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LES MAITRES ET LE SENTIER

Par Charles Webster LEADBEATER (1854-1934) — 1925

Traduit de l'anglais

Original : Publications Théosophiques 3 e édition — 2003

Droits : Avec l'autorisation des Publications Théosophiques

Édition numérique finalisée par GIROLLE (www.girolle.org) — 2015

Remerciements à tous ceux qui ont contribué aux différentes étapes de ce travail

NOTE DE L'ÉDITEUR NUMÉRIQUE

L'éditeur numérique a fait les choix suivants quant aux livres publiés :

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- L'orthographe traditionnelle ou de l'époque a été remplacée par l'orthographe rectifiée de 1990 validée par l'académie française.

PRÉFACE

Une seule raison peut m'inciter à écrire cette préface au livre de mon honoré collègue. Ce livre parle de maintes choses qui ont été jusqu'ici étudiées et discutées dans un cercle relativement réduit, composé d'étudiants très versés en théosophie, et prêts à apprécier toute information concernant des régions qui leur sont encore inconnues, mais qu'ils espèrent pouvoir atteindre plus tard, vérifiant ainsi directement les affirmations de leurs ainés. Les rapides changements dans le Monde de la pensée rendent utiles la diffusion de quelques notions susceptibles de contribuer à préparer dans une certaine mesure l'esprit du public.

Je puis personnellement garantir l'exactitude de presque toutes les assertions faites dans ce livre, aussi je désire m'y associer, ajoutant au nom de mon collègue, comme au mien, que cet ouvrage n'est qu'un recueil d'observations, aussi soigneusement faites que consignées, sans aucune prétention à faire autorité, ni à être acceptées comme telles. Ce livre ne prétend pas être inspiré, c'est un compte rendu honnête de choses vues par son auteur.

Annie Besant

LIVRE

PREMIÈRE PARTIE

LES MAITRES

CHAPITRE PREMIER

L'EXISTENCE DES MAITRES

L'existence d'hommes devenus parfaits est l'un des plus importants parmi les nombreux faits que nous présente la Théosophie. Ce fait découle logiquement des enseignements théosophiques du "Karma" et de l'évolution par la "réincarnation". En observant notre entourage nous voyons des hommes à des stades fort différents d'évolution : beaucoup d'entre eux bien au-dessus de nous comme développement, d'autres nettement en avance sous tel ou tel rapport. Du moment qu'il en est ainsi, il se peut bien, qu'il existe d'autres hommes également beaucoup plus avancés encore ; en vérité, si l'humanité progresse à travers une longue série de vies successives tendant vers un but défini, il doit se trouver des hommes qui ont atteint ce but.

Il y a une accumulation considérable de témoignages directs au sujet de l'existence de ces hommes parfaits que nous appelons les Maitres. Cependant, j'estime que chacun de nous devrait, tout d'abord, se convaincre que de tels hommes doivent nécessairement exister ; après cela seulement pourrons-nous déduire que ceux avec lesquels nous sommes entrés en contact appartiennent à cette classe. L'histoire de toutes les nations est remplie des actions [8] des hommes de génie dans tous les domaines de l'activité humaine, d'hommes qui, dans leur branche particulière de travail, dépassèrent de beaucoup le niveau de la masse, le dépassèrent, en fait, de si haut qu'à certaines périodes (et vraisemblablement plus souvent encore que nous le pensons leurs idéals furent tout à fait inaccessibles à leurs contemporains. On comprendra donc que, non seulement le travail que ces hommes auraient pu accomplir a été perdu pour l'humanité, mais que leur nom même n'a pas été retenu et conservé.

On a dit que l'histoire d'une nation pouvait se réduire à la biographie d'un très petit nombre d'individus, un nombre infime d'hommes d'élite, dépassant de haut la foule et lui faisant franchir de grands pas dans tous les domaines : arts, musique, littérature, sciences, philosophie, philanthropie,

politique, religion. Ces hommes surpassent leur milieu, les uns dans l'amour de Dieu et du prochain : ce sont les saints et les philanthropes ; d'autres par leur exceptionnelle compréhension de l'homme et de la nature : ce sont les philosophes et les savants ; d'autres enfin par leur efforts pour l'avancement de l'humanité : ce sont les grands littérateurs et les réformateurs.

Si l'on considère à quelles hauteurs de tels hommes se sont élevés dans l'humanité et quelle distance ils ont franchie dans l'évolution, n'est-il pas logique de dire que nous ne pouvons en apercevoir les frontières et qu'il peut fort bien s'être trouvé, à une certaine époque, et se trouver encore aujourd'hui des hommes plus développés même que ceux dont l'histoire nous a transmis les noms, des hommes grands en spiritualité comme en savoir ou en puissance artistique, des hommes complets sous le rapport des perfections humaines, des hommes précisément tels que les "Adeptes" ou surhommes, que certains d'entre nous on eu l'inestimable privilège de rencontrer ?

Cette pléiade de génies qui enrichit et embellit les pages de l'Histoire est, en même temps, la gloire et l'espoir de toute l'humanité, car nous savons qu'ils sont les précurseurs et qu'ils brillent comme des flambeaux, nous montrant le sentier que nous devons gravir, si nous désirons atteindre cette gloire. Nous avons accepté depuis [9] longtemps la doctrine de l'évolution des formes à travers lesquelles se manifesta la Vie divine ; voici l'idée complémentaire et beaucoup plus haute, de l'évolution de cette Vie divine indiquant la raison de ce merveilleux développement de formes de plus en plus plastiques, la Vie ayant besoin de ces formes pour s'exprimer. Les formes naissent et meurent ; les formes croissent, déclinent puis disparaissent, mais l'esprit vit éternellement donnant l'âme à ces formes et évoluant au moyen de l'expérience acquise dans ces formes et par elles ; lorsque telle forme a atteint son but et est devenue périmée, elle est rejetée, afin qu'une autre forme mieux appropriée puisse prendre sa place.

Derrière la forme en évolution se trouve toujours la Vie éternelle ; cette Vie divine imprègne la nature entière, qui n'est que le manteau aux multiples couleurs que revêt Dieu. C'est Lui qui se manifeste dans la beauté de la fleur, dans la force de l'arbre, dans la grâce souple de l'animal, tout autant que dans le cœur et dans l'âme de l'homme. C'est parce que Sa volonté s'identifie avec l'Évolution que nous voyons cette poussée de la vie s'exercer en tous lieux et dans tous les sens, et c'est pourquoi l'existence d'Hommes parfaits est la chose la plus naturelle qui soit au monde, comme étant le sommet d'une ascension continue en puissance, en sagesse et en amour. Et, même au-delà de ces grands Êtres, par-delà notre vision et notre compréhension, s'étendent

des horizons plus merveilleux encore, dont nous essaierons de donner un aperçu plus loin.

La conséquence logique de ce fait est qu'il doit nécessairement y avoir

des Hommes parfaits. En vérité, les signes ne manquent pas de l'existence,

à travers tous les âges, d'hommes qui, au lieu de quitter entièrement notre

monde afin de poursuivre une vie personnelle dans le royaume surhumain ou divin, sont restés en contact avec l'humanité, par amour pour elle, pour l'assister dans son évolution en beauté, en amour et en vérité, pour aider à cultiver, pour ainsi dire, l'Homme parfait ; de même que nous voyons [10]

le botaniste consacrer une profonde affection à ses plantes et mettre sa gloire

à produire un fruit parfait, une fleur parfaite.

Les écritures de toutes les grandes religions témoignent de la présence,

à certaines époques, de tels surhommes, si débordants de la vie divine, qu'ils

ont été maintes fois considérés comme les représentants de Dieu même. Dans chaque religion, et plus spécialement au moment de sa fondation, un tel Être est apparu et parfois même plus d'un. Les Indous ont leurs grands Avatars ou incarnations divines, telles que Shri Krishna, Shri Shankarâchârya et le Seigneur Gautama Bouddha, – dont la religion s'est étendue à tout l'Extrême-Orient, – ainsi qu'un grand nombre de Rishis, de saints, d'instructeurs. Ces grands Êtres s'intéressèrent non seulement à l'éveil de la nature spirituelle de l'homme, mais aussi à tout ce qui pouvait contribuer à son bienêtre ici-bas. Tous ceux qui appartiennent au monde chrétien connaissent bien – ou tout au moins devraient connaitre – la grande succession des Prophètes, instructeurs et saints de leur propre religion, ils savent que, dans un certain sens (peut-être pas clairement compris) leur suprême instructeur, le Christ, est aussi bien humain que divin. Toutes les anciennes religions, si décadentes que certaines puissent être, au milieu de la décadence des nations, même celles des tribus primitives, ont comme caractéristique l'existence de surhommes qui donnèrent leur aide de diverses manières, aux peuples-enfants, parmi lesquels ils vécurent.

Les témoignages directs récents de l'existence de ces Grands Êtres ne manquent pas. Dans ma prime jeunesse, je n'ai pas ressenti le besoin de semblables témoignages, car mes études m'avaient pleinement convaincu que de tels Êtres existent. Il me semblait parfaitement naturel de croire à l'existence de ces hommes glorieux et mon plus vif désir était de les rencontrer face à face. Cependant, beaucoup parmi les nouveaux membres de la Société désirent, et c'est naturel, connaitre les témoignages qui peuvent être cités. Nous dirons donc que M me Blavatsky et le Colonel Olcott, les

fondateurs [11] de la Société Théosophique, le D r Annie Besant et moi- même, nous avons tous vu quelques-uns de ces grands Êtres ; d'autres membres de la Société ont également eu le privilège de voir un ou deux des Maitres. On trouve à cet égard de nombreuses affirmations dans les écrits des personnes que je viens de citer.

On objecte parfois que ceux qui ont vu les Maitres – ou s'imaginent les avoir vu – peuvent avoir seulement rêvé d'eux ou avoir été le jouet d'une illusion. Il est certain que nous avons très rarement vu les Adeptes aux moments où, comme eux, nous occupions nos corps physiques. Dans les premiers temps de la Société, quand seule M me Blavatsky avait développé les facultés supérieures, il advint assez fréquemment que les maitres se matérialisèrent, afin que tout le monde pût Les voir. On en trouvera de nombreux témoignage dans l'histoire des premiers temps de notre Société ; naturellement les grands Êtres qui se montraient ainsi n'étaient pas dans leur corps physique, mais seulement dans une forme matérialisée.

Beaucoup d'entre nous les voient habituellement et régulièrement durant le sommeil. Nous partons dans notre corps astral (ou dans notre corps mental, selon notre degré de développement) pour leur rendre visite et nous les voyons dans leur corps physique, mais nous ne sommes pas alors dans le nôtre et c'est pourquoi, sur le plan physique, les gens ont tendance au scepticisme à propos de cette sorte d'expérience. Ils objectent : "En pareil cas, vous qui dites avoir vu les Maitres, vous étiez hors de votre corps physique, et alors que vous avez pu rêver ou être le jouet d'une illusion ; ou bien ceux que vous avez vus vous ont apparu phénoménalement et ont disparu de nouveau, comment donc êtes-vous surs de leur identité ?"

En fait, on peut citer un petit nombre de cas dans lesquels l'Adepte et celui qui l'a vu étaient, tous deux en même temps, dans leur corps physique. Ceci arriva, entre autres, à M me Blavatsky ; je l'ai entendu certifier avoir vécu quelques temps dans un monastère dans le Népal, où elle vit constamment trois de nos maitres, [12] dans leur corps physique. Certains d'entre eux sont venus plusieurs fois de leurs retraites himalayennes jusque dans l'Inde, dans leur corps physique. Le Colonel Olcott a raconté en avoir vu deux d'entre eux, en de semblables occasions : le Maitre Morya et le Maitre Kuthumi. Damodar K. Mavalankar, que je connus en 1884, avait rencontré le Maitre Kuthumi dans son corps physique. Je citerai aussi le cas de S. Ramaswami Yer – que j'ai bien connu à cette époque – à qui il arriva de rencontrer physiquement le Maitre Morya, ainsi qu'on peut le lire dans l'article "Comment un Chéla trouve son Guru", paru dans le livre Five years

of Theosophy. M. W. T. Brown, de la "London Lodge" eut, lui aussi, le privilège de rencontrer un des grands Êtres, en des circonstances similaires. Il y a, d'autre part, quantité de témoignage indous, qui n'ont jamais été systématiquement recueillis ni contrôlés, principalement pour la raison majeure que ceux à qui ces expériences survinrent étaient si entièrement persuadés de l'existence de surhommes et de la possibilité de les rencontrer, qu'ils ne jugèrent pas intéressant de tenir compte de pareilles expériences individuelles.

En ce qui me concerne, je puis citer deux occasions dans lesquelles j'ai rencontré un Maitre, chacun de nous étant dans son véhicule physique. L'un d'eux est l'Adepte à qui est attribué le nom conventionnel de Jupiter, dans le livre intitulé les Vies d'Alcyone, et qui aida beaucoup M me Blavatsky à écrire certaines parties de son célèbre ouvrage, Isis dévoilée, alors qu'elle y travaillait à Philadelphie, puis à New York. Quand je vivais à Adyar, il eut la bonté de prier mon instructeur révéré, Swami T. Subba Row, de me conduire chez lui. Nous rendant à son invitation, nous fîmes le voyage jusqu'à sa résidence, où il nous reçut fort gracieusement. Après une longue conversation du plus profond intérêt, nous eûmes l'honneur de diner avec lui, tout Brahmane qu'il fut, et passâmes la nuit et une partie du jour suivant sous son toit. On conviendra que, dans cette circonstance, il ne saurait être question d'illusion. L'autre Adepte que j'eus le privilège de rencontrer est le Compte [13] de Saint-Germain, appelé aussi le Prince Rakoczi. Je le rencontrai dans les circonstances les plus ordinaires sans aucun rendez-vous préalable, et comme par hasard, descendant le Corso, à Rome, vêtu tout comme le premier gentleman italien venu. Il me mena dans les jardins sur la colline du Pincio et nous étant assis, nous causâmes plus d'une heure de la Société et de son œuvre, ou plutôt, devrais-je dire, il parla et j'écoutai, tout en répondant quand il me questionnait.

J'ai vu d'autres membres de la Grande Fraternité en diverses occasions. Ma première rencontre avec l'un d'eux eut lieu dans un hôtel du Caire. Je me rendais aux Indes avec M me Blavatsky et d'autres personnes et nous restâmes quelque temps dans la capitale égyptienne. Nous avions l'habitude de nous réunir pour travailler dans la chambre de M me Blavatsky ; j'étais assis sur le plancher, en train de découper et de coller des articles de journaux dont elle avait besoin ; elle était assise à une table non loin de là, mon bras gauche touchait sa robe. La porte de la chambre était bien en vue et elle ne s'ouvrit certainement pas. Tout à coup, sans la moindre préparation, je vis un homme, debout entre M me Blavatsky et moi, et que nous aurions pu l'un

l'autre toucher. J'eus un grand sursaut et manifestai quelques confusions. M me Blavatsky, très amusée, me dit alors : "Si vous n'en savez pas encore assez pour dominer votre saisissement à propos d'une telle vétille, vous n'irez pas bien loin en occultisme". Je fus présenté au visiteur, qui n'était pas encore un Adepte, mais un Arhat, ce qui correspond au degré inférieur ; il est, depuis, devenu le Maitre Djwal Koul.

À quelques mois de là, le Maitre Morya vint nous voir un certain jour, avec toutes les apparences d'une incarnation physique ; il traversa la pièce où je me trouvais, pour se rendre chez madame Blavatsky qui travaillait dans sa chambre à coucher. C'était la première fois que je le voyais distinctement, car à cette époque je n'avais pas encore développé suffisamment mes sens latents pour me souvenir de ce que j'avais vu dans mon corps subtil. Je vis une autre fois le Maitre Kuthumi dans des conditions [14] analogues, sur le toit de notre Siège central à Adyar, où nous l'aperçûmes soudain enjambant une balustrade comme s'il venait juste de se matérialiser, de l'autre côté. J'ai vu également, bien des fois, le Maitre Djwal Kul, sur ce toit, de la même manière.

Peut-être ces derniers témoignages paraitront-ils de moindre valeur, parce que les Adeptes se manifestèrent comme apparitions, mais, ayant appris, depuis lors, à me servir librement de mes véhicules supérieurs et ayant usé pour mon compte du même procédé pour me rendre chez les grands Êtres, je puis certifier que ceux qui, dans les premières années d'existence de la Société, vinrent se matérialiser pour nous, sont les mêmes hommes que j'ai vus depuis chez eux, dans leurs propres habitations. On pourra suggérer que, comme d'autres personnes qui ont eu les mêmes expériences, je puis avoir rêvé, ces visites ayant eu lieu durant le sommeil du corps physique ; je répondrais à cela qu'il s'agit alors d'un rêve remarquablement persistant puisqu'il dure, dans mon cas, depuis plus de quarante ans et qu'un grand nombre de gens l'ont fait avec moi.

J'invite ceux qui désirent recueillir des témoignages sur cette question, et ce désir est fort légitime, à se reporter aux écrits datant des premiers temps de la Société. Les personnes qui ont l'occasion de rencontrer notre Présidente 1 pourront l'entendre dire combien de ces grands Être elle a vu en différentes occasions. Beaucoup de nos membres témoigneront également sans hésitation qu'ils ont vu un Maitre ; peut-être au cours d'une méditation

1 Madame Annie Besant, qui fut présidente de la Société Théosophique depuis 1907 jusqu'à sa mort en 1933.

ont-ils vu son visage et eu par la suite, une preuve définitive d'identité. On trouvera, d'autre part, de nombreux témoignages dans l'ouvrage Old Diary Leaves 2 (À la découverte de l'Occulte pas mentionné), écrit par le Colonel Olcott. On peut encore se reporter à l'intéressant traité intitulé : Do the Brothers exist ? Par M. A. O. Hume, qui occupait autrefois une haute [15] position dans le Service Civil aux Indes et qui collabora beaucoup avec notre ex-vice-président A. P. Sinnett. Ceci fut publié dans le livre Hints on Esoteric Theosophy. M. Hume qui était un anglo-indien sceptique avec l'esprit positif d'un homme de loi, fit personnellement une enquête sur l'existence des Frères, un autre nom donné aux Maitres parce qu'ils appartiennent à la Grande Fraternité, et aussi parce qu'ils sont les Frères ainés de l'humanité et, même à cette date reculée, M. Hume conclut qu'il avait recueilli des témoignages irréfutables de leur existence. Bien entendu, beaucoup d'autres preuves se sont accumulées depuis l'époque où ce livre fut écrit.

La possession d'une vision prolongée et celle d'autres facultés résultant du développement de nos pouvoirs latents, nous a, d'autre part, fait expérimenter constamment qu'il y a d'autres hiérarchies d'êtres que l'homme et que certaines d'entre elles sont d'un rang qui correspond à l'Adeptat, dans un ordre d'existence plus élevé que le nôtre. Nous rencontrons, en effet, des êtres que nous appelons des Dévas ou des Anges et d'autres encore, qui sont visiblement bien au-dessus de nous sous tous les rapports.

Depuis que nous sommes parvenus au cours de notre développement à communiquer avec les Adeptes, nous leur avons naturellement demandé, en toute révérence, comment ils ont atteint ce niveau. Ils nous ont tous déclaré qu'il n'y a pas très longtemps encore ils étaient au degré d'évolution où nous sommes aujourd'hui. Ils sortent des rangs de l'humanité et l'un d'eux nous a dit qu'en temps à venir nous serons ce qu'ils sont aujourd'hui, et que tout l'ensemble de notre Système solaire est une manifestation de la vie, évoluant de degré en degré, s'élevant de plus en plus haut, au-delà de toute vision humaine, jusqu'à la Divinité même.

Il y a des stades définis au début de l'évolution de la vie, le végétal succédant au règne minéral, l'animal au règne végétal et le règne humain au règne animal. De même le genre humain a une fin définie, une frontière au-

2 Publié en français sous le titre d'Histoire authentique de la Société Théosophique (3 vol.).

delà de laquelle il passe dans un royaume distinctement [16] supérieur ; au- delà des hommes, il y a les surhommes.

En étudiant ce système d'évolution, nous avons appris qu'il y a en tout homme trois grandes divisions : le corps, l'âme, l'esprit, chacune d'elles pouvant être subdivisée à son tour. Ceci correspond bien à la définition donnée par Saint Paul il y a deux mille ans. L'Esprit ou Monade, est le souffle de Dieu (car le mot esprit vient du latin spiro), la divine étincelle qui est vraiment l'Homme, quoiqu'il soit plus exact de la décrire comme planant au-dessus de l'homme actuel. Le plan du développement de la Monade comporte sa descente dans la matière, afin d'acquérir la définition et la précision dans les détails matériels. Autant que nous puissions le voir, cette Monade, qui est une étincelle du Feu divin, ne peut descendre assez bas pour atteindre ce plan physique dans lequel nous pensons et œuvrons, cela sans doute parce que son taux de vibration diffère par trop de celui de la matière physique, ce qui nécessite des états de matière intermédiaires. Sur quel plan de la nature existe originairement cette étincelle divine, nous l'ignorons, un tel plan étant au-delà de toute compréhension. La manifestation plus basse de la Monade, ce qu'on pourrait appeler une réflexion de l'étincelle divine, descend jusqu'au plus bas des Plans cosmiques ainsi que je l'ai dit dans mon Précis de Théosophie.

Nous parlons communément des sept plans d'existence, lesquels sont des subdivisions du plan cosmique inférieur appelé, dans nos livres, plan prakritique, c'est-à-dire plan physique du Cosmos. La Monade peut descendre jusqu'au second de ces sous-plans, celui que nous appelons, en conséquence, le plan monadique, mais elle ne semble pas pouvoir pénétrer plus bas. Afin d'obtenir le contact nécessaire avec de la matière encore plus dense, elle projette une partie d'elle-même à travers deux plans entiers et ce fragment constitue ce que nous appelons l'Égo ou l'Âme.

L'Esprit divin, bien au-dessus de notre personnalité, plane simplement au dessus d'elle ; l'âme n'en est qu'une [17] représentation faible et partielle, l'extrémité, pour ainsi dire, de ce doigt de feu que pointe la Monade vers notre plan. L'âme elle-même ne peut descendre au-dessous de la partie supérieure du plan mental – le cinquième plan en partant du haut, le plan physique étant le septième et le moins élevé – et, afin de pouvoir atteindre un niveau plus bas, elle doit à son tour, projeter une petite fraction d'elle- même, laquelle devient la personnalité, que chacun croit ordinairement être lui-même, n'est, en réalité, que le fragment d'un fragment.

Toute évolution à travers les règnes inférieurs a pour but de préparer le développement de cette constitution humaine. Un animal, pendant sa vie sur le plan physique, et pour un certain temps après cela dans le monde astral, possède une âme, tout aussi individuelle et indépendante que celle d'un homme, cette âme ne se réincarne pas de nouveau en un corps isolé ; elle retourne à une sorte de réservoir de matière subtile que dans nos livres nous appelons l'âme-groupe. C'est comme si l'âme-groupe était un bassin d'eau, fournissant la vie à plusieurs animaux de même espèce, par exemple de vingt chevaux. Quand un cheval est sur le point de naitre de cette âme-groupe, les choses se passent comme si l'on plongeait un récipient dans ce bassin pour l'en retirer plein d'eau. Au cours de son existence, ce cheval fait toutes sortes d'expériences qui modifient son âme et desquelles il tire certaines leçons ; ces leçons peuvent être comparées à des teintures de couleurs diverses, jetées dans le récipient plein d'eau. À la mort du cheval, l'eau du récipient est rejetée dans le bassin et la coloration acquise se répand dans le bassin tout entier. Il est donc évident que si un autre cheval nait ensuite de la même âme-groupe, la portion d'eau figurant son âme, et versée dans un autre récipient, ne pourra être la même que celle qui avait représenté le premier cheval.

Quand un animal s'est développé suffisamment pour passer dans l'humanité, son âme, à la fin de son existence, ne se fond plus dans l'âme- groupe, mais demeure [18] une entité indépendante. Et alors se produit un fait à la fois étrange et très beau. Cette essence d'âme, figurée par l'eau du récipient, devient un véhicule pour quelque chose de beaucoup plus élevé, incarnant alors une vie plus haute. Nous n'en avons pas d'analogie exacte sur le plan physique, sinon celle d'insuffler de l'air dans de l'eau sous haute pression pour en faire de l'eau gazeuse. Si nous retenons ce symbole, l'eau qui représentait précédemment l'âme animale est devenue à présent le corps causal d'un homme et l'air insufflé dans cette eau est l'égo, dont j'ai parlé, cette âme de l'homme qui est une manifestation de l'Esprit divin. Cette descente de l'égo est symbolisée dans l'ancienne mythologie grecque par le symbole de la Coupe ; elle l'est encore par le Saint Graal ; car le Graal ou la Coupe sont un résultat parfait de toute cette évolution inférieure, dans laquelle est versé le vin de la Vie divine, afin que puisse naitre l'âme de l'homme. Comme nous l'avons dit, ce qui avait été l'âme animale, devient le corps causal de l'homme, corps qui a son existence dans la partie supérieure du plan mental, en tant que véhicule permanent de l'égo ou âme humaine. Tout ce qui a été appris au cours de cette première évolution des formes est alors transféré à ce nouveau centre de vie.

L'évolution d cette âme consiste donc en son retour graduel à un niveau supérieur sur le plan immédiatement au-dessous du plan monadique, emportant avec elle le résultat de sa descente sur notre plan, sous la forme d'expériences et de qualités acquises.

Notre corps physique est entièrement développé et de la sorte, nous sommes censés en être maitres, mais nous ne le serons véritablement que lorsque le corps sera tout à fait sous le contrôle de l'âme. Il en est généralement ainsi parmi les races supérieures de l'humanité actuelle, bien qu'à de certains moments le corps prenne encore le mors aux dents. Le corps astral, lui aussi, est pleinement développé, mais il s'en faut encore de beaucoup qu'il soit sous notre parfait contrôle ; même parmi les races auxquelles nous appartenons, on trouve un [19] grand nombre de gens qui sont les victimes de leurs propres émotions. Loin d'être à même de gouverner ces émotions à leur guise, ils ne se laissent que trop souvent gouverner par elles ; ils laissent leurs émotions partir à la débandade, comme un cheval sauvage pourrait s'enfuir affolé entrainant son cavalier en maint endroit où il n'a nulle envie d'aller.

On peut donc considérer que chez les bons sujets des races les plus avancées de notre époque, le corps physique est pleinement développé et suffisamment sous leur contrôle, alors que le corps astral, également développé, est bien loin de l'être encore. Le corps mental est en cours d'évolution, sa croissance est incomplète. Il y a, par conséquent, beaucoup à faire avant que ces trois corps, physique, astral et mental, soient entièrement subordonnés à l'âme. Quand ceci sera un fait accompli, le soi inférieur aura été absorbé par le Soi supérieur et l'égo, l'âme maitrisera la personnalité. Quoique l'homme ne soit pas encore parfait, ses différents véhicules sont maintenant suffisamment harmonisés pour n'avoir qu'un but unique.

Jusqu'à présent, l'âme s'est efforcée lentement, graduellement, de contrôler ses véhicules personnels jusqu'à ce qu'ils ne fassent plus qu'un avec elle ; c'est à la Monade ensuite de maitriser l'âme et un temps viendra où, de même que la personnalité et l'âme n'ont plus fait qu'un, de même l'Esprit et l'âme ne formeront plus qu'un. Ce sera l'unification de l'égo avec la Monade. Lorsque ce résultat sera obtenu, l'homme aura atteint le but de sa descente dans la matière – il sera devenu le Surhomme, l'Adepte.

Aussi, pour la première fois, prendra-t-il contact avec la vie réelle, car toute cette formidable évolution, à travers les règnes inférieurs d'abord et ensuite à travers le règne humain jusqu'à l'Adeptat, n'est qu'une préparation

à cette vraie vie de l'Esprit qui commence seulement quand l'homme devient plus qu'un homme. L'Humanité est la classe finale de l'école du monde et quand l'homme a fini d'en suivre les cours, il passe alors dans [20] la vie réelle, la vie de l'Esprit glorifié, la vie du Christ. Ce qu'est cette vie, à peine le savons-nous encore ; bien que nous voyions ceux qui la partagent, elle est douée d'une gloire et d'une splendeur défiant toute comparaison, et qui dépasse même notre compréhension. C'est cependant, une réalité vivante et profonde et dont l'ultime possession, par chacun de nous, est d'une absolue certitude. Nous ne pourrions nous y soustraire, même si nous le voulions. Lorsque nous agissons égoïstement et nous mettons en travers du courant de l'évolution, nous retardons notre progrès, mais nous ne pouvons finalement l'arrêter.

Étant libéré de sa vie humaine, l'homme parfait abandonne d'ordinaire ses différents corpos matériels ; mais il garde le pouvoir de revêtir un quelconque s'il lui arrive d'en avoir besoin au cours de son travail. Dans la majorité des cas, celui qui atteint à ce niveau n'a plus besoin d'un corps physique ; il ne retient pas non plus ses corps astral, mental, ni même le corps causal car il vit d'une façon permanentent à son niveau le plus élevé. Quand, pour une raison quelconque, il doit agir dans un plan inférieur au sien, il est obligé de prendre un véhicule temporaire appartenant à ce plan dont, seuls, les états de matière lui permettent d'entrer en contact avec ceux qui y vivent habituellement. S'il veut, par exemple, parler à un homme sur le plan physique, il lui faut prendre un corps physique et se matérialiser, partiellement au moins, faute de quoi il ne pourrait se faire comprendre.

De même, s'il désire produire une impression sur notre mental, il s'enveloppera d'un corps mental. À quelque moment qu'il ait besoin, pour son travail, d'un véhicule inférieur, il a le pouvoir d'en prendre un à son gré, mais il ne le garde que le temps nécessaire.

Il existe sept voies ouvertes à l'homme parfait pour monter encore ; nous en donneront la liste dans un chapitre ultérieur.

Le Monde est guidé et dirigé, dans une large mesure, par une Fraternité d'Adeptes à laquelle appartiennent nos Maitres. Nombre d'étudiants en Théosophie se font [21] à leur égard toutes sortes d'idées fausses : certains les considèrent comme vivant ensemble, en une grande communauté monastique, dans quelques endroit secret ; d'autres les croient des Anges ; beaucoup de nos étudiants s'imaginent qu'ils sont tous Indous, ou qu'ils résident tous dans l'Himalaya. Rien de cela n'est vrai. Les membres de la

Grande Fraternité sont en constante communication entre eux ; mais leurs rapports mutuels ont lieu sur des plans supérieurs et ils ne vivent pas nécessairement ensemble. Quelques-uns de ces grands Frères, que nous appelons Maitres de la Sagesse, acceptent, comme faisant partie de leur œuvre, de prendre des élèves auxquels ils donnent leur enseignement, mais ceux-là ne constituent qu'une faible fraction de la puissante phalange des hommes parfaits.

Les pouvoirs de l'Adepte sont, en vérité, nombreux et merveilleux, mais ils procèdent tous, d'une manière naturelle, de facultés que nous possédons nous-mêmes… En réalité, l'Adepte possède ces mêmes facultés à un degré infiniment plus haut. Je crois que la caractéristique la plus saillante du Maitre, si on le compare avec nous, est qu'il considère toute chose d'un point de vue fort différent du nôtre, car il n'y a, en lui, absolument aucune trace de cette pensée personnelle si manifeste chez la majorité des hommes. L'Adepte a éliminé le soi inférieur et vit, non pour lui-même, mais pour tous, et cependant, en un sens que lui seul peut réellement comprendre, ce "tous" n'est vraiment autre que lui-même. Il a atteint ce stade dans lequel il n'y a plus aucune imperfection dans le caractère, plus rien d'une pensée ou d'un sentiment existant pour le soi personnel, et son unique mobile est de collaborer à l'évolution, en harmonie avec le Logos qui la dirige. Sans doute la caractéristique la plus marquée de l'Adepte, après celle dont nous venons de parler, est celle de son développement complet, sous tous les aspects. Nous sommes tous imparfaits ; aucun de nous n'a atteint le niveau le plus élevé dans aucun domaine, et [22] le grand savant ou le grand saint mêmes n'ont d'ordinaire atteint à une hauteur exaltée qu'en un point seulement, et bien des côtés de leur nature ne sont pas encore développés. Nous possédons tous quelque germe de multiples caractéristiques mais chacun de nous n'est que partiellement éveillé et d'une façon très inégale. Un Adepte, par contre, est un homme dont la dévotion et l'amour, la sympathie et la compassion sont parfaites, en même temps que son intellect est quelque chose d'infiniment plus grand que nous ne pouvons nous en faire une idée à l'heure actuelle, et sa spiritualité merveilleuse et divine. Il s'élève au-dessus et au- delà de tous les hommes que nous connaissons, par le fait que, seul, il est parfaitement développé.

CHAPITRE II

LES CORPS PHYSIQUES DES MAITRES

On remarque, chez nombres d'étudiants de la Théosophie, beaucoup d'imprécisions et d'incertitude en ce qui concerne leur conception des Maitres ; peut-être les aiderons-nous à se rendre compte combien leur vie est naturelle et comment se présente à nous leur aspect physique, en disant quelques mots de la vie journalière et de l'apparence extérieure de certains d'entre eux. Il n'existe pas de caractéristique physique d'après laquelle on puisse infailliblement distinguer l'Adepte d'un homme quelconque ; néanmoins, son apparence est imposante, noble, digne, sainte et sereine ; et quiconque le rencontrait ne pourrait manquer de se dire qu'il est en présence

d'un homme remarquable. L'Adepte est l'homme fort, mais silencieux ; ne parlant que dans un but défini, pour encourager, avertir ou aider ; il n'en est pas moins extraordinairement bienveillant, tout en ayant un vif sens de

l' "humour" – humour de nature sympathique, dont il n'use jamais pour

blesser, mais toujours pour alléger les difficultés de la vie. Le Maitre Morya

a déclaré un jour qu'il est impossible de faire des progrès sur le sentier

occulte si l'on ne possède pas un certain sens de l'humour, et j'ai en effet remarqué que tous les Adeptes que j'ai pu voir le possèdent.

La plupart d'entre eux sont visiblement des hommes de belle apparence ; leurs corps physiques sont parfaits en tous points, car les Adeptes vivent en se conformant entièrement aux lois de la réelle santé et surtout sans se laisser jamais aller à être soucieux de quoi que ce soit. Tout leur mauvais karma ayant été épuisé depuis longtemps, leurs corps physique est l'image fidèle de l'Augoeidès, ou corps glorieux de l'Égo ; image aussi parfaite que les limitations du plan physique le permettent, de sorte que non seulement le corps actuel de l'Adepte est d'ordinaire splendidement beau, mais encore tout corps nouveau qu'il pourra revêtir dans une incarnation [24] suivante sera probablement la reproduction exacte de cet ancien corps – sauf quelques différences de race et de famille – parce qu'il n'y aura plus rien qui vienne le modifier. Quand, pour une raison quelconque, l'Adepte se décide à prendre un nouveau corps, cette libération du Karma lui donne toute liberté de choisir la plus convenable pour le travail qu'il doit accomplir. Il s'ensuit que la nationalité et le corps particulier qu'il se trouve posséder à tel moment donné, sont un fait d'importance secondaire.

Pour savoir si tel homme est Adepte, il serait nécessaire de pouvoir observer son corps causal, car c'est par lui que son développement nous serait apparent, du fait de la dimension beaucoup plus grande de ce corps, et de l'arrangement spécial de ses couleurs en sphère concentrique, comme

l'indique – pour autant qu'une telle représentation est possible – le dessin du corps causal d'un Arhat, figurant dans l'Homme visible et invisible, planche

XXVI.

Laissez-moi vous décrire succinctement une certaine vallée du Tibet, où vivent actuellement trois de ces grands Êtres : le Maitre Morya, le Maitre Kuthumi et le Maitre Djwal Kul. Les deux premiers occupent des habitations situées sur chacun des versants opposés d'un étroit ravin dont les pentes sont couvertes de pins, et au fond duquel coule un ruisseau. Des sentiers partent de ces maisons vers le bas du ravin et se rencontrent au fond, là où un petit pont franchit le ruisseau. Près de ce pont, une étroite ouverture conduit à un réseau de vastes halls souterrains, contenant un musée occulte, dont le Maitre Kuthumi a la garde, au nom de la Grande Fraternité Blanche.

dont le Maitre Kuthumi a la garde, au nom de la Grande Fraternité Blanche. Illustration 1

Illustration 1 – Une Vallée au Tibet

Le contenu de ce musée est des plus variés ; il semble destiné à fournir une représentation d'ensemble du processus de l'évolution. On y trouve, par exemple, des images, saisissantes de vie et de naturel, de chacun des types d'hommes ayant existé sur notre planète, depuis l'apparition des gigantesques Lémuriens, aux articulations lâches, jusqu'aux nains, derniers vestiges de races encore plus anciennes et moins humaines. Des modèles en relief [25] montrent les variations successives de l'écorce terrestre et, en particulier, l'aspect général de cette dernière avant et après chacun des grands cataclysmes qui la modifièrent. De vastes diagrammes représentent les migrations des différentes races du monde et montrent exactement à quelles distances ils s'étendirent de leurs points respectifs d'origine. D'autres diagrammes sont consacrés à l'influence dans le monde des diverses religions, montrant où chacune d'elle fût pratiquée dans sa pureté originale, et où elle se mêla aux débris restant d'autres religions, se déformant ainsi plus ou moins.

Des statues, étonnamment vivante d'aspect, perpétuent l'apparence physique de certains des grands meneurs d'hommes et instructeurs de races oubliés depuis longtemps ; divers objets intéressants, parce que associés à d'importants progrès – parfois passés inaperçus – dans la marche de la civilisation, sont également conservés dans ce musée, pour servir à la

postérité. On y voit aussi des manuscrits originaux, d'une incroyable antiquité et d'une valeur incontestable, entre autres un manuscrit de la main même du Seigneur Bouddha en sa dernière vie en tant que Prince Siddartha,

et un autre écrit par le Seigneur Christ durant sa jeunesse en Palestine. Là,

encore, est conservé ce merveilleux original du Livre de Dzyan, que décrit

M me Blavatsky au début de la Doctrine Secrète. On y trouve encore dans ce

musée d'étranges écrits provenant d'autres mondes ainsi que des dessins de formes animales et végétales dont quelques-unes nous sont connues comme espèces fossiles, mais dont la plupart n'ont rien d'équivalent parmi celles qu'a pu cataloguer notre science moderne. Là figurent aussi, pour servir aux études des élèves, des réductions exactes de plusieurs grandes cités dont l'antiquité reculée se perd dans la nuit des temps.

Toutes ces statues, tous ces modèles possèdent, dans tout leur éclat, les couleurs mêmes des originaux qu'ils représentent. Il convient de noter, d'autre part, que ces différentes collections furent établies chacune à leur époque respective, afin de fournir à la postérité la représentation fidèle des stades par lesquels passait la civilisation ou [26] l'évolution de cette époque ; de telle sorte qu'au lieu de simples fragments incomplets, comme on en voit

souvent dans nos musées, on trouve ce musée occulte des séries de spécimens intentionnellement composées dans un but d'éducation. Y sont aussi conservés des modèles de toutes sortes de machines imaginées par les différentes civilisations ainsi que de nombreuses et complexes illustrations représentant des cérémonies magiques pratiquées au cours de différentes période de l'histoire humaine.

Dans le vestibule qui mène à ces vastes halls sont placées les vivantes images des élèves "en probation" des Maitres Morya et Kuthumi ; je parlerai d'eux dans le chapitre suivant. Ces images sont rangées le long des murs, comme des statues, et sont de parfaites représentations des élèves en question ; il n'est pas probable, cependant, qu'elles soient visibles pour des yeux physiques, car la matière de l'ordre le moins élevé entrant dans leur composition est éthérique.

Non loin du pont est aussi un petit temple aux tourelles de style birman, où quelques villageois viennent apporter des offrandes de fruits et de fleurs, bruler du camphre et réciter le "Pancha Sila". Un sentier rugueux et irrégulier court dans la vallée, en longeant le ruisseau. De l'une des maisons habitées par les Maitres on peut voir l'autre, mais quoiqu'elles soient toutes deux au-dessus du pont, il est douteux qu'on puisse les apercevoir de ce dernier, étant donné que le ravin forme un coude. Si, de la maison du Maitre Kuthumi, nous suivons le sentier vers la vallée, nous passons devant une grande colonne de roc, que contourne le ravin en disparaissant à la vue. Un peu plus loin, le ravin aboutit à un plateau, où se trouve un lac dans lequel, nous dit la tradition, M me Blavatsky avait coutume de se baigner, et l'on rapporte qu'elle en trouvait l'eau très froide . La vallée est exposée au midi, et de plus abritée ; bien qu'en hiver le pays environnant soit couvert de neige, je ne me souviens pas en avoir jamais vu près des maisons des Maitres. Ces maisons sont en grosses pierres et bâties fort solidement. [27]

Illustration 2 – La maison du Maitre Kuthumi La maison du Maitre Kuthumi est divisée

Illustration 2 – La maison du Maitre Kuthumi

La maison du Maitre Kuthumi est divisée en deux parties par un couloir et un vestibule qui la traverse d'un bout à l'autre. En pénétrant dans ce vestibule, la première porte à main droite s'ouvre sur la pièce principale de la maison, celle dans laquelle notre Maitre se tient habituellement. Cette pièce est très grande (environ 15 mètres sur 9) et très haute, et sous plus d'un rapport c'est plutôt une salle qu'une pièce. Elle occupe toute la façade de ce côté du vestibule. Attenantes à cette grande pièce deux autres plus petites et presque carrées servent de bibliothèque et de chambre à coucher du Maitre. Ces trois pièces tiennent toute la partie droite de la maison, apparemment réservée à l'usage personnel du Maitre et entourée d'une large véranda. La partie de la maison située à gauche du couloir-vestibule parait divisée en [28] pièces plus petites ou bureaux que je n'ai pas eu l'occasion d'examiner de près.

La grande pièce est éclairée par de nombreuses fenêtres en façade et sur l'un des côtés, si bien qu'en y pénétrant le point de vue donne l'impression d'être ininterrompu ; sous les fenêtres court d'un bout à l'autre un long siège. On remarque – détail plutôt rare dans cette contrée – un grand âtre placé au milieu du mur opposé à la façade et disposé de manière à chauffer les trois pièces à la fois ; cet âtre possède, outre d'un manteau de cheminée, un rideau de fer d'un modèle unique, dit-on dans tous le Tibet. Près de là est le fauteuil du Maitre, en très vieux bois sculpté, et creusé de manière à épouser les formes de celui qui s'assied, ce qui dispense de l'usage des coussins. Répartis dans la pièce, se trouvent des tables, ainsi que des canapés et des sofas, la plupart sans dossier et, dans un angle, l'orgue du Maitre finement sculptée.

Le plafond, qui est à quelque six ou sept mètres de hauteur, est très beau avec ses poutres finement sculptées, finissant avec des pointes ornementales et divisant le plafond en section oblongues. Une ouverture arquée avec un pilier au centre, un peu dans le style gothique, mais sans vitraux, donne jour sur le cabinet de travail ; un autre arceau semblable donne sur la chambre à coucher. Cette dernière est très simplement meublée, principalement d'un lit ordinaire, tendu à la façon d'un hamac entre deux supports de bous sculptés fixés dans le mur ; l'un de ces supports est terminé par une tête de lion, l'autre par une tête d'éléphant ; le lit, lorsqu'on ne s'en sert pas, se replie contre le mur.

La bibliothèque – cabinet de travail – est une belle pièce contenant des milliers de volumes ; adossés à l'un des murs se trouvent de nombreux et hauts rayons, remplis de livres en toutes sortes de langues, parmi lesquels figurent nombre d'ouvrages européens modernes ; sur les rayons ouverts du haut, sont rangés des manuscrits. Le Maitre est un linguiste distingué : fin lettré anglais, il possède également à fond les langues française et allemande. Le cabinet de travail contient, entre autres choses une [29] machine à écrire, présent d'un des élèves de son Maitre.

De la famille du Maitre, je ne connais pas grand-chose. Il y a une dame, évidemment une élève, qu'il appelle "sœur". J'ignore si elle est ou non réellement sa sœur, peut-être est-ce une cousine ou une nièce. Elle parait beaucoup plu âgé que lui, mais ce détail ne suffirait pas à rendre improbable l'un ou l'autre de ces degrés de parenté, car voici déjà longtemps que le Maitre parait toujours avoir le même âge. Cette dame lui ressemble jusqu'à un certain point ; une ou deux fois, à l'occasion de réunions, je l'ai vu se joindre aux personnes présentes ; ses principales fonctions semblent être de s'occuper de tenir la maison et de diriger les serviteurs. Parmi ces derniers,

il y a un vieillard et sa femme, qui sont depuis très longtemps au service du Maitre ; ils ne savent rien de la dignité réelle de leur patron, mais le tiennent pour un maitre aimable et très indulgent. Naturellement, ils bénéficient grandement d'être à son service.

Le Maitre a un grand jardin à lui. Il possède aussi des terres et emploie des travailleurs pour les cultiver. Il y a, près de la maison, des arbustes fleuris et quantité de fleurs, poussant librement par masses, mêlées de fougères.

À travers le jardin coule un ruisselet, qui forme une petite cascade ; un pont minuscule sert à le franchir. C'est près de là que le Maitre s'assied souvent, pour envoyer des courants de pensée et sa bénédictions vers son peuple ; en ces occasions, sans doute, apparaitrait-il au spectateur superficiel comme paresseusement assis, observant la nature et écoutant distraitement le chant des oiseaux et le murmure du ruisseau. Parfois, il s'assied dans son grand fauteuil, et quand ses gens le voient ainsi, ils savent qu'il ne faut pas le déranger ; ils ne savent pas exactement ce qu'il fait dans ces moments-là, mais supposent qu'il est en "samâdhi". Le fait qu'en Orient le peuple comprend ce genre de méditation et le respecte est peut-être une des raisons pour lesquelles les Adeptes préfèrent vivre là plutôt qu'en Occident. [30]

Ce que nous venons de dire donne l'impression que le Maitre s'assied pour méditer dans le calme, pendant une grande partie de la journée, dirions- nous, mais il ne manque pas d'occupations en dehors de cela. Il a, notamment, composé quelque musique et écrit des notes et des mémoires répondant à des buts divers. Il s'intéresse aussi beaucoup au développement des sciences physiques, quoique ceci dépende spécialement d'un autre grand Maitre de la Sagesse.

De temps à autres, le Maitre Kuthumi monte un grand cheval bai ; parfois, quand ils ont travaillé ensemble, il est accompagné par le Maitre Morya, qui monte toujours un magnifique cheval blanc. Notre Maitre visite régulièrement certains monastères et se rend quelquefois, en franchissant un grand col, à un monastère perdu dans les montagnes. Monter à cheval dans l'accomplissement de ses devoirs parait être son principal exercice ; mais il va parfois à pied avec le Maitre Djwal Kul, qui vit tous près de la grande roche d'où l'on peut voir le lac.

Quelquefois, notre Maitre joue de l'orgue ; cet instrument, construit au Tibet sous sa direction, est une combinaison du piano et de l'orgue, avec un clavier semblable à ceux que nous avons en Europe et sur lequel il peut jouer

toute notre musique occidentale. Cet orgue ne ressemble à aucun des instruments que je connaisse, car il a, pour ainsi dire, deux faces, permettant d'en jouer soit du salon, soit du cabinet de travail ; le clavier principal, composé de trois jeux, est dans le salon, tandis que le clavier du piano est dans le cabinet de travail. On peut se servir soit du clavier seul, soit des deux ensembles. Tout le clavier de l'orgue, avec ses pédales, peut-être actionné de la manière usuelle ; mais, en manœuvrant une poignée, on peut lier le clavier du piano avec celui de l'orgue, de manière que les deux soient actionnés simultanément par une seule personne ; dans ce cas, le piano sert de jeu d'orgue complémentaire. Le mécanisme et les tuyaux à vent de cet étrange instrument occupent la presque totalité de ce qu'on pourrait appeler l'étage supérieur de cette partie de la maison du Maitre. [31] Magnétiquement, le Maitre a mis l'instrument en communication avec les Gandharvas, ou Dévas de la musique ; de sorte que les Dévas coopèrent ; des combinaisons de sons inconnues sur le plan physique sont ainsi obtenues ; il s'y ajoute, d'autre part, produit par l'instrument lui-même, un effet d'accomplissement d'instruments à vents et à cordes.

Le chant des Dévas résonne constamment dans l'univers ; il vibre dans l'oreille des hommes, qui ne veulent pas en entendre la beauté. Il comprend le grave bourdon de la mer, les soupirs du vent dans les arbres, le rugissement du torrent qui dévale de la montagne, le murmure du ruisseau, de la rivière, de la cascade, qui tous, avec maints autres sons, composent, au cours de son existence, le chant puissant de la Nature. Ce chant n'est que l'écho, dans le monde physique, d'une harmonie infiniment plus grande ; celle de la vie des Dévas. Comme il est dit dans la Lumière sur le Sentier :

"… Seuls des fragments de la grande symphonie peuvent parvenir à ton oreille tandis que tu n'es encore qu'un homme. Mais si tu les entends, gardes-en fidèlement la mémoire, afin qu'aucun d'eux ne sois perdu pour toi, et tâche de comprendre la signification du mystère qui t'environne. Avec le temps, tu n'auras plus besoin d'un instructeur. Car, de même que l'individu possède une voix, ce en quoi il existe, en possède également une. La vie aussi a le don de s'exprimer et n'est jamais silencieuse. Son expression n'est point un cri – comme toi qui est sourd pourrait le supposer – elle est un chant. Apprends d'elle que tu fais toi-même partie de l'harmonie ; apprends d'elle à obéir aux lois de l'harmonie…"

Chaque matin, un certain nombre de personnes – non pas précisément des élèves, mais des fidèles – viennent à la maison du Maitre et s'assoient sur la véranda et en dehors. Le Maitre leur fait parfois une courte causerie, en manière de petite conférence, mais, le plus souvent, il poursuit son travail sans autrement s'occuper d'eux que pour leur adresser de temps à autre un sourire amical, dont tous les assistants paraissent également satisfaits, car [32] ils viennent pour vénérer le Maitre et se tenir dans son aura. Il prend parfois sa nourriture en leur présence ; assis sous la véranda, ayant autour de lui la foule des Tibétains, les jambes croisés sur le sol, mais, en général, il prend ses repas seul dans son appartement. Peut-être suit-il la règle des moines bouddhistes et ne prend-il aucune nourriture après-midi, car je ne me souviens pas l'avoir jamais vu manger dans la soirée ; peut-être même n'a-t-il pas besoin de se nourrir tous les jours. Il est fort probable que lorsqu'il le juge à propos, il commande la nourriture qu'il désire et ne prend pas ses repas à heure fixe. Je l'ai vu manger de petits gâteaux ronds, d'un roux doré, très semblables à ceux que font les ménagères d'Europe ; ils sont faits de froment, de beurre et de sucre et cuits au four par sa sœur. Il mange aussi du "curry" et du riz, le curry étant préparé presque en soupe. Il se sert d'une curieuse et très belle cuillère d'or dont l'extrémité est ornée d'un éléphant et dont la partie creuse forme avec le manche un angle inaccoutumé : c'est une relique de famille, très ancienne et probablement de grande valeur. Le Maitre Kuthumi est généralement vêtu de blanc ; mais je ne me souviens pas de l'avoir jamais vu porter un couvre-chef, sauf dans les rares occasions où il endosse le costume jaune de la secte Gelugpa, lequel comporte une sorte de capuchon en forme de casque romain. Par contre, le Maitre Morya porte ordinairement un turban.

La maison du Maitre Morya est située, avons-nous dit, sur le versant opposé de la vallée, mais beaucoup plus bas, tout près du petit temple et de l'entrée des souterrains. Elle diffère entièrement comme style, de la maison du Maitre Kuthumi ; elle a au moins deux étages et la façade donnant sur la route est munie, à chaque étage, de vérandas presque entièrement vitrées.

Les habitudes et les manières du Maitre Morya sont très semblables à celles déjà décrites du Maitre Kuthumi.

Si nous suivons la route qui longe la rive gauche du cours d'eau et qui s'élève progressivement sur toute l'étendue [33] de la vallée, après avoir dépassé, à droite, la maison et les jardins du Maitre Kuthumi, et en continuant de monter, nous trouvons, du même côté de la route, une petite hutte ou cabane. Celui qui est maintenant le Maitre Djwal Kul la construisit

de ses propres mains, au temps où, comme élève, il désirait avoir sa demeure à proximité de son Maitre. Accroché dans cette cabane, on voit une sorte de panneau sur lequel, à sa demande, un des élèves anglais du Maitre Kuthumi, fixa, ou plus exactement "précipita", il y a bien des années, une vue intérieure de la grande pièce de la maison du maitre Kuthumi ; on y reconnait ceux des Maitres et des élèves qui étaient réunis dans cette salle. Ce tableau fut fait en commémoration d'une soirée, particulièrement heureuse et fructueuse, dans la maison du Maitre.

Pour ce qui est de l'apparence physique de ces grands Êtres, elle est affectée dans une certaine mesure par le Rayon, ou type, particulier à chacun d'eux. Le premier Rayon a pour principale caractéristique le pouvoir :

naissent dans ce Rayon les rois et gouvernants du monde, soit du domaine intérieur spirituel, soit du domaine physique. Toute homme à un degré marqué les qualités voulues pour dominer les hommes et les conduire sans heurts dans la direction qu'il désire, est très vraisemblablement un homme du premier Rayon ou tendant vers ce Rayon.

Tels est le cas du royal personnage qu'est le Seigneur Vaïvasvata Manou, gouverneur de la cinquième Race Mère. Il est physiquement le plus grand de tous les Adeptes, ayant 6 pieds 8 pouces de taille et est parfaitement proportionné. C'est le représentant, par excellence, de notre Race dont il est le prototype ; chaque membre de la race descend directement de lui. Notre Manou a un visage extraordinairement saisissant de puissance ; le nez aquilin, une belle barbe ondulée, de couleur châtelain, ainsi que les yeux ; l'ensemble composant une tête magnifique, de port léonin. "… Il est grand – dit Annie Besant – et d'une majesté royale, avec ses yeux perçants de couleur [34] fauve brillant d'un éclat doré…" Actuellement, il vit dans les monts Himâlaya, non loin de son grand Frère, le Seigneur Maitreya.

De semblable allure est le Maitre Morya, successeur futur du Seigneur Vaïvasvata Manou, et futur Manou de la sixième Race Racine. C'est un roi du Radjputana par sa naissance ; il porte une barbe noire divisée en deux parties et des cheveux bruns, presque noirs, tombant sur les épaules ; ses yeux noirs et perçants sont pleins de pouvoir. Il a six pieds et six pouces de haut, avec un maintien de soldat et parle en phrases brèves comme quelqu'un d'accoutumé à être obéi sur le champ. Sa présence produit une impression de force et de puissance irrésistibles ; son expression d'impérieuse dignité impose la plus entière révérence.

M me Blavatsky nous a souvent dit comment elle rencontra le Maitre Morya dans Hyde Park, à Londres, en 1851, lorsqu'à l'occasion de la première grande Exposition Internationale, il y vint avec un certain nombre d'autres princes indiens. Fait étrange, moi-même, alors enfant de quatre ans, je le vis aussi, sans m'en douter aucunement. Je me souviens qu'on m'avait emmené pour voir un splendide cortège, dans lequel figurait, parmi d'autres merveilles, un groupe de cavaliers indiens, richement vêtus : des hommes magnifiques sur les montures les plus belles, j'imagine, qu'on pût voir ; aussi, tout naturellement, mes yeux d'enfant s'y fixèrent avec délices et ce spectacle me parut le plus beau de tout ce que je vis de merveilleux à cette Exposition. Comme tout en tenant la main de mon père, je dévorais des yeux les cavaliers, au fur et à mesure qu'ils défilaient, l'un des plus grands de ces héros me fixa de ses yeux noirs étincelants, ce qui me fit à moitié peur en me remplissant en même temps d'un plaisir et d'une exaltation que je ne saurais décrire. Il passa avec les autres et je ne le revis plus ; cependant, l'éclair de ce regard revint souvent à ma mémoire d'enfant. Naturellement, à cette époque, j'ignorais son identité et par la suite je n'aurais jamais fait aucun rapprochement si je n'avais été éclairé par une gracieuse [35] remarque qu'il me fit, de nombreuses années après.

Parlant un jour, en sa présence, des premiers temps de la Société, il m'advint de dire que la première fois que j'avais eu le privilège de le voir d'une manière matérielle, avait été en telle circonstance, à Adyar, dans l'appartement de M me Blavatsky où il vint dans le but de lui infuser de la force et de lui donner certaines instructions. Bien qu'étant en conversation avec quelques autres Adeptes, il se retourna vivement vers moi et me dit :

"Non, ce ne fut pas la première fois. Ne vous souvient-il pas de certain jour où, tout petit enfant, vous vîtes caracoler les cavaliers indiens dans Hyde Park, et comment je vous distinguai alors d'un coup d'œil ?"

Naturellement, je me rappelai le fait aussitôt et m'écriai :

"O, Maitre, était-ce donc vous ? Mais, de fait, j'aurais dû le deviner depuis !"

Je n'ai pas mentionné cet incident en relatant les occasions que j'ai eues de rencontrer le Maitre et de lui parler, l'un et l'autre étant dans son propre corps physique, parce que j'ignorais, lors de cette rencontre, que le grand cavalier fût un des Maitres, et aussi parce que le témoignage d'un si petit enfant peut-être facilement mis en doute.

Un autre personnage à l'allure royale est le Seigneur Chakshusha Manou, le Manou de la quatrième race-racine : Chinois de naissance et de très haute caste, il a les pommettes saillantes du type mongol et son visage semble être de vieil ivoire finement sculpté. Il porte habituellement de magnifiques robes flottantes, tissées d'or. En règle générale, nous ne sommes pas en relation avec lui dans notre travail régulier, sauf lorsque nous avons affaire avec un élève appartenant à la Race-racine qu'il dirige.

Dans les personnes de notre Seigneur le Bodhisattva, ou Instructeur du Monde, et du Maitre Kuthumi, son principal lieutenant, la caractéristique de leur influence la plus remarquable est l'éclat radiant de leur amour infini qui s'étend à tout.

Le Maitre Maitreya occupe actuellement un corps de race celtique. Son visage est d'une extrême beauté, fort [36] et pourtant des plus tendres ; avec sa riche chevelure semblable à du vieil or, flottant sur les épaules, sa barbe en pointe comme on en voit sur d'anciens tableaux et ses yeux d'un merveilleux éclat violet, pareils à des fleurs splendides, à des étoiles jumelles, à des lacs profonds, sacrés, emplis des eaux de l'éternelle paix. Son regard resplendit au-delà de toute expression, et un éblouissant halo de lumière l'entoure, mêlé de l'admirable lueur rose qui émane éternellement du Seigneur d'amour.

Nous pouvons nous représenter le Seigneur Maitreya dans sa maison de l'Himalâya, assis dans la grande pièce de la façade, cette pièce aux nombreuses fenêtres d'où la vue plonge sur les jardins et les terrasses et, tout en bas, sur la plaine indienne ondulée ; ou bien encore nous l'imaginer vêtu de sa blanche robe flottante, bordée d'un large galon d'or, et se promenant dans son jardin, dans la fraicheur du soir, parmi les fleurs brillantes, dont le parfum emplit l'air ambiant d'une douce et riche senteur. Notre saint Seigneur le Christ est d'une attirance indicibles ; de lui rayonne l'amour qui réconforte des millions d'êtres, car sa voix donna – comme jamais aucune voix humaine – les mots de sagesse qui portent la paix aux anges et aux hommes.

Le Maitre Kuthumi occupe actuellement le corps d'un Brahmane du Cachemire ; mais il a le teint aussi clair que celui de la généralité des Anglais. Lui aussi a les cheveux flottants et ses yeux bleus sont pleins de joie et d'amour ; sa chevelure et sa barbe châtain prennent des reflets dorés lorsque le soleil vient s'y poser. Son visage est assez malaisé à décrire, car lorsqu'il sourit, son expression de physionomie change sans cesse ; le nez

est finement ciselé et les yeux sont grands et d'un bleu s'une surprenante limpidité. Lui aussi est un Instructeur et un Prêtre comme notre grand Seigneur et dans quelques siècles, il lui succèdera dans sa haute charge, prendra le sceptre et assumera la charge d'Instructeur du Monde, en qualité de Bodhisattva de la sixième Race-Racine.

Le Mahâchohan est le type par excellence de l'homme d'État, du grand organisateur ; quoique Indien de corps, [37] il a de nombreuses qualités militaires. Grand et mince, avec un profil aigu, très finement et nettement ciselé, sans aucune barbe ni moustache, le visage plutôt sévère, le menton fort et carré, les yeux profonds et pénétrants, sa parole est un peu brusque comme celle d'un soldat. Il porte généralement le costume indien, avec le turban.

Le Maitre, comte de Saint-Germain ressemble au Mahâchohan sous maints rapports. Bien que de taille moyenne, il se tient très droit avec une apparence toute militaire ; il a l'exquise courtoisie et la dignité d'un grand seigneur du XVIII e siècle et l'on devine immédiatement qu'il appartient à une famille très ancienne et noble. Ses yeux, grands et marron, sont pleins de tendresse et d'humour, avec l'autorité du pouvoir ; la splendeur de sa présence force l'obéissance. Son visage est d'un teint olivâtre, ses cheveux foncés et coupés courts sont divisés au milieu par une raie et brossés du front vers l'arrière ; souvent il revêt un uniforme de couleur foncée, ornée de galon d'or, et parfois aussi, un magnifique manteau d'officier, rouge, qui accentue encore son allure militaire. Il réside habituellement dans un ancien château situé dans l'est de l'Europe, et propriété de sa famille depuis des siècles.

Le Maitre Sérapis est grand et de teint blond ; il est grec de naissance, quoique toute son œuvre ait eu lieu en Égypte, en relation avec la Loge de ce pays. Il est d'allure ascétique et très distingué, ressemblant assez au cardinal Newman.

Le Chohan Vénitien est peut-être le plus beau des membres de la Fraternité. Fort et grand (environ six pieds et cinq pouces) il porte la barbe ondulée et les cheveux flottants, un peu comme ceux du Manou ; il a les yeux bleus. Bien qu'il soit né à Venise, sa famille a certainement du sang goth dans les veines, car il est manifestement un homme de ce type.

Le Maitre Hilarion est d'origine grecque, et, sauf un nez légèrement aquilin, l'ensemble de son visage est du type grec ancien ; son front est bas et large, comme celui de l'Hermès de Praxitèle. Lui aussi est extrêmement [38] beau et parait un peu plus jeune que la plupart des autres Adeptes.

Celui qui fût autrefois Jésus est aujourd'hui dans un corps syrien ; il a

le teint foncé, la barbe et les yeux noirs de l'Arabe et porte généralement des

vêtements blancs et un turban. Il est le Maitre des dévots sincères, et l'impression caractéristique que donne sa présence est une intense pureté et

une ardente dévotion que nul obstacle ne rebute. Il vit parmi les Druses du Mont Liban.

Deux des grands Êtres avec lesquels j'ai été mis en contact s'écartent légèrement de ce que nous pourrions appeler – avec tout le respect qui

convient – le type classique du corps physique de l'Adepte. L'un d'eux est celui dont a plusieurs fois parlé le Colonel Olcott et qui est désigné sous le nom de Jupiter dans le livre intitulé : l'Homme, d'où il vient, où il va. Il est plus petit que la plupart des membres de la Fraternité et c'est aussi le seul d'entre eux, pour autant que je sache, dont les cheveux commencent à grisonner. Il se tient fort droit et ses mouvements sont vifs et d'une précision toute militaire. Il possède des terres et pendant la visite que je lui fis avec son ami T. Subba Row, je l'ai vu plusieurs fois s'occuper des contremaitres, lui faisant des rapports et recevant des instructions. L'autre est le Maitre Djwal Kul, qui possède encore le corps dans lequel il atteignit l'Adeptat, il

y a seulement quelques années. Peut-être pour cette raison n'a-t-il pas été

possible de faire de ce corps une parfaire reproduction de l'Augoeidès. Son visage de caractère nettement tibétain, avec ses pommettes saillantes et son aspect quelque peu rude, montre quelques signes d'avancement en âge.

Parfois, pour quelque but spécial, un Adepte a besoin temporairement d'un corps dont il puisse user au milieu de l'agitation du monde. Tel est le

cas lorsqu'il vient un Instructeur mondial et il nous a été dit que plusieurs Adeptes se joignent sans doute à lui, pour lui servir de [39] collaborateurs

et l'assister dans son travail pour l'Humanité. La plupart de ces grands Êtres

suivent l'exemple de leur chef et empruntent temporairement le corps de leurs élèves ; il est donc nécessaire que de tels véhicules soient prêts pour leur usage.

Des étudiants demandent parfois pourquoi les Adeptes possédant déjà des corps physiques, en ont besoin d'autres à cette occasion. Ceux qui, en atteignant le niveau de l'Adeptat, choisissent, pour future carrière, de rester sur ce monde et d'aider directement à l'évolution de leur propre humanité, trouvent commode pour leur travail de garder des corps physiques. Pour être adaptés à leurs dessins, des corps doivent remplir des conditions peu communes : non seulement doivent-ils posséder une santé irréprochable,

mais encore faut-il être de parfaites expressions de la plus grande portion possible de l'Égo capable de se manifester sur le plan physique.

La formation d'un tel corps n'est pas une tâche facile. Quand l'Égo d'un homme ordinaire descend dans son corps de nouveau-né, il le trouve en la possession d'un élémental artificiel, qui a été créé en raison de son karma, ainsi que je l'ai décrit dans The Inner Life 3 . Cet élémental est industrieusement occupé à modeler la forme qui doit bientôt naitre dans le monde extérieur ; il y demeure après la naissance et continue habituellement cette opération de modelage jusqu'à ce que le corps ait atteint l'âge de six ou sept ans. Durant cette période, l'Égo acquiert graduellement un contact plus intime avec ses nouveaux véhicules émotionnel et mental, aussi bien que physique, et s'accoutume à eux peu à peu ; mais le travail réel effectué par l'Égo sur tous ces véhicules, jusqu'au moment où l'élémental se retire, est le plus souvent insignifiant, car si l'Égo est sans nul doute en relation avec le corps nouveau-né, il ne lui accorde généralement que peu d'attention, préférant attendre que ce corps ait atteint le stade où il commence à mieux répondre à ses efforts.

Le cas d'un Adepte est bien différent de celui de [40] l'homme ordinaire. Comme il n'y a plus aucun mauvais karma à liquider, aucun élémental artificiel n'est à l'œuvre ; l'Égo lui-même assume la charge du développement du corps, depuis le commencement, en ne se trouvant limité que par l'hérédité de ce corps. Ce processus permet de produire un instrument beaucoup plus raffiné et plus délicat, mais comporte en même temps plus de peine pour l'Égo, en absorbant pendant quelques années une somme considérable de son temps et de son énergie. Pour cette raison, et pour d'autres sans doute, l'Adepte ne désire pas répéter ce processus plus souvent qu'il n'est strictement nécessaire et il fait, en conséquence, durer son corps physique aussi longtemps que possible. Nos corps, à nous, vieillissent et meurent pour de multiples causes, faiblesse héréditaire, maladies, accidents, abus, soucis, excès de travail, etc. aucune de ces causes n'existe dans le cas de l'Adepte dont le corps est capable de travail et d'endurance à un degré auquel ne sauraient être comparés les faibles moyens de l'homme ordinaire.

Les Adeptes ayant des corps physiques tels que nous venons de le dire peuvent d'ordinaire s'en assurer la possession beaucoup plus longtemps qu'un homme ordinaire ne garde le sien ; d'autre part, l'âge réel du corps des

3 L'Occultisme dans la Nature. Traduction française (2 vol.).

Adeptes est beaucoup plus grand que l'indiqueraient pour nous les apparences. Le Maitre Morya, par exemple, semble être dans la pleine force de l'âge, 35 ou 40 ans, selon notre estimation habituelle, et pourtant, s'il faut en croire ses élèves, il aurait quatre ou cinq fois cet âge. M me Blavatsky nous dit elle-même que lorsqu'elle le vit étant encore enfant, il lui parut exactement le même que dans les derniers temps de sa vie à elle. De même, le Maitre Kuthumi semble avoir le même âge que son constant ami et compagnon de Maitre Morya ; cependant on rapporte qu'il obtint un diplôme dans une Université d'Europe un peu avant le milieu du siècle dernier, ce qui ferait de lui pour le moins un centenaire. Nous n'avons, pour l'instant, aucun moyen de déterminer dans quelles limites ces Maitres prolongent la durée de leurs corps physique, quoiqu'il existe des témoignages établissant que cette durée [41] dépasse aisément le double des trois lustres et demi (70 ans) du Psalmiste.

Un tel corps, propre à un travail supérieur, est inévitablement très sensitif et demande par conséquent des ménagements particuliers pour pouvoir toujours donner son maximum de rendement. Il s'userait, comme s'usent les nôtres, s'il était soumis aux mille frottements du monde extérieur et au torrent incessant de ses vibrations antipathiques. Aussi les grands Êtres vivent-ils généralement dans un isolement relatif, ne faisant que de rares apparitions dans ce chaos insensé qu'est notre vie journalière ; s'il leur fallait venir exposer leur corps dans le tourbillon de curiosité et de violentes émotions dont est entouré un Instructeur mondial lors de sa venue, sans aucun doute la vie de leur corps en serait considérablement abrégée et de toute manière rendue fort pénible, en raison même de leur extrême sensibilité.

En occupant temporairement le corps d'un élève, l'Adepte évite ces inconvénients, tout en conférant un élan incalculable à l'évolution de l'élève. Il n'habite, d'ailleurs, le véhicule emprunté qu'aux moments nécessaires pour adresser une allocution, par exemple, ou pour répandre un flot spécial de sa bénédiction ; dès qu'il se retire du corps prêté, que son but est atteint, il se retire du corps prêté, que l'élève – ayant attendu le temps nécessaire – réoccupe aussitôt, tandis que l'Adepte réintègre son propre véhicule, pour reprendre son travail usuel. De cette manière, son travail habituel n'est que peu affecté et il a, néanmoins, toujours à sa disposition un corps par l'intermédiaire duquel il peut, quand il convient, coopérer sur le plan physique à la bienfaisante mission de l'Instructeur mondial.

Nous pouvons aisément nous représenter à quel point doit être affecté l'élève privilégié qui prête ainsi son corps à un grand Être, bien que l'étendue de l'effet produit échappe à notre estimation : un véhicule accordé sur une telle influence lui sera de toute évidence, par la suite, une aide puissante. De plus, pendant que son corps est utilisé, il aura le privilège de se baigner dans le merveilleux magnétisme de l'Adepte, car il doit [42] toujours se tenir à proximité pour réintégrer son corps dès que le Maitre le quitte.

Aussi cette pratique d'emprunter un corps approprié est-elle toujours adopté par les grands Êtres lorsqu'ils jugent utile de venir parmi les hommes à des périodes telles que celles qui prévalent actuellement dans le monde.

Le Seigneur Gautama l'employa quand il vint pour atteindre l'état de Bouddha ; et le Seigneur Maitreya fit de même lorsqu'il visita la Palestine, il y a deux mille ans. La seule exception à ma connaissance se produit quand le nouveau Bodhisattva assume la charge d'Instructeur mondial après que son prédécesseur est devenu "Bouddha". À sa première apparition dans le monde en cette qualité, il prend alors le corps d'un nouveau-né, à la manière ordinaire. Ainsi fit notre Seigneur, l'actuel Bodhisattva lorsqu'il naquit en tant que Srî Krishna, dans les plaines ardentes de l'Inde et fut révéré et chéri avec une dévotion passionnée qui n'a peut-être jamais été égalée.

Cette occupation temporaire du corps d'un élève ne doit pas être confondue avec l'usage permanent, par une personnalité avancée, d'un véhicule préparé à son intention. Nombre d'élèves de M me Blavatsky savent que notre grande fondatrice, lorsqu'elle abandonna le corps dans lequel nous la connûmes, entra dans un corps que son possesseur venait de quitter. Je ne sais pas si ce corps avait été préparé exprès à cet effet ; mais je connais des cas où il en fut ainsi. En pareille circonstance, il y a toujours une certaine difficulté pour adapter le véhicule aux besoins et aux caractéristiques du nouvel occupant. Aussi est-il probable que ce corps ne parvient jamais à faire un véhicule parfait. L'Égo sur le point de se réincarner dans de telles conditions se trouve dans cette alternative : ou bien consacrer une peine et un temps considérables à diriger la croissance d'un nouveau véhicule, qui soit une représentation de lui aussi parfaite que la chose est possible sur le plan physique, ou bien éviter tous ces ennuis en entrant dans le corps qu'un Égo lui abandonne ; procédé qui peut fournir un instrument très acceptable pour l'usage courant, mais qui ne donne [43] jamais, sous maints rapports, tout ce que son nouveau possesseur pourrait vouloir en tirer. Il est certain qu'un élève ne demanderait pas mieux que d'avoir l'honneur d'abandonner

son corps à son Maitre, mais, en vérité, bien peu nombreux sont les véhicules assez purs pour servir à ce dessein.

On demande souvent pourquoi l'Adepte, dont le travail semble s'accomplir presque entièrement sur les plans supérieurs, a réellement besoin d'un corps physique. Ceci, évidemment, ne nous regarde pas ; toutefois, s'il n'y a pas d'irrévérence à spéculer en pareille matière, plusieurs explications semblent s'offrir à nous. En effet, l'Adepte consacre beaucoup de temps à la projection de courants d'influence, et bien que – autant que nous avons pu l'observer – cette projection s'opère sur le plan mental supérieur ou sur le plan directement au-dessus, il est à présumer que des courants éthériques sont généralement émis, tout au moins de temps à autre. Par ailleurs, la possession d'un corps physique constitue assurément un avantage. La plupart des Maitres que j'ai vus sur le plan physique ont quelques élèves ou auditeurs qui vivent avec eux, ou près d'eux ; il est donc possible qu'un corps physique soit utile aux Maitres dans leurs rapports avec ceux qui les approchent. En tout cas, nous pouvons être certains que si un Adepte se décide à prendre la peine d'entretenir un corps physique, c'est qu'il a pour cela une raison sérieuse ; en effet, nous en savons assez au sujet de leurs méthodes de travail pour pouvoir affirmer qu'ils font toutes les choses en tout temps pour le mieux, et par les moyens qui exigent la moindre dépense d'énergie.

DEUXIÈME PARTIE

LES ÉLÈVES

CHAPITRE III

LE CHEMIN QUI MÈNE AU MAITRE

Il y a toujours eu une Fraternité d'Adeptes : la Grande Fraternité Blanche ; il y a toujours eu ceux qui savaient, ceux qui possédaient la Sagesse intérieure et nos Maitres comptent parmi les représentants actuels de cette puissante lignée de Voyants et de Sages. Une partie du savoir qu'ils ont amassé au cours d'âges sans nombre est mis à la disposition de toute personne appartenant au plan physique, sous le nom de Théosophie, mais il est encore réservé infiniment plus. Le Maitre Kuthumi lui-même a dit une fois, en souriant, à quelqu'un parlant de l'énorme changement qu'avaient apporté dans nos vies les révélations de la Théosophie et aussi de la merveilleuse clarté projetée par la doctrine de la réincarnation : "Oui, sans doute ; mais nous n'avons encore soulevé qu'un tout petit coin du voile". Quand nous aurons pleinement assimilé la connaissance qui nous a été donnée et quand nous vivrons ces enseignements, la Grande Fraternité Blanche sera disposée à lever le voile un peu plus ; mais elle ne le fera pas avant que nous ayons satisfait à ces conditions.

Ceux qui désirent savoir davantage et se rapprocher un peu des Maitres, voient s'ouvrir le Sentier. L'homme qui aspire à approcher les Maitres peut seulement les atteindre en devenant altruiste comme ils le sont eux-mêmes ; en apprenant à oublier le soi personnel et en se dévouant entièrement au service de l'humanité comme ils le font. Le point de vue des Maitres est si radicalement différent du nôtre qu'il nous est, tout d'abord, difficile de le saisir. Tout comme nous, ils ont leurs affections [46] privées et assurément ils aiment certains hommes plus que d'autres ; toutefois, jamais ils ne permettraient à des sentiments de cette nature d'influencer, si peut soit-il, leur attitude lorsque le travail est en jeu. Ils prendront beaucoup de peine à propos d'un homme en particulier s'ils voient en lui des germes de grandeur future, s'ils estiment que cet homme représentera un avantageux placement pour la somme de temps et de force dépensée à son sujet ; mais il n'y a aucune place pour la plus légère pensée de favoritisme dans l'esprit de ces grands Êtres. Ils considèrent purement et simplement le travail à accomplir, travail d'évolution, et la valeur de l'homme par rapport à ce travail ; c'est

pourquoi si nous nous rendons aptes à y prendre part, nos progrès seront rapides.

Peu de gens se rendent compte de l'immensité d'une pareille entreprise ni, par conséquent, de quelle chose sérieuse il s'agit lorsqu'ils désirent être pris comme élèves. Les Adeptes agissent sur le monde entier par énormes vagues de pouvoir ; ils influencent des millions d'individus dans leurs corps causals, ou sur le plan bouddhique, élevant sans discontinuité, quoique par des degrés à peine perceptibles, les véhicules supérieurs de ces individus sur une immense échelle. Cependant le même Maitre, qui passe sa vie à accomplir un pareil travail, veut bien par instants, le mettre de côté pour s'occuper de petits détails relatifs à un élève. Que ceux qui osent demander

à être admis comme élèves essaient donc de se rendre compte du caractère

formidable des forces ou du travail en jeu comme aussi au rang des Êtres avec lesquels ils se proposent d'entrer en contact. La moindre compréhension de la grandeur de ces choses leur fera comprendre pourquoi les Adeptes ne sauraient dépenser la plus petite partie de leur énergie pour un élève, à moins de pouvoirs escompter que celui-ci, dans un délai raisonnable, ajoutera un appréciable courant de force et de pouvoir, dans la direction nécessaire afin de donner l'aide au monde. Les Adeptes vivent pour accomplir l'œuvre du Logos du Système solaire, et ceux d'entre nous qui désirent se rapprocher d'eux doivent apprendre à les imiter [47] en consacrant leur vie uniquement à ce même travail. Ceux d'entre nous qui le feront ne pourront manquer d'attirer l'attention des saints Êtres, qui leur enseigneront alors comment secourir et bénir le monde.

Le progrès humain est lent, mais constant ; par suite, le nombre

d'hommes parfaits augmente constamment aussi et la possibilité d'atteindre le niveau de ces derniers et la possibilité d'atteindre le niveau de ces derniers est à la portée de tous ceux qui sont prêts au formidable effort nécessaire. Dans ce cas, en temps normal, il nous faudrait un grand nombre d'incarnations avant de pouvoir atteindre l'Adeptat ; mais, à l'heure présente,

il nous est possible de hâter notre progrès sur le Sentier qui nous y mène, de

condenser en quelques vies seulement l'évolution requise, laquelle autrement, demanderait des milliers et des milliers d'années. C'est cet effort qu'entreprennent beaucoup de membres de la Société Théosophique ; car il

y a, dans cette Société, une École Intérieure qui enseigne aux hommes à se préparer plus rapidement, en vue d'un travail supérieur.

Cette préparation demande un grand contrôle de soi, un effort précis, poursuivi d'année en année, et souvent sans grand résultat apparent accusant nettement le progrès accompli. En effet, cette préparation comporte l'entrainement des véhicules supérieurs, beaucoup plus que du corps physique et l'amélioration de ces véhicules ne se manifeste généralement pas d'une manière évidente sur le plan physique.

Quiconque entend parler des Maitres et de leur enseignement, s'il saisit quelque peu la portée de cette connaissance doit être pris, sur le champ, du plus vif désir de les comprendre et d'entrer à leur service ; plus il apprend à cet égard et plus il doit être pénétré du merveilleux, de la beauté et de la gloire du Plan de Dieu, plus il doit désirer y participer. Dès l'instant qu'il s'est rendu compte que Dieu a un plan d'évolution, il doit tenir à être un collaborateur de Dieu et rien d'autre ne doit pouvoir désormais le satisfaire.

À ce moment, il commence par se poser la question :

"Que dois-je faire, à présent ?"

La réponse est :

"Travaille".

C'est-à-dire : Fais ce que tu peux pour aider au progrès [48] de l'Humanité, dans la voie du Maitre. Commence, pour t'exercer, par ce que tu as l'occasion immédiate de faire, et qui peut consister en une menue chose extérieure ; demain lorsque tu auras acquis les qualités indispensables de caractère, tu seras attiré progressivement dans la partie supérieure du travail, jusqu'à ce qu'enfin, en t'efforçant sans relâche vers le mieux, tu te trouves en possession des qualifications qui ouvrent la porte à l'Initiation et à l'admission dans la Grande Fraternité Blanche elle-même. Je me souviens que lorsque j'eu, pour la première fois, le privilège d'entrer en rapport plus intime avec le Maitre, je lui demandais, dans une lettre, ce qu'il convenait que je fis. Il me répondit, en substance :

"Il faut trouver vous-même un travail utile ; vous savez ce que nous faisons ; lancez-vous dans notre travail, de quelque manière que vous le puissiez. Si je vous donnais à faire un ouvrage déterminé, vous le feriez certainement ; mais en pareil cas, le Karma du travail accompli m'échoirait, parce que ce serait moi qui vous aurais dit de faire cette besogne. Vous n'auriez que le karma de la bonne volonté et de l'obéissance, sans nul doute

avantageux, mais qui n'engendre pas une ligne d'action productive. J'attends de vous que vous fixiez vous-même votre travail pour que le karma de la bonne action vous revienne."

Je crois que nous pourrions tous envisager cette réponse pour nous- mêmes et nous rendre compte qu'il nous appartient non pas d'attendre que l'on nous demande de faire quelque chose, mais bien de nous mettre au travail. Il y a quantité d'humbles labeurs à accomplir, se rapportant à la Théosophie. Peut-être préférions-nous la partie la plus ostensible ; par exemple, siéger sur une estrade et faire des conférences à un large auditoire et l'on trouve assez de gens prêts à donner leur concours ; mais il y a beaucoup de modestes travaux de bureau nécessaires pour assurer la marche courante de notre Société et nous ne trouvons pas toujours autant de volontaires pour ce genre de besogne. Notre révérence et notre amour pour nos Maitres devraient nous rendre prêts à [49] faire volontiers n'importe quoi pour le service, si humble que soit le genre de notre contribution et nous pouvons être assurés que nous nous mettons à leur service en travaillant pour aider la Société que fondèrent deux d'entre eux.

Les "qualifications" à acquérir au cours du travail dans la première partie du Sentier, pour l'admission dans la Grande Fraternité Blanche sont nettement définies et demeurent essentiellement les mêmes, bien qu'elles aient été désignées sous différentes appellations au cours de ces vingt-cinq derniers siècles. Le plus récent et le plus simple exposé de ces qualifications se trouve dans l'admirable livre de J. Krishamurti : Aux Pieds du Maitre.

Bien que cet opuscule ait été mis à la portée du monde par Krishnamurti, les mots qu'il contient sont en presque totalité ceux du Maitre Kuthumi. "Ces mots ne sont pas les miens" dit l'auteur, dans un avant-propos ; "ce sont les mots du Maitre qui m'enseigna". Quand le livre fut écrit, le jeune corps physique de l'élève n'avait que treize ans, et il était nécessaire, pour le plan du Maitre, que les connaissances requises pour l'Initiation lui fussent inculquées dans le plus bref délai possible. Les termes reproduits dans le livre sont précisément ceux qu'employa le Maitre dans le but de condenser l'essentiel de l'enseignement nécessaire sous la forme la plus simple et la plus brève. Si ce n'avaient été les exigences de ce cas spécial, nous n'aurions peut-être jamais eu un exposé aussi simple, concis, et pourtant complet et très précis. Beaucoup de livres ont été décrits, détaillant les divers stades de ce Sentier préparatoire, et la signification exacte des mots palis et sanscrits qui y sont employés a donné lieu à d'amples controverses ; mais, dans ce

petit manuel, le Maitre fait hardiment table rase de tout cela et ne donne rien d'autre que l'essence de l'enseignement, en l'exprimant, autant qu'il se peut faire, en expressions modernes et tirées de notre façon de vivre actuelle.

Par exemple, il traduit les quatre qualifications Viveka, Vairagya, Shatsampatti et Mumukshutva, par discernement, [50] absence de désir (détachement), bonne conduite et amour. Aucune licence, si osée soit-elle, ne peut autoriser la traduction du mot "Mumukshutva" par le mot français "amour", le mot sanscrit signifiant simplement "désir de libération". Apparemment, le Maitre considère que l'intense désir de libération est le désir de s'échapper de toutes les limites de ce monde, de telle manière que, même au milieu d'elles, il soit possible de se sentir entièrement dégagé de tout lien. Un semblable détachement ne peut être atteint que par l'union avec le Suprême, avec l'Unique qui est derrière tout, en d'autres termes par l'union avec Dieu – Dieu qui est Amour. Par suite, c'est donc seulement en nous laissant totalement pénétrer par l'Amour divin que nous pouvons atteindre à la libération.

Il n'existe pas de plus belle ni de plus satisfaisante description des qualifications requises que celle donnée dans Aux Pieds du Maitre, et l'on peut dire, sans crainte de se tromper, que toute personne qui mettra résolument en pratique les enseignements qu'il contient passera immédiatement le portail de l'Initiation. Il a fallu un cas très exceptionnel pour que le Maitre consacre une si grande partie de son temps à l'enseignement direct d'un individu, mais, par l'intermédiaire de Krishnamurti, cet enseignement a touché des dizaines de milliers d'autres personnes et leur a été d'un secours inappréciable.

Le récit des circonstances dans lesquelles ce petit livre vint à être écrit est assez simple. Chaque nuit j'étais chargé d'emmener ce jeune garçon, dans son corps astral, à la maison du Maitre, afin que l'instruction voulue lui soit donnée. Le Maitre consacrait environ un quart d'heure, chaque fois, à lui parler ; puis, à la fin de chaque causerie, il résumait toujours les points principaux de ce qu'il avait expliqué, soit en une seule phrase ou plusieurs faisant ainsi un abrégé facile que l'enfant devait apprendre par cœur. Il devait se rappeler le résumé au matin et le mettre par écrit. Le livre Aux pieds du Maitre est composé de phrases résumant l'enseignement du Maitre dans les propres termes employés par lui. Le jeune garçon eut quelque mal à transmettre ces phrases, car son anglais [51] laissait, à l'époque, quelque peu à désirer. Sachant bien ces leçons par cœur, il ne s'inquiéta guère du sort des notes qu'il avait prises. Cependant, quelques temps après, étant allé à

Bénarès avec notre Présidente, il m'écrivit de là à Adyar, où j'étais, pour me prier de rassembler et de lui envoyer toutes les notes de ce que le Maitre lui avait dit. J'arrangeai alors ces notes du mieux que je pus et les recopiai à la machine à écrire.

Il me parut alors, que ces notes étant en grande partie les paroles même du Maitre, je ferai bien de m'assurer qu'il n'y avait eu d'erreur de transcription. J'emportai donc chez le Maitre Kuthumi les copies que j'avais faites à la machine et lui demandai d'avoir la bonté de les lire. Il les lut, changea un mot ou deux par-ci, par-là, ajouta quelques mots de liaison et d'explication et quelques autres phrases que je me rappelai lui avoir entendu prononcer. Pui il dit :" Oui, cela parait correct, cela ira" ; mais il ajouta :

"Allons néanmoins le montrer au Seigneur Maitreya". Et nous y allâmes ensemble, emportant les feuillets, qu'il montra à l'Instructeur du Monde lui- même, lequel lu et approuva. Ce fut le Seigneur Maitreya qui dit : "Vous deviez en faire un joli livre pour présenter Alcyone au monde". Il n'était jamais entré dans notre idée de le présenter au monde ; nous n'avions pas jugé désirable que tant de courants de pensées soient concentrés sur un enfant de treize ans, dont l'instruction et l'éducation étaient encore à faire. Mais, dans le monde occulte, nous faisons ce que l'on nous dit de faire et c'est ainsi que ce livre fut confié à l'imprimeur dès le matin suivant.

Tous les inconvénients que nous avions prévus de cette publicité prématurée se manifestèrent ; malgré tout, le Seigneur Maitreya avait raison, et nous avions tort ; car le bien qui est résulté de ce livre dépasse infiniment les ennuis qu'il nous occasionna. En effet, des milliers de gens nous ont écrit pour nous dire comment leur vie entière fut changée ; comment, pour avoir lui ce livre, toutes les choses leur devinrent différentes. Ce livre a été traduit en vingt-sept langues ; il en a été fait quelque quarante [52] éditions, si ce n'est plus, et plus de cent mille exemplaires en ont été tirés. Un travail magnifique a été accompli par son intermédiaire. Et, par-dessus tout, il porte cet imprimatur unique de l'Instructeur Mondial, et c'est bien là ce qui lui donne le plus de valeur.

On trouve aussi d'autres ouvrages de grande utilité pour l'élève qui s'efforce d'entrer dans le Sentier : la Voix du Silence et la Lumière sur le Sentier nous furent donnés dans ce but, et les merveilleux ouvrages d'Annie Besant : Vers le Temple et le Sentier du Disciple sont d'une inestimable valeur.

Ces livres en sa possession, l'élève ne peut plus conserver aucun doute quant à ce qu'il doit faire. De toute évidence, il doit diriger ses efforts vers deux buts particuliers : le développement de son propre caractère et l'entreprise d'un travail défini pour autrui. Il est clair aussi que la ligne de conduite qui lui est tracée par ces enseignements comporte une attitude entièrement différente envers la vie en général ; c'est ce qu'un des Maitres a exprimé dans la phrase : "Celui qui désire travailler avec nous et pour nous doit abandonner son propre monde et venir dans le nôtre". Ceci ne veut pas dire, comme les étudiants de la littérature orientale sont trop souvent portés à le croire, que l'aspirant doit abandonner le monde ordinaire de la vie et des activités physiques, pour se retirer dans la jungle, la caverne ou la montagne, mais cela signifie qu'il doit abandonner complètement l'attitude d'esprit du monde pour adopter l'attitude d'esprit du Maitre. Or, l'homme ordinaire envisage les évènements de la vie surtout en tant que ces derniers l'affectent lui-même et ses intérêts personnels ; le Maitre, au contraire, les envisage uniquement en tant qu'ils affectent l'évolution du monde. Tout ce qui, dans l'ensemble, tend au progrès et à l'avancement de l'humanité le long du Sentier qui lui est tracé, est bien et doit être encouragé ; ce qui, d'une manière ou d'une autre, les contrarie, est mauvais, indésirable et doit être écarté ou empêché. Est bien, ce qui aide l'évolution ; est mal, ce qui la contrarie ou la retarde. Voilà un critérium bien différent de ceux du monde extérieur ; [53] une pierre de touche au moyen de laquelle nous pouvons décider rapidement ce que nous devons soutenir et ce que nous devons combattre, en l'appliquant aussi bien aux qualités et aux défauts de notre caractère qu'aux évènements extérieurs. Nous ne serons utiles au Maitre qu'autant que nous pourrons travailler de concert avec lui, fut-ce de la manière la plus modeste. Or, nous serons d'autant mieux à même de travailler de concert avec lui que nous nous ferons semblables à lui et que nous pourrons considérer le monde du même point de vue que le sien.

Si nous travaillons dans la même direction que le Maitre, nous entrerons en contact de plus en plus marqué avec lui et nos pensées deviendront de plus en plus semblables aux siennes Nous nous approcherons ainsi de plus en plus vers lui en pensée et en activité, et par là, nous attirerons son attention, car il surveille sans cesse le monde afin de découvrir ceux qui lui seront utiles dans son travail. Nous ayant remarqué il ne tardera pas à nous attirer pour nous observer de plus près et plus en détail ; le plus souvent il nous mettra, dans ce but, en contact avec quelqu'un qui est déjà son élève. Il est donc tout à fait inutile que nous fassions un effort personnel pour attirer son attention.

M me Blavatsky nous a dit que lorsqu'une personne entrait dans la Section extérieure de la Société Théosophique, le Maitre l'examinait ; elle a ajouté qu'en beaucoup de cas les grands Êtres guidaient les êtres vers la Société, à cause de leurs vies passées. Ils savent donc bien des choses à notre sujet, avant que nous ne sachions rien d'eux. L'Adepte n'oublie jamais rien ; il semble toujours en pleine possession de ce qui lui est advenu, de sorte que s'il vient à jeter un coup d'œil, même des plus fugitifs, sur quelqu'un, il ne l'oubliera jamais plus à partir de ce moment. Lorsqu'une personne entre dans l'École Intérieure, alors un lien défini est formé, non pas directement encore avec un Adepte, mais tout d'abord avec le Chef extérieur de l'École et, par son intermédiaire, avec son maitre à lui, qui est le Chef intérieur.

Le lien ainsi créé avec le Chef extérieur est élargi et [54] renforcé à chacun des stages se succédant dans l'École. Il n'y a qu'un léger lien dans les périodes stagiaires, quelque chose de plus défini survient avec la prestation du serment de l'École, et ceux qui prennent les serments des degrés supérieurs s'approchent encore un peu plus près. Ceci se manifeste surtout par l'élargissement de la ligne de pensée unissant chaque membre de l'École avec son Chef Extérieur, parce qu'il pense constamment à lui dans sa méditation. Ceci maintient le lien brillant et solide.

Le Chef, de son côté, est devenu un avec son Maitre ; par conséquent se lier avec ce Chef est, dans ce sens se lier avec le Maitre. Tous ceux qui appartiennent à l'École Intérieure sont ainsi en contact avec son Chef direct, le Maitre Morya, malgré qu'ils travaillent fréquemment dans d'autres voies que la sienne et qu'ils deviendront élèves d'autres Maitres quand ils seront admis en Probation. Dans ce dernier cas, d'ailleurs, ils pourront recevoir néanmoins l'influence de leur Maitre à venir par ces intermédiaires, car les Adeptes quoique vivant très éloignés les uns des autres dans leur corps physique ont entre eux un contact si étroit qu'être en rapport avec l'un d'eux revient, en réalité, à être relié à tous. Cela nous semble une raison bien indirecte ; mais elle l'est beaucoup moins que nous ne le pensons, à cause de la très étroite union qui existe entre les grands Êtres sur les niveaux supérieurs.

À ces premiers stades d'union au moyen du Chef Extérieur, le Maitre, s'il le désire, peut dans une certaine mesure, agir par l'intermédiaire d'un membre quelconque, bien que ce soit un peu en dehors de ses habitudes d'envoyer sa force à travers un canal non spécialement préparé. Le Maitre a, en effet, une certaine conscience des actes de ceux qui sont dans son école. Cette conscience se manifeste quelquefois par l'envoi d'une pensée

encourageante au cours du travail qu'ils accomplissent pour lui. Je l'ai vu notamment utiliser un membre de l'école, qui faisait une conférence en lui suggérant d'exposer à ses auditeurs un nouvel aspect de la question traitée. Évidemment, [55] il agit ainsi et beaucoup plus fréquemment avec ses élèves ; mais il l'a fait certainement avec d'autres.

Quand l'étudiant aura compris tout cela, il ne demandera plus : "Que puis-je faire pour attirer l'attention du Maitre ?" Il saura qu'il est tout à fait inutile d'essayer d'attirer son attention et qu'il n'y a aucune raison de craindre que personne ne puisse être oublié. Je me souviens très bien, à ce propos, d'un incident advenu au début de mes rapports avec les grands Êtres. Je connaissais, sur le plan physique, un homme d'une vaste érudition et d'une grande pureté de vie, qui croyait fermement à l'existence des Maitres et consacrait sa vie à l'unique objet de se qualifier pour leur service. Il me semblait si bien préparé de toutes manières, pour faire un parfait disciple, si visiblement supérieur à moi sous maints rapports que je ne pouvais comprendre pourquoi sa valeur n'avait pas encore été reconnue ; aussi, étant nouveau et ignorant encore dans le travail, certain jour l'occasion s'offrit, très humblement et pour ainsi dire en m'excusant, je mentionnai son nom au Maitre, en suggérant que cet homme serait peut-être un bon instrument. Le Maitre eut un bon sourire amusé et me dit : "Ah ! n'ayez aucune crainte que votre ami soit négligé ; personne ne peut jamais être oublié ; mais, dans le cas dont vous parlez, il reste à épuiser certain karma, qui ne permet pas, pour le moment, d'accepter votre suggestion. Bientôt votre ami quittera le plan physique et bientôt il reviendra de nouveau ; alors l'expiation sera complète et ce que vous désirez pour lui sera devenu possible".

Puis, avec sa douce bonté, toujours si prête à se manifester, il fondit ma conscience avec la sienne d'une manière encore plus intime et l'éleva d'une manière encore plus intime et l'éleva jusqu'à un plan bien au-dessus de celui que je pouvais alors atteindre et de cette hauteur, il me montra comment les grands Êtres observent le monde. La terre entière s'étendait au-dessous de nous avec ses millions d'âmes, non développées pour la plupart, et par la suite, à peine visibles.

Mais, partout où, au milieu de cette énorme multitude, il se trouvait une âme [56] qui approchât, fût-ce même de fort loin, du point auquel elle pût être utilisée, cette âme se discernait, au milieu des autres, comme la flamme d'un phare dans l'obscurité de la nuit. "Vous voyez maintenant, dit le Maitre, à quel point il serait impossible d'oublier quelqu'un qui aurait les titres les plus lointains à son admission comme probationnaire."

Tout ce que nous pouvons faire, de notre côté, est de travailler sans relâche à l'amélioration de notre caractère et de nous efforcer, par tous les moyens possibles – études des ouvrages théosophiques, développement personnel et dévouement tout désintéressé au bien des autres – de nous rendre digne de l'honneur auquel nous aspirons, gardant au fond de notre esprit l'absolue certitude que, dès que nous sommes prêts, nous serons acceptés, sans aucun doute possible. Mais, jusqu'à ce que nous puissions être utilisés avec profit, c'est-à-dire jusqu'à ce que l'énergie dépensée par nous produise, par son actions, un résultat au moins égal à celui qui pourrait être obtenu en employant la même énergie d'une autre manière, jusqu'à ce moment ce serait, de la part du Maitre, une violation de son devoir que de nous attirer en contact étroit avec lui.

Nous pouvons être certains qu'il n'existe aucune exception à cette règle, alors même que nous pourrions penser que nous en avons constaté. Tel homme peut être mis en probation par un Adepte. Pendant qu'il possède encore certains défauts apparents ; mais soyons surs qu'en pareil cas cet homme a de solides qualités sous la surface qui compensent et bien au-delà ses défauts superficiels. Les Grands Maitres de la Sagesse ont, comme nous, une longue succession de vies derrière eux, et ils ont, au cours de ces vies, formé certains liens karmiques ; aussi, il advient parfois que telle personne a certains droits sur eux pour quelque service rendus il y a bien longtemps. Dans la série des vies passées que nous avons examinées, nous avons quelquefois rencontré des exemples de liens karmiques de cette nature.

Souvenons-nous aussi, que chacun de nous médite [57] sur le Maitre crée un lien défini avec lui, lequel apparait, à la vision du clairvoyant, comme une sorte de ligne lumineuse. Le Maitre ne manque pas de ressentir, dans sa conscience, la vibration de cette ligne et d'envoyer, en réponse, un puissant courant de magnétisme, dont l'action se prolonge longtemps après la méditation. La pratique journalière de la méditation et de la concentration est ainsi du plus grand secours à l'aspirant et la régularité est un des facteurs les plus importants pour obtenir le résultat cherché. On doit l'entreprendre journellement à la même heure et persévérer fermement, même si l'on n'observe pas de résultat sensible. Dans ce dernier cas, il convient d'éviter soigneusement le découragement qui empêche en partie l'influence du Maitre d'agir sur nous ; d'ailleurs, un sentiment de dépression serait la preuve que nous pensons davantage à nous-même qu'au Maitre.

On se demande très souvent : "Pourquoi le Maitre ne se sert-il pas de moi ? Je suis si plein d'ardeur et je lui serais si dévoué. Je désire tant qu'il m'utilise et qu'il m'enseigne. Pourquoi ne le fait-il pas ?" Il peut y avoir à cela maintes raisons. Peut-être la personne qui pose ces questions a-t-elle quelque défaut marquant, lequel est par lui-même un motif suffisant ; assez souvent, j'ai le regret de le dire, ce défaut c'est l'orgueil. Une personne peut avoir une opinion si haute d'elle-même, qu'il soit impossible de lui donner l'enseignement désiré. Très souvent dans notre civilisation moderne, le point faible est l'irritabilité : tel excellent et digne individu a, d'habitude, les nerfs surexcités de telle manière que le Maitre ne peut songer à l'attirer en contact permanent avec lui. D'autre fois l'empêchement est la curiosité, certains seront surpris qu'on puisse voir là un sérieux défaut ; il en est ainsi pourtant de la curiosité concernant les affaires d'autrui comme de son propre avancement occulte. Il serait tout à fait impossible au Maitre d'attirer près de lui quelqu'un qui aurait ce défaut. Un autre empêchement fréquent est la disposition à s'offenser ; mais l'aspirant vertueux et plein d'ardeur s'offense si facilement qu'il ne peut être pratiquement d'aucune utilité dans le travail [58] pour la raison qu'il n'arrive pas à s'entendre avec les autres. Il devra attendre qu'il ait appris à s'adapter et à coopérer avec qui que ce soit.

Beaucoup de ceux qui posent la question rappelée plus haut ont des faiblesses de cette nature et n'aiment pas qu'on les leur fasse remarquer, car ils croient généralement n'avoir aucun défaut sérieux et préfèrent penser qu'on se trompe si l'un d'eux leur est signalé. Il y a pourtant quelques cas assez rares de personnes ayant su profiter de l'avertissement. Je me souviens notamment, que dans une ville américaine, une dame vint me voir et me posa cette question : "Qu'y a-t-il donc qui n'aille pas en ce qui me concerne ? Pourquoi le maitre ne m'appelle-t-il pas près de lui ?" – "Voulez-vous réellement le savoir ?" Demandais-je. Elle désirait tellement savoir, et me conjura de l'examiner occultement, par clairvoyance, ou de quelque autre façon que je jugerais utile, d'examiner aussi tous ses véhicules et ses vies passées et d'en tirer la conclusion. Je la pris au mot et lui dit : "Eh bien ! Puisque vous voulez le savoir, il y a trop d' "égo" dans votre "cosmos". Vous ne pensez qu'à vous-même et pas assez au travail à accomplir".

Il va s'en dire qu'elle fût terriblement offensée ; elle s'élança hors de la pièce en me disant qu'elle avait une piètre idée de ma clairvoyance. Cependant, cette dame eut le courage de revenir, deux ans plus tard, me dire : "Ce que vous m'aviez dit n'était que trop vrai et je vais travailler ferme à me corriger." J'ai assisté bien des fois à semblable épisode, mais le cas

rapporté est le seul où la personne intéressée soit revenue vers moi en reconnaissant sa faiblesse.

Tout rapporter à soi est un autre défaut très répandu à l'heure présente. La personnalité que nous n'avons cessé d'édifier pendant des milliers d'années a pris, avec de la force, l'habitude de s'imposer et c'est une des tâches les plus ardues que celle de renverser pareille attitude et de forcer la personnalité à prendre l'habitude de considérer les choses du point de vue d'autrui. Si nous voulons [59] arriver jusqu'au Maitre, il nous faut assurément quitter le centre de notre propre cercle, comme je l'ai expliqué dans l'Occultisme dans la Nature.

Cependant, il arrive quelque fois que ceux qui nous posent la question n'ont pas de défaut particulièrement prononcé et, après les avoir examinés par clairvoyance, on ne peut que leur dire : "Je n'aperçois aucune raison bien spéciale, aucun défaut caractérisé vous retenant en arrière ; mais il faudrait vous perfectionner un peu plus dans l'ensemble". C'est là un conseil peu agréable à donner, mais telle est la situation : ces Égos ne sont pas suffisamment avancés et ils ont à progresser pour devenir dignes d'être appelés. En effet, se mettre, vis-à-vis du travail, dans l'attitude qu'adopte le Maitre lui-même, demande une réelle force de caractère, par ce que, outre les défauts que nous pouvons avoir encore à corriger, nous avons à lutter contre la pression des pensées de notre ambiance.

Ceux qui se bornent à se laisser porter par le courant de l'évolution auquel nous aspirons et auront la tâche d'avancement auquel nous aspirons et auront la tâche beaucoup plus aisée, car l'opinion générale, à cette période, sera en harmonie avec les idéaux théosophiques. Tandis qu'actuellement nous avons résisté contre ce que le chrétien appellerait "la tentation", c'est- à-dire l'énorme et continue pression de l'opinion extérieure, celle des millions de gens autour de nous qui n'ont guère que des pensées personnelles. Faire front à cette pression exige un réel effort, un vrai courage et une inlassable persévérance. Cette tâche, nous devons l'accomplir sans lâcher pied et quoique nous soyons exposés à défaillir et à tomber à maintes fois, nous ne perdrons pas confiance : nous nous relèverons chaque fois pour essayer d'avancer toujours un peu plus.

Les [60] corps astral et mental de l'aspirant doivent manifester continuellement quatre ou cinq fortes et éclatantes émotions : entre autres, l'amour, le dévouement, la sympathie, l'aspiration intellectuelle. Mais, au lieu d'un petit nombre de grandes émotions vibrant splendidement avec des

claires et belles couleurs, on voit généralement des corps astrals tâchés, souvent sur toute la surface, de tourbillons rouges, bruns, gris, noirs, au nombre d'une centaine ou davantage, ressemblant assez à ce que serait, sur le corps physique, un amas de verrues empêchant la peau d'être sensible comme elle le doit. Le candidat doit faire en sorte que ces excroissances disparaissent, c'est-à-dire que l'habituel enchevêtrement de mesquines émotions soit entièrement dissipé.

Il ne peut y avoir de demi-mesure sur le Sentier. Beaucoup sont dans la position d'Ananias et de Sapphira, tant diffamés. Ceux-ci, très enthousiastes et désirant donner tout ce qu'ils pouvaient, crurent devoir – ce qui est assez naturel et ne saurait être sérieusement critiqué –, conserver quelque bien en réserve pour le cas où le jeune Mouvement chrétien échouerait. On ne peut les blâmer d'avoir agi ainsi ; mais ce qui était mal et leur fit beaucoup de tort, c'est de ne pas avoir admis qu'ils avaient gardé quelque chose et prétendu tout donné. Beaucoup de personnes suivent leur exemple ; j'espère que l'histoire n'est pas vraie cependant parce que l'apôtre fut certainement sévère à leur sujet.

Nous ne donnons pas tout, mais retenons un peu de nous-mêmes – je ne veux pas dire de notre argent mais de nos sentiments personnels intimes – et cela nous retient éloignés du Maitre. En occultisme, il ne peut y avoir de compromis. Nous devons suivre le Maitre sans réserve, et ne pas nous dire en nous-mêmes : "Je suivrai le Maitre pour autant qu'il ne me demande pas de travailler avec telle ou telle personne ; je suivrai le Maitre à condition que mon travail soit apprécié et mentionné". Nous ne devons pas poser de conditions. Cela ne veut pas dire que nous devons abandonner nos devoirs ordinaires du plan physique, mais simplement que notre être entier doit être à la disposition du Maitre. Nous devons être prêts à abandonner quoi que ce soit, à aller n'importe où, non à titre d'épreuve, mais parce que l'amour du travail est la grande chose de notre vie.

CHAPITRE IV

PROBATION

C'est dans les rangs des étudiants ardents et travailleurs, de la catégorie dont nous venons de parler, qu'en bien des occasions le maitre a choisi ses élèves. Mais avant de les accepter définitivement, il prend des précautions particulières pour s'assurer qu'ils sont réellement de ceux avec qui il peut entrer en contact intime ; et c'est là le but du stage appelé probation. Quand le Maitre juge un homme comme élève possible, il demande habituellement à quelqu'un avec qui il est déjà étroitement lié, de lui amener astralement pour ce premier pas ; le Maitre donne quelque avis, dit au nouvel élève ce qu'on attendra de lui et souvent son amabilité trouve quelques raisons de le féliciter du travail qu'il a déjà accompli.

Il fait alors une image vivante de l'élève ; autrement dit, il moule en matière mentale, astral et éthérique, une exacte contrepartie des corps causal, mental, astral et éthérique du néophyte, et garde cette image à sa portée afin de pouvoir l'observer périodiquement. Chaque image est reliée magnétiquement à la personne qu'elle représente, de telle manière que toute variation des pensées ou sentiments s'y reproduit exactement par vibration sympathique ; ainsi par un simple regard jeté sur l'image, le Maitre peut voir tout de suite si depuis la dernière fois qu'il l'a vue, un trouble quelconque est survenu dans les corps qu'elle représente ; il voit par exemple, si le sujet a perdu son égalité d'âme, est devenu la proie de sentiments impurs ; s'il s'est abandonné au souci, au découragement ou à toute autre faiblesse de ce genre. C'est seulement après avoir constaté qu'aucune agitation sérieuse, pendant une longue période, n'a envahi le les véhicules représentés par l'image, qu'il laissera entrer l'élève en relation plus intime avec lui.

Quand l'élève est accepté, il doit entrer en union avec son Maitre d'une manière plus intime que nous ne [62] pouvons l'imaginer ou comprendre ; de son côté le Maitre s'efforce de fusionner l'aura de l'élève avec la sienne afin qu'à travers leur fusion ses forces soient constamment agissantes, sans attention spéciale de sa part. Mais un rapport aussi intime ne saurait agir dans une direction unique ; si parmi les vibrations de l'élève il s'en trouvait quelques-unes qui puissent amener des perturbations dans les corps astral et mental de l'Adepte, comme ces vibrations réagissent sur lui, l'union envisagée serait impossible. Dans ce cas, l'aspirant élève devrait attendre d'être débarrassé de ces vibrations. L'élève probationnaire n'est pas

nécessairement meilleur que d'autres personnes qui ne sont pas en probation, il est seulement plus apte sous certains rapports au travail du Maitre, et il est sage de le soumettre à l'épreuve du temps. Beaucoup, en effet, emportés par l'enthousiasme et pleins d'ardeur pour le service semblent, au début, donner de belles espérances ; malheureusement, après un certain temps, ils se lassent et retournent en arrière. Le candidat doit vaincre toutes les faiblesses émotionnelles qu'il peut avoir, et continuer à travailler sans défaillance jusqu'à ce qu'il devienne suffisamment calme et pur. Quand, après une longue période, il n'y a pas eu de sérieuses perturbations dans l'image vivante, le Maitre peut se rendre compte que le temps est venu d'attirer utilement l'élève plus près de lui.

Il ne faut pas croire que l'image vivante n'enregistre que des défauts ou des perturbations ; elle reflète la condition entière de la conscience astrale et mentale de l'élève ; par suite elle devrait enregistrer aussi beaucoup de bonté et de joie et faire rayonner la paix sur la terre et la bienveillance sur les hommes. N'oublions jamais qu'une bonté passive ne suffit pas, mais que pour avancer, une bonté active est nécessaire. Ne rien faire de mal, est déjà beaucoup ; mais rappelons-nous qu'il est écrit de notre grand Modèle : "Il allait, faisant partout le bien".

Lorsqu'un élève en probation fait quelque chose d'exceptionnellement bien, le Maitre porte à l'instant un peu plus d'attention sur lui et, s'il le juge opportun, lui [63] envoie un flot d'encouragements d'un certain genre, ou encore place sur son chemin quelque tâche pour voir comment il la remplira. Plus souvent néanmoins, il délègue ce soin à l'un des élèves plus âgé. On pense que nous offrons au candidat des occasions d'agir. Ce serait assumer une sérieuse responsabilité, car si le candidat met à profit l'occasion d'aider, c'est bien ; s'il ne le fait pas, c'est un mauvais point pour lui. Nous aimerions souvent offrir des occasions aux intéressés, cependant nous hésitons malgré le bien qu'ils pourraient en retirer, parce que s'ils les laissaient s'échapper, leur tâche ultérieure deviendrait un peu plus difficile la fois suivante. On voit, par conséquent, que le lien unissant l'élève à son Maitre consiste, principalement de la part de ce dernier, à observer l'élève et à l'utiliser peut- être de temps à autre. Les Adeptes n'ont pas pour habitude de recourir à des épreuves spéciales ou sensationnelles, et généralement, quand un adulte est mis en probation, on le laisse suivre le cours ordinaire de sa vie et la manière dont l'image vivante reproduit sa réponse aux épreuves et problèmes du jour fournit une indication suffisante de son caractère et de ses progrès. Quand le Maitre conclut, de cette observation, que la personne fera un disciple

satisfaisant, il l'attire plus près de lui et l'accepte. Parfois quelques semaines suffisent pour amener cette décision ; d'autres fois, la période nécessaire se prolonge plusieurs années.

En raison du caractère exceptionnel de notre époque, beaucoup de jeunes gens ont été mis en probation au cours de ce dernières années, ce dont leurs parents, ainsi que certains membres de la Société ont été parfois étonnés, en songeant que malgré leurs sacrifices sincères et leurs travaux poursuivis souvent pendant vingt, trente ou même quarante ans, ils ne sont pas appelés, alors que des jeunes sont choisis. L'explication en est simple.

C'était votre karma de travailler tout ce temps à vous préparer ; justement parce que vous êtes de bons et anciens membres de la Société, vous avez attiré quelques-unes des âmes qui, au cours d'incarnations [64] antérieures, étaient parvenus à s'élever à un niveau supérieur de développement, de sorte que dans cette nouvelle vie, elles sont pour vous, nées comme étant vos enfants ; aussi ne devriez-vous pas être surpris si parfois vous trouvez que ceux qui sont physiquement vos enfants, sont cependant sur des plans supérieurs, d'un développement beaucoup plus ancien que le vôtre. Ne soyez donc pas étonnés si un jeune garçon ou une jeune fille parvient d'emblée à des relations étroites avec un Maitre – relations telles que vous n'eussiez pas osé les rêver pour vous-mêmes, malgré vos nombreuses années de méditation et de rude travail. Il est possible que votre enfant soit capable de planer au-dessus de vous, mais c'est précisément parce qu'il a cette capacité, que sa naissance et sont éducation vous ont été confiées, à vous qui avez étudiée et travaillé si longtemps sur les voies théosophiques. Dans le cours de cette étude, vous devez avoir appris à être des parents idéals – le genre de parents requis pour le corps d'un égo avancé. Donc, au lieu d'être perplexes ou surpris, vous devriez vous réjouir pleinement d'avoir été reconnus dignes de guider ici-bas les pas de quelqu'un qui sera un jour parmi les Sauveurs du Monde.

Peut-être aussi vous étonnez-vous que des enfants puissent apprécier l'honneur qui leur est fait, en saisir la splendeur et la gloire ; n'oubliez pas que c'est l'égo qui est initié, l'égo qui est pris comme élève. Il est vrai qu'il doit être arrivé au contrôle de ses véhicules inférieurs, que ces derniers devraient être dans une très large mesure une expression de lui-même, afin qu'ils ne soient pas un obstacle au travail qui l'attend ; car c'est l'égo qui doit effectuer ce travail et acquérir ce développement, et vous ignorez jusqu'à quel point déjà il y est parvenu dans une vie précédente. Beaucoup d'âmes qui arrivent en incarnation à notre époque sont hautement évoluées dont est

composé la grande phalange des disciples qui se tiennent autour d'un Instructeur du Monde. Ceux qui deviennent élèves de bonne heure dans cette vie, peuvent fort bien [65] l'avoir été déjà durant de longues années, au cours d'une vie précédente, et pour nous, les ainés, le plus grand privilège que nous puissions avoir est de nous trouver associés à ces jeunes êtres, car en leur donnant par l'éducation les moyens de seconder plus parfaitement l'œuvre du Seigneur sur terre, à travers eux nous y participons. Au chapitre intitulé "Nos rapports avec les enfants", dans l'Occultisme dans la Nature, je me suis étendu longuement sur ce qui est nécessaire à l'éducation des enfants, afin qu'ils puissent conserver tout ce qu'il y a de meilleur dans ce qu'ils apportent de leur passé et amener à leur pleine floraison beaucoup des belles caractéristiques de leur nature, détruites le plus souvent, hélas, par l'incompréhension des ainés. Dans ce même chapitre, j'ai parlé des effets dévastateurs que produisent chez les enfants la brutalité et la cruauté ; à ce sujet, je voudrais ajouter ici le récit d'une expérience qui pourra mettre en lumière les indicibles et terribles conséquences qui résultent parfois des effets de la cruauté. Les parents qui ont des enfants à l'âge d'être envoyés à l'école, ne sauraient s'entourer de trop de précautions, ni prendre trop de renseignements avant de les confier à un instituteur, de peur qu'un tort irréparable ne soit causé aux petits être dont ils sont responsables.

Il y a quelque temps un exemple très frappant des malheurs qui peuvent, dans certains cas, être occasionnés par la brutalité, vint attirer mon attention d'une façon spéciale. J'avais le très grand honneur d'assister à l'Initiation de l'un de nos jeunes membres ; l'Initiateur était dans la circonstance, le Seigneur Maitreya Lui-même. Au cours de la cérémonie, le candidat devait, selon l'usage, répondre à de nombreuses questions ayant trait surtout à la manière la plus efficace de venir en aide dans des cas difficiles ou inaccoutumés ; et un sujet d'un certain homme qui l'avait traité avec une dureté et une cruauté épouvantables, dans sa petite enfance, une interrogation spéciale fut ajoutée pour savoir s'il avait pardonné et s'il pouvait lui venir en aide. L'Initiateur fit l'image [66] d'une aura présentant le plus merveilleusement possible de délicates petites choses, autrement dit des touches ou traits, d'un ravissant coloris, d'une luminosité brillant sur toute sa surface et de telle manière que ces choses semblaient, pour ainsi dire, jaillir d'elle puis s'y fondre de nouveau ; et il dit :

"Vous voyez là, la semence des plus hautes et des plus nobles qualités de l'espèce humaine – semence fragile, délicate comme un fil de la Vierge, ne pouvant se

développer que dans une atmosphère du plus profond et

du plus pur amour, sans un soupçon de peur ou de contrainte. Celui qui, préparé par ailleurs, peut développer et porter à maturité cette semence atteindrait l'Adeptat dans cette vie même. Voilà le sort que nous avions espéré pour vous : vous voir devenir un grand Adepte ; mais ceux

à qui je vous ai confié – parce qu'ils vous avaient consacré

à mon service, avant même votre naissance – ceux-là, dis-

je, vous ont abandonné entre les mains de cet individu qui s'est montré si complètement indigne d'une telle confiance. Telle était votre aura avant que la souillure de sa méchanceté soit tombée sur vous ; voyez maintenant ce qu'en fit sa cruauté".

L'aura se transforma alors, en se tordant horriblement et, quand elle redevint immobile, toutes les belles touches si délicates avaient disparu : à leur place on voyait d'innombrables cicatrices. Le Seigneur expliqua que le mal perpétré ne pourrait pas être annulé au cours de la vie présente, et il ajouta :

"Vous ne m'en aiderez pas moins ; j'espère vous voir atteindre dans cette vie le rang d'Arhat, mais pour la perfection définitive nous devrons attendre encore quelque temps. À nos yeux, il n'existe pas de plus grand crime que celui de mettre ainsi obstacle aux progrès d'une âme."

Lorsque le candidat vit l'aura se tordre et se durcir, lorsqu'il vit toutes ces belles promesses impitoyablement détruites par la brutalité de cet homme, il ressentit de nouveau pendant un instant, ce qu'il avait à peu près oublié : l'angoisse du petit garçon renvoyé de la maison de ses parents, la peur toujours planant et le serrement de cœur, l'incroyable horreur, la sensation de violents [67] outrages qu'on ne peut éviter, sans pouvoir demander justice, l'impuissance sous l'étreinte d'un tyran cruel, la vive perception de sa malfaisante injustice ; cela, sans aucun espoir, sans un point d'appui dans l'abime, sans Dieu à qui faire appel. À cette vie, moi qui observais, je compris la tragédie de l'enfance et pourquoi ses effets ont une immense portée.

Ce n'est pas seulement à l'approche de l'Adeptat que cet odieux péché de cruauté envers les enfants entrave le progrès. Toutes les qualités supérieures nouvelles que la race Aryenne devrait actuellement développer apparaissent en bourgeons légers et délicats, d'une nature semblable aux qualités qui viennent d'être décrites, bien qu'elles se montrent à un niveau inférieur. Dans des milliers de cas la fleur est anéantie dans son bouton sans pitié, par la dureté insensée de parents ou d'instituteur ; et c'est ainsi que beaucoup de bonnes personnes restent sur un même niveau à travers plusieurs incarnations, tandis que leur bourreaux renaissent dans des races inférieures. Il y a certainement beaucoup d'égos encore bien au-dessous des hauts sommets de l'Initiation, qui venant en incarnation, se développent néanmoins rapidement et ont besoin maintenant d'ajouter à leurs qualités quelques-unes des qualités propres à ces nouveaux développements plus délicats ; or, pour cet avancement projeté, toute brutalité leur serait également fatale.

Jusqu'à la circonstance qui vient d'être rapportée, je ne savais pas que la dernière vie, au cours de laquelle l'Adeptat est atteint, exige pendant l'enfance un entourage absolument parfait ; mais la logique de cette idée est évidente dès que nous est suggérée la nécessité de cette condition qui probablement aussi est une des raisons pour lesquelles si peu d'étudiants parviennent à l'Adeptat dans des corps européens, car à ce sujet l'Europe est en retard sur le reste du monde. Quoi qu'il en soit, il est aisé de comprendre qu'il ne peut résulter que du mal de cette épouvantable habitude de cruauté envers l'enfance. Nos membres ont le strict devoir de travailler à sa suppression partout où cela leur est possible [68] et doivent, comme je le disais tout à l'heure, veiller avec le plus grand soin à ce qu'aucun enfant dont ils sont plus ou moins responsable, ne soit jamais soumis aux dangers de cette forme particulière de crime.

Le Seigneur Maitreya a été souvent appelé l'Instructeur des Dieux et des hommes, ce que nous exprimons parfois d'une autre manière en disant que, dans le grand royaume spirituel, il est le Ministre de la religion et de l'éducation. Cela ne signifie pas seulement qu'à certains intervalles, quand il juge opportun, il s'incarne lui-même, ou qu'il délègue un élève pour exposer l'éternelle vérité de quelque nouvelle manière – comme nous dirions, "pour fonder une nouvelle religion". Tout à fait en dehors de cela, il a constamment la charge de toutes les religions, et tout ce qui est neuf et beau, ressortant de l'enseignement de l'une quelconque de ces religions, récente ou ancienne, est toujours inspiré par lui.

Nous savons peu de chose des méthodes d'instruction mondiale qu'il a choisies ; il y a de nombreux modes d'enseignement en dehors de la parole, et de toute évidence c'est son effort constant et quotidien qui parvient à élever les conceptions intellectuelles de millions d'anges et d'hommes.

Son bras droit, dans tout cet admirable travail, est son disciple et successeur désigné, le Maitre Kuthumi, exactement comme l'adjoint et successeur désigné du Seigneur Vaïvasvata Manou est le Maitre Morya. Alors, précisément parce que le Maitre Kuthumi est l'instructeur idéal, c'est à lui que nous devons conduire ceux qui doivent être mis en probation ou présentés à l'acceptation dans un âge précoce. Il est possible que plus tard dans leur vie, ils soient utilisés par d'autres Maitres pour d'autres parties du travail ; mais obligatoirement, ils débutent tous – ou presque tous – sous la tutelle du Maitre Kuthumi. C'est une partie de ma tâche depuis de longues années d'essayer de conduire dans les voies droites tout jeune élève que le Maitre considère comme donnant des espérances ; il les met en contact avec moi sur le plan physique et me donne habituellement de brèves instructions [69] concernant les qualités qu'il désire voir développer et aussi la manière dont je dois instruire chacun d'eux. Naturellement, dans son infinie sagesse, il n'agit pas avec ces jeunes cerveaux et ces jeunes corps exactement comme il le ferait avec de plus âgés. Laissez-moi citer ces lignes d'un compte rendu de la mise en probation de trois de nos jeunes élèves.

ENTRÉE EN PROBATION

Nous trouvâmes le Maitre Kuthumi assis sous la véranda de sa maison, et lorsque je lui présentai mes jeunes compagnons, il leur tendit la main. Le premier du groupe mit gracieusement un genou en terre, baisa la main du Maitre et à partir de ce moment resta agenouillé, pressé contre le genou du Maitre. Les autres tenaient les yeux fixés sur les siens, et leur âme toute entière brillait dans leurs regards. Le Maitre sourit divinement et leur dit :

"Je vous accueille avec un plaisir tout particulier ; tous, vous avez collaboré avec moi dans le passé et j'espère que vous le ferez maintenant. J'ai besoin que vous soyez des nôtres avant que le Seigneur paraisse, aussi je m'occupe de vous de très bonne heure. Rappelez-vous que ce que vous désirez entreprendre est la plus glorieuse de toutes les tâches ; mais elle n'est pas facile, parce qu'il vous faut acquérir un contrôle parfait sur ces petits corps ; vous

devez vous oublier vous-mêmes complètement et vivre uniquement pour le bonheur des autres et pour l'œuvre qu'il nous est demandé de faire".

Mettant sa main sous le menton de l'enfant qui était agenouillé, il dit avec un beau sourire :

"Pouvez-vous faire cela ?"

donna

successivement à chacun d'eux quelques précieux conseils personnels et leur demanda séparément à chacun :

"Veux-tu essayer de travailler dans le monde sous ma direction ?"

Et

tous

répondirent

qu'ils

essaieraient.

Alors

le

Maitre

À quoi chacun répondit :

"Je le veux".

Puis, il attira en face de lui le premier enfant, lequel [70] s'agenouilla de nouveau, et posant ses deux mains sur sa tête, il lui dit :

"Dès ce moment, je te prends comme mon élève en probation, et j'espère que bientôt tu entreras en alliance plus étroite avec moi, aussi je te donne ma bénédiction, afin que tu puisses la passer aux autres."

Tandis qu'il parlait, l'aura du jeune garçon s'agrandissait prodigieusement, et les couleurs de l'amour et de la dévotion brillaient d'un feu de vie ; l'enfant dit alors :

"O Maitre, rendez-moi réellement bon ; rendez-moi digne de vous servir."

Mais le Maitre reprit en souriant :

"Toi seul peux faire cela, mon cher enfant ; mais mon aide et ma bénédiction seront toujours avec toi."

Puis il attira les deux autres jeunes garçons et procéda pour chacun d'eux à la même cérémonie très simple ; les deux auras s'agrandirent et devinrent plus fermes et plus régulières au fur et à mesure qu'en réponse au Maitre les deux enfants s'exaltaient d'une manière vraiment merveilleuse.

Ensuite le Maitre se leva et entraina les jeunes gens.

"Maintenant, venez avec moi et voyez ce que je vais faire".

Groupé, nous descendîmes tous ensemble le sentier descendant jusqu'au pont jeté sur la rivière. Le Maitre nous emmena dans le souterrain et montra aux jeunes garçons les images vivantes de tous les élèves probationnaires, puis il dit :

"Maintenant, je vais former vos images."

Et, devant leurs yeux, il les matérialisa, ce à quoi ils prirent le plus vif intérêt.

"Suis-je ainsi ?"

dit l'un deux, d'une voix respectueuse et craintive.

Dans l'une des images il y avait un reflet de matière rougeâtre, et le maitre, jetant un coup d'œil enjoué à l'original, lui dit :

"Qu'est-ce que cela ?"

"Je ne sais pas",

répondit le jeune garçon ;

mais je pense qu'il l'avait deviné, car c'était le résultat d'une tension émotionnelle durant la nuit précédente. Le Maitre indiqua à ses trois nouveaux élèves les coloris et les dispositions changeants dans les auras, leur en apprit la [71] signification et que lui, le Maitre, désirait voir changer.

Il les assura qu'il regarderait ces images chaque jour pour voir comment elles s'affineraient et qu'il espérait les voir se modifier de telle manière qu'elles puissent devenir agréables à regarder. Puis, il donna sa bénédiction finale.

*

Dans le cas de personnes plus âgés mises en probation, elles doivent pour la plupart trouver elles-mêmes le travail qui leur convient le mieux ; mais, en ce qui concerne les plus jeunes, le Maitre place parfois sur leur chemin un travail bien défini, et observe comment il est fait. Il condescend quelquefois à envoyer des messages spéciaux d'encouragement et d'enseignement, et même à donner des conseils particuliers pour leur éducation. Pour la conduite des autres jeunes élèves qui désirent suivre le même Sentier, des extraits de quelques-uns de ces messages sont données ci-après :

CONSEIL DU MAITRE

"Je sais que votre unique but dans la vie est de servir la Fraternité ; cependant, n'oubliez pas qu'il y a devant vous de plus hauts degrés à gravir, et que le progrès sur le Sentier exige une vigilance toujours en éveil. Non seulement vous devez être toujours prêts à servir, mais vous devez guetter constamment les occasions – que dis- je, créer des occasions – de vous rendre utiles dans les petites choses, afin que vous ne manquiez pas de voir le plus grand travail lorsqu'il se présentera.

N'oubliez jamais un instant votre alliance occulte ; elle doit être pour vous une inspiration toujours présente, non seulement un bouclier contre les pensées vaines qui flottent autour de nous, mais encore un stimulant pour l'activité spirituelle. La vanité et la mesquinerie de la vie ordinaire vous deviendront alors impossibles, bien que ne dépassent pas notre compréhension et notre compassion.

[72]

L'ineffable félicité de l'Adeptat n'est pas encore vôtre, mais souvenez-vous que vous ne faites qu'un avec Ceux qui vivent de cette vie supérieure ; vous êtes les dispensateurs de leur lumière dans ce monde inférieur, de sorte que vous aussi, sur votre plan, devez être de radieux soleils d'amour et de joie. Le monde peut ne pas comprendre, ne pas apprécier : votre devoir est de briller.

Ne vous reposez pas sur vos lauriers ; il y a des sommets encore plus élevés à atteindre. Le besoin de développement intellectuel ne doit pas être perdu de vue ; d'autre part, il faut augmenter en nous la sympathie, l'affection, la tolérance. Chacun doit se rendre compte qu'il existe des points de vue différents des siens et tout aussi digne d'attention. Toute rudesse ou vulgarité de langage, toute tendance à discuter, doivent absolument disparaitre ; celui qui s'y voit enclin, doit en réprimer l'impulsion dès qu'elle s'élève en lui ; il devra parler peu et toujours avec délicatesse et courtoisie. Ne parlez jamais sans vous demander si ce que vous allez dire est à la fois

bienveillant et sensé. Celui qui s'efforce de créer en soi l'amour, est à l'abri de beaucoup d'erreurs. L'amour est la vertu suprême, sans laquelle les autres qualités "n'arrosent que du sable".

Les pensées et les sentiments indésirables doivent être rigoureusement proscrits ; il faut les combattre jusqu'à ce que leur retour ne soit plus possible. Les mouvements d'irritabilité troublent la mer calme de la conscience de la Fraternité. L'arrogance doit être exclue, car elle est un sérieux obstacle au progrès. La parfaite délicatesse de

pensée et de langage est nécessaire ; c'est l'arôme du tact parfait qui jamais ne peut choquer ni offenser. Tout cela est difficile à acquérir ; toutefois, si vous le voulez, vous

y parviendrez.

Le service défini, et non pas le bon plaisir, devrait être votre objectif ; songez, non pas à ce que vous désirez faire, mais bien à ce que vous pourriez faire pour aider quelqu'un d'autre ; oubliez-vous et portez votre attention sur les autres. En conséquence, il faut qu'un élève soit [73] bon, obligeant, secourable, non pas de temps à autre, mais tout le temps. Rappelez-vous que chaque moment qui n'est pas consacré au service, ou à vous adapter au service, est pour nous du temps perdu.

Quand vous constatez en vous-même des défauts avérés,

il faut les prendre en mains avec courage et résolution ; en

persévérant, vous réussirez ; c'est une question de volonté. Guettez occasions et suggestions : soyez une valeur productrice. Je suis toujours prêt à vous assister ; mais je ne peux pas faire la besogne pour vous ; c'est de vous que

l'effort doit venir. Essayez d'approfondir toutes les occupations journalières et de mener une vie de dévouement le plus complet au service.

Jusqu'à présent vous avez bien fait, mais je désire que vous fassiez mieux encore. Je vous ai mis à l'épreuve en vous offrant des occasions d'aider, et jusqu'ici vous les avez saisies noblement ; en retour, je vous en accorderai de plus nombreuses et de plus importantes, et votre progrès dépendra de la façon dont vous les reconnaitrez et les

mettrez à profit. Souvenez-vous que la récompense d'un travail réussi est dans la chance qui s'offrira pour vous de faire plus de travail, et que la fidélité dans ce qui semble être de petites choses, entraine vers l'emploi dans les affaires de plus grande importance. J'espère pouvoir bientôt vous attirer plus près de moi, ce qui vous permettra d'aider vos frères le long du Sentier qui mène aux pieds du Roi. Soyez reconnaissants d'avoir une grande puissance d'aimer, de savoir inonder votre monde de lumière, de vous répandre au dehors avec une royale prodigalité et de semer le bienfait comme un roi ; cela, en vérité, est bien, mais prenez garde, de peur qu'au cœur de cette grande fleur d'amour ne se glisse un tout petit mobile d'orgueil, lequel pourrait s'étendre comme le fait la tache de corruption presque invisible qui s'accroit jusqu'à ce qu'elle ait empoisonné et corrompu toute la fleur. Rappelez-vous ce qu'a écrit notre grand Frère : "Sois humble lors même que tu atteindras la sagesse ; sois plus humble encore lorsque tu seras devenu Maitre." Cultivez donc cette modeste plante embaumée qu'est l'humilité, [74] jusqu'à ce que son doux arome pénètre chaque fibre de votre être.

Quand vous tâchez d'atteindre l'unité, ce n'est pas suffisant d'attirer les autres, de les envelopper de votre aura pour établir l'union avec vous ; le faire est déjà beaucoup assurément, néanmoins il vous faut aller encore plus en avant ; être vous-même en chacun d'eux ; pénétrer dans les cœurs mêmes de vos frères et les comprendre. Que ce ne soit jamais par curiosité : le cœur d'un frère étant à la fois un lieu secret et sacré, on doit chercher ni à le fouiller ni à l'agiter ; s'efforcer, au contraire, et sans intrusion, de comprendre de compatir, de secourir. Il est facile de critiquer autrui de son propre point de vue ; plus difficile d'arriver à le connaitre et à l'aimer, ce qui est pourtant l'unique moyen de l'amener à soi. Je veux que vous croissiez rapidement afin que je puisse me servir de vous dans le grand travail, et, pour vous aider à avancer cette possibilité, je vous donne ma bénédiction.

Sois aussi la bienvenue, toi la plus récente recrue de notre excellente troupe. Il ne t'est pas facile de t'oublier entièrement, de te plier sans réserve au service du monde, et cependant ce qui nous est demandé est de [75] vivre afin d'être une bénédiction pour les autres, et faire le travail qui nous est indiqué. Avoir fait un bon commencement au cours de ton développement personnel, c'est bien ; mais beaucoup reste encore à faire. Réprime même les plus légères ombres d'irritabilité et sois toujours prête à recevoir conseils et leçons : cultive l'humilité et le sacrifice de soi-même et sois remplie d'un ardent enthousiasme pour le service. De cette façon tu deviendras un instrument convenable dans la main du grand Maitre, un soldat dans l'armée de Ceux qui sauvent le monde. Pour t'y aider, je te prends maintenant comme élève en probation."

*

Il se peut que l'on soit surpris de l'extrême simplicité de ces instructions ; elles pourront même sembler méprisables et peu aptes à guider et à aider les gens à travers l'immense complexité de notre civilisation moderne. Mais, qui pense ainsi oublie que c'est l'essence de la vie de l'élève que de mettre toute cette complexité et, suivant l'expression du Maitre, de quitter notre monde pour aller dans le sien. On pénètre ainsi dans un monde de la pensée où la vie est simple et d'une direction nette, dans lequel le bien et le mal sont une fois de plus clairement définis, et où s'ouvrent devant nous des issues claires et intelligibles. C'est la vie simple que le disciple devra mener ; c'est la vraie simplicité atteinte qui rend possible le progrès supérieur. Nous avons fait de notre vie un enchevêtrement et une incertitude, un amas de confusions, une tempête de courants contraires dans lesquels le faible défaille et sombre ; mais il faut que l'élève du Maitre soit fort et sain, il faut qu'il prenne sa vie en mains et qu'il la rende simple, d'une simplicité divine, il faut que son esprit balaye toutes ces confusions, ces illusions créées par l'homme et qu'il aille, comme une flèche, droit à son but. "À moins que vous soyez convertis et deveniez comme de petits enfants, vous ne pourrez en aucune façon entrer dans le royaume du ciel." Et le royaume du [76] ciel, ne l'oubliez pas, est la Grande Fraternité blanches des Adeptes.

On voit d'après ces extraits combien est élevé l'idéal que le Maitre place devant ses élèves, et peut-être apparait-il à certains d'entre eux comme "un conseil de perfection", autrement dit, un but ou un état impossible à atteindre parfaitement quant à présent, mais vers lequel, néanmoins, il faut constamment tendre. Si tous les aspirants visent haut, pas un cependant ne peut pleinement atteindre le but qu'il se propose, autrement il n'aurait pas besoin d'exister ici-bas dans une incarnation physique. Nous sommes tous très loin d'être parfaits, mais les jeunes qui peuvent être amenés auprès des grands Êtres ont une merveilleuse opportunité, en raison même de leur jeunesse et de leur plasticité ; aussi leur est-il plus facile qu'aux autres personnes âgées d'éliminer tout ce qui, en eux, doit disparaitre. S'ils peuvent cultiver l'habitude d'adopter le point de vue qu'il faut, d'agir pour de bonnes raisons et d'observer une attitude juste toute leur vie, ils ne peuvent manquer d'approcher rapidement et de plus en plus, de l'idéal des Maitres. Si l'élève en probation pouvait voir, dans son corps physique à l'état de veille, les images vivantes que façonne le Maitre, il comprendrait bien mieux l'importance de ce qui lui parait n'être que détails accessoires.

L'irritabilité est une difficulté courante ; comme je l'ai déjà expliqué ; être irritable c'est une chose assez fréquente dans notre civilisation actuelle, où les nerfs sont trop tendu. Nous vivons en grande partie, au milieu de bruits torturants ; or, le bruit, par-dessus tout, ébranle les nerfs à cause de l'irritation. Le fait de se rendre dans le quartier des affaires d'une grande ville et de rentrer chez soi avec la sensation d'être complètement brisé, épuisé, est un inconvénient que connaissent tous les sensitifs. Beaucoup d'autres facteurs contribuent à cette grande lassitude, mais elle est due principalement au bruit et aussi à la pression de tant de corps astrals vibrant à des fréquences différentes et qui sont tous agités et excités par des bagatelles. Dans de pareilles [77] conditions, il est très difficile d'éviter l'irritabilité, spécialement chez les élèves dont les corps sont vibrants et plus sensitifs que ceux de l'homme ordinaire.

Sans doute cette irritation est-elle quelque peu superficielle ; elle ne pénètre pas profondément ; néanmoins, il est préférable d'éviter, autant que possible, une irritation, même superficielle, parce que les effets en persistent beaucoup plus longtemps qu'on ne le pense communément. Ainsi, lorsqu'une tempête se produit, c'est le vent qui d'abord agite les vagues, mais leur agitation persiste longtemps après la chute du vent. Tel est l'effet produit sur l'eau, qui est d'une manière relativement lourde, mais la matière du corps astral est infiniment plus fine que celle de l'eau, et les vibrations mises en

mouvement la pénètrent beaucoup plus profondément, produisant ainsi un effet plus durable. Telle impression légère, désagréable, ou temporaire, qu'on oublie en dix minutes peut-être, peut néanmoins produire sur le corps astral un effet qui persistera pendant quarante-huit heures, car les vibrations ne se stabilisent qu'après un temps prolongé.

Quand un tel défaut est reconnu, on peut arriver à le faire disparaitre, non pas en y portant l'attention, mais en s'efforçant de construire la vertu opposée. Un moyen simple de l'attaquer consiste évidemment à dresser sa pensée contre lui, mais il n'est pas douteux que ce procédé soulève l'opposition des élémentals astral et mental, de sorte qu'il vaut souvent mieux essayer de témoigner de la considération pour les autres, basée naturellement sur l'amour qu'on leur porte. Un homme rempli d'affection et de considération ne se permettra pas à leur égard des paroles et des pensées empreintes d'irritation. S'il peut se bien pénétrer de cette idée, il obtiendra le même bon résultat sans exciter l'opposition des élémentals.

Il existe bien d'autres formes d'égoïsme qui peuvent retarder très sérieusement les progrès de l'élève : l'indolence est une de ces formes. J'ai vu une personne prenant un tel plaisir à la lecture d'un livre ne se décidait pas à la cesser à temps pour être ponctuelle ; [78] une autre écrivait très mal, sans se soucier des désagréments qu'elle imposait aux yeux et à l'humeur de ceux qui avaient à lire sa calligraphie. Toutes ces choses tendent à nous rendre moins sensibles aux influences élevées, à jeter dans la vie des autres le désordre et la laideur, à détruire la maitrise de soi et la capacité d'agir, essentielles ainsi que la ponctualité, à la production d'un travail satisfaisant. Peu de personnes ont cette capacité d'agir : lorsqu'un travail déterminé leur est donné, elles ne finissent pas complètement, trouvant à cela toutes sortes d'excuses ; ou bien encore si on leur demande quelque renseignement, elles ne savent pas où le trouver. Sous ce rapport, les êtres diffèrent beaucoup ; ainsi, on posera une question à une personne qui répondra sans plus : "Je ne sais pas, mais je vais chercher", et elle reviendra avec le renseignement demandé. Telle autre personne veut agir mais revient en disant qu'elle n'a rien fait, tandis qu'une autre persévèrera jusqu'à ce qu'elle ait réussi.

Dans tout bon travail, dans des cas de peu d'importance peut-être, matériellement parlant, mais de grande valeur au point de vue spirituel, l'élève doit toujours penser d'avantage qui en résultera pour autrui et à l'occasion qui lui est donnée de servir le Maitre. Il doit y penser, et non pas au bon karma que ce travail peut lui valoir, ce qui serait une autre forme très subtile de la tendance à tout rapporter à soi. Rappelez-vous comment

s'exprima le Christ : "D'autant que vous l'avez fait pour le humble de mes frères, vous l'avez fait pour moi."

D'autres effets subtils de même espèce se voient dans le découragement, la jalousie et les assertions agressives de l'individu au sujet de ses droits. Un Adepte a dit : "Pensez moins à vos droits et davantage à vos devoirs." Il est évidemment des circonstances dans lesquelles l'élève, ayant affaire avec le monde extérieur, se trouve dans la nécessité d'exprimer courtoisement ce dont il a besoin, mais, vis-à-vis de ses camarades élèves, il ne peut être questions de droits, mais seulement d'opportunités. Bien [79] souvent lorsqu'un homme éprouve une contrariété, il commence par manifester des sentiments agressifs ; peut-être n'ira-t-il pas jusqu'à haïr, mais il n'en fait pas moins apparaitre dans son corps astral une lueur terne, qui affecte également son corps mental.

Des perturbations semblables, tout aussi désastreuses dans leurs effets, s'établissent fréquemment dans le corps mental. Lorsqu'un homme se laisse extrêmement tourmenter par quelque problème qu'il tourne et retourne dans son esprit sans parvenir à aucune conclusion, il déclenche par là quelque chose comme une tempête dans son corps mental. En raison de l'extrême finesse des vibrations sur ce niveau, le mot "tempête" n'exprime que partiellement la réalité ; il serait plus exact, sous certains rapports, de comparer l'effet produit dans le corps mental à un point douloureux ou à une irritation par frottement. On rencontre parfois des possédés de la manie de la discussion : il faut qu'ils argumentent à propos de tout ; apparemment, ils affectionnent tellement ce genre d'exercice qu'ils se soucient à peine de savoir de quel côté du problème ils sont engagés. Une personne de cette espèce a son corps mental dans un état d'inflammation perpétuelle, susceptible de devenir, à la plus légère provocation, une véritable plaie ouverte. Il n'y a, pour une telle personne, aucun espoir de progrès occulte, quel qu'il soit, jusqu'à ce qu'elle ait appelé l'équilibre et le bon sens au secours de son état maladif.

Heureusement pour nous, les bonnes émotions persistent encore plus longtemps que les mauvaises, par la raison qu'elles agissent dans la partie la plus fines du corps astral ; l'effet d'un sentiment de vive affection ou de profond dévouement persiste dans votre corps astral longtemps après la disparition et même l'oubli de l'incident qui l'a causé. Il est possible, bien qu'assez rare, que deux catégories de fortes vibrations soient misent en mouvement simultanément dans le corps astral, par exemple l'amour et la colère. Au moment où il est sous le coup d'une intense colère, un homme

n'est guère susceptible, vraisemblablement, d'éprouver un vif sentiment d'affection, à moins [80] que la colère ne procède d'une noble indignation ; en pareil cas, les résultats de ces sentiments coexisteront, mais l'un sera à un niveau beaucoup plus élevé que l'autre et par la suite persistera plus longtemps.

Il est fort naturel que la jeunesse désire se distraire, être gaie, lire, écouter des choses amusantes et en rire ; il n'y a là rien que de très naturel et cela ne fait aucun mal. Si les gens pouvaient voir les vibrations mises en mouvement par le bon rire enjoué, ils se rendraient bien vite compte que par ce rire le corps astral se trouve secoué, comme est secoué le foie lorsqu'on monte à cheval ; loin d'être nuisible, cet exercice est salutaire. En revanche, si l'on pouvait voir le résultat de certaines plaisanteries moins agréables faites par des gens à l'esprit vil, on se rendrait compte d'un affreux contraste ; les plaisanteries de cet ordre sont tout à fait nuisibles, et les formes produites, longtemps accrochées au corps astral, attirent toutes sortes d'entités répugnantes. Ceux qui veulent s'approcher des Maitres doivent être entièrement dégagés de tout cela, aussi bien que de tout ce qui est tapageur, violent, et les plus jeunes doivent éviter de tomber dans l'enfantillage ou la niaiserie.

Certains jeunes manifestent parfois une tendance à ricaner ; il leur faut réprimer à tout prix, attendu qu'elle produit un très mauvais effet sur le corps astral autour duquel elle tisse un réseau de fils, d'un gris-brun fort déplaisant à voir et formant une épaisseur qui s'oppose à la pénétration des bonnes influences : d'om le réel danger contre lequel les jeunes doivent assidument se tenir en garde. Soyez joyeux et heureux sans contrainte ; le Maitre aime vous voir ainsi et cela facilitera vos pas sur votre chemin ; mais veillez à ce que votre rire ne devienne pas un rire malséant ni que d'autre part, il ne dégénère en un rire sot.

En ceci, comme en toutes choses, il y a une ligne de démarcation définie entre ce qui est inoffensif et ce qui peut aisément devenir malfaisant. La méthode la plus [81] sure pour la déterminer est de considérer si le plaisir demeure dans les limites de la délicatesse et du bon gout. Dès que le rire dépasse ces limites, dès l'instant qu'il contient la moindre pointe de turbulence ou cesse d'être un parfait raffinement, on glisse vers un terrain dangereux. La signification intérieure de cette distinction est que tout va bien tant que l'égo conserve le plein contrôle de son corps astral ; mais aussitôt que ce contrôle lui échappe, le rire devient niais et dépourvu de sens.

Un corps astral demeuré ainsi sans contrôle est à la merci de toute influence qui passe et il pourra facilement être affecté de pensées et de sentiments tout à fait indésirables. Veillez aussi à ce que votre gaieté soit toujours pure et nette, à ce qu'elle ne soit jamais, pas même un instant, empreinte d'un malicieux plaisir à la vue de la souffrance ou de la déconfiture d'autrui. Si quelque accident mortifiant arrive à quelqu'un ne demeurez pas à rire stupidement de son aspect ridicule : précipitez-vous pour secourir et consoler. La bonté affectueuse et la promptitude à venir en aide doivent constamment faire partie de vos qualités maitresses.

Le clairvoyant, qui peut voir l'effet produit sur les véhicules supérieurs par les émotions indésirables, ne trouve aucune difficulté à comprendre combien il est important de les maitriser ; mais, précisément parce que la plupart d'entre nous ne peuvent voir cet effet, nous sommes presque tous exposées à le perdre de vue et à nous laisser aller à la négligence. Il en est de même de l'effet produit par les remarques sur des choses indifférentes ou légères. Suivant la légende, le Christ, au cours de sa dernière incarnation sur terre, aurait dit que les hommes auront à rendre compte au Jour du Jugement de chacune de leurs paroles inutiles. Cela parait d'une sévérité excessive, et si la conception orthodoxe du jugement était correcte, ce serait réellement injuste et abominable. En réalité, le Christ ne voulait pas dire que chaque parole inutile condamnerait un homme aux tourments éternels – au surplus, il n'existe rien de semblable – mais [82] nous savons que toute parole et toute pensée a son karma, son résultat, et la répétition de sottises crée autour de la personne qui les profère, une atmosphère qui écarte les bonnes influences. Pour l'éviter, une attention constante est nécessaire. L'idéal qui ne permettrait pas un instant d'oubli, serait certes surhumain ; mais, après tout, les disciples visent à devenir surhumains, puisque le Maitre dépasse l'homme. Il est évident que si l'élève pouvait vivre une vie parfaite, il serait déjà lui-même Adepte ; or, il ne peut pas être encore parfait, mais il doit constamment se remémorer son idéal s'il veut s'en approcher rapidement. Toute parole vaine qu'il prononce affecte momentanément ses relations avec le Maitre ; aussi doit-il surveiller ses paroles avec le plus grand soin.

Il est spécialement nécessaire à l'aspirant d'éviter toute impatience et tout air d'importance. Maint travailleur énergique et sincère gâte la plupart de ses efforts et les rend stériles en tombant dans ces travers ; car il engendre autour de lui une aura de vibrations désordonnées telle que pas une pensée ou un sentiment ne peut la traverser sans y produire une altération, et que le bien, alors même qu'il rayonne au dehors, se trouve neutralisé par cette

trépidation. Soyez, dans ce que vous faites, précis, mais cela dans le calme parfait, jamais avec bruit ou fracas.

Un autre point, sur lequel il convient d'insister auprès de nos étudiants, est qu'en occultisme nos paroles ont toujours une signification littérale. Si l'on fixe comme règle de ne prononcer aucune parole de critique, de ne rien dire que de charitable à l'égard d'autrui, c'est à prendre au pied de la lettre et non à interpréter comme bon nous semble ; cela ne veut pas dire que nous devons nous réduire quelque peu le nombre des paroles critiques, mais que nous devons entièrement et définitivement les exclure. Nous avons tellement l'habitude d'entendre des recommandations de morale auxquelles personne ne semble se conformer sérieusement, que nous avons finies par penser qu'un acquiescement de pure forme à telle ou telle ligne de conduite, ou qu'un faible effort de temps [83] à autre pour en approcher, est tout ce que la religion demande de nous. Il faut complètement abandonner tournure d'esprit et comprendre que l'exacte et littérale obéissance est exigée en matière d'enseignement occulte, que celui-ci soit donné par le Maitre ou par son élève. La présence d'un disciple ancien et éprouvé des Maitres est souvent d'un grand secours pour l'aspirant, qu'il soit en probation ou accepté. Autrefois dans l'Inde, lorsqu'un guru choisissait ses chéla, il en formait un groupe qu'il emmenait partout où il allait. De temps à autre, il leur donnait quelque enseignement, mais la plupart du temps ces chéla ne recevaient pas d'instruction et cependant ils faisaient de rapides progrès parce qu'au lieu d'être entourés d'influences ordinaires ils étaient constamment dans l'aura de l'instructeur. D'autre part, le guru aidait ses élèves à la construction de leur caractère et les surveillait sans cesse attentivement. Nos Maitres ne peuvent adopter ce monde, du moins physiquement, mais ils s'arrangent parfois de manière à ce que quelques-uns de leurs anciens élèves puissent s'entourer d'un groupe de jeunes et s'occuper d'eux individuellement, à la manière d'un jardinier avec ses plantes, dirigeant sur eux jour et nuit les influences voulues pour éveiller certaines qualités ou renforcer quelque point faible. Il est rare que les anciens élèves chargés de donner cet enseignement reçoivent des instructions directes au sujet de ce travail, quoique le Maitre fasse, à l'occasion, quelque remarque ou commentaire.

Le fait que les élèves sont toujours groupés favorise leur progrès ; ils sont influencés en commun par des idéaux élevés, ce qui hâte le développement des caractéristiques désirables. Il semble inévitable, dans le cours de la loi karmique, que celui qui aspire ardemment soit mis en contact avec quelqu'un de plus avancé que lui-même, et s'il est capable de répondre

aux vibrations de son ainé en occultisme, il en retire le plus grand profit spirituel. D'une manière générale, le Maitre ne fait avancer ni grandir personne qui n'ait été aidé et guidé par un élève ancien. Il y a cependant des exceptions et [84] chaque Maitre a sa façon personnelle d'agir vis-à-vis de ses élèves. Dans un certain cas, Annie Besant a déclaré que le Maitre a pour coutume d'envoyer ses élèves à "l'autre bout du champ" afin qu'ils puissent acquérir une grande force, par le développement de leurs capacités avec le minimum d'assistance extérieure. Chaque individu est traité de la manière qui lui convient le mieux.

CHAPITRE V

ACCEPTATION

Quoique l'acceptation de l'élève par le Maitre amène dans sa vie une grande modification, il ne s'y attache guère plus de cérémonies extérieures que dans le cas de la probation. Le compte rendu suivant de l'acceptation de quelques jeunes permettra de le comparer avec le récit correspondant d'une cérémonie de probation au chapitre précédent.

COMPTE RENDU D'UNE ACCEPTATION

Nous étant rendus, comme de coutume, à la maison de notre Maitre Kuthumi, nous y trouvons le Maitre Morya assis et en conversation animée avec lui. Naturellement, nous nous tenons à l'écart un instant, mais le Maitre nous appelle avec un éblouissant sourire de bienvenue, et nous faisons les salutations accoutumées.

Le premier de nos candidats, que son Maitre avait un jour nommé une "Etoile d'Amour toujours brillante", est si plein d'affection pour le Maitre qu'il le regarde comme un frère ainé, et qu'il est avec lui parfaitement libre et simple, bien que ne lui parlant jamais sans une profonde vénération. C'est vraiment beau de les voir ensemble.

En cette circonstance, notre Maitre lui sourit avec bonté et dit :

"Es-tu décidé définitivement à travailler sous ma direction et à te consacrer au service de l'Humanité ?"

Le jeune garçon répondit très chaleureusement qu'il avait l'intention de le faire, et notre Maitre poursuivit :

"J'ai été très satisfait de tes efforts et j'espère que tu ne fléchiras pas. N'oublie pas, sous les nouvelles conditions, ce que je t'ai dit il y a quelques mois. Ton travail et ta détermination m'ont permis d'abréger la période de probation et je suis content que tu aies choisi la [86] plus courte des routes qui mènent au progrès, celle qui consiste à amener d'autres pèlerins avec toi sur le Sentier. L'amour absolument désintéressé est le pouvoir le plus fort qui soit au monde, mais peu nombreux sont ceux qui peuvent le maintenir pur d'exigences ou de jalousie, fût-ce même

pour un unique objet. Ton avancement est dû à ta réussite à maintenir cette flamme, brulant avec ardeur pour plusieurs objets simultanément. Tu as beaucoup fait pour développer l'énergie, mais tu as encore plus besoin d'elle. Il te faut acquérir le discernement et la promptitude de jugement, afin de voir au bon moment et non après coup, ce qu'il y a lieu de faire. Avant de parler et d'agir, réfléchis avec soin quelles seront les conséquences. Mais tu as remarquablement bien travaillé, et je suis tout à fait content de toi."

Puis le Maitre posa la main sur la tête de chacun des candidats en disant :

"Je t'accepte pour mon chéla, conformément à l'ancien rite."

Ensuite, il attira chacun à tour de rôle dans son aura, de sorte que pendant quelques instants, l'élève disparaissant en lui, puis surgissait avec une expression de bonheur et de noblesse inexprimable, en manifestant les caractéristiques particulières du Maitre, comme il ne l'avait jamais fait auparavant. Après cela, notre Maitre dit à chacun :

"Je te donne ma bénédiction."

Puis, parlant pour tous :

"Venez avec moi ; je dois vous présenter afin que vous soyez reconnus et enregistrés sous votre nouveau titre."

Ensuite, il les conduisit chez le Mahâchohan, qui les examina de son regard perçant, et dit :

"Vous êtes très jeunes. Je vous félicite d'avoir atteint d'aussi bonne heure un tel degré. Faites en sorte de vous maintenir au niveau que vous avez atteint."

Et il inscrivit leurs noms dans le registre impérissable, leur montra, en regard, ce qui devait être encore accompli, et exprima l'espoir d'avoir à faire bientôt d'autres inscriptions en leur faveur.

En revenant de la visite au Mahâchohan, le Maitre conduisit une fois encore ses nouveaux élèves dans le souterrain [87] près de sa maison et ils le virent dissoudre dans l'air subtil leurs images vivantes qu'il avait faites peu de temps auparavant :

"Maintenant, dit-il, que vous êtes réellement partie intégrante de moi-même pour toujours, nous n'aurons plus besoin de ces images."

*

Si quelqu'un observe cette cérémonie avec la vision du corps causal, il aperçoit le Maitre comme un globe de feu resplendissant, renfermant un certain nombre d'enveloppes concentriques de couleur ; le corps physique et ses contres-parties sur les autres plans sont au centre de cette masse embrasée, qui s'étend dans un rayon de plusieurs centaines de mètres.

En s'approchant du corps physique du maitre, l'élève pénètre dans ce globe incandescent de matière plus fine, et lorsque finalement il arrive aux pieds de son Maitre, il est déjà au cœur de cette sphère resplendissante ; puis, quand le Maitre accepte le néophyte, et qu'il étend la partie centrale de son aura pour envelopper celle de son élève, c'est, en réalité, la partie importante du feu qui s'étend et s'englobe, car durant toute la cérémonie de l'acceptation il est entièrement au-dedans de l'anneau extérieur de cette puissante aura. Ainsi pendant quelques instants les deux auras n'en font qu'une, et non seulement l'aura du Maitre influe sur celle de l'élève, mais quelques caractéristiques spéciales acquises par ce dernier agissent sur les centres correspondants de l'aura du Maitre et, en réponse, les fait étinceler.

L'inexprimable union de l'élève avec le Maitre, qui commence durant la cérémonie de l'acceptation, est permanente et par la suite, aussi éloigné du maitre que soit l'élève sur le plan physique, ses véhicules supérieurs vibrent à l'unisson avec ceux de son instructeur. Le disciple s'harmonise continuellement avec son Maitre, et graduellement il accroit ainsi sa ressemblance avec lui, si lointaine qu'ait pu être cette ressemblance au début. De cette manière il devient d'une grande utilité dans le monde, où il constitue comme un canal au [88] moyen duquel la force du Maitre peut être distribuée sur les plans inférieurs. Par la constante méditation sur son guru et par une ardente aspiration vers lui l'élève a tellement influencé ses propres véhicules qu'ils sont constamment accessible à son Maitre et susceptibles d'être influencés. En tout temps ils sont fortement pénétrés de cette idée, attendant un mot du Maitre et guettant quelque message de sa part ; aussi pendant qu'ils s'ouvrent à lui avec ardeur et émotion, ils restent fermés, dans une large mesure, aux influences inférieures. C'est pourquoi tous les corps subtils, depuis l'astral jusqu'au causal, peuvent être comparés à un chenal

qui, ouvert par en haut, serait bien fermé sur les côtés et ainsi presque toujours impénétrable aux influences des niveaux inférieurs.

Cette harmonisation de l'élève se continue pendant toute la durée de l'état de disciple. Au début, ses vibrations sont de plusieurs octaves au- dessous de celles du Maitres ; mais elles sont en accord avec elles et s'élèvent graduellement. C'est là un progrès qui ne peut s'effectuer que lentement, et ne saurait être réalisé tout d'un coup, comme la frappe d'un métal au moyen d'une matrice, ni même s'effectuer relativement vite, comme on accorderait une corde de violon et de piano. Ces comparaisons sont tirées d'objets inanimés, mais dans le cas en question il s'agit de modeler un être vivant, et afin que la vie puisse être préservée, la lente croissance du dedans doit adapter la forme à l'influence du dehors, de même qu'un jardinier pourrait graduellement diriger les branches d'un arbuste, ou qu'un chirurgien, au moyen d'appareils appropriés, pourrait redresser peu à peu une jambe torse.

Nous savons que pendant tout le cours de cette opération le Maitre ne donne pas toute son attention à chaque élève en particulier, mais qu'il s'occupe simultanément de milliers de personnes et accomplit un travail d'ordre beaucoup plus élevé, comme s'il jouait, pour ainsi dire, une magnifique partie d'échecs avec les nations du monde et avec les différentes espèces de pouvoirs des anges et des hommes, ceux-ci étant les pièces de l'échiquier. Néanmoins l'effet se produit sur l'élève comme s'il était seul en [89] surveillance, car l'attention que le Maitre est capable de donner à une personne parmi des centaines est encore plus grande que la nôtre, quand elle est concentrée entièrement sur une seule. Le Maitre laisse fréquemment à des anciens élèves le soin d'accorder les corps inférieurs, quoique lui-même ait établi un courant constant entre ses véhicules et ceux de son élève. C'est de cette manière qu'il aide le mieux ses élèves sans que ceux-ci en aient nécessairement connaissance.

L'élève accepté devient ainsi un poste avancé de la conscience du Maitre, une extension de lui-même. L'Adepte voit, entend, et sent à travers l'élève, de sorte que tout ce qui est fait en sa présence est fait en la présence du Maitre. Cela ne veut pas dire que le grand Être est nécessairement conscient de tels évènements au moment où ils se produisent, bien qu'il puisse l'être. Il se peut qu'à ce moment le Maitre soit absorbé par quelque autre travail ; toutefois par la suite les évènements subsistent dans sa mémoire. Ce que l'élève a éprouvé par rapport à un sujet particulier atteindra

l'esprit du Maitre, parmi son propre pouvoir, quand il portera son attention sur ce sujet-là.

Lorsqu'un élève envoie une pensée de dévouement à son Maitre la lueur soudaine qu'il projette produit un effet équivalent à l'ouverture d'une grande valve, par où s'écoule vers lui un flot d'amour et du pouvoir du Maitre. Si l'on envoie une pensée de dévouement à quelqu'un qui n'est pas un Adepte, cette pensée devient visible comme un jet de feu allant vers lui ; mais lorsqu'une pensée de même nature est envoyée par l'élève à son Maitre, c'est au contraire l'élève qui est aussitôt inondé par un flot d'ardente affection de la part du Maitre. Le pouvoir de l'Adepte se répand au dehors toujours et dans toutes les directions de la même manière que la lumière solaire, mais le contact de la pensée de l'élève attire pour un moment sur ce dernier un prodigieux courant de pouvoir. Si parfaite qu'est l'union qui existe entre eux, une grave perturbation dans les corps inférieurs de l'élève peut avoir aussi une influence sur [90] ceux du Maitre ; et comme de telles vibrations gêneraient le travail du Maitre sur les plans supérieurs, lorsque ceci se produit, malheureusement, il doit laisser tomber un voile qui le sépare de l'élève jusqu'au moment où l'orage est apaisé.

Il va sans dire qu'il est triste pour l'élève de devoir être brusquement détaché de cette manière, mais c'est absolument sa faute et il peut mettre fin à la séparation dès qu'il redevient en mesure de contrôler ses pensées et ses sentiments. Habituellement, un si regrettable incident ne dure pas plus de quarante-huit-heures ; toutefois j'ai connu des cas beaucoup plus graves, où la séparation se prolongeait pendant des années et même tout le reste de l'incarnation ; mais ce sont là des cas extrêmes et très rares, car il est probable qu'une personne capable d'une pareille défection ne serait pas du tout reçue comme élève.

Nul ne peut devenir un élève accepté à moins d'avoir acquis l'habitude de diriger ses forces vers l'extérieur, et de concentrer son attention et son influence sur autrui, pour déverser des pensées secourables et de bons désirs sur les hommes, ses frères. D'une façon générale, les êtres ordinaires tournent leurs forces au-dedans d'eux-mêmes, et parce qu'ils sont centrés sur eux-mêmes, leurs forces se trouvent en désaccord, réunies à l'intérieur. Mais l'élève doit se retourner du dedans vers le dehors, et conserver la constante attitude de quelqu'un qui prodigue son affection et ses services. Nous avons par conséquent, en l'élève, un homme dont les véhicules supérieurs sont comme un chenal ouvert aux plus hautes influences de son Maitre, en même temps que ces véhicules inférieurs au fond du chenal, ont été habitués à faire

rayonner au dehors ses influences sur autrui. Ces conditions font de lui un parfait instrument à l'usage de son Maitre pour la transmission de sa force.

Si un Adepte, du Tibet, voulait envoyer de la force à New-York, sur le niveau éthérique, il ne serait pas économique de diriger éthériquement le courant à cette distance car il aurait à transmettre sa force sur des niveaux beaucoup [91] plus élevés, en comparaison du point requis, et à creuser, pour ainsi dire, un chenal descendant jusqu'à ce point. Une autre comparaison qui pourrait être suggérée est celle de la transmission de l'électricité à d'énormes voltages traversant un pays, et son passage à travers les transformateurs donnant un grand débit sous un faible voltage à l'endroit où l'énergie doit être utilisée. Mais creuser un tel chenal, ou projeter de la force à New-York entrainerait pour l'Adepte une perte de près de la moitié de l'énergie dont il pouvait disposer pour le travail à faire. Par suite, l'élève qui se trouve sur le lieu de l'utilisation est un inestimable appareil qui économise le travail et il doit se souvenir que, plus que toute chose, il doit faire de lui-même un bon canal, car c'est là que le Maitre exige de lui. Ainsi d'un autre côté l'élève peut être considéré comme un corps de plus, pour l'usage du Maitre, à l'endroit où il se trouve.

Tout corps humain est, en réalité, un transmetteur des pouvoirs du Soi intérieur ; au cours d'âges sans nombre, il s'est adapté à l'exécution la plus économique des ordres et de la volonté. Si par exemple nous voulons, pour une raison quelconque, déplacer ou retourner un verre placé sur la table, il est assez facile d'étendre la main et de le faire. Il est aussi possible de retourner le verre rien que par la force de la volonté en dehors de contact physique ; à vrai dire, une personne de mes relations tenta l'expérience et réussit ; mais seulement aux dépends d'une heure d'effort intense consacrée à cela chaque jour, pendant deux ans. En pareil cas, il est évident que l'emploi des moyens physiques ordinaires est infiniment plus économique.

Dans les premiers temps de ses rapports avec son Maitre, l'élève sentira fréquemment qu'une quantité considérable de force est répandue à travers lui, sans qu'il sache où elle va ; il a seulement la sensation qu'une grande masse de feu animé le traverse avec impétuosité et inonde son voisinage. Avec un peu de prudente attention, il peut bientôt apprendre à distinguer dans quel sens cette force se dirige ; ensuite il parvient à pouvoir suivre, [92] avec sa conscience de veille, ce flot impétueux de la puissance du Maitre, et peut réellement le découvrir chez des personnes qui ont été influencées et aidées par lui. L'élève toutefois, ne peut pas lui-même diriger cette force, il est employé simplement comme canal, et cependant en même temps on lui

enseigne à coopérer à la distribution de la force. Plus tard, il vient un temps où le Maitre, au lieu de faire tomber la force sur son élève pour la diriger ensuite sur une personne dans un lieu éloigné, lui apprend à chercher et trouver la personne et alors à lui donner un peu de cette force, pour que soit épargnée l'énergie du Maitre. En tout temps et partout où l'élève peut faire une partie du travail du Maitre, celui-ci la lui donne toujours, et à mesure que l'élève grandit en utilité, plus de travail est mis entre ses mains, afin d'alléger, bien que dans une faible mesure, la tension que le Maitre subit.

c'est bien, à ce que nous pourrions faire ici-

Nous pensons beaucoup,

bas ; mais tout ce que nous pouvons imaginer et exécuter n'est rien auprès de ce que le Maitre fait au moyen de nous. Une douce radiation passe constamment à travers l'élève quand bien même il ne peut en être conscient ; cependant le même élève la sentira distinctement toutes les fois qu'une quantité plus grande de force lui sera envoyée.

Quelquefois le Maitre expédie, au moyen de son élève, un message déterminé à une tierce personne. Je me rappelle qu'une fois on me dit de remettre un message de ce genre à un membre très hautement intellectuel, que je ne connaissais pas très bien. Je me sentie un peu embarrassé et l'abordant pour un tel objet, mais naturellement j'étais dans l'obligation de le faire ; alors je dis au destinataire :

"Mon Maitre m'a chargé de vous remettre un message, et je fais simplement ce qui m'a été ordonné. Je sais que je n'ai aucune preuve à vous donner, démontrant que c'est un message du Maitre, et je vous laisse le soin d'y attacher l'importance que vous voudrez. Je ne puis qu'exécuter ses instructions."

Je connaissais évidemment le contenu du message, puisque j'avais eu à le transcrire ; et j'affirme que, selon toute [93] apparence, il ne s'agissait que d'un message parfaitement simple et amical, tel qu'une personne aimable aurait pu en adresser à une autre personne, et qui ne semblait présenter aucune signification spéciale. Mais évidemment les apparences étaient trompeuses, car le vieux Monsieur à qui j'avais remis le message parut très troublé et dit :

"Inutile de prendre la peine d'essayer de me convaincre que c'est un message de votre Maitre ; je le vois tout de suite d'après le libellé ; il vous aurait été absolument impossible de comprendre la signification de plusieurs des allusions qui sont faites."

et

À l'heure actuelle, je n'ai pas encore aucune idée de ce qu'il voulait dire.

Un autre privilège des plus précieux dont jouit l'élève accepté est de pouvoir, sur quelque sujet que ce soit, juxtaposer sa pensée sur celle de son Maitre, et de les comparer. On comprendra tout de suite combien l'emploi fréquent de ce pouvoir aidera la pensée de l'élève à suivre des lignes nobles et libérales – combien il sera plus apte à corriger constamment toute erreur, toute tendance au parti pris ou au défaut de compréhension. Il y a plusieurs façons pour l'élève d'exercer ce pouvoir ; ma méthode était toujours de me plonger dans la méditation, et de m'efforcer de pénétrer dans la conscience du Maitre. C'était probablement loin d'être une impression parfaite, mais du moins, je comprenais ce qu'il pensait sur la question, autant que j'étais capable de pénétrer sa pensée.

On doit prendre garde cependant de ne pas mésuser de ce merveilleux privilège. Il nous est donné comme un moyen de référence ultime pour des questions de grande difficulté, ou des cas dans lesquels bien que n'ayant pas d'éléments suffisants d'appréciation, nous devons néanmoins prendre une décision ; mais ce privilège ne doit nullement avoir un but de nous épargner la peine de penser, ni être appliqué à la solution des simples questions [94] journalières que nous sommes capables de résoudre par nous-mêmes.

Le candidat à l'acceptation doit nécessairement se surveiller de près. S'il n'a pas reçu de suggestions directes de son Maitre, ou de quelque élève plus ancien quant aux défauts particuliers qu'il doit essayer d'éviter, il cherchera à s'examiner de son mieux, et lorsqu'il aura découvert ces défauts ou qu'on les lui aura montrés, il devra s'exercer à une incessante vigilance. En même temps, il ne devra, sous aucun prétexte, exagérer cette introspection jusqu'à en devenir malade. La plus sure des lignes de conduite à suivre est de concentrer son attention sur l'aide à donner à son prochain. Si son esprit est rempli de cette pensée, il voudra instinctivement s'orienter dans la bonne direction. Le désir de s'adapter complètement à ce travail l'engagera à surmonter tous les obstacles du chemin, en sorte que sans avoir en rien conscience de son propre développement, il s'apercevra cependant que ce développement s'effectue.

On ne s'attend pas à ce qu'un élève pense constamment à son Maitre avec intensité ; mais il est demandé que la forme du Maitre soit toujours à l'arrière plan de son esprit, toujours à portée immédiate, toujours là quand cela est nécessaire dans les vicissitudes de la vie. Pas plus que la corde d'un arc, notre mental ne peut être toujours tendu, une détente raisonnable et une

diversion de la pensée font partie des nécessités de la santé mentale. Mais

dans cette détente, l'élève doit veiller strictement à ce qu'il n'y ait pas la plus légère nuance d'impureté ou de désobligeance ; aucune pensée, même fugitive, ne saurait jamais être admise qui puisse faire rougir l'élève à l'idée que son Maitre la connaitra. Il n'y a absolument aucun mal à lire un bon roman pour se distraire ; les formes-pensées qu'il fait naitre ne sauraient en aucune manière d'interposer dans le courant de la pensée du Maitre ; mais il existe beaucoup de romans remplis d'insinuations perverses, ils mettent devant l'esprit des formes-pensées impures et glorifient le crime, d'autres concentrent la pensée du lecteur sur les [95] plus répugnants problèmes de l'existence, ou décrivent, sous de vives couleurs, des scènes de haine et de cruauté ; tous les romans de ce genre seront rigoureusement évités. Dans le même sens, il n'y a aucun mal à participer ou à observer les jeux ordinaires joués honnêtement ; mais les jeux grossiers ou violents, ceux qui impliquent un genre quelconque de cruauté ou peuvent porter dommage à l'homme ou

à l'animal, sont absolument interdits.

L'élève doit prendre la résolution, en ce qui concerne son perfectionnement personnel, de ne jamais se laisser aller au découragement à la suite de ses échecs, quand bien même ils seraient fréquents. Aussi souvent qu'il ait échoué dans son effort, aussi souvent qu'il soit tombé sur le chemin qu'il s'est tracé, le même motif impérieux de se relever et de marcher de l'avant, existe, après la millième chute exactement comme après la première. Sur le plan physique bien des choses sont franchement impossibles ; mais ce n'est pas le cas dans les mondes supérieurs. Ainsi, nous ne pouvons pas soulever le poids d'une tonne sans l'aide de machines ; mais sur les plans supérieurs, il est possible avec la persévérance, de soulever le poids de nos nombreuses imperfections. La raison est évidente, pour peu que nous y pensions : les muscles humains ne sont pas construits pour être

à même de soulever une tonne, et l'on ne peut concevoir aucun exercice qui

puisse les amener à le pouvoir faire, car la force qu'ils émettent est limitée.

En matière spirituelle, l'homme a derrière lui toute la Puissance divine dans laquelle il peut puiser, et de cette façon, petit à petit, et par des efforts répétés, il peut et, de plus, certainement il voudra, devenir assez fort pour surmonter n'importe quel obstacle.

On dit souvent : "Je puis agir et obtenir des résultats sur le plan physique, mais sur l'astral et le mental je ne puis faire grand-chose ; c'est si difficile". C'est l'inverse de la vérité. On n'est pas accoutumé à penser et à travailler dans ces matières plus fines, et ainsi l'on croit qu'on ne peut pas.

Mais aussitôt qu'on aura dressé sa volonté, l'on s'apercevra que cette volonté dirigera toute [96] chose dans un sens qui serait impossible dans le monde physique.

Certains élèves se sont trouvés très aidés dans ce travail par l'emploi d'un talisman ou d'une amulette. Cela peut être d'une aide très réelle puisque la nature physique doit être, aussi bien que la pensée et les émotions, vaincue et amenée à soumission, et c'est elle sans contre dit, la plus rebelle à manier. Un talisman fortement chargé de magnétisme, dans un but spécial, par quelqu'un qui sait comment le faire, peut être d'un secours inestimable, ainsi que je l'ai expliqué fort au long dans Le Côté caché des Choses. Beaucoup se prétendent supérieurs à de telles choses, et disent qu'ils n'ont besoin d'aucune aide ; quant à moi, j'ai trouvé la tâche si ardue que je suis content de toute assistance qui peut m'être offerte

CHAPITRE VI

AUTRES FORMES DE L'ENSEIGNEMENT

Pendant le temps de l'acceptation, l'Adepte, tout en utilisant son élève comme apprenti, l'a préparé à être présenté à la Grande Fraternité Blanche, pour son Initiation.

Le Maitre sait combien l'utilité de son élève pour le monde sera plus grande quand il aura eu le grand honneur d'être reçu par cette Fraternité, dont le seul but est d'aider l'œuvre de l'évolution. Aussi sa volonté est d'amener aussi tôt que possible son élève au niveau voulu d'élévation. Dans les ouvrages orientaux, datant de milliers d'années et traitant de cette question, on trouve de nombreuses informations sur cette période préparatoire d'instruction ; et quand il y a été fait allusion dans les premiers livres théosophiques, on s'est servi du terme de "Sentier de probation", cette expression se rapportant, non pas à la probation accordée par tel ou tel Adepte en particulier, mais à un entrainement général préparant à l'Initiation. J'ai employé ce terme dans les Aides Invisibles, mais j'ai évité par la suite, afin de faire cesser la confusion résultant de l'usage d'une même expression dans deux sens distincts.

La méthode employée est facile à comprendre et ressemble beaucoup, en somme, à celle de nos vieilles Universités. Un étudiant qui désire acquérir un diplôme auprès de l'une d'elles, doit d'abord passer avec succès l'examen d'entrée à cette Université, après quoi il est admis dans l'un de ses collèges. Le directeur de ce collège est responsable techniquement des progrès de l'élève ; il peut être considéré comme son "tuteur en chef". L'élève devra naturellement travailler beaucoup par lui-même, mais le directeur du collège est censé veiller à ce qu'il soit convenablement instruit avant de subir l'examen qui doit lui donner un grade. Celui-ci n'est pas conféré par le directeur, mais par cette entité abstraite appelée l'Université. Au cours de la préparation de l'élève, le chef de l'école, peut, en tant qu'individu, entrer en [98] relation, sociales ou autres, avec son élève, s'il le juge à propos, mais cela n'est pas l'affaire de l'Université.

De même, la Grande Fraternité Blanche n'a pas à s'occuper des relations établies entre Maitre et élève : ceci est une question privée dont le Maitre est seul juge. L'Initiation est donnée par un membre de la Fraternité désigné à cet effet, au nom de l'Unique Initiateur ; l'Initiation ne peut être obtenue par aucun autre moyen. Lorsqu'un Adepte considère que l'un de ses élèves

est apte à recevoir la première Initiation, il notifie le fait et présente son disciple à la Fraternité ; celle-ci se préoccupe de savoir si le candidat est prêt pour l'Initiation, sans s'inquiéter des relations existant entre lui et son Maitre, ou tout autre Adepte. Ce n'est pas l'affaire des Frères de savoir si l'élève en est au stade de probation, de l'acceptation ou à celui de Fils du Maitre. Il est vrai que tout candidat à l'Initiation doit être proposé et recommandé par deux des membres les plus avancés de la Fraternité, autrement dit par deux Adeptes ; et il est bien certain qu'aucun Maitre ne proposerait un candidat aux épreuves de l'Initiation à moins qu'il ne soit certain de ses aptitudes, ce dont il s'assure par une étroite identification de sa conscience avec celle de l'élève.

Le Sentier de probation est, par conséquent, une étape qui conduit au Sentier proprement dit, lequel commence à la première Initiation. Dans les livres orientaux ces deux Sentiers sont décrits tout à fait impersonnellement, comme si aucun Maitre particulier n'existait. Une question se pose ici :

"Comment un homme vivant dans un milieu ordinaire peut-il être amené à ce Sentier de probation ; comment vient-il à savoir qu'une telle voie existe ?" Certains ouvrages nous apprennent qu'il existe quatre causes dont chacune suffit pour mener l'homme à l'entrée du Sentier de progrès.

La première consiste à être, ou à entrer, en relation avec des personnes engagées déjà sur cette voie. Certains d'entre nous, par exemple, peuvent avoir été moines ou nonnes au Moyen Age, et nous pouvons être entrés en contact, au cours de cette vie passée, avec un religieux [99] ou une religieuse ayant une profonde expérience du monde intérieur, comme sainte Thérèse. En voyant un tel exemple, il se peut que nous ayons désiré, ardemment mais sans égoïsme, posséder une telle expérience sans que nous n'ayons pensé, alors, ni à l'importance que cela nous donnerait, ni à la satisfaction que nous aurions à réussir, mais seulement à la joie de pouvoir aider autrui, comme sait si bien le faire celui que nous prenons pour exemple, grâce à son profond discernement. Un tel sentiment nous aurait certainement mis, dans notre incarnation suivante, sur la trace d'un enseignement conduisant vers cette voie.

On peut dire que dans les pays de culture européenne la seule manière de prendre clairement connaissance de l'enseignement spécial est de se joindre à la Société Théosophique, ou de lire des ouvrages sur la Théosophie. Certains ouvrages mystiques ou spiritualistes ont, certes, fourni des informations de grand utilité, mais il n'existe pas, que je sache, d'écrits exposant les choses aussi clairement et scientifiquement que le fait la

littérature théosophique. Je ne connais pas de livre qui contienne une richesse d'information comparable à celle que révèle la Doctrine Secrète.

Il y a évidemment, les livres sacrés de l'Inde et d'autres pays, dans lesquels on trouve une grande partie de notre sujet ; mais ils ne sont pas rédigés de façon à permettre, étant donnée notre mentalité, de les assimiler aisément et d'en apprécier le contenu. Lorsqu'après avoir lu les ouvrages théosophiques fondamentaux, nous prenons une de ces belles traductions d'œuvres orientales, nous pouvons y retrouver notre théosophie. Dans la Bible chrétienne (quoiqu'elle soit en bien des endroits mal traduite), nous trouvons beaucoup de théosophie ; mais avant de pouvoir la découvrir, il nous en faut connaitre le système. Une fois que nous avons étudié la théosophie, nous voyons combien de textes viennent la corroborer, textes qui ne peuvent, pour la plupart, s'expliquer sans son aide ; nous voyons comment les cérémonies de l'Église, qui n'avaient pour nous aucune signification [100] précise, se trouvent subitement douées de vie à la clarté de notre enseignement. Cependant, je n'ai jamais entendu dire que quelqu'un ait pu déduire la doctrine théosophique de l'étude des textes ou des cérémonies.

Ainsi, un moyen d'approcher du Sentier est de connaitre ceux qui le parcourent déjà. Un autre moyen est de lire quelque chose à ce sujet ou d'en entendre parler. Dans mon cas personnel, l'enseignement théosophique me vint, en 1882, par l'intermédiaire du livre de M. Sinnett, le Monde Occulte ; et, immédiatement après, quand je lus le second livre, le Bouddhisme Ésotérique, je compris instinctivement la vérité des choses dévoilées dans ces deux ouvrages et je l'acceptai d'emblée. De lire et d'entendre parler de ces questions me donnèrent tout de suite le désir, puis l'intention ferme d'en connaitre davantage, d'apprendre tout ce que je pourrais sur ce sujet, dussè- je aller à l'autre bout du monde pour trouver ce que je cherchais. Peu de temps après, je démissionnais de l'Église anglicane et me rendis aux Indes, parce qu'il me semblait que là je pourrais creuser ce sujet à fond.

Le troisième moyen mentionné dans les ouvrages orientaux consiste dans le développement intellectuel. Par la seule puissance de la pensée un homme peut arriver à découvrir quelques-uns de ces principes. Il semble pourtant que cette méthode soit rarement employée.

Le quatrième moyen, suivant ces mêmes ouvrages, consiste en une longue pratique de la vertu, laquelle mène l'homme à l'entrée du Sentier. Un homme peut arriver à développer son âme par la pratique persévérante du

bien – pour autant qu'il peut le connaitre – de telle manière que la lumière se révèle à lui de plus en plus.

Il y a quarante ans, lorsque les qualités exigées pour l'accès au Sentier me furent indiquées, au point de vue bouddhiste ésotérique, elles étaient données ainsi : La première, le discernement, appelée par les Indous "Viveka", était décrite comme "Manodvaravajjana", ce qui signifie "l'ouverture des portes du mental", ou peut-être plus exactement, "l'échappée par la porte du mental". C'est là une manière saisissante de présenter l'idée, [101] car le discernement est atteint quand notre mental largement ouvert nous fait connaitre ce qui est réel, ce qui est désirable et ce qui ne l'est point, nous permettant ainsi de distinguer parmi les contraire.

La seconde qualification : l'absence de désir, nommée "Vaïragya" par les Indous, me fut enseignée sous le nom de "Parikamma", c'est-à-dire de "préparation pour l'action", l'idée étant qu'il faut nous préparer à agir dans le monde occulte en apprenant à bien faire uniquement pour bien faire ; ceci implique un état de haute indifférence dans lequel on ne se soucie plus aucunement des résultats de l'action, état équivalent à l'absence de désir, bien que le point de vue sois ici différent.

Les six points de bonne conduite, appelés "Shatsampatti" par les Indous, me furent indiqués comme "Upacharo", ce qui veut dire "considération de la conduite". Pour la commodité de l'étudiant qui voudrait comparer ces six points avec ceux mentionnées dans Aux Pieds du Maitre, je reproduis ici ce que je disais à leur sujet dans les Aides Invisibles.

"Ils sont mentionnés en Pali :

a) "Samo" (quiétude), cette pureté et ce calme de la pensée qui découlent du parfait contrôle du mental ; c'est une qualité extrêmement difficile à acquérir, et cependant l'une des plus nécessaires, car, à moins que le mental n'obéisse entièrement à la direction de la volonté, il ne saurait être, par la suite, un parfait instrument pour le travail du Maitre. Cette qualité-là embrasse un champ considérable et comprend à la fois le contrôle de soi-même et le calme nécessaires pour le travail astral.

b) "Damo", domination ou maitrise dans les actes et les paroles, qualité qui découle nécessairement de la précédente et implique la pureté.

c) "Uparati", tolérance, détruisant les superstitions ou le fait de croire nécessaires les actions ou cérémonies prescrites par une religion particulière – qualité qui conduit l'aspirant à l'indépendance de pensée et à une large et généreuse tolérance. [102]

d) "Titikkha", endurance, ou clémence, dans le sens d'être prêt à supporter avec enjouement quoi que ce soit que le karma puisse nous apporter, et à se séparer de tout ce qui est de ce monde, à quelque moment que cela soit nécessaire. Cette qualification implique, en outre, l'absence complète du ressentiment du tort subi, l'aspirant sachant que ceux qui lui font tort ne sont que les instruments de son propre karma.

e) "Samadhana", application, concentration des efforts dans une direction unique, impliquant l'impossibilité de se laisser détourner de sa voie par la tentation.

f) "Saddha", foi, confiance en son Maitre et en soi-même ; c'est-à-dire certitude que le Maitre est un instructeur compétent et que l'élève – quelle que soit l'opinion qu'il se fasse actuellement de ses propres pouvoirs – possède cependant au-dedans de lui-même cette divine étincelle qui, attisée en flamme, lui permettra d'accomplir un jour ce que le Maitre a fait."

La quatrième qualification est appelée, dans la classification indoue "Mumukshutva", qui peut se traduire par "désir ardent de libération de la roue des naissances et des morts", tandis que le nom donné parmi les Bouddhistes, à cette qualification, est "Anuloma", qui veut dire "ordre direct", ou "succession directe", parce que son obtention est une conséquence toute naturelle des trois précédentes.

On verra cette comparaison des différents systèmes que les qualités à acquérir en vue de la première grande Initiation sont fondamentalement les mêmes, si différentes qu'elles puissent paraitre au premier abord. Il est certain que durant vingt-cinq siècles, et sans doute bien longtemps encore auparavant, cette méthode systématique a été suivie à l'égard de l'évolution de ces personnes spéciales qui persistent à lutter. Et bien qu'à de certaines

la nôtre est de celle-là, les circonstances soient plus favorables

époques,

pour l'Initiation qu'à d'autres, les conditions nécessaires restent les mêmes et nous devons nous garder de croire que les qualités requises ont été

réduites en aucune façon.

et

TROISIÈME PARTIE

LES GRANDES INITIATIONS

CHAPITRE VII

LA PREMIÈRE INITIATION

Nombre de personnes, lorsqu'elles pensent à l'Initiation, s'en font l'idée d'un grade à acquérir. Elles se représentent l'Initié comme un homme qui s'est très hautement développé et est devenu une grande, une glorieuse personnalité, en comparaison de l'homme ordinaire. Cette conception est exacte ; mais nous saisirons mieux l'ensemble de la question si nous essayons de l'envisager d'un point de vue plus élevé. L'importance de l'Initiation ne réside pas dans l'élévation d'un individu, mais dans le fait qu'il fait maintenant définitivement partie intégrante d'un grand Ordre, la Communion des Saints, comme l'exprime si noblement l'Église chrétienne, bien que fort peu de fidèles aient jamais fait attention à la signification réelle de ces mots. La sublime réalité que comporte l'Initiation à la "Fraternité" sera mieux appréciée après que nous aurons examiné l'organisation de la Hiérarchie Occulte et l'œuvre des Maitres, dont il est parlé plus loin.

Le candidat est devenu maintenant plus qu'un homme individuel, parce qu'il est un des éléments d'une formidable force. Sur chaque planète, le Logos solaire a son représentant, agissant comme son Vice- Roi. Sur notre globe, le titre donné à ce grand Ministre est le "Seigneur du Monde". C'est lui le chef de la "Fraternité" ; et celle-ci n'est pas seulement une réunion d'hommes dont chacun a ses propres fonctions à remplir, c'est aussi une formidable unité, un instrument parfaitement souple dans la main du Seigneur, une arme qu'il peut manier. Il y a un merveilleux et incompréhensible plan, suivant lequel l'Unique, après s'être divisé par le nombre, est [104] maintenant en train de redevenir Un ; non pas qu'aucune unité de tout cet ensemble doive perdre alors la moindre parcelle de son individualité ou de son pouvoir, en tant qu'unité, mais afin de lui ajouter quelque chose de mille fois plus grand : elle fait désormais partie du Seigneur, parties du corps qu'Il porte, de l'arme dont Il se sert ; elle est l'orgue sur lequel Il joue, l'instrument qu'Il utilise pour son travail.

Il n'y a, au monde, qu'un seul Initiateur, bien qu'aux cas de la première et de la seconde Initiation, Il peut déléguer un Adepte pour participer au cérémonial en ses lieu et place, mais cet Officiant doit s'unir au Seigneur et en appeler à Lui, au moment essentiel où le grade est conféré. La première Initiation constitue un magnifique et mémorable évènement dans la vie spirituelle du candidat, comme l'expliquait le Maitre Kuthumi, en acceptant un élève. Il dit à ce dernier :

"Maintenant que vous avez atteint le but immédiat de vos aspirations, je vous exhorte instamment à tourner, dès à présent, votre attention vers les conditions, beaucoup plus sévères, requises pour franchir l'étape suivante. Ce à quoi vous allez vous préparer : "l'Entrée dans le Courant", que les chrétiens appellent le "Salut", est le point saillant de la longue lignée de vos existences terrestres, l'aboutissement de sept cents vies. Il y a bien longtemps de cela, vous êtes entré, par l'individualisation, dans le règne humain ; dans un avenir que j'espère prochain, vous le quitterez par la porte de l'Adeptat et deviendrez un surhomme. Entre ces deux points extrêmes, il n'est pas d'étape plus importante que celle de l'Initiation, vers laquelle il faut maintenant tourner vos pensées. Non seulement elle vous mettra, pour toujours, en sureté, mais encore vous fera-t-elle pénétrer dans cette "Fraternité", qui existe d'éternité en éternité, la Fraternité qui aide le monde.

Rendez-vous compte, par suite, avec quel soin scrupuleux il convient de vous préparer pour un évènement si extraordinaire. Je voudrais que vous en eussiez la [105] gloire et la beauté toujours présentes à l'esprit, afin que vous puissiez vivre à la lumière de ses idéals. Votre corps est bien jeune pour un aussi grand effort, mais une rare et splendide chance vous est offerte et je vous demande d'en tirer tout le parti possible."

Lorsqu'un égo vient à être initié il devient une partie de l'organisation la plus fermée qui soit au monde : un avec le plus puissant océan de conscience de la grande Fraternité Blanche. Pendant longtemps, toutefois, le nouvel Initié ne pourra comprendre tout ce que cette union comporte ; il devra pénétrer sensiblement plus avant dans le sanctuaire avant de pouvoir se rendre compte jusqu'à quel point est étroit le lien entre les membres et

immense la conscience du Roi, conscience que tous les Frères partagent, dans une certaine mesure, avec Lui. C'est une chose que nous ne saurions comprendre ni exprimer ici-bas, tant elle est métaphysique et subtile ; ce n'en est pas moins une glorieuse réalité, à telle enseigne que lorsque nous commençons seulement à la saisir, tout le reste nous parait irréel.

Nous avons vu précédemment comment l'élève accepté peut mettre sa pensée côte à côte avec celle du Maitre ; de même l'Initié peut-il maintenant comparer sa pensée avec celle de la Fraternité et être pénétré par cette immense Conscience, dans la mesure précise où sa propre élévation lui permet de se l'assimiler. Dès qu'il en fait sienne une plus grande part, il en reçoit davantage, et sa conscience, s'élargissant ainsi, toute étroitesse de pensée lui devient impossible. Et, de même que l'élève accepté doit prendre bien garde de ne causer aucune perturbation dans les véhicules inférieurs du Maitre, de peur de compromettre la perfection de son travail, de même un membre de la Fraternité évitera toujours d'introduire quoi que ce soit de discordant dans cette puissante Conscience, qui agit comme un tout.

Il n'oubliera pas que tous les Frères ne se livrent pas aux mêmes travaux que nos Maitres ; beaucoup d'entre eux sont occupés à des tâches qui exigent la plus [106] profonde concentration et le calme le plus parfait, et si quelque jeune membre venait parfois à oublier leur appel spirituel, il entraverait le travail de ces grands Êtres. Nos propres Maitres s'accommoderaient peut- être d'inconvénients de cette nature – s'ils n'étaient ni graves ni fréquents – en vue de l'avenir prochain où le jeune Initié ne ferait plus jamais qu'un noble usage des pouvoirs de la Fraternité ; mais on comprend sans peine que ceux qui n'ont rien à voir directement avec la formation des jeunes membres soient enclins à dire : "On trouble notre travail et il vaut mieux que ceux dont la personnalité manque encore de maturité demeurent en dehors de notre compagnie." Ils pourraient d'ailleurs ajouter que rien ne serait perdu s'il en était ainsi, car le progrès peut s'accomplir au-dehors et les élèves pourraient tout aussi bien y acquérir le complément de force et de sagesse nécessaire, avant d'être admis à l'Initiation.

Si merveilleuse est l'expansion de la conscience de l'Initié qu'il se sent porter à parler de son nouvel état comme d'une seconde naissance ; il commence à mener une nouvelle vie "comme un petit enfant", la vie du Christ ; et le Christ, en d'autres termes : la conscience intuitive ou bouddhique, est née en son cœur. Il a maintenant le pouvoir de donner la bénédiction de la Fraternité, force formidable et irrésistible qu'il peut donner, ou envoyer, à ceux qu'il en juge dignes, au moment le plus utile. Le

pouvoir de la Fraternité coulera à travers lui dans la mesure où il le voudra ; il lui appartient de diriger ce pouvoir en se souvenant qu'il garde l'entière responsabilité de cette direction, quel que soit le but pour lequel il en fait usage. La bénédiction donnée par l'Officiant, lors de l'Initiation, signifie :

"je vous bénis ; je verse en vous ma force et ma bénédiction ; à votre tour, versez-les sans cesse à autrui."

Plus est grande la confiance de l'Initié, plus grand sera le courant de force qui le pénètrera : s'il ressent la moindre hésitation ou s'il se laisse affecter par la responsabilité de servir de canal à un pouvoir si formidable, il ne pourra faire qu'un usage partiel de ce don [107] merveilleux ; au contraire, s'il possède bien la qualification de "Shraddha", confiance entière dans le Maitre et la Fraternité et certitude absolue que, dès l'instant qu'il ne fait qu'un avec Eux, toute chose lui est possible, alors il peut aller par le monde en véritable ange de lumière, répandant la joie et la bénédiction le long de son chemin.

La conscience de la grande Fraternité Blanche est quelque chose d'indicible : c'est comme un grand océan calme et brillant, uniforme au point que le moindre frémissement de conscience s'y transmet instantanément d'un bout à l'autre, comme un éclair ; et cependant, il semble à chaque membre que ce soit sa propre conscience individuelle, mais douée d'une force, d'une puissance et d'une sagesse qui ne peuvent appartenir à nulle conscience humaine en particulier. De même que le groupe d'élèves ne fait qu'un avec le Maitre, de même la Fraternité est une en Son Seigneur. Les membres peuvent entre eux discuter librement toute question, mais, telle est leur union que c'est comme si les différents aspects de cette question se présentaient à un même esprit et que ce dernier, seul, pesant le pour et le contre, l'on se trouve tout le temps, en présence d'une immense et presque effarante sérénité, d'une certitude que rien ne peut jamais troubler. Et, d'autre part, chaque suggestion est la bienvenue : on a vraiment l'impression que la Fraternité entière attend, avec le plus grand intérêt, la contribution de chaque membre à l'examen du sujet en discussion. Il n'existe, ici-bas, rien d'analogue à quoi cette conscience puisse être comparée ; y atteindre, c'est entrer en contact avec quelque chose de nouveau et d'étrange, mais d'inexprimablement merveilleux et sublime, quelque chose qui ne permet ni témoignage ni comparaison, mais qui s'affirme comme étant d'un monde inconnu et bien plus élevé.

Quoique les individualités soient si étrangement immergées en cette conscience, elle n'en reste pas moins nettement séparée, car, l'assentiment de chacun des Frères est nécessaire pour toute décision d'importance. L'autorité [108] du Roi est absolue ; cependant, il transporte son vaste Conseil avec lui et est, à tout instant, disposé à examiner tout l'aspect d'une question que peut avoir à lui soumettre n'importe quel membre de ce Conseil. Mais ce grand organe de gouvernement diffère totalement de tous les parlements de la terre : ceux qui possèdent l'autorité par rapport aux autres n'ont pas été élus, ni nommés par quelque parti ; ils occupent leur position parce qu'ils les ont gagnées par leur développement supérieur et leur plus grande sagesse. Aucun d'eux n'est tenté de mettre en doute la décision de son supérieur, parce qu'il le sait être réellement supérieur, en ce qu'il possède une vision plus large et un pouvoir de décision plus étendu. Il n'y a et ne peut y avoir l'ombre d'une obligation, pour ces surhommes, de penser ou d'agir tous de même ; cependant, si parfaite est leur confiance en leur puissante organisation, qu'il est impossible d'imaginer qu'ils puissent différer fondamentalement dans leurs vues ou dans leurs actes. C'est, par excellence, dans le cas d'une telle Fraternité, sous les ordres d'un tel Roi, que nous pouvons pleinement comprendre ce beau passage lu à l'une des quêtes de l'Église d'Angleterre : "À son service règne une parfaite liberté".

En une semblable organisation, il ne devrait pas, semble-t-il, y avoir de possibilité d'insuccès, ou de difficultés d'aucune sorte, et pourtant, parce que l'humanité est faible et que certains des membres de cette grande Fraternité ne sont pas encore des surhommes, des échecs se produisent parfois, bien que très rarement. Ainsi qu'il est dit dans la Lumière sur le Sentier :

De grandes Êtres, parvenus jusqu'au seuil même, retombent, incapables de le franchir, incapables de soutenir le poids de leurs responsabilités. Et seule l'acquisition de l'Adeptat met l'individu en parfaite sécurité. L'Initiateur dit bien au candidat que dès qu'il est "entré dans le courant" il est pour toujours en sécurité, mais, quoi qu'il en soit ainsi, le candidat peut [109] cependant retarder son progrès dans une très large mesure, s'il cède à l'une quelconque des tentations qui se dressent encore sur son chemin.

"Être en sécurité pour toujours" est généralement considéré comme s'appliquant à la certitude d'être emporté plus loin dans l'Évolution avec la présente vague de vie, de ne pas être laissé en arrière au "Jour du Jugement", qui aura lieu au milieu de la 5 e Ronde, lorsque le Christ, redescendu dans la matière, décidera quelles âmes peuvent et quelles âmes ne peuvent pas être amenées jusqu'au but final de notre chaine de mondes. La condamnation

éternelle n'existe pas ; elle est, comme l'a dit le Christ, simplement éonienne : certaines âmes, qui ne seront pas en mesure de poursuivre leur ascension au cours de la période actuelle, poursuivront leur route au cours de la suivante, précisément comme un enfant qui, n'étant pas assez avancé pour réussir dans la classe de cette année, s'en tirera bien l'année suivante et sera probablement même parmi les premiers.

Quand cette triste, cette terrible chose se produit, quand survient un échec quelconque parmi les Initiés, un frémissement douloureux parcourt

l'ensemble de cette vaste Conscience, car la séparation de l'un des membres du reste de la communauté est comparable à une opération chirurgicale et déchire les fibres de tous. Toutefois, le Frère égaré n'est pas finalement perdu pour la Fraternité, il conserve avec elle un lien qui ne peut être brisé, bien que nous sachions peu de chose du pénible chemin d'épreuves et de souffrances qu'il doit parcourir avant d'être en mesure de rejoindre ceux qu'il

a quittés. "La voix du silence demeure en lui, et, alors même qu'il

abandonnerait entièrement le Sentier, elle retentira cependant un jour, pour

le

déchirer et séparer ses passions de ses possibilités divines. Alors, malgré

la

souffrance et les cris désespérés du Soi inférieur abandonné, le disciple

reprendra le Sentier 4 . "

Comme pour les cérémonies décrites dans les [110] chapitres précédents, je donnerai ici un compte rendu du cérémonial adopté pour la première Initiation. La formule en est restée inchangée à travers les âges, bien qu'elle comporte une certaine élasticité. L'allocution de l'Initiateur au candidat est toujours la même dans la première partie, mais elle est presque invariablement suivie d'une seconde partie, de caractère personnel et qui consiste généralement en des conseils particuliers au candidat auquel ils s'adressent. J'ai connu des cas où, de plus, l'Initiateur, ayant fait une image du pire ennemi du candidat, demande à ce dernier comment il traiterait cet ennemi, s'il est disposé à lui pardonner sans réserve et s'il saurait aider un individu aussi vil, au cas où il le rencontrerait sur son chemin.

Dans certains cas encore, des questions sont posées au sujet du travail déjà accompli par le candidat, et ceux qu'il a aidés sont parfois invités à se présenter pour en rendre témoignage.

4 La Lumière sur le Sentier.

UNE PREMIÈRE INITIATION

La fête de Wesak tombant cette année-là (1915) le 29 mai et devant avoir lieu dans la matinée, la nuit du 27 mai était choisie pour l'Initiation du candidat et nous étions tous invités à nous tenir prêts.

En cette occasion, le Seigneur Maitreya devant être l'Initiateur, la cérémonie s'est déroulée dans son grand jardin. Quand le Maitre Morya ou le Maitre Kuthumi dirigent le rite, la chose se passe ordinairement dans l'ancien temple souterrain, dont l'entrée se trouve près du pont qui franchit la rivière séparant leurs deux maisons. Un grand nombre d'Adeptes se trouvent réunis et tous ceux dont les noms nous sont familiers sont présents. Le superbe jardin a son plus vif éclat : les massifs de rhododendrons ne sont qu'une gerbe éclatante de fleurs d'un vif cramoisi et l'air est embaumé du parfum des premières roses. Le Seigneur Maitreya préside, à sa place habituelle sur le siège de marbre qui fait le tour du grand arbre devant sa maison ; les Maitres se groupent en demi-cercle à sa droite et à sa gauche, sur des sièges [111] placés à leur intention, sur la pelouse de la terrasse, d'où s'élève le siège circulaire du marbre, auquel on accède par une couple de marches. Le Seigneur Vaïvasvata Manou et le Mahâchohan ont également pris place sur le siège de marbre, de chaque côté des bras du trône un peu plus élevé et sculpté qui fait exactement face au midi et qu'on appelle le trône de Dakshinamurti.

Le candidat, ainsi que les Maitres qui le présentent, se tiennent debout sur le terreplein immédiatement au-dessous, aux pieds du Seigneur ; par derrière et au-dessous d'eux se tiennent d'autres élèves, initiés et non-initiés, et quelques spectateurs privilégiés qui seront admis à voir une grande partie de la cérémonie, bien qu'à certains moments un voile de lumière dorée leur cache les mouvements des principaux personnages. Le candidat est, selon l'usage, vêtu d'une robe flottante de fine toile blanche, tandis que les Maitres sont, pour la plupart, habillés de soie blanche, bordée de larges et magnifiques broderies d'or. Une grande troupe d'anges flotte au-dessus du groupe, emplissant l'air d'un murmure mélodieux, qui, d'étrange et subtile manière, semble tirer du candidat, comme des cordes d'un luth, un mélange compliqué de sons, exprimant ses qualités et ses possibilités ; cette mélodie continuera pendant toute la cérémonie, accompagnant délicatement tous les mots prononcés, sans plus les interrompre que le doux gazouillis d'un ruisseau n'interrompt la vibrante musique des oiseaux, mais qui s'élèvera jusqu'à une triomphante plénitude, à certains points du rituel. La musique

rendra l'air vocal, enrichissant sans le couvrir le ton des paroles prononcées. Dans chaque cas, cette musique est construite sur le ton spécial de chaque candidat, tissant autour de lui des variations et des fugues exprimant, d'une manière que nous ne pouvons comprendre ici-bas, tout ce qu'est et sera l'aspirant. Au centre de la scène se tient le candidat, entre le Maitre qui le propose et celui qui le seconde ; c'est le Maitre Kuthumi, son Instructeur, qui le conduit, et le Maitre Jésus qui lui sert de second parrain. Le Seigneur Maitreya sourit lorsqu'il pose la question initiale du rituel : [112]

"Qui amenez-vous ainsi devant moi ?"

Notre Maitre fait la réponse d'usage :

"C'est un candidat qui sollicite son admission dans la Grande Fraternité."

Puis vient la question suivante :

"Répondez-vous admis ?"

de

lui

comme

Et la réponse consacrée :

étant

digne

d'y

être

"J'en réponds."

"Voulez-vous charger de guider ses pas le long du Sentier dans lequel il désire s'engager ?"

Celui qui présente le candidat dit :

"J'accepte de m'en charger."

"Notre règle exige que deux des Membres hauts placés répondent de chaque candidat ; un autre Frère est-il disposé à appuyer cette demande ?"

Alors, pour la première fois, le second parrain parle et dit :

"Je suis prêt à le faire."

L'initiateur demande encore :

"Avez-vous des témoignages tendant à démontrer que si de nouveaux pouvoirs sont conférés au candidat il en fera usage dans l'intérêt du Grand Œuvre ?"

Et le Maitre Kuthumi répond :

"La vie présente de ce candidat est encore bien courte ; néanmoins, il a déjà mainte bonne action à son crédit et il commence à accomplir notre travail dans le monde. D'autre part, au cours de l'existence qu'il vécut en Grèce, il fit beaucoup pour répandre ma philosophie et pour améliorer le pays dans lequel il passa cette vie."

Et le Maitre Jésus ajoute :

"Au cours de deux vies d'une vaste influence, il fit patiemment mon travail, combattant le mal et introduisant un noble idéal dans sa vie comme gouvernant ; puis répandant à l'étranger l'enseignement d'amour, de pureté et de détachement, dans son incarnation comme moine. Pour ces raisons, je me tiens aujourd'hui à son côté."

Alors le Seigneur, souriant au jeune garçon, dit :

"Le corps de ce candidat est le plus jeune qui nous [113] ait jamais été présenté pour les honneurs de la réception dans la Fraternité ; y-a-t-il un de nos Membres continuant de vivre dans le monde extérieur, qui soit prêt à lui donner de notre part, l'aide et les conseils que la jeunesse de son corps physique peut rendre nécessaire ?"

Sirius, se détachant d'un groupe d'élèves qui se tenaient debout derrière cette scène, s'avança alors et dit :

"Seigneur, dans toute la mesure où j'en suis capable et pendant que je serai à portée de son corps, je ferai pour lui, avec le plus grand plaisir, tout ce qui sera en mon pouvoir."

Le Seigneur dit alors :

"Votre cœur est-il plein d'une véritable affection fraternelle pour ce jeune candidat, afin que vous puissiez le guider comme il convient ?"

Et Sirius répond :

"Il l'est."

Puis, pour la première fois, le Seigneur s'adresse directement au candidat :

"À votre tour, aimez-vous ce Frère au point de vous laisser

jugera

nécessaire ?"

bien

volontiers

guider

par

lui,

quand

il

le

Et le jeune homme répond :

"Très certainement et de tout mon cœur, car sans mon frère je ne serais pas ici aujourd'hui."

Le Seigneur incline gravement la tête en signe d'assentiment, puis les Maitres font avancer le candidat jusque devant l'Initiateur. Fixant les yeux sur l'aspirant, le Seigneur lui dit :

"Désirez-vous faire partie de la Fraternité qui existe d'éternité en éternité ?"

Le jeune homme répond :

"Oui, Seigneur, si vous jugez que je suis digne d'y être admis, alors que mon corps est encore si jeune."

L'Initiateur demande :

"Connaissez-vous le but de notre Fraternité ?"

Le candidat répond qu'elle a pour objet d'exécuter la volonté de Dieu en servant son plan, qui est l'Évolution. Le Seigneur poursuit : [114]

"Êtes-vous prêt à faire le serment de consacrer désormais toute votre vie et toutes vos forces à cette œuvre, vous oubliant vous-même entièrement pour le bien du monde, remplissant votre vie d'amour, de même que Lui est tout amour ?"

Et il répond :

"Je m'efforcerai de le faire, dans toute la mesure de mes moyens, avec l'aide de mon Maitre."

"Promettez-vous de tenir secret tout ce qu'il vous sera enjoint de tenir secret ?"

Et il dit :

"Je m'y engage."

Les questions habituelles au sujet des connaissances et du travail astrals sont alors posées au candidat. Nombre d'objets astrals lui sont montrés et il doit dire à l'Initiateur ce que sont ces objets. Il doit distinguer entre les corps

astrals d'un homme vivant et d'un homme "mort", entre une personne réelle et la forme-pensée d'une personne, entre l'imitation d'un Maitre et le Maitre lui-même. Ensuite, l'Initiateur lui présente un certain nombre de cas et lui demande au sujet de chacun ce qu'il ferait pour porter aide, et le candidat répond de son mieux. Ayant terminé ses questions il sourit et déclare que les réponses ont été très satisfaisantes.

L'Initiateur prononce alors le Mandement, magnifique et solennelle allocution, dont une partie, ai-je dit, est toujours de même sens, tandis que l'autre, personnelle au candidat, y fait généralement suite. Ce Mandement explique le travail de la Fraternité et la responsabilité qui pèse sur chacun de ses membres, lesquels se partagent la lourde charge des peines de ce monde. Chacun d'eux doit toujours être prêt à aider, tant par le service que par le conseil, car c'est une Fraternité unique agissant sous une Loi et un chef. Chaque Frère a le privilège de placer toute connaissance ou faculté spéciale qu'il peut posséder à la disposition de la Fraternité, pour le bénéfice d'une partie quelconque de leur Grand Œuvre, qui consiste à aider le progrès de l'humanité. Bien que l'autorité du Roi soit absolue, aucune décision [115] d'importance n'est prise sans le consentement, même du plus jeune membre de la Fraternité. Chacun d'eux est un représentant de cette dernière, en quelque partie du monde qu'il puisse être, et a fait le serment de se tenir à la disposition de la Fraternité pour se rendre partout où on l'envoie et pour travailler de quelque manière qu'on le lui demande. Alors que, naturellement les jeunes membres obéissent implicitement aux ainés, ils peuvent cependant apporter la contribution de leurs connaissances personnelles et constamment suggérer ce qui leur semble pouvoir être utilisé.

Tout Frère vivant parmi le monde, sait se rappeler qu'il est un centre par l'intermédiaire duquel la force du Roi peut être envoyée au secours de ceux qui en ont besoin, et que tout Frère plus ancien peut, à tout moment, se servir de lui comme d'un canal pour transmettre Sa bénédiction. Chaque jeune Frère doit donc toujours être prêt à être utilisé de cette manière, car il ne peut jamais savoir à quel moment ses services peuvent être nécessaires. La vie du Frère doit être une existence d'entière dévotion à autrui ; il doit guetter, ardemment et incessamment toute occasion de rendre service et faire en sorte qu'un tel service soit sa joie la plus vive. Il se rappellera que l'honneur de la Fraternité est entre ses mains et il veillera à ce qu'aucune de ses paroles ou de ses actions ne souille jamais cet honneur aux yeux des hommes ou ne soit cause que ces derniers en aient une moins haute opinion.

Il ne doit pas s'imaginer que, parce qu'il est "entré dans le courant", toute épreuve et toute lutte vont cesser pour lui ; au contraire, il devra faire de plus grands efforts, mais il possèdera une force plus grande pour y parvenir. Son pouvoir sera beaucoup plus grand qu'auparavant, mais aussi, et exactement dans la même proportion, sa responsabilité va s'accroitre. Il ne devra pas oublier que ce n'est pas lui, un Soi séparé, qui vient de franchir une étape qui l'a élevé au-dessus de ses compagnons, mais plutôt il se réjouira de ce que l'humanité, s'est, par son moyen, élevée un peu, s'est libérée, dans cette faible proportion de ses chaines. La bénédiction de la Fraternité [116] est toujours avec lui, mais elle descendra sur lui précisément dans la mesure où il la transmettra à d'autres, car telle est la loi éternelle.

Ce qui précède est le résumé de la partie invariable de l'allocution. À titre de remarque personnelle au candidat dont il s'agit ici, l'Initiateur ajouta :

"Votre corps est bien jeune pour porter une responsabilité aussi lourde que ce grand don de l'Initiation ; par contre, cette jeunesse même constitue pour vous une merveilleuse opportunité, telle que peu d'hommes en ont été gratifiés ; vous l'avez gagnée par le karma de vos précédentes vies de sacrifice ; veillez donc à vous en montrer digne dans votre corps actuel. Nous comptons savoir de vous la confirmation qu'en nous décidant à vous ouvrir si tôt les portes, nous avons sagement agi. Souvenez-vous toujours de l'unité absolue qui existe entre nous tous, membres de la Fraternité-Une, afin que sa dignité ne souffre jamais par votre fait. Commençant d'aussi bonne heure, vous pouvez aller très loin dans cette incarnation ; la montée sera rude, mais votre force et votre amour y suffiront. Cultivez vos véhicules ; et cultivez en vous la promptitude, la décision, l'habitude de voir les choses de loin ; n'oubliez pas que je vous demande d'être prêt à agir comme mon "homme de confiance" lorsque je viendrai porter mes Enseignements au monde. Vous avez, jusqu'à présent, vaincu par la richesse de votre amour ; que cet amour ne cesse de croitre en grandeur et en force et il vous portera jusqu'au bout."

Alors, le Seigneur se tourne vers les autres Maitres et dit :

"Je trouve ce candidat satisfaisant ; tous les membres présents consentent-ils à l'admettre dans notre Compagnie ?"

Et tous répondent :

"Nous y consentons."

Alors l'Initiateur se lève et se tournant dans la direction de Shamballa, il s'écrie :

"Est-ce que je fais ceci, ô Seigneur de Vie, de Lumière et de Gloire, en Ton Nom et pour Toi ?"

En réponse, au-dessus de sa tête, brille subitement l'Etoile flamboyante, par laquelle le Roi donne son assentiment, et tous s'inclinent profondément devant elle, [117] pendant que la musique des anges éclate, triomphante, en une grande marche royale. Et, à ces accents, le candidat s'avance, conduit par les deux Maitres, et s'agenouille devant celui qui représente l'Unique, qui, seul, peut accorder l'admission dans la Grande Fraternité. Une ligne de lumière, éblouissante comme un éclair qui serait immobile, s'étend de l'Étoile jusqu'au cœur de l'Initiateur et de lui au cœur du candidat. Sous l'influence de ce formidable magnétisme, la minuscule Etoile d'argent de la conscience qui représente la Monade chez le candidat, croît jusqu'à remplir de sa lumière son corps causal, et, pour un merveilleux instant, la Monade et l'égo ne font qu'un, comme elles le seront d'une manière permanente lorsque l'Adeptat sera atteint. Le Seigneur impose ses mains sur la tête du candidat, et, l'appelant de son vrai nom, il lui dit :

"Au nom de l'Unique Initiateur, dont l'Etoile brille au- dessus de nous, je te reçois dans la Fraternité de la Vie éternelle. Sois-en un membre utile et digne. Tu es maintenant en sureté pour toujours, tu es entré dans le courant ; puisses-tu bientôt atteindre l'autre rive !"

La musique des anges résonne en un large océan de doux et joyeux accents et semble emplir l'air de force et de bonheur. L'Initiateur, et le candidat agenouillé, et ses parrains, sont presque voilés à la vue par les plus adorables couleurs, qui portent sur leurs vagues les bénédictions du Bodhisattva et du Mahachohan, tandis que l'exquise lumière de Gautama, le Seigneur Bouddha, flotte au-dessus d'eux, en signe de bénédiction, parce qu'un autre Fils de l'homme est entré dans le Sentier. L'Étoile d'argent semble, pour un instant, s'accroitre et envelopper l'Initiateur et le nouveau Frère de sa gloire éblouissante. Et quand le néophyte sort de cette gloire, ses vêtements ne sont plus de lin mais de soie blanche, comme ceux des autres Initiés.

La scène, au moment où l'Initiateur rend lumineux son corps causal et où celui du nouvel Initié s'illumine en réponse, est d'une captivante beauté. Au milieu d'une lumière verte et dorée, la Monade, qui apparait normalement [118] comme un point lumineux dans l'atome permanent du corps causal, se met à resplendir de telle sorte que le noyau brillant augmente de volume jusqu'à occuper l'ovale entier. La Monade, en cette circonstance, s'identifie, pour un instant, avec cette fraction d'elle-même qui est l'égo et c'est elle qui prononce les vœux. L'effet sur le corps astral est également des plus intéressants : une grande pulsation rythmique lui est communiquée, sans troubler sa stabilité, de sorte qu'il peut désormais sentir avec une acuité beaucoup plus grande qu'auparavant, sans être ébranlé sur sa base ni échapper au contrôle de son propriétaire. L'Initiateur produit ces pulsations qui reproduisent sa propre vibration dans le corps astral du néophyte, tout en affermissant ce corps, de sorte qu'il n'en résulte aucun dommage mais seulement un immense accroissement de son pouvoir vibratoire.

Une fois tout ceci accompli, l'Initiateur donne la clef de la Connaissance au nouveau Frère, et lui apprend comment il peut, sans crainte de se tromper, reconnaitre astralement un membre quelconque de la Fraternité qu'il ne connait pas personnellement. Il charge ensuite quelques élèves plus anciens des Maitres de faire pratiquer au néophyte les exercices bouddhiques 5 nécessaires, et la grande cérémonie se termine par la bénédiction du nouvel Initié par les Frères réunis. À son tour aussi, le nouveau Frère donne la bénédiction de la Fraternité au monde, maniant ainsi, pour la première fois, le nouveau et puissant pouvoir qui vient de lui être conféré. Alors que la bénédiction suit son chemin autour et à travers le monde, ajoutant une parcelle de vie nouvelle à toute chose, donnant à chacune un peu plus de force, un peu plus de beauté, une multiple rumeur emplit l'air comme une myriade de murmures, s'unissant en un champ de joie et de gratitude profonde. Une autre force pour le bien vient d'être rendue manifeste, et la Nature, qui travaille et gémit avec ses enfants, se réjouit quand l'un d'eux rejoint cette Fraternité, qui, à la fin, la délivrera [119] de ses peines.

Car la vie du monde est Une et quand une des unités qui la composent accomplit un réel progrès, la Nature entière participe à ce gain… même cette partie d'elle que nous appelons, si faussement, inanimée.

5 Dans le sens de buddhi, principe spirituel.

Cette

merveilleuse

nouveau

flamboyante disparait.

Frère

et

le

cérémonie

terminée,

les

Maitres

félicitent

cordialement,

cependant

entourent

que

le

l'Etoile

La nuit suivante, je recevais l'ordre de présenter le néophyte au Seigneur du Monde. Ceci est sans aucun doute, un très rare honneur et ne fait, en aucune manière, partie de la cérémonie de la première Initiation : Il suit généralement la troisième.

Nous nous rendons à Shamballa à l'heure fixée et sommes, comme à l'habitude, reçus dans le grand hall. Nous trouvons le Roi en conversation avec le Seigneur Gautama Bouddha et le Seigneur Maitreya. Ce dernier présente le néophyte au Roi comme "notre plus jeune Frère, l'Étoile- d'amour-qui-brille-sans-cesse", et Sanat Koumara sourit gracieusement au jeune homme, qui s'agenouille devant Lui. Le néophyte élève ses mains à l'orientale en signe de salutation et le Roi, les lui prenant de sa main droite, lui dit :

"Tu as bien travaillé, mon fils, et je suis content de toi ; je t'ai fait venir pour te le dire. Continue et fais mieux encore, car je compte sur toi pour jouer un grand rôle dans l'avenir de ma nouvelle sous-race. Mon étoile brillait visiblement au-dessus de ta tête il y a quelques heures ; souviens-toi qu'elle y est toujours suspendue, alors que tu ne peux la voir et que, partout où elle brille, sont le pouvoir, la pureté et la paix."

Puis, le Seigneur Bouddha, étendant sa main sur la tête du néophyte, parle à son tour :

"Je désire aussi te donner ma bénédiction et te féliciter, car j'estime que tes rapides progrès actuels sont un gage pour l'avenir ; j'espère t'accueillir un jour comme un Frère du glorieux Mystère, comme un membre de la Dynastie spirituelle, par laquelle la lumière arrive aux mondes."

Les trois Koumaras, qui se tiennent en arrière, sourient [120] aussi au jeune homme, agenouillé et muet de saisissement, mais resplendissant d'amour et d'adoration. Le Roi étend ses mains pour bénir les assistants, cependant que nous nous prosternons.

Après quoi, nous partons.

*

Le temps occupé par la cérémonie de l'Initiation varie suivant diverses considérations, et entre autres, selon la somme de connaissances que le candidat apporte avec lui. Certaines traditions indiquent une durée de trois jours et trois nuits, mais elle est souvent beaucoup plus courte. Une des cérémonies auxquelles j'ai assisté a rempli deux nuits et une journée de réclusion, d'autres ont été condensées en une seule nuit, en laissant de côté une grande part de ce qui y est inclus d'habitude, pour être complété ensuite par les élèves les plus avancés des Maitres. Certaines des anciennes Initiations ne durèrent si longtemps que parce que le candidat dût être instruit au sujet du travail astral. Il y a également quelques expériences bouddhiques à réaliser, car un certain développement du véhicule bouddhique est nécessaire pour l'Initiation, faute de quoi quelques-uns des enseignements qui doivent être donnés à ce niveau ne pourraient être compris. La plupart des théosophes ont déjà fait du travail astral et ont ainsi appris des détails de ce monde dont une grande partie doit être expliquée à ce moment, si elle n'est pas déjà connue. Mais quand l'Initiateur sait que le candidat possède déjà un certain développement bouddhique, d'anciens élèves sont souvent chargés de le faire passer par toutes les expériences de cet ordre, soit la nuit suivante, soit dès que la chose peut avoir lieu.

La cérémonie actuelle de l'Initiation dure moins de six heures ; mais un certain temps est consacré aux candidats, tant avant qu'après la cérémonie. Les Maitres félicitent toujours les candidats après leur Initiation, Une autre force pour le bien vient d'être rendue manifeste, et la Nature, qui travaille et gémit avec ses enfants, se réjouit quand l'un d'eux rejoint cette Fraternité, qui, à la fin, la délivrera [121] de ses peines. Chacun d'eux leur adressant quelques mots aimables ; ils saisissent l'occasion d'une semblable réunion pour transmettre certains ordres à leurs élèves. L'admission d'un néophyte est une victoire pour tous et le fait qu'une âme de plus est à jamais en sécurité, est une occasion de grande réjouissance, surtout pour les jeunes membres.

Nous avons déjà parlé des rapports étroits qui existent entre un élève accepté et son Maitre ; cette intimité ne fait que grandir continuellement et un moment arrive d'ordinaire où l'élève se rapproche assez du portail d'Initiation pour que le Maitre juge bon d'établir entre le Chéla et lui une union plus intime encore. L'élève devient alors ce qu'on appelle le Fils du Maitre et le lien entre eux est tel que non seulement le mental inférieur, mais aussi, l'égo, dans le corps causal de l'élève, se trouve enveloppés dans celui de l'Adepte et que ce dernier ne peut plus tirer le voile, dont il a été parlé

précédemment, pour se séparer de l'élève. On trouve une belle allusion à cet état d'union profonde dans La Lumière sur le Sentier : "Je vous donne ma paix, peut être dit seulement par le Maitre aux disciples bienaimés qui sont comme lui-même". Ils sont ainsi ceux qui ont l'inestimable privilège de pouvoir transmettre cette paix à autrui dans toute sa plénitude. Tout disciple accepté du Maitre a le droit et le devoir de bénir en son nom et chaque fois qu'il fera un digne usage de ce don, une magnifique émanation du pouvoir du Maitre secondera surement son effort. Il doit tout spécialement donner en esprit cette bénédiction quand il pénètre dans une maison : "Que la bénédiction du Maitre s'étende sur cette maison et sur tout ce qui y vit". Mais, seul un Fils du Maitre peut donner le sentiment même de son intime présence, par une indicible paix. Seul celui qui est Fils du Maitre est ou sera bientôt un membre de la grande Fraternité blanche ; et ceci, comme je l'ai dit, confère le pouvoir de donner une bénédiction plus grande encore, bien que toutes deux soient appropriées chacune à son domaine particulier.

Je me souviens d'avoir donné l'une et l'autre de ces [122] bénédictions, en différentes circonstances, à un puissant ange du voisinage, que j'ai l'honneur de bien connaitre. Passant certain jour, en bateau, près de son domaine, je lui envoyai, à titre de salutation, la pleine bénédiction de mon Maitre, et ce fut, en vérité, un beau spectacle de voir la manière dont il la reçut, s'inclinant profondément et montrant combien il l'appréciait par une adorable et douce lumière de sainteté et d'extrême dévotion. Un autre jour, en une circonstance analogue, je lui envoyai la bénédiction de la Fraternité et instantanément tous les pouvoirs de ce puissant ange rayonnèrent en vibrante réponse, en même temps que s'illuminait tout son territoire. Ce fut comme si un soldat s'était mis soudain au "garde-à-vous" ou, mieux encore, comme si toute chose, non seulement dans cet ange mais encore dans les milliers de créatures secondaires travaillant sous ses ordres, s'était soudain trouvée revivifiée et portée à une plus haute puissance. Toute la nature répondit instantanément. Car vous l'avez compris, mon Maitre, si profondément qu'il soit révéré par cet ange, n'est pas son Maitre, mais mon Roi est son Roi, car il est Unique, et Son pouvoir s'étend à toute notre Terre.

La question de savoir si un homme approche du point où il est prêt pour l'Initiation comporte trois considérations dépendant les unes des autres. La première est de savoir s'il est en possession d'une somme suffisante des qualités nécessaires, telles qu'elles sont indiquées dans Aux Pieds du Maitre, et ceci implique qu'il doit avoir un minimum de toutes, et beaucoup plus qu'un minimum de certaines d'entre elles. Pour fixer les idées, représentons-

nous la méthode adoptée pour noter les compositions dans certains examens. Il est arrêté d'avance, par les examinateurs, que nul candidat ne sera admis s'il reste au-dessous d'un certain minimum pour chacun des sujets ; le taux fixé pour ce minimum est très faible, par exemple 25 % du maximum. Tout candidat qui n'atteindra pas 25 % dans un sujet quelconque sera donc refusé ; mais d'autre part, celui qui n'atteindra que ce pourcentage pour chacun des différents sujets ne réussira [123] pas davantage, car une limite inférieure est établie pour la totalité des points, ce qui sera, par exemple, de 40 % du maximum possible. Par suite, un candidat qui ne dépassera pas 25 ou 30% dans un ou deux des sujets, doit en fournir beaucoup plus pour d'autres, afin d'atteindre la moyenne générale requise. Telle est précisément la méthode adoptée en occultisme ; le candidat doit non seulement posséder à un certain degré chacune des qualités nécessaires, mais encore avoir complètement développé certaines d'entre elles. Un candidat ne peut réussir s'il manque entièrement de discernement ; cependant s'il en possède beaucoup moins qu'il ne devrait, un amour débordant pourra peut-être compenser cette insuffisance. En second lieu, l'égo doit avoir entrainé ses véhicules inférieurs à lui permettre de s'exprimer parfaitement par leur intermédiaire lorsqu'il le désire ; il doit avoir effectué ce que dans nos premiers manuels théosophiques nous appelions la "jonction du soi supérieur et du soi inférieur". En troisième lieu, il doit être assez résistant pour supporter le très grand effort nécessaire, lequel concerne même le corps physique.

Pour ce qui est du niveau général à partir duquel l'élève peut être initié, il présente une grande variété. Ce serait une erreur de supposer que tous les Initiés sont égaux en développement, tout comme il serait risqué d'admettre que tous ceux qui ont le diplôme de la licence ès lettres sont égaux en savoir. Il se peut fort bien qu'un individu possède à un degré exceptionnel beaucoup des qualités requises et soit très au-dessus du minimum d'ensemble, tout en étant très faible et au-dessous du minimum pour un sujet particulier ; il lui faudra naturellement attendre jusqu'à ce qu'il puisse obtenir le minimum indispensable pour le sujet négligé. Fort probablement, pendant qu'il s'efforcera d'atteindre ce minimum, il augmentera encore son avance sur les autres sujets. Cette considération montre que, bien qu'un certain niveau général soit nécessaire pour l'Initiation, certains des élèves qui sont présentés peuvent l'avoir dépassé de beaucoup en certaines matières. [124]

différences

considérables dans les intervalles de temps séparant deux initiations successives. Un homme qui vient seulement de parvenir à obtenir la

Il

s'ensuit

d'autre

part,

que

l'on

peut

rencontrer

des

première peut néanmoins posséder à un degré considérable la plupart des qualités nécessaires pour la seconde ; en pareil cas, l'intervalle entre les deux sera vraisemblablement court. Par contre, un candidat qui n'aura pu passer la première Initiation que tout juste, à tous les points de vue, aura évidemment à développer lentement en lui toutes les facultés et les connaissances additionnelles nécessaires pour la seconde Initiation ; et l'intervalle entre les deux sera probablement long.

Nous sommes maintenant entrés dans une période de l'histoire du Monde où un progrès rapide à tous les niveaux de l'Évolution est possible ; en effet la venue prochaine de l'Instructeur mondial a engendré une vague si puissante de pensées et de sentiments concernant les choses spirituelles – pensées et sentiments dans la direction générale de l'Évolution – que quiconque faisant, à l'heure actuelle, un effort dans ce sens se trouve nager avec le courant et avancer, par suite, rapidement.

Et ceci ne s'applique pas seulement au courant des pensées et des sentiments humains ; en fait, la pensée humaine ne constitue qu'une très faible portion de cette vague, pour la raison que les humains ayant connaissance, d'une manière définie, de l'approche de cette venue ne sont encore qu'une petite minorité. Ce qui compte surtout c'est la formidable pression mentale et émotive provenant des légions d'anges qui connaisse le Plan divin et s'efforcent de tout leur pouvoir de contribuer à sa réalisation.

Un progrès si rapide n'est pas sans risquer d'entrainer un réel surmenage, quoique peu d'aspirants se rendent suffisamment compte de ce fait. L'étudiant en occultisme qui se propose de hâter son développement fera bien de se souvenir qu'une des conditions nécessaires est une bonne santé physique. Il désire condenser en une vie le progrès qui, dans des circonstances ordinaires, se répartirait sur une vingtaine de vies, ou même davantage, [125] et comme la somme de progrès à réaliser est la même dans l'un ou l'autre cas, car aucune réduction n'est faite au niveau des conditions à remplir pour l'Initiation, il est évident qu'il doit, s'il veut réussir, faire travailler ses véhicules bien davantage.

Sur le plan physique, il est possible d'abréger la période d'études nécessaires normalement pour un examen donné ; mais on ne peut le faire qu'en imposant un effort beaucoup plus grand au cerveau, à l'attention, à la vue, au pouvoir de résistance, et nous savons tous combien il est facile de surmener l'un ou l'autre et de causer ainsi un tort considérable à la santé physique. Les mêmes remarques s'appliquent aux efforts faits en vue de

hâter l'évolution spirituelle ; cette croissance forcée peut être réalisée ; beaucoup y sont parvenus et c'est là une belle chose à accomplir, mais toujours à cette condition que l'aspirant évite, avec le plus grand soin, tout surmenage excessif, de peur qu'en définitive il ne retarde son développement au lieu de le favoriser. Il ne suffit pas de jouir d'une bonne santé physique au début de ses efforts ; il faut encore la conserver jusqu'au bout, car le progrès, en lui-même, n'est qu'un moyen en vue d'une fin altruiste : nous nous efforçons de nous développer rapidement, non pas afin de devenir grands et sages, mais en vue d'obtenir le pouvoir et la connaissance utiles au travail pour l'humanité dans les meilleures conditions possibles de rendement. N'oublions jamais que l'occultisme est, par-dessus tout, l'apothéose du bon sens et de la mesure.

Jusqu'à présent, sauf de très rares exceptions, les aspirants n'ont guère été initiés que lorsque leur corps physique a atteint l'âge mûr et qu'ils ont prouvé, par leurs activités dans la vie, qu'ils se sont consacrés de tout cœur au travail du Logos. Cependant, au cours de ces dernières années, un certain nombre d'égos, jeunes de corps, ont joui du privilège de l'Initiation afin, nous est-il dit, que le Seigneur lors de sa venue, puisse disposer d'un groupe de jeunes travailleurs prêts à le servir. À son arrivée, l'Instructeur du Monde apportera la prodigieuse conscience de la Fraternité, et plus il pourra réunir autour de lui, en un lieu quelconque, d'aides possédant un corps physique, plus son travail sera facilité. Sans doute pourra-t-il utiliser les services de tout homme ordinaire dans la mesure de ses capacités, mais il est évident qu'un homme qui est déjà un élève accepté du [126] Maitre lui sera, sous maints rapports, beaucoup plus utile ; infiniment plus encore pourra l'être celui qui a passé le portail de l'Initiation et qui a multiplié en lui tous les liens qui réunissent entre eux les membres de la Fraternité. C'est toujours l'égo qui est initié ; l'âge du corps physique qu'il se trouve revêtir à un moment donné n'a que peu à voir dans la question.

Dans tous les cas où des jeunes gens ont été initiés, des membres plus anciens de la Fraternité, vivant près d'eux ou se tenant en contact avec eux sur le plan physique, se sont chargés de les guider et de les assister. Ceci est nécessaire à cause de l'accroissement considérable des responsabilités qu'apporte l'Initiation, parallèlement à l'extension de conscience aux facultés et aux pouvoirs additionnels qui en découlent. Toute erreur, tout faux pas d'un Initié entraine des conséquences karmiques bien plus grandes que celles qui résulteraient d'une action identique de la part de quelqu'un n'appartenant pas à la Fraternité. Il n'est donc pas inutile de faire ici quelques

recommandations à ces jeunes gens. Chacun d'eux devra se souvenir qu'il a été initié parce que, au cours de vies passées et peut-être durant la vie présente, il a, jusqu'à un certain point, aidé le monde, et parce qu'on espère qu'il continuera dans cette voie et deviendra un canal de plus en plus large pour la Vie du Logos. C'est en raison de la probabilité de son utilité croissante qu'il est admis à l'Initiation ; et à cette cérémonie il a, d'ailleurs, fait le serment – non pas en tant qu'égo, mais en tant que Monade – de consacrer sa vie à être pour autrui une continuelle bénédiction, de même que le Logos déverse sans arrêt son amour. Il doit donc, à toute heure du jour, se remémorer ce serment et lui subordonner toutes choses. Le karma de son passé lui apporte diverses caractéristiques des impulsions personnelles ; il doit prendre garde que celles-ci ne l'incitent à penser à lui-même et à son propre bienêtre, plutôt qu'au grand Soi et au bienêtre du monde.

Avant de pouvoir entreprendre le travail plus vaste qui l'attend, le jeune Initié doit, souvent, se préparer [127] pour une éducation ordinaire dans un collège et une université. En pareil cas il va se trouver au milieu de circonstances qui le pousseront à des activités et à des intérêts très personnels. La vie va lui offrir de nombreuses tentations, et d'occasions tendant à lui faire oublier son serment à la Fraternité. Il devra, à travers tous ces obstacles, conserver une attitude clairement définie, découlant du fait qu'il a lié son existence aux buts poursuivis par la Fraternité. Dans cette vie au milieu du monde, il devra, en toute occasion – étude, récréation, amusement, etc. – se demander nettement : "ce que je vais faire doit-il servir à faire de moi un meilleur instrument pour le travail du Maitre, ou un meilleur canal pour répandre l'amour et le bonheur ?" Il n'oubliera pas que la Fraternité a les premiers droits à ses services ; il ne se mettra donc pas dans une situation qui lui rende impossible l'accomplissement de ce devoir. On n'attend nullement de lui qu'il mène une vie d'ermite ; cependant il mènera, dans la société, cette vie qui doit lui procurer le développement dont il a besoin, il devra constamment s'observer et s'assurer qu'elle contribue à faire de lui un meilleur canal pour le Logos. Il s'ensuit que toute expérience – fût-elle agréable et inoffensive – qui ne peut servir à faire de lui un canal plus large pour le Logos, ou lui offrir une occasion de service, est sans valeur et, par conséquent, du temps perdu pour lui. Il doit donc s'efforcer de profiter de toute occasion d'aider qui se présente et d'apprendre tout ce qui peut contribuer à augmenter son utilité.

Quand l'élève franchit le grand pas de l'Initiation et devient membre de la Fraternité, il devient en même temps, d'une manière beaucoup plus profonde qu'auparavant, le frère de chaque être de la famille humaine. Cela ne veut pas dire qu'il doit diriger leur vie en critiquant leurs faiblesses ; son rôle dans la vie n'est pas de critiquer, mais d'encourager ; s'il croit opportun d'émettre une suggestion, il doit le faire avec réflexion et en usant de la plus grande courtoisie. Le monde, qui ne voit pas les membres les plus élevés de la Fraternité, est enclin à [128] juger cette organisation d'après l'opinion qu'il peut se faire des jeunes membres qui se trouvent à sa portée ; c'est là ce que signifie la remarque contenue dans l'allocution, prononcée lors de l'Initiation, que "le néophyte détient entre ses mains l'honneur de la Fraternité".

Ainsi qu'il a été dit précédemment, il est du devoir de l'Initié de prodiguer l'affection et la bénédiction, afin que les hommes, en tout lieu où il vient à se trouver, soit un peu plus heureux du fait de sa présence. Il doit, par conséquent, tourner sans cesse vers le dehors ses pensées et ses actes ; le jugement que porte le monde sur ses actions doit lui être indifférent : seul le jugement de la Fraternité lui tenant à cœur. Que lui importe qu'il soit populaire ou impopulaire dans le monde, pourvu que dans tous ses actes il reste loyal envers l'idéal spirituel qui lui a été confié. Des membres plus avancés de la Fraternité peuvent avoir besoin d'utiliser ses services, à tout moment, et où qu'il se trouve, parfois même sans qu'il en soit conscient dans son cerveau physique ; ces membres ne pourront disposer de lui si, à un tel moment il est occupé à méditer sur ses propres affaires, c'est-à-dire s'il est tourné vers le dedans, au lieu de l'être vers le dehors, vers le monde, à qui il doit porter aide. La suprême nécessité pour lui est donc la formation de son caractère, afin que, si le Maitre vient à le regarder, il se trouve en train de penser au bien du monde, et non pas à se préoccuper si ce monde est pour lui une cause de joie ou de tourments.

CHAPITRE VIII

LES DEUXIÈME ET TROISIÈME INITIATIONS

Le candidat qui a passé la première Initiation est entré définitivement sur le Sentier proprement dit, le Sentier qui conduit à l'Adeptat, du portail par lequel on passe du royaume humain dans le royaume surhumain. Si d'en bas, l'on considère ce Sentier, on pourra s'étonner que l'aspirant ne soit pas épuisé après le rude labeur couronné par la première Initiation, qu'il ne recule pas, découragé par les hauteurs vertigineuses qu'il doit se dresser devant lui dans cette ascension sans fin. Mais il a bu à la fontaine de vie "et sa force s'est décuplée parce que son cœur est pur", et la gloire de l'humanité idéale, qu'il voit avec une netteté sans cesse croissante, constitue pour lui un attrait et une inspiration avec lesquels nul intérêt, nul stimulant matériel ne peuvent soutenir la comparaison.

La première étape de son voyage se termine avec la seconde Initiation, pour l'obtention de laquelle il faut rejeter trois Samyojana ou entraves, qui sont :

Sakkayaditthi, ou illusion du soi ;

Vichikichcha, c'est-à-dire le doute ou l'incertitude ;

Silabbataparamasa, ou superstition.

La première est la conscience du "je suis moi", qui, en tant qu'elle se rapporte à la personnalité, n'est rien qu'une illusion, dont il faut se débarrasser tout au début du sentier qui monte. Mais la destruction de cette entrave implique encore ceci : le fait de réaliser que l'individualité ne fait, elle, en vérité, qu'un avec l'Ensemble ; qu'elle ne peut jamais, par conséquent, avoir aucun intérêt qui soit opposé à ceux de ses frères et qu'elle ne progresse réellement que lorsqu'elle contribue au progrès d'autrui.

Au sujet de la seconde entrave quelques mots d'avertissements sont nécessaires. L'idée qu'une adhésion aveugle, irraisonnée à certains dogmes, est exigée du disciple de toute religion, de toute école ou secte, est si répandue que [130] que l'on est tenté de croire que le Sentier exige aussi la foi aveugle réclamée par tant de superstitions modernes, surtout si l'on considère que, pour l'occultiste, le doute est considéré comme un obstacle en progrès. Rien n'est plus faux.

Il est vrai que le doute, ou plutôt l'incertitude sur certains points est une barrière au progrès spirituel ; mais l'antidote de ce doute c'est la conviction, la certitude fondée sur l'expérience individuelle ou le raisonnement mathématique, et non pas la foi aveugle qui doit être considérée comme une entrave. Un enfant qui douterait de l'exactitude de la table de multiplication ne pourrait guère avancer en arithmétique ; mais ses doutes peuvent être levés d'une manière satisfaisante par la compréhension, basée sur le raisonnement ou l'expérience, que les résultats contenus dans la table sont exacts. Il croira alors que deux fois deux font quatre, non pas simplement parce qu'on le lui a dit, mais parce que c'est devenu pour lui un fait certain. Telle est exactement la méthode, et la seule, de résoudre le doute que reconnaisse l'occultisme.

Vichikichcha a été défini comme le doute au sujet des doctrines de Karma et de la réincarnation, ainsi que de l'efficacité de la méthode pour atteindre le bien suprême par le Sentier de la sainteté ; mais la connaissance de ces choses apporte également avec elle la profonde conviction que pour l'homme le monde est l'école divine, que le Plan de Dieu est l'évolution de la Vie immortelle, à travers les formes périssables et que ce plan est en tous points magnifique et bienfaisant. Par la destruction de cette seconde entrave, l'Initié arrive à l'absolue certitude – basée soit sur la connaissance personnelle et de première main, soit sur la raison – que l'enseignement occulte sur ces points est l'expression de la vérité.

La troisième entrave, – la superstition, – a été décrite comme englobant toutes les croyances irraisonnées et erronées, y compris celle que la purification du cœur dépend de certaines cérémonies ou rites extérieurs. L'Initié [131] reconnaitra que les méthodes offertes par les grandes religions, – prières, sacrements, pèlerinages, jeûnes, observances de rites et de cérémonies plus ou moins complexes – ne peuvent être qu'une aide et rien de plus ; que l'homme sage adoptera celles qui peuvent lui être de quelque secours, mais ne se fiera à aucune comme suffisant, à elle seule, pour atteindre au salut.

Il se rend compte clairement que c'est en lui-même qu'il doit chercher la délivrance et que si utile que puisse être le secours de cérémonies extérieures pour développer sa sagesse et son amour, elles ne pourront jamais tenir lieu de cet effort personnel qui, seul, lui permettra d'atteindre le but. L'homme qui a rejeté cette entrave se rend compte qu'il n'existe aucune forme de religion qui soit nécessaire à tous les hommes, mais que l'on peut

trouver le Sentier vers le Très-Haut par l'intermédiaire de l'une de ces religions, quelles qu'elles soient, comme aussi bien en dehors d'elles.

Ces trois entraves forment une série coordonnée : À qui se rend pleinement compte de la différence qui existe entre l'individualité et la personnalité, il est possible, dans une certaine mesure d'apprécier le processus réel de la réincarnation et, par-là, de dissiper le doute à cet égard. Ce résultat acquis, le fait de savoir l'égo permanent amène la confiance en soi – dans le soi spirituel – et repousse, en même temps, toute croyance aveugle.

Chaque étape du Sentier proprement dit se divise en quatre phases. La première est son Maggo, ou voie, durant laquelle l'étudiant s'efforce de rejeter les entraves. La seconde est son Phala – littéralement fruit, ou résultat – au cours de laquelle l'homme voit le résultat de ses efforts se manifester de plus en plus. En troisième lieu, vient son Bhavagga, ou consommation, période où, le résultat atteignant son apogée, l'étudiant est en mesure d'accomplir, d'une manière satisfaisante, le travail propre au stade dans lequel il est parvenu maintenant à se tenir ferme. La quatrième est son Gotrabhou, c'est-à-dire l'époque [132] où il est arrivé à un état le rendant apte à recevoir l'initiation suivante.

Avant que le candidat puisse devenir Gotrabhou, il est essentiel qu'il se soit entièrement libéré des entraves propres à cette étape du Sentier. D'autre part, avant de conférer la seconde Initiation, l'Initiateur exige des témoignages de la façon dont le candidat a fait usage des pouvoirs qu'il a acquis par sa première Initiation, et l'un des plus beaux moments de la cérémonie est celui où les âmes qui ont été aidées par le candidat s'avancent pour apporter leur témoignage. Il est enfin nécessaire, pour cette deuxième Initiation, que le candidat ait développé le pouvoir de fonctionner librement dans son propre corps mental, car si la cérémonie de la première Initiation se tient sur le plan astral, celle de la seconde a lieu dans le monde mental inférieur.

Ces dernières assertions peuvent paraitre inconciliables avec le fait que les Initiations sont décrites comme ayant lieu dans un certain hall ou dans un jardin, c'est-à-dire dans un milieu physique. Il n'y a cependant aucune contradiction. Il est exact, en effet, que lorsque le Seigneur Maitreya agit comme Initiateur, la cérémonie se passe généralement, soit dans un jardin, soit dans sa grande salle, et il y préside alors dans son corps physique. Le Seigneur Vaïvasvata, le Manou qui habite à proximité, s'y rend dans bien

des cas, également dans son corps physique. Par contre, les autres assistants sont ordinairement présents dans le corps astral, pour la première Initiation, dans le véhicule mental pour la seconde. Mais n'oublions pas que les grands Êtres présents à la cérémonie peuvent, à volonté, fixer leur conscience sur le plan utile selon le moment et que, d'autre part, tout ce qui se trouve sur le plan physique possède sa contrepartie fidèle sur les plan astral et mental. Les comptes rendus sont donc parfaitement corrects et la position des personnages par rapport aux objectifs physiques est exactement telle qu'elle est décrite. Poursuivant le plan adopté dans les chapitres précédents, je donne ici un compte rendu de cette cérémonie.

COMPTE RENDU D'UNE SECONDE INITIATION

[133] Avis a été reçu qu'une grande réunion d'Adeptes doit avoir lieu chez le Seigneur Maitreya, dans la nuit de la pleine lune du mois de Chaitra, et que cette occasion serait mise à profit pour l'admission de certains candidats à l'Initiation du Sakridagamin, aussitôt que possible après la réunion. Le Maitre Morya nous invite, en tant que tuteurs, à nous présenter chez lui à 10 heures, au plus tard, la nuit de la pleine lune, avec le candidat dont nous avons la charge.

Dans cette soirée de la pleine lune beaucoup d'amis venus des Indes planent aux environs et, au moment où les candidats et leurs tuteurs se rendent à l'habitation du Maitre Kouthoumi, ces amis les suivent discrètement et attendent respectueusement à quelque distance. Peu après leur arrivée le Maitre Morya pénètre dans la maison, puis les deux Maitres en ressortent presque immédiatement pour se rendre à l'habitation du Seigneur Maitreya, suivis des disciples, qui restent dans le jardin pendant que les Maitres entrent dans la maison.

Ce jardin est situé sur une pente méridionale des monts Himalaya, ayant vue sur une large étendue des plaines de l'Inde jusqu'à l'extrême horizon ; il est bien abrité dans un renfoncement et protégé à l'arrière par un bois de pin qui le contourne sur la droite. Au-delà de ce bois, et un peu vers l'est, se dresse la très antique maison de pierre, avec sa large véranda à colonnes, où habite le Manou de notre race, le Seigneur Vaïvasvata. Le jardin du Seigneur Maitreya est inondé par la lumière argentée de la pleine lune, qui tombe sur les grands massifs de rhododendrons ainsi que sur d'autres fleurs printanières dans tout leur éclat, et éclaire d'une manière éblouissante le siège de marbre blanc qui entoure l'arbre géant, lieu de repos favori du

Seigneur Maitreya, sur lequel il vient précisément s'assoir, en sortant de la maison. Les Maitres se groupent en demi-cercle à sa droite et à sa gauche, sur la pelouse formant terrasse, juste au-dessous de son siège. [134]

Une marche plus bas, sur cette terrasse, se tiennent les deux candidats, entre les deux Maitres qui les présentent : le Maitre Kuthumi et le Maitre Djwal-Koul. Derrière eux se tiennent les tuteurs du plus jeune des candidats, chargés de l'assister dans le monde inférieur. Le Manou est assis un peu en arrière, à la droite du Bodhisattva, et, au-dessus d'eux, brille la forme glorieuse du Seigneur Gautama Bouddha, lequel a, dans sa dernière vie terrestre, accepté de ces deux candidats "le vœu que rien ne peut plus rompre" et qui, maintenant, leur donne sa toute-puissante bénédiction, à l'occasion du nouveau pas qu'ils sont sur le point de franchir. Près de lui est le Mahachohan, le Chef des cinq Rayons, et entre eux va surgir tout-à- l'heure, sur l'invocation solennelle du Bodhisattva, l'Étoile de Feu de l'Initiateur unique, le puissant Roi de la Hiérarchie Occulte, le Seigneur du monde. Telle est la scène exquise de la cérémonie de cette Initiation.

Le Maitre Kuthumi et le Maitre Djwal Kul, conduisant les candidats, s'approchent d'un pas, et le Bodhisattva demande :

"Qui sont ceux que vous amenez aujourd'hui devant moi ?"

Le Maitre Kuthumi répond :

"Ce sont deux Frères qui, ayant rejeté les entraves de la séparativité, du doute et de la superstition, ayant recueilli le fruit de leur labeur et prouvé son résultat, désirent maintenant entrer sur le Sentier du Sakridagamin. Je les présente comme Gotrabhous."

Le Seigneur Maitreya questionne :

"Continuerez-vous à guider ces Frères le long du Sentier qu'ils veulent suivre ?"

Le Maitre répond :

"Je le ferai."

Et le Seigneur dit :

"Notre règle exige que deux des Frères supérieurs se portent garants de tout candidat qui se présente pour le deuxième Sentier. Un autre de nos frères appuie-t-il leur requête ?"

Le Maitre Djwal Kul déclare :

"Je les recommande à mon tour."

Le Seigneur s'adresse alors aux tuteurs : [135]

"Vous avez, en votre qualité de Frères, vivant dans le monde extérieur, pris charge du plus jeune de ces candidats. Vous avez acquis de l'expérience dans vos devoirs de tutelle ; consentez-vous, son corps étant dans l'âge tendre, à persévérer dans votre charge et à aider votre pupille dans ses pas le long du second Sentier ?"

"Nous y sommes tous disposés et le ferons avec joie", répondent-ils.

Le Seigneur insiste :

"Votre affection pour lui est-elle assez puissante pour que la tâche vous soit agréable et facile ?"

Et les tuteurs répondent :

"Notre affection pour lui est encore plus profonde qu'au début de notre tâche ; il est facile à guider et très désireux d'apprendre."

Le Seigneur dit à l'un des candidats :

"Et ton cœur, à toi, est-il également plein d'affection envers ces deux frères et seras-tu content de te soumettre à leur direction, sans permettre que rien ne vienne s'élever entre ton cœur et le leur ?"

"Je serai heureux de m'y soumettre, répond le jeune homme, car je les aime tous deux tendrement et leur suis reconnaissant de leur sollicitude."

Le Seigneur dit à l'un des candidats :

entrer

"Ainsi,

Sakridagamin ?"

vous

désirez

dans

le

sentier

du

Et tous deux répondent :

"C'est notre désir, si toutefois nous en sommes capables."

Le Bodhisattva poursuit :

"Conformément à la coutume immémoriale de notre Fraternité, qui veut que des témoignages soient fournis, à chaque Initiation successive, sur la manière dont les candidats ont employé les pouvoirs qui leur ont été confiés, et considérant qu'un pouvoir n'est vraiment tel que lorsqu'il en est fait usage pour le secours d'autrui, je demande : "Qui peut témoigner des services rendus par ces candidats depuis qu'ils ont déjà comparu devant nous et ont été admis dans la Confrérie ? Quel travail défini ont- ils fait par l'enseignement ? Qui ont-ils aidé ?"

Ces mots solennels sont à peines prononcés, jetant dans [136] le monde comme une sorte d'appel à comparaitre, qu'une multitude de témoins surgissent des quatre coins de l'horizon et viennent se placer en silence au- dessus de cette scène, jetant des regards de reconnaissance sur les candidats qui en forment le centre.

Le Maitre Kuthumi parle à son tour :

"Ces âmes accourues en foule, de bien des nations et de bien des pays, sont celles qui ont reçu de ces deux candidats, mes élèves, lumière, force et réconfort. Des lèvres de mon fils le plus âgé, mon message exprimé a touché des milliers d'hommes et femmes ; il a travaillé sans répit à porter la lumière à ceux qui sont dans la nuit, et ceux-ci sont venus en témoigner. Il a, d'autre part, écrit un livre et de nombreux articles qui témoignent de son affectueux labeur pour son prochain. Mon fils plus jeune, – ici le Maitre sourit tendrement – est encore bien jeune de corps pour le travail public, mais il a écrit un petit livre pour transmettre à d'autres l'enseignement que je lui ai donné et ces autres, par dizaines de mille, l'aiment comme le guide qui les amène à nous ; ceux-là aussi sont venus apporter leur témoignage."

Et d'innombrables voix s'écrient : "Nous en témoignons", et l'air même semble n'être plus qu'une voix, si nombreux sont les témoignages. Et le sourire du Bodhisattva prend une indicible douceur, pendant qu'il écoute, lui, un Sauveur du monde, la réponse enthousiaste qu'il vient de provoquer.

Le premier tuteur s'exprime alors :

"Je puis témoigner que le plus âgé de ces candidats est resté pendant tout le cours d'une période d'amères luttes et d'incidents douloureux, parfaitement loyal envers mon Frère et moi-même, – en apparence opposés l'un à l'autre – demeurant fort et doux, serein et fidèle. Je témoigne également de son travail inlassable et désintéressé pour autrui, au service duquel il a mis toutes ses capacités. Quant à mon plus jeune et bienaimé pupille, je témoigne qu'il s'efforce constamment d'aider ceux qu'il rencontre, faisant preuve, à cet effet, d'une rare habileté [137] ; il répand autour de lui une affection et une pureté rayonnantes, qui font de sa seule présence une bénédiction. Tous connaissent la valeur inestimable de son petit livre."

Le second tuteur parle aussi en faveur des candidats comme suit :

"J'ajoute mon témoignage à ce qui vient d'être dit sur le compte de ces deux candidats, qui me sont chers. Le plus âgé m'a apporté personnellement toute son aide affectueuse, loyale et entièrement dévouée ; beaucoup de personnes m'ont dit, d'autre part, quelle inspiration et quelle lumière il a introduites dans leur vie. Pour ce qui est du plus jeune candidat, j'ai pu, moi-même, me rendre compte de l'affection et de la dévotion extraordinaires qu'il a inspirées chez les membres de son Ordre, tant à Adyar qu'à Bénarès, et du changement qu'il a produit en eux. J'ai, en outre, reçu de nombreuses lettres à son sujet, ceux qui les ont écrites déclarant qu'ils doivent une nouvelle conception de la vie au petit livre dont il est l'auteur."

Puis, le Maitre Kuthumi appelle parmi la multitude de gens venus pour porter témoignage, quelques-uns de ceux qui ont connu la vérité par l'un ou l'autre des deux candidats. Beaucoup s'avancent alors pour reconnaitre l'aide

reçue, chacun disant la reconnaissance qu'il garde en son cœur, la plupart ajoutant que Aux Pieds du Maitre a donné une nouvelle direction à leur vie.

Certains, qui ont été beaucoup aidés, mais n'ont pu venir à cette cérémonie parce qu'ils sont à l'état de veille et vaquent à leurs occupations ordinaires, sont représentés par des images vivantes faites par le Maitre, et bien que ces images ne puissent rien dire ni faire, il est probable que quelque reflet de ces merveilleuses influences du moment s'en iront réagir sur leurs modèles. La foule des témoins se retire alors, pendant que la cérémonie se poursuit.

Le Bodhisattva s'adresse ensuite aux candidats, approuvant le travail qu'ils ont accompli et exprimant l'espoir que les nouveaux pouvoirs qui vont leur être conférés seront employés aussi bien que l'ont été ceux qu'ils possèdent déjà. Il continue : [138]

"Vous avez rejeté pour toujours les trois entraves qui lient vos frères sur la terre et maintenant votre propre liberté doit être employée à alléger pour eux le poids de ces entraves. Vous avez appris, en toute certitude, que l'idée du soi séparé est une illusion ; il vous faut maintenant imprimer cette certitude à vos véhicules inférieurs, afin qu'il n'y ait plus jamais, de leur part, aucune action, aucune pensée pour le soi séparé, mais qu'au contraire tout soit accompli pour le Soi unique, opérant à travers tous. Voulez-vous vous efforcer d'agir ainsi sans interrompre vos efforts avant d'y être parvenu ?"

Les candidats répondent :

"Je le veux".

Le Seigneur Maitreya dit ensuite :

"Vous avez rejeté l'entrave du doute ; vous savez que l'évolution est un fait et que le processus de cette évolution est une perpétuelle plongée dans la matière, sous l'action de la loi du réajustement. Vous devez employer les pouvoirs qui vont vous être donnés à faire cesser chez les autres le doute au sujet de ces faits vitaux, afin qu'ils puissent partager le bénéfice du savoir que vous avez acquis. Voulez-vous utiliser ces pouvoirs afin d'apporter la lumière à votre prochain ?"

Les candidats répondent :

"Je le veux".

Et le Seigneur Maitreya :

"Vous avez abandonné toute superstition ; vous savez que l'homme peut trouver la lumière dans toute religion ; vous savez que les rites et les cérémonies n'ont pas de valeur intrinsèque et que tout ce qui est accompli par leur moyen peut l'être sans leur aide, par la connaissance et par la volonté. Par-dessus tout, vous êtes libérés de cette superstition qui croit à l'existence d'une puissance en courroux, derrière l'Évolution : vous savez que tout ce qui existe est compris dans l'universel Amour et que c'est l'évangile de l'Amour universel que vous avez à répandre parmi les hommes. Voulez-vous essayer de chasser l'obscurité en répandant cet évangile ?"

Les candidats répondent :

"Je le veux".

Le Seigneur Maitreya :

"N'oubliez jamais que la seule obscurité qui existe [139] résulte de l'ignorance et de l'illusion. C'est à juste titre qu'il a été dit : "Tout ce qui nous est donné de bon descend d'en haut et nous vient du Père de Lumière, en lequel il n'y a pas l'ombre d'un changement". En lui n'existe nulle trace d'obscurité ; mais les hommes tournent le dos à Sa Lumière et cheminent dans leur propre ombre, se plaignant alors de l'obscurité."

Les candidats subissent ensuite certaines épreuves au sujet du travail sur le plan mental. Le Seigneur leur fait examiner quelques habitants du Monde céleste, de la catégorie de ceux qui seraient dans l'avenir confiés à leurs soins, – et leur demande ce qu'ils feraient pour porter aide dans chaque cas particulier, en tenant compte des limites qu'ils auraient à subir dans ce travail. L'un de ces cas est celui d'un moine du Moyen Âge, rempli de dévotion, mais ayant des idées très bornées au sujet de Dieu, des Saints et de l'Église et le Seigneur demande aux candidats ce qu'ils feraient pour aider à son évolution.

Tout ce qui se passe durant la seconde Initiation a lieu sur le plan mental ; tout le monde opère, par conséquent, dans le corps mental et non plus dans le Mayaviroupa, utilisé sur le plan astral.

Une fois ces épreuves passées avec succès par les candidats, ceux-ci sont conduits au Seigneur Maitreya et s'agenouillent devant lui. Le Seigneur se lève alors et, se tournant du côté de Shamballa, il s'écrie à haute voix :

"Fais-je ceci, ô Seigneur de Lumière, de Vie et de Gloire, en Ton Nom et pour Toi ?"

Aussitôt, apparait au-dessus de lui l'Etoile de Feu, apportant le consentement de l'Initiateur unique, et l'auguste figure du Seigneur Gautama Bouddha s'illumine d'un éclat aveuglant, tandis qu'il élève la main droite pour donner sa bénédiction. Le Mahachohan se lève également pour ajouter sa propre bénédiction, pendant que le Bodhisattva impose ses mains sur chacune des deux têtes inclinées, et tous se prosternent en un révèrent hommage devant les Êtres puissants ; ensuite c'est le silence…

Au milieu de ce silence est transmise la Clé de la [140] Connaissance, le Bodhisattva déversant, de ses propres corps mental et causal, des rayons de pouvoir qui, tombant sur les corps mental et causal du nouvel Initié, stimulent en une soudaine et splendide croissance les germes de pouvoir similaire qui s'y trouvaient en puissance latente. Comme un bouton de fleur qui, stimulé par les rayons du soleil, éclaterait soudain dans toute la gloire de la fleur épanouie, ainsi leurs corps mental et causal développent tout d'un coup les pouvoirs qui s'y trouvaient latents, et c'est un spectacle d'une radieuse beauté. À travers cette expansion des corps, peut maintenant se manifester librement l'intuition, ce grand pouvoir nouveau qui vient être libéré. Et le Seigneur Maitreya dit :

"Prenez ce nouveau pouvoir que je vous donne et confiez- vous à lui sans crainte. Amenez vos véhicules inférieurs à un état de réceptivité tel qu'à travers ces véhicules, ce pouvoir puisse librement parvenir jusqu'à votre cerveau physique et guider votre conduite sans possibilité d'erreur ; que ce pouvoir brille sans cesse sur le chemin qui s'ouvre devant vous et qu'il vous prépare à entrer dans le troisième Sentier."

Le Seigneur Maitreya termine par la grande bénédiction ; puis l'Etoile et les augustes Figures s'évanouissent ; tous les assistants se prosternent de nouveau avec respect et la grande cérémonie prend fin. Les Maitres

assemblés quittent alors leurs places ; chacun d'eux dit quelques mots affectueux aux deux nouveaux Initiés et les bénit. Le Maitre Kuthumi adresse également quelques paroles de sympathie à la foule, venue pour porter témoignage et qui s'était retirée à quelque distance, mais à laquelle on avait permis de s'approcher de nouveau pour saluer ses leaders ; ces derniers, grâce aux nouvelles connaissances qu'ils viennent d'acquérir, donnent quelque conseil à chacun de leurs fidèles, puis leur donnent congé en les bénissant.

La deuxième Initiation active le développement du corps mental et c'est vers ce moment que l'élève apprend à utiliser le Mayaviroupa, – qu'on traduit parfois par [141] "corps (ou forme) de l'illusion". C'est un corps astral temporaire, formé par celui qui est capable de fonctionner dans son corps mental. Lorsqu'un homme voyage dans le plan astral, c'est, d'habitude, dans le corps astral ; cependant, s'il lui était nécessaire de se montrer sur le plan physique pendant qu'il fonctionne dans le corps astral, il aurait à matérialiser autour de lui un corps physique. C'est ce qui se fait quelquefois, quoique rarement, car cette matérialisation entraine une grande dépense de force. De même, si cet homme opérait sur le plan mental et désirait se manifester sur le plan astral, il lui faudrait matérialiser un corps astral temporaire, qui est le Mayaviroupa. Après avoir achevé son travail, il se retirait de nouveau sur le plan mental et le corps temporaire s'évanouirait, les matériaux le composant retournant à la circulation générale de matière astrale, d'où ils avaient été extraits par la volonté de l'élève.

Jusqu'à l'époque de la première Initiation, l'homme travaille la nuit dans son corps astral ; mais dès que ce corps est entièrement sous son contrôle et qu'il peut l'utiliser pleinement, le travail dans le corps mental commence. Quand ce corps est, à son tour, complètement organisé, il constitue un véhicule beaucoup plus flexible que le corps astral et bien des choses qui sont impossibles sur le plan astral peuvent être accomplies dans le corps mental. Avec le pouvoir de former le Mayaviroupa, l'homme devient capable de passer instantanément du plan mental au plan astral et inversement et d'utiliser à tout moment le pouvoir plus grand et le sens plus aiguisé du plan mental ; l'homme n'a besoin de former la matérialisation astrale que lorsqu'il désire se rendre visible aux êtres du monde astral. Il est nécessaire que le Maitre commence par apprendre à son élève à créer le Mayaviroupa, après quoi, bien que ce ne soit pas chose facile au début, l'élève peut le construire lui-même.

Une expansion et un développement considérables du corps mental suivent la seconde Initiation, mais il s'écoule, d'ordinaire, quelques années avant que les effets s'en fassent sentir dans le cerveau physique. Lorsque ces effets [142] commencent à se manifester, ils entrainent incontestablement un très grand effort pour le cerveau, ce dernier ne pouvant instantanément s'accorder au taux de vibrations nécessaire.

La période qui suit la prise de la seconde Initiation, est sous maint rapport, la plus dangereuse parmi celles que le candidat doit passer au cours du Sentier, bien qu'à n'importe quel stade précédant la cinquième Initiation, la possibilité subsiste, soit de faire une chute, soit de passer par nombre d'incarnations sans avancer notablement. En tout cas, c'est à cette phase, plus particulièrement, qu'une faiblesse marquée dans le caractère du candidat se fera jour. Il semble qu'il devrait être impossible à un homme qui s'est élevé à cette hauteur de tomber en arrière ; malheureusement l'expérience nous a montré que cela se produit quelquefois. Dans la presque totalité des cas, ce danger provient de l'orgueil ; s'il en reste la moindre parcelle dans la nature de l'homme, il court de sérieux risques de chute. Car, ce que nous considérons ici-bas comme l'intellect n'est qu'une simple réflexion de la chose véritable ; et pourtant certains d'entre nous ont l'orgueil de leur intellect, de leurs conceptions plus profondes que celles de la masse. Combien plus fiers encore pourrions-nous être si nous percevions en nous un petit aperçu de ce que notre véritable intellect est destiné à devenir plus tard ! Il y aurait là un danger sérieux de chute, pour qui s'y exposerait, et par conséquent une période de temps très dure à traverser. Seule une incessante et croissante vigilance peut permettre au candidat de franchir cette étape avec succès et il doit constamment s'efforcer d'anéantir toute trace d'orgueil, d'égoïsme et de parti pris.

La connaissance de ce qui précède jette une clarté nouvelle et soudaine sur certains textes de la Bible. Cette dangereuse phase de la vie de l'Initié est figurée dans l'Évangile par la tentation dans le désert, qui suivit le baptême du Christ par Jean. Les quarante jours passés dans la solitude du désert symbolisent la période au cours de laquelle l'expansion donnée au corps mental, lors de la seconde Initiation, opère son travail dans le[143] cerveau physique, travail qui, pour le candidat ordinaire, peut fort bien exiger quelque quarante ans, sinon davantage. Dans la vie de Jésus, c'est durant cette période que son cerveau fut préparé pour l'incarnation du Christ qui allait l'occuper. À ce moment, le Diable, qui, dans le symbolisme, représente la nature intérieure, vient tenter l'Initié, lui suggérant d'abord de faire usage

de ses pouvoirs pour la satisfaction de ses propres désirs : "Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres se transforment en pain." On le tenta ensuite de se jeter du haut d'une tour du temple, accomplissant ainsi un miracle qui étonnerait la populace. En dernier lieu, le Diable, lui montrant tous les royaumes du monde et leur gloire, lui dit : "Toutes ces choses, je te les donnerai, si tu consens à te courber devant moi et à m'adorer" ; ainsi l'Initié est, par-là, tenté d'user de ses pouvoirs pour gratifier sa propre ambition. Chacune de ces tentations représente une forme différente de l'orgueil.

Si l'on peut comparer la première grande Initiation à une nouvelle naissance, ou renaissance, la seconde Initiation correspond au baptême du Saint-Esprit et du Feu ; car c'est le pouvoir de la troisième Personne de la Trinité bénie qui, à ce moment, descend comme une onde de flamme, une vague de lumière ardente. L'homme arrivé à cette phase est appelé, par les bouddhistes, le Sakadagamin, "l'homme qui ne revient qu'une fois", – signifiant que celui qui est arrivé à ce niveau n'a plus besoin que d'une seule incarnation pour atteindre le degré de l'Arhat, la quatrième Initiation, après laquelle il ne sera plus obligé de se réincarner physiquement. Le nom indou de cette seconde étape est Koutichaka, c'est-à-dire "l'homme qui construit une hutte", celui qui est arrivé à un lieu de paix. À ce stade, il n'est pas rejeté d'autres entraves ; c'est d'ordinaire une période de considérable avancement psychique et intellectuel. Si ce qu'on appelle communément les facultés psychiques n'ont pas été acquises auparavant, elles doivent être maintenant développées, car il serait impossible, sans elles, d'assimiler la connaissance qui est donnée au cours de cette période, [144] ou d'accomplir le travail supérieur pour l'humanité auquel l'Initié va avoir le privilège de participer. Il faut donc qu'il acquière la maitrise de la conscience astrale durant sa vie physique de veille ; parallèlement le monde céleste s'ouvrira devant lui pendant son sommeil, car la conscience d'un homme, hors de son corps physique, dépasse toujours d'un degré celui qu'il occupe dans son enveloppe de chair. Quand le candidat a passé par les quatre stades de la seconde Initiation et est, une fois de plus, devenu "Gotrabhou", il est prêt pour la troisième Initiation, celle de l' "Anagamin", mot signifiant littéralement "celui qui ne retourne plus", car il doit normalement atteindre l'Initiation suivante au cours de la même incarnation. Le nom indou de ce stade est "Hamsa", qui veut dire "cygne", mais est également considéré comme une forme de la sentence "So-ham", littéralement "je suis Cela". Il existe, d'ailleurs, une vieille tradition qui veut que le cygne soit capable de séparer le lait de l'eau ; de même, le Sage est en mesure d'attribuer une juste valeur, pour les êtres vivants, aux phénomènes de la vie.

Cette Initiation est représentée, dans le symbolisme chrétien, par la Transfiguration du Christ. Il se rendit sur une haute montagne isolée et fut transfiguré devant ses disciples : "Sa figure se mit à resplendir comme le soleil et son vêtement devint blanc comme la lumière"…, "d'un blanc éblouissant de neige, d'un blanc que nul artifice ne saurait produire." Cette description ne peut être que celle de l'Augoeidès, l'homme glorifié, et c'est une peinture exacte de ce qui se produit lors de cette Initiation, car si la deuxième grande Initiation intéresse principalement la mise en activité du corps mental inférieur, c'est à la troisième Initiation qu'est spécialement développé le corps causal. L'égo est amené en contact plus intime avec la monade et se trouve, en vérité, transfiguré. Il n'est pas jusqu'à la personnalité qui ne soit affectée par cette merveilleuse effusion. Le soi supérieur et le soi inférieur ne font plus qu'un, il est vrai, dès la première Initiation, et cette unité ne peut plus jamais [145] se perdre ; néanmoins le développement du soi supérieur, devient tel maintenant, qu'il ne peut plus se refléter dans les mondes inférieurs de la forme, quoique les deux "Soi" ne fassent plus qu'un au plus haut degré possible.

L'Évangile dit, d'autre part, qu'à la Transfiguration apparurent Moïse et Élie, les deux figures principales de l'Ancien Testament, celui-ci l'un des plus grands parmi les prophètes juifs, celui-là représentant la loi d'Israël. Ainsi ces deux dispensations de la vérité : celle de la Loi, et celle de l'inspiration prophétique, sont représentées comme étant voisines de Celui qui allait établir une nouvelle dispensation : celle de l'Évangile. Et ces divers symboles ont une signification qui est liée à certains faits relatifs à la troisième Initiation.

Un autre symbole s'y rapportant apparait dans le récit évangélique de la présentation du Christ à son Père dans le Temple, épisode qui n'est guère à sa place dans la tradition car le Christ se trouve alors être un petit enfant. Or, l'homme prêt pour la troisième Initiation doit comparaitre devant le Roi spirituel du monde, le puissant Chef de la hiérarchie occulte qui, à l'occasion de cette troisième étape, confère lui-même l'Initiation, ou bien délègue l'un de ses Élèves, – les trois Seigneurs de la Flamme, qui vinrent avec lui de Vénus – pour la conférer en son nom ; et, dans ce dernier cas, l'homme est présenté au Roi peu après que l'Initiation a eu lieu. Ainsi le Christ fut-il mis en présence de son Père ; le bouddhi s'épanouit en l'Initié jusqu'à ne faire plus qu'un avec sa source, sur le plan nirvanique et, par-là, se trouve réalisée la merveilleuse union entre le premier et le second principe en l'homme.

L'Anagamin jouit, pendant qu'il accomplit le cycle de son travail journalier, de toutes les splendides possibilités que confère la pleine possession des facultés du plan mental supérieur ; et quand, la nuit, il quitte son véhicule physique, il entre de nouveau dans la conscience extraordinairement plus large, qui appartient au plan bouddhique. Au cours de cette étape, il doit rejeter les derniers vestiges des quatrième et cinquième entraves : Kamaraga [146] et Patigha, c'est-à-dire l'attachement aux jouissances de la sensation, dont le type est l'amour terrestre ainsi que toute trace de colère ou de haine. L'aspirant doit se libérer de tout assujettissement aux choses extérieures. Il ne s'ensuit nullement qu'il ne doit plus éprouver d'attraction pour ce qui est agréable, ou beau, ou pur, ni de répulsion pour ce qui est opposé à ces qualités, et qu'il ne doive pas en tenir compte au cours de son travail. Cela signifie seulement qu'il ne fera pas de ces conditions un facteur décisif au point de vue de son devoir et qu'il les ignorera délibérément, chaque fois que son travail l'exigera.

Nous devons nous garder ici d'un malentendu possible et qu'en fait nous constatons fréquemment. L'affection humaine la plus pure et la plus noble ne périt jamais, n'est jamais, d'aucune manière, diminuée par l'entrainement occulte ; elle est, au contraire, accrue et élargie jusqu'à comprendre tous les êtres dans la même ferveur qui, au début, était prodiguée à l'un d'eux. Mais l'étudiant s'élève, avec le temps, au-dessus de toute considération relative à la simple personnalité de ceux qui l'entourent et est, par-là, exempt de toute l'injustice et de la partialité que l'affection ordinaire traine si souvent à sa suite.

Il ne faudrait pas davantage s'imaginer qu'en acquérant cette large affection pour tous, il doive renoncer à son affection particulière pour ses plus proches amis. Les liens si parfaits existant entre Ananda et le Seigneur Bouddha, ainsi qu'entre saint Jean et le Christ prouvent, au contraire, que cette affection personnelle peut être énormément intensifiée ; en vérité, l'attachement entre un Maitre et ses élèves est plus fort et de beaucoup qu'aucun lien terrestre. Car l'affection qui fleurit sur le Sentier de Sainteté est une affection entre égos et non pas seulement entre personnalités ; elle est donc aussi forte que permanente et ne craint pas d'amoindrissement ni de changements : c'est "le parfait amour qui a rejeté toute crainte."

CHAPITRE IX

L'ÉGO

Pour nous permettre de comprendre clairement les étapes suivantes du Sentier, il est maintenant nécessaire que nous considérions l'égo et la façon dont il s'est éveillé et a employé ses pouvoirs afin de mettre la personnalité en harmonie avec lui, d'atteindre jusqu'au plan bouddhique et de percevoir son unité avec tout ce qui vit.

Un diagramme 6 illustre les trois vagues de la Vie Divine dans notre plan d'évolution. Au sommet, les trois cercles symbolisant les trois Aspects du Logos, les trois Personnes de la Sainte Trinité ; de chacun de ces trois cercles descend une ligne qui croise à angles droits, les traits horizontaux représentant les sept plans de la nature. La ligne qui part du cercle inférieur, le troisième Aspect, descend tout droit au milieu du diagramme, s'assombrissant au fur et à mesure qu'elle descend, pour représenter comment le Saint Esprit vivifie la matière des divers plans, édifiant d'abord leurs atomes respectifs et les agrégeant ensuite en éléments.

Dans cette matière ainsi vivifiée, la seconde Vague descend du cercle qui représente Dieu le Fils, et la Vie divine, en laquelle ce flot consiste, assemble cette matière en formes habitables pour cette Vie, s'incarnant ainsi, c'est-à-dire, confectionnant des corps, des véhicules à son usage. À son niveau le plus bas de matérialité cette Vie anime le règne minéral ; après une évolution graduelle, elle devient assez définie pour animer le règne végétal, puis, plus tard encore, le règne animal. Lorsqu'elle s'est élevée au plus haut niveau du règne animal, un changement remarquable se produit, occasionné par l'introduction d'un facteur entièrement nouveau, celui de la troisième Vague de vie, laquelle provient du cercle le plus élevé, qui symbolise le premier Aspect du Logos, communément appelé Dieu le Père. [148]

La force qui a été jusqu'ici l'animatrice se trouve maintenant, à son tour, animée, car la nouvelle force émanée de la première Personne, s'empare de ce qui constituait l'âme de l'animal pour en faire un corps à son usage, corps dont la matière est d'ailleurs tellement fine qu'elle est tout à fait imperceptible pour nos sens physiques. C'est là l'origine de l'égo dans son corps causal ; cet égo qui attire à lui le résultat de toute l'expérience amassée par cette âme animale durant les milliers de siècles de son développement

6 publié dans l'Homme visible et invisible, du même auteur.

antérieur, de telle sorte qu'aucune des qualités acquises au cours de son évolution n'est perdue.

des qualités acquises au cours de son évolution n'est perdue. Diagramme 1 – Les trois Vagues

Diagramme 1 – Les trois Vagues de la Vie

Quelle est donc cette force prodigieuse ainsi émanée du plus haut aspect du Logos Solaire qui nous soit connu ? C'est, en vérité, la Vie même de Dieu. Mais, allez-vous dire, n'en est-il pas ainsi de la première et de la deuxième Vague de vie ? Oui, sans doute, mais ces deux dernières ont procédé lentement et graduellement, à travers les sous-plans successifs, réunissant autour d'elles la matière de chacun de ces sous-plans et s'y emprisonnant si complètement qu'il est à peine possible de les y distinguer sous leur vraie nature et de reconnaitre en elle la Vie divine… tandis que cette troisième Vague s'élance toutefois de sa source sans s'obscurcir en aucune façon dans la matière. Elle reste la pure lumière blanche que rien n'a contaminée.

Bien que pour plus de clarté, notre diagramme montre ce troisième Courant de la Vie divine comme provenant directement du Logos, il en est, en réalité, émané depuis longtemps et flotte à un point intermédiaire dans le second de nos plans. C'est ce que nous appelons la Monade, et peut-être une des manières les moins imparfaites de nous représenter cette Monade est- elle de la considérer comme une parcelle de Dieu – oui, vraiment, une parcelle de Ce qui ne peut être divisé – paradoxe, sans doute, pour notre intellect humain, mais qui renferme cependant une éternelle vérité, bien au- dessus de notre compréhension. [149]

La méthode générale de cette descente de l'Esprit dans la matière semble toujours être la même, quoique les conditions différentes des divers plans amènent, naturellement, de nombreuses variations de détail. Le Logos projette la Monade, minuscule fragment de Lui-même, jusqu'à un niveau infiniment au-dessous du Sien propre ; il va sans dire qu'une telle descente implique de très grandes limites ; mais c'est là un sujet bien trop au-delà de l'extrême limite de notre conscience pour être décrit ou même convenablement compris. Exactement de la même manière, la Monade projette un minuscule fragment d'elle-même, qui devient l'égo ; et de ce fait cette limite s'accroit énormément. Le même processus se reproduit encore lorsque l'égo projette un menu fragment de lui-même dans les corps mental, astral et physique de l'homme, fragment que nous appelons la personnalité.

Cette dernière parcelle est le point de conscience que les clairvoyants perçoivent à l'intérieur de l'homme. Suivant un certain système de symbologie, c'est "l'Homme doré, de la grandeur d'un pouce", qui se tient dans le cœur. Beaucoup d'entre nous le voient plutôt sous la forme d'une étoile ; en ce qui me concerne, je l'ai toujours perçu comme une brillante étoile lumineuse. L'homme peut fixer cette Etoile de conscience où il veut,

c'est-à-dire dans l'un quelconque des sept principaux centres du corps. Celui de ces centres qui est le plus naturel à un individu particulier dépend surtout de son type ou rayon et aussi, je crois, de la race et de la sous-race à laquelle il appartient. En tant qu'hommes de la cinquième sous-race de la cinquième race-racine, nous conservons presque toujours cette conscience dans le cerveau, dans le centre dépendant du corps pituitaire. On trouve, cependant des hommes d'autres races pour qui il est plus naturel de la tenir centrée dans le cœur, la gorge ou le plexus solaire.

Cette Étoile de conscience est le représentant de l'égo ici-bas, dans les plans inférieurs, et nous appelons "personnalité" sa manifestation à travers ses véhicules ; c'est là l'homme tel que le connaissent ses amis, sur la terre.

[150]

Mais, bien que cette personnalité fasse partie intégrante de l'égo, bien que la seule vie et le seul pouvoir qu'elle possède soient ceux de l'égo, elle oublie cependant fréquemment ces faits fondamentaux et en vient à se considérer comme une entité tout à fait distincte et à agir ici-bas pour ses propres fins. Elle possède toujours avec l'égo une ligne de communication, appelée dans certains de nos livres "l'Antahkarana" ; mais elle ne fait généralement aucun effort pour s'en servir. Dans le cas de gens ordinaires, qui n'ont jamais étudié ces questions, la personnalité est pratiquement tout l'homme, et l'égo ne se manifeste que très rarement et partiellement.

L'évolution de l'homme à ses débuts consiste en l'ouverture de cette ligne de communication, afin que l'égo puisse de plus en plus s'affirmer par son moyen pour arriver finalement à dominer entièrement la personnalité, au point que celle-ci n'ait plus de pensée ni de volonté indépendantes, mais soit uniquement, comme elle a mission de l'être, l'expression de l'égo, sur les plans inférieurs.

Bien entendu, l'égo, qui appartient à un plan très supérieur à celui de la personnalité, ne pourra jamais s'exprimer pleinement ici-bas ; le mieux que nous puissions espérer est que la personnalité ne représente rien qui ne soit désiré par l'égo et qu'elle exprime de ce dernier tout ce qui ne peut être exprimé dans ce monde inférieur.

Tandis que l'homme entièrement inexercé n'a, pour ainsi dire, aucune communication avec son égo, au contraire, l'Initié jouit d'une pleine communication ; ainsi qu'on peut s'y attendre il y a, parmi nous, des hommes évolués à tous les degrés, compris entre ces deux extrêmes. On doit se rappeler que l'égo lui-même est seulement en cours de développement et que

l'on a affaire à des égos à des degrés très différents d'avancement. De toute manière, un égo est, sous quantité de rapports, quelque chose d'infiniment plus grand qu'une personnalité ne peut l'être, car malgré qu'il ne soit, comme cela a été dit plus haut, qu'un fragment de la Monade, il est cependant complet en tant qu'égo dans son corps causal, même lorsque ses pouvoirs ne sont pas évolués ; tandis qu'il n'y a, dans la personnalité, qu'un [151] reflet de la vie de l'égo. D'autre part, la vie au niveau de l'égo est immensément plus vaste et plus forte que ce que nous appelons vie ici-bas. De même que l'évolution consiste, pour la personnalité, à apprendre à exprimer l'égo plus pleinement, de même l'évolution pour l'égo, est d'apprendre à exprimer plus pleinement la Monade. La personnalité ignorante oublie complètement cette relation avec l'égo et se croit tout à fait indépendante. Par contre, il semble difficile d'imaginer que l'égo, à son niveau beaucoup plus élevé, puisse ignorer son lien avec la Monade ; il est évident, en tout cas, que certains égos sont beaucoup plus conscients que d'autres à la nécessité de leur évolution, ce qui revient à dire qu'il y a des égos plus jeunes et d'autres plus âgés, ces derniers s'efforçant avec plus d'ardeur que les jeunes, de déployer leurs possibilités latentes.

Nous sommes enclins à penser que l'égo ne peut grandir qu'au moyen de la personnalité, mais il n'en est pas ainsi, ou plutôt il n'en est ainsi que pour un petit groupe de qualités. Comme je l'ai expliqué en détail dans l' "Homme Visible et Invisible", le corps causal d'un sauvage est presque incolore ; au fur et à mesure qu'au cours de son évolution il développe de bonnes qualités pouvant produire des vibrations dans la matière du corps causal, les couleurs exprimant ces qualités commencent à se montrer ; et peu à peu, le corps causal, au lieu d'être vide, s'emplit d'une vie palpitante et active. L'égo peut alors manifester tellement plus de lui-même qu'il accroit énormément sa grandeur ; celle-ci s'étend, graduellement, de plus en plus autour de son centre physique, au point qu'un jour, l'homme arrive à envelopper des centaines et même des milliers de personnes dans les limites de son corps causal, c'est-à-dire de lui-même, et peut exercer, de la sorte, une vaste influence pour le bien.

Mais ceci, tout merveilleux que ce soit, n'est qu'un aspect du développement de l'égo. Il y a bien d'autres voies de progrès dont nous ne connaissons rien ici-bas ; il mène une vie qui lui est propre parmi ses pairs, parmi les grands Aroupadévas, parmi toutes sortes d'Anges [152] splendides, dans un monde bien au-delà de notre portée. Le jeune égo n'est, sans doute, que très peu éveillé encore à cette vie glorieuse, … tout comme

un petit enfant n'a qu'une connaissance rudimentaire des multiples intérêts du monde qui l'entoure ; mais, à mesure que sa conscience évolue, elle s'ouvre graduellement à toute cette magnificence dont l'éclat et la beauté le fascinent.

En même temps, l'égo lui-même devient un être glorieux et donne, pour la première fois, un aperçu de ce que Dieu entend que l'homme devienne. Parmi ces êtres exaltés, les pensées ne prennent plus forme et ne flottent plus comme elles le font au niveau inférieur, mais passent comme des éclairs d'une entité à une autre. Là nous n'avons plus de véhicules nouvellement acquis, arrivant lentement et graduellement à être dirigés et parvenant péniblement à exprimer plus ou moins l'âme qui les habite ; nous sommes, là, face à face avec un corps plus antique que les montagnes, une réelle expression de la Gloire divine, qui se tient, sans cesse, derrière ce corps et brille à travers lui de plus en plus, à mesure que se construisent ses pouvoirs. Là nous n'avons pu affaire aux formes extérieures : nous voyons les choses en elles-mêmes ; nous voyons la réalité que nous ne pouvions que deviner à travers ses expressions imparfaites. Là, la cause et l'effet ne font qu'un, et sont clairement visibles dans leur unité, comme les deux faces d'une même pièce de monnaie. Là nous avons quitté le concret pour l'abstrait ; nous ne connaissons plus la multiplicité des formes, mais l'idée qui est derrière ces formes ; nous touchons l'essence même des choses ; nous n'avons plus besoin d'étudier les détails, de discuter sur un sujet ou d'essayer de l'expliquer : nous en prenons l'essence et pouvons la manier d'une seule pièce, comme nous ferions d'une pièce de jeu d'échecs. Ce qui, ici-bas, constituerait un système philosophique exigeant de nombreux volumes pour l'expliquer, se présente pour ainsi dire comme un objet unique et bien défini, une pensée qu'on pourrait jeter sur la table, comme on abat une carte. Un opéra ou un oratorio qui, pour être rendu ici-bas, occuperait [153] un orchestre entier pendant plusieurs heures, est représenté par une unique et puissante note ; les méthodes de toute une école de peinture sont condensées en une seule idée magnifique, et de telles idées sont comme des jetons intellectuels dont se servent les égos pour converser entre eux.

Il est fort malaisé d'expliquer en paroles de notre monde les différences qui existent entre les égos, étant donné qu'ils sont beaucoup plus grands, sous maints rapports, que tout ce qui nous est connu ici-bas. Toute analogie peut, comme on le sait, devenir trompeuse si elle est poussée trop loin ou si elle est prise trop à la lettre ; néanmoins, je donnerai peut-être une idée de l'impression générale que produisent des égos à différents degrés d'évolution

si je dis qu'un égo avancé me fait l'effet d'un ambassadeur à l'allure digne et au ton extrêmement courtois, plein de sagesse et d'affabilité, tandis que l'homme moins développé donne davantage l'impression d'un rude et cordial gentilhomme campagnard.

L'égo qui est déjà sur le Sentier et approche de l'Adeptat a beaucoup en commun avec les grands anges et projette autour de lui des influences spirituelles d'un pouvoir prodigieux.

Faut-il donc, dans ces conditions, s'étonner que l'égo se jette énergiquement dans le tourbillon d'intense activité de son propre plan et que ce dernier lui semble infiniment plus intéressant et plus important que l'écho amorti des luttes lointaines d'une personnalité étriquée et seulement à moitié formée, voilée, au surplus, par la dense obscurité d'un monde inférieur ?

Dans la vie physique de l'homme ordinaire, il y a peu de sujets d'intérêt pour l'égo et c'est seulement à de rares intervalles que survient un évènement de quelque importance, susceptible d'attirer, pour un instant, son attention et dont il puisse tirer quelque chose qui en vaille la peine. L'homme ordinaire vit par bribes ; la plupart du temps il n'est aucunement éveillé à la vie réelle supérieure. Certains d'entre nous sont enclins à [154] se plaindre de ce que nos égos nous donnent très peu d'attention ; demandons-nous si nous nous occupons beaucoup de notre égo. Combien de fois, par exemple, en un jour donné, avons-nous eu une pensée quelconque au sujet de notre égo ? Si nous désirons attirer son attention, il nous faut faire en sorte que notre personnalité puisse lui servir. Dès que nous commencerons à consacrer la plus grande partie de nos pensées aux choses supérieures, ce qui revient à dire dès que nous commencerons à vivre, il y a des chances pour que l'égo fasse plus attention à notre personne.

L'égo n'ignore pas que certaines parties nécessaires de son évolution ne peut s'accomplir qu'à travers cette personnalité, et par le moyen de ses corps mental, astral et physique ; il sait, par conséquent, qu'il devra, un jour ou l'autre, s'en préoccuper, prendre ces corps en main et les amener sous sa domination. Mais on comprend sans peine, que la tâche doit souvent lui paraitre peu engageante, et qu'une personnalité donnée peut, au début, ne présenter guère d'intérêt ou d'espoir. Si nous considérons nombre de gens qui nous entourent – avec leur corps physique empoisonné de viande, d'alcool et de tabac, avec leur corps astral exhalant l'avidité et la sensualité, et leur corps mental sans aucun intérêt sauf pour les affaires et peut-être pour les courses de chevaux et les combats de boxe – nous comprendrons

facilement pourquoi un égo observant ces choses de son plan élevé, prendra peut-être le parti de sursoir au sérieux effort qui s'impose jusqu'à une prochaine incarnation, dans l'espoir que le nouveau jeu de véhicules sera plus sensible à son influence que ceux sur lesquels son regard horrifié se pose actuellement. Nous pouvons nous imaginer qu'il doit se dire : "Je ne puis rien faire de cela ; peut-être tomberai-je, la prochaine fois, sur de meilleurs instruments ; en tout cas, ils ne peuvent être pires et, en attendant, j'ai ici un travail plus important à accomplir que de m'occuper d'eux."

Quelque chose de semblable se produit assez souvent au cours des premières phases d'une nouvelle incarnation. [155] Dès la naissance de l'enfant, l'égo vient planer au-dessus de lui et, dans certains cas, essayer d'influer sur son développement pendant qu'il est encore très jeune. Mais en général, l'égo consacre peu d'attention au nouveau corps, jusqu'à ce que ce dernier ait atteint l'âge d'environ sept ans, époque vers laquelle le travail de l'élémental karmique est pratiquement terminé. Les enfants diffèrent tellement entre eux qu'il n'est pas surprenant que les rapports entre les égos et les personnalités correspondantes diffèrent tout aussi grandement. Certaines personnalités d'enfants sont vives et faciles à impressionner, pendant que d'autres sont obtuses ou arriérées ; quand ces dernières caractéristiques dominent, l'égo s'abstient fréquemment de porter au nouveau corps un intérêt actif jusqu'à nouvel ordre, en espérant que l'enfant, en grandissant, deviendra plus intelligent et plus réceptif.

Une telle décision nous semble malavisée parce que si l'égo néglige sa personnalité actuelle il est peu probable que la suivante soit meilleure ; et s'il laisse le corps de l'enfant se développer sans son influence, les attributs indésirables que ce corps a commencé à manifester peuvent fort bien s'accentuer au lieu de disparaitre. Mais nous sommes mal placés pour porter un jugement, étant donnée notre très imparfaite connaissance du problème ; d'autre part, nous ne pouvons rien voir du travail plus élevé auquel l'égo se consacre.

On se rend compte ainsi à quel point il nous est impossible d'estimer avec une précision quelconque le degré d'évolution d'une personne que nous ne pouvons voir que sur le plan physique. Dans tel cas, des causes karmiques peuvent avoir produit une belle personnalité, qui n'a cependant derrière elle qu'un égo d'avancement moyen ; alors que, dans tel autre cas, des causes analogues peuvent avoir engendré une personnalité défectueuse ou inférieure, bien qu'appartenant à un égo comparativement avancé. On en trouve un bon exemple dans les anecdotes relatives à la vie du Seigneur

Bouddha : Un homme vint un jour le trouver, – ainsi que le faisaient beaucoup de gens lorsqu'ils étaient embarrassés, – et lui dit qu'il [156] éprouvait de sérieuses difficultés à pratiquer la méditation et que c'est à peine s'il pouvait arriver à une certaine concentration d'esprit. Le Bouddha lui dit alors qu'il y avait à cela une raison bien simple : dans une vie précédente, il avait eu l'habitude stupide de tracasser de saints hommes en troublant leur méditation. N'empêche que cet homme pouvait, en tant qu'égo, être plus avancé que ses compagnons dont la méditation se passait normalement.

Quand l'égo a décidé de diriger sur la personnalité le plein effet de son énergie, le changement qui se produit est absolument merveilleux. Quelqu'un qui n'a pas fait d'observations personnelles à cet égard ne peut imaginer à quel point ce changement peut être radical, rapide, extraordinaire, lorsque les conditions sont favorables – c'est-à-dire quand l'égo est suffisamment fort et que la personnalité n'est pas incurablement vicieuse, – surtout quand cette dernière fait un effort marqué pour devenir une parfaite expression de l'égo et se rendre intéressante à celui-ci.

La difficulté pour nous, consiste surtout dans ce fait qu'il nous faut considérer simultanément la question de deux points de vue distincts. Ici- bas, nous sommes en effet, pour la plupart, des personnalités marquées et nous pensons et agissons presque exclusivement comme telles ; et cependant, nous n'ignorons nullement que nous sommes, en réalité, des égos et ceux d'entre nous qui, par de longues années de méditation, se sont rendus plus sensibles aux influences subtiles, sont souvent conscients de l'intervention de ce moi supérieur. Mieux nous pourrons nous accoutumer à nous identifier avec l'égo, plus clairement et plus sainement envisagerons- nous les problèmes de la vie ; mais, pour autant que nous nous sentons être encore des personnalités, dirigeant leurs aspirations vers le soi supérieur, il est évidemment de notre devoir et de notre intérêt de nous ouvrir à l'influence de ce soi, de tenter d'atteindre jusqu'à lui et de faire naitre en nous-mêmes avec persévérance, des vibrations susceptibles de lui être utiles. Veillons, tout au moins, à ne pas [157] nous opposer à l'égo, mais, au contraire, à faire pour lui de notre mieux, selon notre degré de développement.

Étant donné que l'égoïsme est l'intensification de la personnalité, notre premier souci doit être de nous débarrasser de ce défaut. Ensuite, il nous faut conserver notre mental plein de hautes pensées, car s'il est constamment occupé par des sujets d'ordre inférieur (alors même que ces derniers seraient

estimables en eux-mêmes) l'égo ne saurait l'utiliser pour s'exprimer. Lorsque l'égo fait une tentative dans ce but, recevons-le avec enthousiasme et hâtons- nous d'obéir à ses ordres, afin qu'il puisse, de plus en plus, envahir notre mental et entrer par-là en possession de son héritage en ce qui concerne les plans inférieurs. Ainsi, nous approcherons-nous de jour en jour du but vers lequel nous aspirons. Ainsi ferons-nous nos premiers pas sur le Sentier qui mène directement à la première Initiation, par laquelle l'inférieur et le supérieur arrivent à se fondre, et à partir de laquelle il ne doit plus rien rester dans la personnalité qui ne soit une représentation de l'égo, l'inférieur étant devenu une simple expression du supérieur. La personnalité peut avoir eu, à un moment donné, un grand nombre de défauts, tels que la jalousie, la colère, le découragement, etc., mais ils ont tous été rejetés, et cette personnalité reproduit, aujourd'hui, uniquement ce qui lui vient d'en haut. L'égo ayant amené le soi inférieur en harmonie avec lui, s'élève maintenant jusqu'au plan bouddhique, plan de l'unité. C'est seulement de cette manière que l'homme peut commencer à rejeter l'illusion du soi qui se dresse en travers de son progrès ultérieur, et c'est pourquoi l'expérience bouddhique est nécessaire lors de la première Initiation, si l'on n'a pas acquis cette expérience précédemment. Dans bien des cas elle est venue auparavant, parce que les émotions supérieures, affectant le corps astral, se sont reflétées dans le véhicule bouddhique et l'ont tiré de sa léthargie, ce qui a produit un certain éveil avant l'Initiation.

Tout ce qui vit ne fait qu'un, en réalité, et il est du devoir de ceux qui entrent dans la Fraternité d'en acquérir [158] la certitude. On nous enseigne bien que le Soi est un et nous essayons de nous représenter ce que cela signifie ; mais c'est toute autre chose de le voir par soi-même, comme le fait le candidat lorsqu'il pénètre dans le plan bouddhique. C'est comme si, dans la vie physique, chacun de nous vivait au fond d'un puits d'où il peut apercevoir la lumière du jour venant d'un monde supérieur ; et comme la lumière du jour pénètre dans la profondeur d'une multitude de puits, sans cesser d'être l'unique, de même en est-il pour la Lumière de l'Unique, qui illumine l'obscurité de nos cœurs. L'Initié s'est, par ses efforts, soulevé hors du puits de la personnalité et s'aperçoit, alors, que la lumière qu'il croyait sienne est, en vérité, la Lumière Infinie, qui donne le jour à tout ce qui existe.

Pendant qu'il vivait dans le corps causal, l'égo reconnaissait déjà la Conscience divine dans toute créature ; quand il voyait un autre égo, sa conscience s'élançait, au-devant de lui, pour reconnaitre le Divin. Mais, sur le plan bouddhique, il ne s'élance plus du dehors pour lui faire accueil, car

cet égo est déjà enchâssé dans son cœur : il est cette conscience et elle est lui. Le "moi" et le "toi" n'existent plus, car ils se sont fondus en un seul et ne sont plus que des facettes d'une même chose, transcendante pour eux et qui néanmoins les englobe.

Et, de cette étrange fusion ne résulte aucune perte du sens de l'individualité, malgré qu'il y ait perte totale du sens de la séparation. Ceci semble un paradoxe, alors que c'est l'exacte vérité. L'homme se souvient de tout le passé qui git derrière lui ; il est lui-même, celui qui accomplit tels et tels actes dans le lointain passé. Il n'est changé en aucune manière, si ce n'est qu'il est maintenant beaucoup plus qu'il n'était alors, et qu'il se sent renfermer en lui-même nombre d'autres manifestations ignorées jusqu'à présent. Si en ce lieu et en cet instant, une centaine d'entre nous pouvions élever simultanément notre conscience jusqu'au monde de l'intuition, nous ne ferions plus qu'une seule conscience, mais qui, pour chacun de nous semblerait être la sienne propre, sans le moindre changement, [159] sauf qu'elle contiendrait en même temps la conscience des autres.

Et à chacun de nous il semblerait que c'est nous qui avons absorbé tous ces autres. Nous sommes d'ailleurs ici manifestement en présence d'une sorte d'illusion, car un faible effort supplémentaire nous permettra de nous rendre clairement compte que nous formons, chacun, une des innombrables facettes d'une plus grande Conscience et que ce que nous avions pris jusqu'alors pour nos qualités, notre intellect, notre énergie, n'ont jamais cessé d'être Ses qualités, Son intellect, Son énergie. Nous sommes parvenus à la réalisation même de la formule antique "Tu es Cela". Parler de cette question ici-bas et la comprendre, tout au moins croire que nous la comprenons intellectuellement, d'une part… et pénétrer, d'autre part, dans ce monde merveilleux ; savoir, avec une certitude que rien ne pourra jamais plus ébranler, sont évidemment deux choses bien différentes.

Quand cette conscience bouddhique illumine pleinement le cerveau physique, elle donne une valeur nouvelle à nos actes et à nos relations dans la vie. Nous ne considérons plus telle personne ou telle chose avec un degré quelconque de bonté ou de sympathie : nous sommes cette personne ou cette chose et nous la connaissons comme nous connaissons la pensée de notre propre cerveau ou les mouvements de notre propre main. Nous apprécions les motifs d'autrui comme les nôtres propres, alors même que nous comprenons parfaitement qu'une autre partie de nous-mêmes, possédant une connaissance plus étendue, ou se plaçant à un point de vue différent, pourrait agir de toute autre manière.

Il ne faudrait pas supposer, cependant, qu'un homme qui pénètre pour la première fois dans la subdivision inférieure du monde de l'intuition devient aussitôt pleinement conscient de son unité avec tout ce qui vit. La maitrise de ce sens ne s'acquiert que quand, à force de travail et de peine, on atteint à la plus haute subdivision de ce royaume de l'unité. Le fait même de pénétrer dans le plan bouddhique entraine une énorme extension de la [160] conscience et la réalisation de l'unité de soi-même avec un certain nombre d'autres personnes ; mais, devant l'homme qui parvient à cette phase, s'ouvre une période d'efforts pour l'évolution du soi, analogues, sur ce niveau-là, à ceux que nous entreprenons ici-bas quand, par la méditation, nous essayons d'ouvrir notre conscience aux influences du plan immédiatement supérieur. Pas à pas, sous-plan par sous-plan, l'aspirant doit conquérir son avance, et même au niveau dont il s'agit, l'effort persistant est nécessaire à qui veut progresser.

Ayant passé la première Initiation et pénétré, avec une certaine conscience, dans le plan bouddhique, ce travail d'éveil progressif de sous- plan en sous-plan s'impose donc au candidat, qui doit s'affranchir des trois grandes entraves qui s'opposent à son progrès ultérieur. Il est maintenant définitivement sur le Sentier de Sainteté ; il est devenu ce que les Bouddhistes nomment un "Sotapatti", ou "Sohan", autrement dit "celui qui est entré dans le courant" ; tandis que les Indous l'appellent "Parivrajaka", qui signifie l' "errant", c'est-à-dire celui qui ne se sent plus chez lui dans aucun lieu des trois mondes inférieurs.

CHAPITRE X

LES INITIATIONS SUPÉRIEURES

L'étudiant simplifiera son travail en divisant, par la pensée, en deux groupes les quatre étapes du sentier qui conduit à l'Adeptat et en réunissant dans le premier groupe les trois étapes dont il vient d'être question. Durant celles-ci, la conscience bouddhique est portée à sa perfection, mais à la quatrième Initiation, le candidat pénètre dans le plan nirvanique et dès ce moment, il lui incombe d'avancer sans cesse en s'élevant à travers le plan ou plus exactement à travers la région de celui-ci, composée de ses cinq sous- plans inférieurs, où l'égo humain peut exister. L'Initiation en question peut aussi être considérée comme un point situé à mi-chemin du but puisque l'on dit généralement qu'il faut en moyenne sept vies pour parvenir de la première à la quatrième Initiation et sept autres pour arriver de la quatrième à la cinquième. Comme je l'ai dit plus haut, ces chiffres sont susceptibles d'être largement modifiés dans un sens ou dans l'autre et à l'époque actuelle le temps employé est le plus souvent très réduit du fait que les vies se succèdent habituellement sans interruption, sans aucun intervalle passé dans le monde céleste.

Le candidat qui a franchi la quatrième Initiation est désigné dans le vocabulaire bouddhiste par le terme d'Arhat qui signifie le digne, le capable, le vénérable ou parfait et dans les livres orientaux l'on peut lire à son sujet des choses fort belles qui témoignent de la conscience qu'ont leurs auteurs du haut degré d'évolution atteint par cet Initié. Les Indous le nomment Parahamsa, celui qui est au-dessus et ou au-delà du Hamsa. Dans le symbolisme chrétien, la quatrième Initiation est indiquée par les souffrances au Jardin des Oliviers, la Crucifixion et la Résurrection du Christ ; étant donné qu'il faut tenir compte de certaines étapes préliminaires, le symbole serait plus complet si l'on y introduisait les divers évènements qu'on nous dit s'être passés au cours de la Semaine Sainte. [161] Le premier de ces évènements est la résurrection de Lazare par le Christ, évènement commémoré régulièrement le dimanche qui précède celui des Rameaux, bien que, selon le récit évangélique, il ait lieu huit ou quinze jours auparavant. Le dimanche eut lieu l'entrée triomphante à Jérusalem ; le lundi et mardi, le Christ prêcha à plusieurs reprises dans le Temple ; le mercredi, Judas Iscariote le trahit ; le jeudi vit l'institution de la sainte Eucharistie et la nuit du jeudi au vendredi, les jugements de Pilate et d'Hérode. Le Vendredi Saint, ce fut la Crucifixion ; le samedi le sépulcre et à minuit, le

samedi, ou plutôt dès la première heure du dimanche, le Christ surgit du tombeau, triomphant à tout jamais.

Tous ces incidents du drame christique ont un rapport avec ce qui se passe, en réalité, à l'occasion de la quatrième Initiation. L'acte merveilleux et exceptionnel du Christ ressuscitant Lazare ce samedi, prépara en grande partie l'unique triomphe terrestre dont il jouit peu après, car le peuple s'assembla en foule dès qu'il entendit parler de la résurrection. On attendit que le Christ sortit de la maison pour se diriger vers Jérusalem et on lui fit une ovation émue ; on l'honora comme on honore encore de nos jours, en Orient, tout être que l'on considère comme saint. Le peuple lui fit une escorte enthousiaste jusqu'à Jérusalem. Il s'empressa de mettre à profit l'occasion que lui fournissait ce léger succès pour prêcher et enseigner dans le Temple où la foule s'amassa pour le voir et l'entendre. Ceci est un symbole de ce qui se passe en réalité. L'Initié attire l'attention et se fait apprécier, jusqu'à atteindre un certain degré de popularité. Alors ne manque jamais de surgir le traitre qui se dresse en face de lui et qui, dénaturant ses actes et son enseignement, leur donne l'apparence du mal. Comme l'a dit Ruysbroeck :

"Parfois, ces infortunés sont privés des bonnes choses de la terre, de leurs amis et de leurs parents et sont abandonnés de toutes les créatures ; leur sainteté n'inspire que méfiance et mépris ; les hommes donnent une fâcheuse interprétation à toutes leurs œuvres et ceux qui les entourent les repoussent et les dédaignent ; et parfois, ils [163] sont affligés de diverses maladies." Puis c'est une avalanche d'obstacles et d'insultes et finalement, le monde rejette complètement l'Initié. C'est là que se place la scène du Jardin de Gethsemani, où le Christ eut l'impression d'être totalement abandonné ; puis il est tourné en dérision et crucifié. Enfin s'élève de la Croix ce cri : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ?" M me Blavatsky défendait une thèse qu'elle a exposée dans la Doctrine Secrète et dont je ne puis personnellement vérifier l'exactitude, selon laquelle le sens véritable de cette exclamation serait : Mon Dieu, Mon Dieu, comme Vous me glorifiez ! J'ignore laquelle de ces deux versions est la plus exacte, mais chacune d'elle exprime une grande vérité. L'un des traits caractéristiques de la quatrième Initiation est le fait d'abandonner l'homme complètement à lui-même. D'abord, il lui faut rester isolé sur le plan physique ; tous ses amis se tournent contre lui les uns après les autres, par suite de quelque malentendu ; tout cela d'ailleurs s'arrange plus tard mais, pour le moment, le candidat éprouve l'impression d'avoir tout le monde contre lui. Peut-être cette épreuve ne serait-elle pas si pénible si elle n'avait pas aussi un aspect interne, car l'Initié doit également faire l'expérience d'un état nommé Avichi, ce qui signifie

"sans ondes", c'est-à-dire sans vibrations. L'état d'Avichi n'est pas ce qu'en a fait l'hypothèse courante, une sorte d'enfer, mais bien un état dans lequel l'homme se sent complètement seul dans l'espace et a l'impression d'être isolé de toute vie même de celle du Logos et c'est sans contredit l'expérience la plus effroyable à laquelle un être humain puisse être soumis. L'on dit qu'elle ne dure qu'un moment ;… ceux qui l'ont subie ont néanmoins l'impression qu'elle est bien plus longue car, à ce niveau, le temps et l'espace n'existent pas. Le résultat de cette terrible expérience est, me semble-t-il, double. D'une part, elle met le candidat à même de sympathiser avec ceux auxquels l'état d'Avichi échoit en partage comme conséquence de leurs actes et, d'autre part, elle lui enseigne à pouvoir demeurer comme retranché de toute vie extérieure, à éprouver une certitude[164] personnelle de son unité avec le Logos et à se rendre compte de ce que cette certitude est absolue et que toute sensation d'isolement n'est qu'une illusion.

Il en est qui ont échoué devant cette terrible épreuve et qui ont dû rebrousser chemin et recommencer le travail qui prépare à l'Initiation ; mais pour celui qui peut la supporter sans faiblir, c'est certainement une expérience merveilleuse, si dure qu'elle soit. De sorte que si en ce qui concerne l'épreuve l'interprétation qui s'impose est : "Pourquoi m'avez-vous abandonné", "Comme vous me glorifiez !" exprimerait très exactement le sentiment de celui qui en sort victorieux.

Ce qui différencie l'Initiation en question de toutes les autres, c'est précisément ce double caractère de souffrance et de triomphe. Chacune des Initiations était symbolisée dans la tradition chrétienne par un fait précis : la Naissance, le Baptême, la Transfiguration ; pour représenter la quatrième, toute une suite d'évènements a été jugée nécessaire. La Crucifixion accompagnée des souffrances diverses dont elle fut le point culminant fut choisie pour caractériser l'un des aspects de cette Initiation tandis que l'autre était représenté par la Résurrection et le triomphe sur la mort. À ce niveau de l'Évolution, toujours il y a souffrance physique, astrale et mentale, toujours la condamnation de la société et l'échec apparent ; toujours aussi il y a sur les plans supérieurs triomphe éclatant qui demeure caché aux yeux du monde. La qualité particulière de douleur qui accompagne invariablement cette Initiation déblaie le Karma arriéré qui pouvait être susceptible d'encombrer encore la route de l'Initié et la patience et la bonne humeur avec lesquelles il la supporte influent grandement sur l'affermissement de son caractère et aident à déterminer la part qu'il pourra utilement assumer dans le travail qui s'offre à lui. Voici une antique formule

égyptienne décrivant la Crucifixion et la Résurrection qui symbolisent l'Initiation réelle :

"Le candidat sera alors lié à la croix de bois, il mourra, sera enterré et descendra dans le monde souterrain ; après le troisième jour il sera ramené d'entre les morts."

C'est seulement après que se fussent écoulés trois nuits [165] et trois jours et une partie du quatrième que le candidat de ces temps reculés était retiré, toujours à l'état de trance, du sarcophage où il était étendu et porté en plein air vers la face orientale de la pyramide du temple, de façon à ce que les premiers rayons du soleil touchent son visage et l'éveillent de son long sommeil.

Il est un vieux dicton : "Sans croix, pas de couronne" qu'on peut interpréter dans ce sens que si l'homme ne descend pas dans la matière, il est impossible d'arriver à la résurrection et de recevoir la couronne de gloire ; c'est par la limitation, par la tristesse et la douleur qu'il a remporté la victoire. Il nous est impossible de décrire cette résurrection, les mots que nous pourrions employer en souilleraient la splendeur, toute tentative de description semblerait presque un blasphème. Cependant, il faut dire qu'à ce stade c'est la victoire complète sur tous les chagrins, les peines et les difficultés, les tentations et les épreuves et cela à tout jamais, car cette victoire est le fruit de la connaissance et de la force intérieure.

Qu'il nous soit permis de rappeler en quels termes le Seigneur Bouddha proclama la liberté qu'il avait conquise 7 :

"J'ai habité mainte demeure de la vie, cherchant toujours celui qui a bâti ces prisons des sens pleines d'affliction et mon combat incessant a été pénible. Mais maintenant, toi, constructeur de ce tabernacle, toi, je te connais ! Tu ne bâtiras plus ces murs qui contiennent la souffrance, tu ne dresseras plus le faite de tes artifices et tu ne placeras plus de nouvelles solives sur l'argile ; ta maison est détruite et sa poutre maitresse est brisée ! C'est l'Illusion qu'il l'avait construite. Je vais marcher désormais sans cesse pour atteindre la délivrance."

Dorénavant l'Arhat est en possession de la conscience bouddhique dans son corps physique et, lorsqu'il quitte ce corps durant le sommeil ou l'extase, il pénètre immédiatement dans la gloire ineffable du plan nirvanique. Au moment de son Initiation, il faut qu'il ait au moins une [166] lueur de cette conscience nirvanique, de même que pour la conscience bouddhique, lors de la première Initiation, et à partir de ce moment, ce sera son effort journalier de pénétrer de plus en plus avant dans le plan nirvanique. C'est une tâche d'une difficulté prodigieuse, mais peu à peu le candidat deviendra capable de s'élever toujours plus vers la splendeur ineffable.

Le premier contact est tout à fait troublant et se traduit tout d'abord par la sensation d'une intensité de vie surprenante pour celui-là même qui est familiarisé avec le plan bouddhique. Cette surprise, d'ailleurs, l'Initié l'a éprouvée quoique à un degré moindre à l'occasion de chacune de ses premières ascensions d'un plan à un autre. Même lorsqu'on s'élève, pour la première fois, en pleine conscience, du plan physique au plan astral, la vie nouvelle semble tellement plus vaste que tout ce qu'on a connu jusqu'alors que l'on s'écrit : "Je croyais savoir ce que c'est que de vivre, mais je l'ai toujours ignoré jusqu'à présent !" En pénétrant dans le plan mental, cette sensation est doublement intense ; l'astral nous semblait merveilleux et il n'en est rien, comparé au monde mental. L'accès dans le plan mental supérieur nous réserve la même expérience. À chaque pas, la surprise se renouvèle quoi que nous puissions faire pour nous y préparer par la pensée, parce que toujours la réalité dépasse infiniment ce que nous imaginions et que la vie sur ces plans supérieurs est un bonheur d'une intensité telle qu'il n'y a pas de mots pour l'exprimer.

Les orientalistes européens ont traduit le mot Nirvana par celui d'annihilation, parce qu'il signifie "éteint" dans le sens où la lumière d'une bougie est éteinte par un souffle. Rien ne saurait être plus radicalement opposé à la vérité. Certes, c'est l'annihilation de tout ce que nous représente ici-bas le nom d'homme puisqu'il n'y a plus alors d'homme, mais le Dieu dans l'homme, un Dieu parmi d'autres Dieux plus grands que lui.

Essayons d'imaginer l'univers entier rempli, ou plutôt fait d'un immense torrent de lumière vivante, le tout se mouvant, avançant sur un plan dépourvu de relativité en [167] une marée montante, irrésistible d'océan de lumière, lumière qui aurait un but, si cela est intelligible, formidablement concentré mais sans la moindre apparence de tension ou d'effort… les paroles manquent. Tout d'abord nous n'éprouvons rien d'autre que la joie qui émane de cela, nous ne voyons rien en dehors de la lumière intense ; puis,

peu à peu, nous commençons à nous apercevoir de ce que même dans cette clarté éblouissante il y a des points encore plus brillants, des foyers, pour ainsi dire, grâce auxquels la lumière acquiert une qualité nouvelle qui la rend perceptible sur les plans inférieurs et sans laquelle les habitants de ces plans seraient dans l'impossibilité de ressentir cette effusion. Alors, graduellement, nous nous rendons compte du fait que ces soleils secondaires sont les grands Êtres, Archanges, Seigneurs du Karma, Dhyan Chohans, Bouddhas, Christs et Maitres et tant d'autres dont nous ne connaissons même pas les noms et que c'est à travers Eux que la lumière et la vie se répandent sur les plans inférieurs. Petit à petit, à mesure que nous nous accoutumons à la merveilleuse réalité, nous découvrons que nous ne faisons qu'un avec Eux, bien que très éloignés du faite de leur splendeur ; que nous faisons partie de Celui qui est en Eux tous et aussi en chacun des points de l'espace qui les sépare ; nous reconnaissons que nous aussi nous sommes des foyers et qu'à travers nous, à notre niveau bien inférieur, la lumière et la vie s'épandent vers ceux qui sont encore plus éloignés que nous, non pas de Cela, car tout fait partie de Cela et il n'existe rien d'autre nulle part, mais de l'image claire, de la compréhension, de l'expérience personnelle de Cela.

M me Blatvatsky parlait souvent de cet état de conscience comme ayant son centre partout et sa circonférence nulle part, phrase qui incite à la réflexion et a été attribuée tant à Pascal qu'au cardinal de Cusa et au Zohar, mais qui appartient en propre aux livres d'Hermès. Bien éloigné en vérité de l'annihilation est un semblable état de conscience, l'Initié qui y parvient n'a pas le moins du monde perdu le sentiment de sa propre personnalité ; sa mémoire ne présente aucune lacune, il est le même homme et tout [168] cela par surcroit et c'est alors qu'il peut dire en vérité : "Je suis moi" avec la pleine connaissance de ce que "moi" signifie réellement. Cela peut sembler étrange et cependant c'est vrai. Nous ne disposons pas de mots qui puissent donner la plus faible idée d'une expérience semblable car tout ce qui est familier à notre esprit s'efface bien avant que ne soit atteint le niveau dont nous parlons. D'ailleurs, même à ce degré, l'Esprit s'enveloppe d'une sorte de voile impossible à décrire, car en un sens il apparait comme un atome et d'autre part, il semble qu'il compose tout le plan. L'Initié a l'impression d'être partout mais de pouvoir se concentrer de n'importe où sur son être intérieur et si, en quelque lieu que ce soit, cette expansion de la force semble se ralentir cela lui apparait comme étant une forme.

L'être humain qui une seule fois a contemplé cette merveilleuse unité

ne l'oubliera jamais et ne pourra jamais non plus être tout à fait le même qu'auparavant. Si grossières que soient les enveloppes dont il se voilera pour aider, pour sauver les autres, quelque étroitement qu'il soit lié à la croix de matière, si bien enfermé, emprisonné, séquestré qu'il puisse être, il ne pourra jamais oublier que ses yeux ont contemplé le Roi dans toute sa gloire, qu'il

a vu le pays qui est bien loin et cependant tout près puisqu'il est toujours en

nous et qu'il ne tient qu'à nous de le voir, car pour atteindre au nirvana, point n'est besoin de nous en aller vers des cieux lointains, il suffit d'ouvrir notre conscience à la gloire de sa présence. Ainsi que l'a dit le Seigneur Bouddha,

il y a bien longtemps : "Ne gémissez pas, ne pleurez pas, ne priez pas, mais

ouvrez les yeux et voyez ; car la lumière est là qui vous entoure et elle est merveilleusement belle, elle dépasse en splendeur tout ce que dans leurs

rêves ou dans leurs prières les hommes ont jamais désiré…, et elle est là à

tout jamais." "Le pays qui est bien loin" et une parole empruntée au prophète

Isaïe, mais, chose étrange, c'est une traduction incorrecte. Isaïe n'a point

parlé du pays qui est bien loin mais du "pays aux vastes étendues" ce qui exprime une idée différente et d'une grande [169] beauté. Elle indique que le Prophète avait pénétré dans les plans supérieurs et que dans sa pensée il comparait la splendeur des chants célestes semés d'étoiles avec les souterrains étroits où nous rampons ici-bas. C'est en effet l'image que suggère la comparaison de notre vie avec cette vie supérieure : il semble que, d'une part, on voit les hommes se trainer à tâtons par des chemins tortueux et sombres, tandis que, d'autre part, les êtres vivent d'une vie splendide, marchant vers un but déterminé, avec la conscience bien claire de la Volonté divine animant leurs volontés et agissant à travers eux.

Quelle tâche formidable est celle de l'Arhat ! Il lui faut escalader les

cimes les plus élevées de ce plan, le plus sublime de ceux où se manifeste la

vie

humaine et en même temps, il doit se débarrasser des cinq dernières des

dix

grandes entraves, à savoir :

6. Ruparaga – le désir de la beauté de la forme ou de l'existence physique dans une forme, sans excepter l'existence dans le monde céleste.

7. Aruparaga – le désir de la vie sans forme.

8. Mano – l'orgueil.

10.

Avija – l'ignorance.

La sixième et la septième entraves comprennent non seulement l'idée de Raga ou attraction, mais aussi celle de Dvesha ou répulsion et la libération de ces chaines implique une qualité de caractère telle que tant sur les plans inférieurs de la forme que sur les plans supérieurs dépourvus de forme, rien ne puisse retenir l'Arhat, fût-ce un instant par son charme non que l'éloigner par son caractère repoussant s'il a un travail à accomplir sur le plan en question.

Lorsqu'il a limé la huitième chaine, Mano, l'Initié, oublie la grandeur de ses propres victoires et tout orgueil lui devient impossible dans la lumière où il se tient désormais sans interruption et où il ne peut se comparer avec rien d'inférieur. Puis il atteint la sérénité parfaite que rien ne peut troubler, qui lui donne la liberté d'acquérir [170] toute connaissance, de devenir en somme omniscient en ce qui concerne notre chaine planétaire.

Le candidat arrive alors au seuil de la cinquième Initiation, celle de l'Adeptat ; "il a complètement épuisé les causes qui l'avaient fait homme" il peut franchir l'étape qui fait de lui un être suprahumain, un Asekha comme disent les bouddhistes, puisqu'il n'a plus rien à apprendre dans tout ce que peut lui offrir le règne humain de la Nature. Les Indous le nomment Jivanmoukta, esprit libéré, être libre, non pas d'une indépendance personnelle mais parce que sa volonté est une avec la Volonté universelle, avec la Volonté de l'Être unique et sans second. Il baigne sans cesse dans la lumière nirvanique même dans sa conscience de veille, s'il lui plaît de demeurer sur terre dans un corps physique et s'il quitte ce corps, s'élève plus haut encore sur le plan monadique au-delà de la portée de nos paroles et même de notre pensée.

Écoutons encore le Seigneur Bouddha 8 :

"N'essaie pas de mesurer avec des paroles l'Incommensurable, ni de plonger la corde de la pensée dans l'Impénétrable. Celui qui interroge se trompe, celui qui répond se trompe. Ne dis rien !"

En symbolique chrétienne, l'ascension et la descente du Saint-Esprit représentent le moment où l'Adeptat est atteint ; en effet, l'Adepte s'élève alors nettement au-dessus de l'horizon humain, au-delà de la terre, bien que, si tel est son désir, comme ce fut le cas pour le Christ, il puisse revenir pour

enseigner et aider les hommes. Dans son ascension, il s'unit à l'Esprit Saint et le premier usage qu'il fait de son nouveau pouvoir est de le répandre à flots sur ses disciples, ainsi que le Christ fit à la Pentecôte descendre des langues de feu sur la tête des Apôtres. En jetant les yeux sur l'un des diagrammes montrant les principes qui composent l'être humain, publié dans nos ouvrages antérieurs, l'on verra [171] le rapport qui existe entre les manifestations du Logos dans le plan cosmique prakritique et dans l'âme humaine ; l'on verra que le triple Atma, l'Esprit triple de l'homme, se trouve dans la région inférieure du plan nirvanique ou spirituel et que la manifestation la plus inférieure de la troisième Personne de la Trinité, de Dieu en tant que Saint-Esprit, est indiquée dans la région supérieure du même plan. À ce niveau, l'Adepte s'unit à Lui, et ceci fournit l'explication véritable de la fête chrétienne de la Pentecôte, qui est la fête du Saint-Esprit. C'est en raison de son unité avec Lui que l'Asekha peut accepter des disciples ; quant à l'Arhat, quoiqu'il ait bien des choses à enseigner, il continue à travailler sous les ordres d'un Adepte, agit à sa place et transmet ses ordres sur le plan physique mais il ne peut avoir ses propres élèves, n'étant pas encore rattaché au Saint-Esprit par un lien particulier.

Au-dessus de l'Initiation de l'Adepte, il y a celle du Chohan et plus haut, d'autres encore dont il sera question dans le chapitre traitant de la Hiérarchie occulte. L'échelle des êtres se prolonge au sein de nuées resplendissantes où peu d'entre nous sont encore capables de pénétrer et lorsque nous interrogeons ceux qui se tiennent sur les échelons supérieurs et en savent infiniment plus que nous, tout ce qu'ils peuvent dire est que l'échelle monte au-delà des limites de leur propre vision. Ils en connaissent un nombre de degrés beaucoup plus grand que nous, mais elle monte plus haut, toujours plus haut, vers des cimes d'une splendeur inimaginable et nul n'en connait la fin.

Bien que tout ce que je viens de dire soit absolument exact, c'est-à-dire que nul d'entre nous ne peut voir l'extrémité de l'échelle et que l'œuvre de Ceux qui occupent les rangs supérieurs de la Hiérarchie nous est presque incompréhensible, je désire établir bien clairement que Leur existence et Leur activité sont aussi réelles et aussi précises, et même à un plus haut degré, que la chose du monde la plus objective et que notre vision de ces grands Êtres et aussi nette que possible. Quoique je ne sache que peu de chose touchant la partie la plus élevée de son œuvre, depuis de longues années il m'a été donné de voir constamment, presque chaque jour le Bodhisattva occupé à cette œuvre est très souvent j'ai contemplé le Seigneur

[172] du monde dont l'existence merveilleuse est inconcevable, de sorte qu'Ils sont à mes yeux des Êtres aussi réels que qui que ce soit, parmi ceux que je connais et que je suis aussi certain que possible de Leur existence et d'un fragment du rôle qu'ils remplissent dans l'univers. J'ai l'absolue certitude de la vérité formidable de ce que je puis dire d'Eux, et, néanmoins, je ne puis donner d'explication à leur sujet, ni comprendre plus d'une parcelle de Leur activité. J'ai vu des Dhyan Chohans et des Esprits planétaires et des Envoyés venant de systèmes solaires différents du nôtre et je connais d'une manière absolue l'existence et la gloire transcendante de ces Êtres, mais il se peut fort bien que je ne sache rien de Leur œuvre formidable. J'ai vu de mes yeux la manifestation du Logos de notre système solaire, je l'ai vu Lui-même tel qu'Il apparait parmi ses pairs et la majesté inexprimable qui m'a frappé en Lui n'est sans doute que la millionième partie de celles qu'Ils voient, Eux, lorsqu'ils Le contemplent.

De même qu'Arjuna dans la Bhagavad Gita, j'ai vu la Divinité manifestée dans une forme : cela ne peut faire l'ombre d'un doute. Et je tiens à témoigner de la réalité des faits en question. Je sais qu'en parlant ainsi, je m'expose au mépris. L'on me dira : "qui êtes-vous pour dire des choses semblables ?" Mais j'ai vu, et ce serait commettre une lâcheté que de refuser mon témoignage.

J'ai déclaré à différentes reprises, tant dans mes écrits que de vive voix, que je ne demande à personne de baser sa croyance en la théosophie sur l'une quelconque de mes assertions. Je suis d'avis que chacun devrait étudier le système par lui-même et aboutir à ses conclusions personnelles, n'acceptant une doctrine, que, soit parce qu'il en connait la vérité de par sa propre expérience, soit parce qu'il reconnait cette doctrine comme l'hypothèse la plus vraisemblable qui puisse être formulée. Mais tout cela ne modifie en rien le fait que je tiens des preuves à la disposition de ceux qui ont le désir de les connaitre, des preuves que j'ai placées sous leurs yeux dans ce livre et dans d'autres. Nous qui écrivons en ce vingtième [173] siècle sur des sujets théosophiques, nous pouvons pleinement reprendre pour notre compte cette simple déclaration de saint Jean, vieille de près de deux mille ans.

"Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, vu de nos yeux, examiné et touché de nos propres mains, c'est cela que nous venons vous annoncer".

Nous qui avons vu apportons notre témoignage ; qu'il soit accepté ou rejeté par le monde, peu nous importe. "Quiconque a senti l'Esprit du Très Haut ne peut ni le confondre, ni en douter, ni le renier : O monde, quand bien même tu nierais Son existence d'une voix unanime, je t'abandonnerais et garderais ma foi !"

Immédiatement au-delà de l'Initiation de l'Asekha, le Sentier supérieur se divise en sept grandes voies entre lesquelles il faut que le Disciple fasse son choix ; sur ce sujet, je ne puis mieux faire que de citer ce qui a été dit dans L'Homme, d'où il vient, où il va :

"Lorsque le règne humain est franchi et que l'homme, à l'état d'Esprit libéré, est arrivé au seuil de son existence suprahumaine, sept Sentiers s'offrent à son choix : Il peut entrer dans l'omniscience bienheureuse et toute-puissante du Nirvana, avec la possibilité d'activités qui dépassent de beaucoup notre compréhension et la perspective de devenir, peut-être, dans quelque futur Univers, un Avatar, c'est-à-dire une Incarnation divine ; c'est ce qu'on appelle parfois "revêtir la robe de Dharmakaya". Il peut entrer dans la "Phase spirituelle", expression qui englobe des significations inconnues et entre autres, probablement, celle qui est interprétée comme le fait de "prendre le vêtement de Sambhogakaya". Il peut faire partie du réservoir de forces spirituelles où puisent les Agents du Logos pour l'accomplissement de Leur tâche, revêtant ainsi la "robe du Nirmanakaya". Il peut demeurer membre de la Hiérarchie occulte pour gouverner et protéger le monde où il a atteint la perfection. Il peut passer dans la Chaine suivante et y collaborer à l'édification des formes. Il peut prendre place dans la merveilleuse évolution des Anges ou Dévas. Il peut enfin se placer à la disposition immédiate du Logos pour Le servir en [174] n'importe quel point du Système solaire, devenant le Serviteur et le Messager qui ne vit que pour exécuter Sa volonté et accomplir Son œuvre à travers tout le système qu'Il régit.

De même qu'un général s'entoure d'un état-major dont les membres portent ses ordres en tous les points du champ de bataille, de même ces Êtres forment l'état-major de

Celui qui est le Chef suprême, ils sont les "Ministres de Son bon plaisir".

Il semble que ce Sentier soit considéré comme très pénible, représentant le sacrifice le plus grand ouvert à l'Adepte et que, pour cette raison, il soit entouré d'une grande considération.

Les membres de ce grand État-Major n'ont pas de corps physique mais ils peuvent s'en former un dans la matière du globe où ils sont envoyés, grâce à Kriyashakti "le Pouvoir de créer". L'État-Major comprend des Êtres à des degrés très différents mais ayant atteint celui d'Arhat. L'homme qui prend la robe du Dharmakaya se retire dans la Monade et rejette jusqu'à son atome nirvanique ; le Sambhogakaya conserve son atome nirvanique et se manifeste comme Esprit triple et le Nirmanakaya conserve son corps causal de même que les atomes permanents qui l'ont accompagné durant tout le cours de son évolution afin de pouvoir à tout moment, s'il le désire, matérialiser autour de ces atomes trois corps : mental, astral et physique. Il maintient le lien qui le rattache au monde d'où il est venu dans le but précis d'être en mesure de fournir le réservoir d'où la force spirituelle est déversée sur ce monde.

Dans la Voix du Silence, il est dit que les Nirmanakayas forment la digue protectrice qui préserve le monde d'un flot plus furieux encore de misères et de douleurs.

À ceux qui n'entendent pas le sens intérieur des choses, cette déclaration semble impliquer que misères et douleur viennent du dehors attaquer le monde et que ce sont ces grands Êtres qui parent leurs coups ; il n'en est rien, tout le mal du monde émane de ceux-là mêmes qu'il frappe. Chaque être humain fait sa propre loi, chacun décrète [175] sa condamnation ou sa récompense, mais le rôle des Nirmanakayas est de créer une grande réserve de force spirituelle pour venir en aide à l'humanité. Constamment, ils émanent cette force, n'en retenant pas une parcelle pour Eux-mêmes et la placent tout entière au service de la Grande Fraternité qui l'emploie à alléger le lourd fardeau des hommes.

Ce qui précède montre que parmi ceux qui atteignent le niveau de l'Adeptat, les Initiés qui restent sur notre terre comme membres de la Hiérarchie occulte sont relativement peu nombreux. Ces Êtres et leur activité étant néanmoins d'une importance capitale, nous leur consacrerons les derniers chapitres de cet ouvrage.

QUATRIÈME PARTIE

LA HIÉRARCHIE

CHAPITRE XI

LE TRAVAIL DES MAITRES

Nous venons de voir que, parmi les hommes atteignant à l'Adeptat, il en est peu qui demeurent sur la terre, comme membres de la Hiérarchie Occulte, pour y collaborer à l'évolution de la vie, en accord avec la Plan divin. À l'heure actuelle, seuls quelque cinquante ou soixante de ces surhommes sont ainsi occupés, et voici ce qu'écrit Annie Besant, dans sa brochure intitulée les Maitres, au sujet de leur travail en général :

"Ils aident par d'innombrables moyens au progrès de l'humanité. De la sphère la plus élevée, ils répandent sur tout l'univers une lumière et une vie qui peuvent être recueillies et assimilées, aussi naturellement que la lumière du Soleil, par ceux qui sont assez réceptifs pour en profiter. De même que le monde matériel vit de la Vie de Dieu, concentrée par le Soleil comme par une lentille, de même le monde spirituel vit de la même vie, à laquelle la Hiérarchie Occulte sert de foyer. De plus, les Maitres, qui sont en rapport direct avec les religions, s'en servent comme des réservoirs où ils accumulent de l'énergie spirituelle destinée à être distribuée aux fidèles par les "voies de la Grâce" attribuées à ce moyen d'aide. Vient ensuite la grande œuvre intellectuelle, consistant pour les Maitres à émettre des formes pensées d'une grande puissance intellectuelle, qui doivent être saisies par les hommes de génie, assimilées par eux, et apportées au monde par leur intermédiaire. Dans cet ordre d'idées ils envoient également leurs instructions à leurs disciples, en leur indiquant quelles tâches ils doivent entreprendre. Puis c'est le travail dans le monde [178] mental inférieur, la génération des formes-pensées qui influent sur l'intelligence concrète et la guide, suivant les directives utiles au monde ; c'est aussi l'instruction des habitants du monde céleste. Ce sont ensuite les activités importantes du

monde intermédiaire, l'aide aux prétendus morts, la direction générale et la surveillance des disciples plus jeunes, l'envoi de secours dans les nombreux cas de besoin. Dans le monde physique, ils observent la tendance des évènements, corrigent et neutralisent, autant que la loi le permet, les courants mauvais, équilibrent constamment les forces qui travaillent pour et celles qui travaillent contre l'évolution, pour fortifier le bien et affaiblir le mal. Ils travaillent encore, en accord avec les anges des nations, dirigeant les forces spirituelles, tandis que leurs collaborateurs s'occupent des forces matérielles."

Nous allons considérer plus en détail quelques-unes de ces grandes lignes de travail, dont Annie Besant donne un aperçu, avec cette clarté de vision qui l'a rendue universellement célèbre. Bien que le nombre des Adeptes soit restreint, ils ont décidé qu'aucune vie, dans le monde entier, ne serait ni méprisée ni négligée. Ils ont donc divisé la terre en régions particulières, un peu comme l'Église, dans les anciens pays, partageait le territoire entier en paroisse, de telle sorte qu'un homme, où qu'il puisse habiter, se trouvât forcément dans une de ces divisions géographiques, et eût toujours à sa disposition une organisation religieuse définie pour subvenir à ses besoins spirituels ou parfois même matériels. Les paroisses des Adeptes, toutefois, ne sont ni des districts de campagne, ni des quartiers de villes, mais bien d'immenses pays, voire même des continents. Ainsi, d'après leur partage, on peut dire qu'actuellement un grand Adepte est chargé de l'Europe, tandis qu'un autre s'occupe des Indes ; la terre entière est donc divisée de la sorte, ces paroisses ne suivant ni les frontières géographiques ni les frontières politiques. Dans son territoire l'Adepte doit diriger toutes les formes et tous les degrés de l'évolution, non seulement la nôtre, mais encore le grand règne des anges, puis différentes [179] classes d'esprits de la nature, les animaux, les végétaux, les minéraux qui sont en dessous de nous, et enfin les règnes d'essence élémentales, sans parler d'autres évolutions dont l'homme, jusqu'à présent, n'a jamais entendu parler. Il a donc un vaste travail à accomplir. Chaque race ou chaque nation, en plus de la protection des Adeptes, possède un Esprit de la Race, un Déva ou un ange gardien qui veille sur elle et la protège pendant son développement. Cet être correspond assez bien à la conception ancienne du Dieu de la tribu, bien qu'il se trouve à un niveau beaucoup plus élevé. Telle fut par exemple Pallas Athénée.

Il existe de nombreuses influences qui, travaillant au service du Logos, aident à l'évolution de l'homme ; elles s'exercent naturellement toutes dans la même direction et elles coopèrent entre elles. Il ne nous faut jamais commettre l'erreur d'attribuer à l'action de ces grands travailleurs les désastres qui viennent parfois s'abattre sur une nation, comme la Révolution française, ou le récent bouleversement de la Russie. Ceux-ci sont entièrement causés par les passions sauvages du peuple qui, déchainées, ont amené la destruction au lieu de la construction. Ceci illustre clairement, le danger qui menace le travail des Adeptes, lorsqu'ils font des essais dans la direction démocratique. Certes, il est un mal terrible caché dans la tyrannie, et souvent aussi beaucoup de souffrances, mais au moins y trouve-t-on une sorte de direction ; le problème qui se pose à ceux qui veulent renverser un tyran est de le faire sans perdre l'équilibre ni le contrôle de soi. En cas de perte, nombreux sont les hommes qui ne peuvent plus dominer la partie animale de leur personnalité ; les passions grondent alors, les foules se déchainent et tous les êtres, peuvent être obsédés par ces grandes vagues d'influences mauvaises. L'Ange national s'efforce de guider les émotions de son peuple ; il s'intéresse aux hommes par grandes masses, et s'il était nécessaire, tel un général sur le champ de bataille exhortant ses troupes à avancer, il saurait leur insuffler l'enthousiasme et le désir des actes héroïques, sans pour cela gaspiller [180] leurs vies ni négliger leur souffrances ; en cela encore on peut le comparer à un chef prudent.

Une partie importante du travail des Adeptes, comme nous l'avons vu dans un précédent chapitre, est accomplie sur des niveaux beaucoup plus élevés que le plan physique. Ils sont occupés, en effet, à y déverser leurs propres forces et celles aussi qui proviennent de la réserve que remplissent les Nirmanakayas. C'est le Karma du monde d'avoir ainsi à son service un peu de cette force qui soulève, et même l'homme ordinaire a le privilège de participer à ce grand sacrifice, s'il dirige sa volonté dans la même direction que la Volonté divine, réservant quelques-unes de ses pensées et de ses émotions au service de l'humanité et à cette réserve de forces. L'humanité, grâce à cela, évolue en tant qu'unité, et le miracle de la fraternité permet à chacun des hommes de faire bien plus de progrès qu'il n'en pourrait faire s'il était abandonné à lui-même. Tout ceci fait partie du plan du Logos, qui a probablement prévu que nous jouerions un rôle dans Son plan. Lorsqu'Il le conçut, il pensa : "Quand les hommes auront atteint un certain point, dans leur évolution, ils commenceront à coopérer intelligemment arec moi. Je vais donc faire en sorte qu'il leur soit possible de puiser dans ma force, dès que ce point sera atteint".

Il compte ainsi sur chacun de nous.

La Grande Fraternité, sur les plans supérieurs s'identifie avec tous les hommes, et c'est par son entremise que devient possible la distribution de ces suppléments de force du grand réservoir spirituel. Les Adeptes la font rayonner sur tous les égos sans exception, sur le plan mental supérieur, aidant ainsi, autant qu'il est en leur pouvoir, au développement de la vie qui réside en chacun d'eux. On pourrait comparer cette vie à une graine qui, incapable de mourir, ne saurait que croitre, puisque le Logos lui-même est au cœur de sa propre existence. Dans l'homme, cette plante s'est élevée hors du sol et cherche l'air ; sa croissance rapide est due en grande partie actuellement aux rayons du Soleil, ou plutôt à la force spirituelle qu'elle reçoit à travers le canal de la [181] Hiérarchie. C'est là l'une des nombreuses manières dont les plus avancés peuvent aider ceux qui le sont moins, à mesure que de plus en plus ils partagent la nature divine, en accord avec le Plan divin.

Chacun des Adeptes qui a entrepris ce travail fait rayonner sa force sur un nombre considérable d'Égos, nombre qui peut souvent se chiffrer par plusieurs millions à la fois. Toutefois, cette force qu'il déverse possède une propriété merveilleuse : elle s'adapte à chacun des Égos qui la reçoivent, comme si celui-ci était le seul à la recevoir, et l'on pourrait croire que celui qui la fait rayonner est attentivement concentré sur cet Égo seulement. Il est difficile, sur le plan physique, d'expliquer comment la chose est possible. Mais cela découle du fait que la conscience nirvanique du Maitre est une sorte de point qui contient cependant le plan tout entier. Il peut faire descendre ce point à travers plusieurs plans, et l'étendre ensuite comme une vaste bulle. À la périphérie de cette grande sphère, se trouvent tous les corps causals qu'il veut influencer, et lui, emplissant sa sphère, apparait tout entier à chaque unité séparée. De la sorte il anime de sa vie les innombrables idéals des hommes. Pour eux Il est le Christ idéal, ou Râma idéal, ou l'idéal Krishna. Il peut être encore un Ange, ou peut-être un Esprit-guide. Ce travail diffère totalement de celui qui consiste à diriger une grande paroisse ; en s'y adonnant, le Maitre s'occupe surtout des hommes d'un type déterminé, ceux qui se développent suivant sa propre ligne d'évolution. Bien entendu la grande masse de ces hommes est tout à fait inconsciente de son action. Le Maitre ayant souvent à s'occuper de cas spéciaux, il lui arrive de confier une partie de son travail aux Dévas, en leur laissant, dans des limites très nettes, une liberté d'action considérable. À leur tour, ces Dévas emploient des

esprits de la nature, et construisent différentes formes-pensées. Il existe, ici encore, en relation avec leur travail, un vaste champ d'activité.

Dans la Science des Sacrements, j'ai montré comment les grands Êtres profitent des cérémonies de toutes les [182] religions pour déverser leur force sur les plans inférieurs du monde. Ils stimulent par-là, chez autant d'hommes que possible, toute la croissance spirituelle dont chaque individu est capable. Mais ce n'est pas seulement dans les cérémonies religieuses que les Maitres agissent ainsi. Ils utilisent en effet toutes les occasions qui se présentent à eux. Que des hommes se rassemblent, sous l'influence de la dévotion, qu'ils soient animés momentanément par des pensées plus nobles et plus élevées que de coutume, cela encore fournira aux Adeptes une occasion précieuse dont ils profiteront aussitôt. Cette réunion constitue en effet un foyer dont ils peuvent se servir comme d'un canal pour répandre leur force spirituelle. Les hommes, lorsqu'ils sont éparpillés ou retirés dans leurs maisons, constituent un certain nombre de lignes le long desquelles peut s'écouler une petite quantité de leur force spirituelles, mais s'ils se rassemblent, en quelque réunion, tout se passe comme si ces lignes séparées se fondaient pour former une sorte de chenal, qui permette la dispensation de bénédiction d'un caractère plus important que celui qui passe à travers toutes les lignes séparées.

J'ai vu des millions de pèlerins rassemblés à Bénarès, la Cité Sainte. Nombreux, parmi eux étaient les ignorants et les superstitieux, mais tous étaient momentanément remplis de dévotion et concentrés sur une seule pensée. La somme d'émotion dévotionnelle générée par une semblable foule est presque incalculable, et les Adeptes ne manquent jamais de l'utiliser pour le bien. On ne peut nier, évidemment, qu'un même nombre d'hommes, aussi enthousiastes, mais plus intelligents, produirait bien plus de force encore, et même une force capable d'agir sur des plans beaucoup plus élevés, mais il importe de ne pas nous tromper, et de ne jamais mésestimer la valeur formidable de l'énergie générée par une foule ignorante, voire même fanatique. Les membres de la Grande Fraternité ont une habileté merveilleuse pour dissocier le mal d'avec le bien, ou plutôt, pour tirer d'une grande masse de mauvaises choses jusqu'à la dernière once de force qui puisse être utilisée pour le bien. [183]

On rencontre fréquemment la dévotion la plus intense alliée au sectarisme le plus haineux ; dans ce cas l'Adepte extraira l'émotion dévotionnelle et l'emploiera jusqu'au dernier point, en se contentant d'ignorer et de laisser de côté cette haine sauvage qui, pour nous, semble

faire partie intégrante de l'émotion. Il arrive donc ainsi que des hommes, d'un caractère tout à fait indésirable engendrent malgré tout une certaine quantité de bon Karma, mais ils en engendreraient évidemment bien plus s'ils se débarrassaient de leurs tristes défauts.

Une cité comme Bénarès est toujours un centre de force prodigieux, même en dehors des pèlerinages annuels. C'est une ville de tombeaux et de reliques, et tout ceci peut servir de canal aux Adeptes. Tel est le cas pour toutes les reliques, dans le monde entier. Il peut exister quelque part, par exemple, une relique d'un grand saint appartenant à l'une quelconque des religions du monde. Si cette relique est authentique il en rayonne un magnétisme puissant, à cause de son lien avec un homme de cette valeur. En y faisant passer un courant de force, les Maitres peuvent donc