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Revue néo-scolastique de

philosophie

Nicolas Berdiaeff, Cinq méditations sur l'existence. Traduit du russe


par Irène Vildé-Lot
H. Widart

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Widart H. Nicolas Berdiaeff, Cinq méditations sur l'existence. Traduit du russe par Irène Vildé-Lot. In: Revue néo-scolastique
de philosophie. 40ᵉ année, Deuxième série, n°53, 1937. pp. 154-155;

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154 Comptes rendus

COMPTES RENDUS D'OUVRAGES DIVERS

Nicolas BeRDIAEFF, Cinq méditations sur l'existence. Traduit du


russe par Irène VlLDÉ-LoT. (Philosophie de l'Esprit). Un vol. 19x12
de 209 pp. Paris, Editions Montaigne, 1936; 15 fr.
Avec Esprit et Liberté, ce nouveau livre contient l'exposé des
idées fondamentales de M. Berdiaefï. Qui veut comprendre ses vues
morales et sociales doit s'inspirer de ces deux ouvrages.
La philosophie authentique ne peut être qu'existentielle.
Prenant l'anthropologie pour fondement, elle pénétrera plus
profondément que ne le firent Heidegger ou Jaspers, et posera le problème
de la personne. L'homme devient le centre de l'être.
Mais cet itinéraire est douloureux. Seule une lutte incessante
et inévitable permet au « moi » posé initialement de reconnaître en
lui la personnalité et de la réaliser. Laissé à lui seul, le « moi »
'

engendre l'égocentrisme et l'égoïsme ; il va vers sa perte. Pour


opérer l'ascension indispensable qui le transformera en personne,
il doit s'imposer une double ascèse : se soustraire à l'objectivation
et à la socialisation du moi ; et aussi se dépasser, se transcender
par la contemplation, par l'activité créatrice, par l'amour surtout.
Grâce à ces pratiques mortifiantes, il s'évade de lui-même et pénètre
dans autrui, dans le « toi » ; il comble ce besoin si intensément
ressenti d'être exactement réfléchi par l'autre ; il s'évade de la solitude
et établit la communion avec l'autre, avec le « toi » dont il avait
la nostalgie.
Au sentiment si poignant de solitude, aucun objet ne peut
remédier. Car toute objectivation, toute rationalisation provient d'un
monde déchu. Cette déchéance, imputable à l'être lui-même, joue
un grand rôle dans l'exposé de M. B. S'il est difficile d'entrevoir
en quoi elle consiste, on trouve notées, à chacune des pages, ses
funestes conséquences. Elle a profondément vicié le moi ; elle le
détourne de la réalisation de la personne et le projette dans le
« Es », dans l'objet, dans le non-moi, dans la socialisation, la
famille et l'Etat, dans le général, dans l'abstrait. A la religion
intérieure elle substitue la religion sociale. Elle est à l'origine du
nombre, de l'individu, de l'économique, de la technique. Elle
engendre l'enfer, le paradis, l'ordre universel. Elle décompose
d'ouvrages divers 155

l'éternité et la dissocie en présent, passé et avenir. Bref, elle a


tout rompu, tout désuni.
Heureusement, le sentiment de solitude tenaille l'homme, et
le force à entreprendre l'œuvre de son redressement. Mais bien
peu y réussissent. Si tous, en effet, veulent échapper à la solitude,
beaucoup cependant se contentent de la noyer dans la généralité
impersonnelle. Ils évitent ainsi la souffrance inhérente à la
conquête de la personnalité. Le philosophe, au contraire, docile aux
indications de la mémoire, de l'acte créateur et de l'amour,
franchit les bornes du monde objectif et social. Il en ignore les lois
et accepte d'avoir le monde presque entier contre lui. Il se résigne
à mener l'existence tragique.
De la sorte, il triomphe de l'égocentrisme et conquiert de haute
lutte sa personnalité. En même temps, un autre visage humain se
révèle à lui : il peut dès lors entrer en communion avec une autre
personne, avec un « toi » qui est aussi un « moi ». Il échappe ainsi
au monisme que le personnalisme ne peut souffrir. — Ainsi
s'accomplit le destin du philosophe.
A deux reprises déjà, dans cette revue (fév. 1935, pp. 85-94;
nov. 1936, pp. 518-524), M. Alex. Marc a signalé combien les
thèmes fondamentaux de l'existence et de la personne retenaient
l'attention des penseurs contemporains. Le livre de M. Berdiaefï
constitue un nouveau document à verser à ce dossier.
H. WlDART.

E. BeLOT, Les enseignements de la cosmogonie moderne.


(Bibliothèque cathol. des sciences religieuses). Paris, Bloud et Gay, 1932.
La cosmogonie a été de tout temps le terrain par excellence
pour l'eclosion de théories. L'imagination des faiseurs d'hypothèses
s'y est donné libre cours avec d'autant plus de facilité que les faits
pouvant servir de point de départ étaient plus rares et plus
contestés. Chacun y est allé de sa petite cosmogonie. C'est peut-être
ce qui explique la difficulté qu'a rencontrée M. Belot dans cet
essai de synthèse et aussi le besoin qu'il éprouve d'en ajouter
une nouvelle qui tient compte, non seulement des données
d'observation, mais encore des premiers chapitres de la Genèse.
La tendance de ce petit volume n'est pas dans la ligne des
idées actuelles. Personne ne songe plus aujourd'hui à chercher des
données de sciences naturelles dans la Bible et d'autre part les
acquisitions modernes de l'astronomie invitent à la prudence. Au