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Volume LxxxvIii n°4

- Le journal indépendant de l’Université d’Ottawa -

ProblEmes invisibles,
solutions concrEtes

www.larotonde.ca LaRotonde @LaRotonde La RotondeVideo journal_larotonde


section

éditorial Emmanuelle Gingras


redaction@larotonde.ca
Rédactrice en chef

Quand la maladie nous transforme en chien errant


ce poste, c’est devoir faire le tri dans l’im-
EMMANUELLE GINGRAS & mensité des pensées qui surviennent. ILLUSTRATION: EMMANUELLE GINGRAS
MATHIEU TOVAR-POITRAS
Sachez que La Rotonde est une famille
Santé mentale et tabous, deux concepts et souvent, on ne peut pas tout dire à sa
qui semblent pris dans un tango rébar- famille.
batif. Leur danse est toutefois un fléau
encore normalisé dans notre société. S’oublier peu à peu
L’un des remèdes encouragé ? Le dia-
À force de ne dépendre que de soi, il peut
logue et l’ouverture.
devenir difficile de gérer tout ce qui se
Chaque expérience est unique, chaque passe en nous. Nous pouvons donc vous
tête est différente, c’est pourquoi il est admettre, dans la transparence la plus
bien difficile de se positionner selon une complète, qu’il est arrivé que nous op-
opinion générale sur la maladie mentale. tions pour de mauvais modes de vie.
Il serait en fait ingrat de le faire et sur-
L’alcool devient un bon ami. Il peut ai-
tout, déshumanisant. La maladie men-
der à faire sortir quelque chose en nous,
tale est encore un sujet tabou et pour le
peut-être une réalisation ou un lais-
briser, il faut en parler, question que la
ser-aller qu’on peut difficilement réussir
honte n’y soit plus rattachée.
à trouver. Éventuellement, il devient une
Le présent éditorial — qui, vous allez manière de noyer ses problèmes. L’af-
voir, s’écarte un peu de la formule tra- faire, c’est que ceux-ci apprennent à na-
ditionnelle — tracera un portrait franc ger éventuellement.
de la tête de la rédaction en chef. Nous
Mais même rendu là, c’est l’omerta à
tenterons de vous rappeler que personne
l’égard de nos collègues. Au début, on ne
n’est seul.e, contrairement à ce que l’iso-
parle pas parce qu’on ne sait même pas
lement que l’on ressent, lorsqu’au plus de la qualité. Il faut toutefois se rappeler mentale. Prendre une pause de ce nous
ce que l’on a. On finit par constater qu’il
bas, peut bien faire croire. que derrière nos emplois, nous sommes aimons le plus n’est pas un blasphème.
y a de quoi de croche. Mais justement ;
aussi des humain.e.s. imbu.e.s d’imper-
pourquoi parler de nos problèmes ? Notre Ils le disent un peu partout ; la maladie
Devenir un point de référence fection.
emploi, c’est de régler des problèmes. Nous mentale s'accroît de façon considérable
Ce poste, c’est d’abord les autres. On ne pouvons pas en avoir. Travailler dans un journal étudiant n’a chez les jeunes.
peut donc un peu s’y attendre, il peut rien de facile pour quiconque, rédac-
C’est un état d’âme, une manière de pen- En tant qu’étudiant.e.s, nous pourrions
devenir difficile de ne pas s’oublier dans tion, équipe de production, journalistes.
ser qui ronge de l’intérieur. À l’image vous dire que l’école encombre. Que
le processus. Du jour au lendemain, c’est Après tout, nous ne sommes, justement,
de l’autophagie, on devient soi-même devenir quelqu’un encombre. Que com-
devenir la référence pour les autres, au qu’un journal étudiant, nécessaire, mais
son propre ennemi parfois. prendre où nous allons encombre.
point où l’on peut penser qu’on est sa qui est souvent oublié. Ce n’est pas parce
seule et propre référence aussi. On devient comme un chien errant. Sans que nous avons une liberté dans notre Toutes raisons valables, il faut s’écouter
maître, en survie. Toutefois, les chiens indépendance, que la pression n’y est
Erreur que nous avons tous faite. pour ne pas sombrer. Ne pas se forcer
errants et leur solitude les rendent aussi pas. Nous n’avons déjà que très peu de d’être ce que l’on n’est pas. Et surtout, ne
Tout bon humain se remet en question ; un peu explosifs et agressifs ; ils se pro- crédibilité ; il faut d’autant plus se battre pas se taper dessus de ne pas l’être.
chose que l’on ne peut pas montrer aux tègent et tentent de garder leur statut pour défendre du contenu qui ne sera
pour survivre. pas nécessairement lu. Pourtant, nous C’est d’ailleurs pourquoi la rédactrice en
autres. Il faut avoir l’air de savoir ce qu’on
fait, montrer par l’exemple. Lors d’erreur continuons à faire ce que nous faisons, chef actuelle de La Rotonde quitte son
En gros, il arrive qu’on ne sache plus
de jugement ou de maladresse profes- car nous en sommes maladivement emploi pour le prochain. C’est un peu la
comment se comporter à l’arrivée d’un
sionnelle, c’est être doublement jugé.e. amoureux. morale de l’histoire ; s’écouter.
autre.
C’est ainsi que l'on ne peut pas montrer
Ne méprenez pas ces paroles, il n’est pas Nous espérons que la transparence dont
à ses collègues que l’on boite, lors de mo- Réalité étudiante
question ici de se faire passer pour des l’on vous a fait part vous permettra de
ments difficiles.
Dans les grandes lignes, le poste de ré- martyr.e.s et d'entreprendre un concours vous rappeler que personne n’est par-
Personne ne peut deviner ce qui se passe daction est, lui aussi, très propice à l’er- de souffrance. Le point transversal que fait.e. Que personne n’est constant.e. Il
dans notre tête ; quand ça va mal, on reur, comme l’entièreté de ce journal. l’on véhicule — du moins, on essaie de n’y a donc aucune honte de dire à voix
s’isole. Il faut refouler ce mal, car il n’est Notre maladie, à nous, est de ne pas le faire — est que d’aimer son poste ne haute que l’on souffre quand l’on souffre.
pas dans le bon contexte. Travailler dans nous la permettre. Il faut de la rigueur, devrait pas être synonyme de déchéance Et de parler quand il faut parler.

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ACTUALITÉS Maeve Burbridge


actualites@larotonde.ca
Cheffe de pupitre

santé mentale

Obstacles entre étudiant.e.s et services d'appui


Des mois d’attente pour un service rio couvre les frais d’un.e psychiatre em- tariennes ne détiennent qu’une équipe de
MAEVE BURBRIDGE ployé.e de la province qui travaille dans soins de santé.
CHEFFE DU PUPITRE ACTUALITÉS Les temps d’attente pour l’accès aux ser- une clinique publique. Ces cliniques ont
vices de santé mentale varient considéra- des temps d’attente plus longs, s’étalant Bélanger avoue que l’U d’O a du travail à
Une plainte ne cesse de faire écho sur le
blement en fonction de la région puisque parfois à plus qu’une année. faire en ce qui concerne les temps d’attente
campus concernant la difficulté d’accès
le tout dépend du nombre de spécialistes et l’accessibilité des services. Elle affirme
aux services de santé mentale offerts La province ne couvre pas les services
en santé mentale dans la région et du que les services de santé travaillent en col-
aux étudiant.e.s. La Rotonde s’est pen- fournis par d’autres types de spécialistes
nombre de personnes en demande. laboration avec le Comité pour le bien-être
chée sur la question : qu’est-ce qui ra- en santé mentale tels que les travailleurs
lenti l’accès aux services en santé men- Bélanger indique que la situation quant étudiant pour s’adapter et évoluer en fonc-
sociaux et les psychologues. Le régime
tale pour les étudiant.e.s ? aux services de santé mentale n’est pas tion des besoins des étudiant.e.s.
ontarien ne couvre habituellement que
plus positive pour ceux et celles qui tra- quatre ou cinq sessions par année, ce qui
En Ontario, les temps d’attente pour vaillent dans le domaine puisqu’ils et est « largement insuffisant pour la plu- ILLUSTRATION: ANDREY GOSSE
consulter un.e spécialiste en santé men- elles seraient submergé.e.s par la de- part des gens », affirme Bélanger.
tale sont entre six mois et un an, d’après mande.
le Centre de toxicomanie et de santé L’autre option, c’est de prendre ren-
mentale du Canada (CTSM). Mylène Bourgeois, étudiante à l’U d’O, dez-vous avec un.e spécialiste qui tra-
partage qu’après avoir attendu des mois vaille dans un cabinet privé. Les temps
Implication du gouvernement ? pour s’entretenir avec un psychiatre, elle d’attente sont moins longs, seulement
n’a pu lui parler que pendant quelques quelques semaines ou quelques mois.
Les provinces canadiennes ne font au- minutes. « Il m’a prescrit, hâtivement, Les services au privé coûtent plus cher.
cune collecte de données provinciales des médicaments pour l’anxiété et la dé- D’après Bélanger, les prix peuvent s’éle-
relative à l’accès des services en santé pression, car il avait d’autres patient.e.s ver à environ 200 $ par heure.
mentale, malgré que ce soit un enjeu qui attendaient dehors », partage-t-elle.
provincial. Les données qui existent à « Je n’ai pas de troubles liés à l’anxiété et Kimberley Charland, étudiante à l’U
ce sujet sont recueillies au niveau muni- la dépression. Mon problème est un dé- d’O, raconte qu’en plus des frais pour
cipal, mais ce ne ne sont pas toutes les ficit d’attention. C’était très vite fait », se voir un.e spécialiste en santé mentale
municipalités qui font la collecte de ces plaint-elle. régulièrement, elle doit payer un 50 $
données, car elles ne sont pas tenues à de plus par mois pour ses médicaments.
Rachel Stone, également étudiante à l’U À chaque fois qu’elle doit fournir une
le faire.
d’O, dit avoir eu besoin de parler à un.e preuve d’incapacité à l’Université, elle
Le CTSM estime que l’infrastructure re- thérapeute pour son anxiété lors de sa doit payer 25 $ pour obtenir la docu-
lative aux services de santé mentale en première année. « Je vérifiais mon télé- mentation officielle qui donne le droit de
Ontario est sous-financée par environ phone à toutes les 5 minutes pour voir si recevoir les accommodements scolaires
1,5 milliard de dollars. D’après Denise un rendez-vous était libre tellement que nécessaires.
Bélanger, directrice adjointe des ser- j’avais besoin de parler à quelqu’un », ra-
vices de santé de l’Université d’Ottawa conte-t-elle. Elle n’a jamais pu obtenir de L’U d’O, plus impliQuée ?
(U d’O), « le gouvernement investit de rendez-vous avec un.e thérapeute.
Malgré les difficultés rencontrées par
plus en plus pour la santé mentale, mais Les temps d’attente sont plus longs pour les uottavien.ne.s lorsqu’ils et elles re-
la demande pour les services augmente voir quelqu’un qui a une spécialité parti- cherchent des soins en santé mentale,
plus rapidement que l’accès aux ser- culière. Par exemple, dans la municipa- Bélanger fait savoir que les services of-
vices ». lité ontarienne de Wellington-Waterloo, ferts par l’U d’O sont parmi les plus ac-
le temps d’attente moyen pour voir un cessibles.
Le manque d’informations et le sous-fi-
psychiatre qui se spécialise en maladies
nancement sont parmi les raisons prin- Elle indique que l’Université bénéficie non
mentales psychotiques est de 330 jours,
cipales de l’inaccessibilité aux services seulement d’une équipe de services de
d’après le CTSM.
de santé mentale en Ontario et à travers santé, mais également le Service d’appui
le Canada. au succès scolaire (SASS) en plus du centre
Prix pour une bonne santé mentale
de services psychologiques. Elle souligne
Le régime d’assurance-santé de l’Onta- que la grande majorité des universités on-

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carrière

Santé mentale au travail : quels sont les enjeux ?


veut atteindre ou surpasser les attentes rect » ou « je suis stressé.e mais j’adore Afin de réduire les chances d'épuisement
MAEVE BURBRIDGE de son employeur peut exhiber des at- mon travail donc c’est pas important » professionnel ou l'anxiété excessive au
CHEFFE DU PUPITRE ACTUALITÉS
titudes malsaines. Travailler durant ses peuvent caractériser le chemin vers le travail chez les employé.e.s, Baynton
Le milieu du travail est un environne- pauses, faire beaucoup d’heures sup- burnout. suggère que les employeurs encouragent
ment qui peut favoriser une bonne santé plémentaires ou refuser de profiter de un esprit de camaraderie entre les em-
mentale ou être largement défavorable Lippel informe que les personnes qui
ses jours de vacances peuvent être des ployé.e.s. D’après elle, c’est le facteur qui
à celle-ci. Comment faire la différence travaillent dans les domaines de la san-
exemples de ce genre d'attitude. a le plus grand impact sur la santé men-
entre un milieu de travail exigeant et té et de l’éducation sont à un risque plus
tale des travailleurs.
un milieu malsain ? Quels sont les droits
des travailleurs en Ontario ? Le sentiment d’isolement et d'anxiété
risque d’accompagner un environne-
Les problèmes de santé mentale causés ment de travail où l’amitié entre travail-
par le travail sont de plus en plus répan- leurs est découragée.
dus chaque année. D’après la société
Morneau Shepell, un travailleur cana- et en Ontario ?
dien sur trois se sent plus stressé au tra-
Baynton travaille pour fournir des straté-
vail en 2019 qu’en 2014.
gies aux employeurs qui désirent réduire
En 2019, l’Organisation mondiale de la l’anxiété de leurs employé.e.s au travail.
santé a reconnu le burnout dû à la sur- Qu’en est-il des employeurs qui abusent
charge de travail comme une maladie de leur pouvoir pour faire en sorte que
légitime et distincte de la dépression et les employé.e.s se sentent obligé.e.s de se
de l’anxiété. surmener ?

Une fatigue excessive, des maux de tête, Dans ce cas-la, les travailleurs ontarien.
une motivation et une productivité ainsi ne.s n’ont pas grand pouvoir. Les droits
qu’une précision réduite sont des symp- des travailleurs en Ontario, tels que sti-
tômes qui annoncent l'épuisement pro- pulé par la Loi sur les normes d’emploi,
fessionnel. L'épuisement professionnel ne donnent pas le droit aux travailleurs
partage aussi plusieurs symptômes avec de refuser un travail pour des raisons
la dépression. liées à la santé mentale. Le droit de re-
PHOTO: LOÏC GAUTHIER LE COZ
fuser un travail n'est permis que par des
Un environnement de travail qui mène à
raisons reliées à la santé physique.
l'épuisement professionnel en est un qui
Baynton explique que nombre d’em- élevé de souffrir de burnout. Toutefois,
peut occasionner une anxiété chronique, En Ontario, ça reste à la discrétion de
ployeurs se réjouissent de ces compor-
il y a des gens de tous les domaines qui
selon Katherine Lippel, professeure à l’employeur de décider comment il ou
tements, croyant qu’il s’agit d’un signe
en souffrent. D’après Baynton, même les
l’Université d’Ottawa (U d'O) qui se spé- elle veut gérer les demandes de réduc-
d'amour de son travail et de motivation
cialise en droit de la santé et de la sécurité étudiant.e.s universitaires et les élèves
de l’employé.e. Ces comportements indi- tion de charge de travail liées à la santé
du travail. Cette anxiété constante serait du secondaire peuvent expérimenter
queraient plus souvent une surcharge de mentale.
dûe à une surcharge de travail, des exi- l'épuisement professionnel ou, dans ce
travail ou la présence d’anxiété de per-
cas-ci, scolaire. Sur ce point, Lippel expose que le Qué-
gences qui dépassent la capacité du tra-
formance chez le travailleur.
bec donne le droit au travailleur de refu-
vailleur, l’anxiété de performance ou des
Même quand ces comportements té- camaraderie pour un milieu sain ser un travail afin de favoriser leur santé
sentiments de culpabilité quand vient le
moignent simplement d’une forte moti- mentale depuis 30 ans.
moment de demander une pause. Du côté de l’employeur, Baynton raconte
vation, ils ne sont pas forcément sains. «
que plusieurs sont appelé.e.s à imposer Nombre d’autres pays offrent également
Trop motivé.e ? Notre volition de se dépasser et d’excel-
des heures de travail raisonnables auprès ce genre de soutien, comme les Pays-Bas,
ler dans notre travail peut nous conduire
D’après Mary Ann Baynton, de Work- de certain.e.s employé.e.s. « Lorsque né- la Nouvelle-Zélande ou le Brésil. L’Onta-
directement au burnout », explique
place Strategies for Mental Health, cessaire, il faut forcer des employé.e.s rio ne semble pas être présentement en
Baynton.
organisation qui travaille avec les em- qui connaissent moins bien leurs limites marche vers une politique plus compré-
ployeurs pour la création d’un environ- Des affirmations telles que « j’ai juste à quitter le travail et rentrer chez eux », hensive vis-à-vis la santé mentale de ses
nement de travail sain, un travailleur qui besoin de finir ce projet et tout sera cor- décrit Baynton. travailleurs.

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actualités la rotonde numéro 4 5

psychologie

Rester positif quand on entend que du négatif


des problèmes. Les défis ne sont pas for- J’essaie de garder un sens de l’humour et tale avant d’aider avec la santé mentale
MAEVE BURBRIDGE cément négatifs ». de ne pas trop me prendre au sérieux », de ses client.e.s.
CHEFFE DU PUPITRE ACTUALITÉS
relate-t-elle.
Comment font les gens qui travaillent Elle concède qu’il faut beaucoup de Est-ce que ça en vaut la peine ?
nerfs pour travailler dans le domaine. Pour Harvey, c’est le soutien de sa fa-
en santé mentale pour garder la tête
mille, de ses collègues et de son chien Le travail d’un.e spécialiste de santé
haute alors qu’ils doivent tout le temps Elle raconte que lorsque ses client.e.s
qui l’aide le plus à traverser les moments mentale n’en est pas un qui est facile ou
gérer les préoccupations des autres ? vont moins bien, elle ne désespère pas
difficiles que peut occasionner ce travail tranquille, mais les deux expertes affir-
Plongez dans l’univers de la santé men- puisqu'elle sait que ça va se régler avec
intense psychologiquement. ment  que c’est un travail extrêmement
tale avec La Rotonde afin de découvrir le temps et un travail intérieur acharné.
récompensant.
les hauts et les bas du travail dans le do-
Définir ses limites Des risques qui s'impliquent
maine. Pour Harvey, la plus grande récom-
Dans une profession liée à la santé men- La nature exigeante d’une profession en pense, c’est de voir des femmes quitter
Honora Harvey et Diana Eisenfeld tra-
tale, il est absolument essentiel de sé- lien avec la santé mentale peut impliquer des situations d’abus et de violence pour
vaillent toutes deux avec des personnes
parer les préoccupations du travail des que ceux et celles qui travaillent dans le avancer vers une vie plus saine et heu-
ayant été victimes de violence et d’abus.
préoccupations personnelles, « non seu- domaine sont à un risque élevé de souf- reuse où elles peuvent fleurir.
Elles font le point sur ce qui peut être
lement pour [son] bien-être, mais pour frir d'épuisement professionnel.
ardu et les récompenses du travail du Eisenfeld affirme que d'observer le pro-
le bien-être des patient.e.s aussi, car il C’est pour cette raison que ceux et celles
domaine. grès de ses client.es lui apporte beaucoup
faut être totalement présent.e pour eux qui travaillent en santé mentale voient de joie. « Mon travail m’affecte, mais pas
travail qui en demande beaucoup », explique Eisenfeld. très souvent eux  aussi un.e thérapeute
de la manière que l’on penserait. Je suis
Harvey travaille à la Maison Interval Elle explique que, souvent, un.e client.e ou un.e psychologue.
concernée positivement et je sens que
d’Ottawa, un refuge pour femmes vic- peut avoir un problème qui touche per- Eisenfeld croit que tous les travailleurs je me développe de plus en plus chaque
times de violence, à Ottawa. Elle révèle sonnellement le ou la thérapeute et qu’il du domaine de la santé mentale de- session. Le fait de témoigner des progrès
que ça peut devenir lourd psychologique- faut faire très attention de ne pas réagir vraient eux  aussi voir un.e spécialiste des gens avec qui je travaille est telle-
ment de travailler dans le domaine de la au cours de la session et de ne pas se lais- pour empêcher que leurs préoccupations ment précieux »,  déclare la thérapeute.
santé mentale en raison de la grande ser être affecté par la suite. vis-à-vis de la santé mentale interfèrent
Les deux travailleuses affirment que
responsabilité envers les femmes qu’elle avec leur travail.
Harvey indique que ça peut être extrê- l’aspect récompensant du travail dans le
aide. « C’est épuisant quand les femmes
mement difficile de lâcher toutes les La thérapeute voit elle-même une théra- domaine de la santé mentale l’emporte
ont des difficultés au niveau de la santé
émotions vécues au cours d’une journée peute et participe à des groupes de sou- sur les aspects lourds et difficiles de leurs
mentale, quand elles ne vont pas bien et
de travail. « Quand je travaille très long- tien pour prendre soin de sa santé men- métier.
tu veux tout faire pour trouver une solu-
temps dans une journée et que j’entends
tion pour elles », confie-t-elle.
histoire après histoire, ça devient diffi-
Pour Harvey, c’est particulièrement diffi- cile de l’oublier après » décrit Harvey.
cile lorsque les femmes avec qui elle tra-
vaille ne font pas des choix qui favorisent Eisenfeld souligne la nécessité, pour

leur bien-être. Elle donne l’exemple des ceux et celles qui travaillent en santé

femmes qui, après avoir passé un temps mentale de prendre soin de leur bien-

au refuge, choisissent de retourner avec être et de connaître leurs limites, car il

leur partenaire abusif alors qu’elles ont s’agit d’un travail qui peut être émotion-

un soutien qui leur permet de quitter nellement intense. Elle a, par exemple,

cette situation. Elle affirme que « c’est une limite sur le nombre de sessions de
déchirant, ça brise le coeur ». thérapie qu’elle fait par jour.

De son côté, Eisenfeld est une psycho- Côté bien-être, Eisenfeld et Harvey
thérapeute qui travaille avec des per- disent toutes deux bénéficier d'énor-
sonnes ayant été victimes de violence. mément de relations amicales. Pour
Elle explique que, pour son métier, elle Eisenfeld, l’humour est une thérapie. «
« choisit de voir les préoccupations de Je passe beaucoup de temps avec mes
ILLUSTRATION: ANDREY GOSSE
[ses] client.e.s comme des défis et non ami.e.s. On rigole et on fait des blagues.

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Santé mentale

Le stress post-traumatique : plus répandu que l'on penserait


MAEVE BURBRIDGE
CHEFFE DU PUPITRE ACTUALITÉS

La plupart des individus vivront une


situation traumatique dans leur vie.
Pourquoi le mot « traumatique » de-
meure-t-il si tabou ? La Rotonde s’est
entretenue avec deux psychologues afin
de comprendre pourquoi le sujet est à la
fois méconnu mais étendu.

Le terme « stress post-traumatique »


sert à désigner une réaction postérieure
à une situation traumatique qu'une per-
sonne a vécu. Un individu affecté par
cette forme de trouble d'anxiété peut res-
sentir des symptômes sans savoir exac-
tement ce qui a provoqué la réaction. Il
s’agit là d'une des caractéristiques dis-
tinctives du stress post-traumatique.

Les symptômes peuvent inclure des


souvenirs soudains où la personne re-
vit de nouveau la situation traumatique FREEIMAGES
ainsi que des cauchemars en lien avec
l’incident. L’hypervigilance, des difficul- répinéphrine, les hormones de stress du Un événement qui pourrait sembler ba- sibilité que le stress post-traumatique

tés liées au sommeil et un manque de cerveau, sont sécrétées et la réaction de nal peut être tout aussi traumatique que reste à vie pour certaines personnes.

confiance envers autrui sont considérés lutte et de fuite est enclenchée, même de vivre quelque chose d’extrêmement
D’après Jones, ces perceptions fautives
comme des symptômes psychologiques si la situation n’est aucunement dange- tragique, si la situation anodine porte la
sur le stress post-traumatique viennent
du stress post-traumatique. reuse ou effrayante. même signification que la situation dra-
du stigma qui entoure cette maladie.
matique.
Au niveau social, cet état amène ceux et Traumatiques mais non dramatiques D’après elle, les gens hésitent à aborder

celles affecté.e.s à s’isoler d’autrui. Ces D’après Campbell, quand une per- le stress post-traumatique car « on a
Un mythe répandu sur le stress sonne vit une situation très effrayante, l’impression que ce sont juste des vété-
personnes peuvent avoir tendance à être
post-traumatique est que ce stress n'est il y a environ 30 % de chances qu’elle ran.te.s de guerre qui peuvent vivre un
d’humeur instable ou à devenir excessi-
occasionné qu'après des situations très expérimente des symptômes de stress stress post-traumatique, mais en fait les
vement insensibles.
dramatiques ou tragiques. Toutefois, il post-traumatique par après. Pour ce qui gens normaux sont très souvent atteints ».
D’après Carolynn Campbell, thérapeute n’existe aucune définition homogène de en est des situations plus intenses, Jones
qui se spécialise dans les domaines du Il existerait, d’après Dawn Jones et Cam-
ce qu'est un événement traumatique. informe que les personnes qui ont vécu
stress post-traumatique et de l’anxiété, pbell, une hésitation à donner le nom de
où qui ont été victimes ou témoins d’abus
l'individu souffrant de stress post-trau- Des situations effrayantes vont plus sou- stress post-traumatique aux symptômes
sexuels sont celles qui développent le
matique ne sentirait même plus de vent causer un choc qui peut déclancher ressentis car le libellé parait dramatique,
plus souvent un stress post-traumatique.
connection avec soi-même. le tout. tragique ou victimisant.

Michelle Dawn Jones, psychothérapeute


maladie dans l’ombre
Campbell explique que les réactions de Le malaise qui accompagne le terme «
stress post-traumatique sont contrô- spécialisée dans le domaine du stress Un autre mythe souvent associé au stress stress post-traumatique » risque d’être
lées par l'amygdale, partie du cerveau post-traumatique et la gestion de la co- post-traumatique est que celui-ci est per- problématique car si les gens hésitent à
qu’elle qualifie de « l’alarme à feu du lère, explique que le traumatisme rentre manent ou affecte nécessairement une donner un nom à leurs symptômes, ils
cerveau ». À chaque fois qu’une per- seulement en jeu en fonction de la signi- personne pour une période prolongée. risquent d’être davantage récalcitrant à
sonne vit un stress post-traumatique, fication de l’événement pour la personne Jones fait savoir que ce n’est souvent pas chercher de l’aide. Ce trouble reste donc
elle est rappelée soit consciemment ou qui le vit. « Ce qui est traumatique pour le cas. Selon l'individu et sa situation, le entouré de stigma, bien plus que d’autres
inconsciemment de l'incident trauma- moi n’est peut-être pas traumatique stress post-traumatique peut se régler maladies mentales qui sont aussi relati-
tique par l’amygdale qui déclenche de pour toi. Aucun événement n’est forcé- relativement rapidement, en quelques vement communes, comme l’anxiété et
nouveau l’alarme. L’adrénaline et la no- ment traumatique », explique Jones. mois ou années. Cela n’enlève pas la pos- la dépression.

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actualités la rotonde numéro 4 7

chronique

Une application pour le bien-être : est-ce que ça peut être utile ?


TAO, comme les autres ? J’étais pas mal confuse et ça m’a pris tique le Bouddhisme, j'ai appris que se-
MAEVE BURBRIDGE plus de 15 minutes pour compléter mon lon cette philosophie, l’individu ressent
CHEFFE DU PUPITRE ACTUALITÉS Honnêtement, je m’attendais à ce que
inscription. Si je n’avais pas à écrire une souffrance profonde quand ses ac-
TAO s’ajoute à la liste grandissante de
J’ai utilisé TAO, l’application créé par cette chronique, j’aurais probablement tions ne s’alignent pas avec ses valeurs
bébelles qui visent à donner l’impres- abandonné après ma deuxième tenta-
le Service d’appui au succès scolaire et son code éthique. Cela vient rejoindre
sion qu’on prend soin de notre per- tive de connexion.
(SASS) qui promeut le bien-être et la proposition de Frankl car les deux
sonne. J’ai été surprise de constater
offre une thérapie en ligne, pendant un prônent qu’il faut identifier ses valeurs
qu’en fait, j’avais tort. De plus, l’application crash souvent
mois. Je suis généralement sceptique et vivre parfaitement en concordance
quand je suis en train de l’utiliser. Fi-
par rapport aux stratégies de bien- Pour moi, l’aspect le plus utile de l’ap- avec celles-ci pour éviter de se sentir
nalement, un problème assez embêtant
être et de self-care. Mes attentes vis- plication est le journal de bord pour vide à la fin de la journée.
c’est qu’il semble ne pas y avoir de fa-
à-vis l’application n’étaient donc pas l’anxiété. C’est une fonctionnalité de çon de changer la langue de l’applica-
élevées mais je dois avouer que mon On se sent éreinté.e quand on est
l'application qui consiste à fournir un tion de l’anglais au français. C’est pro-
expérience n’a pas été ce à quoi je m’at- constamment appelé.e à faire des ef-
espace où tu décris ton sentiment d’an- blématique pour les étudiant.e.s qui ne
tendais. forts sans savoir pourquoi on les fait,
xiété, la raison pour laquelle il est sur- sont pas à l’aise en anglais. Ils et elles
d’où la popularité de pratiques de bien-
venu et comment l'anxiété a affecté ton ne pourront pas faire usage de la théra-
On se dit qu’on a besoin du bien-être et
comportement. être un peu quétaines qui procurent
du self-care parce qu’on se sent stres- pie en ligne qu’offre le SASS, organisme
chez l’individu un soulagement éphé-
sé.e, démotivé.e et surmené.e. Pour- qui se doit de servir la communauté bi-
Je n’utilise pas cette fonctionnalité mère.
quoi ne se pose-t-on pas plus souvent lingue de l’Université d’Ottawa.
quand je me sens anxieuse, nécessaire-
la question à savoir pourquoi, à la base, ment. J’ai pris l’habitude de m’en ser- Il ne suffirait pas de vouloir obtenir son
En dépit du côté technique quelque
on se sent constamment épuisé.e ? vir une fois par jour au cours de mon diplôme, perdre quelques kilos et ne
peu difficile de TAO, je ne crois pas que
mois avec TAO. Cela  m’a fait du bien plus avoir de difficultés financières, tout
Pour répondre à cette question, j’aime- l’application rentre dans la catégorie de
de prendre un temps pour considérer bien-être performatif et utile. Toute- en faisant du yoga et un masque pour
rais d’emblée aborder le phénomène
mes émotions, même si celles-ci étaient fois, TAO, comme les autres pratiques la peau ici et là. Je crois que l’individu
social, culturel et économique qu’est
parfois négatives. de bien-être, ne peut qu’être complé- ne peut réellement être bien, au fond
le bien-être. Prenons comme exemple
mentaire à une façon de penser  déjà de lui-même, sans savoir exactement,
la méditation. Cette pratique tire ses Avant d’adopter cette habitude, j’avais
saine. Ces pratiques ne constituent pas précisément, profondément pourquoi il
origines du bouddhisme et de l'hin- assumé l’inverse : donner du temps et
douisme. une solution en soi. continue à avancer. On ne prend pas la
de l’énergie à mes émotions négatives
peine de se poser cette question : pour-
ne ferait qu'intensifier ces sentiments
L’Ouest s’est approprié ces techniques Avancer vers un bien-être durable  quoi ?
déplaisants et improductifs. J’ai appris
d’une manière qui illustre notre ap-
que ça peut être soulageant car ça ré- Comment accéder à un bien-être à long
proche, selon moi fautive, vis-à-vis le
duit leur lourdeur et leur intensité. terme ?  Selon Viktor Frankl, neurolo-
bien-être. On nous conseille de mettre
giste et philosophe autrichien, savoir
de côté un court moment à tous les Je pense que cette fonctionnalité de
exactement pourquoi on fait ce qu’on
jours pour reconnecter avec soi. En- l’application serait utile pour les gens
fait tous les jours donne la force de
suite, quand on a fini notre 10 ou 15 qui, comme moi, ont tendance à ne pas
continuer sans se retrouver à être com-
minutes de méditation, on retourne au être très à l’écoute de leurs émotions.
plètement épuisé.e.s et démotivé.e.s à
mode de vie qui fait qu’on se sent tou- Ça permet de s’assurer que sa situation la fin de la journée.
jours aussi éreinté.e. Ajoutez à cela la psychologique ne dégénère pas trop car
commercialisation excessive du bien- ça permet de veiller à ce qu’on ne se Frankl a survécu aux camps de concen-
être qui commence à ressembler da- sent pas triste, démotivé.e ou anxieux tration nazis. Il explique dans son ou-
vantage à une tactique de marketing. .se pendant une période prolongée. vrage « Nos raisons de vivre », que ceux
qui ont survécu aux camps de mort
Je pense que les habitudes liées au
Bien des défis...  n’étaient pas les plus fort.e.s physi-
bien-être nous permettent de se sentir
quement ni les plus futé.e.s. C’étaient
bien pendant quelques minutes et c’est Le plus grand problème avec TAO, c’est
ceux et celles qui se sont accroché.e.s,
ce qui nous permettrait de supporter le l’application en tant que tel. Il faut être
de manière tenace, têtue et contre toute
sentiment d'épuisement dans le mode motivé.e pour l’utiliser. Pour accéder à
attente, à leur vie. Ceux et celles qui ont
de vie qu’on nous propose. Il s’agit, se- mon compte, ça a pris plusieurs tenta-
survécus avaient une motivation bien
lon moi, d’une solution superficielle, un tives. Il faut accéder à son courriel, se PHOTO: MAEVE BURBRIDGE
précise.
pansement sur une plaie profonde et connecter sur une page web à part et
douloureuse. ensuite se connecter dans l’application. Ayant grandi dans une famille qui pra-

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section

Arts et culture Clémence Roy-Darisse


culture@larotonde.ca
Cheffe de pupitre

pression artistique

Quand performer n'est plus amusant ment, le shake commence par le sen-
CLÉMENCE ROY-DARISSE timent de panique, la perte de force.
CHEFFE DU PUPITRE ARTS ET CULTURE
La guitare classique n’est pas un ins-
trument très puissant alors la perte de
En 2013, selon le gouvernement du Ca-
force se traduit en un jeu trop doux »,
nada, 3 millions de Canadien.ne.s ont
confie Grégoire.
été touché.e.s par un trouble anxieux
ou de l’humeur. Les artistes sont nom- L’anxiété apporte son lot de symptômes
breux à être touché.e.s par l’anxiété physiques mais aussi psychologiques ;
de performance. Afin de découvrir les doutes de ses propres capacités ou ap-
contours de ce stress particulier, La préhensions. Ceux-ci précèdent parfois
Rotonde rencontre trois artistes : Gré- la performance même : « c’est souvent
goire Gagnon, guitariste et docteur en au milieu du processus de création ou
interprétation musicale, Émilie Ca- alors une semaine avant les représenta- ILLUSTRATION: ANDREY GOSSE
miré-Pecek, étudiante à la maîtrise en tions que ça se manifeste le plus » confie
théâtre et Charlotte L’Orage, artiste de Émilie. avec être la meilleure ». Le milieu artis- Dans un système capitaliste, peu d’ar-
la parole. tique est-il en cause ? tistes survivent de leur art uniquement :
Plus on en fait, mieux c’est  « c’est assez effrayant les conditions
Dans son mémoire de maîtrise portant
Milieu soumis aux lois du marché ? d’artiste, on vit gravement sous le seuil
sur l’anxiété de performance chez les ar- Après une année surchargée, Émilie
tistes, Claude Raymond définit l’anxiété s’est accordé, cet été, un premier répit. Les artistes doivent viser la quantité de de la pauvreté », souligne Charlotte. La

de performance comme : « le problème Elle y a vécu ses premières crises d’an- projets, mais aussi la qualité. Le public précarité économique et la compétition

du juge intérieur, de l’incessante voix in- xiété : « comme si ce relâchement avait « vient pour entendre un produit comme implicite sont des facteurs de stress, se-
terne, qui déstabilise et déconcentre ». fait ressortir en moi une année de stress ce qui s’écoute sur un disque [alors qu’il lon elle.
accumulé », explique-t-elle. paie] cinq fois le prix d’entrée pour voir
Cette voix s’explique par une préoccu- « Les institutions artistiques [peuvent
des sportifs qui ne réussissent qu’une
pation excessive, un état d’appréhen- Les attentes élevées quant à l’implica- être] au service de la façon de faire de
fois de temps en temps à faire un but »,
sion, de tension ou de malaise causé tion des étudiant.e.s en art forcent cer- l’artiste et non le contraire » ajoute
partage Grégoire.
par la peur de l’échec. Le milieu des arts tain.e.s à en faire trop : « c’est un do- Charlotte. Celles-ci pourraient aussi
vivants n’y échappe pas. Il requiert une maine où il faut toujours faire quelque Les artistes seraient devenu.e.s pro- davantage se concentrer sur la commu-
performance constante et confronte di- chose si on ne veut pas perdre sa place duits ? Charlotte avoue avoir ressenti nauté.
rectement au regard d’autrui pour ga- et si on ne veut pas être étiqueté comme une énorme pression de performance
gner sa vie. quelqu’un de paresseux » raconte-t-elle. Solutions propres à soi
lorsqu’elle est devenue artiste profes-

Bien que le trac soit normal avant une sionnelle. « L’industrie des arts s’inté-
Ce ne sont pas tout.e.s les artistes qui Les solutions individuelles sont multi-
performance, un niveau trop élevé d’an- resse peu à ce processus qui nous ha-
souffriront d’anxiété de performance. ples pour aller mieux. Pour Charlotte,
xiété peut nuire à la représentation. La bite, artistes, qui diffère tellement des
Certains facteurs individuels tels qu’une la solitude lui permet de se ressourcer.
création et l’art exigent un laisser-aller, autoroutes qui veulent nous adminis-
prédisposition à l’anxiété, une faible Émilie chasse ses idées négatives et
un abandon de soi, un oubli du regard trer. Sans oublier qu’elle nous fait aus-
estime de soi, l’environnement social, les rationalise en les écrivant dans un
de l’autre. si bien souvent manger de la misère »,
les attentes ou une expérience vécue cahier. Grégoire se centre sur le fond,
explique-t-elle.
d’échec favorisent l’apparition du phé- Pour Charlotte, la pression, la compéti- le message à transmettre plutôt que
nomène. tion et l’attente de plaire coupent l’envie Soumise elle aussi aux lois du marché, la forme, la technique d’exécution. Il
de créer : « [elles] me séparent de l’art, l’industrie des arts impose parfois aux contrôle aussi sa respiration lors d’une
Shake  avant, pendant ou après ?
une relation tellement empreinte d’hu- artistes un volume de production trop prestation, détend son corps, performe
La forme que prend l’anxiété varie milité, d’une grande force qui m’insuffle important ou trop rapide. La création constamment pour diminuer l’angoisse
d’un.e individu à l’autre. « Typique- cette responsabilité qui n’a rien à voir nécessite du temps, de la réflexion. et joue ce qui lui fait plaisir.

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A R T S e t C U LT U R E la rotonde numéro 4 9

entrevue

Apaiser, grâce à la thérapie par les arts ne.s mais ont est formé comme thérapeutes, on a deux peut être des percussions, des tambours [...]. Ça donne
CLÉMENCE ROY-DARISSE formations [...]. une chance de s’exprimer musicalement sans les mots,
CHEFFE DU PUPITRE ARTS ET CULTURE
parce que les mots, parfois, traduisent pas ce qu’on
La musicothérapie nous permet de travailler avec des
ressent [...], ça diminue la tension et ensuite ça permet
L'art-thérapie peut prendre plusieurs formes, no- personnes [...] qui vivent des conditions physiques, [...]
d’ouvrir . 
tamment celle de la musicothérapie. Comment dé- enfants ou adultes, des problématiques psychosociales
crire cette pratique ? La Rotonde s'est penchée sur la ou en santé mentale. Ça nous permet de les accompa- LR : Pourriez-vous nous résumer les principales
question avec la musicothérapeute et directrice du gner à travers la musique [...]. S’exprimer, créer, trou-
Département des thérapies par les arts de l'Université
techniques de musicothérapies que vous utilisez ?
ver une place où [ils sont] encore créatifs [...], malgré la
Concordia, Guylaine Vaillancourt.  maladie. C’est une pratique qui est créative mais qui est GV : Pour l’instant, je travaille plus en musique et ima-
aussi très rigoureuse au niveau professionnel. gerie guidée, la méthode de Bonny [...]. C’est une ap-
La Rotonde   ( LR ) : Pouvez-vous présenter votre
proche qui utilise principalement les méthodes récep-
parcours en musicothérapie ?  LR : Comment se déroule une séance type ? 
tives [...].

Guylaine Vaillancourt (GV) : J’ai commencé le pia- GV : On fait toujours une évaluation initiale [...]. On ren- Pendant que la personne écoute la musique, elle a par-
no à 6 ans, j’ai une formation classique [...]. Ensuite, contre la personne, on voit un peu c’est quoi ses forces, fois des images, du visuel, des émotions qui remontent.
j’étais pas sûre si je voulais aller faire un Cégep en mu- les points qu’elle aurait à travailler. Aussi, on s’informe Elle nous dit donc ce qu’elle ressent, ce qu’elle voit puis
sique tout de suite donc je suis allée en technique in- du point de vue musical : c’est quoi son bagage [...] ? à partir de ça, nous, on l’accompagne. [...] Je donne
firmière. [...] J’ai travaillé comme infirmière mais la aussi des ateliers de mentorat [...], j’utilise plusieurs
On fait un peu le tour ; côté physique, est-ce qu’il y a des
musique me manquait, je travaillais dans les soins in- méthodes. 
limitations ? Côté psychologique, est-ce qu’il y a une ca-
tensifs, je trouvais [...] qu’il y avait tout le côté émotion-
pacité d’exprimer les émotions ou pas ? Côté cognitif [...],
nel qui pourrait aider mes patient.e.s puis je trouvais LR : Quelles sont les principales recherches en
est-ce qu’il y a des problèmes de mémoire à long terme, à
que la musique ça pourrait être un moyen intéressant [...].
court terme, des problèmes d’apprentissage [...] ?
ce moment en musicothérapie ? 
Je suis retournée au Cégep faire mon attestation en
Je dis ça rapidement mais on regarde chaque domaine GV : On a de la recherche dans tous les domaines mais
musique, je suis allée faire un baccalauréat en musi-
[...]. Ensuite, on va établir un plan d’intervention [...]. je vous dirais on en fait sur l’autisme ; les groupes de
cothérapie puis j’ai travaillé en soins palliatifs comme
Une fois le plan d’intervention établi, on va choisir les chant avec des adultes autistes, notamment. Aussi, de
musicothérapeute. J’ai ouvert le premier service de mu-
méthodes actives ou réceptives puis à chaque semaine la recherche en réadaptation physique [...], en néona-
sicothérapie, en 1990, à l’Hôpital Notre-Dame à Mon-
on écrit des notes au dossier puis on fait des rapports.  talogie avec des bébés prématurés [...], en santé men-
tréal, ensuite je suis allée étudier à l’Université de New
tale, [...], il y a de la recherche [...] en musicothérapie
York pour faire une maîtrise en musicothérapie [...].
LR  : Comment la musicothérapie peut-elle contri- communautaire. 
J’ai travaillé à New York dans des centres communau- buer à réduire la détresse psychologique ?
taires en santé mentale. [...] J’ai commencé l’enseigne- LR : En quoi l’art peut agir comme thérapie et
ment en musicothérapie en 2001 [...]. Je suis allée faire GV :  On peut utiliser des ateliers de gestion du stress comme outil de bien-être selon vous ? 
un doctorat en musicothérapie aux États-Unis. ou de gestion de l’anxiété. On peut utiliser des ateliers
d’improvisation instrumentale ou vocale, on travaille GV : Je veux faire la différence ;  la musique, les arts,
LR : Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce par- beaucoup avec la voix. On peut créer des groupes de ça peut être thérapeutique [...]. On peut se ressourcer [...]
cours ? Pourquoi avoir choisi la musicothérapie ?  chant, des places où il n’y a pas de demande sur eux, où mais la musicothérapie c’est une autre chose, ça implique
ils peuvent déconnecter [...]. Une place où ils peuvent un.e thérapeute.
GV :  C’est l’amour de la musique, c’est comment la mu- créer, s’exprimer, être en relation avec les autres, faire
sique m’a aidé dans ma vie comme adolescente, com- Ça peut être un outil de bien-être en général ; les arts
diminuer la tension grâce à la musique.
ment elle m’a toujours accompagnée. [...] Mais c’est dans notre vie mais avec la musicothérapie on parle

aussi pour travailler avec les patient.e.s, se rendre Des groupes comme ça peuvent être fait dans les uni- plus d’un.e professionnel.le [...] qui peut contribuer à la

compte que, oui, on pouvait apporter quelque chose versités mais c’est important que ces groupes-là soient progression de la qualité de vie. 

[pour eux], c’est aimer être dans le domaine médical et animés par des thérapeutes [...] qui peuvent ensuite ré-
l’amour de la musique. férer. C’est important d’installer un environnement qui
est sécuritaire au niveau psychologique. 
LR : Pouvez-nous résumer cette pratique en
quelques phrases ?  LR : Comment la musicothérapie peut favoriser la
socialisation, l’expression des émotions ?
GV :  La pratique de la musicothérapie c’est l’utilisa-
tion de la musique à des fins thérapeutiques [...]. Elle GV : C’est une place pour se retrouver, créer des appar-
est pratiquée par des professionnel.le.s qui ont été for- tenances. Si on fait des groupes chaque semaine, par
mé.e.s spécifiquement. [...] On est tous.tes musicien. exemple, si on utilise la musique pour l’expression, ça

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10 A R T S e t C U LT U R E l al ar or toot no dn ed e lluenmd ia 2r ddi é2c9e mmbarres 22001196

chronique

Faut-il absolument être différent.e pour créer ?


Le milieu artistique favorise-t-il l’au-
CLÉMENCE ROY-DARISSE thenticité  ? Oui mais il s’accompagne
CHEFFE DU PUPITRE ARTS ET CULTURE
de codes, de rituels, d’exigences éco-
Être unique, différent.e,  spécial.e, nomiques qui répondent à la loi du
inoubliable tels sont quelques-uns des marché, à un système que lui-même
adjectifs qu’un.e artiste aspire à rece- critique.
voir. Faut-il être différent.e pour être
À l’école de théâtre, par exemple, j’ai
intéressant.e ? Souvent décrites comme
été confrontée à des commentaires
des personnages, les personnalités ar-
personnels qui m’ont poussé à changer
tistiques sont-elles nécessairement à la
marge ?  ma manière d’être, à me plier aux exi-
gences. Aussi aberrant que cela puisse
La normalité m’a toujours fait peur. paraître, ces écoles forment à la fois
Lorsque j’étais plus jeune, ma meilleure une technique de jeu et une manière
amie qualifiait souvent les choses de d’être et d’agir. Malgré les efforts d’au-
« normales ». Comment c’était ? « Nor- thenticité, le système m’a attrapée. 
mal ». Est-ce qu’il est beau ? « Normal ».
Pourquoi vouloir être différent.e ? 
« Ça veut rien dire, ça ! », que je lui ré-
pondais. S’il fallait qu’un jour quelqu’un Je ne serai jamais différente et j’en
me traite de normale,  ça aurait été la suis bien heureuse. À la marge, parfois
ILLUSTRATION: ANDREY GOSSE
pire insulte possible ! peut-être, mais peu importe. J’ai com-
Les artistes, eux, sont-ils nombreux à poser un regard nouveau sur le monde ? pris que cette obsession éloigne de la
Alors que le commun et la routine la
avoir mal  ?   Bien entendu, je ne peux source même de l’acte créateur qui se
réconfortait ; la stabilité m’effrayait. Je
Mon désir d’être spéciale n’est pas trouve dans l’affirmation de soi et non
voulais, plus tard, vivre d’adrénaline, répondre à une telle question. Une gé-
unique, il reste partagé par plusieurs
néralisation est impossible et chacun.e dans la construction d’un soi volontai-
d’eau fraîche, échapper au commun des
de la profession. À cette question, plu-
est unique. rement distinctif.
mortels, avoir quelque chose d’unique à
sieurs pourraient toutefois rétorquer
raconter pour me distinguer artistique- Les artistes ne sont pas plus diffé-
Toutefois, on  a qu’à penser à Amy que ce n’est pas la différence qui dis-
ment. Aujourd’hui étudiante en théâtre, tingue l’artiste, mais son authenticité.  rent.e.s mais ils sont certes sensibles.
Whinhouse, Robin William, Kurt Co-
mon objectif est-il le même ? Non. Ils cultivent peut-être davantage ce dé-
bain, Marilyn Monroe... Nombreux
Qu’est-ce que la « normalité » ? Qu’est-
sont les univers obscurs tracés par des sir d’être unique, anticonformiste, de
Sur la nécessité d’être torturé.e ce que la « différence » ? Nous sommes
artistes. Il existe une réelle tristesse s’exprimer mais la clé du travail n’est
tou.te.s tellement différent.es et sem-
Je me suis souvent demandée si la derrière les paroles de ces génies ou pas en soi elle est dans la perception du
blables à la fois. 
souffrance nourrissait la création.   La leurs fins tragiques.  monde. 
croyance selon laquelle l’artiste doit L’authenticité, par contre, n’est pas une
Doté.e.s d’une extrême sensibilité, Nous vivons dans un monde maladi-
être éprouvé.e, « vivre des choses » pour valeur partagée par tous. Certains mé-
certain.e.s artistes sont peut-être plus vement rationnel, de chiffres. Ainsi, la
créer est plus répandue qu’on le pense. tiers exigent d’être comme les autres,
affecté.e.s par leur milieu, les circons- sensibilité détonne, parfois moquée,
Comme si l’expérience était nécessaire de suivre les règles, de se fondre dans
tances qui les entourent. Véritable cou- tassée ou ridiculisée. Elle reste cepen-
à la compréhension du sujet. J’en parle le décor. Les métiers créatifs, non. Ils
teau à double tranchant. dant un cadeau magique à notre société
aujourd’hui parce que cette question nécessitent de faire tomber le masque,
est taboue dans le milieu malgré le fait d’être foncièrement soi malgré les et doit être préservée. Les artistes mé-
La sensibilité favorise la création mais
qu’elle touche plusieurs membres de la conventions sociales. ritent aussi le soutient nécessaire lors-
augmente l’effet de tout ; le mal comme
communauté artistique.  qu’elle ne leur sert plus, lorsqu’elle les
le bien. Dans une étude récente de Re-
Les artistes ne sont cependant bien évi- plonge dans l’abîme. Il n’ont pas à souf-
cord Union, 73 % des musicien.ne.s in-
Bien que de nombreux créateurs et demment pas les seul.e.s à cultiver cette frir pour donner un contenu pertinent.
dépendant.e.s avouaient avoir souffert
créatrices ont transformé leur douleur valeur et nombreux sont ceux qui, au-
de trouble de santé mentale.  Faut-il être différent.e pour créer ?
ou vécu difficile en œuvre d’art, les thentiquement, se conforment au sys-
blessures ne favorisent pas nécessaire- tème. C’est le cas de ma meilleure amie Non. Gagne-t-on à regarder les choses
Sur la nécessité d’être original.e 
ment la création. L’art peut être théra- qui reste l'une des personnes les plus autrement, cultiver son univers propre,
peutique mais souffrir profondément Les artistes mentionné.e.s ici haut se authentiques que je connaisse malgré s’émerveiller un peu plus, observer avec
peut bloquer la création. Il faut vivre sont démarqué.e.s. La fonction d’un.e sa vie qu’on pourrait qualifier « d’ordi- ses yeux d’enfant ? Peut-être… que l’on
pour créer. artiste est-elle d’être original ? De pro- naire ».  soit artiste ou non.

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section

sports et bien-être Maxime Jolicoeur


sports@larotonde.ca
Chef de pupitre

études et hockey

La santé mentale et le hockey junior : une réalité méconnue


key junior majeur du Québec (LHJMQ) une nouvelle famille, sans oublier un ho- avec les médias sociaux, il n'y a plus de
MAXIME JOLICOEUR et 25 de la LHO, Ligue de hockey de l’On- raire chargé. secret que le niveau de jeu ici est élevé.
CHEF DU PUPITRE SPORTS
tario, ont été repêchés par une équipe de On peut voir qu'on attire de plus en plus
« J’ai de l’école le lundi et le jeudi. J’ai
De plus en plus de joueurs d’hockey avec la Ligue nationale de Hockey (LNH). de joueurs qui n'ont pas atteint la LNH
mes pratiques d’équipe tous les jours
le potentiel d’atteindre les rangs profes- (ligue nationale de hockey) et la LAH
Ces statistiques représentent environ de la semaine de 9h à 11h. J’ai aussi ma
sionnels éprouvent des difficultés lors- (ligue américaine de hockey). Les gens
25% des joueurs de ces ligues. Il y a en- pratique de gardien de but une fois par
qu’ils atteignent les rangs juniors, soit, commencent à voir qu'on est un haut ni-
core moins de chance que ces joueurs semaine en soirée, donc, deux fois sur
une étape avant leur rêve d’enfance. Ces veau et on l'entend quand qu'on recrute. »
repêchés se taillent une place à un poste la glace en une journée. Ça, c’est sans
athlètes ont une vie très chargée avec compter le off-ice qu’on a et le déplace-
régulier avec une formation de la LNH. « C'est une adaptation pour tous les
l’école, le hockey et leurs vies person- ment avec les matchs sur la route », ex- joueurs qui viennent du junior majeur
nelles.
Vie quotidienne plique le gardien de but des Olympiques [jusqu'au niveau universitaire]. Sou-
Il semble que la question de la santé de Gatineau Rémi Poirier. vent, leurs attentes c'est que le jeu sera
Partir de la maison à l’âge de 16 ans ne
mentale de ces jeunes adultes (16-20 inférieur ou égal à celui de la LHJMQ.
représente pas la vie d’un.e adolescent.e Ce dernier sera à Montréal en juin pro-
ans) en est une qui est souvent oubliée Ça prend tout le temps un mois ou deux
régulière. C’est cependant la réalité de chain dans l’espoir de se faire repê-
par plusieurs. Cette réalité paraît comme pour un joueur de bien s'adapter au ni-
la vaste majorité des joueurs dans la cher par une équipe de la LNH. « J’ai
un aspect d’une vie de hockeyeur incon- veau de jeu ici », explique l'entraîneur.
LHJMQ. Cette ligue couvre l'entièreté quelques équipes de la LNH qui m’ont
nu par plusieurs fanatiques du sport,
des provinces maritimes et celle du Qué- déjà parlé. C’est sûr que quand les listes
surtout ceux qui suivent des équipes La vie après-hockey
bec. de repêchage sortent, j’essaie de ne pas
juniors religieusement.
les regarder mais ma mère regarde tout Depuis quelques temps, on peut voir que
Un joueur de la Nouvelle-Écosse pour- le temps ces choses-là donc je finis par le la LHJMQ, la LHO et la Western Hockey
UNE Vie d’ado différente rait très bien aboutir avec l’Armada de savoir » a confié Poirier. League (WHL), ont commencé à porter
Pour un joueur de hockey qui évolue Blainville-Boisbriand, à quelques 1,448 une attention particulière à ce sujet.
kilomètres de la maison. Cela implique « C’est une année différente des autres.
dans le junior majeur, les chances de se
C’est sûr que je vais alloué des buts donc On peut maintenant voir un onglet «
faire repêcher son minime. L’an dernier, l’adaptation à une nouvelle culture, po-
je ne peux pas être fâché après moi- Éducation » sur le site web de la Ligue
seulement 18 joueurs de la Ligue de hoc- tentiellement à une nouvelle langue et à
même quand ça arrive » a-t-il ajouté. canadienne de hockey (LCH). Sous cet
onglet, on peut lire que la LHJMQ offre
ILLUSTRATION: ANDREY GOSSE Professionnel ou universitaire ?  environ $650 000 dollars en bourse à

Pour plusieurs de ces joueurs aspirants des anciens joueurs pour encourager ces
à la LNH, leur vie se résume complète- derniers à se diriger vers une éducation
ment au hockey. Cela signifie qu'une vie après la vie d’athlètes junior majeur.
sociale prend le côté et ce, par défaut. La
Pour plusieurs athlètes qui jouent pré-
situation est encore plus difficile pour
sentement dans la LCH, leur carrière
des athlètes qui ne connaissent pas leurs
de hockey n'atteindra pas la LNH ou les
futurs.
rangs professionnels de l'Europe ou de
La grande majorité de ces hockeyeurs l’Asie.
doivent aussi trouver une façon d’obte-
Du côté des joueurs, la vie ne s’arrête pas
nir une forme d’éducation pour entrer
après cette période. Le progrès fait par la
dans le marché du travail et gagner leur
LCH à ce sujet est aussi un signe posi-
vie. C'est souvent la raison pour laquelle
tif pour ces joueurs. Les bourses offertes
quelques uns d'entres eux terminent leurs
par les ligues continueront de construire
carrières dans les rangs universitaires.
l’avenir de leurs athlètes, eux qui ont dé-
Selon Patrick Grandmaître, entraî- voué une partie de leur vie d’adolescent
neur-chef du programme de hockey et d’adulte à ces institutions qui ont tiré
masculin de l'Université d'Ottawa, « profit de leurs services sans les payer.

w w w. l a r o t o n d e .c a
12 A RSTpSo re t sC eU tLTBUi Re En - ê t r e llalaarrorotototonondndedee lluenl mud niad2ridd2i é2dc9eé m
cmebamrrbesr22e002119061 9

performance

L’émergence des psychologues dans le monde du sport


qui a dit des injures raciales envers des Selon Adam Kingsbury, doctorant en ment interdisciplinaire. Si vous ne vous
MAXIME JOLICOEUR
joueurs de couleur. Ce dernier a démis- psychologie clinique à l’Université d’Ot- sentez pas à l’aise avec l’incertitude ou si
CHEF DU PUPITRE SPORTS
sionné de son poste vendredi dernier. tawa (U d'O), il est normal qu’il n’y ait vous êtes en mesure de passer immédia-
La santé mentale est un facteur qui de- pas une panoplie de programmes dédiés tement au script, ce champ peut ne pas
vient de plus en plus important chez Secteur en hausse strictement à la psychologie sportive au vous convenir », souligne Kingsbury.
les athlètes professionnel.le.s. En rai- Canada.
Le domaine de la psychologie sportive
À l’U d’O, un total de quatre profes-
son des avancements technologiques
et de performance en est un qui n'a pas
« Le marché du travail à temps plein est seur.e.s se spécialisent en psychologie
d’aujourd’hui, la carrière d’un.e athlète
cessé d’augmenter en popularité depuis très limité au Canada et les programmes sportive. Sans programme spécifique
professionnel.le dépend de bonnes per-
quelques années. En fait, plusieurs ins- se développent en réponse à la demande. comme l’Université Laurentienne, l’U
formances. C'est la raison pour laquelle
titutions postsecondaires ont créé des Cependant, une concentration plus d’O intègre des cours qui se concentre
plusieurs athlètes se penchent mainte-
programmes spécifiques à cet égard. grande sur la recherche sportive et l'ef- uniquement à ce sujet à la faculté de
nant vers des psychologues sportifs et
ficacité des interventions en psychologie l’éducation.
de performance dans le but d’améliorer Le programme en psychologie du sport
du sport profiteraient aux athlètes et aux
leur façon de penser et d’améliorer leurs à l’Université Laurentienne est le seul
À l’Université du Québec à Montréal
étudiant.e.s du système sportif canadien
performances sur le terrain de jeu et de son genre offert en français au Ca-
(UQAM), il y a un cours obligatoire dans
», explique Kingsbury.
dans leur vie personnelle. nada. Ce programme offre plusieurs as-
le programme de kinésiologie intitulé «
pects comme la motivation, l’anatomie,
Quelques cas d’abus de pouvoir trou-
Comprendre les exigences Psychologie du sport ». Cet exemple est
l’éthique dans les sports, les stratégies
indicateur d'une hausse envers l'intérêt
blants ont eu lieu dans la LNH, Ligue Selon Kingsbury, la psychologie sportive
d’entraînement mental et la gestion du
ou, du moins, la reconnaissance de la
nationale de Hockey, dans les derniers n’est pas nécessairement une corrélation
stress. L’Université Laurentienne in-
pertinence des psychologues de perfor-
temps. parfaite entre la psychologie et l’activité
dique que ce programme est le fruit d'un
mance sportive.
physique : « bien que je suis biaisé ici
Il y a eu le cas de Mike Babcock qui au- partenariat entre l’École des sciences de
parce que ma formation est en psycho-
rait humilié ses recrues en 2016. Plus ré- l’activité physique et le Département de Situation prise au sérieux
logie clinique, je ne pense pas qu’une
cemment, il y a eu le cas de Bill Peters psychologie.
expertise en activités physiques soit né- Alexandre Perreault, un nageur qui sera

cessaire pour pratiquer la psychologie du aux essais nationaux canadiens dans le


ILLUSTRATION: ANDREY GOSSE
sport ». Ce dernier note une nette diffé- but de se qualifier pour les jeux olym-

rence entre le nombre de « psychologues piques de Tokyo 2020, partage qu’au

diplômé.e.s spécialisé.e.s dans le sport besoin, plusieurs ressources sont dispo-

que de consultant.e.s en performance de nibles aux nageurs canadiens.

l’activité physique ». Il indique qu’une


« Lorsque tu es sur une équipe nationale,
connaissance profonde dans le domaine
ils te mentionnent que la ressource est
sportif est une nécessité.
là, au besoin. Si tu en as de besoin et leur

« Peu importe votre formation, [un.e mentionnent, ils pourraient t'accom-

psychologue sportif], doit absolument moder. Moi, personnellement, je n'en ai

comprendre l'environnement sportif, les pas eu de besoin et je n’en ai pas vu sur

exigences uniques imposées à un.e ath- les équipes que j’ai été dessus mais en-

lète et les difficultés communes souvent core, si un.e athlète en avait de besoin,

rencontrées par ces athlètes. Cependant, ce serait une rencontre en privé et moins

travailler dans cette discipline exige de de gens serait au courant » déclare Per-

fortes compétences interpersonnelles reault. La santé mentale est d'ailleurs un

telles que l'établissement de relations, aspect qui occupe une place importante
une écoute attentive, la compassion et la au sein de plusieurs comités sportifs au
capacité de travailler dans un environne- Canada.

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Sports et Bien-être la rotonde numéro 4 13

chronique

Éduquons sur la santé mentale chez les sports mineurs


la première fois de ma vie, ressentir ce Je devais ensuite retourner chez moi, l’équipe de plus en plus en péril. Voilà
MAXIME JOLICOEUR
qu’étaient le stress et l’anxiété. épuisé et voulant aller dormir, pour ce qui peut ajouter au stress. Un joueur
CHEF DU PUPITRE SPORTS
accomplir mes tâches scolaires qui de- ou une joueuse qui doit faire ses travaux
Cependant, les entraîneurs que j’ai cô-
L’éducation sur la santé mentale dans vaient être remises le lendemain. Une d’écoles et stresser de sa performance
toyés pendant ma carrière de hockey n’est pas une situation pour n’importe
les écoles est importante au développe- réalité qui concerne tous mes coéqui-
ment d’un.e adolescent.e. Cependant, mineur ne semblaient pas comprendre piers aussi. qui.

il ne semble pas y avoir une éducation à quel point la vie de hockey et d'étu-
Mes entraîneurs ne voulaient tout sim- Il faut aussi se rappeler que quelques
adéquate à ce sujet hors de la salle de diant.e en est une qui est difficile. La
plement pas enlever une pratique de athlètes, à l'âge de 14-15 ans, vont ten-
classe. Les jeunes athlètes qui évoluent question se pose donc ; pourquoi est-ce
semaine pour nous aider avec l’école. ter de gagner leurs vies en jouant à
dans le sport mineur au Canada n’ont que ces entraîneurs ne sont pas édu-
Bien évidemment, je suis persuadé leur sport respectif. Les haut.e.s diri-
pas le luxe d’être éduqué.e.s à ce sujet. qués à ce sujet ? geant.e.s de ces équipes mineures vont
que ce n’est pas la situation de tous les
Ils se doivent de jongler entre le sport, avoir des exigences beaucoup plus éle-
athlètes mineur.e.s au pays, mais il est
l’école et une vie personnelle.
Horaire chargé
évident que Hockey Canada ne porte vées pour ses athlètes talentueux.

Lorsque j’ai évolué dans le hockey mi- Après ma journée d’école de 8h à 14h, je pas une attention assez particulière à ce La santé mentale ne devrait pas être
neur en Ontario, au début des années me déplaçais vers une patinoire ou un sujet. Le tout devrait changer. prise à la légère, surtout chez les ado-
2010, je passais beaucoup de mon gymnase. La durée moyenne d’une pra- lescent.e.s. Heureusement les écoles
Domaine de performance
temps hors des salles de classe dans tique de jour de semaine était de 1h30 commencent à éduquer ces derniers à
de multiples arénas à travers la région. et celle complétée au gymnase était de Si ta performance ne plaît pas, les en- ce sujet, il serait bien que les sports mi-
Avec le hockey et l’école, j’ai pu, pour deux heures. traîneurs rendront ta position dans neurs au Canada fassent pareillement.

Calendrier bien-être
MÉDITATION ILLUSTRATION: ANDREY GOSSE REIKI
TOUS LES MERCREDIS TOUS LES JEUDIS

17H-18H 9H-12H
90 Université, salle 151 Centre universitaire, salle 203

ZOOTHÉRAPIE YOGA
TOUS LES MERCREDIS TOUS LES lundis

11H-12H 17h30-18h30
90 Université, salle 140
90 Université, salle 151

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BÉDÉISTE: ANDREY GOSSE

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Rédactrice en chef WEB
Les horoscopes du mois Emmanuelle Gingras
redaction@larotonde.ca
Maria Princene Dagba
Mathilde Schöpfel
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Par les Maths Secrétaire de rédaction
Marguerite Friend journalistes
correction@larotonde.ca Miléna Frachebois
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Directrice de production


Sagittaire – 23 nov. au 20 déc. Gémeaux – 21 mai au 21 juin Caroline Fabre Pascal Vachon


production@larotonde.ca reportage@larotonde.ca
Saviez-vous que les bananes sont toutes
génétiquement les mêmes ? Ne com- Actualités Noémie Calderon Tremblay
portant plus de graines, l’agriculture Maeve Burbridge nouvelles@larotonde.ca
Quand le missionnaire ne vous suffit pas, actualites@larotonde.ca
humaine est la seule raison pour la-
visez plutôt l’évêque. quelle nous avons encore des bananes à Arts et culture Vidéaste
Nicholas Monette
manger pour notre déjeuner. Alors oui, Clémence Roy-Darisse videaste@larotonde.ca
ça n’a rien à voir avec vous, mais j’y pen- culture@larotonde.ca
sais ce matin en buvant mon thé. Photographe
sports Loïc Gauthier Le Coz
Maxime Jolicoeur photographe@larotonde.ca
sports@larotonde.ca

♑ ♋
Capricorne – 21 déc. au 20 janv. Cancer – 22 juin au 23 juil. Direction générale
J’aimerais vous dire que vous êtes par- Directeur artistique Mathieu Tovar-Poitras
Vous avez la fâcheuse manie de dire « Andrey Gosse direction@larotonde.ca
fait. Mais de un, je l’ai déjà fait. De deux, direction.artistique@larotonde.ca
personne n’est parfait », d’un ton es-
on sait tous les deux que c’est faux. De
piègle, lorsque vous rencontrez un.e
trois, si vous l'étiez vraiment, j’ose croire
partisan.e des Canadiens de Montréal.
que vous ne seriez pas en train de perdre
Pourtant, vous êtes un admirateur des
votre temps à lire cet horoscope.
Sénateurs. Comme quoi, personne n’est
La Rotonde est le journal étudiant de l’Université d’Ottawa, publié chaque
parfait, mais il y en a aussi des pires.
mois par Les Publications de La Rotonde Inc., et distribué à 1 500 copies
dans la région d’Ottawa. Il est financé en partie par les membres de la SÉUO
Verseau – 21 janv. au 19 fév. et ceux de l’Association des étudiant.e.s diplômé.e.s. La Rotonde n’est pas

♒ ♌
Lion – 24 juil. au 23 août responsable de l’emploi à des fins diffamatoires de ses articles ou éléments
graphiques, en totalité ou en partie.
Votre vie sentimentale est comme le
deuxième « i » d’Hawaii ; insignifiante.
Si vous n’êtes pas cougar à 80 ans, som-
Mais ne vous en faites pas, vous avez
brez votre tristesse dans les biscuits cui-
toujours la possibilité d’adopter 46 chats
sinés pour vos petits-enfants.
qui se feront un plaisir de se délecter de
votre cadavre, une fois votre décès.
La rotonde vous retrouvera sur le
web à partir de janvier 2020. bon
Poisson – 20 fév. au 20 mars Vierge - 24 août au 23 sept. courage pour les examens finaux et

♓ ♍
Je ne sais pas trop comment vous le
dire, mais votre vie ne m’inspire aucu- Finances : « Pas de remboursements ».
bonnes fêtes de fin d'année !
nement. C’est rare que ça arrive, mais ; Amitiés : Désastre. Malheureusement,
panne sèche. Un peu comme votre vie votre personnalité y est pour beaucoup.
romantique, en fait… Amour : HAHAHA!


Bélier – 21 mars au 20 avril Balance – 24 sept. au 23 oct.


Il est temps de vous réinventer et
Telle une tomate dans une salade de
d’exprimer votre créativité. Prenez
fruits, vous semblez vous question-
un pinceau, préparez votre toile,
ner. Vous ne pouvez pas écarter ce senti-
soyez prêt à peindre un tableau re-
ment d’être un intrus. Intéressante mé-
présentant votre amour pour les
taphore avec votre programme d’étude.
courgettes.

♉ ♏
Taureau – 21 avril au 20 mai Scorpion – 24 oct. au 22 nov.
Vous cherchez un moyen de mettre du pi-
quant dans votre vie ? Laissez donc tom-
On sait que, pour vous, le mois de dé-
ber la combinaison amour et jalapeño et
cembre est le mois le plus magique de
réfléchissez plutôt au proverbe chinois
l’année. On a compris. Plus besoin de
suivant : « Plus le gingembre est vieux,
mettre en boucle du Mariah Carrey. S’il
plus il est piquant ». Allô ? Seeking Ar-
vous plaît, juste, arrêtez.
ragements ? ILLUSTRATION: EMMANUELLE GINGRAS
Il s'agit de la dernière édition
papier de La Rotonde .
Nous souhaitons remercier
ceux et celles qui ont
donné corps et âme pour
rendre toutes ces éditions
possibles depuis 1932.
Rendez-vous en ligne !

La Rotonde

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