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Dr.

MERAD Module de PHYSIOLOGIE Année Universitaire : 2018-2019

Physiologie De La Glande Thyroïde


I. Notion d’anatomie :
La glande thyroïde est un corps impair et médian appliqué sur la partie antérieure de l’axe
laryngotrachéal. Elle présente une partie moyenne, mince et étroite, appelée isthme, et
deux parties latérales volumineuses, les lobes droit et gauche.
Du bord supérieur de l’isthme part inconstamment un prolongement supérieur, le plus
souvent latéralisé à gauche, de hauteur variable (au maximum jusqu’à l’os hyoïde) : le lobe
pyramidal (ou pyramide de Lalouette).
Ses dimensions, variables selon les individus, sont approximativement de 5 cm de large (à
la partie moyenne des deux lobes) et de 5 cm de haut (pour chaque lobe). L’épaisseur est
d’environ 1,5 cm.
Ces dimensions sont significativement plus importantes chez la femme que chez l’homme.
Le volume total de la glande est de l’ordre de 10 à 28 mL [68], son poids d’environ 30 g. Située au tiers inférieur
du cou, elle est maintenue par sa capsule fibreuse et surtout des adhérences à la trachée (ligaments thyrotrachéaux
de Gruber) et à la gaine carotidienne (ligament latéral de Berry).
En position habituelle, elle se place en avant des deuxième et troisième anneaux trachéaux.

II. Notion d’histologie :


L’unité fonctionnelle de la thyroïde est le follicule thyroïdien, sphère de 200 à 300 μm de diamètre constituée
d’une paroi épithéliale et d’un contenu amorphe, pâteux et jaunâtre à l’état frais : la colloïde.
L’épithélium est unistratifié et contient des cellules folliculaires, majoritaires, et des cellules plus claires, dites
parafolliculaires. Les cellules folliculaires sont encore dites vésiculaires ou appelées thyrocytes.
Le pôle basal des cellules folliculaires repose sur la lame basale du follicule, en contact avec les capillaires, alors
que leur pôle apical, recouvert de microvillosités, se projette dans le colloïde.
Le noyau est central, d’autant plus basal que la cellule est active.
Les autres organites incluent des mitochondries, un réticulum endoplasmique
granulaire, des ribosomes, un appareil de Golgi et de nombreuses vésicules
d’exocytose et d’endocytose. Les organites sont d’autant plus développés et le
colloïde réduit que la glande est hyperactive.
Les cellules parafolliculaires représentent moins de 1% du parenchyme
thyroïdien total. Elles sont plaquées contre la
lame basale qui limite le follicule thyroïdien, et
n’entrent jamais en contact avec la colloïde.
Elles sont caractérisées par la présence de
grains de sécrétion, visibles en microscopie
électronique, contenant la calcitonine.

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III. Biosynthèse des hormones thyroïdienne :
La biosynthèse des hormones thyroïdiennes se déroulent en plusieurs étapes :
1- Synthèse d’une pro hormones, la thyroglobuline ;
2- Captation et concentration de l’iode à partir de la circulation sanguine ;
3- Iodation de la thyroglobuline sur les résidus tyrosyls et couplage de ces résidus sur la molécule de
thyroglobuline au pôle apical de la cellule thyroïdienne ;
4- Recaptation et protéolyse de la thyroglobuline et libération de la tri-iodo-thyronine T3, tétra- iodo-
thyronine T4, mono-iodo-tyrosine MIT et di-iodo-tyrosine DIT.

IV. Structure des hormones thyroïdiennes :


Les hormones produites par la glande thyroïde sont dérivées d’un
acide aminé, la tyrosine, et sont donc caractérisées par la présence
des groupements acide (COOH) et amine primaire (NH2).
Elles contiennent également deux noyaux phénols. Sur les anneaux
sont branchés trois ou quatre atomes d’iode. Sont ainsi produites :
 La thyroxine (ou T4 ou 3, 5, 3’, 5’ tétra-iodo-thyronine) ;
 La 3, 5, 3’ tri-iodo-thyronine (ou T3).
La T3 n’est produite par la thyroïde qu’en quantité réduite (20
%). Elle provient essentiellement de la désiodation de l’anneau
externe de la T4 par les tissus cibles périphériques (foie, rein,
muscle, cerveau), cette production périphérique s’adaptant aux
conditions physiologiques.

V. Principales étapes de la biosynthèse des hormones thyroïdiennes :


La biosynthèse des hormones thyroïdiennes HT se déroulent en plusieurs étapes successives :
1. Mise à disposition de l’iode à partir du courant circulatoire : cette étape comprend
a. Captage de l’iode au niveau du pôle basal de la membrane du thyrocyte grâce à un transporteur spécifique
actif appelé symporteur iodure-sodium ou NIS ;
b. Transfert de l’iode dans le cytoplasme ;
c. Transfert de l’iode à travers le pôle apical de la membrane du thyrocyte grâce à un autre transporteur, la
pendrine ;
2. Incorporation des atomes d’iodes dans la thyroglobuline : cette étape est dite organification, elle correspond à
l’incorporation des atomes d’iodes sur les résidus tyrosyls présents sur la thyroglobuline, cette étape nécessite
l’oxydation préalable des atomes d’iodes grâce à une enzyme, la thyroperoxydase.
3. Dissociation des hormones thyroïdiennes de la thyroglobuline et leur libération dans le courant circulatoire.

A. Captation de l’iode au pôle latero-basal : le NIS


L’iode est capté sous forme d’ion (iodures) au pôle latérobasal des cellules folliculaires. Le transport à travers la
membrane cellulaire se fait par un mécanisme il est donc saturable et réversible.
Ce transport se fait grâce à un transporteur appelé symporteur iodure-sodium ou NIS (appelé ainsi car ce
système utilise un flux entrant concomitant de sodium). Dans la thyroïde, le NIS est exprimé (présent)
spécifiquement dans la membrane basolatérale.
L’activité du NIS est stimulée par la TSH (Thyroïd Stimulating Hormone) hypophysaire.L’influx d’iodure dans la
cellule est inhibé de façon compétitive par d’autres anions comme les ions perchlorate (ClO4-), pertechnétate
(99mTcO4-), thiocyanate (SCN-) et perrhenate (ReO4-).
B. Transport transmembranaire de l’iodure au pôle apical : la Pendrine
L’iodure entré dans la cellule folliculaire peut rediffuser vers l’extérieur (probablement passivement du fait du
gradient électrochimique) ou être transféré dans la lumière folliculaire et le colloïde. Le transport
transmembranaire de l’iodure au pôle apical nécessite également transporteur protéique actif appelé pendrine.

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C. Organifigation des iodures : hormono synthèse thyroïdienne proprement dite :
L’iodure capté par la cellule folliculaire et excrété dans la colloïde est incorporé à la thyroglobuline. Cette
incorporation est appelée organification de l’iode et l’iode est dit alors organique.
La thyroglobuline est une glycoprotéine synthétisée dans la cellule folliculaire et excrétée dans la colloïde. Sous
l’action d’une enzyme spécifique, la thyroperoxydase ou TPO, l’iode est couplé à certains résidus de tyrosine
présents dans la thyroglobuline.
Dans cette réaction, le peroxyde d’hydrogène H2O2 est un élément limitant et sa mise à disposition dépend d’un système
enzymatique : le système générateur d’H2O2.
L’iodation des résidus tyrosine aboutit à la formation d’iodotyrosines (mono-iodo-tyrosines MIT ou di-iodo-
tyrosines DIT) et le couplage de deux iodotyrosines à la formation des iodothyronines (T3 ou T4).
- T3 = MIT + DIT - T4 = DIT + DIT
B. Sécrétion des hormones thyroïdiennes :
Après organification et synthèse hormonale, la thyroglobuline iodée portant les hormones thyroïdiennes
nouvellement synthétisées est recaptée par la cellule folliculaire. Cette recapture se fait par un procédé
d’endocytose ou plus précisément d’endopinocytose (car il s’agit de l’endocytose d’un produit liquidien).
La vésicule internalisée fusionne avec un organite intracellulaire accepteur appelé endosome précoce puis elle est
transférée de proche en proche vers un endosome tardif (ou prélysosome) et enfin vers un lysosome.
A l’intérieur des lysosomes, la thyroglobuline va subir l’action d’enzymes protéolytiques (endopeptidases et
exopeptidases). Ce processus de protéolyse permet la libération dans le cytoplasme de la cellule folliculaire des
hormones thyroïdiennes T3, T4, celle-ci diffusent ensuite passivement à travers le pose latérobasal du thyrocyte.
L’action enzymatique libère également la thyroglobuline qui subit une dégradation par des enzymes protéasiques
ainsi que des MIT et des DIT (non couplées qui n’ont pas servi a la synthèse d’hormones thyroïdiennes).
Ces MIT et DIT sont rapidement décomposées en résidus tyrosine et en ions iodure par une enzyme désiodase
spécifique localisée dans la membrane du réticulum endoplasmique. Cet effet permet le recyclage intra thyroïdien
d’iodures qui vont servir à de nouveaux processus d’hormonosynthèse thyroïdienne. Ces iodures constituent de ce
fait une source endogène en iode.
La thyroïde produit ainsi quotidiennement 85 à 125 μg de T4. Seuls 20 % de la T3 produite proviennent de la
thyroïde elle-même, 80 % étant issus de la transformation périphérique à partir de la T4. La concentration en HT
augmente dans les 30 minutes qui suivent une injection de TSH.

VI. Etapes et mode d’action des hormones thyroïdiennes :


La T3 représente la forme active des hormones thyroïdiennes. La T3 exerce ses effets sur les cellules cibles en y
activant ou bien en y inhibant l’expression de gênes. Par exemple, l’effet inotrope positif (augmentation de la
contractilité du myocarde) de la T3 sur le myocarde résulte, entre autres mécanismes, de l’augmentation de
l’expression du gène codant la chaîne lourde de la myosine α (protéine intervenant dans la contraction
musculaire).
Inversement, dans l’hypophyse, la T3 diminue l’expression des gènes codant les chaînes α et β de la TSH par les
cellules thyréotropes.
La T3 exerce donc ses effets physiologiques en contrôlant positivement ou négativement l’expression des gènes
cibles. On parle d’activité transcriptionnelle ou encore d’activité transactivatrice.
Ce contrôle, par définition intranucléaire, nécessite en fait de nombreuses étapes :
1- Transport plasmatique des HT : Les hormones thyroïdiennes circulent dans le plasma sous deux formes :
 Formes libre, biologiquement active et qui ne représente que 0.02% du total de la T4 sérique et 0.3% du total de la
T3 sérique.
 Forme liée à des protéines plasmatiques. Les trois principale protéines de transport des hormones thyroïdiennes sont
thyroxine-binding globulin (TBG), la transthyrétine (TTR, ou thyroxine- binding prealbumine = TBPA) et l’albumine.
2- Transport transmembranaire des hormones thyroïdiennes : Leur transport ne se fait pas par diffusion
simple, il est facilité par l’utilisation d’un ou de plusieurs systèmes spécifiques.

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3- Désiodation : La transformation de la T4 en T3 résulte d’une monodésiodation. Selon l’enzyme qui en est
responsable et la position de l’atome d’iode retiré, cette monodésiodation aboutit à la production de la T3 active ou
d’une forme inactive : la reverse T3 (rT3). Les enzymes responsables de ce processus sont au nombre de trois :
- La désiodase de type I est une 5’-désiodase (5’DI) :
Elle ôte l’atome d’iode de la position 5’ de l’anneau phénol de la T4, de la T3 ou de leurs métabolites successifs.
Son substrat préférentiel est la rT3 mais elle permet aussi la production de T3 active par désiodation de la T4.
La 5’DI est présente dans le foie, le rein, la thyroïde et l’hypophyse, et dans de nombreux tissus en plus faibles
quantités. La 5’DI hépatique serait l’enzyme responsable de 70 % de la quantité de T3 circulante.
- La désiodase de type II est également une 5’-désiodase (5’DII) : Son substrat préférentiel est la T4 et elle
est surtout présente dans le système nerveux central (dont l’hypophyse) et le tissu adipeux brun.
- La désiodase de type III : retire l’atome d’iode de la position 5 (ou de la position 3 équivalente) de l’anneau
tyrosyl. Cette 5- désiodase (5DIII) est donc une enzyme inactivatrice des HT et de leurs métabolites.
Son substrat préférentiel est la T3, même si elle inactive aussi la T4 en rT3. Elle est produite dans la plupart des
tissus, notamment le placenta, mais pas dans le foie, le rein, la thyroïde ou l’hypophyse.
4- Transport cytosolique de la T3 vers le noyau : Présente dans le cytoplasme, la T3 se lie avec des protéines
cytosoliques appelées protéines cytosoliques de transport de la T3 (cytosolic thyroid hormone binding protein ou CTHBP).
5- Mécanisme d’action génomique de la T3 : La T3 exerce ses effets en se fixant sur des récepteurs nucléaires
spécifique TR. Les TR reconnaissent, dans les régions régulatrices de leurs gènes cibles, des séquences spécifiques
appelées éléments de réponse aux HT (ou TRE).
En absence de T3, les TR sont liées à des protéines nucléaires inhibitrices appelées corépresseurs. Ces corépresseur
empêchent la fixation de la machinerie transcriptionnelle empêchant de ce fait l’expression du gêne cible.
En présence de T3, l’hormone se lie aux TR. Il se produit un largage des corépresseurs qui sont remplacés par des
protéines nucléaires activatrices appelées coactivateurs. Ces coactivateurs permettent la fixation de la machinerie
transcriptionnelle et de ce fait l’expression de la gêne cible.

VII. Catabolisme des hormones thyroïdiennes :


 La principale voie de dégradation par désiodation 80 %.
 Les autres voies de dégradation : glucuronoconjugaison, sulfoconjugaison, décarboxylation,
désamination, et le clivage du pont éther entre les deux anneaux.
 Les multiples métabolites résultants conservent une activité biologique modérée.

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VIII. Contrôle de la fonction thyroïdienne :
Axe hypothalamo-hypophyso-thyroïdien et rétrocontrôle négatif :
La fonction thyroïdienne est soumise à un système fin de contrôle. Ce système est hiérarchisé et organiser sous la
forme d’un axe comprenant l’hypothalamus, l’hypophyse et la glande thyroïde. Cet axe porte le nom d’axe
hypothalamo-hypophyso-thyroïdien ou axe thyrotrope.
L’hypothalamus sécrète une hormone glycopeptidique Thyrotropin-Releasing Hormone TRH, cette dernière se lie à
des récepteurs spécifiques présents sur des cellules particulières de l’antéhypophyse. Ces cellules portent le nom
de cellules thyrotropes.
Les cellules thyrotropes de l’antéhypophyse sous l’effet de la TRH sécrètent la Thyroïde Stimulating Hormone
TSH, cette hormone est véhiculée par le sang. Elle se fixe sur des récepteurs spécifiques des cellules folliculaires
thyroïdiennes stimulant d’une part la prolifération cellulaire thyroïdienne et provoquant d’autre part la sécrétion
hormonale thyroïdienne de T3 et T4.
Les hormones thyroïdiennes ainsi produites exercent un rétrocontrôle négatif sur leur propre production en
inhibant la sécrétion de TRH hypothalamique et de TSH hypophysaire.
Ce système de rétrocontrôle négatif ou Feedback négatif permet de maintenir un taux stable normal des
hormones thyroïdiennes assurant constamment un état de stabilité clinique et biologique appelé euthyroïdie.

IX. Rôle de l’iodure :


L’iode élément fondamental de l’hormonosynthèse thyroïdienne participe également au contrôle de la synthèse
hormonale qui doit à tout moment couvrir les besoins métaboliques de l’organisme. Ainsi et en fonction des
apports exogènes en iodes on observe :
En situation d’excès en iode ;
 Diminution de la sensibilité à l’action de la TSH;
 Inhibition de l’oxydation de l’iodure et du couplage oxydatif des iodotyrosines en iodothyronines ; cet
effet est appelé effet de Wolff-Chaikoff ;
 Inhibition de l’expression du symporteur de l’iodure et du captage de l’iodure ; cet effet, tardif, permet
un échappement à l’effet de Wolff-Chaikoff ;
 Inhibition de l’endocytose de la thyroglobuline et de la sécrétion des HT ;
 Inhibition de la prolifération des cellules thyroïdiennes.
En situation de carence en iode :
Inversement, la carence iodée prolongée et profonde diminue le niveau de la synthèse hormonale ce qui aura
pour effet une augmentation de la TSH et par voie de conséquence à la stimulation de la prolifération de
cellules thyroïdiennes qui tend à maintenir un certain niveau de sécrétion hormonale. Ce phénomène secondaire
au déficit en iode est à l’origine de l’apparition d’un goitre dit goitre par carence iodé ou goitre endémique.

X. Autres facteurs de contrôle de la fonction thyroïdienne :


Le système de rétrocontrôle faisant intervenir le couple TRH/TSH est la principale voie de régulation de
l’hormonosynthèse thyroïdienne. Cependant d’autres facteurs interviennent. Ces facteurs peuvent être activateurs
ou, au contraire, inhibiteurs du fonctionnement thyroïdien:
Les facteurs activateurs sont des neurotransmetteurs comme les prostaglandines de type E, la noradrénaline, le
vaso-intestinal peptide (VIP), le facteur atrial natriurétique (ANP) et l’acétylcholine ; des facteurs de croissance
comme le Fibroblast Growth Factor (FGF) et l’IGF-1 ; des cytokines et l’insuline.

Les facteurs inhibiteurs sont la somatostatine, le cortisol, le Tumor Necrosis Factor (TNFα et TNFβ), l’interféron
et l’interleukine 1.