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Revue théologique de Louvain

Aurélie Choné, Rudolf Steiner, Carl Gustav Jung, Hermann


Hesse : Passeurs entre Orient et Occident. Intégration et
transformation des savoirs sur l’Orient dans l’espace
germanophone (1890-1940), 2009
Jacques Scheuer

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Scheuer Jacques. Aurélie Choné, Rudolf Steiner, Carl Gustav Jung, Hermann Hesse : Passeurs entre Orient et
Occident. Intégration et transformation des savoirs sur l’Orient dans l’espace germanophone (1890-1940), 2009. In:
Revue théologique de Louvain, 42ᵉ année, fasc. 3, 2011. p. 459;

https://www.persee.fr/doc/thlou_0080-2654_2011_num_42_3_3948_t6_0459_0000_1

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NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES 459

Aurélie CHONÉ, Rudolf Steiner, Carl Gustav Jung, Hermann Hesse: Pas-
seurs entre Orient et Occident. Intégration et transformation des savoirs
sur l’Orient dans l’espace germanophone (1890-1940). Strasbourg,
Presses universitaires de Strasbourg, 2009. 411 p. 24 ≈ 16. 28 /. ISBN
978-2-86820-396-0.
Fruit d’une recherche doctorale, cet ouvrage de 400 pages serrées, bourrées
de citations et de notes, analyse la réception de l’Orient dans trois domaines de
la culture européenne (ésotérisme, sciences humaines, littérature) à partir des
écrits de trois figures presque contemporaines de «passeurs»: R. Steiner (1861-
1925), qui se sépara de la Théosophie pour fonder la Société anthroposophique,
C.G. Jung (1875-1961), qui s’écarta de Freud pour développer d’autres dimen-
sions de la psychologie des profondeurs, et H. Hesse (1877-1962), prix Nobel
de littérature. Il ne s’agit pas de juxtaposer trois monographies distinctes mais
d’entreprendre une étude comparative de manière à éclairer plus largement le
contexte culturel de toute une génération, principalement en Europe centrale.
Une première partie brosse un panorama des savoirs sur l’Orient au début
du siècle passé et de la diffusion de ces savoirs dans le monde de langue
allemande où se déploieront les recherches et les publications des trois
auteurs étudiés. Vient ensuite l’examen de quelques grandes thématiques qui
feront chez eux l’objet d’une «intégration productive» en même temps que
sélective de données hindoues, bouddhiques et taoïstes: l’unité originelle du
réel (face au dualisme qui figerait l’Occident), la structuration complexe et
différenciée de la conscience enseignée par les philosophies et transmise
dans les pratiques spirituelles de l’Orient, le contraste entre les notions de
karma ou de réincarnation et celles de sujet individuel ou de progrès.
La dernière partie montre comment, de manière spécifique pour chacun
de nos trois auteurs, le «détour par l’Orient», loin d’être une simple évasion,
apparaît comme la condition d’une redécouverte et d’une réappropriation
créative d’une identité occidentale fondée moins sur les religions tradition-
nelles que sur diverses formes d’ésotérisme: alchimie, traditions gnostiques
ou mystiques, Rose-croix, Goethe… Un chapitre (p. 319-345) est consacré
aux multiples figures de la quête, surtout chez Steiner, d’«un christianisme
renouvelé grâce à l’apport oriental». S’interrogeant en conclusion sur les
soupçons d’instrumentalisation, au service d’objectifs eurocentriques, d’un
Orient souvent bien peu différencié et défini d’abord par son contraste avec
l’Occident, l’A. estime toutefois que les trois figures de «passeurs» se carac-
térisent moins par des syncrétismes que par un éclectisme qui appelle à de
nouvelles synthèses; chacun d’eux demeure à sa manière convaincu que
l’Orient, s’il ne peut être transposé tel quel, est cependant plus complémen-
taire qu’antagoniste: les ressources qu’il offre sont de nature à provoquer les
Européens à intégrer des apports nouveaux.
L’exposé est clairement construit et les conclusions sont formulées avec
nuance; le style évite le plus souvent les lourdeurs de bien des dissertations
doctorales. C’est par erreur que Jules Monchanin (et non «Montchanin») et
Henri Le Saux sont présentés comme «deux jésuites» (41): on ne prête
qu’aux riches?
J. SCHEUER