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5. LE MODELE DE L'ANALYSE TRANSACTIONNELLE

5.1. La métaphore du modèle

Ce modèle est un modèle qui nous vient de la psychologie clinique des années 60 (E. Berne, Des jeux et des hommes, 1964, trad. fr. 1975) {cf. figure 8). Il porte de profondes traces de psychologie, puisqu'il postule l'existence en l'individu de trois «instances»: le parent, l'adulte et l'enfant. On reconnaît une sorte de structuration du psychisme autour des données psychanalytiques qui sont le Surmoi (instance normative), la Moi (instance rationnelle d'adaptation à la réalité), et, le Ça (instance de recherche du plaisir et de l'affectif débridé cherchant à

«transgresser» les différentes barrières mises par le Moi et le Surmoi). La métaphore sous-jacente est ici plus complexe:

c'est la métaphore du psychisme selon la conception freudienne. Il y a des transactions socialement acceptables et visibles, il y a, par-dessous, des transactions cachées se rapportant à des motivations individuelles profondes. Ce sont ces motivations qui finalement «entretiennent» le rituel, qui, comme tous les rituels, est fondamentalement fait pour rassurer devant l'angoisse (et, accessoirement sur le plan social, apporter des «bénéfices» sociaux).

P P Transactions sociales A A E E Transactions psychologiques
P
P
Transactions
sociales
A
A
E
E
Transactions
psychologiques

Parent

Adulte

Enfant

FIG. 8. Le modèle transactionnel

5.2. La problématique du modèle

Lorsque l'on a ce modèle comme lunette de vision, on va privilégier des questions portées sur la figure 9. L'analyse d'un des premiers jeux

identifié par Berne (1975), le jeu conjugal du «sans toi», a permis de montrer qu'un jeu d'interactions reposait sur des ressorts psychosociologiques cachés: la peur de l'affrontement de certaines situations. Considérons le jeu du «sans toi».

M. Leblanc: «Reste à la maison et occupe-toi

du ménage.» M me Leblanc: «Sans toi, je pourrais sortir et m'amuser.»

M. Leblanc: «Tu iras chercher la voiture que

j'ai donnée à réparer.» M me Leblanc: «Ah la la, j'aurais pu aller avec mon amie au cinéma.»

Fig. 9. La problématique du modèle transactionnel

Quels bénéfices sociaux?

P P A A E E
P
P
A
A
E
E
transactionnel Quels bénéfices sociaux? P P A A E E Quel niveau d’échange? - normative -

Quel niveau d’échange?

- normative

- rationnel

- affectif

Quelle forme rituelle de lechange?

Quelles règles du jeu?

Quelles transactions cachées?

- quelles motivations?

- quels avantages psychologiques?

La structure de la relation est simple: il y a donc instruction et protestation acceptation en réponse. Sur ce canevas, on peut imaginer quantité de dialogues. Si un jeu est ainsi répété sans arrêt, c'est, dit E. Berne, qu'„il apporte à ses acteurs des bénéfices». Pour la femme: pouvoir accuser son mari de la brimer, faire croire qu'elle pourrait faire d'autres activités sans son autoritarisme, pouvoir se venger sur la vie sexuelle conjugale, etc. Pour l'homme: éviter l'intimité sexuelle sans perdre l'estime

de soi en provoquant le refus, la liberté d'aller faire ce qu'il veut, bénéfice social de pouvoir participer au jeu «les femmes sont un mystère» avec d'autres hommes Mais la plus importante des découvertes de Berne est celle d'avoir montré que ces jeux étaient destinés à cacher des peurs inconscientes. «M me Dodakis, relate Berne, se plaignait donc que son mari lui

interdisait toute activité sociale ou sportive. Devant l'amélioration que ce traitement lui avait apporté, son mari perdit de son assurance et retira ses interdictions, ce qui permit à la patiente d'élargir librement le champ de ses activités. À cause de son adolescence "cloîtrée", elle avait toujours désiré prendre des leçons de natation et de danse. Une fois inscrite à ces cours, quelle ne fut pas sa surprise et sa consternation de s'apercevoir qu'elle avait une peur maladive des pistes de danse et une profonde

horreur des piscines. Elle dut renoncer à ses projets

même ordre, mit à nu certains aspects importants de la structure de ce mariage. Parmi des prétendants nombreux, la future M me Dodakis s'était choisi pour époux un homme autoritaire. Elle put alors jouer au jeu du «sans toi» avec son mari et au jeu du „sans lui” avec ses amies. La suite, bien sûr, montra que, contrairement à ses plaintes, son mari lui rendait un véritable service en lui défendant quelque chose dont elle avait une peur profonde et en lui évitant de prendre conscience de ses frayeurs. «Le but du "sans toi", dit E. Berne, peut être ou bien de se rassurer ("ce n'est pas que j'ai peur, c'est qu'il m'empêche"), ou bien de se défendre ("ce n'est pas que je n'essaie pas, c'est qu'il me retient") ” Un jeu d'interactions est donc un système récurrent et répétitif mis en place pour préserver l'individu ou le groupe de confrontations avec des situations qu'il ne peut maîtriser. De ce fait il apporte des bénéfices psychologiques aux différents acteurs. Ce modèle porte en lui les éléments essentiels sur lesquels s'appuiera ensuite l'école de Palo Alto, en particulier la notion fondamentale de «communication paradoxale». La communication paradoxale est présente dans cet exemple très célèbre du jeu du «sans toi». En effet, M. Leblanc dit explicitement à son épouse «fais ceci ou cela» (il donne des instructions) et M me Leblanc lui répond en protestant mais en obéissant: «Oh la la! Sans toi, j'aurais pu faire ceci ou cela.» Mais sous ces transactions visibles, existent des transactions cachées sur le plan psychologique. M. Leblanc dit à son épouse: «J'ai besoin de ta dépendance car j'ai peur d'un manque de sollicitude» (mes exigences sont faites pour m'assurer de ta présence), et M me Leblanc répond: «J'ai besoin de cette autorité car j'ai peur de la liberté de faire toute seule» (mon obéissance est faite pour me faire éviter l'expérimentation de ma liberté). Le jeu apportant là, à chacun, des avantages psychologiques importants car il leur permet d'éviter des situations qu'ils ne sauraient maîtriser. Finalement, une communication paradoxale de la part de ces acteurs est présente. Pour M me Leblanc: une plainte explicite concernant l'exigence du mari et, en même temps, une demande d'exigence pour être protégée. Pour M. Leblanc: il la traite de manière qu'elle ait toutes les raisons de ne pas lui montrer sa sollicitude, bien qu'il en ait besoin. Avec le modèle de l'analyse transactionnelle, la communication est définie comme une succession ritualisée d'échanges se déroulant à plusieurs niveaux. Le problème fondamental est alors de savoir quels sont les motivations profondes et les avantages tirés des rituels qui maintiennent en place de tels cycles de communication.

»

Cette mésaventure, s'ajoutant à d'autres du