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COMPTABILITÉ ET FISCALITÉ : CHRONIQUE D'UNE RELATION « IMPÉRIEUSE »

Jean-Luc Rossignol

Association Francophone de Comptabilité | « Comptabilité - Contrôle - Audit »

1999/2 Tome 5 | pages 5 à 24

ISSN 1262-2788 ISBN 2711734102

Article disponible en ligne à l'adresse :

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Jean-Luc Rostcllor, CoMPThBILITÉ ET FISCAr.rrÉ: CHROMQUE D'UNE RELAnON " TMPERTEUSE,

Cornptabilité et f.scalité :

chronique d'une relation

( i-périeuse D

Jean-Luc Rosstcxor

(onespndonce:

Cenue de recherches fucdes

pôle d'économie et de gestion

2, boulev"ârd Gabriel

21 000 - Dijon

Té1. : 03 80 39 35 44 ou 03 80 38 27 4l

Fax. : 03 80 39 53 53

e-mail : Jean-Luc.Rossignol@u-bourgogne.fr

CoMI'rABuTÉ - CoNTRôLE - AnDrr / Tome 5 - Volume 2 - septernbre 1999 (p. 5 f 24)

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6 CoMPT!{,BILITÉ

Jean-Luc RossIGNoL

ET FISCAUTÉ: CHROMQUE D'trNE RELATTON " IMPÉ,RIEUSE,

Aussi lnin que lbn rernonte dans l'histoire, bs

gouaernernents ont trouué dans lzs comptabbs, ou du moins dzns les sachants maniPu.lant les chiftes, dzs alliés précieux, en particulin dzns lz dnmaine f'scal '.

Selon Esnault er Hoarau (1998), les finalités diverses de la comptabilité se sont accumulées dans

l'histoire. Ces auteurs en distinguent aujourd'hui six principales :

- fournir un moyen de preuve ;

- permertre le contrôle (du parage des richesses, de I'assiette de I'impôt, pour surveiller et punir) ;

- aider à la prise de décision ;

- servir le diagnostic économique et financier ;

- alimenter la statistique et la comptabilité nationale ;

- appofter la confiance et favoriser le dialogue social.

Tel n était pas le cas à I'origine ; historiquement, la compabilid était essentiellement un moyen

de preuve et de contrôle. Selon Fourastié (réédition de 1995),la comptabilité est apparue ainsi dans

le droit ft"nç"tr ; en effer,

la célèbre ordonnance

commerçânrs

une valeur

le premier

texte légal otr il est fait mention de comptabilité n'est euffe que

rendit obligatoire pour les

de commerce de Colben, de mars 1673, qi

la renue de livres selon des règles formelles dont le respect conférait à la comptabilité

probante en cas de litiç'. (Liardcle 12 de I'actuel Code de commerce rappelle toujours

cette obligation.) Pour Vlaemminck (I979),1'article 19 de I'Edit perpétuel du 12 juillet 1611 faisait

déjà dlusion à cette approche en ces termes ; u Lorsqu'un vendeur a négligé de tenir compte de ses

marchés, on ajoute foi à ceux de I'acheteur, ou du moins il faut un commencement de Preuve PaI

écrit

u 3.

l^a finalité fiscale fut (et reste encore), quânt à elle, I'objet de débats passionnants, passionnés et

parfois même passionnels. Ia compabilité détermine le résultat imposable qualifié d'isotope du résulat comptable par Anjuère (1993) et appofte l'outil de contrôle indispensable aux services

fiscarx. Lexistence de tels liens entre la comptabilité et la fiscalité constitue I'un des déterminants de

classemenr des pratiques comptables

entre groupes de pays selon Gray (1980 et 1988), qui rappelle,

par le biais d. liopporition entre prudence et optimisme, la prépondérance du rôle de l'Éat dans le

cadre du processus comptable normatif de certains pâ)rs. Le système fiscd est l'un des éléments qui srruccurent le système des normes compables (avec le système juridique, les sources de financement

des entreprises et le développement du marché financier, I'importance de la profession comptable) (Flower, 1997) n.

I^a fiscalité o(erce une double influence sur la comptabilité : une influence directe par les règles qui visent les écritures, une influence indirecte qui pèse sur les décisions de gestion et par même

sur leur enregistrement compgble t. En France, les nombreux arricles et ouvrages des années 1980

témoignent de cette omniprésence, du fait des liens théoriques impérieux, selon l'expression de

Culmann (1980), qui unissent compabilité et fiscalité. D'après Fourastié (1995),I'histoire de la

compabilité est, d'ailleurs, I'histoire de I'influence réciproque de la technique budgéaire étatique sur la technique comptâble prMe 6. Elle participe, en fait, de plusieurs histoires dont celle du droit

t

C-lcMpxAolnrÉ - Corvrnôn - Alprr / Tome 5 - Volume 2 - septembre 1999 (p, I à 24)

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Jean-Luc RostcNoL CoMPIABILITÉ ET FTSCALITÉ : CHROMQUE D'UNE REIAI'rON " IMPÉRIEUSE D

7

et donc du droit fiscal ; aussi, retracer leur évolution historique de l'époque anrique à nos jours ainsi

que ses incidences ne peut êue que source d'enseignement t.

ffi

Les grands jalons de I'histoire des relations

entre la comptabilité et la fiscalité

Si, pour beaucoup, la naissance de cette relation remonte à la Première Guerre mondiale (ce qui est

incontestable officiellement), des traces plus lointaines peuvenr cependant être mises en évidence dès l'époque sumérienne e.

Lf'fïiT,.*ry:.W De Sumer à la Première Guerre mond.iale

Au cours de cette longue période, deux phases distinctes émergent ; il convient de distinguer les

périodes antérieure et postérieure au XvII" siècle.

ffiiT.,,fil,ffii DE suMERAU xvrr. sÊcLE : LES LrENS coMpThBrlrrÉ-FrscAlrrÉ

COMMENCENTÀ SUMER'O

Létude des relations enue la comptabilité et la fiscalité rfaborde que très rarement cette ffriode. Et Pouftant, si aucun lien théorique rfsdsait alors, [a pratique comptable de l'époque présentait sans conteste des liens avec le domaine fiscal. Il semble, d'ailleurs, que I'aspect fiscal soit au ceur de la

naissance de la profession comptable. Ainsi, dès 1720 avantJ.-C., les scribes " dont disposait chaque

gouverneur d'une région éaient en charge, à la fois, de la comptabilité et du calcul du montant de

la perception du

tribut de chacun avant de réaliser le parage enue les sommes revenant à fÉat et celles alimenant directement la caisse du gouverneur. Dans le domaine religieux, des personnages semblables éablis-

l'impôt à percevoir en fonction de la richesse du contribuable; ils s'assuraient de

saient, à cette époque mais aussi dans l'Ancien et le Moyen Empire égyptien, par des calculs compa-

ratifs de valeurs, I'importance des offrandes versées qui étaient en partie fiscalisées. Certains, d'aillsu$, pouvaient cumuler diverses fonctions dont celles d'architecte, de grand prêtre et de méde- cin, en plus de l'intendance. Ce lien avec la religion se reffouve également dans la Rome entique ;

les compables formaient alors un corps hiérarchisé dont les membres les plus imporans géraient à la fois les impôts destinés à l'É,tat et les deniers des temples tr.

Lancienneté des relations de la profession compable avec la fiscalité est donc incontestable,

même si ses membres quasi fonctionnaires éaient alors plus proches du scribe, du géomètre ou/et

du prêtre car I'impôt prélwé était souvent un impôt en natlrre, calculé selon la surface cultivée, et devait servir d'offrandes au dieu. Il fallut attendre le X\rI" siècle pour consrarer les prémices d'une connexion comptablo-fiscale dans la tenue même des comptes.

,ry-Ë*"iF,$.'.ilgff,ffi, DU >aÆI'sIÈcLE

À rR pnrulÈRE cuERRE MoNDTALE

Selon Vlaemminck (1979), un arêr du Conseil du 3 avril 1674 ordonna d'employer du papier timbré pour le liwe-journd, à peine de nullité de ce livre et d'une amende de I 000 liwes. Un édit

de ces formdités. Toutefois, ces

de 1706 a même créé des offices particuliers pour I'accomplissement

CoMr'nBtrJTÉ - CovrrôLe -AuDrr / Tome 5 - Volume 2 - septembre 1999 (p.5 à,24)

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I coMprhBllrrÉ

Jean-Luc RosstcNol-

ET FISCALITÉ : CHROMQUE D'UNE RilATION < IMPERIEUSE "

dispositions fiscales demeurèrent sans exécution car la pratique fut plus forte que la loi et l'on conti-

non timbrés t3. Plusieurs édits et ordonnances ultérieurs

nua à produire en justice des registres rappelèrent ces prescripdons, mais

en vain. Ainsi, une déclaration du roi Louis XIV du

16 juin 1691, portant règlement pour les écritures qui doivent être faites sur papier et parchemin

timbrés ra, pfescrit que u les ordonnances précédentes soient exécutées et que les regisues de toutes

personnes y mentionnées soient tenus au papier timbré, même ceux des commissionnaires, des

marchands, agenrs de banque et de change

Et pour que le présent RQlement soit exécuté,

voulons que ceux qui conueviendront soient condamnés en 300 livres d'amende, qui ne pourra êue remise ou modérê sous quelque prétexe que ce soit par les juges, à peine d'interdicion de leurs

charges et d'&re contraints aux dites amendes en leurs ProPres et ptivez' noms ).

Le lftislateur révolutionnaire de I'an M soumetûa de la même façon

et sans plus de 1â1s5igs

les livres de commerce au timbre de dimension. Il fallut en réalité anendre la loi de finances du

-

-

22 evril1905 qui, F)ur encourager la pratique de tenue de ces livres, exemPta finalement du droit et

de la formdité de I'enregistrement les procès-verbaux de cote et de paraphe de livres de cornmerce.

D'autres roftes fiscâux apparurent au début de la III' République et obligèrent les sociétés commerciales à tenir une compabilité de plus en plus précise. On peut citer principalement la loi

du 29 jun 1872 instituant l'impôt sur les revenus des valeurs mobilières " ou encore la loi du

25 février 1901 relative aux droits de succession 16 qui met le contribuable dans I'obligation de justi-

fier les dettes de passif du pauimoine commercid.

I-a Première Guerre mondiale instaura officiellement le lien entre la comptabilité et la fiscdité.

ffi,-lÏ.ffi-ëffi De h Première Guerre mondiale aux années 1960 : la crâtion

officielle du lien comptabilité-fis calité tz

D'après Cané (196ù, la comptabilité, avant 1917, rievut pas de rapport étroit avec la fiscalité en

raison de la nature des impôtrde l'époque. La Première Guerre mondiale obligea I'Eat à mettre en

place de nouvelles dispositions pour financer les déficits publics. En appuyant certaines de ces dispo- ritiottr sur la compabilité, les relations entre la compabilité et la fiscalité devinrent alors officielles.

Ainsi, la loi dite .i loi C"illaun du 15 juillet 1914, loi qui est à I'origine du rystème fiscal acnrel,

Caillaux 18, eui avait proposé dès 1898 de substituer

sur le revenu' en est

son promoteur. Ces

rieurs ou d'après un forfait, n'étaient autres que la contribution foncière, la personnelle mobilière, la

parente créées par la Constituante durant la Révolution auxquelles s'ajoutait I'impôt sur les Portes et fenêtres établi par le Directoire. la loi de l9l4 institua ainsi un impôt générd sur le revenu établi d'après le montant total du revenu net annuel dont disposait chaque contribuable, en excluant des

règles de détermination de I'assiete les méthodes indiciaires ou forfaitaires. Appliqué pour la

première fois en 1916, l'impôt général sur le revenu venait s'ajouter aux impôts directs et indirecrs

préexistants et qui riavaient pas été abrogés. Il fallut amendre le 31 juillet 1917 pour que cette situa-

tion de double imposition soit supprimée.

insraura I'impôt

annuel sur le revenu. Joseph

u un impôt sur le capital

aux ( quatre vieilles

eu teux unifié de I o/o etun impôt

( quatre vieilles >, impôts dont I'assieme était ésblie en fonction de signes extê

CrMprABIur!- CorvrnôLe-AuDtr /Tome 5 -Volume 2 -septembre 1999 (p,5à24)

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Jean-Luc RosstcNol COMPTABILITÉ ET FISCALITÉ I CHRONIQUE D'UNE RELAflON " IMPÉRIEUSE "

f,i.#ftf-f j LA LoI DU 3l JuLLET rerT :Lor FoNDATRTcE DU LrEN coMprABrLrrE-

FISCAIIfi II

l,a loi du 31 juillet l9l7 'o (/O du 1* aott, p. 5975) supprima les u quaue vieilles > 2r. læs revenus des contribuables étaient désormais imposés de deux façons superposées : un impôt cédulaire

(chaque catégorie de revenu ou cédule est soumise à un impôt propre dont les règles d'assiette er le taux sont adaptés à la nature des revenus en cause) était ésbli par catégorie de revenu et I'impôt

général sur le revenu atteignait, une seconde fois, les divers revenus ners déjà touchés par I'irnpôt cédulaire. Initialement, on dénombrait six impôs cédulaires : l'impôt foncier sur les propriétés bâties et non bâties (taux de 5 o/o), et l'impôt sur le revenu des valeurs mobilières (6 o/o), issus des

contributions anciennes réformées par la loi de 1914, auxquels s'ajoutaient quatre aurres raxes insti- tuées en 1917 sur : les traitements et salaires (3,75 o/o),les bénéÊces de I'exploitation agricole

(3,75 o/o),les bénéfices des professions non commerciales (3,75 o/o) et sur les bénéfices industriels et

commerciaux (4,5 o/o), en remplacement de la patente 22.

llanicle 2 dela loi stipulait quu il est éabli un impôt annuel sur les bénéfices des professions

commerciales et industrielles râlisés pendant l'année précédente ou dans la période de douze mois dont les résultats auront servi à l'établissement du dernier bilan, lorsque ceæe période ne coincide Pas erlec I'année civile o. Si la comptabilité riest pas née des lois fiscales 23, l'instaurarion de la cédule commerciale a donné une vive impulsion aux questions compables. I^a fiscalité s'est emparée peu à

peu de la compabilité devenue principalement I'instrument de mesure de la matière imposable,

pour la péuir selon ses besoins. Terrain vierge qu'elle a su modeler à sa façon, elle est devenue un

puissant moyen de contrôle de I'administration. Iæ législateur est d ailleurs inrervenu à plusieurs

reprises àcet effet, ce qui fit dire, enl92l, à Charpentier (cité par Lemarchandlgg5, p.21) que

u le monde des affaires doit se rendre compte que, de toute manière, nous nous repprochons d'une

réglementation des bilans par le seul effet des lois fiscales

réglementation qui, au lieu de s'inspirer de l'intérêt public et de celui des entreprises réglementées, serait l'æuvre unique des agents du fisc o.

Nous allons ainsi peu à peu vers une

ffif'#ffi,.ii,ffi LA coNFrRMArroN rHÉoRreuE DE cETrE coNNDCrÉ, yusqu,Rux

ANNE,ES 1960

Ces interventions ont fixé un certain nombre d'obligations compnbles et mis en place une véritable

docrine fiscale des comptes 'a parle biais en paniculier de la loi du 31 juillet 1920 qui insraura une

obligation de communication de la comptabilité, mais aussi des lois du 4 avril L926, du 28 féyner

1933,dudécretdu20 juillet lg34,delaloidu 13 janvier l94l,dudécretdugdécembre1948

25

Cela fit, d'ailleurs, dire au doyen Ripert : u Le jour otr le droit commercial voudra obliger les socié-

tés à établir leur bilan suivant des règles légdes, il uouvera le terrain tout préparé et il rfaura plus

qtt'à transformer en règles juridiques les pratiques habituellement suivies. ,

Pour Rives (1965), u si le fisc a pu détourner la comptabilité comme il l'a fait, il y a à cela trois

raisons motivées par trois abandons concomitents.

< Il y a d'abord l'abandnn dzs juristæ. Qo""d on lit les ardcles du Code de commerce sur la tenue

des liwes ou cerr de la loi sur les sociét& anonymes sur le bilan et le compre de proûts er perres, on ne Peut être que frappé par leur diligence squelettique. Le législateur s'est toujours désintéressé des

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Jean-Luc Rosstcttol,

CoMPTABILITÉ ET FISCALITÉ: CHROMQUE D',UNE RELATION " IMPÉ'RIEUSE,

prescripdons comptables. Il n a vu et il ne voit encore, [

],

malheureusement,

dans la comPtabilité

lo";tt -oy"n

compabilité

de preuve au ces d'un procès évenmel. Il y a donc une conc€ption juridique de la

qui a souvent lourdement pesé sur la tenue des livres.

u Il y a eu ensuite I'abandon fus comptables qui ont laissé passer le coche quand il s'est

t

]

d"

"St

penser à des prix de revient dynamiques. Ils ont laissé l'établissement de ces prix de revient

aux ingé-

,ri

rrr,

aux slrvices techniques, pour s'a$acher à I'exactitude de leur balance t

].

Let comPables

ont négligé I'esprit des comptes pour s'attacher troP souvent à leur lettre.

nEnfin, il y a eu également l'abandon dzs chef d'entreprhe qui, pendant longtemps -

et Cest

encore souvenr ls câs

se sont attachés à une rentabilité globale sans voir que cette rentabilité

-,

globale cachait des rentabilités partielles et qu il fallait dler plus loin pour les andyser u.

Pour autant, selon Delmas-Marsaletx, u si certains crient au rapt, iétait un raPt incestueux car

dans une large mesure la comptabilité est la fille de la fiscalité et les exigences du fisc se sont ajoutées

aux exigences du commerce pour promouvoir le développement de la comptabilité u. En effet, la

nécessitl de mettre fin aux errements dont la compabilité était l'objet lui permit de se déveloPqer n.

Ainsi, il esr inconresable que certaines prescriptions fiscales (reprenant d'ailleurs des dispositions antérieures et d'application plus resueinte) ont fait progresser la technique comptable ; dès 1924,

I'article 1743I'du Code général des impôts de l'époque punit d'amende ou de prison (jusqu à cinq ans) n quiconque a sciemment omis de passer ou de faire passer des écritures' ou e passé ou fait

>. Carré (1969)

passer 2t des écritures inexactes ou fictives au livre-journd ou au livre d'inventaire

cite d'autres oremples : u C'est le fisc qui a en fait unifié les taux d'amoftissement des immobilisa-

tions qui sont employés couramment, c:u ceux à appliquer u en fonction des usages établis pour chaque profession, rfétaient pas bien définis; iest lui également qui a fait admettre que l'amortis-

repr&entait une charge réelle de I'entreprise à incorporer dans les prix de revient et de ce chef, du résulat imposable; Cest encore lui qui a fixé les conditions spéciales

déducdble,

,.-ènt [

]

d'évaluation des stocks et de calcul de la provision pour risque de mévente dans le domaine de l'édi- tion; il en e$ de même pour les durées d'exploitation à prendre en considération Pour l'amortisse-

ment des films dans I'indusuie de la producdon cinématographique. ,

Penglaou, en L947 (p. 399), reconnut, d'ailleurs, que u la fiscdité est à la comPabilité ce que le

snobisÀe est à I'am ; il ne faut pas en dire du bien parce qu elle lui a fait beaucoup de mal mais il ne

faut pas en médire parce qu'elle lui a fait beaucoup de bien u. Il ajoutait : < De cet affrontement des

intérêts souvenr inconciliables surgissent des conflits qui forcent les anagonistes à approfondir leurs doctrines et à clarifier les principes dont ils se réclament. C'est tout bénéfice pour la pratique comp- table. Le technicien est expulsé de sa tour d'ivoire et astreint à descendre dans l'arène pour y étaler

en plein jour ses arguments. ))

Selon Carré (1969), < I'instauration des dispositions fiscales a fait prendre conscience Petit à Petit

aux dirigeanrs et aux chefs d'enueprise de l'importance de la comptabilité. Ils ont découvert Progres-

sivemenr qdelle était nécessaire, tout d'abord pour pouvoir répondre aux exigences de l'administra- tion er, par la suite, pour leur obtenir les élémena chiffrés indispensables à la gestion et à la prévision. C'est pourquoi on ne saurait nier qu'originùement l'influence des règles fiscales sur la

àn"tg do compres a été largement positive et a montré que, pour en assurer la régularité, il conve-

nait de définir des règles compables. la rigueur fiscale et les contrôles dont elle est assortie consti-

ruent l'un des garants d'une certaine sincérité u. D'après Vitrolles 'e, u rul ne Peut nier que la

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Jean-Luc RosstcxoL

COMPIABILITÉ ET FISCALITÉ: CHRONIQUE

D'UNE RELAIIoN " IMPÉ,RIEUSE "

fiscalité a participé, ô combien activement, à l'élaboration des principes er des règles comptables ; l'institution de l'impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux a été en France la cause

[

]

déterminante dans le développement de la comptabilité dans le monde des affaires r. Pour

Du Pontavice (1989, p. 863), la création de cette cédule qui a obligé les commerçants à tenir une comptabilité est < un bienfait du droit fiscal, même si cette origine a considérablement pesé sur

l'évolution du droit compable longtemps conçu comme un simple insrrument du fisc ou encore

explique la r&istance au fisc ou la dissimulation des profits réels à la fois aux acionnaires et au fisc u. Dès 1948, Horace avait d'ailleurs indiqué que iéait rendre un bien mauvais service à la compabi- lité que de la lier, dans I'esprit du public et dans les textes eux-mêmes, à la réglementation fiscale.

[.a période de l'entre-deux-guenes donna lieu à quelques textes fiscaux à incidences comptables.

La loi de 1928 sur la dévalorisation du franc au cinquième de sa valeur en donne une bonne illustra-

tion car il conduisit

l'administration fiscale à prévoir des mesures d'ajustemenr sous forme de rééva- En L94l,I'Administration établit, en outre, des règles eyânt une incidence

{.

luation des bilans

directe sur les écritures compables; I'ordonnance du 3l mars subordonna ainsi la déductibilité des

provisions à leur enregistrement.

Si I'instauration de la cédule commerciale et les textes qui ont suivi ont apporré rigueur et

promotion législative à la compabilité, ils ont joué un rôle non négligeable dans la généralisation de

la normalisation, la fiscalité prêant son pouvoir à la normalisation comptable (Haddou, 1991). De

est née la nécessité d'une certaine normalisation avec la dualité d'intérêts enrre I'entrepreneur

soucieux d'utiliser la technique compable pour les besoins de sa gestion et les pouvoirs publics dési- reux de diriger l'économie et de prélever sur les entreprises le cott de cette direction et de ceme coor-

dination et donc d'imposer une compabilité légale 3r. Cette relation devait ainsi aboutir au plan

compable de t947 puis à celui de 1957, toujours sous l'égide fiscde avec le décret du 7 aott 1958

fixant ceraines règles pour les entreprises ayant réévalué leurs bilans.

'#,Fffi,$,ffi Des années 1960 à nos jours : la difficile maf,che vers I'autonomie

La période de 1965 à 1990 fut certainement celle de l'inversion des rappofts entre la fiscalité er la comptabilité. Alors que, jusque-là, la fiscalité a largement fait la u course en rêre u, à pardr de 1965,

la compabilité commence à assurer son autonomie et I'administration fiscale s'en inspire fortement

Pour ses besoins : tout un ensemble de textes fiscatrx reposent sur les normes comptables. Toutefois,

lAdministration intervient encore dans la comptabilité, non seulement pour adopter des mesures conjoncnrrelles mais aussi pour pallier les carences compables d'une normalisation insufiisante ,,. Ce second type d'intervention sera de moins en moins nécessaire au fur et à mesure que la normali-

sation s'enrichit, suftout à panir du plan compable général de 1982.

ffiffiffi1t$1ffi DU DÉBUT DEs ANNÉ,Es le60 AU ILAN coMprABLE GÉNÉRAr DE le82

Au début des années 1960, le CNC, reprenant des études menées dix ans plus tôt et rransmises sans

r&ultat aux autorités compétentes, étudia des méthodes pouvant permenre de réduire les contradic-

tions enue les prescriptions fiscales et les règles de tenue d'une comptabilité orthodoxe pouvaient

êue conciliées par la crâtion de documents isolés des comptes propremenr dits. En 1962,ll émit le

væu 33 qu'aucune disposition d'ordre fiscal n affecte la terminologie, les règla du plan comptable

CoùrFresn:rÉ - CoNrRôr.E - AuDrr / Tome 5 - Volume 2 - septembre 1999 (p.5 à24)

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Jean-Luc RostcNoL

COMPXABILITÉ ET FISCAIJTÉ: CHROMQUE D'UNE REIAflON " MPÉRTEUSE,

générd, er la tenue normale des comptabilités et que, sans remettre en qtuse le principe des avan- tages dordre économique ou financier, les discordances de ceffe nature soient éliminées aussi bien

pour simpliûer la tâche des entreprises que pour ne pas détourner la comptabilité de sa mission

essentielle. Il suggéra que les dispositions fiscales utilisées comme moyens de politique économique

et financière ne portenr que sur les modalités de taxation et non sur le processus de détermination

du résultat. Ce rapport constitue les prémices du rapprochement enûe les dispositions fiscales et les règles compables lorsqu elles ne coincident pas. Dans les faits, deux textes vont marquer les années

1960: le décret du 12 aott lg64ercelui du