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Salvador Dali et le surréalisme

Riad
Le surréalisme :
Un courant artistique a normalement plusieurs racines. Cela est particulièrement
vrai lorsque ce courant investit plusieurs disciplines, comme le surréalisme qui
touche à la fois la littérature, la peinture, la musique et le cinéma. On peut
toutefois considérer que sans la théorie freudienne de l’inconscient le
surréalisme n’aurait pu voir le jour. Les surréalistes, comme beaucoup
d’intellectuels de l’époque, ont été fascinés par la pensée de Freud (1856-1939),
qui analyse l’intériorité humaine en utilisant le concept d’inconscient. Selon
Freud, il y aurait à la base même de notre personnalité, de façon inapparente, un
ensemble psychique complexe qui se construit dès la naissance et s’élabore
ensuite en fonction des rapports qu’entretient l’enfant avec ses semblables et en
particulier ses parents. Freud insiste beaucoup sur l’importance du conflit et de
la sexualité dans cette construction. L’inconscient déterminerait dans une large
mesure notre personnalité et le type de rapports que nous entretenons avec
autrui. La théorie freudienne conduit, sur le plan thérapeutique, à la
psychanalyse.
Le surréalisme peut être considéré comme une doctrine morale et esthétique,
formé à Paris, théorisé par André Breton en 1924 par le « Premier Manifeste du
Surréalisme ».
À travers une exploration de l’inconscient et l’interprétation des rêves, les
surréalistes proposent des images de mondes poétiques empreintes d’une
atmosphère énigmatique.
Les tableaux obtenus sont très liés à la personnalité profonde de leur créateur.
Ainsi, les peintures de Max Ernst (1891-1976) et de Salvador Dali (1904-1984)
représentent un monde étrange qui ne correspond pas à ce que la conscience
perçoit de la réalité extérieure. Les objets sont déformés ou détournés de leur
fonction initiale, des êtres hybrides peuvent apparaître. L’inconscient des
surréalistes est en effet plutôt inquiétant, conformément d’ailleurs à ce que
prétendaient révéler de lui les théories freudiennes. Notre conscience est perçue
comme une couche superficielle sous laquelle bouillonne un magma de conflits,
de rêves, de frustrations, de pulsions. Les tableaux des peintres surréalistes
fournissent une représentation visuelle de ce monde enfoui.
Cette nouvelle approche de la personnalité de l’individu et de l’être ouvre de
nouvelles perspectives aux artistes qui voient à travers la création artistique une
excellente manière d’explorer davantage ce monde énigmatique et intérieur
qu’est le MOI.
Mais les surréalistes ne cherchent pas à interpréter les rêves ou l’inconscient. Ils
les révèlent esthétiquement. C’est une sorte de création du rêve à travers la
peinture. D’ailleurs, les artistes de ce mouvement tentent de se mettre en état de
rêve pour créer. Leurs tableaux sont une expression du fonctionnement de la
pensée.
En 1925, trois peintres (Ernst, Malkine et Masson) parmi les vingt-six
signataires, signent « la déclaration du 27 janvier 1925 » où il se dit que « le
surréalisme est un moyen de libération de l’esprit et de tout ce qui lui ressemble
».
D'un point de vue politique, les surréalistes se situent très à gauche et beaucoup
d'entre eux appartiendront, au moins un temps, au parti communiste.
Le marxisme leur offrait une base idéologique intellectuellement confortable et
le parti communiste pouvait les utiliser pour contester ou ridiculiser la « société
bourgeoise ».
Le belge René Magritte (1898-1967) joue sur les mots et leur signification avec
un style très simple proche de la peinture naïve. L'exemple emblématique est
celui du tableau La trahison des images comportant la phrase « Ceci n'est pas
une pipe ». Il s'agit de la représentation d'une pipe : naïveté feinte et humour.
Mais la peinture de Magritte a aussi des qualités poétiques et décoratives qui
expliquent sans doute la célébrité de ce grand peintre du 20e siècle.
Les techniques utilisées par les surréalistes :
Les surréalistes ont inventé ou utilisé un certain nombre de techniques
artistiques.
Le cadavre exquis est un jeu collectif inventé par les surréalistes en 1925 dans
une maison aujourd’hui disparue, à Paris
Parmi les participants, il y avait des peintres et des poètes, notamment André
Breton.
Le principe est de créer un poème ou un dessin en groupe. Chacun des
participants écrit une phrase ou dessine quelque chose qu’il dissimule à la
personne suivante en repliant le papier. Chaque participant ne peut donc pas
s’inspirer de ce qui a été fait avant lui. Une fois le jeu terminé, une histoire ou
une image insolite formée d’éléments disparates surgit. Le nom de cette
méthode est d’ailleurs tiré de la première phrase réalisée de cette façon : « Le
cadavre exquis boira le vin nouveau. »
Le dessin automatique a été développé par le peintre et dessinateur André
Masson (1896-1987). Elle a été pratiquée par surréalistes Joan Miro, Salvador
Dali, Max Ernst, Hans Arp. Dans les années 1940 les Automatistes groupe
d’artistes canadiens créé par Paul-Emile Borduas utilisent la technique, puis plus
tard Picasso, dans les années 1960.
L’artiste prend une feuille de papier. Il ferme les yeux ou met un bandeau. Il
dessine librement guidé par son inconscient. Il trace des traits de droite à
gauchen de haut en bas, des ovales des ronds. Il rouvre les yeux et en observant
le résultat il verra apparaître l’esquisse d’un sujet qu’il finalisera en le
complétant, en y appliquant des couleurs.
Le fumage mis au point en 1937 par Wolfang Paalen. Il utilise les traces de
fumée produites par une bougie ou une lampe pétrole sur une feuille de papier
ou une toile fraîchement peinte. La technique est aussi utilisée par Salvador Dali
qui l’appelle sfumato.
Le frottage inventé en 1925 par Max Ernst. Il laisse courir une mine de crayon à
papier sur une feuille posée sur une surface quelconque. Cette technique fait
apparaître des figures imaginaires, c’est le principe du surréalisme.
Le collage utilisé essentiellement par Max Ernst. Il compose en moins d’un
mois, à partir de revues illustrées, en noir et blanc, de la fin du 19ème siècle, un
ensemble de 182 collages.

Salvador Dali :
La jeunesse de Dalí : 1904-1915
Salvador Dalí naît le 11 mai 1904 à Figueras, au nord de la Catalogne. La région
de son enfance aura toujours une place privilégiée dans son œuvre comme dans
sa vie. Très tôt, il manifeste une attirance pour l'art figuratif et la peinture,
révélant déjà sa personnalité originale et inspirée. Il suit alors des cours
particuliers de dessin.
Ses parents avaient perdu leur premier garçon, également prénommé Salvador.
L'amour surprotecteur dont ils gratifièrent leur deuxième enfant a encouragé le
développement d'un tempérament très égoïste. Ses parents ne se sont jamais
remis de la mort de leur premier fils, c'était un génie confiait la mère à son fils.
Le jeune Salvador est d'ailleurs profondément troublé en lisant son nom sur la
sépulture de son frère défunt. "Toutes mes excentricités, toutes mes
incohérences sont la constante tragique de ma vie [.] Je veux prouver que je ne
suis pas le frère mort, mais le vivant", écrira-t-il.

Les études : 1921-1927


Il participe au Concours-exposition d'œuvres d'art originales d'étudiants de
l'Association catalane d'étudiants, qui se tient aux Galeries Dalmau de
Barcelone, où son œuvre Marché reçoit le prix du Recteur de l'Université.
Alors qu'à Paris le dadaïsme vit son âge d’or, Dalí est admis à l'Institut San
Fernando, l'École des beaux-arts de Madrid. Il y perfectionne sa connaissance de
la sculpture, du dessin ainsi que de la peinture.
Contestant violemment la compétence de ses professeurs, et pensant que
personne n’est capable de juger son travail, Dalí est expulsé des Beaux-Arts de
Madrid. Il en sera exclu en 1922 pour incitation à la rébellion des élèves de
l'école. l participe à la Première Exposition de la Société des artistes ibériques à
Madrid et sa première exposition individuelle est présentée aux Galeries Dalmau
de Barcelone.
C'est à cette époque qu'il rencontre Lorca et Buñuel, et il fera la connaissance de
Picasso au cours de son premier voyage en 1926 à Paris.

Le mouvement surréaliste : 1928-1937


À Paris, Dalí fait la connaissance de Breton, Eluard, Magritte et Ernst. Il rejoint
officiellement le groupe surréaliste. Durant l'été 1929, le poète Paul Eluard et sa
femme Elena (Gala) rendent visite au peintre dans sa maison de Cadaqués. C'est
le coup de foudre entre Dalí et cette femme. Elle sera sa « muse surréaliste » et
l'inspiratrice de sa vie et de son œuvre. Dalí expose à Paris pour la première fois
11 de ses toiles.
Au début de la décennie des années trente, Dalí trouve son propre style, son
langage particulier et la forme d'expression qui l'accompagneront toute sa vie
malgré les changements et les évolutions de son œuvre - un mélange d'avant-
garde et de tradition. Ses premières toiles impressionnistes sont éclipsées, ainsi
que ses œuvres influencées, entre autres mouvements, par le cubisme, le purisme
et le futurisme. Dalí est complètement intégré au groupe surréaliste et c'est le
début de sa consécration comme peintre.
Il expose à l'Exposition du cinquantenaire au Salon des Indépendants du Grand
Palais de Paris, sans prendre en compte l'opinion du reste des surréalistes qui
avaient décidé de ne pas y participer, un fait qui entraîne pratiquement son
expulsion du groupe dirigé par Breton.
Le 17 janvier 1938 a lieu l'inauguration à la Galerie Beaux-Arts de Paris de
l'Exposition internationale du surréalisme, organisée par André Breton et Paul
Eluard. À l'entrée de la galerie, le Taxi pluvieux de Salvador Dalí est exposé.
Dalí rend visite à Sigmund Freud à Londres.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Dalí et Gala s'installent aux Etats-Unis. Ils
y resteront jusqu'en 1948. Ces années ont été très importantes pour lui. Le musée
d'Art moderne de New York offre à Dalí sa première exposition qui présente de
façon récapitulative l’ensemble de ses œuvres en 1941. En 1942, Dalí publie son
autobiographie, La Vie secrète.
Dalí est plus prolifique : il écrit et illustre des livres, conçoit décors et costumes
pour des opéras, tourne des films, élabore de nouvelles théories, sculpte, dessine,
crée des bijoux et des meubles, mélange techniques artistiques, son génie n'a pas
de limites dans l'art.
Dans les années 60 et 70, l'intérêt du peintre s'accroît pour la science et
l'holographie, qui lui offrent de nouvelles perspectives dans sa quête constante
de la maîtrise des images tridimensionnelles. Dalí étudie et utilise les possibilités
des nouvelles découvertes scientifiques, surtout celles relatives à la troisième
dimension. Il s'intéresse à tous les procédés qui ont pour but d'offrir au
spectateur l'impression de plasticité et d'espace ; avec la troisième dimension, il
aspire à accéder à la quatrième, c'est à dire, à l'immortalité.
En 1974, Dalí inaugure le Teatro Museo Dalí à Figueras en Espagne.
En pleine décennie des années 80, il peint ce qui sera ses dernières œuvres,
fondamentalement inspirées de Michel-Ange et Raphaël, qu'il avait toujours
admirés.
Après la mort de son épouse, Gala, en 1982, la santé de Dalí commence à
décliner. À la suite de l'incendie de sa maison en 1984, il fut brûlé et, dès lors,
son état de santé se détériore. Deux ans après, on lui implante un stimulateur
cardiaque. Dans cette partie de sa vie, Dalí s'est retiré d'abord à Pubol et plus
tard dans ses appartements à Figueras. Il meurt le 23 janvier 1989.

Ses œuvres les plus célèbres :


La persistance de la mémoire :
Ce tableau a été réalisé peu après que l’artiste ait rompu les liens avec sa famille.
En 1931 il n’avait que 27 ans, sa relation avec Gala commençait juste, comme
son engagement dans le mouvement surréaliste. Il venait de développer sa
méthode de création, appelée “paranoïaque-critique”. Il s’agit selon Dalí d’« une
méthode spontanée de connaissance irrationnelle fondée sur l’association
interprétative-critique des phénomènes délirants »
Plus simplement, il s’inspire de ses hallucinations et d’associations d’idées. La
Persistance de la mémoire en est l’exemple type : dans son autobiographie
l’auteur explique que c’est en voyant fondre un camembert dans un plateau, lors
d’un dîner, qu’il a eu l’idée de peindre ces montres molles. Il écrit :
“ Cela se passa un soir de fatigue. J’avais une migraine, malaise extrêmement
rare chez moi. Nous devions aller au cinéma avec des amis et au dernier moment
je décidai de rester à la maison. (…) Nous avions terminé notre dîner avec un
excellent camembert et lorsque je fus seul, je restai un moment accoudé à la
table, réfléchissant aux problèmes posés par le « super mou » de ce fromage
coulant. Je me levai et me rendis dans mon atelier pour donner, selon mon
habitude un dernier coup d’œil à mon travail. Le tableau que j’étais en train de
peindre représentait un paysage des environs de Portlligat dont les rochers
semblaient éclairés par une lumière transparente de fin de jour. Au premier plan,
j’avais esquissé un olivier coupé et sans feuilles. Ce paysage devait servir de
toile de fond à quelque idée, mais laquelle ? Il me fallait une image surprenante
et je ne la trouvais pas. J’allais éteindre la lumière et sortir, lorsque je « vis »
littéralement la solution : deux montres molles dont l’une pendrait
lamentablement à la branche de l’olivier. Malgré ma migraine, je préparai ma
palette et me mis à l’œuvre. ”
Comme il a été réalisé rapidement et spontanément, la composition de ce tableau
est simple, aussi du fait de sa petite dimension.
L’artiste nous le dit, la scène se déroule vers Portlligat comme la majorité de ses
tableaux de l’époque. L’atmosphère est typiquement surréaliste, rappelant un
songe proche de la réalité sans être ancré dedans.
Le premier élément qui retient l’attention est la présence des quatre montres,
déformées et arrêtées. En les empêchant de fonctionner, Dalí leur enlève leur
rôle qui était d’indiquer l’heure et de capter l’écoulement du temps. Il semble
alors nous dire de nous libérer du quotidien. Sans montre, le temps devient
éternel et tout devient possible comme dans les rêves. On revient au principe du
surréalisme. De même, une des horloges est retournée et recouverte de fourmis :
on sait qu’il s’agit chez l’espagnol d’un symbole lié à la décomposition et donc à
la mort. La présence d’une mouche rappelle cette idée, tout en étant un symbole
traditionnel de vanité et d’orgueil. La mouche symbolise aussi le temps qui
s’envole, qui fuit. On remarque aussi que le seul élément végétal présent est
l’arbre installé sur le meuble, qui n’est autre qu’un olivier en fin de vie. Dans
l’histoire et les représentations, mort et sommeil sont souvent mis en parallèle :
tous ces éléments sont ici synonymes de mise en arrêt du quotidien ainsi que
d’évasion.
Au cœur du tableau, la seule forme humanoïde figure d’ailleurs un visage aux
yeux fermés. Proportionnellement il occupe une grande place dans l’image, le
rendant essentiel à sa compréhension. L’oeil qu’on peut voir est lui-même
immense par rapport au reste de la tête. Clos, il représente aussi la dualité
présente dans le reste de la toile, oscillant entre sommeil et mort. C’est donc à la
fois la brièveté de la vie et la fuite vers un univers onirique qui sont mises en
avant. Cette forme humanoïde est un portrait déformé de Dali. La montre posée
sur elle rappelle la forme de sa longue moustache recourbée.
Dali a voulu ainsi marquer le chemin de la vie depuis la naissance (cette forme)
jusqu’à la mort (olivier en fin de vie).
L'enfant géopolitique observant la naissance de l'homme nouveau :
Ce tableau représente un homme sortant d’un œuf sur lequel apparaît un
planisphère. Une femme à côté de l’œuf avec son enfant le montre du doigt.
L’enfant qui regarde la scène semble intéressé mais aussi apeuré par ce qui se
passe sous ses yeux. Le monde autour d’eux est chaotique. On voit que
l’Homme a du mal à sortir de l’œuf car il se débat. De plus, il y a du sang qui
coule, ce qui montre que c’est une naissance douloureuse et sûrement longue. Le
sang est un signe de vie, mais aussi de mort. On peut voir que l’homme sort de
l’Amérique du Nord, qui est en train de monter en puissance à la période ou Dali
peint cette toile. Cela signifie que l’Homme nouveau serait celui qui vient de
l’Amérique du Nord. L’homme, pour sortir, s’aide de sa main gauche qui écrase
complètement le Royaume-Uni, ancienne 1ère puissance du monde. On peut
donc supposer que les États-Unis ne veulent plus être dominés mais dominants.
En effet, depuis, ils sont devenus la 1ère puissance mondiale. L'Europe semble
rétrécit et écrasé par l'homme. En revanche, l'Afrique et l'Amérique du sud sont
disproportionnées. On peut penser que Dali cherche à montrer la montée des
pays du Tiers-Monde. En plus d'être esthétiques, les tableaux de Dali ont un
message à porter.
Galatea des sphères :
C’est une œuvre parmi les plus représentatives de l’époque mystico-nucléaire.
Elle est le fruit d’un Dalí passionné par la science et les théories de la
désintégration de l’atome. Le visage de Gala est composé par un décor
discontinu, fragmenté, densément peuplé de sphères, qui dans l’axe de la toile
acquièrent une vision et une perspective tridimensionnelles prodigieuses.
Comme l’explique Dalí :« Actuellement, le monde extérieur, — celui de la
physique —, a transcendé celui de la psychologie. Mon père, aujourd’hui, c’est
le docteur Heisenberg ». C’est l’un des hommages les plus éloquents au visage
de Gala réalisé par Dalí.
La liste des œuvres de Dali est longue, mais elles sont toutes différentes des
unes aux autres et chacune portant un message différent.