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REPUBLIQUE DU SENEGAL

Un Peuple Un But Une Foi

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Ministère de la Fonction Publique, du Travail et des Relations avec les Institutions

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51 ème Session du Conseil d’administration du CAFRAD

9 ème Forum sur la modernisation de l’administration publique et de la gouvernance

COMMUNICATION PRESENTEE PAR MONSIEUR MANSOUR SY, MINISTRE DE LA FONCTION PUBLIQUE, DU TRAVAIL ET DES RELATIONS AVEC LES INSTITUTIONS SUR LE THEME :

« La gouvernance de la Fonction publique sénégalaise à la lumière de l’audit physique et biométrique des agents de l’Etat »

10 -12 juin 2013 Rabat (MAROC)

Monsieur le Ministre, Président du Conseil d’administration du CAFRAD ; Messieurs les Ministres et chefs de délégations ; Messieurs les Experts ; Monsieur le Directeur général du CAFRAD ; Honorables invités.

C’est pour moi un agréable plaisir de me retrouver en terre marocaine et de saluer le dynamisme et l’exemplarité de la coopération qui unit le Royaume

du Maroc et le Sénégal.

A ce titre, je voudrais transmettre à sa Majesté le Roi Mouhamed VI les

salutations amicales et fraternelles de son Excellence Monsieur Macky SALL, Président de la République du Sénégal, du Gouvernement et de

l’ensemble du peuple sénégalais.

Je remercie également les autorités marocaines et les dirigeants du CAFRAD

pour toutes les diligences accomplies pour l’accueil et le séjour de la

délégation sénégalaise.

A la demande de la Direction générale du CAFRAD, le Sénégal a été invité à partager, dans le cadre des travaux du 9 ème forum sur la modernisation de l’administration publique et de la gouvernance, son expérience en matière de modernisation de la Fonction publique.

C’est dans ce cadre que j’ai choisi de vous entretenir de notre expérience en cours visant à trouver une solution efficace et durable à la lancinante question de la maitrise des effectifs et de la masse salariale au sein des fonctions publiques africaines. Ainsi, Il s’agit de vous présenter une communication portant sur « la gouvernance de la Fonction publique sénégalaise à la lumière de l’audit physique et biométrique des agents de l’Etat ».

La Stratégie nationale de développement économique et social demeure la référence en matière de politique économique et sociale du Gouvernement du Sénégal. Ce document cadre s’est fixé, entre autres, les options stratégiques suivantes :

- une meilleure maîtrise des finances publiques ;

- un alignement effectif de la structure des dépenses publiques sur les priorités de développement national ;

- la transparence dans la gestion publique avec la reddition des comptes ;

- la recherche d’une efficacité accrue dans l’utilisation des ressources du budget ;

- la mise en œuvre de procédures de prise de décision partagées entre les parties prenantes ;

- la modernisation de l’administration publique et l’amélioration de la qualité du service public.

Dans ce cadre, il s’agit de promouvoir un secteur public performant dans un contexte de gestion axée sur les résultats. A cet égard, l’objectif de la maîtrise des coûts d’intervention du secteur public par la rationalisation de ses choix et de ses décisions d’une part, par la recherche de l’efficacité et de l’efficience dans la rentabilisation de ses ressources financières, d’autre part, demeure un pilier fondamental de la gouvernance publique.

Il importe de rappeler avec force que deux des objectifs stratégiques les plus importants de Programme national de bonne gouvernance portent sur « l’amélioration de la qualité des services rendus aux usagers-citoyens et aux usagers-entreprises » et « l’impulsion d’une gestion moderne des ressources humaines garantissant une disponibilité de personnel de qualité responsabilisé et motivé ».

Comme vous pouvez le constater dans l’évocation des éléments de contexte, la référence à la Stratégie nationale de développement économique et social ainsi qu’au Programme national de bonne gouvernance met en relief la centralité et la portée de la gouvernance de nos services publics.

Dès lors, l’on est amené à formuler les questionnements suivants : quel type de gouvernance pour notre système de Fonction publique ? En quoi la maîtrise des effectifs et de la masse salariale de la Fonction publique peut contribuer à l’amélioration de la gouvernance de la Fonction publique ?

Les éléments de réponse à ces interrogations postulent au préalable de faire

un bref état des lieux de notre système de Fonction publique qui sera suivi de

la revue des mesures mises en œuvre en vue de maitriser les effectifs et la

masse salariale de la fonction publique à travers la réalisation de l’audit

physique et biométrique des agents de l’Etat.

Fort de ces considérations, mon propos sera circonscrit autour de ces deux axes que je viens de décliner tantôt.

I- Bref aperçu de la situation actuelle de notre système de Fonction publique

A travers ce bref aperçu, il s’agit de faire une sorte d’état des lieux de notre

Fonction publique afin d’en dégager ses forces et faiblesses.

A-Forces

Notre système de Fonction publique dispose d’un certain nombre d’atouts en dépit des contraintes notées ça et là :

- la qualité de ses ressources humaines disposant d’une formation initiale satisfaisante et de renforcement des capacités dans les secteurs innovants tels que les TIC, le management, le partenariat public-privé, la gestion axée sur les résultats (GAR) ;

- l’existence d’un cadre juridique et d’un socle organisationnel ;

- une Fonction publique de carrière structurée autour des valeurs du service de l’intérêt général, facteur déterminant des investissements de l’emploi et du pouvoir d’achat des agents publics ;

- la permanence et la garantie de l’emploi doublées par l’existence d’un système de retraite.

B- Faiblesses

Notre système de fonction publique recèle un certain nombre de faiblesses qu’il convient de passer rapidement en revue. Il s’agit notamment :

- du cadre législatif et réglementaire obsolète et inadapté (loi 61-33 du 15 juin 1961 relative au statut général des fonctionnaires, modifiée et la plupart des décrets relatifs aux statuts particuliers des cadres des fonctionnaires) ;

- de l’absence de plan stratégique ;

- du manque de maîtrise des effectifs et de la masse salariale de la fonction publique ;

- de l’absence d’un système d’information intégré de gestion des ressources humaines reliant la Solde, la Fonction publique et les autres ministères ;

- de l’insuffisance quantitative et qualitative des actions de planification et de suivi-évaluation de l’action publique ainsi que la longueur et la lourdeur de nombre de procédures administratives, souvent parmi les plus courantes ;

- d’un système de rémunération et de motivation des agents de l’Etat complètement déstructuré, source de frustration, d’iniquité et, par voie de conséquence, de contestations ;

- de l’absence d’un schéma directeur de la formation permanente des agents de l’Etat.

Sur la base de ce diagnostic, notre Gouvernement s’est évertué à prendre les mesures appropriées en vue de corriger les incohérences et les dysfonctionnements inhérents au management des services publics, à travers une meilleure gouvernance de notre Fonction publique.

II- L’audit physique et biométrique des agents de l’Etat :un nouveau mode gouvernance de la fonction publique

En application des instructions de Monsieur le Président de la République formulées à l’occasion de la réunion du Conseil des Ministres du 04 mai 2012 pour la réalisation de « l’audit physique du fichier de la Fonction publique et des agents de l’Etat », le Ministère de la Fonction publique, du

Travail et des Relations avec les Institutions, en relation avec l’Agence de l’Informatique de l’Etat (ADIE), a pris les dispositions utiles pour la réalisation effective de l’audit physique et biométrique des agents de l’Etat qui demeure un jalon majeur dans l’amélioration de notre système de Fonction publique.

A-le périmètre de l’audit

Les personnels de la Fonction publique concernés par l’audit physique et biométrique sont les suivants :

- les agents fonctionnaires ;

- les agents non fonctionnaires ;

- les agents régis par les Statuts spéciaux (personnel de l’Inspection générale d’Etat, des Douanes, des Forces de Police, des Eaux, Forêts et Chasse, du Chiffre, de la Magistrature de l’ordre judiciaire, de la Magistrature de la Cour des Comptes, des Parcs nationaux, des Forces armées, de l’Administration pénitentiaire, du Service d’hygiène) ;

- les catégories émergentes

(les professeurs contractuels de

l’enseignement, les contractuels chargés de cours, les maitres

contractuels).

B- Objectifs et résultats attendus

L’objectif global assigné à la mission d’audit est de parvenir à maitriser les effectifs de la Fonction publique et la masse salariale par l’identification physique de l’ensemble des agents de l’Etat avec un support biométrique. Pour rappel, la masse salariale est évaluée, en 2012, à la somme de 460 milliards de Francs CFA représentant un ratio de 32% des recettes fiscales.

Les objectifs spécifiques sont :

- identifier physiquement l’ensemble des agents de l’Etat ;

- procéder à l’enregistrement biométrique des agents (photo et empreinte digitale) ;

- localiser géographiquement les agents de l’Etat et identifier les emplois tenus ;

- déceler les abandons de poste et les agents en situation irrégulière ;

- déceler les agents fictifs s’ils existent.

Les résultats attendus au terme de la mission sont une :

- édition d’états des effectifs réels de la Fonction publique répartis par structure utilisatrice, catégories, corps, hiérarchie, âge sexe et lieu d’affectation ;

- édition d’états des agents en situation irrégulière par rapport aux textes législatifs et réglementaires ;

- édition d’états des agents en sortie temporaire ;

- édition d’états des agents fictifs qui émargent dans le budget de l’Etat ;

- édition d’états des agents en expectative d’affectation ;

- identification du coût réel des agents salariales ;

de l’Etat en termes de charges

- disponibilité d’une seule et unique base de référence de fichiers des effectifs de toute l’administration.

C- Méthodologie

La mission d’audit a été réalisée sur la base des différentes listes connues éditées par la Direction de la Solde, des Pensions et Rentes Viagères, la Direction générale de la Fonction publique, les Directions des Ressources humaines, des différents départements ministériels concernés et les Directeurs de personnel administrant les corps relevant des statuts spéciaux.

Ces listes contiennent les informations suivantes concernant les agents :

prénoms et nom, numéro de matricule de solde, date et lieu de naissance, sexe, lieu, structure et lieu d’affectation, corps ou catégorie, fonction, région, département et arrondissement.

La fiche de renseignement comporte plusieurs colonnes dont une pour relever les numéros d’identification nationale des agents, une autre sera réservée à leurs émargements et une dernière pour des observations éventuelles des auditeurs.

La procédure de collecte s’est déroulée comme suit : chaque agent figurant dans une liste s’est présenté devant une équipe d’auditeurs et exhiber sa carte nationale d’identité, son bulletin de salaire ou son numéro d’immatriculation pour les besoins de la vérification physique et a fait l’objet d’un pointage sur la liste de base des auditeurs. L’agent a également apposé sa signature sur la partie réservée à cet effet dans la fiche de recensement des auditeurs.

Au delà du dispositif de pointage, un mécanisme de relevé d’informations biométriques permettant de déceler les présences multiples d’un même agent sera intégré. Une valise biométrique a permis de collecter toutes les informations personnelles des agents y compris leur photo numérique ainsi

que les empreintes digitales relevés sur les dix doigts de la main de chaque agent. La phase de pointage physique et celle de relevé biométrique se sont faites simultanément.

D- Dispositif organisationnel

Il convient de rappeler que le cadre réglementaire de l’audit physique et biométrique est régi par l’arrêté primatoral n°007639 du 27 septembre 2012 relatif à l’organisation de l’audit physique biométrique des agents de l’Etat. Dans ce cadre, les organes chargés de la mise en œuvre de l’audit sont les suivants :

- le Comité de pilotage présidé par monsieur le Premier ministre ;

- le comité technique présidé par le Ministre chargé de la Fonction publique et disposant en son sein d’un secrétariat permanent présidé par le Directeur général de l’Agence de l’Informatique de l’Etat et comprenant en outre le Directeur général de la Fonction publique, le Directeur de la Solde ainsi que les membres de l’équipe technique du projet du fichier unifié des données du personnel ;

- les comités opérationnels régionaux présidés par les Gouverneurs de régions,

- les équipes d’audit dirigées chacune par un haut cadre de l’administration centrale, notamment des inspections internes des ministères et comprenant un représentant du Ministère de la Fonction publique, un représentant de la Direction de la Solde et deux représentants de l’ADIE et deux opérateurs de biométrie.

C’est l’occasion de relever que l’audit physique et biométrique a été entièrement mené par des ressources humaines propres à l’administration publique sans recourir à un quelconque cabinet privé. Une telle option a permis de valoriser les compétences et l’expertise des ressources humaines de notre administration publique et de réduire sensiblement le coût du financement de l’opération d’audit.

E- Partage et validation des données recueillies durant la phase de terrain

Au terme de la phase de recueil des données biométriques sur le terrain qui a permis d’auditer prés de 121.954 agents de l’Etat dont prés 10853 cas

nécessitant des vérifications, un atelier de partage et de validation a regroupé le Secrétariat permanent du Comité technique, les chefs d’équipe et les responsables des services des ressources humaines de toutes les administrations concernées par le périmètre de l’audit. Il s’agissait de permettre aux responsables des ressources humaines de procéder à une nouvelle certification des données recueillies de la phase de terrain.

A l’issue de cet atelier dont l’objectif était de procéder au partage et à la validation des rapports issus des activités de terrain de l’audit, les résultats suivants ont été obtenus :

- un rapport de synthèse des travaux d’audit sur le terrain ;

- Etat des agents en situation régulière par administration et par localité ;

- Etat des agents en situation irrégulière par type de contentieux ;

- Cartographie des contentieux.

Les types de contentieux suivants ont été identifiés :

- des agents en abandon de poste (disponibilité ou détachement non renouvelés) ;

- des agents connus des services centraux de leur ministère mais inconnus des chefs de services déconcentrés ;

- des agents certifiés localement mais inconnus des services centraux

de leur ministère de tutelle ;

- des agents régulièrement payés mais inconnus de leurs ministères et services déconcentrés ;

- des agents de l’Etat ne figurant pas dans le fichier des cartes nationales d’identité ;

- des agents de l’Etat percevant une double rémunération (agents en service dans les agences d’exécution, Agence régionale de Développement (ARD) et collectivités locales).

Au total, l’atelier de partage et de validation des données recueillies durant la phase de terrain a passé en revue 23054 agents de l’Etat en situation de contentieux dont 5267 agents proposés à la régularisation.

F- Résultats provisoires de la Commission nationale de traitement des cas de Contentieux

A l’issue des opérations d’audit, il a été institué la Commission nationale de traitement des cas de contentieux résultant de l’audit physique et biométrique des agents de l’Etat, chargée d’examiner les cas des agents de l’Etat inscrits en contentieux dans le cadre des opérations d’audit.

La Commission nationale de traitement des cas de contentieux résultant de l’audit physique et biométrique a démarré ses travaux depuis le vendredi 26 avril 2013 qui se poursuivent encore jusqu’à la fin du traitement de tous les cas de contentieux prévue en fin juin.

A ce jour, les travaux de la Commission ont permis de statuer sur la situation

des agents de l’Etat en situation irrégulière manifeste et pour lesquels il est

proposé la suspension immédiate du salaire, des agents de l’Etat dont la situation administrative quelque peu irrégulière nécessitant des vérifications et dont on a proposé un changement de domiciliation du salaire viré au billetage pour amener les intéressés à se présenter physiquement au

Ministère de la Fonction publique et à produire les justificatifs requis avant paiement du salaire et enfin des agents de l’Etat proposés à la régularisation sur la base de pièces justificatives à produire par les intéressés. Les résultats définitifs de l’audit seront disponibles en fin juin 2013. Il s’agit, là, assurément, d’une véritable « révolution silencieuse » qui permettra à notre pays de se doter d’un fichier fiable unifié des personnels de

la Fonction publique.

Les perspectives post audit devraient nous permettre de nous orienter résolument vers la modernisation de la gestion des ressources humaines de l’administration publique à travers les pistes suivantes :

- mise en œuvre des outils de la gestion prévisionnelle des effectifs des emplois et des compétences ;

- automatisation du traitement des projets d’actes d’administration des agents de l’Etat dans le sens de simplifier les démarches et les procédures administratives ;

- mise en place d’un dispositif d’impression des cartes professionnelles biométriques et de contrôle des présences ;

- projet de dématérialisation des bulletins de salaire des agents de l’Etat.

Au regard de ce qui précède, notre pays s’est engagé dans une dynamique de modernisation de son administration publique dans un contexte de bonne gouvernance exigeant la transparence, l’efficacité, l’efficience, la performance, la redevabilité et l’équité dans la gestion des affaires publiques C’est là assurément tout le sens et la portée de la vision de son Excellence, le Président Macky SALL fondée sur la « gouvernance sobre et vertueuse ».

La gouvernance de la Fonction publique et la modernisation de la gestion de ces ressources humaines devraient nous inciter davantage à faire plus et mieux en vue d’amplifier les résultats et de répondre avec plus de célérité et d’efficacité aux aspirations légitimes des usagers clients de nos services publics.

Je vous remercie de votre aimable attention.

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