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T E C H N O LO G I E S D E L' I N F O R M AT I O N

Ti385 - Technologies radars et applications

Gestion du spectre
électromagnétique

Réf. Internet : 42590 | 2nde édition

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III
Cet ouvrage fait par tie de
Technologies radars et applications
(Réf. Internet ti385)
composé de  :

Gestion du spectre électromagnétique Réf. Internet : 42590

Systèmes radars Réf. Internet : 42591

Applications radars Réf. Internet : 42592

Géomatique Réf. Internet : 42641

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IV
Cet ouvrage fait par tie de
Technologies radars et applications
(Réf. Internet ti385)

dont les exper ts scientifiques sont  :

François LE CHEVALIER
Directeur scientifique à Thalès systèmes aéroportés, Professeur à l'université de
Delft

Michel KASSER
Ancien directeur de l’ENSG (Ecole Nationale des Sciences géographiques),
Professeur Responsable de la filière Géomatique à l'école d'ingénieurs
d'Yverdon-les-Bains (Suisse), Président de l’IGSO (Ingénieurs Géomètres de
Suisse Occidentale)

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V
Les auteurs ayant contribué à cet ouvrage sont :

Jean-Benoît AGNANI
Pour l’article : E1303

François DELAVEAU
Pour les articles : TE6890 – TE6891 – TE6892 – TE6893

Pierre-Noël FAVENNEC
Pour les articles : R933 – R934

Jean-Claude GUIGUET
Pour l’article : TE7040

Isabelle HAUTBOIS
Pour l’article : E1303

Yvon LIVRAN
Pour les articles : TE6890 – TE6891 – TE6892 – TE6893

Jean-Pierre LUGUERN
Pour l’article : E1303

Michel NEY
Pour l’article : E1020

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VI
Gestion du spectre électromagnétique
(Réf. Internet 42590)

SOMMAIRE
Réf. Internet page

Bases de l'électromagnétisme E1020 9

Fréquences radioélectriques. Gestion du spectre TE7040 13

Rôle de l'Agence nationale des fréquences E1303 17

Radiosurveillance du spectre. Rôle et tendances TE6890 21

Radiosurveillance du spectre. Interception,réception et détection TE6891 27

Radiosurveillance du spectre. Goniométrie et localisation TE6892 33

Radiosurveillance du spectre. Analyse et identiication des transmissions TE6893 41

Mesure de l'exposition humaine aux champs radioélectriques. Environnement R933 47


radioélectrique
Mesure de l'exposition humaine aux champs radioélectriques. Partie 2 : exposimétrie R934 53

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VII
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Bases de l’électromagnétisme

par Michel NEY


Professeur
Institut Mines-Télécom, TELECOM Bretagne, Brest, France

1. Base de l’électrodynamique .................................................................. E 1 020 - 3


1.1 Évolution des lois électromagnétiques [1] ................................................ — 3
1.2 Lois de Maxwell ........................................................................................... — 4
1.3 Relations constitutives ................................................................................ — 5
1.4 Régime permanent sinusoïdal et notation complexe............................... — 6
1.5 Conditions aux limites................................................................................. — 7
1.5.1 Paroi électrique parfaite ..................................................................... — 7
1.5.2 Paroi magnétique parfaite.................................................................. — 7
1.5.3 Impédance de surface ........................................................................ — 7
1.6 Puissance et énergies.................................................................................. — 8
1.7 Équivalence.................................................................................................. — 8
1.7.1 Théorème de l’induction .................................................................... — 9
1.7.2 Méthode des images .......................................................................... — 9
1.8 Réciprocité.................................................................................................... — 9
1.9 Potentiels...................................................................................................... — 10
2. Équation d’ondes ..................................................................................... — 10
2.1 Équation d’ondes homogène ..................................................................... — 10
2.1.1 Équation d’ondes dans un milieu très conducteur .......................... — 11
2.1.2 Ondes planes uniformes .................................................................... — 11
2.2 Équation d’ondes non homogène.............................................................. — 12
2.2.1 Fonction de Green .............................................................................. — 13
2.2.2 Rayonnement dans l’espace libre ..................................................... — 13
3. Applications de l’électrodynamique................................................... — 13
3.1 Guides d’ondes ............................................................................................ — 14
3.1.1 Modes de propagation ....................................................................... — 14
3.1.2 Équation du guide uniforme.............................................................. — 14
3.1.3 Diagramme de dispersion.................................................................. — 14
3.1.4 Cas particulier du mode TEM ............................................................. — 15
3.2 Rayonnement élémentaire.......................................................................... — 16
3.2.1 Champs du courant élémentaire ....................................................... — 16
3.2.2 Champs rayonnés en zone lointaine ................................................. — 16
3.3 Réflexion et réfraction des ondes............................................................... — 17
p。イオエゥッョ@Z@。ッエ@RPPT@M@d・イョゥ│イ・@カ。ャゥ、。エゥッョ@Z@ェオゥャャ・エ@RPQU

3.3.1 Lois de Snell-Descartes ...................................................................... — 17


3.3.2 Coefficients de Fresnel ....................................................................... — 17
3.3.3 Réflexion totale ................................................................................... — 18
3.3.4 Angle de Brewster .............................................................................. — 18
4. Conclusion ................................................................................................. — 19
Références bibliographiques ......................................................................... — 19

es phénomènes électromagnétiques ont été longtemps négligés voire


L ignorés. La raison est due au fait que les systèmes ont longtemps opéré à
des fréquences relativement basses pour lesquelles la longueur d’onde était
bien plus grande que leurs dimensions. C’est donc tout d’abord dans le
domaine des machines électriques que l’on s’est mis à chercher le moyen de

Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur E 1 020 − 1


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BASES DE L’ÉLECTROMAGNÉTISME _______________________________________________________________________________________________________

résoudre les équations de type Laplace ou de Poisson qui régissent les champs
en électrostatique et magnétostatique. Ces équations sont les formes statiques
de l’équation d’ondes et permettent de déterminer les champs (ou plus géné-
ralement les potentiels associés) dans les structures puis d’en déduire les dis-
tributions de charges ou de courants. En ce qui concerne les circuits, les
lemmes de Kirchhoff ont depuis longtemps été introduits dans des logiciels
sophistiqués qui permettent de résoudre des circuits d’une grande complexité.
Dans ce cas, les éléments sont localisés et il n’est nul besoin pour l’ingénieur
de connaître les phénomènes liés à l’électromagnétisme pour concevoir le
schéma du circuit et ensuite l’analyser et prédire ses performances. Les phéno-
mènes de rayonnement et couplage étaient plutôt le problème des ingénieurs
s’occupant des antennes ou de la propagation des ondes dans divers milieux
ou structures.
Pourtant, les concepteurs de dispositifs ont été très vite confrontés à des
problèmes liés à deux contraintes. L’augmentation des débits numériques et
des fréquences opérationnelles et la miniaturisation des dispositifs pour en
réduire leur encombrement et leur poids. C’est alors qu’apparaissent les pre-
miers symptômes remettant en question les modèles traditionnels pour la
conception des circuits. Les éléments non seulement ne sont plus des induc-
tances, capacités ou résistances pures mais les interconnexions deviennent des
lignes de transmission qui introduisent des retards, des pertes et de la disper-
sion (distorsion des signaux). De plus, les couplages entre lignes et/ou élé-
ments sont à prendre en compte pour éviter des prédictions de performances
erronées. Finalement, les signaux qui se propagent dans les dispositifs ne sont
plus assimilables à une tension (ou un courant) localisée, communément utili-
sée en circuit, mais plutôt à des ondes dont la théorie des lignes constitue une
première approximation. D’une manière plus générale, la présence de discon-
tinuités favorise la génération de modes supérieurs qui provoquent des
réflexions et un rayonnement dans le cas de structures ouvertes. Tous ces phé-
nomènes doivent être pris en compte plus ou moins rigoureusement dans de
nombreux domaines du génie électrique :
— caractérisation de guides (situations pour lesquelles le concept de lignes
doit être abandonné) ;
— caractérisation de discontinuités (aussi la prise en compte de l'effet de
répartition des éléments localisés) ;
— couplage en champs proches, interférences électromagnétiques et CEM
(compatibilité électromagnétique) ;
— évaluation du rayonnement, antennes, SER (surface équivalente radar) ;
— propagation (réseaux radios intra-muraux ou non).
Cette liste est loin d’être exhaustive et d’autres applications pourraient être
mentionnées comme la diffusion par des objets soumis à un rayonnement,
imagerie d’objets (problème inverse), optique, caractérisation des matériaux,
applications industrielles et biomédicales des ondes.
Ce constat nous fait prendre conscience de l’importance de l’électromagné-
tisme. Dans toutes les applications mentionnées, une solution réside tout
d’abord dans la résolution des équations régissant le champ électromagnétique
dont la forme fondamentale a été proposée par Maxwell en 1865. Si celui-ci a
eu le génie d’assembler sous la forme d’équations les phénomènes observés
expérimentalement, il ne nous a malheureusement pas donné la recette pour
les résoudre. Alors que l’activité consistant à essayer de résoudre ces équa-
tions a longtemps paru comme un exercice purement académique, elle est
devenue un exercice de plus en plus incontournable pour l’analyse et la
conception de beaucoup de dispositifs, ce qui est devenu possible avec le
développement de méthodes numériques et l’évolution de la puissance des
calculateurs. Cependant, l’exigence en termes de coût de calcul est encore pro-
hibitive pour beaucoup de cas. Malgré un doublement des performances des
calculateurs tous les six mois durant ces dernières années, la complexité des
problèmes croît au même rythme. C’est pourquoi, il existe toujours une intense
activité de recherche autour du calcul électromagnétique pour augmenter les
performances des modèles.

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E 1 020 − 2 © Techniques de l’Ingénieur

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_______________________________________________________________________________________________________ BASES DE L’ÉLECTROMAGNÉTISME

1. Base de l’électrodynamique
n

Dans ce paragraphe, une brève évocation historique décrit le da


cheminement des idées qui ont amené Maxwell à unifier les diffé- S
rentes découvertes expérimentales de l’époque par ses fameuses V
équations. La forme locale de ces équations, dont on tire les équa-
tions différentielles telles que les équations d'ondes, font appel à
des opérateurs scalaires et vectoriels liant le champ électromagné-
tique et leurs sources au point d’observation et à un temps donné. Figure 2 – Géométrie pour la loi de Gauss sous forme intégrale
Pour résoudre ces équations, le nombre d’inconnues doit être
réduit en introduisant l’effet de la matière par les relations
constitutives.
En ce qui concerne la charge électrique, de nombreux travaux
expérimentaux en particulier par Coulomb avaient été effectués. Il
en découle que la force entre deux charges est inversement pro-
1.1 Évolution des lois portionnelle au carré de la distance qui les sépare. Les développe-
électromagnétiques [1] ments mathématiques de Gauss ont permis d’établir une relation
qui traduit cette dépendance d’une façon générale et qui porte son
nom. Elle s’écrit en notation moderne :
Dans la première moitié du XIXe siècle, de nombreux travaux
expérimentaux ont été effectués dans le domaine des courants
9 ∫∫∫ρ
électriques, principalement par Oersted et Ampère [1]. Ce dernier ( r,t ) dv
D ( r,t ) • nda = (2)
détecte les lignes du champ magnétique produit par les courants
galvaniques. Il en déduit la loi qui porte son nom et qui s’écrit en S V
notation moderne : avec S surface fermée entourant le volume V (figure 2),
D (A · s/m2) vecteur du déplacement électrique,

°∫ C
H (ᐉ) • d ᐉ =
∫∫
Σ
J ( r ) • n da (1) ρ (A · s/m3) densité nette de charges libres existant dans ce
volume.
Nota : on entend par charges libres, celles susceptibles de se déplacer librement sous
avec H (A/m) vecteur du champ ou intensité magnétique, l’action d’un champ (électrons, ions, trous dans les semi-conducteurs) par contraste avec
les charges liées existant dans les diélectriques sous forme de dipôles par exemple.
J (A/m2) vecteur de la densité de courant de charges libres,
n vecteur unitaire normal à une surface Σ s’appuyant sur Une première remarque s’impose : la loi reste valable dans le
un contour C arbitraire, cas dynamique. En plus, nous parlons d’une densité de charges
libres alors que nous savons que fondamentalement la charge est
r rayon vecteur pointant vers le point d’intégration quantifiée. Dans cet ouvrage, nous ferons l’hypothèse que même
(figure 1). dans l’élément infinitésimal de volume dv repéré par le rayon vec-
Le chemin peut n’entourer qu’une partie de la distribution de teur r au temps t, il existe suffisamment de charge pour y définir
courant. Cette relation mathématique reflète exactement les obser- une densité moyenne ρ (r, t). Il s’agit du modèle continu de
vations d’Ampère : la circulation du champ magnétique autour d’un Maxwell qui est valablement utilisé si les structures et milieux sont
chemin fermé (force magnétomotrice) est égale au courant net observés à l’échelle macroscopique. Cette observation s’applique
total entouré par ce chemin. Ce courant se calcule par l’intégrale du de la même manière à la densité de courant. La loi de Gauss (2) est
membre de droite de l’équation (1) sur n’importe quelle surface la traduction générale d’observations expérimentales. En effet, si
s’appuyant sur ce chemin. Il doit être souligné que cette relation nous revenons au cas statique, l’intégrale du membre de droite cal-
est exacte en régime statique. cule la charge nette totale qui existe à l’intérieur du volume V alors
que celle de gauche exprime le flux du déplacement à travers S.
Par exemple, l’existence de deux charges égales mais de signe
opposé (doublet électrique ou dipôle) à l’intérieur de V produit un flux
nul : les lignes de champ se referment sur elles-mêmes. Cette obser-
J vation, démontrée par l’équation (2), montre que lorsque le flux d’une
quantité vectorielle est nul à travers une surface fermée quelconque,
n alors il n’y a pas de charges (ou densités de charges) nettes qui peuvent
générer ce champ.
da
La propriété ci-avant est conforme à l’observation faite par
Ampère et autres chercheurs sur les lignes du champ magnétique :
elles se referment toujours sur elles-mêmes. Il en est facile de
déduire par similitude à l’équation (2) la loi de conservation du flux
Σ magnétique :
Distribution
de courant
r
9 B ( r,t ) • nda = 0 (3)
S

dᐉ avec B (V · s/m2) champ d’induction magnétique.
Elle traduit bien le fait que des monopôles (ou charges) magné-
C tiques n’existent pas (bien que prédites théoriquement par Dirac,
O
elles n’ont pas été encore détectées dans la nature) : la présence
d’un pôle nord d’un aimant est toujours accompagnée par celle
Figure 1 – Géométrie pour la loi d’Ampère sous forme intégrale d’un pôle sud.

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BASES DE L’ÉLECTROMAGNÉTISME _______________________________________________________________________________________________________

1.2 Lois de Maxwell


D
L’état de l’art à cette époque montre que le concept de l’électro-
magnétisme est encore loin d’être unifié. On peut maintenant le
Σ1 Σ2
comprendre car les lois montrent que magnétisme et électricité ne
se couplent qu’en régime dynamique. Ces deux phénomènes sont
considérés comme étant de nature différente : il existe des cou-
rants galvaniques qui génèrent des champs magnétiques et les
charges le champ électrique. Une expérience bouleverse alors C
S
l’opinion des savants de l’époque : Faraday, un expérimentateur
génial, veut montrer qu’un courant (galvanique) peut générer un I
autre courant. Il pense alors à un phénomène d’induction pure-
ment dû aux lignes de force magnétique. Son montage contient
deux enroulements sur un tore en fer, l’un étant connecté à un gal-
vanomètre, l’autre à une batterie par un fil muni d’un interrupteur.
Lorsqu’il enclenche la batterie, il ne remarque aucune présence de
courant à la lecture du galvanomètre. Cependant, après plusieurs a
essais, il observe une rapide déflexion de l’aiguille avant de retour-
ner à zéro au moment de la commutation. Il doit se rendre à l’évi-
dence que c’est plutôt la variation des lignes de champ à travers D
l’enroulement secondaire qui induit un mouvement de charges. Σ1
Malheureusement pour lui, il n’avait pas le sens de synthèse et le
Σ2
génie théorique pour expliquer l’interaction entre les phénomènes
électriques et magnétiques ainsi que la formulation de lois mathé-
matiques qui les régissent.
Nota : Henry (1797-1878) fit la même découverte deux ans auparavant mais n’obtint pas
la notoriété méritée car il ne publia pas ses travaux ! C
L’écossais James Clerk Maxwell (1831-1879) était un grand admi-
rateur de Faraday. Il met sous forme mathématique les résultats de S I
Faraday appelée loi d’induction (ou de Faraday-Maxwell) et qui
s’écrit en notation moderne :


°∫
C
E ( ᐉ, t ) • d ᐉ = – --------
∂t ∫∫
Σ
B (r, t ) • nda (4)
b
avec E (V/m) champ électrique.
Cette loi d’induction possède une interprétation physique simi- Figure 3 – Loi d’Ampère appliquée à la charge d’un condensateur
laire à celle de l’équation (1) : la circulation du champ électrique
autour d’un chemin fermé quelconque C (force électromotrice) est
égale à la contre-variation temporelle du flux magnétique à travers
toute surface Σ s’appuyant sur ce contour (figure 1). Le signe "-"
traduit le principe de la loi de Lenz : la force électromotrice induite L’intégrale du dernier membre de droite et celle du membre de
produit toujours un flux opposé à celui qui l’a créé. gauche possèdent la même explication physique que pour l’équa-
tion (1). La première intégrale du membre de droite exprime le
Le concept de couplage entre le magnétisme et l’électricité était courant de déplacement lié au déplacement et à l’accumulation de
maintenant établi dans le cas dynamique. Maxwell a eu cependant charge (stockage dynamique d’énergie). Il n’existe que dans le cas
l’intuition que la loi d’Ampère (1) n’était pas complète. Considérons dynamique et ne requiert pas nécessairement un support physique
le cas académique d’un condensateur en train d’être chargé lente- puisqu’il peut exister dans le vide absolu, les ondes en étant l’illus-
ment par une batterie. Soit une surface fermée S entourant un des tration la plus significative.
conducteurs alimentant une armature (figure 3). D’après l’équation
(1), la force magnétomotrice doit être nulle puisque la surface Très controversée du vivant de Maxwell, il faudra attendre huit
fermée S peut être vue comme Σ 1 ∪ Σ 2 , chacune s’appuyant sur un ans après sa mort pour que triomphe sa théorie au travers des
même contour C (figure 3a). Parce que l’équation (1) devrait être expériences de Hertz. Ce dernier génère et détecte expérimentale-
valable quel que soit S, nous pourrions choisir celle-ci de façon à ment les ondes électromagnétiques prédites par Maxwell. Sa théo-
ce qu’elle entoure une des armatures (figure 3b). Visiblement, le rie est pleinement compatible avec la théorie de la relativité
flux de J à travers S selon l’équation (1) ne peut être nul : il man- puisque invariante sous les transformations de Lorentz. Elle n’a
querait un terme qui prendrait en compte le flux d’une quantité donc pas été mise en défaut jusqu’à maintenant.
vectorielle existant entre les armatures. Cette expérience imaginée
bien après Maxwell [2] montre que dans le cas dynamique, la loi (1) Les formes (1) à (5) ne permettent cependant pas la solution de
n’est plus valable. problème sauf pour quelques cas particuliers comme certaines
structures simples à symétrie de révolution. Il est donc préférable
Le cheminement intellectuel de Maxwell n’est pas certain. Il sem- d’exprimer ces équations sous forme locale, c’est-à-dire en
ble que, par pure intuition basée probablement sur la dualité avec considérant un volume infinitésimal de l’espace dans lequel les
la loi d’induction, Maxwell y ajoute un terme (qui doit s’annuler grandeurs électromagnétiques sont reliées par des équations diffé-
dans le cas statique) et qu’il nomme courant de déplacement. Cette rentielles. Cela est possible par la propriété mathématique des
loi (appelée d’Ampère-Maxwell ou d’Ampère généralisée) s’écrit en intégrales impliquées dans les expressions (1) à (5).
notation moderne :
Tout d’abord, considérons l’équation (4) pour laquelle nous divi-
∂ sons les deux membres par l’aire de Σ, faisons tendre celle-ci vers

°∫
C
H ( ᐉ, t ) • d ᐉ = -------
∂t ∫∫
Σ
D ( r , t ) • n da +
∫∫
Σ
J ( r , t ) • n da (5) zéro et C se réduire autour d’un point intérieur quelconque. À la
limite, le membre de gauche tend vers la définition du rotationnel

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Fréquences radioélectriques
Gestion du spectre
par Jean-Claude GUIGUET
Ingénieur général de l’Armement
Président du conseil d’administration de l’Agence nationale des fréquences

1. Utilisation du spectre radioélectrique ............................................... TE 7 040 – 2


1.1 Services radioélectriques............................................................................ — 2
1.2 Emploi des bandes de fréquences ............................................................. — 4
2. Organisation de la gestion du spectre au plan mondial ............... — 5
2.1 Union Internationale des Télécommunications (UIT)................................ — 5
2.2 Règlement des Radiocommunications (RR).............................................. — 6
2.3 Conférence Mondiale des Radiocommunications (CMR) ........................ — 8
2.4 Comité du Règlement des Radiocommunications (RRB)......................... — 9
3. Organisation de la gestion du spectre au plan européen............. — 9
3.1 Union Européenne et Commission Européenne (UE et CE) .................... — 9
3.2 Conférence européenne des administrations des postes
et télécommunications (CEPT) ................................................................... — 9
4. Organisation de la gestion du spectre au plan français ............... — 11
4.1 Organisation générale – Principes de base ............................................... — 11
4.2 Autorité de Régulation des Télécommunications (ART) ........................... — 11
4.3 Agence nationale des fréquences (ANFR) ................................................. — 12
4.4 Tableau national de répartition des bandes de fréquences (TNRBF) ...... — 13
4.5 Fonds de réaménagement du spectre ....................................................... — 14
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. TE 7040

epuis la transmission sans aucun lien physique à quelques 250 m de dis-


D tance d’un message morse réussie en 1896 par le physicien russe Popov en
combinant l’éclateur de Hertz, le cohéreur de Branly et l’antenne qu’il venait
d’inventer, les ondes électromagnétiques ont vu s’ouvrir un très grand nombre
d’utilisations débordant largement le seul domaine des communications en
même temps que les progrès de la technologie permettaient de maîtriser une
portion de plus en plus importante du spectre radioélectrique.
On peut estimer que, au prix d’un effort technique et juridique continu et extrê-
mement important, la communauté internationale des radiocommunications
réussit à développer avec un préavis suffisant et d’une façon globalement très
efficace les évolutions réglementaires nécessaires. Grâce à cette activité perma-
nente de planification, de gestion et de contrôle du spectre, les nombreuses
innovations techniques qui résultent des progrès de la technologie électronique
trouvent dans leur quasi-totalité, un cadre favorable à leur développement, à
leur large diffusion et à leur bon fonctionnement, en cohabitation avec les utili-
sations plus traditionnelles, voire anciennes, et en ne générant qu’un nombre de
brouillages et de conflits extraordinairement modeste au regard du foisonne-
ment des utilisations, de la foule énorme des utilisateurs et de l’importance capi-
tale des services offerts par ces technologies.
(0)
p。イオエゥッョ@Z@ュ。ゥ@RPPS

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QS
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teWPTP

FRÉQUENCES RADIOÉLECTRIQUES _________________________________________________________________________________________________________

Principaux sigles Principaux sigles (suite)

ANFR Agence nationale des fréquences HF Hautes fréquences (3 à 30 MHz)

ART Autorité de Régulation des Télécommunications ILS Instrument Landing System


CAF Commission d’assignation des fréquences ISM (appareil ou système) industriel, scientifique et médical
CB Citizen’s Band ITU International Telecommunications Union
CE Commission Européenne
LF Low Frequency (de 100 à 300 kHz)
CEPT Conférence Européenne des administrations des Postes
et Télécommunications (OR) en dehors des routes (caractérisation de l’emploi des ser-
vices aéronautiques)
CMR Conférence Mondiale des Radiocommunications
PT Project Team
CPG Conference Preparatory Group
(R) le long des routes (caractérisation de l’emploi des servi-
DECT Digital European Cordless Telephone ces aéronautiques)

DME Distance Measuring Equipment RR Règlement des Radiocommunications

ECC Electronic Communication Committee RRB Radio Regulation Board (Comité du Règlement des
Radiocommunications)
ECO European Communication Office
RRI Réseaux radio indépendants
ECP European Common Proposal
TNRBF Tableau national de répartition des bandes de fréquences
ERC European Radiocommunication Committee
TV Télévision
ECTRA European Committee for Telecommunications Regula-
tory Affairs UE Union Européenne
ERO European Radiocommunication Office
UIT Union Internationale des Télécommunications
FH Faisceau hertzien
UMTS Universal Mobile Telecommunications System
FM Frequency Modulation
VHF Very High Frequency (30 à 300 MHz)
GEO Geostationary Orbit
VLF Very Low Frequency (9 à 100 kHz)
CPG Groupe de Préparation des Conférences
VOR VHF Omnidirectional Range
GPS Global Positionning System
WG Working Group (FM Frequency Management, RR Radio
GSM Groupe spécial mobile Regulatory, SE Spectrum Engineering)

1. Utilisation du spectre et efficace l’utilisation des possibilités ainsi ouvertes, il a été défini un
ensemble de services de radiocommunications auxquels peuvent se
radioélectrique rattacher tous les systèmes et équipements utilisant les émissions
radioélectriques. Leur liste réglementaire française, reproduisant
strictement la liste internationale présentée par le Règlement des
Radiocommunications (RR) que l’on verra au paragraphe 2.2, est
1.1 Services radioélectriques donnée par le tableau 1 et les définitions de quelques services parmi
les plus importants sont données dans l’encadré ci-après. On remar-
quera que, pour la plupart des cas, il existe à la fois un service de titre
Dans le cadre de dispositions réglementaires qui seront explicitées non spécifié qui se rapporte à des radiocommunications de Terre et
plus loin (§ 2, 3 et 4) et pour organiser de la façon la plus rationnelle un service de même finalité assuré par satellite.

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________________________________________________________________________________________________________ FRÉQUENCES RADIOÉLECTRIQUES

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Tableau 1 – Liste des services de radiocommunications


Service fixe
Service fixe par satellite (1)
Service intersatellites
Service d’exploitation spatiale (2)
Service mobile
Service mobile aéronautique
Service mobile aéronautique en dehors des routes (OR)
Service mobile aéronautique le long des routes (R)
Service mobile sauf aéronautique
Service mobile sauf aéronautique le long des routes (R)
Service mobile par satellite (1)
Service mobile terrestre par satellite (1)
Service mobile maritime par satellite (1)
Service mobile par satellite sauf aéronautique par satellite
Service mobile aéronautique par satellite (1)
Service mobile aéronautique en dehors des routes (OR) par satellite (1)
Service mobile aéronautique par satellite (R) (1)
Service mobile par satellite sauf aéronautique le long des routes (R) par satellite (1)
Service mobile par satellite sauf aéronautique en dehors des routes (OR) par satellite (1)
Service de radiodiffusion
Service de radiodiffusion par satellite
Service de radiorepérage
Service de radiorepérage par satellite (1)
Service de radiolocalisation
Service de radiolocalisation par satellite (1)
Service de radionavigation
Service de radionavigation par satellite (2)
Service de radionavigation maritime
Service de radionavigation maritime par satellite
Service de radionavigation aéronautique
Service de radionavigation aéronautique par satellite
Service des auxiliaires de la météorologie
Service de météorologie par satellite (1)
Service d’exploration de la Terre par satellite (2)
Service d’exploration de la Terre par satellite par détecteur actif (2)
Service d’exploration de la Terre par satellite par détecteur passif (2)
Service de recherche spatiale (2)
Service de recherche spatiale par détecteur actif (2)
Service de recherche spatiale par détecteur passif
Service d’amateur
Service d’amateur par satellite (1)
Service de radioastronomie
Service des fréquences étalon et des signaux horaires
Service des fréquences étalon et des signaux horaires par satellite (1)
(1) On distingue le service dans son ensemble et les deux services limités aux liaisons espace vers Terre, Terre vers espace.
(2) On distingue le service dans son ensemble et les trois services limités aux liaisons espace vers Terre, Terre vers espace, espace-espace.

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FRÉQUENCES RADIOÉLECTRIQUES _________________________________________________________________________________________________________

Exemples de services radioélectriques particulièrement Ce service peut aussi comprendre les liaisons de connexion
importants (extraits du RR) nécessaires à son exploitation.
Service fixe : service de radiocommunication entre points Service de recherche spatiale : service de radiocommunica-
fixes déterminés. tion dans lequel on utilise des engins spatiaux ou d’autres objets
Service fixe par satellite : service de radiocommunication spatiaux aux fins de recherche scientifique ou technique.
entre stations terriennes situées en des emplacements donnés Service d’amateur : service de radiocommunication ayant
lorsqu’il est fait usage d’un ou de plusieurs satellites ; l’emplace- pour objet l’instruction individuelle, l’intercommunication et les
ment donné peut être un point fixe déterminé ou tout point fixe études techniques, effectué par des amateurs, c’est-à-dire par
situé dans des zones déterminées ; dans certains cas, ce service des personnes dûment autorisées, s’intéressant à la technique
comprend des liaisons entre satellites, qui peuvent également de la radioélectricité à titre uniquement personnel et sans intérêt
être assurées au sein du service intersatellites ; le service fixe par pécuniaire.
satellite peut en outre comprendre des liaisons de connexion
pour d’autres services de radiocommunication spatiale.
Nota :
Service mobile : service de radiocommunication entre sta- (R) : le long des routes, correspondant essentiellement à la circulation aérienne commerciale.
tions mobiles et stations terrestres, ou entre stations mobiles. (OR) : en dehors des routes, notamment la circulation aérienne militaire.
Service mobile par satellite : service de radiocommunication :
— entre des stations terriennes mobiles et une ou plusieurs
stations spatiales, ou entre des stations spatiales utilisées par ce
service ; 1.2 Emploi des bandes de fréquences
— entre des stations terriennes mobiles, par l’intermédiaire
d’une ou plusieurs stations spatiales.
1.2.1 Plan technique
Ce service peut en outre comprendre les liaisons de con-
nexion nécessaires à son exploitation.
Suivant les fréquences, entre les limites extrêmes des fréquences
Service mobile terrestre : service mobile entre stations de base considérées par le Règlement des Radiocommunications, c’est-à-
et stations mobiles terrestres, ou entre stations mobiles terrestres.
dire entre 9 kHz (9 · 103 Hz soit une longueur d’onde de 33 km) et
Service mobile maritime : service mobile entre stations
côtières et stations de navire, ou entre stations de navire, ou 1 000 GHz (1012 Hz soit une longueur d’onde de 0,3 mm), les modes
entre stations de communications de bord associées ; les sta- de génération, le niveau de puissances disponibles, l’encombre-
tions d’engin de sauvetage et les stations de radiobalise de loca- ment des appareils et des antennes et les propriétés de propagation
lisation des sinistres peuvent également participer à ce service. varient énormément. Il en découle des utilisations très différentes
Service mobile aéronautique : service mobile entre stations dont le tableau 2 donne quelques exemples typiques.
aéronautiques et stations d’aéronef, ou entre stations d’aéronef,
auquel les stations d’engin de sauvetage peuvent également
participer ; les stations de radiobalise de localisation des sinis-
1.2.2 Plan juridique
tres peuvent également participer à ce service sur des fréquen-
ces de détresse et d’urgence désignées. Le spectre radioélectrique fait partie du domaine public de l’État
Service mobile aéronautique (R) : service mobile et son utilisation par chaque pays rentre dans son domaine de sou-
aéronautique, réservé aux communications relatives à la sécu- veraineté. Tous les pays, des plus puissants aux plus modestes, prê-
rité et à la régularité des vols, principalement le long des routes tent d’ailleurs la plus grande attention à l’usage qu’ils font du
nationales ou internationales de l’aviation civile. spectre radioélectrique pour les besoins régaliens qui concernent la
sécurité extérieure (défense, diplomatie) ou intérieure (sécurité, for-
Service mobile aéronautique (OR) : service mobile
ces de police, service d’incendie et de secours, navigation aérienne,
aéronautique destiné à assurer les communications, y compris
etc.) du pays, de ses citoyens ou de son économie.
celles relatives à la coordination des vols, principalement hors
des routes nationales ou internationales de l’aviation civile. Les pays s’intéressent évidemment également de très près à la
Service de radiodiffusion : service de radiocommunication dont façon dont fonctionnent les réseaux à vocation commerciale, qu’il
les émissions sont destinées à être reçues directement par le public s’agisse des télécommunications civiles ou de la radiodiffusion
en général. Ce service peut comprendre des émissions sonores, sonore et télévisuelle. Ces réseaux constituent en effet des facteurs
des émissions de télévision ou d’autres genres d’émission. de développement direct et indirect à la fois parce qu’ils peuvent,
Service de radiodiffusion par satellite : service de radiocom- dans certains cas, contribuer d’une façon significative aux ressour-
munication dans lequel des signaux émis ou retransmis par des ces financières de l’État et qu’ils participent, dans tous les cas, large-
stations spatiales sont destinés à être reçus directement par le ment au développement de l’ensemble de l’économie du pays, à la
public en général. Dans le service de radiodiffusion par satellite, fois par l’activité de leur secteur propre et à travers les services
l’expression « reçus directement » s’applique à la fois à la apportés à l’ensemble des branches économiques.
réception individuelle et à la réception communautaire. Mais l’exercice de cette souveraineté de chaque État ne peut pas
Service d’exploration de la Terre par satellite : service de se faire au détriment des autres pays alors que la propagation des
radiocommunication entre des stations terriennes et une ou plu- ondes électromagnétiques ne connaît pas les frontières, couvrant
sieurs stations spatiales, qui peut comprendre des liaisons entre souvent des zones beaucoup plus larges du globe, voire le monde
stations spatiales, et dans lequel : entier. De plus, les moyens de télécommunications sont particuliè-
— des renseignements relatifs aux caractéristiques de la Terre rement destinés à permettre d’établir des relations entre les nations.
et de ses phénomènes naturels, y compris des données sur l’état Enfin, le coût élevé du développement des systèmes et équipe-
de l’environnement, sont obtenus à partir de détecteurs actifs ou ments de télécommunications, à l’origine des progrès fabuleux que
de détecteurs passifs situés sur des satellites de la Terre ; tout le monde peut constater et dont tous les usagers peuvent
— des renseignements analogues sont recueillis à partir de bénéficier, incite à rechercher des marchés aussi larges que possi-
plates-formes aéroportées ou situées sur la Terre ; ble. Il n’est donc pas étonnant que, depuis longtemps, les pays se
— les renseignements précédents peuvent être distribués à soient associés pour permettre de coordonner au mieux leurs télé-
des stations terriennes appartenant à un même système ; communications et en particulier leurs radiocommunications, à tra-
les plates-formes peuvent également être interrogées. vers, notamment, l’approbation à l’échelle mondiale d’un
Règlement des Radiocommunications RR. (0)

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Rôle de l’Agence nationale


des fréquences

par Jean-Pierre LUGUERN


Directeur de la stratégie – Agence nationale des fréquences – Maisons-Alfort, France

Jean-Benoı̂t AGNANI
Responsable du Département études sur l’exposition du public – Direction de la stratégie –
Agence nationale des fréquences – Maisons-Alfort, France

et Isabelle HAUTBOIS
Responsable du Service de la communication et des relations institutionnelles – Agence
nationale des fréquences – Maisons-Alfort, France

Note de l’éditeur :
Cet article est la version actualisée de l’article [E 1 303] intitulé « Rôle de l’Agence
nationale des fréquences » rédigé par Jean-Benoı̂t AGNANI et Vincent MALECKI, et
paru en 2014.

1. Gestion des bandes de fréquences et prospective .................. E 1 303v2 – 3


1.1 Négociations multilatérales ............................................................... — 3
1.2 Répartition nationale des bandes de fréquences et fonds
de réaménagement du spectre .......................................................... — 3
1.3 Études et prospective ......................................................................... — 3
2. Assignations des fréquences et gestion des sites ................... — 4
2.1 Fichier national des fréquences ......................................................... — 4
2.2 Coordination aux frontières ............................................................... — 4
2.3 Instruction des demandes d’assignation aux systèmes satellitaires — 4
2.4 Sites et servitudes .............................................................................. — 5
2.5 Exposition du public aux champs électromagnétiques .................... — 5
3. Gestion de fréquences pour le compte des affectataires....... — 6
3.1 Réseaux indépendants (Arcep) .......................................................... — 6
3.2 Licences et certificats radiomaritimes (ministère chargé de la Mer) — 6
3.3 Gestion des fréquences pour le compte des hauts-commissariats
de la République (HCR) ...................................................................... — 7
3.4 Autres conventions (Industrie, Intérieur) .......................................... — 7
3.5 Ordonnancement des taxes et redevances ....................................... — 7
4. Contrôle ............................................................................................ — 7
4.1 Contrôles et mesures préventifs ........................................................ — 7
4.2 Protection de la réception TNT .......................................................... — 7
4.3 Surveillance du marché ..................................................................... — 8
4.4 Instruction des brouillages ................................................................ — 8
5. Conclusion........................................................................................ — 8
6. Glossaire ........................................................................................... — 8
7. Acronymes........................................................................................ — 9
Pour en savoir plus.................................................................................. Doc. E 1 303v2

es fréquences radioélectriques appartiennent au domaine public de l’État et


L sont utilisées dans de nombreux domaines. Les émissions radioélectriques
p。イオエゥッョ@Z@ョッカ・ュ「イ・@RPQX

peuvent subir des brouillages et, n’ayant pas de frontière, nécessitent une coor-
dination aux frontières.

Copyright © - Techniques de l’Ingénieur - Tous droits réservés E 1 303v2 – 1

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RÔLE DE L’AGENCE NATIONALE DES FRÉQUENCES –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

L’Agence nationale des fréquences (ANFR) est un établissement public admi-


nistratif créé en 1997 comptant près de 310 agents. L’ANFR défend les positions
françaises au niveau international, gère les bandes de fréquences, autorise les
sites radioélectriques et contrôle le spectre (contrôle et mesures sur le terrain,
dans le cadre de la surveillance du marché des équipements radioélectriques et
du traitement des réclamations relatives aux perturbations radioélectriques).
Il existe onze affectataires constitués de neuf entités gouvernementales :
Administration de l’aviation civile, ministère de la Défense, Centre national
des études spatiales, Haut-Commissaire de la République ou Administrateur
supérieur dans les collectivités d’outre-mer (pour les besoins de la sécurité
publique et au profit des radioamateurs), ministère de l’Intérieur, Administra-
tion de la météorologie, Administration des ports et de la navigation maritime,
ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Télécommunications
sur les territoires français outre-mer et de deux autorités administratives indé-
pendantes, l’Autorité de régulation des communications électroniques et des
postes (Arcep) et le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Les affectataires
disposent de bandes de fréquences le plus souvent en partage avec les autres.
L’ANFR propose la répartition des bandes qui est adoptée en son conseil
d’administration. Le Tableau national de répartition des bandes de fréquences
(TNRBF) résultant est signé par le Premier ministre. La gestion de l’ANFR est
confiée au directeur général nommé par un décret du Président de la Répu-
blique après avis. L’Agence est organisée en cinq directions.
 La Direction de la stratégie est une direction transverse, chargée d’étudier les
enjeux stratégiques portant sur les fréquences radioélectriques et de propo-
ser des recommandations sur la valorisation économique et sociétale du
spectre des fréquences. Elle est également chargée de coordonner les tra-
vaux de l’ANFR sur les problématiques d’exposition du public aux champs
électromagnétiques, ainsi que de la surveillance du marché des équipements
radioélectriques.
 La Direction de la planification du spectre et des affaires internationales gère
les bandes de fréquences : elle défend les positions françaises dans les ins-
tances internationales et instruit en France les dossiers des changements
d’affectation. Elle coordonne les fréquences aux frontières. Elle gère aussi
le Fonds de réaménagement du spectre (FRS) qui finance les travaux néces-
saires à la libération de bandes de fréquences.
 La Direction de la gestion des fréquences maintient le cadastre des sites et
des fréquences : toutes les fréquences mises en œuvre sur des émetteurs
dépassant 5 W utiles sont autorisées par l’ANFR, cet accord se limitant à un
avis pour les fréquences audiovisuelles. Elle maintient ainsi une base de
données accessible à tous les affectataires et, s’agissant des émetteurs civils,
disponible en open data. Elle gère, dans le cadre d’une convention avec
l’Arcep, les assignations et autorisations de près de 25 000 réseaux mobiles
professionnels et traite annuellement près de 2 500 demandes d’autori-
sation d’utilisation temporaire de fréquences, rapportant à l’État plus de
14 M€. Elle assure, pour le compte du ministère chargé de la Mer, l’attribu-
tion de tous les indicatifs VHF des navires battant pavillon français et le
contrôle de la conformité in situ des équipements des navires professionnels.
 La Direction du contrôle du spectre contrôle l’usage du spectre, ce qui permet
de garantir aux utilisateurs autorisés la disponibilité effective des fréquences
qui leur sont attribuées. Elle reçoit et traite les plaintes internationales en
brouillage et les demandes nationales d’instruction de brouillages inter-affec-
tataires. Elle dispose pour cette mission d’un personnel spécialisé
(120 agents) et de moyens techniques de pointe, répartis sur le territoire.
 La Direction des conventions coordonne et pilote l’ensemble des actions de
l’ANFR entrant dans le cadre de conventions avec les administrations, les
autorités affectataires et les sociétés du domaine privé. Elle assure, aux
côtés du CSA, la protection de la réception de la TNT.
Cet article décrit plus précisément le rôle et les missions remplies par l’ANFR.

E 1 303v2 – 2 Copyright © - Techniques de l’Ingénieur - Tous droits réservés

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––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––– RÔLE DE L’AGENCE NATIONALE DES FRÉQUENCES

1. Gestion des bandes communautaires qui résultent de ces travaux sont d’application
obligatoire et doivent être transposées dans la législation des
de fréquences États membres. Elles sont donc référencées dans le TNRBF.

et prospective & Contribution de la CEPT au processus d’harmonisation


Au sein de la CEPT, le Comité des communications électroniques
(ECC) s’investit dans l’harmonisation des fréquences. La CEPT-ECC
Gérer efficacement le spectre suppose de délimiter des bandes répond aux demandes d’accès au spectre formulées par l’ETSI et,
de fréquences qui rassemblent des services compatibles entre plus rarement, les administrations. La CEPT-ECC a renforcé sa coo-
eux. De nombreuses bandes de fréquences nécessitent en outre pération avec le R&TTE CA, entité regroupant les organismes noti-
d’être harmonisées entre pays limitrophes, voire au niveau mon- fiés qui certifient les équipements radio avant leur mise sur le mar-
dial pour les fréquences à très longue portée ou celles qu’utilisent ché de façon à ce que leurs analyses s’appuient sur les études de
les satellites et les systèmes embarqués à bord des navires ou des partage réalisées par la CEPT.
avions. En s’appuyant sur les contributions des affectataires fran-
çais du spectre et sur ses activités propres d’études et de prospec-
tive, l’ANFR prépare et défend les positions nationales pour les réu- 1.2 Répartition nationale des bandes
nions européennes et internationales et conduit ces négociations. de fréquences et fonds
À partir des possibilités ouvertes par ces travaux, le conseil d’admi- de réaménagement du spectre
nistration de l’ANFR propose régulièrement au Premier ministre
des mises à jour du TNRBF. Les accords multilatéraux et européens ouvrent des possibilités
d’attribution de bandes de fréquences à de nouveaux types de ser-
vices, tout en créant des contraintes pour la gestion nationale du
1.1 Négociations multilatérales spectre. C’est dans ce contexte que l’ANFR prépare les mises à
Au niveau mondial, le cadre international de la gestion des fré- jour régulières du TNRBF afin de répondre à l’évolution des
quences est fixé par le Règlement des radiocommunications (RR) besoins nationaux en accord avec le cadre réglementaire interna-
de l’Union internationale des télécommunications (UIT) où ne siè- tional et européen. Ces modifications sont débattues au sein de la
gent que les États. Il s’agit d’un traité international qui régit l’utili- Commission pour l’évolution du spectre (CES) puis présentées au
sation du spectre des fréquences radioélectriques. conseil d’administration de l’ANFR. Ce dernier soumet alors une
proposition de texte au Premier ministre qui prend, au vu du dos-
La gestion des bandes de fréquences et des dispositions régle- sier, un arrêté de modification.
mentaires associées à leur utilisation par les différentes applica-
tions radio s’effectue dans le cadre de cycles d’une durée d’environ Lorsqu’il est acquis qu’une bande de fréquences doit changer
quatre années, qui s’achèvent au moment de chaque Conférence d’usage, il peut être nécessaire de modifier les équipements qui
mondiale des radiocommunications (CMR). Une CMR permet de l’utilisaient jusqu’alors. Pour lever tout obstacle à ces adaptations
réviser le RR. Chacune est aussi l’occasion, pour tous les pays qui peuvent être coûteuses si ces matériels ne sont pas obsolè-
membres de l’UIT, d’arbitrer sur toutes les propositions d’évolution tes, l’affectataire cédant a la possibilité de recourir au FRS qui
d’usages des bandes de fréquences qui ont été proposées pendant permet d’accorder un financement pour les travaux d’adaptation.
le cycle qu’elle clôture. Les fonds sont avancés par le biais du FRS et sont ensuite rem-
boursés par les bénéficiaires du spectre ainsi libéré. L’ANFR est le
Au niveau européen, la gestion des fréquences repose sur un gestionnaire du fonds, son conseil d’administration délibérant
processus institutionnel faisant intervenir : sur les demandes faites par les affectataires.
– la Conférence européenne des postes et télécommunications
À titre d’exemple, afin de permettre l’utilisation des bandes
(CEPT) regroupant 48 pays, qui encadre les études techniques per-
2 500-2 690 MHz, 830-862 MHz et 694-790 MHz par les opérateurs
tinentes pour le cadre de l’Europe continentale, adopte le Tableau
de téléphonie mobile pour la 4G (LTE), le FRS a été sollicité pour
européen des attributions de fréquences, prépare les mesures
financer les coûts avancés à ce jour par la gendarmerie nationale,
d’harmonisation et coordonne les positions européennes à l’UIT-R ;
le ministère de la Défense et les diffuseurs de la TNT. Les coûts
– l’Union européenne qui définit des orientations stratégiques et
s’élèvent respectivement à 25 millions d’euros pour la bande
peut rendre obligatoires les mesures d’harmonisation dans le cadre
2,6 GHz, à 118 millions d’euros pour la bande 800 MHz, et à 67 mil-
défini par la décision « spectre » ;
lion d’euros pour la bande 700 MHz. Parallèlement, les opérateurs
– l’Institut européen de normalisation des télécommunications
de téléphonie mobile titulaires d’une autorisation dans les bandes
(ETSI) qui produit les normes permettant d’assurer la conformité
avec la directive communautaire 99/05/CE du 9 mars 1999 dite de fréquences 694-790 MHz, 790-862 MHz et/ou 2 500-2 690 MHz
« R&TTE » et exprime les besoins de l’industrie dans le cadre de remboursent chaque semestre les montants engagés par le FRS
sa coopération avec la CEPT. pour la libération des ressources en fréquences qui leur ont été
attribuées.
& Le RSPP
En 2016, l’activité du FRS s’est concentrée sur le financement des
Le programme de la politique du spectre radioélectrique (RSPP) réaménagements nécessaires à la phase 0 des migrations de la
fixe des objectifs politiques à la Commission et aux États membres bande 700. En fin d’année, les trois quarts des frais de réaména-
et appelle à des actions concrètes pour atteindre les objectifs des gement pouvaient être remboursés. Le FRS a subventionné
politiques de l’Union. Les avis et rapport du Radio Spectrum Policy 1 475 943 € de travaux de réaménagement de la bande 700 MHz.
Group (RSPG) rédigés par les États membres apportent à la Com- Les opérateurs de téléphonie mobile, en tant que bénéficiaires des
mission européenne des éléments d’aide à la décision sur les réaménagements, ont financé ces travaux et ont versé 442 173 € au
enjeux majeurs en matière de politique du spectre. Ils sont considé- titre des dépenses du premier semestre ; en effet ils remboursent
rés comme des textes de référence par l’ensemble des acteurs du les dépenses du FRS avec un décalage de six mois.
domaine des fréquences.
& Mesures adoptées par la Commission
1.3 Études et prospective
La Commission européenne élabore des mesures réglementai-
res d’harmonisation des conditions techniques d’utilisation du Les études techniques visent à soutenir certaines options, telle
spectre. Elle se fonde pour cela sur les rapports CEPT réalisés en que l’introduction de nouveaux services ou le partage de bande
réponse aux mandats qu’elle a confiés à la CEPT. Les décisions entre plusieurs services compatibles. L’objectif est de démontrer

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Radiosurveillance du spectre
Rôle et tendances

par François DELAVEAU


Ingénieur de l’École nationale supérieure de techniques avancées
Expert en traitement du signal et guerre électronique
de Thales Communications & Security
et Yvon LIVRAN
Ingénieur de l’École nationale d’ingénieurs de Brest
Responsable de la règlementation du spectre pour Thales Communications & Security

Cette édition est une mise à jour de l’article de Gilbert MULTEDO intitulé Radiosurveillance
du spectre paru en 1994

1. Objectifs du contrôle du spectre civil ................................................ TE 6 890 - 2


2. Missions du contrôle du spectre civil ................................................ — 3
2.1 Bandes de fréquences considérées ............................................................ — 3
2.2 Contrôles préventifs..................................................................................... — 3
2.3 Traitement des plaintes en brouillage........................................................ — 5
2.4 Exposition du public aux rayonnements électromagnétiques................. — 5
2.5 Surveillance du marché............................................................................... — 5
3. Parallèle avec la radiosurveillance militaire..................................... — 5
4. Réglementation du contrôle du spectre civil ................................... — 6
4.1 Harmonisation mondiale ............................................................................. — 6
4.2 Harmonisation régionale ............................................................................. — 6
5. Systèmes de contrôle du spectre ........................................................ — 7
5.1 Exemple de moyens de contrôle ................................................................ — 7
5.2 Gestion et contrôle automatisés du spectre .............................................. — 7
5.3 Exemple de processus automatisé ............................................................. — 9
6. Historique et tendances de la radiosurveillance ............................. — 9
6.1 Complexification des systèmes .................................................................. — 9
6.2 Évolution du contrôle du spectre................................................................ — 10
6.3 Évolution des radiocommunications militaires ......................................... — 12
6.4 Standardisation des radiocommunications civiles ................................... — 12
6.5 Bases de données de caractéristiques de signaux.................................... — 12
7. Notions de radio-transmission ............................................................. — 12
7.1 Propagation des signaux ............................................................................. — 12
7.2 Nature des signaux ...................................................................................... — 14
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. TE 6 890

es communications sont devenues essentielles dans le fonctionnement


L politique, économique et social de notre société de plus en plus axée sur la
transmission d’informations entre particuliers, acteurs économiques, diri-
geants et organismes régulateurs. Les dernières décennies ont notamment vu
les progrès spectaculaires de la radio-transmission sans fil, en passe
aujourd’hui de devenir le premier vecteur des communications dans le monde
avec près de 6 milliards d’abonnements à la téléphonie mobile fin 2011.
p。イオエゥッョ@Z@。ッエ@RPQR

Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie


est strictement interdite. – © Editions T.I. TE 6 890 – 1

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RADIOSURVEILLANCE DU SPECTRE _____________________________________________________________________________________________________

Dans le même temps, les volumes d’informations à transmettre, entraînés


par les progrès des technologies numériques, ainsi que par le développement
des services à distance, ont augmenté de manière considérable, soumettant
les concepteurs des systèmes de radiocommunications à des besoins
constamment accrus en débit et en efficacité spectrale, et les régulateurs à des
demandes récurrentes d’attribution de fréquences pour de nouveaux services
de communications sans fil.
La nécessité de réglementer l’utilisation rationnelle et efficace du spectre
« cette richesse naturelle au service de l’humanité » et la vérification de la
bonne application de la réglementation par des moyens adéquats de
surveillance du spectre a toujours accompagné le développement des
radiocommunications.
La radiosurveillance, aussi bien civile que militaire, est donc plus que jamais
une nécessité dans ce contexte de multiplicité accrue des services de
communications, d’hétérogénéité marquée des techniques d’accès radio, de
variabilité et de complexité croissante des signaux.
Le contrôle de spectre est le volet civil de la radiosurveillance du spectre. Le ren-
seignement d’origine électromagnétique est la capacité de surveillance du spectre
à des fins de renseignement militaire. Ajouté au brouillage, ce mode de renseigne-
ment constitue le domaine de la guerre électrique des communications.

1. Objectifs du contrôle moyens modernes de gestion et de contrôle des fréquences avec


un plan d’équipement permettant, à terme, de couvrir la quasi
du spectre civil totalité du territoire national.
■ De nos jours, l’explosion des communications sans fil conduit à
L’importance grandissante des radiocommunications s’est une pression continue sur le spectre, et son utilisation efficace est
accompagnée dans le même temps d’un accroissement considéra- devenue un enjeu [1] [2].
ble des volumes d’informations à transmettre, entraînés par les
progrès des technologies numériques mobiles et des applications
Le passage au numérique des moyens de diffusion de la télé-
sans fil. Ces services à forte valeur ajoutée soumettent les
vision et de la radio permet de dégager des bandes de fré-
concepteurs des systèmes de radiocommunications à des besoins
quences pour de nouvelles applications à forte valeur ajoutée.
constamment accrus en débit et en efficacité spectrale, et les régu-
lateurs à des demandes récurrentes d’attributions de fréquences. Les perspectives actuelles des radiocommunications portent
sur de nouvelles techniques d’accès dites « opportunistes et
Ainsi, l’exploitation du spectre radioélectrique contribue au cognitives », sous-tendues entre autres par les évolutions
développement économique et constitue également une source de réglementaires et par l’apparition d’opérateurs secondaires
revenus pour les états. Dans son discours d’introduction au som- autorisés à emprunter les mêmes plans de fréquences que les
met spectre de 2010 (voir dans le Pour en savoir plus ), Mme Pilar opérateurs dits « primaires » (opérateurs historiques, utilisa-
del Castillo Vera, membre du Parlement européen, a indiqué que teurs privés disposant antérieurement de licences d’exploi-
les activités de l’Union directement dépendant du spectre radioé- tation du spectre), sous réserve de garantir la non perturbation
lectrique représentaient 3 % du PIB global de l’Europe. des services en cours [3].
■ En France, en 2011, les enchères sur les fréquences de la
téléphonie mobile à 800 MHz et 2,6 GHz se sont établies à un • Pour répondre à ces enjeux, en décembre 2011, le Conseil de
niveau sans précédent de 3,6 M€. l’Union européenne a adopté la proposition présentée par la
Pour qu’un acteur économique décide d’engager de tels investis- Commission européenne visant à établir le premier programme
sements, il doit avoir toutes les garanties qu’il pourra jouir de la pluriannuel de politique du spectre radioélectrique (RSPP-Radio
ressource normalement et que les fréquences pour lesquelles il Spectrum Policy Program ). Ce programme prévoit, en particulier :
aura obtenu une autorisation seront exemptes de brouillage. – de procéder à l’inventaire des usages existants par le secteur
Dans le cas d’une utilisation étatique du spectre à des fins mili- commercial et public (en particulier entre 400 MHz et 6 GHz) ;
taires ou de sécurité, c’est la souveraineté et la sécurité nationale – d’identifier au moins 1 200 MHz de spectre pour les échanges
qui sont en jeu. Dans d’autres cas, comme pour les systèmes de de données sans fils avec un objectif de 30 Mbps pour tous ;
sécurité aérienne, il y a un lien direct entre la qualité du spectre et – d’évaluer le besoin en spectre pour des applications
la sauvegarde de la vie humaine. innovantes ;
– de permettre le transfert, ou la location, de 1 037 MHz harmonisés ;
■ En France, dans les années 1980, l’apparition, puis le dévelop- – de promouvoir l’innovation ;
pement anarchique, des radios libres dans la bande FM a mis en – de réduire les interférences et assurer la qualité de service par
évidence le besoin d’établir les conditions techniques de partage l’utilisation de technologies cognitives incluant celles utilisant les
des fréquences pour un accès équitable au spectre. Il a ensuite été espaces blancs ([4] [5] [6]) ;
rendu nécessaire d’en vérifier la bonne application pour maintenir – de lutter contre la thésaurisation du spectre ;
une diffusion exempte de brouillage. C’est à cette époque que – de promouvoir le principe de neutralité technologique et de
l’Agence nationale des fréquences (ANFR) en France s’est dotée de service.

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• Ces orientations favorisant les usages partagés des fré- ■ Finalement, l’évolution des communications terrestres vers les
quences n’iront pas sans générer de nouveaux problèmes de bandes hautes a été particulièrement marquée dans le domaine
cohabitation et devront s’accompagner de la mise en place de des radiocommunications cellulaires civiles, par exemple :
moyens de gestion et de contrôle encore plus performants.
– GSM (Groupe Spécial Mobiles ) et UMTS (Universal Mobile Tele-
communication System ) à 900 MHz, 1,8 GHz, 1,9 GHz et 2,1 GHz ;
– futurs réseaux de 4e génération à 800 MHz et 2,6 GHz.
2. Missions du contrôle ■ En radiosurveillance-satellitaire, les services de radionavigation
du spectre civil par satellite, tel le Global Positioning System américain (GPS) ou
la constellation européenne Galileo se sont initialement concentrés
sur des bandes allouées à 1,2 GHz et 1,6 GHz.
La nécessité de réglementer l’utilisation rationnelle et efficace du • Les radiocommunications satellitaire mobiles à constellations
spectre et de vérifier la bonne application de cette réglementation fixes (telles Thuraya et Inmarsat) ou mobiles (telles Iridium ou
par des moyens adéquats de surveillance du spectre a toujours Globalstar) utilisent généralement des plans de fréquences :
accompagné le développement des radiocommunications. Elle est
toujours plus actuelle et nécessaire dans un contexte de multipli- – à 1,6 GHz pour les liaisons montantes entre terminal mobile et
cité accrue des services de communications, de variabilité et de satellite ;
complexité croissante des signaux. – à 1,6 ou 2,4 GHz pour les liaisons descendantes entre satellite
Le contrôle du spectre [7] joue un rôle clé dans le maintien de la et terminal mobile ;
qualité des systèmes sans fil en s’assurant du respect des – dans les bandes 5 à 6 GHz pour les liaisons de connexion très
conditions réglementaires de chaque utilisateur. Il permet de pré- directives et à très hauts débits entre satellites et stations de
venir tout brouillage préjudiciable ou, à défaut, contribue à le faire connexion (Gateways).
disparaître le plus rapidement possible. • D’autres constellations satellitaires à terminaux fixes utilisent
Dans le domaine civil, les opérations de contrôle permettent : traditionnellement des plans de fréquence en bandes ;
– d’acquérir une bonne connaissance du degré d’occupation du – C (de 4 à 6 GHz) ;
spectre ; – X (de 7 à 8 GHz) ;
– de mesurer les paramètres techniques des signaux ;
– Ku (à 12 et 14 GHz) ;
– d’identifier les émissions ;
– de mesurer l’intensité des champs électromagnétiques ; – Ka (de 27 à 30 GHz).
– de déterminer la direction d’arrivée ;
■ Le contrôle du spectre a vocation à couvrir l’ensemble des
– de localiser les émetteurs ;
fréquences attribuées par le Règlement des Radiocommuni-
– de détecter la présence de brouillage ou d’émetteurs intrus
cations [8] à savoir de 9 kHz à 275 GHz.
éventuels.
Cependant, pour des raisons principalement économiques, on
trouve une limite effective des moyens de contrôle vers 40 GHz, ce
2.1 Bandes de fréquences considérées qui couvre la quasi totalité des bandes à haute densité d’utili-
sation. De plus, selon que l’on considère les applications en deçà,
En principe, tout le spectre électromagnétique peut être utilisé ou au-delà de 3 GHz, les moyens de contrôle du spectre sont
pour les radiocommunications, de l’ELF (Extra Low Frequency ) à différents.
l’infra-rouge. La figure 1 est une illustration de la multiplicité des • En deçà de 3 GHz, la grande densité des émetteurs présents et
systèmes de radiocommunications, des applications, et des la diversité des utilisations représente un enjeu. Ainsi, entre 9 kHz
gammes de fréquence afférentes. et 3 GHz, il est souhaitable d’utiliser des moyens génériques, capa-
■ Les principales gammes de fréquences sont comprises dans bles de mesurer et de localiser n’importe quel type d’émission
l’intervalle 9 kHz-3 GHz. Il s’agit de : contenue dans la bande. Ces moyens peuvent, par ailleurs, être
entièrement automatiques.
– la gamme VLF/LF/MF/HF (souvent appelée par simplification
HF – High Frequency ) de 9 kHz à 30 MHz ; • Au-delà de 3 GHz, il est fréquent d’utiliser des moyens spéci-
– la gamme VHF (Very High Frequency ) de 30 à 300 MHz ; fiques et manuels adaptés aux usages dans la bande (liaisons par
– la gamme UHF (Ultra High Frequency ) de 300 MHz à 3 GHz. satellites, faisceaux hertziens, etc.).
Nous ne traitons ici que des moyens génériques et automa-
Par exemple, le contrôle maritime et le contrôle aérien ont rapi- tiques fonctionnant jusqu’à 3 GHz. Les évolutions de ces moyens
dement déployé des services de transmission en bande VHF, puis en considérant également la montée en fréquences sont décrites au
bande UHF. paragraphe 6.

À l’origine la partie basse de la gamme UHF 300-700 MHz a été


plus particulièrement exploitée), aussi bien dans le domaine mili- 2.2 Contrôles préventifs
taire que dans le domaine civil. Cela s’explique historiquement par
les avantages liés à la propagation sol-sol, sol-air et air-sol à basse
Le contrôle du spectre préventif a pour objectif de vérifier au tra-
altitude, et aux facilités d’utilisation des composants et équipe-
vers de campagnes de mesures régulières, la conformité des émet-
ments, dont la technologie est particulièrement développée dans
teurs et de leurs antennes avec les paramètres déposés lors de
ces gammes de fréquence. Toutefois, pour résoudre les problèmes
l’obtention de l’autorisation administrative. Ainsi, il devient possible
de congestion spectrale et d’interférences liés à une densification
de prévenir les brouillages en détectant au plus tôt toute anomalie
trop importante des réseaux de communication civils dans les fré-
et en la corrigeant avant que le brouillage ne devienne préjudiciable.
quences basses, l’extension des radiocommunications s’est faite
assez rapidement vers le haut de la bande UHF (de 700 MHz à L’utilisation de moyens complètement automatisés se généra-
3 GHz), puis vers la SHF (Super High Frequency de 3 à 30 GHz) lise, permettant ainsi une grande productivité dans la réalisation
pour des artères de transmission point à point, directives et à haut de ces tâches répétitives. Les caractéristiques d’occupation spec-
débit (faisceaux hertziens, satellites, etc.) et concerne maintenant trale, de conformité radio, d’identité et de couverture peuvent être
l’EHF (Extremely High Frequency de 30 à 300 GHz). vérifiées périodiquement.

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RADIOSURVEILLANCE DU SPECTRE _____________________________________________________________________________________________________

3 kHz 30 kHz

VLF Sous-marins.

30 kHz 300 kHz

LF Sous-marins. Radio LW - DRM

300 kHz 3 MHz

MF Radio MW Radio
d SW

3 MHz 30 MHz
M

HF Radio SW Communications d'infrastructure et communications tactiques

30 MHz 300 MHz


M

VHF Communications tactiques terrestres FM Aéro/maritimes


m Aéro.

ILS ILS VOR

300 MHz L S 3 GHz

UHF Aéro. Tel. GSM


PMR TV GSM DME GPS WiFi
SAT UMTS

ILS IFF Radars

3 GHz S C X Ku K K 30 GHzz
Ka

SHF WiMax Radars RFID Radars


r auto.
o

R/A FH MLS Satcoms Satcoms FH Satcoms

30 GHz 300 GHzz


Ka V W

EHF Radars - Satellites - Anticollison - Identification

BIFF

Figure 1 – Panorama des systèmes de radiocommunications par gamme de fréquences

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_____________________________________________________________________________________________________ RADIOSURVEILLANCE DU SPECTRE

2.2.1 Occupation spectrale vers le gestionnaire du spectre national. La plainte peut provenir
d’utilisateurs nationaux (perturbation des réseaux de
La détection des émissions présentes et la bonne connaissance communications ou de la télévision) ou internationaux (pertur-
du degré d’occupation du spectre par ces émissions sont essen- bation des réseaux HF longues distances), voire de pays voisins
tielles. La mesure de l’occupation spectrale permet au gestionnaire (cas des brouillages aux frontières).
du spectre de disposer d’une information effective sur l’usage qui
Lorsqu’une plainte est déposée vers le gestionnaire du spectre,
est fait des fréquences.
celui-ci détache des moyens exceptionnels fixes ou mobiles au
Cette information peut être utilisée pour détecter un utilisateur plus près de l’usager victime pour détecter, identifier et localiser
illégal (présence d’un émetteur sur une fréquence normalement précisément la source du brouillage. Dans certains cas, la
non assignée) ou pour juger de la possibilité d’assigner de recherche doit se faire dans des délais très courts.
nouveaux émetteurs dans une bande. Ce type de mesure contribue
à une gestion efficace du spectre.
C’est par exemple le cas lorsque des fréquences de sécurité aéro-
Des campagnes de mesure prospectives peuvent aussi être nautiques sont brouillées, mettant en péril la vie humaine. Une fois la
menées pour accompagner une réorganisation du spectre (dans le cause du brouillage repérée et identifiée, le gestionnaire peut instruire
cas par exemple d’une transition vers le numérique de la télé- une action juridique visant à faire cesser la perturbation.
vision), ou pour évaluer la possibilité d’accueillir de nouvelles
applications dans une bande.
2.4 Exposition du public
2.2.2 Conformité radio et nature des émetteurs aux rayonnements
La mesure de la conformité des paramètres géographiques et électromagnétiques
radio de l’émetteur avec les paramètres déposés constitue l’essen-
tiel du contrôle du spectre. Avec la généralisation de la téléphonie mobile et la multipli-
cation des antennes relais, une nouvelle préoccupation est appa-
■ Les moyens modernes permettent de vérifier périodiquement de rue au sein de la population, celle de ne pas être exposée à des
manière automatique les paramètres suivants : rayonnements électromagnétiques trop importants.
– direction d’arrivée du signal (goniométrie) [9] ; Le gestionnaire du spectre met en œuvre des moyens de
– position de l’émetteur (localisation par triangulation) ; mesures des rayonnements afin d’apprécier la conformité des
– fréquence centrale du canal ; relais et terminaux avec les normes en vigueur. En France, il est
– bande occupée par la porteuse ou l’ensemble des sous- possible de consulter les niveaux d’expositions mesurés sur le site
porteuses ; internet cartoradio (voir dans le Pour en savoir plus ).
– niveau et intensité des champs électromagnétiques reçus (sur
une antenne de mesure calibrée) ;
– paramètres de modulation (rythme, indice de modulation, syn- 2.5 Surveillance du marché
chronisation sur le symbole, synchronisation sur la porteuse,
constellation des modulations linéaires, etc.) ; Avant de mettre un équipement radio sur le marché, le fabricant
– identification de la nature des émissions (diffusion, doit s’assurer de sa conformité technique et administrative avec la
communication, radar...) ; réglementation en vigueur. En particulier, il doit déclarer sa
– identification, le cas échéant : conformité avec les directives R&TTE de l’Union européenne (mar-
• des composantes d’infrastructures des réseaux (stations de quage CE). La réglementation concerne essentiellement la sécurité,
bases), la compatibilité électromagnétique et l’utilisation efficace du
spectre pour éviter les interférences. Le gestionnaire du spectre
• de l’identité des opérateurs et des nationalités correspon- effectue des contrôles réguliers sur des échantillons prélevés chez
dantes (pour le contrôle aux frontières) [10] ; les distributeurs de matériel, et informe des éventuelles
– niveaux d’interférences ; non-conformités constatées.
– présence d’émetteurs intrus (même non perturbateurs des
réseaux autorisés) et leur localisation ; Par exemple, pour un terminal de téléphonie mobile, on vérifiera la
– présence d’émetteurs de brouillage externes aux réseaux, présence du marquage CE, la présence de la documentation et le
intentionnels ou non, et leur localisation. niveau d’exposition au rayonnement émis par le terminal (DAS, Débit
L’écoute phonique reste également un moyen d’identification d’Absorption Spécifique).
extrêmement efficace.

2.2.3 Couverture
3. Parallèle
Certaines licences accordent le droit de déployer un service de
radiocommunications dans une bande de fréquences à la avec la radiosurveillance
condition que soit couvert un territoire donné (cas de la diffusion
ou de la téléphonie mobile). La vérification périodique que la zone
militaire
de couverture effective est bien conforme aux exigences de la
licence permet de garantir une qualité de service donnée aux Dans le domaine militaire, depuis les premiers postes TSF mis
usagers. au point par le général Férie et les prémisses de la radiosur-
veillance avec les premières interceptions connues lors de la pre-
mière guerre mondiale (message radio émis en 1918 par le prince
2.3 Traitement des plaintes en brouillage Maximilien de Bade, chancelier du Reich, sollicitant du pape
Benoît XV sa médiation en vue d’un armistice, intercepté par le
Le contrôle préventif permet de s’assurer périodiquement de la sapeur télégraphiste Alexis Tendil du 8e régiment du Génie au
bonne qualité du spectre. Dans le cas d’usages illégaux, voire mal- chemin des Dames), l’usage intensif des radiocommunications est
veillants, non permanents, la détection est souvent faite par l’utili- devenu une composante centrale de la conduite des opérations
sateur victime du brouillage. Dans ce cas, il adresse une plainte d’une part, et du renseignement, d’autre part.

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Radiosurveillance du spectre
Interception, réception et détection

par François DELAVEAU


Ingénieur de l’École nationale supérieure de techniques avancées
Expert en traitement du signal et guerre électronique
de Thales Communications & Security
et Yvon LIVRAN
Ingénieur de l’École nationale d’ingénieurs de Brest
Responsable de la règlementation du spectre pour Thales Communications & Security
Cette édition est une mise à jour de l’article de Gilbert MULTEDO intitulé Radiosurveillance
du Spectre paru en 1994

1. Définitions .................................................................................................. TE 6 891 - 2


2. Intercepteur superhétérodyne à balayage ........................................ — 4
2.1 Récepteur superhétérodyne ........................................................................ — 4
2.2 Intercepteur à balayage superhétérodyne ................................................. — 5
3. Intercepteur large bande à analyse parallèle ................................... — 5
3.1 But ................................................................................................................. — 5
3.2 Principe ......................................................................................................... — 6
3.3 Contraintes réduites et avantages nombreux ........................................... — 7
4. Analyse panoramique.............................................................................. — 7
5. Détection des signaux de radiocommunications filtrés
en bande de base ...................................................................................... — 8
5.1 Contexte........................................................................................................ — 8
5.2 Détection d’énergie – Principe du radiomètrie .......................................... — 14
5.3 Détection d’un signal connu ....................................................................... — 17
6. Conclusion.................................................................................................. — 21
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. TE 6 891

es communications sont devenues essentielles, aussi bien dans le domaine


L civil (fonctionnement politique, économique et social de notre société de
plus en plus axée sur la transmission d’informations entre particuliers, acteurs
économiques, dirigeants et organismes régulateurs), que militaire (conduite
des forces et contrôle du théâtre d’opérations). Qu’il s’agisse de :
– réglementer l’utilisation du spectre ;
– vérifier la bonne application de la réglementation ;
– valider le bon fonctionnement d’un réseau installé ;
– surveiller un champ de bataille.
Le préalable indispensable à toute mise en œuvre des fonctionnalités de
radiosurveillance est l’interception des signaux radioélectriques et leur récep-
tion à des fins d’analyse, immédiate ou différée, selon les cas d’application et
la complexité des environnements radioélectriques. Pour cela, les intercep-
teurs, récepteurs et détecteurs utilisés en radiosurveillance, reposent sur des
bases techniques similaires à celles des postes de radiocommunication. Mais,
lorsque leur vocation est généraliste, les couvertures en fréquence et les
p。イオエゥッョ@Z@。ッエ@RPQR

pannels de signaux cibles sont largement augmentés.

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RADIOSURVEILLANCE DU SPECTRE _____________________________________________________________________________________________________

Dans le domaine civil, les signaux à traiter par la radiosurveillance ne présen-


tent généralement pas de propriétés particulières de furtivité. L’interception et
la réception privilégient donc plutôt la qualité du filtrage des porteuses reçues,
dans des conditions généralement favorables à la production de mesures tech-
niques précises, au détriment de la vitesse de balayage et de la rapidité
(exploitations éventuellement conduites en temps différé).
Dans le domaine militaire, les modes d’alerte et d’autoprotection basés sur la
radiosurveillance des communications nécessitent des modes de balayages
rapides et des filtres à large bande instantanées, afin d’augmenter la probabi-
lité de détection des signaux versatiles et furtifs (notamment les signaux à
évasion de fréquence). Le renseignement d’origine électromagnétique peut uti-
liser à la fois des modes d’acquisition à balayage rapide pour optimiser la
probabilité d’interception, et des modes d’acquisition à balayage lent et durées
d’enregistrement longues, pour optimiser les conditions de mise en œuvre des
traitements de détection et d’analyse en aval. Dans tous les cadres d’applica-
tions militaires, la complexité radioélectrique des théâtres d’opérations
(tacticité des porteurs limitant la taille et la hauteur des aériens, le poids, le
volume et la consommation des récepteurs) et les difficultés de captation des
signaux (éloignement fréquent des émetteurs cibles, bouillages, etc.) accrois-
sent fortement les besoins de performance par rapport au cadre civil :
– meilleures sensibilité et sélectivité en réception ;
– largeur de bande instantanée plus importante ;
– parallélisation des filtrages, des détections et des traitements en aval ;
– meilleure robustesse aux conditions climatiques ;
– autonomie et automatisation renforcées, etc.
Cet article prolonge sur le plan technique le [TE 6 890] consacré au rôle et aux
tendances de la radiosurveillance, et en introduit la suite [TE 6 892], relative à la
goniométrie et localisation, ainsi que le [TE 6 893] relative à l’analyse technique
des signaux, à l’identification des émetteurs et à l’écoute des transmissions.

1. Définitions • l’instant d’arrivée, la synchronisation du signal, ainsi que


l’évolution dans le temps de ces paramètres.

Le terme générique d’« intercepteur » désigne habituellement un ■ Interception


système comprenant une ou plusieurs antennes reliées à un récep- L’interception proprement dite d’un signal est la gestion des ren-
teur, réalisant le filtrage et la transposition des signaux sur les dez-vous entre les instants et les fréquences où ledit signal est pré-
porteuses présentes dans la bande de fréquence scrutée, et à un sent, et les bandes de fréquence couvertes aux différents instants
calculateur réalisant différentes analyses sur les canaux issus de ce par la partie réception de l’intercepteur. Elle est d’autant plus diffi-
filtrage, notamment pour rechercher les signaux modulés sur cile à réaliser que le signal est de plan de fréquence inconnu, de
porteuse. forme d’onde furtive et de niveau faible.
■ En pratique, un intercepteur combine de nombreuses fonction- ■ Réception
nalités. En effet, l’objectif final d’un système d’interception est : La réception est la gestion des différents mélanges et filtrages
– la détection de présence de signaux sur les différents canaux permettant de positionner les signaux potentiellement présents
filtrés ; dans une bande d’analyse adéquate (centrée sur une fréquence
– la mesure des caractéristiques des signaux présents dans les intermédiaire basse ou nulle) qui soit analysable et/ou échantil-
canaux filtrés (gabarits spectraux, fréquences porteuses, largeur de lonnable. La réception permet aussi de préparer l’analyse et l’enre-
bande, etc.), pour vérifier, par exemple, la concordance desdits signaux gistrement en éliminant les fréquences élevées induites par la
à la règlementation (dans un cadre de contrôle du spectre civil) ; porteuse et ses harmoniques par des filtres passe-bas, en rédui-
– le cas échéant, estimer les paramètres de modulation/codage, sant le bruit, et les brouillages éventuels, etc.
identifier les signaux intrus déjà connus ou non, reconnaître la
présence de signaux inconnus et les enregistrer pour des analyses ■ Détection
ultérieures ; La détection d’un signal est la décision de présence ou de non
– sur un théâtre d’opérations, reconnaître certains signaux présence dudit signal, sur un ou plusieurs des canaux en fréquence
pouvant constituer des menaces potentielles et identifier les émet- formés par le récepteur, sur la base d’un critère qui peut être :
teurs correspondants, etc. ; – générique (exemple : niveau de l’amplitude ou de la puissance
– le cas échéant, estimer les caractéristiques spatio-temporelles reçue dans le filtre de canalisation) ;
des champs radioélectriques reçus à des fins de localisation des – ou encore spécifique à un signal particulier connu ou attendu :
sources émettrices des signaux tels que :
• critère basé sur la détection d’une caractéristique fréquentielle
• les signatures spatiales des signaux sur un réseau antennaire, ou temporelle préalablement connue (raie spectrale d’un moment
• la direction d‘arrivée d’un signal, statistique liée au rythme symbole par exemple) ;

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_____________________________________________________________________________________________________ RADIOSURVEILLANCE DU SPECTRE

• critère basé sur la détection d’une séquence de signal préala- s’accumulent sur les signaux interceptés : c’est le concept d’identi-
blement connue, d’une séquence de référence (modem série, etc.). fication orientée qui sera décrit dans l’article [TE 6 893].
Les critères de détection utilisables face aux signaux de
Dans un cadre de contrôle du spectre civil, ou de rensei- communication sont nombreux :
gnement militaire sur le moyen/long terme, on peut admettre un – les intercepteurs les plus classiques utilisent des critères non
temps différé raisonnable pour la production de ces informations. informés (dits aussi « aveugles ») basés sur l’estimation des puis-
Pour les fonctions militaires d’alerte sur le théâtre d’opé- sances reçues pour la détection ;
rations, l’information pertinente doit être délivrée avec un temps – des détecteurs « aveugles » plus avancés exploitent les proprié-
de réponse minimum. tés cyclostationnaires des signaux de radiocommunications numé-
riques et, notamment, la présence de rythmes liés aux symboles
transmis et aussi celle de fréquences porteuses (de plus amples
détails sur ces questions sont donnés dans l’article [TE 6 893]).
■ But de la radiosurveillance
– d’autres détecteurs exploitent des raies spectrales ou motifs
La fonction interception apparaît donc comme le préalable indis- spécifiques présents dans les signaux de radiocommunication (ton
pensable à toute mise en œuvre d’un système de radiosur- de synchronisation en fréquence, temps de garde des modulations
veillance. Ce qui précède indique aussi que la finalité de la OFDM explicitées dans [TE 6 890] ;
radiosurveillance est d’assurer, dans la mesure du possible, la
– d’autres détecteurs, enfin, exploitent la connaissance a priori de
quasi simultanéité de la détection et de l’identification des signaux
séquences connues dans les signaux pour mettre en œuvre des pro-
interceptés. Les questions techniques auxquelles l’intercepteur doit
cédés de filtrage adaptés bien connu dans le domaine du radar. Ce
répondre sont de ce fait multiples. Et, s’appliquant a priori à un
type de détecteur dit « coopératif » ou « data aided », est particuliè-
panel de signaux variés reçus dans des conditions, elles aussi, très
rement efficace face aux signaux normalisés utilisés dans les radio-
variables, obtenir ces réponses techniques nécessite une stratégie
communications civiles numériques modernes, notamment ceux
d’analyse progressive. L’efficacité opérationnelle par ailleurs est,
qui sont de type modem série et TDMA (décrits dans [TE 6 890]).
non seulement très dépendante des performances radioélectriques
des antennes et du récepteur, mais aussi des capacités de ■ Conditions d’interception
balayage et de stockage des signaux acquis, de l’a priori existant
sur les signaux présents et/ou recherchés, et finalement de l’expé- Dans tous les cas de figure, la probabilité d’interception d’un
rience de l’utilisateur. signal va dépendre :

■ Performances contradictoires – des capacités de balayage de l’intercepteur ;


– de la nature du signal recherché ;
Enfin, un intercepteur ne pourra jamais répondre à l’ensemble
de ces questions pour tous les signaux de communications pos- – de son niveau de champ ;
sibles et toutes les conditions de réception possibles, car il doit – de la nature des critères utilisés pour la détection.
conjuguer des performances souvent contradictoires, c’est-à-dire
• Outre le niveau de champ du signal intercepté, la probabilité
assurer simultanément :
d’interception se trouve finalement régie principalement par
– une grande probabilité d’interception : il s’agit ici d’augmenter quatre paramètres liés à la « bonne gestion » de l’intercepteur :
les occurrences statistiques et le temps moyen des rencontres
entre le récepteur et le signal à partir de son apparition ; – la bonne adéquation du filtre appliqué à la porteuse et à la
– une grande probabilité de détection et une probabilité de bande du signal recherché, le cas idéal étant le positionnement de
fausse alarme réduite pour la durée d‘intégration disponible sur le la fréquence centrale du filtre sur la porteuse du signal et l’égalité
signal intercepté ; entre la bande du filtre et celle du signal (on dit alors que le fil-
– une grande sélectivité : il s’agit du pouvoir séparateur de trage canal est « adapté » à la bande du signal) ;
l’intercepteur qui doit détecter un signal en présence d’autres – la durée de captation du signal analysé et la durée d’inté-
signaux dans le spectre. gration du processus de détection qui en découle ;
– la probabilité de détection Pd sur le signal, c’est-à-dire la pro-
babilité que le critère de détection estimé dans la bande d’analyse
Cette capacité est particulièrement importante en radio- dépasse un seuil donné en présence dudit signal ;
communications où la densité d’émissions est souvent très – la probabilité de fausse alarme Pfa , qui est celle pour que le
importante. critère de détection estimé dépasse le seuil fixé pour la détection
Elle s’obtient, en premier lieu, par un filtrage adéquat des en l’absence dudit signal.
canaux fréquentiels et par la direction d’arrivée lorsque celle-ci • Les probabilités de détection et de fausse alarme sont en réa-
peut être déterminée. Elle peut être améliorée en ajoutant des lité très dépendantes :
critères temporels, et, dans les cas difficiles (interférences,
brouillages), par des techniques de filtrage d’antenne à haute – de l’adaptation du filtrage porteuse à la bande du signal et de
résolution qui seront abordées dans l’article [TE 6 892]. la durée d’intégration disponible ;
– des niveaux et statistiques du signal à détecter et des nuisances
(bruit de réception, brouillages et interférences éventuelles).
Les performances d’un intercepteur dépendent de l’information • Les intercepteurs modernes sont conçus pour travailler avec
disponible a priori sur le signal à détecter. une PD dans la plage de l’ordre de 80 à 99 %, et avec une PFA de
l’ordre de 10–3 pour des niveaux de sensibilité variant fré-
■ Types de critères de détection quemment dans un intervalle de – 150 à – 170 dBmW/Hz sur les
Dans la pratique, il est peu imaginable de mettre en œuvre signaux filtrés en entrée, selon les configurations d’interception et
immédiatement une réception adaptée à toutes les modulations selon les applications visées. Certains cas exceptionnels qui
attendues possibles en raison de leur grande variété. dépassent le cadre du présent conduisent toutefois à repousser de
plusieurs ordres de grandeur ces niveaux de performance.
C’est pourquoi les intercepteurs génériques utilisent, en premier
lieu, des critères indépendants de la modulation (les plus courants • Les intercepteurs les plus couramment utilisés en radiosur-
sont la puissance du signal reçu et l’angle d’arrivée), puis des veillance sont les intercepteurs à balayage et les intercepteurs à
critères de plus en plus ciblés à mesure que les informations analyse parallèle, qui sont décrits aux paragraphes suivants.

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2. Intercepteur Les signaux hétérodynes sont issus, non pas de plusieurs


oscillateurs, mais d’un synthétiseur de fréquence. C’est sur la
superhétérodyne deuxième FI basse qu’est généralement réalisée l’amplification du
signal contrôlée manuellement ou par estimation de niveau et
à balayage commande automatique. En général, les ordres de grandeur des
dynamiques instantanées :
– sont supérieures à 80 dB dans les gammes HF ;
– sont de l’ordre de 70 dB dans les gammes V/UHF.
2.1 Récepteur superhétérodyne
Ces dynamiques instantanées sont assurées par l’amplification
En radiosurveillance, la structure de réception principalement FI ou par la numérisation. Par ailleurs, une dynamique acceptable
utilisée est la réception superhétérodyne. Outre le fait qu’elle de 40 à 50 dB est procurée par un gain fixe et par des atténuations
permet de translater le signal reçu sur une fréquence intermédiaire variables en tête ajustées, soit manuellement soit automatique-
fixe à des fins d’échantillonnage et d’analyse, cette structure est en ment (Contrôle Automatique de Gain). Ces atténuateurs présen-
fait pratiquement la seule capable d’assurer les grandes sensibili- tent, en général, plusieurs positions d’atténuation commutées par
tés et sélectivités fréquentielles requises. Le schéma synoptique diode PIN, de manière à ajuster finement le gain selon l’environne-
d’un récepteur superhétérodyne est donné sur la figure 1. ment radioélectrique : il s’agit d’appliquer le gain maximum sur le
signal à mesurer qui permette d’éviter la saturation sur les signaux
L’étage d’entrée comprend un filtrage et une amplification. Le fil- les plus forts reçus dans la bande. La dynamique globale atteinte
trage est destiné entre autres à protéger la réception des brouil- est fréquemment de l’ordre de 120 à 130 dB en VUHF, voire plus
lages par les fréquences harmoniques et à réduire le bruit de pour certains cas de récepteurs numériques en HF.
réception. Il est réalisé, soit par une batterie de filtres de
sous-gamme, soit par un filtre accordable.
Pour gérer les risques de saturation, l’information de niveau
■ Un premier mélange se fait, en général, au sein de cet étage de puissance reçue est fréquemment prise en sortie d’un
d’entrée de manière à réaliser une transposition sur fréquence
détecteur d’enveloppe (qui est par ailleurs l’une des
intermédiaire haute, ce qui permet, en pratique, de meilleures
composantes du contrôle de gain), d’une démodulation analo-
réjections des parasites (fréquences image, raies de réception pro-
gique d’amplitude (AM), ou d’une détection d’énergie intégrée
voquées par les non-linéarités).
sur l’excursion en fréquence (pour un mode d’interception à
■ Un deuxième mélange permet de ramener le signal ainsi purifié, balayage).
sur des fréquences intermédiaires basses, plus propices à l’échan-
tillonnage (respect de la condition de Nyquist-Shannon) et/ou aux
traitements de démodulation. La CAG a pour but de maintenir un niveau constant en sortie de
Pour éviter les risques de mélanges entre signaux réels et FI à l’entrée de la démodulation, en général 0 dBm ou – 10 dBm
signaux présents dans les étages de transposition (potentiels sur les récepteurs usuels.
générateurs de parasites), on s’efforce par ailleurs de choisir les En fonction de l’étendue de la gamme de fréquence à couvrir, il
fréquences intermédiaires FI en dehors de la gamme de fré- peut être nécessaire d’utiliser deux premières fréquences intermé-
quences à surveiller. diaires et plusieurs jeux commutables de filtres et d’amplificateurs.

Circuit de CAG

Démodulation :

Filtres FI Discriminateur
de fréquence
Mélangeur Mélangeur
Filtres 1ère FI 2e FI Détecteur d'enveloppe

Circuits BP
Atténuateur
programmable

Synthétiseur
BFO
de fréquence Mélangeur
BLU

BFO Beat Frequency Oscillator CAG Commande automatique de gain


BLU Bande latérale unique FI Fréquence intermédiaire

Figure 1 – Schéma synoptique d’un récepteur superhétérodyne

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2.2 Intercepteur à balayage


superhétérodyne
C’est un récepteur superhétérodyne dont la fréquence de
l’oscillateur local varie de manière manuelle ou automatique. Une Tête HF Filtres FI Détecteur
des composantes de la démodulation, le plus souvent la détection
d’enveloppe, est utilisée pour automatiser la détection d’énergie,
puis le contrôle de gain, afin, éviter la saturation sur les porteuses
scrutées, etc. Le schéma synoptique d’un intercepteur à balayage
superhétérodyne est donné sur la figure 2. Générateur Oscillateur
Dans une interception manuelle, un opérateur détermine à de balayage local
l’écoute, ou à partir d’une visualisation du niveau de Contrôle de
gain automatique (CAG), ou sur une représentation panoramique
FI (§ 4) la présence d’une émission. Figure 2 – Schéma synoptique d’un intercepteur superhétérodyne
à balayage
Sauf pour des signaux spécifiques, l’interception manuelle a très
tôt fait place à des modes de balayage automatiques.
■ Le balayage est obtenu par un synthétiseur wobbulé (c’est-à-dire
à balayage en fréquence continu) ou par un positionnement séquen-
Courbe statique
tiel sur des fréquences régulièrement espacées (conception plus
moderne). Dans les intercepteurs modernes, l’utilisation de techni-
ques de synthèse directe d’oscillateur local à division fractionnaire
permet des temps de positionnement en fréquence très courts (typi-
quement quelques millisecondes en HF et quelques centaines de Courbe
microsecondes en VUHF). Le lecteur désireux d’approfondir ces dynamique
notions pourra consulter l’ouvrage de Venceslav et Kroupa [1].
■ La conception d’un intercepteur à balayage doit obéir à un
compromis entre la vitesse de balayage et le pouvoir de résolution
spectrale exigé. Une grande vitesse de balayage nécessite une
faible réponse impulsionnelle de tout l’ensemble de réception et
donc une bande large, incompatible avec une grande sélectivité en
fréquence. Par ailleurs, en raison de la réponse transitoire des fil-
tres, un balayage trop rapide a pour effet de déformer l’enveloppe f0 f0′
spectrale du signal et son amplitude (figure 3).
■ En pratique, des filtres bande étroite, dont la largeur de bande Figure 3 – Déformation de l’enveloppe spectrale en balayage
est fonction de la résolution spectrale exigée, doivent être utilisés,
avec des réponses impulsionnelles aussi courtes que possible.
Pour cela, des filtres gaussiens sont généralement utilisés (de pré- Field Programmable Gate Array, etc.). Les contraintes d’emploi
férence aux filtres classiques de Tchebychev ou de Butterworth qui nécessitent de programmer des bandes de balayage souvent dis-
ont des réponses impulsionnelles plus longues). jointes, et d’explorer séquentiellement des fréquences mémorisées
dans un mode de veille dit « cyclique ». C’est pourquoi des intercep-
• En pratique, pour obtenir une réponse en amplitude/fré- teurs à balayage à pas discret réglables sont préférés à des intercep-
quence correcte, il est nécessaire que la relation suivante soit teurs à balayage à wobbulation (c’est-à-dire à balayage continu).
satisfaite :
∆F
V= ⭐b2 Le synthétiseur est programmé pour « sauter » d’une fré-
∆t
quence à la suivante, ce qui nécessite un positionnement très
avec ∆F excursion en fréquence du balayage, rapide.
∆t temps de positionnement sur la porteuse (limitant la La technique de synthèse à division fractionnaire permet
durée d’intégration), d’atteindre aujourd’hui des temps de positionnement infé-
rieurs à 100 µs dans la gamme VUHF.
V vitesse de balayage,
b bande passante à 3 dB du filtre de réception.

Exemple : pour une vitesse de 1 MHz/s, le filtre utilisé doit avoir


une bande passante supérieure à 1 kHz. 3. Intercepteur large bande
• Dans la pratique, la contrainte de sélectivité est souvent prio- à analyse parallèle
ritaire, en particulier dans la gamme HF. Aussi les filtres souvent
utilisés dans cette gamme de fréquence étaient-ils originellement
des filtres à quartz avec de bons facteurs de forme à 60 dB de 3.1 But
l’ordre de 3 (rapport 3 entre la bande du filtre à 60 dB la bande du
filtre à 3 dB). Aujourd’hui, ces filtres sont réalisés autant que possi- L’apparition des formes d’ondes furtives à évasion de fréquence
ble numériquement, après un échantillonnage du signal sur une rapide nécessite l’emploi d’intercepteurs à bande large, c’est-à-dire
dynamique suffisante. capable d’acquérir instantanément une portion significative ∆F de
• La gestion des fréquences et des filtrages dans les intercep- la bande de saut de l’émission, pour fournir une image de l’activité
teurs modernes est mise en œuvre par microprocesseur ou calcula- radioélectrique dans le temps le plus bref possible et la bande la
teur embarqué miniaturisé (DSP : Digital Signal Processor, FPGA : plus large possible.

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Radiosurveillance du spectre
Goniométrie et localisation

par François DELAVEAU


Ingénieur de l’École nationale supérieure de techniques avancées
Expert en traitement du signal et guerre électronique
de Thales Communications & Security
et Yvon LIVRAN
Ingénieur de l’École nationale d’Ingénieurs de Brest
Responsable de la réglementation du spectre pour Thales Communications & Security
Cette édition est une mise à jour de l’article de Gilbert MULTEDO intitulé Radiosurveillance
du Spectre paru en 1994

1. Concepts et notations............................................................................. TE 6 892 - 2


2. Radiogoniométrie ..................................................................................... — 3
2.1 Principes et notations .................................................................................. — 3
2.2 Architectures de réception .......................................................................... — 3
2.3 Compromis techniques et contraintes communes ................................... — 4
2.4 Radiogoniomètres à résolution simple ...................................................... — 10
2.5 Limite de la goniométrie classique............................................................. — 18
2.6 Radiogoniomètres à super résolution ........................................................ — 19
2.7 Radiogoniomètres à haute résolution ........................................................ — 20
3. Radiolocalisation par triangulation de radiogoniométries
en azimut .................................................................................................... — 25
3.1 Notations et figures ..................................................................................... — 25
3.2 Procédé de Stansfield .................................................................................. — 26
3.3 Procédé de Torrieri ...................................................................................... — 27
4. Radiolocalisation par goniométrie 2D et projection ...................... — 27
5. Radiolocalisation hyperbolique par TDOA ........................................ — 29
6. Radiolocalisation LSU en ondes décamétriques ............................. — 31
7. Conclusion.................................................................................................. — 31
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. TE 6 892

es communications sont devenues essentielles, aussi bien dans le domaine


L civil (fonctionnement politique, économique et social de notre société de
plus en plus axée sur la transmission d’informations entre particuliers, acteurs
économiques, dirigeants et organismes régulateurs), que militaire, pour la
conduite des forces et le contrôle du théâtre d’opérations.
L’utilisation rationnelle et efficace du spectre pour les applications civiles et
la vérification de la bonne application de la réglementation a toujours néces-
sité des fonctionnalités de radiogoniométrie des signaux et de radiolocalisation
des émetteurs de communication, intégrées aux moyens de surveillance du
spectre. La radiogoniométrie est alors principalement liée aux besoins :
– de localiser les émetteurs brouilleurs ou intrus ;
– d’aider, le cas échéant, au diagnostic de situations d’interférences ;
– de rendre plus fiables et précis le contrôle du bon emploi du spectre, les
mesures des niveaux de champs et les vérifications de conformité des émet-
p。イオエゥッョ@Z@。ッエ@RPQR

teurs légitimes aux réglementations locales.

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RADIOSURVEILLANCE DU SPECTRE _____________________________________________________________________________________________________

Dans le domaine militaire, le besoin d’alerte et de réaction des forces de


théâtre aux menaces possibles a toujours fait appel à des fonctionnalités forte-
ment automatisées de radiogoniométrie, associées, le cas échéant, à des
fonctions d’identification des signaux interceptés [TE 6 893].
Intégrés aux dispositifs tactiques déployés sur les théâtres ou aux systèmes
d’informations des forces en opérations, les radiogoniomètres sont des sen-
seurs essentiels pour les modes d’alerte et d’autoprotection. La
radiogoniométrie et la radiolocalisation contribuent par ailleurs fortement au
renseignement d’origine électromagnétique (ROEM), et sont de ce fait pré-
sentes dans de nombreux senseurs et systèmes de senseurs terrestres,
maritimes et aéroportés.
Les progrès des technologies de transmission numériques, les volumes
transmis, la variabilité des formes d’ondes et des protocoles d’accès radio se
sont fortement accélérés ces vingt dernières années, accroissant, non seule-
ment l’hétérogénéité des signaux, mais aussi la densité d’émetteurs, la
complexité et l’in-stationnarité des environnements de propagation ; et finale-
ment les besoins de sensibilité, de résistance aux interférences et aux
brouillages des radiogoniomètres. Par ailleurs, la tacticité, la rapidité et l’auto-
matisation des radiogoniomètres restent dimensionnantes pour leurs
performances opérationnelles.
Toutefois, pour répondre à cette complexification et au renouvellement en
conséquence des exigences opérationnelles, les radiogoniomètres ont pu
bénéficier, eux aussi, des progrès technologiques récents pour augmenter
drastiquement les largeurs de bande et les vitesses de balayage, et pour paral-
léliser massivement les traitements embarqués.
Cet exposé s’appuie sur les articles précédents [TE 6 890] et [TE 6 891].

1. Concepts et notations émetteur sur une antenne ou un réseau antennaire. Elle nécessite
un aérien directif ou un réseau antennaire échantillonné, de taille et
de nombre d’éléments suffisants. Aux basses fréquences, la radio-
Cet article s’appuie sur les concepts et notations relatifs aux goniométrie est donc contrainte par la grande taille des antennes.
signaux de communication et à leur propagation introduits déjà
dans [TE 6 890], ainsi que sur ceux relatifs aux intercepteurs et
récepteurs (dans [TE 6 891]). La radiogoniométrie, apparue dès le début du XXe siècle,
s’appliquait à l’origine aux signaux en bande étroite non
■ Radiolocalisation en général
brouillés et se propageant de manière quasi géométrique.
Elle a pour objectif la détermination de l’emplacement d’un
Les principaux progrès, depuis les origines, ont concerné le
émetteur par l’exploitation des propriétés de la propagation des
traitement de signaux à bande large de plus en plus
ondes électromagnétiques à l’aide d’un (ou de plusieurs) réseau(x)
complexes. Puis, grâce aux traitements d’antenne à super et
antennaire(s) en réception.
haute résolution, il est devenu possible de prendre en compte :
En radiosurveillance, on utilise principalement quatre grandes – des cas de brouillages et d’interférences ;
méthodes : – des cas de propagations de plus en plus difficiles
– triangulation de goniométries en azimut ; (multi-trajets, diffusion) ;
– projection terrestre de goniométries en azimut et site, princi- – des cas d’utilisation d’antennes de plus en plus compactes.
palement pour des radiogoniomètres placés sur des aéronefs ;
– localisation hyperbolique basée sur des mesures de synchroni-
sation entre signaux ; ■ Localisation hyperbolique
– localisation à station unique, principalement sur les ondes HF
pour lesquelles surviennent des réflexions ionosphériques. Elle est basée sur des mesures de retards différentiels liés à la
propagation des signaux sur des paires d’antennes en réception
distantes et synchronisées (a priori ou a posteriori par traitement).
On exploite aussi des combinaisons et estimateurs fusionnés de En fréquence basse, elle est beaucoup moins contrainte que la
localisation prenant en compte les sorties de plusieurs de ces goniométrie par la taille des antennes. Par contre, lorsqu’il n’existe
méthodes, appliquées, soit séquentiellement, soit en parallèle. pas de référence temps commune à tous les récepteurs, la locali-
sation hyperbolique se trouve dépendante de la transmission
■ Radiogoniométrie (généralement à haut débit) des échantillons de signaux entre
Stricto sensu, elle a pour objectif la détermination de la direction antennes de réception pour une estimation des retards qui soit
d’arrivée d’un émetteur (azimut et, le cas échéant, site), par la centralisée sur l’un des systèmes de réception employés, voire sur
mesure du champ radioélectrique induit par les signaux issus de cet un système de contrôle global du réseau de senseurs disséminés.

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L’existence d’une référence temps commune simplifie donc lar-


gement la mise en œuvre. La localisation hyberbolique est native- Ξ = (υ, ζ) : incidence relative,
ment adaptée aux signaux en bande large qui présentent (sauf cas
très particulier) une bonne résolution temporelle intrinsèque. Elle υ : gisement,
est, de ce fait, très utilisée dans les systèmes d’auto-localisation et ζ : élévation,
de radionavigation satellitaires (GPS et Galileo) ou terrestre en Θ = (θ, ∆) : incidence absolue,
bande basse (Loran). Elle procure aussi des informations complé- Conventions
angulaires θ : azimut,
mentaires à la goniométrie, très profitables pour la radio-
surveillance de nombreuses transmissions, bien qu’elle soit elle ∆ : site,
aussi, mais de manière différente à la radiogoniométrie, sensible α : complémentaire au site,
aux difficultés environnementales (brouillages, interférences, tra-  
jets multiples). k (Θ) = k (θ , ∆) nombre d’onde incident.

■ Localisation à station unique (LSU)


Elle combine une radiogoniométrie en azimut et en site avec des Verticale  
z
mesures d’instants d’arrivées des différents modes de propagation locale k (Θ) = k (θ , ∆) P
des ondes HF, direct ou par réflexion(s) sur les couches
ionosphériques E1 et E2 (suivant les notations adoptées
dans [TE 6 890]), lorsque ces modes peuvent être discriminés (par
le site et/ou le retard). Des hypothèses sur la nature des modes de α y
propagation, couplées à une modélisation ou une mesure des
couches ionosphériques (sondage de canal), permettent ensuite de 3 4 ∆ Projection
déduire la position de l’émetteur (azimut et distance). Antenne de la direction
ζ
réseau O sur l’horizontale
à N (= 5) 2 locale
éléments 5 υ p
2. Radiogoniométrie θ
1
x
2.1 Principes et notations Orientation
de la normale
Un radiogoniomètre mesure la direction d’arrivée d’une onde Nord
à l’antenne
électromagnétique par rapport à une direction de référence. Le
processus est purement passif et indécelable par l’émetteur. Figure 1 – Notations pour la goniométrie 1D et 2D
Quels que soient leurs principes, les radiogoniomètres
classiques utilisent tous l’hypothèse de fronts d’ondes plans asso-
ciés à chaque émetteur : les lieux isophases (c’est-à-dire, à phase fréquences et des traitements particularisés pour certains émet-
constante) de l’onde émanant d’un émetteur sont supposés être teurs d’intérêt.
des plans parallèles à distance suffisante de l’émetteur
2 /λ , D
(c’est-à-dire, au-delà de la distance de Fresnel DFresnel = DTx Tx Exemple
étant le diamètre – ou plus grande longueur – de l’aérien de En radionavigation portuaire ou aéroportuaire un radiogoniomètre
l’émetteur, λ étant la plus petite longueur d’onde reçue). fournit le relèvement d’un émetteur mobile spécifiquement conçu à
cet effet, et donc connu du capteur.
■ Objectif
Les modes de scrutation, la réception, et les traitements sont ainsi
La mesure du goniomètre a pour objectif de donner la normale à
dédiés et simplifiés.
ces lignes isophases, normale qui correspond, sous les hypothèses
précédentes, à la direction d’arrivée de l’émetteur.

2.2 Architectures de réception


On distingue les radiogoniomètres 1D, qui n’estiment que le
gisement ou l’azimut, et les goniomètres 2D qui estiment le
gisement ou l’azimut, et l’élévation ou le site (voir les 2.2.1 Spécificités
notations définies sur la figure 1) : ■ Les performances demandées à un récepteur de radiogonio-
– gisement et élévation : les références sont définies par la métrie sont grosso modo celles d’un récepteur d’interception, tel
géométrie et les axes de symétrie de l’aérien ; que décrit dans [TE 6 891], avec les spécificités suivantes :
– azimut : la référence est, en général, le nord magnétique
ou géographique ; – parallélisation plus ou moins importante des voies de réception ;
– site : la référence est, en général, l’horizontale locale. On – apprentissage et compensation des distorsions en amplitude
utilise parfois le complémentaire à l’angle de site, repéré par et en phase entre voies de réception, sous forme d’une calibration
rapport à la verticale locale. de celles-ci ;
– synchronisme du positionnement des voies de réception sur
porteuse ;
■ Applications – synchronisme de la numérisation des voies de réception, si
La radiogoniométrie s’applique a priori à tous types de signaux celle ci est numérique : on considère généralement dans la
de communications, sans protocole particulier entre émetteur et pratique que la précision du synchronisme des échantillonneurs
capteur susceptible de la favoriser. Des modes génériques de doit être au moins de l’ordre de 1/(20 Fmax), Fmax étant la fré-
balayage et des traitements génériques sont implantés pour quence la plus haute du signal après transposition et filtrage,
s’adapter à tous les environnements et signaux susceptibles d’être c’est-à-dire la fréquence échantillonnée la plus haute respectant la
rencontrés, ce qui n’exclut pas des modes de scrutation des condition de Shannon.

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■ Radiogoniomètres à résolution simple


Ils sont adaptés aux situations de mono-émission dans le canal
Antennes fréquentiel traité, et aux cas de propagation par trajet unique.
N
Commutateur 2 Parmi ces radiogoniomètres, on distingue en général deux classes,
1 N suivant que la mesure se base sur l’amplitude ou la phase des
signaux reçus :
– les radiogoniomètres d’amplitude ;
Vers – les radiogoniomètres de phase.
N′ Récepteur Numériseur
Machine l’exploitation
N′ N′
de traitement niveau ■ Radiogoniomètres à super et haute résolution
voies voies
système
Ils sont capables de traiter plusieurs émissions simultanées dans
un même canal fréquentiel (brouillages, interférences, trajets
Figure 2 – Architecture générale d’un radiogoniomètre multiples).
Ces radiogoniomètres utilisent systématiquement un réseau
antennaire, et exploitent des opérateurs statistiques d’ordre au
■ La même structure superhétérodyne et les mêmes filtres de moins égal à 2 du signal reçu (exemple : matrices de covariance),
canalisation sont souvent utilisés sous forme parallélisée. ainsi que différents procédés algébriques pour inverser et/ou
décomposer ces opérateurs § 2.6 et 2.7.
Exemple
Une structure courante de réception consiste en un récepteur à
6 voies RF parallèles, dont 1 est consacrée à l’interception rapide et 2.3 Compromis techniques et contraintes
les 5 autres à la goniométrie des émissions interceptées. On communes
dénomme d’ailleurs ce type de senseur « intercepteur/goniomètre ».
■ Le choix d’une technique de radiogoniométrie, toujours délicat,
2.2.2 Architecture fonctionnelle globale est une recherche de compromis sur les performances pour
répondre à une situation opérationnelle donnée et à un porteur
L’architecture fonctionnelle commune à tous les radiogo- donné.
niomètres est donnée sur la figure 2. Elle comprend : Des caractéristiques sont à prendre en compte pour chaque
– un aérien, constitué d’une antenne ou d’un réseau d’éléments application telles que :
antennaires ; – l’automaticité ;
– un ensemble de commutations entre gammes de fréquences – la taille de l’aérien ;
et/ou entre éléments de l’aérien le cas échéant ;
– les gammes de fréquences à couvrir ;
– un ensemble de réception sur une bande de mesure W ⭐ ∆F
– la durée d’installation ;
(∆F bande d’interception) et de transposition en FI ;
– le poids ;
– un ensemble de transpositions et filtrages en bande de base et
de numérisation de la bande de mesure W, en réception numéri- – la consommation ;
que (avec respect de la condition de Shannon) ; – la gamme climatique ;
– une machine de traitement spécialisée, selon les cas (ASIC – – les rechanges, etc.
Application Specialized Integrated Circuit ; FPGA – Field Program-
mable Gate Array ; DSP – Digital Signal Processor ) ou générique ■ Cependant, certains paramètres interviennent de manière
(GPP – General Programmable Processor ). prépondérante dans la conception ou le choix d’un radiogo-
niomètre. On peut retenir les treize suivants :

2.2.3 Traitements liés aux signaux et modes – les ouvertures physique, apparente et/ou équivalente de
l’antenne du réseau antennaire (§ 2.3.1) ;
de commutation des voies de réception
– la résolution du radiogoniométre ou du traitement spatial
Les traitements de signaux effectués dans chaque sous-ensemble d’antenne (§ 2.3.2) ;
dépendent : – la nature des signaux traités en bandes étroite et large
– des caractéristiques de l’onde électromagnétique utilisée pour (§ 2.3.3) ;
extraire les informations d’angle(s) d’arrivée(s) (bande étroite/ – la distribution du champ radioélectrique sur la surface de
large, forme d’onde continue/impulsive, etc.) ; l’antenne et la signature spatiale des sources (§ 2.3.4) ;
– de l’acquisition des signaux, qui peut se faire en parallèle ou – la sensibilité recherchée (§ 2.3.5) ;
de manière commutée. – la précision angulaire recherchée (§ 2.3.6) ;
– la borne de Cramer Rao mono-source du radiogoniomètre
■ En acquisition « parallèle », il y a autant de voies de réception (§ 2.3.7) ;
que de signaux générés par les éléments du réseau antennaire la
– la rapidité du radiogoniomètre (§ 2.3.8) ;
mesure est quasi instantanée ;
– le comportement du radiogoniomètre en présence de
■ En acquisition « commutée », la mesure n’est disponible qu’après multi-trajets de propagation (§ 2.3.9) ;
une séquence impliquant des commutations séquentielles entre les – les corrélations spatiale et temporelle des signaux ou
éléments du réseau antennaire, une gestion des transitions et des multi-trajets susceptibles d’être rencontrés par le radiogoniomètre
temps de montée des filtres après commutations, etc. (§ 2.3.10) ;
– l’ambiguïté des réseaux d’antennes (§ 2.3.11) ;
2.2.4 Catégories de traitements – le comportement du radiogoniomètre en présence de
multi-émissions dans la bande de réception (§ 2.3.12) ;
Les différents traitements de radiogoniométrie peuvent être – la protection du canal de radiogoniométrie sur le canal adja-
approximativement groupés en deux catégories. cent (§ 2.3.13).

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_____________________________________________________________________________________________________ RADIOSURVEILLANCE DU SPECTRE

2.3.1 Divers types d’ouvertures d’une antenne pour une antenne linéaire ou rectangulaire avec une illumination
ou d’un réseau antennaire uniforme, pour une parabole κant ≈ 1,2).
En pratique, pour les antennes de géométrie simple au dia-
L’ouverture, ou diamètre physique D, d’une antenne ou d’un
gramme bien maîtrisé, il est assez aisé de gagner un facteur 2 sur
réseau antennaire, est la distance extrême entre éléments de
la résolution lors des traitements par analyse du comportement
l’antenne (éléments de ligne, de surface ou de volume, pour une
des estimateurs de localisation au voisinage des maxima locaux.
antenne à structure continue, éléments discrets pour une antenne
échantillonnée). • Pour les géométries plus complexes, la résolution spatiale est
définie selon la nature exacte de la variable estimée dans le traite-
L’ouverture relative est définie comme le rapport D/λ, entre
ment spatial : gisement, azimut, pseudo-grisement, etc.
l’ouverture D et la longueur d‘onde. Ces notions sont intrinsèques
à la géométrie de l’antenne.
Exemple
■ L’ouverture apparente Dapp(Θ ) d’une antenne ou d’un réseau Pour une antenne linéaire échantillonnée de Nant éléments, la varia-
antennaire pour une incidence Θ est l’ouverture physique corres- ble estimée est généralement le complémentaire au pseudo-gisement
pondant a la surface projetée de l’antenne ou du réseau dans le (ou même le sinus du complémentaire au pseudo-gisement), cet angle
plan orthogonal à la direction définie par l’incidence Θ . sphérique étant celui formé entre l’axe de l’antenne linéique
■ L’ouverture équivalente d’une antenne, ou d’un réseau anten- longueur D et la direction de la source. Pour des angles proches de la
naire pour une incidence Θ, traduit l’impact de la géométrie de direction normale à l’antenne, le complémentaire au pseudo-gise-
l’antenne sur les performances en précision. ment Θ et son sinus se confondent, Θ étant exprimé en radians et de
valeur proche de 0), et il est lors possible d’en revenir à une résolution
• Pour une antenne continue (linéique surfacique ou volu- angulaire 2Θ3dB = κant · λ/D comme précédemment en posant
mique), elle est liée au (double) de l’écart-type de la distribution en κant ≈ [6 (Nant – 1)/(Nant + 1)/π2]1/2.
distance des éléments de la figure de l’antenne projetée sur le plan
normal à l’incidence Θ. Pour les géométries les plus simples, Θ3dB s’interprète physi-
quement comme l’intervalle angulaire mesuré par rapport à la direction
• Pour les géométries plus complexe, elle est liée aux expressions normale de l’aérien au-delà duquel le gain de l’aérien est diminué de
des bornes de Cramer Rao, qui seront explicitées dans la suite. moitié. Il existe toutefois des traitements à haute résolution spatiale qui
• D’une manière générale, elle est proportionnelle à permettent de séparer des émissions distantes d’une fraction seule-
l’ouverture D/λ d’un facteur κ (Θ ), qui dépend de la géométrie ment de la résolution spatiale native 2Θ3dB (§ 2.6 et § 2.7).
apparente de l’aérien projeté normalement à Θ : De (Θ ) = D · κ (Θ ).
2.3.3 Signaux en bandes étroite et large
2.3.2 Résolution en radiogoniométrie
et en traitement d’antenne Suivant les notations adoptées dans [TE 6 891], le signal sur
porteuse f0 est noté :
Différentes définitions théoriques existent pour la résolution.
Toutefois des définitions simples à « caractère physique » s (t ) = Re {a (t ) exp [i ϕ (t )] exp [2i π f0 t ]}
illustrent assez bien les mécanismes en jeu dans les traitements. Son spectre est noté sˆ (f ) .
■ Résolution temporelle d’un radiogoniomètre Le signal étant filtré en bande de base f0 = 0 ou sur porteuse
Elle se définit intuitivement comme sa capacité à séparer deux f0 > 0, son support spectral est supposé borné sur
émissions identiques en termes de niveau et de forme d’onde [f0 – ∆f /2, f0 + ∆f /2].
(typiquement un signal se propageant selon un trajet direct et un ■ Sa fréquence centrale est alors définie par :
trajet réfléchi), présentant des instants d’arrivées différents.
∆f
En pratique, cette résolution temporelle est très liée aux caracté- f0 +
2
ristiques du signal lui-même et à la manière dont il est filtré dans 2

les étages de réception et traitement. Pour un signal de largeur de


∫ f sˆ (f ) df
∆f
f0 −
bande BW convenablement filtré, la résolution temporelle native fc (sˆ) = 2
∆f
τ3dB de la plupart des traitements abordés dans ce traité est f0 +
2
τ3dB ≈ κBW /BW proportionnelle à 1/BW, le coefficient κBW dépen- 2
dant de la forme de l’enveloppe temporelle du signal. Il existe tou- ∫ sˆ (f ) df
∆f
f0 −
tefois des traitements à haute résolution temporelle qui permettent 2
de séparer des émissions distantes d’une fraction seulement de
cette résolution temporelle native τ3dB . ■ Sa 1/2 bande équivalente (ou bande rms) est définie par :
1
■ Résolution spatiale d’un radiogoniomètre  f0 + ∆f 2
Elle se définit intuitivement comme sa capacité à séparer deux  2
2 
 ∫ (f − fc )2 sˆ (f ) df 
émissions de niveaux égaux et d’angles d’arrivée différents  ∆f 
(figure 3). BWe (sˆ)  f0 − 2 
= ∆f 
En toute rigueur, une définition précise de la résolution spatiale 2  f0 + 
2
 2 
ferait dépendre celle-ci de la direction pointée, et de l’ouverture  ∫ sˆ (f ) df 
apparente et de la forme précise du diagramme d’antenne de  f0 −
∆f 
l’aérien dans la direction pointée, et des niveaux relatifs entre  2 
signaux à séparer.
• Pour les techniques de radiogoniométrie à résolution simple, la Exemples
résolution spatiale se confond en première approximation avec la Dans le cas d’un signal de spectre équilibré autour de la
largeur à 3 dB du lobe de l’antenne ou du réseau antennaire, propor- porteuse, on a fc = f0 .
tionnelle à l’inverse de l’ouverture relative D/λ dans la direction nor-
male à l’antenne, soit 2Θ3dB = κant λ /D, κant étant un paramètre Pour un signal de spectre blanc dans une bande
dépendant de la géométrie de l’antenne dont la valeur est proche de BW ⊆ [f0 – ∆f /2, f0 + ∆f /2], la largeur de bande équivalente est
1 lorsque les expressions sont en radians (exemples : κant = 0,89 BWe = ∆f / 3 .

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RADIOSURVEILLANCE DU SPECTRE _____________________________________________________________________________________________________

À partir de ces définitions, le signal est dit « intrinsèquement en signal reçu entre éléments du réseau antennaire et, le cas échéant,
bande étroite » si le rapport entre la bande équivalente et la les amplitudes différentielles entre éléments du réseau antennaire,
porteuse vérifie BWe /f0 << 1 (en pratique la limite souvent dépendant de l’incidence Θ.
considérée est BWe /f0 < 1/20). La signification physique de cette • Le vecteur directeur est construit à partir des signaux
notion réside dans le fait que pour un tel signal, l’impact d’un effet complexes reçus sur chaque élément du réseau antennaire :
Doppler se traduit par un simple décalage en fréquence, sans dis-
torsion de la bande BWe. xn (Θ , t ) = An (Θ ) exp (2i πf0t ) = an (Θ ) exp [iϕ n (Θ )] exp (2i πf0t )
Considérant une antenne ou un réseau antennaire de diamètre D avec an (Θ ) amplitude,
(plus grande longueur entre éléments), le signal est dit « en bande
étroite pour le réseau de diamètre D » si le rapport entre la bande ϕn ( Θ ) phase,
équivalente et la porteuse vérifie BWe D /c ⬍⬍1 (en pratique la limite f0 fréquence monochromatique égale par définition
souvent considérée est BWeD/c < 1/20). La signification physique à la porteuse.
de cette notion réside dans le fait que pour un tel signal, les distor- Par normalisation, on fait apparaître les amplitudes différentiel-
sions des déphasages entre les éléments du réseau restent faibles les an(Θ)/a1((Θ)) et les phases différentielles ϕn(Θ)/ϕ1((Θ)) sous la
lorsque la fréquence parcourt la bande BWe. forme :
Le signal est dit « en bande étroite » (au sens large) si les deux
conditions ci-dessus sont réalisées. As (Θ ) = [A1 (Θ ) A2 (Θ )... ANant (Θ )]
T
Certaines définitions et certains traitements ne s’appliquent en  a (Θ ) aN (Θ ) i [ϕ (Θ )−ϕ (Θ )] 
toute rigueur qu’aux signaux à bande infinitésimalement étroite ; = a1 (Θ )ei [ϕ1(Θ )]  1 2 ei [ϕ2 (Θ )−ϕ1(Θ )]... ant e Nant 1

 a1 (Θ ) a1 (Θ ) 
c’est notamment le cas de nombreuses notions et procédures inter-
venant en radiogoniométrie. Dans le cas où le signal n’est pas « en • La notion de vecteur directeur ne s’applique en toute rigueur
bande étroite » (au sens large ci-dessus), la décomposition inverse qu’aux signaux monochromatiques, c’est-à-dire à bande infinitésima-
de Fourier du signal temporel permet d’écrire formellement : lement étroite. Dans le cas où le signal n’est pas « en bande étroite »
(au sens large), il faut faire intervenir sa distribution spectrale et défi-
∆f
f0 +
2
nir les vecteurs directeurs par leurs composantes de Fourier.
s (t ) = ∫ sˆ (f ) e2i πft df Cela s’écrit formellement :
∆f
f0 −
2 ∆f
f0 +
2
En pratique, cette formulation montre qu’au moyen de bancs de s (t ) = ∫ sˆ (f ) e2i πft df ; Aˆn (f , Θ ) = sˆ (f ) e2i πf (t −τ ) an (f , Θ ) exp [iϕ (f , Θ )]
filtres adéquats, tels que ceux mis en œuvre dans les intercepteurs à ∆f
f0 −
analyse parallèle, il est possible de décomposer tout signal à bande 2
large en somme de composantes à « bande étroite » b, qui Aˆ (f , Θ ) = [Aˆ1 (f , Θ ) Aˆ 2 (f , Θ )... AˆNant (f , Θ )]T
s’écrivent formellement sf (t ) = sˆ (f ) e2i πft , à chaque fréquence f pour
appliquer les traitements à bande étroite à chacune de ces Les décompositions précédentes et les traitements décrits dans la
composantes. suite s’appliquent alors à chaque composante de Fourier Aˆ (f , Θ ) des
vecteurs directeurs, mais des posts traitements sont alors nécessai-
res pour associer les résultats des goniométries multiples réalisées
2.3.4 Distribution des champs sur toute surface en bande étroite aux émetteurs large bande qui leur correspondent.
dans son voisinage
Quelle que soit sa nature (bande large ou étroite, onde plane ou 2.3.5 Sensibilité
non), une source d’émission radioélectrique induit une distribution
du champ radioélectrique sur toute surface et en son voisinage, La sensibilité d’un radiogoniomètre se définit comme le niveau
qui est en toute généralité une fonction de la position de l’espace minimal de signal reçu donnant lieu à des détections et à des esti-
et du temps. mations angulaires « exploitables ». C’est une caractéristique
importante qui conditionne la portée d’un système, ainsi que le
Pour un réseau antennaire composé d’éléments ponctuels ou
maintien de précisions et de temps de traitement acceptables sur
supposés tels, la signature spatiale d’une source radioélectrique
les signaux reçus à faible rapport signal à bruit, ce qui est fréquent
correspond à la distribution du champ radioélectrique aux centres
dans les applications militaires.
de phase de chaque élément du réseau, donc à un vecteur de coef-
ficients complexes dépendant du temps et de la position des élé-
ments composant le réseau.
Rappelons, par exemple, que l’un des objectifs des trans-
■ Considérer des surfaces isophases (ou fronts d’onde) planes est missions à étalement de spectre est justement la réduction de
une hypothèse justifiée lorsque la distance de propagation depuis la densité spectrale de puissance émise, ce qui place les
l’émetteur excède la distance de Fresnel définie par : capteurs de radiosurveillance dans des conditions de
réception à faible rapport signal à bruit S/B.
2 /λ
DFresnel = D Tx

avec DTx diamètre – ou plus grande longueur – de l’aérien de La sensibilité instrumentale d’un système de radiogoniométrie
l’émetteur, est généralement donnée sous la forme du champ électrique (en
µV/m) ou du flux de puissance reçue sur l’antenne (en dBm/m2),
λ plus petite longueur d’onde reçue.
nécessaire à l’obtention d’un écart quadratique moyen de l’estima-
Dans ce cas, l’onde est dite « plane » et il est possible de définir une teur angulaire de l’ordre de 1o ou 2o, pour une durée globale de
direction normale au front d’onde, identique en tout point de l’espace mesure de l’ordre de 1 à 2 s.
qui correspond à l’incidence de la source, notée Θ = (θ, ∆) dans la suite Elle dépend donc, non seulement des traitements mais aussi des
(θ pour l’azimut, ∆ pour le site). La variable « position de la source » est performances de la chaîne de réception en amont :
alors remplacée par la variable « incidence de la source » Θ.
– gains d’antenne ;
■ La notion de vecteur directeur correspond à la signature spatiale – pertes diverses (câbles, etc.) ;
d’une onde plane monochromatique incidente sur le réseau anten- – facteurs de bruit des amplificateurs ;
naire, faisant apparaître notamment les phases différentielles du – dynamique et non linéarités du récepteur, etc.

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2.3.6 Précision angulaire symboles reçus pris en compte dans le processus d’intégration
cohérente.
Il s’agit ici de la précision instrumentale sur les mesures
angulaires : azimut et site, le cas échéant (radiogoniomètres aéro- κ (Θ ) 1
σ (Θ ) =
portés, radiogoniomètres HF avec Localisation LSU). D ρSNR WT
2π Nant
λ
■ Mesure de la précision
Elle est mesurée pour des caractéristiques de réception fixées : avec Nant nombre d’antennes du réseau,
– pour un radiogoniomètre à résolution simple : émission unique κ (Θ ) valeur dans un intervalle réduit, qui dépend du
et rapport signal à bruit supérieur à la limite de sensibilité d’une principe de mesure et de la géométrie apparente
marge donnée ; du réseau d’antenne dans la direction Θ (κ(Θ) ≈ 1
pour un système de goniométrie optimal, en
– pour un radiogoniomètre à super ou haute résolution : nombre
pratique κ(Θ) = √2 à 3 pour un radiogoniomètre de
d’émissions en deçà d’une certaine limite, rapport signaux à
bonne performance),
bruit + interférences par émission supérieurs à la limite de sensibi-
lité d’une marge donnée, cohérences spatiales et temporelles entre ρSNR rapport signal à bruit sur un élément en entrée de
signaux reçus en deça des limites de performances avec une traitement (exprimé en valeurs réelles), K ρSNR
marge donnée. apparaît donc comme le rapport signal à bruit en
sortie de traitement cohérent sur un élément du
■ Formalisation de la précision réseau antennaire et Nant · K · ρSNR comme le
Elle est généralement donnée sous la forme d’une valeur qua- rapport signal à bruit en sortie de traitement sur
dratique moyenne calculée pour chaque angle(s) azimut/site et l’ensemble du réseau antennaire.
pour chaque fréquence de la gamme à couvrir. L’ensemble des Le terme de diamètre équivalent D/κ(Θ)), dépend de la géométrie
composantes et des postes d’erreur du radiogoniomètre doit être précise du réseau antennaire dans la direction pointée et de la
inclus, y compris ceux liés au récepteur et à l’aérien. variable effectivement estimée.

■ Besoins d’infrastructures pour la mesure de précision Exemples


Les mesures de précision angulaires nécessitent des infrastructu- • Pour un élément antennaire surfacique d’ouverture angulaire
res lourdes : des émetteurs calibrés servant de référence et une base
2⌰ 3dB sous l’approximation d’un lobe principal d’antenne parabolique
de mesure tournante sur laquelle le radiogoniomètre est installé,
dans un environnement aussi isotrope que possible, sans obstacles, et pour un rapport signal à bruit significatif (ρSNR > 10) la borne de
ni réflecteurs proches pour éviter tout masquage et trajet multiple. Cramer Rao obtenue sur l’angle sphérique Θ mesuré par rapport à
l’axe de l’antenne est :

Θ 3dB κ ant 1
La plupart des radiogoniomètres modernes annoncent une σ CR (Θ ) ≈ ≈ ; κ (Θ) ≈ π ⋅κ ant
précision instrumentale de l’ordre du degré sur l’azimut. Mais ρSNR ⋅WT D ρSNR ⋅WT
2
seulement en conditions très idéalisées : fort rapport signal à λ
bruit, environnement mono-émetteur et mono-trajet de propa- • Pour un réseau linéaire de Nant éléments antennaires de lon-
gation. gueur totale D et orienté selon l’axe y de la figure 1, la borne de Cra-
mer Rao obtenue sur le cosinus de l’angle sphérique Ψ (Θ ), mesuré
par rapport à l’axe de l’antenne [cos Ψ (Θ ) = cos (υ) cos (ζ ), υ : gise-
2.3.7 Borne de Cramer Rao mono-source ment, ζ : élévation] est :
et convergence statistique
N ant − 1
Le traitement de radiogoniométrie comprend une partie cohé- 6
rente sur une durée d’intégration T, suivi d’un filtrage et d’une N ant + 1 1
σ CR (cos [Ψ (Θ ))] ≈ ;
intégration statistique des mesures, de nature généralement inco- D ρSNRWT
hérente, sur des durées atteignant parfois jusqu’à quelques secon- 2π N ant
λ
des. La sensibilité et la précision ultimes des mesures angulaires
N −1
dépendent de ces paramètres. κ [cos (Ψ (Θ ))] ≈ 6 ant
(N ant + 1)
Ce compromis entre précision, sensibilité et durée d’intégration du
traitement cohérent dans le processus de goniométrie est traduit par • Pour un réseau circulaire de Nant > 2 éléments disposés sur
la borne de Cramer Rao mono-source. Cette borne donne, pour une un polygone régulier inscrit dans un cercle de diamètre Dcirc hori-
situation de réception idéale d’une source unique sans multi-trajets zontal selon le plan (X, Y) de la figure 1 et effectuant une mesure
de propagation, l’écart-type sur l’incidence en fonction : d’azimut θ, la borne de Cramer Rao obtenue sur l’azimut θ est :
– de l’ouverture relative d’antenne D(Θ) /λ dans la direction de
pointage Θ (D(Θ) étant le diamètre apparent de l’antenne dans la 1 1
σ CR (Θ ) ≈ ; κ (Θ) ≈ 2
direction Θ c’est-à-dire, le diamètre apparent de la figure de N antpair, Dcirc ρSNR ⋅WT N antpair,
N antimpair π N ant N antimpair
l’antenne projetée sur le plan normal à la direction Θ) ; et grand λ et grand
– de λ, longueur d’onde ;
– de ρSNR, rapport signal à bruit en valeur réelle ;
– de T, durée d’intégration cohérente de la mesure ;
Pour des signaux de radiocommunication classiques
– de W, bande de mesure supposée convenablement adaptée à convenablement filtrés, le produit WT correspond au nombre K
celle du signal ; d’échantillons indépendants pris dans le processus d’intégration
– de produit WT= K correspond au nombre d’échantillons indé- cohérente.
pendants pris dans le processus d’intégration cohérente pour des
Dans le cas particulier où W est accordé à la bande d’un
signaux de radiocommunication classiques convenablement fil-
signal de radiocommunication, K correspond aux nombres de
trés. Dans le cas particulier où W est accordé à la bande d’un
symboles reçus pris en compte dans le processus d’intégration.
signal de radiocommunications, K correspond aux nombres de

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Radiosurveillance du spectre
Analyse et identification des transmissions

par François DELAVEAU


Ingénieur de l’École nationale supérieure de techniques avancées
Expert en traitement du signal et guerre électronique de Thales Communications & Security
et Yvon LIVRAN
Ingénieur de l’École nationale d’Ingénieurs de Brest
Responsable de la réglementation du spectre pour Thales Communications & Security
Cette édition est une mise à jour de l’article de Gilbert MULTEDO intitulé Radiosurveillance
du spectre paru en 1994

1. Exigences de performances des récepteurs d’écoute ................... TE 6 893 - 2


2. Architecture d’un système d’analyse technique ............................. — 3
2.1 Structure générale ....................................................................................... — 3
2.2 Acquisition du signal ................................................................................... — 4
2.3 Numérisation du signal et transposition.................................................... — 4
2.4 Filtrage numérique et canalisation des porteuses .................................... — 4
3. Traitements d’analyse technique......................................................... — 4
3.1 Démodulateurs élémentaires d’amplitude (AM) de phase (ϕM)
et de fréquence (FM) .................................................................................... — 4
3.2 Écoute audio du signal en basse fréquence .............................................. — 5
3.3 Analyse temporelle, spectrale et temps fréquence des signaux ............. — 5
3.4 Reconnaissance de modulation .................................................................. — 6
3.5 Mesure des paramètres de modulation ..................................................... — 9
3.6 Démodulation et égalisation ....................................................................... — 12
3.7 Identifications orientée et précoce des transmissions.............................. — 12
3.8 Reconnaissance des schémas de codage, embrouillage et multiplexage
des émissions numériques ........................................................................... — 18
3.9 Décodage des émissions numériques, analyse de la signalisation
et des contenus ............................................................................................ — 20
4. Conclusion.................................................................................................. — 21
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. TE 6 893

es communications sont devenues essentielles, aussi bien dans le domaine


L civil (fonctionnement politique, économique et social de notre société de
plus en plus axée sur la transmission d’informations entre particuliers, acteurs
économiques, dirigeants et organismes régulateurs), que militaire (conduite
des forces et contrôle du théâtre d’opérations).
L’utilisation rationnelle et efficace du spectre pour les applications civiles et la
vérification de la bonne application de la réglementation a toujours nécessité
des fonctionnalités d’analyse des signaux intégrées aux moyens de surveillance
du spectre. L’analyse technique des signaux de radiocommunications est alors
principalement liée au besoin de caractérisation et d’identification desdits
signaux, pour rendre plus fiables et précises les opérations de contrôle sur le
p。イオエゥッョ@Z@。ッエ@RPQR

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RADIOSURVEILLANCE DU SPECTRE _____________________________________________________________________________________________________

degré d’occupation du spectre, la mesure des niveaux des champs radioélectri-


ques et l’estimation des paramètres de modulation, mais aussi pour
diagnostiquer des situations d’interférences.
Dans le domaine militaire, le besoin pour les forces de contrôler la bonne uti-
lisation du spectre pour ses propres communications, mais aussi de détecter et
surveiller les émissions adverses a toujours fait appel à des fonctionnalités
plus ou moins automatisées de reconnaissance des signaux reçus, d’identifica-
tion des émetteurs interceptés, intégrées aux dispositifs tactiques déployés sur
les théâtres ou aux systèmes de renseignement. Ces fonctions sont les
composantes essentielles des modes d’alerte et d’autoprotection des forces
sur un théâtre d’opérations. Elles constituent aussi l’une des bases du rensei-
gnement d’origine électromagnétique (ROEM). Lorsqu’elles sont possibles, le
décodage de la signalisation et l’écoute des contenus transmis apportent
d’intéressants compléments aux fonctions de renseignement.
Ces dernières décennies, les progrès des technologies numériques, les
volumes transmis, la variabilité des formes d’ondes et des protocoles d’accès
radio se sont fortement accrus, augmentant les besoins en analyse :
– environnements radioélectriques devenus denses et fluctuants ;
– signaux de plus en plus large bande, hétérogènes et in-stationnaires ;
– traitements massivement parallélisés des données brutes extraites de
l’interface radioélectrique ;
– automatisation de plus en plus poussée.
Cet exposé s’appuie sur les articles précédents [TE 6 890] et [TE 6 891].

1. Exigences Bruit du synthétiseur


de performances
des récepteurs d’écoute
Les performances demandées à un récepteur d’écoute sont très
proches de celles d’un récepteur d’interception tel que décrit
dans [TE 6 891]. La même structure superhétérodyne et les mêmes
filtres de canalisation sont souvent utilisés. Cependant, des dif-
férences substantielles existent sur quelques exigences de perfor-
Canal
mances, qui sont détaillées ci-dessous. adjacent
■ Rapidité et pureté spectrale du synthétiseur
La rapidité n’est pas primordiale pour un récepteur d’écoute. La
pureté spectrale du synthétiseur s’en trouve généralement
améliorée, car le temps de réponse de la boucle de phase du
synthétiseur peut être allongé et sa largeur de bande réduite.
La pureté spectrale régit directement la protection sur le canal
adjacent du récepteur d’écoute (figure 1) qui, fixe, elle, la capacité
f0
d’un récepteur à écouter un signal faible spectralement proche
d’un signal fort.
Dans les utilisations ESM classiques la protection requise sur les Figure 1 – Pureté spectrale d’un synthétiseur
canaux adjacents est de l’ordre de :
– 70 dB en gamme VUHF ;
– 80 dB en gamme HF. Quelques ordres de grandeurs sont indiqués ici :
– en gamme HF, des valeurs typiques de largeurs de bande à
■ Facteur de forme et sélectivité en fréquence 3 dB sur fréquence intermédiaire FI sont 150 Hz, 300 Hz, 600 Hz,
Le facteur de forme à X dB d’un filtre est défini comme le 1 500 Hz, 3 000 Hz, 6 000 Hz, 20 kHz, 300 kHz. Les facteurs de forme
rapport entre la bande à X dB du filtre et la bande à 3 dB du filtre. à 80 dB varient fréquemment entre les valeurs 2,5 à 3 pour les ban-
Il régit donc sa sélectivité en fréquence. Le temps de réponse des de 20 kHz à 300 kHz ;
n’étant plus une performance critique des récepteurs pour l’ana- – en gamme VUHF, des valeurs typiques de largeurs de bande à
lyse, cela offre des possibilités pour atteindre la meilleure sélecti- 3 dB sur fréquence intermédiaire FI sont 3 kHz, 7,5 kHz, 15 kHz,
vité possible. De plus, les récepteurs d’écoute ont évolué vers les 30 kHz, 300 kHz, 500 kHz, 1 MHz, 2 MHz, 5 MHz, 10 MHz, 20 MHz,
techniques numériques qui permettent d’atteindre par Filtrage à 40 MHz. Les facteurs de forme à 70 dB obtenus en acquisition
réponse finie (FIR) des gabarits bien meilleurs que ceux des filtres large bande (10 MHz et plus) varient fréquemment entre les
à quartz utilisés à l’origine. valeurs 1,6 et 2.

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_____________________________________________________________________________________________________ RADIOSURVEILLANCE DU SPECTRE

■ Compromis entre linéarité et facteur de bruit


Il est généralement contraint sur un récepteur d’interception. Antenne
Alors que, sur un récepteur d’écoute, l’utilisation d’un préampli-
ficateur et d’une commande de gain lente (autorisée par le relâ-
chement des contraintes de vitesse de balayage) permet ACQUISITION
d’optimiser le facteur de bruit et la sensibilité (au détriment de la
linéarité) dans des environnements à faible congestion spectrale. Numérisation
Filtrage numérique
Dans l’état de l’art des récepteurs à large bande, il existe des Réception Transposition
Canalisations porteuses
ordres de grandeurs typiques : (BF ou BB)
– des points d’interception d’ordre deux (IP2) et trois (IP3) en
mode haute linéarité et dans des conditions standard d’environ-
nement sont : ANALYSE DU SIGNAL

• en gamme HF (1-30 MHz) : IP2 艌 75 dBm IP3 艌 35 dBm , Reconnaissance


de modulation Analyse
• en gamme VUHF (30 MHz – 3 GHz) : IP2 艌 45 dBm IP3 艌 22 dBm ; temporelle Démodulateurs
élémentaires
– des facteurs de bruit (F) en mode haute sensibilité et dans des Mesure AM, jM, FM
conditions standards d’environnement sont : des paramètres Analyse
• en gamme HF (1 MHz – 30 MHz) : F 艋 20 dB , spectrale
Écoute audio
• en gamme VUHF (30 MHz – 3 GHz) : F 艋 11 dB . Démodulation du signal BF
Égalisation Analyse
■ Dynamique – Contrôle automatique de gain (CAG) et démodulation temps
d’amplitude en-tête fréquence
Identification
Un récepteur d’écoute doit interfacer l’ensemble des démo- – orientée
dulateurs adaptés aux modulations analogiques et numériques – précoce BD modèles signaux
décrites au paragraphe 7.2 de [TE 6 890]. Les constantes de temps
de la CAG en désensibilisation et re-sensibilisation doivent être
adaptées à tous les types de modulation et de protocoles d’accès. ANALYSE DU CONTENU
• Face aux formes d’ondes analogiques, une démodulation
Reconnaissance Décodage
d’amplitude élémentaire (§ 3.1) est souvent utilisée pour piloter le
des schémas messages
contrôle de gain. Des constantes de dé-sensibilisation de la CAG Compte
– codages
de quelques dizaines de microsecondes à quelques dizaines de – embrouillages rendu
millisecondes et des constantes re-sensibilisation 10 fois plus – multiplexages Analyse d’analyse
élevées sont requises. de la signalisation
et des contenus
• Face aux signaux numériques modernes, l’évolution techno-
logique tend à privilégier l’utilisation de numériseurs à nombre de
bits suffisants pour couvrir la dynamique instantanée du signal Figure 2 – Chaîne générique de réception et analyse technique
(typiquement 90 dB requis en HF et 70 dB requis en VUHF pour des signaux
couvrir les principaux des besoins d’analyse de démodulation et
d’écoute). Le récepteur d’analyse technique est alors utilisé à gain
fixe avec un simple contrôle de non-saturation, les démodulateurs • l’écoute audio du signal en transposé en BF,
étant réalisés sous forme numérique après acquisition du signal et • l’analyse spectrale et, le cas échéant, l’analyse temporelle et
intégrés dans le même ensemble que les fonctions de réception et l’analyse temps fréquence du signal, associées à des repré-
d’analyse technique. sentations idoines,
• la reconnaissance de modulation, automatique, ou pilotée
par l’utilisateur,
2. Architecture d’un système • la mesure des paramètres de modulation,

d’analyse technique • la démodulation et l’égalisation des signaux numériques,


• l’identification orientée du signal, l’identification précoce le
cas échéant ;
2.1 Structure générale – pour l’analyse des contenus du signal, le cas échéant :
• la reconnaissance des schémas de codage, d’embrouillage de
L’architecture fonctionnelle basique d’un capteur d’analyse tech- multiplexage,
nique de base est donnée sur la figure 2.
• le décodage des émissions numériques, l’analyse de la
■ La partie acquisition comprend : signalisation et des contenus, leur décodage et leur interpré-
– la réception du signal y compris les différents étages de tation.
mélanges filtrages et amplification décrets [TE 6 891] ;
– la numérisation du signal, sa transposition en Basse fréquence
(BF) ou en Bande de base (BB) ; Notons que, face à de nombreuses émissions numériques,
– le filtrage numérique du signal et la canalisation des porteuses. notamment standardisées, il existe des raccourcis significatifs
dans le déroulement des analyses. En particulier, l’identification
■ La partie traitement comprend (§ 3) : peut être acquise très précocement sur certains signaux numéri-
– pour l’analyse du signal : ques connus ou standardisés, au moyen de visualisations et de
• les démodulateurs élémentaires d’amplitude (AM) de phase traitements dédiés, ce qui donne directement accès à l’ensem-
(ϕM) et de fréquence (FM), ble des paramètres de modulation et de codage.

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RADIOSURVEILLANCE DU SPECTRE _____________________________________________________________________________________________________

2.2 Acquisition du signal 3. Traitements d’analyse


Initialement, les opérations de contrôle du spectre dans le
domaine civil ou militaire concernaient principalement les gam-
technique
mes HF et VUHF et des émissions à bandes étroites pour lesquel-
les peu d’informations étaient généralement disponibles. Les principales classes de formes d’ondes, protocoles d’accès,
Aujourd’hui, l’analyse technique des signaux adresse aussi bien : modulations et codages de l’information ont été explicitées dans
– les gammes de fréquence basses H/V/UHF que les gammes [TE 6 890]. Ce chapitre en reprend la nomenclature.
fréquences hautes S/EHF ;
– les signaux à bande étroite et à bande large ;
– des signaux inconnus et standardisés. 3.1 Démodulateurs élémentaires
L’analyse technique est, par ailleurs, de plus en plus aidée par d’amplitude (AM) de phase ( ␸M)
des bases de données de caractéristiques de signaux (notamment et de fréquence (FM)
de signaux numériques). Lorsqu’elle traite des signaux standar-
disés, elle peut suivre les mêmes protocoles d’accès au réseau que Il s’agit de la réalisation numérique des démodulateurs
les terminaux eux-mêmes et décoder comme eux la signalisation d’amplitude (AM), de phase (ϕM) et de fréquence (FM) classiques.
diffusée (§ 3.9).
■ Le signal sur porteuse reçu s’écrit, comme expliqué dans
[TE 6 891] sous la forme :
2.3 Numérisation du signal
X (t ) = a (t ) cos (2 π f0 t + ϕ (t )) = Re {A (t ) exp [i (2 πf0 t )]}
et transposition
Une fois transposé en bande de base et numérisé à la période
La numérisation du signal survient en sortie du récepteur sur
TE, il s’écrit :
des bandes à 3 dB (B) variant entre 200 Hz à quelques mégahertz
au plus en VUHF, et variant de quelques mégahertz à quelques X BB (k TE) = X BB (k ) = X I (k ) + i X Q (k )
dizaines de mégahertz en SHF et EHF.
L’acquisition en bande de base (signaux complexes) est néces-
saire pour effectuer les traitements de démodulation de nombreux • La démodulation d‘amplitude consiste à calculer son
signaux numériques, en particulier ceux modulés en phase ou amplitude instantanée complexe :
fréquence. Elle s’effectue soit par :
– numérisation directe (à la fréquence d’échantillonnage AI (k ) = (X I (k ) 2 + X Q (k ) 2 )1/ 2
FE = 1/TE) du signal radio, suivie de filtrages et de transpositions
éventuelles en bande de base des porteuses présentes dans la • La démodulation de phase consiste à calculer sa phase
bande numérisée ; instantanée :
– numérisation sur fréquence intermédiaire (FI), suivie de l’appli-
cation d’un filtrage de Hilbert et d’une transposition depuis FI sur ϕ I (k ) = Arctg (X Q (k ) /X I (k ))
porteuse nulle.
Le choix des paramètres (B, FI, FE) pour échantillonner le signal • La démodulation de fréquence consiste à calculer le
directement ou sur FI basse ou nulle obéit aux mêmes règles que module de son amplitude instantanée qui, à un facteur multipli-
celles exposées en [TE 6 891] pour l’interception. catif prêt, apparaît comme la différence de la phase du signal
entre deux échantillons numérisés consécutifs :
Le signal acquis et numérisé s’écrira à l’instant t = kTE corres-
pondant à l’échantillon numérisé d’indice k sous la forme :
F I (k ) = (ϕ I (k + 1) − ϕ I (k )) / (2 πTe )
– X (k TE) = X (k ) pour un signal réel ;
– XBB (k TE) = XI (k ) + i XQ(k ) pour un signal complexe en bande
de base (XI , composante en phase, XQ : composante en qua- ■ Pour la démodulation de phase et de fréquence, il peut être
drature). nécessaire d’éliminer la composante de phase due au résidu de
porteuse δf0 issue du mélange, non nulle lorsque celui–ci est
imparfait, le signal complexe s’écrivant alors :
2.4 Filtrage numérique et canalisation
X δf 0 (t ) = a (t ) exp [i (2 πδ f0 t + ϕ (t ))]
des porteuses
Pour éliminer la composante exp [i (2 π δ f0 t )], on effectue un
■ Le filtrage numérique permet d’adapter la bande de traitement à accrochage initial du résidu de porteuse δf0 ≠ 0 d’après une
la bande effective du signal reçu et d’éliminer, par ce fait, du bruit, première estimation des fréquences instantanées du signal Xδf0
des interférences, et de possibles brouillages. Il est généralement qui ont alors pour expression :
réalisé à partir de filtres de type RIF (Réponse impulsionnelle finie)
à phase linéaire.
f I (k ) = δ f0 + (ϕ I (k + 1) − ϕ I (k ) / (2 πTe )
■ La canalisation des porteuses consiste à appliquer un filtrage
convenable à chacun des signaux sur porteuse présents dans la Dans cette expression, le résidu de porteuse δf0 apparaît comme
bande du filtre initial, lorsque celle-ci est large. La canalisation une composante déterministe continue, que l’on estime par
produit autant de signaux que de porteuses occupées, en basse moyennage.
fréquence ou en bande de base, selon les traitements visés dans la L’estimation de δf0 étant ainsi initialisée, puis les phases et
suite de l’analyse. fréquences instantanées corrigées en conséquence, la poursuite
Face à des signaux de plan de fréquence et de canalisation du processus consiste à estimer les fluctuations du résidu de por-
porteuses connues, des structures de filtres polyphases basés sur teuse δf0 au fil de l’eau ou sur des blocs d’échantillons numérisés,
les propriétés de la Transformée de Fourier discrète (TFD) sont de selon les mêmes procédés que précédemment, et à corriger en
plus en plus utilisées. conséquence les phases et fréquences instantanées.

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3.2 Écoute audio du signal en basse


fréquence Signal GSM
impulsion de 577
En préalable ou à la suite des démodulateurs élémentaires évo- micro Seconde
qués, il est possible pour un opérateur expérimenté d’analyser à Espacement trame GSM 4,6 ms
l’audio, et parfois de reconnaître, certains signaux radioélectriques Signal
transposés en basse fréquence et convertis en signal acoustique (à réel X(t)
l’aide d’une carte son par exemple).
Il est clair que l’analyse audio n’est pertinente que pour des
signaux présentant, après transposition BF, suffisamment de
caractéristiques dans la gamme acoustique couverte par l’oreille
humaine (environ 50 Hz, 20 kHz).
Lorsque ces conditions sont réalisées, l’analyse audio s’avère effi- Émetteur de type continu
cace pour reconnaître, d’une part, et paramétrer, d’autre part, les
démodulateurs de nombreuses transmissions analogiques et de cer-
taines transmissions numériques à modulation de fréquence discrète
et à nombre d’états réduits (par exemple, les modulations FSK de 2 à Temps t
34 états sont bien reconnues à l’audio et le nombre, comme le shift,
de leurs tonalités déterminées par des opérateurs expérimentés). Figure 3 – Exemple de représentation temporelle de signaux réels –
Enfin, l’écoute audio (tout comme la visualisation vidéo le cas Détermination de paramètres d’enveloppe et détection d’interférence
échéant) des signaux démodulés AM ou FM donne une confirmation
de leur nature et permet, parfois, d’identifier le réseau, le poste, voire
le locuteur. – estimer des fréquences porteuses, bandes et rythmes de
modulations (figure 4) ;
– reconnaître de visu certains motifs fréquentiels présents dans
3.3 Analyse temporelle, spectrale les signaux modulés ou dans les phases d’accès des terminaux
et temps fréquence des signaux aux réseaux ;
– détecter certains cas d’interférences (figure 5), etc.
■ L’analyse temporelle des signaux met en œuvre :
– pour un signal réel (sur FI) : des visualisations d’échantillons ■ L’analyse temps fréquence des signaux met en œuvre des
instantanés du signal ; calculs de TFD à durée plus ou moins longue et à recouvrement
– pour un signal complexe (en bande de base) : des visuali- temporel plus ou moins prononcé, sur des fenêtres glissantes dans
sations des composantes en phase (notée I ou XI) et en quadrature le temps. Les points de la TFD sont représentés en 2 ou 3 dimen-
(notée Q ou XQ). sions avec un défilement au cours du temps (représentations 2D
dites « en jet d’eau » et 3D dites « en chute d’eau »).
Elle est très utile pour :
L’analyse temps fréquence est très utile pour :
– caractériser les signaux de nature impulsive ;
– mesurer des paramètres d’enveloppe et des synchronismes ; – caractériser les signaux à évasion de fréquence (figure 6) ;
– reconnaître de visu certains protocoles d’accès radio et/ou – détecter et reconnaître en association avec d’autres analyses et
certains signaux ; représentations des changements de modulation qui peuvent
– détecter certains cas d’interférences (figure 3), etc. survenir dans certaines phases de protocole (figure 9).

■ L’analyse spectrale des signaux met en œuvre des calculs de


TFD tels que ceux utilisés en interception sur le signal réel ou sur Toutes ces transformations s’appliquent, le cas échéant, aux
le signal complexe. Elle s’applique, le cas échéant, à la sortie d’une signaux réels ou complexes issus de transformations préala-
transformation appliquée au signal, par exemple à un moment ou blement appliquées au signal, par exemple issus des trois
à un cumulant statistique du signal, d’ordre 2, 4, ou plus. démodulateurs élémentaires AM FM et ϕM, d’histogrammes,
Elle est très utile pour : de moments statistiques etc., calculés sur fenêtre glissante,
tels qu’explicités aux § 3.4 et § 3.5).
– caractériser spectralement les signaux de toute nature ;

Spectre de la bande GSM 1 800 MHz (vue 2 MHz)


Niveau (dBm)

Fréquences centrales porteuses Intervalle Intervalle = 4,8 dB


espacées de 200 kHz 10 dB

– 65 Intervalle
20 dB

Bande à 10 dB +
Porteuse Porteuse ~ 200
0 kHz
N N+1
– 96 Bande à 20 dB
– 1 500 ~ 360 kHz 1 500

Figure 4 – Exemple de visualisation spectrale en bande large

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Mesure de l’exposition humaine


aux champs radioélectriques
Environnement radioélectrique
par Pierre-Noël FAVENNEC
Docteur es-sciences physiques
ArmorScience, Pleumeur-Bodou, France

Note de l’éditeur :
Cet article est la réédition actualisée de l’article R 933 intitulé « Mesure de l’exposition
humaine aux champs – Partie 1 : environnement radioélectrique » paru en 2009, rédigé
par Pierre-Noël FAVENNEC.

1. Contexte ........................................................................................... R 933v3 – 2


2. Définitions........................................................................................ — 2
3. Champs électromagnétiques ........................................................ — 4
4. Environnement radioélectrique.................................................... — 5
4.1 Sources de rayonnement d’origine naturelle .................................... — 5
4.1.1 Rayonnement électromagnétique du soleil ............................ — 5
4.1.2 Sources galactiques................................................................. — 6
4.1.3 Sommaire sur l’environnement électromagnétique d’origine
naturelle ................................................................................... — 6
4.2 Environnement radioélectrique d’origine humaine .......................... — 6
4.2.1 Sources d’origine domestique ................................................ — 6
4.2.2 Sources d’origine industrielle ................................................. — 7
4.2.3 Émetteurs de radiodiffusion et de télévision.......................... — 7
4.2.4 Dispositifs électroniques portatifs .......................................... — 7
4.2.5 Télécommunications ................................................................ — 8
4.2.6 Radars ...................................................................................... — 10
4.2.7 Véhicules électriques ............................................................... — 10
4.3 Sources d’origine scientifique et médicale ....................................... — 10
4.4 Fils et câbles électriques d’intérieur et extérieur .............................. — 11
4.5 RFID .................................................................................................... — 11
4.6 Technologies WPT (Wireless Power Transfer) .................................. — 11
4.7 Autres sources .................................................................................... — 11
5. Interactions des champs électromagnétiques avec les tissus
biologiques et risques sanitaires ................................................. — 11
5.1 Effets des champs et ondes électromagnétiques sur la santé ......... — 11
5.2 Dualité onde-photon : remarques sur les énergies d’activation ...... — 12
5.3 Champs radiofréquences (RF) : champs non ionisants .................... — 12
5.4 Effets biologiques des champs électromagnétiques ........................ — 12
5.5 Mécanismes possibles ....................................................................... — 13
5.6 Hypersensibilité aux ondes électromagnétiques .............................. — 13
6. Valeurs limites d’exposition ......................................................... — 14
6.1 Cadre réglementaire ........................................................................... — 14
6.2 Niveaux de référence ......................................................................... — 14
6.3 Principe de précaution ....................................................................... — 16
6.4 Cas spécifique de l’Italie .................................................................... — 17
7. Conclusion........................................................................................ — 17
Pour en savoir plus.................................................................................. Doc. R 933v3
p。イオエゥッョ@Z@ェオゥョ@RPQV

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MESURE DE L’EXPOSITION HUMAINE AUX CHAMPS RADIOÉLECTRIQUES ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

oute charge électrique mise en mouvement produit un rayonnement élec-


T tromagnétique qui se propage dans l’espace. Cette propriété est à la base
de la production de rayonnements radioélectriques utilisés dans les dispositifs
de radio, de télévision, de télécommunication, de chauffage par micro-ondes,
d’émission radar. En conséquence, tout système alimenté en électricité, ou à
plus forte raison contenant un élément rayonnant, émet un rayonnement élec-
tromagnétique ou engendre un champ électrique et/ou magnétique dans son
voisinage proche, voire éloigné, que l’on caractérisera, dans cet article, par le
terme générique de « champ électromagnétique ».
Deux préoccupations émergent de cette présence électromagnétique :
– l’une concerne les systèmes électroniques ; il s’agit alors de compatibilité
électromagnétique (CEM) ;
– l’autre, l’homme ; il s’agit alors d’exposition humaine aux champs électro-
magnétiques induits par des rayonnements non ionisants (RNI).
Ce dossier dédié à la mesure des champs radioélectriques, dans la gamme de
fréquences relevant des rayonnements non ionisants et excluant les rayonne-
ments optiques, concerne exclusivement ce dernier aspect : l’environnement
humain.
Afin d’apporter des éléments fiables d’appréciation aux responsables sanitai-
res, un premier élément consiste à quantifier, par la mesure, les grandeurs per-
tinentes caractérisant l’exposition de l’homme. L’objet de ce dossier est de
décrire les « bonnes » pratiques de laboratoires.
Deux articles composent ce dossier Mesure de l’exposition humaine aux
champs radioélectriques :
 le premier – [R 933v2] « Environnement radioélectrique » – décrit les champs
radioélectriques et en fixe le cadre réglementaire ;
 le second, plus technique, – [R 934] « Exposimétrie » – décrit la mesure des
champs et les difficultés dans son interprétation.

fréquences concernées vont donc du continu jusqu’à quelques téra-


1. Contexte hertz, c’est-à-dire jusqu’à l’infrarouge lointain.
Avant d’aborder la description de notre environnement, il est
utile de donner des définitions précises des vocabulaires utilisés.
Les dispositifs de radio, de télévision, de télécommunication, de Les rayonnements classés puis décrits, les ordres de grandeur des
chauffage par micro-ondes, d’émission radar utilisent la propriété champs et des énergies précisés, on pourra alors préciser comment
selon laquelle une charge électrique en mouvement émet un rayon- caractériser ces grandeurs, donner les normes admises des rayon-
nement électromagnétique qui se propage dans l’espace. Cette pro- nements tant au niveau national qu’international.
priété est aussi responsable des émissions radioélectriques et opti-
ques d’origine naturelle et notamment celles issues du soleil. Ainsi,
tout système alimenté en électricité ou contenant un élément
rayonnant produit un rayonnement électromagnétique et engendre
un champ électrique et/ou magnétique dans son voisinage proche,
2. Définitions
voire éloigné. Cette présence électromagnétique dans l’environne-
ment met en avant deux préoccupations : la première concerne
les systèmes électroniques, il s’agit alors de compatibilité électro- Il s’agit de définitions générales de physique appliquée au carac-
magnétique [3] [4] [20] ; la seconde concerne l’homme, en tant tère spécifique des effets des champs sur l’homme.
qu’utilisateur, patient ou simple passant, il s’agit alors d’exposition
& Absorption spécifique (AS) : énergie absorbée par unité de
humaine aux champs électromagnétiques induits par des rayonne-
ments non ionisants [27] [29]. Cette préoccupation relève alors du masse de tissus biologiques. Elle s’exprime en joule par kilo-
domaine de l’hygiène et de la sécurité. gramme (J/kg).

Dans cet article, nous allons décrire l’environnement radioélec- & Champs électromagnétiques : cette expression « champs élec-
trique de l’homme dans lequel il est baigné volontairement ou invo- tromagnétiques », utilisée dans cet article, comprend tous les
lontairement. Nous décrirons uniquement l’environnement radio- champs qu’ils soient électriques ou magnétiques qui sont les com-
électrique en excluant ici l’environnement optique qui fait pourtant posantes du champ électromagnétique. Ils concernent toute la
partie intégrante de l’environnement électromagnétique [10]. Les gamme de fréquences y compris les champs statiques. Ces champs

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––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––– MESURE DE L’EXPOSITION HUMAINE AUX CHAMPS RADIOÉLECTRIQUES

sont susceptibles d’interagir, d’une façon ou d’une autre, avec les & Effet thermique : effet biologique se traduisant par une augmen-
organismes vivants, donc avec l’homme, soumis à leur présence. tation de la température.
& Champ lointain (zone de Fraunhofer) : zone éloignée de la struc- & Énergie des photons ou énergie quantique d’une onde : produit
ture rayonnante d’au moins 1,6 fois la longueur d’onde ; dans cette de la constante de Planck h (= 6,626.10-34 J.s) par la fréquence v
zone, les relations entre champ électrique E, champ magnétique H exprimée en hertz. L’énergie quantique hv, exprimée en électron-
et densité de puissance surfacique S sont clairement définies et la volt (eV), est relativement faible dans le domaine spectral concerné ;
simple connaissance d’une grandeur permet de déterminer les c’est pourquoi les champs électromagnétiques de 0 Hz à 300 GHz
deux autres. L’intensité de l’onde varie de façon inversement pro- sont souvent désignés par l’expression « rayonnements non ioni-
portionnelle au carré de la distance et les modules de E et de H sants » ou RNI.
sont reliés entre eux par la relation E / H = 377 W.
& Évaluation des incertitudes des mesures, composante de type A :
& Champ magnétique : vecteur champ dû à la présence d’un cou- évaluation des incertitudes par analyse statistique des séries
rant électrique entraı̂nant, de par le mouvement de particules char- d’observation.
gées, des forces magnétiques d’attraction ou de répulsion. Son
intensité s’exprime en ampère par mètre (A/m). & Évaluation des incertitudes des mesures, composante de type B :
évaluation des incertitudes par des moyens autres que l’analyse
& Champ proche (zone de Fresnel) : zone proche de la structure statistique des séries d’observation.
rayonnante où l’onde électromagnétique n’est pas « formée », elle
ne possède pas les caractéristiques d’une onde plane et les champs & Exposimétrie : ensemble des mesures de champ électromagné-
électriques et magnétiques varient fortement d’un point à un autre. tique de l’environnement ambiant.
E et H ne sont pas corrélés et doivent être mesurés & Fréquences et longueurs d’onde : la fréquence est le nombre de
indépendamment.
vibrations ou d’oscillations par unité de temps dans un phénomène
& Compatibilité électromagnétique (CEM) : aptitude d’un disposi- périodique ; la plupart des champs varient sinusoı̈dalement à une
tif, d’un appareil ou d’un système à fonctionner dans son environ- fréquence v, exprimée en Hz, kHz, MHz ou GHz. Dans un milieu
nement électromagnétique de façon satisfaisante et sans produire donné, caractérisé par sa permittivité e et sa perméabilité m, les
lui-même de perturbations électromagnétiques intolérables pour ondes électromagnétiques se propagent à une vitesse qui est
tout ce qui se trouve dans cet environnement. égale à la vitesse de la lumière c dans le vide et aussi pratiquement
dans l’air. La longueur d’onde l est liée à la fréquence par la
& Débit d’absorption spécifique (DAS ou SAR en anglais) : le DAS, relation :
exprimé en watt par kilogramme (W/kg), représente la puissance
radiofréquence (RF) absorbée par unité de masse d’un tissu biolo- λ = c /v
gique exposé à un champ électrique E (en V/m) et caractérisé par sa
conductivité électrique s (en S/m) et sa densité de masse r (en & Incertitude élargie : grandeur définissant un intervalle autour
kg/m3) : d’un résultat de mesure, dont on peut s’attendre à ce qu’il com-
prenne une fraction élevée de la distribution des valeurs qui pour-
σE 2 raient raisonnablement être attribuées à la mesure.
DAS =
ρ
& Intensité de champ électrique : valeur du module du champ élec-
& Densité du courant : courant traversant une unité de surface per- trique E ; elle s’exprime en volt par mètre (V/m).
pendiculaire au flux de courant dans un volume conducteur & Intensité de champ magnétique : valeur du module du champ
comme le corps humain ou une partie de ce dernier. Elle s’exprime magnétique H ; elle s’exprime en ampère par mètre (A/m).
en ampère par mètre carré (A/m2).
& Niveau de fuite (en hyperfréquences) : densité de puissance en
& Densité de flux magnétique ou induction magnétique (B) : c’est
n’importe quel point accessible situé à une distance d’au moins
une grandeur vectorielle équivalente au champ magnétique dans 5 cm (« 2 pouces ») d’une installation à hyperfréquences. Il s’ex-
l’air et dans les milieux biologiques. Elle s’exprime en tesla (T) prime en W/m2 ou plus pratiquement en mW/cm2.
avec la relation d’équivalence suivante : 1 A/m = 4 p.10-7 T.
Le gauss (G), bien qu’unité non légale, peut encore être rencon- & Niveaux de référence : les niveaux de référence sont exprimés
tré (1 mT = 10 mG). sous la forme d’un champ électrique, d’un champ magnétique ou
d’une densité de puissance.
& Densité de puissance surfacique S ou vecteur de Poynting : le
vecteur de Poynting indique la direction de propagation d’une & Polarisation : orientation du plan contenant le vecteur champ
onde électromagnétique. Le flux du vecteur de Poynting à travers électrique E et la direction de propagation de l’onde :
une surface est égal à la puissance véhiculée par l’onde à travers – dans le cas où ce plan est fixe, la polarisation est dite « linéaire »
cette surface. Le module de ce vecteur est donc une puissance par de type vertical si le vecteur E est vertical et de type horizontal si le
unité de surface, c’est-à-dire un flux d’énergie qui s’exprime en vecteur E est horizontal ;
watt par mètre. – si le plan tourne, elle est dite « tournante » de type elliptique ou
Selon les publications, la même grandeur est appelée « densité circulaire selon la courbe décrite par l’extrémité du vecteur champ
de puissance » (recommandation européenne), « densité de puis- électrique en fonction du temps.
sance surfacique » (norme EN 12198-2), « densité du flux de puis-
L’utilisation de capteurs triaxiaux ou à réponse isotrope permet
sance » ou « flux énergétique » (norme EN 61566).
de s’en affranchir en grande partie pour les mesures.
& Dosimétrie : la dosimétrie, par l’intermédiaire du DAS, quantifie
& Principe de précaution : principe tel que l’absence de certitudes
l’exposition aux champs électromagnétiques des personnes, des
(compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du
animaux ou des cellules vivantes.
moment), se joignant à une grande complexité, ne doit pas retarder
& Effet biologique : réaction de l’organisme en réponse à un fac- l’action ; ce principe, par l’adoption de mesures effectives et pro-
teur extérieur et n’ayant pas forcément de conséquence sur la portionnées, vise à prévenir un risque de dommages graves et irré-
santé. versibles, ou à atténuer ou à limiter ses conséquences, à un coût
économiquement acceptable, mais dans la perspective d’un déve-
& Effet sanitaire : effet biologique ayant un effet sur la santé. loppement durable [25].

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MESURE DE L’EXPOSITION HUMAINE AUX CHAMPS RADIOÉLECTRIQUES ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

& Puissance transportée par une onde : les ondes planes transpor-
tent de l’énergie qui se propage parallèlement au plan d’onde ; la
3. Champs
puissance est l’énergie délivrée par seconde par un système rayon-
nant, elle s’exprime en watt (W).
électromagnétiques
& Rayonnements non ionisants (RNI) : les rayonnements non ioni-
Les champs électromagnétiques font partie de notre environne-
sants sont des rayonnements dont les énergies sont insuffisantes ment physique au même titre que le bruit, la chaleur, la lumière…
pour ioniser un atome, c’est-à-dire incapables d’arracher un élec- Par référence au spectre électromagnétique, le domaine fréquentiel
tron à la matière. considéré s’étend de quelques hertz à environ 300 GHz. Toutefois,
pour des raisons d’exhaustivité, il sera étendu à 0 Hz afin d’englo-
& Restrictions de base : valeurs limites fondamentales d’exposi- ber les champs statiques. On notera que la partie haute du
tion de l’homme mais souvent difficiles à mesurer hors du labora- domaine, relative aux hyperfréquences, côtoie le domaine des
toire. Le débit d’absorption spécifique et la densité de courant infrarouges présentant ainsi des effets similaires sur les milieux
induit dans le corps par les champs sont les restrictions de base biologiques.
les plus couramment utilisées. Le tableau 1 a trait aux champs statiques et, plus particulière-
ment, aux champs magnétostatiques (les champs électrostatiques
& Valeurs efficaces (RMS) : valeurs des champs d’exposition ne semblant pas présenter de risques directs ne seront pas consi-
dérés), ainsi qu’aux champs à extrêmes basses fréquences EBF (> 0
répondant à l’équation :
à 10 kHz) incluant la fréquence du secteur (50 Hz). Dans ce dernier
1 T cas, il ne s’agit pas d’ondes électromagnétiques au sens strict,
v (t ) dt
2
T ∫0 
mais, principalement, de champs non rayonnants électriques et
magnétiques (les composantes rayonnées présentent, quant à
elles, des intensités de champ faibles).
avec v (t) variation du champ électrique ou du champ Le tableau 2 concerne les champs et les ondes du domaine
magnétique en fonction du temps, radioélectromagnétique divisé en trois parties :
T période du champ. – les fréquences intermédiaires de 10 kHz à 10 MHz ;
– les radiofréquences de 10 MHz à 300 MHz ;
En RNI, il est usuel, pour les émissions continues, d’afficher les – les hyperfréquences de 300 MHz à 300 GHz.
champs en valeurs RMS. Toutefois, pour les sources pulsées, les
On note que les énergies de ces rayonnements (E (eV) = 1,24 / l
champs sont souvent exprimés en valeurs crête, la valeur RMS
(mm)) restent très faibles puisque à une longueur d’onde de 1 000 m
étant alors bien souvent quasi nulle.
correspond une énergie de 1,24 neV (nano-électron-volt) et pour
En CEM, les valeurs crête, quasi crête et moyenne sont préférées une longueur d’onde de 1 m l’énergie quantique n’est que de
de façon générale. 1,24 meV.

Tableau 1 – Champs statiques et extrêmes basses fréquences (EBF)


Nature des champs et Longueur d’onde l Fréquence v Énergie
Désignation
rayonnements (m) (Hz) (eV)

Champs électriques ou
Champs statiques Pas de sens Nulle Nulle
magnétiques

Champs à extrêmes basses


Champs EBF > 3.104 > 0 à 10 kHz de 0 à 10-14 eV
fréquences

Tableau 2 – Champs et RNI radioélectromagnétiques


Nature des champs et Longueur d’onde l
Désignation Fréquence v Énergie
rayonnements (m)

Champs à fréquences
Champs RF et RNI 3.104 à 30 10 kHz à 10 MHz De 40 peV à 40 neV
intermédiaires

Champs RF et RNI Champs radiofréquences 30 à 1 10 MHz à 300 MHz De 40 neV à 1,24 meV

De 1,24 meV à
Champs HF et RNI Champs hyperfréquences 1 à 10-3 300 MHz à 300 GHz
1,24 meV

RF : radiofréquences
HF : hyperfréquences

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Tableau 3 – Rayonnements optiques Tableau 5 – Quelques fréquences caractéristiques


et longueur d’onde associée
Nature des Longueur Fréquence
Énergie
champs et Désignation d’onde l v
(eV) Fréquence v Source d’émission Longueur d’onde
rayonnements (m) (Hz) l
Infrarouges 10-3 300.109 1,24.10-3 50 Hz Secteur 6 000 km
Optique,
rayonnement Visible à à à 1 MHz Émetteurs, fours à induction… 300 m
photonique
-7 15
Ultraviolets 10 3.10 12,4 Émetteurs, presses à haute
27 MHz 11,1 m
fréquence

Tableau 4 – Rayonnements ionisants 900 MHz Téléphones mobiles 0,33 m

Nature des Longueur Fréquence 1 800 MHz Téléphones mobiles 0,166 m


Énergie
champs et Désignation d’onde l v
(eV) Fours à hyperfréquences,
rayonnements (m) (Hz) 2 450 MHz 12,2 cm
Wi-Fi…
-7 15
Rayons g 10 3.10 12,4
10 GHz Radars 3 cm
Rayonnements
et à à à
ionisants
Toutefois, en ce qui concerne le cas spécifique des téléphones
rayons X 10-14 3.1022 1,24.107 mobiles fonctionnant à 900 MHz ou 1 800 MHz, en dépit de la faible
longueur d’onde, la proximité de la tête de l’utilisateur est telle que
Les tableaux 3 et 4 se rapportent à des rayonnements hors du l’on n’atteint pas les conditions de champs éloignés (l’oreille est à
domaine du présent article ; ils sont donnés à titre comparatif. Le moins de 5 cm). En conséquence, il faut tenir compte de l’impé-
tableau 3 décrit des RNI relatifs aux rayonnements optiques tels dance présentée par la tête pour caractériser les champs. Cela
que les infrarouges, la lumière visible et les ultraviolets et le nécessite soit le calcul, soit une modélisation. Il va de soi que le
tableau 4 les rayonnements ionisants dont les effets sur les orga- cas particulier de ces interactions tête-terminal mobile n’est pas
nismes vivants peuvent être dévastateurs en raison de l’énergie l’objet de cet article et qu’il est alors nécessaire de se reporter aux
quantique élevée. Pour ce dernier type de rayonnements, elle peut nombreux articles existant sur le sujet et, en particulier, les articles
atteindre des valeurs très supérieures à 12,4 eV alors qu’elle est récents tels que [27] [28] [29].
quasiment nulle pour les rayonnements radioélectromagnétiques.
Entre les fréquences dites « HF » et celles dites « infrarouges », il
est coutume de parler de « fréquences térahertz ». Le domaine THz 4. Environnement
est situé à cheval entre les domaines des hautes fréquences micro-
ondes et celui des plus basses fréquences de l’infrarouge. Les fré- radioélectrique
quences correspondantes vont de 300 GHz à 10 THz, soit de 10 mm
à 3 mm. Les photons THz possèdent des énergies de 1,24 meV à
400 meV. Les énergies des photons sont relativement faibles. C’est Dans notre vie quotidienne, les champs électriques, magnétiques
une énergie faible par rapport aux transitions électroniques des et électromagnétiques actuels peuvent avoir quatre origines : natu-
atomes et molécules, qui sont de l’ordre de 1 eV et de l’ordre de relle, domestique, industrielle, scientifique et médicale. Le rayonne-
grandeur de l’énergie thermique à température ambiante ment environnemental ne résulte pas d’une source simple, il faut
(kBT = 24,5 meV à 25  C). Typiquement, ces ondes dites «THz » peu- généralement considérer les champs radiatifs résultants. Une
vent être abordées par les technologies optiques et micro-ondes. description complète des sources de rayonnement électromagné-
tique est donnée par J.C. Alliot [2] [12] [13].
Quelques fréquences caractéristiques et leur longueur d’onde
associée sont rappelées, à titre d’exemples, dans le tableau 5 pour
des émissions spécifiques. 4.1 Sources de rayonnement d’origine
Il est communément admis que, pour une antenne dipôle, l’onde naturelle
est dite « formée » à une distance supérieure à l/2p. Pour les dis-
Les sources des rayonnements naturels couvrent un spectre à
tances inférieures, on dit « être en champ proche ». La transition
très large bande, du continu à quelques gigahertz, et participent à
entre champs proches et champs lointains est progressive et ce
tout l’environnement électromagnétique dans lequel la population
n’est qu’à 10 fois l/2p, soit 1,6 l que l’on peut considérer être réel-
humaine est immergée. Les sources de rayonnement naturel pro-
lement en champ éloigné. La zone comprise entre l/2p et 1,6 l est
viennent de divers mécanismes physiques produits par la présence
une zone de transition entre les deux systèmes de propagation.
permanente (dans l’ionosphère, par exemple) ou la création des
L’onde sera définitivement formée seulement à 480 m pour particules chargées dans notre environnement (effet triboélectrique
1 MHz, à 18 m pour 27 MHz et à 52 cm pour 900 MHz à condition, en cas de quelques décharges électrostatiques, par exemple).
toutefois, que les dimensions de la source d’émission soient nette-
ment plus petites que la longueur d’onde (inférieures au moins à 4.1.1 Rayonnement électromagnétique du soleil
10 fois la longueur d’onde).
Le soleil rayonne les ondes électromagnétiques dont le spectre
En conséquence, pour toute mesure à faible distance des sources s’étend des ondes décamétriques aux rayons g tout en passant par
d’émission, ce qui est souvent le cas des expositions professionnel- la lumière visible. Les ondes radio émises par le soleil viennent prin-
les, la difficulté s’accroı̂t quand la fréquence diminue. Il est généra- cipalement des plasmas constituant la chromosphère et la corona.
lement plus aisé de caractériser l’exposition à 2 450 MHz qu’à Les ondes centimétriques correspondent aux basses couches de la
27 MHz. chromosphère tandis que la corona émet les ondes décamétriques.

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Mesure de l’exposition humaine


aux champs radioélectriques
Partie 2 : exposimétrie
par Pierre-Noël FAVENNEC
Union Radio-Scientifique Internationale – URSI-France
Institut Télécom
Cet article a pour origine un article précédent de Jean Paul Vautrin Mesurage de
l’exposition humaine au champ électromagnétique paru en 2001. Le lecteur ne s’étonnera
donc pas de noter certaines parties communes entre les deux textes

1. L’environnement radioélectrique à mesurer .............................. R 934 – 2


1.1 Nécessité de connaı̂tre l’environnement radioélectrique ................. — 2
1.2 Que doit-on mesurer ? ....................................................................... — 2
1.3 Différents paramètres et configurations à considérer ...................... — 3
1.4 Évaluation a priori des champs ......................................................... — 3
2. Matériels pour les mesures des rayonnements non ionisants — 4
2.1 Chaı̂ne de mesure .............................................................................. — 4
2.2 Antennes et mesureurs de champ ..................................................... — 5
2.3 Capteurs et détecteurs ....................................................................... — 6
3. Mesures ............................................................................................. — 8
3.1 Mesures dans le domaine statique .................................................... — 8
3.2 Mesures dans le domaine EBF .......................................................... — 8
3.3 Mesures dans le domaine RF et hyperfréquences ............................ — 9
3.4 Protocole ANFR .................................................................................. — 10
3.5 Étalonnage .......................................................................................... — 11
3.6 Évaluation de l’incertitude des mesures ........................................... — 11
3.7 Mesure des champs radioélectriques dans un environnement rural — 13
3.8 Le débit d’absorption spécifique (DAS) et sa détermination ............ — 14
3.9 Techniques de mesure pour la compatibilité électromagnétique
(CEM) dans le domaine des RF .......................................................... — 15
3.10 Mesures pour les technologies Wi-Fi (IEEE 802.11) .......................... — 15
3.11 Mesures des champs dans des situations de mobilité ..................... — 16
4. Stations de contrôle et de mesures électromagnétiques
en continu : vers un cadastre électromagnétique en 3D ........ — 16
p。イオエゥッョ@Z@、←」・ュ「イ・@RPQP@M@d・イョゥ│イ・@カ。ャゥ、。エゥッョ@Z@ョッカ・ュ「イ・@RPQU

5. Conclusion........................................................................................ — 17
Pour en savoir plus.................................................................................. Doc. R 934

oute charge électrique mise en mouvement produit un rayonnement élec-


T tromagnétique qui se propage dans l’espace. Cette propriété est à la base
de la production de rayonnements radioélectriques utilisés dans les dispositifs
de radio, de télévision, de télécommunication, de chauffage par micro-ondes,
d’émission radar. En conséquence, tout système alimenté en électricité ou à
plus forte raison contenant un élément rayonnant émet un rayonnement élec-
tromagnétique et engendre un champ électrique et/ou magnétique dans son
voisinage proche, voire éloigné, que l’on caractérisera dans cet article par le
terme générique de « champ électromagnétique ».
Deux préoccupations émergent de cette présence radioélectrique :
– l’une concerne les systèmes électroniques ; il s’agit alors de compatibilité
électromagnétique (CEM) ;

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– l’autre, l’homme, en tant qu’utilisateur, patient ou simple passant, il s’agit


alors d’exposition humaine aux champs électromagnétiques induits par des
rayonnements non ionisants (RNI) et alors relevant du domaine de l’hygiène
et de la sécurité.
Cet article dédié à la mesure des champs radioélectriques, dans la gamme de
fréquences relevant des rayonnements non ionisants et excluant les rayonne-
ments optiques, concerne exclusivement ce dernier aspect, l’environnement
humain.
Afin d’apporter des éléments fiables d’appréciation aux responsables sanitai-
res, un premier élément consiste à quantifier, par la mesure, les grandeurs per-
tinentes caractérisant l’exposition de l’homme. L’objet de cet article est de
décrire les « bonnes » pratiques de laboratoires.
L’article est séparé en 2 parties. La première décrit les champs radioélectri-
ques et en fixe le cadre réglementaire (partie 1 : environnement radioélec-
trique), tandis que la seconde partie, plus technique, décrit la mesure des
champs et ses difficultés dans son interprétation (partie 2 : exposimétrie).

que cela est nécessaire. Ces mesures, effectuées par des personnes
1. L’environnement compétentes, auront les objectifs suivants :
radioélectrique à mesurer – répondre aux inquiétudes des personnes, en quantifiant par la
mesure, les valeurs réelles d’exposition de leurs lieux de vie (rési-
dence, travail ou autres) et délivrer un rapport donnant une appré-
ciation sur la qualité électromagnétique de l’environnement
1.1 Nécessité de connaı̂tre ambiant ;
l’environnement radioélectrique – effectuer une cartographie en 3D des champs à proximité de
sites, d’appareils ou d’installations pour lesquels on peut craindre
L’homme ne peut échapper à son environnement électromagné- l’existence de champs élevés en termes d’hygiène publique et
tique, qu’il soit naturel ou qu’il soit artificiel. Il est patent que les industrielle. Ces champs locaux seront comparés aux niveaux de
sources d’émission prolifèrent et exposent l’homme moderne à un référence reconnus. Tout dépassement excessif devra alors déclen-
environnement que ses prédécesseurs n’ont pas connu, à l’excep- cher une action de prévention permettant de réduire les intensités
tion, bien sûr, des champs naturels. Face à cette pollution électro- des champs.
magnétique, et au seul niveau sanitaire, il est parfaitement légitime
de se poser des questions sur ces expositions et leur niveau de
puissance. 1.2 Que doit-on mesurer ?
Parallèlement à cette forte croissance des sources radiofréquen-
ces, se développe une interrogation du public s’inquiétant de la 1.2.1 Niveaux de fuite près des matériels
position précautionneuse des scientifiques qui ne peuvent affirmer hyperfréquences
définitivement l’innocuité de l’exposition aux champs d’intensité
modeste rencontrée quotidiennement par l’homme. De plus, cer- Le niveau de fuite est la densité de puissance en n’importe quel
tains effets spectaculaires dus aux champs RF peuvent accroı̂tre la point accessible situé à une distance d’au moins 5 cm (« 2 pouces »)
suspicion à leur encontre : allumage d’un tube fluorescent non d’un matériel fermé dans lequel évoluent des hyperfréquences. Il
connecté au secteur à proximité d’un émetteur, lévitation magné- est toutefois très représentatif de la qualité des blindages dans le
tique de couverts dans une cantine localisée à proximité d’électro- cas d’applicateurs fermés. Sa mesure est fortement recommandée,
lyseurs, instabilité des images de téléviseurs et de moniteurs, dys- mais elle n’a de sens qu’autour des installations à hyperfréquences.
fonctionnements d’ordinateurs à proximité d’un transformateur… Les niveaux de fuite peuvent alors être confondus dans certains cas
Autant d’effets aisément explicables par la compatibilité électroma- avec les niveaux d’exposition. Par exemple, quand on regarde par
gnétique, mais difficilement acceptables pour une grande partie du le hublot de la porte d’un four à micro-ondes ou quand un ouvrier
public, ayant des difficultés à admettre que l’action spectaculaire observe un processus par le hublot d’un tunnel de déshydratation.
sur des systèmes électroniques de grande sensibilité ne soit pas
transférable à l’homme.
1.2.2 Grandeurs physiques à mesurer
N’oublions pas toutefois les effets réels et avérés :
– l’échauffement du corps de l’opérateur exposé à des champs In situ, en milieu industriel ou domestique, si les restrictions de
élevés, en situation industrielle, à proximité de fours à induction base ou valeurs limites fondamentales d’exposition doivent être
ou d’électrodes de presses à haute fréquence ; respectées, ce sont en fait les niveaux de référence dérivés des pre-
– le dysfonctionnement possible d’implants électroniques médi- mières qui serviront à caractériser effectivement l’exposition. En
caux (stimulateurs cardiaques par exemple). effet, la mesure des courants induits et de la densité d’absorption
spécifique (DAS ou SAR en anglais) dans le corps humain nécessite
Toutes ces raisons doivent inciter les responsables de la sécurité un matériel et une méthodologie spécifique de laboratoire et com-
à effectuer ou faire effectuer des mesures de champs chaque fois plètement inadaptés aux mesures sur site. Les grandeurs

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physiques dérivées seront donc mesurées puis comparées aux parties du corps humain à des valeurs d’induction différentes n’est
niveaux de référence. Les grandeurs suivantes seront à mesurer : pas sans conséquences physiologiques).
– la densité de flux magnétique ou induction magnétique (B) ;
– la densité de puissance surfacique (S) ; La connaissance préalable des paramètres décrits est indispen-
– l’intensité de champ électrique (E) ; sable avant toute mesure effective afin d’assurer les meilleures
– l’intensité de champ magnétique (H). conditions possibles de relevés des grandeurs d’exposition. La
mesure électromagnétique est très délicate, la qualité de celle-
On rappelle que pour ces grandeurs, en exposition continue, ce ci requiert des expérimentateurs connaissant bien les bases de
sont les valeurs efficaces qui sont à prendre en compte, tandis que l’électromagnétisme et étant bien formés à cette discipline.
pour les sources pulsées (véhiculant des impulsions d’une durée
inférieure ou égale à 30 ms comme pour les radars) ce sont les
valeurs crête. 1.4 Évaluation a priori des champs
Avant de procéder à une mesure sur site, il est utile d’avoir une
1.3 Différents paramètres idée de la valeur des champs à détecter et à mesurer.
et configurations à considérer Certaines manifestations spectaculaires liées à la compatibilité
La mesure électromagnétique à des fins sanitaires est particuliè- électromagnétique telles que des dysfonctionnements de moni-
rement délicate. Pour caractériser l’exposition, il faut d’abord ana- teurs d’ordinateurs ou des bruits induits par une présence proche
lyser soigneusement l’environnement de la machine ou le site. Les d’un terminal mobile et d’un PC sont généralement induits par la
paramètres indiqués ci-dessous sont à considérer. présence de champs très faibles, et pourtant elles sont bien sou-
vent à l’origine d’interrogations et de sollicitations de la part
& Le domaine de fréquences : s’agit-il de champs statiques, à d’observateurs inquiets. Les mesures de ces champs indiquent
extrêmes basses fréquences, à fréquences intermédiaires, à radio- des valeurs faibles et bien au-dessous des niveaux de référence.
fréquences ou à hyperfréquences ?
En revanche, il en va tout autrement des sensations thermiques
& Le type d’émission électromagnétique : s’agit-il principalement désagréables, généralisées ou localisées, que l’on peut ressentir à
d’une exposition définie par une induction magnétique, un champ proximité de certains dispositifs tels que les presses à hautes fré-
électrique, un champ magnétique ou un champ électromagnétique quences, certains radars ou même parfois de fours à micro-ondes.
ou par une association de ces différentes grandeurs ? L’expérience montre que la sensation thermique ressentie dans les
& La nature de l’émission électromagnétique : s’agit-il d’une émis- membres ou à l’abdomen auprès d’un dispositif HF répond à des
valeurs de champs supérieures à 300 V/m. De même, une sensation
sion continue (cas des émetteurs de télévision) ou de nature impul-
de chaleur au niveau des mains, à proximité d’un four à hyperfré-
sionnelle (cas des radars, mais, dans ce cas, la durée et la fré-
quences correspond généralement à des densités de puissance
quence de répétition des impulsions… doivent être connues) ou
supérieures à 10 mW/cm2.
de nature discontinue (cas des presses HF) ? Est-elle modulée
(type de modulation, caractéristiques de la modulation…) ? D’autres éléments peuvent informer et renseigner de façon inté-
ressante sur les champs auxquels on s’intéresse. En effet, la préoc-
& La présence de fréquences harmoniques en plus de la fréquence
cupation électromagnétique étant toujours liée à la présence sus-
fondamentale (niveaux relatifs de ces harmoniques, rang des har- pecte d’une source identifiée (transformateur, antenne, réseau de
moniques à considérer). distribution, machine HF, four à micro-ondes…), il est presque tou-
& La distance entre l’émetteur ou l’antenne ou la fuite et le lieu jours possible d’anticiper sur la mesure et d’avoir une connais-
d’exposition : est-on dans la zone de champ proche (zone de Fres- sance approximative des champs concernés en faisant référence
nel), ou dans la zone de champ lointain (zone de Fraunhofer) ? aux données antérieurement accumulées sur des sites et autour
de machines similaires. Toutefois, cette connaissance a priori ne
& La présence de plusieurs autres sources d’émission que la seule remplace pas la mesure, mais elle la facilite.
émission dont on souhaite connaı̂tre les niveaux de champ : nature
et caractéristiques de ces autres sources. Le calcul permet d’apprécier, avec une précision acceptable, les
valeurs des densités de puissances existant à une distance d’une
& La polarisation de l’onde : l’orientation du champ électrique peut antenne, par exemple de l’antenne parabolique d’un radar, à l’aide
donner des mesures très incomplètes si l’on ne considère qu’une de la formule suivante :
seule de ses composantes. L’utilisation de capteurs isotropes met
à l’abri de ces grossières approximations, on y mesure alors direc- P
S=
tement le module de champ et non une seule de ses composantes. 4 πd 2
& La présence de matériaux absorbants ou réfléchissants dans avec P puissance fournie par l’antenne (en watt),
l’environnement de la zone à mesurer : de tels matériaux ont pour
effet de créer ou de renforcer le régime d’ondes stationnaires avec d distance (en mètre) de l’antenne à l’endroit de
génération de « nœuds » et de « ventres » de champs, rendant la mesure,
donc obligatoire des mesures de champ très localisées en fonction S densité de puissance (en W/m2) à la distance d.
de la distance.
& La dérive en fréquences des émetteurs : dans le cas des presses Ainsi pour une puissance de 1 000 W et à une distance de 1 m, la
à hautes fréquences, par exemple, l’oscillateur peut dériver de plu- densité de puissance sera de :
sieurs kilohertz, voire plusieurs mégahertz, par rapport à la fré-
quence initiale de 27 MHz. La solution palliative consiste soit à (
S = 79,6 W / m2 ou 7,96 mW / cm2 )
faire une poursuite de fréquences pour suivre la dérive, soit à tra-
vailler à bande large afin d’intégrer cette dérive dans la mesure. ce qui correspond dans l’hypothèse d’une onde plane à :

& L’importance du gradient de champ : si le gradient de champ est E = 173 V / m pour le champ électrique
important, c’est-à-dire si le champ varie fortement en fonction de la et H = 0,5 A / m pour le champ magnétique.
distance (supérieure à son doublement sur 1 m), il devra être pro-
cédé à son relevé, car c’est une donnée intéressante surtout en ce Bien entendu, ce type de calcul possède ses limites de validité et
qui concerne l’induction magnétique (l’exposition des différentes doit être utilisé avec circonspection.

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De même, dans le cas d’une ligne d’alimentation à 50 Hz, de la appliqués comme l’effet Hall utilisé pour la mesure de champ et
bobine d’un four d’induction parcourue par un courant EBF ou des d’induction magnétiques, ou différents effets électro-optiques (Poc-
électrodes d’une presse HF alimentée par une tension HF, les lois et kels et Kerr). Ces deux derniers ne sont utilisés qu’en laboratoire et
formules de l’électromagnétisme s’appliquent et permettent de cal- non pour des appareils de terrain. Il en est de même pour une
culer les valeurs de champs à une distance donnée. sonde non interférente utilisant trois phototransistors modulés
optiquement. Ces sondes présentent un grand intérêt quand il
Exemple : un conducteur parcouru par un courant I, connu ou s’agit de bien connaı̂tre les valeurs exactes de champs transmis à
mesuré, à la fréquence du secteur, entraı̂ne une valeur d’induction un milieu donné (pour le traitement thermique de produits ou en
magnétique, à une distance d du conducteur, calculable à l’aide de électrothérapie), mais ne sont pas adaptées pour des mesures sur
la formule de Biot-Savart : site.
µ0 l Une sonde plongée dans un environnement électromagnétique
B= délivre un signal thermique ou un signal électrique (une tension,
2πd
un courant, une résistance) représentative de l’intensité des
avec m0 = 4p x 10–7 H/m, champs rencontrés à une fréquence identique. Une détection de
perméabilité du vide. ce signal est nécessaire afin de délivrer un signal électrique continu
à champ constant, exploitable par l’appareil de mesure. La fonction
À 6 cm du conducteur, la valeur de l’induction sera de 16 mT. de détection, assurée par diodes ou par thermocouples, est locali-
Avec deux conducteurs parcourus par le même courant mais en sée dans l’unité sensible avec le capteur ou avec l’unité de traite-
sens inverse, l’induction aura pour valeur 235 mT, inférieure à celle ment (c’est le cas quand est utilisé un mesureur de champ).
calculée ci-dessus.
Dans le cas où le capteur est uni-axial (une boucle ou une
antenne), la valeur mesurée est dépendante de la direction de pro-
Convenons qu’il s’agit de configurations théoriques, simples et
pagation et de la polarisation du champ, ce qui est un handicap
que dans la réalité, il faudra utiliser un modèle plus élaboré afin
sérieux dans la mesure où une seule composante du champ est
de tenir compte d’autres conducteurs avec des géométries diverses
mesurée. Deux solutions sont envisageables :
ou de la présence de transformateurs tout cela rendant les calculs
parfois laborieux. – la première solution consiste à orienter la sonde de façon à
déceler le champ maximal (il s’agit en fait de rechercher « le pire
En définitive, la mesure sur site quand c’est possible est la cas » correspondant à l’exposition réelle en ce point). Cela n’est
meilleure solution pour caractériser une exposition réelle. pas toujours aisé, et peut très vite être une source d’erreurs impor-
tantes dans l’évaluation des champs ;
– il est préférable d’adopter une seconde solution qui est de tra-
vailler avec des sondes isotropes dispensant ainsi l’opérateur de
2. Matériels pour les mesures l’orientation du capteur. Une sonde isotrope, qu’elle soit électrique
ou magnétique, est réalisée par l’association de trois sondes uni-
des rayonnements non axiales disposées pour relever les trois composantes du champ
selon les axes x, y et z. Un traitement approprié permettra par la
ionisants suite de calculer la valeur effective du champ. Toutefois, l’isotropie
parfaite n’existe pas, ce qui entraı̂ne toujours une incertitude dans
les mesures.
2.1 Chaı̂ne de mesure Un autre phénomène peut s’avérer gênant en situation réelle : il
s’agit de la sensibilité d’une boucle magnétique, destinée à mesu-
Toute mesure implique la mise en œuvre d’une chaı̂ne de mesure rer le champ magnétique, aux effets du champ électrique associé.
comportant, de façon séparée ou intégrée, deux éléments Cela se traduit par l’apparition aux bornes de la boucle d’une ten-
(figure 1) : sion parasite faussant la mesure du champ magnétique. Dans ce
– une unité sensible à la grandeur physique à mesurer ; cas, il faut compenser ce phénomène par la construction de deux
– une unité de traitement et un système d’affichage. boucles imbriquées, compliquant un peu plus la réalisation et
posant le problème de compensation satisfaisante sur toute la
2.1.1 Unité sensible à la grandeur physique gamme des fréquences. La détermination du champ électrique
à mesurer doit faire l’objet d’une mesure séparée à l’aide d’un appareillage
approprié.
Cette unité délivre en sortie un signal proportionnel à la grandeur
physique. Cette dernière est un des niveaux de référence défini
2.1.2 Unité de traitement du signal et système
dans le tableau 7 de [R 933v2]. Elle peut être le champ électrique E
le champ magnétique H, l’induction magnétique B ou la densité de
d’affichage
puissance équivalente en onde plane S. Elle permet de délivrer à l’utilisateur l’information concernant les
L’unité sensible est composée principalement d’un capteur valeurs mesurées. Elle peut être accomplie par un mesureur de
appelé communément sonde. Le capteur est généralement une champ (qui est en fait un récepteur HF), un analyseur de spectre,
antenne pour le champ électrique, un cadre ou une boucle pour le un oscilloscope ou plus communément, en mesure RNI, par un
champ magnétique. Mais d’autres effets physiques peuvent être appareil spécifique à large bande, dédié expressément à cette
application.
L’unité de traitement reçoit un signal en provenance de l’unité
sensible par l’intermédiaire d’une liaison filaire, optique ou her-
Grandeurs Unité tzienne afin de présenter à l’afficheur un signal approprié. Le traite-
physiques Unité sensible de traitement ment contient éventuellement un détecteur (dans le cas où il n’a
à mesurer à la grandeur Liaisons du signal pas été traité au niveau de la sonde), une fonction d’adaptation
(E,H,B ou S) physique et affichage automatique à la sonde utilisée (dans le cas où différents types de
sondes peuvent être mis en œuvre), une fonction d’amplification et
éventuellement de filtrage (pour réduire le bruit électronique) et
une fonction de calcul afin de présenter les valeurs de champs en
Figure 1 – Synoptique d’une chaı̂ne de mesure RNI unités électriques efficaces vraies. Certains appareils comportent,

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R 934 – 4 est strictement interdite. – © Editions T.I.

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