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COMM.

FB

COUR DE CASSATION
______________________

Audience publique du 27 novembre 2019


Cassation partielle
Mme MOUILLARD, président
Arrêt no 927 FS-P+B
Pourvois no F 18-11.439
et E 18-12.427 JONCTION

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

_________________________

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS


_________________________

LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE COMMERCIALE,


FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE, a rendu l'arrêt suivant :

I - Statuant sur le pourvoi no F 18-11.439 formé par la société


MMA Vie, société anonyme, dont le siège est 14 boulevard Marie et
Alexandre Oyon, 72030 Le Mans cedex 9,

contre un arrêt rendu le 23 novembre 2017 par la cour d'appel


d'Aix-en-Provence (8e chambre C), dans le litige l'opposant :

1o/ à la société Lyonnaise de banque, société anonyme, dont


le siège est 8 rue de la République, 69001 Lyon,

2o/ à la société Caisse régionale de crédit agricole mutuel


Provence-Côte d'Azur, dont le siège est Les Négadis, avenue Paul Arène,
BP 78, 83002 Draguignan cedex,

3o/ à la société Stell Holding, société à responsabilité limitée,


dont le siège est 139 rue de France, 06000 Nice,
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4o/ à M. Dominique Ziliotto, domicilié villa l'Hibiscus, 284


chemin de Saint-Martin, 06140 Tourrettes-sur-Loup,

5o/ à la société Velta, société à responsabilité limitée, dont le


siège est 22 rue de la République, 30000 Nîmes, prise en la personne de
son mandataire ad hoc M. Bernard Roussel, domicilié 851 rue Etienne
Lenoir, 30000 Nîmes,

défendeurs à la cassation ;

II - Statuant sur le pourvoi no E 18-12.427 formé par la Caisse


régionale de crédit agricole mutuel Provence-Côte d'Azur, société civile
coopérative,

contre le même arrêt rendu dans le litige l'opposant :

1o/ à la société MMA Vie, société anonyme,

2o/ à la société Lyonnaise de banque, société anonyme,

3o/ à la société Stell Holding, société à responsabilité limitée,

4o/ à M. Dominique Ziliotto,

5o/ à M. Jean-Pierre D'Abrigeon, domicilié Parc Kennedy,


bâtiment 1 C1, 285 rue Gilles de Roberval, 30195 Nîmes cedex 02, pris en
qualité de liquidateur judiciaire de la société Velta,

6o/ à la société Velta, société à responsabilité limitée, dont le


siège est 71 rue de la République, 30900 Nîmes,

défendeurs à la cassation ;

La demanderesse au pourvoi no F 18-11.439 invoque, à l'appui


de son recours, les deux moyens de cassation annexés au présent arrêt ;

La demanderesse au pourvoi no E 18-12.427 invoque, à l’appui


de son recours, un moyen unique de cassation annexé au présent arrêt ;

Vu la communication faite au procureur général ;

LA COUR, composée conformément à l'article R. 431-5 du


code de l'organisation judiciaire, en l'audience publique du 22 octobre 2019,
où étaient présents : Mme Mouillard, président, M. Remeniéras, conseiller
rapporteur, M. Rémery, conseiller doyen, Mmes Vallansan, Graff-Daudret,
Vaissette, Bélaval, Pomonti, Fontaine, Michel-Amsellem, Fevre, M. Riffaud,
3 927

conseillers, M. Guerlot, Mmes Barbot, Brahic-Lambrey, M. Blanc,


Mmes Kass-Danno, Lefeuvre, conseillers référendaires, Mme Henry, avocat
général, Mme Labat, greffier de chambre ;

Sur le rapport de M. Remeniéras, conseiller, les observations


de la SCP Boré, Salve de Bruneton et Mégret, avocat de la
société MMA Vie, de la SCP Yves et Blaise Capron, avocat de la société
Caisse régionale de crédit agricole mutuel Provence-Côte d'Azur, de
Me Le Prado, avocat de la société Lyonnaise de banque, de la
SCP Marc Lévis, avocat de la société Stell Holding, l'avis de Mme Henry,
avocat général, et après en avoir délibéré conformément à la loi ;

Joint les pourvois no F 18-11.439 et E 18-12.427 qui attaquent


le même arrêt ;

Donne acte à la société MMA Vie de ce qu'elle se désiste de


son pourvoi en ce qu'il est dirigé contre M. Ziliotto et contre M. Roussel en
qualité de mandataire ad hoc de la société Velta ;

Attendu, selon l'arrêt attaqué, que M. Ziliotto, associé de la


société Stell Holding, a souscrit par l'intermédiaire de M. Vivant, agent
général de la société Mutuelles du Mans assurances vie (la société MMA
Vie), des contrats d'assurance vie afin de constituer une garantie financière
au bénéfice de sociétés de travail temporaire dont le capital était détenu par
la société Stell Holding ; que cette société, qui était titulaire d'un compte
ouvert dans les livres de la société Lyonnaise de banque (la banque tirée),
a établi cinq chèques à l'ordre de la société MMA Vie qui ont été encaissés
à son profit par M. Vivant sur un compte personnel ouvert dans les livres de
la société Caisse régionale de crédit agricole mutuel Provence-Côte d'Azur
(la banque présentatrice) ; que M. Ziliotto et la société Stell Holding ont
assigné la société MMA Vie en qualité de mandante de M. Vivant en
remboursement des sommes détournées par ce dernier ; que la société
MMA Vie a recherché la responsabilité de la banque présentatrice et de la
banque tirée ;

Sur le premier moyen du pourvoi no F 18-11.439 :

Attendu qu'il n'y a pas lieu de statuer par une décision


spécialement motivée sur ce moyen, qui n'est manifestement pas de nature
à entraîner la cassation ;

Et sur le second moyen de ce pourvoi :

Attendu que la société MMA Vie fait grief à l'arrêt de rejeter son
appel en garantie contre la banque tirée alors, selon le moyen, que lorsqu'un
chèque est émis au bénéfice de deux personnes distinctes ne disposant pas
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d'un compte joint, la banque tirée ne peut verser le montant de la provision


sur le compte de l'un de ces bénéficiaires sans s'assurer du consentement
de l'autre ; qu'en écartant toute faute de la banque tirée, sans rechercher
ainsi qu'elle y était invitée si elle n'avait pas commis de faute en débloquant
les fonds au profit de M. Vivant, sans s'assurer du consentement de la
société MMA Vie bien qu'elle ait également été désignée comme bénéficiaire
de ces chèques, la cour d'appel a violé l'article 1382, devenu 1240, du code
civil ;

Mais attendu que la juxtaposition du nom de deux bénéficiaires


sur un chèque ne constitue pas, en elle-même, une anomalie apparente et
que, lors de la remise d'un chèque portant une telle mention par l'un des
deux bénéficiaires pour encaissement à son seul profit, la banque tirée, qui
verse la provision entre les mains de la banque présentatrice à charge pour
celle-ci d'en créditer le montant sur le compte du ou des bénéficiaires du
chèque, n'est tenue ni de vérifier auprès du tireur, en l'absence d'anomalie
apparente, matérielle ou intellectuelle, la sincérité de la mention ni de
s'assurer du consentement de l'autre bénéficiaire ; que le moyen, qui postule
le contraire, n'est pas fondé ;

Mais sur le moyen unique du pourvoi no E 18-12.427, pris en


sa première branche :

Vu l'article 1382, devenu 1240, du code civil ;

Attendu que si la juxtaposition du nom de deux bénéficiaires


sur un chèque ne constitue pas, en elle-même, une anomalie apparente, la
banque présentatrice est cependant tenue, lors de la remise d'un chèque
portant une telle mention par l'un des deux bénéficiaires pour encaissement
à son seul profit, de s'assurer du consentement de l'autre, sauf
circonstances particulières lui permettant de tenir un tel consentement pour
acquis ;

Attendu que pour condamner la banque présentatrice à


garantir la société MMA Vie à concurrence de la moitié des condamnations
prononcées contre elle, l'arrêt retient que cette banque a commis une faute
en procédant à l'encaissement des chèques litigieux à la demande d'un seul
des deux bénéficiaires sans s'enquérir de l'accord de l'autre ;

Qu'en se déterminant ainsi, sans rechercher, comme elle y


était invitée, si la banque présentatrice ne pouvait pas considérer que
M. Vivant, agent général de la société MMA Vie, avait reçu mandat de
celle-ci pour l'encaissement des cotisations et, en conséquence, tenir pour
acquis, lors de la présentation de chèques portant les noms de ces deux
bénéficiaires, le consentement de la seconde à leur encaissement sur le
compte du premier, la cour d'appel a privé sa décision de base légale ;
5 927

PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les
autres griefs du pourvoi no E 18-12.427 :

CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il condamne la


société Caisse régionale de crédit agricole mutuel Provence-Côte d'Azur à
garantir la société MMA Vie à concurrence de la moitié des condamnations
prononcées contre cette dernière en principal, intérêts, frais et dépens, l'arrêt
rendu le 23 novembre 2017, entre les parties, par la cour d'appel
d'Aix-en-Provence ; remet, en conséquence, sur ces points, la cause et les
parties dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait
droit, les renvoie devant la cour d'appel de Montpellier ;

Condamne la société MMA Vie aux dépens ;

Vu l'article 700 du code de procédure civile, rejette sa demande


et la condamne à payer à chacune des sociétés Stell Holding, Lyonnaise de
banque et Caisse régionale de crédit agricole mutuel Provence-Côte d'Azur
la somme de 2 000 euros ;

Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de


cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à
la suite de l'arrêt partiellement cassé ;

Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre


commerciale, financière et économique, et prononcé par le président en son
audience publique du vingt-sept novembre deux mille dix-neuf.
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MOYENS ANNEXES au présent arrêt

Moyens produits au pourvoi no F 18-11.439 par la SCP Boré,


Salve de Bruneton et Mégret, avocat aux Conseils, pour la société MMA Vie.

PREMIER MOYEN DE CASSATION

IL EST FAIT GRIEF à l’arrêt attaqué d’AVOIR confirmé le jugement entrepris


en ce qu’il avait déclaré la société Stell Holding recevable en sa demande
tendant au paiement de la somme de 390 543,58 euros dirigée à l’encontre
de la société MMA Vie et de l’AVOIR condamnée à payer à la société Stell
Holding la somme correspondante, en sa qualité de commettant de
M. Vivant ;

AUX MOTIFS QUE sur la recevabilité de l'action contre la société MMA ; que
M. Dominique Ziliotto et la SARL Stell holding sollicitent le paiement de la
somme de 390 543,58 euros, avec intérêts au taux légal à compter de
l'assignation, au profit du premier, et à défaut, la confirmation du jugement
sur la condamnation de la société MMA au paiement de ladite somme au
profit de la société ; qu’ils exposent que M. Vivant a détourné la somme de
390 543,58 euros (2 561 798 francs) au titre des chèques no 9146152,
9146153, 8225931, 8225933, 8225935 ; qu’ils soutiennent avoir qualité pour
agir ; qu'ils indiquent que l'article 511-1 III du code des assurances, qui a
pour objet la protection des assurés, étend la responsabilité du commettant,
du fait de ses préposés, au mandant du fait de ses mandataires et que ce
texte ne permet pas au mandant-commettant d'opposer à son cocontractant
la faute de son mandataire-préposé dont il doit répondre, à un cas légal de
responsabilité contractuelle du fait d'autrui ; qu'ils font valoir que les sommes
versées par la société Stell holding proviennent du compte courant de
M. Ziliotto que le dommage est subi par ce dernier, cocontractant de
l'assureur en sa qualité de souscripteur et assuré des contrats, qu'ils
observent que les faits d'abus de biens sociaux allégués contre M. Ziliotto
ont fait l'objet d'un non-lieu ; qu'ils soulignent que les chèques détournés ont
été émis par la société Stell holding ; que la société MMA vie assurances
Mutuelles considère que c'est à juste titre que les premiers juges ont déclaré
M. Dominique Ziliotto irrecevable à demander le paiement de la somme de
390 543,58 euros dès lors que cette somme ne correspond pas à la valeur
de rachat des contrats qu'il a souscrits mais correspond à des fonds de la
SARL Stell Holding ; qu'elle indique qu'elle n'a pas déposé plainte à
l'encontre de M. Vivant du chef du détournement des sommes
correspondant aux 5 chèques litigieux remis par M. Ziliotto mais concernant
le détournement de la somme de 269 888 euros que M. Vivant avait perçu
de M. Mortreux ; qu'elle se prévaut du jugement rendu par le tribunal
correctionnel le 10 octobre 2003 ; que reprenant la motivation retenue par
les premiers juges, elle estime invraisemblable l'allégation selon laquelle les
fonds proviendraient du compte courant d'associé de M. Ziliotto ; qu’elle
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affirme que c'est à tort que les premiers juges ont considéré que la société
Stell Holding était recevable à lui demander la restitution de la somme
litigieuse dans la mesure où elle n'a pas contracté avec la société MMA ;
qu'elle affirme que la SARL Stell Holding a perdu la somme de
390 543,58 euros directement par le fait de M. Ziliotto qui a remis les fonds
à titre personnel, et qu'il lui appartient d'agir contre ce dernier ; que les cinq
chèques litigieux libellés à l'ordre de la société MMA assurance ont été tirés
sur le compte ouvert dans les livres de la Lyonnaise de banque par la SARL
Stell Holding ; que M. Ziliotto invoque vainement sa qualité d'assuré pour
solliciter la restitution de fonds sociaux ;que l'attestation établie le 15 octobre
2002 par M. Gérard Bensoussan, comptable, selon lequel les sommes
versées par la SARL Stell Holding sur les contrats d'assurance-vie MMA
proviennent du compte courant de M. Ziliotto, est inopérante en l'absence de
justificatifs financiers et comptables de sature à corroborer ladite affirmation,
étant en outre observé que M. Ziliotto a mis en place un système particulier
dans le but de contourner la garantie financière prévue aux articles L 124-8
et suivants du code de travail, tout en bénéficiant des avantages de contrats
d'assurance-vie souscrits à son nom et à son profit ; qu'il convient de
confirmer le jugement du 4 janvier 2005 en ce que M. Ziliotto a été déclaré
irrecevable en sa demande ; qu'en revanche, les fonds ont été débités sur
le compte de la SARL Stell Holding, ainsi que l'a relevé, à juste titre, la
juridiction de première instance, laquelle a précisé s'agissant des chèques
de 700 000 francs que M. Vivant avait reversé deux fois 200 000 francs à la
MMA ; que la SARL Stell Holding a donc qualité et intérêt à agir pour
solliciter la restitution des sommes détournées à son détriment et agir à
l'encontre de la société MMA en sa qualité d'employeur mandant de
M. Vivant qui était agent général de la compagnie d'assurance ; qu’il y a lieu
de confirmer le jugement du 4 janvier 2005 sur la recevabilité de l'action de
la SARL Stell Holding ;

ET AUX MOTIFS ADOPTES QUE 1) Sur la recevabilité des demandes


présentées ; que sur la demande de la SARL STELL HOLDING ; que la
MUTUELLE DU MANS ASSURANCES VIE dénie à celle-ci sa qualité à agir
dès lors qu'elle n'est pas bénéficiaire des contrats d'assurance-vie souscrits
par Monsieur ZILIOTTO ; que même si le tribunal peut légitimement
s'interroger sur la régularité d'une procédure qui consiste à faire bénéficier
Monsieur ZILIOTTO d'avantages personnels par le biais de contrats
d'assurance-vie souscrits en son nom et à son profit ainsi qu'a pu
notamment le reconnaître Madame SOLER lors de l'audience, à propos
notamment du contrat WD 0588, et en outre financés par la Société STELL
HOLDING, il n'en reste pas moins vrai, qu'il n'est pas saisi de ces faits à
l'égard desquels il n'est pas compétent pour procéder à leur qualification ;
qu’en tout état de cause, il est constant que la SARL STELL HOLDING a
effectivement assuré sur ses fonds propres le versement de sommes qui ont
été détournées par Monsieur VIVANT, ce qui ne peut que générer une
créance de restitution de ces sommes à son profit ; qu’à ce titre, et en sa
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qualité de pourvoyeur des fonds, la SARL STELL HOLDING dispose bien de


la qualité à agir pour en solliciter la restitution ; que la SARL STELL
HOLDING justifie que les 5 chèques par elle émis respectivement les :
- 17/03/1998 pour les cautions SENOR d'un montant respectif de deux fois
100.000 francs ; - 05/11/1995 pour les cautions TEXOR et TRIVER d'un
montant respectivement de 515,160 francs et de 2 fois 523.319 francs ;
qu’ils ont tous été débités de ses comptes mais que Monsieur VIVANT a
ventilé les sommes de 700 000 francs en reversant à la MUTUELLE DU
MANS ASSURANCES VIE deux fois 200 000 francs tout en conservant à
son profit 1 million de francs ce qui ramène donc le montant de sa prétention
de ce chef à la somme totale de 2.561.798 francs soit 390.543,58 euros ;

ALORS QU’une partie n’est pas recevable à solliciter à son profit la


réparation d’un préjudice subi par un tiers ; qu’en déclarant recevables les
demandes indemnitaires formées par la société Stell Holding aux motifs que
« les fonds (détournés) (avaient) été débités sur (son) compte » (arrêt, p. 13,
al. 6) de sorte que sa qualité de « pourvoyeur des fonds » « génér(ait) une
créance de restitution de ces sommes à son profit » (jugement, p. 12, al. 1)
bien qu’elle ait relevé, par ailleurs, que les sommes détournées par M. Vivant
étaient destinées à être versées sur des contrats d’assurance-vie souscrit au
profit de M. Ziliotto de sorte que la société Stell Holding poursuivait
l’indemnisation d’un préjudice qu’elle n’avait pas subi personnellement, la
cour d’appel a violé l’article 31 du code de procédure civile.

SECOND MOYEN DE CASSATION

IL EST FAIT GRIEF à l’arrêt attaqué d’AVOIR confirmé le jugement entrepris


en ce qu’il a débouté la société MMA Vie de son appel en garantie formé à
l’encontre de la société La Lyonnaise de banque ;

AUX MOTIFS QUE sur le recours en garantie à l'encontre de la Lyonnaise


de banque (banque tirée) ; que la société MMA invoque l'obligation de
vérification de la régularité formelle des chèques qui incombait à la
Lyonnaise de banque, laquelle aurait dû constater que les chèques litigieux
comportaient les noms de deux bénéficiaires distincts, à savoir les MMA et
M. Roland Vivant, et vérifier le consentement de la MMA au paiement,
d'autant qu'elle était étrangère aux relations susceptibles d'exister entre ces
deux bénéficiaires ; qu'elle souligne que l'ajout de M. Vivant constitue une
falsification manifeste ; qu'elle relève que la Lyonnaise de banque persiste
à ne pas produire les chèques litigieux, sachant que les originaux feraient
ressortir la différence des écritures des noms des deux bénéficiaires des
chèques ; qu'elle fait valoir qu'il ne s'agissait pas pour les banques de vérifier
la signature de l'endosseur d'un chèque mais de constater la fausseté du
bénéficiaire ; qu’elle affirme qu'il est certain que si les banques s'étaient
assurées de son consentement à l'encaissement des chèques dont elle était
la bénéficiaire, M. Vivant n’aurait pas été en mesure de s'approprier les
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fonds et d'en disposer, de sorte qu'il apparaît que le dommage, qui


résulterait d'une condamnation au profit de M. Dominique Ziliotto ou de la
société Stell Holding, serait directement en relation avec la faute commise
par les banques, dont la responsabilité serait en conséquence engagée ; que
la Lyonnaise de banque sollicite la confirmation du jugement attaqué qui a
admis qu'elle n'a commis aucune faute ; que selon elle, les chèques litigieux
ne comportaient aucun élément de falsification ; qu'elle soutient que
M. Vivant pouvait porter les chèques au crédit de son compte puis ensuite
effectuer un virement de son compte général d'agent d'assurance de la MMA
Vie sur le compte de la compagnie d'assurance ; qu'elle observe qu'elle ne
connaissait pas les pratiques habituelles existant entre l'assureur et son
agent général ; qu'à titre très infiniment subsidiaire, elle sollicite la
condamnation du Crédit agricole, en sa qualité de banquier encaisseur et
présentateur pour le compte de M. Roland Vivant, aux fins de la relever et
garantir de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre ;
qu'elle fait valoir qu'il appartenait au Crédit agricole de verser le montant des
sommes sur le compte de M. Vivant cabinet d'assurance mutuelle du Mans
assurance et non sur son Compte personnel ; que la banque tirée est tenue
de vérifier la régularité formelle du titre et de relever les anomalies
apparentes ou manifestes d'un chèque qui lui est présenté ; qu'elle prend un
risque dont elle doit assumer les conséquences en s'en abstenant , qu'elle
doit aussi vérifier la suite le des endossements ; qu’en l'espèce, aucune
surcharge ou rature n'apparaît sur les copies des chèques litigieux, étant
observé que les originaux ne sont pas versés aux débats ; que les chèques
comportent tous le nom des Mutuelles du Mans assurance, personne
morale, en qualité de bénéficiaire ; qu'a été ajouté le nom de Roland Vivant,
personne physique, avec une écriture moins arrondie notamment en ce qui
concerne le patronyme, sans que toutefois cette légère différence puisse
être qualifiée d'anomalie manifeste aisément décelable pour un employé de
banque normalement diligent ; que le jugement sera confirmé en ce qu'il a
débouté la société mutuelle du Mans assurance-vie de son recours en
garantie à l'encontre de la Lyonnaise de banque ;

ET AUX MOTIFS ADOPTES QUE la MUTUELLE DU MANS ASSURANCES


VIE a attrait à l'instance la Société LYONNAISE DE BANQUE et la CAISSE
RÉGIONALE DE CRÉDIT AGRICOLE MUTUEL PROVENCE CÔTE D'AZUR
en leur faisant grief d'avoir manqué à son obligation de vérification de la
régularité des chèques et de leur bénéficiaire ; que la Société LYONNAISE
DE BANQUE et la CAISSE RÉGIONALE DE CRÉDIT AGRICOLE MUTUEL
PROVENCE CÔTE D'AZUR s'opposent à ces prétentions et sollicitent leur
mise hors de cause dès lors qu'aucune faute ne peut leur être reprochée et
subsidiairement que soit ordonnée une expertise graphologique ; qu’il
convient d'observer que les 5 chèques litigieux ont été émis par le dirigeant
de La SARL STELL HOLDING au nom des MUTUELLES DU MANS
ASSURANCES et tirés sur la Société LYONNAISE DE BANQUE ainsi qu'en
attestent les photocopies originales pour être remis à Monsieur VIVANT ;
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que Monsieur VIVANT a ensuite apposé son nom "Roland VIVANT" ou la


mention "Cabinet Roland VIVANT" et a procédé à l' encaissement de ces
chèques à son profit sur le compte de la CAISSE REGIONAILE DE CRÉDIT
AGRICOLE MUTUEL PROVENCE CÔTE D'AZUR dont il disposait dans le
Var ; que du simple rappel chronologique et matériel des opérations
intervenues, il apparaît que la Société LYONNAISE DE BANQUE n'a
commis aucune faute, n'ayant aucunement participé à la création du chèque
même s'il a été tiré sur un document dont elle avait confié l'usage à la SARL
STELL HOLDING, alors même qu'il n’existait aucune anomalie à ce que les
chèques portent la mention MUTELLES DU MANS ASSURANCES - Roland
VIVANT et qu'elle n'est pas elle-même la banque qui a crédité le compte de
Monsieur VIVANT ;

ALORS QUE lorsqu’un chèque est émis au bénéfice de deux personnes


distinctes ne disposant pas d'un compte joint, la banque tirée ne peut verser
le montant de la provision sur le compte de l'un de ces bénéficiaires sans
s'assurer du consentement de l'autre ; qu’en écartant toute faute de La
Lyonnaise de banque, banque tirée, sans rechercher ainsi qu’elle y était
invitée si elle n’avait pas commis de faute en débloquant les fonds au profit
de M. Vivant, sans s’assurer du consentement de la société MMA Vie bien
qu’elle ait également été désignée comme bénéficiaire de ces chèques
(conclusion de la société MMA Vie, p. 40 à 44), la cour d’appel a violé
l’article 1382 du code civil, devenu l’article 1240 ;
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Moyen produit au pourvoi no E 18-12.427 par la SCP Yves et Blaise Capron,


avocat aux Conseils, pour la société Caisse régionale de crédit agricole
mutuel Provence-Côte d'Azur.

Le pourvoi fait grief à l’arrêt infirmatif attaqué D’AVOIR condamné la Crcam


Provence Côte d’Azur à garantir la compagnie Mma vie contre la moitié de
la condamnation que celle-ci a encourue au profit de la société Stell holding ;

AUX MOTIFS QUE « la banque présentatrice est tenue de détecter les


anomalies apparentes d’un chèque qu’elle est chargée d’encaisser pour le
compte de son client, et qu’en s’en abstenant, elle prend les risques dont elle
doit assumer les conséquences » (cf. arrêt attaqué, p. 18, 1er attendu) ;
« qu’intervenant chronologiquement la première dans la circulation du titre,
elle est garante de la régularité de ce dernier » (cf. arrêt attaqué, p. 18,
2e attendu) ; « qu’en présence d’un chèque portant les noms de deux
bénéficiaires, le banquier qui encaisse le chèque à la demande de l’un sans
s’enquérir de l’accord de l’autre commet une faute » cf. arrêt attaqué, p. 18,
3e attendu) ; « qu’en l’espèce, le Crédit agricole a crédité le compte
personnel no 0798201000 ouvert par M. Vivant dans ses livres sans
s’assurer du consentement des Mutuelles du Mans assurance, personne
morale mentionnée en premier sur les chèques » (cf. arrêt attaqué, p. 18,
4e attendu) ; « qu’il ne peut utilement se retrancher derrière le
fonctionnement du compte tel qu’il ressort des relevés informatiques établis
par ses soins ; qu’il convient de relever que les mouvements de chèques
concernent la plupart du temps des montants modiques, fréquemment
inférieurs à 20 000 F, alors que les chèques en cause représentent des
sommes importantes » (cf. arrêt attaqué, p. 18, 4e attendu) ; « que la nature
du compte “affaire” n’est pas démontrée nonobstant la mention sur les
relevés informatiques produits ; que le Crédit agricole ne fournit pas de
documents relatifs d’une part à la convention d’ouverture dudit compte au
nom de M. Vivant, et, d’autre part, à l’encaissement habituel par ce dernier
de chèques portant le nom d’un assureur personne morale » (cf. arrêt
attaqué, p. 18, 5e attendu) ; « que l’utilisation personnelle du compte est
corroborée par certaines opérations telles que versements périodiques sur
un plan d’épargne logement » (cf. arrêt attaqué, p. 18, 6e attendu) ; « que
de plus, l’audition en date du 5 septembre 2000 de M. Guy Prudhomme,
employé par la société Mma met en évidence que M. Vivant avait ouvert un
compte collectif no 00016103190 auprès de la Bnp pour effectuer toutes les
opérations professionnelles liées à son activité de mandataire » (cf. arrêt
attaqué, p. 18, 7e attendu) ; « que la société Mma souligne, à juste titre,
l’absence de preuve du caractère professionnel du compte no 0798291000 ;
que les juges de première instance ont retenu à tort une identité
fonctionnelle nullement établie » (cf. arrêt attaqué, p. 18, 8e attendu) ;
« qu’en permettant l’encaissement des chèques dans les conditions
précitées, le Crédit agricole a commis une faute ayant contribué à la
réalisation du dommage » (cf. arrêt attaqué, p. 18, 9e attendu) ;
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1. ALORS QUE le banquier présentateur qui n’est pas garant de la régularité


du chèque qu’il est chargé d’encaisser, doit s’assurer seulement de la
régularité formelle de celui-ci et vérifier que son libellé ne comporte aucune
anomalie apparente ; que le chèque qui est libellé au profit de deux
bénéficiaires ne comporte pas, pour cette seule raison, une anomalie
apparente que le banquier présentateur serait tenu de relever ; que l’agent
général d’assurance est le mandataire de la compagnie d’assurance avec
laquelle il conclut un traité de nomination ; qu’en énonçant, pour justifier que
les chèques présentés à l’encaissement par la Crcam Provence Côte d’Azur
comportaient une anomalie apparente, que ces chèques étaient libellés au
profit de la compagnie Mma et de M. Roland Vivant, son agent général (arrêt
attaqué, p. 7, sur ce, 5e attendu), et « qu’en présence d’un chèque portant
les noms de deux bénéficiaires, le banquier qui encaisse le chèque à la
demande de l’un sans s’enquérir de l’accord de l’autre commet une faute »,
de sorte la Crcam Provence Côte d’Azur, qui « a crédité le compte personnel
no 0798201000 ouvert par M. Vivant dans ses livres sans s’assurer du
consentement des Mutuelles du Mans assurance, personne morale
mentionnée en premier sur les chèques », « a commis une faute ayant
contribué à la réalisation du dommage » subi par la compagnie Mma, la cour
d’appel, qui méconnaît que les chèques dont M. Roland Vivant a détourné
le montant ne comportaient pas deux bénéficiaires distincts mais un seul
désigné de deux façons différentes, puisque l’agent général de la compagnie
d’assurance est le mandataire de la compagnie d’assurance qu’il représente,
et puisque, lorsqu’il encaisse sur son compte personnel un chèque libellé au
profit de cette compagnie, il l’encaisse au nom et pour le compte de celle-ci,
a violé l’article 2 du règlement portant statut des agents généraux
d’assurance, tel qu’il a été homologué par le décret no 49-317 du 5 mars
1949, ensemble les articles 1382 ancien et 1240 actuel du code civil ;

2. ALORS QU’en l’absence d’anomalie apparente dans le libellé du chèque,


le banquier présentateur ne commet pas de faute en l’encaissant et en
créditant le compte de son bénéficiaire ; qu’en énonçant que la présence du
nom de M. Roland Vivant au côté du nom de la compagnie Mma vie comme
bénéficiaires des chèques que la Crcam Provence Côte d’Azur a encaissés
constituait pour elle, une anomalie apparente, après avoir décidé que la
même circonstance n’était pas constitutive d’une anomalie apparente pour
le banquier tiré, la Lyonnaise de banque (arrêt attaqué, p. 17, 3e attendu),
la cour d’appel, qui ne tire pas la conséquence légale de ses constatations
de fait, a violé les articles 1382 ancien et 1240 actuel du code civil ;

3. ALORS QUE le banquier présentateur d’un chèque à l’encaissement, qui


doit vérifier, sans contrevenir au principe de non-ingérence du banquier dans
les affaires de son client, la régularité formelle du titre, ne peut procéder à
son encaissement qu’au profit du bénéficiaire désigné sur le titre ; qu’il doit
contrôler la correspondance entre le nom du bénéficiaire du chèque et celui
du titulaire du compte au crédit duquel il inscrit son montant ; qu’en l’absence
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d’anomalie apparente du titre, enfin, il ne commet pas de faute ; qu’en


relevant, pour énoncer que la Crcam Provence Côte d’Azur, banque
présentatrice des chèques dont M. Roland Vivant a détourné le montant, a
commis une faute parce qu’elle a crédité le compte personnel de M. Roland
Vivant, quand elle était tenue de vérifier seulement la correspondance entre
le nom du bénéficiaire et celui du titulaire du compte, la cour d’appel, qui
méconnaît que le banquier ne doit pas s’ingérer dans les affaires de son
client et, dans le cas d’espèce, que la Crcam Provence Côte d’Azur ne
pouvait pas s’immiscer dans les relations d’affaires de la compagnie Mma
vie et de son agent général et manda-taire, M. Roland Vivant, a violé les
articles 1382 ancien et 1240 actuel du code civil.