhoun. C’est une activité pratiquée
Chapitre 1 – Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est 31

en hivernage car elle utilise l’eau de pluie comme institutionnels.


seule source d’alimentation en eau. La culture du Ces informations ne sont pas documentées par
sorgho est réalisée en culture pure ou en associa- les organisations faîtières de producteurs, même
tion avec le niébé ou le maïs. C’est une culture au niveau national.
en grande partie manuelle utilisant la daba pour
les opérations culturales telles que le défrichage, LES PERTES APRÈS RÉCOLTE DANS LA
le semis, le sarclo-binage et surtout la récolte. CHAÎNE D’APPROVISIONNEMENT DU
Néanmoins, la charrue est utilisée pour certaines SORGHO
opérations comme les labours, les sarclages et Points critiques de pertes: types et niveaux
quelques fois le buttage. Ce sont ces mêmes des pertes après récolte
opérations culturales qui sont aussi réalisées au Les différents maillons de la chaîne sont caracté-
moyen de tracteurs dans certaines exploitations risés par des activités spécifiques qui sont menées
un peu plus grandes. Les exploitations agricoles à des étapes précises. Les étapes où l’on constate
de sorgho utilisent l’engrais minéral à très faible les pertes les plus importantes dans la CAA sont
dose, comparativement à certaines cultures comme appelées points critiques de pertes (PCP).
le coton ou le maïs. La revue documentaire, les avis des personnes
Le stockage du sorgho en panicules est encore ressources rencontrées, et les échanges avec les
très fréquent dans la zone; il est réalisé dans des groupes de discussion de producteurs/trices, ont
greniers en terre ou en paille. Les grains de sorgho permis de recueillir des appréciations sur les points
sont conservés en sacs et de plus en plus l’utilisa- critiques de pertes.
tion de moyens modernes de stockage comme les Les points critiques de pertes au niveau de
silos métalliques, les sacs triple fonds et les maga- la chaîne d’approvisionnement du sorgho dans
sins de stockage (communautaires), est vulgarisée. les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’Est
Les stocks de sorgho ne sont pas traités dans les selon les acteurs rencontrés portent sur les étapes
greniers, mais le sont dans les magasins modernes. suivantes:
Le moyen de transport privilégié est la charrette ƒƒ la récolte (abattage des plants et séchage des
asine. De plus en plus de ménages font appel aux épis par petits tas);
motos tricycles à essence pour le transfert des ƒƒ le transport des panicules à domicile (localité
récoltes (panicules ou grains) des champs vers de Tchériba);
les lieux de stockage. Les camions diesels sont ƒƒ le battage des épis (tracteur montant sur le tas
essentiellement utilisés pour le transfert des quan- d’épis ou battage sur le sol);
tités commercialisées des marchés vers les grands ƒƒ le transport et le stockage chez le grossiste
centres urbains. (suivi des cargaisons).
La commercialisation du sorgho est faite au Au niveau de la plupart de ces étapes, les taux de
moyen des unités de mesure locales (yoruba, pertes ont été évalués ou estimés par des mesures
boîtes de tomate, tines, etc.) puis en sacs de 100 sur le terrain, présentées comme suit:
kg en polypropylène. L’utilisation des bascules
intervient bien souvent dans le cadre des transac- Pertes quantitatives
tions beaucoup plus formelles comme les achats Les niveaux de pertes quantitatives ont été estimés

TABLEAU 1.10
Pertes à l’abattage des plants de sorgho au champ au niveau d’Ouarkoye et de Tchériba (Boucle du Mouhoun)
Pertes au Taux de pertes
Rendement Rendement/ha Pertes au
Localité Exploitant(e) Sexe champ sur au poids
/carré (kg) (kg) champ/ha (kg)
22 m² (kg) (%)

Exploitant 1 M 5,5 2 200 0,15 68,18 3

Ouarkoye Exploitant 2 M 5,5 2 200 0,47 213,64 8,9

Exploitant 3 F 5,7 2 280 0,18 81,82 3,5

Exploitant 4 M 2,7 1 080 0,13 59,09 5,2

Tchériba Exploitant 5 M 5,7 2 280 0,33 150 6,2

Exploitant 6 F 2,7 1 080 0,14 63,64 5,6

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
32 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

TABLEAU 1.11
Pertes collectées au séchage des petits tas de panicules de sorgho au champ (Boucle du Mouhoun)
Pertes issues des petits tas de panicules
Exploitant(e)
Tas 1 (g) Tas 2 (g) Moyenne (g)

Exploitant 1 20 80 50

Exploitant 2 80 70 80

Exploitant 3 12 20 16

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

TABLEAU 1.12
Données sur les pertes de sorgho au battage/vannage manuel (Boucle du Mouhoun)
Grains Poussière Pertes de grains Pertes de Pertes Taux de pertes
Épis Paille
obtenus et glumes dans la poussière grains dans la totales en des grains
(kg) (kg)
(kg) (kg) (kg) paille (kg) grains (kg) (%)

27,1 18,15 2,64 6,125 0,025 0,060 0,085 0,47

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

aux étapes de la récolte (abattage des plants et Pertes au battage/vannage


séchage des panicules), du battage/vannage et du Le battage du sorgho rencontrées dans la Boucle
transport des sacs chez le commerçant. du Mouhoun se réalise soit avec un bâton (bat-
tage manuel) pour de faibles quantités (besoins
Pertes à la récolte ponctuels), soit en faisant passer un tracteur sur
Abattage des plants  le tas d’épis disposé sur une bâche, soit à l’aide
Les données collectées portant sur les pertes à d’une batteuse mécanisée. Cette dernière forme de
l’abattage des plants dans la région de la Boucle battage est peu utilisée dans la région, mais elle est
du Mouhoun sont présentées dans le tableau 1.10. connue à Passakongo (Mouhoun).
Dans la commune de Tchériba, la quantité de Les données du tableau 1.12 portent sur un
grains perdue à l’abattage des plants varie de 59 à essai de battage manuel du sorgho.
150 kg par hectare, et le taux de pertes par rapport
à la quantité totale de grains récoltés varie de 5,2 à Les pertes sont de 0,47% sur le total des grains
6,2%. Dans la commune d’Ouarkoye, les pertes de obtenus.
grains varient de 68 à 213 kg par hectare environ, Les pertes de grains proviennent des épis insuf-
et le taux de pertes est estimé entre 3 et 9%. fisamment battus, et des grains qui n’ont pas été
séparés de la poussière du vannage.
Le taux de pertes moyen rapporté aux grains Les difficultés de coordination avec les produc-
récoltés est de 5,4%. teurs sur le terrain n’ont pas permis à l’équipe de
Séchage des épis participer à des séances de battage avec un tracteur.
Suite à l’abattage des plants de sorgho, les femmes L’équipe a pu cependant assister à une démons-
procèdent à la coupe des panicules. Ces dernières tration de battage mécanisé du sorgho dans un
sont disposées en petits tas sur les tiges de sorgho, secteur de Dédougou.
en vue d’être séchées, avant le séchage en tas plus
grand en fin de journée. Pertes au transport des sacs chez le
Les données collectées dans la commune commerçant (suivi des cargaisons)
d’Ouarkoye dans les trois exploitations sont pré- Les données relatives aux pertes de grains au
sentées dans le tableau 1.11. cours du transport ont été déterminées au cours
Le nombre de petits tas dans le champ n’ayant de quatre suivis.
pas été déterminé, cela rend difficile la quantifica- ƒƒ Transport des sacs de  Bokuy à Dédougou:
tion des pertes à ce niveau. Le nombre ainsi que L’axe routier emprunté est de 94 km, dont 24
la taille des petits tas de panicules dans un champ km de piste. Les sacs utilisés étaient en bon
varient d’un exploitant à l’autre. Ces investigations état à l’arrivée. L’état du véhicule était bon,
méritent d’être poursuivies pour une quantifica- avec une bâche étalée sur la carrosserie afin
tion des pertes au séchage des panicules au champ. de récupérer les grains tombés des sacs. Il est
Chapitre 1 – Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est 33

TABLEAU 1.13
Données de suivi de cargaison de sorgho de Bokuy à Dédougou (Boucle du Mouhoun)
N° Poids des sacs au départ (kg) Poids des sacs à l’arrivée (kg) Pertes par sac (kg)

1 102,2 102,1 0,1

2 102,2 101,9 0,3

3 102,2 102,2 0,0

4 101,8 101,7 0,1

5 101,3 101,3 0,0

6 94,4 94,3 0,1

7 102,3 102,1 0,2

8 94,3 94,2 0,1

9 102,3 102,2 0,1

Perte moyenne par sac 0,1

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

TABLEAU 1.14
Données de suivi de cargaison de sorgho de Bendougou Arbinda à Dédougou (Boucle du Mouhoun)
N° Poids des sacs au départ (kg) Poids des sacs à l’arrivée (kg) Pertes par sac (kg)

1 102,0 101,8 0,2

2 102,0 101,9 0,1

3 102,0 101,7 0,3

4 102,0 102,0 0,0

5 102,0 101,9 0,1

6 102,0 101,8 0,2

7 102,0 101,8 0,2

8 102,0 102,0 0,0

9 102,0 101,9 0,1

10 102,0 102,0 0,0

Perte moyenne par sac 0,1

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

TABLEAU 1.15
Estimation des pertes de grains de sorgho sur l’axe Tankuy-Dédougou (Boucle du Mouhoun)
Localité Distance jusqu’à Pertes moyenne Estimation du nombre de Pertes estimées sur la période pour
de départ Dédougou (km) par sac (kg) sacs de décembre à avril l’ensemble des cargaisons (kg)

Tankuy 80 km bitumé 0,16 61 9,76

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

à remarquer que la manutention est faite sans ƒƒ Transport des sacs de Bendougou Arbinda à
attention particulière, ce qui a endommagé Dédougou: Cette route est de 25 km, dont 13
trois sacs, qui ont dû être reconditionnés. km de piste d’état moyen. Là-aussi, la perte
La perte moyenne par sac (100 g) n’est pas moyenne par sac (100 g) n’est pas significa-
significative car elle correspond à la marge tive car elle correspond à la marge d’erreur de
d’erreur de la bascule utilisée. la bascule utilisée.
34 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

TABLEAU 1.16
Données du premier suivi de cargaison de sorgho de Tankuy à Dédougou (Boucle du Mouhoun)
N° Poids des sacs au départ (kg) Poids des sacs à l’arrivée (kg) Pertes par sac (kg)

1 106,3 106,2 0,1

2 106,7 106,7 0,0

3 101,9 101,8 0,1

4 102,5 102,5 0,0

5 102,1 102,0 0,1

6 101,8 101,8 0,0

7 101,4 101,3 0,1

8 101,9 101,8 0,1

Pertes moyennes par sac 0,06

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

TABLEAU 1.17
Données du second suivi de cargaison de sorgho de Tankuy à Dédougou (Boucle du Mouhoun)
N° Poids des sacs au départ (kg) Poids des sacs à l’arrivée (kg) Pertes par sac (kg)

1 101,1 101,0 0,1

2 102,0 101,8 0,2

3 101,2 101,1 0,1

4 102,5 102,4 0,1

5 101,3 101,0 0,3

6 102,3 102,1 0,2

7 101,6 101,4 0,2

8 101,8 101,7 0,1

9 101,4 101,4 0,0

10 102,7 102,4 0,3

Perte moyenne par sac 0,16

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

ƒƒ Transport des sacs de Tankuy à Dédougou: qui est inférieur à la marge d’erreur de la
Tankuy est à 80 km de Dédougou sur une bascule utilisée (±100 g) (voir le tableau 1.16).
voie bitumée. L’état des sacs à l’arrivée est Le deuxième suivi a donné une moyenne de
bon, avec les bordures plus froissées à cause pertes de 0,160 kg par sac, pour un total de 61
de la manutention. Le véhicule était en bon sacs transportés (voir le tableau 1.17).
état avec une bâche étalée sur la carrosse-
rie pour récupérer les grains tombés des L’estimation des pertes de grains au cours de cette
sacs et amoindrir le frottement entre les campagne sur l’axe Tankuy-Dédougou pour l’ap-
sacs et le plancher de la carrosserie. Malgré provisionnement de l’UGCPA est présentée dans
cette disposition, les planches latérales de le tableau 1.15.
la carrosserie ont percé un sac de sorgho La perte en grains sur l’axe Tankuy-Dédougou
au déchargement, laissant tomber le sorgho par l’UGCPA est faible au regard de la quantité
en dehors du camion. Deux suivis ont été totale transportée (61 sacs). La perte est de l’ordre
réalisés sur cet axe. Le premier suivi a donné de 10 kg.
une moyenne de pertes par sac de 60 g, ce
TABLEAU 1.18
Matrice de synthèse des résultats sur les pertes alimentaires du sorgho (Boucle du Mouhoun)
% de pertes Causes de pertes/ Baisse de Impact/acteurs Perception des
Étape de la % de pertes dans Solutions
Type de perte dans cette chaîne raisons de faibles valeur affectés acteurs (hommes/
chaîne/processus ce processus recommandées
d’approvisionnement pertes marchande (hommes/femmes) femmes)

ƒƒ Mode
d’abattage Hommes/femmes
des plants au Pertes de revenus ƒƒ Amélioration
champ Niveau de pertes variétale
Récolte Quantitative 5,4 91,7 Non Impact négatif sur très bien perçu par
ƒƒ Qualité du la disponibilité les acteurs ƒƒ Récolte à
matériel alimentaire au niveau bonne date
végétal du ménage
(variété)

ƒƒ Insuffisance
du matériel de
travail (bâches) ƒƒ Appuyer les
Hommes/femmes producteurs/
ƒƒ Faible
trices pour
mécanisation Pertes de revenus
Niveau de pertes acquérir des
des opérations
Battage/Vannage Quantitative 0,47* 8 Non Impact négatif sur très peu perçu par bâches
ƒƒ Pénibilité la disponibilité les acteurs ƒƒ Mécanisation
du vannage alimentaire au niveau pour réduire la
manuel du ménage pénibilité des
ƒƒ Charge de opérations
travail élevée
des femmes

ƒƒ Utilisation de
silos ou de sacs
de type PICS
ƒƒ Conservation
Chapitre 1 – Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est

Attaques de en grain dans


Stockage (5 mois) Quantitative 0,02* 0,3 déprédateurs Non Insignifiant les magasins
(faibles)
ƒƒ Conservation
en panicule
dans les
greniers
traditionnels

* Pour rappel, les points dits critiques de pertes (PCP) ont d’abord été identifiés par les acteurs de la chaîne d’approvisionnement et par les personnes ressources rencontrées; les évaluations pratiques des
pertes au niveau de certains PCP ont donné des valeurs plutôt faibles. Il est alors recommandé de répliquer les mesures faites lors d’une nouvelle étude sur le terrain.
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
35
36 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

Pertes qualitatives au stockage à l’aide d’outils traditionnels (daba10 ou machette).


Pour chacun des échantillons de sorgho collectés Ces opérations (abattage et dépôt au sol), qui sont
au cours des trois missions successives de suivi conduites par les bras valides des ménages avec
des stocks, le poids des grains sains est supérieur force et souvent brutalité, entraînent la perte de
à 99%. Autrement dit, les stocks sont encore de grains au sol.
bonne qualité pour être commercialisés.
Dans le cadre de la présente étude, les échantil- Qualité du matériel végétal
lons collectés indiquent que les stocks de sorgho Parmi les variétés de sorgho utilisées au niveau
sont de qualité A (normes SONAGESS), donc des ménages, celle dite Banfora est l’une des plus
conservables dans les conditions de leur prélè- hautes sur pied. Les glumelles s’ouvrent pour lais-
vement pendant une longue période (au moins ser échapper le grain dès que ce dernier atteint une
un an). faible teneur en eau. La chute des grains peut être
aggravée par les opérations d’abattage du plant
Causes des pertes après récolte et mesures ou même par les feux de brousse qui dessèchent
identifiées pour les réduire davantage le champ.
Récolte  Les mesures identifiées de réduction des pertes à
Les principales causes des pertes à la récolte sont la récolte sont:
les suivantes:

Récolte tardive PHOTO 1.4


En théorie, la récolte du sorgho doit intervenir Greniers en paille, village de Bilanga (région de
après la maturité physiologique du grain (grain l’Est), 26 novembre 2015
craquant sous la dent avec une humidité de moins
de 16%), ce qui n’est pas toujours le cas dans
les faits. Au niveau des producteurs suivis dans
le cadre de cette étude, la récolte est également
conditionnée par les autres travaux champêtres
et la disponibilité des infrastructures de stockage.
Dans la région de l’Est par exemple, les greniers
en banco, pour l’entreposage des panicules de
sorgho après récolte, sont confectionnés à partir
d’argile et d’une fibre végétale tressée issue d’une
grande herbe, l’Andropogon sp., qui n’est récoltée ©DOULAYE DIANCOUMBA
qu’à sa maturité. Ces greniers constituent une
sorte de grand panier, posé sur un châssis en bois
à quelques dizaines de centimètres (30-40 cm) du PHOTO 1.5
sol, et recouvert d’un toit de chaume (Cruz et al. Daba utilisée pour l’abattage des plants à la récolte
1988).
Bien souvent, la maturité du sorgho et celle
de l’andropogon ne coïncident pas. Il faut alors
attendre que le grenier soit prêt pour commencer
la récolte.

Mode d’abattage des plants au champ


Dans certaines régions, notamment dans la
Boucle du Mouhoun et dans l’Est, pour couper
la panicule de sorgho qui se trouve à une hauteur
de 4,5m, les producteurs procèdent à l’abattage
des plants puis à leur disposition au sol. HTTP://WWW.PLANETE-BURKINA.COM/AGRICULTURE_BURKINA.PHP
Dans la grande majorité des exploitations
suivies, toutes les opérations de récolte du sorgho
sont encore manuelles. L’abattage des plants se fait 10
La daba est un outil traditionnel du paysan ouest-afri-
cain, dont la forme rappelle la houe, constitué d’un soc
métallique et d’un manche en bois.
Chapitre 1 – Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est 37

ƒƒ Améliorer les pratiques culturales. Il s’agi- ƒƒ Insuffisance de matériels de travail. Au cours


ra d’assurer aux personnes cibles (hommes, des opérations de battage et de vannage,
femmes, enfants), un ensemble de connais- il est noté une insuffisance de bâches, qui
sances sur la conduite des exploitations, permettraient de récupérer tous les grains,
l’économie de la production et les mesures de qui sont alors éjectés hors de l’aire de battage
réduction des pertes à la récolte. Ces activités ou de vannage ou enfouis dans la poussière.
de renforcement des connaissances devraient De plus, les matériels nécessaires (paniers,
tenir compte des situations/besoins spéci- plats et calebasses) ne sont pas toujours
fiques des hommes et des femmes: autrement disponibles pour le vannage.
dit, les moments de formation doivent tenir ƒƒ Pénibilité du vannage manuel. Le vannage
compte de la disponibilité de chaque sexe, des manuel est indiqué lorsqu’il y a du vent et
dispositions doivent être prises pour que les les quantités totales battues sont ventilées
femmes participent pleinement aux séances jusqu’à la séparation complète de la matière
de formation (prise de parole, présence effec- étrangère du grain. Selon les quantités, ce
tive des femmes, dispositions particulières travail peut durer plusieurs jours au niveau
pour les femmes allaitantes, etc.). d’une exploitation.
ƒƒ Améliorer les techniques de récolte. Avec les ƒƒ Charge de travail des femmes. La charge de
dispositions prises pour mesurer les pertes travail élevée des femmes (activités familiales
à la récolte, beaucoup de chefs de ménages et ménagères et activités agricoles) impacte
ont pris conscience de l’ampleur des pertes. sur la qualité du vannage.
Si l’abattage du sorgho, qui est une pratique
culturelle, ne peut pas être évité, il peut être Les mesures identifiées de réduction des pertes au
entrepris avec beaucoup plus de soins et au battage/vannage sont:
bon moment. Il est donc essentiel d’amé- ƒƒ promouvoir des bâches ou des films plas-
liorer ou de vulgariser les bonnes pratiques tiques pour la récupération des grains au
d’abattage. cours des opérations de battage et de vannage;
ƒƒ Utiliser des variétés améliorées. La recherche ƒƒ introduire le matériel mécanique de battage et
et la vulgarisation de variétés améliorées plus surtout de vannage pour réduire la pénibilité
adaptées au changement climatique, mais des opérations, source de la faible attention
surtout moins sensibles à l’effet des facteurs accordée aux pertes à ce stade;
environnementaux pour l’ouverture de leurs ƒƒ promouvoir les égreneuses multifonction-
glumelles et le détachement des grains à nelles de sorgho et de maïs, tout en veillant à
maturité, doivent être envisagées. Par ailleurs, une meilleure organisation du travail afin de
la réduction de la taille sur pied du plant favoriser l’équité dans les tâches d’égrenage
pourra contribuer à la diminution de la perte entre les hommes et les femmes;
des grains à l’abattage des plants. ƒƒ sensibiliser sur l’allègement de la charge de
travail des femmes.
Battage/vannage
ƒƒ Faible mécanisation des opérations. Le bat- Transport
tage et le vannage sont réalisés manuellement. ƒƒ Mauvais état des emballages. Les sacs en PP
Dans la région de la Boucle du Mouhoun, généralement utilisés pour le conditionne-
le battage se fait aussi en faisant passer le ment des grains sont bien souvent de très
tracteur sur le tas (pratique généralisée). Les mauvaise qualité (faible densité de tissage, pas
pertes de grains proviennent des épis insuffi- de traitement anti-UV).
samment battus, et des grains qui n’ont pas ƒƒ Mauvaise manutention des sacs. Les manuten-
été séparés de la poussière du vannage. Ces tionnaires, qui sont payés à la tâche, travaillent
pratiques de battage inappropriées entraînent vite pour gagner plus. Manipulant les sacs avec
des risques de cassure des grains, donc de peu de soin, ils causent des déchirures (surtout
pertes de grains aux étapes ultérieures, et pour les sacs de 100 kg bien remplis).
aussi augmentent les risques de contamina-
tion des grains. La batteuse polyvalente, bien La perte au transfert est surtout constatée par les
qu’efficace (selon la démonstration à laquelle commerçants et organisations faitières de pro-
nous avons assisté), n’est pas beaucoup utili- ducteurs/trices. Selon eux, la quantité perdue par
sée dans la région. sac peut atteindre 2 kg, ce qui est un facteur de
38 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

sensibilisation pour la prise de mesures correc- Les causes transversales aux points critiques de
tives. C’est ainsi que de nombreuses organisations pertes sont:
de producteurs/trices, à défaut d’acquérir des Récolte, battage/vannage:
véhicules de transport avec une carrosserie en ƒƒ la faible participation des femmes aux déci-
bon état, déposent une bâche sur la carrosserie sions relatives aux activités après récolte.
pour minimiser les dégâts et pouvoir récupérer les En tant qu’actrices dans les trois activités
grains tombés au cours du transport. Une part non après récolte, les femmes sont peu associées
négligeable des pertes au transport provient égale- aux décisions qui y sont relatives. Certaines
ment de la manutention brutale des sacs, surtout femmes déplorent cette situation, leur avis
quand les responsables ne sont pas présents. pouvant contribuer à des décisions perti-
Les mesures identifiées de réduction des pertes nentes.
au transport sont: ƒƒ l’accès contrôlé des femmes aux stocks des-
ƒƒ sensibiliser les manutentionnaires sur les tinés à l’alimentation et la quasi-absence de
bonnes pratiques; contrôle des revenus générés par la vente du
ƒƒ utiliser des bâches pour protéger les sacs sorgho.
des déchirures causées par la carrosserie des
camions de transport. La mesure identifiée d’atténuation de ces causes
est la sensibilisation des organisations faitières, des
Stockage productrices et producteurs, en vue d’une pleine
ƒƒ Infestation des déprédateurs (faibles). Les participation des femmes aux sphères de décision
panicules sont généralement moins infes- des opérations après récolte.
tées que les grains en sacs. Les greniers en
banco observés dans la zone de Tchériba sont Points de faibles pertes et bonnes pratiques
reconnus pour offrir une plus grande protec- Les résultats des analyses au laboratoire ont révélé
tion pour le sorgho conservé en panicules. que chez les producteurs suivis, le sorgho peut être
Néanmoins, quelques infestations d’Ephestia conservé en panicules dans des greniers en terre,
sp. et de Sitotroga sp. (des lépidoptères) (en pendant plusieurs mois, voire pendant des années.
très faible densité) ont été observées sur le Un point de faibles pertes est le stockage du
sorgho stocké, après 5 mois d’entreposage sorgho en panicules dans les greniers en terre
des panicules. L’empilement de la production observé dans la zone de Tchériba dans le Mou-
de l’année sur des stocks vieux de 2 à 4 ans houn. Après six mois de conservation, le taux de
peut être l’une des causes. pertes est de l’ordre de 0,02%. Cette technique,
combinant la conservation en panicules et dans les
Les mesures identifiées de réduction des pertes au greniers en terre, permet de conserver le sorgho
stockage sont: pendant plusieurs années. Selon les ménages qui
ƒƒ promouvoir le conditionnement hermétique les utilisent, la dégradation du grain y est faible
dont les silos métalliques au niveau des pro- et elle est insignifiante lorsque le grenier est bien
ducteurs et des productrices mais surtout entretenu à l’abri des infiltrations d’eau.
proscrire l’utilisation à grande échelle du Le second point de faibles pertes constaté
Phostoxin11 qui a un impact négatif sur les au niveau de la chaîne d’approvisionnement est
hommes/femmes/enfants et sur leur environ- le transport, avec un taux de pertes de 0,2%.
nement; La perte au transfert est surtout constatée au
ƒƒ sensibiliser sur la nécessité du déstockage des niveau de la commercialisation (commerçants et
vieux stocks avant le stockage de la nouvelle organisations faitières de producteurs/trices). Les
récolte. intéressés constatent la perte et estiment que la
quantité perdue par sac peut atteindre 2 kg, ce qui
est un facteur de sensibilisation pour la prise de
11
Le Phostoxin (phosphure d’aluminium) dégage du phos-
mesures correctives. Cette estimation des pertes
phure d’hydrogène (PH3) au contact de l’humidité au transport selon les commerçants a conduit
de l’air, après exposition à l’atmosphère et selon les les chercheurs à classer initialement cette étape
conditions de température et d’hygrométrie. Le phos- comme un PCP. Suite aux mesures physiques
phure d’hydrogène est le fumigant le plus utilisé dans le
monde. Il est employé comme insecticide pour le traite-
effectuées au cours des suivis de cargaison, des
ment des céréales et des locaux destinés au stockage des données enregistrées, il s’avère que cette étape est
céréales. en fait un point de faibles pertes.
Chapitre 1 – Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est 39

STRATÉGIE DE RÉDUCTION DES PERTES Les économies réalisées sur les pertes peuvent
ALIMENTAIRES DE SORGHO financer, au bout de trois ans, des mesures suscep-
Impact des pertes tibles de réduire de manière considérable les pertes
La production de sorgho blanc de la région de la au niveau des points de pertes les plus importants.
boucle du Mouhoun pour la campagne agricole Les principales conséquences des pertes pour
2015/2016 est de 227 850 tonnes. Cette produc- les producteurs de sorgho sont i) la réduction
tion a varié d’environ - 0,75% par an au cours de leurs revenus, ii) la difficulté pour les petits
des cinq dernières années, elle est par conséquent producteurs d’investir dans la production agricole,
considérée comme stable pour les dix prochaines iii) la réduction de la disponibilité alimentaire dans
années au moins (variation inférieure à 10%). Le la région, et iv) l’accroissement de l’utilisation de
taux de pertes globales estimé au cours de cette nouvelles terres de culture.
étude est de 6,1%, ce qui représente une perte ali-
mentaire de 14 000 tonnes environ chaque année Analyse coûts-bénéfices des mesures de
pour cette région. Au prix du marché, c’est-à- réduction des pertes au niveau des points
dire 214 USD la tonne (prix relevé par le SIM critiques de pertes
SONAGESS sur le marché rural de référence de Les ressources nécessaires pour la réduction des
Solenzo en octobre 2015), cette perte alimentaire pertes dans la région de la Boucle du Mouhoun
correspond à une valeur de 3 millions d’USD de sont estimées à partir du modèle qui utilise la
pertes économiques. Elle sera encore plus impor- production de sorgho dans la région, la valeur du
tante si les producteurs vendent au mois d’avril produit et la valeur du taux de pertes total mesuré
sur les marchés urbains. sur le terrain. Les axes d’intervention les plus
De manière générale, le prix du sorgho fluc- importants ont également été valorisés et la réduc-
tue peu. Cela s’explique par le fait que dans les tion désirée du taux de perte pris en compte pour
ménages, le sorgho est commercialisé une fois que l’analyse coûts-bénéfices des mesures préconisées
toutes les autres sources de revenus sont épuisées. (voir le tableau 1.19).

TABLEAU 1.19
Analyse coûts-bénéfices des mesures de réduction des pertes sur le sorgho (Boucle du Mouhoun)
Codes
pour les Rubriques Valeurs Unités Calculs
calculs

a Quantité de produit dans la région 268 250 tonnes/an

b Valeur du produit 214,3 USD/tonne

c Taux de pertes 6,1 %

d Réduction désirée du taux de pertes 60,0 %

e Coût des interventions 2 070 600 USD

f Amortissement 10 années

g Coût annuel des investissements 207 060 USD/an e/f

h Coût annuel des opérations 31 060 USD/an 15% x g

i Coût annuel total des mesures 238 120 USD/an g+h

j Coût par tonne 0,9 USD/tonne i/a

k Pertes alimentaires 16 300 tonnes/an c×a

l Pertes économiques 3 500 000 USD/an k×b

m Réduction des pertes 9 800 tonnes/an k×d

n Économies liées à la réduction des pertes 2 100 000 USD/an m×b

o Coût total par individu 238 120 USD/an a×j=i

p Rentabilité des mesures 1 862 000 USD/an n–o

Source: résultats de l’étude (2015-2016).


40 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

Les interventions proposées sont décrites dans et les pertes économiques annuelles qui en
le tableau 1.20 et sont développées au niveau des découlent sont estimées à 3,5 millions d’USD
axes stratégiques de la section suivante). Pour par an, soit près de 2 milliards de francs CFA
chaque étape de la chaîne d’approvisionnement, par an pour cette région. En réduisant de
nous avons fait l’hypothèse que la combinaison 60% le taux de pertes mesuré au niveau des
de plusieurs interventions contribuera à réduire points critiques, les économies estimées liées
les pertes alimentaires de 60% au niveau du point à la réduction des pertes se chiffrent à plus de
critique ciblé par l’action. Le coût de chaque inter- 2 millions d’USD soit environ 1,180 milliards
vention s’étale sur une période de dix ans. Il est de francs CFA (prix du SIM SONAGESS du
possible d’évaluer la rentabilité des interventions mois d’avril 2016).
en déduisant le coût amorti de la valeur écono- ƒƒ Le coût annuel total des mesures propo-
mique de la réduction des pertes. sées de réduction des pertes au niveau des
ƒƒ La quantité de produit: il s’agit de la produc- points critiques retenus ne devraient pas
tion de sorgho (blanc et rouge) de la région être supérieur à la valeur de l’économie liée
de la boucle du Mouhoun pour la campagne à la réduction des pertes envisagée. Sur cette
agricole 2015/2016 (268 250 tonnes). base, la rentabilité du projet est estimée à
ƒƒ La valeur du produit est le prix sur le marché près de 1,9 millions d’USD, soit plus de 1
de production au mois d’avril 2016 suivant milliard de francs CFA par an (1 USD = 560
les prix diffusés par le SIM SONAGESS pour francs CFA).
le marché rural de référence de Solenzo dans
la région de la Boucle du Mouhoun. Il est de Coûts, axes d’intervention et plan d’action
l’ordre de 120 000 francs CFA la tonne, soit pour réduire les pertes après récolte de
214 USD/tonne. sorgho
ƒƒ Le taux de pertes est la somme des taux de Le coût des interventions pour réduire les PAR est
pertes des PCP considérés (soit 6,1% de la une estimation du montant des mesures proposées
production totale) pour cette étude sur le pour réaliser le taux escompté de réduction des
sorgho dans la Boucle du Mouhoun. pertes. Il est de 2 070 600 d’USD pour une réduction
ƒƒ La réduction désirée du taux de pertes est une des pertes anticipée de 60%. Une telle intervention,
estimation du taux de réduction souhaitée sous la forme d’un projet prévu sur dix ans, aura
au bout de dix ans; elle est estimée à 60% une rentabilité estimée de 1 862 000 d’USD chaque
compte tenu de l’envergure du projet qui ne année pour le sorgho dans la Boucle du Mouhoun.
pourra pas toucher tous les ménages même au Les axes d’intervention identifiés et recomman-
bout de dix ans. dés sont les suivants:
ƒƒ Le coût des interventions est une estimation ƒƒ la sensibilisation et la formation des agents
du montant des mesures proposées pour réa- d’encadrement et de vulgarisation (des ser-
liser ce taux de réduction des pertes. Il repré- vices techniques et des organisations fai-
sente la valeur des mesures qui permettront tières), des acteurs/trices directs, sur les PAR
de réduire le taux de pertes indiqué. Le détail et sur la réduction des inégalités hommes/
du budget est présenté dans le tableau 1.21. femmes en lien avec les PAR;
Les caractéristiques techniques et les aspects ƒƒ la sélection de variétés réduisant les pertes à
de faisabilité technique et économique (ren- la récolte, la diffusion et la vulgarisation des
tabilité) pour les artisans et les fabricants bonnes pratiques de récolte et d’après récolte;
des technologies recommandées et pour les ƒƒ la promotion de matériels de séchage et de
producteurs individuels sont présentés dans battage/vannage;
l’annexe 2. ƒƒ l’appui à l’acquisition de matériels de stoc-
ƒƒ L’amortissement est la durée souhaitée des kage (silos métalliques, sacs hermétiques de
interventions pour réduire les pertes aux type PICS12) pour les petits producteurs/
points critiques identifiés.
ƒƒ Le coût annuel des opérations représente
le coût de la mise œuvre des mesures. Il
12
représente 15% du coût annuel des investis- PICS est la marque des sacs hermétiques développés
par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont
sements. produits et disponibles au Burkina Faso comme dans
ƒƒ Sur la base du taux de pertes mesuré, les pertes plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais
alimentaires sont estimées à 16 300 tonnes elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
TABLEAU 1.20
Récapitulatif des causes des pertes de sorgho et des solutions proposées pour leur réduction au niveau des points critiques de pertes (Boucle du Mouhoun)
Ampleur des pertes Réduction des pertes

Taux de
Coût des
Points Taux de pertes/ Pertes Économies
Poids Causes Interventions pour Taux interventions
critiques pertes quantité économiques liées
(t) des pertes réduire les pertes (%) sur 10 ans
de pertes (%) initiale (USD) (USD/an)
(USD)
(%)

ƒƒ Récolte tardive ƒƒ Améliorer les


pratiques culturales
ƒƒ Mode d’abattage des plants au
champ ƒƒ Améliorer les
techniques de récolte
Récolte ƒƒ Qualité du matériel végétal (variété)
au 14 500 5,4 5,4 3 107 000 ƒƒ Utiliser des variétés 60 1 864 200 1 801 400
ƒƒ Non-participation des femmes aux
champ améliorées
décisions
ƒƒ Sensibiliser pour une
ƒƒ Accès limités aux stocks
pleine participation
ƒƒ Aucun contrôle de la gestion des des femmes aux
revenus des ventes décisions

ƒƒ Faible mécanisation des opérations


ƒƒ Insuffisance de matériels de travail ƒƒ Sensibiliser pour la
(bâches) réduction de la charge
de travail des femmes
ƒƒ Pénibilité du vannage manuel et sur la gestion
Battage/ ƒƒ Charge de travail élevée des femmes équitable des stocks
1 200 0,47 0,44 257 000 de sorgho 60 154 200
vannage
ƒƒ Non-participation des femmes aux
décisions ƒƒ Promouvoir
l’utilisation de bâches
ƒƒ Accès limité aux stocks pour la récupération
162 000
ƒƒ Aucun contrôle de la gestion des des grains
revenus des ventes
Chapitre 1 – Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est

ƒƒ Sensibiliser les
manutentionnaires
ƒƒ Mauvais état des emballages ƒƒ Utiliser les bâches
Transport 550 0,2 0,2 120 000 pour protéger les sacs 60 72 000
ƒƒ Mauvaise manutention des sacs
des déchirures causées
par la carrosserie des
camions de transport

ƒƒ Conserver le sorgho
en panicules
Stockage 50 0,02 0,019 10 700 ƒƒ Attaques de déprédateurs (faibles) ƒƒ Utiliser des silos ou 60 6 420 107 200
des sacs de type PICS
(hommes et femmes)

TOTAL 16 300 6,1 3 500 000 2 100 000 2 070 600

Source: résultats de l’étude (2015-2016).


41
42 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

trices pour le stockage et la conservation de ment pour un second groupe puis un troi-
leurs produits en vue de la commercialisation. sième dans le même cycle de vie du projet. La
prise en compte du principe de «contribution
Sous la forme d’une note conceptuelle, le plan de à la réduction des inégalités entre les hommes
suivi et d’action suivant est recommandé: et les femmes ou la non aggravation de
ces inégalités» dans l’opérationnalisation des
1. Titre du projet proposé: Intégration des actions sera primordiale.
initiatives de réduction des pertes alimen-
taires pour les petits exploitants (hommes 4. Mise en œuvre du projet
et femmes) de sorgho dans la région de la La mise en œuvre du projet proposé concernera
Boucle du Mouhoun au Burkina Faso. la réalisation des activités suivantes dans la région:
ƒƒ Sensibilisation des agents de vulgarisation et
2. Résultats attendus de lobbying. Réalisation de reportages dans
ƒƒ La réduction des PAR est prise en compte les médias (audio visuels), communications
dans la politique agricole et par le projet et sur l’ampleur des pertes alimentaires et sur
programme en élaboration. les causes, y compris celles liées aux inégalités
ƒƒ Les agents de vulgarisation agricole (services entre les hommes et les femmes, sur les effets,
techniques et organisations faitières) ont été et sur la nécessité de leur prise en compte
sensibilisés et formés sur les techniques de comme facteur de productivité des denrées
réduction des PAR et sur la réduction des agricoles.
inégalités homme/femme en lien avec les ƒƒ Diffusion des bonnes pratiques de récolte
pertes après récolte. et d’après récolte. Activités de recherche de
ƒƒ La réduction des PAR d’au moins 60% variétés de sorgho plus adaptées au type de
dans les localités d’intervention du projet est récolte pratiqué avec moins de pertes; sensi-
effective. bilisation et renforcement des capacités des
producteurs/trices aux techniques d’après
3. Stratégie d’intervention récolte. Cet accompagnement se fera à travers
L’intervention du projet sera orientée selon les les organisations faitières existantes dans la
axes suivants: zone d’intervention.
ƒƒ la sensibilisation et la formation des agents ƒƒ Promotion de matériels post récolte. Appui
d’encadrement et de vulgarisation (services des producteurs/trices pour l’acquisition de
techniques et organisations faitières), des bâches, etc. L’utilisation d’égreneuses/bat-
acteurs/trices directs, sur les PAR et sur la teuses polyvalentes permettrait également
réduction des inégalités homme/femme en de réduire les pertes au battage. Son coût
lien avec les pertes après récolte; (prix unitaire: 3 500 USD) n’est pas intégré
ƒƒ la sélection de variétés réduisant les pertes à dans le budget de l’intervention proposée ici
la récolte, la diffusion et la vulgarisation des (tableau 1.21).
bonnes pratiques de récolte et d’après récolte; ƒƒ Appui pour l’acquisition de matériels de stoc-
ƒƒ la promotion de matériels de séchage, de bat- kage. Accompagnement des acteurs/trices
tage/vannage au profit des petits exploitants/ pour acquérir des silos métalliques fermiers,
tes dans les 37 communes de la région; des sacs hermétiques et des magasins de
ƒƒ l’appui à l’acquisition de matériels de stockage stockage pour le stockage sécurisé de leurs
(silos métalliques, sacs hermétiques) pour les produits.
petits producteurs/trices, et à la construction ƒƒ Programmation des activités à mener au cours
de magasins de stockage au profit d’organi- d’une année, ainsi que le budget y afférent.
sations faitières provinciales ou communales
pour le stockage et la conservation de leurs 5. Budget et coût des mesures identifiés
produits en vue de la commercialisation; Le budget prévisionnel du projet proposé est esti-
ƒƒ la proscription par le projet de distribu- mé à 2 070 600 d’USD soit 1 159 536 000 de francs
tions ou de réalisations sans contrepartie. CFA sur une durée de dix ans. Le financement
L’expérience du PAM, avec une contribution du projet pourra être assuré par l’État en relation
d’au moins 25% de la valeur du matériel ou avec les partenaires techniques et financiers (PTF)
de la réalisation, devrait être retenue, pour bilatéraux ou multilatéraux et également par le
permettre de reconstituer un fond de roule- secteur privé national ou international.
Chapitre 1 – Le sorgho dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l’est 43

TABLEAU 1.21
Budget prévisionnel des mesures identifiées pour le projet proposé (Boucle du Mouhoun)
Points critiques Prix unitaire Durée / Coût (USD)
Mesures de réduction des pertes
de pertes (USD) quantité sur 10 ans

Sensibilisation des acteurs* 82 000 10 ans 820 000

Appui à la sélection de variétés* 90 000 10 ans 900 000


Récolte au champ
Sacs hermétiques de type PICS** de 100 kg 1,1 74 000 81 400

  Sous total 1 1 801 400

Bâches de 25 m² 45 3 600 162 000


Battage/vannage
et transport
  Sous total 2 162 000

Sacs de type PICS** de 100 kg 2 22 000 44 000

Sacs de type PICS** de 50 kg 1,1 52 000 57 200


Stockage
Silos métalliques 500 kg*** 107 56 6 000

  Sous total 3 107 200

COÛT TOTAL (USD) 2 070 600

* Estimations prévisionnelles au regard de la zone d’intervention.


** PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au
Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
*** Les silos sont destinés aux producteurs individuels (le choix de la capacité de stockage est basé sur la quantité produite au niveau
individuel).
Source: résultats de l’étude (2015-2016).

Le détail du coût des mesures de réduction ƒƒ Le nombre d’organisations faitières accom-


des pertes après récolte de sorgho dans la région pagnées qui disposent de bâches, de silos
de la Boucle du Mouhoun est donné dans le métalliques, d’équipements mécanisés de
tableau 1.21. traitement des récoltes et de magasins com-
munautaires est en hausse de l’ordre de 80%.
6. Suivi-évaluation ƒƒ Au moins 80% des producteurs/trices (par
Les principaux indicateurs de suivi du projet sexe) membres d’organisations faitières uti-
proposé sont les suivants: lisent des emballages adaptés pour le stockage
ƒƒ Le nombre d’acteurs directs, par sexe, (pro- du sorgho (silos, sacs hermétiques, bidons
ducteurs/trices, transformateurs/trices, com- plastiques, etc.).
merçants/tes) informés et sensibilisés sur la ƒƒ Le taux de pertes de sorgho à l’abattage des
nécessité de prendre en compte les pertes plants est réduit de 60%.
alimentaires  dans la zone d’intervention du
projet est évalué. 7. Mécanismes institutionnels
ƒƒ Le nombre de ménages qui maîtrisent les Le projet proposé sera rattaché à la Direction
causes et les effets des pertes après récolte a générale des productions végétales (DGPV) du
cru de 80% au moins dans la région. Ministère chargé de l’agriculture ou de la sécuri-
ƒƒ La proportion des femmes sensibilisées par- té alimentaire. Il sera dirigé par un chef de projet
ticipant aux prises de décision dans la gestion sous la supervision d’un comité de pilotage, qui
des stocks de sorgho est évaluée. sera à mettre en place. En plus des services tech-
ƒƒ La proportion des hommes sensibilisés inté- niques de l’administration burkinabé, le comité
grant leur(s) épouse(s) dans la gestion des de pilotage comprendra les agences des Nations
stocks est évaluée. Unies basées à Rome (PAM, FIDA et FAO).
45

Chapitre 2
Le maïs dans la région des Hauts-Bassins

LE SOUS-SECTEUR DU MAÏS région, comparée à la production issue de la


Statut et importance du sous-secteur du maïs campagne précédente.
Le maïs est une culture importante au Burkina La filière du maïs est à ce jour structurée autour
Faso. Il occupe le second rang en quantité des du Comité interprofessionnel des filières céréales
céréales produites après le sorgho (rouge et blanc). et niébé du Burkina Faso (CIC-B). Des initiatives
Les variétés à haut rendement actuellement dif- sont en cours pour la mise en place d’une interpro-
fusées au Burkina Faso sont les variétés hybrides fession spécifique aux acteurs de la filière du maïs.
telles que Bondofa et Komsaya, les variétés SR21 Les produits issus de la première transforma-
et Espoir dans les zones de bonne pluviosité, et les tion du maïs dans la région et au niveau national
variétés Wari et Barka, précoces et tolérantes à la sont la farine et la semoule pour la consommation
sécheresse pour la zone nord soudanienne. des ménages, et le gritz13pour les brasseries de la
Au cours de la campagne 2015/2016, les super- sous-région (Burkina Faso et Niger notamment).
ficies emblavées en maïs ont été de 820 120 ha Cette transformation est assurée par quelques
sur le plan national. Par rapport aux superficies unités semi-industrielles et une multitude d’unités
emblavées en céréales, les variations interannuelles artisanales mises en place par des groupements
sont négatives pour le maïs. Toutefois la superficie de femmes ou des promotrices individuelles. La
emblavée est en hausse de 2,4% par rapport à la majeure partie des besoins en farine des ménages
dernière campagne agricole (2014/2015). Cette est satisfaite par le biais de moulins de quartier. La
céréale est aujourd’hui produite sur l’ensemble du transformation de la farine et semoule en produits
territoire national grâce aux technologies de maî- prêts à être consommés est faite par les ménages.
trise de l’eau d’irrigation de complément, diffusées Le maïs est la céréale la plus transformée aux
par le département ministériel chargé de l’agricul- niveaux artisanal et industriel au Burkina Faso,
ture. La production définitive nationale de maïs qui présente des produits dérivés commercialisés.
pour la campagne 2015/2016, est estimée à 1  469 Les produits issus de la première transformation
600 tonnes, soit une hausse de 2,55% par rapport à sont la semoule et la farine pour les ménages, le
la production définitive de la campagne 2014/2015. gritz pour les brasseries, et la provende14 pour
Dans la région des Hauts-Bassins, le maïs l’aviculture.
occupe les superficies emblavées les plus impor- Il existe de nombreuses unités de production
tantes parmi les céréales. Au cours de la cam- de farine et de semoule à base de maïs dans les
pagne 2015/2016, 268 200 ha ont été emblavés grands centres urbains, où se situe un marché de
en maïs, ce qui représente 59% des superficies proximité.
totales réservées aux céréales dans la région et La principale forme de commercialisation du
33% des superficies totales au niveau national maïs est le grain avec une part importante pour le
sont emblavées en maïs. La production de la maïs blanc. Le maïs jaune est surtout sollicité par
campagne 2015/2016 a été estimée à 615 920
tonnes par rapport à une production céréalière
totale de 828 600 tonnes dans la région. Cette 13
Le gritz de maïs (brisures) est l’un des produits issus de
performance s’explique par la hausse des super- la transformation (concassage) du maïs. Il peut s’appa-
ficies emblavées (27%) mais aussi par une inten- renter à de grosses semoules appauvries en lipides (moins
de 0,8%) au décorticage. Il est utilisé par les brasseries
sification de la production, grâce à l’utilisation comme succédané du malt.
accrue des variétés améliorées. La production 14
La provende est le mélange alimentaire destiné aux ani-
globale de maïs est en hausse de 19% dans cette maux d›élevage.
46 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

les unités de transformation et les aviculteurs pour céréales, dont huit transforment le maïs. Selon la
la production de provende. Par exemple, l’unité la responsable chargée du suivi, ces unités transfor-
plus importante de production d’œufs au niveau ment annuellement 132 tonnes de maïs. Il existe
national utilise annuellement 3 500 tonnes de maïs peu d’unités semi-industrielles transformant le
en grain. maïs. L’entreprise MELS, basée à Ouagadougou, a
Les mécanismes de gestion de la sécurité sanitaire collaboré avec l’équipe chargée de l’étude pour la
des aliments au Burkina Faso qui s’appliquent au quantification des pertes à la transformation. Elle
maïs sont présentés dans le tableau 1.2 (Chapitre 1). a transformé 4 600 tonnes de maïs en gritz, farine
et semoule en 2015.
Enseignements tirés des interventions L’Union des producteurs professionnels du
passées et en cours dans le domaine des Houet (UPPA/Houet) dispose d’un petit labora-
pertes de maïs toire acquis avec l’appui du Projet de gestion du
A l’instar de l’étude sur le sorgho, la construc- risque agricole pour l’Afrique (FARMAF) dans
tion d’infrastructures de stockage et le traite- le cadre de sa collaboration avec la Confédération
ment des produits au cours du stockage, par le Paysanne du Faso, pour les analyses simples sur les
biais d’activités de renforcement des capacités des céréales à commercialiser. Elle a également bénéfi-
agents techniques d’encadrement, représentent cié de la construction de magasins avec l’appui de
les principales expériences menées antérieure- l’Union économique et monétaire ouest-africaine
ment au niveau national pour réduire les pertes (UEMOA), de la mise à disposition d’une ligne de
dans les chaînes d’approvisionnement du maïs. La nettoyage et de la subvention à 75% de silos métal-
construction d’infrastructures de stockage a été liques fermiers par le projet Purchase for Progress
favorisée ces dernières années par la nécessité de (P4P) du PAM. Elle dispose d’une dizaine de
regrouper les produits des producteurs/trices au magasins avec une capacité totale de plus de 3 000
sein d’organisations faitières en vue de faciliter la tonnes.
commercialisation groupée. Depuis les engagements pris en 2014 par les
Des expériences de conservation des denrées chefs d’État de l’UA à Malabo, les PAR sont
agricoles par l’utilisation de produits naturels (ex. prises en compte par de nombreux projets et
feuilles et graines de neem, extrait de tabac, de programmes.
piment, etc.) ont été également encouragées, dans
le but de faciliter l’accès à des produits de traite- Chaînes d’approvisionnement les plus
ment et de mettre à disposition des produits moins importantes du sous-secteur
nocifs pour la santé. Au regard de la facilité d’utili- Deux types de chaînes d’approvisionnement ont
sation des produits chimiques, ces expériences ont été identifiés  dans la région des Hauts-Bassins:
eu des résultats mitigés. les chaînes de collecte et de commercialisation
L’introduction du silo métallique fermier en mises en place par les organisations de produc-
2001 par la FAO n’a pas eu le succès escompté, teurs (UPPA/Houet, coopérative de production
en particulier en raison du manque d’appui pour agricole-COPA, la FECOPAO), et les chaînes
sa diffusion, eu égard à la nouveauté de la techno- d’approvisionnement classiques, organisées
logie proposée. S’appuyant sur les leçons tirées de autour des commerçants grossistes de la localité
cette expérience, le PAM accompagne depuis 2 ans (Établissement Téra, Zida, etc.).
des OP des régions des Hauts-Bassins, du Nord
et de la Boucle du Mouhoun à acquérir des silos La chaîne d’approvisionnement de l’Union des
métalliques, de 500 et 1 300 kg, avec une subven- producteurs professionnels du Houet (UPPA/
tion dégressive sur 3 ans (75% en année 1, 50% en Houet)
année 2 et 25% en année 3). Cela a créé un engoue- L’UPPA/Houet permet aux producteurs/trices
ment des producteurs de ces régions pour les silos d’opérer des transactions groupées, l’achat d’in-
métalliques. Le silo, auparavant surtout utilisé trants, et la vente de produits céréaliers à des prix
pour le stockage du niébé, l’est de plus en plus beaucoup plus rémunérateurs.
pour le stockage du maïs au niveau des ménages de Maillon production: La production de maïs et de
producteurs. Il est très efficace pour le stockage à céréales est assurée par les OP de base, au nombre
domicile de céréales pour la consommation en les de 483 en 2011, comprenant 20 500 membres
protégeant efficacement contre les rongeurs. (10 000 hommes et 10 500 femmes). Les appuis
A Ouagadougou, l’ONG Afrique Verte enca- obtenus auprès de l’UPPA/Houet permettent aux
dre un réseau de seize unités de transformation de membres d’augmenter les rendements de produc-
Chapitre 2 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 47

TABLEAU 1.22
Présentation de la chaîne d’approvisionnement du maïs de l’Union des producteurs professionnels du Houet
Nombre/sexe Projet(s)
Chaîne Zones de Volume Marché des
Produit fini des petits d’appui en
d’approvisionnement production (tonnes/an) produits finis
producteurs cours

SONAGESS PAM
1 000 IFDC
Maïs PAM
UPPA/Houet Houet 906 (dont 250
(grains) Oxfam
femmes) Grossistes
locaux Agriterra

Source: résultats du diagnostic préliminaire réalisé en octobre 2015 et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015
et le 16 avril 2016.

TABLEAU 1.23
Importance économique de la chaîne d’approvisionnement du maïs de l’Union des producteurs professionnels du
Houet
Chaîne Importance économique Emplois Contribution à la génération
d’approvisionnement (FCFA) générés de revenus pour les acteurs

122 310 FCFA par producteur


UPPA/Houet 122 310 000 1 000
(déduction non faite des frais de fonctionnement)

Source: résultats du diagnostic préliminaire réalisé en octobre 2015 et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015
et le 16 avril 2016.

tion de maïs et des autres céréales, et d’améliorer la avec un grossiste, ils reçoivent des ressources de
qualité des produits mis sur le marché. ce dernier pour l’achat du maïs dans les marchés
Maillon transformation: L’UPPA/Houet a des localités. Le point des quantités collectées est
acquis un centre de transformation de céréales en fait au grossiste chaque semaine. Ces collecteurs
2016, dans le cadre du projet d’appui à la valorisa- reçoivent du grossiste des bonus au prorata des
tion des produits agricoles, avec l’appui de l’ONG quantités collectées.
Oxfam. Elle approvisionne également en matière Grossistes. Ils disposent de moyens financiers,
première, à la demande, l’union provinciale des logistiques et d’infrastructures suffisants pour
transformatrices de céréales du Houet, qui effec- mener leurs activités de collecte et de mise sur
tue des commandes groupées. le marché. Les commerçants grossistes peuvent
Des informations relatives à la production disposer de leurs propres collecteurs. Ils approvi-
et à la contribution économique de la chaîne de sionnent les demi-grossistes.
l’UPPA/Houet sont présentées dans les tableaux Demi-grossistes. Les demi-grossistes des centres
1.22 et 1.23. urbains sont approvisionnés par les grossistes. Ils
approvisionnent les détaillantes et vendent des
La chaîne d’approvisionnement classique quantités variant de quelques assiettées (mesure
Le maillon commercialisation classique comprend locale d’environ 3 kg de maïs) à quelques sacs de
les collecteurs, les demi-grossistes, les commer- maïs. Les demi-grossistes des zones rurales sont
çants grossistes et les détaillants. Ce maillon est des collecteurs indépendants qui approvisionnent
organisé autour du grossiste qui met en place son les grossistes.
réseau de collecte. Détaillantes. Le maïs est vendu au détail surtout
Collecteurs. Ils sont indépendants ou travaillent par les femmes dans les marchés de quartiers et de
sous le couvert d’un commerçant grossiste. Les villages. Les différentes mesures (mesures locales)
collecteurs indépendants disposent de leurs vont d’un demi-kilogramme à environ 3 kg.
propres ressources, collectent le maïs qu’ils Au niveau de la chaîne d’approvisionnement clas-
revendent selon les opportunités. Parmi les col- sique, les commerçants grossistes identifiés sont
lecteurs indépendants, sont dénombrés des com- réticents à fournir les informations économiques
merçants demi-grossistes des communes rurales permettant de disposer de données comparables
qui collectent une certaine quantité de maïs avant à la chaîne d’approvisionnement alimentaire de
de la livrer aux grossistes des villes selon des prix l’UPPA/Houet. Les volumes commercialisés sont
convenus. Pour les collecteurs travaillant en lien gardés secrets.
48 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

Chaînes d’approvisionnement pour l’étude Le maïs collecté est acheminé dans les magasins
des pertes sur le terrain de regroupement (de l’UPPA/Houet). Puis, il est
Deux chaînes d’approvisionnement alimentaire transporté chez le commerçant. Les sacs de maïs
(CAA) ont été retenues pour la collecte de don- sont transportés des communes de Missidougou,
nées sur les PAR: la CAA de maïs grains de l’UP- Séguéré, Banfora et Karankasso Sambla vers la
PA/Houet et la CAA d’un commerçant grossiste ville de Bobo-Dioulasso, capitale de la région des
(Établissement Téra). Le grossiste de la chaîne Hauts-Bassins, de la province du Houet et préfec-
d’approvisionnement classique retenue entretient ture du département du même nom.
des relations de collaboration avec l’UPPA Houet.
En 2014, l’UPPA/Houet a commercialisé 906 Description des chaînes d’approvisionnement
tonnes de maïs au PAM, à la SONAGESS et aux sélectionnées
grossistes locaux. Le produit de la vente a été de L’UPPA/Houet est représentée dans les 13 dépar-
122 310 000 FCFA au profit de 1 000 petits pro- tements de la province. Les Unions départemen-
ducteurs/trices dont 25% étaient des femmes. Le tales des professionnels agricoles (UDPA) en sont
revenu généré par producteur ayant livré son maïs les membres. Pour rappel, les activités principales
a été en moyenne de 122 310 FCFA15. de l’UPPA/Houet sont (i) information et commu-
nication (ii) appui à la production, à la transfor-
Pertes présumées dans les chaînes mation et à la commercialisation des céréales (iii)
d’approvisionnement sélectionnées expérimentation et (iv) formation.
Le tableau 1.24 présente l’importance des pertes La CAA classique est organisée autour d’un
alimentaires selon la perception des acteurs/trices commerçant grossiste. Ce dernier dispose de col-
rencontrés au cours d’entretiens semi-structurés. lecteurs qui assurent son approvisionnement en
maïs. Il est également approvisionné par les com-
merçants de céréales demi-grossistes des départe-
Selon la perception des acteurs/trices, les princi- ments et par une partie de la collecte assurée par
pales pertes quantitatives et qualitatives de maïs les organisations de producteurs qui sont dans une
sont rencontrées au niveau des étapes de la récolte dynamique de vente groupée.
(plants tombés), du séchage des épis (moisissure), Parmi les OP qui collectent pour approvi-
de l’égrenage, du stockage au magasin des pro- sionner la chaîne d’approvisionnement classique,
ducteurs (grains mal séchés, absence de palettes), l’équipe a rencontré le groupement Allah soutra de
du transport chez les grossistes (sacs percés utilisés Kouakoualé et le groupement Bendia de Farako -
par les collecteurs), et au niveau de la transforma- ba. Ces groupements commercialisent une partie
tion primaire (farine et semoule). de leurs productions de maïs à des commerçants,
tels que les Établissements Téra Saibou et Zida
Inoussa à Bobo-Dioulasso. Ici, le groupement
LA CHAÎNE D’APPROVISIONNEMENT de producteurs fait office de collecteur pour le
DU MAÏS grossiste.
Description des chaînes d’approvisionnement De manière générale, le flux des opérations
sélectionnées dans la CAA du maïs dans la région est organisé
Chaînes d’approvisionnement sélectionnées de la manière suivante:
Les lieux de production visités sont six exploita-
tions des communes de Missidougou et Gonion Récolte
dans les localités de Kouakoulé et Farako - ba Sud La récolte du maïs, qui se fait sur pied, est réalisée
respectivement. par les femmes. Les épis récoltés sont déposés
La production du maïs se fait dans les champs dans différents contenants (des sacs en PP tissé,
de cases et les parcelles environnantes dans les des plats, etc.), qui, une fois remplis, sont versés à
villages de Kouakouale et de Farako - ba Sud. l’endroit aménagé pour le séchage et le déspathage.
L’égrenage se déroule en général dans les
champs de cases ou dans les concessions habitées Séchage
par les ménages (Missidougou et Gonion). Le premier traitement appliqué aux produits suite
à la récolte est le séchage. Ainsi, les épis de maïs
déspathés sont séchés sur une terrasse (si dispo-
15
Le revenu est indiqué sans que soient déduits les frais de nible), ou sur un espace nettoyé à cette fin. Une
fonctionnement de la structure. bâche ou un film plastique est alors placé au sol
Chapitre 2 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 49

TABLEAU 1.24
Importance des pertes de maïs selon la perception des acteurs/trices (région des Hauts-Bassins)
Importance des différentes opérations en termes de pertes

Non importantes Importantes Très importantes


Opérations Observations
Pertes Pertes Pertes Pertes Pertes Pertes
quantitatives qualitatives quantitatives qualitatives quantitatives qualitatives

Grains des épis


tombés attaqués
Récolte x x par les termites,
pourriture (si pluie
tardive)

Déspathage x x

Moisissure des
Séchage des épis x x couches inférieures
des épis

Tri x x

Égrenage x x

Les résidus
Vannage x x d’égrenage ne sont
pas vannés

Conditionnement x x Dans des sacs neufs

Si les grains sont


Transport x x conditionnés dans
des sacs neufs

Teneur en humidité
Stockage/ élevée des
magasin x x grains, action des
producteurs déprédateurs (souris,
insectes)

Stockage/
x x Rotation rapide
collecteurs

Les sacs des


Transport chez le collecteurs sont
x x
grossiste souvent troués, d’où
les pertes de grains

Manutention x x

Stockage La rotation est


x x
grossiste souvent rapide

Les sacs utilisés


Transport chez le
pour fournir les
client (institution, x x
institutions sont
export)
neufs

Transformation x x

Source: résultats du diagnostic préliminaire réalisé en octobre 2015 et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16
avril 2016.

si disponible. Le séchage des épis peut se faire Égrenage


en utilisant un crib. Peu de producteurs/trices L’égrenage du maïs est en général fait avec une
disposent de bâches. Souvent le séchage est fait à égreneuse mécanique. C’est un travail à la chaîne
même le sol. où les femmes prélèvent du stock les épis avec leurs
La difficulté rencontrée au séchage est sur- plats pour les amener à l’égreneuse. A ce niveau, les
tout liée à l’acquisition de bâches permettant un hommes les déchargent pour transvaser le contenu
séchage adapté. dans la trémie d’alimentation de l’égreneuse. Un
machiniste assure le fonctionnement, et les grains
récupérés dans des récipients (par un homme) sont
50 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

transportés par les femmes pour ensachage. Des en atmosphère confinée, qui empêche le déve-
enfants (filles et garçons) contribuent au travail, en loppement des insectes et de leurs larves. Il est
ouvrant les sacs neufs pour faciliter l’ensachage. Le également une solution à l’attaque des grains par
vannage/triage de la ‘poussière’ et des rachis par les rongeurs à domicile. Les avantages attendus des
les femmes permet de récupérer les grains qui s’y silos sont triple: i) le maintien de la qualité sanitaire
trouvent. des grains (sous réserve que le produit soit sain et
Avant 2012, dans la région des Hauts-Bassins, bien séché au départ, c’est-à-dire sans déjections
l’égrenage du maïs était fait en faisant passer le d’animaux et sans l’utilisation d’insecticides)  ; ii)
tracteur sur le tas d’épis préalablement déspathé la possibilité de différer la vente, permettant ainsi
et séché. En 2017, le maïs est égrené à l’aide d’une l’accroissement du revenu des producteurs/trices,
égreneuse motorisée, ce qui a favorisé la multipli- et, iii) la bonne conservation des semences pour la
cation du nombre d’artisans ferblantiers fabricants prochaine campagne agricole, améliorant ainsi la
d’équipements d’égrenage au niveau régional. sécurité alimentaire du ménage.
L’adoption de ce mode d’égrenage motorisé par les
producteurs/trices est en adéquation avec la taille Transfert et stockage des sacs chez le
actuelle des exploitations destinées à la production commerçant 
de maïs, qui varie de 2 à plus de 20 ha. De même que pour le sorgho, les grains de maïs,
conditionnés dans des sacs en PP tissés, sont
Conservation du maïs au niveau individuel transférés chez le commerçant en camion (voir le
Dans la région de l’étude, au niveau du produc- chapitre 1 sur le sorgho).
teur/trice, les silos métalliques fermiers et les sacs
en PP tissés sont utilisés pour le stockage du maïs. Commercialisation
Ce dernier type d’emballage est le plus utilisé par Comme cela a déjà été décrit, l’achat du maïs au
les producteurs et productrices pour le stockage à niveau des villages et des départements est assuré
domicile ou dans un magasin communautaire. par les collecteurs. Ces derniers travaillent en colla-
Silo métallique fermier. Le principe de conser- boration avec les demi-grossistes des provinces ou
vation du silo est celui du stockage des grains directement avec des grossistes des grands centres

TABLEAU 1.25
Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement du maïs dans les Hauts-Bassins
Mois de l’année Quantité
Lieu Produits moyenne par
Étapes de la CAA Sous-produits
géographique principaux producteur
de à (tonnes)

Production primaire Kouakoualé Juin Octobre Maïs épis 3 Néant

Récolte idem Novembre

Manutention après-récolte idem

Stockage Kouakoualé Maïs grains 2,7 Néant

Transport Bobo-Dioulasso Janvier

Ventes aux marchés Bobo-Dioulasso Janvier Maïs grains

Décortiqueuses Farine
Transformation et Moulins de Janvier Décembre
quartier Semoule

Stockage Bobo-Dioulasso Janvier

Transport – Janvier

Vente en gros Bobo-Dioulasso

Vente au détail Bobo-Dioulasso

Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
Chapitre 2 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 51

urbains. Un collecteur peut collaborer avec plu- ƒƒ la faible capacité financière des commerçants
sieurs demi-grossistes ou grossistes généralement ne leur permettant pas de tirer profit des
appelés «commerçants de céréales». Des produc- stockages de longue durée;
teurs/trices organisés assurent également la com- ƒƒ les coûts de manutention et les prélèvements
mercialisation du maïs. C’est le cas, par exemple de illicites lors du transport. En effet, en dehors
l’UPPA/Houet, membre de la FEPA-B. des prélèvements officiels (taxes, péages), les
transporteurs routiers sont victimes de frais
Transformation illicites dont les montants sont jugés exorbi-
Le maïs est transformé en farine, semoule ou tants dans certains pays voisins.
gritz, par des unités artisanales ou semi-indus-
trielles. Leurs produits sont commercialisés sur le La synthèse du diagramme de flux des CAA du
marché. La majeure partie du maïs consommé est maïs dans la région des Hauts-Bassins est présen-
décortiquée et broyée en farine ou semoule par les tée dans la figure 1.3.
équipements du quartier (décortiqueuse de type
Engelberg et broyeur à meule ou à marteaux), puis Implication des parties prenantes, en
transformée en mets dans les ménages. particulier des femmes, le long de la chaîne
d’approvisionnement
Description du système de commercialisation
des chaînes d’approvisionnement Récolte
sélectionnées Les femmes s’occupent de la récolte, en détachant
Le système de commercialisation du maïs dans les épis des tiges et en les déposant dans divers
les CAA de l’UPPA/Houet est constitué du rem- contenants. Une fois les récipients remplis, elles
boursement en nature (céréales) par les membres les transportent au lieu aménagé pour recueillir les
du crédit de campagne contracté, des achats de épis. Le déspathage des épis est assuré principale-
céréales opérés auprès des producteurs/trices, des ment par les femmes âgées.
contributions volontaires de certains membres, et Au niveau de cette région, les femmes des
des recettes (payées en nature) des prestations des deux groupes rencontrés ont parlé sans retenue,
égreneuses de maïs. même si à la fin, une femme a révélé avoir reçu des
Les stocks de céréales sont regroupés au niveau menaces verbales et vouloir se taire.
départemental et acheminés au magasin central Elles ont évoqué leur non implication dans
de l’UPPA/Houet à Bobo-Dioulasso. L’UPPA/ les décisions concernant les activités post récolte
Houet dans son ensemble, ses unions et ses du maïs, notamment la vente. Elles se contentent
groupements de base membres, commercialisent des explications peu convaincantes fournies par
annuellement environ 5 000 tonnes de céréales les époux sur la destination des fonds générés par
(dont le maïs) et de niébé. La SONAGESS, le ces ventes, ceux-ci ne disposant pas de preuves de
Catholic Relief Services (CRS), le PAM, les unités leurs propos. Des hommes présents à la rencontre
de transformations locales, les commerçants gros- se sont défendus en déclarant que les femmes ima-
sistes et les consommateurs individuels sont les ginent des choses qui n’existent pas. Cet aveu des
principaux clients de l’UPPA/Houet. hommes, de la non implication des femmes dans la
La CAA classique organisée autour d’un com- gestion financière, laisse libre cours à l’imagination
merçant grossiste. Ce dernier dispose de collec- des femmes, et témoigne de l’opacité qui entoure
teurs/trices qui assurent son approvisionnement la gestion des stocks par les hommes.
en maïs. Il est également approvisionné par les
commerçants de céréales demi-grossistes des Égrenage mécanisé/vannage
départements et par des organisations de produc- A l’observation, le travail qui échoit aux femmes
teurs/productrices qui sont dans la dynamique de est plus important que celui des hommes. Elles
vente groupée. assurent le transport des épis, des grains et des
Plusieurs facteurs internes et externes affectent rachis et le vannage. La performance des égre-
le fonctionnement normal des marchés, induisant neuses, oblige les femmes à adopter une cadence
souvent des coûts élevés des céréales, notamment accélérée entre le stock d’épis et l’égreneuse, afin
le maïs sur les marchés de consommation. Il s’agit d’éviter l’interruption d’alimentation.
essentiellement de: Au cours d’une discussion de groupe (focus
ƒƒ l’état défectueux des routes dans les zones de group), des femmes interviewées estiment que bien
production; que le rythme soit très soutenu, cette activité est
52 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

FIGURE 1.3
Diagramme de flux de la chaîne d’approvisionnement du maïs dans les Hauts-Bassins

Récolte
(coupe des épis)

Déspathage

Séchage des épis

Tri

Egrenage

Vannage
(si nécessaire)

Conditionnement

Transport

Stockage à domicile Stockage au magasin


(en sacs)

Vente groupée/
Transport au marché
producteurs

Stockage chez Transport/ Transformateurs/


le collecteur commerçant trices

Transport Stockage (grossiste)


au grossiste

Commercialisation
(institutions, export)

un jeu pour elles en comparaison des travaux des Il est toutefois possible d’imaginer que les effets
champs plus fatigants. A la fin des travaux d’égre- de ce travail sur ces femmes sont similaires à ceux
nage/vannage, une certaine quantité de grains est observés durant d’autres activités.
donnée aux femmes qui la repartissent entre elles.
Transformation
Stockage chez les commerçants La transformation du maïs en farine, semoule et gritz
Les interviews réalisées auprès des commerçants est assurée par quelques unités semi- industrielles et
de maïs ont révélé que les femmes interviennent une multitude d’unités artisanales mises en place par
dans le nettoyage des stocks. Cependant, compte des groupements de femmes ou des promotrices
tenu des difficultés de collaboration avec certains individuelles. La majeure partie des besoins en farine
commerçants, il n’a pas été possible d’interroger des ménages est satisfaite par le biais des moulins de
ces femmes. quartier, tenus par les hommes. La transformation
Chapitre 2 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 53

TABLEAU 1.26
Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement du maïs - Environnement
PRODUCTION Quantité Unité

Outils, équipements, intrants Charrue, tracteur, daba ND

Matériel de traitement des plants +


NPK: 3 à 5 sacs par ha et
Matériels, produits chimiques herbicides + engrais chimiques (NPK et Sac de 50 kg
urée: 2 sacs par ha
Urée)

Énergie Gasoil pour le tracteur

Eau Eau de pluie, eau d’irrigation

STOCKAGE Quantité Unité

Magasins communautaires, silos


Outils, équipements, infrastructures métalliques fermiers, sacs hermétiques ND –
de type PICS*

Matériels, produits chimiques Phosphure d’hydrogène Comprimé 1/sac

TRANSPORT Quantité Unité

Outils, équipements, logistique Charrette asine, motos tricycle camion ND

Énergie Essence ND

TRANSFORMATION Quantité Unité

Nettoyeur + épierreur + décortiqueuse +


Outils, équipements ND
broyeur + tamiseur

Énergie Électricité

Eau – Très faible –

VENTE EN GROS ET DETAIL Quantité Unité

Outils, équipements, infrastructures Bascule + ustensiles de mesures locales

* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au
Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

de la farine et de la semoule en produits prêts à être de la charrue pour certaines opérations comme le
consommés est faite dans les ménages. labour et le sarclage, et quelques fois le semis et le
Au plan national, l’étude du CILSS sur l’ana- buttage. Ce sont les mêmes opérations culturales
lyse des pertes après récolte et de la sécurité qui sont aussi réalisées au moyen de tracteurs dans
alimentaire au Burkina Faso (CILSS, 2015) estime certaines exploitations beaucoup plus grandes. Les
que la transformation du maïs est réalisée à 98,2% exploitations agricoles de maïs utilisent beaucoup
par les femmes et à 1,8% par les hommes. plus d’engrais (urée et NPK) que les exploitations
Les tableaux 1.26 et 1.27 suivants fournissent vivrières (sorgho, mil, niébé, fonio, etc.), ce qui,
des éléments sur l’évaluation environnementale. en conjugaison avec la fumure organique et le
La production du maïs dans les Hauts-Bassins potentiel productif de certaines variétés améliorées
se fait durant la période de l’hivernage (de juin de maïs, rentabilise mieux les investissements sur
à octobre) bien qu’une importante quantité soit l’exploitation. Le maïs est particulièrement utilisé
produite sur les plaines aménagées dans cette en rotation avec le coton pour lui faire profiter de
région en saison sèche (de novembre à mai). Le l’arrière effet de l’engrais coton.
maïs est produit en monoculture ou en culture Le stockage du maïs se fait dans un premier
associée avec le niébé ou le sorgho. C’est une temps en épis au champ. Dans certaines exploi-
culture en grande partie manuelle utilisant la tations, le stockage en épis peut perdurer lorsque
daba pour les opérations culturales telles que le les épis sont conservés à domicile. Dans la majo-
défrichage, le semis, le sarclo-binage et surtout la rité des exploitations, les grains de maïs issus de
récolte (pour constituer les moyettes). l’égrenage sont stockés en sacs traités avec des
La production du maïs est beaucoup plus insecticides. L’utilisation des silos métalliques, de
mécanisée que celle du sorgho avec l’utilisation sacs triple fond ou même les magasins individuels
54 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

TABLEAU 1.27
Facteurs pour l’évaluation environnementale de la chaîne d’approvisionnement du maïs
Facteurs Description Détails

Type de système de production Monoculture, cultures associées

Nettoyage, labour, principalement à la charrue,


Pratiques de préparation du sol
au tracteur ou la daba

Végétation constituée
Degré de dégradation et qualité du sol Sols moyens
d’arbres et d’arbustes

Utilisation de l’eau Eau de pluie + irrigation

Plante à racines fasciculées qui explorent la couche


Impacts sur les écosystèmes superficielle du sol, produit beaucoup de paille pour
enrichir le sol en matière organique

Sources de gaz à effet de serre Utilisation d’urée en épandage

Température élevée + pluviométrie autour de 900


Facteurs climatiques
à 1 200 mm + vents de force moyenne

Utilisation de résidus dans la chaîne


Aliments pour bétail
d’approvisionnement

Utilisation d’aliments issus de pertes Aliments pour bétail

Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

ou communautaires, est de plus en plus observée LES PERTES APRÈS RÉCOLTE DANS LA
pour le stockage des grains. CHAÎNE D’APPROVISIONNEMENT DU
Le moyen de transport privilégié est la charrette MAÏS
asine. De plus en plus de ménages font appel aux Points critiques de pertes: types et niveaux
motos tricycles à essence pour les transferts des des pertes après récolte dans les chaînes
récoltes (épis ou grains) des champs vers les lieux d’approvisionnement sélectionnées
de stockage. Les camions diesels sont essentielle- La revue documentaire, les personnes-ressources
ment utilisés pour les transferts des quantités com- rencontrées, et les échanges avec les groupes de
mercialisées des marchés vers les grands centres discussion (focus groupes) de producteurs/trices
urbains. ont permis de collecter des avis et appréciations
La commercialisation du maïs est faite au sur les points pour lesquels sont enregistrées les
moyen des unités de mesure locales (yoruba16, principales pertes quantitatives et qualitatives. Ces
boîte de tomate, tine17, etc.) puis en sacs de 100 points critiques sont:
kg en polypropylène. L’utilisation des bascules ƒƒ la récolte (plants et épis tombés),
intervient bien souvent dans le cadre de transac- ƒƒ le séchage des épis (pourriture),
tions beaucoup plus formelles comme les achats ƒƒ l’égrenage (grains brisés, projetés, etc.),
institutionnels. ƒƒ le stockage au magasin des producteurs
Il est à noter que ces informations ne sont pas (attaques de déprédateurs),
documentées par les OP faîtières même au niveau ƒƒ le transport chez les grossistes (grains tombés
national. des sacs),
ƒƒ la transformation primaire (perte de farine et
importance des sous-produits).

Pertes quantitatives
Les pertes quantitatives ont été effectivement
déterminées aux étapes de la récolte, de l’égrenage
16
Un yoruba de maïs équivaut à 2,864 kg. Un bol ou un mécanique, du transport des sacs chez le commer-
plat fait office de contenant. çant, et de la transformation.
17
La tine (bassine émaillée d’un format toujours iden- Des évaluations physiques ont été faites sur le
tique) est une unité de volume correspondant à son
remplissage maximum. La tine vaut 7 plats. Une tine de
terrain en vue de quantifier les pertes aux points
maïs équivaut à 17 kg. critiques indiqués par les acteurs et personnes-res-
sources.
Chapitre 2 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 55

TABLEAU 1.28
Pertes à la récolte du maïs à Kouakoualé et Farako-ba (région des Hauts-Bassins)
Superficie Production Pertes Production Taux de
Localité Exploitant Sexe suivie totale récoltée au champ/ha récoltée/ha pertes au
(ha) (kg) (kg) (kg) champ (%)

Exploitant 1 M 2,50 5 893,0 151,1 2 357,2 6,0

Kouakoulé Exploitant 2 M 1,37 3 948,0 72,4 2 881,8 2,5

Exploitant 3 F 0,33 899,1 167,0 2 724,5 5,8

Exploitant 4 M 0,88 2 057,8 120,3 2 338,4 4,9

Farako-ba Exploitant 5 M 0,36 636,9 0 1 769,2 0,0

Exploitant 6 F 1,17 1 866,0 30,6 1 594,9 1,9

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

TABLEAU 1.29
Taux de pertes à l’égrenage du maïs à Missidougou (région des Hauts-Bassins)
Pertes de grains à l’égrenage (kg)
Poids Poids Grains
Opérations menées des épis des rafles obtenus
(kg) (kg) (kg) Dans la poussière/
Sur les rafles
plastique

1er Essai d’égrenage


50 6 42 1,1 1
mécanisé

2ème Essai d’égrenage


150 20 125 3,5 0,2
mécanisé

Essai d’égrenage manuel 50 8 41 0,1 0

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

Pertes à la récolte constituent une partie des pertes au cours de l’opé-


Les pertes quantitatives à la récolte ont été déter- ration d’égrenage. Le ramassage manuel des grains
minées auprès de six exploitants de Kouakoualé au-delà de la bâche de l’opérateur est complété par
(40 km de Bobo-Dioulasso) et Farako-ba (15 km la récupération des grains non détachés des rachis
de Bobo-Dioulasso), dont deux sont des femmes. et ceux retrouvés dans la poussière après vannage.
Le taux de pertes à la récolte est le rapport des Le taux de pertes à l’égrenage est alors le rap-
pertes au champ sur la production totale pour port entre les grains considérés comme perdus sur
un exploitant donné. Les données collectées sont le poids total des grains égrenés pour un exploitant
présentées dans le tableau 1.28 ci-après. donné.
Le taux de pertes moyen à Kouakoualé est de Les tableaux 1.29 et 1.30 ci-dessous présentent
4,75%. les données sur les pertes à l’égrenage, enregistrées
A Farako-ba, les taux de pertes sont plus dis- à Missidougou (Kouakoualé) et à Gonion (Fara-
parates et vont de 4,89% à 0%. La parcelle ayant ko-ba sud).
enregistré un taux de pertes de 0% est celle ayant Des essais faits à Missidougou, il ressort que
la plus petite superficie, soit 0,36 ha. La moyenne le taux de pertes en grains à l’égrenage de 50 kg
des taux de pertes au champ à Farako-ba est de d’épis est de 4,8%, alors qu’il est de 2,9% pour
2,26%. l’égrenage de 150 kg d’épis. Le taux de pertes
Sur les 2 localités, il se dégage un taux de pertes moyen à l’égrenage mécanisé à Missidougou est
moyen à la récolte au champ de 3,5%. de 3,9%.
A Gonion, le taux de pertes à l’égrenage de 50
Pertes à l’égrenage (mécanique) kg d’épis est de 5,8%, et celui à l’égrenage de 150
Pour rappel, l’équipe a mis en place un film kg d’épis est de 8,7%. Le taux de pertes moyen à
plastique après la bâche étalée par l’opérateur de l’égrenage mécanisé à Gonion est de 7,3%.
l’égreneuse pour récupérer les grains qui tombe- Le taux moyen de pertes à l’égrenage mécanisé
raient en dehors de cette bâche; ces grains tombés sur l’ensemble des essais menés (à Gonions et à
en dehors de la zone de récupération de l’opérateur Missidougou) est de 5,6%.
56 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

TABLEAU 1.30
Taux de pertes à l’égrenage du maïs à Gonion (région des Hauts-Bassins)
Pertes de grains à l’égrenage (kg)
Poids Poids Grains Taux de pertes
Opérations menées des épis des rafles obtenus des grains
(kg) (kg) (kg) Dans la poussière/ (%)
Sur les rafles
plastique

1er essai d’égrenage mécanisé 50 8,2 41,6 0,2 2,4 5,8

2ème essai d’égrenage mécanisé 150 23 115,9 4,9 6,2 8,7

Essai d’égrenage manuel 50 8,6 41,04 0,0 0,04 0,1

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

TABLEAU 1.31 TABLEAU 1.32


Données de suivi de cargaison de 10 sacs de maïs de Données de suivi de cargaison du maïs de Séguéré à
Missidougou à Bobo-Dioulasso (région des Hauts- Bobo-Dioulasso (région des Hauts-Bassins)
Bassins)
Poids des sacs Poids des sacs à Pertes par sac

Poids des sacs Poids des sacs Pertes par sac au départ (kg) l’arrivée (kg) (kg)

au départ (kg) à l’arrivée (kg) (kg)
1 98,70 98,65 0,05
1 98,4 98,3 0,1
2 99,02 98,00 1,02
2 95,1 94,8 0,3
3 97,00 97,00 0,0
3 97,0 96,9 0,1
4 98,67 98  ,25 0,42
4 98,2 98,0 0,2
5 96,43 96,20 0,23
5 96,6 96,1 0,5
6 95,70 95,50 0,20
6 92,4 92,3 0,1
7 97,50 95,00 2,50
7 95,6 95,4 0,2
8 95,13 94,60 0,53
8 93,0 92,7 0,3
9 97,78 97,64 0,14
9 97,5 97,4 0,1
10 95,90 95,40 0,50
10 94,7 non retrouvé 0,0
Perte moyenne par sac 0,56
Perte moyenne par sac 0,21
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
novembre 2015 et le 16 avril 2016.

Les données sur l’égrenage manuel visaient à parmi lesquels un échantillon de 10 sacs a été suivi.
comparer les performances des égreneuses uti- La perte moyenne par sac sur cet axe d’approvision-
lisées. Cette voie n’a pas été convenablement nement est de 0,21 kg (voir le tableau 1.31).
explorée.
Transport des sacs entre Séguéré et Bobo-
Pertes au transport des sacs chez le Dioulasso
commerçant (suivi des cargaisons) La route Séguéré-Bobo-Dioulasso est distante de
Quatre suivis de cargaison de maïs à livrer dans le 60 km avec 17 km de piste en mauvais état. Le
magasin d’un commerçant ont été effectués. véhicule transportait une cargaison de 47 sacs de
maïs et un échantillon de 10 sacs a été suivi. L’état
Transport des sacs entre Missidougou et Bobo- des sacs utilisés pour le conditionnement du maïs
Dioulasso a été jugé moyen. La perte moyenne par sac sur
La distance entre Missidougou et le magasin du cet axe d’approvisionnement est de 0,56 kg (voir
commerçant à Bobo-Dioulasso est de 40 km sur une le tableau 1.32).
piste en mauvais état au moment du suivi. Le véhi-
cule assurait en même temps le transport d’autres Transport des sacs entre Banfora et Bobo-
marchandises avec une carrosserie pouvant abîmer Dioulasso
les sacs neufs dans lesquels le maïs a été conditionné. Un suivi de cargaison a été réalisé sur l’axe Banfo-
La quantité totale de maïs transportée est de 20 sacs, ra-Bobo-Dioulasso distant de 80 km et bitumé.
Chapitre 2 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 57

TABLEAU 1.33 TABLEAU 1.34


Données de suivi de cargaison du maïs de Banfora à Données de suivi de cargaison du maïs de Karankasso
Bobo-Dioulasso (région des Hauts-Bassins) Sambla à Bobo-Dioulasso (région des Hauts-Bassins)
Poids des sacs Poids des sacs à Pertes par sac Poids des sacs Poids des sacs à Pertes par sac
N° N°
au départ (kg) l’arrivée (kg) (kg) au départ (kg) l’arrivée (kg) (kg)

1 99,70 99,01 0,69 1 102,00 99,01 2,99

2 98,02 98,01 0,01 2 100,00 96,30 3,70

3 98,00 97,30 0,70 3 101,00 99,06 1,94

4 97,00 96,45 0,55 4 99,00 98,00 1,00

5 98,42 98,42 0,0 5 103,00 100,56 2,44

6 98,00 97,00 1,00 6 101,00 99,78 1,22

7 99,50 99,50 0,0 7 102,00 101,32 0,68

8 99,70 98,60 1,10 8 100,00 98,16 1,84

9 98,95 98,90 0,05 9 102,01 101,60 0,41

10 97,98 97,98 0,0 10 100,98 98,820 2,16

Perte moyenne par sac 0,41 Perte moyenne par sac 1,84

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2
novembre 2015 et le 16 avril 2016. novembre 2015 et le 16 avril 2016.

TABLEAU 1.35
Estimation des pertes de maïs sur les axes suivis (région des Hauts-Bassins)
Distance de Pertes moyennes Estimation du nombre Pertes estimées sur la période
Localité
N° Bobo-Dioulasso par sac de sacs de décembre sur l’ensemble des cargaisons
de départ
(km) (kg) à avril (kg)

1 Missidougou 40 0,21 12 245 2 571

2 Séguéré 60 0,56 10 204 5 714

3 Banfora 80 0,41 8 163 3 346

Karankasso
4 42 1,84 5 102 9 387
Sambla

5 Ensemble des pertes (kg) 35 714 21 018

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

Les sacs utilisés ont été jugés de bonne qualité Les données de pertes sur un axe d’appro-
et un échantillon de 10 sacs a été suivi sur un visionnement étant spécifiques à cet axe, le
total de 87 sacs. L’état du véhicule était passable tableau  1.35 fait une estimation des pertes sur
avec une route en bon état. La perte moyenne en chaque axe suivi.
grains déterminée par sac est de 0,41 kg (voir le Les pertes par sac varient de 0,21 à 1,84 kg selon
tableau 1.33). les axes et les tronçons de route empruntés, et les
pertes globales par axe pour une campagne de
Transport des sacs entre Karankasso Sambla et collecte varient de 2,5 tonnes à 9,3 tonnes environ.
Bobo-Dioulasso L’ensemble des pertes pour les axes d’approvision-
Un suivi de cargaison a été réalisé entre Karankas- nement suivis est d’environ 21 tonnes.
so Sambla et Bobo-Dioulasso, sur un tronçon de
42 km dont l’état est médiocre; l’échantillon suivi Pertes à la transformation
était de 10 sacs sur une cargaison totale de 68 sacs Les pertes à la transformation ont été suivies pour
de maïs. L’état du véhicule a été jugé passable les transformations artisanales et semi-industrielles
et les sacs utilisés étaient en bon état. La perte du maïs en farine ou semoule. Selon le responsable
moyenne déterminée par sac est de 1,84 kg (voir de l’unité, la collecte de données auprès de l’unité
le tableau 1.34). semi-industrielle n’a pu être achevée pour des
58 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

TABLEAU 1.36
Données de transformation du maïs en farine par le procédé artisanal (1er essai)
Facteur (taux)
Procédé Produit Poids de 100 Observations
de conversion

Récolte Maïs blanc en grain 100,00 1,00 Taux d’humidité de 11%

Décorticage Maïs décortiqué 73,23 1,36 Taux d’humidité de 15,5%

Vannage Maïs vanné 69,00 1,45 Taux d’humidité de 15,5%

Lavage à l’eau/
Essorage

Mouture Farine humide 61,16 1,63

Tamisage Farine tamisée Opération non suivie

Séchage Farine sèche 59,10 1,69 Taux d’humidité de 8,6%

Source: résultats du diagnostic préliminaire et de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

TABLEAU 1.37
Données de transformation du maïs en farine par le procédé artisanal (essai 2)
Facteur (taux) de
Procédé Produit Poids de 100 Observations
conversion

Récolte Maïs blanc en grain 100,0 1,00 Taux d’humidité de 11%

Décorticage Maïs décortiqué 69,2 1,44 Taux d’humidité de 15%

Vannage Maïs vanné 67,7 1,48 Taux d’humidité de 15%

Lavage à l’eau/
Maïs nettoyé et trempé 93,1 1,07 Reprise d’eau suite au trempage
Essorage

Mouture Farine humide 92,4 1,08

Tamisage 1 Farine tamisée 91,3 1,09

Séchage Farine séchée 67,9 1,47

Tamisage 2 Farine sèche finie 65,9 1,52 Taux d’humidité de 10,56%

Source: résultats du diagnostic préliminaire et de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

questions de disponibilité de matière première. de cette transformation est de 20,5%, déduction


Seule la transformation artisanale a été régulière- faite de la quantité de péricarpe et de germe, qui
ment suivie (voir les tableaux 1.36 et 1.37). représente 17%. Cette valeur s’approche de celle
En l’absence d’une caractérisation des variétés publiée par Cruz (Cruz J.F., 1992) qui est de 15 à
de maïs au niveau national, il ressort de la litté- 20% de pertes de farine pour les mêmes types de
rature que l’albumen du maïs représente 83% du décortiqueuse et moulin bien connus en Afrique.
grain, le péricarpe et le germe en constituent 17%.
Pour la production d’une farine conservable et Pertes au stockage
commercialisable, le décorticage vise à débarrasser L’évolution de la dégradation quantitative des
le grain de son péricarpe et de son germe; ainsi la grains a été suivie auprès de l’échantillon de 6
perte au cours de la transformation du maïs en producteurs de la région des Hauts-Bassins, de la
farine sera constituée de la part d’albumen qui sera récolte en novembre 2015, jusqu’au 15 avril 2016.
mélangée aux sous-produits normalement ôtés au Après la récolte, trois suivis ont été réalisés (les
cours des opérations de décorticage et de broyage 20/12/15, 29/01/16 et 15/04/16), afin d’évaluer
(péricarpe et germe). les pertes quantitatives du maïs à ces différents
Au niveau des 2 essais présentés ci-dessus, moments du stockage (voir le tableau 1.38).
pour la transformation du maïs blanc en farine, Il s’agit ici de niveaux indicatifs de pertes,
il se dégage un rendement moyen en farine de obtenus sur des échantillons prélevés à différentes
62,5%, avec une part de sous-produits de 37,5%. périodes. Les taux de dégradation les plus élevés
Il ressort de ce fait que la perte en farine au cours sont pris en compte dans les analyses. 
Chapitre 2 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 59

TABLEAU 1.38
Détermination des pertes au stockage du maïs (région des Hauts-Bassins)
Taux de pertes quantitatives de produits consommables en %
Exploitant(e)s
A la récolte Avant égrenage Au stockage Au stockage
(15/11/15) (20/12/15) (29/01/16) (15/04/16)

Exploitant 1 0,24 ND 3,3 1,7*

Exploitant 2 0,59 0,5 2,2 2,3

Exploitante 3 0,24 2,5 2,8 2,7*

Exploitant 4 1,06 1,4 1,5 1,5*

Exploitant 5 0,17 3,2 4,6 1,6*

Exploitante 6 0,75 ND 2,1 3,1

*Stock infesté
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

Le taux de pertes de produits consommables Causes des pertes après récolte et mesures
chez tous les producteurs échantillonnés augmente identifiées pour les réduire
globalement de la récolte jusqu’à la fin du suivi, Récolte et séchage
soit sur une période de 5 mois. Le taux moyen de ƒƒ Charge de travail élevée des membres du
pertes observé au stockage retenu est de 2,7%. ménage. La saison pluvieuse (de juin à
octobre) est la période au cours de laquelle
Pertes qualitatives au stockage les activités de production végétale sont les
Une forte infestation des grains de maïs par les plus intenses, particulièrement dans la région
insectes a été observée lors du dernier suivi. Cela des Hauts-Bassins, qui jouit de faveurs cli-
témoigne de la dégradation du produit au cours de matiques permettant de mener à la même
son stockage. Pour rappel, le maïs est stocké dans période plusieurs activités champêtres. Plu-
des sacs en PP tissés et gardés à domicile. Il n’a pas sieurs cultures ont un cycle relativement
fait l’objet de traitement particulier de conservation. semblable et leur maturité intervient en fin
Le maïs conditionné en silos ou en sacs de type de saison, comme c’est le cas pour le maïs, le
PICS18 n’a pas été concerné par ces investigations coton, le sésame, le niébé, l’arachide, etc.
au regard de la difficulté à prélever des échantil- ƒƒ Pour les ménages agricoles, c’est un défi d’en-
lons dans des structures hermétiques. En effet, ces granger le maximum de produits en un temps
structures, qui permettent de préserver la qualité relativement court pour ne pas voir le fruit de
du stock, risquaient d’être contaminées si elles leurs efforts de plus de trois mois s’évanouir
étaient ouvertes en milieu de stockage. Aussi, peu du fait d’aléas climatiques, de déprédateurs,
de producteurs/trices utilisent ces technologies d’animaux sauvages et domestiques et même
dans les CAA sélectionnées. des hommes. Relever ce défi entraîne une
En moyenne, pour les échantillons de maïs multiplication des activités pour tous les
collectés au cours des trois missions successives membres des ménages, surtout pour ceux
de suivi des stocks, le poids des grains sains est qui pratiquent la maïsiculture en saison plu-
supérieur à 85%, autrement dit, les stocks sont vieuse. A cette complexité des tâches de tous
encore de bonne qualité pour être commercialisés. les acteurs et actrices, s’ajoute le calendrier
Dans le cadre de la présente étude, les échantillons habituellement chargé des femmes.
collectés indiquent que les stocks de maïs sont de ƒƒ Pluies tardives. Le cycle végétatif du maïs
qualité A ou B (normes SONAGESS), donc conser- est compris entre trois et quatre mois et
vables dans les conditions de leur prélèvement. généralement, le maïs est l’une des cultures
qui est implantée tôt en début de saison pour
sa contribution à la réduction de la période de
soudure. Bien souvent, les variations clima-
18
PICS est la marque des sacs hermétiques développés tiques entraînent des pluies qui interviennent
par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont
produits et disponibles au Burkina Faso comme dans
bien longtemps après la maturité des grains.
plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais Comme la dormance est très courte, surtout
elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso. pour les variétés améliorées, les grains des
TABLEAU 1.39
60

Matrice de synthèse des résultats sur les pertes alimentaires du maïs (région des Hauts-Bassins)
Étape de la % de pertes % de pertes sur les Impacts/acteurs Perception
Type Causes des pertes / Baisse de valeur Solutions
chaîne/ dans ce points critiques des affectés des acteurs
de perte raison des faibles pertes marchande recommandées
processus processus pertes étudiées (hommes/femmes) (hommes/femmes)

ƒƒ Pluies tardives
ƒƒ Charge de travail
élevée pendant la
période, surtout pour ƒƒ Pertes de
les femmes revenus ƒƒ Planification de la
ƒƒ Impact production
ƒƒ Épis de petite taille Niveau de pertes
Récolte Quantitative 3,5 30 cachés dans les herbes Non négatif sur la très peu perçu par ƒƒ Sensibilisation des
disponibilité les acteurs producteurs/trices
ƒƒ Séchage insuffisant alimentaire
des épis au niveau du
ƒƒ Non implication des ménage
femmes dans les
décisions au niveau
des ménages

ƒƒ Amélioration
du dispositif de
séchage des épis
ƒƒ Taux d’humidité élevé ƒƒ Pertes de (cribs, bâche, etc.)
des grains fortement revenus Niveau de pertes
adhérés aux épis ƒƒ Sensibilisation des
ƒƒ Impact très peu perçu, et
producteurs/trices
Égrenage/ ƒƒ Faible performance négatif sur la ce d’autant plus
Quantitative 5,6 47 Non sur l’organisation
vannage des égreneuses disponibilité que les grains sont
du travail
alimentaire picorés ensuite
ƒƒ Organisation
au niveau du par la volaille ƒƒ Promotion de
insuffisante des
ménage l’utilisation
opérations menées
d’égreneuses/
batteuses
multifonctionnelles

ƒƒ Pertes de
revenus Pertes très
ƒƒ Utilisation de
ƒƒ Impact perceptibles par
Quantitative ƒƒ Attaques des matériels adéquats
Stockage négatif sur la les acteurs, d’où
2,7 23 déprédateurs (souris, Oui (silos métalliques,
(5 mois) Qualitative disponibilité la recherche de
insectes, etc.) sacs de type PICS*,
alimentaire méthodes de
bidons, etc.)
au niveau du stockage efficaces
ménage

* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques
existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1
Chapitre 2 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 61

épis qui sont en contact avec le sol ou même riels acquis ou loués plus ou moins perfor-
sur pied, dans certaines conditions hygromé- mants. La faible performance de l’égreneuse,
triques, commencent à germer. conjuguée au séchage inadéquat des épis,
ƒƒ Épis tombés ou cachés. La verse des plants du peut engendrer de nombreux grains cassés
fait de certaines conditions agro-climatiques, ou brisés, plus vulnérables par la suite aux
des termites et des mauvaises herbes en attaques d’insectes et aux infestations par
abondance (surtout les dicotylédones qui ont les microorganismes, et qui ne peuvent plus
une croissance très rapide en fin de saison), être conservés ou même commercialisés. Les
cachent les épis tombés dans les champs. cassures et brisures des grains augmentent
Dans la zone d’étude, l’utilisation d’herbi- donc les risques de pertes qualitatives et
cides (atrazine, Roundup, etc.) en début de quantitatives aux étapes ultérieures.
cycle pour le maïs est quasi générale, afin de ƒƒ Grains projetés. Les grains sont projetés sous
lutter contre les mauvaises herbes. Ensuite l’effet du débit d’air trop important de l’égre-
intervient le sarclage puis le buttage. Entre neuse, assurant un vannage du produit issu de
le buttage et la maturité des grains, il peut l’égrenage. La maîtrise du débit d’air pour un
s’écouler plus de trente jours au cours des- égrenage et vannage optimum est nécessaire
quels la croissance des mauvaises herbes n’est dans le but d’avoir des grains suffisamment
plus réprimée. Il arrive alors que la récolte propres pour la commercialisation. Afin de
soit réalisée au milieu de hautes herbes, qui réduire les pertes à ce stade, il faut soit
constituent des poches dans lesquelles des disposer de suffisamment de bâches pour la
épis peuvent se retrouver cachés, du fait aussi récupération des grains projetés, soit assurer
de leur petite taille. un meilleur réglage de la ventilation de l’équi-
ƒƒ Séchage insuffisant des épis ou des grains. pement pour éviter les pertes par projection.
Le séchage insuffisant des épis engendre des
pourritures et dans une moindre mesure des Les mesures identifiées pour réduire les pertes au
moisissures. La pratique de la récolte du maïs niveau de l’égrenage/vannage sont: i) améliorer
dans cette région consiste à casser les épis sur l’accessibilité aux dispositifs de séchage des épis
les plants sur pied puis à procéder au déspa- (cribs, bâches); ii) disposer de suffisamment de
thage des épis sous un abri ou un arbre. Ce bâches pour pallier à la projection des grains; iii)
sont les épis déspathés qui sont mis à sécher sensibiliser les producteurs pour une meilleure
bien souvent en tas. Ce séchage est réalisé à organisation de l’activité d’égrenage/vannage; iv)
même le sol avec ou sans bâche. Au cours du promouvoir l’utilisation d’égreneuses multifonc-
séchage, il peut survenir des pluies tardives tionnelles (maïs et sorgho) qui sont plus perfor-
qui auront des conséquences sur le séchage mantes.
des épis des couches inférieures mal aérées.
Transport
Les mesures identifiées pour la réduction des pertes ƒƒ Mauvais état des emballages. Tout comme
lors de la récolte et du séchage sont: i) former et le sorgho, les sacs en PP généralement uti-
sensibiliser sur le planning de la production végé- lisés pour le conditionnement des grains
tale en hivernage et sur la diminution de la charge sont bien souvent de très mauvaise qualité
de travail des femmes, pour que les activités du (même neufs) ou en mauvais état (percés par
ménage soient organisées et planifiées; ii) renforcer endroits).
les capacités sur l’itinéraire technique; iii) améliorer ƒƒ Mauvaise manutention des sacs. Les manu-
l’accessibilité aux semences améliorées; iv) amélio- tentionnaires sont payés à la tâche et pour
rer le dispositif paysan pour le séchage des épis par gagner plus, ils manipulent les sacs avec peu
la diffusion de nouvelles technologies de séchage au de soin pour aller vite, provoquant ainsi des
profit des ménages. déchirures, surtout pour les sacs de 100 kg
bien remplis.
Égrenage/vannage ƒƒ Mauvais état des routes et des véhicules de
ƒƒ Grains brisés. L’égrenage mécanisé du maïs transport du grain. Les voies de communi-
est quasi généralisé dans la région, surtout cation dans les zones de production sont
au niveau des ménages qui exploitent des généralement en mauvais état. Elles sont
superficies relativement importantes en maïs. très peu entretenues et bien souvent ravinées
Les épis sont égrenés au moyen de maté- par les eaux de pluies chaque année. Sur ces
62 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

voies, les opérateurs ne mettent en circulation décorticage du maïs génère des brisures avec une
que des véhicules en très mauvais état, ce qui part importante d’albumen (farine) qui se mélange
provoquent des déchirures au niveau des sacs au péricarpe et au germe (sous-produits).
et par la suite la chute des grains tout le long
du transport. Le rendement de la transformation artisanale du
maïs pourrait être amélioré par la réduction des
Les mesures identifiées pour la réduction des pertes pertes au niveau du décorticage, grâce à l’utilisa-
lors du transport sont: i) conditionner le maïs tion de décortiqueuses plus performantes à recher-
dans des sacs en bon état; ii) sensibiliser les manu- cher (abrasif à disque, etc.). Des investigations plus
tentionnaires sur les opérations de chargement/ poussées sont à mener.
déchargement; iii) protéger les sacs au cours du
transport, en déposant des bâches sur les carrosse- Causes transversales
ries des véhicules qui sont en mauvais état. La faible participation des femmes aux décisions
relatives aux activités après récolte, l’accès contrô-
Stockage lé des femmes aux stocks destinés à l’alimentation
Les insectes, en particulier les coléoptères (Sito- et la quasi-absence de contrôle des revenus générés
philus sp., Rhizopertha dominica, etc.), infestent par la vente du maïs démotivent les femmes.
les grains au cours du stockage si aucun traitement
n’est fait, ce qui est le cas du stockage du maïs Les mesures identifiées pour réduire les pertes de
chez les producteurs à domicile. Au cours de maïs après récolte portent sur la sensibilisation/
l’entreposage du maïs blanc et jaune, la dynamique formation des agents d’encadrement des services
de population des insectes est favorisée par les techniques, des acteurs/trices et des organisations
conditions hygrométriques très favorables et ces faîtières sur les causes des pertes, dans le but d’un
ravageurs primaires prolifèrent très rapidement. changement de comportement positif en faveur de
Les pertes, relativement faibles à la récolte, plus d’équité entre les hommes et les femmes. Les
deviennent importantes après seulement trois à mesures techniques préconisées doivent veiller à la
quatre mois de stockage à domicile ou en magasins. prise en compte des besoins spécifiques des hommes
Le maïs est aussi attaqué par les rongeurs durant et des femmes afin de garantir des résultats perfor-
le stockage. Une des solutions à ces infestations mants.
est l’utilisation de silos métalliques fermiers, qui
suscitent un réel engouement actuellement. Points de faibles pertes et bonnes pratiques
La conservation du maïs en grains dans des sacs Par rapport aux étapes suivies, il a été constaté
avec traitement à la phosphine donne des résultats un taux de pertes relativement faible au niveau
satisfaisants si un minimum de précaution est pris du transport des sacs de maïs. Certains acteurs,
par l’opérateur lors de l’utilisation de ce produit. utilisant de vieux véhicules avec une carrosserie
défectueuse, étalent une bâche pour éviter que la
Les mesures identifiées pour la réduction des pertes carrosserie ne déchire les sacs de grains, et pour
lors du stockage portent sur l’utilisation de maté- permettre également la récupération des grains
riels assurant la sécurité des denrées, tout en qui s’échappent des sacs (sacs percés, couture
préservant la santé des utilisateurs, contrairement manuelle mal faite, etc.). Ces pratiques permettent
à l’utilisation du PH3 utilisé à large échelle, même de réduire les pertes. Mais elles ne sont pas suffi-
dans les domiciles. L’utilisation d’emballages her- santes au vu des facteurs de risque importants. Des
métiques de type PICS ou de silo est également mesures devront être prises au niveau du renforce-
encouragée. ment des infrastructures (transport, emballages).
Par ailleurs, les grains de maïs se conservent
Transformation bien en milieu paysan dans les silos métalliques,
Les principales pertes à la transformation arti- les sacs triples fonds et dans d’autres conditions
sanale du maïs sont enregistrées au niveau du de stockage hermétique (bidons, fûts plastiques et
décorticage. La décortiqueuse utilisée est de type métalliques).
‘Engelberg’, avec une technologie très ancienne
et non spécifique au décorticage du maïs. Ce
type d’équipement est également utilisé pour le
décorticage du sorgho et du mil et même du riz
dans ces régions. Son adaptation non maitrisée au
Chapitre 2 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 63

STRATÉGIE DE RÉDUCTION DES PERTES Les conséquences des pertes de maïs dans la
ALIMENTAIRES DE MAÏS Boucle du Mouhoun sont: i) la réduction des
Impact des pertes dans les chaînes revenus des producteurs et des commerçants, ii) la
d’approvisionnement sélectionnées réduction de la disponibilité alimentaire dans la
L’impact des pertes est ressenti au niveau indivi- région et dans les ménages, iii) l’accroissement
duel (producteur ou commerçant) et au niveau de nouvelles terres de cultures par l’abattage des
national. arbres.
Les pertes à la récolte (3,5%) et à l’égrenage
(5,6%) diminuent les revenus du producteur et Ressources nécessaires et analyse coûts-
influencent négativement la disponibilité alimen- bénéfices des mesures de réduction des
taire au niveau du ménage. Cette situation renforce pertes
la faiblesse économique du producteur, ce qui est Le tableau 1.40 présente les ressources nécessaires
un frein à l’amélioration de la performance de son et l’analyse coûts-bénéfices des mesures de réduc-
exploitation par l’acquisition d’équipements et de tion des pertes pour une durée de dix ans au niveau
matériels nécessaires. des points critiques de pertes.
A l’échelle de la région des Hauts-Bassins, ces Les solutions proposées pour réduire les pertes
pertes affectent négativement la disponibilité et la de maïs sont décrites dans le tableau 1.41 et
sécurité alimentaire. L’estimation de l’importance développées au niveau des axes stratégiques de la
économique de ces pertes (voir le tableau 1.40) section suivante. Pour chaque étape de la chaîne
est une base sur laquelle pourrait s’appuyer un d’approvisionnement, l’hypothèse est que la com-
plaidoyer pour encourager leur réduction. binaison de plusieurs interventions contribuera à
La production du maïs dans la région des réduire les pertes alimentaires de 80% à la récolte,
Hauts-Bassins au cours de la campagne agricole à l’égrenage, au transport et au stockage. Le coût
2015/2016 pour les campagnes de saison de pluie de chaque intervention s’étale sur une période de
et de saison sèche a été de 615 920 tonnes. dix ans. Il est possible d’évaluer la rentabilité des

TABLEAU 1.40
Analyse coûts-bénéfices des mesures de réduction des pertes sur le maïs (région des Hauts-Bassins)
Codes
pour les Rubriques Valeurs Unités Calculs
calculs

a Quantité de produit dans la région (production de maïs) 615 920 tonnes/an

b Valeur du produit 278,6 USD/tonne

c Taux de pertes 12 %

d Réduction désirée du taux de pertes 80 %

e Coût des interventions 6 316 520 USD

f Amortissement 10 années

g Coût annuel des investissements 631 650 USD/an e/f

h Coût annuel des opérations 94 750 USD/an

i Coût annuel total des mesures 726 400 USD/an g+h

j Coût individuel par tonne 1,18 USD/tonne i/a

k Pertes alimentaires 74 000 tonnes/an c×a

l Pertes économiques 20 600 000 USD/an k×b

m Réduction des pertes 59 200 tonnes/an k×d

n Économies liées à la réduction des pertes 16 500 000 USD/an m×b

o Coût total par individu 726 400 USD/an i=a×j

p Rentabilité des mesures 15 780 000 USD/an n–o

Source: résultats de l’étude (2015-2016).


64 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

interventions en déduisant le coût amorti de la Sur la base du taux de pertes mesuré, les pertes
valeur économique de la réduction des pertes. alimentaires totales sont estimées à 74 000 tonnes
La faisabilité économique, l’acceptabilité annuellement soit une valeur de 20,6 millions
sociale, l’impact environnemental et la gestion d’USD, c’est-à-dire 11,5 milliards de francs CFA.
de la mise en œuvre pratique de ces interventions Les économies liées à la réduction des pertes avec
doivent être soigneusement étudiés au préalable. la mise en œuvre des mesures sont estimées à plus
Leur formulation et leur exécution devraient être de 16 millions d’USD pour une baisse attendue de
inclusives et impliquer les parties prenantes perti- 59 200 tonnes. La rentabilité attendue des mesures
nentes burkinabés. est de 15,8 millions d’USD chaque année dans
ƒƒ La quantité de produit est la production de la région des Hauts-Bassins, soit 8,8 milliards
maïs de la région des Hauts-Bassins pour la de francs CFA.
campagne agricole 2015/2016 (saison sèche, Il est à noter que Les pertes à la transformation
saison humide); elle est estimée à 615 920 du maïs ne sont pas prises en compte dans l’étude
tonnes, dont 548 tonnes au titre de la cam- car les quantités transformées au niveau artisanal
pagne sèche. Cette quantité est en hausse de sont faibles.
19% environ par rapport à la production de
la campagne précédente dans cette région. Axes d’intervention et plan d’action pour
Par rapport aux cinq dernières années, cette réduire les pertes après récolte de maïs
hausse est de l’ordre 8%. Sur la base des résultats obtenus, les axes d’inter-
ƒƒ La valeur du produit est le prix sur le marché vention suivants ont été retenus pour réduire les
de production au mois d’avril 2016 suivant les pertes après récolte de maïs:
prix diffusés par le SIM SONAGESS pour le ƒƒ la sensibilisation et le renforcement de capa-
marché de référence de Colma à Bobo-Diou- cités des agents de vulgarisation, et le lob-
lasso, dans la région des Hauts-Bassins. Il est bying auprès des structures d’appui privés;
de l’ordre de 140 000 FCFA la tonne, soit 250 ƒƒ la diffusion des bonnes pratiques de récolte et
USD en octobre 2015, et de 156  000 FCFA d’après récolte;
(278,6 USD) au mois d’avril 2016. ƒƒ la promotion à l’utilisation de matériels après
ƒƒ Le taux de pertes est la somme des taux de récolte pour l’égrenage/vannage du maïs;
pertes des PCP considérés pour l’étude dans ƒƒ l’appui pour l’acquisition de matériels et
la région des Hauts-Bassins (12% de la pro- d’infrastructures de stockage.
duction totale initiale).
ƒƒ La réduction désirée du taux de pertes est une Sous la forme d’une note conceptuelle, le plan de
estimation du taux de réduction souhaitée au suivi et d’action suivant est recommandé:
bout des 10 ans ; elle est estimée à 80%.
ƒƒ Le coût des interventions est estimé à 6,3 1. Titre du projet proposé  : Intégration des
millions d’USD, soit 3,5 milliards de francs initiatives de réduction de pertes alimentaires
CFA. Il représente la valeur des mesures de maïs pour les petits exploitants (hommes
identifiées pour leur mise en œuvre. Les et femmes) dans les zones à déficit vivrier.
caractéristiques techniques et les aspects de
faisabilité technique et économique (ren- 2. Résultats attendus
tabilité) pour les artisans et les fabricants ƒƒ La réduction des PAR est prise en compte
des technologies recommandées et pour les dans la politique agricole et par les projets et
producteurs individuels sont présentés en programme en élaboration.
annexe. ƒƒ Les agents de vulgarisation agricoles (services
ƒƒ L’amortissement est la durée souhaitée des techniques et organisations faîtières) ont été
interventions pour réduire les pertes sur les sensibilisés et formés sur les techniques de
points critiques identifiés. Il est prévu sur réduction des PAR et sur la réduction des
dix ans. inégalités hommes/femmes en lien avec les
ƒƒ Le coût annuel des opérations représente le PAR.
coût de la mise œuvre des mesures. Il est ƒƒ La réduction des PAR d’au moins 25% dans
estimé à 15% du coût des investissements les localités d’intervention du projet pour le
annuels. maïs.
TABLEAU 1.41
Récapitulatif des causes des pertes de maïs et des solutions proposées pour leur réduction dans la région des Hauts-Bassins
Réduction des
Ampleur des pertes
pertes
Coût des
Points Pertes interventions
critiques Taux Taux de économiques Causes des pertes Solutions pour réduire les pertes
Économies sur 10 ans
de pertes Poids de pertes/ (USD) Taux
liées (USD)
(tonnes) pertes quantité (%)
(USD/an)
(%) initiale (%)

ƒƒ Charge de travail élevée des membres du ménage,


surtout des femmes  ƒƒ Sensibiliser sur le planning
ƒƒ Petite taille des épis  en lien avec la qualité du de la production végétale en
matériel végétal (petits épis) hivernage

ƒƒ Non respect des itinéraires techniques  ƒƒ Renforcer les capacités sur


l’itinéraire technique
Récolte ƒƒ Enherbement des parcelles pendant la récolte 
21 500 3,5 3,5 5 989 900 ƒƒ Améliorer l’accessibilité aux 80 4 791 920 1 138 000
au champ
ƒƒ Dates inappropriées de récolte  semences améliorées et
l’implication des femmes aux
ƒƒ Pluies tardives faisant germer les grains au champ  prises de décision
ƒƒ Pourritures de grains dues aux moisissures  ƒƒ Améliorer le dispositif pour le
ƒƒ Faible participation des femmes aux prises de séchage des épis
décisions
Chapitre 2 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins

ƒƒ Matériels de séchage disponibles


(cribs, bâche, etc.)
ƒƒ Insuffisance des matériels de travail notamment
des bâches  ƒƒ Sensibiliser les producteurs et
Égrenage/ productrices sur l’organisation
33 300 5,6 5,4 9 277 380 80 7 421 900
vannage ƒƒ Qualité des égreneuses/batteuses  du travail
ƒƒ Degré de séchage des épis après récolte ƒƒ Promouvoir l’utilisation
d’égreneuses/ batteuses
multifonctionnelles
600 900
ƒƒ Conditionner le maïs dans des
sacs en PP en bon état
ƒƒ Mauvais état des routes ƒƒ Sensibiliser les
manutentionnaires sur la bonne
Transport 4 200 0,77 0,68 1 170 000 ƒƒ Mauvais état des camions de transport 80 936 000
conduite des opérations de
ƒƒ Fragilité et mauvais état des sacs en PP chargement/déchargement
ƒƒ Protéger les sacs au cours du
transport par une bâche

ƒƒ Promouvoir l’utilisation de
matériels adéquats (silos
métalliques, sacs de type PICS*,
Stockage 2,7 2,45 4 179 000 ƒƒ Attaques par les déprédateurs bidons, etc.) en tenant compte 80 3 343 200 4 577 620
15 000
des spécificités hommes/femmes
ƒƒ Appuyer la construction de
magasins de stockage

TOTAL 74 000 12 20 600 000 16 500 000 6 316 520


65

PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques
existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats de l’étude (2015-2016).
66 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

3. Stratégie d’intervention pour acquérir les silos métalliques fermiers, les


L’intervention du projet sera orientée sur les axes sacs de type PICS et des magasins de stockage
suivants: pour le stockage sécurisé de leurs produits.
ƒƒ la sensibilisation, la formation des agents d’en- ƒƒ Programmation des activités à mener au
cadrement et de vulgarisation, des acteurs/ cours d’une année, et budget correspondant.
trices directs et le lobbying sur les PAR et sur
la réduction des inégalités hommes/femmes 5. Budget et coût des mesures identifiées
en lien avec les PAR; Le budget prévisionnel de l’intervention est estimé
ƒƒ la recherche de variétés réduisant les pertes à  6,3 millions d’USD, soit 3,5 milliards de francs
à la récolte, la diffusion, la vulgarisation de CFA sur une durée de dix ans. Le projet devra
bonnes pratiques de récolte et d’après récolte proscrire les distributions ou les réalisations sans
du maïs; contrepartie. C’est pourquoi l’expérience du PAM,
ƒƒ la promotion de l’utilisation de matériels de avec une contribution d’au moins 25% des bénéfi-
séchage, d’égrenage, de soufflage performants ciaires, devra permettre de reconstituer un fond de
du maïs au profit des petits exploitants/tes roulement pour appuyer un second, puis un troi-
dans les 33 communes de la région; sième groupe, dans un même cycle de vie du projet.
ƒƒ l’appui à l’acquisition de matériels de stoc- Le détail du coût des mesures de réduction
kage (silos métalliques, sacs de type PICS), des pertes après récolte du maïs dans la région
et la construction de magasins de stockage au des Hauts-Bassins est donné dans le tableau 1.42
profit d’organisations de producteurs/trices ci-dessous. 
pour le stockage et la commercialisation de
leurs produits. 6. Suivi-évaluation
Les principaux indicateurs de suivi sont les sui-
Le principe de «contribution à la réduction des vants:
inégalités entre les hommes et les femmes ou la ƒƒ Le nombre d’acteurs directs, par sexe (pro-
non aggravation de ces inégalités» sera pris en ducteurs/trices, transformateurs/trices, com-
compte dans l’opérationnalisation des actions. merçants/tes) informés et sensibilisés sur la
nécessité de prendre en compte les pertes
4. Mise en œuvre du projet alimentaires  dans la zone d’intervention du
La mise en œuvre du projet se fera selon les axes projet est évalué.
d’interventions majeures suivants: ƒƒ Les producteurs/trices de 80% des organisa-
ƒƒ Sensibilisation des agents de vulgarisation, de tions d’acteurs appuyés maitrisent les tech-
lobbying. Réalisation de reportages dans les niques de réduction des pertes après récolte.
médias (audio visuels), communications sur ƒƒ 50% des producteurs/trices (par sexe) des
les causes y compris celles liées aux inégalités organisations faitières accompagnées dis-
entre les hommes et les femmes, les effets, posent de bâches pour le séchage de leurs
l’ampleur des pertes alimentaires, et la néces- produits et utilisent des équipements mécani-
sité de leur prise en compte comme facteur de sés pour les opérations de battage/égrenage.
productivité des denrées agricoles. ƒƒ La proportion des femmes sensibilisées par-
ƒƒ Diffusion des bonnes pratiques de récolte ticipant aux prises de décision dans la gestion
et après récolte. Activités de recherche de des stocks de maïs est évaluée.
variétés de maïs plus adaptées au type de ƒƒ La proportion des hommes sensibilisés inté-
récolte pratiqué avec moins de pertes, sen- grant leur(s) épouse(s) dans la gestion des
sibilisation et renforcement des capacités stocks est évaluée.
des producteurs/trices en techniques après ƒƒ Au moins 75% des producteurs/trices
récolte. Cet accompagnement se fera à travers membres d’organisations faitières utilisent
les organisations faitières existantes dans la des emballages adaptés pour le stockage du
zone d’intervention. niébé (silos, sacs de type PICS, bidons plas-
ƒƒ Promotion de matériels après récolte.  Appui tiques, etc.), et 33 magasins ont été construits
des producteurs/trices pour l’acquisition de au profit d’organisations faitières de produc-
bâches pour le stockage adéquat des produits, teurs/trices.
d’équipements de battage/égrenage. ƒƒ Le taux de pertes aux points critiques iden-
ƒƒ Appui pour l’acquisition de matériels de stoc- tifiés a baissé d’au moins 50% au bout de 10
kage. Accompagnement des acteurs/trices ans.
Chapitre 2 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 67

TABLEAU 1.42
Budget prévisionnel des mesures identifiées de réduction des pertes de maïs dans les Hauts-Bassins
Points critiques Prix unitaire Durée / Coût (USD) sur
Mesures pour réduire les pertes
de pertes (USD) quantité 10 ans

Récolte Sensibilisation des acteurs 73 790 10 ans 738 000


a
Appui à la recherche (variétés, technologies) 40 000 10 ans 400 000

Sous total 1 1 138 000

Égrenage/vannage
Égreneuse multifonctionnelle (maïs + sorgho) 3 570b 99 353 400
et transport

Souffleur de grains 2 050b 99 203 000

Bâche de 25 m² 45 990 44 500

Sous Total 2 600 900

Sac de type PICS* de 100 kg 1,96 33 000 64 700

Sac de type PICS* de 50 kg 1,07 66 000 70 620


c
Magasin de stockage de 250 tonnes 133 930 33 4 419 700
Stockage Silo métallique de 1300 kgd 180 66 12 000

Silo métallique de 500 kgd 107 99 10 600

Sous total 3 4 577 620

COÛT TOTAL (USD) 6 316 520

* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au
Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
a
Estimation des membres de l’équipe chargée de l’étude
b
Chiffre fourni par un fabricant travaillant avec le PAM
c
Coût moyen de réalisation d’un magasin de 250 tonnes au niveau national
d
Les silos de 500 kg sont destinés aux producteurs individuels (le choix de la capacité de stockage est basé sur la quantité produite au
niveau individuel). Les silos de plus grande capacité (1300 kg) sont destinés aux organisations de producteurs en raison de 2 silos/commune.
Source: résultats de l’étude (2015-2016).

7. Mécanismes institutionnels la supervision d’un comité de pilotage, qui sera à


Le projet proposé sera rattaché à la Direction mettre en place. En plus des services techniques de
générale des productions végétales du Ministère l’administration burkinabé, le comité de pilotage
de l’agriculture et des aménagements hydrau- comprendra les agences des Nations Unies basées
liques. Il sera dirigé par un chef de projet, sous à Rome (PAM, FIDA et FAO).
69

Chapitre 3
Le niébé dans la region du nord

LE SOUS-SECTEUR DU NIÉBÉ du Comité interprofessionnel des filières céréales


Statut et importance du sous-secteur et niébé du Burkina (CIC-B).
du niébé Les mécanismes de gestion de la sécurité sanitaire
Le niébé est produit en association avec les des aliments au Burkina Faso qui s’appliquent au
céréales (mil, sorgho, maïs) ou en monoculture. En niébé sont présentés dans le tableau 1.2 (Chapitre 1).
2015/2016, la production nationale a été de 571 300
tonnes (DGESS/MAAH, 2016). La région du Enseignements tirés des interventions
Nord a produit en 2015/2016 114 220 tonnes, soit passées et en cours dans le domaine des
20% de la production nationale. Les rendements pertes de niébé
de production en monoculture dans la région ont A l’instar des chaînes d’approvisionnements du
varié de 630 à 1 139 tonnes/ha, avec une moyenne sorgho et du maïs, parmi les expériences anté-
de 841 tonnes/ha au niveau régional. Au niveau rieures menées au niveau national pour la réduction
national, la moyenne des rendements en monocul- des pertes dans le sous-secteur du niébé, il est noté
ture a été de 760 tonnes/ha (voir le tableau 1.43). principalement la construction d’infrastructures de
Pour la région du Nord, une union régionale stockage et le traitement des produits au cours du
des producteurs de niébé a été mise en place. Elle stockage, par le biais d’activités de renforcement
compte 10 627 membres, dont 4 015 hommes et 6 des capacités des agents techniques d’encadrement.
612 femmes (62%). La transformation du niébé en ƒƒ Depuis 2015, le PAM accompagne des OP
produits conservables n’est pas développée dans la des régions des Hauts-Bassins, du Nord et de
région et est essentiellement menée par les femmes. la Boucle du Mouhoun, dans l’acquisition de
Au niveau national, cette opération est réalisée à silos métalliques, de 500 et 1 300 kg, avec une
92,6% par les femmes dans les ménages (CILSS, subvention dégressive sur trois ans (75% en
2015). Il existe des groupements de femmes ou des année 1, 50% en année 2 et 25% en année 3).
promotrices individuelles menant des activités de ƒƒ Le Projet pour la promotion des filières
transformation du niébé en mets consommables (PROFIL) et le Projet d’amélioration de la
(beignets, gonré19, gâteaux, etc.), soit au bord des productivité agricole et de la sécurité ali-
voies publiques des centres urbains ou lors de mentaire (PAPSA) appuient les producteurs
manifestations (baptême, pause-café, etc.). Ces de niébé en leur octroyant des sacs de type
transformatrices de niébé sont en voie de structu- PICS20 pour le stockage.
ration dans la région avec la mise en place d’une
union provinciale au Yatenga. La région du Nord Depuis les engagements pris en 2014 par les chefs
compte environ une dizaine de commerçants gros- d’État de l’UA à Malabo, les PAR sont prises en
sistes de céréales, qui sont également actifs dans compte par de nombreux projets et programmes,
le commerce du niébé. Ces derniers ne sont pas comme constaté dans les études précédentes des
organisés en association. Certains sont membres chaînes d’approvisionnement du sorgho et du maïs.

19 20
Le gonré est un met traditionnel burkinabé à base de PICS est la marque des sacs hermétiques développés
farine de niébé, à laquelle est joutée de la potasse. La par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont
purée obtenue est passée à la vapeur. Plat typique du produits et disponibles au Burkina Faso comme dans
plateau Mossi, il se déguste accompagné de friture de plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais
poisson ou de viande. elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
70 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

TABLEAU 1.43
Informations sur la production de niébé au niveau national (Burkina Faso)
Production annuelle
Surface cultivée Rendement moyen
(tonnes/an en
(ha) (kg/ha)
2015/2016)

165  650 (monoculture)


Matière première (grain) 571 300 1  259  130 (en culture 76019
associée secondaire)

Taux moyen d’accroissement annuel sur


9,45% – –
les 10 dernières années (%)

Petit Moyen Grand


(nombre d’employés/ (nombre d’employés/ (nombre d’employés/
travailleurs < 10) travailleurs: 10-50) travailleurs: > 50)

Niveau des opérations de transformation x

Niveau des opérations de


x
commercialisation/de vente en gros

Niveau des opérations de vente au détail x

Source: résultats du diagnostic préliminaire réalisé en octobre 2015.

Chaînes d’approvisionnement les plus Maillon production: Le niébé est produit par de
importantes du sous-secteur nombreux producteurs/trices organisés en grou-
La filière du niébé comporte plusieurs chaînes pements et en unions, et cela dans les quatre
d’approvisionnement, aussi bien dans la région du provinces de la région du Nord. Les superficies
Nord qu’au niveau national. Malgré la multitude vont de 0,25 ha (surtout pour les femmes) à 2 ou
de ces chaînes d’approvisionnement, il est possible 3 ha. Les producteurs/trices commercialiseraient
de les classer en deux types: environ la moitié de leur production de niébé
i. La chaîne la plus courante, dite classique, est pour disposer d’argent liquide afin de satisfaire
organisée autour d’un commerçant grossiste les besoins de leur ménage (scolarisation, santé,
qui organise sa collecte de niébé en vue d’ap- etc.). Cette vente est faite au marché de la localité
provisionner le marché national ou l’export. ou à domicile. Certains producteurs/trices, dans
Il existe une dizaine de grossistes céréaliers le cadre de leur organisation, pratiquent la vente
dans la région. La chaîne d’approvision- groupée de leur niébé.
nement classique draine la grande partie
commercialisée dans la région. Maillon commercialisation: Le maillon commer-
ii. La chaîne mise en place par des organisations cialisation comprend les collecteurs/trices, les
faitières de producteurs agricoles ou des commerçants grossistes, les demi-grossistes, et les
associations de développement organisant détaillants/tes. Ce maillon est organisé autour du
des producteurs de niébé dans ce sens. Dans grossiste qui met en place son réseau de collecte.
la région du Nord il n’existe qu’une struc- Selon l’étude commanditée par le CILSS en 2015
ture associative ou faitière de producteurs sur l’analyse des pertes après récolte et de la
faisant la collecte et la commercialisation sécurité alimentaire au Burkina Faso, la majorité
du niébé: l’Association formation dévelop- des commerçants sont des hommes. En termes de
pement et ruralité (AFDR). La chaîne de proportion, les grossistes ne sont que des hommes,
l’AFDR collecte le niébé auprès d’un réseau tandis que les femmes sont demi-grossistes (30%),
de producteurs/trices, et assure le nettoyage/ collectrices (37,8%) et détaillantes (47,4%). Ces
triage du stock avant de le commercialiser à statistiques concernent l’ensemble des produits
des institutions. agricoles.

Chaînes d’approvisionnement classiques Chaîne d’approvisionnement de l’Association


Les principaux acteurs des chaînes d’approvision- formation développement et ruralité
nement classiques du niébé sont actifs dans les Maillon production: L’AFDR s’appuie sur un
maillons présentés ci-après. réseau de 70 organisations de producteurs/trices
reparties principalement dans la province du
Chapitre 3 – Le niébé dans la region du nord 71

Yatenga. Ces OP comprennent  2 731 membres ƒƒ La chaîne d’approvisionnement classique dans


dont 1 858 femmes et 873 hommes. La superficie la région et au niveau national, assure la distri-
moyenne exploitée par membre est d’un hectare. bution de la quasi-totalité des produits agri-
Maillon commercialisation: Depuis 2009, l’AFDR coles commercialisés. Cette chaîne contribue
collecte le niébé pour le commercialiser princi- fortement à rendre disponibles les produits
palement au PAM. En vue de rendre un produit alimentaires aux niveaux national et sous-ré-
conforme aux exigences du PAM (taux d’impu- gional. Courant 2014, le grossiste de cette
retés, de grains brisés, etc.), l’association a acquis chaîne d’approvisionnement a commercialisé
une batteuse/décortiqueuse manuelle de niébé plus de 1 000 tonnes21 de niébé, avec un chiffre
avec l’appui du PROFIL. En 2014, l’association a d’affaires d’environ 300 000 000 FCFA.
commercialisé 540 tonnes de niébé. ƒƒ L’AFDR permet à de petits producteurs/
trices de renforcer leurs capacités en tech-
Chaînes d’approvisionnement sélectionnées niques après récolte, et d’avoir accès à des
pour l’étude des pertes sur le terrain marchés porteurs, comme celui du PAM. En
Les tableaux 1.44 et 1.45 ci-dessous présentent 2014, l’AFDR a vendu au PAM 540 tonnes
les chaînes d’approvisionnement retenues dans le de niébé, générant ainsi un chiffre d’affaires
cadre de l’étude. de 162  000  000 FCFA au profit de 2 731
Deux chaînes d’approvisionnement ont été petits producteurs/trices. La contribution22
sélectionnées dans la région du Nord. Il s’agit à la génération de revenus a été estimée
d’une chaîne d’approvisionnement classique et de à 59  318 FCFA pour chaque membre de
celle de l’AFDR. l’association.

TABLEAU 1.44
Présentation des chaînes d’approvisionnement du niébé sélectionnées
Nombre/ Projets
Chaînes Zones de Volume Marché des
Produit fini sexe de petits d’appui en
d’approvisionnement production (tonnes/an) produits finis
producteurs cours

Yatenga + 1 858 femmes PROFIL


AFDR Niébé (grain) 540 PAM
Zondoma 873 hommes PAM

Centres urbains,

Commerçant Yatenga Niébé (grain) 1 000 ND Marché –


frontalier du
Mali

Source: résultats du diagnostic préliminaire réalisé en octobre 2015 et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015
et le 16 avril 2016.

TABLEAU 1.45
Importance économique des chaînes d’approvisionnement du niébé choisies
Contribution à la Contribution à
Chaînes Importance Emplois Contribution à la sécurité
génération de revenus la génération
d’approvisionnement économique générés alimentaire
pour les acteurs de devises

59 318 FCFA
Amélioration de la
162 000 000 (déduction non
AFDR 2 731 – disponibilité du niébé dans les
FCFA faite des frais de
zones appuyées par le PAM
fonctionnement)

Amélioration de l’accessibilité
8 du niébé aux centres urbains
Commerçant 300 000 000 – –
collecteurs aux niveaux régional et
national

Source: résultats du diagnostic préliminaire réalisé en octobre 2015 et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015
et le 16 avril 2016.

21
Les quantités commercialisées ainsi que le prix de vente
ont été donnés avec approximation.
22
Déduction non faite des frais de fonctionnement de
l’Association.
72 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

Pertes présumées dans les chaînes bâches. Souvent, le séchage est fait à même le sol.
d’approvisionnement sélectionnées Le séchage de faibles quantités de gousses de niébé
Le tableau 1.46 ci-dessous présente l’importance des se fait en général sur un espace nettoyé dans la
pertes alimentaires selon la perception des acteurs parcelle d’habitation.
rencontrés au cours des interviews semi-structurés. La difficulté rencontrée au séchage est surtout
liée à l’acquisition de bâches en l’absence d’une
aire de séchage adaptée.

Les points critiques de pertes des chaînes d’appro- Battage, pilage, vannage
visionnement alimentaires du niébé portent sur les Le battage des gousses de niébé, effectué par les
opérations de récolte (pluie tardive, gousses non hommes ou les femmes, est utilisé pour une quan-
récoltées), de séchage (pluie tardive ralentissant tité importante de niébé.
le séchage et provoquant la moisissure), de bat- Il est pratiqué manuellement, pour des quanti-
tage/pilage manuel (grains brisés), et de stockage tés variant entre 300 à 1 000 kg de grains. Le projet
au niveau de certains producteurs (attaque de PROFIL a appuyé la diffusion d’une batteuse/
bruches). décortiqueuse de niébé qui en est à sa deuxième
génération chez le fabricant.
Le pilage (dans un mortier) est effectué par les
femmes pour des quantités plus petites.
LA CHAÎNE D’APPROVISIONNEMENT Les femmes procèdent au vannage manuel en
DU NIÉBÉ utilisant des plats et des calebasses. L’opération
Description des chaînes d’approvisionnement peut être menée par des hommes à l’aide de pelle
sélectionnées ou de paniers.
Les lieux de production visités sont quatre exploi-
tations des localités d’Aorêma, et Sonh dans la Stockage/conservation du niébé au niveau
province du Yatenga, et des localités de Gourcy et individuel
Kagapessogo dans la province du Zandoma. Dans les régions de l’étude, au niveau du produc-
Pour le suivi des cargaisons, les sacs de niébé teur/trice, les infrastructures et matériels utilisés
sont transportés des communes de Zogoré et Tallé pour la conservation du niébé sont les silos métal-
vers le magasin du commerçant grossiste dans la liques fermiers, les sacs à triple fonds, les bidons
ville de Ouahigouya, chef-lieu de la province du plastiques, et les sacs en PP tissés.
Yatenga dans la région du Nord. Les détails sur les silos métalliques fermiers et
Le niébé commercialisé par l’AFDR est collecté les sacs en PP tissés ont été fournis au niveau de la
dans les localités d’Aorêma et de Sonh et acheminé chaîne d’approvisionnement du maïs (chapitre 2).
dans les magasins de regroupement (de l’AFDR) à Seuls les sacs à triple fonds et les bidons plastiques
Ouahigouya (voir le tableau 1.47). sont présentés ici.
Sac à triple fonds. Avec l’appui des chercheurs de
Récolte l’Université de Purdue aux USA et de l’INERA, un
La production de niébé est récoltée deux ou dispositif de conditionnement des grains a été mis
trois fois en fonction de l’état de maturation des au point ces dix dernières années: il s’agit de deux
gousses. Les femmes en charge de cette opération sachets en polyéthylène (PEHD de 80 microns) et
utilisent plusieurs contenants pour collecter les d’un sac en polypropylène tissé ordinaire (PP), le
gousses  (plats, morceaux de tissus noués sous tout appelé communément ‘triple ensachage’ ou
forme de sacs, sacs en PP tissés, etc.). Les gousses sac hermétique de type PICS (Purdue Improved
récoltées sont transportées à domicile pour séchage Crops Storage).
sur un espace préparé à cet effet avant battage. Le sac hermétique de type PICS permet un
conditionnement en milieu confiné des grains,
Séchage comme le silo métallique. Il est surtout utilisé
Le premier traitement appliqué au niébé suite à depuis la récolte par le producteur/trice pour la
la récolte est le séchage. Ainsi, les gousses sont conservation du niébé afin de mettre sur le marché
séchées sur une terrasse si disponible, ou sur un un produit de bonne valeur marchande (avec des
espace nettoyé à cette fin. Une bâche ou un film grains ayant le minimum de perforation).
plastique peut être utilisé pour le séchage des Les sacs de type PICS sont également utilisés
gousses. Peu de producteurs/trices disposent de par les producteurs semenciers et les commerçants
Chapitre 3 – Le niébé dans la region du nord 73

TABLEAU 1.46
Importance des pertes de niébé selon la perception des acteurs (région du Nord)
Importance des différentes opérations en termes de pertes
Observations/causes
Non importantes Importantes Très importantes
Opérations des pertes selon
les acteurs
Pertes Pertes Pertes Pertes Pertes Pertes
quantitatives qualitatives quantitatives qualitatives quantitatives qualitatives

ƒƒ Pluie tardive à la récolte


ƒƒ Gousses non récoltées
Récolte x x après plusieurs passages
ƒƒ Gousses attaquées par
les termites

ƒƒ Gousses tombant de la
Transport à
x x charrette au cours du
domicile
transport

ƒƒ Pluie tardive ralentissant


le séchage des gousses
et provoquant le
Séchage x x noircissement des
graines (graines moisies)
ƒƒ Dégâts d’animaux

ƒƒ Gousses non ouvertes


après battage
ƒƒ Grains cassés
Battage/pilage
manuel x x ƒƒ Grains perdus car
mélangés à la poussière
de la paille (insuffisance
du vannage)

Vannage/triage ƒƒ Grains moisis et


x x
manuel immatures mis de côté

Séchage des
x x
grains

Conditionnement x x

Grains perforés par les


bruches (Callosobruchus
maculatus), chez les
Stockage chez le
x x producteurs n’utilisant
paysan
pas de moyens adaptés
de stockage (silos, sacs de
type PICS*, etc.)

Transport au
x x
marché

Stockage chez le
x x
collecteur

Transport au
x x
grossiste

Manutention x x

Stockage chez le
x x
grossiste

Transport chez
x x
client

* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au
Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats du diagnostic préliminaire réalisé en octobre 2015 et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16
avril 2016.
74 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

de niébé, hommes et femmes. Il est de plus en plus revenu (notamment les femmes chefs de ménage).
utilisé pour sécuriser le stockage de différentes L’étude du CILSS estime à 51,2% la proportion
semences agricoles. des ménages utilisant les bidons comme mode de
Autres contenants hermétiques – bidons en plas- stockage/conservation (CILSS, 2015).
tique. L’introduction du silo métallique fermier Dans la région du Nord, au cours du stockage,
a favorisé la compréhension des producteurs/ du fait du conditionnement en atmosphère confi-
trices agricoles vis-à-vis du conditionnement her- née par triple ensachage, le niébé n’est plus traité
métique et a développé leur intérêt pour cette avec des produits de conservation.
technique de conservation des grains. C’est ainsi
que s’est développé le stockage des grains en
bidons plastiques de capacités diverses (20, 40
ou 60 litres), surtout pour les petites quanti- PHOTO 1.7
Bidons plastiques utilisés pour la conservation du
tés de produits (pour la consommation ou les niébé, village de Sonh (région du Nord), 4 novembre
semences), et cela au profit des ménages à faible 2015

PHOTO 1.6
Sacs de type PICS utilisés par les producteurs pour la
conservation du niébé, village de Tankuy (Boucle du
Mouhoun), 5 février 2016

©DOULAYE DIANCOUMBA ©DOULAYE DIANCOUMBA

TABLEAU 1.47
Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement du niébé de l’Association formation développement et
ruralité – AFDR (région du Nord)
Mois de l’année
Lieux Produits Quantité
Étapes de la CAA
géographiques principaux (tonnes)
de à

Production primaire Sonh Juillet Septembre 0,60

Récolte Sonh Octobre Gousses 0,55

Manutention après récolte Sonh Novembre Niébé grains 0,55

Stockage Sonh Novembre Niébé grains 0,55

Transport néant

Ventes aux marchés AFDR Décembre Niébé grains 0,45

Transformation néant

Stockage AFDR/Ouahigouya Janvier Niébé grains 0,40

Transport PAM/Ouahigouya Janvier Niébé grains 0,40

Vente en gros PAM/Ouahigouya Janvier

Vente au détail

Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
Chapitre 3 – Le niébé dans la region du nord 75

La conservation du niébé en atmosphère confi- lien avec un grossiste, ils reçoivent des ressources
née dans des sacs hermétique de type PICS, dans de ce dernier pour l’achat de niébé dans les mar-
des silos ou des bidons plastiques pouvant se chés des localités. Le point des quantités collectées
fermer hermétiquement, donne de bons résul- est fait au grossiste chaque semaine. En retour, ils
tats après plusieurs mois de stockage. L’intérêt reçoivent du grossiste des ristournes au prorata
majeur de ce type de conservation est que le des quantités collectées.
produit est conservé sans traitement insecticide, Grossistes. Ils disposent de moyens financiers et
qui peut entraîner des risques sanitaires lorsque logistiques et d’infrastructures pour mener leur
les produits sont stockés à domicile (souvent dans activité de collecte et de mise sur le marché. Le
la maison d’habitation). Selon les producteurs/ grossiste est approvisionné par les collecteurs/
trices rencontrés, le niébé se conserve bien de trices ou par des demi-grossistes en période de
cette façon. Il s’agit d’un point de faible perte si le collecte. Les commerçants grossistes peuvent dis-
stockage hermétique est pratiqué. poser de leurs propres collecteurs. Ils approvi-
sionnent les demi-grossistes. Certains grossistes
Transfert et stockage des sacs au niveau vendent le niébé à l’export.
communautaire ou chez le commerçant
Les grains de niébé, conditionnés dans des sacs Demi-grossistes. Les grossistes approvisionnent
en PP tissés, sont transférés chez le commerçant à toute l’année les demi-grossistes des centres
l’aide de véhicules de transport. urbains, et ceux des communes rurales en période
de faible disponibilité des produits chez le produc-
Système de commercialisation des chaînes teur/trice. Les demi-grossistes approvisionnent les
d’approvisionnement sélectionnées détaillants/tes et vendent des quantités variant de
Chaîne d’approvisionnement organisée autour quelques assiettées (mesure locale d’environ 3 kg
du grossiste classique de niébé) à quelques sacs de niébé. Les demi-gros-
Le grossiste classique dispose d’un réseau de sistes des zones rurales sont des collecteurs indé-
collecteurs/trices de niébé qui s’approvisionnent pendants qui approvisionnent les grossistes.
dans les marchés des villages et des communes
avoisinantes. Il est aussi approvisionné par des Détaillants/tes. Le niébé est vendu au détail,
commerçants/tes demi-grossistes localisés dans les principalement par les femmes dans les marchés
communes rurales. Le grossiste, en général, col- de quartiers et de villages. Les différentes mesures
lecte le niébé en vue de satisfaire une commande. (mesures locales) vont d’un demi-kilogramme à
Il assure une rotation rapide de son stock et mini- environ 3 kg.
mise les risques de conservation du produit. Le
temps de collecte et d’acheminement du produit Le niébé est vendu aux commerçants exportateurs
au client ne dépasse pas un mois. à Ouagadougou ou est acheminé vers le marché de
La commercialisation du niébé est assurée dans Djibasso, frontalier au Mali. La période de collecte
les différents maillons de cette filière de la région. commence deux semaines après la récolte, ceci
Le maillon commercialisation comprend les pour permettre un bon séchage des grains, et se
collecteurs, les demi-grossistes, les commerçants poursuit jusqu’au mois de mars. Une autre collecte
grossistes, et les détaillants. Ce maillon est organi- se fait en juin, période à laquelle les producteurs/
sé autour du grossiste qui met en place son réseau trices vendent une partie de leur stock de niébé
de collecte. pour faire face aux dépenses de préparation de la
campagne agricole.
Collecteurs. Ils sont indépendants ou travaillent
sous le couvert d’un commerçant grossiste. Les Chaîne d’approvisionnement organisée avec
collecteurs/trices indépendants ont une autonomie l’Association formation développement et
financière pour collecter le niébé, qu’ils revendent ruralité
selon les opportunités, ou à un grossiste ou aux Le réseau de collecte du niébé de l’AFDR couvre
demi-grossistes de la commune. Parmi les col- les communes de la province du Yatenga et une
lecteurs indépendants, sont dénombrés des com- partie de la province du Zondoma. La collecte est
merçants demi-grossistes des communes rurales faite en fonction des marchés obtenus. L’associa-
qui collectent une certaine quantité de niébé avant tion peut avoir 3 ou 4 commandes à satisfaire après
de la livrer aux grossistes des villes selon des prix la récolte. Le temps mis pour collecter la quantité
convenus. Pour les collecteurs/trices travaillant en de niébé auprès des producteurs/trices membres
76 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

FIGURE 1.4
Diagramme de flux de la chaîne d’approvisionnement du niébé dans la région du Nord

Récolte

Transport à domicile

Séchage des gousses

Battage/
Pilage manuel

Vannage/
triage manuel

Séchage des grains

Regroupement local
Conditionnement
par le village

Stockage chez Transport au


le producteur magasin central

Transport au marché Nettoyage / triage

Stockage chez Conditionnement


le collecteur en sacs

Transport chez Transport chez


le grossiste le client

Stockage chez Stockage


le grossiste

Transport chez le client


ou au marché frontalier

Stockage

ne dépasse pas un mois. Les produits sont en Implication des parties prenantes, en
général acheminés aux clients à Ouagadougou: le particulier des femmes
PAM, la SONAGESS, etc. La description des conditions, dans lesquelles les
La synthèse des diagrammes de flux des chaînes hommes et les femmes participent aux opérations
d’approvisionnement du niébé dans la région du dans les chaînes d’approvisionnement, peut aider à
Nord est présentée dans la figure 1.4 ci-dessous. mieux comprendre l’enjeu de la «prise en compte
de la réduction des inégalités entre hommes et
femmes» dans les mesures de réduction des pertes
après récolte.
Chapitre 3 – Le niébé dans la region du nord 77

Au niveau de la récolte Stockage chez le commerçant


Des réponses obtenues des groupes de discussion Le groupe de discussion dans la région du Nord
mixtes, complétées par celles des groupes de révèle que pour la campagne agricole 2014/2015,
femmes, indiquent que la récolte du niébé est 60 femmes ont nettoyé un stock de niébé durant
effectuée majoritairement par les femmes et les 3 semaines à raison de 350 FCFA par sac. Elles
enfants, tant que ces derniers ne sont pas à l’école. s’organisent en groupe pour effectuer le nettoyage.
Les femmes se retrouvent partagées ainsi entre Le travail consiste à vanner, tamiser, trier les impu-
plusieurs activités (activités agricoles d’un côté, et retés et les grains altérés et à faire l’ensachage des
activités familiales et personnelles de l’autre). grains dans des triples sacs, une fois le nettoyage
terminé. Le prix de 350 FCFA est invariable quel
Au niveau du battage/vannage/tri du niébé que soit le taux d’impuretés du sac.
Dans la zone de l’étude, le décorticage du niébé Si ce travail leur procure un revenu, les femmes
se fait principalement par pilage, mode opératoire qui travaillent sans protection reconnaissent de
des femmes, ou par battage, pratiqué par les façon unanime contracter des maladies: maladies
hommes. L’option du mode opératoire est fonc- broncho-pulmonaires (toux, rhume), maladies
tion du volume de niébé à décortiquer, le battage oculaires avec une baisse de l’acuité visuelle, et
étant réservé aux grandes quantités. dermatoses. Le magasinier, présent à la rencontre,
Le vannage/tri est une activité conduite par reconnait avoir développé les mêmes maladies
les femmes uniquement. Il est réalisé en présence pendant la période de stockage. En vue d’amoin-
du mari qui commence la gestion du niébé dès drir les effets de ce travail pénible, certaines
l’effectivité du décorticage. Les femmes, de façon s’enduisent le corps de beurre de karité après la
unanime dans tous les groupes de discussion, toilette. L’absence de tenues et de matériels de
reconnaissent que l’homme, d’habitude peu pré- protection seraient la cause selon elles des maladies
sent aux activités champêtres des semis jusqu’à développées.
la récolte, fait le pied de grue le jour du battage/ Les tableaux 1.48 et 1.49 suivants fournissent
vannage du niébé jusqu’au transport des sacs de des éléments sur l’évaluation environnementale.
grains dans le lieu de stockage. La production de niébé dans la région du Nord
La décision de la destination (alimentation, est essentiellement pluviale. Réalisée en mono-
vente, semence) du stock familial de niébé est du culture ou en culture associée avec le sorgho ou
seul ressort de l’époux. L’accès au stock alimen- le maïs, sa culture est en grande partie manuelle,
taire se fait au gré de sa volonté tandis que la vente utilisant la daba pour les opérations culturales
se fait parfois à l’insu de l’épouse ou des épouses. telles que le défrichage, le labour, le semis, et le
La femme qui développe une curiosité sur les sarclage. Néanmoins, la charrue asine est utilisée
quantités vendues ou les revenus des ventes, subit pour certaines opérations comme les labours et
la plupart du temps des violences verbales. les sarclages quelques fois le buttage en mono-
Toutefois, il existe une entente tacite entre culture. Les exploitations agricoles de niébé en
les hommes et les femmes, les premiers tolérant monoculture utilisent l’engrais et les pesticides.
un prélèvement  des grains par les femmes au Par ailleurs, la mécanisation dans la production
cours du vannage/tri. Des pratiques de prélève- du niébé concerne d’avantage le décorticage des
ment rapportées par les femmes (et connues des gousses.
hommes)  consistent à: i) laisser verser intention- Le stockage des gousses est relativement rare
nellement des grains dans les résidus; ii) trier dans la zone, tout comme les méthodes tradition-
volontairement les grains de manière laxiste: des nelles de conservation qui consiste à mélanger les
grains de bonne qualité se retrouvent alors en grains avec de la cendre. L’utilisation de moyens
quantité non négligeable avec les grains dégradés. modernes de stockage (bidons, fûts, sacs triple
Un second travail de vannage et de triage permet fonds et silos métalliques) est en pleine expansion
à la femme de récupérer les grains de bonne qualité dans la zone d’étude. Sont dénombrées également
pour son propre usage, et qui pourraient d’ailleurs de nombreuses initiatives visant à organiser les
être réinvestis pour l’entretien de la famille. producteurs autour de magasins communautaires
Les décisions sur les dates d’opérations sont du de conservation du niébé.
ressort de l’homme qui consent parfois à écouter Le moyen de transport privilégié pour le trans-
les conseils de la femme. port du niébé en gousses ou en grains est la
charrette asine. De plus en plus d’exploitations
font appel aux motos tricycles à essence pour les
78 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

TABLEAU 1.48
Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement du niébé – Environnement
PRODUCTION Quantité Unité

Outils, équipements, intrants Daba + charrue ND Nombre

Matériels, produits chimiques Matériel de traitement des plants + insecticides ND Nombre

Eau Eau de pluie < 600 mm mm

STOCKAGE Quantité Unité

Silos métalliques fermiers, sacs de type PICS*,


Outils, équipements, infrastructures ND ND
bidons plastiques, magasin

Matériels, produits chimiques Phosphure d’hydrogène Comprimé 1/sac

TRANSPORT Quantité Unité

Outils, équipements, logistique Charrette asine, motos tricycles, camion ND ND

Énergie Gazoil ND ND

TRANSFORMATION Quantité Unité

Eau – Faible –

VENTE EN GROS ET DETAIL Quantité Unité

Outils, équipements, infrastructures Bascule + ustensiles de mesures locales ND ND

* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au
Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

TABLEAU 1.49
Facteurs pour l’évaluation environnementale de la chaîne d’approvisionnement du niébé
Facteurs Description Détails

Type de système de La culture associée est la plus pratiquée La production de


Culture associée et monoculture
production semences améliorées est faite en monoculture

Pratiques de préparation Nettoyage, labour, principalement Après l’utilisation de la daba pour le labour, vient la
du sol à la daba ou à la charrue charrue asine

Degré de dégradation et Végétation constituée d’herbes. Très peu d’arbres, sol


Sols dégradés, lessivés
qualité du sol caillouteux et latéritique

Utilisation de techniques de conservation de l’eau et des


Utilisation de l’eau Eau de pluie sols: diguettes antiérosives, demi-lune, orientation du sens
du labour par rapport à celui de l’écoulement des eaux

Impacts sur les écosystèmes Plante enrichissant le sol en azote Palliatif à la faible utilisation d’engrais minéral

Sources de gaz à effet de


Très peu Faible utilisation de l’urée
serre

Température élevée + faible


Les températures peuvent dépasser 40 °C en saison
Facteurs climatiques pluviométrie autour de 600 mm +
de production
vents forts

Utilisation de résidus dans la


Alimentation pour bétail Les fanes servent à l’alimentation du bétail
chaîne d’approvisionnement

Utilisation d’aliments issus


Alimentation pour bétail Les écarts de grains servent à l’alimentation de la volaille
de pertes

Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

transferts des récoltes des champs vers les lieux de La commercialisation du niébé est faite au
stockage. Les camions diesels sont essentiellement moyen d’unités de mesure locales (yoruba, boîtes
utilisés pour les transferts des quantités com- de tomate, tines, etc.), puis en sacs en polypropy-
mercialisées des marchés vers les grands centres lène de 100 kg. L’utilisation des bascules intervient
urbains. dans le cadre de transactions avec les institutions
telles que le PAM et la SONAGESS.
Chapitre 3 – Le niébé dans la region du nord 79

Il est à noter que les informations du tableau 1.48 Pertes au battage/vannage


ne sont pas documentées par les OP faîtières même Des essais de battage/vannage ont été menés à
au niveau national. Gourcy et à Sonh. Les résultats obtenus sont pré-
sentés dans les tableaux 1.51, 1.52 et 1.53 ci-après.
LES PERTES APRÈS RÉCOLTE DANS LA A Gourcy, le battage a été fait avec un bâton, alors
CHAÎNE D’APPROVISIONNEMENT DU qu’à Sonh, les gousses de niébé ont été pilées dans
NIÉBÉ un mortier. Il est à noter que le pilage est pratiqué
Points critiques de pertes: types et niveaux en général pour les quantités faibles de gousses.
des pertes après récolte L’estimation des pertes totales de l’opération de
Pertes quantitatives battage/vannage de l’ensemble de la production
Les pertes quantitatives de niébé sont enregistrées de l’exploitant 2 à Gourcy est présentée dans le
aux étapes de la récolte, du battage/vannage, et au tableau 1.52 ci-après.
cours du transport des sacs chez le commerçant. Le taux de pertes (1,6%) chez l’exploitante 1
est plus élevé que chez l’exploitant 2 (0,5%). Cela
Pertes à la récolte pourrait être lié à la quantité battue par opération,
Les pertes à la récolte ont varié de 18 à 72 kg, qui est plus faible chez l’exploitante 1.
avec un taux de pertes de 2,1 à 16% par rapport La perte moyenne au niveau du battage/van-
à la production totale (voir le tableau 1.50). Le nage est de 1,1%. Les pertes dues à la pourriture
taux moyen de pertes pour la monoculture est des grains à cause des pluies tardives semblent plus
de 5% et de 16% pour la culture en association importantes. 
avec le mil.
Pertes au transport des sacs chez le
La moyenne des pertes pour les 2 types de commerçant (suivi des cargaisons)
culture (monoculture et en culture associée) est Deux suivis de cargaison ont été réalisés pour la
de 8,7%. détermination des pertes au cours du transport du
niébé.

TABLEAU 1.50
Détermination des pertes à la récolte du niébé à Gourcy dans la province du Zandoma (région du Nord)
Superficie Production Production Pertes sur Pertes % Pertes sur
Type
Désignation Sexe du champ totale par ha 5x5m par ha production
de culture
(ha) (kg) (kg) (gr) (kg) en niébé

Exploitante 1 F 0,5 monoculture 250 500 107,1 42,84 7,9

Exploitant 2 M 1 monoculture 824 824 45,0 18,00 2,1

Exploitant 3 M 1,943 associée au mil 735 378 180,0 72,00 16,0

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

TABLEAU 1.51
Pertes au battage/vannage de gousses de niébé au bâton à Gourcy (région du Nord)
Poids des Poids des grains Pertes au Pertes au Pertes % pertes sur

gousses (kg) après vannage (kg) battage (g) vannage (g) totales (g) total des grains

1 50 34,0 50 75 125 0,4

2 50 34,5 150 50 200 0,6

3 Moyenne des pertes sur total des grains 0,5

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

TABLEAU 1.52
Estimation des pertes totales de niébé au battage/vannage à Gourcy chez l’exploitant 2 (région du Nord)
% de pertes des grains Production totale en grains (kg) Pertes22 totales en grains (kg)

0,5 735 3,7

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
80 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

TABLEAU 1.53
Pertes de niébé au battage/vannage et au triage à Sonh chez l’exploitante 1 (région du Nord)
Poids des grains Pertes au battage Grains pourris Pertes % pertes sur
Poids des gousses (kg)
après vannage (kg) et vannage (g) (g) totales (g) total des grains

– 2,15 7,35 24 31,35 1,4

5,7 4,5 3,5 78,5 82 1,8

Pertes moyennes au battage/vannage et triage 1,6

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

TABLEAU 1.54
Pertes au transport de sacs de niébé de Zogoré à Ouahigouya (région du Nord)
N° Poids des sacs au départ (kg) Poids des sacs à l’arrivée (kg) Pertes par sac (kg)

1 99,70 99,60 0,1

2 101,30 101,30 0,0

3 102,90 102,90 0,0

4 101,50 101,40 0,1

5 100,60 100,60 0,0

6 100,70 100,70 0,0

7 103,90 103,90 0,0

8 101,60 101,60 0,0

9 101,90 101,90 0,0

10 101,60 101,60 0,0

Perte moyenne par sac 0,02

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

TABLEAU 1.55
Estimation des pertes de grains de niébé sur l’axe Tallé-Ouahigouya (région du Nord)
Distance Pertes moyenne Pertes estimées sur la période pour
Localité Estimation du nombre de
d’Ouahigouya par sac l’ensemble des cargaisons
de départ sacs de décembre à avril
(km) (kg) (kg)

Tallé 90 km de piste 0,31 58 18

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.

Transport du niébé de Zogoré à Ouahigouya 3,1 kg, sur 1  056,9 kg transportés au départ, soit
Le niébé a été transporté sur une distance de 40 km 0,3% par rapport à la quantité transportée.
sur une piste en mauvais état. L’état des sacs était L’estimation des pertes de grains sur l’axe
mauvais au départ, et certains sacs étaient percés. Tallé-Ouahigouya pour l’approvisionnement de
La perte moyenne par sac de 0,02 kg est inférieure l’AFDR, au cours de cette campagne est présentée
au seuil de sensibilité de la bascule (±100 g) (voir dans les tableaux 1.55 et 1.56 ci-dessous.
le tableau 1.54).
Pertes qualitatives
Transport du niébé de Tallé à Ouahigouya par Les pertes qualitatives du niébé ont été identifiées
AFDR aussi bien à la récolte qu’au niveau du stockage.
Le niébé est conditionné dans des sacs en mauvais La présence de grains altérés au niveau de la
état. La distance parcourue est de 90 km sur une récolte est maîtrisée par les opérations de tri, ce
piste également en mauvais état. Sur 58 sacs trans- qui n’affecte pas la qualité marchande du niébé.
portés, 15 sacs étaient percés à l’arrivée, dont 7 de La qualité des grains de niébé après conservation
l’échantillon. La perte totale pour les 10 sacs est de auprès de l’échantillon de producteurs est bonne.
Chapitre 3 – Le niébé dans la region du nord 81

TABLEAU 1.56
Pertes au transport de sacs de niébé de Tallé Gousses non récoltées au champ. La période
à Ouahigouya chez l’Association formation de récolte est une période où les membres des
développement et ruralité – AFDR (région du Nord) ménages sont très sollicités, en particulier les
Poids des sacs Poids des sacs Pertes femmes. Du fait que presque toutes les cultures en
N° au départ à l’arrivée par sac production pluviale arrivent à maturité en même
(kg) (kg) (kg)
temps, les ménages définissent les activités qui
1 107,80 107,40 0,4 sont prioritaires à leurs yeux; ce qui les amène à
2 104,80 104,80 0,0 ‘négliger’ certaines opérations.
Il a été constaté par ailleurs sur le terrain que la
3 106,30 106,30 0,0
récolte du niébé cultivé en association avec le mil
4 106,00 105,80 0,2 ou le sorgho est très pénible. Il faut rechercher les
5 112,70 112,50 0,2 gousses de niébé au sol entre les tiges de céréales.
La pénibilité de l’opération a un impact négatif
6 103,10 103,00 0,1
sur son efficacité, d’où un taux de pertes très élevé
7 104,50 104,40 0,1 dans le ménage échantillon (16%).
8 104,30 104,20 0,1 En plus de la charge de travail, le faible accès
et le non contrôle des revenus du niébé par les
9 104,10 104,10 0,0
femmes semblent être l’un des facteurs exacerbant
10 103,30 101,30 2,0 les pertes pendant la récolte.
Total 1 056,90 3,1
Les mesures identifiées pour réduire les pertes
de niébé sont relatives:
% de pertes par rapport au poids
de niébé transporté
0,31 ƒƒ au renforcement des capacités des agents de
vulgarisation sur les techniques après récolte;
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2
novembre 2015 et le 16 avril 2016.
ƒƒ à la sensibilisation des producteurs/trices sur
les pertes à la récolte sur la base des données
disponibles et sur la participation des femmes
Les grains sont stockés dans des sacs de type PICS aux décisions et à la gestion des stocks;
ou des bidons plastiques bien fermés. Le niébé ƒƒ à l’organisation des activités dans l’exploita-
stocké dans ces emballages n’a pas été ouvert. Les tion agricole (planification des tâches).
producteurs concernés sont très satisfaits de ce
mode de conservation au déstockage pour la vente Les activités de sensibilisation et de formations
ou la consommation du ménage. devront tenir compte des spécificités liées au
Par-contre, selon les constats et les avis d’autres genre afin de permettre la pleine participation des
producteurs recueillis au cours de cette étude, le femmes (moment de disponibilité, prise de parole
taux de pertes qualitatives du niébé après 3 mois de difficile en public, femmes ayant des enfants en
stockage, peut atteindre 100% de grains troués et bas âge). Ces mesures d’équité sont transversales à
environ 70% de pertes de produits consommables, toutes les activités de sensibilisation et de renfor-
lorsque ces types de matériel de stockage adaptés cement de capacités prévues.
ne sont pas utilisés.
Au battage/vannage
Causes des pertes après récolte et mesures Le battage est fait en général à l’aide d’un bâton
identifiées pour les réduire par les hommes pour des quantités moyennes à
À la récolte importantes de gousses, et à l’aide d’un mortier/
Au moins trois passages manuels sur les champs pilon par les femmes pour de faibles quantités. Une
sont nécessaires pour récolter le niébé. Ceci s’ex- batteuse de gousse de niébé a été introduite dans la
plique par une arrivée progressive des gousses à région du Nord par le projet PROFIL; elle est en
maturité. A cette étape de la production, sont phase d’amélioration (2e génération) et est encore
constatées des pertes dues à la non collecte peu connue des producteurs en 2016. L’équipe de
de gousses aux champs (en cause, la charge de consultants a assisté à une démonstration de cette
travail importante des membres du ménage, batteuse manuelle à Ouahigouya (voir la photo 1.8),
surtout des femmes, et la difficulté de récolter où les utilisatrices l’ont trouvée d’utilisation moins
des gousses en culture associée avec des cultures pénible et plus adaptée (c’est-à-dire qu’elle est
hautes), à la pourriture des grains, et aux attaques rapide, brisant moins de grains, et laissant peu de
de termites. gousses non ouvertes). Cette batteuse ne vanne pas.
82 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

PHOTO 1.8 de récupération de ces grains.


Démonstration du battage du niébé avec une Les mesures potentielles de réduction de pertes
batteuse mécanisée et non motorisée, Ouahigouya,
chef-lieu de la région du Nord, 16 octobre 2015 portent sur:
ƒƒ la sensibilisation des producteurs/trices;
ƒƒ l’appui à l’acquisition de bâches pour le
séchage rapide des gousses et pour les opéra-
tions de battage/vannage;
ƒƒ l’appui des groupements de producteurs/
trices pour acquérir des batteuses de niébé,
tout en veillant à la réduction des inégalités
entre les hommes et les femmes.

La culture du niébé étant une activité phare des


femmes dans la région, l’acquisition de bâches
©DOULAYE DIANCOUMBA devraient concerner également les femmes (chefs
de ménages ou pas). Les femmes pourraient éven-
tuellement se constituer en groupes d’affinité
Les pertes constatées au cours du battage/ (de trois femmes par exemple) pour acquérir des
vannage sont dues aux grains éparpillés et non bâches, si leur pouvoir financier individuel s’avé-
récupérés en dehors de l’aire de battage, aux rait insuffisant.
grains brisés à cause de la force non mesurée de
battage, à la proportion de gousses qui n’ont pas Au cours du transfert des sacs
été ouvertes, et à ceux que les femmes n’ont pas Le transfert de sacs est fait entre les collecteurs/
pu séparer des morceaux de paille (poussière) au trices et le grossiste ou entre le grossiste et ses
cours du vannage. La perte des grains éparpillés clients. Plusieurs facteurs influencent ces pertes
est due à la faible disponibilité des bâches auprès lors du transfert, au nombre desquels  il y a le
des producteurs/trices. La taille de la bâche utilisée mauvais état ou la faible qualité des emballages,
n’est pas suffisante pour contenir une grande la mauvaise manutention des sacs au chargement/
partie des grains éparpillés. Aussi, du fait de l’in- déchargement, l’état du véhicule de transport, et
suffisance des bâches, le séchage n’est pas suffisant, celui de la route.
ce qui réduit le taux d’ouverture des gousses au
battage. Enfin, l’importance du pourcentage de État des emballages. Il ressort des constats que les
grains brisés est liée à l’insuffisance du nombre de organisations faitières et les associations utilisent
batteuses/égreneuses dans la région. en général des sacs neufs ou en bon état pour
A ce niveau, la charge de travail des femmes est le transfert du niébé. Cela n’est pas le cas des
également l’un des facteurs de pertes quantitatives collecteurs/trices, qui utilisent des sacs en mauvais
et qualitatives. Les bonnes pratiques connues et état, avec des trous par où les grains s’échappent
décrites par les femmes nécessitent plus de temps au cours du transport. Certains commerçants
et sont par conséquent peu appliquées par manque estiment que sur certains lots, le poids des sacs est
de temps. Les grains sont éparpillés ou cassés au complété avec 1 à 2 kg de produit. Il est à noter
cours de l’opération de pilage. Il ressort également que les sacs disponibles sur le marché sont de qua-
que le battage ou pilage du niébé provenant lité médiocre, même à l’état neuf. Ils ne sont pas
du champ individuel de la femme n’intervient traités anti-UV alors que les sacs vides à la vente
qu’après le battage du niébé familial. Ce battage ou contenant les produits sont exposés au soleil, ce
qui intervient plus tard joue parfois négativement qui favorise leur altération.
sur la qualité du niébé de la femme qui peut se
retrouver avec des grains plus troués. Mauvaise manutention des sacs. Malgré la faible
Par ailleurs, comme cela a déjà été décrit pré- qualité des emballages, les manutentionnaires
cédemment, des pratiques de prélèvement opérés assurent le chargement/déchargement sans ména-
par les femmes ont été relevés (voir le paragraphe gement, ce qui détériore les emballages ou les
Implication des parties prenantes, en particulier fragilise pour le reste du transfert.
des femmes).
Le second vannage pourrait être également une État du véhicule  de transport. Les sacs de niébé
cause de pertes, la fatigue pouvant jouer sur le taux sont transférés à l’aide de camions de capacité
Chapitre 3 – Le niébé dans la region du nord 83

diverse. La particularité de ces véhicules est l’état bitation). Le niébé se conserve bien de cette façon,
de leur carrosserie, qui, au cours du transport, selon les producteurs/trices rencontrés (point de
détériorent les sacs, causant de pertes de grains. faibles pertes).
Pour pallier à cela, des organisations faitières Une synthèse de l’analyse des pertes du niébé
placent des bâches sur la carrosserie, ce qui permet est présentée dans le tableau 1.57.
de protéger les sacs et de permettre la récupération S’il y a des causes spécifiques à chaque niveau
des grains s’échappant le long de la couture du sac de pertes, les échanges au niveau des groupes de
réalisée à la main. discussion ont révélé certaines causes transversales
aux points critiques de pertes: récolte et battage/
État des routes. Enfin, la dernière cause importante vannage. Ces causes sont l’absence d’implication
des pertes de grains au cours de transfert des des femmes dans les décisions relatives à ces opé-
sacs de niébé est le mauvais état des routes. Les rations, leur charge de travail élevée impactant sur
voies bitumées provoquent moins de secousses la qualité du travail, ainsi que la non jouissance des
et de ce fait limitent les pertes, contrairement aux revenus générés par la vente des produits, qui est
pistes et routes en mauvais état. Selon les com- un facteur démotivant.
merçants, dans le cas extrême, les pertes de grains
surviennent lorsque les véhicules se renversent, Points de faibles pertes et bonnes pratiques
perdant ainsi une bonne partie du contenu des sacs Le point de plus faible perte constaté au niveau
à transporter. de la chaîne d’approvisionnement est le transport,
avec un taux de pertes de 0,3%.
Au cours du stockage chez le producteur/trice La perte au transfert est surtout constatée au
La cause principale de l’altération du niébé au niveau de la commercialisation (commerçants et
cours du stockage est la poursuite du développe- organisations faitières de producteurs/trices). Les
ment de l’infestation par les bruches commencée intéressés constatent la perte et estiment que la
depuis les champs, ce qui provoque, dans un quantité perdue par sac peut atteindre 2 kg, ce qui
premier temps, la baisse de la qualité commerciale est un facteur de sensibilisation pour la prise de
du produit sur le marché. Avec une durée de mesures correctives.
stockage de plusieurs mois, l’altération des grains C’est ainsi que de nombreuses organisations
peut déboucher sur une perte totale de la qualité de producteurs/trices, à défaut d’acquérir des
commerciale et même de la qualité alimentaire du véhicules de transport avec une carrosserie en
niébé. Les services techniques agricoles (étatiques bon état, déposent une bâche sur la carrosserie
et privés) de la région du Nord se sont investis pour minimiser les dégâts et pouvoir récupérer les
depuis quelques années dans la production et grains tombés au cours du transport.
l’amélioration de la conservation du niébé. Le Ces pratiques permettent de réduire les pertes.
résultat obtenu à ce jour est une diminution très Mais elles ne sont pas suffisantes au vu des facteurs
importante des pertes au stockage et même une de risque importants. Des mesures devront être
stabilité de la qualité des grains à cette étape. prises au niveau du renforcement des infrastruc-
L’appui étant limité, il ne concerne à ce jour que tures (transport, emballages).
peu de producteurs/trices. Cela implique la néces- Une part non négligeable des pertes au trans-
sité d’amplifier cette dynamique de promotion de port provient également de la manutention brutale
silos, de sacs de type PICS, et de bidons plastiques, des sacs, surtout quand les responsables ne sont
à l’instar des actions menées par le PAM, les ONG pas présents, d’où la nécessité de désigner un
et associations (AFDR, etc.) et des projets tels que responsable chargé du suivi du transfert et des
PROFIL, PAPSA, Ner Taamba, au profit de ces manutentionnaires.
producteurs/trices. Sans être à ce jour un point de faible niveau
La conservation du niébé en atmosphère confi- de perte, le stockage performant du niébé est de
née dans des sacs de type PICS, dans des silos plus en plus connu et adopté, ce qui a contribué à
ou dans des bidons plastiques pouvant se fer- une diminution considérable du taux de pertes de
mer hermétiquement, donne de bons résultats presque 100% dans certains ménages, en comparai-
après plusieurs mois. L’intérêt majeur de ce type son avec l’utilisation des méthodes traditionnelles
de conservation est que le produit est conservé de stockage. L’utilisation de silos métalliques, des
sans traitement insecticide pouvant entraîner des sacs de type PICS et des bidons plastiques hermé-
risques pour la santé lorsque les produits sont tiques pour la conservation du niébé assure au niébé
stockés à domicile (souvent dans la maison d’ha- une stabilité de la qualité initiale.
TABLEAU 1.57
84

Matrice de synthèse des résultats sur les pertes alimentaires du niébé (région du Nord)
% de % de pertes
Étape de Causes de pertes/ Baisse de Impact/acteurs
Type de pertes sur les points PCP/ Perception des acteurs Solutions
la chaîne/ raison de faibles valeur affectés
perte dans ce critiques des PFP (hommes/femmes) recommandées
processus pertes marchande (hommes/femmes)
processus pertes étudiés

ƒƒ Difficulté de
ƒƒ Planifier les tâches à la
récolter avec des Manque à gagner
production et à la récolte
cultures associées d’environ 63 kg
ƒƒ Pas perçue comme une
de grains pour 1 ƒƒ Encourager la production
ƒƒ Multiplicité des perte car les fanes de
Récolte Quantitatif 8,7 19,3 – PCP producteur sur 1 en monoculture
tâches, surtout niébé sont données aux
ha en monoculture
pour les femmes à animaux ƒƒ Sensibiliser pour améliorer
soit 22 050 FCFA
la même période l’équité entre hommes et
(37 USD)
femmes
ƒƒ Pourriture, termites

ƒƒ Difficulté de séchage
ƒƒ Insuffisance de des gousses avec les
ƒƒ Appuyer l’acquisition des
bâches pour le pluies tardives par
bâches pour le séchage
séchage, battage, manque de bâches
des gousses et pour le
vannage pour couvrir le tas si
Battage/ battage et vannage
Quantitatif 1,1 2,3 – PFP Faible nécessaire
Vannage ƒƒ Non disponibilité ƒƒ Appuyer les groupements
de batteuse ƒƒ Faiblesse des ressources
de producteurs à acquérir
des producteurs pour
ƒƒ Multiplicité des des batteuses de gousses
l’acquisition d’une
tâches des femmes de niébé
batteuse mécanique au
niveau individuel

ƒƒ Mauvais état des


sacs
ƒƒ Non protection ƒƒ Utiliser les bâches pour
ƒƒ Manque à gagner d’1
des sacs contre les protéger les sacs contre
à 2 kg par sac selon les
déchirures causées ƒƒ Organisation de le mauvais état des
axes empruntés
Transport Quantitatif 0,3 0,7 par la carrosserie – PFP producteurs carrosseries
ƒƒ Les sacs neufs sur le
ƒƒ Mauvaises ƒƒ Commerçants ƒƒ Disposer de sacs neufs de
marché sont également
pratiques de meilleure qualité sur le
de mauvaise qualité
manutention marché
ƒƒ Mauvais état des
routes

ƒƒ La lenteur du séchage
ƒƒ Faible utilisation par manque de bâches
de matériels ne permet pas de
sécuriser le stock dans ƒƒ Promouvoir l’utilisation
Quantitatif adéquats de
23 un emballage adéquat des silos métalliques, des
Stockage 35 77,7 stockage: silos Oui PCP –
Qualitatif sacs de type PICS* et des
métalliques, sacs ƒƒ Les méthodes bidons plastiques
de type PICS* et traditionnelles de
bidons plastiques conservation sont
aléatoires

* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques
Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.


Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2015 et le 16 avril 2016.
Chapitre 3 – Le niébé dans la region du nord 85

STRATÉGIE DE RÉDUCTION DES PERTES Les pertes totales du niébé durant la récolte et le
ALIMENTAIRES DE NIÉBÉ battage/vannage (avant la commercialisation) dans
Impact des pertes dans les chaînes la région du Nord sont donc de 18 860 tonnes.
d’approvisionnement Avec l’hypothèse que 50% de la production
L’impact des pertes est ressenti au niveau indi- totale de niébé de la région (soit 57 115 tonnes) est
viduel (producteur/trice ou commerçant) et au commercialisée, donc transportée avec un taux de
niveau national. pertes de 0,3%, les pertes au transfert de sacs de
Les pertes à la récolte et au battage diminuent niébé sont estimées à 170 tonnes dans la région.
le revenu du producteur/trice et influencent néga- Les pertes totales du niébé sur l’ensemble de la
tivement la disponibilité alimentaire au niveau région du Nord et portant sur les opérations de
du ménage. Cette situation renforce la faiblesse récolte, de battage/vannage et de transfert de sacs
économique du producteur/trice, ce qui est un sont alors estimées à 19 030 tonnes.
frein à l’amélioration de la performance de son Le prix moyen du niébé sur la période de
exploitation par l’acquisition d’équipements et de l’étude est de 307 000 FCFA/tonne (548,2 USD/
matériels nécessaires. tonne). Le montant des pertes sur la base de ce prix
A l’échelle de la région du Nord, ces pertes moyen est d’environ 6 milliards de francs CFA
affectent négativement la disponibilité et la sécu- (plus de 10 millions d’USD).
rité alimentaire. L’estimation de l’importance éco- Il est à noter que les pertes au stockage chez
nomique de ces pertes est une base sur laquelle le producteur/trice n’ont pas été intégrées à cette
pourrait s’appuyer un plaidoyer pour leur réduc- estimation compte tenu du fait que cette quantité
tion. sert à la consommation familiale; la durée de stoc-
La production de niébé dans la région du Nord kage est variable selon l’évolution de la qualité des
au cours de la campagne agricole 2015/2016 a été grains au stockage et les besoins du ménage.
de 114 220 tonnes, dont 5 320 tonnes en mono-
culture, 763 tonnes en culture associée avec le Ressources nécessaires et analyse coûts-
niébé comme culture principale, et 108 140 tonnes bénéfices des mesures de réduction des
en culture associée avec le niébé comme culture pertes
secondaire. Pour des questions pratiques, la pro- Le tableau 1.58 ci-dessous présente les ressources
duction de niébé en monoculture et celle associée nécessaires et l’analyse coûts-bénéfices des mesures
avec le niébé comme culture principale seront de réduction des pertes pour une durée de dix ans
confondues sous l’appellation ‘monoculture’ avec au niveau des points critiques de pertes dans la
une production globale de 6 080 tonnes. région du Nord.
Il est rappelé ici, qu’au regard de la difficulté Les interventions proposées sont décrites dans
de récolter le niébé, la perte est plus importante le tableau 1.59 et développées au niveau des
quand ce dernier est ‘noyé’ au milieu des pieds de axes stratégiques de la section suivante. Pour
cultures hautes (mil ou sorgho); alors que pour chaque étape de la chaîne d’approvisionnement,
une culture associée avec le niébé en culture prin- l’hypothèse est que la combinaison de plusieurs
cipale, les plants de cultures hautes ne sont pas si interventions contribuera à réduire les pertes
importants pour constituer une difficulté majeure alimentaires de 50% au niveau du point critique
à la récolte du niébé. Cette différenciation entre ciblé par l’action. Le coût de chaque intervention
les types de culture du niébé est importante, du s’étale sur une période de dix ans. Il est possible
fait de la grande différence constatée sur le terrain d’évaluer la rentabilité des interventions en dédui-
au niveau des taux de pertes à la récolte, entre sant le coût amorti de la valeur économique de la
monoculture (5%) et culture associée (16%). réduction des pertes.
Sur la base de la production de niébé au cours La quantité du produit dans la région est la
de la campagne agricole 2015/2016, les quantités production de niébé de la région du Nord pour
de pertes suivantes ont été estimées : la campagne agricole 2015/2016 (114 220 tonnes).
ƒƒ 6,1% (en monoculture): 5% durant la récolte La valeur du produit est le prix moyen sur le
et 1,1% durant le battage/vannage, soit 370 marché de production au mois d’avril 2016 suivant
tonnes. les prix diffusés par le SIM SONAGESS (548,2
ƒƒ 17,1% (en culture associée): 16% durant la USD/tonne sur le marché de Gourcy).
récolte et 1,1% durant le battage/vannage, Le taux de pertes est la somme des taux de
soit 18 490 tonnes. pertes considérés pour cette étude sur le niébé,
relatifs aux PCP de la récolte, du battage/vannage,
86 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

TABLEAU 1.58
Analyse coûts-bénéfices des mesures de réduction des pertes sur le niébé dans la région du Nord
Codes
pour les Rubriques Valeurs Unités Calculs
calculs

a Quantité du produit dans la région 114 220 tonnes/an

b Valeur du produit 548,2 USD/tonne

c Taux de pertes 41,5 %

d Réduction désirée du taux de pertes 50 %

e Coût des interventions 12 595 730 USD

f Amortissement 10 années

g Coût annuel des investissements 1 259 570 USD/an e/f

h Coût annuel des opérations 188 940 USD/an

i Coût annuel total des mesures 1 448 510 USD/an g+h

j Coût individuel par tonne 12,7 USD/tonne i/a

k Pertes alimentaires 47 400 tonnes/an c×a

l Pertes économiques 25 984 680 USD/an k×b

m Réduction des pertes 23 700 tonnes/an k×d

n Économies liées à la réduction des pertes 12 992 340 USD/an m×b

o Coût total par individu 1 448 510 USD/an a×j=i

p Rentabilité des mesures 11 543 830 USD/an n-o

Source: résultats de l’étude (2015-2016).

du transport et du stockage (soit 41,5% de la Le coût total pour le client qui investit dans les
production initiale totale). mesures  représente la valeur des pertes à investir
La réduction des pertes anticipées  est une esti- annuellement sur dix ans.
mation du taux de réduction souhaitée au bout des La rentabilité des mesures est le bénéfice dégagé
dix ans. Elle est estimée à 50%, compte tenu de l’en- de l’opération par an suite à la mise en œuvre des
vergure du projet qui ne pourra pas toucher tous les mesures identifiées. Cette rentabilité est de l’ordre
ménages (même au bout de 10 ans), mais aussi de de 11,5 millions d’USD par an pour la région, soit
l’importance des cultures associées dans la région. environ 6,5 milliards de francs CFA.
Le coût de l’intervention est une estimation du
montant des mesures proposées pour réaliser ce Axes d’intervention pour réduire les pertes
taux de réduction des pertes (12  595  730 USD). après récolte de niébé
Les caractéristiques techniques et les aspects de Sur la base des résultats obtenus, identifiant et
faisabilité technique et économique (rentabilité) confirmant les points critiques de pertes et leurs
pour les artisans et les fabricants des technologies causes majeures, les axes d’intervention suivants
recommandées et pour les producteurs individuels ont été retenus, en vue de réaliser des actions
sont présentés en annexe. permettant la réduction des pertes:
L’amortissement est la durée souhaitée des ƒƒ le renforcement des capacités des agents
interventions pour réduire les pertes sur les points de vulgarisation agricole, l’information et la
critiques identifiés. Il est de dix ans. sensibilisation des acteurs/trices directs des
Le coût annuel des opérations représente une chaînes de valeur du niébé sur la question des
proportion de 15% du coût annuel des mesures PAR et les problématiques liées au genre, la
identifiées. diffusion des bonnes pratiques en techniques
Le coût annuel total des mesures est la somme post récolte;
du coût annuel des investissements et du coût ƒƒ la facilitation de l’accessibilité des produc-
opérationnel annuel. teurs/trices aux matériels, équipements après
TABLEAU 1.59
Récapitulatif des causes des pertes de niébé et des solutions proposées pour leur réduction dans la région du Nord
Ampleur des pertes Réduction des pertes

Coût des
Points Pertes Économies
Poids Taux de pertes Causes Interventions pour réduire les Taux interventions
critiques économiques liées
(t) (%) des pertes pertes (%) sur 10 ans
de pertes (USD) (USD/an)
(USD)

ƒƒ Difficulté de récolte avec des cultures ƒƒ Planifier les tâches à la


associées production et à la récolte

8,7 ƒƒ Multiplicité des tâches, surtout pour ƒƒ Encourager la production


les femmes à la même période en monoculture
Récolte 9 940 5 (mono) et 16 5 449 110 50 2 724 555 11 000 00024
(associées) ƒƒ Pourriture, termites ƒƒ Sensibiliser sur la
problématique du genre
ƒƒ Non-participation des femmes aux et améliorer le rôle des
décisions femmes

ƒƒ Appuyer l’acquisition des


Chapitre 3 – Le niébé dans la region du nord

bâches pour le séchage des


ƒƒ Insuffisance de bâches pour le séchage gousses et pour le battage
et le battage/vannage et vannage
ƒƒ Non disponibilité de batteuses ƒƒ Appuyer les groupements
Battage/
1 150 1,1 630 430 ƒƒ Charge de travail importante des de producteurs/trices à 50 315 215
vannage
femmes acquérir des batteuses

ƒƒ Non-participation des femmes aux ƒƒ Sensibiliser sur la


décisions problématique du genre
et améliorer le rôle des 180 730
femmes

ƒƒ Utiliser les bâches pour


protéger les sacs contre
ƒƒ Mauvais état des sacs le mauvais état des
Transport 310 0,3 169 940 carrosseries 50 84 970
ƒƒ Non protection des sacs contre les
déchirures causées par les carrosseries ƒƒ Disposer des sacs neufs en
PP de meilleure qualité sur
le marché

ƒƒ Promouvoir les silos


ƒƒ Non utilisation de matériels de métalliques, les sacs de
Stockage 36 000 3525 19 735 200 stockage adéquats: silos métalliques, type PICS*, les bidons 50 9 867 600 1 415 000
sacs de type PICS* et bidons plastiques plastiques et les magasins
de stockage

41,5% de la
TOTAL 47 400 production 25 984 680 12 992 340 12 595 730
initiale totale

* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques
existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats de l’étude (2015-2016).
87
88 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

récolte et infrastructures de stockage (bâches ƒƒ l’appui à l’acquisition de sacs hermétiques de


ou aires de battage, batteuses de niébé, silos type PICS;
métalliques, sacs de type PICS, magasins, etc.). ƒƒ la construction de magasins de stockage de
250 tonnes au profit de groupements de pro-
Renforcement des capacités des agents, et ducteurs/trices dans 31 communes de grande
information et sensibilisation des acteurs production de niébé, et dans les chefs-lieux
directs (hommes et femmes) de la chaîne de provinces de la région.
d’approvisionnement alimentaire sur les PAR
Actuellement, les agents techniques de l’agricul- Les modalités d’acquisition et de gestion de ces
ture ne sont pas bien outillés sur les questions matériels, équipements et infrastructures, destinés
de réduction de pertes au champ. Les thèmes y aux producteurs et productrices, veilleront à ce
afférents ne sont pas développés au cours des que les inégalités de rapports entre les producteurs
rencontres de sensibilisation qui sont beaucoup et les productrices ne soient pas reproduites.
plus orientées sur les techniques de production et Sous la forme d’une note conceptuelle, le plan
le traitement des plants. Les actions identifiées à de suivi et d’action suivant est recommandé:
prévoir sur dix ans dans ce domaine portent sur:
ƒƒ la formation des agents de vulgarisation de Titre du projet proposé: Réduction des pertes
la région du Nord sur les techniques après alimentaires dans la chaîne d’approvisionnement
récolte du niébé  et sur les problématiques du niébé dans la région du Nord.
liées au genre;
ƒƒ l’information et la sensibilisation des produc- Contexte et justification
teurs, des productrices et des autres acteurs/ La région du Nord a produit 114  220 tonnes de
trices sur les pertes enregistrées dans la chaîne niébé en 2015/2016. La production en association
d’approvisionnement de la région du Nord de cultures, avec le niébé comme culture secon-
(causes, effets, ampleur et bonnes pratiques); daire, est la plus importante (environ 95%). Le
ƒƒ la documentation et le lobbying sur les PAR taux de pertes estimé à la récolte est de 16% pour
en vue de sensibiliser l’opinion et les déci- la culture associée, et de 5% en monoculture ou
deurs sur la problématique (par exemple, en association avec le niébé en culture principale.
avec la réalisation d’émissions sur les radios Cette situation justifie la prise d’actions ciblant
locales, à la télévision, d’articles dans la presse les causes des pertes, afin de réduire les volumes de
écrite, etc., portant sur les causes des pertes, pertes au niveau régional.
y compris celles relatives aux questions de Ces actions, par la réduction des pertes ali-
genre, les effets, l’ampleur des pertes, et les mentaires, contribueront à une augmentation de
bonnes pratiques à promouvoir). la disponibilité alimentaire, et par conséquent
à une amélioration du statut nutritionnel de la
Facilitation de l’accessibilité des producteurs/ population burkinabé, et notamment des groupes
trices aux matériels, équipements et vulnérables.
infrastructures de stockage du niébé
Sur une période de dix ans, les actions à prévoir Stratégie d’intervention et activités à mener
sont relatives à: La stratégie d’intervention du projet proposé sera
ƒƒ l’appui à l’acquisition de bâches de qualité orientée sur deux axes principaux:
pour les activités de séchage et de battage/ ƒƒ l’information et le renforcement des capacités
vannage; des agents de l’agriculture, des organisations
ƒƒ l’appui à l’acquisition de batteuses/égre- faitières et des acteurs directs (hommes et
neuses de niébé; femmes) de la CAA sur les PAR;
ƒƒ l’appui à l’acquisition de silos métalliques de ƒƒ la facilitation de l’accessibilité des produc-
500 kg23; teurs/trices aux matériels, équipements et
infrastructures de stockage du niébé.

Les actions à mener auront un but éducatif et


23
Les silos de 500 kg sont destinés aux producteurs indivi- de démonstration de l’efficacité des proposi-
duels (le choix de la capacité de stockage est basé sur la
quantité produite au niveau individuel). Les silos de plus
tions technologiques. Aussi, il sera procédé à
grande capacité (1300 kg) sont destinés aux organisations la subvention des équipements à acquérir afin
de producteurs. de permettre aux bénéficiaires d’être convaincus
Chapitre 3 – Le niébé dans la region du nord 89

par les résultats obtenus. Une contribution des ƒƒ Tenues des séances d’animation dans les
bénéficiaires au coût de l’investissement sera familles, à raison de huit animations en
exigée. Ces actions devront également induire moyenne par famille.
des comportements en faveur de la réduction des 6. Organisation de rencontres bilan/planifi-
inégalités entre les hommes et les femmes dans les cation: établissement de bilans d’activités,
opérations après récolte. leçons apprises de la mise en œuvre et pers-
pectives.
Concernant le renforcement des capacités et la ƒƒ Suivis transversaux à toutes les étapes, réali-
sensibilisation, les activités à mener seront: sés à plusieurs niveaux: (1) suivi rapproché
L’application de «l’approche dialogue en famille24» des services techniques et des associations;
pour un échantillon de 100 familles de deux com- (2) étude de cas répétée régulièrement pour
munes (50 familles/commune), à travers les étapes suivre l’impact de l’approche sur les familles
suivantes: bénéficiaires; (3) étude d’évaluation de fin de
1. Étude de base: elle sera conduite dans deux phase.
communes au Zandoma et au Yatenga en ƒƒ L’information/sensibilisation des produc-
vue d’établir les connaissances, attitudes et teurs, productrices des zones non pilotes sur
pratiques d’un échantillon des familles béné- «l’approche dialogue en famille» et des autres
ficiaires en matière de mesures endogènes acteurs/trices sur les pertes enregistrées dans
ciblant les causes, y compris celles liées la chaîne d’approvisionnement de la région
au genre, dans la réduction des PAR. Les du Nord: causes, effets, ampleur, et bonnes
résultats de cette étude devront permettre pratiques.
de circonscrire les thématiques du dialogue ƒƒ La documentation et le lobbying sur les
dans les familles et de valoriser les bonnes PAR en vue de sensibiliser l’opinion et les
pratiques existantes. décideurs sur la problématique (réalisation
2. Formations à l’adresse des animateurs et des d’émissions sur les radios locales, à la télévi-
agents de vulgarisation des services tech- sion, articles dans la presse écrite, etc., por-
niques et des organisations faitières sur les tant sur les causes des pertes, y compris celles
techniques d’animation, «l’approche dialogue relatives aux questions de genre, les effets,
en famille», et sur la problématique des PAR. l’ampleur des pertes, et les bonnes pratiques
3. Identification et formation des membres des à promouvoir).
familles bénéficiaires sur  les PAR, causes,
effets, ampleurs, et bonnes pratiques. Concernant la facilitation de l’accessibilité des
4. Élaboration des contenus des supports producteurs/trices aux matériels, équipements et
d’animation: rédaction du contenu sur  les infrastructures de stockage du niébé, les actions à
PAR, causes, effets, ampleurs, bonnes pra- mener seront:
tiques (sensibles aux problématiques du ƒƒ l’appui à l’acquisition de bâches de qualité
genre), enregistrements pour des sessions pour les activités de séchage et de battage/
d’écoute. vannage; 
5. «Forum des leaders d’opinion»: leaders cou- ƒƒ l’appui à l’acquisition de batteuses/égre-
tumiers, leaders religieux et personnes-res- neuses de niébé;
sources influentes. Ce public sera informé ƒƒ l’appui à l’acquisition de silos métalliques
et sensibilisé à la problématique des PAR, de 500 kg (le choix de la capacité de tonnage
à leurs causes et effets, et aux bénéfices qui est fait au regard de la quantité moyenne
résulteront de la réduction des pertes. Leur produite par ménage);
consentement et leur soutien seront utiles à la ƒƒ l’appui à l’acquisition de sacs triple ensachage
réussite des activités et surtout à la durabilité de type PICS;
des résultats attendus. ƒƒ la construction de magasins de stockage de
500 tonnes pour les OP faîtières provinciales
et de 250 tonnes au profit de groupements
de producteurs/trices  dans 31 communes de
24
«L’approche dialogue en famille» est un processus de grande production de niébé.
recherche de l’équilibre ou de solution au sein d’une
famille. Le «dialogue en famille» est une approche de
convergence des opinions des membres d’une même Les acquisitions et la gestion des matériels, équipe-
famille autour d’un sujet précis. ments et infrastructures de stockage doivent tenir
90 Études de cas sur le sorgho, le maïs, le niébé au Burkina Faso - Partie 1

compte des besoins spécifiques des hommes et Budget


des femmes dans toute la zone du projet proposé, Le budget prévisionnel du projet proposé est
y compris dans les deux communes pilotes de estimé à environ 12,6 millions d’USD sur dix ans.
«l’approche dialogue en famille». La répartition du budget par action à mener est
indiquée dans le tableau 1.60.
Résultats attendus
Les résultats attendus du projet proposé sont les Suivi-évaluation
suivants: Les principaux indicateurs de suivi du projet
ƒƒ Les capacités des agents de vulgarisation des proposé sont les suivants:
parties prenantes de la région sont renfor- ƒƒ Nombre d’acteurs directs, par sexe (pro-
cées dans le domaine des techniques après ducteurs/trices, transformateurs/trices, com-
récolte et des problématiques liées au genre. merçants/tes) informés et sensibilisés sur la
ƒƒ La disponibilité des équipements après récolte nécessité de prendre en compte les pertes
(bâches, équipements de battage et stockage) alimentaires dans la zone d’intervention du
chez les producteurs et productrices de niébé projet.
s’est améliorée dans la région du Nord. ƒƒ Pourcentage (%) de femmes sensibilisées par-
ƒƒ Les pertes sur la production annuelle de ticipant aux décisions relatives aux opérations
niébé de la région sont réduites de 70%. après récolte au niveau de leurs ménages.

TABLEAU 1.60
Budget prévisionnel des actions à mener pour réduire les pertes de niébé dans la région du Nord
Montant (USD)
Étape Actions à mener PU (USD) Quantité
sur 10 ans

Renforcement des capacités et appui au respect


650 000 10 années 6 500 000
des bonnes pratiques agricoles
Récolte
Appui à la recherche-développement 450 000 10 années 4 500 000

Sous total 1 11 000 000

310
Promotion d’égreneuses/batteuses de niébé 313 97 030
machines
Battage/vannage
1860
et transport Appui en bâches de bonne qualité 45 83 700
bâches

Sous total 2 180 730

Appui à l’acquisition de sacs hermétiques de type 62 000


1,25 77 500
PICS* de 50 kg sacs

Appui à l’acquisition de sacs hermétiques de type 31 000


2 62 000
PICS* de 100 kg sacs

620
Stockage Promotion des silos métalliques de 500 kg** 125 77 500
silos

Appui à la construction de magasins communaux 31


30 000*** 930 000
de 250 tonnes magasins

Appui à la construction de magasins provinciaux 2


134 000*** 268 000
de 500 tonnes magasins

Sous total 3 1  415 000

BUDGET TOTAL (USD) 12 595 730

* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au
Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
** Les silos de 500 kg sont destinés aux producteurs individuels (le choix de la capacité de stockage est basé sur la quantité produite au
niveau individuel).
*** Coût moyen de réalisation de magasins au niveau national pour la taille indiquée.
Source: résultats de l’étude (2015-2016), estimations prévisionnelles au regard de la zone d’intervention.
Chapitre 3 – Le niébé dans la region du nord 91

ƒƒ Pourcentage (%) d’hommes sensibilisés ƒƒ Le taux de pertes aux points critiques identi-
impliquant leur(s) épouse(s) dans les déci- fiés pour chaque produit a baissé d’au moins
sions relatives à la gestion des stocks de niébé. 50% au bout de 10 ans.
ƒƒ Les producteurs/trices de 80% des organisa-
tions d’acteurs appuyés ont une bonne connais- Mécanismes institutionnels
sance des techniques de réduction des PAR. Le projet proposé sera rattaché à la Direction
ƒƒ 70% des producteurs/trices membres (par générale des productions végétales (DGPV) du
sexe) des OP accompagnées disposent de Ministère de l’agriculture et des aménagements
bâches pour le séchage de leurs produits et hydrauliques. Il sera dirigé par un chef de projet
utilisent des équipements mécanisés pour les sous la supervision d’un comité de pilotage, qui
opérations de battage/égrenage. sera à mettre en place. En plus des services tech-
ƒƒ Au moins 62 000 sacs de type PICS de 50 kg niques de l’administration burkinabé, le comité
et 31 000 sacs de 100 kg sont acquis au profit de pilotage comprendra les Agences des Nations
des producteurs/trices membres (par sexe) et Unies basées à Rome (PAM, FIDA et FAO).
les OP utilisent du matériel adapté pour le En ce qui concerne l’application de «l’ap-
stockage du niébé (silos, sacs de type PICS, proche dialogue en famille», un appel à candida-
bidons plastiques, etc.). ture sera fait sur la base d’un certain nombre de
ƒƒ Trente-et-un magasins de 250 tonnes ont été critères, afin d’établir une structure de mise en
construits au profit des OP des plus grandes œuvre. Les services techniques de l’agriculture et
communes de production de niébé, et deux de la promotion du genre seront impliqués dans
magasins de 500 tonnes dans chaque chef-lieu la formation, le suivi et la supervision du projet
de province de la région. proposé.
PARTIE 2
Rapport de synthèse de la réplication
de la première étude (2016-17)

INTRODUCTION
Le Burkina Faso est un pays sahélien enclavé Pour faire face aux enjeux de l’augmentation de
d’environ 18 millions d’habitants. Situé en Afrique la production, dans un contexte d’accès au foncier
de l’Ouest, il fait partie des pays à faible revenu plus complexe, d’aléas climatiques en hausse et de
et à déficit vivrier (PFRDV). Le secteur agricole baisse de la fertilité des sols, les systèmes d’exploi-
représente la principale activité économique du tation doivent évoluer vers des systèmes plus rési-
pays et contribue pour 30% au produit intérieur lients et plus intensifs. Les systèmes d’exploitation
brut (PIB). La population reste très largement mettant en œuvre des techniques agro-écologiques
rurale (77% des 18 millions d’habitants) et la devraient être en mesure d’affronter ces défis (Lent
sécurité alimentaire y est préoccupante. La pro- et Martin, 1991). La mise en œuvre de stratégies
duction céréalière a connu une forte augmentation et d’interventions de réduction des pertes après
ces dernières années (+ 20% en 10 ans, + 30% en récolte s’inscrit dans le cadre de ces enjeux globaux.
20 ans) sans pour autant suivre la croissance de la Le projet «Intégration des initiatives de réduc-
population (+ 30% en 10 ans), (DGESS/MAAH, tion des pertes alimentaires au profit des petits
2016). La croissance de la production céréalière exploitants dans les zones à déficit vivrier» (projet
s’est réalisée en grande partie par l’augmentation RBA/GLO/001/SWI) est mis en œuvre par les
des surfaces cultivées comme en témoigne la sta- agences des Nations-Unions basées à Rome (ABR).
gnation des rendements ces dix dernières années. Au Burkina Faso, ce projet a permis de conduire
Avec la dégradation des terres et l’augmentation de une étude pour la réduction des PAR sur le sorgho,
la pression foncière, l’intensification durable de la le maïs et le niébé respectivement dans les régions
production demeure incontournable. de la Boucle du Mouhoun, des Hauts-Bassins et du
94 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2

Nord au cours de la campagne agricole 2015-2016. principales causes, les taux de pertes quantitatives
Les résultats issus de cette première campagne associés aux PCP et les propositions de mesures
ont été jugés satisfaisants et ont mis en évidence de réduction de pertes sur le sorgho, le maïs et le
les principaux points critiques de pertes, leurs niébé dans les régions ci-dessus indiquées.
95

Objectifs et méthodologie de l’étude

OBJECTIFS DE LA RÉPLICATION au cours de la première année de l’étude. Pour


La réplication de l’étude vise à: ce faire les objectifs spécifiques de cette seconde
ƒƒ comparer les ordres de grandeur des pertes étude sont les suivants:
alimentaires aux points critiques identifiés ƒƒ évaluer les pertes pendant la récolte;
sur deux années consécutives; ƒƒ identifier et quantifier les principales causes
ƒƒ confirmer la rentabilité des mesures de réduc- des pertes ainsi que les points critiques dans
tion des PAR retenues après la première les CAA ciblées;
année d’étude; ƒƒ suivre l’évolution de la qualité au stockage
ƒƒ essayer de mieux comprendre les différences et tester l’éventualité de la présence des afla-
éventuelles et les causes (occasionnelles et toxines et leur évolution;
structurelles); ƒƒ collecter les informations de l’impact sur
ƒƒ formuler des recommandations en termes de l’environnement des activités de production
stratégies et de solutions à promouvoir sur la dans les CAA suivies;
base de ces résultats et de ces analyses. ƒƒ faire l’analyse des problématiques de genre
et liées aux jeunes dans les activités d’après
De plus, de nouvelles mesures, absentes de la pre- récolte dans les zones de l’étude;
mière étude, notamment l’appréciation qualitative ƒƒ identifier et analyser les mesures appropriées
des grains (présence d’aflatoxines), l’estimation de réduction des pertes, notamment en termes
des pertes au battage au moyen de tracteurs et de faisabilité technique et économique.
l’appréciation des pertes en lien avec les jeunes1
producteurs/trices (de moins de 35 ans) sont prises DÉROULEMENT DE LA RÉPLICATION
en compte au cours de cette réplication. Pour réaliser cette étude, l’équipe de consultants a
organisé cinq sorties de terrain dont les objectifs
OBJECTIFS SPÉCIFIQUES sont les suivants:
La réplication de cette étude, dans les mêmes ƒƒ sortie 1: identifier les partenaires et informer
régions du Burkina Faso, pour les mêmes produits le personnel d’appui;
agricoles (le sorgho, le maïs et le niébé), pour la ƒƒ sortie 2: mesurer les pertes à la récolte;
campagne agricole 2016/2017, vise à confirmer ou ƒƒ sortie 3: mesurer les pertes au battage;
infirmer les résultats obtenus, mais aussi à complé- ƒƒ sortie 4: mesurer les pertes au transport et au
ter les informations qui n’ont pas pu être collectées stockage;
ƒƒ sortie 5: mesurer les pertes au stockage et à la
commercialisation.

1
Selon l’Union africaine (UA) et la Communauté écono- Ces cinq sorties ont été précédées de l’élaboration
mique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), est d’un rapport d’organisation de la réplication, et de
jeune celui dont l’âge est compris entre 15 et 35 ans. Au
niveau national, cette même définition est donnée par la
l’actualisation des guides d’entretien. Au cours de
politique nationale de la jeunesse du Burkina Faso (2015- la troisième et quatrième sorties, les consultants
2024). Lors de la présente réplication de la première ont animé des interviews semi-structurées avec
étude, les jeunes sont ciblés comme groupe d’étude, suite des focus groupes qui ont permis la collecte d’in-
à une recommandation énoncée dans les conclusions de
la première étude 2015-2016, qui ne s’était intéressée
formations sur les PCP, les causes de ces PCP, les
qu’aux hommes, femmes et enfants (âgés de 14 ans maxi- conditions de travail des femmes et des hommes
mum). ainsi que leurs besoins et les priorités dans les dif-
96

férentes opérations d’après récolte. Les interviews issus d’un carré, égrenés, nettoyés et pesés, consti-
ont aussi couvert les spécificités liées aux jeunes tuent le rendement au champ sur une superficie de
producteurs/trices et leurs liens avec les PAR. 25 m² (en tenant compte de sa teneur en eau). Une
Malgré les dispositions prises pour la réplica- moyenne des trois carrés de rendement est calculée
tion, le démarrage des missions est intervenu avec et extrapolée à l’hectare.
un retard de quelques jours par rapport au dérou-
lement des opérations de récolte dans la plupart rendement sur 1 ha  = (moyenne des rendements
des régions couvertes. En effet, la saison pluvieuse sur 3 carrés de 25 m² / 25) x 10 000 m²
s’est achevée de manière abrupte en 2016, notam-
ment dans le Nord et dans les Hauts-Bassins. Détermination des pertes au champ à
Par ailleurs, les difficultés de collaboration avec l’abattage des plants
les commerçants, dans le cadre de cette étude, La première étape de la récolte du sorgho dans les
ont été à nouveau vécues par les consultants sur régions visitées est la coupe des plants, à la base,
le terrain. Cela explique pourquoi, pour chaque à l’aide d’une machette ou d’une houe. Les plants
culture étudiée, les CAA organisées autour de coupés sont rabattus au sol. Au cours de cette
commerçants grossistes n’ont pas été suivies dans opération menée par les hommes, des grains sont
les régions concernées au cours de cette étude. En perdus de la panicule. Le niveau de pertes varie
rappel, les données économiques ont manqué pour selon la variété, le degré de maturité des grains et
les CAA animées par des commerçants au cours de la façon de rabattre les pieds coupés. Ces grains,
la précédente étude. qui ne peuvent plus être récupérés, constituent les
pertes à l’abattage.
MÉTHODOLOGIE DE LA RÉPLICATION Pour la quantification de ces pertes, trois films
La méthodologie de la réplication pour la présente plastiques de 2,2 m x 10 m chacun sont placés
campagne agricole (2016-2017) est similaire à celle dans le champ à récolter, en tenant compte de
mise en œuvre au cours de la campagne agricole la direction d’avancement des opérateurs. Au
antérieure et basée sur la méthodologie élaborée cours de l’abattage, une partie des plants tombe
par la FAO pour les études de cas (FAO, 2016). sur le film plastique avec les grains qui se sont
Celle-ci comporte quatre étapes: (1) analyse pré- détachés. En fin d’opération, le film plastique est
liminaire des PAR, (2) enquêtes d’évaluation des récupéré avec les grains détachés; ces derniers sont
pertes, (3) suivi des cargaisons et échantillonnage, nettoyés, pesés, et le taux d’humidité est mesuré.
(4) recherche de solutions aux PAR. Une moyenne du poids des grains collectés sur
les trois films plastiques est faite; cette moyenne
MESURES DES PERTES APRÈS RÉCOLTE du poids constitue les pertes sur une superficie de
La collecte des données pour la mesure des pertes 22 m². Ces pertes de grains sont ramenées à l’hec-
quantitatives après récolte a concerné les opéra- tare ou au poids de la production de sorgho d’un
tions suivantes: la récolte, le battage/égrenage, le hectare, car il sera posé trois carrés de rendement
transport2 chez le grossiste, le stockage pour le permettant de déterminer le rendement du champ
maïs, le sorgho et le niébé. La collecte des données par hectare. Pour la détermination du rendement
s’est étendue à la transformation pour le maïs. à l’hectare, les épis sont directement coupés sur
le plant sans abattage préalable, évitant ainsi la
Mesures des pertes quantitatives après chute importante des grains, source de pertes à
récolte du sorgho cette étape.
Détermination du rendement L’ensemble des pertes à l’abattage est calculé
La superficie du champ a été mesurée au GPS et selon la formule suivante:
l’évaluation du rendement faite à partir de trois ƒƒ pertes sur 1 ha = (pertes au champ sur
carrés de 5 m x 5 m placés dans le champ. Les épis 22 m² / 22) x 10 000 m²
ƒƒ taux de pertes = pertes sur 1 ha / rendement
par ha
2
Les produits sont transportés des localités productrices
vers les marchés des localités à l’aide de charrettes asines, Détermination des pertes au battage/vannage
de motos tricycles et de vélos. Le transport ensuite de ces Pour mesurer les pertes au battage, un film plas-
marchés vers les marchés des centres urbains se fait en
véhicules (camions de capacité diverse). C’est ce dernier
tique de 2,2 m est installé sur le demi-périmètre,
maillon de transport vers les commerçants grossistes qui généralement rectangulaire, de l’aire de battage.
a fait l’objet du suivi des cargaisons. Généralement, les grains projetés pendant le bat-
97

PHOTO 2.1
Détermination des pertes au champ à l’abattage des plants de sorgho, village de Moukouna
(Boucle du Mouhoun), 17 novembre 2016.

©DOULAYE DIANCOUMBA ©TAGNAN INOUSSA ALAIN

PHOTO 2.2
Dispositifs de détermination des pertes au battage/vannage du sorgho, région de la Boucle du Mouhoun, 
13 décembre 2016

Village de Bèkuy Village de Poundou Village de Bèkuy

©THIO BOUMA ©DAO ABOUBACAR SIDIKI ©HADO SAWADOGO/OUÉDRAOGO

tage, que ce soit lors du battage manuel ou au ƒƒ taux de pertes par rapport à la quantité totale
tracteur, ne sont pas récupérés au-delà de cette de grains = (pertes totales de grains) x 100 /
distance. Les grains récupérés sont rapportés au (poids des grains obtenus + pertes totales de
périmètre entier de l’aire de battage. grains)
Pour mesurer le poids des grains qui sont
demeurés sur la paille après battage, toute la paille Détermination des pertes au cours du transfert des
issue du battage est récupérée, et les grains perdus sacs chez le commerçant (suivi des cargaisons)
sont minutieusement récupérés puis pesés. La détermination des pertes de grains au cours du
Pour la mesure des grains au vannage, c’est dans transfert des sacs de sorgho est faite en déduisant
une partie de la quantité de poussière issue du van- le poids des sacs à l’arrivée du poids de ces mêmes
nage que les grains perdus sont récupérés. Cette sacs au départ. Pour cela, un échantillon de sacs
quantité est rapportée au poids total de poussière a été identifié, numéroté et pesé au départ du
estimé sur l’aire de battage. lot. Ces mêmes sacs ont été pesés à l’arrivée au
La perte totale de grains au battage/vannage est magasin, afin d’observer une différence éventuelle
la somme des pertes au battage (grains projetés), de poids, suite au transfert, ce qui correspondrait
au vannage et dans la paille. Cette perte est ensuite à des pertes de grains au cours du trajet. Il est
comparée à la quantité de grains issue du battage également décrit les différentes observations faites
sur cette aire. au cours du transfert du lot, à savoir l’état des sacs
Les pertes sont calculées comme suit, pour une utilisés, l’état de la carrosserie du véhicule et de la
aire de battage donnée: route, la distance à parcourir, la manière de manu-
ƒƒ pertes totales de grains = pertes de grains au tentionner les sacs par le personnel au cours du
battage + perte de grains dans la poussière + chargement/déchargement, etc. Le nombre de sacs
pertes de grains dans la paille à retenir comme échantillon est retenu en fonction
98 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2

de la cargaison à transférer et cela selon les règles La superficie totale du champ est par la suite
en matière d’échantillonnage. mesurée par GPS. Le calcul du rendement à l’hec-
L’appareil de pesage utilisé est une bascule de tare est fait comme suit:
marque OHAUS, série SD 200L, de portée de
200 kg ± 100 g (sensibilité). Le suivi des cargaisons rendement sur 1 ha = production totale récoltée /
a porté seulement sur les pertes quantitatives; les superficie mesurée en ha
collecteurs procèdent au regroupement des petites
quantités achetées et font souvent un recondition- Détermination du taux de pertes par hectare à la
nement selon la destination des produits, ce qui ne récolte
facilite pas le suivi de la traçabilité du producteur La détermination des pertes par hectare est faite
au commerçant grossiste. i) soit par le carré d’estimation des pertes, ii) soit
par le glanage sur l’ensemble du champ quand la
pertes au transport par sac = poids du sac au récolte a déjà été faite par le producteur.
départ – poids du sac à l’arrivée À partir du carré d’estimation des pertes: Trois
carrés de 5 m x 5 m sont placés dans le champ de
Les pertes au cours du transfert du maïs et du manière représentative. Les épis récupérés après
niébé ont été estimées selon la même méthode. récolte sont ramassés dans chaque carré puis
égrenés, nettoyés et pesés avec une mesure de
Mesures des pertes après récolte du maïs l’humidité des grains. Ils constituent les pertes du
La détermination des PAR est faite en prenant en maïs à la récolte dans chaque carré. La moyenne
compte les paramètres suivants: des trois carrés de pertes est extrapolée à l’hectare.
Le calcul du pourcentage de pertes est le sui-
Détermination du rendement à l’hectare vant:
La superficie des champs a été mesurée par GPS. ƒƒ pertes sur 1 ha = (pertes au champ sur
L’évaluation du rendement a été faite i) à partir du 25 m² / 25 m²) x 10 000
carré de rendement ou ii) à partir de la production ƒƒ taux de pertes = pertes sur 1 ha x 100 / ren-
en maïs et de la superficie totale concernée. dement par ha
À partir du carré de rendement: Trois carrés
de 5 m x 5 m (25 m²) sont placés dans le champ La méthode du carré de rendement considère que
en suivant une des diagonales pour une représen- la récolte est faite sans pertes, correspondant alors
tativité du choix. Les épis issus d’un carré, sont au potentiel de production.
égrenés, nettoyés et pesés; ces grains constituent À partir de la quantité récoltée: La récolte
le rendement au champ sur une superficie de 25 des épis peut se faire directement sur pied ou en
m². Il est considéré que la quantité obtenue sur faisant d’abord des moyettes (tas) sur l’ensemble
cette superficie représente le potentiel de produc- du champ. Les épis sont par la suite collectés dans
tion, qui peut être compris comme la production les moyettes.
qui va être effectivement récoltée, plus les pertes. Après la récolte sur pied, trois carrés sont placés
Il est également tenu compte de la teneur en eau pour la détermination des pertes. La moyenne des
des grains. Une moyenne des trois (3) carrés pertes pour les trois carrés est alors déterminée et
de rendement est alors calculée et extrapolée à extrapolée à l’hectare. Ce poids de grains de maïs
l’hectare. représente les pertes de maïs sur un hectare.
Le calcul du rendement à l’hectare est fait Avec les moyettes, il est procédé au glanage des
comme suit: épis après leur collecte. Les épis sont alors égrenés
et pesés. Ce poids des grains représente les pertes
rendement sur 1 ha = (moyenne des rendements sur l’ensemble du champ. La perte par hectare
sur 3 carrés de 25 m² / 25 m²) x 10 000 m² est obtenue en tenant compte de la superficie de
l’ensemble du champ.
Dans le cas où le producteur a déjà procédé à la La détermination des pertes par hectare se fait
récolte, la quantité de maïs récoltée est pesée, et comme suit:
l’humidité des grains mesurée. La quantité pro- ƒƒ pour la récolte sur pied: pertes = (moyenne
duite par la récolte de l’ensemble du champ génère des pertes des carrés de 25  m²  /  25 m²) x
des pertes qui seront prises en compte dans la 10 000
détermination du taux de pertes par la suite.
99

PHOTO 2.3
Récolte du maïs sur pied, dans les moyettes et recherche de pertes au champ (dans les carrés de pertes)

Village de Farako-Bâ (Hauts-Bassins), Village de Dafinso (Hauts-Bassins), Village de Baré (Hauts-Bassins),


13 novembre 2016 13 novembre 2016 14 novembre 2016

©TAGNAN INOUSSA ALAIN ©THIO BOUMA ©DAO ABOUBACAR SIDIKI

PHOTO 2.4
ƒƒ pour la récolte en moyettes: pertes sur 1 ha Dispositif de détermination des pertes à l’égrenage
= pertes totales collectées / superficie du du maïs, village de Farako-Bâ (Hauts-Bassins), 7
champ en ha décembre 2016

Le taux de pertes par hectare est calculé comme


suit:
Pour la récolte sur pied:
ƒƒ taux de pertes = pertes sur 1 ha x 100/ (ren-
dement par ha + pertes sur 1 ha)

Pour la récolte en moyettes :


ƒƒ taux de pertes = (pertes sur 1 ha x 100 /
(rendement par ha + pertes sur 1 ha)
©DOULAYE DIANCOUMBA
Sur le terrain, dans le cas de la récolte avec les
moyettes, la récolte a été faite avant le passage
de l’équipe. Les pertes ont donc été ajoutées à la sont restés attachés. Ces grains nettoyés et pesés
quantité récoltée, pour avoir la quantité totale constituent une autre partie des pertes à l’égre-
issue du champ. nage. Enfin, le mélange de morceaux de rafles et
de grains sera vanné pour récupérer les grains qui
Détermination des pertes à l’égrenage s’y trouvent. Le reste sera jeté comme déchets. Ces
Une quantité (de 100 à 200 kg) d’épis de maïs déchets (poussière) seront fouillés pour y retirer le
est égrenée mécaniquement et cette opération est restant éventuel des grains qui constitue une autre
répétée 3 fois par les opérateurs de l’égreneuse partie des pertes à l’égrenage.
dans les conditions habituelles de travail. Les opé- Les pertes à l’égrenage sont constituées par les
rateurs placent au sol une bâche afin de récupérer grains projetés hors de la bâche (pertes 1), et ceux
les grains projetés par l’égreneuse. récupérés sur les rafles (pertes 2). Le taux de pertes
L’équipe a placé un film plastique après la à l’égrenage est calculé par rapport à la quantité
bâche de l’opérateur pour récupérer les grains totale de grains obtenue au cours de l’égrenage.
qui tomberaient en dehors de la bâche; ces grains Le calcul des pertes de maïs à l’égrenage se
tombés en dehors de la zone de récupération des résume comme suit:
opérateurs, sont considérés comme une partie ƒƒ taux de pertes à l’égrenage = (pertes 1 + pertes
des pertes au cours de l’opération d’égrenage. Un 2) x 100 / (poids du maïs égrené + pertes 1 +
ramassage manuel des grains se retrouvant au-delà pertes 2)
du film plastique a complété la récupération des
grains perdus. Détermination des pertes à la transformation
Les rafles issues de l’égrenage sont mises de Pour la production d’une farine conservable et
côté pour être utilisées comme combustibles. Ces commercialisable, le décorticage vise à débarrasser
rafles sont récupérées pour retirer les grains qui y le grain de son péricarpe et du germe, qui représente
100 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2

en général environ 17% de l’ensemble du grain. En résumé, les calculs utilisés sont les suivants:
Ainsi, la perte au cours de la transformation du ƒƒ pertes sur 1 ha = (pertes au champ sur
maïs en farine sera constituée de la part d’albumen 25 m² / 25 m²) x 10 000
qui sera mélangée aux sous-produits (péricarpe et ƒƒ taux de pertes = (pertes sur 1 ha) x 100 /
germe) normalement ôtés au cours des opérations (rendement3 par ha + pertes sur 1 ha)
de décorticage et de broyage. La perte en farine
correspond à la différence entre le poids des grains Détermination des pertes au battage/vannage
transformés et celui du produit fini obtenu, déduc- Un poids de gousse est battu avec un bâton sur
tion faite de la part du péricarpe et du germe qui un espace nettoyé sur lequel un film plastique est
sont sources des sous-produits, en tenant compte posé. Après battage, il est procédé au vannage.
de la teneur en eau des deux produits. Au cours du battage, des grains sont projetés
Sur la base de 100 kg de grains, les calculs sont au-delà de l’aire de battage. Par ailleurs, suite au
les suivants: vannage, les grains sont récupérés dans les résidus
ƒƒ perte optimale à la transformation = 100 kg x de vannage. Les grains propulsés hors de l’aire
0,17 = 17 kg de battage et ceux issus des résidus de vannage
sont alors pesés et constituent les pertes de cette
La perte totale en farine est de 100 kg – Y (en kg), opération. Le taux de pertes est déterminé par
Y% étant le rendement de transformation. rapport à la quantité de grains de niébé obtenue
ƒƒ perte effective en farine à la transformation = par le producteur.
100 kg – Y (en kg) – 17 kg (déduction faite du En résumé, les calculs utilisés sont les suivants: 
poids du germe et du péricarpe) ƒƒ pertes totales de grains = pertes au battage +
ƒƒ taux de pertes à la transformation = [100 kg pertes au vannage
– Y (en kg) – 17 kg] x 100 / poids des grains ƒƒ taux de pertes = (pertes totales de grains) x
au départ. 100 / (poids total des grains obtenus + pertes
totales de grains)
Détermination des pertes au cours du transfert des
sacs chez le commerçant (suivi des cargaisons) Détermination des pertes au cours du transfert des
La méthode de détermination des pertes est simi- sacs chez le commerçant (suivi des cargaisons)
laire à celle utilisée pour le sorgho. La méthode de détermination des pertes de niébé
au cours du transfert des sacs chez le commerçant
MESURES DES PERTES APRÈS RÉCOLTE est similaire à celle utilisée pour le maïs et le sorgho.
DE NIÉBÉ
Détermination du rendement à l’hectare ANALYSES AU LABORATOIRE
Comme la pose des carrés n’a pas pu se faire du Les analyses au laboratoire concernent principa-
fait des récoltes déjà réalisées lors du passage de lement:
l’équipe, une estimation du rendement est faite par ƒƒ le degré d’infestation des grains,
le pesage de l’ensemble des grains récoltés sur la ƒƒ le type de nuisible présent,
superficie du (de la) producteur/trice: ƒƒ le taux de grains endommagés,
ƒƒ la teneur en aflatoxines,
rendement par ha = quantité totale récoltée / ƒƒ le taux d’impuretés totales.
superficie mesurée en ha
Environ 60 échantillons, répartis comme suit, sont
Détermination des pertes à la récolte analysés:
Après le dernier passage dans le champ de niébé, il ƒƒ un échantillonnage (1 à la récolte, 1 à l’égre-
est placé trois carrés de 5 m x 5 m dans le champ, nage et 3 au stockage) à raison de trois
pour rechercher et récupérer les gousses qui n’ont producteurs/trices pour trois produits soit 45
pas été récoltées. Les gousses collectées dans échantillons;
chaque carré sont décortiquées, et les grains sont ƒƒ vingt échantillons pour les analyses spécifiques
nettoyés et pesés avec la mesure du taux d’humi- de qualité et pour la transformation du maïs.
dité. La moyenne du poids de ces grains sur un
carré de 25 m² représente les pertes à la récolte sur
la superficie concernée. Pour l’exploitation des
données, le niveau de ces pertes est ramené à l’hec- 3
Ici le rendement correspond à une production effective-
tare ou à la quantité totale de niébé du producteur ment mesurée, raison pour laquelle les pertes générées
qu’il a communiquée à l’équipe. lors de la récolte sont ajoutées.
101

Les laboratoires d’analyses déjà impliqués lors kinabé essentiellement agricole, occupe près de 86
de la première étude (DTA/IRSAT, Société % de la population active, en majorité des jeunes.
nationale de gestion des stocks de sécurité ali- Au regard de leur importance dans ledit secteur,
mentaire - SONAGESS) ont réalisé ces analyses. il est recommandé qu’ils deviennent un groupe
Pour l’analyse du taux d’aflatoxines sur le maïs, cible de l’étude afin d’apprécier leurs rôles dans
il est fait appel au laboratoire de l’Université de les PAR. La méthodologie s’inspire également
Ouagadougou. La méthode d’analyse utilisée est des enseignements tirés de la précédente étude et
la suivante: l’analyse physique est réalisée selon comporte essentiellement:
la Référence de l’Union européenne Ph. Eur. ƒƒ l’intégration de la problématique liée aux
7.2. et les aflatoxines totales sont déterminées jeunes dans les questionnaires utilisés dans la
selon les protocoles établis par l’Association des précédente étude;
chimistes analytiques officiels (16ème édition, ƒƒ la prise en compte des jeunes dans les échan-
AOAC International, Washington, DC, États- tillons de producteurs et de productrices;
Unis, 1999). ƒƒ la conduite simultanée de groupes de discus-
sions (ou focus groupes) masculins et fémi-
PRISE EN COMPTE DES nins évitant ainsi aux hommes de s’inviter
PROBLÉMATIQUES DE GENRE dans les focus groupes féminins;
ET LIÉES AUX JEUNES ƒƒ la collecte d’expériences existantes en termes
La méthodologie de prise en compte des inégalités de prise en compte du genre dans le domaine
entre les hommes et les femmes développée dans agricole ou dans d’autres secteurs au niveau
la précédente étude est élargie à la problématique des trois régions;
liée aux jeunes au cours de la réplication de l’étude, ƒƒ l‘identification de modèles endogènes de ges-
dans le but d’apporter une réponse à la recomman- tion égalitaire et équitable de foyers.
dation de l’atelier de validation. L’économie bur-
102

Analyse des problématiques liées au


genre et aux jeunes dans les chaînes
d’approvisionnement du sorgho, du maïs
et du niébé

LES JEUNES DANS LES POLITIQUES EN pour la période 2016-2019, afin d’accroitre l’im-
LIEN AVEC L’AGRICULTURE plication des femmes et des jeunes dans ses actions
La revue documentaire permet de noter l’existence (Henry et Toe, 2016).
d’une Politique nationale de la jeunesse au Burkina Au niveau de l’UPPA, les jeunes font partie
Faso, définie pour la période 2015-2024. Elle met également des cibles bénéficiaires privilégiés des
en exergue les acquis des politiques précédentes, projets et programmes. Même s’il n’existe pas de
mais également les problèmes auxquels la jeunesse groupements spécifiques de jeunes, ils sont pris en
reste toujours confrontée. Parmi ces problèmes, compte dans les actifs des exploitations agricoles
on peut citer: familiales.
ƒƒ la faible autonomisation des jeunes et les iné-
galités entre garçons et filles (environ 56 % RÉSULTATS DE L’ANALYSE DE GENRE
des jeunes occupés sont des aides familiaux EFFECTUÉE SUR LE TERRAIN
dont 53% sont des aides familiaux agricoles); Les focus groupes mixtes et féminins tenus en
ƒƒ la faible participation des jeunes au dévelop- 2015-2016 ont permis de déterminer les rôles
pement et aux instances de prise de décision des hommes, des femmes et des enfants dans les
(MJFPE, 2015). activités après récolte, les causes des pertes en lien
avec la problématique de genre, et de proposer des
En termes d’actions, la promotion de l’emploi des mesures en conséquence.
jeunes dans le secteur agro-sylvo-pastoral et inno- Les focus groupes masculins et féminins orga-
vant,  et le renforcement des capacités des jeunes nisés en 2017 confirment les différents rôles joués
pour une contribution positive à la vie politique par les hommes et les femmes, avec des variantes
et au niveau des sphères de prise de décisions, ont observées au niveau du sorgho et du maïs. La répli-
été retenus. cation de l’étude a été une opportunité pour mieux
Dans les trois régions couvertes, l’UPPA, comprendre les moyens utilisés pour maintenir ces
l’UGCPA et l’AFDR, dont les CAA sont concer- rôles différenciés selon le sexe, défavorables aux
nées par cette étude, prennent en compte les jeunes femmes la plupart du temps.
producteurs et productrices dans leurs démarches Les résultats présentés ci-dessous sont une
et programmes de développement. synthèse des focus groupes conduits en 2016-2017.
L’UGCPA a conduit des réflexions sur la relève Ils ne diffèrent pas fondamentalement de ceux
par les jeunes au sein de son réseau. Un pro- obtenus durant la campagne précédente.
gramme ciblant les problématiques de genre et
liées aux jeunes a été élaboré et est en cours d’exé- Au niveau décisionnel, quatre cas de figures sont
cution. En 2016, les instances de l’UGCPA étaient identifiés: (1) La prise de décision est du fait de
composées de 29% de femmes, 29% de jeunes et l’homme seul. Ce cas de figure est le plus domi-
42% d’hommes adultes. nant. Les femmes, principales actrices, sont dans
L’AFDR, dans son Centre de formation agri- un état d’attentisme. (2) La prise de décision est du
cole et artisanale de Tangaye, promeut la forma- fait de l’homme, en prenant en compte l’avis de la
tion agricole des jeunes filles et des jeunes garçons. femme («parfois», disent les femmes). (3) La prise
Les jeunes formés au sein de ce centre constituent de décision est du fait de la femme en tant que
un réseau de compétences pour le renforcement chef de ménage. Toutefois pour certaines activités
des activités de l’AFDR sur le terrain. L’AFDR a après récolte, cette décision est prise en concer-
élaboré sa «politique d’égalité femmes/hommes» tation avec les hommes qui doivent intervenir
103

dans certaines sous-opérations. Elles ne peuvent maïs par exemple) l’analyse comparative du temps
prendre les décisions et s’imposer aux hommes de travail de l’opération reste défavorable aux
comme ceux-ci le font dans le cadre familial. (4) femmes responsables des sous-opérations comme
La prise de décision est du fait des femmes, quand le transport des épis pour l’égrenage, le vannage
la quasi-totalité de la gestion du foyer leur est des résidus, etc.
imposée du fait de la «démission» des conjoints de
leurs responsabilités. CAUSES DES PERTES APRÈS RÉCOLTE
Au niveau de l’accès aux ressources: les femmes ont EN LIEN AVEC LES PROBLÉMATIQUES
un accès aux ressources (stock d’aliments, connais- DE GENRE ET LIÉES AUX JEUNES
sances, technologies…) presque proportionnel à Comme en 2015-2016, la réplication ne permet
leur niveau d’intégration aux prises de décisions. pas de dégager une corrélation évidente entre sexe
À titre illustratif, une femme a demandé à son mari et taux de pertes. Le même constat est observé au
l’autorisation de se rendre à une réunion profes- niveau des jeunes. Toutefois, il est aisé de penser
sionnelle, et s’est heurtée à son refus, prétextant que certaines situations de fait constituent des
qu’il ne veut pas la voir écrasée accidentellement entraves à une gestion efficace des activités après
en cours de route. En définitive, elle a pu parti- récolte:
ciper à ladite rencontre, qui s’est tenue dans sa ƒƒ Les prises de décision unilatérales des
ville de résidence, grâce à l’intervention de son hommes sur les tâches après récolte  ne per-
employeuse. mettent pas de tenir compte des retours d’ex-
Au niveau du contrôle des stocks agricoles: dans le périences de terrain des femmes. Si cela était
domaine de l’après récolte, la gestion des stocks le cas, cela pourrait permettre d’exécuter une
constitue un enjeu de taille dans le foyer. La activité à une meilleure période (la récolte par
distribution des rôles dans les activités agricoles exemple), ou d’utiliser les revenus financiers
confère aux femmes une plus grande responsabi- de façon plus appropriée.
lité. En dépit de ces rôles importants, les femmes ƒƒ La non prise en compte des jeunes dans
pour la plupart du temps, n’ont pas d’emprise les décisions constitue également des pertes
sur la gestion des stocks d’aliments et ignorent d’opportunités pour les activités agricoles,
la destination finale des revenus provenant des donc pour les activités après récolte.
ventes de ces produits agricoles. Sur les sept focus ƒƒ Le peu d’accès ou de contrôle sur les res-
groupes féminins organisés dans les trois régions, sources constitue des manques d’opportu-
les femmes de quatre focus groupes sont unanimes nités pour les femmes et les hommes et
sur l’absence de contrôle. Les femmes d’un focus démotive les femmes dans leurs activités.
groupe reconnaissent contrôler les stocks parce ƒƒ La charge de travail élevée des femmes influe
qu’elles sont seules à conduire l’essentiel des acti- sur l’exécution des activités à bonne date,
vités agricoles. Les femmes de deux focus groupes quantitativement et qualitativement, avec en
n’ont pas de position tranchée. l’occurrence l’application des bonnes pra-
Au niveau de la charge de travail: les producteurs tiques.
et productrices produisent simultanément plu-
sieurs cultures au cours de la même campagne. SOURCE DES INÉGALITÉS ET
La charge de travail est alors élevée pour tous, STRATÉGIES DE PERPÉTUATION
notamment pour les femmes qui doivent générale- Us et coutumes: Les us et coutumes burkinabés
ment faire face à une triple charge, avec les activités confèrent à l’homme le rôle de chef de famille.
familiales, personnelles et agricoles. En sus des Aussi, certains entendent l’exercer de façon abso-
rôles agricoles «traditionnels» des femmes, ceux lue afin de corroborer ce proverbe moaga4 qui dit
dévolus aux hommes sont en train d’être délaissés que «quelle que soit la stature de la femme, elle
au profit des femmes et des enfants. Les femmes ne dirige jamais le foyer». Pour ce faire, des règles
fustigent de tels comportements et qualifient de gouvernance sont érigées ou des stratégies sont
de «futiles» les occupations de substitution des développées par l’homme pour asseoir son autorité
hommes: réunions, marchés, promenades de vil- et faire valoir cette «norme» sociétale défavorable
lage en village, etc. L’absence de technologie, pour à la femme et parfois même à l’homme.
les activités d’après récolte relevant de la responsa-
bilité des femmes, est un autre facteur qui aggrave
la charge de travail des femmes. Même dans le cas 4
Les moagas sont une des trois ethnies majoritaires du
de l’existence d’une technologie (égreneuse de Burkina Faso.
104 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2

Absence de transparence  dans les rapports: Au alimentaire qui s’en est suivie a affecté davantage
nom des traditions, la société burkinabé attend les femmes. Elles se sont retrouvées seules à s’oc-
de l’homme des résultats qu’il n’est pas toujours cuper de la satisfaction des besoins alimentaires de
à même d’atteindre. «Être incapable de faire face la famille. Cet échec a convaincu les femmes que
aux besoins de sa famille» est mal vu par la société les hommes ne vont jamais changer. Elles se sont
burkinabé, et mal vécu par l’homme. Il est alors résolues alors à chercher des solutions pour mieux
obligé d’user de stratagèmes pour rester conforme assumer leurs responsabilités.
à cette valeur. Par exemple, au nom de l’honneur, L’étude précédente enregistre également des atti-
un homme peut emprunter en cachette des céréales tudes similaires, en réponse à des situations d’inéga-
pour subvenir au besoin de sa famille, le rembour- lité: refus de récolter le niébé, entretien de champs
sement devant se faire au moment de la prochaine personnels au détriment des champs familiaux, etc.
récolte. La sortie de tels sacs ne peut être expliquée Des attitudes de désarroi, de fatalité, de révolte,
à la famille, ni à la femme, qui développe alors des de soulagement (opportunité d’expression), de
suspicions, comme nous ont confié les hommes mutisme (peur de ce que dira cette femme, ori-
d’un focus groupe mixte. ginaire de la famille de mon mari), des vœux de
Sous-estimation de la contribution sociale et écono- changement au moins pour leurs progénitures
mique de la femme: Par exemple, les hommes esti- sont observés au cours de ces focus groupes.
ment qu’en termes de charge de travail, l’homme
est plutôt à plaindre: «l’homme commence les Contraintes et leçons apprises
travaux champêtres très tôt, tandis que la femme La tenue simultanée de focus groupes masculins et
traine à la maison, fait la cuisine et rejoint tardi- féminins sécurise les femmes, qui, de ce fait, sont
vement le champ; les hommes les trouvent ainsi beaucoup plus loquaces. En effet durant l’étude
oisives». précédente, il était impossible d’avoir des focus
Limitation du pouvoir économique de la femme: groupes composés uniquement de femmes, tant
Une femme avec une assise financière est sys- que les hommes n’étaient pas occupés par ailleurs.
tématiquement présentée comme une libertine, Deux raisons sont invoquées pour favoriser le
ce qui est mal vu par la société burkinabé. Alors maintien des inégalités entre les hommes et les
se développe une certaine phobie du pouvoir femmes: (1) «L’amour maternel», avec l’expression
économique de la femme qui doit faire face à des «c’est à cause de mes enfants que j’accepte cette
comportements tendant à restreindre sa liberté situation» est revenue souvent dans les causeries;
d’entreprendre ou même à l’en priver. Par exemple, (2) une volonté de respect de ces normes de valeur
les femmes d’un focus groupe ont témoigné de sociétales par certaines femmes se résume par l’ex-
l’interdiction qui leur est faite de cultiver le maïs, pression d’un focus groupe de l’étude précédente:
sous prétexte d’éviter des conflits d’intérêts. «En tant que femme, il faut travailler à ce qu’il y
Développement de pressions sur les femmes: Selon ait l’entente entre toi et ton mari».
celles-ci, si des comportements de résistance ou Dans ces groupes de discussions, apparait
contraires à l’ordre établi sont perçus ou pres- la difficulté d’identifier des exemples de foyers
sentis, par les hommes, ceux-ci développent des modèles, en termes d’égalité, d’équité de genre,
méthodes de dissuasion: diminution des dotations afin de les proposer en tant qu’«ambassadeurs»
alimentaires journalières, ou abandon aux femmes endogènes de la thématique.  Le seul témoignage
de la charge de tous les besoins quotidiens sco- obtenu est celui d’une transformatrice qui s’est
laires des enfants par exemple. réjouit du soutien permanent reçu de la part son
époux pour la gestion de son unité artisanale.
RÉACTIONS DES FEMMES FACE AUX Le mutisme des jeunes femmes lors de la tenue
RAPPORTS INÉGAUX HOMMES- des focus groupes féminins ne permet pas d’appré-
FEMMES hender leurs problèmes spécifiques.
Des réactions sporadiques de rébellion sont rap- La non tenue de focus groupes de jeunes, à
portées, au cours des focus groupes féminins: à cause de la limitation de temps de terrain, ne per-
titre illustratif, les femmes d’un village ont estimé met pas d’appréhender toute la problématique liée
que leurs hommes s’occupaient peu des travaux aux jeunes dans les PAR.
champêtres. En guise de réaction à cette défection, Les jeunes (femmes comme hommes) assistent
elles ont refusé de conduire les activités agricoles aux rencontres en tant qu’observateurs plutôt que
du maïs au cours d’une année afin de contraindre participants. Cette situation est résumée dans la
leurs maris à plus de responsabilité. La pénurie politique nationale pour les jeunes en ces termes:
105

«Les aînés ne permettent pas aux jeunes de s’expri- ƒƒ Des indicateurs de suivi sexo-spécifiques et
mer. Quand tu veux dire la vérité, ils disent que tu sur les jeunes dans le système de suivi-évalua-
ne les respectes pas». tion  des programmes de réduction des PAR
Mesures pour la prise en compte du genre et des sont prévus.
jeunes dans les stratégies de réduction des pertes ƒƒ Au moment de l’élaboration des politiques
après récolte et des programmes de réduction des PAR,
ƒƒ Les causes liées aux problématiques de deux principes sont pris en compte:  (1) la
genre  et liés aux  jeunes et leurs effets sur réduction des inégalités de genre, liées aux
les hommes, les femmes, les jeunes, l’en- jeunes  ou leur non aggravation; (2) le main-
semble de la famille font partie du contenu tien du niveau économique des femmes et
proposé pour les activités de renforcement des jeunes, et mieux, l’augmentation de leur
des compétences: information, formation, pouvoir économique.
sensibilisation.
ƒƒ Les catégories sociales, hommes, femmes et Stratégies proposées
jeunes sont prévues de façon explicite dans le Les stratégies proposées sont les suivantes:
public cible bénéficiaire des mesures. ƒƒ le développement de partenariat entre le
ƒƒ Les situations spécifiques des femmes, des Ministère en charge de l’agriculture et de
jeunes femmes, des jeunes en général sont à la sécurité alimentaire et les organisations
prendre en compte au moment de la planifi- locales expérimentées en matière de prise en
cation, de l’opérationnalisation des activités compte du genre, des jeunes, pour la conduite
de renforcement des capacités; ainsi que le des activités de renforcement de capacité;
calendrier de travail journalier des femmes, ƒƒ la promotion de synergies d’actions entre
les endroits ou activités opportunes pour le programme de réduction des pertes et
toucher les jeunes, les femmes allaitantes, et d’autres programmes, pour résoudre cer-
la prise de parole des femmes…  taines causes de pertes comme le manque
ƒƒ L’opérationnalisation de la promotion des d’eau et pour maintenir ou augmenter le
technologies de réduction des PAR pren- pouvoir économique des femmes ou des
dra en compte les besoins spécifiques des jeunes menacés par l’adoption des nouvelles
hommes, des femmes, et des jeunes. technologies.
107

Chapitre 4
Le sorgho dans la région de la Boucle du
Mouhoun

LA CHAÎNE D’APPROVISIONNEMENT Description de la chaîne


DU SORGHO d’approvisionnement du sorgho
Le sorgho est la principale culture céréalière du Informations de base sur la chaîne
Burkina Faso. Il est cultivé particulièrement dans la d’approvisionnement alimentaire
Boucle du Mouhoun où il vient en deuxième rang au cours de cette campagne, seule la chaîne d’ap-
après le mil sur la base des superficies emblavées provisionnement de l’Union des groupements de
pour les céréales. Au cours de la campagne agri- commercialisation de produits agricoles (UGCPA)
cole 2016-2017, une superficie d’environ 258  842 a été suivie dans la Boucle du Mouhoun. L’UG-
ha a été emblavée en sorgho blanc et rouge, soit CPA est présente dans la région de la Boucle du
39% des superficies couvertes par les céréales Mouhoun où elle pratique la commercialisation
dans cette région. La production de la campagne des céréales sèches (maïs, mil, sorgho) et du niébé.
2016-2017 a été estimée à 262 860 tonnes. Malgré C’est le surplus de la production de ses membres
cette performance, la production de sorgho est en qui est commercialisé.
baisse dans cette région, particulièrement pour le Les variétés de sorgho utilisées par l’échantillon
sorgho rouge. de producteurs/trices dans la région de la Boucle
La transformation du sorgho dans la Boucle du du Mouhoun sont des variétés améliorées et des
Mouhoun est relativement inexistante en dehors variétés locales de sorgho rouge ou blanc (Fla-
de la fabrication de la bière locale (le dolo), assurée gnon, Wêêpoa, Wêêmouna, Kapelga). Les plants
par les femmes, en tant qu’activité génératrice de atteignent une hauteur variant de 3 à 6 mètres.
revenus. Le sorgho collecté dans les différentes com-
La filière sorgho, comme les autres céréales munes de la région est acheminé dans les magasins
sèches (maïs, mil, fonio) est structurée au niveau de regroupement où la vérification du poids de
national autour du Comité interprofessionnel des chaque sac et de la qualité des grains est faite. Les
céréales du Burkina (CIC-B). Le tableau 2.1 donne infrastructures de stockage de l’UGCPA ont une
quelques informations sur la production de sorgho capacité de près de 6 000 tonnes.
au niveau national. La présentation de la CAA de l’UGCPA est
fournie dans les tableaux 2.3 et 2.4.

TABLEAU 2.1
Production de sorgho blanc et rouge pour la campagne 2016-2017
Production annuelle Rendement moyen
Surface cultivée (ha)
(tonnes/an) (kg/ha)

Matière première 1 663 844 1 734 170 959

Taux moyen d’accroissement annuel sur les 5


-16% -19% *
dernières années (%)

Source: DGESS agriculture, service des statistiques agricoles, 2017.


* Le taux moyen d’accroissement annuel sur les cinq dernières années est de -16% pour le sorgho blanc et de -22% pour le sorgho rouge,
en surface cultivée.
108 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2

TABLEAU 2.2
Mécanismes de gestion de la sécurité sanitaire des aliments au Burkina Faso
Contrôleur Contrôle Situation réelle dans la CAA Agent responsable

Existe et s’applique à toute la CAA Niveau


Agence Burkinabé de
Normes nationales de
Existe mais n’est pas Normalisation, de la
sécurité sanitaire/qualité x
rigoureusement appliquée Métrologie et de la
des aliments
Qualité (ABNORM)
N’existe pas X

Récolte Aucun
Réglementations Transport Faible Laboratoire national
et exigences Fréquence des contrôles de santé publique
gouvernementales (Aucun, Faible, Moyen, Stockage Moyen (LNSP) + Département
Élevé) technologie alimentaire
Transformation Faible (DTA) de l’IRSAT

Marché/commercialisation Moyen

Inscription obligatoire de Existe x


Ministère du commerce,
l’unité de préparation/
de l’industrie et de
transformation des
N’existe pas l’artisanat (MCIA)
aliments

Acteurs de la BPH/BPA/HACCP/normes
x Responsable qualité
CAA - volontaires
Système de
gestion de la Identification des dangers
sécurité sanitaire potentiels
des aliments

Source: résultats de l’analyse préliminaire réalisée en octobre 2015.

TABLEAU 2.3
La chaîne d’approvisionnement de l’Union des groupements de commercialisation de produits agricoles (région de
la Boucle du Mouhoun)
Nombre/ Marchés des Projets
Chaîne Zone de Volume (tonnes
Produit fini sexe* de petits produits d’appui en
d’approvisionnement production en 2016)
producteurs finis cours

SONAGESS,
Boucle du Sorgho
UGCPA 576,3 412 PAM, Ets PAM, IFDC
Mouhoun grain
TERA

Source: résultats de l’analyse préliminaire et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
*La liste des producteurs n’a pas été communiquée en prenant en compte le genre.

TABLEAU 2.4
Importance économique de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des groupements de commercialisation de
produits agricoles (région de la Boucle du Mouhoun)
Importance économique Contribution à la génération
Chaîne d’approvisionnement Emplois générés
(FCFA) de revenus pour les acteurs

UGCPA 86 400 000 412 209 708

Source: résultats de l’analyse préliminaire et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017. (Taux de
conversion: 1 USD = 662 FCFA)

Description detaillée de la chaîne les récoltes interviennent au cours des mois de


d’approvisionnement alimentaire de l’union des novembre et décembre dépendamment du cycle
groupements de commercialisation de produits de la variété mais surtout suivant l’organisation
agricoles de l’exploitant qui peut être engagé sur d’autres
la production primaire est réalisée par les pro- activités à la même période.
ducteurs membres de l’Union dans les villages. Le premier traitement du sorgho après la récolte
Elle se fait en général à partir du mois de mai et est le séchage. Après la coupe, les panicules sont
Chapitre 4 – Le sorgho dans la région de la Boucle du Mouhoun 109

TABLEAU 2.5
Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des groupements de commercialisation de
produits agricoles (région de la Boucle du Mouhoun)*
Mois de l’année Quantité
Étapes de la Produits par Sous- Durée/
Lieu géographique
CAA principaux producteur produits distance
de à (tonnes)

Production sorgho
Tankuy mai novembre 2 néant 5 mois
primaire (pieds)

sorgho
Récolte Tankuy novembre 2 néant 2 semaines
panicules

Manutention sorgho
Tankuy janvier 1,8 néant
après récolte grains

sorgho 3 mois/80
Stockage Dédougou janvier avril 1,5 néant
grains km

sorgho
Transport Dédougou janvier avril 1,3 néant
grains

Ventes aux sorgho


Dédougou janvier avril 1,2 néant 80 km
marchés grains

sorgho
Transformation néant néant néant néant
grains

sorgho
Stockage Dédougou janvier avril 1 néant
grains

Ouagadougou/ sorgho
Transport janvier avril 1 néant 230 km
Ouahigouya grains

Ouagadougou/ sorgho
Vente en gros janvier avril 1 néant
Ouahigouya grains

sorgho
Vente au détail Ouagadougou janvier avril néant
grains

Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
*Les produits principaux sont les mêmes dans la chaîne de l’UGCPA et la chaîne classique, et bien souvent les coûts unitaires ne varient pas
sur une même période dans la même zone. Les instruments de référence sont les prix du SIM.

pré-séchées dans le champ en petits tas exposés au vannage puis du conditionnement et du transport
soleil toute la journée. Les petits tas de panicules vers les lieux de stockage généralement dans les
sont ensuite regroupés en fin de journée en un maisons d’habitation pour une grande partie des
tas plus grand qui est laissé au soleil une à deux producteurs qui ne disposent pas de magasins.
semaines avant le battage ou avant d’être acheminé Chez certains producteurs/trices, les panicules
pour le stockage dans un grenier. sont transportées et stockées dans des greniers
Les panicules de sorgho sont séchées sur une généralement en terre.
terrasse quand elle est disponible, ou sur un espace Une partie de la production est utilisée pour
nettoyé à cette fin. Une bâche ou un film plastique l’alimentation du ménage tandis que l’autre partie
peut être placé au sol pour le séchage. Peu de pro- est affectée à la vente. L’UGCPA procède à l’enlè-
ducteurs/trices disposent de bâches et souvent, le vement de la quantité mise en vente, qui est stoc-
séchage est fait à même le sol. La bâche permet de kée dans ses magasins de regroupement. Le sorgho
protéger les panicules des dégâts occasionnés par collecté est à nouveau nettoyé, traité, recondi-
les fourmis et les termites, de couvrir les produits tionné et emmagasiné en attendant son transport
en cours de séchage et d’éviter la reprise d’humi- chez les acheteurs, qui sont soit des commerçants
dité avec les pluies tardives de fin de campagne. Le grossistes soit des institutions comme le PAM et
séchage est une étape fondamentale pour la suite la SONAGESS.
du stockage du sorgho.
Dans la région de la Boucle du Mouhoun, le Genre et activité après récolte du sorgho
battage est effectué en grande partie à l’aide d’un Le tableau 2.6 permet de décrire les rôles des
tracteur qui passe sur le tas de panicules étalées hommes, des femmes et des jeunes dans la conduite
(parfois sur une bâche). Le battage est suivi du des opérations agricoles notamment dans les acti-
TABLEAU 2.6
110

Rôle des hommes, des femmes et des jeunes dans les opérations après récolte du sorgho (région de la Boucle du Mouhoun)
Implication des femmes Implication des hommes Groupes sociaux
Niveau
principalement Genre / typologie sociale
d’organisation
impliqués Observations et remarques qui expliquent les qualificatifs
Femmes Hommes des acteurs de
Étapes de la Filles Garçons (femmes, choisis et/ou informations supplémentaires
adultes adultes la CAA*
CAA hommes, jeunes)

Qualificatif** Qualificatif Qualificatif Qualificatif

Labour, semis, sarclage, buttage par les hommes, les femmes et


femmes, ménages,
Production 2 2 2 2 les jeunes. Les outils utilisés sont la daba, parfois la charrue ou
hommes, jeunes groupe
quelques fois le tracteur pour certaines opérations.

(1) Coupe des pieds par les hommes, spécifiquement les jeunes.
(2) Coupe des panicules par les femmes et mise en petits tas
ménages, (sauf à Moukouna où cette opération est effectuée par des
femmes, groupe de hommes) (3) Ramassage des petits tas et transport pour le gros
Récolte 1 1 1 1
hommes, jeunes femmes ou de tas par les femmes.
jeunes
Haches, couteaux, plats, et paniers sont utilisés pour ces
différentes sous-opérations.

(1) Séchage par l’ensemble de la famille, battage avec des


bâtons par l’homme ou avec un tracteur par un opérateur
ménages, (beaucoup usité) (2) Vannage et tri manuels (3) Ensachage par
Manutention femmes, groupe, les femmes (4) Transport avec des charrettes, des tricycles pour
1 1 2 2
après récolte hommes, jeunes opérateur stockage par les hommes, en particulier les jeunes.
privé
Les activités dévolues aux hommes ont connu une évolution
technologique par rapport à celles des femmes.

Le stockage est assuré par les membres de la famille; mais la


femmes, responsabilité de gestion incombe à l’homme. Le stockage en
Stockage 1 1 2 2 ménages
hommes panicules se fait dans des greniers en terre battue, ou dans des
sacs à l’intérieur des magasins (pour le stockage en grains).

Le transport du domicile au marché est assuré principalement


Transport 2 2 homme individuel
par les hommes à l’aide de vélos, de charrettes ou de tricycles.

Ventes aux
homme individuel La vente est assurée principalement par l’homme.
marchés

Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
*
Les niveaux d’organisation sont par exemple, le niveau individuel, les ménages, la coopérative.
**
Les qualificatifs des équipements, des conditions, de l’accès aux services et à la formation sont les suivants: 4: excellent, 3: bon, 2: moyen, 1: mauvais.
Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
Chapitre 4 – Le sorgho dans la région de la Boucle du Mouhoun 111

vités après récolte et donne une appréciation qua- que leur surplus de production est collecté et
litative des outils utilisés. Chaque étape de la CAA commercialisé en fonction des opportunités qui se
est subdivisée en sous-opérations dont l’exécution présentent.
incombe à l’un ou à plusieurs des trois groupes
sociaux susnommés. On note que les jeunes inter- Maillon commercialisation 
viennent principalement dans les sous-opérations Le sorgho est acheté à un prix de base déterminé
nécessitant beaucoup d’effort physique. À titre et fixé au début de chaque campagne agricole. Le
d’exemple, les jeunes sont sollicités dans la coupe produit enlevé à la fin de la récolte est acheminé
des tiges, le battage manuel et le transfert des sacs. dans les magasins de regroupement dans lesquels
la vérification de la quantité et de la qualité des
La commercialisation du sorgho dans la grains collectés est faite. À son siège, l’UGC-
chaîne d’approvisionnement PA dispose d’infrastructures d’une capacité de
Dans la Boucle du Mouhoun, les commerçants stockage de près de 6 000 tonnes. Les quantités
grossistes classiques de céréales disposent d’un collectées auprès des membres de l’Union sont
réseau de collecteurs/trices de sorgho qui s’ap- traitées (nettoyage et reconditionnement) pour
provisionnent dans les marchés des villages et être placées auprès des institutions demandeuses
des communes avoisinantes. Ils sont aussi appro- ou auprès de commerçants grossistes. Au terme du
visionnés par des commerçants demi-grossistes5 processus de mise en vente, l’Union détermine des
localisés dans les communes rurales. ristournes à reverser aux membres contributeurs.
En dehors de quelques grands commerçants La synthèse du diagramme de flux de la chaîne
de la place, le grossiste ne dispose pas de grandes d’approvisionnement du sorgho de l’UGCPA
capacités de stockage. En début de période de (Boucle du Mouhoun) est présentée à la figure 2.1.
commercialisation du sorgho, le grossiste collecte
le produit en vue de satisfaire les commandes. Le Pertes présumées dans la chaîne
grossiste de céréales assure une rotation rapide d’approvisionnement alim entaire du sorgho
de son stock en début de période et minimise les Le tableau 2.7 présente l’importance des pertes
risques de conservation du produit à long terme. alimentaires selon la perception des acteurs/trices
Le temps de collecte et d’acheminement du pro- rencontrés au cours des entretiens semi-structurés.
duit au client ne dépasse pas un mois. La collecte
réalisée un peu plus tard est conservée pour être
vendue pendant la période de soudure avec une Les points critiques de pertes identifiés en 2017
plus-value. au niveau de la Boucle du Mouhoun sont (tels que
L’UGCPA a pour mission de commercialiser le perçus par les acteurs interrogés): la récolte (abat-
surplus de production de céréales de ses membres, tage des plants), le transport des panicules à domi-
après avoir déduit les besoins de consommation cile (localité de Moukouna), le battage (tracteur
de ceux-ci. montant sur le tas des panicules ou battage sur le
sol), le prélèvement des panicules dans le grenier
Maillon production  pour le battage, le stockage chez le collecteur, le
Les producteurs membres de l’UGCPA béné- transport et le stockage chez le grossiste. Il n’existe
ficient de renforcement de capacités dans les donc pas de différence avec les données collectées
domaines de l’intensification de la production, en 2015-2016.
de la gestion de leur exploitation, et aussi, dans
la réduction des PAR. C’est dans cette démarche
Évaluation environnementale
La région de la Boucle du Mouhoun est la plus
grande des régions du pays et couvre six provinces
5
Le commerçant demi-grossiste est un intermédiaire sur les 45 que compte le pays. Sa partie la plus
entre le grossiste et le détaillant. Il traite des quantités
allant de quelques dizaines de sacs à une cinquantaine,
au sud, avec la province du Mouhoun (zone de
voire une centaine de tonnes de céréales. Ces acteurs l’étude de réplication), bénéficie de conditions
sont localisés aussi bien dans les zones de production pédoclimatiques favorables comparées aux pro-
que dans les zones de consommation. Dans les zones vinces du nord. La province du Mouhoun est à
de collecte, il dispose de magasins pour le stockage du
produit de sa collecte en vue de la vente aux grossistes.
cheval entre un climat soudano-guinéen et un
Dans les zones de consommation, le demi-grossiste s’ap- climat soudano-sahélien plus sec.
provisionne auprès du grossiste.
112 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2

FIGURE 2.1
Diagramme de flux de la chaîne d’approvisionnement du sorgho de l’Union des groupements de
commercialisation de produits agricoles dans la Boucle du Mouhoun

Récolte

Transport des épis Mise en tas des épis


à domicile

Stockage au Séchage des épis


grenier Sur aire au champ

Prélèvement au Battage
grenier (bâton/tracteur)

Battage
Vannage
au bâton

Vannage Conditionnement

Transport

Stockage
Stockage à domicile
Magasin de regroupement

Contrôle qualité
Transport au marché
et poids

Stockage Stockage
Collecteur Magasin central

Transport Nettoyage
chez grossiste (selon marché)

Stockage Stockage
Grossiste Institutions

La région de la Boucle du Mouhoun est la Les opérations culturales (défrichage, semis,


première en production de sorgho, avec 262  864 sarclo-binage et récolte) sont réalisées à l’aide
tonnes sur un total de 1 663 844 tonnes en 2016- d’équipements rudimentaires (essentiellement la
2017, soit 15,8% de la production nationale. La daba). Néanmoins, la charrue ou quelque fois
production de sorgho se fait sur de petites super- le tracteur sont utilisés pour certaines opérations
ficies, de 0,5 à 2 ha en moyenne, et se pratique comme les labours, les sarclages, et quelques fois
généralement en période d’hivernage (de juin à le buttage dans le cas d’exploitations agricoles plus
octobre) car elle utilise l’eau de pluie comme seule grandes. Les exploitations agricoles de sorgho
source d’alimentation en eau. La culture du sorgho utilisent l’engrais minéral à très faible dose, com-
est réalisée en monoculture ou en association avec parativement à certaines cultures comme le coton
le niébé ou le maïs. ou le maïs.
TABLEAU 2.7
Perception des points critiques de pertes de sorgho selon les acteurs dans la Boucle du Mouhoun
Importance des différentes opérations en termes de pertes de sorgho

Non importantes Importantes Très importantes


Opérations Observations
Pertes Pertes Pertes Pertes Pertes Pertes
quantitatives qualitatives quantitatives qualitatives quantitatives qualitatives

ƒƒ Pertes liées au degré de séchage des grains et à


l’heure de récolte dans la journée, au dépôt brutal
Récolte x x des tiges coupées
ƒƒ Grains éparpillés

Mise en tas des


x x
panicules

Séchage des panicules


x x
au champ

Transport des
x x
panicules à domicile

Prélèvement du
x x
grenier

ƒƒ Pertes qualitatives importantes quand le tracteur


monte sur les grains pour les détacher des
panicules et le battage au sol
Chapitre 4 – Le sorgho dans la région de la Boucle du Mouhoun

Battage x x
ƒƒ Grains éparpillés
ƒƒ Résidus contenant des grains

Vannage x x

Mise en sacs x x

Stockage au magasin
x x Les sacs utilisés sont de bonne qualité
de regroupement

Stockage au magasin
x x
central

Stockage au domicile
x x
du producteur

Stockage chez le
x Utilisation de sacs en mauvais état
collecteur

Transport chez le
x Grains éparpillés et versés à partir des sacs percés
grossiste

Stockage chez le
113

x Action des prédateurs : rongeurs, insectes


grossiste

Source: résultats de l’analyse préliminaire et de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
114 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2

Le stockage du sorgho en panicules n’est pas village soit un total de six producteurs/trices.
très fréquent dans les villages suivis6 dans le cadre Dans la commune d’Ouarkoye, l’étude est mise
de cette seconde étude. Il est plutôt réalisé dans en œuvre dans les villages de Poundou (3 pro-
des greniers en terre. Les grains de sorgho sont ducteurs/trices), Bekuy (2 producteurs/trices) et
généralement conservés en sacs. L’utilisation de Kamako (1 producteur), soit également six pro-
moyens modernes de stockage, comme les silos ducteurs/trices. L’augmentation de l’échantillon
métalliques, les sacs à triple fonds et les magasins de 6 à 12 (8 hommes dont 4 jeunes, et 4 femmes
de stockage (communautaires), est de plus en plus dont 3 jeunes) permet d’élargir le champ d’investi-
vulgarisée. Les stocks de sorgho ne sont pas traités gation et la prise en compte des problématiques de
dans les greniers, mais ils le sont dans les magasins genre et liées aux jeunes.
modernes. La revue documentaire, les avis des personnes
Le moyen de transport privilégié est la charrette ressources rencontrées, et les échanges avec les
asine. De plus en plus de ménages font appel groupes de discussion de producteurs/trices per-
aux motos tricycles à essence pour le transfert mettent d’identifier les points critiques de pertes,
des récoltes (panicules ou grains) des champs présentés comme suit.
vers les lieux de stockage. Les camions diesels
sont essentiellement utilisés pour le transport des Pertes quantitatives du sorgho à la récolte
quantités collectées des marchés des localités vers Les niveaux de pertes quantitatives sont estimés
les marchés des grands centres urbains. aux étapes: de l’abattage des plants à la récolte, du
La commercialisation du sorgho est faite au battage/vannage et du transport des sacs chez le
moyen d’unités de mesure locales (yoruba7, boîte commerçant.
de tomate, tine8, etc.), puis en sacs de 100 kg en
polypropylène. L’utilisation des bascules inter- Pertes à la récolte
vient bien souvent dans le cadre de transactions La récolte du sorgho commence par l’abattage des
beaucoup plus formelles comme les achats insti- plants à l’aide de la daba ou de la machette, suivie
tutionnels. de la coupe des panicules avec le couteau.
Les pertes à l’abattage du sorgho sont com-
LES PERTES APRÈS RECOLTE DANS LA prises entre 54,4 et 126,8 kg par hectare pour un
CHAÎNE D’APPROVISIONNEMENT DU taux moyen de pertes de 6,7% dans la commune
SORGHO de Bondokuy; les pertes à l’abattage du sorgho
Résultats d’évaluation des pertes ont varié entre 19,1 et 77,6 kg par hectare pour un
quantitatives taux moyen de pertes de 3,8% dans la commune
La réplication de l’étude portant sur les PAR d’Ouarkoye.
du sorgho est conduite au cours de la campagne
agricole 2016-2017 dans deux communes de la
région de la Boucle du Mouhoun avec pour chef- Au cours de la réplication de l’étude (campagne
lieu Dédougou, située à 230 km de Ouagadougou agricole 2016-2017), le taux moyen de pertes à
la capitale. Les communes d’Ouarkoye et de la récolte du sorgho est estimé à 5,3% contre un
Bondokuy sont situées respectivement à 45 et 80 taux moyen de 5,4% en 2015-2016. Les données
km de Dédougou. collectées portant sur les pertes à la récolte à
Dans la commune de Bondokuy, l’étude est l’abattage des plants dans la région de la Boucle
conduite dans les villages de Moukouna et de du Mouhoun pour la réplication de l’étude sont
Tankuy et concerne trois producteurs/trices par présentées dans le tableau 2.8.

6
Pour rappel, cette seconde étude n’a pas été menée dans Pertes au battage/vannage
les mêmes villages que ceux suivis lors de la première
étude. Le stockage du sorgho en panicules était encore
Les formes de battage du sorgho rencontrées dans
fréquent dans les villages suivis lors de la première étude.  la Boucle du Mouhoun sont: avec le bâton (bat-
7
Un yoruba de maïs équivaut à 2,864 kg. Un bol ou un tage manuel) pour de petites quantités (besoins
plat fait office de contenant. ponctuels) ou en faisant passer un tracteur sur le
8
La tine (bassine émaillée d’un format toujours identique)
est une unité de volume correspondant à son remplissage
tas de panicules disposé sur une aire de battage.
maximum. La tine vaut sept plats. Une tine de maïs équi- L’utilisation de batteuses mécanisées de sorgho n’a
vaut à 17 kg. pas été observée dans la zone d’étude.
Chapitre 4 – Le sorgho dans la région de la Boucle du Mouhoun 115

PHOTO 2.5
Récolte du sorgho (abattage et coupe des panicules), région de la Boucle du Mouhoun, 17 novembre 2016

Village de Moukouna Village de Tankuy


©HADO SAWADOGO/OUÉDRAOGO ©DAO ABOUBACAR SIDIKI

TABLEAU 2.8
Pertes à la récolte à l’abattage des plants de sorgho au champ (région de la Boucle du Mouhoun)
Sexe/âge Taux moyen
Pertes au Taux de Taux moyen
(M: masculin, Rendement de pertes par
Localité Exploitant(e) champ (kg/ pertes au annuel de
F: féminin, (kg/ha) commune
ha) poids (%) pertes (%)
J: jeune) (%)

Exploitant 1 F/J 722 67,1 9,3

Exploitant 2 M/J 1 267 91,6 7,2

Exploitant 3 M/J 1 058 87,3 8,3


Bondokuy 6,7
Exploitant 4 F/J 2 120 126,8 6,0

Exploitant 5 M 1 058 54,4 5,1

Exploitant 6 M/J 1 481 63,9 4,3


5,3
Exploitant 7 M/J 1 163 19,1 1,6

Exploitant 8 F 451 20,9 4,6

Exploitant 9 M 2 022 77,6 3,8


Ouarkoye 3,8
Exploitant 10 M 1 163 57,1 4,9

Exploitant 11 M 485 20,5 4,2

Exploitant 12 F/J 720 26,4 3,7

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.

Les pertes de grains proviennent des panicules


insuffisamment battues et des grains qui n’ont pas Le taux de pertes au battage/vannage du sorgho
été séparés de la poussière lors du vannage. Quatre pendant la phase de réplication 2016-2017 est
essais d’évaluation des pertes ont été réalisés dont estimé à 0,66%. Il était de 0,47% en 2015-2016.
deux avec l’utilisation du bâton (battage manuel) En 2015-2016, il a été réalisé un essai de battage
et deux avec un tracteur. sur seulement 27 kg de panicules de sorgho à
Les résultats donnent des taux de pertes com- titre expérimental. Pour rappel, un grand nombre
parables, avec un taux de 0,73% et 0,60% respec- de producteurs avaient déjà battu leur sorgho
tivement pour le battage au bâton et le battage au sans que l’équipe puisse suivre cette étape. En
tracteur du sorgho. revanche, au cours de cette présente étude, le
battage du sorgho porte sur une moyenne d’une
tonne en battage manuel et d’environ 1,5 tonne
en battage avec un tracteur.
116 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2

PHOTO 2.6
Battage du sorgho, village de Bèkuy (Boucle du Mouhoun), 13 décembre 2016

Battage du sorgho au bâton Battage du sorgho au tracteur Vannage du sorgho

©THIO BOUMA ©DOULAYE DIANCOUMBA ©SAVADOGO JUSTIN

TABLEAU 2.9
Pertes au battage manuel, au battage au tracteur et au vannage manuel du sorgho (région de la Boucle du
Mouhoun)

Pertes de Pertes de
Type de Pertes de Pertes Taux de
Grains grains sur Poussière et grains dans
battage/ grains dans totales en pertes des
obtenus (kg) aire de glumes (kg) la poussière
vannage la paille (kg) grains (kg) grains (%)
battage (kg) (kg)

Manuel 1 608 9,20 543 2,20 0,75 12,15 0,75

Manuel 302 1,38 102 0,41 0,37 2,16 0,71

Tracteur 133 0,56 45 0,18 0,12 0,86 0,64

Tracteur 2 557 8,20 863 3,50 2,41 14,10 0,55

Moyenne
955 5,29 323 1,31 0,56 7,16 0,74
Manuel

Moyenne
1 345 4,38 454 1,84 1,27 7,49 0,55
Tracteur

Moyenne - - - - - - 0,66

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.

Les pertes au battage/vannage du sorgho sont Pendant la phase de réplication 2016-2017, la


données dans le tableau 2.9. perte moyenne au transport est estimée à 0,6
kg par sac de poids moyen de 102,2 kg (0,6%)
Pertes au transport des sacs chez le contre une perte moyenne de 0,2 kg par sac de
commerçant (suivi des cargaisons) poids moyen de 102,0 kg obtenue en 2015-2016
Les données relatives aux pertes de grains au cours (0,2%).
du transport sont déterminées à travers quatre
suivis de cargaison. De façon générale, on note
que l’état des voies est acceptable avec un tronçon Les données recueillies sur les pertes au transport
important bitumé; l’état des véhicules utilisés est sont consignées dans le tableau 2.10.
jugé également satisfaisant et les sacs utilisés de
qualité acceptable. Des bâches ont souvent été Pertes qualitatives du sorgho au stockage
utilisées pour la récupération des grains versés. Sept producteurs sont suivis pendant la période
Les pertes au transport du sorgho restent relati- de réplication et des échantillons de sorgho sont
vement très faibles et varient de 0,1 à 1 kg par sac. prélevés à la récolte et au cours du stockage du
sorgho pour des analyses.
À la récolte, des détériorations de grains étaient
déjà observées. En effet, trois échantillons sur
sept avaient un taux de pertes quantitatives de
Chapitre 4 – Le sorgho dans la région de la Boucle du Mouhoun 117

TABLEAU 2.10
Données de suivis des cargaisons du sorgho de Bondokuy à Dédougou (région de la Boucle du Mouhoun)

Paramètres mesurés

Trajet État de la route Poids moyen des Poids moyen des


Pertes moyennes
Nombre de sacs sacs au départ sacs à l’arrivée
par sac (kg)
(kg) (kg)

Kosso à 75 km dont 57 km de
10 100,9 100,7 0,2
Dédougou voie bitumée

Miana à 57 km dont 53 km de
10 101,2 101,1 0,1
Dédougou voie bitumée

Kakin à 79 km dont 57 km de
10 102,0 101,0 1,0
Dédougou voie bitumée

93 km dont 57 km de
Konkuykoro 10 104,4 103,4 1,0
voie bitumée

Moyenne 10 102,1 101,6 0,6

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.

infestations d’insectes (cinq échantillons sur sept).


PHOTO 2.7
Stockage du sorgho dans un grenier en banco, Les détériorations (attaques d’insectes) de
village de Moukouna (Boucle du Mouhoun), 13 sorgho sont observées aussi bien dans le stockage
décembre 2016 en grains dans les sacs que dans le stockage sous
forme de panicules dans les greniers (exploitants
3 et 4).

Les pertes maximales au stockage du sorgho sont


estimées à 3,2% en 2016-2017 contre 0,02%
en 2015-2016. De ces mesures, il ne ressort pas
nettement que le sorgho se conserve mieux dans
le grenier en terre (exploitants 3 et 5).

Les résultats des analyses sur les échantillons de


sorgho sont donnés dans le tableau 2.11.

Matrice de synthèse des résultats sur les pertes


alimentaires du sorgho
La matrice de synthèse (tableau 2.12) présente les
points critiques de pertes ainsi que les niveaux
©TAGNAN INOUSSA ALAIN
atteints dans la zone d’étude. Elle identifie les
principales causes des PCP, leur impact sur les
produits consommables (PPC) inférieur à 99%. revenus des ménages, leurs perceptions selon le
Les détériorations (grains moisis ou rongés par genre et propose une série de mesures potentielles
les insectes) ont varié entre 0,5 à 3,3% à la récolte de réduction des PAR.
pour une moyenne de 1,3%. Au stockage (cinq
mois après), les dégâts ont varié entre 1 et 7,5%,
pour une moyenne de pertes de 3,2%. Enfin, au
sixième mois après stockage, une baisse de pertes
est observée et estimée à 2,9% (tableau 2.11).
Les analyses faites sur les échantillons de sorgho
au stockage (en avril 2017) montrent une détério-
ration de la qualité du sorgho au stockage avec les
118 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2

TABLEAU 2.11
Évolution des pertes au stockage du sorgho au cours de la réplication de l’étude (région de la Boucle du Mouhoun)
Taux de pertes quantitatives de produits consommables (PPC) en %

Exploitant(e) Sexe/âge
(M: masculin, À la récolte (novembre
Au stockage (mars 2017) Au stockage (avril 2017)
F: féminin, 2016)
J: jeune)

Exploitant 1 F/J 0,5 1,0 nd

Exploitant 2 F/J 1 1,6 1,7

Exploitant 3** M 0,7 5,0* 3,6

Exploitant 4** M 1,2 2,8* 4,1

Exploitant 5 F/J 1,4 7,5* 4,9*

Exploitant 6 M/J 3,3 2,3* 1,8

Exploitant 7 M/J 1 2,2* 1,3

Moyenne 1,3 3,2 2,9

Source: laboratoire SONAGESS (novembre 2016 - avril 2017).


*Stock infesté
** Stockage dans des greniers en terre

Causes des pertes après récolte et mesures plus difficile car les plants s’enchevêtrent
de réduction identifiées souvent. Il existe également des variétés qui
Des pertes sont constatées dans toutes les opéra- versent beaucoup à l’abattage.
tions après récolte du sorgho, avec des taux plus ƒƒ Coupe et regroupement des panicules: La
ou moins importants en fonction des opérations. coupe et le regroupement des panicules à
Il s’agit des opérations de récolte, de battage, de même le sol entraînent également des pertes.
vannage, de transport et de stockage. ƒƒ Charge de travail des femmes: La constitu-
tion du gros tas à partir des petits tas ne se
Pertes à la récolte fait pas toujours au cours de la journée de
Les principales causes des pertes à la récolte sont récolte pour des raisons d’indisponibilité des
les suivantes: femmes.
ƒƒ Récolte tardive: La période de la récolte du
sorgho coïncide avec celle de nombreuses Pertes au battage/vannage
autres productions, telles que le coton, le Les principales causes des pertes au battage/van-
mil, le maïs, le niébé, etc., ce qui entraîne, sur nage sont les suivantes:
une même période, une charge importante la faible mécanisation des opérations,
de travail pour les membres de la famille l’insuffisance du matériel de travail (manque de
et un manque de main d’œuvre. Au niveau bâche),
des producteurs suivis dans le cadre de cette la pénibilité du vannage manuel,
étude, la récolte est conditionnée aussi par la charge de travail élevée pour les femmes impac-
les autres travaux champêtres du ménage tant sur la qualité du vannage.
(la récolte du niébé, du sorgho, du mil, des
arachides, du soja, du sésame et surtout du Pertes au transport
coton) et la disponibilité des infrastructures Les principales causes des pertes au transport sont
de stockage. les suivantes:
ƒƒ Mode d’abattage des plants au champ: Elle se ƒƒ Mauvais état des emballages: Les sacs en
fait à la daba ou à la machette. Bien souvent, polypropylène généralement utilisés pour le
cette tâche est réalisée par les bras valides conditionnement des grains sont bien sou-
des ménages, qui ne ménagent pas les plants vent de très mauvaise qualité (faible densité
coupés et abattus.  de tissage, non traitement aux ultraviolets).
ƒƒ La qualité du matériel végétal: Il existe des ƒƒ Mauvaise manutention des sacs: Les manu-
variétés de grande taille dont l’abattage est tentionnaires sont payés à la tâche et pour
TABLEAU 2.12
Matrice de synthèse des résultats sur les pertes alimentaires du sorgho (région de la Boucle du Mouhoun)
% de % de
Étape de la Type de perte Baisse de Impact/acteurs Perception des
pertes pertes Causes de pertes / raisons
chaîne/ (quantitative/ valeur affectés acteurs (hommes/ Solutions recommandées
dans ce dans la de faibles pertes
Processus qualitative) marchande (hommes/femmes) femmes)
processus CAA

Récolte quantitative 5,3 54,3 ƒƒ Mode d’abattage des non Hommes/femmes Niveau de pertes ƒƒ Utilisation des bonnes
plants au champ très bien perçu par pratiques (précaution
Pertes de revenus
les acteurs dans l’abattage des plants
ƒƒ Qualité du matériel
Impact négatif sur de sorgho)
végétal (variété plus ou
la disponibilité
moins soumise à la verse) ƒƒ Amélioration variétale
alimentaire au niveau
ƒƒ Taille des plants du ménage ƒƒ Récolte à bonne date et
très tôt le matin
ƒƒ Récolte en fin de matinée
(après 10 heures du matin) ƒƒ Allègement de la charge
de travail des femmes
ƒƒ Charge de travail des
femmes

Battage/ quantitative 0,66 6,7 ƒƒ Insuffisance du matériel non Hommes/femmes Niveau de pertes ƒƒ Disponibilité de bâches
Vannage de travail (bâches) très peu perçu par pour les opérations après
Pertes de revenus
les acteurs récolte
ƒƒ Pénibilité du vannage
Impact négatif sur
manuel ƒƒ Allègement de la charge
la disponibilité
de travail des femmes
ƒƒ Charge de travail élevée alimentaire au niveau
des femmes du ménage
ƒƒ Faible mécanisation des
opérations
Chapitre 4 – Le sorgho dans la région de la Boucle du Mouhoun

Transport chez quantitative 0,6 6,2 ƒƒ Emballages de mauvaise non Impact négatif sur Niveau de pertes ƒƒ Utilisation d’emballages
le commerçant qualité la disponibilité peu perçu car de qualité
(suivi des alimentaire au niveau considéré comme
ƒƒ Mauvais état de la voie et ƒƒ Utilisation de bâches pour
cargaisons) du ménage faible
du camion réduire les pertes

Stockage chez quantitative 3,2 32,8 Attaques de déprédateurs, non Insignifiant Niveau de pertes ƒƒ Utilisation de silos ou de
le producteur principalement sur les grains perçu grâce aux sacs de type PICS*
(5 mois) dégâts dus aux
ƒƒ Utilisation de produits de
insectes
traitement
ƒƒ Utilisation de palettes

* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques
existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
119
120 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2

aller vite et gagner plus, ils manipulent les pour une équité dans les tâches d’égrenage
sacs avec peu de soin, engendrant des déchi- entre les hommes et les femmes.
rures surtout pour les sacs de 100 kg bien
remplis. Au transport
ƒƒ Sensibilisation des manutentionnaires sur les
Pertes au stockage bonnes pratiques.
Les principales causes des pertes au stockage sont ƒƒ Utilisation des bâches pour protéger les sacs
les suivantes: des déchirures causées par la carrosserie des
ƒƒ les dégâts dus aux insectes et aux rongeurs; camions de transport.
ƒƒ l’utilisation de points de stockage non appro-
priés et de sacs d’emballage et de matériel Au stockage
de conditionnement inadaptés (stockage aux ƒƒ Promotion des emballages hermétiques type
domiciles, emballage dans les sacs en PP, etc.); PICS9 et des silos métalliques au niveau des
ƒƒ l’utilisation de magasins mixtes (vivres et producteurs et des productrices.
autres matériels) et insuffisamment équipés. ƒƒ Sensibilisation à la nécessité du déstockage
des vieux stocks avant le stockage des nou-
Les principales causes de pertes et les mesures velles productions.
de réduction identifées sont regroupées dans le
tableau 2.13. Points de faibles pertes
Le transport du sorgho jusqu’au commerçant est
Solutions recommandées pour la réduction perçu par les acteurs interrogés comme un point
des pertes après récolte critique. Les mesures sur le suivi de cargaison
permettent de classer cette étape comme un point
À la récolte de faibles pertes. Les pertes enregistrées sont de
ƒƒ Professionnalisation des agriculteurs. 0,5%. Le transport est assuré par des camions
ƒƒ Amélioration des pratiques culturales: ren- sur des routes relativement bien entretenues et
forcement des connaissances en matière de dont les carosseries sont couvertes de bâches,
bonnes pratiques de récolte (abattage du permettant la récupération des grains tombés des
sorgho avec plus de soins et au bon moment). sacs. Les distances parcourues sont d’environ 100
ƒƒ Utilisation de variétés améliorées: La kilomètres.
recherche et la vulgarisation de variétés amé-
liorées adaptées aux effets du changement cli- STRATÉGIE DE RÉDUCTION DES PERTES
matique, mais surtout moins sensibles à l’ef- ALIMENTAIRES DE SORGHO
fet des facteurs environnementaux induisant Impact des pertes dans la chaîne
l’ouverture des glumelles et le détachement d’approvisionnement alimentaire du sorgho
des grains à maturité, doivent être envisagées. dans la Boucle du Mouhoun
Par ailleurs, la réduction de la taille du plant De manière générale, le prix du sorgho fluctue
pourra contribuer à la diminution des pertes très peu; ceci s’explique par le fait que dans
de grains à l’abattage des plants. les ménages, le sorgho n’est commercialisé que
ƒƒ Réduction de la charge de travail des femmes lorsque toutes les sources de revenus sont épui-
afin de rendre leur travail plus efficient. sées. Les économies réalisées sur les pertes peuvent
financer, au bout de dix ans, des mesures suscep-
Au battage/vannage tibles de réduire de manière considérable les pertes
ƒƒ Introduction de matériel mécanique de bat- au niveau des points de pertes les plus importants
tage et surtout de vannage pour réduire la (récolte, stockage et battage/vannage).
pénibilité des opérations et alléger les tâches Les principales conséquences des pertes pour
des femmes, source de la faible attention les producteurs de sorgho sont i) la réduction de
accordée aux pertes à ce stade.
ƒƒ Promotion des bâches ou des films plastiques
pour la récupération des grains éparpillés lors
9
des opérations de battage et de vannage. PICS est la marque des sacs hermétiques développés
par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont
ƒƒ Promotion des égreneuses multifonction- produits et disponibles au Burkina Faso comme dans
nelles pour le sorgho et le maïs, tout en veil- plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais
lant à une meilleure organisation de travail elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
TABLEAU 2.13
Principales causes des pertes après récolte du sorgho et mesures de réduction des pertes (région de la Boucle du Mouhoun)
Points critiques Causes complémentaires Solutions complémentaires
Causes identifiées en 2015-2016 Solutions préconisées en 2015-2016
de Pertes identifiées en 2016-2017 préconisées en 2016-2017

Récolte ƒƒ Récolte tardive ƒƒ Améliorer les pratiques culturales Multiplicité des tâches ƒƒ Cibler les jeunes (principaux
ƒƒ Mode d’abattage des plants au ƒƒ Améliorer les techniques de récolte pour tous les acteurs/trices acteurs de cause de verse) sur les
champ techniques de récoltes améliorées
ƒƒ Utiliser des variétés améliorées
ƒƒ Qualité du matériel végétal ƒƒ Sensibiliser à la réduction
ƒƒ Alléger la charge de travail des femmes du nombre de cultures
ƒƒ Charge de travail élevée des (professionnalisation) ou à une
femmes meilleure planification des
productions afin d’éviter plusieurs
récoltes simultanées

Battage/vannage ƒƒ Séchage des épis inapproprié à ƒƒ Introduire le matériel mécanique de battage et de Utiliser des aires de battage adaptées
même le sol vannage
ƒƒ Faible mécanisation des opérations ƒƒ Promouvoir des bâches ou des films plastiques
ƒƒ Insuffisance du matériel de travail ƒƒ Promouvoir les égreneuses multifonctionnelles
(bâches) ƒƒ Sensibiliser sur l’allègement des tâches des femmes
ƒƒ Pénibilité du vannage manuel
ƒƒ Charge de travail élevée des
femmes

Transport ƒƒ Mauvais état des emballages ƒƒ Sensibiliser les manutentionnaires aux bonnes
ƒƒ Mauvaise manutention des sacs pratiques
ƒƒ Mauvais état de la carrosserie des ƒƒ Utiliser les bâches pour protéger les sacs des
camions de transport déchirures
Chapitre 4 – Le sorgho dans la région de la Boucle du Mouhoun

ƒƒ Utiliser des emballages de qualité

Stockage chez le Infestation des déprédateurs (faible) ƒƒ Promouvoir les emballages hermétiques et les ƒƒ Diminution plausible Renforcer les capacités des
producteur silos métalliques au niveau des producteurs et des de la qualité des grains productrices et des producteurs sur
productrices, et proscrire l’utilisation à grande longtemps stockés en les effets de l’humidité sur le sorgho
échelle du Phostoxin<?> (PH3) panicules (odeur se au stockage
ƒƒ Sensibiliser sur la nécessité du déstockage des vieux dégageant de ces grains)
stocks avant les nouveaux stockages ƒƒ Humidité élevée des
grains stockés

Causes liées au ƒƒ Charge de travail élevée des ƒƒ Sensibiliser les organisations faitières, les Faible participation des ƒƒ Tenir compte des besoins
genre et aux femmes productrices et producteurs à la prise en compte jeunes aux prises de spécifiques des jeunes dans la mise
jeunes ƒƒ Faible participation des femmes aux des femmes dans les processus de prise de décisions (constat dans les à disposition des équipements
prises de décisions décisions, à la gestion équitable des stocks et à focus groupes féminins) ƒƒ Sensibiliser les organisations
l’importance d’alléger la charge de travail des faitières, les productrices et
ƒƒ Accès contrôlé des femmes aux femmes
stocks et quasi-absence de contrôle producteurs à la prise en compte
des revenus générés par la vente ƒƒ Tenir compte des besoins spécifiques des femmes des femmes et des jeunes dans les
du sorgho et des hommes dans la mise à disposition des prises de décisions
équipements
ƒƒ Inclure dans le contenu des formations les
problématiques «genre» et «pertes après récolte» 
ƒƒ Prendre des mesures pour une participation
efficace des femmes aux activités de renforcement
121

de capacités

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
122 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2

TABLEAU 2.14
Analyse coûts-bénéfices des mesures de réduction des pertes sur le sorgho (région de la Boucle du Mouhoun)
Codes pour
Rubriques Valeurs Unités Calculs
les calculs

a Quantité du produit dans la région 262 900 tonnes/an

b Valeur du produit 147 USD/tonne

c Taux de pertes 9,49 %

d Réduction désirée du taux de pertes 60 %

e Coût des interventions 2 070 600 USD

f Amortissement 10 années

g Coût annuel des investissements 207 060 USD/an e/f

h Coût annuel des opérations 31 060 USD/an 15% x g

i Coût total des mesures 238 120 USD/an g+h

j Coût individuel par tonne 0,9 USD/tonne i/a

k Pertes alimentaires 24 950 tonnes/an cx a

l Pertes économiques 3 667 530 USD/an kx b

m Réduction des pertes 14 970 tonnes/an kx d

n Économies liées à la réduction des pertes 2 200 520 USD/an mxb

o Coût total par individu 238 120 USD/an axj=i

p Rentabilité des mesures 1 962 400 USD/an n–o

Source: résultats de l’étude (2016-2017).

leurs revenus, ii) la difficulté des petits produc- urbains comme Sankariaré à Ouagadougou (286
teurs à investir dans la production agricole, iii) USD la tonne au mois de novembre 2016).
la réduction de la disponibilité alimentaire dans Les ressources nécessaires pour la réduction des
la région, et iv) l’accroissement de l’utilisation de pertes, dans la région de la Boucle du Mouhoun,
nouvelles terres de culture. sont estimées à partir du modèle qui utilise la
production de sorgho dans la région, la valeur
Ressources nécessaires et analyse coûts- du produit et le taux de pertes total mesuré sur le
bénéfices des mesures terrain. Les axes d’intervention les plus importants
La production de sorgho blanc et rouge, dans la ont également été valorisés et le taux désiré est
région de la Boucle du Mouhoun, pour la cam- pris en compte pour l’analyse coûts-bénéfices des
pagne agricole 2016-2017, est estimée à 262 900 mesures préconisées (tableau 2.14).
tonnes. Cette production a très peu varié au cours La quantité de produit correspond à la produc-
des dix dernières années (variation inférieure à tion de sorgho (blanc et rouge) de la région de la
10%); elle est par conséquent considérée comme boucle du Mouhoun pour la campagne agricole
stable pour les dix prochaines années au moins. 2016-2017 (262 900 tonnes).
Le taux de pertes cumulées par rapport à la La valeur du produit est le prix sur le marché de
production totale est de 9,49%. Par rapport à la production au mois de novembre 2016 suivant les
production totale de sorgho blanc dans la Boucle prix diffusés par le SIM SONAGESS pour le mar-
du Mouhoun, ce taux représente une perte ali- ché rural de référence de Solenzo dans la région de
mentaire de 24 950 tonnes. Au prix du marché, la Boucle du Mouhoun. Il est de l’ordre de 97 000
c’est-à-dire 147 USD la tonne (prix relevé par le francs CFA la tonne, soit 147 USD la tonne.
SIM SONAGESS sur le marché rural de référence Le taux de pertes est la somme des taux de
de Solenzo au mois de novembre 2016), cette perte pertes des PCP par rapport à la production totale
alimentaire correspond à une perte économique de de la région (soit 9,49%) pour cette campagne.
plus de 3,6 millions d’USD. Elle peut être plus éle- La réduction désirée du taux de pertes est une
vée si cette production est vendue sur les marchés estimation du taux de réduction souhaitée au bout
TABLEAU 2.15
Récapitulatif des causes des pertes de sorgho et des solutions proposées pour leur réduction au niveau des points critiques de pertes (région de la Boucle du Mouhoun)
Réduction des
Ampleur des pertes
pertes
Coût des
Points
Interventions pour réduire les interventions
critiques Poids (t) Taux de Taux de Pertes Causes des pertes Taux Économies
pertes sur 10 ans
de pertes pertes (%) pertes/ économiques (%) liées (USD)
quantité (USD) (USD/an)
initiale (%)

Récolte au 13 930 5,30 5,30 2 048 250 ƒƒ Récolte tardive ƒƒ Améliorer les pratiques 60 1 228 950 1 801 400
champ culturales
ƒƒ Mode d’abattage des plants
au champ ƒƒ Améliorer les techniques de
récolte
ƒƒ Qualité du matériel végétal
(variété) ƒƒ Utiliser des variétés améliorées
ƒƒ Non-participation des femmes ƒƒ Sensibiliser pour une pleine
aux prises de décisions participation des femmes aux
décisions et diminuer la charge
ƒƒ Charge de travail élevée des
de travail
femmes

Battage/ 1 660 0,66 0,63 243 470 ƒƒ Faible mécanisation des ƒƒ Sensibiliser sur la réduction de 60 146 080 162 000
vannage opérations la charge de travail des femmes
et sur la gestion équitable des
ƒƒ Insuffisance de matériels de
stocks de sorgho
travail (bâches)
ƒƒ Promouvoir l’utilisation de
ƒƒ Pénibilité du vannage manuel
bâches pour la récupération des
Chapitre 4 – Le sorgho dans la région de la Boucle du Mouhoun

ƒƒ Charge de travail élevée des grains


femmes
ƒƒ Non-participation des femmes
aux prises de décisions
ƒƒ Accès limité aux stocks

Transport 1 470  0,60 0,56 216 400 ƒƒ Mauvais état des emballages ƒƒ Sensibiliser les 60 129 850
manutentionnaires
ƒƒ Mauvaise manutention des
sacs ƒƒ Utiliser les bâches pour protéger
les sacs des déchirures causées
par la carrosserie des camions
de transport

Stockage 7 890 3,20 3,00 1 159 390 ƒƒ Attaques de déprédateurs ƒƒ Utiliser des silos ou des sacs type 60 695 630 107 200
(faibles) PICS* (hommes et femmes)

TOTAL 24 950 9,49 3 667 530 2 200 520 2 070 600

* PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays.
D’autres marques existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
Source: résultats de l’étude (2016-2017).
123
124 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2

des dix ans; elle est estimée à 60% compte tenu de pour le stockage et la conservation de leurs
l’envergure du projet qui ne pourra pas toucher produits en vue de la commercialisation.
tous les ménages, même au bout de dix ans.
Le coût des interventions est une estimation du Sous la forme d’une note conceptuelle, le plan de
montant des mesures proposées pour réaliser ce suivi et d’action suivant est recommandé:
taux de réduction des pertes. Il est estimé à envi- Titre du projet proposé: Intégration des initiatives
ron 2 070 600 d’USD (voir détail budgétaire dans de réduction des pertes alimentaires pour les petits
le tableau 2.16). Il représente la valeur des mesures exploitants (hommes et femmes) de sorgho dans la
qui permettront de réduire le taux de pertes indi- région de la Boucle du Mouhoun au Burkina Faso.
qué. L’inflation des prix des équipements entre
2016 et 2017 a été plus ou moins compensée par le Résultats attendus
renchérissement du cours du dollar (1,2%). ƒƒ La réduction des PAR est prise en compte
L’amortissement est la durée souhaitée des dans la politique agricole et par les projets et
interventions pour réduire les pertes aux points programmes en cours d’élaboration.
critiques identifiés. Il est de dix ans. ƒƒ Les agents de vulgarisation agricole (ser-
Le coût annuel des opérations représente le vices techniques et organisations faitières)
coût de la mise œuvre des mesures. Il représente ont été sensibilisés et formés aux techniques
15% du coût annuel des investissements. de réduction des PAR et à la réduction des
Sur la base du taux de pertes mesuré, les pertes inégalités hommes/femmes, liées aux jeunes,
alimentaires sont estimées à 24 950 tonnes et les en lien avec les PAR.
pertes économiques annuelles qui en découlent ƒƒ La réduction des PAR d’au moins 60%
sont estimées à plus de 3,6 millions d’USD par an. dans les localités d’intervention du projet est
En réduisant de 60% le taux de pertes mesuré au effective.
niveau des points critiques, les économies réalisées
s’élèvent à 2,2 millions d’USD. Sur cette base, Stratégie d’intervention
la rentabilité du projet est estimée à plus de 1,9 L’intervention du projet sera orientée sur les axes
million d’USD, soit environ 1,3 milliard de francs suivants:
CFA par an (1 USD = 662 FCFA). ƒƒ la sensibilisation et la formation des agents
d’appui conseil et de vulgarisation (services
Plan stratégique pour la réduction des pertes techniques et organisations faitières), des
Le coût des interventions pour réduire les PAR acteurs/trices directs, et le plaidoyer sur
est une estimation du montant des mesures pro- les PAR et sur la réduction des inégali-
posées pour réaliser le taux escompté de réduction tés hommes/femmes, la problématique des
des pertes. Il est de 2 070 600 d’USD pour une jeunes en lien avec les PAR;
réduction des pertes anticipée de 60%. Une telle ƒƒ la sélection de variétés réduisant les pertes à
intervention sous la forme d’un projet prévu sur la récolte, la diffusion, et la vulgarisation des
dix ans aura une rentabilité estimée de plus de 1,9 bonnes pratiques de récolte et d’après récolte;
million d’USD pour le sorgho dans la Boucle du ƒƒ la promotion de matériels de séchage, au
Mouhoun. profit des petits exploitants/tes dans les 37
Les axes d’intervention identifiés sont les sui- communes de la région;
vants: ƒƒ l’appui à l’acquisition de matériels de stoc-
ƒƒ la sensibilisation et la formation des agents kage (silos métalliques, sacs hermétiques de
d’appui conseil et de vulgarisation (services type PICS) pour les petits producteurs/trices,
techniques et organisations faitières), des et à la construction de magasins de stockage
acteurs/trices directs sur les PAR et sur la au profit d’organisations faitières provin-
réduction des inégalités hommes/femmes, ciales ou communales pour le stockage et la
liées aux jeunes en lien avec les PAR; conservation de leurs produits en vue de la
ƒƒ la sélection de variétés réduisant les pertes à commercialisation;
la récolte, la diffusion et la vulgarisation des ƒƒ la proscription par le projet de distributions
bonnes pratiques de récolte et d’après récolte; ou de réalisations sans contrepartie. C’est
ƒƒ la promotion de matériels de séchage; pourquoi l’expérience du PAM avec une
ƒƒ l’appui à l’acquisition de matériels de stoc- contribution d’au moins 25% de la valeur
kage (silos métalliques, sacs hermétiques de du matériel ou de la réalisation devra être
type PICS) pour les petits producteurs/trices retenue pour permettre de reconstituer un
Chapitre 4 – Le sorgho dans la région de la Boucle du Mouhoun 125

TABLEAU 2.16
Budget prévisionnel des mesures identifiées pour le projet proposé (région de la Boucle du Mouhoun)
Prix unitaire Coûts (USD) sur
Points critiques de pertes Mesures de réduction des pertes Durée/ quantité
(USD) 10 ans

Sensibilisation des acteurs* 82 000 10 ans 820 000

Appui à la sélection de variétés* 90 000 10 ans 900 000


Récolte au champ
Sacs hermétiques de type PICS** de 100 kg 1,1 74 000 sacs 81 400

  Sous total 1 1 801 400

Bâches de 25 m2 45 3 600 bâches 162 000


Battage/vannage et
transport
  Sous total 2 162 000

Sacs de type PICS** de 100 kg 2 22 000 sacs 44 000

Sacs de type PICS** de 50 kg 1,1 52 000 sacs 57 200


Stockage
Silos métalliques 500 kg*** 107 56 silos 6 000

  Sous total 3 107 200

Budget total (USD) 2 070 600

* Estimations prévisionnelles au regard de la zone d’intervention


** PICS est la marque des sacs hermétiques développés par l’université de Purdue aux Etats-Unis. Ces sacs sont produits et disponibles au
Burkina Faso comme dans plusieurs autres pays. D’autres marques existent mais elles ne sont pas commercialisées au Burkina Faso.
*** Les silos sont destinés aux producteurs individuels (le choix de la capacité de stockage est basé sur la quantité produite au niveau
individuel).
Source: résultats de l’étude (2016-2017).

fonds de roulement pour un second puis un fera à travers les organisations faitières
troisième groupe dans le même cycle de vie existantes dans la zone d’intervention; les
du projet. La prise en compte du principe jeunes sont à prendre en compte dans le
«contribution à la réduction des inégalités public bénéficiaire de la promotion des
entre les hommes et les femmes ou la non bonnes pratiques.
aggravation de ces inégalités» dans l’opéra- ƒƒ Promotion de matériels d’après récolte. Appui
tionnalisation des actions sera primordiale. des producteurs/trices pour l’acquisition de
La dimension liée aux jeunes est également à bâches, etc. L’utilisation d’égreneuses/bat-
prendre en compte. teuses polyvalentes permettrait également de
réduire les pertes au battage.
Mise en œuvre du projet ƒƒ Appui pour l’acquisition de matériels de stoc-
La mise en œuvre du projet concernera la réalisa- kage. Accompagnement des acteurs/trices
tion des activités suivantes dans la région: pour acquérir des silos métalliques fermiers,
ƒƒ Sensibilisation des agents de vulgarisation et des sacs hermétiques de type PICS et des
plaidoyer. Réalisation de reportages dans les magasins de stockage pour le stockage sécu-
médias (audio visuels), communications sur risé de leurs produits.
l’ampleur des pertes alimentaires et sur les ƒƒ Programmation des activités à mener au cours
causes, y compris celles liées aux inégalités d’une année, ainsi que le budget y afférent.
entre les hommes et les femmes, aux jeunes,
les effets, et la nécessité de leur prise en Budget et coût des mesures identifiées
compte comme facteur de productivité des Le budget prévisionnel de l’intervention proposée
denrées agricoles. est estimé à 2 070 600 d’USD soit 1 370 737 200 de
ƒƒ Diffusion des bonnes pratiques de récolte francs CFA sur une durée de dix ans. Par rapport
et d’après récolte. Activités de recherche de à l’année 2016, l’inflation des prix des équipements
variétés de sorgho plus adaptées aux types en 2017 est plus ou moins compensée par le ren-
de récolte pratiqués avec moins de pertes, chérissement du cours du dollar (1,2%).
sensibilisation et renforcement des capa- Le détail du coût des mesures de réduction des
cités des producteurs/trices en techniques PAR de sorgho dans la région de la Boucle du
d’après récolte. Cet accompagnement se Mouhoun est donné dans le tableau 2.16.
126 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2

Suivi-évaluation ƒƒ Le nombre d’organisations faitières accom-


Les principaux indicateurs de suivi du projet pagnées qui disposent de bâches, de silos
proposé seront les suivants: métalliques, d’équipements mécanisés de
ƒƒ Le nombre d’acteurs directs, par sexe, (pro- traitement des récoltes et de magasins com-
ducteurs/trices, transformateurs/trices, com- munautaires est en hausse de l’ordre de 80%.
merçants/tes) informés et sensibilisés sur la ƒƒ Au moins 80% des producteurs/trices (par
nécessité de prendre en compte les pertes sexe) membres d’organisations faitières uti-
alimentaires  dans la zone d’intervention du lisent des emballages adaptés pour le stockage
projet est évalué. du sorgho (silos, sacs hermétiques, bidons
ƒƒ Le nombre de jeunes bénéficiaires des acti- plastiques, etc.).
vités de renforcement des compétences  est ƒƒ Le taux de pertes de sorgho à l’abattage des
évalué. plants est réduit de 60%.
ƒƒ Le nombre de ménages qui maîtrisent les
causes et les effets des PAR a cru de 80% au Mécanismes institutionnels
moins dans la région. Le projet sera rattaché à la Direction générale des
ƒƒ La proportion de femmes sensibilisées parti- productions végétales (DGPV) du Ministère chargé
cipant aux prises de décision dans la gestion de l’agriculture ou de la sécurité alimentaire. Il sera
des stocks de sorgho est évaluée. dirigé par un chef de projet sous la supervision d’un
ƒƒ La proportion d’hommes sensibilisés inté- comité de pilotage. En plus des services techniques
grant leur(s) épouse(s) dans la gestion des de l’administration burkinabé, le comité de pilotage
stocks est évaluée. comprendra les agences des Nations Unies basées à
Rome (le PAM, le FIDA et la FAO).
127

Chapitre 5
Le maïs dans la région des Hauts-Bassins

LA CHAÎNE D’APPROVISIONNEMENT Cependant il convient de signaler une intensifi-


DU MAÏS cation de la production de maïs au niveau national,
Le maïs est produit aujourd’hui sur l’ensemble du grâce à l’utilisation accrue de variétés améliorées,
territoire national grâce aux aménagements des à la promotion de bonnes pratiques agricoles, à
plaines irriguées et à la promotion des technologies la promotion de techniques d’irrigation et à une
de maîtrise de l’eau d’irrigation, diffusées par le production agricole sur des plaines aménagées avec
département ministériel chargé de l’agriculture. une maîtrise de l’eau. La production globale de
Au cours de la campagne 2016-2017, les superfi- maïs est en hausse de 11,19% au niveau national.
cies emblavées en maïs ont été de 911 728 hectares Enfin, la filière du maïs est à ce jour structurée
alors qu’elles étaient de 820 000 hectares au cours autour du Comité interprofessionnel des céréales
de la campagne précédente soit une hausse de du Burkina (CIC-B). Des initiatives sont en cours
11,19% sur le plan national. La production défini- pour la mise en place d’une interprofession spéci-
tive nationale de maïs pour la campagne 2016-2017 fique aux acteurs de la filière du maïs.
est estimée à 1 602 525 tonnes et est en hausse de
9,04% par rapport à la campagne 2015-2016. Description de la chaîne
Dans la région des Hauts-Bassins, le maïs occupe d’approvisionnement sélectionnée
la première place parmi les céréales au niveau des Informations de base sur la chaîne
superficies emblavées. Au cours de la campagne d’approvisionnement alimentaire
2016-2017, 269 506 hectares ont été emblavés l’Union des producteurs professionnels du Houet
en maïs, ce qui représente 58,2%  des superficies (UPPA/Houet) est la seule CAA suivie au cours de
emblavées en céréales. Cette superficie diffère peu cette campagne dans la région des Hauts-Bassins.
de celle de la campagne agricole 2015-2016 qui L’UPPA/Houet permet aux producteurs/trices
était estimée à 268 200 hectares, représentant 59% d’opérer des transactions groupées, l’achat d’in-
des superficies totales réservées pour les céréales trants, et la vente des produits céréaliers à des prix
dans la région. Quant aux superficies emblavées en beaucoup plus rémunérateurs. Son rayon d’action
maïs dans la région des Hauts-Bassins comparées concerne les maillons suivants de la filière. La
au niveau national, elles sont en baisse passant de présentation de la CAA est faite dans les tableaux
33% en 2015-2016 à 30% en 2016-2017. 2.17 et 2.18.
La production de maïs de la campagne
2016-2017 est estimée à 588 448 tonnes contre Maillon production 
une production de 615 920 tonnes en 2015-2016 La production est assurée par les organisations de
soit une baisse de 4,46%. La production de producteurs de base, au nombre de 483 en 2011,
céréales dans la région connaît également une comprenant 20  500 membres (10  000 hommes et
baisse de production passant de 820 600 tonnes en 10  500 femmes). Les appuis obtenus auprès de
2015-2016 à 798 530 tonnes en 2016-2017 soit une l’UPPA/Houet permettent aux membres d’aug-
baisse de 3,63%. menter les rendements de production de maïs et
Cette baisse de performance de la région des des autres céréales, et d’améliorer la qualité des
Hauts-Bassins, pour ce qui concerne la production produits mis sur le marché.
céréalière, s’explique par une saison pluvieuse
mauvaise, caractérisée par un démarrage difficile, Maillon transformation 
des poches de sécheresse fréquentes et un arrêt L’UPPA/Houet a acquis en 2016 un centre de
brusque des pluies dès le mois de septembre. transformation de céréales, dans le cadre du projet
128 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2

TABLEAU 2.17
Présentation de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des producteurs professionnels du Houet (région des
Hauts-Bassins)
Volume
Nombre/sexe Prix de Projets
Chaînes Zones de Produit (tonnes) Marchés des
des petits vente /tonne d’appui
d’approvisionnement production fini en 2016- produits finis
producteurs (en FCFA) en cours
2017

UPPA/ Houet Hauts- Maïs 6 000 10 000 PAM: 730 tonnes 160 000 Oxfam
Bassins grain
9 984 hommes  Ladji Terra: 1 070 140 000 UEMOA
tonnes
16 femmes 130 000 AARA
Autres
130 000
commerçants:
4 020 tonnes 140 000
Transformatrices:
60 tonnes
Consommateurs:
120 tonnes

Source: résultats de l’analyse préliminaire et de l’enquête sur le terrain réalisées entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.

TABLEAU 2.18
Importance économique de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des producteurs professionnels du Houet
(région des Hauts-Bassins)
Importance
Chaîne Emplois Contribution à la génération de revenus pour les acteurs
économique (en
d’approvisionnement générés (en FCFA)
FCFA)

81 380 FCFA en moyenne par producteur (sans tenir compte


UPPA/Houet 813 800 000 10 000
des charges de fonctionnement)

Source: résultats de l’analyse préliminaire et de l’enquête sur le terrain réalisées entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.

d’appui à la valorisation des produits agricoles, avec remplis, sont versés à l’endroit aménagé pour le
l’appui de l’ONG OXFAM. Elle approvisionne séchage et le déspathage.
également en matières premières, à la demande,
l’Union provinciale des transformatrices de céréales Séchage
du Houet qui effectue des commandes groupées. Le premier traitement appliqué aux produits suite
L’UPPA/Houet dispose d’un petit laboratoire à la récolte est le séchage. Ainsi, les épis de maïs
acquis avec l’appui du projet FARMAF (Projet de déspathés sont séchés sur une terrasse (si dispo-
Gestion du Risque Agricole pour l’Afrique) dans nible), ou sur un espace nettoyé à cette fin. Une
le cadre de sa collaboration avec la Confédération bâche (ou un film plastique) est alors placée au sol
paysanne du Faso, pour les analyses simples sur quand elle est disponible. Le séchage des épis peut
les céréales à commercialiser. Elle a également se faire en utilisant un crib. Peu de producteurs/
bénéficié de magasins construits avec l’appui de trices disposent de bâches. Souvent le séchage est
l’UEMOA, de la mise à disposition d’une ligne fait à même le sol.
de nettoyage et de la subvention à 75% de silos La difficulté rencontrée au séchage est sur-
métalliques fermiers par le projet Purchase for tout liée à l’acquisition de bâches permettant un
Progress (P4P) du PAM. Elle dispose d’une dizaine séchage adapté.
de magasins avec une capacité totale de plus de
3 000 tonnes. Égrenage
L’égrenage du maïs est en général fait avec une
Description de la chaîne égreneuse mécanique. C’est un travail à la chaîne
d’approvisionnement alimentaire de l’union où les femmes prélèvent du stock les épis avec
des producteurs professionnels du houet leurs plats pour les amener à l’égreneuse. À ce
Récolte niveau, les hommes les déchargent pour transva-
La récolte du maïs, qui se fait sur pied ou en ser le contenu dans la trémie d’alimentation de
moyettes, est réalisée par les femmes. Les épis l’égreneuse. Un machiniste assure le fonctionne-
récoltés sont déposés dans différents contenants ment, et les grains récupérés dans des récipients
(des sacs en PP tissés, des plats, etc.), qui, une fois (par un homme) sont transportés par les femmes
Chapitre 5 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 129

TABLEAU 2.19
Description détaillée de la chaîne d’approvisionnement de l’Union des producteurs professionnels du Houet (région
des Hauts-Bassins)
Mois de l’année Quantité moyenne
Lieux Produits Sous-
Étapes de la CAA par producteur
géographiques principaux produits
de à (tonnes)

Production primaire Dafinso juin octobre maïs épis 2,2 néant

Récolte Dafinso novembre 2,2

Manutention après-récolte Dafinso 2,0

Stockage Dafinso maïs grains 1,9 néant

Transport Bobo-Dioulasso janvier

Ventes aux marchés Bobo-Dioulasso janvier maïs grains

moulins de
Transformation farine
quartier

Stockage Bobo-Dioulasso janvier

Transport - janvier

Vente en gros Bobo-Dioulasso

Vente au détail Bobo-Dioulasso

Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.

pour ensachage. Des enfants (filles et garçons) travaillent en collaboration avec les demi-gros-
contribuent au travail, en ouvrant les sacs neufs sistes des provinces ou directement avec des gros-
pour faciliter l’ensachage. Le vannage/triage de la sistes des grands centres urbains. Un collecteur
«poussière» et des rachis par les femmes permet de peut collaborer avec plusieurs demi-grossistes ou
récupérer les grains qui s’y trouvent. grossistes généralement appelés «commerçants
de céréales». Des producteurs/trices organisés
Conservation du maïs au niveau individuel assurent également la commercialisation du maïs.
Dans la région de l’étude, au niveau du produc- Parmi ceux-ci, se trouve l’UPPA/Houet, membre
teur/trice, les silos métalliques fermiers et les de la FEPA-B.
sacs en polypropylène tissés sont utilisés pour le
stockage du maïs. Ce dernier type d’emballage est Transformation
le plus utilisé par les producteurs et productrices Le maïs est transformé en farine, semoule ou
pour le stockage à domicile ou dans les magasins gritz, par des unités artisanales ou semi-indus-
communautaires. trielles. Leurs produits sont commercialisés sur le
marché. La majeure partie du maïs consommé est
Transfert et stockage des sacs chez le décortiquée et broyée en farine ou semoule par les
commerçant  équipements du quartier (décortiqueuse de type
De même que pour le sorgho, les grains de maïs, Engelberg et broyeur à meule ou à marteaux), puis
conditionnés dans des sacs en polypropylène transformée en mets au sein des ménages.
tissés, sont transportés chez le commerçant en
camion ou en motos tricycles ou encore au moyen Genre et activité après récolte du maïs
de charrettes asines (voir les données de l’étude sur Le tableau 2.20 permet de décrire les rôles des
le sorgho, chapitre 4). hommes, des femmes et des jeunes/enfants dans
la conduite des opérations agricoles, notamment
Commercialisation celles relatives aux activités d’après récolte et
L’achat du maïs au niveau des villages et des dépar- donne une appréciation qualitative des outils uti-
tements est assuré par les collecteurs. Ces derniers lisés. Chaque étape de la CAA est subdivisée
TABLEAU 2.20
130

Rôle des hommes, des femmes et des jeunes dans les opérations d’après récolte du maïs (région des Hauts-Bassins)
Implication des femmes Implication des hommes
Groupes sociaux Niveau Genre / typologie sociale
impliqués (femmes, d’organisation des Observations et remarques qui expliquent les qualificatifs choisis
Étapes de la Femmes Hommes hommes, jeunes) acteurs de la CAA* et/ou informations supplémentaires
Filles Garçons
CAA adultes adultes

Qualificatif ** Qualificatif Qualificatif Qualificatif

Le défrichage, le semis, le sarclage, le buttage et la récolte sont effectués


indifféremment par les hommes, les femmes et des jeunes à l’aide de
Production hommes, femmes,
2 2 3 3 ménages daba. Par contre, certaines opérations comme les labours et les sarclages,
primaire jeunes
quelques fois le semis et le buttage, sont faites à la charrue ou au
tracteur.

(1) Coupe des pieds et mise en moyettes par des hommes, notamment les
jeunes (2) Détachement des épis directement des tiges ou des moyettes
ménages, par des femmes ou des groupes de femmes, (3) Transport par des femmes
Récolte 1 1 1 1 femmes, hommes pour stockage, (4) Déspathage par famille ou groupe de femmes.
groupements
Les couteaux, les sacs, les plats sont utilisés pour ces sous-opérations de
récolte.

(1) Séchage par hommes et femmes (2) Égrenage avec concours des
hommes (jeunes et adultes) et des femmes (3) Vannage des résidus
(femmes) (4) Ensachage (hommes et femmes) (5) Transport mécanique
Manutention femmes, hommes, ménages, groupes, pour stockage (jeune).
2 2 3 3
après-récolte jeunes opérateurs privés
Les bâches sont parfois utilisées pour le stockage et le séchage. Les
femmes utilisent les plats pour le transport, le vannage et l’ensachage.
Les sacs en PP tissés sont utilisés pour conditionner les grains de maïs.

Le transport du lieu d’égrenage vers le lieu de stockage se fait à l’aide de


hommes adultes et charrettes, de tracteurs, de tricycles par les membres de la famille ou par
Stockage 2 2 ménages un opérateur.
jeunes
Les hommes assurent la gestion des stocks.

Le transport du domicile vers le marché est assuré principalement par les


Transport 1 1 hommes ménages
hommes. Des charrettes ou des tricycles sont utilisés pour le transport.

Ventes aux
1 1 hommes, femmes individuel La vente est assurée principalement par les hommes.
marchés

Unités artisanales: le décorticage et la mouture sont assurés par un


unités artisanales
Transformation 2 2 femmes  opérateur privé, les opérations de transformation au sein des unités
unités industrielles
artisanales (les plus nombreuses) sont conduites par les femmes.

Unités artisanales: stockage court dans des petits magasins par les
unités artisanales
Stockage 3 3 femmes transformatrices. Le produit est parfois stocké dans des sacs, ou exposé
unités industrielles
sur des étagères.

Unités artisanales: la transformatrice se charge de cette activité ou loue


unités artisanales
Transport 2 2 femmes les services d’un opérateur privé. Transport à l’aide de mobylettes, de
unités industrielles
tricycles ou dans des camions en fonction des distances à parcourir.

Source: résultats de l’enquête sur le terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2

*
Les niveaux d’organisation sont par exemple, le niveau individuel, les ménages, la coopérative.
**Les qualificatifs des équipements, des conditions, de l’accès aux services et à la formation sont les suivants: 4: excellent, 3: bon, 2: moyen, 1: mauvais.
Chapitre 5 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 131

en sous opérations dont l’exécution incombe à Pertes présumées dans la chaîne


plusieurs ou à l’un des trois groupes sociaux d’approvisionnement du maïs
susnommés. On note que les jeunes interviennent Le tableau 2.21 donne une idée de l’importance
pour la plupart des cas dans les sous-opérations présumée des pertes perçue par les acteurs.
nécessitant beaucoup d’effort physique. Pour cette
CAA, les jeunes interviennent davantage dans
la coupe des tiges pour constituer les moyettes, Les points critiques de pertes identifiés par les
dans l’égrenage (l’opérateur de l’égreneuse est acteurs sont les étapes de la récolte, du séchage
toujours jeune), dans les transports des sacs et leur des épis, le stockage au magasin du producteur,
manutention. le transport jusqu’au magasin du grossiste et la
transformation.
La commercialisation du maïs dans la chaîne
d’approvisionnement
Le système de commercialisation du maïs dans
la CAA de l’UPPA/Houet est constitué du rem- Évaluation environnementale
boursement en nature (céréales) par les membres La région des Hauts-Bassins bénéficie de condi-
du crédit de campagne contracté, des achats de tions pédoclimatiques favorables avec une saison
céréales opérés auprès des producteurs/trices, des des pluies débutant généralement en mai et se
contributions volontaires de certains membres, et terminant en octobre-novembre. Elle se situe en
des recettes (payées en nature) des prestations des zone soudano-guinéenne, avec une pluviométrie
égreneuses de maïs. annuelle comprise entre 900 et 1 200 mm.
Les stocks de céréales sont regroupés au niveau Le maïs est la première céréale produite dans la
départemental et acheminés au magasin central région et connaît une intensification de sa produc-
de l’UPPA/Houet à Bobo-Dioulasso. L’UPPA/ tion  de par l’importance accordée à l’utilisation
Houet dans son ensemble, ses unions et ses des intrants (semences, engrais et herbicides). Les
groupements de base membres, commercialisent variétés utilisées proviennent de la recherche agri-
annuellement environ 5 000 tonnes de céréales cole, à savoir SR22, Masongo, Wari, Espoir, etc.
(dont le maïs). La SONAGESS, le Catholic Relief La production du maïs dans les Hauts-Bassins
Services (CRS), le PAM, les unités de transfor- se fait essentiellement en saison des pluies, bien
mations locales, les commerçants grossistes et les qu’une importante quantité soit de plus en plus
consommateurs individuels sont les principaux produite pendant la saison sèche dans des plaines
clients de l’UPPA/Houet. aménagées. Le maïs est produit en monoculture ou
Plusieurs facteurs internes et externes affectent en culture associée avec le niébé.
le fonctionnement normal des marchés, induisant C’est une culture en grande partie manuelle,
souvent les coûts élevés des céréales, notamment utilisant la daba pour les opérations culturales,
le maïs sur les marchés de consommation. Il s’agit telles que le défrichage, le semis, le sarclo-binage
essentiellement de: et surtout la récolte pour constituer les moyettes.
ƒƒ l’état défectueux des routes dans les zones de Cependant la production est beaucoup plus méca-
production; nisée que celle du sorgho, avec l’utilisation de la
ƒƒ la faible capacité financière des commerçants, charrue et du tracteur qui a connu un dévelop-
ne leur permettant pas de tirer profit des pement relativement plus important dans cette
stockages de longue durée; région. Ainsi, certaines opérations comme les
ƒƒ les coûts de manutention et les prélèvements labours et les sarclages, et quelques fois le semis
illicites lors du transport. En effet, en dehors et le buttage sont faites à la charrue ou au tracteur.
des prélèvements officiels (taxes, péages), les Les exploitations agricoles de maïs utilisent
transporteurs routiers sont victimes de frais beaucoup plus d’engrais (urée et NPK) que les
illicites, dont les montants sont jugés exorbi- exploitations vivrières (sorgho, mil, niébé, fonio,
tants dans certains pays voisins. etc.), ce qui, en conjugaison avec la fumure
organique et le potentiel productif de certaines
Le diagramme de flux de la chaîne d’approvision- variétés améliorées de maïs, rentabilise mieux
nement du maïs dans la région des Hauts-Bassins les investissements sur l’exploitation. Le maïs
est présenté dans la figure 2.2. est particulièrement utilisé en rotation avec le
coton pour lui faire profiter de l’arrière effet de
l’engrais coton.
132 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2

FIGURE 2.2
Diagramme de flux de la chaîne d’approvisionnement du maïs dans la région des Hauts-Bassins

Récolte
(coupe des épis)

Déspathage

Séchage des épis

Tri

Égrenage

Vannage
(si nécessaire)

Conditionnement

Transport

Stockage à domicile Stockage au magasin


(en sacs)

Vente groupée/
Transport au marché
producteurs

Stockage chez Transport/ Transformateurs/


le collecteur commerçant trices

Transport
Stockage (grossiste)
au grossiste

Commercialisation
(institutions, export)

Le stockage du maïs se fait dans un premier Le moyen de transport privilégié est la charrette
temps en épis au champ. Dans certaines exploita- asine. De plus en plus de ménages font appel aux
tions, le stockage en épis peut perdurer lorsque les motos tricycles à essence pour les transferts des
épis sont conservés à domicile. Dans la majorité des récoltes (épis ou grains) des champs vers les lieux
exploitations, les grains de maïs issus de l’égrenage de stockage. Les camions diesel sont essentiel-
sont stockés en sacs et quelque fois traités avec des lement utilisés pour les transferts des quantités
insecticides. L’utilisation des silos métalliques, de commercialisées des marchés des localités vers les
sacs triple fond ou même les magasins individuels marchés des grands centres urbains.
ou communautaires, est de plus en plus observée La commercialisation du maïs est faite au
pour le stockage des grains. moyen d’unités de mesure locales (yoruba, boîte
TABLEAU 2.21
Importance des pertes de maïs selon la perception des acteurs (région des Hauts-Bassins)
Importance des différentes opérations en termes de pertes
Observations
Non importantes Importantes Très importantes
Opérations
Pertes Pertes Pertes Pertes Pertes Pertes
quantitatives qualitatives quantitatives qualitatives quantitatives qualitatives

Grains des épis tombés attaqués par les termites +


Récolte x x
fournis + pourriture (si pluie tardive)

Déspathage x x

Séchage des épis x x Moisissure des couches inférieures des épis

Tri x x

Égrenage x x

Vannage x x Les résidus d’égrenage ne sont pas vannés

Conditionnement x x Dans des sacs neufs


Chapitre 5 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins

Transport x x Si les grains sont conditionnés dans des sacs neufs

Stockage au magasin du Teneur en humidité élevée des grains Action des


x x
producteur déprédateurs (souris, insectes)

Stockage chez le collecteur x x Rotation rapide

Les sacs des collecteurs sont souvent troués, d’où les


Transport chez le grossiste x x
pertes de grains

Manutention x x

Stockage chez le grossiste x x La rotation est souvent rapide

Transport chez le client Les sacs utilisés pour fournir les institutions sont
x x
(institution, export) neufs

Transformation x x

Source: résultats de l’analyse préliminaire et de l’enquête sur le terrain réalisées entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
133
134 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2

de tomate, tine, etc.), puis en sacs de 100 kg en ducteurs/trices ont permis d’identifier les points
polypropylène. L’utilisation des bascules inter- critiques suivants, pour lesquels on enregistre les
vient bien souvent dans le cadre de transactions principales pertes quantitatives et qualitatives.
beaucoup plus formelles comme les achats insti- Les points où les pertes ont été évaluées sont, la
tutionnels. récolte, l’égrenage, le transport, le stockage et la
transformation en farine.
LES PERTES APRÈS RECOLTE DANS LA
CHAÎNE D’APPROVISIONNEMENT DU Pertes quantitatives du maïs
MAÏS Les pertes quantitatives sont déterminées aux
Résultats de l’évaluation des pertes étapes de la récolte, de l’égrenage mécanique, du
quantitatives stockage, du transport des sacs chez le commer-
La réplication de l’étude sur les pertes après récolte çant et de la transformation.
du maïs est conduite au cours de la campagne agri-
cole 2016-2017 dans la région des Hauts-Bassins. Pertes à la récolte
La zone d’étude est située dans la commune de Le taux de pertes à la récolte est le rapport des
Bobo-Dioulasso, deuxième ville du Burkina Faso pertes au champ sur la production totale pour un
située à 365 kilomètres de la capitale Ouagadou- exploitant donné. Deux modes de récolte ont été
gou. observés (photo 2.8):
Les villages retenus pour la réplication ƒƒ La récolte sur pied est observée dans les
sont situés dans un rayon de 30 km autour de localités de Baré, Tolotama et chez deux
Bobo-Dioulasso. Trois exploitants/tes sont iden- exploitants au niveau de Farako-Bâ, soit un
tifiés par localité (Farako-Bâ, Baré, Dafinso et total de huit exploitants.
Tolotama). ƒƒ La récolte en tas (moyettes) est réalisée dans
Avec six exploitants/tes suivis lors de la sai- la localité de Dafinso et chez une exploitante
son précédente, la présente étude de réplication à Farako-Bâ, soit quatre exploitants: elle
concerne douze producteurs/trices, ceci afin de consiste à couper les plants de maïs avec
disposer de plus d’information sur les points l’épi, à les rassembler ensuite en moyettes sur
critiques de pertes (PCP) en couvrant une diversité une période plus ou moins longue (quelques
de pratiques dans les activités d’après récolte du jours à plusieurs semaines). Ensuite, les épis
maïs dans la région. Pour prendre en compte les sont enlevés et déposés sous un abri ou sous
problématiques liées au  genre et aux jeunes dans un arbre pour déspathage.
les PAR, l’échantillon comprend neuf hommes,
dont quatre jeunes et trois femmes. Au cours de la phase de réplication, les pertes à
La revue documentaire, les avis des personnes la récolte sont plus importantes au niveau de la
ressources rencontrées, et les échanges avec les localité de Baré avec un taux moyen de 4,6%;
groupes de discussion (focus groupes) de pro- les pertes sont comparables pour les localités de

PHOTO 2.8
Évaluation des pertes à la récolte du maïs en épis sur pied et en moyettes

Village de Tolotama (Hauts-Bassins), 12 novembre 2016 Village de Dafinso (Hauts-Bassins), 13 novembre 2016
©DAO ABOUBACAR SIDIKI ©THIO BOUMA
Chapitre 5 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 135

Farako-Bâ et de Tolotama avec respectivement 2,6 PHOTO 2.9


et 2,5%. Ces pertes importantes à la récolte sont Dispositif d’évaluation de pertes à l’égrenage du
maïs, village de Farako-Bâ, région des Hauts-Bassins,
remarquées là où la récolte est faite sur pied. Les 7 novembre 2016
plus faibles pertes à la récolte sont observées au
niveau de Dafinso avec un taux moyen de pertes
de 0,7% (récolte en moyettes).

Le taux moyen de pertes à la récolte du maïs


est estimé à 2,5%. Une faible perte à la récolte
est observée à Dafinso avec un taux de pertes
de 0,7% (les épis de maïs sont regroupés en
moyettes) et chez l’exploitante utilisant la même
technique à Farako-Bâ. Le taux moyen de pertes
©TAGNAN INOUSSA ALAIN
était estimé en 2015-2016 à 3,5%.
La récolte en faisant des moyettes n’a pas été
observée dans la zone de l’étude en 2015-2016.
Cette technique semble donner de bons résultats
avec un taux de pertes faible. En se limitant aux
villages pratiquant la récolte des épis sur pied au
cours de cette année, nous avons un taux moyen
de pertes de 3,1%, ce qui se rapproche du taux de
3,5% constaté au cours de la précédente étude.

Les données collectées sont présentées dans le


tableau 2.22.
©HADO SAWADOGO/OUÉDRAOGO
Pertes à l’égrenage (mécanique)
Il est mis en place un film plastique après la
bâche étalée par l’opérateur de l’égreneuse pour
récupérer les grains qui tomberaient en dehors
de cette bâche (photo 2.9); ces grains tombés en Le taux moyen de pertes à l’égrenage du maïs
dehors de la zone de récupération de l’opérateur pour l’année 2016-2017 est estimé à 1,75%. Le
constituent une partie des pertes au cours de l’opé- taux moyen de pertes à l’égrenage du maïs pour
ration d’égrenage. Le ramassage manuel des grains l’année 2015-2016 a été estimé à 5,6%. Cette
au-delà de la bâche de l’opérateur est complété par différence assez importante pourrait provenir du
la récupération des grains non détachés des rachis. degré de séchage des épis et de la dextérité du
Le taux de pertes à l’égrenage est alors le machiniste qui doit adapter la force de ventilation
rapport entre les grains considérés comme perdus du produit pour ne pas propulser les grains loin de
sur le poids total des grains égrenés, auquel sont la bâche étalée.
ajoutées les pertes pour un exploitant donné. Des essais d’égrenage manuel réalisés, il ressort
Les pertes à l’égrenage mécanique du maïs sont que le rendement à l’égrenage optimum des varié-
relativement faibles dans les localités de Farako-Bâ tés de maïs utilisées dans la localité varie de 82 à
Sud et Tolotama, avec des taux moyens de pertes 84%. Ce rendement est d’environ 80% à Fara-
respectives de 2 et 1,5%. ko-Bâ et de 83% à Tolotama. À Farako-Bâ, l’égre-
Le tableau  2.23 présente les données, sur les neuse utilisée dispose d’un moteur autonome,
pertes à l’égrenage, collectées dans ces différentes alors qu’à Tolotama, il est utilisé une égreneuse
localités pour les deux types de battage (battage attelée à un tracteur.
manuel et battage au tracteur).
TABLEAU 2.22
136

Pertes à la récolte du maïs pendant la phase de réplication au cours de la campagne agricole 2016-2017 (région des Hauts-Bassins)
Sexe/âge Taux de
Production Taux moyen
(M: masculin, Mode de Superficie Pertes au Production Taux de pertes pertes par
Localité Exploitant totale récoltée de pertes par
F: féminin, récolte suivie (ha) champ/ha (kg) récoltée/ ha (kg) au champ (%) localité
(kg) an (%)
J: jeune) (%)

Exploitant 1 M/J sur pied 0,53 1 274 96 2 403 3,8

Farako Ba Exploitant 2 M/J sur pied 0,40 884 73 2 209 3,1 2,5

Exploitant 3 F moyettes 0,73 830 6 1 137 0,5

Exploitant 4 M sur pied 3,14 5 376 116 1 712 6,3

Baré Exploitant 5 M sur pied 4,80 8 568 64 1 785 3,4 4,3

Exploitant 6 M sur pied 2,74 9 179 111 3 350 3,2


2,5
Exploitant 7 M 0,45 664 24 1 475 1,6
moyettes
Dafinso Exploitant 8 M/J moyettes 1,07 2 389 7 2 233 0,3 0,7
moyettes
Exploitant 9 M/J 0,97 2 682 5 2 765 0,2

Exploitant 10 F sur pied 0,34 1 263 71 3 714 1,9

Tolotama Exploitant 11 F sur pied 0,76 1 339 62 1 762 3,4 2,4

Exploitant 12 M sur pied 0,85 2 366 56 2 784 2,0

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2
TABLEAU 23
Aux de pertes à l’égrenage du maïs au cours de la campagne agricole 2016-2017 (région des Hauts-Bassins)
Opérations menées

Essai d’égrenage manuel ou Pertes de grains à l’égrenage (kg) Taux moyen Taux moyen
Localités
mécanisé Poids des Poids des Grains Taux de pertes de pertes de pertes
épis (kg) rafles (kg) obtenus (kg) Récupéré sur le Détaché des des grains (%) par localité dans la
plastique rafles (%) région (%)

1er Essai d’égrenage


100 19,1 80,1 0,01 1,00 1,2
mécanisé

2e Essai d’égrenage
100 17,8 80,6 0,03 1,93 2,4 2,0
Farako-Bâ mécanisé
Sud
3e Essai d’égrenage
100 18,2 80,3 0,03 1,83 2,3
mécanisé

Essai d’égrenage manuel 100 15,6 84,4 0 0 - -

1er Essai d’égrenage


100 16,1 82,3 - 1,90 2,2
mécanisé 1,75
e
2 Essai d’égrenage
Chapitre 5 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins

100 15,9 83,1 - 1,19 1,4 1,5


mécanisé

3e Essai d’égrenage
Tolotama 100 15,9 83,4 - 0,83 1,0
mécanisé

Essai d’égrenage manuel 10 1,7 8,3 0 0 - -

Essai d’égrenage manuel 10 1,8 8,2 0 0 - -

Essai d’égrenage manuel 10 1,7 8,3 0 0 - -

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
137
138 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2

Pertes au transport des sacs chez le


commerçant (suivi des cargaisons) En 2016-2017, les pertes moyennes au transport
Trois suivis des cargaisons de maïs sont effectués: sont estimées à 1,57 kg par sac de poids moyen
1. Transport des sacs entre Karankasso Sambla de 97,9 kg (soit 1,6%), contre une perte moyenne
et Bobo-Dioulasso: Le suivi de cargaison de 0,76 kg par sac de poids moyen de 98,2  kg
est fait sur un tronçon de 40 km dont l’état obtenue en 2015-2016 (0,77%).
de la route est médiocre; l’échantillon suivi
porte sur 10 sacs sur une cargaison de 47
sacs à l’état neuf. L’état du véhicule est jugé
passable. La perte moyenne déterminée par Les données collectées sur les pertes au transport
sac est estimée à 3 kg. des sacs de maïs sont présentées dans le tableau 2.24.
2. Transport des sacs entre Banfora et
Bobo-Dioulasso: Ce suivi de cargaison s’est Pertes à la transformation
effectué entre les villes de Banfora et de Au cours de cette phase de réplication de l’étude,
Bobo-Dioulasso, distantes de 80 km sur une le suivi de la transformation n’a porté que sur une
voie bitumée jugée bonne. La cargaison totale unité artisanale, tout comme lors de la première
comprend 53 sacs de 100 kg à l’état neuf dont étude. Les contacts entamés avec le responsable
10 sacs servent pour l’évaluation des pertes. d’une unité semi-industrielle n’ont finalement pas
L’état du véhicule est jugé satisfaisant. La abouti. Au total, trois essais de transformation
perte moyenne est faible et estimée à 0,69 kg artisanale sont suivis pour  la transformation du
par sac. maïs blanc en farine. Les résultats donnent un taux
3. Transport des sacs entre Douna et de conversion moyen de 1,48. Les données sur le
Bobo-Dioulasso: Le suivi de cargaison est processus de transformation sont indiquées dans
parti de Douna pour la ville de Bobo-Diou- le tableau 2.25.
lasso distante de 120 km sur voie bitumée
jugée bonne. La cargaison comprend 78 sacs
de maïs de 100 kg et 10 sacs sont identifiés
pour le suivi. L’état des sacs est jugé passable.
Par contre, l’état du véhicule est jugé satisfai-
sant. La perte moyenne est estimée à 1,01 kg
par sac.

TABLEAU 2.24
Données de suivi de cargaison du maïs au cours de la réplication de l’étude (2016-2017), région des Hauts-Bassins
Paramètres mesurés

Trajet État de la route Poids moyen des Poids moyen des Pertes Pertes
Nombre
sacs au départ sacs à l’arrivée moyennes moyennes
de sacs
(kg) (kg) par sac (kg) par sac (kg)

Karankasso 40 km de voie non


Sambla à Bobo- bitumée en mauvais 10 99,12 96,12 3,00
Dioulasso état

Banfora à Bobo- 80 km de voie 1,57


10 97,89 97,20 0,69
Dioulasso bitumée en bon état

Douna à Bobo- 120 km de voie


10 95,50 94,49 1,01
Dioulasso bitumée en bon état

Moyenne 10 97,50 95,94 1,57 1,57

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
TABLEAU 2.25
Processus de transformation du maïs grain en farine
Produit Maïs blanc

Numéro essai Essai 1 Essai 2 Essai 3

Quantité Taux de Taux Quantité Taux de Taux Quantité Taux de Taux


Procédé Produit
(kg) conversion d’humidité (kg) conversion d’humidité (kg) conversion d’humidité

Sac de maïs acheté sur le


maïs en grain 108,00 1,00 13,1% 112,00 1,00 12,4% 111,80 1,00 12,2%
marché

Décorticage
maïs décortiqué
87,80 1,23 15,4% 87,90 1,27 13,7% 88,70 1,26 11,2%
et vanné
Vannage

maïs nettoyé et
Lavage à l’eau / essorage 126,31 0,86 42,0 % 126,20 0,89 42,1 % 128,10 0,87 41,7 %
trempé

Mouture farine humide 120,70 0,89 40,7 % 121,30 0,92 42,0 % 120,80 0,93 41,2 %

Tamisage 1 farine tamisée 116,10 0,93 117,10 0,96 117,00 0,96

Séchage farine séchée


Chapitre 5 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins

73,80 1,46 6,1 % 75,40 1,49 6,9 % 75,00 1,49 7,1 %


Tamisage 2 farine sèche finie

Source: résultats de l’étude de terrain réalisée entre le 2 novembre 2016 et le 22 avril 2017.
139
140 Rapport de synthèse de la réplication de la première étude (2016-17) - Partie 2

Le rendement brut moyen de la transformation du Pendant la réplication, les pertes au stockage de


maïs blanc12 en farine, au cours des trois essais maïs, cinq mois après la récolte sont estimées à
menés, est de 67,7%, en ne tenant pas compte du 2,7%, soit le même taux de pertes observé en
taux d’humidité de la farine et du grain au départ, 2015-2016 à la même période. L’étude révèle des
contre un rendement moyen de 62,5% obtenu en dégâts importants liés au stockage du maïs dans
2015-2016. Le calcul des pertes au décorticage les conditions locales, généralement dans des sacs
tient compte de la part (17%) que représentent en polypropylène. Les attaques d’insectes sont par-
les enveloppes et le germe du maïs qui sont ordi- ticulièrement importantes, ce qui met en évidence
nairement enlevés pour la production de farine au une mauvaise qualité de stockage du maïs.
Burkina Faso. Ainsi, le calcul de la perte brute à
la transformation est fait de la manière suivante:
100 – 67,7 – 17 = 15,3%.
Ainsi, au cours de cette étude, le taux de pertes à L’évolution des pertes au stockage du maïs est
la transformation a été estimé à 15,3%, une valeur donnée dans le tableau 2.26.
contenue dans celle estimée par Jean François
Cruz sur de tels équipements qui est de 15 à 20% Pertes qualitatives
(Cruz J.F., 1992). La teneur en aflatoxines des échantillons de maïs
En calculant le rendement de transformation sur la prélevés à la récolte et au stockage (six mois après
base de la matière sèche des grains et de la farine, la récolte) a été dosée et les résultats sont consignés
il est de 73,4% soit un taux de perte de 9,6%. dans le tableau 2.27.
Les résultats révèlent des teneurs en dessous
de la limite maximale de 20 ppb, signe que les
produits sont sans danger pour la consommation.
Pertes au stockage Les analyses de la teneur en aflatoxines ont
Les pertes de poids de produits consommables été réalisées du 7 février au 3 mars 2017 pour le
(PPC) sont faibles à la récolte, avec un taux premier échantillonnage (les échantillons étaient
moyen de 0,8%; elles sont cependant élevées pour conservés dans des chambres froides entre le
l’exploitante 9 avec un taux de pertes de 2,4%. moment de la collecte et celui des analyses) et du
Deux échantillons sur six (33%) présentaient des 14 avril au 11 mai 2017 pour le deuxième échan-
attaques d’insectes. tillonnage.
Les pertes moyennes au mois de février, soit
3 mois après la récolte, varient entre 1,3% et 4,6% Matrice de synthèse des résultats sur les pertes
pour une moyenne estimée à 2,4%; des dégâts alimentaires du maïs
causés par les insectes sont observés dans 4 échan- Le tableau 2.28 présente la matrice des résultats
tillons sur 12 (33%). sur les pertes alimentaires du maïs.
Les analyses réalisées au mois d’avril (cinq
mois après la récolte) donnent une moyenne de Causes des pertes et mesures de réduction
pertes de PPC de 2,7% pour des pertes qui ont identifiées
varié entre 1,3 et 6,4%. Les dégâts causés par les Les pertes sont répertoriées au cours de toutes
insectes sont élevés (50% des échantillons) et les opérations de traitement du maïs (de la récolte
particulièrement importants pour l’échantillon 6 jusqu’à la consommation du produit fini), avec des
fortement infesté. taux plus ou moins importants selon les opérations
De façon générale, les dégâts provoqués par les (tableau 2.29).
insectes sont associés aux espèces Rhyzopertha
dominica, Sitophilus sp., Tribolium castaneum et Pertes à la récolte
Ephesia elutella. La présence de moisissures mul- Les principales causes des pertes à la récolte sont
tiples a été observée. les suivantes:
ƒƒ la production de plusieurs cultures par le
paysan;
ƒƒ la charge de travail élevée des membres du
ménage: plusieurs productions ont un cycle
10
  La variété de maïs blanc n’a pas été identifiée, un sac relativement semblable et leur maturité inter-
peut contenir un mélange de variétés de même couleur. vient en fin de saison comme c’est le cas
Chapitre 5 – Le maïs dans la région des Hauts-Bassins 141

TABLEAU 2.26
Évolution des pertes au stockage du maïs au cours de l’année 2016-2017 (région des Hauts-Bassins)
Taux de pertes quantitatives de produits consommables en %

Exploitant(e) Sexe/âge
(M: masculin, À la récolte Au stockage Au stockage
F: féminin, (décembre 2016) (février 2017) (avril 2017)
J: jeune)

Exploitante 1 M/J nd 1,3 1,3

Exploitant 2 F nd 1,5** 1,8**

Exploitant 3 M/J 0,6 2,7 3,5**

Exploitant 4 M/J 0,3 4,1 3,2

Exploitant 5 M 0,2 1,5* 2,9*

Exploitant 6 M nd 4,6 6,4***

Exploitante 7 F nd 2,1 1,5

Exploitant 8 M nd 2,1 2,9*

Exploitante 9 F 2,4** 3,3 2,2

Exploitant 10 M 0,3 2 2,1*

Exploitant 11 M 0,7* 1,7* 1,9

Exploitant 12 M nd 1,3 1,3

Moyenne 0,8 2,4 2,7

Source: résultats d’analyse du laboratoire de la SONAGESS (décembre 2016 - avril 2017).


* légèrement infesté ** moyennement infesté *** fortement infesté

TABLEAU 2.27
Teneur en aflatoxines d’échantillons de maïs grains à la récolte et au stockage (région des Hauts-Bassins)
Aflatoxines totales (B1, B2, G1, G2)
(en ppb)
Limites selon
Localités Appréciation
ISO 16050
À la récolte Six mois après