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Histoire de l’Art S1

L’Art de la Préhistoire
Ecole Nationale d’architecture. Pr Bouftass Année universitaire 2010_2011
La préhistoire est l’immense période qui s’étend des origines de l’homme à
l’apparition de l’écriture.

C’est au début du XIXème siècle que se forme peu à peu l’idée de la haute antiquité
de l’homme. Les idées sur l’évolution des espèces commencent à se répandre.
Portrait de William Buckland réalisé vers 1845

Paul Tournal (1805-1872) pharmacien passionné de géologie, est


généralement considéré comme l'un des pères de la science
préhistorique, depuis qu'en 1827, il découvrit, dans les grottes de
Bize , l'homme fossile.

Philippe - Charles Schmerling naquit en Hollande, à Delft (1791-1836 )


Médecin et professeur à l'Université de Liège, il fut le fondateur de la
Paléontologie Humaine. Il avait publié, en 1833, une série d'ouvrages
scientifiques qui amenèrent Darwin, 29 ans plus tard, à éditer son
traité sur l'évolution des espèces.
En 1866, John Lubbock, naturaliste et archéologue
anglais, crée les termes Paléolithique et Néolithique.
Dans les premières années du XXème siècle, les
découvertes se multiplient. Les méthodes s’affirment
grâce à de nombreux chercheurs, dont l’abbé Henri
Breuil.

John Lubbock (1834-1913)


A la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, les préhistoriens mettent en
place une chronologie d’ensemble par l’étude des coupes de terrain appelée
stratigraphie. Ils mettent en relation les modifications des climats et des types
humains.

La stratigraphie, ou étude de la
superposition des couches de sédiments les
unes par rapport aux autres, permet
d’établir une datation relative d’un
gisement, ces couches étant déposés sur le
sol de la plus ancienne à la plus récente. La
stratigraphie archéologique prend en
compte les dépôts géologiques perturbées
par l’homme. L’étude des sédiments ou
sédimentologie se penche sur la nature,
l’origine et l’histoire des dépôts. La
connaissance de l’environnement et de ses
variations d’une part, la datation
géologique des gisements d’autre part, en
sont les applications courantes.
Expérience de
modélisation
analogique destinée à
étudier l'évolution
morphologique d'une
chaîne de montagne.

Récemment, les recherches se sont plutôt orientées vers les techniques scientifiques: elles
permettent d’assurer une datation de plus en plus précise (analyse des sols, des pollens,
etc.) Les observations sur les détails de l’existence des hommes préhistoriques se sont aussi
renforcées.
Le Paléolithique

Du grec paleo, vieux, et lithos, pierre, anciennement appelé « âge de la pierre taillée », le
Paléolithique est la première période de la préhistoire. Il comprend trois grandes
subdivisions.
• Le Paléolithique très ancien puis ancien ou inférieur débute avec l’apparition des
premières industries humaines, il y a environ 3 millions d’années avant J.-C. Des galets
sommairement taillés, découverts dans le Sud-Est africain, sont les plus anciens
témoignages d’une activité technique. Le perfectionnement du débitage conduit ensuite à
la fabrication d’outils taillés sur les deux faces: les bifaces.
• La paléolithique moyen, allant de -200000 à -35000 ans environ, est caractérisé par la
production systématique d’éclats pour confectionner des outils. Durant cette période se
développent en Europe des populations néanderthaliennes. C’est le déclin des industries
sur blocs. Plus diversifiées que les industries du Paléolithique inférieur, les industries à
éclats se rattachent au groupe moustérien en Europe.
• Le Paléolithique supérieur commence aux environs de -35000 ans et se termine vers -
9500, lors de l’établissement progressif des conditions climatiques actuelles. L’industrie
osseuse se développe. Le débitage de la pierre permet d’obtenir des lames pour faire des
outils de types variés. Le Paléolithique supérieur marque surtout un grand changement
dans l’histoire de l’humanité avec l’apparition de l’Homo sapiens sapiens.
Le Mésolithique

Du grec mesos, moyen, et lithos, pierre, ce terme est utilisé dès 1873 mais accepté
seulement en 1909. Il regroupe toutes les industries situées entre le Paléolithique
supérieur et la période suivante, le Néolithique. Il s’applique à des populations ne
disposant encore que d’un outillage en pierre ou en os. Il se définit souvent par
l’importance des industries à microlithes et par l’apparition d’espèces animales
domestiques (le chien puis les ovins: chèvres et moutons). Toutefois, le matériel typique
du Néolithique n’existe pas encore. C’est une période de transition.
Le Néolithique

Du grec neo, nouveau, et lithos, pierre, ce terme est employé par John Lubbock en 1865
pour exprimer un nouveau procédé de fabrication des instruments en pierre: le polissage.
Depuis, ce mot désigne une transformation globale de la vie des groupes humains.
L’homme va s’efforcer de maîtriser ses sources de nourriture par la domestication des
espèces animales et végétales. Il passe désormais à une économie de production. Cette
mutation appelée « révolution néolithique » est accompagnée par l’introduction de
nouvelles techniques. Pour marquer la fin du Néolithique, on retient un critère purement
technologique: l’utilisation des métaux, or et cuivre.
Détail de la frise « des Cinq mammouths » dans la grotte de rouffignac
(Dordogne)
Points et diverses figures géométriques peints dans la grotte d’El Castillo
(Espagne)
Points et diverses figures géométriques peints dans la grotte d’El Castillo
(Espagne)
Mains e négatif sur une paroi de la grotte de Gargas (Hautes-Pyrénées)
Mains e négatif sur une paroi de la grotte de Gargas (Hautes-Pyrénées)
Main en négatif, magdalénien ancien,
vers 14 000 av. J.-C., Pech-Merle
Bisons et mammouths,
Vers 23 000 av. J.-C.
Grotte de Pech-Merle.
Tête de bison peinte sur rognon dans la grotte de Rouffignac. Galerie H.
Breuil.
Figure de bison peinte dans les niveaux inférieurs de la grotte de Rouffignac.
Bouquetins peints sur le grand plafond dans la grotte de Rouffignac.
Les « mammouths de la Découverte » gravés dans la grotte de Rouffignac.
Couple de mammouths peint dans la grotte de Rouffignac. « Galerie des
deux mammouths ».
Rhinocéros tichorbinus peint dans la grotte de Rouffignac.
Bison peint sur le grand plafond de la grotte d’Altamira (Espagne)
Biche peinte « à pointillé baveux », dans la grotte de Covalanas (Espagne)
Biche peinte dans la
galerie A de la grotte de
La Pasiega (Espagne)
Figures de chevaux peintes dans la grotte de La Pasiega (Espagne)
Figures de cerviés peintes dans la grotte de Las Chimeneas (Espagne)
Figures de cerviés peintes dans la grotte de Las Chimeneas (Espagne)
Cheval peint sur une
corniche rocheuse
ascendante dans la
grotte de Las
Monedas (Espagne)
Bison peint dans la grotte de La Pasiega (Espagne)
La technique
La technique employée est fort simple. Les pigments,
constitués d’oxydes naturels de fer et de manganèse, de
charbon de bois ou d’os, d’argile, sont finement broyés puis
conservés dans des coquilles ou des os creux. Ils sont appliqués
à l’état sec (parfois avec un liant) de plusieurs manières : en
soufflant à travers un tube sur une coquille remplie de
pigment, ce qui donne la possibilité de dégrader vers les bords
(pelage des animaux); en tamponnant avec un morceau de
peau; en dessinant avec des pigments en bloc (contour noir des
animaux, cornes de cerfs etc.) Cette peinture aurait disparu très
rapidement si un phénomène naturel ne lui avait conféré une
remarquable solidité. L’eau de pluie qui s’infiltre depuis la
surface entraîne avec elle du carbonate de calcium qui
cristallise à la surface de la roche, en formant avec les pigments
des composés stables.
Grotte de Cassis découverte par Henri
Cosquer
Panneau avec
peintures de
chevaux,
surchargeant des
digités antérieurs et
regroupés de
gravures (Ggrotte
Cosquer)
Protomés de chevaux noirs de la grotte Cosquer.
Protomés de chevaux noirs de la grotte Cosquer.
Figure noire d’un bouquetin
(grotte Cosquer)
Protomé de cheval, la tête valant le tout (grotte de Cosquer)
Galet gravé d’un rhinocéros, découvert en 1864 dans la grotte inférieure de
Massat (Ariège).
Le « bison aux cupules », gravé dans la
grotte de Niaux (Ariège).
Figures de mammouths peintes au pigments noir dans la grotte de Pech-
Merle de Cabrerets.
Empre de Cabreretsinte de main en négatif sur une paroi de la grotte de
Pech-Merle
Aurochs, vers 15 000 av. J.-C.
Lascaux, partie droite de la Salle des taureaux
LA GROTTE DE LASCAUX
Peintures des grottes de Lascaux, en Dordogne, vers 15 000 avant J.-C.
Détail d’une figure d’aurochs
peinte dans la grotte de
Lascaux
Partie antérieure d’un aurochs peint dans la grotte de Lascaux.
Vaches peintes surchargeant un bouquetin dans la grotte de Lascaux.
Bisons dits « cul à cul » dans la grotte de Lascaux
Détails de la frise des cervidés peinte dans la grotte de Lascaux.
La « scène du puits » dans la grotte de Lascaux.
Grand cheval
jaillissant peint au
fond du diverticule
axial de la grotte de
Lascaux
Ebauche de cheval
peint dans la base du
puits de Lascaux
Détail de la frise des poneys dans la base du puits de Lascaux
La « vache sautant » dans la base du puits de Lascaux
Peintures des grottes de Lascaux, en Dordogne, vers
15000 avant J.-C.
La grotte de Lascaux fut découverte de façon tout à
fait fortuite en 1940. Elle renferme l’un des plus
somptueux ensembles du paléolithique. (L’abbé Breuil,
qui fut le premier à tenter d’établir une chronologie
relative de l’art rupestre, avait d’abord daté la
décoration des différentes salles et couloirs de cette
grotte de l’époque de gravettien, soit entre 26000 et
20000 avant J.-C. On admet aujourd’hui une datation
plus récente, vers 15 000 avant J.-C., qui correspond au
troisième style.)
Plafond avec bisons, vers 12 000
av. J.-C.
Altamira
Tête de bouquetin, verts 12 000 av.
J.-C.
Angles-sur-l’Anglin, abri du Roc-aux-
Sorciers.
Danseuses,
peinture d’une
grotte,
Tadrart, Libye
Troupeau de vaches, peinture d’un abri sous roche dans la Tadrart, Libye
Chasseur, girafes et autruches, grès gravé, Tadart, Libye
Rhinocéros, grès gravé, Tadrart, Libye
Scène de chasse, Levant
espagnol, vers 7500 av.
J.-C.,
Gorge de la Valltorta,
Castellon
Taureau blessé poursuivant un chasseur, peint dans la Cueva Remigia
Lanceur de lasso peint dans la Cueva de
la Aranà
Archers peints dans la Cueva Remigia (Espagne).
Scène de bataille peinte dans l’abri de Los Dogues (Espagne)
Détail de la scène de
danse peinte dans la
grotte du Cogul
(Barcelone, Museo
Arqueologico, Espagne).
Figures humaines gravées dans
la grotte de l’Addaura (Italie)
La sculpture
La sculpture

Pour le primitif, la sculpture représente l’art magique


par excellence, puisqu’elle permet le relief, le volume,
les « apparences ». De plus, sa matière (pierre, bois,
métal) est un morceau de nature, c’est-à-dire une
partie de ce Tout mystérieux, de ce cosmos plein des
énergies créatrices. Le primitif gardera instinctivement
cette mystérieuse énergie en donnant forme à la
matière. Et les premières statuettes, avant d’être des
œuvres d’art, seront des fétiches, sièges des forces
secrètes. Elles figureront ce mystère par excellence, la
fécondité, et ce qui la provoque, la sexualité.
Vénus de Willendorf (Autriche),
paléolithique.
Calcaire, hauteur 11,4 cm, Naturhistorisches
Vénus de Laussel, paléolithique,
provenant de Laussel, Dordogne.
Hauteur 43 cm
Bordeaux, musée d’Aquitaine
Vénus de Lespugue (Haute-Garonne),
paléolithique, vers 20 000 av. J.-C., ivoire (dent
de mammouth), hauteur 14,7 cm, Paris, musée
de l’Homme
La Vénus de Lespugue, entre 25 000 et
15 000 avant J.-C. (musée des
Antiquités nationales, Saint-Germain-
en-Laye). Cette figure sculptée dans
une défense de mammouth mesure à
peine quinze centimètres. Mieux
encore qu’une notation exacte, la
stylisation et la géométrisation des
formes mettent en évidence les
caractères sexuels et nourriciers de la
femme.
La « Vénus de Savignano »,
provenant de Savignano, au
sud de Panaro (Italie);
serpentine, haut. 22cm (Rome,
Museo Preistorico Etnografico
Luigi Pigorini).
Statuette féminine, provenant de
Sireuil (Dordogne).
Tête de femme, provenant de
Brassempouy (Landes); ivoire, haut. 3,5
(Saint-Germain-en-laye, Musée des
Antiquités Naionales).
Statuettes d’animaux en ivoire, provenant du Vogelherd (Tübingen, Institut
für Vor-und Frügeschichte der Universität)
Statuette féminine en argile, provenant de
Tripolié (Moscou, Musée d’Histoire de l’Etat).
Statuette féminine, provenant
de Dolni Vestonice
(Tchécoslovaquie); terre et
cendres cuites, haut. 11,4 cm
(Brno, Moraviski Muzeum).
Blocs calcaires sculptés portant des figures d’animaux (chevaux, bouquetins
affrontés), provenant du Roc-de-Sers (Charente) (Saint-Germain-en-Laye,
Musée des Antiquités Nationales).
Blocs calcaires sculptés portant des figures d’animaux (chevaux, bouquetins
affrontés), provenant du Roc-de-Sers (Charente) (Saint-Germain-en-Laye,
Musée des Antiquités Nationales).
Bas-relief avec figure masculine,
provenant de Laussel (Dordogne);
Calcaire, haut. 38 cm (Bordeaux,
Musée D’Aquitaine).
Idole de Strélice, néolithique, 2000-1600 av. J.-
C., hauteur 21,7 cm
Brno, musée Morave
Peut-on légitimement, en histoire de l’art, parler d’un art mégalithique? Une
énorme pierre, fichée dans le sol, de 40 tonnes, peut avoir une valeur symbolique,
religieuse ou simplement commémorative, ce qui a son intérêt humain, mais a-t-
elle valeur artistique? Ce n’est pas le poids qui fait l’art, comme ce ne sont pas les
millénaires qui donnent quelque valeur artistique à un tracé digité sur argile. Une
différence profonde est cependant à noter : le mégalithe est volontaire, résultat
d’efforts considérables et, surtout, fruit d’une technique parfois très élaborée. Il
est préface à l’architecture et, rien qu’à ce titre, mérite étude. Sans vouloir
rechercher systématiquement le paradoxe, il est possible de penser que
l’ensemble mégalithique de Stonehenge, ou celui de New Grange ou de Gavrinis,
ont posé et résolu plus de problèmes architecturaux que les pyramides de
Sakkarah!
Dolmens, menhirs entrent donc dans nos préoccupations, par leur masses et leur
présence certes, mais aussi par les techniques mises en œuvre, par nombre de
détails d’exécution et de finition qui marquent magnifiquement le travail artisanal
de masses d’hommes ordonnés, hiérarchisés, poussés souvent vers une perfection
artistique.
La construction mégalithique pose de nombreux problèmes. Les premiers, pour
les énormes blocs bruts, sont des problèmes de soulèvement, de transport puis
finalement d’érection.
Monument mégalithique de
Stonehenge, près de Salisbury,
vers 1500 avant J.-C.
Stonehenge possède sans
doute le sanctuaire
mégalithique le plus
impressionnant d’Europe. Le
cercle extérieur atteint cent
mètres de diamètre, certains
blocs mesurent plus de
quarante cinq tonnes. Son plan
qui mêle les formes circulaires
et en fer à cheval est orienté de
telle sorte que, au solstice
d’été, les rayons du soleil
levant tombent directement sur
la pierre centrale.
Mégalithe au trou rond « Men-an-Tol », Cornouaille, Royaume-Uni
Menhir_nadaudNADAUD-
GUILLOTON François (France) - 1991
Mégalithe en forme de T, v. 1500-
800 av. J.-C., Torralba de Salort,
Minorque, Espagne.
Taula de Torre Trencada
à Ciudadela
Sronehenge, v. 3100-2200 av. J.-C., Wiltshire, Grande-Bretagne.
Détail du cromlech d’Avebury (Angleterre).
Alignements du Ménec, à Carnac (Morbihan, France).
Période Périodes préhistoriques Races Humaines Chronologie Œuvres d’art Foyers
géologique approximativ
e

Paléolithique Préominiens -600000


Inférieur (Pithécanthropes;
(Pierre éclatée) Sinanthropes) -160000 néant

Paléolithique moyen Homme de


néant
Néanderthal -40000
(spy)

Paléolithique supérieur Homo Sapiens - 35000 Incisions de traits Europe


(Pierre taillée) (cro-magnon) - 20000 parallèles occidentale
- 15000 Vénus stéatopyges
- 13000 Peintures de Lascaux
Peinture d’Altamira

Mésolithique - 8500 Figurine préhitte Asie Mineure


(Europe occid.à - 6000 Peinture du Tassili Afrique
Néolithique
(Afrique, Asie Min.)
(Pierre polie)

Néolithique - 3000 Mégalithe Europe occid.


(Europe occid. Peinture de Tassili Afrique

Age du bronze - 2000 Divers vêtement Europe


décorés
Age du fer - 1000 Asie
Afrique
MERCI !!!