Vous êtes sur la page 1sur 330

Chez le même éditeur

Prescription des activités physiques, F. Depiesse, O. Coste, 2e édition, 2016,


544 pages.
Musculation : épidémiologie et prévention des blessures, I. Prothoy,
S. Pelloux-Prayer, avec la participation de F. Depiesse. 2015, 364 pages.
Rééducation de l’appareil locomoteur. Tome 1 : Membre inférieur, A. Quesnot,
J.-C. Chanussot, R.-G. Danowski, 2e édition, 2015, 488 pages.
Rééducation de l’appareil locomoteur. Tome 2 : Membre supérieur, A. Quesnot,
J.-C. Chanussot, R.-G. Danowski, 2e édition, 2015, 464 pages.
Rééducation en traumatologie du sport, T.1, Membre supérieur. Muscles
et tendons, J.-C. Chanussot, R.-G. Danowski, 4e édition, 2015, 360 pages.
Biomécanique des membres inférieurs, Bases et concepts, bassin, membres
inférieurs, P. Klein, P. Sommerfeld, traduit par G. Meddeb., 2015, 464 pages.
Médecine du sport pour le praticien, P. Rochcongar, D. Rivière, H. Monod,
R. Amoretti, J. Rodineau, 5e édition, 2013, 592 pages.
Mise au point sur les tendinopathies calcanéennes et patellaires, patellaires,
J. Rodineau, S. Besch, É. Furgolle, 2013, 232 pages.
Les muscles : actions et palpation, J. E. Muscolino, A. Gouriet, M. Pillu, 2013,
456 pages.
Le ligament croisé antérieur : de la rupture à l’arthrose, J. Rodineau, S. Besch,
É. Furgolle, 2012, 256 pages.
Traumatologie du sport, J.-C. Chanussot, R.-G. Danowski, 8e édition, 2012,
592 pages.
Traumatologie du rachis, J.-C. Dosch, 2012, 256 pages.
Imagerie du sport, N. Sans, A. Blum, J. Borne, T. Bouziane, J.-L. Brasseur,
H. Chiavassa-Gandois, C. Cyteval, O. Fantino, D. Galy-Fourcade, F. Lapègue,
P. Mathieu, A. Ponsot, G. Richardi, Y. Thouvenin, 2011, 408 pages.
Urgences en médecine du sport. Scénarios de prise en charge, J. O’Byrne,
B. M. Devitt, A. Guierre 2011, 240 pages.
Fatigue musculaire, M. Julia, S. Perrey, A. Dupeyron, J.-L. Croisier, P. Codine,
C. Hérisson, Association Entretiens de rééducation et réadaptation
fonctionnelle (ERRF), 2010, 288 pages.
Collection Sport

Guide d’isocinétisme
L’évaluation isocinétique des concepts
aux conditions sportives et pathologiques

Pascal Edouard et Francis Degache


Ce logo a pour objet d’alerter le lecteur sur la menace que
représente pour l’avenir de l’écrit, tout particulièrement dans le
domaine universitaire, le développement massif du « photo-copil-
lage  ». Cette pratique qui s’est généralisée, notamment dans les
établissements d’enseignement, provoque une baisse brutale des
achats de livres, au point que la possibilité même pour les auteurs
de créer des oeuvres nouvelles et de les faire éditer correctement
est aujourd’hui menacée.
Nous rappelons donc que la reproduction et la vente sans autorisa-
tion, ainsi que le recel, sont passibles de poursuites. Les demandes
d’autorisation de photocopier doivent être adressées à l’éditeur
ou au Centre français d’exploitation du droit de copie : 20, rue des
Grands-Augustins, 75006 Paris. Tél. 01 44 07 47 70.

Tous droits de traduction, d’adaptation et de reproduction par tous procédés,


réservés pour tous pays.
Toute reproduction ou représentation intégrale ou partielle, par quelque procédé
que ce soit, des pages publiées dans le présent ouvrage, faite sans l’autorisation
de l’éditeur est illicite et constitue une contrefaçon. Seules sont autorisées, d’une
part, les reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non
destinées à une utilisation collective et, d’autre part, les courtes citations justifiées
par le caractère scientifi que ou d’information de l’oeuvre dans laquelle elles sont
incorporées (art. L. 122-4, L. 122-5 et L. 335-2 du Code de la propriété intellectuelle).

© 2016, Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés


ISBN : 978-2-294-74591-1
e-ISBN : 978-2-294-75154-7

Elsevier Masson SAS, 65, rue Camille-Desmoulins, 92442 Issy-les-Moulineaux cedex


www.elsevier-masson.fr
Liste des collaborateurs
Francis Degache, professeur associé à la Haute École de Santé Vaud
(HESAV) de Lausanne (Suisse), docteur de l’université Jean-Monnet de
Saint-Étienne (Motricité humaine et Handicap), chercheur associé du
Groupe de Recherche de l’Institut des Sciences du Sport de l’université de
Lausanne (GRISSUL), Suisse.
Pascal Edouard, maître de conférences des universités et praticien
hospitalier, médecin du sport et médecin de médecine physique et réadap-
tation, responsable de l’unité de Médecine du sport du service de Physio-
logie clinique et de l’exercice à l’hôpital Nord du CHU de Saint-Étienne,
membre du Laboratoire inter-universitaire de biologie de la motricité
(EA7424 - LIBM) de l’université de Lyon et université Jean-Monnet de
Saint-Étienne, France.
François Fourchet, kinésithérapeute du sport, ostéopathe et docteur en
sciences du sport, qualifié maître de conférences des universités, directeur
du Laboratoire d’analyse du mouvement à l’hôpital La Tour de Meyrin/
Genève, Suisse.
Abréviations
° degré, unité de mesure d’un angle
°/s (ou : °.s-1 ; deg/s) degré par seconde, unité de mesure de la vitesse angulaire
% pourcentage
µm micromètre
w oméga, vitesse angulaire
1-RM 1 répétition maximale
10-RM 10 répétitions maximales
ADP adénosine diphosphate
ANAES Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé
ATP adénosine triphosphate
Batt/min battements/min
Ca ++ calcium
CCF chaîne cinétique fermée
CCO chaîne cinétique ouverte
cm centimètre, unité de mesure de longueur, unité de base de
mesure des grandeurs physiques
Conc. concentrique
CPM Controlled Passive Mode
CV coefficient de variation
DIDT droit interne et demi-tendineux
DOMS Delayed Onset Muscle Soreness
EMG électromyographie
Exc. excentrique
FC fréquence cardiaque
FCmax fréquence cardiaque maximale
F0 force maximale isométrique
HSR Heavy Slow Resistance (Training)
ICC coefficient de corrélation intraclasse
IJ ischio-jambiers
IRM imagerie par résonance magnétique
kg kilogramme, unité de mesure de la masse
LCA ligament croisé antérieur
m mètre, unité de mesure de longueur
MFM moment de force maximum
mm millimètre, unité de mesure de longueur
mmHg  millimètre de mercure, unité de mesure de la pression
artérielle
MV millivolt, unité de mesure de l’activité musculaire
N Newton
NASA National Aeronautics and Space Administration
ND non-dominant
Nm (ou N.m) Newton-mètre, unité de mesure du moment de force
VIII

nm nanomètre, unité de mesure de longueur


NYHA New York Heart Association
Pi phosphate inorganique
PT Peak Torque (traduction anglaise du moment de force)
Q quadriceps
rad radian, unité de mesure d’un angle
Ratio RL/RM ce ratio représente le rapport entre les muscles agonistes
(rotateurs latéraux) et antagonistes (rotateurs médiaux) de
l’articulation scapulo-humérale
RE muscles rotateurs externes
RI muscles rotateurs internes
RL muscles rotateurs latéraux
RM muscles rotateurs médiaux
ROM Range of Motion
Se semaine
SEM Standard Error of Measurement
SOFMER Société française de médecine physique et de réadaptation
V0 vitesse maximale de raccourcissement du muscle
V O2 Consommation d’oxygène
V O2 max consommation maximale d’oxygène
W Watt, unité de mesure de l’énergie
Préface
C’est avec un réel plaisir que j’écris la préface de cet ouvrage intégralement
consacré à l’isocinétisme.
Ce plaisir est d’abord lié aux auteurs que j’ai eu la chance et le bonheur
d’accompagner pour une bonne partie de leur formation et de leur cursus
scientifique, jusqu’à cette étape leur permettant une première synthèse
de leurs connaissances médicales, scientifiques et de recherche dans  ce
domaine. C’est pour eux une vraie reconnaissance de pouvoir réaliser
ce travail et pour moi une possibilité de les en remercier.
Ce plaisir est aussi lié à ce sujet sur l’isocinétisme qui constitue un des
pans de mes travaux, tout au long de ma carrière, ayant pu contribuer aux
premières applications de l’isocinétisme en France à partir de 1982.
Ce plaisir c’est aussi, à travers cet ouvrage (le premier entièrement consa-
cré à l’isocinétisme en français) l’occasion d’éprouver une réflexion sur
l’évolution de la médecine physique et de réadaptation, de la médecine
du sport, de la traumatologie, par l’implication d’outils d’évaluation, de
rééducation, le développement de plateau technique et de modalités tech-
nologiques dans la prise en charge et le parcours de soin de nos patients.
L’isocinétisme a commencé à se développer dans les années  1980 en
France, dans les années 1970 dans les pays anglo-saxons et essentiellement
aux États-Unis. Nous avons pu bénéficier dans la littérature anglo-saxonne
d’importantes études associées à son application, et nous avons ainsi pu
mieux appréhender l’activité musculaire, voire neuromusculaire, dyna-
mique et fonctionnelle, et une meilleure connaissance du mouvement.
Au-delà de certains obstacles à son développement voire son dénigre-
ment, comme il en est souvent des nouvelles techniques, certaines réserves
quant à son usage et son intérêt ont pu être rapportées au fil des travaux,
publications, communications, permettant de mieux définir les modalités
et conditions d’utilisation.
Mais grâce à l’obstination d’un certain nombre d’équipes en Europe, cette
technique et la méthodologie d’évaluation qui s’y associe a pu prouver tout
son intérêt. Enfin, le développement de nouvelles machines, l’adaptation
à différentes conditions physiologiques, biomécaniques, l’adaptation de
modules aux diverses articulations et au rachis, ont permis de renforcer
l’intérêt des données acquises.
L’usage des techniques d’isocinétisme s’est ainsi développé dans diverses
disciplines  : la physiologie, la biomécanique, la médecine du sport,
l’orthopédie-traumatologie, la médecine physique et de réadaptation, puis
progressivement dans d’autres domaines sur des approches neurologiques,
cardiovasculaires, gériatriques, etc.
X

Cette méthodologie d’évaluation musculaire, dynamique, standardisée,


techniquement adaptée, nous a permis de mieux connaitre l’activité mus-
culaire, l’adaptation à la résistance, à la vitesse, à l’endurance, associant
agonistes et antagonistes, dans des conditions de gestes ou mouvements
imparfaits par rapport aux conditions physiologiques, sportives ou de la
vie quotidienne, mais dans des conditions dynamiques toujours à nulles
autres pareilles.
Cela a été pour nous, initialement, l’ouverture vers un champ exces-
sivement vaste d’exploration et en cela les techniques d’isocinétisme
constituent toujours un très important moyen d’exploration. C’est ainsi
aujourd’hui une procédure d’évaluation paraclinique, contributive aux
diagnostics, aux bilans de suivi thérapeutique dans certains programmes de
rééducation et une technique à part entière de rééducation fonctionnelle.
C’est, par ces mêmes conditions mécaniques, un très utile outil de
rééducation, encore insuffisamment répandu dans la pratique usuelle et
ambulatoire, et qui offre ainsi, par ces nombreuses applications dans divers
domaines, une technologie moderne, complémentaire, efficiente et sûre de
rééducation.
Mais tout cela, nécessite une connaissance théorique et pratique, un cer-
tain savoir-faire et une certaine connaissance pour un usage sécurisé et sur-
tout totalement bénéfique.
Ainsi, l’ensemble de cet ouvrage vise à bien mettre en évidence l’intérêt et
la spécificité de l’isocinétisme, son application technique pour l’évaluation
dynamique de l’activité musculaire tout comme méthode de rééducation
musculaire.
À n’en pas douter par son développement, l’isocinétisme reste toujours un
outil d’avenir en rééducation fonctionnelle, c’est un élément des plateaux
techniques, outil complémentaire pour les praticiens, les kinésithérapeutes
et l’ensemble des rééducateurs.
C’est un outil qui apportera encore d’importantes informations sur le
plan de la recherche et en particulier biomécanique et physiologique, avec,
on le voit aujourd’hui, le couplage à d’autres systèmes d’analyse dynamique
en particulier neurophysiologique, mais aussi fonctionnelle.
Je félicite mes deux jeunes collègues, Pascal Edouard et Francis Degache,
de s’être investi dans ce travail, connaissant l’implication et la rigueur
qu’exige la réalisation d’un ouvrage surtout sur ce modèle qui se veut essen-
tiellement pratique, à l’usage des praticiens. Il va contribuer à un de  nos
vœux, largement partagé, faire que de plus en plus de médecins et  de
rééducateurs intègrent dans leur formation et leur exercice clinique cette
technique validée.
Pr Paul CALMELS
Avant-propos
L’isocinétisme est aujourd’hui un outil incontournable pour les profes-
sionnels travaillant autour de l’appareil locomoteur. En effet, le principe
d’isocinétisme par l’utilisation de dynamomètres isocinétiques permet
une  mesure fiable, reproductible, sensible, objective et dynamique de la
force musculaire. Cela fait aujourd’hui de l’isocinétisme le « gold standard »
de l’évaluation de la force musculaire. Ses applications sont multiples du
diagnostic à la prévention en passant par le suivi et la rééducation, et tou-
chent de multiples disciplines telles que la médecine et la traumatologie du
sport, la médecine physique et de réadaptation, la chirurgie orthopédique,
la neurologie, la préparation physique, et la recherche scientifique… Ainsi,
il nous semble important que chaque professionnel concerné puisse avoir
des bases pour comprendre et/ou utiliser l’isocinétisme, que ce soit dans
le cadre d’une prescription ou dans la mise en œuvre d’une évaluation ou
d’une rééducation isocinétique, que dans l’interprétation des résultats.
Formés à Saint-Étienne «  Terre de l’isocinétisme  » (le 2e  dynamomètre
français est arrivé à Saint-Étienne en 1982) par le professeur Paul Calmels,
l’isocinétisme a été un incontournable de notre formation. Il a été l’essence,
la base et le terrain de nos travaux de recherche, de nos thèses, de nos
encadrements, de l’organisation de congrès nationaux et internationaux, et
aujourd’hui d’une certaine expertise se manifestant dans la participation à
des enseignements et formations sur l’isocinétisme, une activité de reviewer
et d’éditeur associé à la revue « Isokinetics and Exercise Science ». Une suite
logique à ce cheminement pratique et scientifique est donc le partage de
cette expérience à travers cet ouvrage.
Cet ouvrage se veut être un guide pratique pour débuter dans l’utilisation
des dynamomètres isocinétiques, et surtout dans le cadre d’une utilisation
régulière et rigoureuse pour l’évaluation musculaire isocinétique. Il ne se
veut pas exhaustif sur le sujet, il se propose d’apporter des bases pratiques
solides pour réaliser une évaluation musculaire isocinétique et pour inter-
préter les résultats. De plus, il offre des notions sur l’évolution de la force en
fonction des situations pathologiques et sportives, et des pistes de réflexions
pratiques ou scientifiques ainsi que des références bibliographiques sont
proposées pour aller plus loin dans la démarche. Les aspects concernant la
rééducation ne représentent pas l’objectif principal de cet ouvrage, en cohé-
rence avec la pratique des auteurs et la réalité scientifique des publications,
ils ne sont abordés que dans un chapitre et plus à titre de perspectives.
Il nous semble aussi important de rappeler qu’il existe un hiatus entre la
pratique clinique et la recherche scientifique. En effet, les dynamomètres
isocinétiques sont très répandus et très utilisés en pratique. Cependant, les
XII

publications rapportent, dans la très grande majorité des cas, des résultats
sur des cohortes de quelques dizaines de sujets, et encore moins lorsque l’on
traite de rééducation. Ces cohortes peuvent paraître très faibles, et source
de peu de puissance statistique pour le praticien par rapport aux nom-
bres de sujets qu’il voit passer dans l’année, mais c’est la réalité scientifique.
Malheureusement, les informations et données diffusées et disponibles ne
sont peut-être pas vraiment représentatives de la réalité pratique. Il semble
nécessaire que des liens se fassent entre ceux qui utilisent les dynamomètres
isocinétiques dans leur pratique quotidienne, et qui ont des données sur
d’importantes cohortes, et ceux qui diffusent l’information médicale et
scientifique à tous les professionnels de santé, pour le bénéfice de tous afin
que le maximum d’information soit disponible à l’ensemble des utilisateurs.
Nous profitons enfin de cet avant-propos pour remercier les collègues
qui ont accepté de relire certains chapitres de cet ouvrage : Paul Calmels,
Léonard Féasson, Nicolas Morel, et Caroline Soubielle, et pour remercier
François Fourchet pour sa précieuse collaboration à cet ouvrage.
Et nous dédions cet ouvrage à Caroline, Noé, Sylvie, Elise, Gaspard.
Pascal Edouard et Francis Degache
Table des compléments
en ligne
Des compléments numériques sont associés à cet ouvrage, ils sont indi-
qués dans le texte par un picto . Ils proposent des vidéos. Pour voir
ces compléments, connectez-vous sur http://www.em-consulte/e-comple-
ment/474591 et suivez les instructions.

Chapitre 4
Vidéo e4.1.
Vidéo de l’installation pour l’évaluation musculaire isocinétique
des fléchisseurs et extenseurs du genou.
Vidéo e4.2.
Vidéo montrant une évaluation musculaire isocinétique des fléchisseurs
et extenseurs du genou.

Chapitre 5
Vidéo e5.1.
Vidéo de l’installation en position assise épaule à 45° dans le plan de la
scapula pour l’évaluation musculaire isocinétique des rotateurs médiaux
et latéraux de l’épaule.
Vidéo e5.2.
Vidéo montrant une évaluation musculaire isocinétique des rotateurs
médiaux et latéraux de l’épaule en position assise épaule à 45° dans
le plan de la scapula.

Chapitre 6
Vidéo e6.1.
Vidéo de l’installation et de l’évaluation des fléchisseurs et extenseurs
du rachis sur dynamomètre de type Con-Trex®.
1 Notions fondamentales
sur la physiologie
et la mécanique
de la contraction musculaire

Pascal Edouard

Résumé
Le muscle strié squelettique est constitué d’un ensemble de faisceaux
musculaires, eux-mêmes constitués d’un ensemble de fibres mus-
culaires, et chaque fibre musculaire contient de nombreuses  myo­
fibrilles, elles-mêmes constituées d’une succession d’unités contractiles
sarcomériques, formées de filaments dits « contractiles », essentielle-
ment composés des protéines d’actine et de myosine. Les muscles striés
squelettiques, par leurs propriétés d’excitabilité, de contractilité,
et d’élasticité, peuvent générer une force capable d’engendrer un
mouvement. Les déterminants de cette force musculaire sont les
aspects trophiques, la longueur du muscle, la pennation, la vitesse du
mouvement, le mode de contraction, les modalités de transmission
des forces, et le contrôle nerveux.

Mots clés : muscle strié squelettique ; force musculaire ; mode


de contraction musculaire ; myocyte ; myofibrille ; relation
tension-longueur ; relation force-vitesse ; pennation ; chaîne
musculaire.

Ce premier chapitre vise à mieux appréhender l’objet de l’évaluation mus-


culaire isocinétique à savoir le muscle strié squelettique. Nous verrons dans
le prochain chapitre (chapitre 2) que l’évaluation musculaire isocinétique
est actuellement le gold standard de l’évaluation de la force musculaire.
Ainsi, il semble pertinent de bien définir l’organe qui va être évalué  : le
muscle strié squelettique, et de mieux connaître ce que signifie et d’où vient
la force musculaire. Ce chapitre ne se veut pas exhaustif sur le sujet (pour
cela, nous vous conseillons les références cités dans la rubrique « Pour aller
plus loin »), mais vise simplement à apporter des bases sur l’organisation
du muscle, et sur la physiologie et la mécanique de la contraction muscu-
laire. Ces notions devraient permettre de mieux appréhender les chapitres
suivants.

Guide d’isocinétisme
© 2016 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
2 Guide d’isocinétisme

Les muscles striés squelettiques représentent environ 40  % du poids


total d’un sujet [1,2]. Les muscles striés squelettiques ont un rôle de pos-
ture et de mouvement, un rôle stabilisateur et moteur. Les propriétés des
muscles striés squelettiques (excitabilité, contractilité, élasticité…) leur
permettent de générer force et mouvement, le système nerveux étant
indispensable à leur fonctionnement [3]. En effet, l’activation du mus-
cle entraîne une contraction musculaire qui engendre une force visant
à raccourcir le muscle (rapprochement des extrémités opposées du mus-
cle). Si le muscle est inséré sur des pièces osseuses et que l’une d’elle est
libre, la force permet le déplacement de la pièce osseuse libre  ; c’est le
principe des leviers [4,5]. Ainsi, les muscles striés squelettiques permettent
la fonction de locomotion, de posture, de préhension et de manipulation,
d’utilisation des organes des sens, d’exprimer des sentiments, et de répon-
dre plus ou moins rapidement et durablement aux contraintes de notre
environnement [1,2].

Organisation du muscle strié squelettique


Organisation globale du muscle strié squelettique
Le muscle strié squelettique est constitué d’un ensemble de faisceaux mus-
culaires, eux-mêmes constitués d’un ensemble de fibres musculaires, et
chaque fibre musculaire contient des centaines de myofibrilles [3,6,7]. Des
couches de tissu conjonctif permettent de définir ces différents ensembles :
l’épimysium recouvre l’ensemble du muscle, le périmysium assemble les
fibres en faisceaux musculaires, et l’endomysium entoure chaque fibre mus-
culaire [3]. À l’extrémité d’une fibre musculaire, la membrane externe
devient irrégulière et dentelée pour se lier étroitement au tissu conjonctif, et
toutes ces différentes couches de tissu conjonctif se rejoignent pour former
le tendon qui unit le muscle au squelette osseux [6].
L’organisation hiérarchique du muscle strié squelettique est représentée de
manière schématique dans la figure 1.1, et l’ordre de grandeur des éléments
constituants le muscle strié squelettique est présenté dans le tableau 1.1.

Unités motrices
L’unité motrice est formée par l’ensemble des fibres musculaires innervé par
un neurone moteur (motoneurone α) dont le noyau est situé dans la corne
antérieure de la moelle épinière [1,3,4]. Le nombre de fibres musculaires
contenues dans une unité motrice varie avec la taille du muscle et la finesse
d’action de celui-ci : 2 000 fibres musculaires par unité motrice pour le puis-
sant quadriceps contre 12 fibres musculaires par unité motrice pour un très
précis muscle oculomoteur [1].
Notions fondamentales sur la physiologie et la mécanique... 3

Figure 1.1. Organisation hiérarchique du muscle strié squelettique.


© Lacour B., Belon J.-P. Physiologie. Les cours de L2-M2 Pharma. Paris : Elsevier-Masson, 2015.

Tableau 1.1. Ordre de grandeur des différentes structures hiérarchiques


entrant dans l’organisation du muscle strié squelettique.
Structure du muscle Ordre de grandeur
Muscle entier cm
Faisceaux musculaires mm
Fibres musculaires µm x 100
Myofibrilles µm
Myofilaments nm
D’après Lieber 2010 [7].

Fibres musculaires
La fibre musculaire (ou cellule musculaire ou myocyte) est allongée, sa
longueur dépend de la longueur du muscle lui-même et de sa pennation
(orientation des fibres musculaires). La fibre musculaire possède de nom-
breux noyaux disposés en périphérie de la cellule. Sa membrane plasmique
se nomme le sarcolemme, elle présente des fines invaginations tubulaires
qui ont un rôle dans l’excitabilité cellulaire. À la partie moyenne en sur-
face de la fibre musculaire, se trouve la plaque motrice, une structure dif-
férenciée constituant la jonction avec la terminaison nerveuse du neurone
moteur. Le cytoplasme du myocyte est appelé sarcoplasme, il contient les
structures responsables de son fonctionnement (les myofibrilles, le réticu-
lum endoplasmique…) des organites et des substrats essentiels à l’obtention
4 Guide d’isocinétisme

de l’énergie (mitochondries, réserves de glycogène et de lipides et la myo-


globine), ainsi que de nombreuses protéines en réseaux constituant le
cytosquelette de la cellule musculaire [1,3,7].

Myofibrilles
Les myofibrilles sont les éléments contractiles de la fibre musculaire, elles
s’étendent d’un bout à l’autre de la fibre musculaire. La myofibrille présente
une alternance de bandes sombres (bandes A) correspondant aux filaments
épais essentiellement composés de myosine, et de bandes claires (bandes I)
correspondant à la partie seule des filaments fins composés notamment
d’actine. Au milieu de la bande I se trouve une zone plus foncée nommée
strie Z, et qui correspond au point d’ancrage entre les extrémités des fila-
ments fins de deux sarcomères contigus. Par convention, la région d’une
myofibrille comprise entre deux stries Z successives représente le sarcomère,
c’est l’unité contractile de la fibre musculaire. Chez l’homme, le sarcomère
mesure environ 2  µm de long lorsque le muscle est au repos [1,3,6,7].
L’alternance des bandes et l’enchaînement des sarcomères sont représentés
dans la figure 1.2.

Figure 1.2. La myofibrille et les éléments contractiles de la fibre musculaire.


© Ader J.-L., Carré F., Dinh-Xuan A.T., Duclos M., Kubis N., Mercier J., et al. Physiologie. Collection « Abrégés Cours
+ exos ». Médecine/Pharmacie/DEUG SVT. Paris : Masson, 2003.
Notions fondamentales sur la physiologie et la mécanique... 5

Typologie musculaire
Il existe différents types de fibres musculaires, démembrés sous le terme
de typologie musculaire. Ces fibres musculaires ont des caractéristiques
structurelles, énergétiques, et contractiles différentes présentées dans le
tableau 1.2.

Tableau 1.2. Différentes typologies musculaires.


Caractéristiques Fibres I oxydative « dites Fibres IIa Fibres IIx rapides
fibres lentes et résistantes mixtes glycolytiques « dites
à la fatigue » fibres rapides »
Taille Petite Moyenne Grande
Vascularisation Importante Intermédiaire Faible
Vitesse Lente Intermédiaire Rapide
de contraction
Force développée Faible Intermédiaire Importante
Fatigabilité Faible Intermédiaire Importante
Voie principale de Aérobie Mixte Anaérobie
resynthèse de l’ATP
Densité Importante Intermédiaire Faible
de Mitochondrie
Réserve Intermédiaire Intermédiaire Importante
en glycogène

Organisation biomécanique du muscle strié


squelettique
Cette organisation biomécanique du muscle strié squelettique est représen-
tée de manière schématique dans la figure 1.3. Il s’agit essentiellement des
aspects mécaniques contractiles du muscle  : les myofilaments, avec leur
unité contractile : les sarcomères. Mais il est important de noter que les élé-
ments conjonctifs (aponévrose, épimysium, périmysium, endomysium…)
vont aussi intervenir dans la biomécanique du muscle strié squelettique par
leurs capacités d’élasticité et de viscoélasticité.

Physiologie de la contraction musculaire


Lors de la contraction musculaire, les têtes des filaments épais de myosine
se lient aux filaments fins d’actine, s’inclinent et génèrent ainsi un mouve-
ment de glissement entre les filaments ce qui conduit au raccourcissement
6 Guide d’isocinétisme

Figure 1.3. Schéma de l’organisation biomécanique du muscle strié squelettique.


Sont représentés les éléments contractiles (C), les éléments élastiques en série (ES)
et en parallèle (EP) et les éléments viscoélastiques (V).
© Monod H., Flandrois R. Physiologie du sport. Bases physiologiques des activités physiques et sportives. Collection
« Médecine du sport ». 6e édition. Paris : Masson, 2007.

du sarcomère. Ce déplacement s’effectue selon un cycle de modifications


successives [7] :
• L’arrivée d’un ion Ca ++ et sa fixation sur la troponine C du filament fin
initient le déclenchement de ce cycle de glissement.
• L’hydrolyse de l’ATP entraîne la bascule de la tête de myosine, l’ADP et Pi
restent associés à la tête de myosine.
• La tête de myosine vient s’attacher ensuite à l’actine, formant un pont
entre l’actine et la myosine.
• Le relargage du phosphate inorganique  (Pi) par le complexe actine-
myosine entraîne la rotation de la tête de myosine, qui retourne à sa posi-
tion de départ. Cette rotation de la tête de myosine avec la persistance du
pont actine-myosine entraîne le glissement du filament d’actine. La perte
de Pi est le moment où l’énergie libérée par l’hydrolyse de l’ATP est conver-
tie en mouvement.
• Puis à la fin de la rotation de la tête de myosine, l’ADP est relargué, ce qui
libère le site de fixation de l’ATP sur la myosine et permet la fixation d’une
nouvelle molécule d’ATP.
• Si une nouvelle molécule d’ATP est disponible, elle peut alors se fixer sur
la tête de myosine ce qui permet la dissociation de l’actine et de la myosine.
L’hydrolyse de l’ATP entraîne la bascule de la tête de myosine, l’ADP et Pi
restent associés à la tête de myosine. En présence d’un nouvel ion Ca ++,
un nouveau cycle peut commencer. La répétition de ce cycle engendre une
contraction dynamique.
Ce cycle est décrit dans la figure 1.4.
Le cycle complet se déroule en 50 ms au cours desquelles la myosine n’est
solidaire de l’actine que pendant 10 ms. Ceci implique qu’une contraction
soutenue d’un muscle exige une interaction coordonnée dans le temps
et l’espace de l’ensemble des sarcomères des nombreuses myofibrilles
Notions fondamentales sur la physiologie et la mécanique... 7

Figure 1.4. Le cycle énergétique de la contraction musculaire : variations chimiques et


mécaniques permettant la contraction musculaire.
D’après Cerretelli P. Traité de physiologie de l’exercice et du sport. Paris : Masson, 2002.

de chaque fibre musculaire, afin de permettre le raccourcissement d’une


grande longueur de muscle sur une brève durée de temps. Plus la vitesse de
raccourcissement est élevée plus le nombre de ponts renouvelés est grand
et plus la quantité d’ATP nécessaire est importante. Le lien actine-myosine
est un processus réversible qui donne de la rigidité au muscle, mais qui ne
suffit pas pour engendrer la force. Celle-ci est la somme de toutes les forces
élémentaires résultant de la rotation des têtes de myosine de chacun des
ponts d’actine-myosine [6].

Aspects mécaniques de la contraction


musculaire
Propriétés générales du muscle strié squelettique
Les différentes propriétés du muscle strié squelettique sont présentées dans
l’encadré 1.1.

Force musculaire
La force musculaire se définit comme étant la tension qu’un muscle peut
opposer à une résistance au cours d’un effort.
8 Guide d’isocinétisme

Encadré 1.1

Les différentes propriétés du muscle strié squelettique


[1,3,5]
� L’excitabilité est la faculté de percevoir un stimulus et de répondre de
manière spécifique à celui-ci. La réponse de la fibre musculaire est la pro-
duction et la propagation d’un courant électrique le long de sa membrane
plasmique (potentiel membranaire), qui est à l’origine de la contraction
musculaire.
� La contractilité est la capacité de se contracter sous l’effet de la stimula-
tion appropriée, et de produire de la force.
� L’élasticité est la capacité qu’ont les fibres musculaires de s’étirer sous
l’influence d’une force extérieure puis de reprendre leur longueur de repos
lorsque cette force cesse, tout en restituant l’énergie emmagasinée.
� L’extensibilité est la faculté d’étirement de la fibre musculaire au-delà de
la longueur de repos en situation de relâchement musculaire.
� La viscoélasticité se traduit par un léger retard à l’étirement du muscle.
� La plasticité musculaire correspond à la faculté du muscle à se modifier
dans sa structure et sa fonction pour s’adapter au travail qu’il effectue et aux
contraintes qu’il subit.

Les facteurs déterminants de la force musculaire sont [1,6,8] :


• Les aspects structurels et trophiques du muscle : la densité des myofila-
ments dans les sarcomères, le nombre de myofibrilles, la surface de section
transversale du muscle (et non sa longueur), le type de fibres musculaires (I,
IIa ou IIx), le type de myosine, l’intégrité des éléments passifs et actifs du
muscle, du tendon et de l’innervation centrale et périphérique…
• Les aspects de transmission des forces : l’orientation et l’organisation des
fibres dans le muscle, l’angle de pennation, le bras de levier et l’orientation
des forces, la qualité du tissu conjonctif de transmission des forces…
• Les conditions mécaniques de la contraction musculaire  : la longueur
du muscle (relation tension-longueur), la vitesse du mouvement (relation
force-vitesse), et le mode de contraction (statique ou dynamique, isoto-
nique ou isocinétique, isométrique, concentrique, ou excentrique)…
• Le contrôle nerveux : le type et le nombre d’unités motrices, le nombre
de fibres musculaires par unité motrice, la fréquence des potentiels d’action
(fréquence des dépolarisations), la durée d’activité (fatigue)…

Relation tension-longueur
Après stimulation du muscle, le niveau de tension dépend de la longueur à
laquelle se trouve le muscle au moment de son activation [1]. Le diagramme
Notions fondamentales sur la physiologie et la mécanique... 9

Figure 1.5. Représentation graphique de la relation tension-longueur du muscle strié


squelettique.
© Monod H, Flandrois R. Physiologie du sport. Bases physiologiques des activités physiques et sportives. Collection
« Médecine du sport ». 6e édition, Paris : Masson, 2007.

tension-longueur du muscle strié squelettique rapporté en figure  1.5


représente cette relation existant entre la longueur du muscle et la tension
qu’il exerce en situation de repos (force passive) et de force isométrique
maximale (force active, ou force totale dans la figure  1.5) [1]. Au repos,
plus le muscle est étiré, plus la tension est importante. À force isométrique
maximale, la tension maximale est développée pour une longueur optimale
correspondant à la longueur de repos [1]. La relation tension-longueur à
force isométrique est en lien avec les degrés de recouvrement entre les fila-
ments d’actine et de myosine pour chaque longueur de sarcomère  [6,7].
Cette longueur de repos peut correspondre à une position articulaire
résultant de l’équilibre des forces élastiques qui s’exercent au niveau des
agonistes et antagonistes commandant une même articulation [1]. Ce dia-
gramme tension-longueur du muscle strié squelettique peut varier en fonc-
tion de la typologie musculaire (courbe de tension active plus aplatie pour
les fibres I que les fibres IIx), et du muscle (mono- ou bi-articulaire, position
articulaire…) [1].
Dans le cadre de l’évaluation musculaire isocinétique, cette relation
tension-longueur est importante au moment de l’interprétation de l’allure
de la courbe isocinétique force-angle articulaire (ou force-amplitude de
mouvement) (voir chapitre 3).
10 Guide d’isocinétisme

Relation force-vitesse
La vitesse maximale à laquelle un muscle peut se raccourcir dépend de la
force qui lui est opposée. À l’inverse, la force maximale qu’un muscle peut
développer dépend de la vitesse à laquelle il se contracte. Le diagramme
de la relation force-vitesse est représenté en figure 1.6 et figure 1.7. Quand
la vitesse de raccourcissement d’un muscle augmente, la force dévelop-
pée par ce dernier diminue, et inversement. Une équation hyperbolique
inverse représente bien cette relation entre la force et la vitesse [9]. L’inter-
section avec l’axe des abscisses (vitesse) représente la vitesse maximale de
raccourcissement du muscle sans charge, i.e. sans production de force (V0),
et l’intersection avec l’axe des ordonnées (force) correspond à la force maxi-
male isométrique (F0) [9].
Dans le cadre de l’évaluation musculaire isocinétique, cette relation force-
vitesse a une grande importance pour justifier de l’utilisation de plusieurs
vitesses angulaires lors de l’évaluation (voir chapitre  3), et ensuite dans
l’interprétation des valeurs obtenues de moment de force maximum en
fonction de chaque vitesse angulaire (voir chapitre 3).

Figure 1.6. Représentation graphique de la relation force-vitesse du muscle strié


squelettique. La courbe a été construite à partir des valeurs de force et de vitesse
de contraction du muscle biceps brachial chez l’homme.
© Monod H, Flandrois R. Physiologie du sport. Bases physiologiques des activités physiques et sportives. Collection
« Médecine du sport ». 6e édition, Paris : Masson, 2007.
Notions fondamentales sur la physiologie et la mécanique... 11

Figure 1.7. Relation force-vitesse. La courbe a été construite à partir des valeurs
de force et de vitesse de contraction du muscle biceps brachial chez l’homme.
La courbe de relation puissance-vitesse a été reconstruite à partir du calcul
de la puissance qui correspond au produit de la force (F) par la vitesse (U) [10].
© Monod H, Flandrois R. Physiologie du sport. Bases physiologiques des activités physiques et sportives. Collection
« Médecine du sport ». 6e édition, Paris : Masson, 2007.

La puissance peut être mécaniquement considérée comme le produit de


la force par la vitesse. La puissance maximale est obtenue pour des valeurs
de force et de vitesse optimales, et non à force ou à vitesse maximale
(figure 1.7) [1,6,9].

Mode de contraction
Lorsque le muscle strié squelettique est activé, une contraction musculaire
est attendue. En fait, différents types de contractions musculaires sont
décrits en fonction de leur caractère statique (isométrique) ou dynamique
(anisométrique), du raccourcissement (concentrique) ou de l’allongement
(excentrique) du muscle, de la charge mobilisée (charge constante = isoto-
nique), et/ou de la vitesse de contraction (vitesse constante = isocinétique)
[1]. Ces différents types de contractions musculaires sont définis et décrites
dans le tableau 1.3 et la figure 1.8, leurs avantages et inconvénients sont
répertoriés dans le tableau 1.4.
On peut schématiquement définir que la contraction musculaire isomé-
trique intervient principalement dans la stabilité, la contraction muscu­
laire concentrique dans la performance motrice, et la contraction musculaire
12 Guide d’isocinétisme

Tableau 1.3. Les différents modes de contraction du muscle.


Mode de contraction Définition et caractéristique
Mode statique Il n’y a pas de déplacement du segment de membre. La longueur
ou isométrique du complexe tendinomusculaire ne se modifie pas. La résistance
opposée au mouvement est égale à la force développée
par le muscle.
Mode isotonique Il est aussi appelé contraction dynamique à charge constante.
Le segment de membre se déplace à vitesse variable mais à charge
constante.
Mode isocinétique Il s’agit d’une contraction dynamique avec déplacement
du segment de membre. Mais ce déplacement s’effectue
à vitesse constante sur toute l’amplitude du mouvement
avec une résistante autoadaptée variable. Ceci permet
si on le souhaite d’obtenir un effort maximal tout au long
du mouvement.
Mode concentrique Les points d’insertion musculaire se rapprochent et le muscle
se raccourcit, la résistance opposée au mouvement est inférieure
à la force développée par le muscle. Il s’agit d’une activité
musculaire mobilisatrice.
Mode excentrique Les points d’insertion musculaire s’éloignent et le muscle
s’allonge. La résistance opposée au mouvement est supérieure
à la force développée par le muscle. Il s’agit d’une activité
musculaire frénatrice.

Figure 1.8. Les différents modes de contraction du muscle : isométrique (A),


concentrique (B) et excentrique (C).
Notions fondamentales sur la physiologie et la mécanique... 13

Tableau 1.4. Avantages et inconvénients des différents modes


de contraction du muscle, d’après Perrin [11] et Chan et al. [8].
Modes de contraction Avantages Inconvénients
Isométrique Utile quand la mobilisation Pas d’évaluation des aspects
articulaire est interdite dynamiques de la force
ou douloureuse La force varie avec
Facile à mettre en place la position (relation
Adapter pour les évaluations tension-longueur)
au lit ou à domicile Peu de feedback objectif
Nécessite peu ou d’une augmentation
pas d’équipement de force
Pas de coût
Isotonique Mouvement et contraction La force produite/évaluée
physiologique est limitée à l’élément
Inclus les modes de contraction le plus faible du mouvement
concentrique et excentrique La force maximale arrive
Exercices sollicitant plusieurs au point le plus faible
groupements musculaires de l’amplitude
et articulations en même temps Impossibilité d’évaluer,
La progression de force entre autres, le moment
est visible objectivement de force maximum, le travail
Peu d’équipement et la puissance
Adapter pour les évaluations Les muscles les plus forts
à domicile peuvent compenser les plus
Facile à mettre en place faibles
Exercices en chaîne cinétique Ne permet pas un exercice
fermée ou ouverte en sécurité
Isocinétique Force maximale tout au long Limitation des exercices
de l’amplitude à un plan et un mouvement
Évaluation objective, Exercices principalement
reproductible et quantifiable en chaîne cinétique ouverte
Permet d’objectiver un déficit Coût d’équipement
de force d’un groupe musculaire Nécessite un personnel
Adaptation de la résistance formé
à la force développée tout Évaluation pouvant être
au long de l’amplitude longue
articulaire
Adaptation de la résistance
à la force développée
permettant un exercice
en sécurité
Permet d’évaluer, entre autres,
le moment de force maximum,
le travail et la puissance
À noter que les avantages et inconvénients du mode de contraction isocinétique sont détaillés
dans le chapitre 2, « Avantages et inconvénients de l’évaluation musculaire isocinétique ».
14 Guide d’isocinétisme

excentrique dans la protection musculaire et articulaire. Ces différentes


modes semblent donc complémentaires.
Dans le cadre de l’évaluation musculaire isocinétique, le choix du mode
de contraction aura donc son importance dans la compréhension des capa-
cités de force du muscle (voir chapitre 3).
Il est à noter que toutes ces contractions peuvent se réaliser à intensité
maximale, en mobilisant la totalité (ou quasi-totalité) des unités motrices,
ou à intensité sous-maximale, en mobilisant qu’une partie des unités
motrices [1].

Pennation
Tous les muscles sont composés de faisceaux de fibres musculaires mais
l’agencement de ces derniers est variable (figure 1.9). L’amplitude du mou-
vement d’un muscle et sa puissance sont fonction de l’agencement en fais-
ceaux [2]. Les fibres musculaires peuvent être orientées [5] :
• à la suite du tendon (en série, traction dans l’axe du tendon) le muscle est
dit fusiforme (figure 1.9-A) ;

Figure 1.9. Représentation schématique des différents types de pennation : fibres


musculaires dans l’axe du tendon (fusiforme) (A), muscle semi-penniforme (B), muscle
penniforme (C) ; les tendons sont représentés en gris foncé, les muscles en gris clair et
les fibres musculaires par les traits noirs ; inspiré de Dufour et Pillu [5].
Notions fondamentales sur la physiologie et la mécanique... 15

• latéralement par rapport au tendon, le muscle est dit semi-penné ou


semi-penniforme (traction selon un axe variable en fonction de l’angle fait
avec le tendon, force accrue) (figure 1.9-B) ;
• bilatéralement par rapport au tendon, le muscle est dit penné ou penni-
forme (traction selon un axe variable en fonction de l’angle fait avec le ten-
don, force deux fois plus importante que pour un muscle semi-penniforme)
(figure 1.9-C).
Plus les fibres musculaires sont longues et parallèles à l’axe longitudinal du
muscle, plus l’amplitude du mouvement est grande. Plus elles sont perpen-
diculaires, plus le muscle est puissant [2]. Les muscles longs sont principale-
ment ceux du mouvement alors que les muscles courts sont principalement
ceux qui stabilisent le corps [6].

Mouvement articulaire
Le mouvement articulaire est le mouvement de rotation entre deux seg-
ments corporels adjacents par rapport à l’articulation commune [4]. Le
déplacement angulaire (θ) est mesuré en degrés (°) ou en radians (rad) [4].
La vitesse angulaire  (w) est calculée à partir des variations de l’angle arti-
culaire en fonction du temps, elle est donc exprimée en degré par seconde
ou en radians/seconde [4] (par exemple : un déplacement angulaire de 60 °
correspond à 1,05 radians ; 1 radian correspond à 57,3 °).
Dans le cadre de l’évaluation musculaire isocinétique, la vitesse de mou-
vement définie et exécutée sera donc une vitesse angulaire. Il conviendra
de choisir des vitesses angulaires permettant d’appréhender les capacités
du muscle selon la relation force-vitesse, mais en faisant en sorte que ces
vitesses soient atteignables et réalisables par le sujet, afin qu’il demeure en
mode isocinétique (c’est-à-dire que le mouvement reste toujours à vitesse
constante) (voir chapitre 3).

Chaîne musculaire
La chaîne musculaire est l’ensemble des muscles et articulations mis en jeu
dans un mouvement. On distingue :
• la chaîne cinétique fermée (CCF) lorsque l’extrémité distale est fixe (ex. :
mouvement de squat) (figure 1.10-A) ;
• la chaîne cinétique ouverte (CCO) lorsque l’extrémité distale est libre (ex. :
shoot au football ou mouvement de « leg extenseur ») (figure 1.10-B) [5].
Les contraintes articulaires sont plus importantes lors d’un mouvement en
chaîne cinétique ouverte car la co-contraction des agonistes et antagonistes
ne permet pas une stabilisation maximale de l’articulation. Par exemple,
au niveau de l’articulation du genou, les mouvements en chaîne cinétique
ouverte augmentent les contraintes de l’articulation fémoro-patellaire, mais
pas de façon significative pour l’articulation fémoro-tibiale.
16 Guide d’isocinétisme

Figure 1.10. Représentation schématique de mouvements en chaîne cinétique fermée


(A) et en chaîne cinétique ouverte (B).

Dans le cadre de l’évaluation musculaire isocinétique, le mouvement


est réalisé en chaîne cinétique ouverte, ce qui correspond à la majorité
des gestes de la vie quotidienne et sportive pour les membres supérieurs,
mais qui est moins fréquent pour les membres inférieurs. Par ailleurs,
compte tenu des contraintes articulaires plus importantes en chaîne ciné-
tique ouverte, des précautions doivent être prises lors de l’évaluation mus-
culaire isocinétique dans certains contextes pathologiques (ex. : syndrome
fémoro-patellaire, reconstruction chirurgicale du ligament croisé antérieur
en phase post-aiguë).

Course de travail musculaire


Le débattement parcouru au cours du mouvement par une articulation ou
un muscle est appelé course [5]. La course de travail caractérise le secteur
angulaire d’activité que l’on souhaite privilégier au cours des exercices. Elle
se définit par rapport aux points d’insertion du muscle étudié (figure 1.11).
On distingue :
• la course interne lorsque les points d’insertion sont rapprochés (muscle
en position de raccourcissement maximal) ;
• la course externe lorsque les points d’insertion sont éloignés (muscle en
position d’étirement maximal) ;
• la course intermédiaire (moyenne) entre les deux positions extrêmes.
Dans le cadre de l’évaluation musculaire isocinétique, cette notion est
pertinente pour la détermination de l’amplitude articulaire qui sera réalisée
lors de l’évaluation (voir chapitre 3).
Notions fondamentales sur la physiologie et la mécanique... 17

Figure 1.11. Représentation schématique de la course linéaire musculaire (A)


et la course angulaire articulaire (B) interne (i), moyenne (m) et externe (e), inspiré
de Dufour et Pillu [5].

Points clés
Le muscle strié squelettique est constitué d’un ensemble de faisceaux mus-
culaires, eux-mêmes constitués d’un ensemble de fibres musculaires, et
chaque fibre musculaire contient de nombreuses myofibrilles, elles-mêmes
constituées d’une succession d’unités contractiles sarcomériques. Le sarco-
mère est formés de filaments dits « contractiles », essentiellement composés
des protéines d’actine et de myosine. Les muscles striés squelettiques, par leurs
propriétés d’excitabilité, de contractilité, et d’élasticité, peuvent générer
une force capable d’engendrer un mouvement. Les déterminants de cette
force musculaire sont les aspects trophiques, la longueur du muscle, la pen-
nation, la vitesse du mouvement, le mode de contraction, les modalités
de transmission des forces, et le contrôle nerveux. Il est intéressant d’avoir
des notions essentielles de ces caractéristiques du muscle strié squelettique,
car elles conditionnent le choix des méthodologies d’évaluation musculaire
isocinétique, et elles permettent l’interprétation des valeurs ainsi obtenues.

Pour aller plus loin


Afin d’approfondir vos connaissances sur le muscle, nous vous conseillons les
ouvrages suivants :
Jones D, Round J, De Haan A. Physiologie du muscle squelettique  : De la structure au
mouvement. Paris: Elsevier; 2005.
Lieber RL. Skeletal muscle structure, function, and plasticity: the physiological basis of
rehabilitation. Thrid edition. Philadelphia, USA: Lippincott Williams & Wilkins;
2010.
Monod H, Flandois R, Physiologie du sport. Bases physiologiques des ativités physiques
et sportives. Collection Médecine du sport. 4e édition. Paris: Masson; 2000.
18 Guide d’isocinétisme

Références
[1] Monod H, Flandrois R. Physiologie du sport. Bases physiologiques des activités phy-
siques et sportives. Collection Médecine du sport. Vol. 4ème édition. Paris: Masson;
2000.
[2] Association Française contre les Myopathies. Le système musculaire squelet-
tique. Repères Savoir et comprendre. 2003  ; http://www.afm-telethon.fr/sites/
default/files/le_systeme_musculaire_squelettique_0309.pdf.
[3] Association Française contre les Myopathies. Le muscle squelettique. Repères
Savoir et comprendre. 2003  ; http://www.afm-telethon.fr/sites/default/files/
le_muscle_squelettique_0306.pdf.
[4] Allard P, Blanchi J-P. Analyse du mouvement humain par la biomécanique. 2ème ed.
Québec: Décarie; 2000.
[5] Dufour M, Pillu M. Biomécanique fonctionnelle. Paris: Masson; 2005.
[6] Jones DG, Round J, de Haan A. Physiologie du muscle squelettique : De la structure
au mouvement. Paris: Elsevier; 2005.
[7] Lieber RL. Skeletal muscle structure, function, and plasticity: the physiological basis
of rehabilitation. Third edition ed. Philadelphia, USA: Lippincott Williams &
Wilkins; 2010.
[8] Chan KM, Maffulli N, Korkia P, Li RCT. Principles and Pratice of Isokinetics in Sports
Medicine and Rehabilition. Hong Kong: Williams & Wilkins; 1996 37.
[9] Samozino P. Capacités mécaniques des membres inférieurs et mouvements explosifs :
Approches théoriques et integratives appliquées au saut vertical. Université Jean
Monnet Saint-Etienne; 2009.
[10] Aagaard P, Simonsen EB, Magnusson SP, Larsson B, Dyhre-Poulsen P. A new
concept for isokinetic hamstring : quadriceps muscle strength ratio. Am J Sports
Med. 1998;26(2):231-7.
[11] Perrin DH. Isokinetic Exercise and Assessment, ed. D.H. Perrin.1993, Charlottes-
ville, Virginia : Human Kinetics.
2 Caractéristiques
de l’évaluation musculaire
isocinétique

Pascal Edouard

Résumé
L’évaluation de la force musculaire peut se faire en mode statique
(isométrique) soit de manière manuelle, soit instrumentée à l’aide
d’un dynamomètre, mais l’évaluation en mode dynamique se
rapprochant plus de la physiologie du muscle et du mouvement
est cependant à privilégier. L’évaluation de la force musculaire iso-
cinétique représente actuellement le gold standard de l’évaluation
musculaire. Le principe d’isocinétisme est régi par la maîtrise de la
vitesse (la vitesse est constante tout au long du mouvement) et l’as-
servissement de la résistance (il y a une adaptation de la résistance
en tout point du mouvement afin qu’elle soit égale à la force
développée par le sujet). L’isocinétisme permet une mesure objective,
fiable, quantitative et qualitative, reproductible, dynamique de la
force musculaire, avec un contrôle de la trajectoire, de l’amplitude
articulaire, de la vitesse angulaire, et une sécurité pour le sujet par
auto-adaptation de la résistance.

Mots clés : évaluation musculaire ; isocinétisme ; testing musculaire ;


moment de force ; résistance ; indications ; contre-indications.

Nous avons vu dans le chapitre précédent que les muscles striés squelet-


tiques, par leurs propriétés d’excitabilité, de contractilité, et d’élasticité,
peuvent générer une force qui peut engendrer un mouvement. Cette
force musculaire va permettre différentes fonctions, dont la locomotion
et la préhension, mais aussi la stabilisation des articulations et du corps.
Cela va permettre la réalisation d’activités de la vie quotidienne, mais
aussi professionnelles et sportives. Cette force musculaire étant le moteur
de ces différentes fonctions a un rôle particulièrement important dans le
maintien d’un bon fonctionnement de l’appareil locomoteur. Dans ce
contexte, l’évaluation de la force musculaire représente un élément indis-
pensable dans le cadre de l’évaluation de l’appareil locomoteur, que ce soit
chez le sujet sain ou dans un contexte pathologique. Nous allons donc
décrire dans ce chapitre  les différentes méthodes et outils d’évaluation

Guide d’isocinétisme
© 2016 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
20 Guide d’isocinétisme

de la force musculaire, puis les principes de l’évaluation musculaire en


mode isocinétique, ainsi que les avantages et inconvénients, et les appli-
cations, indications et contre-indications de l’évaluation musculaire
isocinétique.

Différentes méthodes et outils d’évaluation


de la force musculaire
Le volume musculaire segmentaire
C’est un des facteurs déterminants de la force. En effet, la force musculaire
est corrélée avec la surface de section transversale du muscle et non sa
longueur [1].
La simple inspection permet de repérer la trophicité et/ou le volume mus-
culaire.
La mesure périmétrique du volume musculaire est une approche clinique
classique, assez objective, bien que grossière, et peut présenter un intérêt en
mode comparatif entre les deux membres controlatéraux d’un sujet [2,3].
En revanche, elle reste approximative pour évaluer le volume musculaire,
car elle reflète la musculature agoniste et antagoniste, mais également les
tissus cutanés, graisseux et les éléments osseux. De plus, cette mesure est
peu reproductible [3].
Les examens d’imagerie permettent une approche plus approfondie et
plus objective du volume et de la trophicité musculaire. C’est une tech-
nique non invasive autorisant la mesure du volume et de la surface de
section musculaire, mais sans intégrer les facteurs de contrôle moteur et
biomécanique qui influencent la qualité de force in vivo [3].
L’échographie permet de distinguer le tissu musculaire normal d’un
hématome et de reconnaître aisément une rupture musculaire [3]. Elle
permet d’apprécier la section transversale musculaire pour les muscles
superficiels.
La tomodensitométrie permet d’évaluer l’atrophie et le degré de
dégénérescence graisseuse des muscles, en distinguant les composantes
sous-cutanées et graisseuses à soustraire de la surface totale, avec une repro-
ductibilité satisfaisante [3,4]. Plusieurs études ont rapporté de bonnes cor-
rélations entre la surface de section musculaire et la force musculaire [5].
L’IRM permet de déterminer de manière reproductible le volume des mus-
cles, notamment des muscles de la coiffe des rotateurs avec une faible varia-
bilité intra- et inter-observateur [6]. Le temps de relaxation de l’IRM (T2)
permet de déterminer le recrutement musculaire pendant un exercice.
L’imagerie médicale ne peut cependant pas établir de relation entre la perte
de volume musculaire et le déficit de force maximale [7].
Caractéristiques de l’évaluation musculaire isocinétique 21

Évaluation quantifiée de la force musculaire


en mode statique (mode isométrique)
L’évaluation ou la mesure de la force musculaire fait partie intégrante de
l’évaluation de l’appareil locomoteur (ou appareil musculo-squelettique).
Elle peut être statique ou dynamique, manuelle ou instrumentalisée.

Le testing musculaire manuel


C’est une méthode simple, rapide, efficace, analytique, peu coûteuse, néces-
sitant cependant un apprentissage [8-10] et permettant une cotation en
6 paliers (encadré 2.1).

Encadré 2.1

Évaluation manuelle de la force musculaire


par le testing musculaire (Testing musculaire Medical
Research Council)
0 = absence de contraction musculaire.
1 = contraction sans déplacement.
2 = déplacement uniquement si la pesanteur est éliminée.
3 = déplacement contre pesanteur.
4 = déplacement contre résistance
5 = force normale.

En pratique, pour réaliser cette cotation, il convient de placer le patient


dans une position permettant un soutien de l’ensemble de son corps afin
qu’il puisse concentrer son effort sur la partie à évaluer [11]. Dans un pre-
mier temps, le segment à évaluer est mis en situation antigravitaire. Si les
muscles sont trop faibles pour déplacer le segment contre la pesanteur,
ils sont évalués dans le plan horizontal. Il convient de stabiliser la partie
proximale du membre évalué pour réduire le risque de compensation par
des muscles autres que ceux évalués. La résistance manuelle est appliquée
directement dans le plan de déplacement des muscles évalués, par une pres-
sion progressive et non brusque. Les deux côtés, droit et gauche, sont éva-
lués l’un après l’autre pour permettre une comparaison, en particulier en
situation pathologique unilatérale [11].
À chaque muscle correspond une manœuvre précise définissant une force
isométrique subjective à comparer bilatéralement. L’évaluation isométrique
manuelle déterminerait une faiblesse musculaire en référence aux perfor-
mances controlatérales [7,12]. Cette méthode permet de dissocier l’action
des groupes musculaires agonistes et antagonistes, et peut s’effectuer à des
angles articulaires variables [13].
22 Guide d’isocinétisme

En pratique quotidienne, cette méthode demeure la plus utilisée, mais


elle présente certaines limites  : méthode subjective, difficulté de visua-
liser ou palper la contraction des muscles profonds, cotation malaisée
lorsque les performances de force se rapprochent de la normalité ou sont
supra-normales, faible reproductibilité, faible sensibilité aux changements,
difficultés de quantifier un éventuel déséquilibre entre groupes d’actions
antagonistes [3,7,9-15]. C’est avant tout une méthode d’évaluation diag-
nostique, et non de suivi [16,17]. À titre d’exemple concernant sa faible
sensibilité, Ellenbecker [15] a montré des différences bilatérales en mode
isocinétique allant jusqu’à 28  % au niveau des rotateurs médiaux et des
rotateurs latéraux de l’épaule, alors que l’évaluation isométrique manuelle
était normale, sans différence (score de 5/5).

L’usage d’un dynamomètre manuel


Le dynamomètre manuel permet une mesure plus objective, et ainsi d’appré-
cier un éventuel déséquilibre entre des muscles antagonistes ou l’efficacité
d’un renforcement musculaire lorsque la force se rapproche de la normalité
ou est supra-normale (figure 2.1) [3]. Cela rend la mesure plus reproductible et
plus discriminante que la simple évaluation manuelle [18]. Mais il existe des
limites notamment par la difficulté de maintenir et de reproduire une posi-
tion identique durant une évaluation ou entre deux évaluations [19,20]. De
plus, on note une spécificité médiocre pour l’évaluation des muscles dont la
modalité de contraction est principalement dynamique [3,12,14].

Figure 2.1. Utilisation d’un dynamomètre manuel pour l’évaluation musculaire


isométrique des extenseurs du genou (A) ou des rotateurs médiaux de l’épaule (B).
Caractéristiques de l’évaluation musculaire isocinétique 23

Évaluation quantifiée de la force musculaire


en mode dynamique
Évaluation de la force musculaire dynamique selon la masse
Il s’agit de la masse soulevée par un sujet lors d’un mouvement particulier
(squat, développé-couché, soulevé de terre), il s’agit alors d’un mode isoto-
nique (la charge reste constante tout au long du mouvement). Il est possible
de mesurer la 1-RM (1 répétition maximale) qui correspond à la charge la
plus élevée (dite maximale) que le sujet peut mobiliser dans l’amplitude
totale du mouvement, à une seule reprise ; ou la 10-RM (10 répétitions maxi-
males) qui correspond à la charge la plus élevée (mais sous-maximale) qu’il
peut mobiliser à 10 reprises dans l’amplitude complète du mouvement [12].
La fatigue inhérente aux conditions d’évaluation par essais successifs peut
en compromettre la validité [3], et un certain nombre de paramètres ne
peuvent être contrôlés : stabilisation du corps, amplitudes articulaires, accé-
lération et vitesse du mouvement [12]. Cette évaluation s’applique souvent
à un groupe musculaire ou une fonction, et ne permet pas de discriminer
des muscles particuliers, et l’analyse des muscles agonistes et antagonistes
est difficile [14].

Évaluation de la force musculaire dynamique selon la vitesse


du mouvement
C’est ce qui correspond au développement des méthodes d’évaluation
isocinétique. En pratique, sur un appareil dynamométrique isocinétique,
à la force exercée se substitue le « moment de force ». Ce dernier désigne
l’aptitude d’une force à faire tourner un système mécanique autour d’un
pivot à une vitesse donnée. À l’échelle musculaire, il représente la force avec
laquelle les unités musculo-tendineuses agissent sur un système de bras
de levier représenté par les os et les articulations en générant un mouve-
ment [21]. Ces méthodes d’évaluation en mode de contraction isocinétique
effectuées à l’aide de dynamomètre seront abordées plus en détail tout au
long de cet ouvrage.

Évaluation quantifiée de l’activité musculaire


électromyographique
L’électromyographie (EMG) permet d’enregistrer l’activité électrique du
muscle strié squelettique au repos ou lors de sa contraction (électromyo-
graphie de détection) ou en réponse à la stimulation de son nerf (électro-
myographie de stimulodétection ou neurographie motrice). Dans le cadre
de l’électromyographie de détection, les électrodes peuvent être cutanées
(EMG global ou de surface) ou intramusculaires (EMG élémentaire ou uni-
taire qui analyse l’activité des unités motrices).
24 Guide d’isocinétisme

Le signal EMG enregistré est un signal complexe puisqu’il contient des


informations relatives aux caractéristiques des unités motrices actives (taille
des unités motrices, recrutement, fréquence de décharge, type de fibres
musculaires…) et représente l’ensemble des différentes contributions élec-
triques de ces unités motrices [22].
L’électromyographie globale peut être quantifiée par l’addition des sur-
faces correspondant aux variations de potentiel de part et d’autre de la ligne
isoélectrique. L’électromyogramme intégré de cette façon (EMGi) constitue
donc une mesure planométrique du signal EMG brut pouvant s’effectuer
par des circuits d’intégration électronique. Cet électromyogramme intégré,
rapporté à l’unité de temps, dépend de l’amplitude, de la fréquence et de la
durée des potentiels détectés. Il s’agit donc d’une expression quantitative
du recrutement spatio-temporel des unités motrices, constituant un témoin
de l’intensité globale de la contraction musculaire.
L’électromyographie globale peut ainsi contribuer à la compréhension
des mécanismes de coopération inter- et intra-musculaire dans le cadre de
mouvements spécifiques ou de situations pathologiques [3,23,24].
L’idée selon laquelle l’électromyographie constitue un indice de la force
musculaire repose sur l’existence d’une relation entre le niveau d’excitation
d’un muscle et le couple externe exercé par le groupe musculaire auquel il
appartient [25].

À retenir
Les techniques d’évaluation clinique ou paraclinique des muscles permettent
de contribuer à qualifier leur force musculaire, que ce soit dans un contexte
physiologique (sujet sain) ou pathologique (démarche diagnostic, évaluation
du retentissement algo-fonctionnel d’une pathologie, suivi thérapeutique). Ces
techniques restent le plus souvent appliquées à une situation statique. De ce
fait, elles ne permettent pas de quantifier la force développée par un groupe
musculaire particulier au cours d’un mouvement, ni de déterminer un déséqui-
libre agoniste/antagoniste. Ces techniques n’offrent pas toujours des critères
métrologiques permettant une évaluation fiable et un suivi avec une sensibilité
suffisante. Ce constat justifie le recours à des techniques dynamiques fiables,
dont l’évaluation musculaire isocinétique.

Principes de l’évaluation musculaire en mode


isocinétique
L’évaluation musculaire en mode isocinétique a fait l’objet depuis plus de
40 ans d’études nombreuses et d’un vaste développement avec des appli-
cations multiples, en pratique clinique dans la démarche diagnostique, le
Caractéristiques de l’évaluation musculaire isocinétique 25

suivi, la prévention, ou dans le domaine de la recherche fondamentale ou


clinique, que ce soit dans le champ de la médecine du sport, de la rééduca-
tion, des pathologies orthopédiques, ou de la neurologie [21,26-31]. L’usage
du mode de contraction isocinétique avec des dynamomètres est avant tout
celui d’une modalité d’évaluation de la force musculaire en dynamique afin
de déterminer la force musculaire et l’équilibre agoniste/antagoniste.

Historique
Le concept « d’isocinétisme » a été décrit pour la première fois en 1967 par
Hislop et Perrine [32]. C’est une réponse de Hislop et Perrine à un appel
d’offres de la National Aeronautics and Space Administration (NASA) qui
recherchait une solution « simple » d’évaluation de la force musculaire en
mode dynamique [33]. Deux machines ont ainsi été développées incluant
un système de contrôle de la vitesse permettant de générer ce mode de
contraction isocinétique : un dynamomètre d’évaluation pluri-articulaire :
le Cybex  I (figure  2.2), et un exerciseur en chaîne cinétique fermée  pour
membres inférieurs : le Kinetron (figure 2.3).
Initialement, les dynamomètres isocinétiques ne permettaient que le
mode de contraction concentrique. Les mesures de force étaient visualisées
initialement sur un oscilloscope, puis en 1980 imprimées directement sur
une feuille de papier millimétré (figure 2.4). En 1982, le Kin-com (Kinematic
Communicator) offrit la possibilité de réaliser le mode de contraction

Figure 2.2. Cybex I (1970) : un dynamomètre d’évaluation pluri-articulaire.


Photo extraite de Lemire P., Historique et fondamentaux de la technologie isocinétique appliquée au mouvement
humain. Sciences & Motricité, 2014 ; 85 : 7-14. © ACAPS, EDP Sciences, 2014.
26 Guide d’isocinétisme

Figure 2.3. Kinetron (1971) : un exerciseur en chaîne cinétique fermée pour membres


inférieurs
Photo extraite de Lemire P., Historique et fondamentaux de la technologie isocinétique appliquée au mouvement
humain. Sciences & Motricité, 2014 ; 85 : 7-14. © ACAPS, EDP Sciences, 2014.

Figure 2.4. Mesures de force musculaire directement sur une feuille de papier
millimétré.
Photo extraite de Lemire P., Historique et fondamentaux de la technologie isocinétique appliquée au mouvement
humain. Sciences & Motricité, 2014 ; 85 : 7-14. © ACAPS, EDP Sciences, 2014.
Caractéristiques de l’évaluation musculaire isocinétique 27

Figure 2.5. Orthotron (1975) pour genou (A) et évaluation pluri-articulaire (B).


Photo extraite de Lemire P., Caractéristiques des dynamomètres isocinétiques actuels. Cours du DU Évaluation
Biomécanique de la Performance Sportive, Université de Saint-Etienne, 2014. © ACAPS, EDP Sciences, 2014.

excentrique (figure 2.6) [34]. En 1982, le Cybex II fut relié à un ordinateur, et


un logiciel (Humac computer system) permettait l’exploitation des données
mesurées (figure 2.7). Les évolutions technologiques ont permis l’améliora-
tion des qualités intrinsèques des dynamomètres isocinétiques : précision
de mesures, recueil informatisé des données, amélioration technologique
du matériel… Cela a permis d’augmenter et d’améliorer la fiabilité et la
reproductibilité des mesures, de prendre en compte plus de composantes
28 Guide d’isocinétisme

Figure 2.6. Kin-com (1982).


Photo extraite de Lemire P., Caractéristiques des dynamomètres isocinétiques actuels. Cours du DU Évaluation
Biomécanique de la Peformance Sportive, Université de Saint-Etienne, 2014. © ACAPS, EDP Sciences, 2014.

de la fonction musculaire (isométrique, excentrique, isotonique, chaîne


cinétique fermée…), et d’élargir l’application à plus de situations (aug-
mentation du nombre de groupes musculaires et articulaires pouvant être
évalués, augmentation du moment de force pouvant être développé, pos-
sibilité d’une assistance pour les sujets ayant une force inférieure à 3/5…).
Des dynamomètres isocinétiques de 1970 à ce jour sont présentés dans les
figures 2.2 à 2.13.
Utilisé essentiellement dans le domaine de la recherche puis dans le
milieu sportif à partir des années 1970, le mode isocinétique et les dyna-
momètres isocinétiques ont conquis le milieu de la rééducation au début
des années  1980. Ses applications se sont élargies, en orthopédie et en
traumatologie par la possibilité de déterminer un déficit et/ou un dés-
équilibre musculaire agoniste/antagoniste, mais aussi par les possibilités
d’utilisation en tant qu’outil de renforcement musculaire. Plus récemment,
ses applications se sont élargies au champ de la neurologie, dans le cadre
de l’évaluation de la force musculaire, mais aussi de la spasticité, et de la
rééducation.

Principe d’isocinétisme
Le terme isocinétisme est formé du préfixe « iso » qui vient du grec ancien
« ɩ˜˓ σοζ, isos » signifiant « égal », et du radical « cinétique » qui vient du grec
« kίνησιζ/ kinesis » signifiant « mouvement » [33]. Il signifie : « mouvement
à vitesse constante ». Le terme anglais est isokinetic.
Caractéristiques de l’évaluation musculaire isocinétique 29

Figure 2.7. Cybex II (1982) : vue d’ensemble (A), le dynamomètre (B), et en position


d’évaluation musculaire des fléchisseurs et extenseurs de l’épaule (C), des abducteurs
et adducteurs de l’épaule (D) et des rotateurs de l’épaule (E).
© Photos du Pr Paul Calmels.
30 Guide d’isocinétisme

Figure 2.8. Cybex 300.


Photo extraite de Lemire P., Caractéristiques des dynamomètres isocinétiques actuels. Cours du DU Évaluation
Biomécanique de la Performance Sportive, Université de Saint-Etienne, 2014. © ACAPS, EDP Sciences, 2014.

Figure 2.9. Cybex 6 000 (1989), vue de face (A), de profil (B) et centré sur le
dynamomètre (C).
© Photos du Pr Paul Calmels.
Caractéristiques de l’évaluation musculaire isocinétique 31

Figure 2.10. Cybex Norm (1995).


© Photo du Pr Vincent Grémeaux.

Figure 2.11. Cybex Humac Norm de dernière génération vue de côté (A) et de dos (B).
© Photo de François Fourchet.
32 Guide d’isocinétisme

Figure 2.12. Biodex System 4 Pro (A) et Biodex System Quick-Set (B).
© Photos de Biodex Medical Systems, Inc.

Figure 2.13. Con-Trex® (Con-Trex MJ ; CMV, Dübendorf, Switzerland) avec à droite
l’ordinateur, au centre le module multi-joint et le servomoteur, et à gauche le module rachis.
© Photos de Pascal Edouard.
Caractéristiques de l’évaluation musculaire isocinétique 33

Ce concept d’isocinétisme recouvre à la fois un mode de contraction


musculaire effectuée à vitesse constante (mode isocinétique), et le matériel
nécessaire à la réalisation d’un tel type de contraction (dynamomètre iso-
cinétique) [32].

Définition
L’isocinétisme signifie : « mouvement à vitesse constante ».
Le principe d’isocinétisme est régi par [26,32] :
� la maîtrise de la vitesse : la vitesse est constante tout au long du mouve-
ment ;
� l’asservissement de la résistance : il y a une adaptation de la résistance en
tout point du mouvement afin qu’elle soit égale à la force développée par le
sujet (auto-adaptation de la résistance).

Le concept d’isocinétisme a été comparé par Levet et al. [36] à un vélo


dont la roue tourne à une vitesse déterminée. Lorsque le cycliste entraîne
la roue à une vitesse inférieure à la vitesse définie, il n’exerce aucun effort,
«  il pédale dans le vide  ». Lorsqu’il entraîne la roue à une vitesse égale à
celle définie, aucune force n’est appliquée à la roue qui tourne à une vitesse
déterminée, il assure seulement le contact sur la roue libre. Dans ces deux
situations, l’appareil enregistre une force nulle. Lorsque le cycliste entraîne
la roue à une vitesse supérieure à celle définie, il peut augmenter indéfini-
ment son effort, la roue gardera toujours la même vitesse, mais l’appareil
enregistrera une force d’autant plus grande que le cycliste augmente son
effort. Plus le cycliste cherche à aller vite, plus l’appareil enregistre une force
musculaire développée élevée.
Ce principe d’asservissement de la résistance est bien connu en mode
isométrique. Par exemple, lors de la poussée contre un mur, la résistance
opposée par celui-ci est strictement égale à la poussée développée par le
sujet —  principe biomécanique d’action-réaction, loi n°  2 de Newton  —
(figure  2.14  A). En isocinétisme ce principe est respecté, le dynamomètre
oppose une réaction égale à la force développée par le sujet, mais elle est
réalisée en dynamique avec un déplacement à vitesse prédéfinie. En effet,
il faut s’imaginer que le sujet pousse contre un «  mur  » qui se déplace à
une vitesse définie, et il ne pourra pas aller plus vite. Ce « mur » peut être
figuré par un train : le sujet n’est pas capable de déplacer cet objet (« mur
en mouvement à vitesse continu  » ou train), et si le train avance à une
vitesse déterminée le sujet ne sera pas capable de le faire avancer plus vite
(figure 2.14 B). La résistance opposée par le train (« mur » en mouvement)
est strictement égale à la poussée développée par le sujet, mais cela se passe
durant un mouvement dynamique (déplacement du sujet et du train) et à
vitesse constante (celle prédéfinie du train). Si le sujet se déplace à la même
34 Guide d’isocinétisme

Figure 2.14. Illustration du mode isocinétique : A : force opposée en statique ; B : force
en situation dynamique isocinétique.

vitesse que le train, la force de poussée développée par le sujet est nulle.
Si le sujet essaie de se déplacer à une vitesse supérieure à celle définie par
le train, il peut augmenter indéfiniment son effort, il gardera toujours la
même vitesse (celle du train), mais la force produite par le sujet et celle
de résistance opposée par le train sera d’autant plus grande que le sujet
augmente son effort.
Comme il s’agit d’un mouvement de rotation, la force est appliquée sur
un bras de levier en rotation, ce qui est décrit comme « force musculaire »
est en fait un moment de force (ou couple de force) (figure 2.15) [21]. Le
bras de levier d’une force « F » est la distance « d » entre sa ligne d’action
et le pivot « P » autour duquel la force tend à agir ; il est représenté par la
perpendiculaire abaissée sur la ligne d’action de cette force à partir du point
pivot considéré (figure 2.16) [37]. Le moment de force correspond mécani-
quement au produit de l’intensité de la force « F » par le bras de levier « d »
séparant le centre de rotation de la droite porteuse de « F » [37].
Caractéristiques de l’évaluation musculaire isocinétique 35

Figure 2.15. Illustration d’une force rotatoire.

Figure 2.16. Illustration du concept de bras de levier.

Ce principe va permettre, à l’inverse de l’exercice isotonique, le dévelop-


pement d’un moment de force qui sera maximum sur toute l’amplitude du
mouvement [3,26]. Ce mode de contraction dynamique peut être appliqué
en mode concentrique et en mode excentrique.

Avantages et inconvénients de l’évaluation


musculaire isocinétique
Avantages de l’évaluation musculaire isocinétique
Les avantages de l’isocinétisme sont de permettre une mesure de la force
musculaire qui soit objective, fiable, quantitative et qualitative, reproduc-
tible, dynamique, et notamment de deux groupes musculaires effecteurs
(agoniste/antagoniste), lors d’un mouvement de rotation angulaire, et dans
un axe et un secteur angulaire ou articulaire déterminé.
36 Guide d’isocinétisme

Le mode de contraction isocinétique et l’évaluation musculaire via ce


mode permettent et impliquent un contrôle de la trajectoire du segment
de membre et de l’amplitude articulaire, ce qui permet notamment une
bonne reproductibilité par un mouvement identique dans les mêmes axes
et secteurs angulaires et donc les mêmes longueurs de muscle pour chaque
mouvement.
L’évaluation isocinétique par définition permet une maîtrise et une
détermination de la vitesse angulaire lors du mouvement. Cela permet
une appréciation des caractéristiques de la relation force-vitesse. Cela per-
met l’évaluation de la force musculaire maximale par la mesure du moment
de force maximum. Cela permet la quantification d’un déficit de force
par rapport au côté opposé, par rapport aux muscles antagonistes, ou par
rapport à des valeurs normatives.
Cette évaluation de la force musculaire maximale est possible pour
des groupes musculaires agonistes et antagonistes. Ainsi, la force mus-
culaire maximale des groupes musculaires agissant sur une articulation de
manière  opposée pour les aspects effecteurs et de motricité, mais aussi
de manière concomitante pour la stabilisation articulaire (co-contraction)
pourra être évaluée, analysée et comparée. Cela peut se définir de manière
mathématique et chiffrée par le calcul du ratio entre les valeurs de force
mesurée pour les agonistes et les antagonistes (par exemple, le ratio moment
de force maximum des muscles antagonistes/moment de force maximum
des muscles agonistes).
La mesure de la force musculaire à chaque angle du mouvement permet
la reconstruction de la courbe force/angle (ou force/longueur du muscle,
ou force/amplitude). Cela est matérialisé par la courbe isocinétique (force/
amplitude), permettant une analyse qualitative de la force et de la contrac-
tion musculaire.
Le mode isocinétique est par ailleurs un système qui permet la sécurité
du sujet, malgré le niveau d’intensité des moments de force développés, par
le fait que la résistance opposée par le dynamomètre est toujours égale à la
force produite par le sujet. En effet, si le sujet arrête son effort, quelle que
soit la raison (inattention, peur, blessure, appréhension…), il ne produira
plus de force, et par conséquent le dynamomètre n’exercera plus de résis-
tance opposée. Le muscle se retrouvera en situation de repos. Ainsi, l’auto-
adaptation de la résistance tout au long de l’amplitude permet de placer
le sujet dans une situation de sécurité et de confort durant l’évaluation ou
l’effort isocinétique. Ce n’est pas le cas lors d’une évaluation musculaire iso-
tonique où la charge que doit soulever le sujet est toujours présente même
si le sujet arrête son effort.
Le support informatique associé au dynamomètre permet de plus un
feedback visuel de la contraction musculaire effectuée. Cela a un intérêt
dans le cadre de l’éducation et la familiarisation du patient au mode de
Caractéristiques de l’évaluation musculaire isocinétique 37

contraction isocinétique (voir chapitre  3), mais aussi dans le cadre de la


rééducation pour aider le patient à retrouver des courbes isocinétiques phy-
siologiques (voir chapitre 12).
Ces possibilités d’évaluation sont applicables à plusieurs groupes muscu-
laires entourant les articulations — genou, épaule, rachis (tronc), cheville…

À retenir
Avantages de l’isocinétisme :
• mesure de la force musculaire : objective, fiable, quantitative et qualitative,
reproductible, dynamique ;
• contrôle de la trajectoire, de l’amplitude articulaire, de la vitesse angulaire ;
• maîtrise et détermination de la vitesse angulaire ;
• exercice musculaire, et notamment développement de la force maximale, en
sécurité par l’adaptation de la résistance opposée à la force produite (auto-
adaptation de la résistance) ;
• feedback visuel de la contraction musculaire effectuée.

Inconvénients de l’évaluation musculaire isocinétique


Les inconvénients ou limites le plus souvent rapportés de l’isocinétisme
sont [26,27,38-41] :
• sur le plan physiologique, le mode de contraction isocinétique n’est pas
un mode de contraction physiologique, le mouvement doit être réalisé dans
une position unique et prédéterminée, l’axe articulaire doit être fixe alors
qu’en réalité physiologique il est parfois une multitude d’axes instantanés,
la vitesse est par définition constante mais aussi limitée ce qui n’est pas le
cas lors d’un mouvement dans la vie quotidienne, les amplitudes articulaires
doivent être limitées, le dynamomètre ne peut évaluer que la force externe,
le ratio agoniste/antagoniste ne rend pas compte directement ni réellement
de la stabilité dynamique d’une articulation, le mouvement est réalisé en
chaîne cinétique ouverte, certains paramètres mesurés n’ont pas de réalité
physiologique (temps de développement de la force maximale isocinétique,
temps de décroissance de la force maximale isocinétique…)… ;
• sur le plan clinique, le mouvement isocinétique réalisé en évaluation ou
en rééducation bien que global, n’est pas véritablement fonctionnel (diffé-
rence avec le geste sportif ou à la physiologie articulaire), mais il n’est pas
non plus analytique car il mesure une fonction ou un groupement mus-
culaire  ; en aucun cas l’évaluation isocinétique ne permet à elle seule de
faire un diagnostic lésionnel ;
• sur le plan métrologique, la reproductibilité est discutable pour certains
paramètres, la zone de mode de contraction isocinétique est parfois faible,
38 Guide d’isocinétisme

l’utilisation des filtres doit être standardisée, des artefacts liés aux phases
d’accélération et de décélération existent (overshoot)… ;
• sur le plan technique, sa réalisation nécessite un coût d’investissement
de l’équipement relativement élevé, l’équipement doit être fiable et sûr
(système de sécurités), une formation du personnel utilisant l’outil en pre-
nant en compte la courbe d’apprentissage est nécessaire, l’évaluation peut
être longue (par rapport à une évaluation isométrique ou certains tests de
terrain).

Applications, indications et contre-indications


de l’isocinétisme
Applications et indications de l’isocinétisme
L’application directe de l’isocinétisme est l’évaluation de la « force » mus-
culaire, sous la mesure au sens physique d’un moment de force. Il y a en
soi peu de limitation, et tout sujet  peut être évalué  : sujet sain, dans le
cadre du sport essentiellement, ou sujet pathologique (essentiellement
pathologies de l’appareil locomoteur), âgé ou jeune, sédentaire ou sportif
de haut niveau, dès qu’il est capable de produire une force musculaire. Pour
les dynamomètres d’ancienne génération il fallait que le sujet puisse pro-
duire une force musculaire supérieure ou égale à 4/5 selon le testing manuel
(encadré 2.1. Testing musculaire Medical Research Council). Grâce à l’évolution
des dynamomètres isocinétiques et de leurs possibilités techniques (mode
de compensation active de la force), il est actuellement possible d’évaluer
des sujets ayant une force musculaire inférieure à 4/5.
Tous les groupes musculaires autour de l’ensemble des articulations péri-
phériques peuvent être évalués par cette modalité, les localisations les plus
fréquemment évaluées étant le genou et l’épaule, et une adaptation tech-
nique plus récente permet une évaluation globale des muscles fléchisseurs
et extenseurs du rachis.
Les différentes applications sont détaillées dans l’encadré 2.2 (liste non
exhaustive).

Contre-indications de l’isocinétisme
L’évaluation musculaire isocinétique ayant pour objectif l’évaluation
d’une force maximale, elle nécessite la réalisation d’un exercice maximal.
Les risques et contre-indications sont donc celles d’un exercice maximal
[42]. Une attention particulière doit être portée sur les contraintes induites
sur le système musculo-squelettique (risques de courbatures et/ou de lésions
tendino-musculaires notamment en mode excentrique, de décompensa-
tion articulaire…) et sur le système cardio-vasculaire par l’augmentation
Caractéristiques de l’évaluation musculaire isocinétique 39

Encadré 2.2

Les domaines d’application de l’isocinétisme sont


multiples [14,21,26-28]
j en évaluation, pour le diagnostic pathologique, le suivi thérapeutique
ou sportif, pour la prévention des lésions musculaires ou articulaires, en
médecine légale dans le cadre d’expertises, voire même pour le recrutement
sportif… ;
j en rééducation, par la diversité des possibilités techniques et l’adaptation

des protocoles, pour un renforcement musculaire actif ou passif, contrôlé,


sécurisé, progressif, personnalisé et en variant les modes de contraction
utilisés (concentrique, excentrique), les vitesses de contraction, voire les
charges, cela pouvant s’appliquer dans le programme rééducatif de nom-
breuses affections : ostéoarticulaires, neurologiques, cardiovasculaires… ;
j en pratique de préparation sportive, dans l’établissement et le suivi de

programmes d’entraînements sportifs, le dépistage de facteurs de risque


de blessures, la prévention des accidents… ;
j en recherche scientifique, par la possibilité d’une évaluation et d’une

quantification de la fonction musculaire en dynamique pour la compré-


hension de la physiologie du système musculaire et physiopathologie
des phénomènes pathologiques pouvant toucher le système musculos-
quelettique…

importante de la fréquence cardiaque et de la tension artérielle (risque de


décompensation d’une pathologie coronarienne, d’une insuffisance car-
diaque ou d’une hypertension…) [26,43,44].
À l’image de la contre-indication à la pratique du sport [42], certaines
pathologies sont une contre-indication absolue, permanente ou tempo-
raire, à la pratique d’une évaluation isocinétique maximale ou d’un exercice
isocinétique : insuffisance chronique cardiaque, insuffisance chronique res-
piratoire, insuffisance chronique rénale, affections auto-immunes, affec-
tions hématologiques, maladies chroniques non stabilisées, phase aiguë de
pathologies infectieuses ou inflammatoires… Cependant, moyennant une
surveillance et des précautions particulières (monitoring cardiaque, défi-
brillateur et instrumentation de secours d’urgence, par exemple), l’évalua-
tion isocinétique pourrait se discuter en fonction de la balance bénéfice/
risque [45-48].
Concernant les affections de l’appareil locomoteur, il existe plus de
contre-indications relatives qu’absolues ; elles seront discutées en fonction
de la pathologie, de l’état aigu ou chronique, de la douleur, de l’inflamma-
tion, de l’impotence fonctionnelle, du délai de cicatrisation ou de consoli-
dation, des amplitudes articulaires [26,38].
40 Guide d’isocinétisme

Tableau 2.1. Contre-indications relatives et absolues de l’isocinétisme,


d’après l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé (ANAES)
en 2001 [49].
Contre-indications relatives Contre-indications absolues
Douleur invalidante Processus pathologique évolutif
Hydarthrose importante ou récidivante Fracture non consolidée
Lésion ligamentaire récente Pathologie cardiovasculaire non
Épilepsie équilibrée (angor, hypertension artérielle)
Lésion cutanée contre-indiquant tout effort
Incontinence urinaire d’effort*
Éventration*
Grossesse
* Pour les évaluations du rachis uniquement.

En conclusion, il semble important de bien connaître l’état de santé du


sujet qui va être évalué avant de réaliser une évaluation musculaire isociné-
tique, autant sur l’articulation ou les groupes musculaires qui vont être éva-
lués que l’état général du sujet. Ces précautions d’usage avant la réalisation
d’une évaluation musculaire isocinétique sont détaillées dans le chapitre 3.

Caractéristiques des dynamomètres


actuellement sur le marché
Il existe actuellement différents dynamomètres isocinétiques sur le marché.
Ils ont des caractéristiques communes : le dynamomètre permettant d’assu-
rer la vitesse constante et la mesure de la force, un logiciel d’exploitation des
données mesurées, et un système de positionnement des sujets (figure 2.17).
Et, ils peuvent différer sur leur technologie isocinétique et leurs panels de
possibilités et capacités en termes de modes de contraction, articulations et
positions, paramètres mesurés, et autres fonctionnalités [35]. Les caractéris-
tiques comparées des dynamomètres isocinétiques actuels sont présentées
dans le tableau 2.2.
Les différentes technologies isocinétiques sont : rotatoire ou linéaire, et
mécanique, magnétique, électronique, hydraulique, pneumatique, électro-
mécanique ou électromagnétique [27,35].
Il faudra différencier les dynamomètres passifs qui ne peuvent créer de
force, et donc pour lesquels les modes passif et excentrique ne sont pas
envisageables, des dynamomètres actifs qui peuvent enregistrer une force
produite par le sujet, mais aussi produire une force, et donc permettre des
exercices en mode passif et excentrique [27].
D’autres paramètres du dynamomètre à prendre en compte sont notam-
ment les possibilités en termes de nombres d’articulations qui peuvent être
évaluées et d’installation et position du sujet.
Caractéristiques de l’évaluation musculaire isocinétique 41

Figure 2.17. Les appareils sont constitués : (A) d’un dynamomètre constitué
d’un servomoteur assurant la constance de la vitesse, (B) d’accessoires permettant
d’adapter et d’optimiser les mesures pour chaque articulation, ainsi que d’améliorer
le confort et la sécurité du patient, et (C) d’un système informatique avec un logiciel
propre à chaque marque et qui permet l’enregistrement, le stockage et le traitement
des données recueillies. Il intervient également dans la sécurité du système
et dans la correction de certains paramètres (gravité). Illustration de la composition
d’un dynamomètre par un dynamomètre de type Con-Trex®.
© Photos de Pascal Edouard.
42 Guide d’isocinétisme

Tableau 2.2. Caractéristiques comparées des dynamomètres isocinétiques


actuels.
Dynamomètres Con-Trex® Cybex Norm - Biodex
Humac Norm
Sécurité Limites de couple : Limites de couple : Limites de couple :
– physiologique – physiologique – informatique
– informatique – informatique – arrêt d’urgence
– mécanique – mécanique
– arrêt confort et – arrêt confort
urgence et urgence
Mode de contraction Conc./conc. Conc./conc. Conc./conc.
isocinétique Exc./conc. Exc./conc. Exc./conc.
Conc./exc. Conc./exc. Conc./exc.
Exc./exc. Exc./exc. Exc./exc.
Isocinétique
ballistique
Autres modes Isométrique Isométrique Isométrique
Isotonique Isotonique Isotonique
Arthromoteur Arthromoteur Arthromoteur
Mesure de la gravité Sur toute Mesure de poids Mesure de poids
pour la correction l’amplitude + algorithme + algorithme
de gravité de mouvement
Compensation active Oui Oui Non
de la gravité
Moment de force 720 Nm en mode 678 Nm en mode 678 Nm en mode
maximum enregistrable conc. et exc. conc. et exc. conc. et 544 Nm
en mode exc.
Moment de force 1 000 Nm 1 000 Nm 678 Nm en mode
maximum enregistrable conc. et 544 Nm
pour le rachis en mode exc.
Vitesse minimale 0,1°/s 1°/s 1°/s
Vitesse maximale 500°/s 500°/s 500°/s
Capacité angulaire 330° 270° 250°
Nombre de degrés 6 degrés dont 4 degrés 3 degrés
de libertés 1 motorisé
Sensibilité du moment 0,04 Nm 1 Nm 1,5 Nm
de force
Fréquence 4 000 Hz Jusqu’à 500 Hz –
échantillonnage
Précision angulaire 0,1° 0,5° –
Étalonnage Par poids certifiés Par poids certifiés Non 
Caractéristiques de l’évaluation musculaire isocinétique 43

 Dynamomètres Con-Trex® Cybex Norm - Biodex


Humac Norm
Poids 525 kg 640 kg 370 kg
Encombrement de la L = 2,03 3 l = L = 2,15 3 l = –
machine 0,75 3 h = 1,51 m 1,22 3 h = 1,60 m
Encombrement 7 m2 7,8 m2 6 m2
d’utilisation
Conc. : concentrique ; Exc. : excentrique.
D’après Lemire [35].

Ils peuvent inclure un ou plusieurs modes de mouvement et/ou contrac-


tion  : isométrique, isocinétique, isotonique, arthromoteur (passif), balis-
tique ou vitesse profilée [35]. De même, les possibilités des modes de
contraction dynamique entre muscles agonistes et antagonistes peuvent
être variables  : concentrique/concentrique, concentrique/excentrique,
excentrique/concentrique, excentrique/excentrique, pliométrique…
Les performances technologiques des dynamomètres isocinétiques
peuvent varier au niveau des vitesses angulaires atteignables et program-
mables, de la capacité d’accélération du mouvement, de la fréquence
d’échantillonnage, de la résolution et précision angulaire, de la résolution
et précision du moment de force, du moment de force maximum appli-
cable et enregistrable, de la reproductibilité, et des possibilités des logiciels
[26,27,35].
Les paramètres mesurés peuvent varier entre les dynamomètres isociné-
tiques : tracé de la courbe du moment de force par rapport à la position,
mesure du moment de force rapporté au temps ou à la position, mesure
du travail, mesure de la puissance moyenne, mesure de la résistance à la
fatigue, temps d’atteinte du moment de force, temps de décroissance de
la force, temps dit « d’innervation réciproque », angulation du moment
de force, capacité dynamique, ratios articulaires, comparaisons bilaté-
rales ; de même que les caractéristiques métrologiques [35].
Des fonctionnalités complémentaires sont plus ou moins présentes, avec
des caractéristiques technologiques et métrologiques qui peuvent varier  :
correction passive de gravité, correction active de gravité, quantifications
instrumentales de la spasticité, modes de vitesse perturbée.
Les dynamomètres isocinétiques peuvent avoir des capacités d’évalua-
tion et/ou de rééducation. Ceux possédant ces capacités de mode réédu-
cation peuvent aussi posséder des outils intégrés d’aide à la rééducation/
renforcement  : programmation de protocoles ordonnancés, biofeedback
simple, biofeedback interactif, correction active de gravité, mode balistique,
mode de vitesse perturbé, seuil de déclenchement de mouvement [35].
44 Guide d’isocinétisme

Points clés
L’évaluation de la force musculaire peut se faire en mode statique (iso-
métrique) soit de manière manuelle, soit instrumentée à l’aide d’un
dynamomètre. Le mode dynamique se rapprochant plus de la physiologie
du muscle et du mouvement est cependant à privilégier. Le principe d’iso-
cinétisme qui est régi par la maîtrise de la vitesse (la vitesse est constante
tout au long du mouvement) et l’asservissement de la résistance (il y a une
adaptation de la résistance en tout point du mouvement afin qu’elle soit
égale à la force développée par le sujet) représente une méthode de choix
dans l’évaluation de la force musculaire. Les avantages de l’isocinétisme en
font aujourd’hui le gold standard de l’évaluation de la force musculaire.

Pour aller plus loin


Afin d’approfondir vos connaissances sur l’histoire de l’isocinétisme, nous vous
conseillons les lectures suivantes :
Lemire P. Historique et fondamentaux de la technologie isocinétique appliquée au
mouvement humain. Sciences & Motricité. 2014;85:7-14.
Spencer-Wimpenny P. History of Isokinetics. http://www.isokinetics.net/isokinetics/
history-of-isokinetics.html. 2010.
Afin d’approfondir vos connaissances sur le principe d’isocinétisme, nous vous
conseillons les lectures suivantes :
ANAES. Les appareils d’isocinétisme en évaluation et en rééducation  : Intérêt et
Utilisation. 2001.
Dvir Z. Physiological and biomechanical aspects of isokinetics. In: Isokinetics:
Muscle Testing, Interpretation, and Clinical Applications. Ed. Churchill Livings-
tone. 2004 : 1-24.
Hislop HJ, Perrine JJ. The isokinetic concept of exercise. Phys Ther. 1967;47(2):114-7.

Références
[1] Jones DG, Round J, de Haan A. Physiologie du muscle squelettique : De la structure
au mouvement. Paris: Elsevier; 2005.
[2] Monod H, Flandrois R. Physiologie du sport. Bases physiologiques des activités phy-
siques et sportives. Collection Médecine du sport. Vol. 4ème édition. Paris: Masson;
2000.
[3] Croisier JL, Crielaard JM. Méthodes d’exploration de la force musculaire : une
analyse critique. Ann Readapt Med Phys. 1999;42:311-22.
[4] Calmels P, Domenach M, Minaire P, Evaluation comparée de la force et du
volume musculaires, in Muscle et Rééducation, J.N., Heuleu, L., Simon,1, Edi-
tors. 1988, Masson: Paris. p. 91-99.
[5] Maillet M, Crampon P, Legrand O, Sutter B, Bascoulergue G, Evaluation compa-
rée de la force musculaire par isocinétisme et de la masse maigre par densitomé-
trie. Application chez le sujet sain., in Actualités en rééducation fonctionnelle et
réadaptation, 20ème série, M., Paris, Editor. 1995. p. 290-6.
Caractéristiques de l’évaluation musculaire isocinétique 45

[6] Takeda Y, Kashiwaguchi S, Endo K, Matsuura T, Sasa T. The most effective exer-
cise for strengthening the supraspinatus muscle: evaluation by magnetic reso-
nance imaging. Am J Sports Med. 2002;30(3):374-81.
[7] Forthomme B. Exploration musculaire isocinétique de l’épaule. Thèse de Docto-
rat en Kinésithérapie et Réadaptation, Faculté de Médecine, Université de Liège,
Belgique. 2005.
[8] Lovett R, Martin E. Certain aspects of infantile paralysis with a description of a
method of muscle testing. J Am Med Assn. 1916;66:729-33.
[9] Wakim KG, Gersten JW, et al. Objective recording of muscle strength. Arch Phys
Med Rehabil 1950;31(2):90-100.
[10] Nicholas JA, Sapega A, Kraus H, Webb JN. Factors influencing manual muscle
tests in physical therapy. J Bone Joint Surg Am 1978;60(2):186-90.
[11] Bleton J-P. L’évaluation musculaire manuelle par l’échelle MRC. Kinésither Scient.
2013;547:61-2.
[12] Sapega A, Martin JK. Strength testing of the shoulder. J Shoulder Elbow Surg
1994;3:327-45.
[13] Daniel F, Breton G, Carzon J, Courtillon A, Dainault A, Kleinknecht B, Evalua-
tion de l’insuffisance musculaire, in Muscle et Rééducation, J.N., Heuleu, L.,
Simon, Editors. 1988, Masson : Paris. p. 127-30.
[14] Wilk KE, Reinold MM, Andrews JR. The Athlete’s Shoulder, ed. K.E. Wilk, M.M.
Reinold, and J.R. Andrews. Vol. second edition. 2009, Philadephia : Churchill
Livigstone Elsevier.
[15] Ellenbecker TS. Muscular Strength Relationship between Normal Grade MMT
and Isokinetic Measurement of the Shoulder Internal External Rotators. Isokinet
Exerc Sci. 1996;6(1):51-6.
[16] Dvir Z. Grade 4 in manual muscle testing  : the problem with submaximal
strength assessment. Clin Rehabil 1997;11(1):36-41.
[17] Bohannon RW. Manual muscle testing: does it meet the standards of an ade-
quate screening test ? Clin Rehabil 2005;19(6):662-7.
[18] Aitkens S, Lord J, Bernauer E, Fowler Jr WM, Lieberman JS, Berck P. Relations-
hip of manual muscle testing to objective strength measurements. Muscle Nerve
1989;12(3):173-7.
[19] Mayhew T, Rothstein JM, Measurement of muscle performance with instru-
ments, in Measurement in physical therapy, J.M., Rothstein, Editor. 1985, Chur-
chill Livigstone : New York. p. 57-102.
[20] Bohannon RW. Hand-held compared with isokinetic dynamometry for measu-
rement of static knee extension torque (parallel reliability of dynamometers).
Clin Phys Physiol Meas. 1990;11(3):217-22.
[21] Dvir Z. 2nd edition ed. Isokinetics  : Muscle Testing, Interpretation, and Clinical
Applications, Vol. 2nd. Israel. : Churchill Livingstone: Tel-Aviv Univ; 2004.
[22] Colson S. Quantification des niveaux d’activit́ é électromyographique des mus-
cles agonistes et antagonistes lors de contractions musculaires isoḿ etriques,
concentriques et excentriques. Sciences & Motricité 2014;85:93-104.
[23] Glousman R, Jobe F, Tibone J, Moynes D, Antonelli D, Perry J. Dynamic elec-
tromyographic analysis of the throwing shoulder with glenohumeral instability.
J Bone Joint Surg Am. 1988;70(2):220-6.
[24] Cowan J, Holmes K, Jaggi A. Electromyography of the shoulder, a technique
unsing intramuscular dual fine wires. Clinical Neurophysiology. 2006;117:222.
46 Guide d’isocinétisme

[25] Enoka RM. Muscle strength and its development. New perspectives. Sports Med.
1988;6(3):146-68.
[26] Davies G. A Compendium of Isokinetics in Clinical Usage and Rehabilitation
Techniques. 4th Edition ed, ed. G. Davies. 1992, Onalaska, Wisconsin, USA : S &
S Publishers.
[27] Perrin DH. Isokinetic Exercise and Assessment, ed. D.H. Perrin. 1993, Charlot-
tesville, Virginia : Human Kinetics.
[28] Chan KM, Maffulli N, Korkia P, Li RCT. Principles and Pratice of Isokinetics in Sports
Medicine and Rehabilition. Hong Kong: Williams & Wilkins; 1996: 37.
[29] Brown L. Isokinetics in Human Performance, ed. L.E. Brown. 2000, Davie, Flo-
rida : Human Kinetics.
[30] Elliott J. Assessing muscle strength isokinetically. Jama. 1978;240(22):10 2408.
[31] Baltzopoulos V, Brodie DA. Isokinetic dynamometry. Applications and limita-
tions. Sports Med. 1989;8(2):101-16.
[32] Hislop HJ, Perrine JJ. The isokinetic concept of exercise. Phys Ther.
1967;47(2):114-7.
[33] Lemire P. Historique et fondamentaux de la technologie isocinétique appliquée
au mouvement humain. Sciences & Motricité. 2014;85:7-14.
[34] Spencer-Wimpenny P. History of Isokinetics. http://www.isokinetics.net/isokinetics/
history-of-isokinetics.html. 2010.
[35] Lemire P. Caractéristiques des dynamomètres isocinétiques actuels. Cours du DU
Évaluation Bioméchanique de la Performance Sportive, Université de Saint-Etienne,
France. 2014.
[36] Levet B, Thevenon A, Principes mécaniques des appareils de rééducation iso-
cinétique, in Isocinétisme et médecine de rééducation, Masson, Editor. 1991 :
Paris. p. 1-10.
[37] Dufour M, Pillu M. Biomécanique fonctionnelle. Paris: Masson; 2005.
[38] Middelton P. Isocinétisme : Que peut-on attendre chez le sportif ? Médecins du
Sport. 2008;92:19-28.
[39] Rochcongar P. [Isokinetic thigh muscle strength in sports : a review]. Ann Rea-
dapt Med Phys. 2004;47(6):274-81.
[40] Rothstein JM, Lamb RL, Mayhew TP. Clinical uses of isokinetic measurements.
Critical issues. Phys Ther. 1987;67(12):1840-4.
[41] Dauty M, Menu P, Application de la méthode isocinétique chez le sportif, in
Médecine du Sport Pour le Praticien, P., Rochcongar, et, al., Editors. 2005, Mas-
son : Paris. p. 467-72.
[42] Rochcongar P, Rivière D, Monod H, Amoretti R, Rodineau J. Médecine du Sport
pour le Praticien, ed. E. Masson. Vol. 5ème édition. 2013, Collection Pour le
praticien : Paris.
[43] Rochcongar P, Monod H. Médecine du sport. Collection Pour le praticien. Vol. 4ème
édition. Paris: Masson; 2009.
[44] Rochcongar P. [Sport and health. Sport aptitude in children and adults. Nutritio-
nal needs in sportsmen]. Rev Prat. 2007;57(16):1837-43.
[45] Degache F, Roche F, Bernard PL, Calmels P. Cardiovascular responses during
isokinetic knee extension testing in chronic heart failure patients. Isokinet Exerc
Sci. 2009;17(2):63-7.
[46] Vieira L, Bottaro M, Celes R, Viegas CA, e Silva CA. Isokinetic muscle evaluation
of quadriceps in patients with chronic obstructive pulmonary disease. Rev Port
Pneumol. 2010;16(5):717-36.
Caractéristiques de l’évaluation musculaire isocinétique 47

[47] Dauty M, Bresson C, Trossaert M. Application of the isokinetic test to quantify


knee muscle strength in haemophiliac patients. Haemophilia. 2009;15(4):973-5.
[48] Diesel W, Noakes TD, Swanepoel C, Lambert M. Isokinetic muscle strength pre-
dicts maximum exercise tolerance in renal patients on chronic hemodialysis.
Am J Kidney Dis. 1990;16(2):109-14.
[49] ANAES. Les appareils d’isocinétisme en évaluation et en rééducation  : Intérêt
et Utilisation. 2001 : http://www.athlex.fr/userfiles/HAS Isocin %C3 %A9tisme.
pdf.
3 Modalités de réalisation
d’une évaluation
musculaire isocinétique

Pascal Edouard

Résumé
La rigueur de la réalisation d’une évaluation musculaire isocinétique
est le gage de la fiabilité et de la reproductibilité de ces valeurs
mesurées. La méthodologie d’évaluation isocinétique doit être standar-
disée, avec une constance dans  : l’échauffement, le dynamomètre,
la position, la stabilisation, la correction de gravité, les modes de
contraction, les vitesses angulaires, les répétitions, la récupération,
les informations et les encouragements. La reproductibilité de l’éva-
luation est une notion importante pour appréhender la fiabilité de
l’évaluation et interpréter les résultats. L’interprétation des valeurs
mesurées se fait en se basant sur le contexte clinique, les caractéris-
tiques du sujet, en prenant en compte la variabilité de la mesure
isocinétique et la différence potentielle entre les deux côtés liés à
la latéralité. Elle doit analyser la maximalité de l’évaluation, puis les
paramètres quantitatifs (par comparaison au côté controlatéral, à
des valeurs de référence ou à des valeurs normatives), et enfin les
paramètres qualitatifs.

Mots clés : évaluation musculaire ; méthodologie ; protocole ;


modalités ; échauffement ; mode de contraction ; vitesses angulaires ;
interprétation.

L’évaluation musculaire isocinétique est aujourd’hui le gold standard de


l’évaluation de la force musculaire. Les dynamomètres isocinétiques per-
mettent une évaluation en mode dynamique, objective, fiable, reproduc-
tible et en condition de sécurité, de la force musculaire maximale que peut
développer un sujet pour un muscle ou un groupe musculaire ainsi que
son(ses) antagoniste(s).
La fiabilité et la reproductible de cette évaluation dépendent en partie de
la rigueur de la réalisation de cette évaluation. En effet, une méthodologie
rigoureuse est indispensable pour que les mesures soient valides, fiables,
reproductibles et comparables  ! Pour comparer les valeurs d’un même
sujet dans le temps ou celles de différents sujets entre eux, il est impératif
d’utiliser toujours le même protocole avec le même dynamomètre, dans les

Guide d’isocinétisme
© 2016 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
50 Guide d’isocinétisme

Encadré 3.1

Fondamentaux de l’évaluation musculaire


isocinétique
j Rigueur du protocole (rigueur méthodologique) ⇔ validité, fiabilité,
qualité, reproductibilité des données mesurées.
j Choix et constance :

– dynamomètre ;
– conditions expérimentales ;
– échauffement ;
– installation, position, stabilisation, axe de rotation ;
– correction de gravité ;
– modes de contraction ;
– vitesses angulaires ;
– nombre de séries et répétitions ;
– durée de récupération ;
– encouragement et feedback ;
– paramètres analysés.

mêmes conditions expérimentales, avec le même échauffement, la même


installation et position, les mêmes modes de contraction, les mêmes vitesses
angulaires, les mêmes nombres de répétitions et de séries, les mêmes durées
de récupération, les mêmes paramètres utilisés… (encadré 3.1). Cette pro-
cédure d’évaluation musculaire isocinétique doit être clairement détermi-
née par l’examinateur, et ses aspects fondamentaux sont discutés dans ce
chapitre.

Préambule à l’évaluation musculaire


isocinétique
L’évaluation musculaire isocinétique est donc une évaluation maximale
avec les risques que comporte la réalisation d’un exercice maximal. Il
convient donc de prendre certaines précautions au préalable, notamment
de s’assurer de l’absence de contre-indication à la réalisation d’un exercice
maximal, et bien entendu de connaître ou vérifier les indications et objec-
tifs de l’évaluation musculaire (voir chapitre 2).
Dans le cadre de l’évaluation d’un sujet atteint d’une pathologie, nous
conseillons fortement la réalisation d’une visite médicale préalable à
l’évaluation musculaire isocinétique par un médecin qui pourra être ou
non la personne qui réalisera l’évaluation. Les objectifs de cette visite
médicale sont : la vérification ou la détermination de l’indication de l’éva-
luation, le bilan de la structure qui va être évaluée, et la recherche d’une
Modalités de réalisation d’une évaluation musculaire isocinétique 51

contre-indication à la réalisation de l’évaluation, afin de s’assurer que la


structure et le sujet peuvent réaliser et subir un effort maximal lors de l’éva-
luation maximale. Cela passe par un interrogatoire et un examen clinique.
Une proposition de visite médicale est présentée dans l’encadré 3.2.
Dans le cadre de l’évaluation d’un sujet sain (évaluation d’un spor-
tif dans un objectif de dépistage, préparation ou prévention…), nous
conseillons aussi la réalisation d’une visite médicale préalable, selon les

Encadré 3.2

Exemple de visite médicale préalable à l’évaluation


musculaire isocinétique

Vérification ou détermination de l’indication de l’évaluation


j Quelle est l’indication de l’évaluation musculaire maximale ?

j Pourquoi ? Dans quel(s) objectif(s) ?

j Quelle influence les résultats auront-ils sur la prise en charge du sujet ?

Bilan de la structure qui va être évaluée


j Quels sont les groupes musculaires et l’articulation concernée ?

j Quelle est la pathologie dont souffre le sujet  ? Quel est le stade de la

lésion  ? Quels sont le stade et l’état de guérison  ? Quelles sont les pos-
sibilités fonctionnelles ?
Ce bilan de la structure passe par un interrogatoire ciblé sur la structure
(diagnostic, prise en charge passée et actuelle, signes fonctionnels de repos
et d’effort) et un examen clinique de la structure (inspection, palpation,
mobilisation passive et active, testing musculaire, testing de stabilité…). Il
a pour objectif de s’assurer que la structure qui va être évaluée peut réaliser
et/ou subir un effort maximal.
Recherche d’une contre-indication à la réalisation d’une évaluation
musculaire maximale
j Existe-il une contre-indication à la réalisation d’un exercice physique

maximale  ? d’un point de vue cardio-vasculaire  ? d’un point de vue de


l’appareil locomoteur ?
j À l’interrogatoire  : rechercher des antécédents personnels (notamment

de pathologies cardio-vasculaires), antécédents familiaux, facteurs de


risque cardio-vasculaire, signes fonctionnels cardio-vasculaires de repos ou
d’effort, pratique sportive actuelle, signes fonctionnels d’appareil locomo-
teur au repos et à l’exercice…
j À l’examen clinique  : auscultation cardio-vasculaire, tension artérielle,

palpation des pouls périphérique, examen de l’appareil locomoteur…


Au moindre doute sur une pathologie cardiovasculaire, il convient d’adres-
ser le patient à un médecin du sport ou un cardiologue pour approfondir le
bilan avant l’évaluation musculaire isocinétique.
52 Guide d’isocinétisme

mêmes modalités que précédemment présentées. Au minimum, un entre-


tien avec le sujet doit être réalisé en gardant les mêmes objectifs que la
visite médicale.
À l’issue de cette visite, la procédure complète de l’évaluation musculaire
isocinétique doit être clairement expliquée et comprise par le sujet avant de
débuter l’évaluation ; une bonne adhésion du sujet étant gage de qualité
de l’évaluation et donc des données [1].

Échauffement : intérêt et modalités


Un échauffement standardisé avant l’évaluation musculaire isocinétique
est indispensable. En effet, l’objectif étant la mesure d’une force maximale,
le sujet doit être préparé à l’effort, afin qu’il puisse produire sans risque un
effort maximal.
Cet échauffement doit être général pour préparer l’appareil cardio-
respiratoire aux sollicitations de l’exercice maximal isocinétique (par ex. :
6 à 10 min de cycloergomètre à 1 W/kg), et spécifique pour une préparation
des groupes musculaires évalués (par exemple : exercices de bondissements
pour les membres inférieurs (3 x 5 mouvements) ou d’élastiques pour les
membres supérieurs (3 x  5  mouvements de chaque côté)  [1]. Cet échauf-
fement doit préparer le sujet à l’évaluation maximale sans induire de la
fatigue qui serait préjudiciable à l’évaluation et pourrait être la cause d’une
sous-estimation de la force maximale.
Cet échauffement général est suivi d’une familiarisation ou d’un
apprentissage au mode de contraction isocinétique sur le dynamomètre.
Les consignes seront centrées sur la vitesse de déplacement. On demande
au sujet de faire des mouvements d’aller et retour avec le dynamomètre,
d’aller progressivement de plus en plus vite jusqu’au maximum. Les
courbes isocinétiques apparaissant montrent des pics de plus en plus impor-
tants (figure 3.1). Cela permet d’expliquer au sujet que plus il va vite plus
la force développée est importante, et que durant l’évaluation maximale
l’objectif sera la mesure de la force maximale.

À retenir
L’échauffement inclus :
• un échauffement général pour préparer l’appareil cardio-respiratoire aux
sollicitations de l’exercice maximal isocinétique ;
• un échauffement spécifique pour préparer l’appareil locomoteur aux sollici-
tations de l’exercice maximal isocinétique et pour familiariser le sujet au mode
de contraction isocinétique.
Modalités de réalisation d’une évaluation musculaire isocinétique 53

Figure 3.1. Illustration de l’augmentation progressive de la force isocinétique lors


de la familiarisation du sujet au mode de contraction isocinétique sur les rotateurs
médiaux et latéraux de l’épaule sur dynamomètre de type Con-Trex®.

Une bonne compréhension du geste, une bonne connaissance des vitesses


et des modes de contraction, par le sujet sont indispensables avant l’évalua-
tion  [2]. En effet, un mauvais apprentissage peut être la cause d’une sous-
estimation de la force maximale. Ainsi, lors d’évaluations suivantes, l’aug-
mentation mesurée pourrait n’être qu’un simple effet d’apprentissage [2].
Si possible, le membre sain est évalué en premier ; cela donne une valeur
de référence, permet de tester la volonté du sujet, et permet de diminuer
l’appréhension [1].

� Sujet sain = tirage au sort du premier côté évalué.


� Sujet pathologique = débuter par côté sain, puis côté lésé.

Installation : position, axe du mouvement


et stabilisation
Choix du dynamomètre
Le choix du dynamomètre est important à prendre en considération dans la
mise en place du protocole, dans l’interprétation des valeurs mesurées, mais
aussi par rapport aux possibilités d’évaluation et de rééducation qu’offre
chaque dynamomètre. La technologie du dynamomètre (mécanique,
magnétique, électronique, hydraulique ou électromagnétique) est à prendre
en compte dans la fiabilité de la mesure. Il faudra différencier les dynamo-
mètres passifs qui ne peuvent créer de force, et donc pour lesquels les modes
passif et excentrique ne sont pas envisageables, des dynamomètres actifs
qui peuvent enregistrer une force produite par le sujet, mais aussi produire
54 Guide d’isocinétisme

une force, et donc permettre des exercices en mode passif et excentrique [3].
D’autres paramètres du dynamomètre à prendre en compte sont les pos-
sibilités en termes d’installation du sujet, de vitesse angulaire atteignable,
de moment de force maximum enregistrable et applicable, de modes de
contractions possibles, de reproductibilité, ainsi que les possibilités du logi-
ciel (voir chapitre 2, tableau 2.2) [1,3]. La comparaison des résultats inter-
appareils étant encore relativement aléatoire, cela impose donc de préciser le
type de dynamomètre utilisé, et le positionnement du sujet dans le protocole
[4,5]. Il est aussi important de noter que l’appareil doit être régulièrement
étalonné selon les normes du constructeur pour une fiabilité optimale [6].

Position
Il existe de nombreuses possibilités d’évaluation de la force musculaire iso-
cinétique en fonction de la position, du plan de mouvement et de l’axe de
rotation utilisé, surtout si l’articulation possède plusieurs degrés de liberté
(par exemple pour l’épaule). La position doit mettre le sujet dans une
position de confort, de confiance, indolore, et sans risque de lésion et/ou
d’aggravation d’une éventuelle pathologie durant l’effort, tout en étant au
plus proche des positions physiologiques d’utilisation de l’articulation, du
membre ou des groupements musculaires évaluées.
Une position et une installation identique sont indispensables pour
que les évaluations soient reproductibles et comparables. La position
comprend  la position du sujet et la position de l’articulation évaluée, et
notamment l’alignement entre le centre de rotation articulaire et le centre
de rotation du dynamomètre (axe du mouvement).
L’axe de rotation articulaire (axe biologique) doit impérativement être
centré avec l’axe de rotation du dynamomètre (axe mécanique) [5]. Un axe
invariable durant le mouvement par une position et une stabilisation stan-
dardisée, et notamment la limitation des compensations, est indispensable,
et garant d’une évaluation fiable et reproductible [1,5,7].
La position a une influence sur la relation longueur-tension du muscle, et
peut ainsi influencer la performance musculaire [1]. De plus, la position de
l’appui résistif contre lequel le sujet va produire sa force a une importance
car il détermine la longueur du bras de levier. Cette distance doit toujours
être identique pour permettre la comparaison des valeurs mesurées.

À retenir
La position doit mettre le sujet en situation de confort, de confiance, indolore,
sans risque de lésion et/ou d’aggravation d’une éventuelle pathologie durant
l’effort, tout en étant au plus proche des positions physiologiques d’utilisation
de l’articulation, du membre ou des groupements musculaires évaluées.
Modalités de réalisation d’une évaluation musculaire isocinétique 55

Stabilisation
La stabilisation est importante pour un bon alignement de l’axe articulaire
et pour le développement de la force maximale [1]. Elle permet aussi une
limitation des compensations, afin d’être le plus analytique possible.
Les protocoles sont variables, du maintien simple du segment évalué à un
sanglage complet du tronc et de tous les membres [1,5,8]. Il peut y avoir
un appui résistif distal, le serrage manuel d’une poignée ou un contre appui
distal avec sangle [8]. D’une manière générale, optimiser la stabilisation
permet de mieux maintenir l’alignement des axes de rotation, et a souvent
une influence positive sur la performance. Mais le serrage d’une poignée
peut occasionner de la fatigue, un contre-appui distal peut être à l’origine
d’une inhibition douloureuse.

La position et la stabilisation doivent permettre un parfait alignement de


l’axe de rotation articulaire (biologique) et du dynamomètre (mécanique)
dans le plan et le mouvement voulu.

Protocole d’évaluation : amplitude, vitesse


et mode de contraction
Choix de la course angulaire
La course angulaire est l’amplitude de mouvement de l’articulation qui sera
évaluée. Des butées d’amplitudes articulaires maximales vont être déter-
minées par l’examinateur, au sein desquelles le mouvement sera réalisé et
limité. La course angulaire doit être suffisante pour que le sujet atteigne la
vitesse angulaire demandée, réalise un mouvement à vitesse constante (iso-
cinétique), et atteigne son moment de force maximum. En effet, le mou-
vement n’est pas continuellement en mode isocinétique, il y a une accé-
lération au début du mouvement et une décélération à la fin. De plus, en
excentrique, le moment de force maximum étant atteint en fin de course,
l’amplitude doit être suffisante.

À retenir
La course angulaire doit être suffisante pour que le sujet :
• atteigne la vitesse angulaire demandée ;
• réalise un mouvement à vitesse constante (isocinétique) ;
• atteigne son moment de force maximum.
56 Guide d’isocinétisme

Dans le contexte d’évaluation en condition pathologique, il faut privi-


légier une amplitude maximale active du côté lésé, et donc préconfigurer
le côté lésé pour estimer l’amplitude possible avant d’évaluer le côté sain.
Pour les comparaisons droit/gauche, dominant/non dominant ou sain/
pathologique, il est fortement conseillé d’avoir les mêmes amplitudes
articulaires [1,5,9]. Si les amplitudes sont différentes, cela peut avoir une
influence sur la valeur du moment de force maximum et des ratios agoniste/
antagoniste, mais surtout il n’est pas possible d’interpréter les valeurs de
travail, de puissance et d’angle de survenu du pic [1,5].
La course angulaire est dépendante des objectifs de l’évaluateur, du
contexte clinique, de la pratique sportive, de la pathologie et des douleurs,
mais il est conseillé de conserver toujours la même course angulaire pour
permettre des comparaisons inter-sujets et inter-sessions [1,5,10].

Comparaisons inter-sujets et inter-sessions ⇔ même amplitudes articulaires.

Un système de sécurité apprécie en permanence le déplacement du


levier de mesure. Dès que celui-ci se rapproche de l’angle limite, le système
impose une réduction progressive de la vitesse, jusqu’à l’arrêt et l’inver-
sion du mouvement. Cette décélération survient dans un registre angulaire
variable selon la vitesse d’exécution (1 à 2° à vitesse lente pour 10 à 15° à
vitesse rapide). Des butées mécaniques et électroniques de sécurité de fin
d’amplitude complètent le système [11]. En effet, le mouvement ne pourra
pas aller plus loin que ces butées. Si jamais le mouvement les dépasse, cela
stoppe automatiquement le système et donc tout mouvement et toute résis-
tance opposée par le dynamomètre.

Choix du mode de contraction : concentrique,


isométrique ou excentrique ?
D’une manière schématique et théorique, on pourrait considérer que le
mode de contraction concentrique apporte une information sur la perfor-
mance motrice, le mode excentrique apporte des informations sur la notion
de prévention articulaire et musculaire (prévention des blessures), et le
mode isométrique sur la stabilité [12].
Le mode concentrique est et doit être utilisé de manière systématique.
L’utilisation du mode excentrique est un peu plus récente, car dépend
des possibilités technologiques des dynamomètres. Il nécessite un appren-
tissage et un échauffement optimal, car la force musculaire développée
(supérieure à celle en concentrique) peut engendrer un risque de lésions
tendino-musculaires. Ce mode de contraction est, à notre avis, clinique-
ment pertinent, voire indispensable à réaliser dans le cadre d’une évaluation
Modalités de réalisation d’une évaluation musculaire isocinétique 57

isocinétique, car lors de tout mouvement articulaire, la composante excen-


trique de la contraction musculaire est essentielle. C’est elle qui constitue
le frein actif de l’articulation lors de la décélération du segment libre en
chaîne ouverte, et du point d’appui (membre portant) en chaîne fermée.
Ainsi, l’évaluation en mode excentrique n’est pas systématique, mais forte-
ment recommandée, en particulier chez le sportif.
L’utilisation du mode isométrique peut se faire dans le cadre d’une contre-
indication à la réalisation d’un mouvement dynamique, mais on retrou-
vera les inconvénients de l’évaluation non dynamique (voir chapitre  1,
tableau 1.4 et chapitre 2). Dans le cadre de l’évaluation musculaire isociné-
tique, nous ne traiterons pas les aspects concernant le mode isométrique.

Évaluation en mode concentrique puis en mode excentrique, après familiari-


sation aux deux modes de contraction.

Choix des vitesses


Il n’existe pas de véritable consensus dans le choix des vitesses angulaires
utilisées pour une évaluation isocinétique. Il est conseillé d’utiliser  des
vitesses fiables et reproductibles. En évaluation, concernant le choix
des vitesses, il est conseillé d’utiliser une vitesse dite « lente » et une vitesse
dite « rapide » : en mode concentrique de 60°/s à 180°/s, voire 240°/s, et en
mode excentrique de 30°/s à 90°/s [1,4].
En fonction de la pratique sportive, des muscles concernés, ou de la
pathologie, d’autres vitesses plus rapides ou plus lentes pourront être ajou-
tées afin de mieux caractériser les possibilités de force des groupements
musculaires analysés. L’intérêt d’évaluer la force musculaire à différentes
vitesses trouve sa justification dans les caractéristiques intrinsèques du mus-
cle et la relation force-vitesse, ainsi que dans l’étude du geste fonctionnel.
Une classification des vitesses angulaires est présentée dans le tableau 3.1
[1,13], et des notions à avoir en tête pour se guider dans le choix des vitesses
sont présentées en encadré 3.3.

Choix du nombre de répétitions et tests de fatigue


Il a été conseillé de réaliser 3  répétitions pour les vitesses lentes, 5  pour
celles intermédiaires et 10  pour celles rapides, et en excentrique de 3 à
5 répétitions [1,4,5].
Dans le cadre de l’évaluation musculaire maximale, l’objectif est la
mesure d’une valeur de moment de force maximum. Il est donc inutile de
multiplier les répétitions si le sujet atteint son maximum à la 1re ou 2e répé-
tition, car cela risque d’entraîner de la fatigue qui nuira à la performance
maximale lors des séries suivantes.
58 Guide d’isocinétisme

Tableau 3.1. Classification des vitesses angulaires isocinétiques.


Vitesse 15-60 °/s 60-180 °/s 180-300 °/s 300-500 °/s
angulaire
en degrés par
seconde (°/s)
Vitesse 0,26-1,05 rad/s 1,05-3,14 rad/s 3,14-5,24 rad/s 5,24-8,73 rad/s
angulaire
en radians par
seconde (rad/s)
Classification Lente Intermédiaire Rapide Fonctionnelle
des vitesses
angulaires
isocinétiques,
d’après
Davies [1]
Conséquence Très Adaptée Difficilement Quasi impossible
pour l’appareil sollicitantes et atteintes à atteindre
locomoteur contraignantes par les sujets par les sujets
Inspiré de Davies [1].

Encadré 3.3

Notions à avoir pour le choix des vitesses angulaires


La vitesse angulaire doit être/permettre :
j proche du mouvement physiologique ;

j atteignable par le sujet ;

j d’appréhender les caractéristiques de la relation force-vitesse ;

j tolérée par le sujet ;

j ne pas risquer d’entraîner de lésions tendino-musculaires ;

j cohérente avec le fonctionnement articulaire ;

j cohérente avec la littérature pour permettre des comparaisons ;

j plus il y a de séries et de répétitions, plus il y aura de fatigue, et plus le

risque de sous-estimer le moment de force maximum est important ;


j la reproductibilité de la mesure doit être bonne, ce qui n’est pas toujours

le cas pour les vitesses angulaires élevées (concentrique ou excentrique).

Si le sujet a bien été informé des objectifs et modalités de l’évaluation, et


qu’il a bien été familiarisé au mode de contraction isocinétique, il devrait
réaliser et atteindre son moment de force maximum lors de la 1re ou 2e répé-
tition.
Ainsi, nous suggérons pour chaque vitesse angulaire un maximum de
3 répétitions maximales.
Modalités de réalisation d’une évaluation musculaire isocinétique 59

Une épreuve de fatigue 30 à 50 répétitions à vitesse rapide peuvent être


réalisées avec des méthodes de calcul de décroissance de la force variable en
fonction des protocoles [1,2,4] ; la méthodologie et les indications de ces
épreuves de fatigue sont discutées dans le chapitre 11.

Correction de gravité
La correction de gravité semble pertinente, voire indispensable pour cer-
tains groupements musculaires, dans l’analyse des valeurs des moments
de force maximum et des ratios agonistes/antagonistes [3,5]. En effet, le
facteur gravitationnel peut favoriser ou contrarier le mouvement isociné-
tique dans un plan vertical et modifie ainsi les paramètres de l’évaluation
[11]. Croisier et Crielaard ont même rapporté que l’action de la pesanteur,
négligée lors de la conception des premiers dynamomètres, a entraîné la
publication d’hypothèses physiologiques peu crédibles [11].
Cette correction passe techniquement par une mesure de la masse du
« membre » et de « l’instrumentation » par le dynamomètre qui sera ensuite
intégré aux résultats [14]. Cette procédure de mesure doit être précise, le
sujet doit être impérativement bien relâché. Les appareils actuels compen-
sent le facteur gravitationnel sur l’amplitude totale du mouvement :
• soit par un algorithme appliqué à partir de la mesure de la masse à un
angle précis ;
• soit par la mesure de la masse à chaque degré de l’amplitude, et ajout ou
soustraction automatique de la mesure aux résultats enregistrés pendant
l’évaluation.

Récupération
Le temps de récupération se doit d’être standardisé, par son influence non
négligeable sur la performance (effet fatigue). Un temps de récupération
trop court entre les séries expose au risque d’induire de la fatigue durant
le protocole d’évaluation et donc une sous-estimation de la force mus-
culaire maximale. Un temps de récupération trop long pourrait exposer au
risque  de perdre les bénéfices de l’échauffement et donc d’augmenter le
risque de blessure et une préparation non optimale du système musculaire
pour une performance maximale.
Il n’existe aujourd’hui aucune recommandation claire concernant la
durée optimale du temps de récupération. Il est raisonnable de proposer
entre 60 à 120 s de récupération entre les séries, en fonction de la vitesse
angulaire et du nombre de répétitions [15]. Dans le cadre d’exercices sous-
maximaux, notamment lors de l’échauffement spécifique, la récupération
peut-être inférieure à 60  s en fonction de l’intensité de l’exercice et des
sensations du sujet, sans être inférieure à 15 s.
60 Guide d’isocinétisme

Ce temps de récupération peut être utilisé :


• pour l’éducation du sujet au mode de contraction isocinétique (informa-
tion, éducation, explication…) ;
• pour recueillir les sensations du sujet durant l’exercice maximal (perfor-
mance maximale, appréhension, gêne, douleur…) qui seront utiles dans
l’interprétation des valeurs mesurées ;
• pour réaliser une présentation brève des premiers résultats.
Des protocoles types incluant échauffement, installation, modes de
contraction, vitesses angulaires, nombre de séries et de répétitions, et temps
de récupération sont présentés dans les chapitres suivants pour l’évaluation
musculaire isocinétique appliqué au :
• genou (chapitre 4) ;
• épaule (chapitre 5) ;
• rachis (chapitre 6) ;
• cheville (chapitre 7),
• pathologies tendino-musculaires (chapitre 8) ;
• pathologies neurologiques (chapitre 9) ;
• pathologies cardio-vasculaires (chapitre 10) ;
• évaluation de la fatigue (chapitre 11).

Recommandations pendant l’évaluation


et feedback
Avant l’évaluation, il est important d’informer clairement le sujet sur le
déroulement de l’évaluation, les modalités et les objectifs. Il faut familia-
riser et éduquer le sujet au mode de contraction isocinétique, cela se fait
de préférence durant l’échauffement spécifique. Le sujet doit débuter l’éva-
luation maximale en étant, évidemment prêt physiquement, mais aussi en
maîtrisant le mouvement demandé.
Afin de comparer les valeurs mesurées pour un même sujet dans le temps
ou entre différents sujets, il convient de se placer toujours dans les mêmes
conditions expérimentales  : même heure de la journée, même condition
de fatigue (pratique sportive les jours précédents), mêmes conditions d’ali-
mentation et d’hydratation, même tenue vestimentaire…
Pour le choix du premier côté à évaluer (sauf pour le rachis), nous vous
suggérons :
• sujet sain : tirage au sort du premier côté ;
• sujet pathologique : débuter côté sain pour faciliter la familiarisation et
l’habituation, et avoir ainsi des valeurs dites de référence, puis côté patho-
logique.
Durant l’évaluation maximale, les informations et feedback doivent être
standardisés car ils influencent la performance.
Modalités de réalisation d’une évaluation musculaire isocinétique 61

Les informations auditives peuvent être un bip de début et de fin de série,


mais surtout peuvent être les stimulations verbales, systématiques, afin
d’encourager le sujet à produire un effort maximum  : «  Poussez, tirez, plus
vite ! ». Cela permet une amélioration de la performance, et a un intérêt cer-
tain dans les épreuves de fatigue [16]. Bien sûr, leur utilisation doit être spé-
cifiée dans la méthodologie. Nous vous suggérons de standardiser la manière
d’informer les sujets par rapport à l’évaluation maximale, et surtout dans les
encouragements, par exemple pour le genou : « Quand le genou sera en exten-
sion, vous allez tirer et pousser le plus vite possible… Attention… c’est parti ! Tirez !
Poussez ! Tirez ! Poussez !.. Repos ». Une variation de l’intensité des encourage-
ments peut être un facteur de modification de la performance mesurée.
Les informations visuelles (courbes graphiques sur l’écran) permettent
une meilleure compréhension de la consigne, une familiarisation au mode
de contraction et une stimulation pour les exercices à vitesse lente [3,5].
Durant l’évaluation maximale, il est suggéré de masquer l’écran pour le
sujet soit concentré uniquement sur son effort.
Entre les séries, le temps de récupération peut être mis à profit pour :
• évaluer la tolérance du sujet (cardiaque et appareil locomoteur) ;
• éduquer le sujet au mode de contraction isocinétique ;
• recueillir les sensations du sujet durant l’exercice maximal : est-ce qu’il
pense avoir été à son maximum (performance maximale)  ? A-t-il eu une
appréhension, une gêne, ou une douleur durant l’évaluation…  ? Ces élé-
ments seront indispensables dans l’interprétation des valeurs mesurées ;
• réaliser une présentation brève des premiers résultats.
Tous ces éléments doivent évidemment être standardisés et identiques
entre toutes les évaluations, car ils peuvent influencer la performance.

Tableau 3.2. Recommandations pratiques durant une évaluation


musculaire isocinétique.
Moment par rapport Recommandations
à l’évaluation maximale
Avant Mêmes conditions expérimentales
Informer le sujet sur le déroulement
Faire réaliser un échauffement
Éduquer et familiariser le sujet à l’isocinétisme
Pendant Débuter par le côté tiré au sort chez sujet sain, par le côté sain
chez sujet pathologique
Encourager durant l’évaluation maximale
Masquer l’écran durant l’évaluation maximale
Après Évaluer la tolérance du sujet
Évaluer la maximalité de l’épreuve
Recueillir des sensations (gêne, douleur, appréhension…)
Présenter les résultats
62 Guide d’isocinétisme

Paramètres mesurés
Les paramètres qui peuvent être mesurés sont en fait très nombreux et
dépendent du type d’appareil utilisé et du logiciel de traitement des don-
nées [1,5]. La fiabilité et la reproductibilité ne sont pas identiques pour tous
ces paramètres. Ils peuvent être délivrés sous forme numérique (tableau 3.3)
ou graphique (figure 3.2). Il est important d’utiliser un filtre pour enlever
les artefacts liés aux changements de vitesse durant les mouvements d’accé-
lération et de décélération lors des changements de sens de contraction.
Le moment de force maximum, ou Peak Torque pour les Anglo-Saxons, est
le paramètre le mieux documenté, dont la reproductibilité est la meilleure,
est apparaît être le paramètre le plus utilisé dans l’exploration de la force
d’un groupement musculaire. Cependant, pour une meilleure compréhen-
sion et interprétation des résultats d’une évaluation, il semble pertinent
de prendre en compte plusieurs notions incluant le poids du sujet par la
normalisation de la valeur du moment de force maximum au poids de corps
du sujet, mais aussi l’amplitude du mouvement et la durée d’exercice par

Tableau 3.3. Paramètres quantitatifs mesurés par un dynamomètre


isocinétique.
Paramètres Unités Reproductibilité Commentaires
Moment de force En Nm Bonne Le plus utilisé, représente la force
maximum reproductibilité maximale du sujet
(ou Peak Torque)
Ratio agonistes/ En % Reproductibilité Reflet de la balance musculaire
antagonistes satisfaisante articulaire agoniste-antagoniste
Ratio mixte : En % Reproductibilité Se veut plus proche du geste
exc/conc satisfaisante sportif
Angle de survenue En degré Reproductibilité Déterminer l’angle précis où le
du moment de force peu satisfaisante muscle est capable développer
maximum le moment de force maximum
Travail total En Joule Bonne Aire sous la courbe,
reproductibilité Force 3 distance
Puissance moyenne En Watt Bonne Travail produit par unité
et pic reproductibilité de temps
Moins utilisé que le moment
de force maximum
Temps de En seconde - Délai pour atteindre le moment
développement de de force maximum
la tension maximale
Force explosive En N/m Reproductibilité Moment de force développé
trop faible par le muscle après 125 ms
suivant le début du mouvement
Modalités de réalisation d’une évaluation musculaire isocinétique 63

Figure 3.2. Graphique représentant l’évolution du moment de force en fonction du temps


ou de la position, exemple des rotateurs médiaux et latéraux de l’épaule à 60°/s sur
dynamomètre isocinétique de type Con-Trex®. TDTM : temps de développement de tension
maximale, MFM : moment de force maximum, TDF : taux de décroissance de la force, TIR :
temps d’inhibition réciproque.

l’utilisation des paramètres du « travail » et de la « puissance », mais qui


sont peu utilisés en pratique et peu documentés [1,5].
Certains auteurs utilisent la moyenne du moment de force maximum
sur le nombre de répétitions réalisées [3]. Nous ne pensons pas que ce soit
pertinent, car l’objectif est la mesure et l’analyse de la force maximale, et
non d’une moyenne.
Certains auteurs ont proposé une analyse plus approfondie des ratios
agonistes/antagonistes par une analyse du ratio des moments de force des
agonistes et antagonistes à différents angles du mouvement [5,17].
L’aspect et l’analyse des courbes isocinétiques donnent plusieurs para-
mètres (figure 3.2) :
• Le temps de développement de tension maximale (TDTM) = phase ascen-
dante, correspondant à l’accélération pour atteindre à la fois le moment de
force maximum, et la vitesse isocinétique, durant cette période le mouve-
ment n’est pas forcément en mode isocinétique.
• Le moment de force maximum = sommet de la courbe.
• Le taux de décroissance de la force (TDF) =  partie descendante de la
courbe, correspondant à la décélération, durant cette période le mouve-
ment n’est pas forcément en mode isocinétique.
• Le temps d’inhibition réciproque (TIR) = intervalle de temps écoulé entre
la contraction des muscles agonistes et antagonistes.
• L’angle de survenue du moment de force maximum =  position anato-
mique de l’articulation où intervient le pic de couple.
64 Guide d’isocinétisme

La courbe isocinétique correspond globalement à la courbe de la rela-


tion tension-longueur (chapitre 1) à l’échelle d’un groupement musculaire
dans un secteur angulaire défini. Elle reflète les variations de la capacité
du muscle à produire une force tout au long de l’amplitude [3]. L’aspect de
la courbe est variable en fonction des groupements musculaires, d’aspect
plutôt parabolique pour les muscles fléchisseurs et extenseurs du genou
(figure 3.3) et d’aspect plutôt « carré » pour les muscles rotateurs médiaux et
latéraux de l’épaule (figure 3.4).

Figure 3.3. Courbe isocinétique type d’une évaluation maximale isocinétique


appliquée aux muscles fléchisseurs et extenseurs du genou à 60°/s sur dynamomètre
isocinétique de type Con-Trex®.

Figure 3.4. Courbe isocinétique type d’une évaluation maximale isocinétique


appliquée aux muscles rotateurs médiaux et latéraux de l’épaule à 60°/s
sur dynamomètre isocinétique de type Con-Trex®.
Modalités de réalisation d’une évaluation musculaire isocinétique 65

Reproductibilité
La reproductibilité fait référence à la capacité d’une évaluation à don-
ner toujours les mêmes résultats pour un même sujet dans les mêmes
conditions expérimentales lors de différentes évaluations s’il n’y a pas
eu de modifications dans les caractéristiques du sujet  [5,18]. L’analyse
de la reproductibilité a un intérêt pour déterminer la fiabilité de l’outil
et de la méthodologie de mesure, mais aussi pour interpréter les valeurs
mesurées.
On parle de reproductibilité relative qui représente la capacité d’un sujet à
maintenir son rang dans un groupe avec la répétition des sessions d’éva-
luation, et la reproductibilité absolue qui représente la variation de la mesure
pour un sujet avec la répétition des sessions d’évaluation (variation intra-
sujet) et qui a une très bonne pertinence clinique (tableau 3.4) [5].

Tableau 3.4. Indices de reproductibilité.


Type de reproductibilité Paramètres Performance
des paramètres*
Reproductibilité relative Coefficient de corrélation ≥ 0,90 : élevé, ≥ 0,80
intraclasse (ICC) et < 0,90 : modéré,
< 0,80 : faible
Coefficient de corrélation ≥ 0,80 : élevé, < 0,80 : faible
de Pearson
Reproductibilité absolue Standard Error of Measurement ≤ 5 % : élevé, > 5 et
(SEM), en valeur absolue ou % < 15 % : correct, > 15 % :
Coefficient de variation (CV), faible
en %
* À titre indicatif, ces critères sont variables en fonction des auteurs et en fonction des
objectifs (scientifiques ou cliniques).

La reproductibilité absolue permet d’appréhender la variabilité de la


mesure du dispositif et de la méthodologie utilisée. Ces valeurs de varia-
bilité de la mesure sont très pertinentes en pratique clinique, et sont à
prendre en compte dans l’interprétation des valeurs isocinétiques mesu-
rées lors d’une évaluation. En effet, pour une modification de la valeur
isocinétique mesurée inférieure à la variabilité de la mesure entre deux
évaluations, il est difficile de dire si cette modification est due à une modi-
fication réelle, ou si elle est due à la variabilité de la mesure inhérente à
la méthode.
66 Guide d’isocinétisme

Encadré 3.4

Comment déterminer la reproductibilité


de ma méthodologie d’évaluation isocinétique ?
Pour déterminer la reproductibilité de votre méthodologie d’évaluation
isocinétique, nous vous suggérons de :
� recruter un groupe de sujet (environ 12 à 20) comparable aux sujets habi-
tuellement évalués ;
� faire deux sessions d’évaluation pour chacun des sujets en utilisant exac-
tement la même méthodologie, dans les mêmes conditions d’évaluation
(horaires, alimentation, fatigue, pratique sportive les jours précédents…) à
quelques jours d’intervalle (3 à 7 jours) ;
� Calculer les paramètres de reproductibilité pour tous les paramètres iso-
cinétiques que vous voulez ; pour cela vous pouvez utiliser le tableur Excel
élaboré par Hopkins qui permet le calcul des paramètres de reproductibi-
lité : http ://www.sportsci.org/resource/stats/
À noter que Hopkins [18] suggère un groupe de 50 sujets et 3 sessions d’éva-
luation.

Interprétation des résultats


L’interprétation des valeurs isocinétiques est essentielle pour donner un
sens pratique et/ou clinique à l’évaluation. Elle doit notamment permettre
de dire si la performance musculaire est « normale » ou « anormale », c’est-
à-dire est-ce qu’il existe un déficit et/ou un déséquilibre de la force mus-
culaire, pour un groupement musculaire par rapport à un autre, ou pour un
côté par rapport à un autre, ou encore pour un sujet par rapport à un autre.
Elle doit se baser sur le contexte clinique, les caractéristiques du sujet,
prendre en compte la variabilité de la mesure isocinétique et la différence
potentielle entre les deux côtés liés à la latéralité (tableau 3.5).
Cette interprétation doit être quantitative par l’interprétation des valeurs
du moment de force maximum et des ratios, ou d’autres paramètres isoci-
nétiques (tableau 3.3), et qualitative par l’interprétation des courbes isoci-
nétiques, après avoir utilisé un filtre pour les artefacts.

Tableau 3.5. Paramètres à prendre en compte dans l’interprétation


des résultats.
Caractéristiques du sujet Pratique sportive Méthodologie d’évaluation isocinétique
Sexe Dominance Dynamomètre
Âge Activité physique Position/installation
Poids Correction de gravité
Variabilité de la mesure (reproductibilité)
Modalités de réalisation d’une évaluation musculaire isocinétique 67

Évaluation de la maximalité de l’évaluation


Nous suggérons dans un premier temps une analyse de la maximalité de
l’évaluation : Est-ce que l’évaluation était maximale ? Le sujet a-t-il été au
maximum de ses capacités  ? Pour cela, on peut se baser sur des critères
subjectifs : le sujet exprime être à 100 %, on note une crispation du visage
durant l’effort, on note un visage rouge durant l’effort ; et sur des critères
objectifs : on note une diminution du moment de force maximum sur les
dernières répétitions de chaque série, une force excentrique supérieure à la
force concentrique (gain de 15 à 30 %), une cohérence de la relation force-
vitesse (diminution de la force avec l’augmentation des vitesses angulaires).
Il a été rapporté que la parfaite superposition des courbes isocinétiques
durant l’évaluation était un critère de maximalité, car il n’est pas possible
de le faire en sous-maximal. Or il semble qu’avec un peu d’entraînement un
sujet est capable de produire un niveau de force sous-maximal très repro-
ductible durant une série, de ce fait nous ne retenons pas ce signe comme
critère de maximalité.

Interprétation des paramètres quantitatifs


Pour l’interprétation quantitative, nous suggérons une prise en compte
des ressentis du sujet durant l’évaluation à type de gêne, douleur, appré-
hension. Ensuite, nous suggérons une analyse des valeurs des paramètres
isocinétiques (moment de force maximum et ratios, voire d’autres) par
comparaison avec les valeurs :
• du côté controlatéral (« dominant vs non dominant » ou « sain vs lésé »
ou « droit vs gauche ») ;
• de référence si elles existent (évaluation de début de saison, évaluation de
pré-rééducation…) ;
• et normatives (notamment pour les ratios agoniste/antagoniste, mais
avec toute la précaution nécessaire compte tenu de la grande variabilité
inter-sujets et la variabilité des méthodologies d’évaluation) ;
• tout en prenant en compte la variabilité de la mesure (reproductibilité
absolue) et l’effet potentiel de la latéralité.
Pour les valeurs du moment de force maximum, nous suggérons une ana-
lyse en valeur absolue (en  Nm) et en valeur normalisée au poids de corps
(Nm/kg). Cette dernière permet une meilleure comparaison entre les sujets, et
peut même permettre de comparer plus facilement et avec moins de biais les
valeurs d’un sujet à des valeurs normatives de groupe de sujets comparables.
Si une diminution du moment de force maximum est mise en évidence,
il sera difficile de dire quelle est la cause de cette diminution :
• le sujet n’est-il pas assez habitué et familiarisé avec le mode de contrac-
tion isocinétique ? ce biais doit être diminué par l’échauffement et la fami-
liarisation ;
68 Guide d’isocinétisme

• le sujet a-t-il ressenti une douleur, une gêne, ou une appréhension à l’ori-
gine de cette diminution enregistrée ? d’où l’importance de recueillir cette
information à l’issue de l’évaluation maximale ;
• ou existe-t-il un réel déficit de force musculaire ?
Le contexte clinique et de l’évaluation permet de répondre aux mieux à
ces différentes questions pour une interprétation la plus correcte possible
des résultats.

À retenir
Une diminution mesurée de la force musculaire peut être due à :
• un manque d’échauffement ;
• un manque familiarisation au mode isocinétique ;
• une douleur, une gêne, ou une appréhension ;
• un réel déficit de force musculaire.

Interprétation des paramètres qualitatifs


Concernant les paramètres qualitatifs, l’analyse de la courbe isocinétique
se fait en comparaison par rapport à la courbe du côté controlatéral ou par
rapport à une courbe dite «  normale  » pour un groupement musculaire.
Cette analyse reste un peu subjective [5].
Une anomalie de la courbe correspond à un dysfonctionnement mus-
culaire transitoire, lié à une sidération musculaire réflexe, en relation
avec une pathologie. Elle peut correspondre à un défaut de transmis-
sion mécanique de la force musculaire à l’articulation en mouvement
[6]. L’aspect de la courbe ne permet pas de faire un diagnostic lésionnel,
mais il permet de connaître les répercussions fonctionnelles de la lésion.
Pour  être considérée comme pathologique, une anomalie de la courbe
doit être retrouvée de manière constante au même endroit de la courbe
pour chaque répétition du mouvement à une même vitesse [19]. Ces ano-
malies doivent, bien entendu, être corrélées avec la clinique pour avoir
une connotation pathologique [19].
On peut se poser la question de l’évaluation de ces anomalies de courbes
isocinétiques par le paramètre du travail total, car il correspond à l’air sous
la courbe isocinétique.
Un aspect crénelé de la courbe isocinétique peut révéler l’incapacité du
sujet à maintenir une contraction maximale durant tout le mouvement.
On peut aussi analyser le reproductibilité du moment de force maximum
(tableau 3.6) – toujours au même niveau, ou même angle en fonction des
répétitions [20].
Modalités de réalisation d’une évaluation musculaire isocinétique 69

Fiche 3.1
Proposition de notions clés à faire apparaître dans
le compte rendu d’évaluation musculaire isocinétique
• Nom, prénom, date de naissance et poids du sujet/patient.
• Localisation de l’évaluation (articulation concernée par le mouvement).
• Indication de l’évaluation, si pathologie : diagnostic et côté pathologique.
• Nom, prénom et fonction de la personne qui adresse le sujet/patient.
• Nom, prénom et fonction de la personne qui réalise l’évaluation.
• Date de l’évaluation.
• Méthodologie d’évaluation isocinétique  : position/installation, amplitude,
correction de gravité, modes de contraction, vitesses angulaires, répétitions,
récupération.
• Évaluation maximale : Oui/Non ?
• Valeurs du moment de force maximum pour chaque vitesse angulaire pour
chaque côté.
• Pourcentage de différences de valeurs du moment de force maximum entre
les deux côtés : « lésé/sain » ou « non dominant/dominant » ou « gauche/droit ».
• Valeurs du ratio entre les moments de force maximum des agonistes et des
antagonistes pour chaque vitesse angulaire pour chaque côté.
• Courbes isocinétiques.
• Ressenti du sujet.
• Interprétation des résultats (qualitative et quantitative) et conclusion.

Figure 3.5. Anomalie de la courbe correspond à un dysfonctionnement musculaire


transitoire.
70 Guide d’isocinétisme

Tableau 3.6. L’interprétation des valeurs isocinétiques.


Maximalité de l’évaluation Critères subjectifs
Critères objectifs
Ressenti du sujet (tolérance Gêne ?
clinique) Douleur ?
Appréhension ?
Moment de force maximum Comparaison par rapport au côté opposé
Comparaison par rapport à des valeurs de référence
Comparaison par rapport à des valeurs normatives
Comparaison par rapport au poids de corps
Et prise en compte de la variabilité de la mesure et de l’effet
de la latéralité
Ratio agoniste/antagoniste Comparaison par rapport à des valeurs de référence
Comparaison par rapport au côté opposé
Comparaison par rapport à des valeurs normatives
Et prise en compte de la variabilité de la mesure
Analyse des anomalies À corréler avec le tableau clinique
de courbes À corréler avec le ressenti du sujet durant l’évaluation

Points clés
L’évaluation musculaire isocinétique est aujourd’hui le gold standard de
l’évaluation de la force musculaire. La rigueur de la réalisation d’une évalua-
tion musculaire isocinétique est le gage de la fiabilité et de la reproductibi-
lité de ces valeurs mesurées. La méthodologie d’évaluation isocinétique doit
être standardisée, avec une constance des paramètres suivants au cours des
évaluations : l’échauffement, le dynamomètre, la position, la stabilisation,
la correction de gravité, les modes de contraction, les vitesses angulaires,
les répétitions, la récupération, les informations et les encouragements. La
reproductibilité de l’évaluation est une notion importante pour appréhen-
der la fiabilité de l’évaluation et interpréter les résultats. L’interprétation des
valeurs mesurées se fait en se basant sur le contexte clinique, les caractéris-
tiques du sujet, en prenant en compte la variabilité de la mesure isociné-
tique et la différence potentielle entre les deux côtés liée à la latéralité. Elle
doit analyser la maximalité de l’évaluation, puis les paramètres quantitatifs
(par comparaison au côté controlatéral, à des valeurs de référence ou à des
valeurs normatives), et enfin les paramètres qualitatifs.

Pour aller plus loin


Sur la visite médicale de non-contre-indication à la pratique du sport :
Rochcongar P, Rivière D, Monod H, Amoretti R, Rodineau J. Médecine du sport pour le
praticien. Paris: Masson; 2013.
Modalités de réalisation d’une évaluation musculaire isocinétique 71

Afin d’approfondir vos connaissances sur la reproductibilité de la mesure, nous vous


conseillons les lectures suivantes :
Dvir Z. Reproducibility of isokinetic measurements. In : Isokinetics : Muscle Testing,
Interpretation, and Clinical Applications. Ed. Churchill Livingstone. 2004  :
49-74.
Hopkins WG. Measures of reliability in sports medicine and science. Sports Med.
2000;30(1):1-15.

Références
[1] Davies G. A Compendium of Isokinetics in Clinical Usage and Rehabilitation
Techniques. 4th Edition ed, ed. G. Davies. 1992, Onalaska, Wisconsin, USA : S &
S Publishers.
[2] Kannus P. Isokinetic evaluation of muscular performance : implications for mus-
cle testing and rehabilitation. Int J Sports Med. 1994;15(Suppl 1):S11-8.
[3] Perrin DH. Isokinetic Exercise and Assessment, ed. D.H. Perrin. 1993, Charlot-
tesville, Virginia : Human Kinetics.
[4] Rochcongar P. [Isokinetic thigh muscle strength in sports : a review]. Ann Rea-
dapt Med Phys. 2004;47(6):274-81.
[5] Dvir Z. 2nd edition ed. Isokinetics: Muscle Testing, Interpretation, and Clinical
Applications, Vol. 2nd. Israel. : Churchill Livingstone: Tel-Aviv Univ; 2004.
[6] Dauty M, Menu P, Application de la méthode isocinétique chez le sportif, in
Médecine du Sport Pour le Praticien, P., Rochcongar, et, al., Editors. 2005, Mas-
son : Paris. p. 467-72.
[7] Rothstein JM, Lamb RL, Mayhew TP. Clinical uses of isokinetic measurements.
Critical issues. Phys Ther. 1987;67(12):1840-4.
[8] Sapega A, Martin JK. Strength testing of the shoulder. J Shoulder Elbow Surg.
1994;3:327-45.
[9] Voisin P, Weissland T, Maillet M, Schumacker P, Delahaye H, Vanvelcenaher J.
Revue critique de l’évaluation isocinétique de l’épaule : Méthodologies et résul-
tats chez le sujet sain. In : Progrès en Médecine Physique et Réadaptation (2ème
série), Masson, Paris. 1998 : 1-18.
[10] Codine P, Bernard PL, Pocholle M, Herisson C. [Isokinetic strength measurement
and training of the shoulder: methodology and results]. Ann Readapt Med Phys.
2005;48(2):80-92.
[11] Croisier JL, Crielaard JM. Méthodes d’exploration de la force musculaire : une
analyse critique. Ann Readapt Med Phys. 1999;42:311-22.
[12] Brown L. Isokinetics in Human Performance, ed. L.E. Brown. 2000, Davie, Flo-
rida : Human Kinetics.
[13] Wilk KE, Reinold MM, Andrews JR. The Athlete’s Shoulder, ed. K.E. Wilk, M.M.
Reinold, and J.R. Andrews. Vol. second edition. 2009, Philadephia: Churchill
Livigstone Elsevier. 876.
[14] Winter DA, Wells RP, Orr GW. Errors in the use of isokinetic dynamometers. Eur
J Appl Physiol Occup Physiol. 1981;46(4):397-408.
[15] Celes R, Brown LE, Pereira MC, Schwartz FP, Junior VA, Bottaro M. Gender mus-
cle recovery during isokinetic exercise. Int J Sports Med. 2010;31(12):866-9.
[16] Johansson CA, Kent BE, Shepard KF. Relationship between verbal command
volume and magnitude of muscle contraction. Phys Ther. 1983;63(8):1260-5.
72 Guide d’isocinétisme

[17] Aagaard P, Simonsen EB, Magnusson SP, Larsson B, Dyhre-Poulsen P. A new


concept for isokinetic hamstring: quadriceps muscle strength ratio. Am J Sports
Med. 1998;26(2):231-7.
[18] Hopkins WG. Measures of reliability in sports medicine and science. Sports Med.
2000;30(1):1-15.
[19] Codine P, Pocholle M, Brun V, Dhoms G, Founau H, Mesure de la force mus-
culaire isocinétique. Analyse des graphes. Aspects normaux et pathologiques., in
Isocinétisme et médecine de rééducation, Masson, Editor. 1991 : Paris. p. 17-25.
[20] Chan KM, Maffulli N. Section 1 Introduction to Isokinetics. In : Principles and
Practice of Isokinetics in Sports Medecine and Rehabilitation. Williams & Wil-
kins Asia-Pasific Ltd. 1996 : 1-69.
4 Évaluation musculaire
isocinétique appliquée
au genou

Pascal Edouard

Résumé
L’évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou concerne
les muscles fléchisseurs et extenseurs du genou. La qualité, la fia-
bilité et la reproductibilité des valeurs mesurées dépendent de la
rigueur et de la constance de la méthode d’évaluation utilisée.
La reproductibilité de cette évaluation est excellente : on rapporte
une variabilité de 3-9 % pour le moment de force maximum et les
ratios. L’interprétation des valeurs mesurées se fait en comparai-
son avec le côté controlatéral, des valeurs de référence et/ou des
valeurs normatives, en prenant en compte le contexte clinique, les
caractéristiques du sujet, la variabilité de la mesure isocinétique et
la différence potentielle entre les deux côtés liée à la latéralité. Les
indications d’évaluation musculaire isocinétique des fléchisseurs et
extenseurs du genou sont le diagnostic, le suivi, l’orientation théra-
peutique, l’aide à la décision et/ou la prévention dans le contexte de
sujets sportifs et/ou de pathologies articulaires du genou (rupture
et reconstruction du ligament croisé antérieur, syndrome fémoro-
patellaire, gonarthrose).

Mots-clés : évaluation musculaire ; muscles fléchisseurs et extenseurs


du genou ; ratio fléchisseurs/extenseurs ; quadriceps ; ischio-jambiers ;
ligament croisé antérieur ; syndrome fémoro-patellaire ; gonarthrose.

L’évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou est celle qui est


la plus réalisée en pratique clinique, et pour laquelle la bibliographie est la
plus développée aussi bien concernant les applications pratiques, qu’en
recherche ou dans la métrologie d’évaluation. Cette évaluation appliquée
au genou concerne l’analyse des groupements musculaires fléchisseurs et
extenseurs du genou, à savoir respectivement et essentiellement les ischio-
jambiers et le quadriceps. Cette évaluation a un intérêt dans le bilan diag-
nostic, de dépistage et/ou préventif, ainsi que dans le suivi thérapeutique et
rééducatif des pathologies articulaires du genou (rupture et reconstruction
du ligament croisé antérieur, syndrome fémoro-patellaire, gonarthrose,
arthroplastie totale de genou), et des pathologies tendino-musculaires
(traité dans le chapitre 8). Comme pour les autres articulations, l’évaluation
Guide d’isocinétisme
© 2016 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
74 Guide d’isocinétisme

de la force musculaire permet d’appréhender les aspects de stabilisation


articulaire, avec notamment l’équilibre de force entre les agonistes et les
antagonistes, et les aspects de performance motrice par les groupements
musculaires effecteurs.

Rappel anatomique et biomécanique


fonctionnelle du genou
L’articulation du genou unit le fémur, le tibia et la patella, et est composée
de deux articulations (figure 4.1) :
• l’articulation fémoro-tibiale comprenant un compartiment interne (entre
le condyle fémoral interne et le plateau tibial interne) et un compartiment
externe (entre le condyle fémoral externe et le plateau tibial externe),
• l’articulation fémoro-patellaire (entre la patella en avant et la trochlée
fémorale).
Les moyens de stabilisation passive de l’articulation fémoro-tibiale sont :
• le pivot central avec le ligament croisé antérieur et le ligament croisé
postérieur ;
• les ligaments périphériques avec en avant le ligament patellaire, latéra-
lement les ligaments collatéral médial (en interne) et latéral (en externe),

Figure 4.1. Schéma représentant l’articulation du genou avec le fémur (1),


la patella (2), les ménisques (3) et le tibia (4).
© Dufour [1]. Anatomie de l’appareil locomoteur. Membre Inférieur. Tome 1.Paris : Elsevier-Masson, 2015.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou 75

et en arrière les ligaments poplités oblique et arqué, et les points d’angle


postéro-interne et postéro-externe ;
• les ménisques internes et externes qui ont un rôle dans la stabilité et la
congruence articulaire, mais aussi dans l’amortissement ;
• les coques condyliennes limitant l’extension du genou.
Les moyens de stabilisation passive de l’articulation fémoro-patellaire
sont :
• le rétinaculum latéral ;
• le fascia lata ;
• le rétinaculum médial composé du medial patellofemoral ligament, du
medial patellomeniscal ligament, et du medial patellotibial ligament.
Les moyens de stabilisation active du genou sont les éléments muscu-
laires (figure 4.2), à savoir :
• les muscles de la cuisse :
– le quadriceps formé de quatre chefs : le droit fémoral, le vaste latéral, le
vaste médial et le vaste intermédiaire ; il est extenseur du genou ;
– les ischio-jambiers formés du biceps fémoral en externe, et du semi-
tendineux et semi-membraneux en interne ; ils sont fléchisseurs du genou ;
• les muscles de la jambe : le triceps sural formé du gastrocnémien médial,
du gastrocnémien latéral et du soléaire ; il est fléchisseur du genou.
L’évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou permet essen-
tiellement une évaluation de la force musculaire maximale des groupes
musculaires fléchisseurs (muscles ischio-jambiers) et extenseurs (quadri-
ceps) du genou.

Figure 4.2. Les moyens de stabilisation active du genou : le quadriceps (1),


les ischio-jambiers (2) et le triceps sural (3).
76 Guide d’isocinétisme

Méthodologie d’évaluation isocinétique


appliquée au genou
Comme pour toute évaluation musculaire isocinétique, la qualité, la fiabi-
lité et la reproductibilité des valeurs mesurées dépendent de la rigueur et de
la constance de la méthode d’évaluation utilisée. Afin de pouvoir comparer
les valeurs mesurées dans le temps pour un même sujet, ou entre des sujets,
il convient de toujours utiliser la même méthodologie d’évaluation lors
de chaque évaluation. Ainsi, nous vous suggérons de définir une méthode
d’évaluation et de systématiquement la reproduire.

Même méthodologie d’évaluation ⇔ Excellente reproductibilité des valeurs


mesurées.

Les points fondamentaux d’une méthode d’évaluation musculaire isoci-


nétique sont décris dans le chapitre 3, les aspects spécifiques de l’évaluation
appliquée au genou sont traités dans ce chapitre.

Préambule à l’évaluation musculaire isocinétique


Comme avant toute évaluation musculaire isocinétique maximale, nous
vous conseillons fortement la réalisation d’une visite médicale pour vérifier
ou déterminer l’indication de l’évaluation, établir un bilan de la structure
anatomique qui va être évaluée, et éliminer une contre-indication à la réa-
lisation de l’évaluation. Il est important, avant de faire réaliser un exercice
maximal au sujet, de s’assurer que la structure et le sujet peuvent réaliser et
subir un effort maximal (encadré 3.2).
Dans le cadre spécifique de l’évaluation appliquée au genou, il est impor-
tant de vérifier qu’il n’existe pas de pathologie aiguë et/ou qui risquerait de
décompenser lors de l’exercice maximal, au niveau du genou, des os sus-
(fémur) et sous-jacents (tibia et fibula), et des groupements musculaires mis
en jeu lors de l’évaluation (extenseurs et fléchisseurs du genou).

Échauffement
L’échauffement doit permettre de préparer l’appareil cardio-respiratoire et
l’appareil musculo-squelettique des membres inférieurs aux sollicitations
de l’exercice maximal isocinétique. Nous suggérons qu’il soit réalisé en trois
parties :
• échauffement général sur cycloergomètre à une résistance permettant un
effort physique suffisant pour entraîner une sollicitation cardiaque, mais
pas trop importante pour ne pas entraîner de fatigue musculaire des mem-
bres inférieurs. Il semble raisonnable de proposer environ 1  Watt/kg de
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou 77

poids chez le sujet faiblement entraîné, et jusqu’à 2 Watts/kg de poids chez


le sujet très entraîné ;
• échauffement spécifique des membres inférieurs qui peut se faire par la
réalisation d’exercices simulant la course à pied (c’est-à-dire : éducatifs de
course ou gammes) : montées de genou (3 x 10 m), talons-fesses (3 x 10 m),
bondissements sur place (3 x 5 répétitions) (figure 4.3) ;
• échauffement spécifique sur le dynamomètre et familiarisation au
mode de contraction isocinétique qui a pour objectif d’éduquer le sujet
au mode de contraction isocinétique, et de finaliser l’échauffement spéci-
fique des groupements musculaires qui vont être évalués. Nous vous suggé-
rons d’utiliser une vitesse angulaire intermédiaire pour que le mouvement
soit fluide, à intensité sous-maximale, en demandant au sujet d’aller de
plus en plus vite (accélérer progressivement) afin qu’il découvre à la fin
des séries l’intensité maximale de l’exercice isocinétique (voir chapitre 3 et
figure 3.1). Nous proposons la réalisation de 2 séries de 6 répétitions sous-
maximales incrémentales à 120°/s en mode concentrique, et d’ajouter 1 ou
2 séries en fonction de la sensation du sujet et/ou de sa capacité à réaliser
ces mouvements. Encore une fois le sujet doit comprendre et maîtriser le
mouvement isocinétique, mais il doit garder sa «  fraîcheur musculaire  »
pour les évaluations maximales.

Installation : position, axe du mouvement


et stabilisation
Le choix du dynamomètre a une influence sur la fiabilité des valeurs mesu-
rées, mais surtout doit toujours être le même pour permettre une comparai-
son des valeurs dans le temps ou entre les sujets (chapitre 3).
La position d’évaluation dépendra des possibilités du dynamomètre iso-
cinétique, mais dans la grande majorité des cas elle est assise. Le sujet est
placé en position assise avec une inclinaison postérieure du tronc de 15° par
rapport à la verticale (angle entre la cuisse et le tronc à 105°), la cuisse est en
appui sur le siège du dynamomètre (figure 4.4).
L’axe du dynamomètre est aligné de manière à ce que son centre de rota-
tion corresponde à celui du centre articulaire moyen de flexion-extension
du genou, et ce tout au long du mouvement de flexion-extension du genou.
On fait généralement correspondre le centre de rotation du dynamomètre
avec le centre du condyle fémoral externe qui est repéré par palpation
(figure 4.5). Une stabilisation de la cuisse du côté évalué par sanglage est
suggérée pour limiter les variations du centre de rotation articulaire induites
par les mouvements de la cuisse et les variations de masses musculaires au
cours de l’exercice (figures 4.4 et 4.5).
Le contre-appui du dynamomètre, contre lequel le sujet va exercer une
force, est placé sur le segment jambier juste au-dessus du coup de pied
Figure 4.3. Échauffement spécifique
des membres inférieurs par des
éducatifs de course (gammes) : montées
de genoux (A) ; talons-fesses (B) ;
bondissements (début du mouvement
de profil (C) et de face (D),
fin de mouvement (E).
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou 79

Figure 4.4. Installation pour l’évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou


vue de ¾ (A) et de face (B), sur un dynamomètre de type Con-Trex®.

Figure 4.5. Alignement du centre de rotation du dynamomètre avec le centre


de rotation du genou et stabilisation de la cuisse du côté évalué par sanglage,
sur un dynamomètre de type Con-Trex®.

(deux travers de doigt au-dessus du pli de flexion de la cheville) (figure 4.4).


Le positionnement de ce contre-appui a une influence sur la longueur du
bras de levier, donc sur la force angulaire que le sujet pourra développer.
Il convient donc de l’installer toujours de la même manière si l’on veut
comparer les valeurs. Il nous semble important que ce contre-appui ait des
80 Guide d’isocinétisme

mousses de protection efficaces, car si la poussée crée une douleur, la force


maximale du sujet pourra être sous-estimée.
La stabilisation du tronc par sanglage est suggérée pour limiter et standar-
diser les compensations durant l’exercice, et pour éviter des flexions bru-
tales du tronc qui pourraient être dangereuses pour le sujet (figure 4.4). De
plus, il a été rapporté que ce sanglage du tronc permettait une production
de force plus importante que sans sanglage [2]. Le membre controlatéral
peut être maintenu par un contre appui résistif distal (figure  4.4). Nous
suggérerons cette installation afin de standardiser les compensations durant
l’exercice et pour limiter les mouvements brutaux de ce membre s’il est
libre. Durant l’évaluation maximale, il est nécessaire de standardiser la posi-
tion des membres supérieurs : bras croisés sur le torse ou serrage de poignées
par les mains (figure 4.4). Ces deux installations vont modifier les chaînes
musculaires en jeu ce qui peut avoir une influence sur la force maximale
produite, il est donc important de standardiser cette position et de toujours
utiliser la même. Nous vous suggérons le serrage de poignées par les mains,
afin de développer la force la plus importante.
À noter que de manière anecdotique l’évaluation peut se faire en position
de décubitus dorsal (allongé sur le dos) ou de décubitus ventral (allongé sur
le ventre) [2,3]. Compte tenu de la très faible utilisation en pratique, ces
deux positions ne seront pas détaillées dans cet ouvrage.
Il peut y avoir des variations dans l’installation, selon le dynamomètre et
par choix de l’examinateur, mais encore une fois, le plus important est la
constance de cette installation pour chaque évaluation.

Protocole d’évaluation : amplitude, vitesse et mode


de contraction
Choix de la course angulaire
La course angulaire doit être nécessaire et suffisante pour que le sujet puisse
atteindre la vitesse isocinétique demandée et son moment de force maxi-
mum. Elle ne doit pas être trop excessive car cela risquerait de demander un
travail musculaire trop important avec une fatigue musculaire plus précoce.
Elle doit aussi respecter les possibilités d’amplitudes articulaires du genou
(limitations articulaires par enraidissement) et la souplesse du sujet (limi-
tation d’extension du genou par raideur des chaînes postérieures (ischio-
jambiers), mais aussi les possibilités du dynamomètre (limitation en flexion
par le contact du mollet avec le siège, source de compression douloureuse).
Il est important que les amplitudes soient symétriques entre les deux côtés
évalués, et identiques pour un même sujet dans le temps et entre des sujets,
si l’on cherche à comparer leurs valeurs.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou 81

Nous suggérons une amplitude d’environ 75° à 80° pour le sujet atteint


d’une pathologie articulaire du genou ou sédentaire, et 90° pour le sujet
sportif entraîné. Nous vous incitons à adapter cette amplitude articulaire,
voire les secteurs, en fonction des indications et objectifs de l’évaluation,
bien entendu tout en gardant en tête l’aspect de comparabilité des valeurs
mesurées.

Choix des modes de contraction


L’évaluation musculaire isocinétique des fléchisseurs et extenseurs du
genou doit permettre une bonne appréhension/compréhension des pos-
sibilités des muscles. Compte tenu des rôles et caractères complémentaires
des modes de contraction concentrique et excentrique, et notamment du
rôle de l’excentrique dans la stabilisation et protection articulaire et mus-
culaire, il semble important que l’évaluation inclue ces deux modes de
contraction. Il est nécessaire de prévoir un temps de familiarisation à ces
deux modes, notamment le mode de contraction excentrique, afin de ne
pas sous-estimer le moment de force maximum par manque d’habituation.
Nous suggérons de débuter l’évaluation par le mode de contraction concen-
trique, le plus facile à réaliser par le sujet et le moins « traumatisant » pour
les muscles, puis de réaliser l’évaluation en mode de contraction excen-
trique après familiarisation et un excellent échauffement.

Choix des vitesses angulaires


Afin d’appréhender les caractéristiques des muscles fléchisseurs et exten-
seurs du genou en rapport avec la relation force-vitesse, nous suggérons
une évaluation à au moins deux vitesses angulaires concentriques  : 60°/s
(vitesse dite lente) et 180°/s ou 240°/s (vitesse dite rapide), et une vitesse
excentrique : 30°/s (vitesse dite lente). En fonction des objectifs de l’évalua-
tion et du sujet, il peut être rajouté une vitesse concentrique intermédiaire
(120°/s) et/ou une vitesse excentrique plus rapide (120°/s), ou un plus grand
échantillonnage de vitesses (allant de 30°/s à 300°/s). Il faut cependant bien
garder à l’esprit que :
• plus il y a de séries et de répétitions, plus il y aura de fatigue, et plus le
risque de sous-estimer le moment de force maximum est important ;
• le sujet doit être capable d’atteindre la vitesse angulaire demandée ;
• pour que l’utilisation de vitesses excentriques supérieures à 30°/s soit
pertinente, le sujet doit être capable de développer une force au moins
égale à celle produite à 30°/s, si ce n’est supérieure, et ne pas subir le
mouvement ;
• la reproductibilité de la mesure doit être bonne, ce qui n’est pas toujours
le cas pour les vitesses angulaires élevées (concentrique ou excentrique).
82 Guide d’isocinétisme

Choix du nombre de répétitions


Dans le cadre de l’évaluation musculaire maximale, l’objectif est la mesure
d’une valeur de moment de force maximum. Il est donc inutile de multi-
plier les répétitions si le sujet atteint son maximum à la 1re ou 2e répétition,
car cela risque d’entraîner de la fatigue qui nuira à la performance maximale
lors des séries suivantes. Si le sujet a bien été informé des objectifs et moda-
lités de l’évaluation, et qu’il a bien été familiarisé au mode de contraction
isocinétique, il devrait réaliser et atteindre son moment de force maximum
lors de la 1re ou 2e répétition.
Ainsi, nous suggérons pour chaque vitesse angulaire un maximum de
3 répétitions maximales.
Dans l’objectif d’une évaluation de la fatigabilité musculaire, les recom-
mandations en termes de nombre de répétitions sont présentées dans le
chapitre 11.

Correction de gravité
Nous conseillons fortement de mesurer, lors de la mise en place du pro-
tocole, le poids du membre et du dispositif du dynamomètre permettant
l’évaluation, afin de prendre en compte la correction de gravité dans les
valeurs mesurées. La prise en compte de la correction de gravité au niveau
de l’évaluation appliquée au genou est quasi systématique dans les études
scientifiques. Cette prise en compte, ou non, de la correction de gravité
a une influence sur la valeur du moment de force maximum des muscles
extenseurs (sous-estimation si non prise en compte) et des muscles flé-
chisseurs (surestimation si non prise en compte), et bien entendu du ratio
fléchisseurs/extenseurs. Il est aussi très important de préciser cet aspect dans
la méthodologie d’évaluation et dans le compte rendu qui sera fait.

Récupération
Entre les évaluations maximales, nous conseillons 60  s de récupération.
Ce temps permet aussi un recueil des sensations du sujet durant l’exercice
maximal (performance maximale, appréhension, gêne, douleur…), qui
seront utiles dans l’interprétation des valeurs mesurées, et aussi une présen-
tation brève des premiers résultats (voir chapitre 3).
Dans le cadre d’exercices sous-maximaux, notamment lors de l’échauf-
fement spécifique, la récupération peut-être inférieure à 60 s en fonction
de l’intensité de l’exercice et des sensations du sujet, sans être inférieure
à 15 s.

Vidéo 4.1. Vidéo de l’installation pour l’évaluation musculaire isocinétique


des fléchisseurs et extenseurs du genou.
Vidéo 4.2. Vidéo montrant une évaluation musculaire isocinétique des fléchisseurs
et extenseurs du genou.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou 83

Fiche 4.1
Proposition de méthodologie d’évaluation isocinétique
du genou
• Préambule  : indication, état de la structure à évaluer, contre-indication à
l’exercice maximal.
• Échauffement : cycloergomètre (1 W/kg sujet sédentaire, 2 W/kg sujet très
entraîné) + éducatifs de course + bondissements.
• Position  : assise, 105° d’extension du tronc, alignement axe dynamomètre
et axe articulaire, contre-appui au coup de pied, sanglage du tronc, sanglage
cuisse côté évalué, contre-appui côté opposé, maintien des poignées.
• Amplitude  : 75-80° chez le sujet pathologique  ou sédentaire  ; 90° chez le
sujet sportif.
• Correction de gravité : à prendre en compte.
• Récupération entre les séries : 60 s.
• Échauffement spécifique isocinétique  : 2 x 6  répétitions sous-maximales
concentriques à 120°/s, puis 1 x  3  répétitions sous-maximales (mais en allant
vers maximum) concentriques à 60°/s.
• Évaluation maximale : 3 répétitions maximales concentriques à 60°/s.
• Évaluation maximale : 3 répétitions maximales concentriques à 240°/s.
• Échauffement spécifique isocinétique : 3 répétitions sous-maximales (mais en
allant vers maximum) excentriques à 30°/s.
• Évaluation maximale : 3 répétitions maximales excentriques à 30°/s.
• Évaluation maximale : si épreuve de fatigue à faire après toutes les évalua-
tions maximales.

Reproductibilité
L’évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou est une évalua-
tion qui présente une très bonne, voire excellente reproductibilité pour le
moment de force maximum et même pour les ratios agonistes/antagonistes
et bilatéraux.
Dans les tableaux 4.1 et 4.2 sont répertoriées des valeurs de reproducti-
bilité relative et absolue pour le moment de force maximum des muscles
fléchisseurs et extenseurs du genou, les ratios agonistes/antagonistes et les
ratios droit/gauche, en fonction du dynamomètre, du mode de contraction
et de la vitesse angulaire. Cette reproductibilité est variable en fonction des
dynamomètres, mais aussi en fonction du mode de contraction et de la
vitesse angulaire. Il est important de noter que ces données de reproducti-
bilité sont globalement disponibles pour beaucoup de dynamomètres pour
le moment de force maximum, mais peu pour les ratios.
Tableau 4.1. Reproductibilité des moments de force maximum des fléchisseurs et extenseurs du genou en fonction du dynamomètre,
du mode de contraction et de la vitesse angulaire.
Extenseurs Fléchisseurs
60°/s 120°/s 180°/s 240°/s 60°/s 60°/s 120°/s 180°/s 240°/s 60°/s
concentrique concentrique concentrique concentrique excentrique concentrique concentrique concentrique concentrique excentrique
ICC
Con-Trex® [4] 0,98 0,99 0,99 0,97 0,99 0,99 0,99 0,97
Cybex 0,95-0,98 0,97 0,98 0,95-0,96 0,93-0,95 0,95-0,96 0,96-0,97 0,94-0,97
Norm [5]
Cybex II [6] 0,83-0,98 0,78-0,97 0,87-0,95 0,92-0,95 0,86-0,94 0,87-0,93
Cybex 0,83-0,90 0,85-0,91 0,84-0,82 0,82-0,84 0,88-0,90 0,83
6 000 [7]
Kincom 0,93 0,93 0,93 0,94
500H [8]
SEM ( %)
Con-Trex® [4] 3,2 2,8 3,3 7,0 3,1 4,2 4,1 6,4
Cybex 4,3-4,7 4,8-5,3 4,0-4,5 6,2-6,8 5,2-6,7 5,7-2-5,7 5,0-5,2 5,2-6,5
Norm [5]
Kincom 6,5 6,7 7,0 6,9
500H [8]
CV ( %)
Cybex II [6] 3,0-5,7 2,3-5,3 4,5-5,6 3,0-4,7 4,6-5,7 5,7-6,9
ICC : coefficient de corrélation intraclasse (Intraclasse Correlation Coefficient) ; SEM : Standard Error of Measurement ; CV : coefficient de variation.
Tableau 4.2. Reproductibilité des ratios fléchisseurs/extenseurs du genou et des ratios droit/gauche, en fonction du dynamomètre,
du mode de contraction et de la vitesse angulaire.
Ratio fléchisseurs/extenseurs Ratio droit/gauche (fléchisseurs et extenseurs)
60°/s 120°/s 180°/s 60°/s 60°/s 120°/s 180°/s 60°/s
concentrique concentrique concentrique Fléchisseurs exc./ concentrique concentrique concentrique excentrique
Extenseurs conc.
ICC
Cybex Norm [5] 0,65-0,79 0,55-0,70 0,34-0,44 0,80-0,87 0,59-0,78 0,29-0,63 0,43-0,54 0,65-0,69
Kincom 500H [8] 0,43 0,73
SEM ( %)
Cybex Norm [5] 5,4-5,5 5,1-5,3 5,2-7,1 6,3-6,4 3,2-8,7 5,6-7,3 5,6-6,5 7,3
Kincom 500H [8] 11,0 1,2
Exc. : excentrique ; conc. : concentrique ; ICC : coefficient de corrélation intraclasse (Intraclasse Correlation Coefficient) ; SEM : Standard Error of Measurement.
86 Guide d’isocinétisme

À retenir
La variabilité de mesure entre deux sessions est :
• moment de force maximum en concentrique ≈ 3-4 % (sur Con-Trex® [4]) ;
• moment de force maximum en concentrique ≈ 4-7 % (sur Cybex Norm [5]) ;
• moment de force maximum en excentrique ≈ 5-7  % (sur Con-Trex® [4] et
Cybex Norm [5]) ;
• ratio fléchisseurs/extenseurs ≈ 3-9 % (sur Cybex Norm [5]).

Ces valeurs de variabilité de la mesure sont à prendre en compte dans


l’interprétation des résultats d’une évaluation musculaire isocinétique. En
effet, pour une modification du moment de force maximum de moins de
7 % entre deux évaluations, il est difficile de dire si cette modification est
due à une modification réelle de la force musculaire, ou à la variabilité de la
mesure inhérente à la méthode.

À faire
Afin d’avoir des valeurs de variabilité qui correspondent totalement à votre
dynamomètre, votre méthodologie et les paramètres que vous utilisez, nous
vous suggérons de déterminer la reproductibilité de votre propre méthodo-
logie d’évaluation des muscles fléchisseurs et extenseurs du genou dans une
population de sujets comparables aux sujets que vous évaluez régulière-
ment (encadré 3.4).

Pour les autres paramètres mesurés, tel que le travail, la puissance, et


l’angle au pic, les données de reproductibilité sont moins bien connues,
et il semblerait qu’il existe une plus grande variabilité. Sur dynamomètre de
type Con-Trex®, il a été rapporté une variabilité de 4-7 % pour le travail,
de 3-8 % pour la puissance, et de 4-18 % pour l’angle au pic [4], ce qui est
tout à fait correct et acceptable dans le cadre d’une utilisation pratique et
scientifique.

Valeurs normatives et interprétation


des données
Valeurs normatives
Il est très difficile de rapporter des valeurs normatives des paramètres iso-
cinétiques mesurés. En effet, il n’existe pas de grandes bases de données,
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou 87

disponibles et/ou publiées, sur des valeurs de force et d’équilibre mesurées


lors d’évaluations isocinétiques. Les dynamomètres isocinétiques sont
utilisés, un grand nombre d’évaluations sont réalisées, mais les données
sont rarement diffusées. Sauf exception [9,10], ne sont publiées que des
petites cohortes qui ne sont ni le reflet de la réalité de l’utilisation pra-
tique de l’isocinétisme, et probablement ni celui des valeurs isocinétiques
normatives.
De plus, il est très difficile de rapporter des valeurs normatives des para-
mètres isocinétiques mesurés, car il existe une grande variabilité inter-
sujets, comme en attestent les valeurs des écarts-types pour les données
présentées dans les tableaux 4.3, 4.4 et 4.5. Les écarts-types peuvent repré-
senter  1/6  à  1/3 à de la valeur de force. Ainsi, la zone de normalité des
valeurs de force mesurées peut être très vaste (figures 4.6 et 4.7).
Cette grande variabilité est expliquée en partie par : le sexe (tableau 4.4),
l’activité physique pratiquée par les sujets (voir « Conditions sportives »),
et/ou le poids. De ce fait, il est nécessaire de connaître et donc de recueillir
au minimum ces paramètres pour interpréter les valeurs de force isociné-
tique d’un sujet.
Il nous semble important de présenter les valeurs de force mesurée
rapportées au poids de corps des sujets (Nm/kg), afin de diminuer le biais de
variabilité lié au poids. Cependant, dans ce chapitre la majorité des données
sont présentées en Nm, car les études dont elles sont issues ne rapportaient
pas les valeurs en Nm/kg.
À titre indicatif sont rapportés dans les tableaux  4.3,  4.4 et  4.5 et les
figures 4.6, 4.7 et 4.8 des valeurs de force musculaire isocinétique des flé-
chisseurs et extenseurs du genou qui pourraient être considérées comme
« normales », et dans la figure 4.9 une illustration des courbes isocinétiques
dites physiologiques pour les muscles fléchisseurs et extenseurs du genou à
60°/s sur dynamomètre isocinétique de type Con-Trex®.

À faire
Afin d’avoir des valeurs normatives correspondant à votre dynamomètre,
votre méthodologie, les paramètres que vous utilisez, nous vous suggérons
de constituer une banque de données, en utilisant toujours la même métho-
dologie d’évaluation, d’abord par la réalisation d’évaluation isocinétique des
muscles fléchisseurs et extenseurs du genou dans une population de sujets
sains non sportifs de classe d’âge homogène, puis dans des populations variées
en accord avec les populations que vous êtes amenées à évaluer, et progres-
sivement d’augmenter cette banque de données par les évaluations que vous
réalisez.
88
Guide d’isocinétisme
Tableau 4.3. Valeurs des moments de force maximum des muscles fléchisseurs et extenseurs du genou en fonction
du dynamomètre, du mode de contraction et de la vitesse angulaire.
Extenseurs Fléchisseurs
60°/s 120°/s 180°/s 60°/s 60°/s 120°/s 180°/s 60°/s
concentrique concentrique concentrique excentrique concentrique concentrique concentrique excentrique
Con-Trex®* 30 sujets 178 ± 46 154 ± 40 134 ± 38 207 ± 65 109 ± 31 97 ± 28 90 ± 26 130 ± 39
(2007) [4] sains actifs
Cybex Norm* 18 sujets 250 ± 71 210 ± 61 178 ± 58 311 ± 95 141 ± 33 126 ± 32 110 ± 29 170 ± 49
(2008) [5] sains actifs
Kincom 500H 20 sujets 127 ± 31 182 ± 47 79 ± 22 94 ± 27
(2007) [8] sains actifs
* Valeurs moyennées pour toutes les séries et les deux côtés.

Évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou
Tableau 4.4. Différences hommes/femmes des valeurs des moments de force maximum des muscles fléchisseurs et extenseurs
du genou en fonction du mode de contraction et de la vitesse angulaire, sur Cybex 6000.
Extenseurs Fléchisseurs
60°/s 120°/s 60°/s 120°/s 60°/s 120°/s 60°/s 120°/s
concentrique concentrique excentrique excentrique concentrique concentrique excentrique excentrique
36 hommes 175 ± 36 151 ± 37 194 ± 51 197 ± 56 95 ± 36 92 ± 37 104 ± 20 109 ± 24
24 femmes 100 ± 18 83 ± 13 124 ± 31 124 ± 31 56 ± 9 47 ± 10 64 ± 14 67 ± 14
D’après l’étude de Li et al. (1996) [7], sur 60 sujets sains. Valeurs moyennées sur les deux sessions.

89
90
Guide d’isocinétisme
Tableau 4.5. Valeurs des ratios fléchisseurs/extenseurs du genou et droit/gauche en fonction du mode de contraction
et de la vitesse angulaire.
Ratio fléchisseurs/extenseurs Ratio droit/gauche (fléchisseurs et extenseurs)
60°/s 120°/s 180°/s 60°/s Fléch 60°/s 120°/s 180°/s 60°/s
concentrique concentrique concentrique exc/Ext con concentrique concentrique concentrique excentrique
Cybex Norm* 18 sujets
0,58 ± 0,07 0,60 ± 0,05 0,61 ± 0,05 0,71 ± 0,12 0,96 ± 0,10 0,98 ± 0,08 0,99 ± 0,09 0,93 ± 0,10
(2008) [5] sains actifs
* Valeurs moyennées pour toutes les séries et les deux côtés.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou 91

Figure 4.6. Zone de normalité des valeurs de force isocinétique des muscles
extenseurs du genou. Cette zone est définie par moyenne en trait continu et les limites
de ± 2 écarts-types en pointillé, pour le Con-Trex® en rond noir et le Cybex Norm
en losange gris.

Figure 4.7. Zone de normalité des valeurs de force isocinétique des muscles
fléchisseurs du genou. Cette zone est définie par moyenne en trait continu et les limites
de ± 2 écarts-types en pointillé, pour le Con-Trex® en rond noir et le Cybex Norm en
losange gris.
92 Guide d’isocinétisme

Figure 4.8. Zone de normalité des valeurs des ratios fléchisseurs/extenseurs du genou.
Cette zone est définie par moyenne en trait continu et les limites de ± 2 écarts-types
en pointillé, pour le Cybex Norm en losange gris. On peut se rendre compte que la
moitié de la population présente des valeurs de ratios fléch/ext < 60 %, qui est
normalement défini comme « pathologique ».

Figure 4.9. Courbe isocinétique type d’une évaluation maximale isocinétique


appliquée aux muscles fléchisseurs et extenseurs du genou à 60°/s sur dynamomètre
isocinétique de type Con-Trex®.

Interprétation
L’interprétation des valeurs isocinétiques est essentielle pour donner un
sens pratique et/ou clinique à l’évaluation. Elle doit se baser sur le contexte
clinique, les caractéristiques du sujet, prendre en compte la variabilité de
la mesure isocinétique et la différence potentielle entre les deux côtés liée
à la  latéralité (tableau  3.6). Cette interprétation doit être qualitative par
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou 93

l’interprétation des courbes isocinétiques, et quantitative par l’interpréta-


tion des valeurs du moment de force maximum et des ratios (chapitre 3).
En pratique, nous suggérons d’analyser :
• si l’évaluation était maximale, sur la base des critères subjectifs du sujet
(le sujet se dit être à 100  %, crispation du visage durant l’effort, «  visage
rouge »…), et sur la base de critères objectifs (diminution du moment de
force maximum sur les dernières répétitions de chaque série, cohérence
de la relation force-vitesse, un gain de 15 à 30 % pouvant être espéré entre
le mode de contraction concentrique et excentrique, s’il est présent on peut
estimer que le sujet a fait une épreuve excentrique maximale) ;
• le moment de force maximum isocinétique pour les fléchisseurs et exten-
seurs du genou en comparant par rapport :
– au côté controlatéral (pourcentage de différence entre les deux côtés
qui doit être inférieur à la variabilité de la mesure (4-7 %) et/ou au pour-
centage lié à la latéralité (entre 5 et 10 % d’après Perrin (1983) [3]),
– à des valeurs de référence si elles existent (évaluation de début de sai-
son, évaluation de pré-rééducation…),
– à des valeurs normatives (mais avec toute la précaution nécessaire
compte tenu de la grande variabilité inter-sujets) ;
• les ratio fléchisseurs/extenseurs en comparant par rapport :
– à des valeurs normatives mais avec toute la précaution nécessaire
compte tenu de la grande variabilité inter-sujets, sachant qu’il y a une
forte tendance pour dire qu’un ratio fléchisseurs/extenseurs < 60 % est
«  pathologique  », et qu’un ratio fléchisseurs  (exc.)/extenseurs  (conc.)
<  80  % est «  pathologique  » (sachant que l’idéal est ratio fléchis-
seurs (exc.)/extenseurs (con.) > 100 %) ;
– au côté controlatéral (pourcentage de différence entre les deux côtés
qui doit être inférieur à la variabilité de la mesure (3-9 %) et/ou au pour-
centage du à la latéralité) ;
– et/ou à des valeurs de référence si elles existent (évaluation de début de
saison, évaluation de pré-rééducation…).

Encadré 4.1

Interprétation des valeurs isocinétiques


j Évaluation maximale ?
j Moment de force maximum  : >  7  % par rapport au côté opposé  ? Par
rapport à des valeurs de référence ? Par rapport à des valeurs normatives ?
Par rapport au poids de corps ?
j Ratio fléchisseurs/extenseurs : ratios concentrique < 60 % ? ratios Exc/

Con < 100 % ? > 9 % par rapport au côté opposé ? Par rapport à des valeurs
de référence ?
94 Guide d’isocinétisme

Compte tenu de la variabilité des méthodologies d’évaluation de la force


isocinétique des fléchisseurs et extenseurs et de leurs ratios, nous proposons
qu’une variation inférieure à 7 % ne soit pas considérée comme étant une
variation réelle. Pour le dynamomètre isocinétique de type Con-Trex®, cela
peut être ajusté à une variation inférieure à 4 %. Ainsi, dans l’interprétation
des résultats, il faudra que la différence entre les deux paramètres (entre
les deux côtés, par rapport à des valeurs de référence, ou par rapport à la
normalité) soit supérieure à 7 % pour pouvoir être considérée comme réelle.

Variation ≤ 7 % =  >  probablement due au hasard.


Variation > 7 % =  >  probablement due à une modification de la force.

D’autres éléments concernant l’interprétation des courbes isocinétiques


des muscles fléchisseurs du genou (ischio-jambiers) sont rapportés dans le
chapitre 8.

Fiche 4.2
Proposition de notions clés à faire apparaître
dans le compte rendu d’évaluation musculaire
isocinétique appliquée au genou
• Nom, prénom, date de naissance et poids du sujet/patient.
• Indication de l’évaluation, si pathologie : diagnostic et côté pathologique.
• Nom, prénom et fonction de la personne qui adresse le sujet/patient.
• Nom, prénom et fonction de la personne qui réalise l’évaluation.
• Date de l’évaluation.
• Méthodologie d’évaluation isocinétique  : position/installation, amplitude,
correction de gravité, modes de contraction, vitesses angulaires, répétitions,
récupération.
• Évaluation maximale : Oui/Non ?
• Valeurs du moment de force maximum pour chaque vitesse angulaire pour
chaque côté.
• Pourcentage de différences de valeurs du moment de force maximum entre
les deux côtés : « lésé/sain » ou « non dominant/dominant » ou « gauche/droit ».
• Valeurs du ratio entre les moments de force maximum des fléchisseurs et des
extenseurs pour chaque vitesse angulaire pour chaque côté.
• Courbes isocinétiques.
• Ressenti du sujet.
• Interprétation des résultats (qualitative et quantitative) et conclusion.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou 95

Figure 4.10. Exemple de fiche type de compte rendu d’évaluation musculaire


isocinétique appliquée au genou.
96 Guide d’isocinétisme

Conditions sportives
La pratique d’un sport est à l’origine d’une adaptation musculaire pour
permettre la performance sportive. Les sports d’explosivité nécessitant une
performance d’accélération, de sprint et/ou de saut (athlétisme, football,
rugby, handball…) vont nécessiter et entraîner des gains de force des mus-
cles impliqués dans la performance sportive, à savoir les extenseurs, mais
aussi les fléchisseurs du genou.
Dans les tableaux  4.6,  4.7 et  4.8 sont rapportées, à titre d’exemple, des
valeurs du moment de force maximum en  Nm (tableau  4.6) et en Nm/kg
(tableau 4.7), et des ratios fléchisseurs/extenseurs (tableau 4.8) dans différents
sports nécessitant une performance d’accélération, de sprint et/ou de sauts.
Cette notion d’augmentation de la force chez le sujet sportif et ces valeurs
rapportées en exemple sont intéressantes pour l’interprétation d’une éva-
luation chez un sportif :
• afin de ne pas passer à côté d’un déficit de force si le sujet présente des
valeurs comparables à une population de sujets sédentaires ;
• et pour savoir quelles peuvent être les valeurs « objectifs » chez les sportifs.
Il est à noter que ces adaptations de la force due à une pratique intensive
du sport, ou de la préparation physique/musculation qui l’accompagne,
pourraient se faire de manière disharmonieuse entre les agonistes et anta-
gonistes, et être à l’origine d’un déséquilibre agoniste/antagoniste. Ce dés-
équilibre pourrait être un facteur prédisposant la blessure musculaire. Ces
aspects sont traités dans le chapitre 8.

Conditions pathologiques
Une pathologie de l’appareil locomoteur peut avoir des conséquences sur le
muscle. La douleur et l’appréhension induites et/ou associées à la patholo-
gie peuvent avoir un effet néfaste par inhibition volontaire ou involontaire
de l’activation du muscle. L’inactivité souvent associée à la pathologie aura
un effet de déconditionnement et donc induira une perte de force mus-
culaire, qui enclenchera un cercle vicieux de déconditionnement du sujet
et de l’articulation.
La connaissance de ces modifications musculaires peut être intéressante
dans la démarche diagnostique, l’orientation thérapeutique, le suivi réédu-
catif, mais aussi en prévention.
Nous détaillerons ci-dessous les modifications musculaires des fléchis-
seurs et extenseurs du genou dans le cadre de :
• rupture du ligament croisé antérieur ;
• syndrome fémoro-patellaire ;
• pathologies tendino-musculaires (cela est traité dans le chapitre 8) ;
• gonarthrose ;
• rééducation et renforcement musculaire des fléchisseurs et extenseurs du
genou (cela est traité dans le chapitre 12).
Tableau 4.6. Valeurs des moments de force maximum des fléchisseurs et extenseurs du genou du côté dominant dans différentes


populations de sportifs (en Nm).
Sports Dynamomètres Extenseurs Fléchisseurs
60°/s 120°/s 180°/s 240°/s 60°/s 60°/s 120°/s 180°/s 240°/s 60°/s
conc. conc. conc. conc. exc. conc. conc. conc. conc. exc.
Différents sports (n = 100) : Biodex 260 ± 50 220 ± 40 146 ± 27* 257 ± 36 142 ± 28 126 ± 25 88 ± 20* 166 ± 40
soccer (n = 36), football B-2000

Évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou


(n = 24), baseball (n = 14),
athlétisme (n = 13) [11]
Handball, élite (n = 22) [12] Biodex 267 ± 46 176 ± 30 166 ± 44 122 ± 34
Footballeurs Ligue 1 (n = 70) Cybex Norm 236 ±38 151 ± 25 164 ± 31 115 ± 19 187 ± 44 £
(données non publiées)
Football américain, collège Cybex Norm 314 ± 71 210 ± 45
élite (n = 1 252) [10]
Rugby (n = 16) [13] Con-Trex® 182 ± 18 160 ± 18 145 ± 24 134 ± 19
Sports d’accélération Con-Trex® 215 ± 33 313 ± 56$ 139 ± 36 184 ± 45$
(n = 14) [14]
Sprinteurs (n = 8) (données Con-Trex® 244 ± 53 220 ± 43 172 ± 36 296 ± 47£ 159 ±31 145 ± 28 123 ± 26 177 ± 41£
non publiées)
Taekwondo, élite -80 kg Biodex 231 ± 17 177 ± 25 132 ± 18 130 ± 26 111 ± 22 96 ± 18
hommes (n = 7) [13]
Tennis, jeunes élites Cybex 6 000 174 ± 32 102 ± 21 101 ± 24 74 ± 16
(n = 36) [15]
Volley-ball, hommes (n = 20) Biodex 247 ± 6 173 ± 7 140 ± 7* 127 ± 4 88 ± 8 83 ± 8*

97
$
Conc. : concentrique ; exc. : excentrique. * 300°/s concentrique. 120°/s excentrique£ 30°/s excentrique.
Tableau 4.7. Valeurs des moments de force maximum rapportées au poids de corps des fléchisseurs et extenseurs du genou du côté
dominant dans différentes populations de sportifs (en Nm/kg).
Sports Dynamomètres Extenseurs Fléchisseurs
60°/s 120°/s 180°/s 240°/s 60°/s 60°/s 120°/s 180°/s 240°/s 60°/s
conc. conc. conc. conc. exc. conc. conc. conc. conc. exc.
Basket-ball TechnoGym 2,67 ± 0,28 2,96 ± 0,47 1,66 ± 0,20 1,82 ± 0,19
(n = 14) [16]
Handball, élite Biodex 2,91 ± 0,53 1,90 ± 0,31 1,76 ± 0,29 1,30 ± 0,23
(n = 22) [12]
Footballeurs Cybex Norm 3,00 ± 0,40 1,90 ±0,20 2,10 ± 0,30 1,50 ± 0,20
Ligue 1 (n = 70)
(données non
publiées)
Football Cybex Norm 3,10 ± 0,68 3,04 ± 0,68
américain,
collège élite
(n = 1 252) [10]
Sports Con-Trex® 2,68 ± 0,22 3,92 ± 0,58$ 1,73 ± 0,34 2,29 ± 0,47$
d’accélération
(n = 14) [14]
Sprinteurs élites Biodex 3,11 ± 0,40 3,75 ± 0,97 1,88 ± 0,30 2,56 ± 0,50
(n = 30) [17]
Sprinteurs Con-Trex® 3,17 ± 0,69 2,86 ± 0,53 2,22 ± 0,40 3,85 ± 0,61£ 2,05 ± 0,28 1,86 ± 0,25 1,59 ± 20,7 2,29 ± 43£
(n = 8) (données
non publiées)
Conc. : concentrique ; exc. : excentrique. * 300°/s concentrique. $ 120°/s excentrique. £ 30°/s excentrique.

Tableau 4.8. Valeurs des ratios fléchisseurs/extenseurs du genou du côté dominant, à différentes vitesses angulaires
et dans différentes populations de sportifs de sexe masculin.
Sports Dynamomètres 60°/s conc. 90°/s conc. 120°/s conc. 180°/s conc. 240°/s conc. 300°/s conc.

Évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou


Basket-ball (n = 14) [16] TechnoGym 0,62 ± 0,08
Handball, élite (n = 22) [12] Biodex 0,62 ± 0,16 0,69 ± 0,16
Footballeurs Ligue 1 (n = 70) Cybex Norm 0,70 ± 0,11 0,77 ± 0,09
(données non publiées)
Football américain, collège élite Cybex Norm 0,68 ± 0,14
(n = 1 252) [10]
Rugby (n = 16) [13] Con-Trex® 0,71 ± 0,10 0,77 ± 0,06 0,82 ± 0,08 0,87 ± 0,12
Sports d’accélération (n = 14) [14] Con-Trex® 0,65 ± 0,12
Sprinteurs (n = 8) (données non publiées) Con-Trex® 0,69 ± 0,15 0,70 ± 0,15 0,75 ± 012
Taekwondo, élite -80 kg (n = 7) [18] Biodex 0,56 ± 0,10 0,64 ± 0,14 0,74 ± 0,20
Volley-ball (n = 20) [19] Biodex 0,46 ± 0,41 0,51 ± 0,16 0,56 ± 0,31
conc. : concentrique.

99
100 Guide d’isocinétisme

Rupture du ligament croisé antérieur


Notions fondamentales sur la rupture du ligament croisé
antérieur
La rupture du ligament croisé antérieur (LCA) est une pathologie relative-
ment fréquente dans les pays occidentaux, notamment en sport et surtout
dans les sports de pivot-contact [20]. La prise en charge peut être médicale
(non opératoire) en l’absence de lésions associées, s’il n’y a pas de plainte
d’instabilité de la part du patient, et/ou s’il n’y a pas de demande de pra-
tique d’un sport ou d’une profession de pivot-contact et/ou à risque pour
le genou. La prise en charge peut être chirurgicale dans le cas contraire. La
chirurgie consiste en la reconstruction du LCA à l’aide d’un transplant ten-
dineux, le plus souvent le tendon patellaire (Kenneth-Jones) ou les tendons
des ischio-jambiers (droit interne et demi-tendineux, DIDT) ; la chirurgie se
nomme une ligamentoplastie [20].
Quelle que soit la stratégie thérapeutique adoptée, les stabilisateurs
dynamiques (notamment les muscles fléchisseurs et extenseurs du genou)
ont un rôle primordial compte tenu de la déficience d’un des stabilisateurs
statiques (rupture d’un élément du pivot central : LCA). Il semble donc fon-
damental d’avoir une force musculaire et un équilibre agoniste/antagoniste
optimal pour agir au mieux pour la stabilisation de l’articulation. Il est
important de noter que l’agression sur l’articulation induite par le trauma-
tisme initial de la rupture du LCA ou par le geste chirurgical de reconstruc-
tion du LCA entraîne fréquemment une réaction de sidération musculaire
avec une inhibition, une fonte (amyotrophie) et une diminution de la force
musculaire.
L’évaluation de la force et de l’équilibre musculaire a donc un rôle pré-
pondérant, dans les suites d’une rupture du LCA, dans le suivi et l’orien-
tation de la rééducation, et dans l’aide à la décision pour la reprise des
activités sportives.

Particularités de l’évaluation dans le contexte de la rupture


du ligament croisé antérieur
Les particularités de l’évaluation isocinétique dans le contexte de patho-
logies du ligament croisé antérieur, concernent surtout la prise en charge
postopératoire et notamment les délais entre la chirurgie et l’évaluation
musculaire isocinétique.
Tout d’abord, le mouvement d’extension de la jambe par la contraction
du quadriceps entraîne une translation tibiale par traction sur la tubérosité
tibiale antérieure, ce qui peut altérer le transplant ligamentaire s’il n’est pas
assez solide. Ainsi, il sera nécessaire de respecter des délais de cicatrisation
du transplant ligamentaire afin qu’il soit suffisamment résistant pour assu-
mer cette translation tibiale. On estime que c’est le cas à partir de 4 mois
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou 101

postopératoires. Il peut aussi être utilisé un contre-appui double (distal et


proximal) qui diminuera le bras de levier et les contraintes articulaires [21].
Il faudra bien évidemment avoir l’accord du chirurgien pour réaliser cette
évaluation.
Ensuite, le prélèvement du transplant peut être assimilé à une lésion de
la structure prélevée. Il faudra donc respecter les délais de cicatrisations tis-
sulaires (1,5 à 3 mois), avant de réaliser une épreuve maximale, mais aussi
guider cette cicatrisation durant la rééducation.
Undheim et al. [22] ont rapporté dans une revue systématique de la
littérature les différentes méthodologies d’évaluation isocinétique après
ligamentoplastie du LCA, et suggèrent comme méthodologie : mesure du
moment de force maximum avec correction de gravité lors de 5 répétitions
de flexions/extensions en concentrique à 60°/s sur une amplitude de 100°.
Cela nous semble une évaluation un peu réductrice, et qu’il serait pertinent
d’ajouter 1 à 2 vitesses concentriques (180 ou 240°/s, plus ou moins 120°/s),
le mode excentrique, l’utilisation du ratio fléchisseurs/extenseurs, et de
diminuer le nombre de répétitions par séries et l’amplitude articulaire, en
suivant les recommandations du paragraphe « Méthodologie d’évaluation
isocinétique appliquée au genou ».

Modifications de la force musculaire isocinétique


dans le cadre de la rupture du ligament croisé antérieur
La rupture du LCA et le geste chirurgical entraînent une sidération mus-
culaire et par conséquent une diminution de la force musculaire des fléchis-
seurs et extenseurs du genou.
Dans le cadre d’une prise en charge non opératoire, Dvir et al. (1989) [11]
ont rapporté la persistance d’un déficit de force des extenseurs significatif
d’environ 20  %, et des fléchisseurs non significatif d’environ 15  %, dans
un groupe de 35 jeunes patients à 1,5 ans de la rupture du LCA. Bonamo
et al. (1990) [23] rapportaient chez 59 jeunes sportifs à plus de 4 ans de la
rupture du LCA sans ligamentoplastie, un déficit de force de 11-14 % pour
les extenseurs et de 3-4 % pour les fléchisseurs, qui pourrait être considéré
comme négligeable (et donc pas de déficit).
Après ligamentoplastie du LCA, le déficit et la cinétique de récupération
de la force varient en fonction :
• de la technique opératoire : le déficit de force prédomine aux extenseurs
après une technique de type Kenneth-Jones, et aux fléchisseurs après une
technique de type DIDT ;
• des sujets : âge, antécédent, pratique sportive, motivation, implication,
temps, psychologie… ;
• des lésions associées : méniscales, cartilagineuses, algoneurodystrophie… ;
• de la rééducation…
102 Guide d’isocinétisme

Figure 4.11. Cinétique de récupération de la force des muscles fléchisseurs et extenseurs


du genou après chirurgie du LCA en fonction de la technique opératoire, d’après la revue
de littérature de Dauty et al. [24] . Sont présentés dans cette figure les valeurs minimales
et maximales toutes vitesses confondues pour la technique chirurgicale avec transplant
tendon patellaire (rond et noir) et tendon des ischio-jambiers (losange et gris).

Dans une revue systématique de la littérature, Dauty et al. (2005) [24]


ont rapporté un déficit de force d’environ 30  % pour les extenseurs et
10 % pour les fléchisseurs à 6 mois postopératoires pour une technique au
tendon patellaire, et d’environ 17 % pour les extenseurs et 15 % pour les
fléchisseurs à 6 mois postopératoires pour une technique aux tendons des
ischio-jambiers (figures 4.11 et 4.12). Il n’est en effet pas rare qu’il persiste
un déficit à 12 mois et même 24 mois postopératoires [2].
Une cinétique moyenne de récupération de la force des muscles fléchis-
seurs et extenseurs du genou après chirurgie du LCA en fonction de la tech-
nique opératoire est rapportée en figure 4.11.

Intérêts et indications de l’évaluation musculaire isocinétique


dans le cadre de la rupture du ligament croisé antérieur
L’évaluation musculaire isocinétique des fléchisseurs et extenseurs du genou
est donc un élément clé dans la prise en charge de la rupture du LCA. Cette
évaluation dans les suites d’une reconstruction chirurgicale représente à
ce jour la seule indication d’évaluation musculaire isocinétique prise en
charge par la sécurité sociale (acte PEQP003 de la CCAM).
Après ligamentoplastie du LCA, cette évaluation permet de :
• objectiver l’évolution de la récupération de la force musculaire ;
• orienter le renforcement musculaire dans la rééducation ;
• déterminer l’arrêt du renforcement musculaire ;
• aider à la décision de reprise sportive.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou 103

Figure 4.12. Illustration du déficit de force des fléchisseurs du genou


(ischio-jambiers) à 6 mois postopératoires d’une ligamentoplastie du LCA par
technique du DIDT, en mode concentrique à 60°/s (A) et en mode excentrique
à 30°/s (B).

Cette évaluation est recommandée par la Société française de médecine


physique et de réadaptation (SOFMER) à 4  mois puis à 6  mois postopé-
ratoires [25]. Dans le cadre d’une évaluation moins systématique, il nous
semble pertinent de la réaliser quand le testing musculaire manuel ne
permet plus d’être discriminant, c’est-à-dire quand il ne rapporte plus de
différences entre les deux côtés et/ou par rapport aux antagonistes.
104 Guide d’isocinétisme

Le pourcentage de récupération par rapport au côté opposé peut guider


la reprise des activités sportives. On pourrait proposer (adapté de Dvir [2] et
Undheim et al. [22]) :
• ≥ 70 % = reprise des activités légères (type course à pied) ;
• ≥ 80 % = reprise des activités normales d’entraînement ;
• ≥ 90-95 % = reprise des activités de compétition.
Les dynamomètres et le mode de contraction isocinétique peuvent aussi
être utilisés durant la rééducation (cela est traité dans le chapitre 12).

Encadré 4.2

À qui, quand et pourquoi réaliser une évaluation


musculaire isocinétique dans les pathologies
du ligament croisé antérieur ?
j en cas de prise en charge médicale non chirurgicale d’une rupture du
LCA : dès que le testing manuel n’est plus discriminant, pour orienter et
guider la rééducation, déterminer si le renforcement musculaire peut être
arrêté, aider et guider la décision de reprise du sport ;
j en préopératoire d’une ligamentoplastie du LCA : pour avoir des valeurs

de référence dans le suivi postopératoire, et déterminer s’il y a un intérêt à


réaliser un travail de renforcement musculaire préopératoire ;
j entre 4 et 8 mois postopératoires d’une ligamentoplastie du LCA (après

accord du chirurgien) : pour orienter et guider la rééducation, déterminer


si le renforcement musculaire peut-être arrêté, aider et guider la décision de
reprise du sport.

Syndrome fémoro-patellaire
Notions fondamentales sur le syndrome fémoro-patellaire
Le syndrome fémoro-patellaire se définit traditionnellement par des douleurs
antérieures du genou qui semblent dues à une souffrance ostéo-chondrale
de la patella, qui ne sont ni d’origine tendineuse ou ligamentaire, et peu-
vent être déclenchées par l’accroupissement, par la montée/descente des
escaliers et/ou lors de la position assise prolongée [26,27].
Le syndrome fémoro-patellaire se caractérise aussi par un désordre biomé-
canique de l’articulation fémoro-patellaire et plus globalement du membre
inférieur [26].

Particularités de l’évaluation dans le contexte du syndrome


fémoro-patellaire
Pour mettre en évidence le déficit de force musculaire du quadriceps et/ou
les anomalies de la courbe isocinétique, il est suggéré d’utiliser des vitesses
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou 105

angulaires dites lentes  : 30 à 60°/s [2]. Avec des vitesses plus rapides, le
temps et l’arc articulaire d’exposition sont trop courts [2].
Les efforts sollicitant le genou sont souvent à l’origine de douleur, et cela
d’autant plus que l’effort est intense. Ainsi, l’évaluation musculaire isociné-
tique dans le cadre du syndrome fémoro-patellaire peut le faire décompen-
ser, et entraîner des douleurs importantes et invalidantes pendant quelques
jours. L’indication de l’évaluation doit être discutée en fonction de la
balance bénéfice/risque.

Modifications de la force musculaire isocinétique dans le cadre


du syndrome fémoro-patellaire
Chez les patients souffrants d’un syndrome fémoro-patellaire, on retrouve
souvent une diminution de la force du quadriceps principalement en
mode de contraction excentrique et lors de l’extension terminale du genou
[28-31].
Bennett et Stauber [28] ont montré une diminution significative de
la force musculaire du quadriceps en excentrique par rapport à celle en
concentrique, à différents angles (35°, 40°, 45°, 50°, 55° et 60°), lors d’une
évaluation isocinétique, chez des patients ayant des douleurs antérieures du
genou [28]. Dvir et al. [29] ont retrouvé une diminution significative de 30 à
40 % de la force musculaire concentrique et excentrique du quadriceps chez
les patients souffrants de syndrome fémoro-patellaire comparé à des sujets
contrôles. Thomée et al. [30] ont retrouvé une diminution de la force et de
l’activité musculaire excentrique à 30°/s chez des sujets souffrants de syn-
drome fémoro-patellaire comparé à des sujets contrôles avec un déficit plus
important entre 25° et 50° d’extension du genou. Néanmoins, il semblait
difficile de déterminer si ce déficit était une cause ou une conséquence du
syndrome fémoro-patellaire [32].
De plus, Dvir et al. [31] ont décrit un phénomène de rupture (the « break »
phenomen) de la courbe de moment de force isocinétique, en mode de
contraction excentrique, à une vitesse angulaire lente de 30°/s, chez des
sujets souffrants de syndrome fémoro-patellaire. Ce phénomène de rup-
ture était défini comme un trouble de régularité de la courbe supérieure
à 10 % de la force avant la rupture lors de l’analyse qualitative. Anderson
et al. [32] ont aussi retrouvé des irrégularités des courbes de force excen-
trique à 30°/s, attestant des perturbations de la performance de contraction
excentrique du quadriceps à faible vitesse chez des sujets souffrants de syn-
drome fémoro-patellaire. Une illustration de cette anomalie de courbure
est présentée en figure 4.13. Pour retenir cette anomalie de courbure, il est
nécessaire qu’elle soit reproductible et donc présente et superposable lors de
toutes les répétitions à une même vitesse angulaire.
Au regard de ces études, il est impossible de dire si ce déficit est une des
causes de ce syndrome, associé aux déséquilibres musculaires qui ont pu
106 Guide d’isocinétisme

Figure 4.13. Illustration de l’anomalie de courbure des extenseurs du genou


rapportée dans le syndrome fémoro-patellaire (zone « d’inhibition » musculaire
figurée par la flèche noire).

être décrits dans le syndrome fémoro-patellaire  : déséquilibre agoniste/


antagoniste de la cuisse ou déséquilibre Vaste médial/Vaste latéral. Il est
aussi important de noter qu’un déficit de force des stabilisateurs de la
hanche et notamment abducteurs et rotateurs externes serait aussi associé
au syndrome fémoro-patellaire [26,33].

Intérêts et indications de l’évaluation musculaire isocinétique


dans le cadre du syndrome fémoro-patellaire
L’évaluation musculaire isocinétique dans le cadre du syndrome fémoro-
patellaire peut avoir un intérêt pour objectiver la diminution de force des
muscles extenseurs  et les anomalies des courbes isocinétiques, et pour
orienter la prise en charge rééducative.

Encadré 4.3

Quand et pourquoi réaliser une évaluation musculaire


isocinétique dans le syndrome fémoro-patellaire ?
j en cas d’échec de la prise en charge rééducative [26] ;
j quand le testing manuel n’est pas discriminant ;
j pour objectiver la diminution de force des extenseurs et les anomalies des

courbes isocinétiques ;
j pour orienter la prise en charge rééducative.

Attention à ne pas faire décompenser le syndrome fémoro-patellaire lors


de l’évaluation musculaire isocinétique, la balance bénéfice/risque doit être
bien évaluée.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou 107

Gonarthrose
Notions fondamentales sur la gonarthrose
La gonarthrose est l’arthrose du genou, c’est une usure du cartilage et par
conséquent de l’articulation du genou ; elle est la localisation arthrosique
la plus fréquente [34].
Le traitement de la gonarthrose consiste tout d’abord en une combi-
naison de thérapeutiques non médicamenteuses (information/éducation,
hygiène de vie, perte de poids, activité physique, orthèse, béquille, phy-
siothérapie…) et médicamenteuses (paracétamol, anti-inflammatoires non
stéroïdiens, infiltration intra-articulaire de corticoïde et/ou d’acide hyalu-
ronique) [34]. En cas d’échec, c’est l’indication éventuelle d’une prise en
charge chirurgicale : l’arthroplastie totale de genou [34].
Les patients souffrant de gonarthrose présentent une faiblesse musculaire
des membres inférieurs, notamment des quadriceps, à l’origine non seule-
ment de douleurs et d’instabilité, mais également de la progression de la
maladie [35]. Le maintien (et a fortiori le gain) d’une force et d’un équilibre
musculaire correct est un élément efficace sur la douleur et la fonction dans
le cadre de la gonathrose [34]. De même, l’activité physique, le recondition-
nement ou le renforcement musculaire sont des éléments clés dans la prise
en charge de patients atteints de gonathrose [34].
Particularités de l’évaluation dans la gonarthrose
Les efforts sollicitant le genou sont souvent à l’origine de douleur et/ou de
réaction inflammatoire du genou, et ce d’autant plus que l’effort est intense.
Ainsi, l’évaluation musculaire isocinétique dans la gonarthrose peut la
faire décompenser, et entraîner des douleurs importantes et invalidantes
pendant quelques jours. L’indication de l’évaluation doit être réfléchie en
fonction de la balance bénéfice/risque.

Modifications de la force musculaire isocinétique


dans la gonarthrose
Un déficit de la force musculaire, et notamment dans le mode de contrac-
tion isocinétique, est décrit dans la gonarthrose [36,37].
Gür et Cakin [38] ont évalué la force musculaire des fléchisseurs et des
extenseurs du genou chez 18 femmes présentant une gonarthrose bilatérale
sur Cybex 6 000 à 60°/s, 120°/s et 180°/s, en mode concentrique et excen-
trique. Ils ont rapporté que la force excentrique était supérieure à la force
concentrique, que la relation force-vitesse était respectée comme chez le
sujet sain, et que la surface de section ne peut pas être considérée comme
le seul prédicteur de la force musculaire des fléchisseurs et extenseurs du
genou. Ainsi, à la lumière de leur conclusion, l’évaluation isocinétique
semble d’une part fiable, mais aussi et surtout pertinente pour objectiver le
déficit musculaire chez les patients atteints de gonarthrose.
108 Guide d’isocinétisme

Intérêts et indications de l’évaluation musculaire isocinétique


dans la gonarthrose
Dans la gonarthrose, l’évaluation musculaire isocinétique des fléchisseurs et
extenseurs du genou peut avoir un intérêt pour objectiver le déficit de force
et orienter la rééducation [39]. Il a aussi un intérêt dans le suivi rééducatif
de l’arthroplastie totale de genou [40].

Encadré 4.4

À qui et quand réaliser une évaluation musculaire


isocinétique dans la gonarthrose ?
j dans la gonarthrose (en état stable et absence de décompensation aiguë) :
pour objectiver le déficit de force musculaire et pour orienter la prise en
charge rééducative ;
j en cas d’arthroplastie totale de genou : en préopératoire pour avoir des

valeurs de référence dans le suivi postopératoire ; en postopératoire (après


accord du chirurgien) : après 6 mois postopératoires pour orienter la réédu-
cation et déterminer si le renforcement musculaire peut-être arrêté.

Perspectives
L’évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou est très utilisée en
pratique. Cependant, la littérature scientifique fait preuve d’un manque de
données concernant les valeurs normatives et la variabilité de la mesure. En
effet, il n’existe que très peu d’études rapportant des valeurs du moment de
force maximum et des ratios des fléchisseurs et des extenseurs du genou, et
ce sur de trop faibles cohortes de sujets (sains et/ou pathologiques), pour
permettre de déterminer des abaques de valeurs normatives. De même, les
paramètres de reproductibilité sont issus de peu d’études, sur des faibles
cohortes et ne sont pas disponibles pour tous les paramètres isocinétiques.
L’isocinétisme est une technique très utilisée, mais malheureusement peu
de données sont publiées. Ainsi, une perspective pourrait être la constitu-
tion d’une grande banque de données pour définir ces données normatives
en fonction des dynamomètres, modes de contraction, vitesses angulaires,
mais aussi du sexe, des catégories d’âge, de la pratique sportive, et des
pathologies…

Points clés
L’évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou est celle la plus fré-
quemment réalisée. Elle concerne l’évaluation de la force des groupements
musculaires fléchisseurs (ischio-jambiers) et extenseurs (quadriceps) du
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou 109

genou. Comme pour toute évaluation musculaire isocinétique, la qualité, la


fiabilité et la reproductibilité des valeurs mesurées dépendent de la rigueur
et de la constance de la méthode d’évaluation utilisée : nous vous suggé-
rons donc de définir une méthode d’évaluation et de l’utiliser de manière
systématique. La reproductibilité de cette évaluation est excellente  : on
rapporte une variabilité de 3-9 % pour le moment de force maximum et les
ratios sur Con-Trex® ou Cybex Norm. L’interprétation des valeurs mesurées
se fait en comparaison avec le côté controlatéral, des valeurs de référence
et/ou des valeurs normatives, en prenant en compte le contexte clinique,
les caractéristiques du sujet, la variabilité de la mesure isocinétique et la
différence potentielle entre les deux côtés liée à la latéralité. Les indica-
tions d’évaluation musculaire isocinétique des fléchisseurs et extenseurs du
genou sont le diagnostic, le suivi, l’orientation thérapeutique, l’aide à la
décision et/ou la prévention dans le contexte de sujets sportifs et/ou de
pathologies articulaires du genou (rupture et reconstruction du ligament
croisé antérieur, syndrome fémoro-patellaire, gonarthrose et arthroplastie
totale de genou).

Pour aller plus loin


Afin d’approfondir vos connaissances sur l’évaluation musculaire isocinétique appli-
quée au genou, nous vous conseillons les lectures suivantes :
Dvir Z. Isokinetics of the knee muscles. Isokinetics : Muscle Testing, Interpretation, and
Clinical Applications. Churchill Livingstone; 2004. p. 137-65.

Références
[1] Dufour M. Anatomie de l’appareil locomoteur. Membre Inférieur, Tome 1. Paris:
Elsevier-Masson; 2015.
[2] Dvir Z. Isokinetics of the knee muscles. In: Livingstone C, editor. Isokinetics  :
Muscle Testing, Interpretation, and Clinical Applications. Israel: Tel-Aviv Univ;
2004. p. 137-65.
[3] Perrin DH. Isokinetic Exercise and Assessment, ed. D.H. Perrin. 1993, Charlot-
tesville, Virginia : Human Kinetics.
[4] Maffiuletti NA, Bizzini M, Desbrosses K, Babault N, Munzinger U. Reliability of
knee extension and flexion measurements using the Con-Trex isokinetic dyna-
mometer. Clin Physiol Funct Imaging 2007;27(6):346-53.
[5] Impellizzeri FM, Bizzini M, Rampinini E, Cereda F, Maffiuletti NA. Reliability of
isokinetic strength imbalance ratios measured using the Cybex NORM dynamo-
meter. Clin Physiol Funct Imaging. 2008;28(2):113-9.
[6] Molczyk L, Thigpen LK, Eickhoff J, Goldgar D, Gallagher JC. Reliability of Tes-
ting the Knee Extensors and Flexors in Healthy Adult Women Using a Cybex II
Isokinetic Dynamometer. J Orthop Sports Phys Ther. 1991;14(1):37-41.
[7] Li RC, Wu Y, Maffulli N, Chan KM, Chan JL. Eccentric and concentric isokinetic
knee flexion and extension: a reliability study using the Cybex 6000 dynamo-
meter. Br J Sports Med. 1996;30(2):156-60.
110 Guide d’isocinétisme

[8] Sole G, Hamren J, Milosavljevic S, Nicholson H, Sullivan SJ. Test-retest reliability of


isokinetic knee extension and flexion. Arch Phys Med Rehabil. 2007;88(5):626-31.
[9] Freedson PS, Gilliam TB, Mahoney T, Maliszewski AF, Kastango K. Industrial
Torque Levels by Age Group and Gender. Isokinet Exerc Sci. 1993;3(1):34-42.
[10] Zvijac JE, Toriscelli TA, Merrick WS, Papp DF, Kiebzak GM. Isokinetic concentric
quadriceps and hamstring normative data for elite collegiate American foot-
ball players participating in the NFL Scouting Combine. J Strength Cond Res.
2014;28(4):875-83.
[11] Ghena DR, Kurth AL, Thomas M, Mayhew J. Torque Characteristics of the
Quadriceps and Hamstring Muscles during Concentric and Eccentric Loading.
J Orthop Sports Phys Ther. 1991;14(4):149-54.
[12] Gonzalez-Rave JM, Juarez D, Rubio-Arias JA, Clemente-Suarez VJ, Martinez-
Valencia MA, Abian-Vicen J. Isokinetic leg strength and power in elite handball
players. J Hum Kinet 2014;41:227-33.
[13] Larrat E, Kemoun G, Carette P, Teffaha D, Dugue B. [Isokinetic profile of knee
flexors and extensors in a population of rugby players]. Ann Readapt Med Phys.
2007;50(5):280-6.
[14] Morin JB, Gimenez P, Edouard P, Arnal PJ, Jimenez-Reyes P, Samozino P, Brughelli
M, Mendiguchia J. Sprint acceleration mechanics : the major role of hamstrings
in horizontal force production. Frontiers in Physiology 2015;6:404.
[15] Malliou VJ, Beneka AG, Gioftsidou AF, Malliou PK, Kallistratos E, Pafis GK,
Katsikas CA, Douvis S. Young tennis players and balance performance. J Strength
Cond Res. 2010;24(2):389-93.
[16] Hadzic V, Erculj F, Bracic M, Dervisevic E. Bilateral concentric and eccentric iso-
kinetic strength evaluation of quadriceps and hamstrings in basketball players.
Coll Antropol. 2013;37(3):859-65.
[17] Sugiura Y, Saito T, Sakuraba K, Sakuma K, Suzuki E. Strength deficits identified
with concentric action of the hip extensors and eccentric action of the hams-
trings predispose to hamstring injury in elite sprinters. J Orthop Sports Phys Ther.
2008;38(8):457-64.
[18] Hammami N, Zinoubi B, Hamdi F, Nouri A, Zouita A, Dziri C. Profil isocinétique
des muscles du genou chez des taekwondoïstes élites olympiques. Sci Sports
2013;28(4):188-95.
[19] Bamac B, Colak T, Ozbek A, Colak S, Cinel Y, Yenigun O. Isokinetic performance
in elite volleyball and basketball players. Kinesiology. 2008;40(2):182-8.
[20] HAS. Prise en charge thérapeutique des lésions méniscales et des lésions iso-
lées du ligament croisé antérieur du genou chez l’adulte. 2008  : http://www.
has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2008-07/lesions_meniscales_
et_du_ligament_croise_anterieur_-_recommandations.pdf.
[21] Johnson D. Controlling Anterior Shear During lsokinetic Knee Extension Exer-
cise. J Orthop Sports Phys Ther 1982;4(1):23-31.
[22] Undheim MB, Cosgrave C, King E, Strike S, Marshall B, Falvey E, Franklyn-Miller
A. Isokinetic muscle strength and readiness to return to sport following anterior
cruciate ligament reconstruction: is there an association? A systematic review
and a protocol recommendation. Br J Sports Med. 2015;49(20):1305-10.
[23] Bonamo JJ, Fay C, Firestone T. The conservative treatment of the anterior cru-
ciate deficient knee. Am J Sports Med. 1990;18(6):618-23.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au genou 111

[24] Dauty M, Tortellier L, Rochcongar P. Isokinetic and anterior cruciate ligament


reconstruction with hamstrings or patella tendon graft : analysis of literature. Int
J Sports Med. 2005;26(7):599-606.
[25] Calmels P, Ribinik P, Barrois B, Le Moine F, Yelnik AP. Physical and rehabilitation
medicine (PRM) care pathways: “patients after knee ligament surgery”. Ann Phys
Rehabil Med. 2011;54(8):501-5.
[26] Rambaud A, Philippot R, Edouard P. La prise en charge rééducative globale de
patients présentant un syndrome fémoro-patellaire : la lutte contre l’effondre-
ment du membre inférieur par le renforcement du moyen fessier. J Traumatol
Sport 2013;30:232-9.
[27] Shelton GL, Thigpen LK. Rehabilitation of patellofemoral dysfunction: a review
of literature. J Orthop Sports Phys Ther. 1991;14(6):243-9.
[28] Bennett JG, Stauber WT. Evaluation and treatment of anterior knee pain using
eccentric exercise. Med Sci Sports Exerc. 1986;18(5):526-30.
[29] Dvir Z, Shklar A, Halperin N. Concentric and eccentric torque variations of
the quadriceps femoris in patellofemoral pain syndrome. Clin Biomech (Bristol,
Avon). 1990;5(2):68-72.
[30] Thomee R, Renstrom P, Karlsson J, Grimby G. Patellofemoral pain syndrome in
young women. II. Muscle function in patients and healthy controls. Scand J Med
Sci Sports. 1995;5(4):245-51.
[31] Dvir Z, Halperin N, Shaklar A, Robinson D. Quadriceps function and patello-
femoral pain syndrome. Part 2: The break phenomen during eccentric activity.
Isokinetics and Exercise Science. 1991;1:31-5.
[32] Anderson G, Herrington L. A comparison of eccentric isokinetic torque pro-
duction and velocity of knee flexion angle during step down in patellofemoral
pain syndrome patients and unaffected subjects. Clin Biomech (Bristol Avon)
2003;18(6):500-4.
[33] Rathleff MS, Rathleff CR, Crossley KM, Barton CJ. Is hip strength a risk factor
for patellofemoral pain? A systematic review and meta-analysis. Br J Sports Med.
2014;48(14):1088.
[34] Bruyere O, Cooper C, Pelletier JP, Branco J, Luisa Brandi M, Guillemin F, Hochberg
MC, Kanis JA, Kvien TK, Martel-Pelletier J, Rizzoli R, Silverman S, Reginster JY.
An algorithm recommendation for the management of knee osteoarthritis in
Europe and internationally: a report from a task force of the European Society
for Clinical and Economic Aspects of Osteoporosis and Osteoarthritis (ESCEO).
Semin Arthritis Rheum. 2014;44(3):253-63.
[35] O’Reilly S, Jones A, Doherty M. Muscle weakness in osteoarthritis. Curr Opin
Rheumatol. 1997;9(3):259-62.
[36] Hurley MV, Newham DJ. The influence of arthrogenous muscle inhibition on
quadriceps rehabilitation of patients with early, unilateral osteoarthritic knees.
Br J Rheumatol. 1993;32(2):127-31.
[37] Tan J, Balci N, Sepici V, Gener FA. Isokinetic and isometric strength in osteoar-
throsis of the knee. A comparative study with healthy women. Am J Phys Med
Rehabil. 1995;74(5):364-9.
[38] Gur H, Cakin N. Muscle mass, isokinetic torque, and functional capacity in
women with osteoarthritis of the knee. Arch Phys Med Rehabil. 2003;84(10):
1534-41.
112 Guide d’isocinétisme

[39] Jegu AG, Pereira B, Andant N, Coudeyre E. Effect of eccentric isokinetic streng-
thening in the rehabilitation of patients with knee osteoarthritis: Isogo, a ran-
domized trial. Trials 2014;15:106.
[40] Genet F, Schnitzler A, Lapeyre E, Roche N, Autret K, Fermanian C, Poiraudeau
S. Change of impairment, disability and patient satisfaction after total knee
arthroplasty in secondary care practice. Ann Readapt Med Phys 2008;51(8):671-6
6-82.
5 Évaluation musculaire
isocinétique appliquée
à l’épaule

Pascal Edouard

Résumé
Le complexe articulaire de l’épaule permettant beaucoup de degrés
de liberté de mouvement, les positions/installations possibles sont
multiples, deux semblent plus fréquentes  : la position assise avec
45° d’abduction de l’épaule dans le plan de la scapula (à privilégier
chez le sujet pathologique), et la position en décubitus dorsal avec
une abduction de 90° de l’épaule (à privilégier chez les sportifs
d’armer-lancer). La reproductibilité est correcte, mais la variabilité
doit être prise en compte dans l’interprétation des valeurs : < 15 %
pour le moment de force maximum, < 25 % pour les ratios. L’inter-
prétation des valeurs se fait en comparaison avec les valeurs du côté
controlatéral, de référence et/ou normatives, en prenant en compte
le contexte clinique, les caractéristiques du sujet, la variabilité de
la mesure isocinétique et la différence potentielle de latéralité. Les
indications d’évaluation isocinétique de l’épaule sont le diagnostic,
le suivi, l’orientation thérapeutique, l’aide à la décision et/ou la pré-
vention dans les contextes sportifs et/ou de pathologiques.

Mots-clés : articulation scapulo-humérale ; coiffe des rotateurs ;


évaluation musculaire ; muscles rotateurs médiaux et latéraux de
l’épaule ; ratios rotateurs latéraux/médiaux ; sports d’armer-lancer ;
instabilité chronique antérieur ; prévention des blessures.

Le complexe articulaire de l’épaule pose la problématique de la balance entre


mobilité et stabilité. En effet, la configuration anatomique du complexe
articulaire de l’épaule privilégie la mobilité au détriment de la stabilité, et
rend cette articulation à risque d’instabilité [1]. La configuration osseuse
n’apporte qu’une faible congruence, et les moyens de stabilité statique
ont une action stabilisatrice surtout dans les amplitudes extrêmes [1,2].
Ainsi, les moyens de stabilisation dynamique (à savoir les muscles) ont un
rôle primordial, notamment en assurant en permanence un centrage de
la tête humérale dans la glène scapulaire [1,2]. De plus, la co-activation
des groupes musculaires antagonistes a été identifiée comme un important
facteur influençant la stabilité dynamique. De manière schématique, et en

Guide d’isocinétisme
© 2016 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
114 Guide d’isocinétisme

particulier appliqué à l’isocinétisme, cet équilibre musculaire au niveau de


l’articulation scapulo-humérale, et plus globalement du complexe articu-
laire de l’épaule, a souvent été défini par l’équilibre des muscles rotateurs
médiaux (RM) et des muscles rotateurs latéraux (RL) [3-7]. Les muscles ont
aussi un rôle moteur, intervenant dans la mobilité du membre supérieur et
la performance sportive. Dans un tel contexte physiologique et physiopa-
thologique, l’évaluation de la force musculaire des moyens de stabilisation
dynamique de l’épaule et des éléments entraînant dans sa performance,
et donc des muscles rotateurs médiaux et latéraux, a un intérêt tout particu-
lier dans une approche sportive et pathologique, dans le bilan diagnostic,
de dépistage et/ou préventif, et dans le suivi thérapeutique et rééducatif.

Rappel anatomique et biomécanique


fonctionnelle de l’épaule
Le complexe articulaire de l’épaule correspond à l’articulation proximale
du membre supérieur. Elle est la région la plus mobile du corps humain,
qui en assurant l’orientation spatiale du bras, permet la préhension, finalité
principale du membre supérieur.
Le complexe articulaire de l’épaule est composé de cinq articulations : la
scapulo-humérale, la sous-deltoïdienne, la scapulo-thoracique, l’acromio-
claviculaire et la sterno-costo-claviculaire (figure 5.1) [8].
La configuration anatomique du complexe de l’épaule n’étant en soi
que peu congruente, en particulier au niveau de la scapulo-humérale, et la

Figure 5.1. Le complexe articulaire de l’épaule, inspiré de Kapandji [8] :


1) la scapulo-humérale, 2) la sous-deltoïdienne, 3) la scapulo-thoracique,
4) l’acromio-claviculaire, et 5) la sterno-costo-claviculaire.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à l’épaule 115

mobilité importante, les moyens de stabilité articulaire sont donc primor-


diaux. Pour la scapulo-humérale, ils sont composés des moyens de stabili-
sations [8,9] :
• statiques ou passifs  : la configuration des surfaces articulaires (configu-
ration osseuse), le bourrelet glénoïdien, la capsule articulaire, la pression
négative intra-articulaire et les ligaments ;
• dynamiques ou actifs : les muscles.
Un équilibre permanent entre ces moyens de stabilisation statique et
dynamique permet la stabilisation scapulo-humérale et un centrage de la
tête humérale dans la glène scapulaire [1].
Les muscles doivent permettre la réalisation du mouvement et la stabili-
sation de l’ensemble des articulations, ils ont donc à la fois un rôle moteur
et stabilisateur [1,8,9]. La co-activation des groupes musculaires antago-
nistes a été identifiée comme un important facteur influençant la stabilité
dynamique d’une articulation. Cet équilibre musculaire de l’articulation
scapulo-humérale a souvent été rapporté et défini, de manière schéma-
tique et en particulier appliqué à l’isocinétisme, par l’équilibre des muscles
rotateurs médiaux (RM) et des muscles rotateurs latéraux (RL) (ou mus-
cles rotateurs internes (RI) et des muscles rotateurs externes (RE)) (figure 5.2)
[3-7,10], qui sont les :

Figure 5.2. Les muscles rotateurs de l’articulation scapulohumérale, inspiré


de Kamina [10] :
- les rotateurs médiaux dont le principal est le muscle sub-scapulaire (1) et les accessoires
sont le deltoïde (faisceau antérieur), le grand pectoral (2), le grand dorsal (3) et le grand
rond (4) ;
- les rotateurs latéraux dont les muscles infra-épineux (5) et petit rond (6) principalement,
et accessoirement le muscle deltoïde (faisceau postérieur) (7).
116 Guide d’isocinétisme

• les rotateurs médiaux dont le principal est le muscle sub-scapulaire et les


accessoires sont le deltoïde (faisceau antérieur), le grand pectoral, le grand
dorsal et le grand rond ;
• les rotateurs latéraux dont les muscles infra-épineux et petit rond princi-
palement, et accessoirement le muscle deltoïde (faisceau postérieur).

À retenir
Au niveau du complexe articulaire de l’épaule :
• mobilité privilégiée au détriment de la stabilité ;
• importance des moyens de stabilisation dynamique.

Méthodologie d’évaluation isocinétique


appliquée à l’épaule
Dans le cadre de l’évaluation musculaire isocinétique appliquée à l’épaule,
en considérant les éléments ci-dessus, et en accord avec la littérature scien-
tifique sur l’isocinétisme et l’épaule, ce chapitre sera donc centré exclusive-
ment sur l’évaluation musculaire des rotateurs médiaux et latéraux.
Comme pour toute évaluation musculaire isocinétique, la qualité, la fiabi-
lité et la reproductibilité des valeurs mesurées dépendent de la rigueur et de
la constance de la méthode d’évaluation utilisée. Afin de pouvoir comparer
les valeurs mesurées dans le temps pour un même sujet, ou entre des sujets,
il convient de toujours utiliser la même méthodologie d’évaluation lors
de chaque évaluation. Ainsi, nous vous suggérons de définir une méthode
d’évaluation et de vous y tenir.

Préambule à l’évaluation musculaire isocinétique


Comme avant toutes évaluations musculaires isocinétiques maximales,
nous vous conseillons fortement la réalisation d’une visite médicale pour
vérifier ou déterminer l’indication de l’évaluation, établir un bilan de la
structure qui va être évaluée (absence de pathologie de l’épaule, des muscles
péri-articulaires et/ou du rachis, aiguë et/ou qui risquerait de décompenser
lors de l’exercice maximal) [11], et éliminer une contre-indication à la réa-
lisation d’un effort maximal (encadré 3.2).

Échauffement
L’échauffement doit permettre de préparer l’appareil cardio-respiratoire et
l’appareil musculo-squelettique des membres supérieurs aux sollicitations
de l’exercice maximal isocinétique. Nous suggérons :
• échauffement général avec 6 min de cyclo-ergomètre à bras, sans résis-
tance ou une résistance entre 10 à 20 Watts ;
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à l’épaule 117

• échauffement spécifique des membres supérieurs avec des exercices des


rotateurs de l’épaule à l’aide d’élastiques  : 3 x 6 répétitions en rotation
médiale et 3 x 6 répétitions en rotation latérale (figure 5.3) ;
• échauffement spécifique sur le dynamomètre et familiarisation au mode
de contraction isocinétique qui a pour objectif d’éduquer le sujet à ce
mode  de contraction, et de finaliser l’échauffement spécifique des RM et

Figure 5.3. Échauffement spécifique des membres supérieurs avec des exercices


sollicitant les muscles rotateurs médiaux (position de départ (A) et de fin (B))
et latéraux (position de départ (C) et de fin (D)) de l’épaule à l’aide d’un élastique.
118 Guide d’isocinétisme

RL. Nous vous suggérons d’utiliser une vitesse angulaire intermédiaire pour
que le mouvement soit fluide, à intensité sous-maximale, en demandant
au sujet d’aller de plus en plus vite pour découvrir l’intensité maximale
isocinétique sur les dernières répétitions (voir chapitre 3, figure 3.1). Nous
proposons la réalisation de 2 séries de 6 répétitions sous-maximales incré-
mentales à 120°/s en mode concentrique, et d’en rajouter 1 ou 2 en fonc-
tion de la sensation du sujet et/ou de sa capacité à réaliser ces mouvements.
Le sujet doit comprendre et maîtriser le mouvement isocinétique, mais il
doit garder sa fraîcheur musculaire pour les évaluations maximales.

Installation : position, axe du mouvement


et stabilisation
L’épaule étant un complexe articulaire à 3 degrés de liberté, il existe plu-
sieurs plans de mobilité, et donc plusieurs plans et positions possibles du
sujet et de l’épaule pour envisager une évaluation de la force musculaire en
mode dynamique isocinétique.
Parmi toutes les positions décrites pour l’évaluation des muscles rotateurs
médiaux et latéraux de l’épaule, les deux plus fréquemment utilisés (et
rapportées dans la littérature scientifique) sont :
• la position assise avec 45° d’abduction de l’épaule dans le plan de la
scapula ;
• la position en décubitus dorsal avec une abduction de 90° de l’épaule.

La position assise avec 45° d’abduction de l’épaule dans le plan


de la scapula (dite position de Davies modifiée)
• Le sujet est en position assise sur le siège, avec une inclinaison du tronc
en extension de 15° (figure 5.4). L’épaule est placée avec une antépulsion
de 30° pour que le bras et l’axe de rotation de l’épaule soient dans le plan de
la scapula. Cela se réalise par une rotation du siège ou du dynamomètre
de 30°. L’épaule est placée avec 45° d’abduction de sorte à ce que l’axe de
rotation du dynamomètre soit totalement aligné avec l’humérus, et donc
que l’axe de rotation de l’épaule se fasse dans un plan à 45° d’abduction.
Le coude est à 90° de flexion, l’avant-bras en position neutre de pronation/
supination, et la main tient une poignée. Une stabilisation du tronc est
indispensable pour limiter au mieux les compensations, notamment celles
du tronc en flexion/extension. Certains rajoutent des sanglages à ceux
prévus par le constructeur, notamment pour fixer au mieux le moignon
de l’épaule. L’important est surtout d’utiliser toujours la même procédure de
stabilisation pour pouvoir comparer les valeurs mesurées. La main du côté
controlatéral tient une poignée afin d’aider à stabiliser le tronc et limiter
les compensations. Un contre-appui au niveau des membres inférieurs peut
être ajouté ; nous le suggérons pour améliorer la stabilisation.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à l’épaule 119

Figure 5.4. Position assise avec 45° d’abduction de l’épaule dans le plan
de la scapula pour l’évaluation musculaire isocinétique des rotateurs médiaux
et latéraux sur dynamomètre de type Con-Trex®, vue de face (A) et de profil (B),
et alignement du centre de rotation du dynamomètre avec le centre de rotation
de l’épaule (alignement avec l’axe du bras) (C).

• Cette position assise avec 45° d’abduction de l’épaule dans le plan de la


scapula a pour avantages de minimiser le stress sur la capsule et la coiffe des
rotateurs (muscles en course moyenne, relation tension-longueur optimale,
détente des structures passives tendino-capsulo-ligamentaires [2,7,12]), et
120 Guide d’isocinétisme

de diminuer l’appréhension et le risque de luxation de l’épaule chez le sujet


atteint d’instabilité antérieure de l’épaule [11,13]. Elle semble être la plus
recommandée pour l’évaluation des RM et RL dans un contexte patholo-
gique  : tendinopathie ou rupture de la coiffe des rotateurs, conflit sous-
acromial, ou instabilité scapulo-humérale. En effet, le sujet est en situation
de confiance et sans risque de luxation, contrairement aux positions avec
90° d’abduction (position entraînant un risque de luxation).
• Cette position a aussi l’avantage de présenter une bonne reproduc­
tibilité pour l’évaluation des muscles RM et RL de l’épaule [14-17] (voir
« Reproductibilité »).
La position en décubitus dorsal avec une abduction de 90°
de l’épaule
Le patient est positionné en décubitus dorsal (figure 5.5), l’épaule est placée
à 90° d’abduction dans le plan frontal, le coude est fléchi à 90°, le poi-
gnet est en rotation neutre (variable en fonction de l’installation). L’axe
du dynamomètre reste aligné avec l’axe de l’humérus et donc au centre
articulaire scapulo-huméral. Il est conseillé de réaliser un sanglage du tronc
de même que pour les autres positions. La position de la main controlatéral
doit être standardisée : sur le ventre ou tenant une poignée. Il semble que
la tenue d’une poignée permette de développer une force plus importante.
Cette position a l’avantage de permettre un grand débattement articu-
laire, et donc la possibilité d’offrir une évaluation sur une grande amplitude
articulaire. Elle est proche de la position d’armer-lancer. Cette position
présente une bonne reproductibilité, bien qu’il n’y ait peu d’études pour
le soutenir [18]. Il y a moins de compensations car la pesanteur aide à sta-
biliser le tronc. En revanche, le sujet est dans une position qui peut entraî-
ner des douleurs (conflits, tensions capsulaires) et de l’appréhension, ainsi
qu’un risque de luxation chez les patients atteints d’instabilité antérieure
chronique de l’épaule.
Autres positions d’installation pour l’évaluation de l’épaule
Les autres positions sont rarement utilisées, elles sont décrites ainsi que
leurs avantages et inconvénients à titre informatif [7,19] :
• Le sujet en décubitus dorsal, épaule à 45° d’abduction dans le plan frontal [18]
(figure 5.6) : Le patient est positionné en décubitus dorsal, bras en abduction
à 45° dans le plan frontal, le coude est fléchi à 90°, le poignet est en posi-
tion neutre ou supination en fonction des dynamomètres, l’axe du dyna-
momètre reste aligné au centre articulaire scapulo-huméral. Il est conseillé
de réaliser un sanglage du tronc de même que pour les autres positions.
La position de la main controlatérale doit être standardisée : sur le ventre
ou tenant une poignée. Il semble que la tenue d’une poignée permette de
développer une force plus importante. Cette position est utilisée quand
la position en décubitus dorsal à 90° d’abduction entraîne des douleurs
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à l’épaule 121

Figure 5.5. Position en décubitus dorsal avec une abduction de 90° de l’épaule
pour l’évaluation musculaire isocinétique des rotateurs médiaux et latéraux
sur dynamomètre de type Con-Trex®, vue globale (A) et centrée sur l’épaule (B).

ou des appréhensions. Elle permet une réduction de la sensation de gêne


supérieure et de l’appréhension à l’instabilité, avec une augmentation du
confort du sujet, en conservant la possibilité d’une amplitude relativement
importante de rotation médiale et latérale, avec une bonne reproductibilité.
En revanche, elle n’a pas l’avantage de la position décubitus dorsal à 90°
d’abduction d’être proche de la position d’armer-lancer.
• Le sujet debout ou assis, le bras à 90° d’abduction [7,20]  : Cette position
est peu utilisée, il faut que le dynamomètre puisse la permettre. Le sujet est
assis ou debout, le bras est à 90° d’abduction, dans le plan frontal
122 Guide d’isocinétisme

Figure 5.6. Position en décubitus dorsal avec une abduction de 45° de l’épaule
pour l’évaluation musculaire isocinétique des rotateurs médiaux et latéraux sur
dynamomètre de type Con-Trex®, vue globale (A) et centrée sur l’épaule (B).

(0° d’antépulsion), le coude à 90° de flexion, l’axe du dynamomètre est aligné


avec celui de l’humérus. Elle est très représentative de la position d’armer-
lancer. Les inconvénients sont l’existence de nombreuses compensations, le
risque de douleur par conflit sous-acromial, le risque d’appréhension (voire
de luxation) chez les patients atteints d’instabilité scapulo-humérale.
• Le sujet debout, le coude au corps fléchi à 90° [7,20]  : Les avantages sont
la diminution de l’appréhension du sujet, la diminution du conflit sous-
acromial. Les inconvénients sont un faible débattement articulaire, des
compensations très importantes par la nécessité d’un travail de gainage
abdomino-lombo-pelvien car le tronc n’est pas maintenu, il y a très peu de
stabilisation dans cette position. Elle est très peu décrite dans la littérature,
et à notre sens ne doit plus être utilisée.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à l’épaule 123

Choix de la position d’installation


Nous suggérons l’utilisation de la position assise avec 45° d’abduction de
l’épaule dans le plan de la scapula chez le sujet pathologique, et la position
en décubitus dorsal avec une abduction de 90° de l’épaule chez les sportifs
d’armer-lancer.
Le choix entre ces deux positions doit se faire selon le contexte clinique,
tout en gardant à l’esprit que pour une comparaison des valeurs mesurées
entre les sujets et/ou patients il convient d’utiliser une méthodologie et
donc une position identique lors de toutes les évaluations isocinétiques.
Le bon alignement de l’axe du dynamomètre et de rotation de l’épaule et
la stabilisation sont des éléments clés compte tenu des modifications du cen-
tre de rotation articulaire lors d’évaluation isocinétique de l’épaule [11,21].

Protocole d’évaluation : amplitude, vitesse et mode


de contraction
Choix de la course angulaire
Les amplitudes articulaires doivent être définies dans un secteur angulaire
le plus proche possible de celui du geste de la vie quotidienne, voire sportif,
libre, indolore, n’induisant pas d’appréhension. Ce secteur doit être iden-
tique pour les deux côtés. Si l’on souhaite réaliser au sein d’un groupe des
comparaisons entre les sujets, il est important que les amplitudes articu-
laires soient identiques pour tous les sujets.
Nous suggérons une amplitude d’environ 70° pour le sujet atteint d’une
pathologique de l’épaule ou sédentaire, et 70 à 90° pour le sujet sportif
entraîné (ou plus en fonction de la position, du dynamomètre, et des capa-
cités du sujet). Dans le cadre de patients présentant une instabilité scapulo-
humérale, il faudra faire attention à limiter l’amplitude de rotation latérale
pour éviter l’appréhension du patient, voire un épisode d’instabilité (voir
« Instabilité antérieure chronique scapulo-humérale »). Nous vous incitons à
adapter cette amplitude articulaire, voire les secteurs, en fonction des indica-
tions et objectifs de l’évaluation, bien entendu tout en gardant en tête l’aspect
de comparabilité des valeurs mesurées, et les possibilités des dynamomètres.

Choix des modes de contraction, vitesses angulaires, nombre


de répétitions et récupération
Le protocole d’évaluation musculaire isocinétique doit inclure plusieurs
vitesses angulaires et les deux modes de contraction (concentrique et excen-
trique) pour permettre une expertise globale des capacités musculaires
(profil force-vitesse, modifications du ratio selon la vitesse, mécanismes de
protection articulaire…). Il est aussi important d’explorer les différents
modes de contraction : concentrique (qui se rapporterait à la performance
motrice) et excentrique (qui se rapporterait à la « protection » articulaire).
124 Guide d’isocinétisme

Ainsi, nous suggérons de réaliser l’évaluation musculaire isocinétique des


RM et RL en mode concentrique à 60°/s et 180°/s, et en mode excentrique
à 60°/s, avec 3 répétitions maximales par série, afin d’être sûr de mesurer le
moment de force maximum mais sans prendre le risque de faire accumuler
de la fatigue au sujet [7]. Il est à noter que tous les sujets (notamment ceux
ayant des forces musculaires plus faibles) ne seront pas capables d’atteindre
la vitesse angulaire de 180°/s ; il est important de le vérifier et le noter dans
le compte rendu. Ajouter une évaluation maximale à 120°/s en concen-
trique peut se discuter afin d’avoir une vision plus globale des qualités de
force-vitesse des groupes musculaires. En fonction des sujets, et notamment
chez les sportifs d’armer-lancer, il semble pertinent d’ajouter en plus des
vitesses angulaires plus élevées en concentrique et en excentrique : 240°/s
en concentrique, voire 300°/s en concentrique chez un sportif de haut
niveau, et 120°/s en excentrique, avec 3 répétitions maximales par série.
Il convient de laisser un temps de récupération suffisant entre chaque
série de répétitions maximales, soit environ 60 s. Dans le cadre d’exercices
sous-maximaux, notamment lors de l’échauffement spécifique, la récupéra-
tion peut-être inférieure à 60 s en fonction de l’intensité de l’exercice et des
sensations du sujet, sans être inférieure à 15 s.
Dans l’objectif d’une évaluation de la fatigabilité musculaire (épreuve
de fatigue), les recommandations en termes de nombre de répétitions sont
présentées dans le chapitre 11.

Correction de gravité
Nous recommandons d’utiliser la correction de gravité pour l’analyse
et l’interprétation des résultats. En effet, la correction de gravité a une
influence significative sur la valeur déterminée du moment de force mus-
culaire des RM et RL de l’épaule, et des ratios RL/RM [22].

Fiche 5.1
Proposition de méthodologie d’évaluation isocinétique
des rotateurs médiaux et latéraux de l’épaule
en utilisant la position assise avec 45° d’abduction
de l’épaule dans le plan de la scapula
• Préambule  : indication, état de la structure à évaluer, contre-indication à
l’exercice maximal.
• Échauffement : cycloergomètre à bras + élastique.
• Position : assise, 15° d’extension du tronc, plan de la scapula, 45° d’abduc-
tion, alignement axe dynamomètre et axe articulaire, sanglage du tronc,
contre-appui côté tibia opposé, maintien des poignées.

Évaluation musculaire isocinétique appliquée à l’épaule 125


• Amplitude  : 70° chez le sujet pathologique ou sédentaire  ; 70-90° chez le
sujet sportif
• Correction de gravité : à prendre en compte.
• Récupération entre les séries : 60 s.
• Échauffement spécifique isocinétique  : 2 x 6 répétitions sous-maximales
concentriques à 120°/s, puis 1 x 3 répétitions sous-maximales (mais en allant
vers maximum) concentriques à 60°/s.
• Évaluation maximale : 3 répétitions maximales concentriques à 60°/s.
• Évaluation maximale : 3 répétitions maximales concentriques à 180°/s.
• Échauffement spécifique isocinétique : 3 répétitions sous-maximales (mais en
allant vers maximum) excentriques à 60°/s.
• Évaluation maximale : 3 répétitions maximales excentriques à 60°/s.
• Chez sujet sportif d’armer-lancer  : 3 répétitions maximales concentriques
à 240°/s et/ou 300°/s avant les évaluations en mode excentrique.
• Si épreuve de fatigue à faire après toutes les évaluations maximales.

Vidéo 5.1. Vidéo de l’installation en position assise épaule à 45° dans le plan
de la scapula pour l’évaluation musculaire isocinétique des rotateurs médiaux
et latéraux de l’épaule.
Vidéo 5.2. Vidéo montrant une évaluation musculaire isocinétique des rotateurs médiaux
et latéraux de l’épaule en position assise épaule à 45° dans le plan de la scapula.

Reproductibilité
La reproductibilité de l’évaluation musculaire isocinétique des muscles
rotateurs de l’épaule est correcte pour le moment de force maximum et
pour les ratios agonistes/antagonistes et bilatéraux.
Dans les tableaux 5.1 et 5.2 sont répertoriées des valeurs de reproductibi-
lité relative et absolue pour le moment de force maximum des RM et RL de
l’épaule, les ratios RL/RM et les ratios non-dominant/dominant, en fonc-
tion du dynamomètre, du mode de contraction et de la vitesse angulaire.

À retenir
La variabilité de mesure entre deux sessions en position assise avec l’épaule à 45°
d’abduction dans le plan de la scapula sur dynamomètre de type Biodex [17] est :
• RM : moment de force maximum en concentrique ≈ 8-9 % ;
• RM : moment de force maximum en excentrique ≈ 9-12 % ;
• RL : moment de force maximum en concentrique ≈ 10-11 % ;
• RL : moment de force maximum en excentrique ≈ 13-15 % ;
• Ratios RL/RM ≈ 12-26 % ;
• Ratios bilatéraux ≈ 9-18 %.
126 Guide d’isocinétisme

Tableau 5.1. Reproductibilité des moments de force maximum


des muscles rotateurs médiaux et latéraux de l’épaule en fonction
de la position (assise ou décubitus dorsal), du dynamomètre et du mode
de contraction. Les études présentées dans le tableau présentent un score
de « Quality Appraisal of Diagnostic Reliability (QAREL) [23] » ≥ 5.
RM RM RL RL
concentrique excentrique concentrique excentrique
Position assise épaule
à 45° d’abduction
ICC
Biodex [17,24] 0,93-0,98 0,91-0,96 0,87-0,97 0,88-0,92
Cybex Norm [25] 0,93-0,98 0,91-0,95 0,94-0,96
Kin-com [15,26] 0,87-0,91 0,83-0,91 0,89-0,94 0,89-0,96
SEM (Nm)
Biodex (en %) [17] 7,7-9,4 9,2-11,7 9,8-11,1 13,0-14,5
Cybex Norm [25] 2,3-4,9* 1,7-3,1*
Kin-com [15,26] 5,0-7,0 6,0-7,0 2,0-4,0 4,0
Position en décubitus
dorsal épaule à 90°
d’abduction
SEM (Nm)
Cybex Norm [18] 5,6-5,7 2,4-3,5
RM : rotateurs médiaux ; RL : rotateurs latéraux ; ICC : coefficient de corrélation intraclasse
(Intraclasse Correlation Coefficient) ; SEM : Standard Error of Measurement ; CV : coefficient
de variation. * valeurs de SEM calculées à partir de l’ICC : SEM = écart type x √(1-ICC).
Les données présentées sont issues de la revue de la littérature d’Edouard et al. [14] en intégrant les nouvelles études
publiées depuis 2011.

On note globalement une variabilité du moment de force maximum de


10 % en concentrique et 15 % en excentrique, et des ratios de 10 à 25 %,
à prendre en compte dans l’interprétation des résultats d’une évaluation
musculaire isocinétique. Pour une modification entre deux évaluations
inférieures à ces valeurs, il est difficile de dire si cette modification est due à
une modification réelle de la force musculaire, ou si elle est due à la variabi-
lité de la mesure inhérente à la méthode.

À faire
Afin d’avoir des valeurs de variabilité qui correspondent totalement à votre
dynamomètre, votre méthodologie et les paramètres que vous utilisez, nous
vous suggérons de déterminer la reproductibilité de votre méthodologie d’éva-
luation des rotateurs de l’épaule dans une population de sujets comparables
aux sujets que vous évaluez régulièrement (encadré 3.4).
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à l’épaule 127

Tableau 5.2. Reproductibilité des ratios RL/RM de l’épaule en fonction


de la position (assise ou décubitus dorsal), du dynamomètre et du mode de
contraction. Les études présentées dans le tableau présentent un score
de « Quality Appraisal of Diagnostic Reliability (QAREL) [23] » ≥ 5.
RL/RM conc. RL exc./RM conc. RM exc./RL conc.
Position assise épaule à 45°
d’abduction
ICC
Biodex [17,24] 0,50-0,81 0,47-0,60 0,44-0,81
Cybex Norm [25] 0,53-0,76
Kin-com [15,26] 0,48-0,52
SEM (Nm)
Biodex (en %) [17] 12,1-21,4 24,8-25,6 11,0-16,7
Cybex Norm [25] 6,5-8,5*
Kin-com [15,26] 25-27
Position en décubitus dorsal
épaule à 90° d’abduction
SEM (Nm)
Cybex Norm [18] 7,4
RM : rotateurs médiaux ; RL : rotateurs latéraux ; exc. : excentrique ; conc. : concentrique ;
ICC : coefficient de corrélation intraclasse (Intraclasse Correlation Coefficient) ; SEM : Standard
Error of Measurement ; CV : coefficient de variation. * valeurs de SEM calculées à partir
de l’ICC : SEM = Écart type x √(1-ICC).
Les données présentées sont issues de la revue de la littérature d’Edouard et al. [14] en intégrant les nouvelles études
publiées depuis 2011.

Valeurs normatives et interprétation


des données
Valeurs normatives
Les paramètres usuellement retenus sont :
• le moment de force maximum ou « peak torque » en Newton-mètre (Nm) ;
• le ratio concentrique agoniste/antagoniste  : ratio RL conc./RM conc.
(en %) ;
• le ratio RM exc./RL conc. (en %), qui représente le geste d’armer ;
• le ratio RL exc./RM conc. (en %) qui représente le geste du lancer.
Il est très difficile de rapporter des valeurs normatives des paramètres isoci-
nétiques mesurées, et il n’existe pas de grandes bases de données disponibles
et/ou publiées ; de plus le nombre de possibilités d’évaluation rend la tâche
encore plus complexe [11]. Il existe une grande variabilité inter-sujets, qui est
en partie expliquée par le sexe (tableaux 5.3, 5.4 et 5.5), l’activité physique
pratiquée par les sujets (voir «  Force musculaire isocinétique des rotateurs
128
Guide d’isocinétisme
Tableau 5.3. Valeurs normatives de la force isocinétique (moment de force maximum en Nm) des muscles rotateurs médiaux
et latéraux chez des hommes et des femmes, sans pathologie ou douleur de l’épaule et sans pratique sportive sollicitant
les membres supérieurs, sur dynamomètre de type Con-Trex® (données non publiées). Il existe une différence significative
entre les valeurs des hommes et des femmes, pour toutes les valeurs.
Rotateurs médiaux Rotateurs latéraux
60°/s concentrique 240°/s concentrique 60°/s excentrique 60°/s concentrique 240°/s concentrique 60°/s excentrique
D ND D ND D ND D ND D ND D ND
29 hommes 52 ± 12 48 ± 14 46 ± 11 43 ± 9 58 ± 13 55 ± 15 38 ± 7* 36 ± 7* 31 ± 5* 29 ± 5* 42 ± 9 41 ± 7
14 femmes 27 ± 6* 24 ± 7* 24 ± 6 23 ± 6 26 ± 5 25 ± 7 20 ± 4 19 ± 5 19 ± 4* 18 ± 4* 21 ± 5 20 ± 5
D : Dominant ; ND : non dominant. * Différence significative entre le côté dominant et non dominant.

Tableau 5.4. Valeurs normatives de la force isocinétique (moment de force maximum en Nm/kg) des muscles rotateurs

Évaluation musculaire isocinétique appliquée à l’épaule


médiaux et latéraux chez des hommes et des femmes, sans pathologie ou douleur de l’épaule et sans pratique sportive
sollicitant les membres supérieurs, sur dynamomètre de type Con-Trex® (données non publiées). Il existe une différence
significative entre les valeurs des hommes et des femmes, pour toutes les valeurs.
Rotateurs médiaux Rotateurs latéraux
60°/s concentrique 240°/s concentrique 60°/s excentrique 60°/s concentrique 240°/s concentrique 60°/s excentrique
D ND D ND D ND D ND D ND D ND
29 hommes 0,69 0,64 0,61 0,58 0,77 0,73 0,50 0,48 0,41 0,38 0,56 0,55
± 0,14 ± 0,18 ± 0,13 ± 0,12 ± 0,16 ± 0,21 ± 0,08* ± 0,09* ± 0,06* ± 0,07* ± 0,11 ± 0,10
14 femmes 0,46 0,42 0,42 0,39 0,45 0,43 0,35 0,33 0,33 0,31 0,36 0,35
± 0,11* ± 0,13* ± 0,10 ± 0,11 ± 0,08 ± 0,13 ± 0,08 ± 0,09 ± 0,07* ± 0,07* ± 0,09 ± 0,09
D : Dominant ; ND : non dominant. * Différence significative entre le côté dominant et non dominant.

129
130
Guide d’isocinétisme
Tableau 5.5. Valeurs normatives des ratios RL/RM (en %) chez des hommes et des femmes, sans pathologie ou douleur
de l’épaule et sans pratique sportive sollicitant les membres supérieurs, sur dynamomètre de type Con-Trex® (données
non publiées).
Ratio RL Ratio RL Ratio RM Pourcentage de différence dominant vs non-dominant
conc./RM conc. exc./RM conc. exc./RL conc.
60°/s 240°/s 60°/s 60°/s 60°/s 240°/s 60°/s
concentrique concentrique concentrique concentrique excentrique
D ND D ND D ND D ND RM RL RM RL RM RL
29 hommes 0,74 0,77 0,68 0,68 0,83 0,88 1,54 1,53 -6 ± 19 -5 ± 12 -4 ± 17 -6 ± 13 -6 ± 17 -1 ± 16
± 0,09 ± 0,13 ± 0,08$ ± 0,11$ ± 0,19 ± 0,17 ± 0,23$ ± 0,28$
14 femmes 0,76 0,80 0,79 0,80 0,79 0,86 1,33 1,30 -10 -5 ± 13 -6 ± 21 -3 ± 12 5 ± 15 1 ± 23
± 0,13 ± 0,10 ± 0,10$ ± 0,13$ ± 0,12 ± 0,14 ± 0,28$ ± 0,21$ ± 11
Conc. : concentrique ; exc. : excentrique. D : Dominant ; ND : non dominant. * Différence significative entre le côté dominant et non dominant .$ : Diffé-
rence entre les hommes et les femmes.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à l’épaule 131

de l’épaule en conditions sportives »), et/ou le poids, et entre les études par


la position et la méthodologie utilisées [7,11]. De ce fait, il est important de
connaître au moins ces paramètres pour interpréter les valeurs de force isoci-
nétique d’un sujet. Il nous semble important de présenter les valeurs de force
mesurées rapportées au poids de corps des sujets (Nm/kg), afin de diminuer
le biais de variabilité lié au poids, et d’utiliser la correction de gravité.
À titre indicatif, évaluées en position assise avec l’épaule à 45° d’abduction
dans le plan de la scapula, sont rapportées dans les tableaux 5.3, 5.4 et 5.5
et figures  5.7,  5.8, et  5.9 des valeurs de moment de force maximum des
RM et RL et des ratios RL/RM, provenant de données personnelles de
sujets jeunes sains, précédemment publiées [27,28], et dans l’encadré  5.1
les valeurs moyennes de cohortes personnelles publiées [22,27-31], incluant
des sujets sains, avec correction de gravité, quelque soit le sexe, le côté, le
sport, le mode de contraction et la vitesse angulaire, et dans la figure 5.10
les courbes isocinétiques dites physiologiques pour les rotateurs médiaux et
latéraux de l’épaule à 60°/s sur dynamomètre isocinétique de type Con-Trex®.
Chez les sujets sains non sportifs (sujets contrôles), les principaux tra-
vaux ne relèvent pas de différence significative des valeurs du moment de
force maximum et du ratio RL/RM entre côtés dominant et non-dominant
[6,7,12,32-35]. Les valeurs normatives du ratio RL conc./RM conc. sont
communément situées entre 0,60 et 0,80 avec une moyenne autour de
0,70 quelle que soit la vitesse angulaire. Cette donnée est rapportée à titre

Figure 5.7. Zone de normalité des valeurs de force isocinétique des rotateurs médiaux
de l’épaule pour les hommes en rond noir et les femmes en losange gris, sur Con-Trex®,
en position assise avec l’épaule à 45° d’abduction dans le plan de la scapula. Cette
zone est définie par la moyenne en trait continu et les limites de ± 2 écarts-types
en pointillé.
132 Guide d’isocinétisme

Figure 5.8. Zone de normalité des valeurs de force isocinétique des rotateurs latéraux
de l’épaule pour les hommes en rond noir et les femmes en losange gris, sur Con-Trex®,
en position assise avec l’épaule à 45° d’abduction dans le plan de la scapula. Cette
zone est définie par la moyenne en trait continu et les limites de ± 2 écarts-types
en pointillé.

Figure 5.9. Zone de normalité des valeurs de force isocinétique des ratios RL/RM
l’épaule pour les hommes en rond noir et les femmes en losange gris, sur Con-Trex®,
en position assise avec l’épaule à 45° d’abduction dans le plan de la scapula. Cette
zone est définie par la moyenne en trait continu et les limites de ± 2 écarts-types
en pointillé.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à l’épaule 133

Figure 5.10. Courbe isocinétique type d’une évaluation maximale isocinétique


appliquée aux rotateurs médiaux et latéraux de l’épaule à 60°/s sur dynamomètre
isocinétique de type Con-Trex®.

Encadré 5.1

Valeurs moyennes de cohortes personnelles publiées


[22,27-31], incluant des sujets sains, avec correction
de gravité, quels que soient le sexe, le côté, le sport,
le mode de contraction et la vitesse angulaire
j RM : 0,40 à 0,80 Nm/kg.
j RL : 0,30 à 0,60 Nm/kg.
j Différence dominant/non-dominant  : 4 à 14  %  ; différence physiolo-

gique < 15 %
j Ratio RL/RM : 0,66 à 0,80 (moyenne souvent > 0,70).

j Ratio RL exc./RM conc. : > 0,80.

j Ratio RM exc./RL conc. : < 1,30.

informatif car elle peut varier en fonction des dynamomètres, de la position


utilisée, de l’utilisation ou non de la correction de gravité.

À faire
Afin d’avoir des valeurs normatives correspondant à votre dynamomètre, votre
méthodologie, les paramètres que vous utilisez, nous vous suggérons de consti-
tuer une banque de données, en utilisant toujours la même méthodologie,
d’abord par la réalisation d’évaluation isocinétique des RM et RL de l’épaule
dans une population de sujets sains non sportifs de classe d’âge homogène,
puis dans des populations variées en accord avec les populations que vous êtes
amenées à évaluer, et progressivement d’augmenter cette banque de données
par les évaluations que vous réalisez.
134 Guide d’isocinétisme

Interprétation
L’interprétation des valeurs isocinétiques est essentielle pour donner un
sens pratique et/ou clinique à l’évaluation. Elle doit se baser sur le contexte
clinique, les caractéristiques du sujet, en prenant en compte la variabilité
de la mesure isocinétique et la différence potentielle entre les deux côtés
liée à la latéralité. Cette interprétation doit être qualitative par l’interpré-
tation des courbes isocinétiques, et quantitatives par l’interprétation des
valeurs du moment de force maximum et des ratios (chapitre 3).
La comparaison des valeurs de force d’un membre par rapport au côté
controlatéral (dominant/non-dominant, D/ND) doit s’interpréter de la
manière suivante [12,32,36-38] :
• différence D/ND < 10 % considérée normale ;
• différence D/ND entre 10-20 % probablement anormale ;
• différence D/ND > 20 % considérée anormale.
En pratique, nous suggérons d’analyser :
• si l’évaluation était maximale, sur la base des critères subjectifs du sujet
(le sujet se dit être à 100  %, crispation du visage durant l’effort, visage
rouge…) et sur la base de critères objectifs (diminution du moment
de force maximum sur les dernières répétitions de chaque série, cohérence de
la relation force-vitesse, un gain de 15 à 30 % pouvant être espéré entre le
mode de contraction concentrique et excentrique ; s’il est présent on peut
estimer que le sujet a fait une épreuve excentrique maximale) ;
• le moment de force maximum isocinétique des RM et RL de l’épaule en
comparant par rapport :
– au côté controlatéral (pourcentage de différence entre les deux côtés
qui doit être inférieur à la variabilité de la mesure (10-15  %) et/ou au
pourcentage du à la latéralité (15 %),
– à des valeurs de référence si elles existent (évaluation de début de sai-
son, évaluation de prérééducation…),
– voire à des valeurs normatives (mais avec toute la précaution nécessaire
compte tenu de la grande variabilité inter-sujets) ;
• les ratio RL/RM en comparant par rapport :
– à des valeurs normatives mais avec toute la précaution nécessaire
compte tenu de la grande variabilité inter-sujets, sachant qu’il y a une
forte tendance pour dire qu’un ratio RL conc./RM conc.  <  60  % est
« pathologique », et qu’un ratio RL exc./RM conc. < 80 % est « patholo-
gique » (sachant que l’idéal est RL exc./RM conc. > 100 %),
– au côté controlatéral (pourcentage de différence entre les deux côtés
qui doit être inférieur à la variabilité de la mesure (15-25  %) et/ou au
pourcentage dû à la latéralité (15 %),
– et/ou à des valeurs de référence si elles existent (évaluation de début de
saison, évaluation de pré-rééducation…).
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à l’épaule 135

Variation < 15 % = > probablement due au hasard ou à la latéralité.


Variation > 15 % = > probablement due à une modification de la force.
À ajuster en fonction de la variabilité du dynamomètre, de la population, et
du sport pratiqué.

Encadré 5.2

Interprétation des valeurs isocinétiques


j Évaluation maximale ?
j Moment de force maximum : > 15 % par rapport au côté opposé ? Par
rapport à des valeurs de référence ? Par rapport à des valeurs normatives ?
Par rapport au poids de corps ?
j Ratio fléchisseurs/extenseurs : ratios RL conc./RM conc. < 60 % ? Ratios

RL exc./RM conc. < 80-100 % ? > 15 % par rapport au côté opposé ? Par


rapport à des valeurs de référence ?

Fiche 5.2
Proposition de notions clés à faire apparaître dans
le compte rendu d’évaluation musculaire isocinétique
des rotateurs médiaux et latéraux de l’épaule
• Nom, prénom, date de naissance, dominance, et poids du sujet/patient.
• Indication de l’évaluation, si pathologie : diagnostic et côté pathologique.
• Nom, prénom et fonction de la personne qui adresse le sujet/patient.
• Nom, prénom et fonction de la personne qui réalise l’évaluation.
• Date de l’évaluation.
• Méthodologie d’évaluation isocinétique  : position/installation, amplitude,
correction de gravité, modes de contraction, vitesses angulaires, répétitions,
récupération.
• Évaluation maximale : Oui/Non ?
• Vitesses angulaires atteintes : Oui/Non ?
• Valeurs du moment de force maximum pour chaque vitesse angulaire pour
chaque côté
• Pourcentage de différences de valeurs du moment de force maximum entre
les deux côtés : « lésé/sain » ou « non dominant/dominant ».
• Valeurs du ratio entre les moments de force maximum des RL et RM pour
chaque vitesse angulaire pour chaque côté.
• Courbes isocinétiques.
• Ressenti du sujet.
• Interprétation des résultats (qualitative et quantitative) et conclusion.
136 Guide d’isocinétisme

Figure 5.11. Exemple de fiche type de compte rendu d’évaluation musculaire


isocinétique des rotateurs médiaux et latéraux de l’épaule.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à l’épaule 137

Force musculaire isocinétique des rotateurs


de l’épaule en conditions sportives
Dans les sports d’armer-lancer (baseball, volley-ball, handball, lancer du
javelot, natation), l’articulation scapulo-humérale est soumise à des solli-
citations importantes (vitesse, amplitude, force). Au-delà de ces sollicita-
tions techniques du geste du lancer, adaptées selon la spécificité du sport,
et sa répétition (entraînement et compétition), peuvent survenir des sol-
licitations extrinsèques de contraction contrariée (blocage du bras par un
adversaire lors du geste, choc direct au sol ou par un adversaire) [2,39].
Ces contraintes répétées, intrinsèques et/ou extrinsèques, vont être res-
ponsables d’adaptations physiologiques, anatomiques et biomécaniques de
l’articulation scapulo-humérale dans son ensemble à l’origine d’un gain
de performance [39]. Ces modifications ou adaptations physiologiques de
l’articulation scapulo-humérale au geste sportif peuvent se situer, selon les
auteurs, au niveau des moyens de stabilité [39] :
• statique  : hypermobilité de la capsule antérieure, modification de l’arc
rotatoire avec une diminution de l’amplitude articulaire de rotation médiale
et une augmentation de la rotation latérale, limitation de la mobilité de la
capsule postérieure, perte de rotation médiale (Gleno-humeral Internal Rota-
tion Deficit (« GIRD ») pour les Anglo-Saxons), laxité ou souplesse ligamen-
taire générale ;
• dynamique : dyskinésies scapulaires dynamiques (Scapular Dyskinesis) et
statiques (Altered Scapular Resting Position), déséquilibre de la force muscu-
laire des agonistes et antagonistes avec diminution du ratio RL/RM par une
augmentation de la force des rotateurs médiaux et une diminution relative
de la force des rotateurs latéraux.
La connaissance et la compréhension des adaptations physiologiques
de l’épaule aux sports d’armer-lancer, et plus particulièrement de la force
et de l’équilibre musculaire des rotateurs médiaux et latéraux, sont indis-
pensables à une approche pertinente de la performance sportive et dans la
prévention des pathologies scapulo-humérales. L’amélioration de la force
musculaire, plus particulièrement celle des rotateurs médiaux, permet un
lancer plus rapide et plus performant, mais peut compromettre l’équilibre
agoniste/antagoniste des rotateurs dans leur rôle de stabilisateurs dyna-
miques. Or un déséquilibre agonistes/antagonistes (entre RM et RL) pour-
rait être source d’un défaut de centrage de la tête humérale durant le geste,
prédisposant à des conflits ou micro-instabilités de l’épaule [6,28,31].
Nous avons vu que chez les sujets sédentaires sains, les principaux travaux
ne relèvent pas de différence des valeurs du moment de force maximum et
du ratio RL/RM entre les côtés dominant et non-dominant [6,7,12,32-35].
Chez les sportifs d’armer-lancer, les différences liées à la latéralité et induites
par la pratique sportive sont variables selon les auteurs et discutées en
138 Guide d’isocinétisme

Tableau 5.6. Adaptations musculaires des rotateurs médiaux (RM)


et latéraux (RL) de l’épaule aux sports d’armer-lancer (revue
non exhaustive de la littérature).
RM dominant RM dominant RL/RM dominant RL/RM dominant
> RM = RM < RL/RM = RL/RM
non-dominant non-dominant Non-dominant non-dominant
Baseball [3,6,40,41] [5,42,43] [3,6,40] [5,41,42]
Handball* [28,44,45] [28,44,45]
Javelot [30] [46] [30]
Natation [47,48] [47] [48]
Tennis [4,6,48-51] [48-50,52] [4,6,48,51]
Volley-ball [53-56] [48] [53,54,56] [48]
Waterpolo* [57] [57]
Déséquilibre Équilibre Déséquilibre Équilibre
n = 21 n = 4 n = 14 n = 13
[3,4,6,28,30, [5,42,43,48] [3,6,40,46-50, [4-6,28,30,41,
40,41,44,45, 52-54,56,57] 42,44,45,48,51]
47-51,53-57]
Dans chaque case sont rapportées des études rapportant les résultats correspondant. Compte
tenu des différences de méthodologies d’évaluation entre les différentes études, nous avons
choisi de ne pas rapporter de valeurs chiffrées.
* Sports durant lesquels des sollicitations extrinsèques dues aux contractions contrariées liées
à la pratique sportive peuvent s’ajouter aux contraintes intrinsèques.

fonction des sports. Le tableau 5.6 présente les résultats d’études sur la force
isocinétique dans des populations de sujets sportifs d’armer-lancer (liste
non exhaustive), séparées en fonction de la présence ou non d’une diffé-
rence entre le côté dominant et non-dominant pour les RM ou les ratios RL/
RM. Ainsi, majoritairement, voire en quasi-unanimité, les études rappor-
tent une adaptation de la force des rotateurs de l’épaule du lanceur avec
une force isocinétique des RM supérieure du côté dominant par rapport
au côté non-dominant. En revanche, le déséquilibre RL/RM avec un ratio
inférieur du côté dominant ne semble pas systématique. Cette adaptation
de la force musculaire des RM n’induirait pas systématiquement un dés-
équilibre agoniste/antagoniste des rotateurs médiaux et rotateurs latéraux.
À noter que ces résultats sont issus de la comparaison entre des valeurs de
ratio RL/RM entre côté dominant et non-dominant, à l’échelle de groupes
de sujets et non individuelle, chez des sujets sains, sans comparaison à des
valeurs chiffrées.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à l’épaule 139

À retenir
Ainsi, à la lumière des résultats de la littérature, et avec les précautions d’inter-
prétation liés aux limites et différences méthodologiques (design transversal et/
ou rétrospectif, faibles échantillons, différents outils de mesure, mode et vitesse
de contraction, effet de la latéralité de dominance), il semble que la pratique
des sports d’armer-lancer entraîne une adaptation de la force musculaire des
rotateurs de l’épaule qui se traduit par une augmentation significative de la
force musculaire des RM du côté dominant. Cette augmentation de force res-
terait « harmonieuse », puisque n’induisant pas systématiquement de déséqui-
libre entre RM et RL. Il ne semble pas exister un « déséquilibre » de la force mus-
culaire entre les RM et RL induit par une pratique sportive très sollicitante des
membres supérieurs, et qui pourrait être, par une « désadaptation », à l’origine
des pathologies de l’articulation scapulo-humérale.

Force musculaire isocinétique des rotateurs


de l’épaule en conditions pathologiques
L’évaluation d’un déficit et/ou déséquilibre de force a un intérêt dans la
démarche diagnostic, la décision et l’orientation thérapeutique. Cette éva-
luation a toute sa place dans le parcours de soin au même titre qu’un exa-
men paraclinique. Nous allons aborder ci-dessous l’intérêt de l’évaluation
de la force des muscles rotateurs de l’épaule dans le cadre de la prévention
des blessures en sport, de l’instabilité scapulo-humérale, et des pathologies
de la coiffe des rotateurs.

Force musculaire des rotateurs et facteur de risque


de blessures de l’épaule du lanceur
Les liens formels entre les modifications de l’équilibre agoniste/antagoniste
et la survenue de pathologies de l’épaule restent encore méconnus, même si
des éléments physiopathologiques peuvent le suggérer. Néanmoins, lorsqu’il
est présent, le déséquilibre entre les RL et RM reste considéré comme un fac-
teur de risque de survenue de pathologie de l’épaule, alors que seules deux
études prospectives rapportent des données scientifiques à ce sujet [28,55].
Dans une étude prospective sur 16 volleyeurs de haut niveau, Wang et
Cochrane [55] ont rapporté une relation significative entre un déséquilibre
de force des rotateurs (force excentrique des RL inférieure à force concen-
trique des RM, avec un ratio RL exc./RM conc. < 1) et la survenue d’une
blessure de l’épaule durant une saison sportive.
Dans une étude prospective sur 16 handballeuses de niveau national,
Edouard et al. [28] ont rapporté que les handballeuses présentant un
déséquilibre musculaire des rotateurs de l’épaule au début de la saison
140 Guide d’isocinétisme

avaient 2,6 fois plus de risque de présenter une pathologie de l’épaule au


cours de la saison que celles qui n’en présentaient pas. Dans cette étude
[28], ce déséquilibre musculaire était déterminé par la présence d’au moins
deux critères en dehors de valeurs normatives définies dans une population
de sujets sains non sportifs, parmi les suivants : différence dominant/non-
dominant > 10 % (à 60°/s, 120°/s, 240°/s, 60°/s excentrique), ratio RL conc./
RM conc. < 0,63 à 60°/s, ratio RL conc./RM conc. < 0,64 à 120°/s, ratio RL
conc./RM conc. < 0,69 à 240°/s), le ratio RL exc./RM conc. < 0,67, et/ou
ratio RM exc./RL conc. > 1,61.
Les conclusions de ces deux études suggèrent l’intérêt d’explorer au
niveau individuel la force musculaire isocinétique des rotateurs en début
de saison chez les sportifs d’armer-lancer, afin de dépister les sujets à risque de
blessures de l’épaule pour pouvoir mettre en place des mesures de préven-
tion. Il paraît cependant important de confirmer ces résultats par des études
prospectives de suivi de cohortes sur de plus larges populations de sportifs.

À retenir
Déséquilibre de force des RM et RL = potentiel facteur de risque de blessure
de l’épaule :
• intérêt d’un bilan isocinétique en début de saison ;
• préparation physique adaptée pour rééquilibration ;
• suivi de la récupération du déséquilibre par nouvelle évaluation isocinétique.

Instabilité antérieure chronique scapulo-humérale


Dans l’instabilité antérieure chronique scapulo-humérale, il existe une
défaillance des moyens de stabilisation passive. De fait, les moyens de stabi-
lisation dynamique joueraient un rôle prépondérant pour maintenir en per-
manence la tête humérale dans la glène scapulaire [1,2]. Le renforcement
de ces moyens de stabilisation dynamique et l’optimisation de l’équilibre
musculaire agoniste/antagoniste pourraient même se discuter comme étant
une orientation thérapeutique. Ainsi, l’évaluation de la force des muscles
rotateurs semble donc présenter un intérêt dans le suivi des patients atteints
d’instabilité scapulo-humérale.

Force isocinétique des rotateurs dans l’épaule instable


non opérée
Dans le contexte d’une instabilité chronique de l’épaule, il a classiquement
été décrit qu’un déficit de la force des RM était associé à l’instabilité anté-
rieure d’épaule. Lors du mouvement d’abduction-rotation latérale, la défi-
cience des RM entraînerait la luxation antérieure de la tête humérale par
une défaillance de ces haubans antérieurs.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à l’épaule 141

Des études se sont appliquées à évaluer la force musculaire isocinétique


des RM et RL dans des populations de sujets ayant une instabilité d’épaule
post-traumatique [31,35,58-61]. Leur analyse ne permet pas d’appor-
ter une réponse consensuelle sur l’adaptation musculaire des RM et RL.
Chez des sujets présentant une instabilité d’épaule unilatérale, Bak et al.
[35], Dauty et al. [58] et Jan et al. [59] rapportent l’absence de différence
de force du côté lésé (instable) par rapport au côté controlatéral sain, et
l’absence de l’équilibre des RM et RL entre le côté lésé et le côté sain (ratios
RL/RM comparable entre les deux côtés). Tsai et al. [60] et Edouard et al. [31]
rapportent une diminution significative de la force des RM et/ou RL du côté
lésé, sans modification du ratio RL/RM. Seulement Warner et al. [61] rappor-
tent une diminution significative du ratio RM/RL chez les sujets présentant
une instabilité d’épaule, sans différence de force des RM et RL.
Avec les précautions d’interprétation liées aux limites et différences
méthodologiques de toutes ces études (design transversal et/ou rétrospec-
tif, faibles échantillons, populations, différents outils de mesure, mode et
vitesse de contraction, correction de gravité, effet de la latéralité de domi-
nance, comparaison à l’échelle de groupes et non individuelle, analyses sta-
tistiques), dans le cas de l’instabilité antérieure chronique post-traumatique
scapulo-humérale non opéré, même si le déficit de force des RM et RL sem-
ble discuté, on peut retenir qu’il n’existe pas de perturbation de l’équilibre
agoniste/antagoniste représenté par le ratio RL/RM [31,35,58-61].
Par ailleurs, si un déficit de la force des rotateurs pourrait être associé à
une instabilité chronique antérieure, il reste difficile de déterminer s’il en
est la cause ou la conséquence. D’un point de vue physiopathologique, il
nous semble que le déficit global serait plutôt induit par la sous-utilisation
fonctionnelle du membre (appréhension, limitation des activités, arrêt du
sport), et que les lésions des moyens de stabilisation statique (microtrauma-
tismes répétés ou traumatisme violent – selon le sport et les circonstances)
constitueraient le facteur prépondérant à l’origine de l’instabilité.

En pratique
À l’échelle individuelle, l’évaluation musculaire isocinétique des rotateurs
permet d’objectiver un éventuel déficit et/ou déséquilibre musculaire qui
permet d’orienter la rééducation (renforcement musculaire ciblé).

Force musculaire isocinétique des muscles rotateurs


après stabilisation chirurgicale par butée antérieure
selon la technique de Bristow-Latarjet
Dans l’instabilité chronique invalidante, le traitement chirurgical est le
plus souvent recommandé. En France, la butée antérieure osseuse selon la
142 Guide d’isocinétisme

technique de Latarjet (ou Bristow-Latarjet) est la technique chirurgicale la


plus fréquemment effectuée. Elle a pour principe de transférer l’apophyse
coracoïde avec le tendon conjoint du coraco-brachial et du chef court du
biceps brachial en regard de la tête humérale ; cela permet d’avoir à la fois
une butée osseuse et un hamac par le tendon conjoint lors du mouvement
de l’armer de bras.
Dans les suites opératoires, la violation du tendon et du muscle sub-
scapulaire durant la voie d’abord, l’immobilisation de l’épaule, la douleur,
et la sidération postopératoire, pourraient être des facteurs à l’origine d’une
diminution de la force des rotateurs, notamment des RM [58,62-65]. Trois
études prospectives [58,63,65] rapportent des résultats de l’évolution de la
force musculaire des rotateurs de l’épaule dans les suites opératoires d’une
butée antérieure osseuse selon la technique de Latarjet. Dauty et al. [58] ont
retrouvé une récupération quasi-totale de la force musculaire des rotateurs
à 3 mois postopératoires dans une série de 25 patients. Amako et al. [63]
ont retrouvé une récupération de la force musculaire des rotateurs à 4,5
mois postopératoires dans une série de 40 patients. Et, Edouard et al. [65]
ont rapporté à 3 mois postopératoires un déficit de force des RM (-28 %)
et RL (-16 %) par rapport aux valeurs préopératoires, à 6 mois postopéra-
toires une récupération de la force préopératoire, et un maintien à 21 mois,
dans une série de 20 patients.
À la lumière de ces données, dans les suites d’une stabilisation chirurgicale
par butée antérieure selon la technique de Bristow-Latarjet d’une instabilité
antérieure chronique post-traumatique, il semble exister un déficit transi-
toire de la force des RM et RL jusqu’à 3 à 6 mois postopératoires (figure 5.12)
[58,63,65]. Ainsi, un délai de 4,5 à 6 mois après la chirurgie semble être
optimal pour la récupération de la force musculaire des muscles rotateurs, et
serait un bon délai pour la reprise des activités sportives, notamment celles
sollicitant les membres supérieurs (contact ou lancer) [65].

Indication de l’évaluation musculaire isocinétique


dans l’instabilité d’épaule
Dans le cadre d’une instabilité chronique de l’épaule, l’évaluation isociné-
tique des muscles rotateurs de l’épaule semble être pertinente pour suivre
et orienter la prise en charge rééducative, orienter la décision d’arrêter la
rééducation et de rependre le sport. Cette évaluation semble donc avoir sa
place dans le parcours de soin de l’instabilité chronique de l’épaule [66].
Dans une prise en charge médicale/rééducative ou en préopératoire, elle
permet de dépister un éventuel déficit et/ou déséquilibre musculaire pour
guider la prise en charge.
En postopératoire, elle apparaît pertinente pour déterminer l’orientation
de la rééducation, sa poursuite et son arrêt, et peut aussi constituer une aide
à la décision de reprise sportive.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à l’épaule 143

Figure 5.12. Cinétique de récupération de la force des rotateurs (RM en noir et RL
en gris) de l’épaule après stabilisation chirurgicale selon la technique de Bristow-Latarjet.
D’après les données de Amako et al. [63] (carré) et Edouard et al. [65] (rond).

Il convient d’utiliser une méthodologie d’évaluation (installation, posi-


tion, amplitudes articulaires, vitesses angulaires) qui n’entraînera ni dou-
leur, ni appréhension, ni épisode d’instabilité.

Encadré 5.3

À qui, quand et pourquoi réaliser une évaluation


musculaire isocinétique dans l’instabilité chronique
d’épaule ?
j instabilité d’épaule non opérée : dès que le testing manuel n’est plus discri-
minant, pour orienter et guider la rééducation, déterminer si le renforcement
musculaire peut être arrêté, aider et guider la décision de reprise du sport ;
j instabilité d’épaule opérée :

– en préopératoire : pour mettre en évidence le déficit et/ou le déséqui-


libre musculaire ; pour envisager si besoin une rééducation préopératoire ;
pour avoir une base de comparaison pour les valeurs postopératoires ;
– en postopératoire : à 3 et 6 mois postopératoires, pour orienter et gui-
der la rééducation, déterminer si le renforcement musculaire peut-être
arrêté, aider et guider la décision de reprise du sport.
Attention à la méthodologie d’évaluation (installation, position, ampli-
tudes articulaires, vitesses angulaires) qui ne doit pas entraîner de douleur,
appréhension et/ou instabilité.
144 Guide d’isocinétisme

Force isocinétique des rotateurs dans les pathologies


de la coiffe des rotateurs
La coiffe des rotateurs a une fonction de stabilisation dynamique de
l’articulation scapulo-humérale, par une tension passive, une contraction
dynamique et coordonnée, la co-contraction de muscles agonistes et
antagonistes. Elle a aussi une fonction dans la motricité de l’articulation
scapulo-humérale et du complexe articulaire de l’épaule. Ainsi, une force
musculaire correcte des muscles de la coiffe des rotateurs est indispensable
pour la bonne physiologie et biomécanique de l’épaule.
Dans le cadre des pathologies de la coiffe des rotateurs (tendinopathies
rompues ou non, opérées ou non), il semble donc pertinent de connaître le
niveau de force musculaire de la coiffe pour déterminer la stratégie théra-
peutique rééducative ou chirurgicale.

Particularités de l’évaluation isocinétique des rotateurs


dans les pathologies de la coiffe des rotateurs
L’évaluation musculaire isocinétique de la coiffe des rotateurs concerne
aussi essentiellement les RM et RL. La position assise avec 45° d’abduction
de l’épaule dans le plan de la scapula est la plus recommandée, compte
tenu qu’elle place l’épaule dans une situation de confort, qu’elle diminue
les tensions tendino-musculaires et les situations de conflit. La force des
abducteurs peut être évaluée, mais avec une fiabilité métrologique moindre.
Comme toujours en isocinétisme, la position et la méthodologie d’évalua-
tion doivent être rigoureuses et toujours identiques pour une comparaison
fiable des valeurs mesurées.

Isocinétisme dans les pathologies de la coiffe non opérée


Dans les pathologies de la coiffe non opérée, l’évaluation musculaire isoci-
nétique des RM et RL de l’épaule permet d’objectiver et quantifier le statut
musculaire, et permet d’anticiper les possibilités en termes de résultats ana-
tomiques postopératoires [67].
On observe fréquemment un déficit de force musculaire des RM d’envi-
ron 20 à 30 %, et des RL d’environ 30 à 50 % par rapport à l’épaule contro-
latérale saine [67-69]. Le déficit de force apparaît prédominant pour les RL,
et cela se matérialise parfois par un déséquilibre du ratio RL/RM (inférieur
à 60 %). Il est à noter que ce déficit est d’autant plus important que la taille
de la rupture de la coiffe est importante [67,68].
Un déficit comparable (autour de 30 à 50 %) de la force des abducteurs est
aussi fréquemment rapporté [67,68].

Isocinétisme dans les pathologies de la coiffe opérée


Dans les pathologies de la coiffe opérée, les travaux de Rokito et al. [69] ont
permis de mieux comprendre la cinétique de récupération postopératoire
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à l’épaule 145

de la force musculaire des rotateurs latéraux après suture de la coiffe des


rotateurs :
• pour les ruptures faibles ou moyennes, 1 an est nécessaire pour la récupé-
ration d’une force comparable au côté controlatéral ;
• pour les lésions massives, la récupération est inconstante, mais si elle
existe, nécessite plus d’1 an.
Le ratio RL/RM se normalise selon une cinétique quasiment comparable.
Il existe une bonne corrélation entre le déficit de force postopératoire et
l’intégrité de la coiffe des rotateurs en postopératoire [67].
Dans les pathologies de la coiffe opérée, l’évaluation musculaire isociné-
tique est donc possible à partir de 3-4 mois postopératoires, après accord du
chirurgien. Compte tenu des délais de récupération musculaire [69], une
première évaluation à 6 mois postopératoires, dès que le testing manuel
n’est plus discriminant, semble plus pertinente.

Indication de l’évaluation musculaire isocinétique


dans les pathologies de la coiffe des rotateurs
Dans le cadre des pathologies de la coiffe des rotateurs, il semble qu’il y ait
une relativement bonne corrélation entre la taille de la lésion et la force
musculaire. L’évaluation des rotateurs de l’épaule semble être pertinente
pour suivre et orienter la prise en charge rééducative et orienter la décision
d’arrêter la rééducation et de rependre le sport.
Dans une prise en charge médicale/rééducative ou en préopératoire, elle
permet de dépister un éventuel déficit et/ou déséquilibre musculaire pour
guider la prise en charge.
En postopératoire, elle apparaît pertinente pour déterminer l’orientation
de la rééducation, sa poursuite et son arrêt, et peut aussi constituer une aide
à la décision de reprise sportive.
Il convient d’utiliser une méthodologie d’évaluation (installation, posi-
tion, amplitudes articulaires, vitesses angulaires) qui n’entraînera ni dou-
leur, ni aggravation de la pathologie.

Encadré 5.4

À qui, quand et pourquoi réaliser une évaluation


musculaire isocinétique dans les pathologies
de la coiffe des rotateurs ?
j pathologie de la coiffe non opérée : dès que le testing manuel n’est plus
discriminant, pour orienter et guider la rééducation, déterminer si le ren-
forcement musculaire peut être arrêté, aider et guider la décision de reprise
du sport ;

146 Guide d’isocinétisme

 j pathologie de la coiffe opérée :


– en préopératoire : pour objectiver le déficit et/ou le déséquilibre mus-
culaire  ; pour envisager si besoin une rééducation préopératoire  ; pour
avoir une base de comparaison pour les valeurs postopératoires ;
– en postopératoire : à 6 mois postopératoires, pour orienter et guider la
rééducation, déterminer si le renforcement musculaire peut-être arrêté,
aider et guider la décision de reprise du sport.
Attention à la méthodologie d’évaluation (installation, position, ampli-
tudes articulaires, vitesses angulaires) qui ne doit pas entraîner de douleur
et/ou d’aggravation de la pathologie.

Perspectives
Dans le cadre de l’évaluation isocinétique de l’épaule, compte tenu du nombre
de degrés de liberté et de muscles intervenants dans la mobilité et la stabilité de
l’épaule, il existe beaucoup de positions et d’installations possibles. Pour l’éva-
luation des rotateurs médiaux et latéraux, deux positions apparaissent comme
plus fréquemment utilisés en pratique. Cependant, l’utilisation de positions
différentes rend difficile la comparaison des résultats, et il n’existe pas de réel
consensus dans les méthodologies d’évaluation isocinétique. Une première
perspective pourrait être la réalisation d’un consensus sur la méthodologie
d’évaluation isocinétique appliquée aux muscles rotateurs l’épaule. Cela
permettrait dans un second temps la constitution d’une grande banque de
données pour définir des données normatives en fonction des dynamomètres,
modes de contraction, vitesses angulaires, mais aussi du sexe, des catégories
d’âge, de la pratique sportive, et des pathologies… Enfin une analyse plus
approfondie des ratios RL/RM, de leurs facteurs de variations, de leur influence
sur la pathologie d’épaule, semble être une troisième perspective pertinente.

Points clés
L’évaluation isocinétique des muscles rotateurs de l’épaule représente une
application fréquente de l’isocinétisme. Deux positions/installations sont
plus fréquemment utilisées  : nous suggérons l’utilisation de la position
assise avec 45° d’abduction de l’épaule dans le plan de la scapula chez le
sujet pathologique, et la position en décubitus dorsal avec une abduction
de 90° de l’épaule chez les sportifs d’armer-lancer. Il faut tout de même gar-
der à l’esprit que pour comparer les valeurs mesurées il faut avoir la même
méthodologie d’évaluation. La reproductibilité est correcte, mais la variabi-
lité doit être prise en compte dans l’interprétation des valeurs, on rapporte
une variabilité inférieure à 15  % pour le moment de force maximum, et
inférieure à 25 % pour les ratios. L’interprétation des valeurs mesurées se
fait en comparaison avec le côté controlatéral, des valeurs de référence
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à l’épaule 147

et/ou des valeurs normatives, en prenant en compte le contexte clinique,


les caractéristiques du sujet, la variabilité de la mesure isocinétique et la
différence potentielle entre les deux côtés liée à la latéralité. Les indications
d’évaluation musculaire isocinétique des rotateurs de l’épaule sont le diag-
nostic, le suivi, l’orientation thérapeutique, l’aide à la décision et/ou la pré-
vention dans le contexte de sujets sportifs et/ou de pathologies de l’épaule
(blessures, instabilité chronique, pathologie de la coiffe des rotateurs).

Références
[1] Levine WN, Flatow EL. The pathophysiology of shoulder instability. Am J Sports
Med 2000;28(6):910-7.
[2] Wilk KE, Reinold MM, Andrews JR. The Athlete’s Shoulder, ed. K.E. Wilk, M.M.
Reinold, and J.R. Andrews. Vol. second edition. 2009, Philadephia: Churchill
Livigstone Elsevier.
[3] Hinton RY. Isokinetic evaluation of shoulder rotational strength in high school
baseball pitchers. Am J Sports Med. 1988;16(3):274-9.
[4] Chandler TJ, Kibler WB, Stracener EC, Ziegler AK, Pace B. Shoulder strength,
power, and endurance in college tennis players. Am J Sports Med. 1992;20(4):455-8.
[5] Wilk KE, Andrews JR, Arrigo CA, Keirns MA, Erber DJ. The strength characteris-
tics of internal and external rotator muscles in professional baseball pitchers.
Am J Sports Med. 1993;21(1):61-6.
[6] Codine P, Bernard PL, Pocholle M, Benaim C, Brun V. Influence of sports dis-
cipline on shoulder rotator cuff balance. Med Sci Sports Exerc. 1997;29(11):1400-5.
[7] Codine P, Bernard PL, Pocholle M, Herisson C. [Isokinetic strength measurement
and training of the shoulder : methodology and results]. Ann Readapt Med Phys.
2005;48(2):80-92.
[8] Kapandji IA. L’épaule. In : Physiologie, Articulaire, Tome, I. : Membre, Supérieur,
Edition, Maloine, 1997 : 10-79.
[9] Dufour M, Pillu M. L’épaule. Biomécanique Fonctionnelle. Masson: Paris; 2005.
p. 291-336.
[10] Kamina P. Précis d’anatomie clinique, Tome 1. Paris: Maloine; 2002.
[11] Dvir Z, Isokinetics of the shoulder muscles, in Isokinetics : Muscle Testing, Inter-
pretation, Clinical Applications, C., Livingstone, Editor. 2004 : Tel-Aviv Univ.,
Israel. p. 213-33.
[12] Dvir Z, Isokinetics  : 2nd edition ed. Muscle Testing, Interpretation, and Clinical
Applications, 2nd. Tel-Aviv Univ., Israel: Churchill Livingstone; 2004.
[13] Wilk KE, Arrigo CA, Davies G. Isokinetic Testing and Rehabilitation of Microtrau-
matic Shoulder Injuries. In: Davies G, editor. A compendium of isokinetics in clinical
usage and rehabilitation technique. Onalaska, W: S & S Publishers; 1992. p. 387-431.
[14] Edouard P, Samozino P, Julia M, Gleizes Cervera S, Vanbiervliet W, Calmels P,
Gremeaux V. Reliability of Isokinetic Assessment of Shoulder-Rotator Strength :
A Systematic Review of the Effect of Position. J Sport Rehabil 2011;20(3):367-83.
[15] Plotnikoff NA, MacIntyre DL. Test-retest reliability of glenohumeral internal
and external rotator strength. Clin J Sport Med 2002;12(6):367-72.
[16] Meeteren J, Roebroeck ME, Stam HJ. Test-retest reliability in isokinetic muscle
strength measurements of the shoulder. J Rehabil Med. 2002;34(2):91-5.
148 Guide d’isocinétisme

[17] Edouard P, Codine P, Samozino P, Bernard PL, Herisson C, Gremeaux V. Relia-


bility of shoulder rotators isokinetic strength imbalance measured using the
Biodex dynamometer. J Sci Med Sport 2013;16(2):162-165.
[18] Forthomme B, Dvir Z, Crielaard JM, Croisier JL. Isokinetic assessment of the
shoulder rotators: a study of optimal test position. Clin Physiol Funct Imaging.
2011;31:(227-232).
[19] Edouard P, Calmels P, Degache F. [Focus on the isokinetic assessment position of
the rotators muscle shoulder]. Sci Sports 2009;24:207-9.
[20] Davies G. A compendium of isokinetics in clinical usage and rehabilitation technique.
4th Edition Onalaska: S & S Publishers; 1992.
[21] Mandalidis DG, Florides P, O’Brien M. Scapular plane isokinetic shoulder evela-
tion : effect of shoulder and motor centers of rotation transient misalignment
on moment data. Isokinet Exerc Sci. 2001;9:91-9.
[22] Edouard P, Calmels P, Degache F. The effect of gravitational correction on shoul-
der internal and external rotation strength. Isokinet Exerc Sci. 2009;17(1):35-9.
[23] Lucas NP, Macaskill P, Irwig L, Bogduk N. The development of a quality appraisal tool
for studies of diagnostic reliability (QAREL). J Clin Epidemiol. 2010;63(8):854-861
[24] Leggin BG, Neuman RM, Iannotti JP, Williams GR, Thompson EC. Intrarater
and interrater reliability of three isometric dynamometers in assessing shoulder
strength. J Shoulder Elbow Surg. 1996;5(1):18-24.
[25] Dauty M, Delbrouck C, Huguet D, Rousseau B, Potiron-Josse M, Dubois C.
Reproductibility of concentric and eccentric isokinetic strength of the shoulder
rotators in normal subjects 40 to 55 years old. Isokinet Exerc Sci. 2003;11:95-100.
[26] Kramer JF, Ng LR. Static and dynamic strength of the shoulder rotators in healthy,
45- to 75-year-old men and women. J Orthop Sports Phys Ther. 1996;24(1):11-8.
[27] Edouard P, Frize N, Calmels P, Samozino P, Garet M, Degache F. Influence of
Rugby Practice on Shoulder Internal and External Rotators Strength. Int J Sports
Med. 2009;30:(863-867).
[28] Edouard P, Degache F, Oullion R, Plessis JY, Gleizes-Cervera S, Calmels P. Shoulder
strength imbalances as injury risk in handball. Int J Sports Med. 2013;34(7):654-60.
[29] Edouard P, Castells J, Calmels P, Roche F, Degache F. Cardiovascular and meta-
bolic responses during isokinetic shoulder rotators strength testing in healthy
subjects. Isokinet Exerc Sci. 2010;18:23-9.
[30] Edouard P, Damotte A, Lance G, Degache F, Calmels P. Static and dynamic shoul-
der stabilizer adaptations in javelin throwers: a preliminary study. Isokinet Exerc
Sci. 2013;21:47-55.
[31] Edouard P, Degache F, Beguin L, Samozino P, Gresta G, Fayolle-Minon I, Farizon
F, Calmels P. Rotator cuff strength in recurrent anterior shoulder instability. J
Bone Joint Surg Am. 2011;93(8):759-65.
[32] Ellenbecker TS, Davies GJ. The Application of Isokinetics in Testing and Rehabi-
litation of the Shoulder Complex. J Athl Train. 2000;35(3):338-50.
[33] Ivey Jr FM, Calhoun JH, Rusche K, Bierschenk J. Isokinetic testing of shoulder
strength : normal values. Arch Phys Med Rehabil. 1985;66(6):384-6.
[34] Kuhlman JR, Iannotti JP, Kelly MJ, Riegler FX, Gevaert ML, Ergin TM. Isokinetic
and isometric measurement of strength of external rotation and abduction of
the shoulder. J Bone Joint Surg Am. 1992;74(9):1320-33.
[35] Bak K, Magnusson SP. Shoulder strength and range of motion in symptomatic
and pain-free elite swimmers. Am J Sports Med. 1997;25(4):454-9.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à l’épaule 149

[36] Sapega AA. Muscle performance evaluation in orthopaedic practice. J Bone Joint
Surg Am. 1990;72(10):1562-74.
[37] Kannus P. Isokinetic evaluation of muscular performance : implications for mus-
cle testing and rehabilitation. Int J Sports Med. 1994;15(Suppl 1):S11-8.
[38] Davies G. . In: Davies G, editor. A Compendium of Isokinetics in Clinical Usage
and Rehabilitation Techniques. 4th Edition ed Onalaska, Wisconsin, USA: S & S
Publishers; 1992.
[39] Meister K. Injuries to the shoulder in the throwing athlete. Part one : Biome-
chanics/pathophysiology/classification of injury. Am J Sports Med. 2000;28(2):
265-75.
[40] Noffal GJ. Isokinetic eccentric-to-concentric strength ratios of the shoulder
rotator muscles in throwers and nonthrowers. Am J Sports Med. 2003;31(4):
537-41.
[41] Brown LP, Niehues SL, Harrah A, Yavorsky P, Hirshman HP. Upper extremity
range of motion and isokinetic strength of the internal and external shoulder
rotators in major league baseball players. Am J Sports Med. 1988;16(6):577-85.
[42] Mikesky AE, Edwards JE, Wigglesworth JK, Kunkel S. Eccentric and concentric
strength of the shoulder and arm musculature in collegiate baseball pitchers. Am
J Sports Med. 1995;23(5):638-42.
[43] Sirota SC, Malanga GA, Eischen JJ, Laskowski ER. An eccentric- and concentric-
strength profile of shoulder external and internal rotator muscles in professional
baseball pitchers. Am J Sports Med. 1997;25(1):59-64.
[44] Michael JW, Konig DP, Bertram C, Hessling U, Eysel P. [Isokinetic testing of the
shoulder of handball players]. Sportverletz Sportschaden. 2005;19(3):151-5.
[45] Andrade Mdos S, Fleury AM, de Lira CA, Dubas JP, da Silva AC. Profile of isoki-
netic eccentric-to-concentric strength ratios of shoulder rotator muscles in elite
female team handball players. J Sports Sci. 2010;28(7):743-9.
[46] Forthomme B, Crielaard JM, Forthomme L, Croisier JL. Field performance in
javelin throwers - Relationship with shoulder isokinetic data. Isokinet Exerc Sci.
2007;15(3):195-202.
[47] McMaster WC, Long SC, Caiozzo VJ. Shoulder torque changes in the swimming
athlete. Am J Sports Med. 1992;20(3):323-7.
[48] Gozlan G, Bensoussan L, Coudreuse JM, Fondarai J, Gremeaux V, Viton JM,
Delarque A. [Isokinetic dynamometer measurement of shoulder rotational
strength in healthy elite athletes (swimming, volley-ball, tennis): compari-
son between dominant and nondominant shoulder]. Ann Readapt Med Phys.
2006;49(1):8-15.
[49] Saccol MF, Gracitelli GC, da Silva RT, Laurino CF, Fleury AM, Andrade Mdos S, da
Silva AC. Shoulder functional ratio in elite junior tennis players. Phys Ther Sport.
2010;11(1):8-11.
[50] Croisier JL, Lhermerout C, Mommer R, Crielaard JM. Déséquilibres musculaires
de l’épaule chez le joueur de tennis. Une étude isocinétique. In: Simon L, Pelis-
sier J, Herisson C, editors. Progrès en Médecine Physique et de Réadaptation. Paris:
Masson; 1998. p. 27-32.
[51] Calmels P, Charmet Y, Charmet E, Oullion R. Analyse isocinétique de l’épaule
auprès d’une population de 36 enfants agés de 9 à 14 ans : rôle de la pratique du
tennis. In: Simon L, Pelissier J, Herisson C, editors. Progrès en Médecine Physique
et de Réadaptation. Paris: Masson; 1998. p. 33-42.
150 Guide d’isocinétisme

[52] Julienne R, Gauthier A, Moussay S, Davenne D. Isokinetic and electromyogra-


phic study of internal and external rotator muscles of tennis player. Isokinet
Exerc Sci. 2007;15:173-82.
[53] van Cingel R, Kleinrensink G, Stoeckart R, Aufdemkampe G, de Bie R, Kuipers
H. Strength values of shoulder internal and external rotators in elite volleyball
players. J Sport Rehabil. 2006;15:(3).
[54] Wang HK, Macfarlane A, Cochrane T. Isokinetic performance and shoulder
mobility in elite volleyball athletes from the United Kingdom. Br J Sports Med.
2000;34(1):39-43.
[55] Wang HK, Cochrane T. Mobility impairment, muscle imbalance, muscle weak-
ness, scapular asymmetry and shoulder injury in elite volleyball athletes. J Sports
Med Phys Fitness. 2001;41(3):403-10.
[56] Forthomme B, Wieczorek V, Frisch A, Crielaard JM, Croisier JL. Shoulder pain
among high-level volleyball players and preseason features. Med Sci Sports Exerc.
2013;45(10):1852-60.
[57] McMaster WC, Long SC, Caiozzo VJ. Isokinetic torque imbalances in the rotator
cuff of the elite water polo player. Am J Sports Med. 1991;19(1):72-5.
[58] Dauty M, Dominique H, Helena A, Charles D. [Evolution of the isokinetic torque
of shoulder rotators before and after 3 months of shoulder stabilization by the
Latarjet technique.]. Ann Readapt Med Phys 2007;50(4):201-8.
[59] Jan J, Benkalfate T, Rochcongar P. The impact of recurrent dislocation on shoul-
der rotator muscle balance (a prospective study of 102 male patients). Ann Phys
Rehabil Med. 2012;55(6):404-14.
[60] Tsai L, Wredmark T, Johansson C, Gibo K, Engstrom B, Tornqvist H. Shoulder
function in patients with unoperated anterior shoulder instability. Am J Sports
Med. 1991;19(5):469-73.
[61] Warner JJ, Micheli LJ, Arslanian LE, Kennedy J, Kennedy R. Patterns of flexibi-
lity, laxity, and strength in normal shoulders and shoulders with instability and
impingement. Am J Sports Med. 1990;18(4):366-75.
[62] Hiemstra LA, Sasyniuk TM, Mohtadi NG, Fick GH. Shoulder strength after open
versus arthroscopic stabilization. Am J Sports Med. 2008;36(5):861-7.
[63] Amako M, Imai T, Okamura K. Recovery of shoulder rotational muscle strength
after a combined Bankart and modified Bristow procedure. J Shoulder Elbow Surg.
2008;17(5):738-43.
[64] Forthomme B, Willems S, Hurlet S, Berger J, Houben G, Croisier J. Shoulder
isokinetic profile after Latarjet’s technique. Isokinet Exerc Sci. 2005;13:71-6.
[65] Edouard P, Beguin L, Degache F, Fayolle-Minon I, Farizon F, Calmels P. Recovery of
Rotators Strength After Latarjet Surgery Int J Sports Med. 2012;33(9):749-55
[66] Edouard P, Ribinik P, Calmels P, Dauty M, Genty M, Yelnik AP. Care pathways in
physical and rehabilitation medicine (PRM): the patient after shoulder stabiliza-
tion surgery. Ann Phys Rehabil Med. 2012;55(8):565-75.
[67] Oh JH, Yoon JP, Kim JY, Oh CH. Isokinetic muscle performance test can predict
the status of rotator cuff muscle. Clin Orthop Relat Res. 2010;468(6):1506-13.
[68] Itoi E, Minagawa H, Sato T, Sato K, Tabata S. Isokinetic strength after tears of the
supraspinatus tendon. J Bone Joint Surg Br 1997;79(1):77-82.
[69] Rokito AS, Zuckerman JD, Gallagher MA, Cuomo F. Strength after surgical repair
of the rotator cuff. J Shoulder Elbow Surg. 1996;5(1):12-7.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à l’épaule 151

Pour aller plus loin


Sur l’anatomie et la biomécanique de l’épaule :
Dufour M, Pillu M. L’épaule. Biomécanique Fonctionnelle. Masson: Paris; 2005. p. 291-
336.
Kapandji IA. L’épaule. In : Physiologie Articulaire. Tome I : Membre Supérieur. Édi-
tion Maloine 1997 :10-79.
Pour avoir des notions sur l’évaluation musculaire des fléchisseurs/extenseurs et
abducteurs/adducteurs, nous vous suggérons les lectures suivantes :
Davies G. . In: Davies G, editor. A Compendium of Isokinetics in Clinical Usage and
Rehabilitation Techniques. 4 th Édition Onalaska, Wisconsin, USA: S & S Publi-
shers; 1992.
Perrin DH. . In: Perrin DH, editor. Isokinetic Exercise and Assessment. Charlottesville,
Virginia: Human Kinetics; 1993.
Pour aller plus loin sur la reproductibilité de l’évaluation isocinétique des muscles
rotateurs de l’épaule :
Edouard P, Samozino P, Julia M, Gleizes Cervera S, Vanbiervliet W, Calmels P, et al.
Reliability of Isokinetic Assessment of Shoulder-Rotator Strength : A Systematic
Review of the Effect of Position. J Sport Rehabil 2011;20(3):367-83.
Pour aller plus loin sur les adaptations de la force isocinétique des muscles rotateurs
de l’épaule avec la pratique sportive :
Edouard P, Grémeaux V, Degache F, Gasq D, Calmels P. L’épaule du lanceur : Quel
équilibre musculaire pour une meilleure performance et la prévention des bles-
sures ? Science et Motricité 2014;85:45-52.
Pour aller plus loin sur l’intérêt de l’évaluation isocinétique des muscles rotateurs de
l’épaule avec l’instabilité chronique de l’épaule :
Edouard P, Degache F, Calmels P. Intérêts d’une évaluation musculaire isocinétique
des rotateurs de l’épaule dans le parcours de soins de l’épaule instable. Lett. Méd.
Phys. Réadapt 2013;29:85-9.
6 Évaluation musculaire
isocinétique appliquée
au rachis lombaire

Francis Degache

Résumé
L’évaluation isocinétique des muscles fléchisseurs et extenseurs du
rachis se fait en position debout, et demande une rigueur dans l’ins-
tallation du sujet et la méthodologie d’évaluation. L’alignement de
l’axe du dynamomètre se fait avec celui de l’axe de rotation du rachis
(en L5-S1). La variabilité des mesures est plus élevée dans le cadre
pathologique que chez les sujets sains, et semble aussi plus élevée
pour des vitesses élevées (120°/s). Cependant la reproductibilité
inter-test, ainsi que inter-observateur est satisfaisante. La force mus-
culaire des fléchisseurs et extenseurs du rachis varie en fonction des
contextes sportifs (augmentation) et pathologiques (diminution),
ces conditions pouvant notamment être la source de déséquilibre
agoniste/antagoniste (ratios fléchisseurs/extenseurs > 1). Cette éva-
luation présente donc un intérêt dans le bilan diagnostic et le suivi
des sportifs et des sujets pathologiques.

Mots clés : rachis ; muscles paravertébraux ; muscles abdominaux ;


évaluation musculaire ; muscles fléchisseurs et extenseurs du
rachis ; ratios fléchisseurs/extenseurs ; sports ; lombalgie chronique ;
scoliose ; prévention des blessures.

L’évaluation isocinétique de la force musculaire du rachis a débuté dans le


milieu sportif il y a environ 30 ans. Les muscles du rachis cervical et les muscles
rotateurs latéraux, fléchisseurs et extenseurs du rachis ont été évalués durant
de nombreuses années avec des modules isocinétiques différents. Actuelle-
ment, il n’est réalisé en pratique clinique que l’évaluation des muscles fléchis-
seurs et extenseurs du rachis dans des conditions sportives mais également
pathologiques. La musculature du rachis associée aux muscles sous-pelviens
est probablement l’une des plus puissantes du corps humain. Il est donc néces-
saire d’utiliser des outils d’évaluation à la fois résistants, fiables et adaptés.
Dans le contexte sportif, l’évaluation des muscles extenseurs et fléchisseurs du
rachis a un intérêt diagnostique mais également préventif. L’évaluation dans
le cadre de certaines pathologies, comme la lombalgie chronique, a un intérêt
dans le bilan diagnostic et dans le suivi thérapeutique et rééducatif.

Guide d’isocinétisme
© 2016 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
154 Guide d’isocinétisme

Rappels d’anatomie et de biomécanique


fonctionnelle du rachis
La musculature du tronc peut être divisée en deux systèmes complémen-
taires ayant comme objectif principal d’assurer la stabilité et la mobilité du
rachis [1,2] :
• le système local ;
• le système global.
Le système local est composé de muscles abdominaux et vertébraux
profonds, qui veillent à maintenir la stabilité et la rigidité du rachis, afin
de réduire les contraintes sur les différentes structures de stabilité passive
(disques intervertébraux, structures capsulo-ligamentaires, os) [1,2]. Ce
sont le muscle transverse de l’abdomen, les muscles obliques internes et
les multifides. Ils participent à préserver l’équilibre du rachis lors de la pos-
ture érigée, en contrebalançant les faibles oscillations du tronc près de la
position neutre [2]. Ils assurent aussi la juste approximation des surfaces
articulaires des vertèbres par une activation anticipatrice lors des mouve-
ments du rachis, même de faible amplitude [2].
Le système global est formé de longs muscles superficiels assurant les
mouvements grossiers du tronc et l’équilibre global du rachis face aux
contraintes externes importantes [3]. Cette fonction est réalisée par les
muscles droits de l’abdomen, les muscles érecteurs du rachis et les muscles
obliques externes, pour ne nommer que les principaux [1]. Ils participent
à l’action agoniste/antagoniste lors des mouvements du tronc. Ainsi, en
position érigée, la flexion du tronc contre gravité s’effectue par une contrac-
tion excentrique des muscles érecteurs du rachis, contrôlée par une acti-
vation antagoniste des droits de l’abdomen ; les rôles sont inversés lors de
l’extension [2].
Dans les faits, lors de toute situation statique ou dynamique, ces deux
groupes musculaires (extenseurs et fléchisseurs) travaillent en constante
synergie afin d’assurer la posture axiale, d’anticiper les soudaines contraintes
de poids ou de variations de vitesse du corps, ou de maintenir la stabilité du
tronc lors de situations fortuites de déséquilibre [4].

Méthodologie d’évaluation isocinétique


appliquée au rachis

Préambule à l’évaluation musculaire isocinétique appliquée


au rachis
Comme avant toute évaluation musculaire isocinétique maximale, nous
vous conseillons fortement la réalisation d’une visite médicale pour vérifier
ou déterminer l’indication de l’évaluation, établir un bilan de la structure
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au rachis lombaire 155

anatomique qui va être évaluée, et éliminer une contre-indication à la réa-


lisation de l’évaluation. Il est important, avant de faire réaliser un exercice
maximal au sujet, de s’assurer que la structure et le sujet peuvent réaliser et
subir un effort maximal.
Dans le cadre spécifique de l’évaluation appliquée au rachis, il est impor-
tant de vérifier qu’il n’existe pas de pathologie aiguë et/ou qui risquerait
de décompenser lors de l’exercice maximal, au niveau du rachis et/ou des
groupes musculaires mis en jeu lors de l’évaluation (extenseurs et fléchis-
seurs du rachis).

Échauffement
L’échauffement est une condition importante à prendre en compte avant
une évaluation musculaire isocinétique du rachis, d’autant plus que cette
évaluation sollicite une masse musculaire importante. Il convient donc
d’échauffer à la fois les masses musculaires qui seront mises en jeu durant
l’exercice isocinétique, mais également la fonction cardio-respiratoire. Pour
ce faire, plusieurs modalités d’échauffement sont utilisées sans pour autant
qu’il n’existe de consensus à ce jour et à notre connaissance.
La littérature scientifique ne rapporte pas d’études spécifiquement sur
ce sujet, cependant il est très souvent proposé un échauffement sur cyclo­
ergomètre (bicyclette ergométrique) pendant 10 min avec une fréquence de
pédalage de 60 rotation/min, et la résistance est adaptée en fonction de la
population : environ 1 Watt/kg de poids chez le sujet faiblement entraîné,
et jusqu’à 2 Watts/kg de poids chez le sujet très entraîné. L’objectif de ce
type d’échauffement est clairement d’augmenter la fréquence cardiaque
aux alentours des 60 % de la fréquence cardiaque maximale théorique.
Un autre type d’échauffement est également à privilégier, celui des mus-
cles qui seront sollicités à un niveau maximal durant l’évaluation. Cela
consiste à un échauffement spécifique en mode isocinétique, qui corres-
pond aussi à une familiarisation à ce mode de contraction. Pour ce faire,
il est recommandé de faire réaliser au sujet, sur le dynamomètre en mode
isocinétique, des mouvements de flexion/extension du rachis, aux diffé-
rentes vitesses angulaires et modes de contraction qui seront utilisés durant
l’évaluation maximale, mais à intensité sous-maximale. Par exemple,
si l’évaluation est composée des 3  vitesses angulaires suivantes  : 60°/s et
120°/s en mode concentrique et 30°/s en mode excentrique, l’échauffement
spécifique isocinétique sera le suivant  : 10  répétitions à 60°/s suivi d’un
temps de récupération passif d’environ 1-2 min, puis 10 répétitions à 120°/s
suivi d’un temps de récupération passif d’environ 1-2 min, et enfin entre 5
et 10 répétitions à 30°/s en mode excentrique. L’intensité des contractions
doit rester sous-maximale même s’il est possible de demander au sujet de
finir la série par 2 ou 3 contractions musculaires maximales. Cet échauffe-
ment à pour but de mettre en action les muscles extenseurs et fléchisseurs du
156 Guide d’isocinétisme

rachis, mais également de faire découvrir l’évaluation isocinétique au sujet


(familiarisation/habituation aux vitesses angulaires, modes de contractions,
temps de repos, mouvements).

Installation
Position
Parmi l’ensemble des paramètres à respecter pour l’installation du sujet
dans le module « rachis » du dynamomètre isocinétique, la position et la
stabilisation de ce dernier occupe une place centrale.
Plusieurs constructeurs proposent actuellement des systèmes permettant
les mouvements guidés de flexion/extension de la région lombo-pelvienne.
Nous ne parlerons dans ce chapitre que de la position debout (figure 6.1),
offerte par des dynamomètres de marque Lido, Cybex et Con-Trex®,
qui offre plus d’avantages concernant la position, le recrutement mus-
culaire et le débattement articulaire (tableau  6.1). Les avantages de la
position debout pour l’évaluation isocinétique du rachis sont décrits dans
l’encadré 6.1.
La position debout dans le module rachis d’un dynamomètre isociné-
tique, quel que soit le modèle, nécessite une position des genoux en légère
flexion de 20° (figure 6.2) utilisant une bascule du bassin vers l’avant. Le
sacrum s’appuie sur un petit coussin postérieur.

Figure 6.1. Installation pour l’évaluation musculaire isocinétique appliquée au rachis


vue de face, sur un dynamomètre de type Con-Trex®.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au rachis lombaire 157

Tableau 6.1. Type de dynamomètre isocinétique et position du sujet


pour l’évaluation du rachis.
Dynamomètres Position
Cybex TEF ou Norm Debout
Cybex Torso Assis
Cybex Liftask Debout
Cybex 6 000 accessoire TEF Debout
Lido active, Loredan « Assis-debout » – bassin sanglé, mains croisées sur la
butée de poussée
Biodex « Assis-allongé »
Con-Trex® Debout

Encadré 6.1

Principaux avantages de la position debout en chaîne


cinétique fermée
j une position très fonctionnelle : la position debout renseigne d’avantage
sur le retentissement d’une pathologie sur la fonction musculo-articulaire
lombo-pelvienne ;
j l’analyse du recrutement global de toute la chaîne musculaire associant

les membres inférieurs, le pelvis et le rachis est prépondérante ;


j le débattement articulaire  est plus important en position debout qu’en

position assise ou semi-assise car le mouvement associe la région lombaire et


le pelvis. La mesure isocinétique sur un grand débattement articulaire semble
donner plus d’informations sur les capacités neuromusculaires du sujet.

Figure 6.2. Position des genoux lors de l’installation pour l’évaluation musculaire
isocinétique appliquée au rachis sur un dynamomètre de type Con-Trex®.
158 Guide d’isocinétisme

Figure 6.3. Alignement de l’axe de rotation biologique (articulation L5-S1) et de


l’axe de rotation du dynamomètre, et sangle antérieure croisant les deux articulations
coxo-fémorales pour fixer et stabiliser le bassin lors de l’installation pour l’évaluation
musculaire isocinétique appliquée au rachis sur un dynamomètre de type Con-Trex®.

Le pelvis est fixé par une sangle antérieure croisant les deux articulations
coxo-fémorales (figure 6.3).
Il existe plusieurs systèmes d’appui du module «  rachis  ». En partant
du haut du module, nous retrouvons une barre dorsale postérieure située
au niveau des angles supéro-internes des scapulas (figure 6.4). Cette barre

Figure 6.4. Stabilisation de la partie supérieure du tronc et position des mains lors
de l’installation pour l’évaluation musculaire isocinétique appliquée au rachis
sur un dynamomètre de type Con-Trex®.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au rachis lombaire 159

Figure 6.5. Position des pieds lors de l’installation pour l’évaluation musculaire
isocinétique appliquée au rachis sur un dynamomètre de type Con-Trex®.

est solidaire du dynamomètre et est reliée à une barre sternale antérieure


sur laquelle se trouvent des poignées que le sujet peut agripper durant
les mouvements de flexion/extension du rachis. Ces appuis antérieurs et
postérieurs sont en contact direct avec le tronc et permettent de guider
le mouvement de flexion/extension du rachis. Les pieds sont installés
dans des «  sabots  » limitant les mouvements latéraux et antéroposté-
rieurs (figure 6.5)
Axe et plan de mouvement
Les mouvements d’extension et de flexion du rachis lors d’une évaluation
isocinétique impliquent un grand nombre d’articulations incluant l’arti-
culation lombo-sacrée, les articulations inter-vertébrales, ainsi que poten-
tiellement l’articulation de la hanche. Par conséquent l’alignement de l’axe
biologique (axe de rotation du rachis) et l’axe mécanique du dynamomètre
n’est pas si simple à réaliser, voire plus difficile que pour d’autres articula-
tions tel que le genou ou l’épaule. Ainsi, il a été proposé un alignement de
l’axe de rotation du dynamomètre avec l’axe de rotation de l’articulation
lombo-sacrée L5-S1 (figure 6.3) [5]. Ceci a probablement été défini car cet
axe est plus facile à déterminer.
Les mouvements de flexion/extension du rachis s’effectuent dans un plan
sagittal.

Choix des amplitudes articulaires


L’amplitude articulaire est un point important dans le mode de contraction
isocinétique, car ce paramètre influence de façon significative les résultats
des évaluations (voir chapitre 3).
160 Guide d’isocinétisme

La position de départ lors d’une évaluation correspond à la position


naturelle érigée de la personne (sans douleur) en respectant les courbures
vertébrales. Le mouvement complet correspond à une antéflexion du tronc
et du pelvis (flexion) suivie d’un redressement complet (extension) jusqu’à
la position de départ.
Dans un contexte non pathologique, l’amplitude totale du mouvement
est d’au minimum de 75°. Dans le contexte d’une pathologie, cette ampli-
tude articulaire sera adaptée en fonction du patient, de ses douleurs et de
ses appréhensions. Cependant, il faut toujours garder à l’esprit, que pour
pouvoir comparer les valeurs d’évaluations isocinétiques, il faut que les
amplitudes articulaires soient identiques.

Choix du mode de contraction, des vitesses


angulaires et du nombre de répétitions
Le choix du mode de contraction est important lors d’une évaluation isociné-
tique des extenseurs et fléchisseurs du rachis. La plupart des dynamomètres
isocinétiques propose un mode de contraction concentrique et excentrique ;
à noter que le mode isométrique est aussi proposé mais rarement utilisé.
En mode concentrique des vitesses de 30°/s à 120°/s sont proposées par la
plupart des auteurs. Au-delà de cette vitesse la reproductibilité des mesures
commence à être sujette à caution [6]. Par ailleurs, Smith et al. [7] ont mon-
tré que la vitesse fonctionnelle pour le rachis lombaire en flexion/exten-
sion dans les mouvements habituels de la vie quotidienne était de 120°/s
environ. Ainsi, à la lumière de ces deux remarques, il semble peu conseillé
d’utiliser des vitesses angulaires au-delà de 120°/s.
En mode de contraction excentrique des vitesses un peu plus lentes sem-
blent préférables (30°/s, par exemple). Il faut cependant utiliser ce mode
de contraction avec beaucoup de précautions compte tenu des contraintes
musculaires et tissulaires que ce mode de contraction engendre. Ainsi, il
convient d’expliquer très clairement au sujet la manière dont le mouve-
ment va être réalisé, et qu’il maîtrise bien le mouvement et ce mode de
contraction avant la réalisation d’une évaluation maximale [8].
Lors de la réalisation de mesures de la force maximale, aussi bien en
concentrique qu’en excentrique, il est conseillé d’utiliser un faible nombre
de répétitions (maximum  4) car l’amplitude articulaire étant importante,
il se produirait une fatigue musculaire prématurée empêchant l’expression
maximale de la force musculaire. Il convient cependant de faire réaliser
un plus grand nombre de répétitions lors de la phase de familiarisation
(entre 10 et 15) en condition sous-maximale.
Pour l’évaluation de la résistance à la fatigue, il faudra privilégier une
vitesse élevée (120°/s) avec un nombre de répétitions suffisamment impor-
tant (20 répétitions) (voir chapitre 11). Cependant, ces évaluations ne sont
que peu réalisées pour les muscles fléchisseurs et extenseurs du rachis.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au rachis lombaire 161

Correction de gravité
Pour les mouvements effectués dans un plan vertical, l’effet de la pesanteur
se traduit par un effet négatif sur les extenseurs, et par un effet positif sur
les fléchisseurs [9].
Cette influence de la gravité sur la force musculaire mesurée affecte
tous les modes de contraction musculaire  : concentrique, excentrique et
isométrique. Cette influence est d’autant plus importante que le segment
de membre est lourd (obèse, grand segment de membre). Elle varie aussi
avec la vitesse angulaire, les capacités du sujet (faible ou fort, sexe, atteinte
motrice) et le groupe musculaire considéré [10].
La correction de la gravité est donc un paramètre à prendre en compte
dans le cadre de l’évaluation musculaire isocinétique appliquée au rachis,
puisqu’elle a une influence sur les valeurs mesurées, et modifie notam-
ment les ratios fléchisseurs/extenseurs : la force des muscles fléchisseurs
est sur-estimée et celle des muscles extenseurs sous-estimée lorsque le
poids du corps et du tronc n’a pas été pris en compte [10]. Il convient
donc de prendre en considération la correction de gravité à chaque
mesure isocinétique de la force musculaire maximale des fléchisseurs et
extenseurs du rachis.

Fiche 6.1
Proposition de méthodologie d’évaluation isocinétique
des muscles fléchisseurs et extenseurs du rachis
• Préambule  : indication, état de la structure à évaluer, contre-indication à
l’exercice maximal.
• Échauffement : cycloergomètre (1 W/kg sujet sédentaire, 2 W/kg sujet très
entraîné).
• Position  : debout, alignement axe dynamomètre et axe articulaire lombo-
sacrée L5-S1, sanglage du tronc partie haute et bassin, stabilisation des genoux,
maintien des poignées
• Amplitude : 75°, voire moins chez le sujet pathologique.
• Correction de gravité : à prendre en compte.
• Récupération entre les séries : 60 s.
• Échauffement spécifique isocinétique : 10 répétitions sous-maximales concen-
triques à 60°/s, 10  répétitions sous-maximales concentriques à 120°/s, puis
5-10 répétitions sous-maximales excentriques à 30°/s.
• Évaluation maximale : 3 répétitions maximales concentriques à 60°/s.
• Évaluation maximale : 3 répétitions maximales concentriques à 120°/s.
• Évaluation maximale : 3 répétitions maximales excentriques à 30°/s.
• Évaluation maximale : si épreuve de fatigue à faire après toutes les évalua-
tions maximales
162 Guide d’isocinétisme

Vidéo 6.1. Vidéo de l’installation et de l’évaluation des fléchisseurs et extenseurs du


rachis sur dynamomètre de type Con-Trex®.

Reproductibilité
Dans le cadre de l’évaluation isocinétique des muscles fléchisseurs et extenseurs
du rachis, pour évaluer la reproductibilité, la plupart des auteurs ont utilisé le
coefficient de corrélation intraclasse (ICC) et non le coefficient de variation.
On considère que la reproductibilité est bonne lorsque le coefficient de corréla-
tion intraclasse est supérieur à 0,80 et faible lorsqu’il est inférieur à 0,69 [11-13].
Les résultats de la littérature font état d’une bonne reproductibilité et
cliniquement satisfaisante au cours de mesures répétées le plus souvent
supérieure à  0,80  (tableau  6.2), ainsi qu’entre différents examinateurs
(tableau 6.3). En revanche, on retrouve une grande variabilité et une repro-
ductibilité faible entre les dynamomètres (tableau 6.4).

Tableau 6.2. Reproductibilité relative (ICC) inter-évaluation des muscles


fléchisseurs et extenseurs du rachis en mode concentrique.
Auteurs Nombre Type de Coefficient de corrélation
de sujets dynamomètre intraclasse
Estlander et al. [14] 20 Digitest OY, SF-40950 0,87 - 0,96
Muurame
Hupli et al. [15] 60 LidoBack 0,80 - 0,84
0,84 - 0,89 (sujets lombalgiques)
Newton et al. [6] 41 Cybex II 0,85 - 0,98
0,97 - 0,98 (sujets lombalgiques)
Rissanen et al.[16] 20 Cybex 0,54 - 0,96
Guilhem et al.[17] 15 Con-Trex®
Extenseurs :
– Conc. 60°/s 0,87
– Conc. 120°/s 0,88
– Exc. 60°/s 0,94
Fléchisseurs :
– Conc. 60°/s 0,94
– Conc. 120°/s 0,93
– Exc. 60°/s 0,94
Conc. : concentrique ; Exc. : excentrique.

Tableau 6.3. Reproductibilité relative (ICC) inter-examinateur des muscles


fléchisseurs et extenseurs du rachis en mode concentrique.
Auteurs Nombre Type de Coefficient de corrélation
de sujets dynamomètre intraclasse
Rissanen et al. [16] 20 Cybex 0,85 - 0,95
Newton et al.[6] 41 Cybex II 0,90 - 0,98
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au rachis lombaire 163

Tableau 6.4. Reproductibilité relative (ICC) inter-dynamomètres


des muscles fléchisseurs et extenseurs du rachis en mode concentrique.
Auteurs Nombre de sujets Coefficient de corrélation intraclasse
Hupli et al. [15] 41 0,47 - 0,67

Valeurs normatives et interprétation


Valeurs normatives
Les résultats des évaluations musculaires isocinétiques des muscles fléchis-
seurs et extenseurs du rachis sont dépendants du type de dynamomètre
utilisé [15] (ceci est également vrai pour les autres articulations).
En termes de résultats quantitatifs de sujets sédentaires, en mode concen-
trique, nous retrouvons physiologiquement systématiquement des valeurs
de moment de force maximum, de puissance et de travail supérieur chez
les hommes par rapport aux femmes. Nous retrouvons également sys-
tématiquement des valeurs de force musculaire des extenseurs supérieures à
celle des fléchisseurs. Il faut également noter que chez l’adulte entre 20 ans
et 55 ans, l’âge ne semble pas être un facteur influençant la performance
isocinétique [6].
Notons qu’en ce qui concerne le mode excentrique, il est retrouvé une supé-
riorité de 30 % des valeurs de moment de force maximum, puissance et travail
pour les muscles lombo-pelviens par rapport au mode concentrique [8].
Les ratios fléchisseurs/extenseurs du rachis varient avec la vitesse angulaire
mais sont très différents si la correction active de gravité est prise en compte
ou non. Si elle est prise en compte, on retrouvera des ratios de 0,50 et au-
delà (en fonction de la vitesse angulaire). Si elle n’est pas prise en compte, les
ratios peuvent varier entre 0,64 et 0,72 en fonction de la vitesse angulaire.
Pour la puissance, les ratios s’étendent de 0,70 à 0,77 toujours en fonction
des vitesses angulaires.

Ratio fléchisseurs/extenseurs physiologique ≥ 0,50.

À titre informatif, des valeurs normatives du moment de force maximum


des muscles fléchisseurs et extenseurs et du ratio fléchisseurs/extenseurs
sont rapportées dans le tableau 6.5.

Interprétation d’une évaluation musculaire


isocinétique appliquée au rachis
Contrairement aux autres articulations du corps mettant en jeu deux côtés
(genoux, épaules, chevilles…), pour lesquels il est possible de comparer les
164 Guide d’isocinétisme

Tableau 6.5. Valeurs normatives du moment de force maximum


des muscles fléchisseurs et extenseurs du rachis en mode concentrique
et excentrique.
Auteurs Nombre Type de dynamomètre Fléchisseurs Extenseurs Ratio fléchisseurs/
de sujets et vitesses angulaires extenseurs
Ripamonti 9 Biodex (conc.)
et al.[18]* 120°/s 1,9 ± 0,2 3,3 ± 1,1 0,57 ± 0,02
105°/s 2,3 ± 0,5 4,3 ± 1,0 0,53 ± 0,04
90°/s 2,4 ± 0,5 4,6 ± 0,9 0,52 ± 0,05
75°/s 2,5 ± 0,5 4,7 ± 0,8 0,53 ± 0,07
60°/s 2,6 ± 0,5 4,8 ± 0,7 0,54 ± 0,07
45°/s 2,8 ± 0,6 4,6 ± 0,7 0,60 ± 0,08
Guilhem 15 Con-Trex®
et al.[17] Conc. 60°/s 154 ± 37 273 ± 63 0,56 ± 0,06
Conc. 120°/s 162 ± 42 253 ± 56 0,64 ± 0,07
Exc. 60°/s 184 ± 38 319 ± 71 0,58 ± 0,05
Conc. : concentrique ; Exc. : excentrique.
* Les valeurs de moment de force maximum sont normalisées par le poids de corps.

résultats de la force musculaire entre le côté dominant et non-dominant,


les données uniques du rachis imposent l’utilisation d’une base de données
de comparaison. Il convient alors de comparer les valeurs obtenues lors
d’une évaluation avec des valeurs normatives existantes dans la littéra-
ture (encadré 6.2 et tableau 6.5). Il faut cependant être vigilant au fait que
pour comparer des valeurs entre elles, les conditions de réalisations doivent
être rigoureusement identiques : même dynamomètre isocinétique, même
positionnement sur le dynamomètre, mêmes vitesses angulaires…
Comme dans toute interprétation de valeurs isocinétiques, il faut se baser
sur les valeurs chiffrées obtenues (analyse quantitative), mais également sur
les courbes (analyse qualitative). L’analyse des courbes fournit une approche
visuelle du développement de la force des muscles du rachis et du pelvis
tout au long du mouvement. Les courbes d’extension et de flexion sont
pratiquement rectangulaires (figure 6.6). Le temps d’installation du plateau

Encadré 6.2

Interprétation des valeurs isocinétiques


j Évaluation maximale ?
j Moment de force maximum : par rapport à des valeurs de référence ? par
rapport à des valeurs normatives ? par rapport au poids de corps ?
j Ratio fléchisseurs/extenseurs : ratios concentrique ≥ 0,50 ? par rapport à

des valeurs de référence ?


Évaluation musculaire isocinétique appliquée au rachis lombaire 165

Figure 6.6. Courbe isocinétique type d’une évaluation maximale isocinétique


appliquée aux muscles fléchisseurs et extenseurs du rachis à 60°/s sur dynamomètre
isocinétique de type Con-Trex.

au début du mouvement (de flexion et aussi d’extension) est quasiment ins-


tantané, et il est fréquent d’observer à cet instant un pic d’amortissement
du mouvement par le système mécanique. Ce pic ne sera de toute façon
pas pris en compte dans le calcul du moment de force maximum puisqu’il
est considéré comme un artefact. Lors de l’extension, la première partie
de la courbe correspond au recrutement immédiat des muscles postérieurs
sous-pelviens qui sont ensuite relayés par les muscles extenseurs dorso-lom-
baires. L’aspect rectangulaire est peu modifié entre les évaluations à vitesses
lentes (30°/s, 60°/s) et les évaluations à vitesses rapides (90°/s, 120°/s). Sur
un faible nombre de répétitions (5 à  6), le recrutement est parfaitement
identique.
La hauteur du plateau de la flexion est toujours inférieure à celle du pla-
teau de l’extension ce qui montre une supériorité des extenseurs par rapport
aux fléchisseurs.

Interprétation des résultats par comparaison à des données normatives.

Force isocinétique des muscles fléchisseurs


et extenseurs du rachis et conditions sportives
Dans un contexte sportif, la force maximale des groupes musculaires du
rachis est très nettement différente de celle du sédentaire et également
dépendante de la spécificité sportive. Ces résultats sont d’autant plus pro-
bants lorsque l’on exprime cette force nette en fonction du poids corporel.
166 Guide d’isocinétisme

Tableau 6.6. Valeurs du moment de force maximum des muscles extenseurs


et fléchisseurs du rachis (exprimée en Nm) dans quatre types de populations.
120°/s 90°/s 60°/s 30°/s
Ext. Fléch. Ext. Fléch. Ext. Fléch. Ext. Fléch.
Sédentaires 291 216 360 244 384 252 388 236
Loisir 346 292 452 315 479 322 497 339
Musculation 491 324 564 365 479 379 611 381
Sprinteurs 610 348 636 395 652 417 680 389
Ext : extenseurs ; Fléch. : fléchisseurs.

Le tableau  6.6 transcrit des résultats de la force musculaire pour les


extenseurs et les fléchisseurs du rachis dans quatre types de populations
différentes, à savoir des sujets sédentaires, des sujets pratiquant un sport en
loisir, des sujets pratiquant la musculation, et enfin des sujets spécialistes du
sprint (100 m en athlétisme). Les mesures ont été faites à l’aide d’un dyna-
momètre isocinétique de type Biodex II à 4 vitesses angulaires différentes
(120°/s, 90°/s, 60°/s et 30°/s).
Les résultats du tableau montrent d’une part que les valeurs du moment
de force maximum augmentent avec la diminution de la vitesse, en res-
pectant ainsi la relation force-vitesse. Ils montrent également que les
valeurs de moment de force maximum augmentent avec le niveau sportif.
On observe également des différences plus marquées entre les groupes
« sédentaires/loisir » et les groupes « musculation/sprinteurs » de manière
générale. Ces deux derniers groupes ne se différencient que pour la vitesse
de 120°/s.
Plus spécifiquement, on observe un gain de 30 % pour les extenseurs et de
15 % pour les fléchisseurs entre les vitesses de 120°/s et 30°/s pour le groupe
loisir, alors que pour le groupe « sprinteur » ce gain n’est que de 10 % pour
les extenseurs et de 17 % pour les fléchisseurs.
Ces résultats montrent que les sujets sportifs ont une meilleure capacité
d’adaptation à produire une force musculaire à vitesse élevée. Il semble
donc clairement exister un effet de la spécificité de la pratique sportive.
Le groupe « sédentaires » est nettement démarqué des autres groupes par
des extenseurs et des fléchisseurs plus faibles. Le groupe « musculation » se
différencie du groupe « loisir » par des extenseurs du rachis plus forts sur-
tout à vitesse rapide, tandis que la différence sur les fléchisseurs est moins
marquée. Cela vient sans doute du type d’entraînement pratiqué (augmen-
tation du nombre de fibres rapides). Pour le groupe «  sprinteurs  », nous
pouvons faire la même interprétation.
À la lumière de ces résultats, nous suggérons donc d’adapter les métho-
dologies d’évaluation isocinétique de la force musculaire des extenseurs et
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au rachis lombaire 167

fléchisseurs du rachis en fonction de la discipline sportive, tout en gardant


à l’esprit que pour comparer les données, il faut toujours utiliser la même
méthodologie.

Force isocinétique des fléchisseurs


et extenseurs du rachis et conditions
pathologiques
Pathologies liées à la pratique sportive
La spécificité technique de certains sports et le niveau de pratique de plus en
plus élevé des compétiteurs expose le rachis à des risques traumatiques ou
micro-traumatiques croissants. Par ailleurs, l’augmentation de la moyenne
d’âge des sportifs pose le problème plus général de la tolérance rachidienne
de l’activité physique en raison d’une fragilité acquise liée à la dégénéres-
cence physiologique.
Dans le cadre de pathologies dues à la pratique de certaines disciplines
sportives, il semble important de respecter certaines règles pour que la
réalisation de l’évaluation musculaire isocinétique appliquée au rachis soit
fiable :
• assurer une installation des plus rigoureuses sans compensation possible
tout en assurant le maximum de stabilisation ;
• respecter une amplitude articulaire suffisamment importante mais sans
pour autant aller dans les secteurs angulaires douloureux ;
• offrir au patient un temps suffisamment long d’échauffement, mais sur-
tout de familiarisation.
Quelles que soient les pathologies, l’évaluation musculaire isocinétique
doit couvrir un large spectre de vitesses angulaires apportant une photogra-
phie suffisante du retentissement de la pathologie sur la fonction muscu-
laire. Les évaluations réalisées chez les sujets sains permettent d’établir une
base de données servant de références apportant des éléments normatifs
et comparatifs. En effet, les données des sujets sains permettront donc de
quantifier certains déficits. Mais attention tout de même car pour pouvoir
comparer deux groupes de sujets entre eux, il faut que les méthodologies
d’évaluation des muscles fléchisseurs et extenseurs du rachis soient rigou-
reusement identiques d’autant plus que si le paramètre à comparer est le
travail total (exprimé en joules), il faudra alors s’assurer que les amplitudes
articulaires soient également identiques.
Dans certaines pathologies liées au sport, les contre-indications à l’éva-
luation isocinétique rachidienne sont celles habituellement décrites en
pathologies vertébrales (pathologie inflammatoire, délai minimum de
cicatrisation et/ou de consolidation osseuse…). Il convient cependant de
s’adapter à ces recommandations théoriques, en particulier sur le plan de
168 Guide d’isocinétisme

la douleur et de la remobilisation articulaire, pour réaliser les évaluations


isocinétiques (encadré 3.2).
Quelles que soient les pathologies, l’évaluation musculaire isocinétique
doit couvrir un large spectre de vitesses angulaires apportant une photogra-
phie suffisante du retentissement de la pathologie sur la fonction muscu-
laire. Il convient toutefois d’adapter les protocoles d’évaluation en fonction
de la sévérité pathologique.
Si nous prenons par exemple une pathologie retrouvée dans le domaine
sportif qui est la hernie discale. Après chirurgie, le retentissement sur la
fonction musculaire est net. Le déficit affecte plus particulièrement les mus-
cles extenseurs lombo-pelviens.
Un autre exemple pourrait être le syndrome de pubalgie chronique.
L’évaluation isocinétique met en évidence des perturbations liées à la dou-
leur, l’inhibition, la coordination et le déconditionnement. Après 2  mois
d’évolution, les ratio fléchisseurs/extenseurs sont conservés mais une pente
d’établissement du moment de force des muscles fléchisseurs progres-
sivement ascendante (au lieu d’être rapidement verticale et en plateau) est
observée. Mais le recrutement des muscles extenseurs est moins important
que prévu puisqu’inférieur ou égal à celui des muscles fléchisseurs, révélant
à ce stade, une atteinte de toute la chaîne biomécanique lombo-pelvienne.
Les évaluations isocinétiques réalisées chez les sujets sains apportent un
élément normatif et comparatif. Compte tenu du niveau de la performance
physique exigée dans les disciplines sportives actuelles, il faut bien entendu
relativiser les comparaisons entre des groupes de sujets sains sédentaires
avec les sujets sportifs. Une solution pourrait être de constituer des cohortes
de sujets par spécialités sportives.

La lombalgie
Notions sur la lombalgie
La lombalgie commune est une douleur localisée au rachis lombaire, qui
peut évoluer sur un mode aigu (durée inférieure à 4  semaines), subaiguë
(durée entre  4 et 12  semaines) ou chronique (durée supérieure à 3  mois)
[19]. C’est une pathologie fréquente avec une prévalence cumulée de 70 %
et un passage à la chronicité de 8  %, en France [19]. Ainsi, la lombalgie
chronique représente un enjeu de santé publique par le retentissement
humain, social, professionnel et financier qu’elle engendre [19].
Parmi les éléments entrant dans le tableau clinique de la lombalgie
chronique, il existe un déconditionnement global à l’effort des patients,
et notamment un déficit de la force musculaire des extenseurs et fléchis-
seurs du rachis. Ce déconditionnement est la conséquence d’une somme
de facteurs agissant sur la personne  : douleur, immobilité (liée à la dou-
leur), inactivité, lésions des tissus mous, perte de la flexibilité, et perte des
capacités musculaires [20]. Il se traduit le plus souvent par une diminution
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au rachis lombaire 169

de la participation aux activités de la vie quotidienne, principalement liée


à cette douleur permanente ou déclenchée par le mouvement, entraînant
une perte de la force musculaire, qui entretient le cercle vicieux du décondi-
tionnement physique. Ce syndrome que la lombalgie chronique engendre,
provoque un déconditionnement à l’effort qui entraîne une diminution des
capacités physiques initiales.
Le déconditionnement lié à la lombalgie chronique touche principale-
ment les muscles du rachis, notamment les muscles abdominaux et para-
vertébraux. Ainsi, l’évaluation de la force et de l’endurance musculaire des
muscles extenseurs et fléchisseurs du rachis (tronc) constitue un élément
de l’évaluation clinique du patient lombalgique. Cela peut se faire lors
d’une évaluation isométrique [21], mais aussi lors d’une évaluation isoci-
nétique [22].

Particularités de l’évaluation isocinétique


dans la lombalgie chronique
L’utilisation de dynamomètre isocinétique dans l’évaluation des patients
lombalgiques offre l’opportunité de réaliser dans des conditions standardi-
sées, une observation et une évaluation musculaire objective, pertinente et
quantitative des capacités de force des muscles du rachis.
La résistance variable et adaptée à la force développée offre l’avantage
d’une évaluation dans de bonnes conditions de sécurité pour les patients
souffrant de pathologies du rachis, et en particulier par rapport à leurs dou-
leurs et leur appréhension. La résistance du dynamomètre est proportion-
nelle aux différentes capacités musculaires pour chaque angle, car la force
musculaire n’est pas la même selon l’amplitude angulaire choisie.
La vitesse du mouvement peut être modifiée pour s’adapter aux capacités
du patient.

Force musculaire isocinétique et lombalgie chronique


Il a été mis en évidence des déficits spécifiques de la force des muscles flé-
chisseurs et extenseurs du rachis chez les lombalgiques chroniques lors
d’évaluations isocinétiques [23]. Il est actuellement admis que le ratio flé-
chisseurs/extenseurs est supérieur à 1 ; cela signe donc un déficit de force
des muscles extenseurs par rapport aux muscles fléchisseurs.
Une question peut cependant persister  : Cette modification de force
musculaire constitue-t-elle une cause ou une conséquence de la lombalgie
chronique ? Une étude de Lee et al. [24] apporte un élément de réponse en
montrant que chez des sujets évalués en mode isocinétique et suivis durant
5 ans, le risque de développer une lombalgie était corrélé à une réduction
du ratio extenseurs/fléchisseurs, ce rapport étant chez les non-lombalgiques
de 1,23 pour les hommes, 1 pour les femmes alors qu’il était chez les lom-
balgiques de  0,90 pour les hommes et 0,77 pour les femmes. Une autre
étude de Newton et al. [6] a suivi pendant 2 ans 66 sujets sains : 23 % d’entre
170 Guide d’isocinétisme

Encadré 6.3

Critères diagnostiques utilisés dans le cadre


de la lombalgie chronique [23]
j Affaiblissement des muscles extenseurs lombo-pelviens et des muscles
rotateurs du rachis.
j Déstructuration des courbes isocinétiques vis-à-vis des courbes dites

physiologiques.
j Comportement anormal d’inhibition lors des épreuves de résistance

à la fatigue.

eux ont développé une symptomatologie douloureuse au niveau lombaire.


Aucun des paramètres mesurés initialement sur un appareil d’isocinétisme
n’a permis de différencier les futurs sujets lombalgiques des sujets sains.
Certains critères basés sur l’évaluation musculaire isocinétique sont
utilisés pour le diagnostic de la lombalgie chronique, et sont présentés
dans l’encadré 6.3.
À partir de tous ces constats, une question supplémentaire subsiste  :
« Faut-il rééquilibrer tous les déséquilibres du ratio fléchisseurs/extenseurs
observés pour prévenir le risque de lombalgie ? »
Le raisonnement le plus simple face à un déséquilibre musculaire consis-
terait effectivement à renforcer tout groupe musculaire présentant un déficit
(en valeur absolue mais surtout en valeur relative par rapport à l’antagoniste)
objectivé lors de l’évaluation isocinétique. Cette méthode est appliquée
avec succès dans le cadre de la pathologie musculaire des ischio-jambiers
par la recherche d’un déséquilibre des fléchisseurs et extenseurs du genou
(voir chapitre 8) [25]. En effet, il est actuellement admis qu’un déficit mus-
culaire des ischio-jambiers serait un facteur de risque de lésion musculaire
des ischio-jambiers et que la correction de ce déficit permettait de diminuer
le risque lésionnel [25]. Peut-on appliquer le même raisonnement directe-
ment au rachis ? Intuitivement la réponse nous semble être non car la lésion
anatomique que l’on souhaite prévenir lors d’une lombalgie ne concerne pas
uniquement le muscle mais plutôt un ensemble d’éléments composés par le
disque intervertébral, les articulaires postérieures, les vertèbres et les muscles.
Un déficit musculaire lors d’une évaluation isocinétique ne traduit pas forcé-
ment une faiblesse intrinsèque du groupe musculaire en question mais peut
traduire également une inhibition du recrutement de ce groupe musculaire
par un influx nociceptif en provenance d’une des structures anatomiques
précitées qui serait en état de souffrance. Ainsi, le renforcement du groupe
musculaire, au lieu d’améliorer la symptomatologie, pourrait au contraire
l’aggraver par l’excès de contrainte qu’il engendrerait sur la structure ana-
tomique potentiellement lésée. L’étude de Takemasa et al. [26] appuie ce
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au rachis lombaire 171

raisonnement  : les auteurs ont étudié un groupe contrôle de 126  sujets


indemnes de pathologie lombaire et un second groupe de 123 sujets se plai-
gnant de lombalgie. Au sein du groupe de lombalgique, ils ont individualisé
deux sous-groupes : le premier sous-groupe comprenait les sujets présentant
une discopathie dégénérative objectivée et le second sous-groupe rassem-
blait les sujets sans lésion anatomique objectivée. Ils ont observé un ratio
fléchisseurs/extenseurs augmenté uniquement dans le sous-groupe lombal-
gique avec lésion anatomique. Par la suite, il a proposé un programme de
renforcement musculaire du rachis à l’ensemble des sujets du groupe lom-
balgique. Ils ont mesuré une amélioration globale de la symptomatologie
douloureuse grâce au renforcement musculaire dans les deux sous-groupes
de lombalgique avec cependant une corrélation plus forte entre le gain de
force et la diminution de la douleur dans le sous-groupe sans lésion anato-
mique. Il semblerait donc que le sous-groupe lombalgique sans lésion ana-
tomique réponde mieux à un programme de renforcement musculaire car il
n’y aurait pas d’inhibition du recrutement lié à l’information douloureuse
en provenance la structure anatomique lésée.
En pratique, nous pensons qu’il ne faut pas rééquilibrer systématiquement
tous les déséquilibres des ratios fléchisseurs/extenseurs du rachis observés
lors d’une évaluation isocinétique du rachis car ce déséquilibre peut avoir
des causes et significations différentes. Il faut dans un premier temps recher-
cher systématiquement une symptomatologie clinique à minima (ou un
antécédent), voire se poser la question d’une imagerie complémentaire à la
recherche d’une lésion non symptomatique lors des évaluations cliniques
usuelles, mais se démasquant lors de ces évaluations isocinétiques maxi-
males. Dans ces contextes de perturbation du ratio sans symptomatologie
clinique, une analyse plus fine de l’aspect des courbes pourrait également
être intéressante.

Indication d’une évaluation musculaire isocinétique


dans la lombalgie chronique (encadré 6.4) 

Encadré 6.4

Quand et pourquoi réaliser une évaluation musculaire


isocinétique dans la lombalgie chronique ?
j en cas d’échec de la prise en charge rééducative ;
j quand le testing manuel n’est pas discriminant ;
j pour objectiver la diminution de force des muscles extenseurs et les

anomalies des courbes isocinétiques ;


j pour orienter la prise en charge rééducative.

Attention à ne pas faire décompenser la lombalgie lors de l’évaluation


musculaire isocinétique, la balance bénéfice/risque doit être bien évaluée.
172 Guide d’isocinétisme

La scoliose
Il est admis que les anomalies de la fibre musculaire et les pathologies
musculaires sur les zones convexes et concaves d’une courbure ont un
rôle important dans l’apparition et le développement d’une scoliose
[27]. Cependant, même si ces constatations ne permettent pas d’établir
un lien entre la force musculaire et la scoliose, il apparaît actuellement
important que l’examen clinique puisse intégrer l’évaluation des per-
formances musculaires dynamiques des muscles du rachis notamment
pour proposer et évaluer le bénéfice de certaines stratégies thérapeu-
tiques. L’outil isocinétique semblerait donc pertinent dans ce contexte
(encadré 6.5).
Une étude de Leblay et al. [28] s’est intéressée à analyser la faisabilité ainsi
que la reproductibilité des évaluations isocinétiques des muscles exten-
seurs et fléchisseurs du rachis dans une population de patients atteints de
scoliose. Un groupe de 35  femmes âgées de  30 à 70  ans présentant une
scoliose et un groupe de 27 femmes sans pathologie ont été inclus et éva-
lués. Chaque sujet devait effectuer une série de 4 mouvements de flexion
et d’extension du rachis à 30°/s et une autre série de 4 répétitions à 90°/s
en mode concentrique avec un temps de repos d’1 min entre les séries. La
reproductibilité des évaluations musculaires isocinétiques était déterminée
par un test-retest réalisé sur un échantillon de 20 patientes scoliotiques à
une semaine d’intervalle, dans les mêmes conditions d’examen sans aucune
prise de traitement entre les deux tests.
Les résultats de cette étude rapportaient une faisabilité des évaluations
isocinétiques chez les patientes présentant une scoliose puisque toutes
ont pu réaliser l’ensemble des exercices, sans incident ou accident, à
toutes les vitesses angulaires, et dans des conditions satisfaisantes des
mesures selon les recommandations habituelles pour ce type d’évalua-
tion. La reproductibilité était bonne comme l’attestent les valeurs de
reproductibilité relative (coefficient de corrélation intraclasse) présentés
dans le tableau 6.7.

Encadré 6.5

Quand et pourquoi réaliser une évaluation musculaire


isocinétique dans la scoliose ?
j en cas d’échec de la prise en charge rééducative ;
j quand le testing manuel n’est pas discriminant ;
j pour orienter la prise en charge rééducative.

Attention à ne pas faire décompenser la scoliose lors de l’évaluation


musculaire isocinétique, la balance bénéfice/risque doit être bien évaluée.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au rachis lombaire 173

Tableau 6.7. Reproductibilité des évaluations isocinétiques des muscles


extenseurs et fléchisseurs du rachis dans une population de 20 patientes
présentant une scoliose. La reproductibilité est représentée par les valeurs
du coefficient de corrélation intraclasse.
Extenseurs Fléchisseurs
30°/s 0,91 0,92
90°/s 0,91 0,94

La comparaison entre les sujets sains et les patientes présentant une sco-
liose montrait une différence statistiquement significative des moments
de force maximum pour tous les groupes musculaires au détriment des
patientes présentant une scoliose ; pour les muscles extenseurs du rachis à la
vitesse angulaire de 90°/s la différence existait mais n’était pas significative
Cette étude montrait la faisabilité et la reproductibilité des mesures de
force musculaire isocinétique des fléchisseurs et extenseurs du rachis chez
les patientes présentant une scoliose.

Perspectives
Comme pour toutes les autres articulations, même encore plus compte tenu
du fait que la comparaison des données ne peut pas se faire avec le côté
controlatéral, il nous semble pertinent et important d’établir une base de
données sur une cohorte importante de sujets, sains, sportifs et patholo-
giques, afin d’établir des « normes », permettant de guider l’interprétation
des résultats d’une évaluation isocinétique appliquée au rachis.
En ce qui concerne le milieu sportif, de même, il s’agirait de constituer
une base de données suffisante à partir de cohortes importantes de sujets de
différentes disciplines sportives.
Plus spécifiquement pour les populations de sujets lombalgiques, il s’agi-
rait actuellement d’explorer de façon systématique la fonction musculaire à
l’aide d’enregistrements EMG afin d’identifier de potentiels dysfonctionne-
ments qualitatifs musculaires (indices de relaxations musculaires déficients,
contractions anticipatoires).

Points clés
L’évaluation des muscles fléchisseurs et extenseurs du rachis demande de
la rigueur dans l’installation du sujet, qu’il soit sportif ou pathologique
(lombalgique). En effet, il est indispensable de parfaitement aligner l’axe de
rotation du rachis (en L5-S1) avec celui du dynamomètre. L’évaluation iso-
cinétique des muscles du rachis met en jeu des masses musculaires les plus
importantes de toutes les autres articulations mobilisées en isocinétisme.
Cela requiert donc une attention toute particulière sur les conséquences
174 Guide d’isocinétisme

cardio-respiratoires lors des évaluations (voir chapitre 11). La variabilité des


mesures est plus élevée dans le cadre pathologique que chez les sujets sains,
et semble aussi plus élevée pour des vitesses élevées (120°/s). Cependant la
reproductibilité inter-test ainsi qu’inter-observateur est satisfaisante.

Pour aller plus loin


Afin d’approfondir vos connaissances sur l’évaluation musculaire isocinétique appli-
quée au rachis, nous vous conseillons les lectures suivantes :
Codine P, Hérisson C, Denat B. Isocinétisme et rachis. Collection de pathologie locomo-
trice et de médecine orthopédique. Masson: Paris; 2001.

Références
[1] Danneels LA, Cagnie BJ, Cools AM, Vanderstraeten GG, Cambier DC, Wit-
vrouw EE, De Cuyper HJ. Intra-operator and inter-operator reliability of sur-
face electromyography in the clinical evaluation of back muscles. Man Ther.
2001;6(3):145-53.
[2] Ebenbichler GR, Oddsson LI, Kollmitzer J, Erim Z. Sensory-motor control
of the lower back: implications for rehabilitation. Med Sci Sports Exerc.
2001;33(11):1889-98.
[3] van der Hulst M, Vollenbroek-Hutten MM, Rietman JS, Hermens HJ. Lumbar
and abdominal muscle activity during walking in subjects with chronic low
back pain: support of the “guarding” hypothesis? J Electromyogr Kinesiol.
2010;20(1):31-8.
[4] McGill SM, Grenier S, Kavcic N, Cholewicki J. Coordination of muscle acti-
vity to assure stability of the lumbar spine. J Electromyogr Kinesiol. 2003;
13(4):353-9.
[5] Jerome JA, Hunter K, Gordon P, McKay N. A new robust index for measuring
isokinetic trunk flexion and extension. Outcome from a regional study. Spine
(Phila Pa 1976). 1991;16(7):804-8.
[6] Newton M, Thow M, Somerville D, Henderson I, Waddell G. Trunk strength
testing with iso-machines. Part 2: Experimental evaluation of the Cybex II Back
Testing System in normal subjects and patients with chronic low back pain.
Spine (Phila Pa 1976). 1993;18(7):812-24.
[7] Smith SS, Mayer TG, Gatchel RJ, Becker TJ. Quantification of lumbar function.
Part 1: Isometric and multispeed isokinetic trunk strength measures in sagittal
and axial planes in normal subjects. Spine (Phila Pa 1976). 1985;10(8):757-64.
[8] Voisin P, Weissland T, Vanvelcenaher J. Test du rachis, in Isocinétisme et médecine
du sport. Paris: Masson, Editor; 1998. p. 77-91.
[9] Winter DA, Wells RP, Orr GW. Errors in the use of isokinetic dynamometers. Eur
J Appl Physiol Occup Physiol. 1981;46(4):397-408.
[10] Vézirian T, Voisin P, Vanhée J. Evaluation isocinétique des fléchisseurs et exten-
seurs du tronc avec et sans correction de gravité. Annales de Kinésithérapie.
1996;23:62-7.
[11] Durall C, Davies G, Kernozek T, Gibson M, Fater D, Straker J. The reproductibi-
lity of assessing arm elevation in the scapular plane on the Cybex 340. Isokinet
Exerc Sci. 2000;8:7-11.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée au rachis lombaire 175

[12] Gleeson NP, Mercer TH. Reproducibility of isokinetic leg strength and endu-
rance characteristics of adult men and women. Eur J Appl Physiol Occup Physiol.
1992;65(3):221-8.
[13] Landis JR, Koch GG. The measurement of observer agreement for categorical
data. Biometrics. 1977;33(1):159-74.
[14] Estlander A, Mellin G, Weckstrom A. Influence of repeated measurements on
isokinetic lifting strength. Clin Biomech (Bristol, Avon). 1992;7:149-52.
[15] Hupli M, Sainio P, Hurri H, Alaranta H. Comparison of trunk strength measure-
ments between two different isokinetic devices used at clinical settings. J Spinal
Disord. 1997;10(5):391-7.
[16] Rissanen A, Alaranta H, Sainio P, Harkonen H. Isokinetic and non-dynamome-
tric tests in low back pain patients related to pain and disability index. Spine
(Phila Pa 1976). 1994;19(17):1963-7.
[17] Guilhem G, Giroux C, Couturier A, Maffiuletti NA. Validity of trunk extensor
and flexor torque measurements using isokinetic dynamometry. J Electromyogr
Kinesiol. 2014;24(6):986-93.
[18] Ripamonti M, Colin D, Rahmani A. Torque-velocity and power-velocity rela-
tionships during isokinetic trunk flexion and extension. Clin Biomech (Bristol,
Avon). 2008;23(5):520-6.
[19] Poireaudeau S, Lombalgies communes, état des lieux en 2010,
E.N.D.d.M.P.e.d.R.D.d. Rééducation, Editor. 2010, Collège français des ensei-
gnants universitaires de médecine physique et de réadaptation.
[20] Mayer TG, Smith SS, Keeley J, Mooney V. Quantification of lumbar function.
Part 2: Sagittal plane trunk strength in chronic low-back pain patients. Spine
(Phila Pa 1976). 1985;10(8):765-72.
[21] Ito T, Shirado O, Suzuki H, Takahashi M, Kaneda K, Strax TE. Lumbar trunk mus-
cle endurance testing: an inexpensive alternative to a machine for evaluation.
Arch Phys Med Rehabil. 1996;77(1):75-9.
[22] Akebi T, Saeki S, Hieda H, Goto H. Factors affecting the variability of the torque
curves at isokinetic trunk strength testing. Arch Phys Med Rehabil. 1998;79(1):33-5.
[23] Vanvelcenaher J, Raevel D, O’Miel G, Voisin P, Struk P, Weissland T. Programme
de restauration fonctionelle du rachis dans les lombalgies chroniques. Encycl
Med Chir. 1999; 26-294-B-10.
[24] Lee JH, Hoshino Y, Nakamura K, Kariya Y, Saita K, Ito K. Trunk muscle weakness
as a risk factor for low back pain. A 5-year prospective study. Spine (Phila Pa
1976). 1999;24(1):54-7.
[25] Croisier JL, Ganteaume S, Binet J, Genty M, Ferret JM. Strength imbalances and
prevention of hamstring injury in professional soccer players: a prospective
study. Am J Sports Med. 2008;36(8):1469-75.
[26] Takemasa R, Yamamoto H, Tani T. Trunk muscle strength in and effect of trunk
muscle exercises for patients with chronic low back pain. The differences in
patients with and without organic lumbar lesions. Spine (Phila Pa 1976).
1995;20(23):2522-30.
[27] Fidler MW, Jowett RL. Muscle imbalance in the aetiology of scoliosis. J Bone Joint
Surg Br. 1976;58(2):200-1.
[28] Leblay G, Atamaz X, Biot B, Calmels P, Mouilleseaux B, Pujol A, Bagnol X,
Expérience isocinétique et scoliose, in Dixième congrès SIRER/ACRAMSR. 2005,
Résonances Européennes du Rachis : Lyon.
7 Évaluation musculaire
isocinétique appliquée
à la cheville

François Fourchet

Résumé
L’utilisation d’un dynamomètre isocinétique au niveau de la cheville
concerne deux mouvements : la flexion plantaire/dorsale et l’inver-
sion/éversion. Plusieurs installations sont possibles : assis ou allongé
sur le dos, genou tendu ou fléchi ou bien allongé sur le ventre genou
tendu, et des méthodologies d’évaluation plus ou moins précises exis-
tent déjà en fonction des différents paramètres à moduler : vitesse,
amplitude, nombre de séries et de répétitions… La reproductibilité
est correcte, mais la variabilité doit être prise en compte dans l’inter-
prétation des valeurs : < 10 % pour le moment de force maximum.
L’interprétation des valeurs se fait en comparaison avec les valeurs
du côté controlatéral, de référence et/ou normatives, en prenant en
compte le contexte clinique, les caractéristiques du sujet, la variabilité
de la mesure isocinétique et la différence potentielle de latéralité.
Les indications d’évaluation isocinétique de la cheville sont le diag-
nostic, le suivi, l’orientation thérapeutique, l’aide à la décision et/ou
la prévention dans les contextes sportifs et/ou de pathologiques.

Mots clés : articulation talo-crurale ; évaluation musculaire ; muscles


inverseurs et éverseurs de la cheville ; ratio éverseurs/inverseurs  ;
sports  ; entorse de cheville ; instabilité chronique de cheville ;
prévention des blessures.

Le complexe articulaire pied/cheville est l’interface entre le sol et le reste du


corps. Si l’importance d’une bonne proprioception n’est plus à démontrer à
cet étage, il n’en reste pas moins que celle-ci doit s’appuyer sur des haubans
musculaires fiables. Tant pour évaluer ces récepteurs/effecteurs que sont les
muscles que pour les rééduquer, l’isocinétisme est un des outils de choix.
Les techniques isocinétiques d’évaluation ou de renforcement mus-
culaires appliquées au niveau de la cheville ne doivent pas se substituer
aux techniques classiques de bilan et de rééducation. Bien que peu fonc-
tionnelles, elles sont d’un grand intérêt tant en préventif qu’en curatif, à
condition de maîtriser l’outil et la technique [1].
Dans le cadre de l’évaluation et du renforcement musculaire, tout va se
passer autour de deux mouvements : flexions plantaire/dorsale d’une part
Guide d’isocinétisme
© 2016 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
178 Guide d’isocinétisme

et inversion/éversion d’autre part. Le dynamomètre isocinétique permet de


faire varier une multitude de paramètres comme la vitesse, l’amplitude, les
durées de travail et de repos… Il permet également de fournir au sujet un
feedback en temps réel du travail effectué et un rapport précis a posteriori.

Rappel anatomique et biomécanique


fonctionnelle de la cheville
La cheville est l’articulation intermédiaire entre le pied et la jambe,
composée de trois os distincts  : le tibia, qui prend en charge la plupart
des contraintes, la fibula et le talus. Ce dernier est un des principaux os
du tarse, il relie le tibia et la fibula en dessous desquels il est situé. De par
cette conformation articulaire, un seul mouvement en flexion/extension
ou flexion dorsale/plantaire est permis (les autres paramètres sont tout à
fait minimes en ce qui concerne leur amplitude mais vont simplement per-
mettre la participation non négligeable de la cheville à la mobilité globale
du pied). Les amplitudes de cette articulation sont en moyenne comprises
entre 20° et 30° pour la flexion dorsale, et 30° à 60° pour la flexion plantaire,
mais sont variables en fonction du sexe, de l’âge, de l’activité, et d’autres
facteurs comme la génétique (laxité…). Les principaux muscles moteurs de
ces mouvements sont bien entendu le triceps sural pour la flexion plantaire,
et le tibial antérieur pour la flexion dorsale.
Au niveau du tarse, les différents mouvements de flexion/extension, abduc-
tion/adduction, rotations médiale et latérale se combinent pour donner les
deux autres mouvements globaux du pied, associés à ceux de la cheville :
• l’inversion : flexion plantaire + adduction + rotation médiale ;
• l’éversion : flexion dorsale + abduction + rotation latérale.
Ces mouvements sont complexes et réalisés autour de l’axe de Henke
qui est oblique de haut en bas, de dedans en dehors et d’avant en arrière.
Cet axe virtuel résulte de la fusion de 3 axes (flexion/extension, abduction/
adduction, pronation/supination). Il n’existe pas d’amplitudes exactes pour
ce mouvement combiné, mais la littérature rapporte fréquemment des
valeurs allant de 25° à 30° pour l’inversion, et de 10° à 20° pour l’éversion.
Les principaux muscles moteurs de l’inversion sont le tibial postérieur, le
long fléchisseur des orteils et le long fléchisseur de l’hallux.
Les principaux muscles moteurs de l’éversion sont les muscles fibulaires,
le long extenseur des orteils et le 3e fibulaire.

Les mouvements évalués en isocinétisme sont :


� flexion plantaire/flexion dorsale ;
� inversion/éversion.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à la cheville 179

Méthodologie d’évaluation isocinétique


appliquée à la cheville
Comme déjà évoqué, la fiabilité et la reproductibilité des évaluations iso-
cinétiques dépendent de la rigueur de la méthodologie d’évaluation effec-
tuée. Il est donc nécessaire d’utiliser les mêmes protocoles dans le temps, et
que ceux-ci soient validés par la littérature autant que faire se peut.

Préambule à l’évaluation musculaire isocinétique


Avant de débuter une évaluation sur dynamomètre isocinétique, il est
important de vérifier l’état de santé du sujet auprès d’un médecin, ainsi
que de s’assurer de l’intégrité suffisante du complexe pied-cheville pour
effectuer l’évaluation. Pour plus d’information, n’hésitez pas à vous référer
à l’encadré 3.2.
Dans le cadre spécifique de l’évaluation appliquée à la cheville, il est
important de vérifier qu’il n’existe pas de pathologie aiguë (ligaments col-
latéraux…) ou micro-traumatique (tendinopathie d’Achille sévère…) sus-
ceptible de perturber l’évaluation ou de s’aggraver au cours de l’évaluation.

Échauffement
L’échauffement doit permettre de préparer l’organisme à l’effort demandé
pendant l’évaluation isocinétique de la cheville. Il doit s’adresser d’une part
au corps dans son entier (échauffement cardio-vasculaire) et d’autre part à
la cheville plus spécifiquement d’un point de vue mécanique, mais aussi
technique pour préparer l’évaluation. Nous suggérons donc que cet échauf-
fement soit réalisé en trois parties :
• échauffement général sur cycloergomètre à une résistance permettant un
effort physique suffisant pour entraîner une sollicitation cardiaque, mais
pas trop importante pour ne pas entraîner de fatigue musculaire des mem-
bres inférieurs. Il semble raisonnable de proposer autour de 1 Watt/kg de
poids chez le sujet faiblement entraîné, et jusqu’à 2 Watts/kg de poids chez
le sujet très entraîné. Une autre option est de pédaler au rythme et à la
résistance qui permette d’atteindre environ 60 % de la fréquence cardiaque
maximale pendant une durée d’au moins 6 min ;
• échauffement spécifique des chevilles  sous la forme de saut à la corde
(3 à 5 fois 20 s sur deux pieds) ;
• échauffement spécifique des chevilles sur le dynamomètre et dans
les amplitudes qui seront évaluées  : c’est la familiarisation. Elle a pour
objectif d’éduquer le sujet au mode de contraction isocinétique, et de
finaliser l’échauffement spécifique des groupes musculaires qui vont être
évalués. Bien qu’elle ne soit malheureusement pas toujours généralisée,
elle est importante, surtout en mode excentrique pour  les fléchisseurs
180 Guide d’isocinétisme

plantaires. Elle permet de vérifier également que le sujet a bien compris les
consignes et ne souffre d’aucune douleur dans le mouvement spécifique
de l’évaluation.
Pour les évaluations en flexions dorsale et plantaire, en général, 3 à 8 répé-
titions sous-maximales, puis  1 à 3  répétitions maximales sont conseillées
[2-4]. Nous pratiquons pour notre part 2 séries de 6 contractions en modes
concentrique et en excentrique, dont les deux dernières contractions sont
maximales.
Pour les évaluations en inversion/éversion, nous recommandons pour
notre part 2 séries de 6 contractions en mode concentrique (à 60°/s et 120°/s
composées de 3 répétitions sous-maximales et de 3 répétitions maximales
chacune) et de 1  série de 6  contractions en mode excentrique (à 90°/s
composée également de 3  répétitions sous-maximales et de 3  répétitions
maximales).

Installation : position, axe du mouvement


et stabilisation
Installation pour l’évaluation des fléchisseurs plantaires
et dorsaux de la cheville
L’évaluation des fléchisseurs plantaires et dorsaux de la cheville peut se
pratiquer dans trois positions :
• en décubitus dorsal genou tendu ;
• en décubitus dorsal genou fléchi ;
• en procubitus genou tendu.

Décubitus dorsal genou tendu


Le sujet peut-être couché, mais l’inclinaison du siège à  60° est pos-
sible (figure 7.1). Le pied, le tronc, le bassin et la cuisse sont fixés par des
sangles. L’axe de rotation du dynamomètre correspond à l’axe des malléoles
(à savoir 10° de rotation et 10° d’inclinaison du dynamomètre par rapport
au plan horizontal). La position anatomique neutre dans le plan sagittal
détermine le zéro absolu (en général de 0 à 10o de flexion plantaire) [5].
Cette position permet de ne pas placer les gastrocnemiens en insuffisance
active et d’avoir un bon contrôle visuel du sujet.

Décubitus dorsal genou fléchi


Même si les gastrocnemiens ne sont pas théoriquement sollicités au
maximum dans cette position car placés en insuffisance active, il semble
cependant au regard des dernières recherches que l’angle de flexion du
genou n’influence pas les paramètres de force-endurance par exemple
mesurés sur le triceps sural  ; avec un recrutement proportionnellement
similaire des muscles soleus et gastrocnemius à  0° et  45° de flexion de
genou (figure 7.2) [6].
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à la cheville 181

Figure 7.1. Position du sujet en décubitus dorsal genou tendu pour une évaluation
isocinétique des fléchisseurs plantaires et dorsaux de cheville.

Figure 7.2. Position du sujet en décubitus dorsal couché (A) et siège relevé (B), genou
fléchi pour une évaluation isocinétique des fléchisseurs plantaires et dorsaux
de cheville.

Procubitus genou tendu


Ce positionnement est moins fréquent et il est en général choisi par
défaut (figure 7.3).

Installation pour l’évaluation des inverseurs et éverseurs


de la cheville
En ce qui concerne, le couple inverseurs/éverseurs, il existe aussi quelques
variantes à propos de l’installation : Si le genou est placé en extension,
182 Guide d’isocinétisme

Figure 7.3. Position du sujet en procubitus, genou fléchi pour une évaluation
isocinétique des fléchisseurs plantaires et dorsaux de cheville.
© Photo François Fourchet.

les ischio-jambiers sont neutralisés, ce qui élimine en théorie les mou-


vements de rotations tibiales [7,8]. Cependant, des compensations sont
alors possibles au niveau de la hanche malgré les fixations (figure 7.4).
En règle générale, le sujet est positionné en décubitus dorsal avec le genou
fléchi à un angle variable suivant les opérateurs et les dynamomètres [9].
Même si cette position genou fléchi augmente probablement artificielle-
ment la force enregistrée en inversion et éversion à cause d’une participa-
tion des ischio-jambiers (rotation médiale-latérale de la jambe s’ajoutant

Figure 7.4. Position du sujet en décubitus dorsal, siège relevé, genou tendu
pour une évaluation isocinétique des inverseurs et éverseurs du pied.
Reprinted from van Cingel, R., van Melick, N., van Doren, L., & Aufdemkampe, G. (2009). Intra-examiner reproducibility
of ankle inversion-eversion isokinetic strength in healthy subjects Isokinetics and Exercise Science, 17, 181-188.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à la cheville 183

Figure 7.5. Position du sujet en décubitus dorsal genou fléchi pour une évaluation
isocinétique des inverseurs et éverseurs du pied.

au mouvement d’inversion-éversion [7,10]), elle fournit des résultats plus


reproductibles [7,11-13]. À titre personnel, nous réalisons l’évaluation
avec une flexion de genou de  30 à  40° pour des raisons pratiques et de
confort (figure 7.5).

Protocole d’évaluation : amplitude,


vitesse et mode de contraction
Choix de la course angulaire
L’évaluation des fléchisseurs plantaires et dorsaux de cheville se pratique
dans un débattement articulaire de 20° de flexion plantaire et 10° de flexion
dorsale : ceci constitue l’amplitude la plus souvent utilisée dans la pratique
et également la plus fréquemment rapportée dans la littérature [1,14]. Elle
est suffisante pour obtenir des valeurs fiables.
Pour l’inversion/éversion, il s’agit d’un mouvement combiné autour de
plusieurs axes instantanés, et par voie de conséquence le positionnement sur
le dynamomètre isocinétique ne correspondra jamais parfaitement à la réa-
lité fonctionnelle [7,9,12]. Le débattement articulaire est rarement rapporté
dans la littérature lors d’expérimentations sur les mouvements d’inversion/
éversion. Dans notre pratique quotidienne, nous utilisons en règle générale
une butée à 20° en inversion et à 10° en éversion. Ce débattement est suffi-
sant pour obtenir des valeurs fiables. Enfin, dans le plan sagittal, la position
neutre de référence est définie avec la cheville à 90° dans la talo-crurale.
184 Guide d’isocinétisme

Choix des modes de contraction


Tant en évaluation qu’en réentraînement, en flexions plantaire/dorsale ou
en inversion/éversion, plusieurs modes de contraction peuvent ou doivent
être utilisés en isocinétisme.
Le mode concentrique tout d’abord est le plus utilisé que ce soit pour
mesurer la force et la résistance à la fatigue ou pour combler des déficits
musculaires. Il peut concerner les fléchisseurs dorsaux et plantaires ainsi
que les éverseurs et inverseurs de cheville.
Le mode excentrique est quant à lui intéressant et davantage fonctionnel
en termes de stabilisation de l’articulation (pour les éverseurs et leur rôle
dans le contrôle de l’inversion pouvant conduire à l’entorse) ou de mesure
du potentiel de résistance d’un complexe musculo-tendineux (triceps sural
–  tendon d’Achille, par exemple). Ce mode est également très utilisé en
rééducation/renforcement en application de protocoles type Stanish ou
Alfredson (voir chapitre 12).
Enfin, le mode «  mobilisation passive  » ou «  arthromoteur  » ou CPM
en anglais pour Controlled Passive Mode rend de nombreux services égale-
ment. En plus de permettre une mobilisation passive analytique, il permet
de travailler confortablement en concentrique ou en excentrique contre
la résistance de la machine sans les contraintes d’un protocole précis (voir
chapitre 12).

Choix des vitesses angulaires


En ce qui concerne les évaluations de la force des muscles fléchisseurs plan-
taires et dorsaux de cheville, de nombreuses vitesses peuvent être utilisées,
comme en attesteront les tableaux 7.1 et 7.2 à propos de la reproductibilité
et les tableaux 7.5 et 7.6 à propos des valeurs normatives. Cependant, nous
utilisons, à titre personnel et comme bon nombre de cliniciens et de cher-
cheurs, les vitesses de 60°/s et 120°/s lorsque nous évaluons à deux vitesses
différentes, et 90°/s lorsque nous n’utilisons qu’une seule vitesse. Il existe
différentes raisons à ce choix :
• ces vitesses moyennes font référence dans la littérature [12, 17] ;
• en pratique, des vitesses supérieures à 120o/s sont difficiles à atteindre et
à réaliser par les sujets ;
• des vitesses trop lentes au niveau des muscles fléchisseurs dorsaux condui-
sent plus fréquemment à la survenue de crampes.
Pour l’inversion/éversion, un consensus assez large existe sur l’utilisation
de vitesses égales à 30°/s et 120°/s qui permettent une très bonne reproduc-
tibilité [7,11,18-20].
En renforcement/rééducation, il conviendra de « jouer » avec la vitesse
en fonction de différents critères, comme le stade de cicatrisation (blessures
musculaires ou tendineuses) ou la fonction musculaire (vitesse rapide et
mode excentrique pour les éverseurs de cheville), notamment.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à la cheville 185

Tableau 7.1. Reproductibilité des moments de force maximum


des fléchisseurs plantaires de la cheville en fonction du dynamomètre,
du mode de contraction et de la vitesse angulaire.
Fléchisseurs plantaires
30°/s 60°/s 120°/s 180°/s 30°/s 120°/s 180°/s
Conc. Conc. Conc. Conc. Exc. Exc. Exc.
ICC
Cybex assis genou fléchi [19] 0,94 0,94
Kin-Com assis genou fléchi [28] 0,66 0,95 0,70 0,73
Kin-Com couché genou 0,72 0,60 0,69 0,85
étendu [28]
Kin-Com assis genou étendu [30] 0,92 0,85 0,89 0,93
SEM ( %)
Kin-Com assis genou étendu [25] 9,8 17,1 10,7 9,4
CV ( %)
Kin-Com Assis genou fléchi [28] 12,9 6,2 14,6 11,7
Kin-Com couché genou 10,0 14,3 12,2 9,0
étendu [24]
Conc. : concentrique ; exc. : excentrique

Tableau 7.2. Reproductibilité des moments de force maximum


des fléchisseurs dorsaux de la cheville en fonction du dynamomètre,
du mode de contraction et de la vitesse angulaire.
Fléchisseurs dorsaux
30°/s 60°/s 120°/s 180°/s 30°/s 120°/s 180°/s 30°/s
Conc. Conc. Conc. Conc. Exc. Exc. Exc. Conc.
ICC
Biodex assis genou 0,93 0,90 0,78 0,80
fléchi [29,33]
Cybex assis genou 0,87 0,87
fléchi [20]
Kin-Com assis genou 0,88 0,41 0,94 0,96
fléchi [28]
Kin-Com couché genou 0,49 0,37 0,71 0,82
étendu [25]
Kin-Com assis genou 0,88 0,84 0,94 0,93
étendu [30] 
186 Guide d’isocinétisme

 Fléchisseurs dorsaux
30°/s 60°/s 120°/s 180°/s 30°/s 120°/s 180°/s 30°/s
Conc. Conc. Conc. Conc. Exc. Exc. Exc. Conc.
SEM (N.m)
Biodex 1,69 1,71 2,16 2,15
assis genou fléchi [29]
Kin-Com assis genou 10,9 16,7 7,5 8,1
fléchi [30]
CV ( %)
Kin-Com assis genou 3,8 9,4 3,9 2,4
fléch [28]
Kin-Com couché genou 8,6 17,1 8,7 5,8
étendu [25]
Conc. : concentrique ; exc. : excentrique.

Choix du nombre de répétitions


En évaluation, 2 à 6  répétitions sont en général recommandées pour les
adultes. Nous pratiquons de notre côté 3 répétitions en général pour chaque
groupe musculaire et à chaque vitesse.

Correction de gravité
La correction de la gravité est un facteur à ne pas occulter, au risque de :
• sur-estimer la force réelle du groupe musculaire travaillant avec l’aide de
la gravité ;
• modifier l’allure de la courbe de force ;
• sous-estimer la force réelle du groupe musculaire travaillant contre la
gravité ;
• changer la proportion de chaque groupe musculaire dans les calculs de
ratios agoniste/antagoniste.
En pratique, la prise en compte directe sur le dynamomètre du poids du
membre est la règle pour l’évaluation isocinétique appliquée à la cheville.
Il existe sur les dynamomètres récents un mode de correction de la gravité
qu’il faut activer avant le début de l’évaluation. Une solution alternative
consiste à utiliser des données anthropométriques afin de prendre en
compte le poids du membre notamment chez les enfants [2].

Récupération
Les temps de repos doivent être suffisants entre chaque vitesse utilisée. On estime
que 30 à 60 s sont nécessaires après 4 répétitions maximales [4]. Ce temps de
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à la cheville 187

récupération entre les séries dépend bien sûr de la population, de l’articulation


et de la vitesse spécifique et varie de 30 s à 5 min [21]. Il convient de donner au
moins 90 s de récupération après une évaluation en mode excentrique.

Évaluation de la résistance à la fatigue


en isocinétisme appliquée à la cheville
Le thème de l’évaluation de l’endurance de force ou « résistance à la fatigue
(fatigabilité) » est primordial tant ce mode de recrutement est important au
niveau des loges de la jambe notamment chez les coureurs à pied.
Les protocoles isocinétiques sont ici basés sur des séries de nombreuses
répétitions maximales (de 30 à 50 en général). Celles-ci doivent être enchaî-
nées à des vitesses précises [15,22-25]. Ces vitesses spécifiques à ce genre
d’évaluations longues et fatigantes sont en général une vitesse plus lente
pour les fléchisseurs plantaires (30°/s) que pour les fléchisseurs dorsaux
(120°/s). Il est en effet primordial de faire atteindre le même niveau de
fatigue à des moments relativement proches à ces deux groupes musculaires
malgré leurs caractéristiques très différentes [15, 22, 23], et d’éviter la sur-
venue prématurée de crampes au niveau des fléchisseurs dorsaux.
Plusieurs formules peuvent être appliquées en vue de calculer un indice
de fatigue :
• comparer les trois premières et les trois dernières répétitions de la série ;
• évaluer le nombre de répétitions nécessaires avant que la force dévelop-
pée ne tombe sous la barre des 50 % ou des 30 % de la force initiale ;
• calculer un indice de résistance à la fatigue suivant la formule suivante
avec moment de force maximum (MFM) [26] :

Indice de fatigue = (100 x (total MFM ÷ idéal MFM) - 100


où Total MFM = somme des pics de couple sur 30 ou 50 contractions.
Idéal MFM = nombre de contractions x meilleur MFM.

Nous préférons utiliser cette dernière formule d’évaluation et de cal-


cul lors de nos évaluations  ; elle permet de constater que les fléchisseurs
plantaires ont une résistance à la fatigue réduite en état de fatigue (indice
de fatigue  : +  29,7  %, p <  0,05), contrairement aux fléchisseurs dorsaux
(indice de fatigue : + 17,3 %, p > 0, 05), chez de jeunes coureurs de demi-
fond avant et après une épreuve de course jusqu’à l’épuisement [15]. Nous
en concluons que ce déséquilibre entre fléchisseurs plantaires et dorsaux
de la cheville pourrait compromettre le rôle protecteur de ces muscles et
conduire à un risque accru de pathologies de surmenage.
Les aspects concernant l’évaluation de la fatigabilité musculaire sont
aussi abordés dans le chapitre 11.
188 Guide d’isocinétisme

Fiche 7.1
Proposition de méthodologie d’évaluation isocinétique
des fléchisseurs dorsaux et plantaires de la cheville
• Préambule  : indication, état de la structure à évaluer, contre-indication à
l’exercice maximal.
• Échauffement : cycloergomètre (1 W/kg sujet sédentaire, 2 W/kg sujet très
entraîné ou 60 % FCmax) + saut à la corde.
• Position : décubitus dorsal, 40° à 60° de flexion de hanche et de genou (sup-
porté), alignement axe dynamomètre et axe articulaire, chaussure bloquée sur
la plaque, sanglage du tronc, sanglage cuisse côté évalué, contre-appui côté
opposé, maintien des poignées.
• Amplitude : 20° en flexion plantaire et 10° en flexion dorsale.
• Correction de gravité : à prendre en compte.
• Récupération entre les séries : 30 à 60 s après le concentrique, pouvant aller
jusqu’à 90 s après l’excentrique.
• Échauffement spécifique isocinétique  : 2  séries de 6  répétitions en mode
concentrique (une à chaque vitesse) dont les deux dernières sont maximales
à 60°/s et 120°/s.
• Échauffement spécifique isocinétique : 3 à 5 répétitions sous-maximales (mais
en allant vers maximum) excentriques à 60°/s et 120°/s.
• Évaluation maximale : 3 répétitions maximales concentriques à 60°/s et 120°/s.
• Évaluation maximale : 3 répétitions maximales excentriques à 60°/s et 120°/s.
• Évaluation maximale : si épreuve de fatigue à faire après toutes les évalua-
tions maximales, soit 30 répétitions à 30°/s en flexion plantaire et  120°/s en
flexion dorsale.

Fiche 7.2
Proposition de méthodologie d’évaluation isocinétique
des inverseurs et éverseurs de la cheville :
• Préambule  : indication, état de la structure à évaluer, contre-indication à
l’exercice maximal.
• Échauffement : cycloergomètre (1 W/kg sujet sédentaire, 2 W/kg sujet très
entraîné ou 60 % FCmax) + saut à la corde.
• Position : décubitus dorsal, 40° à 60° de flexion de hanche et de genou (sup-
porté), alignement axe dynamomètre et axe articulaire, chaussure bloquée sur
la plaque, sanglage du tronc, sanglage cuisse côté évalué, contre-appui côté
opposé, maintien des poignets.
• Amplitude : 20° en inversion et 10° en éversion.
• Correction de gravité : à prendre en compte.

Évaluation musculaire isocinétique appliquée à la cheville 189


• Récupération entre les séries : 30 à 60 s après le concentrique, pouvant aller
jusqu’à 90 s après l’excentrique.
• Échauffement spécifique isocinétique : deux séries de 6 répétitions en mode
concentrique (une à chaque vitesse) dont les deux dernières sont maximales
à 30°/s et 120°/s.
• Échauffement spécifique isocinétique  : 3 à 5  répétitions sous-maximales
(mais en allant vers maximum) excentriques à 30°/s et 120°/s.
• Évaluation maximale  : 3 répétitions maximales concentriques à 30°/s et
120°/s.
• Évaluation maximale : 3 répétitions maximales excentriques à 30°/s et 120°/s.

Reproductibilité
Il existe peu de données chiffrées et vraiment valides sur la reproductibilité
des mesures isocinétiques au niveau de la cheville, même si certains auteurs
se sont tout de même penchés sur la question. Ils mentionnent notamment
que la reproductibilité des évaluations dépend assez peu de la position
choisie et varie de 0,55 à 0,98 selon les auteurs concernant le coefficient de
corrélation intraclasse (ICC) (tableaux 7.1 et 7.2) [27-29].
Dans notre pratique quotidienne, nous notons des coefficients de varia-
tion 9 % à 11 % pour les fléchisseurs plantaires et légèrement supérieurs 10
à 12 % pour les fléchisseurs dorsaux.
En revanche, en inversion/éversion, la position genou fléchi (figure 7.5)
fournirait des résultats plus reproductibles (tableaux  7.3 et  7.4) [7,11-13].
C’est d’ailleurs la position que nous utilisons pour des raisons de confort du
sujet. Il faut aussi considérer sérieusement en inversion/éversion le choix du
degré de flexion plantaire. Ce dernier peut varier suivant les études entre 0°
et 10°. La position à 0° de flexion semble permettre parfois une meilleure
reproductibilité [30], mais parfois non [7,31].

Tableau 7.3. Reproductibilité des moments de force maximum


des inverseurs en fonction du dynamomètre, du mode de contraction
et de la vitesse angulaire.
Inverseurs
30°/s Conc. 60°/s Conc. 120°/s Conc. 180°/s Conc.
ICC
Kin-Com assis genou fléchi [11] 0,95 0,94
Biodex assis genou fléchi [31] 0,95 0,95
Cybex assis genou fléchi [23] 0,85 0,93
Conc. : concentrique.
190 Guide d’isocinétisme

Tableau 7.4. Reproductibilité des moments de force maximum


des éverseurs en fonction du dynamomètre, du mode de contraction
et de la vitesse angulaire.
Éverseurs
30°/s Conc. 60°/s Conc. 120°/s Conc. 180°/s Conc.
ICC
Con-Trex® assis genou fléchi [11] 0,90 0,92
Biodex assis genou fléchi [31] 0,96 0,95
Cybex assis genou fléchi [3] 0,82 0,84
Conc. : concentrique.

À retenir
La variabilité de mesure entre deux sessions est :
• aux alentours de 9 %-11 % pour les fléchisseurs plantaires ;
• aux alentours de 10 %-12 % pour les fléchisseurs dorsaux ;
• peu référencée pour les inverseurs et éverseurs mais sans doute sur les mêmes
valeurs, voire un peu plus élevée que pour les fléchisseurs plantaires et dorsaux.

Ces valeurs de variabilité de la mesure sont à prendre en compte dans


l’interprétation des résultats d’une évaluation musculaire isocinétique. En
effet, pour une modification du moment de force maximum de moins de
10 % entre deux évaluations, il est difficile de dire si cette modification est
due à une modification réelle de la force musculaire, ou si elle est due à la
variabilité de la mesure inhérente à la méthode.

À faire
Afin d’avoir des valeurs de variabilité qui correspondent totalement à votre
dynamomètre, votre méthodologie et les paramètres que vous utilisez, nous
vous suggérons de déterminer la reproductibilité de votre méthodologie d’éva-
luation des fléchisseurs plantaires et dorsaux de cheville dans une population
de sujets comparables aux sujets que vous évaluez régulièrement (encadré 3.4)

Valeurs normatives et interprétation


des données
Valeurs normatives
Comme il l’a déjà été rappelé dans cet ouvrage, l’isocinétisme ne se prête
pas aisément à l’établissement de valeurs normatives. Trop peu de données
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à la cheville 191

sont publiées et sur des groupes souvent trop restreints. D’autre part, les
comparaisons des résultats sur le même sujet (pathologique ou non) entre
deux moments différents ou entre les deux membres de ce même sujet sont
en général beaucoup plus parlantes.
Même si cela est moins significatif que pour des articulations comme le
genou et l’épaule, il faut tout de même signaler que les valeurs de force
mesurée doivent être rapportées au poids de corps des sujets (Nm/kg), afin
de diminuer le biais de variabilité lié à ce poids : ce qui est très peu suivi
dans la littérature.
Au niveau de la cheville, les valeurs les plus rapportées concernent le
mouvement de flexion plantaire/dorsale. Certaines de ces données sont
résumées dans les tableaux 7.5 et 7.6. Bien évidemment les valeurs norma-
tives dépendent du type de dynamomètre utilisé, de la vitesse et du mode
de contraction, ainsi que du type de sujets (hommes, femmes, jeunes ou
moins jeunes, sportifs ou non…).
Afin de se repérer, le lecteur peut utiliser la règle qui consiste à considérer
que la « norme » serait située dans une zone située entre deux écarts-types au-
dessus et en dessous de la moyenne. À titre d’exemple et dans le tableau 7.5,
pour des hommes évalués à vitesse lente (30°/s) sur un dynamomètre de type
Kin-Com au niveau des fléchisseurs plantaires, le moment de force maxi-
mum devrait se situer entre 56,7 Nm (correspondant à la soustraction de 2
x 21,7 à 100,0) et 143,3 Nm (correspondant à la somme de 2 x 21,7 et 100,0).
Il existe moins de données normatives concernant le mouvement d’inver-
sion/éversion, en tout cas sur une population saine et non sportive, puisque

Tableau 7.5. Valeurs des moments de force maximum des fléchisseurs


plantaires de la cheville en fonction du dynamomètre, du mode
de contraction et de la vitesse angulaire.
Fléchisseurs plantaires
30°/s 60°/s 120°/s 180°/s 30°/s 120°/s 180°/s
Conc. Conc. Conc. Conc. Exc. Exc. Exc.
Biodex assis genou 41 sujets 51,1 31,4
fléchi [19] sains ± 18,0 ± 12,9
Kin-Com assis 10 sujets 100,0 51,5 138,0 128,2
genou fléchi [28] hommes ± 21,7 ± 14,7 ± 37,0 ±27,5
sains actifs
Kin-Com couché 10 sujets 107,2 51,0 162,1 153,4
genou étendu [28] hommes ± 20,4 ± 11,6 ± 36,0 ± 70,9
sains actifs
Kin-Com assis 26 sujets 150,3 92,6 237,3 204,1
genou étendu [30] sains ± 52,4 ± 40,0 ± 81,4 ± 75,6
Conc. : concentrique ; exc. : excentrique.
192 Guide d’isocinétisme

Tableau 7.6. Valeurs des moments de force maximum des fléchisseurs


dorsaux de la cheville en fonction du dynamomètre, du mode
de contraction et de la vitesse angulaire.
Fléchisseurs dorsaux
30°/s 60°/s 120°/s 180°/s 30°/s 120°/s 180°/s
Conc. Conc. Conc. Conc. Exc. Exc. Exc.
Biodex assis genou 41 sujets 15,1 8,3
fléchi [19] sains ± 5,2 ± 3,4
Kin-Com assis 10 sujets 60,3 33,0 82,3 88,2
genou fléchi [28] hommes ± 6,8 ± 3,8 ± 12,7 ± 10,4
sains actifs
Kin-Com couché 10 sujets 62,9 35,7 83,1 85,5
genou étendu [28] hommes ± 6,8 ± 4,8 ± 13,2 ±11,5
sains actifs
Kin-Com assis 26 sujets 42,0 27,6 64,5 65,2
genou étendu [30] sains ± 15,0 ± 10,0 ± 20,2 ± 19,3
Conc. : concentrique ; exc. : excentrique.

la majorité des évaluations réalisées sont en rapport avec des pathologies


aiguës ou chronique de la cheville et/ou la pratique sportive. En  1989,
Karnofel et al. [19] rapportèrent sur 41 sujets sains des moments de force
maximum concentriques des inverseurs de 13,9 ± 6,2 Nm et 9,5 ± 5,6 Nm
et des moments de force maximum concentriques des éverseurs de 12,2
± 4,8 Nm et 7,5 ± 3,3 Nm à 60°/s et 120°/s respectivement [19].

À faire
Afin d’obtenir une grande quantité de valeurs normatives correspondant à
votre dynamomètre, et votre méthodologie, nous vous suggérons de constituer
une banque de données, d’abord par la réalisation d’évaluations isocinétiques
des fléchisseurs plantaires et dorsaux de la cheville et des inverseurs/éverseurs
dans une population de sujets sains non sportifs de classe d’âge homogène ;
passez ensuite à des populations variées en accord avec les populations que
vous êtes amené à évaluer.

Interprétation
L’interprétation de résultats des évaluations isocinétiques de la cheville doit
être qualitative par l’interprétation des courbes (même si cela est moins
parlant au niveau de la cheville qu’au niveau du genou par exemple) et
quantitative par l’interprétation des valeurs des moments de force maxi-
mum, du travail total et/ou des ratios (voir chapitre 3).
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à la cheville 193

Le ratio agoniste/antagoniste, qu’il soit classique/conventionnel (concen-


trique/concentrique) ou fonctionnel (excentrique/concentrique), est utilisé
au niveau de la cheville essentiellement dans les mouvements d’éversion-
inversion. Néanmoins, il existe quelques articles traitant du ratio fléchis-
seurs dorsaux sur fléchisseurs plantaires et rapportant des valeurs entre 0,28
à  0,30 (à 30o/s en concentrique), 0,23 à  0,36 (à 60o/s en concentrique)
[5,34]. D’autres auteurs ont rapporté des ratios s’échelonnant de 0,28 à 0,66
en concentrique à différentes vitesses [34-37].
Le ratio éverseurs/inverseurs varie en fonction des vitesses : le ratio aug-
mente lorsque la vitesse diminue. En concentrique, il est compris entre 0,63
et  0,92, c’est-à-dire inférieur à 1,0  [9,11,19, 20]. Pour mémoire, d’autres
ratios sont décrits dans la littérature :
• le ratio divisant le moment de force maximum des éverseurs en excen-
trique sur celui de ces mêmes éverseurs en concentrique [13], qui revêt un
intérêt dans la prise en charge des instabilités chroniques de cheville en
évaluant une potentielle déficience des muscles stabilisateurs de cheville
excentrique.
• un autre ratio, plus fonctionnel, utilise les moments de force maximum
des éverseurs en excentrique/inverseurs en concentrique et semble plus
faible chez les sujets souffrant d’instabilité de cheville [37].

Variation < 10-12 % =  >  probablement due au hasard.


Variation > 10-12 % =  >  probablement due à une modification de la force.

Fiche 7.3
Proposition de notions clés à faire apparaître
dans le compte rendu d’évaluation musculaire
isocinétique appliquée à la cheville et au pied
• Nom, prénom et date de naissance du sujet/patient.
• Indication de l’évaluation, si pathologie : diagnostic et côté pathologique.
• Nom, prénom et fonction de la personne qui adresse le sujet/patient.
• Nom, prénom et fonction de la personne qui réalise l’évaluation.
• Date de l’évaluation.
• Méthodologie d’évaluation isocinétique  : position/installation, amplitude,
correction de gravité, modes de contraction, vitesses angulaires, répétitions,
récupération.
• Évaluation maximale : Oui/Non ?
• Valeurs du moment de force maximum pour chaque vitesse angulaire pour
chaque côté.

194 Guide d’isocinétisme


• Pourcentage de différences de valeurs du moment de force maximum entre
les deux côtés : « lésé/sain » ou « non dominant/dominant » ou « gauche/droit ».
• Valeurs du ratio entre les moments de force maximum des fléchisseurs et des
extenseurs pour chaque vitesse angulaire pour chaque côté.
• Valeur de l’index de fatigue sur 30 répétitions pour les fléchisseurs plantaires
et dorsaux.
• Courbes isocinétiques.
• Interprétation des résultats (qualitative et quantitative) et conclusion.

Force musculaire isocinétique


de la cheville et conditions sportives
La pratique d’un sport est à l’origine d’une adaptation musculaire qui per-
met la performance. Les sports d’explosivité nécessitant une performance
d’accélération, de sprint et/ou de saut (athlétisme, football,  etc.) provo-
quent des gains de force à différents niveaux et notamment à l’étage du
complexe pied-cheville.
La prise en compte de cette notion d’augmentation de la force chez les
sujets sportifs permet d’ajuster les valeurs normatives pour cette population
(ne pas comparer les résultats de nos sportifs avec ceux de sédentaires) et de
proposer des objectifs crédibles pour les sportifs en réentraînement.
Comme trop souvent, il existe peu de données exploitables dans la lit-
térature  ; aussi les chiffres exposés dans le tableau  7.7 sont à prendre à
titre purement indicatif, tant les populations et les protocoles de mesure
notamment sont différents.
Même si les populations sont très différentes, nous constatons toutefois
les différences importantes entre ces deux populations de sportifs masculins

Tableau 7.7. Valeurs des moments de force maximum des fléchisseurs


plantaires et dorsaux de cheville dans deux populations
de sportifs (en Nm).
Fléchisseurs plantaires Fléchisseurs dorsaux
60°/s 60°/s 60°/s 60°/s
concentrique excentrique concentrique excentrique
Football [39] 100 joueurs 116,5 ± 22,6 211,7 ± 78,6 23,3 ± 5,2 49,5 ± 8,6
hommes
adultes
Athlétisme [16] 9 adolescents 50,5 ± 14,3 87,0 ± 23,3 20,6 ± 6,2 41,6 ± 11,4
hommes
coureurs de
demi-fond
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à la cheville 195

Tableau 7.8. Valeurs des moments de force maximum des inverseurs


et éverseurs chez des athlètes (en Nm).
Inverseurs Éverseurs
30°/s 120°/s 30°/s 120°/s 30°/s
concentrique concentrique concentrique concentrique excentrique
Athlétisme 25 athlètes 22,8 ± 10,5 19,5 ± 7,3 34,8 ± 9,8 25,4 ± 7,5 36,8 ± 8,5
[9] mixtes

d’une part, mais leur supériorité par rapport à la population « saine et nor-
male » étudiée plus haut.
Comme concernant les fléchisseurs plantaires et dorsaux et même si les
populations sont très différentes, nous constatons la supériorité marquée
des valeurs chez les sportifs (tableau 7.8) par rapport à la population « saine
et normale » étudiée plus haut.

Force musculaire isocinétique


et pathologies de la cheville
Tant en bilan qu’en rééducation et en réentraînement, l’isocinétisme
convient à plusieurs pathologies au niveau du complexe pied-cheville  :
pathologies articulaires comme l’entorse ou l’instabilité chronique de
cheville, et pathologies de surmenage chroniques comme les tendinopa-
thies, ou aiguës comme les lésions musculaires (cela est traité dans les
chapitres 8 et 12).
L’entorse externe de cheville est la pathologie la plus fréquente en trauma-
tologie (environ 6 000 cas/jour en France). Suivant son degré de gravité, elle
nécessite une immobilisation relative ou complète plus ou moins longue,
et par voie de conséquence entraîne une fonte musculaire au niveau des
muscles de la loge postérieure de la jambe et des stabilisateurs de la cheville
et du pied.
Ainsi, un déficit de force musculaire des éverseurs et/ou des inverseurs a
été rapporté dans les suites d’une entorse du ligament collatéral latéral de
la cheville [39, 40]. Il est probable que les qualités neuromusculaires de la
cheville soient altérées après une première entorse en raison des dommages
subis par les récepteurs sensoriels ligamentaires [41]. Les conséquences de
ces atteintes sont des déficits fonctionnels tels qu’un contrôle postural
affecté, mais aussi une diminution de la force maximale des muscles éver-
seurs ainsi qu’un allongement de leur temps de réaction [42, 43]. Il a même
été rapporté qu’un déficit de force musculaire des éverseurs par rapport aux
inverseurs pouvait être un facteur favorisant la survenue d’une entorse [44].
Malgré une prise en charge initiale et rééducative codifiée [45], les
complications secondaires de l’entorse de cheville sont fréquentes (10  %
196 Guide d’isocinétisme

à 60 % selon les études), à type de douleurs chroniques, d’entorses à répé-


tition ou d’instabilité chronique [46]. Ce terme d’instabilité chronique de
cheville introduit par Freeman : Functional Ankle Instability, est ressentie par
le patient comme une cheville qui « lâche » (giving Way of the Ankle) [47].
Cet état relèverait d’une insuffisance mécanique par laxité du complexe
articulaire de la cheville, d’une insuffisance musculaire par déficience des
muscles éverseurs (muscles fibulaires) et d’une insuffisance sensori-motrice
[48]. Un déficit de la force musculaire des éverseurs a été rapporté par plu-
sieurs auteurs [13,37,49-51], mais il persiste d’importantes discussions sur
l’importance [13] ou la persistance de ce déficit [52], voire pour certains
son existence même [39, 53-55]. Au-delà de leur déficience, la co-activation
des groupes musculaires antagonistes a été identifiée comme un facteur
déterminant de la stabilité dynamique d’une articulation [56]. Au niveau
de la cheville, certains auteurs considèrent qu’un déséquilibre musculaire
éverseurs/inverseurs coexiste dans l’instabilité chronique [13,57] et qu’il
pourrait être facteur de prédisposition aux entorses [52, 57].
Enfin, il ne faut pas négliger la responsabilité potentielle d’une insuffi-
sance des fléchisseurs dorsaux dans la survenue d’entorses de cheville et
de l’instabilité de cheville, ces muscles devant donc être si possible évalués
et le cas échéant renforcés [55, 58]. Il est important de mentionner ici que
les déficits identifiés lors d’une évaluation isocinétique peuvent être dus à
une lésion nerveuse, particulièrement en cas de traumatisme aigu comme
une entorse de cheville : dans 6 % des entorses de cheville (spécialement
stades II et III), une lésion histologique du nerf fibulaire est présente [59]. Et
d’autres facteurs comme une stabilité posturale altérée, des éverseurs faibles
en excentrique à vitesse lente ou des fléchisseurs plantaires trop forts par
rapport aux fléchisseurs dorsaux en concentrique à vitesse rapide jouent
aussi un rôle important [40].
Dans ce contexte, l’évaluation musculaire isocinétique des éverseurs et
des inverseurs semble avoir une place intéressante dans l’orientation de la
prise en charge rééducative des entorses de cheville et de l’instabilité chro-
nique de cheville.
Dans le cadre de la rééducation, c’est vers ces déficits de force musculaire
que les protocoles de renforcement musculaire isocinétique sont dirigés en
général, et principalement vers un renforcement musculaire des éverseurs
pour leur rôle « anti-varus ». Plus généralement, le réentraînement prend
habituellement la forme d’un renforcement des éverseurs et des inverseurs,
en concentrique et en excentrique, à vitesses lentes et rapides, en force et
parfois en résistance à la fatigue. Ces aspects sont traités dans le chapitre 12.
Enfin, le dynamomètre isocinétique peut encore participer efficacement
à la prise en charge des pathologies articulaires de cheville par le biais de
la sensation du positionnement articulaire (Joint Position Sense en anglais),
tant en évaluation qu’en rééducation  : la possibilité de connaître via le
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à la cheville 197

dynamomètre la position de l’articulation au degré près, permet de pouvoir


évaluer si le sujet a une bonne conscience de la position de sa cheville, fac-
teur connu comme essentiel dans la prévention de récidives d’entorses ou
d’instabilité chronique, et le cas échéant de le réentraîner dans ce domaine.

Perspectives
L’isocinétisme au niveau de la cheville souffre d’un manque de bibliogra-
phie et de validation scientifique comparativement au genou et à l’épaule.
Ceci est certainement dû à la sollicitation souvent jugée trop « analytique »
exercée par ces dynamomètres au niveau d’une articulation à dominante
proprioceptive. Cependant, les évaluations pratiquées montrent régulière-
ment des effecteurs musculaires dévalués, ce qui semble tout de même jus-
tifier d’une part l’existence de ces bilans et d’autre part la pratique d’une
rééducation de la force afin d’optimiser en parallèle le travail proprioceptif,
par exemple.

Points clés
L’utilisation d’un dynamomètre isocinétique au niveau de la cheville
concerne deux mouvements  : la flexion plantaire/dorsale et l’inversion/
éversion. Plusieurs installations sont possibles : assis ou allongé sur le dos,
genou tendu ou fléchi ou bien allongé sur le ventre genou tendu, et des
méthodologies d’évaluation plus ou moins précises existent déjà en fonc-
tion des différents paramètres à moduler  : vitesse, amplitude, nombre de
séries et de répétitions… Même s’il existe un manque cruel de références
bibliographiques et d’études regroupant un nombre important de sujets.
Cette technologie permet de répéter les évaluations et les protocoles de
réentraînement avec une très grande répétabilité. En termes d’évaluation,
des mesures très précises sont permises tant qualitatives (interprétation des
courbes) que quantitatives (interprétation des valeurs de moment de force
maximum et de ratios). En termes de réentraînement, tous les modes de
renforcement sont possibles : chaînes ouverte ou fermée, concentrique ou
excentrique, résisté ou aidé, en force/puissance/résistance à la fatigue… Afin
de participer au traitement de différentes pathologies comme les entorses
de chevilles, les instabilités chroniques de cheville, les tendinopathies
d’Achille ou les lésions musculaires du mollet par exemple.

Références
[1] Fourchet F, Isocinétisme et cheville : bilans, rééducation et prévention en trau-
matologie, in Isocinétisme et fonction musculaire : de la prévention à la réhabi-
litation, ACAPS, Editor. 2014, EDP Sciences. p. 65-76.
198 Guide d’isocinétisme

[2] De Ste Croix M, Deighan M, Armstrong N. Assessment and interpretation


of isokinetic muscle strength during growth and maturation. Sports Med.
2003;33(10):727-43.
[3] Burnett CN, Betts EF, King WM. Reliability of isokinetic measurements of hip
muscle torque in young boys. Phys Ther. 1990;70(4):244-9.
[4] Perrin D. Isokinetic exercise and assessment. 1993, Champaign (IL): Human
Kinetics. 2000.
[5] Ribeiro C, Evaluation du profil isocinétique des instabilités chroniques de che-
ville, in Department of Medicine. 2012, University of Lille, France : Lille.
[6] Hebert-Losier K, Schneiders AG, Garcia JA, Sullivan SJ, Simoneau GG. Influence
of knee flexion angle and age on triceps surae muscle fatigue during heel raises.
J Strength Cond Res. 2012;26(11):3134-47.
[7] van Cingel RE, Kleinrensink G, Uitterlinden EJ, Rooijens PP, Mulder PG,
Aufdemkampe G, Stoeckart R. Repeated ankle sprains and delayed neuro-
muscular response: acceleration time parameters. J Orthop Sports Phys Ther.
2006;36(2):72-9.
[8] Osternig LR, Bates BT, James SL. Patterns of tibial rotary torque in knees of heal-
thy subjects. Med Sci Sports Exerc. 1980;12(3):195-9.
[9] Edouard P, Chatard JC, Fourchet F, Collado H, Degache F, Leclair A, Rimaud
D, Calmels P. Invertor and Evertor Strength in Track and Field Athletes with
Functional Ankle Instability. Isokinetics and Exercise Science. 2011.19:91-96.
[10] Lentell G, Cashman PA, Shiomoto KJ, Spry JT. The effect of knee position on
torque output during inversion and eversion movements at the ankle. J Orthop
Sports Phys Ther. 1988;10(5):177-83.
[11] Amaral De Noronha M, Borges Jr NG. Lateral ankle sprain: isokinetic test reliabi-
lity and comparison between invertors and evertors. Clin Biomech (Bristol, Avon).
2004;19(8):868-71.
[12] Dvir Z. Isokinetics: Muscle Testing, Interpretation, and Clinical Applications. 2nd ed
Tel-Aviv: Churchill Livingstone; 2004.
[13] Hartsell HD, Spaulding SJ. Eccentric/concentric ratios at selected velocities for
the invertor and evertor muscles of the chronically unstable ankle. Br J Sports
Med. 1999;33(4):255-8.
[14] Fourchet F, Kelly L, Horobeanu C, Loepelt H, Taiar R, Millet GP. High intensity
running on plantar flexor fatigability and plantar pressure distribution in ado-
lescent runners. J Athl Train. 2015;Feb;50(2):117-25.
[15] Fourchet F, Millet GP, Tomazin K, Guex K, Nosaka K, Edouard P, Degache F,
Millet GY. Effects of a 5-h hilly running on ankle plantar and dorsal flexor force
and fatigability. Eur J Appl Physiol. 2012;112(7):2645-52.
[16] Salavati M, Moghadam M, Ebrahimi I, Arab AM. Changes in postural stability
with fatigue of lower extremity frontal and sagittal plane movers. Gait Posture.
2007;26(2):214-8.
[17] Webber SC, Porter MM. Reliability of ankle isometric, isotonic, and isokinetic
strength and power testing in older women. Phys Ther. 2010;90(8):1165-75.
[18] Karnofel H, Wilkinson K, Lentell G. Reliability of isokinetic muscle testing at the
ankle. J Orthop Sports Phys Ther. 1989;11(4):150-4.
[19] Lin WH, Liu YF, Hsieh CC, Lee AJ. Ankle eversion to inversion strength ratio
and static balance control in the dominant and non-dominant limbs of young
adults. J Sci Med Sport. 2009;12(1):42-9.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à la cheville 199

[20] Wilkerson GB, Pinerola JJ, Caturano RW. Invertor vs. evertor peak torque and
power deficiencies associated with lateral ankle ligament injury. J Orthop Sports
Phys Ther. 1997;26(2):78-86.
[21] Kellis E, Kellis S, Gerodimos V. Reliability of isokinetic concentric and eccentric
strength in circumpubertal soccer players. Pediatr Exerc Sci. 1999;11:218-28.
[22] Bisson EJ, Remaud A, Boyas S, Lajoie Y, Bilodeau M. Effects of fatiguing isometric
and isokinetic ankle exercises on postural control while standing on firm and
compliant surfaces. J Neuroeng Rehabil. 2012;9:39.
[23] Boyas S, Remaud A, Bisson EJ, Cadieux S, Morel B, Bilodeau M. Impairment in
postural control is greater when ankle plantarflexors and dorsiflexors are fatigued
simultaneously than when fatigued separately. Gait Posture. 2011;Jun;34(2):254-9.
[24] Harkins KM, Mattacola CG, Uhl TL, Malone TR, McCrory JL. Effects of 2 ankle
fatigue models on the duration of postural stability dysfunction. J Athl Train.
2005;40(3):191-4.
[25] Dipla K, Tsirini T, Zafeiridis A, Manou V, Dalamitros A, Kellis E, Kellis S. Fatigue
resistance during high-intensity intermittent exercise from childhood to adult­
hood in males and females. Eur J Appl Physiol. 2009;106(5):645-53.
[26] Bosquet L, Maquet D, Forthomme B, Nowak N, Lehance C, Croisier JL. Effect of
the lengthening of the protocol on the reliability of muscle fatigue indicators.
Int J Sports Med. 31(2) : 82-8.
[27] Moller M, Lind K, Styf J, Karlsson J. The reliability of isokinetic testing of
the ankle joint and a heel-raise test for endurance. Knee Surg Sports Traumatol
Arthrosc. 2005;13(1):60-71.
[28] Holmback AM, Porter MM, Downham D, Lexell J. Reliability of isokinetic ankle
dorsiflexor strength measurements in healthy young men and women. Scand J
Rehabil Med. 1999;31(4):229-39.
[29] Morrison KE, Kaminski TW. The reproducibility of an isokinetic testing tech-
nique at the ankle joint. Isokinetics and Exercise Science. 2007;15:245-51.
[30] Aydog E, Aydog ST, Cakci A, Doral MN. Reliability of isokinetic ankle inversion-
and eversion-strength measurement in neutral foot position, using the Biodex
dynamometer. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc. 2004;12(5):478-81.
[31] Cawthorn M, Cummings GS, Walker JR, Donatelli RA. Isokinetic measurement
of foot invertor and evertor force in three positions of plantarflexion and dorsi-
flexion. J Orthop Sports Phys Ther. 1991;14(2):75-81.
[32] Holmback AM, Porter MM, Downham D, Lexell J. Ankle dorsiflexor muscle per-
formance in healthy young men and women: reliability of eccentric peak torque
and work measurements. J Rehabil Med. 2001;33(2):90-6.
[33] So CH, Siu TO, Chan KM, Chin MK, Li CT. Isokinetic profile of dorsiflexors
and plantar flexors of the ankle--a comparative study of elite versus untrained
subjects. Br J Sports Med. 1994;28(1):25-30.
[34] Gerodimos V, Manou V, Stavropoulos N, Kellis E, Kellis S. Agonist and antago-
nist strength of ankle musculature in basketball players aged 12 to 17  years.
Isokinetics and Exercise Science. 2006;14:81-9.
[35] Alexander MJ. Peak torque values for antagonist muscle groups and concen-
tric and eccentric contraction types for elite sprinters. Arch Phys Med Rehabil.
1990;71(5):334-9.
[36] Calmels PM, Nellen M, van der Borne I, Jourdin P, Minaire P. Concentric and
eccentric isokinetic assessment of flexor-extensor torque ratios at the hip, knee,
200 Guide d’isocinétisme

and ankle in a sample population of healthy subjects. Arch Phys Med Rehabil.
1997;78(11):1224-30.
[37] Yildiz Y, Taner A, Sekir S, Hazneci B, Komurcu M, Alp Kalyon T. Peak and end
range eccentric evertor/concentric invertor muscle strength ratios in chronically
unstable ankles: comparison with healthy individuals. Journal of Sports Science
and Medicine 2003;2:70-6.
[38] Fousekis K, Tsepis E, Vagenas G. Multivariate isokinetic strength asymmetries
of the knee and ankle in professional soccer players. J Sports Med Phys Fitness.
2010;50(4):465-74.
[39] Fox J, Docherty CL, Schrader J, Applegate T. Eccentric plantar-flexor torque defi-
cits in participants with functional ankle instability. J Athl Train. 2008;43(1):51-4.
[40] Witchalls J, Blanch P, Waddington G, Adams R. Intrinsic functional deficits
associated with increased risk of ankle injuries: a systematic review with meta-
analysis. Br J Sports Med. 2012;46(7):515-23.
[41] Zech A, Hubscher M, Vogt L, Banzer W, Hansel F, Pfeifer K. Neuromuscular trai-
ning for rehabilitation of sports injuries: a systematic review. Med Sci Sports Exerc.
2009;41(10):1831-41.
[42] Holme E, Magnusson SP, Becher K, Bieler T, Aagaard P, Kjaer M. The effect of
supervised rehabilitation on strength, postural sway, position sense and re-injury
risk after acute ankle ligament sprain. Scand J Med Sci Sports. 1999;9(2):104-9.
[43] Hertel J. Sensorimotor deficits with ankle sprains and chronic ankle instability.
Clin Sports Med. 2008;27(3):353-70 vii.
[44] Hagen M, Asholt J, Lemke M, Lahner M. The angle-torque-relationship of the
subtalar pronators and supinators in male athletes: A comparative study of soc-
cer and handball players. Technol Health Care. 2016;24(3):391-9.
[45] Mattacola CG, Dwyer MK. Rehabilitation of the Ankle After Acute Sprain or
Chronic Instability. J Athl Train. 2002;37(4):413-29.
[46] Kaminski TW, Hartsell HD. Factors Contributing to Chronic Ankle Instability:
A Strength Perspective. J Athl Train. 2002;37(4):394-405.
[47] Freeman MA. Instability of the foot after injuries to the lateral ligament of the
ankle. J Bone Joint Surg Br. 1965;47(4):669-77.
[48] Hertel J. Functional instability following lateral ankle sprain. Sports Med.
2000;29(5):361-71.
[49] Bosien WR, Staples OS, Russell SW. Residual disability following acute ankle
sprains. J Bone Joint Surg Am. 1955;37-A(6):1237-43.
[50] Tropp H. Pronator muscle weakness in functional instability of the ankle joint.
Int J Sports Med. 1986;7(5):291-4.
[51] Willems T, Witvrouw E, Verstuyft J, Vaes P, De Clercq D. Proprioception and
Muscle Strength in Subjects With a History of Ankle Sprains and Chronic Insta-
bility. J Athl Train. 2002;37(4):487-93.
[52] Konradsen L, Olesen S, Hansen HM. Ankle sensorimotor control and eversion
strength after acute ankle inversion injuries. Am J Sports Med. 1998;26(1):72-7.
[53] Kaminski TW, Perrin DH, Gansneder BM. Eversion strength analysis of uninju-
red and functionally unstable ankles. J Athl Train. 1999;34(3):239-45.
[54] Bernier JN, Perrin DH, Rijke A. Effect of unilateral functional instability of
the ankle on postural sway and inversion and eversion strength. J Athl Train.
1997;32(3):226-32.
[55] Negahban H, Moradi-Bousari A, Naghibi S, Sarrafzadeh J, Shaterzadeh-Yazdi MJ,
Goharpey S, Etemadi M, Mazaheri M, Feizi A. The eccentric torque production
Évaluation musculaire isocinétique appliquée à la cheville 201

capacity of the ankle, knee, and hip muscle groups in patients with unilateral
chronic ankle instability. Asian J Sports Med. 2013;4(2):144-52.
[56] Baratta R, Solomonow M, Zhou BH, Letson D, Chuinard R, D’Ambrosia R. Mus-
cular coactivation. The role of the antagonist musculature in maintaining knee
stability. Am J Sports Med. 1988;16(2):113-22.
[57] Baumhauer JF, Alosa DM, Renstrom AF, Trevino S, Beynnon B. A prospective
study of ankle injury risk factors. Am J Sports Med. 1995;23(5):564-70.
[58] Naicker M, McLean M, Esterhuizen TM, Peters-Futre EM. Poor peak dorsiflexor
torque associated with incidence of ankle injury in elite field female hockey
players. J Sci Med Sport. 2007;10(6):363-71.
[59] Nitz A, Neurogenic responses to ankle sprains, in Fifth International Ankle Sym-
posium 2012 Lexington, University of Kentucky.(KY).
8 Évaluation musculaire
isocinétique appliquée
aux pathologies
tendino-musculaires

Pascal Edouard

Résumé
L’évaluation musculaire isocinétique a toute sa place dans le
contexte des lésions tendino-musculaires. Dans le cadre de la lésion
musculaire des ischio-jambiers, l’évaluation musculaire isocinétique
permet une analyse objective quantitative et qualitative de la force
des ischio-jambiers pour guider la prise en charge et la décision de
reprise du sport. De plus, cette évaluation des ischio-jambiers a un
intérêt pour dépister un déficit et/ou un déséquilibre musculaire
des ischio-jambiers en prévention primaire et secondaire des lésions
musculaires des ischio-jambiers. Dans le cadre des lésions musculaires
chroniques, l’évaluation musculaire isocinétique permet aussi une
analyse objective quantitative et qualitative, permettant de mieux
déterminer le lien entre lésion, force, et gêne, et orienter la prise en
charge thérapeutique. Dans le cadre des tendinopathies patellaires
et d’Achille, l’évaluation musculaire isocinétique permet d’objecti-
ver le retentissement éventuel de la tendinopathie chronique sur la
force musculaire pour guider la prise en charge rééducative. Pour
toutes ces évaluations, la balance bénéfice/risque doit être discutée
pour ne pas aggraver la lésion existante.

Mots clés : évaluation musculaire ; lésion musculaire ; tendinopathie ;


ischio-jambiers ; tendon patellaire ; tendon d’Achille ; excentrique ;
prévention des blessures

Dans le contexte de la pratique sportive, les lésions tendino-musculaires


représentent les principales pathologies (ou blessures) rencontrées. Elles
peuvent survenir sur un mode brutal (accident traumatique), avec un
mécanisme qui peut être extrinsèque (choc direct) ou intrinsèque (issu de la
tension même du muscle), ou sur un mode progressif avec un mécanisme
micro-traumatique et souvent causé par la sur-utilisation («  overuse  »).
Ces blessures représentent un enjeu particulier pour les équipes médicales
autour des sportifs, avec un objectif de guérison rapide, pour un retour sur

Guide d’isocinétisme
© 2016 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
204 Guide d’isocinétisme

le terrain au niveau antérieur, et avec un risque de récidive réduit (et si


possible nulle). Ce chapitre est donc dédié à l’intérêt de l’évaluation mus-
culaire isocinétique dans le cadre de ces lésions tendino-musculaires, en
traitant plus spécifiquement la lésion musculaire des ischio-jambiers, les
lésions musculaires chroniques, la tendinopathie patellaire, et la tendino-
pathie d’Achille. Les aspects relatifs à la rééducation sont traités dans le
chapitre 12, les adaptations spécifiques de la force musculaire à la pratique
sportive sont traitées dans les chapitres respectifs concernant les quadriceps
et ischio-jambiers (chapitre 4), les muscles rotateurs de l’épaule (chapitre 5),
les muscles du rachis (chapitre 6), et les muscles stabilisateurs de la cheville
(chapitre 7).

La lésion musculaire des ischio-jambiers


Notions fondamentales sur la lésion musculaire
des ischio-jambiers
La lésion musculaire des ischio-jambiers est la principale blessure liée à
la pratique de l’athlétisme [1-3] (17 % des blessures lors des compétitions
internationales [2]), mais aussi dans les autres sports d’accélérations et de
sprints, notamment en football [4] ou rugby [5].
La lésion musculaire des ischio-jambiers est caractérisée par une douleur
aiguë dans la loge postérieure de la cuisse, ayant un retentissement fonc-
tionnel allant de la simple gêne à l’impotence fonctionnelle totale, pouvant
entraîner un arrêt de pratique sportive de plusieurs mois, et s’associe à un
risque important de récidive [1,2]. À partir de l’interrogatoire, de l’examen
clinique, et plus ou moins un examen d’imagerie (échographie, voire IRM),
le diagnostic de lésion musculaire des ischio-jambiers est confirmé, le stade
de gravité apprécié et le délai pour reprendre les activités sportives est
estimé. Il existe plusieurs classifications de ces lésions musculaires [1], nous
vous proposons une classification en trois stades dans le tableau 8.1.
La prise en charge est médicale et rééducative, comprenant [1] :
• une 1re  phase en aiguë qui vise à lutter contre la douleur, l’œdème et
l’hématome, par un repos relatif (limitation des tensions musculaires pour
éviter l’aggravation de la lésion et permettre un début de cicatrisation),
l’application de glace, la contention/compression et la surélévation ;
• une 2e phase de remodelage qui a pour objectif de guider la cicatrisation
pour récupérer un tissu musculaire fonctionnel (élastique et contractile) par
des sollicitations musculaires ;
• une 3e phase fonctionnelle de retour à la compétition avec reprise pro-
gressive des activités sportives en augmentant progressivement l’intensité
et le volume des sollicitations, poursuite du renforcement et du recondi-
tionnement musculaire pour prévenir la récidive des blessures.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies... 205

Tableau 8.1. Classification en trois stades des lésions musculaires


des ischio-jambiers avec les caractéristiques fonctionnelles,
de l’examen clinique et des délais estimés de reprise du sport [1].
Stades Retentissement Mode de survenue Examen clinique Délai estimé de
fonctionnel de la douleur reprise du sport
Stade I Faible gêne, peu Douleur d’apparition Douleur pour Environ 15 jours
(gravité de restriction rapidement un étirement
faible) fonctionnelle progressive, ou peu important et une
ou pas d’arrêt brutal contraction proche
de l’activité sportive du maximum
Stade II Restriction Douleur brutale, arrêt Douleur pour Environ 30 à
(gravité fonctionnelle net de la pratique un étirement et 45 jours
moyenne) importante sportive une contraction
minime
Stade III Impotence Douleur brutale, arrêt Impotence 45 jours à 3 mois
(gravité fonctionnelle net de la pratique musculaire totale
élevée) totale sportive avec chute

Une prise en charge chirurgicale peut se discuter dans les désinsertions


tendineuses notamment proximales.

Particularités de l’évaluation isocinétique dans le


contexte de la lésion musculaire des ischio-jambiers
Tout d’abord, l’évaluation musculaire des ischio-jambiers ne doit pas
entraîner d’aggravation ou de récidive de la lésion. Cette évaluation doit
donc être planifiée de manière adaptée par rapport aux délais de cicatrisa-
tion tissulaire, et son indication doit être confirmée par une visite médi-
cale préalable à l’évaluation (voir chapitre 3). Après une lésion musculaire,
l’interrogatoire doit s’assurer que le sujet a repris une pratique sportive
complète sans aucun symptôme, et l’examen clinique doit confirmer
l’absence de douleur lors de manœuvres de palpation, d’étirement et de
contraction contre-résistance. Le muscle doit être suffisamment guéri et
solide pour pouvoir subir et réaliser l’évaluation, sans aucun risque lésion-
nel. Dans le cadre d’un dépistage en début de saison, le sujet doit aussi
être indemne de plainte à type de douleur et avoir une pratique sportive
complète pour réaliser l’évaluation. Dans le cadre de lésions musculaires
chroniques ou récidivantes référez-vous au paragraphe « Les lésions mus-
culaires chroniques ».
L’évaluation isocinétique des ischio-jambiers doit être précédée d’un
échauffement général et spécifique, afin de permettre le développement
d’une force maximale sans risque lésionnel pour les ischio-jambiers  (voir
chapitre 4).
206 Guide d’isocinétisme

Figure 8.1. Installation pour l’évaluation musculaire isocinétique des ischio-jambiers


vue de ¾ (A) et de face (B), sur un dynamomètre de type Con-Trex®.

L’évaluation musculaire des ischio-jambiers se fait en utilisant la métho-


dologie d’évaluation des fléchisseurs et extenseurs du genou telle que
détaillée dans le chapitre 4. Le sujet est placé en position assise avec une
inclinaison de 15° par rapport à la verticale (angle entre la cuisse et le tronc
à 105°) (figure 8.1). L’axe du dynamomètre est aligné de manière à ce que
son centre de rotation corresponde à celui du centre articulaire moyen de
flexion/extension du genou, et ce tout au long du mouvement de flexion/
extension du genou.
Dans le cadre de cette évaluation musculaire, des adaptations de l’ins-
tallation par la modification de la position du siège peuvent être proposées
pour modifier la longueur du muscle, et permettre une évaluation plus
poussée et plus en rapport avec la biomécanique du geste sportif. La force
musculaire des ischio-jambiers est significativement augmentée en position
assise droite (classique) par rapport à une position semi-inclinée [6]. L’angle
de flexion de la hanche influence le moment de force maximum des ischio-
jambiers dans tous les modes de contraction : quand la flexion de hanche
augmente, le moment de force maximum des ischio-jambiers augmente [7].
Une position en décubitus ventral a aussi été décrite mais qui est rarement
utilisé en pratique clinique [6].
Dans ce contexte, il nous semble important d’avoir à l’esprit cette influence
de la position sur la force musculaire des ischio-jambiers, et comme pour
toute évaluation isocinétique, pour que la comparaison soit possible dans
le temps pour un même sujet ou avec d’autres sujets, il est fondamental
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies... 207

de garder toujours la même méthodologie et donc installation. Nous vous


suggérons de conserver la position assise avec une inclinaison de 15° par
rapport à la verticale, qui vous permettra de comparer les valeurs mesurées
avec d’autres évaluations. Et dans des contextes très particuliers, par rapport
à la symptomatologie, l’examen clinique et/ou si cette précédente position
ne permet pas de mettre en évidence le déficit de force que vous suspectez,
nous vous suggérons de varier l’angle de flexion de la hanche.
Concernant le mode de contraction, une évaluation de la force à la fois
concentrique et excentrique est conseillée. En effet ces deux modes de
contraction sont complémentaires pour la compréhension des capacités du
muscle, et le mode excentrique a une importance particulière autant dans
la performance motrice (performance de sprint) [8], que dans la prévention
des blessures [9].
Les vitesses angulaires choisies doivent permettre une bonne connais-
sance des possibilités du muscle en rapport avec la relation force-vitesse.
Ainsi, comme précisé dans le chapitre  4 au moins deux vitesses concen-
triques et une vitesse excentrique sont conseillées, mais cela peut être
élargi en fonction des objectifs de l’évaluation. Dans le cadre spécifique de
l’évaluation de la force des ischio-jambiers pour le dépistage d’un facteur
de risque de blessure des ischio-jambiers, Croisier et al. [9] ont proposé la
méthodologie d’évaluation suivante  : échauffement à 120°/s en concen-
trique, puis évaluation maximale avec 3 répétitions à 60°/s en concentrique,
5 répétitions à 240°/s en concentrique, 3 répétitions à 30°/s en excentrique,
et 4  répétitions à 120°/s en excentrique, avec 1  minute de récupération
entre chaque série. Cette méthodologie nous paraît tout à fait pertinente, il
nous semble important d’évaluer le muscle selon un panel de vitesse large
en mode concentrique et excentrique.
L’interprétation des résultats de l’évaluation doit se faire à la fois par une
analyse quantitative (moment de force maximum et ratios) et une analyse
qualitative (analyse de la courbe isocinétique) (voir chapitres  3 et  4). La
courbe isocinétique classique des ischio-jambiers montre un moment de
force maximum lorsque le muscle a le plus grand allongement (figure 8.2).
Physiologiquement, on rapporte :
• en concentrique un moment de force maximum survenant dans les pre-
miers degrés de la flexion du genou, puis une diminution progressive du
moment de force de la position genou en extension à la position genou
en flexion lors de l’action des ischio-jambiers pour fléchir le genou. Plus le
sujet est explosif, plus le « pic » initial du moment de force maximum est
net et précoce (temps de développement de tension maximale extrême-
ment faible) ;
• en excentrique un moment de force maximum survenant dans les der-
niers degrés de l’extension contre résistance du genou, avec une augmen-
tation progressive du moment de force de la position genou en flexion à
208 Guide d’isocinétisme

Figure 8.2. Courbes isocinétiques type des ischio-jambiers à 60°/s en concentrique


sur dynamomètre isocinétique de type Con-Trex® : deux répétitions de contraction
maximales (vue à la suite) (A) et trois répétitions de contraction maximales (vue
superposée) (B).

la position genou en extension lors de l’action des ischio-jambiers pour


résister à l’extension du genou. Plus la courbe est nette, plus le sujet est
capable de maîtriser le mode de contraction excentrique. Plus le « pic » final
du moment de force maximum est net et tardif (temps de décroissance de la
force extrêmement faible), plus le sujet a une force excentrique optimale.
L’évaluation en position assise appliquée au genou ne permet que
l’évaluation de la fonction de flexion du genou des ischio-jambiers.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies... 209

Dans le cadre d’une évaluation complète de la fonction des ischio-jambiers,


et notamment une évaluation de la fonction d’extension de hanche des
ischio-jambiers, une évaluation des muscles fléchisseurs et extenseurs de la
hanche peut être associée [8,10].

Modifications de la force musculaire isocinétique


dans le cadre de la lésion musculaire
des ischio-jambiers
Il a été rapporté une diminution de force musculaire des ischio-jambiers
dans les suites, à plus ou moins long terme, d’une lésion musculaire des
ischio-jambiers [11-13].
Dans les suites d’une lésion musculaire aiguë des ischio-jambiers, après
avoir réalisé le protocole de rééducation et de réathlétisation, et lorsque
l’examen clinique autorisait une reprise complète du football, Tol et al. [13]
ont rapporté que 67  % des joueurs présentaient une différence de force
musculaire des ischio-jambiers par rapport au côté controlatéral sain supé-
rieurs à 10 %.
À distance d’une lésion musculaire des ischio-jambiers, Dauty et al. [12]
ont rapporté un déficit de force des ischio-jambiers (IJ), relatif au côté contro-
latéral sain (ratios bilatéral des ischio-jambiers) ou par rapport à la force
du quadriceps (Q) homolatéral (ratio IJ exc./Q conc.), significatif chez des
footballeurs ayant un antécédent de lésion des ischio-jambiers par rapport à
ceux n’ayant jamais de lésion des ischio-jambiers (tableau 8.2) [12].
Enfin, dans le cadre de plaintes récurrentes dans leur pratique sportive
au niveau des ischio-jambiers à type de douleur ou d’inconfort à distance
d’une lésion musculaire des ischio-jambiers, Croisier et al. [11] ont rapporté

Tableau 8.2. Déficit de force des ischio-jambiers après une lésion


musculaire des ischio-jambiers en football, visualisable
sur les ratios IJ exc./Q conc. et bilatéraux, d’après Dauty et al. [12].
Ratios Footballeurs sans antécédent de Footballeurs avec antécédent de
lésion des ischio-jambiers (n = 17) lésion des ischio-jambiers (n = 11)
IJ conc./Q conc. 0,67 ± 0,09 0,62 ± 0,13
IJ exc./Q conc. 0,80 ± 0,15* 0,65 ± 0,21*
Bilatéral IJ conc. 1,00 ± 0,12* 0,82 ± 0,14*
Bilatéral IJ exc. 0,94 ± 0,15* 0,79 ± 0,23*
IJ : ischio-jambiers ; Q : quadriceps ; conc. : concentrique ; exc. : excentrique.
Le ratio bilatéral IJ était calculé en faisant le rapport du moment de force maximum
des ischio-jambiers du côté avec l’antécédent de lésion sur le moment de force maximum
des ischio-jambiers du côté sain.
* Différence significative entre les deux groupes.
210 Guide d’isocinétisme

Tableau 8.3. Déficit relatif de la force des ischio-jambiers en excentrique


à 30°/s par rapport à la force du quadriceps en concentrique à 240°/s,
représenté par le ratio IJ30 exc./Q240 conc., chez les 25 sportifs (football,
athlétisme, et arts martiaux) présentant une plainte au niveau
des ischio-jambiers (douleur, inconfort…) dans leur pratique sportive,
par rapport aux sujets contrôles sains (a) et au côté controlatéral sain (b).
Ratio Sujets sains Sujets avec antécédent de lésion des ischio-jambiers
contrôles Côté controlatéral sain Côté lésé
IJ exc./Q conc. 0,98 ± 0,14a 0,90 ± 0,16b 0,75 ± 0,23ab
IJ : ischio-jambiers ; Q : quadriceps ; conc. : concentrique ; exc. : excentrique.
D’après Croisier et al. [11].

chez 25 sportifs (football, athlétisme, et arts martiaux) un déficit de force


portant notamment sur la force excentrique des ischio-jambiers et le ratio
force excentrique des ischio-jambiers sur force concentrique du quadriceps
(ratio fléchisseurs à  30°/s en excentrique/extenseurs à  240°/s en concen-
trique : IJ30exc./Q240 conc.) (tableau 8.3) [11].

Intérêt de l’évaluation de la force musculaire


isocinétique pour la prévention des lésions
musculaires des ischio-jambiers
En suivant la séquence de prévention des blessures de van Mechelen et al.
[14], la prévention des lésions musculaires des ischio-jambiers passe par une
meilleure compréhension et connaissance des facteurs de risque de blessure
[15], puis par la mise en place de mesures de prévention validées.
Un des facteurs de risque modifiable de la lésion musculaire des ischio-
jambiers est un déficit musculaire des ischio-jambiers et/ou un déséquilibre
musculaire entre les fléchisseurs (ischio-jambiers) et les extenseurs (quadri-
ceps) du genou.
Dans une étude prospective de suivi d’une cohorte de 462 footballeurs,
Croisier et al. [9] ont rapporté que les footballeurs qui présentaient un dés-
équilibre musculaire, lors d’une évaluation isocinétique des fléchisseurs et
extenseurs du genou en début de saison, avait 4,7 fois plus de risque d’avoir
une lésion musculaire des ischio-jambiers durant la saison que les footbal-
leurs sans déséquilibre. Les critères retenus pour définir le déséquilibre mus-
culaire sont présentés dans le tableau 8.4.
Dans le même sens, dans une étude prospective de suivi d’une cohorte de
30 sprinteurs, Sugiura et al. [16] ont rapporté un déficit de force excentrique
des ischio-jambiers lors d’une évaluation isocinétique des fléchisseurs et
extenseurs du genou en début de saison chez les sprinteurs qui ont présenté
une lésion musculaire des ischio-jambiers durant la saison par rapport à
ceux indemnes.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies... 211

Tableau 8.4. Critères retenus par Croisier et al. [9] pour retenir


un déséquilibre musculaire lors de l’évaluation isocinétique
des fléchisseurs et extenseurs du genou en début de saison :
le sujet doit présenter au moins deux des critères suivants.
Paramètres Seuils
Différence entre les deux côtés en concentrique (à 60°/s ou 240°/s) ≥ 15 %
Différence entre les deux côtés en excentrique (à 30°/s ou 120°/s) ≥ 15 %
Ratio IJ/Q (à 60°/s ou 240°/s) < 0,47 (sur Cybex®)
< 0,45 (sur Biodex®)
Ratio IJ30°/s (exc.)/Q240°/s (conc.) < 0,80 (sur Cybex®)
< 0,89 (sur Biodex®)
IJ : ischio-jambiers ; Q : quadriceps ; conc. : concentrique ; exc. : excentrique.

Et, dans une étude prospective de suivi d’une cohorte de 40  sprinteurs
de haut niveau, Yeung et al. [17] ont rapporté que les sprinteurs qui présen-
taient un ratio IJ/Q inférieur à 0,60 lors d’une évaluation isocinétique des
fléchisseurs et extenseurs du genou en début de saison, avait 17 fois plus
de risque d’avoir une lésion musculaire des ischio-jambiers durant la saison
que les sprinteurs avec un ratio IJ/Q supérieur à 0,60.
D’un point de vue physiopathologique, la lésion des ischio-jambiers
pourrait être engendrée par la difficulté des ischio-jambiers à résister contre
les tractions du quadriceps notamment lors de la phase d’extension de la
jambe libre en sprint due à ce déficit de force excentrique et/ou relatif par
rapport au quadriceps.
Ces résultats sont cependant à interpréter avec précaution compte tenu
du fait qu’il y a peu d’études sur le sujet pour totalement l’affirmer, et
qu’une méta-analyse récente [18] ne retrouvait pas d’association entre dés-
équilibre du ratio IJ/Q et les lésions des ischio-jambiers, mais un risque plus
élevé de blessure des ischio-jambiers chez les sportifs présentant une force
augmentée du quadriceps [18].
La prévention des lésions musculaires des ischio-jambiers peut passer
entre autres par la correction des déséquilibres musculaires. En effet,
cette correction d’un déficit et/ou déséquilibre musculaire a été rappor-
tée par Croisier et al. [9], comme étant une mesure de prévention effi-
cace dans une étude de haute qualité méthodologique [9]. Les footbal-
leurs qui, au début de saison, présentaient un déséquilibre musculaire
et qui bénéficiaient d’une prise en charge rééducative jusqu’à correction
de ce déficit et/ou déséquilibre musculaire, avaient un risque de bles-
sure similaire à ceux qui n’en présentaient pas, et quatre fois plus faible
que ceux en présentant un, mais qui n’avaient pas eu de rééducation
corrective [9].
212 Guide d’isocinétisme

À retenir
• Le déficit relatif de force musculaire des ischio-jambiers semble être un fac-
teur de risque de lésions musculaire des ischio-jambiers.
• L’évaluation musculaire de la force des ischiojambiers a un intérêt pour
dépister un déficit et/ou un déséquilibre musculaire des ischio-jambiers en
prévention primaire et secondaire des lésions musculaires des ischio-jambiers.

Intérêts et indications de l’évaluation musculaire


isocinétique dans le cadre de la lésion musculaire
des ischio-jambiers
L’évaluation musculaire isocinétique des ischio-jambiers présente donc un
intérêt pour déterminer/connaître la force musculaire des ischio-jambiers
et l’équilibre de force musculaire entre les ischio-jambiers et le quadriceps
des sportifs (encadré 8.1). Cet équilibre est représenté par le ratio IJ/Q ou
ratio IJ30 exc./Q240 conc. L’évaluation musculaire isocinétique des ischio-
jambiers permet de dépister un éventuel déséquilibre musculaire, de dépis-
ter des sportifs à risque de lésion des ischio-jambiers, de planifier un pro-
gramme de préparation physique et/ou de prévention adapté, et de réaliser
le suivi de la récupération musculaire post-lésionnelle.
En cas de lésion musculaire aiguë, l’évaluation musculaire uniquement
du côté controlatéral sain peut permettre de planifier un programme de ren-
forcement musculaire doux et progressif avec des valeurs objectives de seuil
en pourcentage de la force maximale du côté controlatéral.

Encadré 8.1

À qui et quand réaliser une évaluation musculaire


isocinétique des ischio-jambiers ?
j sportif pratiquant un sport d’accélération et de sprint : en début de sai-
son pour le dépistage d’un déficit et/ou d’un déséquilibre musculaire ;
j sujet ou sportif présentant une lésion musculaire des ischio-jambiers  :

à la fin de la rééducation quand le testing musculaire manuel ne rapporte


plus de différence entre les deux côtés et par rapport aux extenseurs ;
j sujet ou sportif présentant des lésions musculaires des ischio-jambiers à

répétition.

Les lésions musculaires chroniques


Notions fondamentales sur les lésions
musculaires chroniques
Après une lésion musculaire aiguë, la plupart des lésions guérissent
sans séquelle, mais parfois la cicatrisation peut ne pas être optimale
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies... 213

ou parfaite, et le sujet peut conserver des séquelles à type de douleur,


inconfort, voire des lésions récidivantes. Différentes formes de cica-
trisation inadaptée sont susceptibles d’induire une gêne fonction-
nelle [19,20] :
• le granulome cicatriciel, le nodule fibreux et le noyau scléreux résultent
de la prolifération d’un tissu fibreux mal organisé après la lésion musculaire
et ne possèdent pas de qualités d’élasticité ;
• le kyste est constitué d’un encapsulement progressif de l’épanchement
résiduel et forme ainsi une poche de liquide intra-musculaire cerné par une
zone de sclérose ;
• les calcifications intra-musculaires forment des zones d’ « ossification »
intra-musculaire ;
• les brides et adhérences sont des accolements entre les enveloppes mus-
culaires et nuisent aux glissements physiologiques des muscles ;
• la hernie musculaire provient d’une rupture de l’enveloppe musculaire,
sous l’augmentation de la pression dans la loge musculaire lors de la
contraction le muscle sort.
Ces cicatrices inadaptées sont des structures tissulaires non élastiques
et non contractiles à l’intérieur du muscle qui lui est élastique et contrac-
tile. Toutes les sollicitations musculaires vont entraîner des tractions/
tensions sur ces structures tissulaires qui ne pourront être absorbées/
amorties, d’où la survenue de douleur, gêne, inconfort, voire de lésions
récidivantes.
Dans le contexte de gênes séquellaires après une lésion musculaire, il
est important de poser un diagnostic pour envisager une prise en charge
thérapeutique adaptée. Le diagnostic doit passer par un interrogatoire, un
examen clinique et souvent des examens complémentaires tel que l’ima-
gerie, mais il peut aussi inclure une évaluation musculaire objective afin
de déterminer le retentissement de la pathologie sur le muscle, mais aussi
d’aider à l’orientation de la prise en charge thérapeutique. Cette prise en
charge thérapeutique va avoir pour objectif d’améliorer la structure tissu-
laire pour la rendre plus élastique, et dans un but ultime de faire disparaître
la cicatrice inadaptée pour retrouver un muscle sain et fonctionnel. Elle
peut être médicale ou chirurgicale, elle peut inclure un travail de renforce-
ment musculaire.

Particularités de l’évaluation dans le contexte


des lésions musculaires chroniques
L’évaluation musculaire isocinétique ne doit pas entraîner d’aggravation de
la symptomatologie, ni faire décompenser la lésion ou entraîner une réci-
dive lésionnelle. Son indication doit être confirmée par une visite médicale
préalable à l’évaluation (voir chapitre 3). Un échauffement adapté, général
et spécifique, doit être réalisé avant la réalisation de l’évaluation maximale
(voir chapitre 3). Durant l’évaluation, l’expérimentateur doit être à l’écoute
214 Guide d’isocinétisme

et même à la recherche des éventuelles plaintes du patient. Ainsi, la balance


bénéfice/risque doit être appréciée avant de réaliser une telle évaluation
dans ce contexte.
L’évaluation musculaire isocinétique sera ciblée sur les groupements mus-
culaires atteints. La position et l’installation seront donc adaptées :
• pour les muscles fléchisseurs et extenseurs du genou, voir chapitre 4 ;
• pour les muscles rotateurs médiaux et latéraux de l’épaule, voir cha-
pitre 5 ;
• pour les muscles fléchisseurs et extenseurs du rachis, voir chapitre 6 ;
• pour les muscles fléchisseurs et extenseurs de la cheville, voir cha-
pitre 7 ;
• pour les muscles ischio-jambiers, voir chapitre 8.

Intérêts et indications de l’évaluation


musculaire isocinétique dans le cadre
de lésions musculaires chroniques
L’évaluation musculaire isocinétique va permettre de déterminer de
manière objective le retentissement au niveau de la force musculaire de la
lésion musculaire chronique (encadré 8.2). Cette évaluation musculaire va
permettre de répondre aux questions :
• Existe-t-il un déficit de force musculaire associé à cette lésion musculaire
chronique ?
• Y a-t-il un retentissement sur la force musculaire de la gêne ou dou-
leur ?
• Y a-t-il un intérêt à mettre en place un programme de renforcement mus-
culaire ? Et si oui, comment orienter ce renforcement musculaire ?
Si l’évaluation musculaire isocinétique met en évidence un déficit ou dés-
équilibre de force musculaire, il permettra aussi de déterminer l’orientation
du programme de renforcement musculaire :
• déterminer les groupes musculaires à renforcer pour conserver ou récupé-
rer l’équilibre agoniste/antagoniste ;
• déterminer les modes de contraction et les vitesses angulaires à privilégier
pour conserver ou récupérer un profil force-vitesse optimal.
En revanche, il ne sera pas possible de faire la part entre la cause ou la
conséquence d’un déficit ou déséquilibre mise en évidence.
L’analyse des résultats de l’évaluation musculaire isocinétique doit se
faire de manière quantitative et qualitative (voir chapitre 3). En plus d’une
analyse classique des éventuels déficits de force musculaire, une analyse fine
de la courbe isocinétique et des éventuels dysfonctionnements musculaires
aura tout son intérêt dans ce contexte pathologique. De plus, dans l’analyse
quantitative, l’analyse de paramètres comme le travail total pourra aussi
être pertinente.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies... 215

Encadré 8.2

Quand réaliser une évaluation musculaire isociné-


tique dans les lésions musculaires chroniques ?
j dans le cadre du bilan diagnostic afin de déterminer si un déficit mus-
culaire et/ou un déséquilibre musculaire peut être un élément intervenant
dans la symptomatologie ;
j quand le testing musculaire manuel n’est pas discriminant ;

j pour indiquer et orienter le renforcement musculaire dans la prise en

charge rééducative ;
j pour déterminer l’arrêt du renforcement musculaire dans la prise en

charge rééducative ;
j pour aider dans la décision de reprise du sport.

Attention, cette évaluation musculaire ne doit pas entraîner d’aggravation


de la symptomatologie ou de récidive de lésion musculaire.

La tendinopathie patellaire
Notions fondamentales sur la tendinopathie
patellaire
La tendinopathie patellaire est une pathologie fréquente en sport, notam-
ment dans les sports de sauts et d’impulsions verticales, avec une prévalence
chez les volleyeurs de 40 %, les basketteurs de 30-35 % et les footballeurs
de 10-15 % [21]. Dans la très grande majorité des cas la douleur est localisée
au niveau de la pointe de la rotule. En fonction du stade de gravité (clas-
sification de Blazina [22]  tableau  8.5, ou classification de Leadbetter [23]
tableau 8.6)), la douleur peut n’être présente qu’après l’effort ou entraîner
une impotence majeure même dans la vie quotidienne.
Sur le plan histologique, il n’existe habituellement pas de signes inflam-
matoires, mais un aspect dégénératif du tendon [21]. Ainsi, la prise en
charge va avoir pour objectif une restructuration, une régénération et un
renforcement de ce tendon dégénératif. Le travail physique et musculaire
Tableau 8.5. Classification de Blazina pour les tendinopathies [22].
Stades Caractéristiques
Stade I Douleur survenant après l’effort sans répercussion sur l’activité sportive
Stade II Douleur en début d’activité, disparaissant après l’échauffement et
réapparaissant après l’exercice
Stade III Douleur pendant et après l’activité avec altération progressive des
performances sportives
Stade IV Douleur empêchant la pratique sportive, étant présente dans la vie
quotidienne, entraînant impotence fonctionnelle majeure
216 Guide d’isocinétisme

Tableau 8.6. Classification de Leadbetter pour les tendinopathies [23].


Stades Expressions de la douleur Durée de l’évolution
Stade I Douleur apparaissant après l’activité et disparaissant moins de 2 semaines
au repos en quelques heures, petit dérouillage
matinal possible ; pas de signe clinique particulier
Stade II Douleur pendant et après l’activité, ne disparaissant entre 2 et 6 semaines
pas ou peu au repos ; douleur localisée et peu ou pas
de signes inflammatoires
Stade III Douleur persistant plusieurs jours après l’arrêt de supérieure à
l’activité, réapparaissant rapidement à la reprise, 6 semaines
limitant nettement les capacités fonctionnelles ;
signes cliniques nets
Stade IV Douleur permanente empêchant toute activité
sportive et gênant les activités quotidiennes
courantes ; signes cliniques nets

avec augmentation progressive des charges a toute sa place, et le renforce-


ment musculaire excentrique représente même le traitement de référence
[24]. Dans ce contexte, une évaluation objective de la force des muscles
concernés, en l’occurrence le quadriceps, semble pertinente dans la prise en
charge thérapeutique.

Particularités de l’évaluation dans le contexte


de la tendinopathie patellaire
L’évaluation musculaire isocinétique va consister en une mesure de la
force musculaire des extenseurs du genou, et suivant les recommandations
méthodologiques détaillées dans le chapitre 4.
Comme pour toute évaluation maximale, une visite médicale et un
échauffement adapté préalable sont nécessaires, et la balance bénéfice/
risque doit être discutée avant la réalisation de l’évaluation maximale. L’éva-
luation musculaire isocinétique ne doit pas faire décompenser la pathologie
chronique ou être à l’origine d’une rupture tendineuse.

Intérêts et indications de l’évaluation musculaire


isocinétique dans le cadre de la tendinopathie
patellaire
L’évaluation musculaire isocinétique va permettre de déterminer de manière
objective le retentissement au niveau de la force musculaire des extenseurs
du genou de la tendinopathie patellaire  (encadré  8.3). Cette évaluation
musculaire va permettre de répondre aux questions :
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies... 217

• Existe-t-il un déficit de force musculaire associé à cette tendinopathie


chronique ?
• Y a-t-il un intérêt à mettre en place un programme de renforcement
musculaire ? Et si oui, comment orienter ce renforcement musculaire pour
conserver ou récupérer un équilibre agoniste/antagoniste et un profil force-
vitesse physiologique ?
En revanche, il ne sera pas possible de faire la part entre la cause ou la
conséquence d’un déficit ou déséquilibre mise en évidence.
En cas de tendinopathie très douloureuse et/ou de contre-indication à
la réalisation de l’évaluation, l’évaluation musculaire uniquement du côté
controlatéral sain peut permettre de planifier un programme de renforce-
ment musculaire doux et progressif avec des valeurs objectives de seuil en
pourcentage de la force maximale du côté controlatéral (voir chapitre 12).

Encadré 8.3

Quand réaliser une évaluation musculaire isociné-


tique dans la tendinopathie patellaire ?
j dans le cadre du bilan diagnostic afin de déterminer si un déficit mus-
culaire et/ou un déséquilibre musculaire est associé à la symptomatologie ;
j quand le testing musculaire manuel n’est pas discriminant ;

j pour indiquer et orienter le renforcement musculaire dans la prise en

charge rééducative ;
j pour déterminer l’arrêt du renforcement musculaire dans la prise en

charge rééducative ;
j pour aider dans la décision de reprise du sport.

Attention, cette évaluation musculaire ne doit pas entraîner d’aggravation


de la symptomatologie de la pathologie.

La tendinopathie d’Achille
Notions fondamentales sur la tendinopathie
d’Achille
La tendinopathie d’Achille est une pathologie fréquente dans les sports sol-
licitant des efforts de course à pied de longue durée et/ou intenses et répétés
[3,25]. Sous cette même appellation, il existe plusieurs diagnostics diffé-
rents en fonction de leur localisation et type anatomo-pathologique [25] :
• les tendinopathies du corps du tendon ;
• les tendinopathies d’insertion (enthésopathies) ;
• les bursites rétro-achilléennes ;
• les péri-tendinopathies.
218 Guide d’isocinétisme

La sévérité et le retentissement peuvent être évalués par les classifications


de Blazina [22] tableau 8.5 ou de Leadbetter [23] tableau 8.6.
Le traitement est dans la très grande majorité des cas médical :
• en phase aiguë : repos et lutte contre l’inflammation et la douleur ;
• en phase post-aiguë ou chronique : stimulation de la régénération tendi-
neuse par étirement et renforcement musculaire excentrique.

Particularités de l’évaluation dans le contexte


de la tendinopathie d’Achille
L’évaluation musculaire isocinétique va consister en une mesure de la force
musculaire des fléchisseurs plantaires de la cheville, en suivant les recom-
mandations méthodologiques détaillées dans le chapitre 7.
Comme pour toute évaluation maximale, une visite médicale et un
échauffement adapté préalable sont nécessaires, et la balance bénéfice/
risque doit être discutée avant la réalisation de l’évaluation maximale. L’éva-
luation musculaire isocinétique ne doit pas faire décompenser la pathologie
chronique ou être à l’origine d’une rupture tendineuse.

Intérêts et indications de l’évaluation


musculaire isocinétique dans le cadre
de la tendinopathie d’Achille
L’évaluation musculaire isocinétique va permettre de déterminer de manière
objective le retentissement au niveau de la force musculaire des extenseurs
du genou de la tendinopathie d’Achille  (encadré  8.4). Cette évaluation
musculaire va permettre de répondre aux questions :
• Existe-t-il un déficit de force musculaire associé à cette tendinopathie
chronique ?
• Y a-t-il un intérêt à mettre en place un programme de renforcement
musculaire ? Et si oui, comment orienter ce renforcement musculaire pour
conserver ou récupérer un équilibre agoniste/antagoniste et un profil force-
vitesse physiologique ?
En revanche, il ne sera pas possible de faire la part entre la cause ou la
conséquence d’un déficit ou déséquilibre mise en évidence.
En cas de tendinopathie très douloureuse et/ou de contre-indication
à la réalisation de l’évaluation, l’évaluation musculaire uniquement du
côté controlatéral sain peut permettre de planifier un programme de
renforcement musculaire doux et progressif avec des valeurs objectives
de seuil en pourcentage de la force maximale du côté controlatéral (voir
chapitre 12).
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies... 219

Encadré 8.4

Quand réaliser une évaluation musculaire isociné-


tique dans la tendinopathie d’Achille ?
j dans le cadre du bilan diagnostic afin de déterminer si un déficit mus-
culaire et/ou un déséquilibre musculaire est associé à la symptomatologie ;
j quand le testing musculaire manuel n’est pas discriminant ;

j pour indiquer et orienter le renforcement musculaire dans la prise en

charge rééducative ;
j pour déterminer l’arrêt du renforcement musculaire dans la prise en

charge rééducative ;
j pour aider dans la décision de reprise du sport.

Attention, cette évaluation musculaire ne doit pas entraîner d’aggravation


de la symptomatologie de la pathologie.

Points clés
L’évaluation musculaire isocinétique a toute sa place dans le contexte des
lésions tendino-musculaires. Dans le cadre de la lésion musculaire des
ischio-jambiers, l’évaluation musculaire isocinétique permet une analyse
objective quantitative et qualitative de la force des ischio-jambiers pour
guider la prise en charge et la décision de reprise du sport. De plus, cette
évaluation des ischio-jambiers a un intérêt pour dépister un déficit et/ou
un déséquilibre musculaire des ischio-jambiers en prévention primaire
et secondaire des lésions musculaires des ischio-jambiers. Dans le cadre
des lésions musculaires chroniques, l’évaluation musculaire isocinétique
permet aussi une analyse objective quantitative et qualitative, permettant
de mieux déterminer le lien entre lésion, force, et gêne, et orienter la prise
en charge thérapeutique. Dans le cadre des tendinopathies patellaires et
d’Achille, l’évaluation musculaire isocinétique permet d’objectiver le
retentissement éventuel de la tendinopathie chronique sur la force mus-
culaire pour guider la prise en charge rééducative. Pour toutes ces évalua-
tions, la balance bénéfice/risque doit être discutée pour ne pas aggraver la
lésion existante.
Pour plus d’information sur l’évaluation des muscles fléchisseurs et extenseurs de la
hanche
Julia M, Dupeyron A, Laffont I, Parisaux JM, Lemoine F, Bousquet PJ, Herisson C.
Reproducibility of isokinetic peak torque assessments of the hip flexor and
extensor muscles. Ann Phys Rehabil Med. 2010;53(5):293-305.
220 Guide d’isocinétisme

Pour plus de détail sur la place de l’évaluation isocinétique des ischio-jambiers dans
la prévention des lésions musculaires des ischio-jambiers, nous vous conseillons les
lectures suivantes :
Croisier JL, Ganteaume S, Binet J, Genty M, Ferret JM. Strength imbalances and pre-
vention of hamstring injury in professional soccer players: a prospective study.
Am J Sports Med. 2008;36(8):1469-75.
Yeung SS, Suen AM, Yeung EW. À prospective cohort study of hamstring injuries in
competitive sprinters: preseason muscle imbalance as a possible risk factor. Br J
Sports Med. 2009;43(8):589-94.

Références
[1] Edouard P, Serra J-M, Pruvost J, Depiesse F. [Muscle injury hamstring]. J Trauma-
tol Sport. 2013;30:176-84.
[2] Edouard P, Branco P, Alonso JM. Muscle injury as the principal injury type and
hamstring muscle injury as the most common injury diagnosis during top-
level international athletics championships between 2007-2015. Br J Sports Med.
2016;50(10):619-630.
[3] Edouard P, Morel N, Serra J-M, Pruvost J, Oullion R, Depiesse F. [Prevention of
musculoskeletal injuries in track and field. Review of epidemiological data]. Sci
Sports. 2011;26:307-15.
[4] Ekstrand J, Hagglund M, Walden M. Epidemiology of muscle injuries in profes-
sional football (soccer). Am J Sports Med. 2011;39(6):1226-32.
[5] Brooks JH, Fuller CW, Kemp SP, Reddin DB. Incidence, risk, and prevention
of hamstring muscle injuries in professional rugby union. Am J Sports Med.
2006;34(8):1297-306.
[6] Dvir Z. Isokinetics of the knee muscles. In: Livingstone C, editor. Isokinetics:
Muscle Testing, Interpretation, and Clinical Applications. Israel: Tel-Aviv Univ;
2004. p. 137-65.
[7] Guex K, Gojanovic B, Millet GP. Influence of hip-flexion angle on hamstrings
isokinetic activity in sprinters. J Athl Train. 2012;47(4):390-5.
[8] Morin JB, Gimenez P, Edouard P, Arnal PJ, Jimenez-Reyes P, Samozino P, Bru-
ghelli M, Mendiguchia J. Sprint acceleration mechanics: the major role of ham­
strings in horizontal force production. Frontiers in Physiology. 2015;6:404.
[9] Croisier JL, Ganteaume S, Binet J, Genty M, Ferret JM. Strength imbalances and
prevention of hamstring injury in professional soccer players: a prospective
study. Am J Sports Med. 2008;36(8):1469-75.
[10] Julia M, Dupeyron A, Laffont I, Parisaux JM, Lemoine F, Bousquet PJ, Herisson
C. Reproducibility of isokinetic peak torque assessments of the hip flexor and
extensor muscles. Ann Phys Rehabil Med. 2010;53(5):293-305.
[11] Croisier JL, Crielaard J-M. Hamstring muscle tear with recurrent complaints: An
isokinetic profile. Isokinet Exerc Sci. 2000;8:175-80.
[12] Dauty M, Potiron-Josse M, Rochcongar P. [Consequences and prediction of
hamstring muscle injury with concentric and eccentric isokinetic parameters in
elite soccer players]. Ann Readapt Med Phys. 2003;46(9):601-6.
[13] Tol JL, Hamilton B, Eirale C, Muxart P, Jacobsen P, Whiteley R. At return to play
following hamstring injury the majority of professional football players have
residual isokinetic deficits. Br J Sports Med. 2014;48(18):1364-9.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies... 221

[14] van Mechelen W, Hlobil H, Kemper HC. Incidence, severity, aetiology and pre-
vention of sports injuries. A review of concepts. Sports Med. 1992;14(2):82-99.
[15] Bahr R, Krosshaug T. Understanding injury mechanisms: a key component of
preventing injuries in sport. Br J Sports Med. 2005;39(6):324-9.
[16] Sugiura Y, Saito T, Sakuraba K, Sakuma K, Suzuki E. Strength deficits identified
with concentric action of the hip extensors and eccentric action of the ham­
strings predispose to hamstring injury in elite sprinters. J Orthop Sports Phys Ther.
2008;38(8):457-64.
[17] Yeung SS, Suen AM, Yeung EW. A prospective cohort study of hamstring injuries
in competitive sprinters: preseason muscle imbalance as a possible risk factor.
Br J Sports Med. 2009;43(8):589-94.
[18] Freckleton G, Pizzari T. Risk factors for hamstring muscle strain injury in sport :
a systematic review and meta-analysis. Br J Sports Med. 2013;47(6):351-358.
[19] Rodineau J, Besch S. Classification des lésions anciennes. In: Hérisson C, Rodi-
neau J, editors. Muscle traumatique et mécanique. Paris: Masson; 2005. p. 55-60.
[20] Isner-Horobeti M-E. Accidents musculaires. Cours DES MPR, COFEMER. 2012 :
http://www.cofemer.fr/UserFiles/File/Isner accidents  %musculaires  %s  %C3
%A9minaire07-06-12.pdf.
[21] LaPrade RF, Pierce CM, Bahr R, Engebretsen L, Cook J, Arendt E, Mohtadi NG.
Knee pain. In: Bahr R, editor. The IOC Manual of Sports Injuries: An illustrated
Guide to the management of Injuries in Physical Activity. Wiley-Blackwell; 2012.
p. 381-94.
[22] Blazina ME, Kerlan RK, Jobe FW, Carter VS, Carlson GJ. Jumper’s knee. Orthop
Clin North Am. 1973;4(3):665-78.
[23] Leadbetter WB. Cell-matrix response in tendon injury. Clin Sports Med.
1992;11(3):533-78.
[24] Larsson ME, Kall I, Nilsson-Helander K. Treatment of patellar tendinopathy--a
systematic review of randomized controlled trials. Knee Surg Sports Traumatol
Arthrosc. 2012;20(8):1632-46.
[25] Kouvalchouk J-F, Hassan E. Pathologie du tendon d’Achille : tendinopathies -
ruptures - plaies. Encycl Méd Chir (Elsevier, Paris), Appareil locomoteur. 1999 :
14-090-A-10.
9 Évaluation musculaire
isocinétique appliquée aux
pathologies neurologiques

Francis Degache

Résumé
L’isocinétisme est un concept pluridimensionnel dont l’utilisation
principale est l’évaluation de la fonction musculaire dans des
populations sportives, sédentaires mais également pathologiques. Il
est de plus en plus utilisé dans certaines pathologies neurologiques
comme l’hémiplégie vasculaire de l’adulte ainsi que la paralysie céré-
brale de l’enfant ou de l’adolescent. Dans ce contexte neurologique,
l’outil isocinétique sert principalement d’évaluation de la fonction
musculaire et assez peu de renforcement musculaire compte tenu
de certains aspects liés à la pathologie. L’outil isocinétique est éga-
lement utilisé pour quantifier des phénomènes de spasticité prin-
cipalement des membres inférieurs. Il est aussi enfin utilisé pour
provoquer une fatigue musculaire et l’analyser à l’aide de plusieurs
indices de fatigue.

Mots clés : évaluation musculaire ; hémiplégie vasculaire de l’adulte ;


paralysie cérébrale ; spasticité ; fatigabilité.

Les méthodes d’évaluation en mode isocinétique peuvent être utilisées


dans de nombreux domaines en raison de leur souplesse d’adaptation au
mouvement généré. Elles s’adressent aussi bien aux athlètes qui souhaitent
améliorer leurs performances et qui doivent continuer à s’entraîner après
une compétition qu’aux patients atteints de pathologies neurologiques dans
le cadre de l’évaluation de leurs capacités musculaires, et depuis quelques
années dans le cadre de la quantification de la spasticité.
L’outil isocinétique permet donc à la fois de quantifier des déficits de
force musculaire des membres supérieurs et inférieurs, et de quantifier des
phénomènes de spasticité dans certains cas de maladies neurologiques
comme l’hémiplégie par accident vasculaire cérébral de l’adulte et la paraly-
sie cérébrale de l’enfant. Mais la méthode isocinétique est également utili-
sée comme outil de renforcement musculaire des membres atteints tout en
respectant une méthodologie rigoureuse et adaptée à la pathologie (traité
dans le chapitre 12).

Guide d’isocinétisme
© 2016 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
224 Guide d’isocinétisme

Dans ce chapitre, nous traiterons exclusivement des pathologies qui pré-


sentent le plus de compliance à l’évaluation et au réentraînement isociné-
tique, à savoir l’hémiplégie par accident vasculaire cérébral de l’adulte et la
paralysie cérébrale de l’enfant.

L’hémiplégie par accident vasculaire cérébral


Notions fondamentales sur l’accident
vasculaire cérébral
D’après l’Organisation mondiale de la Santé, l’accident vasculaire cérébral
(AVC) se définit comme « le développement rapide de signes cliniques loca-
lisés ou globaux, de dysfonction cérébrale avec des symptômes durant plus
de 24  h, pouvant conduire à la mort, sans autre cause apparente qu’une
origine vasculaire » [1].
Les accidents vasculaires cérébraux sont des complications neurologiques
soudaines d’une pathologie vasculaire. Les AVC peuvent d’être d’ori-
gine ischémique (80  %), hémorragique (15  %), ou d’hémorragie ménin-
gée (5 %) [1].
Ils sont extrêmement fréquents (100 000 à 145 000 AVC/an [1]) et repré-
sentent la première cause de handicap acquis de l’adulte, la deuxième cause
de démence après la maladie d’Alzheimer, et la troisième cause de mortalité
dans les pays occidentaux [1], le plus souvent sous la forme d’une hémi-
plégie (paralysie d’un hémicorps). Cependant, si le déficit moteur est le plus
habituel, la lésion cérébrale peut entraîner des déficiences variées : troubles
de la sensibilité et/ou atteintes variées des fonctions cognitives (langage,
compréhension, mémoire, perception du temps et de l’espace).
La manifestation de l’AVC peut prendre des formes variées  : les signes
peuvent être brutaux (quelques secondes, minutes ou heures), ou progressifs
avec une inconstante altération de la conscience. L’AVC entraîne d’emblée
un ou des déficits neurologiques dépendant du siège de la lésion cérébrale.
Les signes cliniques peuvent évoluer vers la stabilisation ou la régression.

Les conséquences fonctionnelles de l’AVC


Les conséquences d’un AVC sont fonction des séquelles que va laisser la
lésion, elles-mêmes dépendantes essentiellement de la localisation de
la lésion cérébrale, de son étiologie, et du contexte médical du sujet. Les
séquelles sont essentiellement motrices (paralysie d’un hémicorps plus ou
moins importante selon la localisation, troubles de l’équilibre, troubles de
la coordination, troubles du tonus musculaire (spasticité), mais peuvent
être cognitives (aphasie, apraxie, agnosie, négligence…), sensitive (perte
de la sensibilité sur l’hémicorps…), ou sensorielle (hémianopsie, baisse du
champ visuel…). Les conséquences sont essentiellement fonctionnelles sur
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies neurologiques 225

la marche, la préhension, et les capacités de communication ou de raison-


nement. Le handicap qui en résulte est lié à l’atteinte, à ces conséquences
fonctionnelles, et surtout aux conditions environnementales du sujet,
conditions familiales, socio-économiques et professionnelles.

Conséquences de l’AVC sur la fonction musculaire


Un déficit des capacités motrices chez les personnes ayant subi un accident
vasculaire cérébral se présente sous plusieurs formes. La plus importante est
la parésie (déficit moteur défini par une perte partielle des capacités motrices
d’une partie du corps) du corps du côté controlatéral à la lésion cérébrale
[2]. La faiblesse musculaire se définit comme une altération de la capacité
à générer un niveau normal de force musculaire [3]. Il s’ensuit une posture
anormale et des réflexes d’étirement (réflexes myotatiques) diminués, ainsi
qu’une perte de mouvement volontaire. Cette diminution de force mus-
culaire, entraîne une diminution des performances motrices et donc de la
fonction des patients. Ceci a un retentissement sur leur participation aux
activités de la vie quotidienne, qui deviennent de plus en plus difficiles [4].
Les trois facteurs permettant de produire une force musculaire normale
sont les facteurs structurels, mécaniques et neurologiques. Une lésion de
l’un de ces trois facteurs peut altérer la capacité d’exercer une force nor-
male [5]. En effet, dans le cas de l’AVC la lésion survient au niveau cérébral,
cela constitue une lésion au niveau de la commande nerveuse stoppant la
stimulation de la plaque motrice et donc induisant une absence d’activité
musculaire dans la zone concernée. De plus, la mécanique et la structure
du  muscle  parétique sont déficientes  : typologie musculaire altérée et
plaque motrice non stimulée, ce qui entraîne une difficulté à obtenir une
contraction musculaire, et donc une absence de production de force [5].
Dans ce contexte, l’outil isocinétique prend tout son sens. En effet, l’ana-
lyse précise de l’altération de la fonction musculaire devient primordiale
dans le processus d’évaluation globale, précise et objective du patient,
et dans la planification de la stratégie de rééducation du patient.

Évaluation isocinétique de la force musculaire


chez le patient hémiplégique adulte
Les membres supérieurs
L’évaluation de la force musculaire des membres supérieurs chez le sujet
hémiplégique est de plus en plus utilisée et prend toute son importance
dans un contexte de reconditionnement de la motricité du membre lésé.
Dans le cas de l’hémiplégie d’origine vasculaire, l’articulation la plus
souvent évaluée reste le coude dans des mouvements de flexion et
d’extension. Cela vient en partie du fait que c’est l’articulation qui reste
la plus mobile dans le cadre de l’hémiplégie suite à l’AVC contrairement
226 Guide d’isocinétisme

Tableau 9.1. Proposition de méthodologie d’évaluation de la force


musculaire isocinétique des extenseurs et fléchisseurs du coude dans
le cadre d’une hémiplégie d’origine vasculaire d’après Ekstrand et al. [6].
Groupe Installation Position du Protocole Mode de
musculaire dynamomètre d’évaluation contraction
Extenseurs Assis, l’épaule Dynamomètre de type 3 mouvements Concentrique
et fléchisseurs à 30° de flexion Biodex 3, rotation de 30° d’extension/
de coude et en légère du bras, chaise tournée flexion à 60°/s
abduction, à 0°, axe de rotation du sans temps de
coude soutenu, dynamomètre aligné avec récupération
avant-bras en l’axe de rotation de la
supination trochlée

à l’épaule et au poignet. Mais aussi cette articulation permet l’ajustement


de la distance de la main avec le corps, permettant la fonction de préhen-
sion et d’amener des choses à la bouche, ainsi elle a un intérêt particulier
dans la recherche d’autonomie des patients. Même si la littérature reste
limitée à ce sujet, il est retrouvé dans une étude [6] que la méthodologie
d’évaluation qui serait le plus adaptée pour mesurer la force des muscles
extenseurs et fléchisseurs du coude serait une position assise avec l’épaule
en position de fonction, en mode de contraction concentrique à  60°/s
(tableau 9.1).
Dans cette étude [6], Ekstrand et al. rapportaient les résultats de la repro-
ductibilité de l’évaluation des muscles extenseurs et fléchisseurs du coude
chez 45 patients hémiplégiques après un AVC. Ils rapportaient des coeffi-
cients de corrélations intraclasse (ICC) de l’ordre de 0,95 (pour une vitesse
angulaire de 60°/s) et des valeurs du moment de force maximum de 27,1
± 11,3 Nm et 28,5 ± 12,1 Nm entre les deux sessions d’évaluation.
La reproductibilité des moments de force maximum a également été
analysée par Kim et al. [7], entre 3  sessions différentes, pour 3  mouve-
ments articulaires différents (extension du coude, flexion du coude,
flexion de l’épaule), à 3  vitesses angulaires différentes (30°/s, 75°/s et
120°/s), en mode concentrique, sur les deux membres supérieurs du
patient atteints d’hémiplégie après un AVC. Les résultats sont présentés
dans le tableau 9.2.
Ces résultats montrent que pour l’ensemble de ces deux articulations,
l’évaluation isocinétique est faisable dans cette population, et que malgré le
déficit moteur, la reproductibilité est très bonne, et que la familiarisation ne
semble pas modifier les paramètres de performances musculaires des mem-
bres supérieurs chez le patient atteint d’hémiplégie.
Il est à noter que le mode de contraction excentrique n’est presque jamais
utilisé dans l’évaluation de la force musculaire des membres supérieurs de
l’adulte atteint d’hémiplégie.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies neurologiques 227

Tableau 9.2. Coefficients de corrélation intraclasse (ICC) des moments


de force maximum en mode concentrique, pour chaque vitesse angulaire,
pour chaque articulation, et entre chaque session d’évaluation.
Mouvement Vitesses Sessions 1-2 Sessions 2-3
angulaires Membre sain Membre lésé Membre sain Membre lésé
Flexion du 30°/s 0,90 0,97 0,93 0,98
coude 75°/s 0,90 0,93 0,94 0,97
120°/s 0,92 0,96 0,93 0,99
Extension 30°/s 0,97 0,83 0,89 0,82
du coude 75°/s 0,94 0,89 0,86 0,89
120°/s 0,85 0,88 0,84 0,90
Flexion de 30°/s 0,92 0,96 0,95 0,92
l’épaule 75°/s 0,92 0,90 0,90 0,91
120°/s 0,87 0,83 0,93 0,87

Les membres inférieurs


Concernant l’évaluation de la force musculaire des membres inférieurs de
l’adulte atteint d’hémiplégie après un AVC, la littérature est plus riche. En
effet, une des priorités de l’évaluation isocinétique est le bilan du déficit
musculaire au niveau des fléchisseurs et des extenseurs du genou, de la che-
ville et de la hanche induit par la pathologie. L’équilibre de la force mus-
culaire de ces articulations est corrélé à une capacité de marche fonction-
nelle et optimale [8]. Il existe deux principales méthodes pour quantifier ce
déficit de force musculaire :
• comparer la force d’un groupe musculaire déficitaire à son membre
controlatéral sain ;
• comparer la force d’un groupe musculaire déficitaire au même groupe
musculaire d’un sujet (ou groupe) contrôle sain (dans des conditions expé-
rimentales et d’appariement des sujets très rigoureuses).
Pour cela, il convient de respecter la notion de reproductibilité des
mesures en prenant en compte différents paramètres décrits dans
l’encadré 9.1.

Encadré 9.1

Paramètres à prendre en compte dans la comparaison


des paramètres isocinétiques entre un membre sain
et un membre lésé (parétique)
j Pas d’activités physiques intenses le jour qui précède l’évaluation.
j Un échauffement standardisé sur bicyclette ergométrique sans résistance
pendant 5 à 10 min avant l’évaluation isocinétique.
228 Guide d’isocinétisme

j La position du sujet.
j Les amplitudes articulaires.
j Les vitesses angulaires.
j Le mode de contraction.
j Le nombre de répétitions.
j Prise en compte de la correction de gravité pour les deux membres.

Installation des patients atteints d’hémiplégie


L’installation des patients atteints d’hémiplégie sur le dynamomètre isoci-
nétique est identique à celle de sujets sains valides pour l’évaluation bila-
térale des fléchisseurs et des extenseurs du genou (figure 9.1 et chapitre 4).
Les sujets sont assis sur le siège du dynamomètre isocinétique avec un
angle de flexion de hanche de 85°, les jambes sont suspendues du bord du
siège. Le tronc et le membre évalué sont maintenus en utilisant des san-
gles, disposées autour de la poitrine et de la taille, mais également autour
de la cuisse. Le membre inférieur controlatéral est également bloqué en
flexion grâce à un contre appui. Ces différents sanglages ou contre-appuis
permettent d’éviter toutes compensations musculaires des autres parties
du corps lors de l’évaluation ciblée des fléchisseurs et des extenseurs du
genou. L’axe du dynamomètre est visuellement aligné avec le centre arti-
culaire du genou évalué, défini par une ligne passant entre les condyles
fémoraux médiaux et latéraux. L’attache distale du membre inférieur, avec
le bras du dynamomètre, se fait deux travers de doigt au-dessus de la ligne
des malléoles.
Même si l’installation est similaire à celle du sujet sain, il convient tout
de même de respecter la notion de confort, qui est plus importante dans ce
contexte de pathologie. Il faut également se soucier de la raideur des mem-
bres inférieurs qui pourrait empêcher d’adopter une position permettant
l’expression la plus optimale de la force musculaire du muscle évalué. En
effet, le membre parétique est souvent plus raide que le membre sain. La
flexion de hanche, du genou et de la cheville est plus difficile, ce qui limite
le confort du patient en position assise sur le siège du dynamomètre. Il faut
donc tenter de faire adopter une position la plus confortable pour le sujet,
dans un maximum de sécurité et sans provoquer de douleur lors de l’ins-
tallation. Le sanglage sera très important du fait de l’apparition de phéno-
mènes plus ou moins violents de spasticité. Il convient donc de respecter les
règles de confort mais aussi d’installation sécurisée.
Le choix de l’amplitude articulaire
Une fois l’installation du patient effectuée, il est nécessaire de déterminer
les amplitudes de mouvements. En pratique, cela correspond à l’ampli-
tude de mouvement passif, déterminée comme acceptable par le patient,
pour ne pas induire de douleurs, ni de gêne, ni déclencher la spasticité.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies neurologiques 229

Figure 9.1. Installation pour l’évaluation musculaire isocinétique des muscles


fléchisseurs et extenseurs du genou d’abord du côté sain non parétique (A) puis
du côté lésé parétique (B), sur un dynamomètre de type Cybex 6000.
© Photos du Pr Paul Calmels.

Il convient cependant de garder à l’esprit que pour que les valeurs mesurées
soient comparables dans le temps ou avec d’autres sujets, il est nécessaire
de conserver les mêmes amplitudes articulaires lors de chaque évaluation
et entre chaque sujet. Ainsi, un choix préalable d’une amplitude nécessaire
230 Guide d’isocinétisme

et suffisante peut-être réalisée afin de pouvoir comparer entre eux tous les
patients que vous allez évaluer.
Des butées mécaniques et électroniques, situées en face du bras du dyna-
momètre permettent de limiter l’articulation dans ce secteur articulaire et
ces limites d’amplitudes articulaires. Elles ont aussi un rôle de sécurité, le
mouvement ne pouvant jamais se faire au-delà de ces butées. Le zéro anato-
mique est déterminé par la position horizontale du bras de levier.
Dans le cas de contractions musculaires en mode excentrique, il convient
de réduire l’amplitude articulaire de quelques degrés (en fonction des
patients) afin de limiter les risques potentiels de blessures liés à une hyper-
extension du genou.
Clark et al. [9] proposent d’utiliser une amplitude articulaire de 70° (allant
de 20° à 90°). Cette même étude préconise idéalement une utilisation de
90° d’amplitude pour la contraction musculaire en mode concentrique
tout en prenant en compte les limitations articulaires dues à la pathologie,
mais cela nous semble une amplitude trop importante (travail musculaire
important, fatigue plus rapide durant l’évaluation), notamment dans une
population de patients ayant un déficit de force musculaire. En pratique,
nous vous suggérons une amplitude de 70° pour tous les patients, à adapter
en fonction de possibilité de chacun.

Le choix du mode de contraction


Il est utile de considérer le mode concentrique et le mode excentrique
pour l’évaluation de la force musculaire des membres inférieurs de patients
atteints d’hémiplégie. Il convient cependant de prendre en considération
le fait que le mode excentrique est moins coûteux au niveau énergique
que le mode concentrique (voir chapitre 11), mais qu’il est beaucoup plus
difficile à réaliser de manière correcte car il nécessite de la coordination et
un apprentissage. En effet, il s’agit de faire comprendre au patient qu’il doit
«  lutter  » contre le mouvement provoqué par le dynamomètre. Compte
tenu de l’intérêt de ce mode de contraction pour la fonction d’équilibre et
de marche, nous vous suggérons de l’inclure dans votre méthodologie
d’évaluation, et de bien échauffer, éduquer et familiariser les patients à ce
mode de contraction avant évaluation maximale.

Le choix des vitesses angulaires


La reproductibilité des mesures isocinétiques de la force des membres infé-
rieurs a fait l’objet du travail de Clark et al. [9]. Ces auteurs ont étudié les
résultats obtenus au niveau du quadriceps à des vitesses allant de 30°/s à
240°/s en mode concentrique et à des vitesses allant de 30°/s à 180°/s en
mode excentrique dans un groupe de 17  patients hémiparétiques séquel-
laires. Ils ont montré que la reproductibilité des mesures obtenues était
comparable à celle obtenue dans une population de sujets témoins (le
coefficient de corrélation intraclasse était > 0,86 à p < 0,05). Des résultats
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies neurologiques 231

similaires ont été obtenus dans une population de 20 patients hémiparé-


tiques [10] et dans un groupe de 30 sujets [11]. Inversement, Hsu et al. [12]
ont étudié la reproductibilité de la mesure du moment de force maximum,
du travail et de la puissance des muscles fléchisseurs de hanche, exten-
seurs du genou et fléchisseurs plantaires de la cheville dans une population
de 9 patients hémiparétiques évalués deux fois à une semaine d’intervalle.
Ces auteurs ont montré que la reproductibilité de la mesure était variable
en fonction de la vitesse choisie (le coefficient de corrélation intraclasse
variait entre 0,73 et 0,94 pour les vitesses rapides et entre 0,62 et 0,88 pour
les vitesses lentes à p < 0,05) et du groupe musculaire évalué (le coefficient
de corrélation intraclasse variait entre 0,13 et 0,91 à p < 0,05).
Le choix du nombre de répétitions
Comme dans toute évaluation de la force musculaire isocinétique, le nom-
bre de répétitions à chaque vitesse angulaire doit être faible. L’ensemble des
études (préalablement citées) à ce sujet propose un nombre de répétitions
de 5 en mode concentrique et de 6 en mode excentrique. Il est également
préconisé un nombre de répétitions suffisamment important afin de fami-
liariser les sujets au mouvement sans pour autant induire une fatigue mus-
culaire nuisible à la performance de production de force. Les épreuves de
résistance à la fatigue (pour lesquelles bien évidemment le nombre de répé-
titions est beaucoup plus élevé) sont traitées dans le chapitre 11, mais elles
ne sont pratiquées que très rarement dans des populations hémiplégiques,
ou alors à titre expérimental.

Fiche 9.1
Proposition de méthodologie d’évaluation isocinétique
du genou dans le contexte de patients atteints
d’hémiplégie après un AVC
• Préambule  : indication, état de la structure à évaluer, contre-indication à
l’exercice maximal.
• Échauffement : cycloergomètre (1 W/kg sujet sédentaire) durant 5 à 10 min.
• Position : assise, 85° de flexion du tronc, alignement axe dynamomètre et axe
articulaire, contre-appui au coup de pied, sanglage du tronc, sanglage cuisse
côté évalué, contre-appui côté opposé, maintien des poignées si possible.
• Amplitude articulaire : 70° (à adapter en fonction du niveau de spasticité et
de raideur).
• Correction de gravité : à prendre en compte.
• Récupération entre les séries : 60 s mais à adapter en fonction du degré de
sévérité de la pathologie.

232 Guide d’isocinétisme


• Échauffement spécifique isocinétique  : 2 x  6  répétitions sous-maximales
concentriques à 120°/s, puis 1 x  3  répétitions sous-maximales (mais en allant
vers maximum) concentriques à 60°/s.
• Évaluation maximale : 3 répétitions maximales concentriques à 60°/s.
• Évaluation maximale : 3 répétitions maximales concentriques à 180°/s.
• Échauffement spécifique isocinétique : 3 répétitions sous-maximales (mais en
allant vers maximum) excentriques à 30°/s.
• Évaluation maximale : 3 répétitions maximales excentriques à 30°/s.

Évaluation isocinétique de la spasticité


chez le patient hémiplégique adulte
La spasticité est définie comme un trouble moteur caractérisé par une aug-
mentation vitesse dépendante du réflexe tonique d’étirement [13] associée
à une exagération des réflexes tendineux secondaire à une hyperexcitabi-
lité du réflexe d’étirement. C’est une des trois composantes du syndrome
pyramidal qui inclut également le déficit moteur et la perte de la sélectivité
du mouvement. La spasticité est causée par une lésion d’une partie du sys-
tème nerveux central qui commande les mouvements volontaires. Cette
lésion perturbe le transfert des signaux entre le système nerveux et les mus-
cles, créant un problème de régulation nerveuse qui accroît l’activité ou les
spasmes musculaires. La spasticité peut rendre difficiles les mouvements,
le maintien de la posture et l’équilibre. Elle peut compromettre la capacité
d’une personne à bouger un ou plusieurs membres ou un côté du corps. La
spasticité est parfois si sévère qu’elle perturbe les activités quotidiennes, le
sommeil et les soins. Dans certaines situations, cette perte de contrôle peut
être dangereuse pour l’individu.
Plusieurs échelles cliniques permettent l’évaluation clinique de la spas-
ticité. Une d’entre elles est utilisée dans la quasi-totalité des publications :
il s’agit de l’échelle d’Ashworth (tableau 9.3). Bien que l’échelle d’Ashworth
modifiée soit la plus couramment utilisée en routine clinique, son utilisa-
tion dépend largement de l’évaluateur et, de ce fait, sa fiabilité a été remise
en question [14].
L’utilisation du dynamomètre isocinétique en condition passive permet
de mesurer les caractéristiques de la spasticité chez les patients hémipa-
rétiques [15,16]. Au cours de cette évaluation, il est demandé au patient
de relâcher ses muscles et de n’effectuer aucun effort, tandis que la résis-
tance à l’étirement d’un muscle est enregistrée par des oscillations sinu-
soïdales de la courbe isocinétique (modification du moment de force lors
d’un mouvement passif), et cela à différentes vitesses angulaires constantes
et prédéfinies (vitesses généralement rapides, supérieures à 180°/s). Lors de
cette mobilisation, le capteur relève le moment de force résistant développé
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies neurologiques 233

Tableau 9.3. Échelle de Ashworth modifiée [17].


Score Observation
0 Pas d’augmentation de tonus
1 Légère augmentation du tonus musculaire avec simple « sensation
d’accrochage » ou minime en fin de course
1+ Légère augmentation du tonus musculaire avec simple « sensation
d’accrochage » suivi d’une minime résistance au cours de la première moitié
de la course musculaire
2 Augmentation importante du tonus musculaire durant toute la course
musculaire mais le segment du membre reste facilement mobilisable
3 Augmentation considérable du tonus musculaire. Le mouvement passif
est difficile.
4 Hypertonie majeure. Mouvement passif impossible.

par les muscles étirés, correspondant à la réponse réflexe. Les paramètres


généralement mesurés sont le moment de force maximal résistant et l’angle
d’apparition de cette valeur. L’utilisation couplée de l’analyse électromyo-
graphique (EMG) permet, d’une part, de vérifier qu’aucune activité mus-
culaire n’est présente avant la mobilisation et, d’autre part, de quantifier le
niveau d’activation musculaire lors de l’étirement (figure 9.2). L’évaluation

Figure 9.2. Illustration des données issues de l’évaluation de la spasticité


sur dynamomètre isocinétique de type Biodex. Un exemple a été pris de l’analyse
simultanée du moment de force résistant et de l’activité EMG (en Mv), au cours
d’une flexion et d’une extension passive d’une articulation. Les paramètres étudiés
sont la valeur du moment de force maximal (MFM), l’angle d’apparition de cette valeur,
et l’activité EMG autour du pic.
234 Guide d’isocinétisme

isocinétique de la spasticité a montré sa fiabilité pour les muscles du


membre supérieur [16] et inférieur (fléchisseurs et extenseurs de cheville)
[15], cependant aucune étude à notre connaissance n’a encore prouvé sa
reproductibilité.

La paralysie cérébrale infantile


Définition
La Paralysie cérébrale infantile (paralysie cérébrale) est la cause commune
la plus importante de handicap physique chez l’enfant (un nouveau-né
sur 450). L’incidence de la paralysie cérébrale est de 2 à 2,5 naissances sur
1 000, soit une naissance toutes les 5 h, soit environ 1 800 nouveau-nés par
an. La prévalence de la paralysie cérébrale varie selon l’âge gestationnel et
le poids du bébé à la naissance.
Les causes de la paralysie cérébrale sont variées. Les événements prénataux
causent 75 % des cas de paralysie cérébrale. Ils comprennent les malforma-
tions du cerveau ou encore les infections maternelles. Les événements péri-
nataux représentent 10 à 15 % des cas et résultent de problèmes survenus
au cours de l’accouchement et compromettant le fœtus. Les 10 % restant
proviennent d’événements post-néonataux, c’est-à-dire qu’ils apparaissent
dans les premiers 28 jours de vie. Ces derniers peuvent être des infections,
telles que la méningite, ou des accidents traumatiques.
L’examen clinique permet de suspecter le diagnostic, et en général un
examen d’imagerie tel qu’un scanner révèle une atteinte de la matière
blanche péri-ventriculaire ou encore une malformation.
Pour classifier la paralysie cérébrale, trois facteurs sont nécessairement
pris en compte : le type d’atteinte motrice, la distribution topographique
et la sévérité du désordre moteur (tableau 9.4) [18]. La paralysie cérébrale

Tableau 9.4. Classification de Palisano [19] : classification des limitations


fonctionnelles dans les activités de motricité grossière.
Niveau Limitations
Niveau I Pas de limitation de la marche (aucune restriction de mouvements)
Niveau II Marche sans assistance (aide technique), mais limitation de la déambulation
extérieure
Niveau III Marche avec assistance (aide technique), limitation de la déambulation
intérieure
Niveau IV Mobilité autonome, avec restrictions de mouvements (fauteuil roulant
électrique)
Niveau V Aucune mobilité même avec assistance technique (fauteuil roulant poussé
par un tiers)
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies neurologiques 235

de type spastique est majoritaire et représente 70 % à 80 % des cas. La dis-
tribution topographique est désignée par les termes « diplégie » (paralysie
de deux membres inférieurs), « hémiplégie » (paralysie d’un hémicorps) et
« quadriplégie » (paralysie des quatre membres).

La fonction musculaire dans la paralysie cérébrale


La problématique de la paralysie cérébrale ressemble à celle de l’hémiplégie
vasculaire de l’adulte, à savoir un déficit de la force musculaire des membres
atteints. Il se justifie ainsi la quantification de ce déficit, et l’objectif d’une
amélioration de la force musculaire afin d’augmenter les capacités fonc-
tionnelles de marche. Les propriétés musculaires intrinsèques des patients
atteints de paralysie cérébrale sont présentées dans l’encadré 9.2.

Encadré 9.2

Propriétés intrinsèques musculaires de la paralysie


cérébrale [20]
j Atrophie musculaire des quadriceps et ischio-jambiers.
j Réduction significative du nombre de sarcomères.
j Infiltrations graisseuses.

j Typologie musculaire modifiée (proportion importante de fibres glycoly-

tiques (fibres IIx) par rapport aux fibres oxydatives (fibres I)).


j Fatigabilité musculaire significative.

En plus de ces propriétés intrinsèques, la paralysie cérébrale, induit un


défaut de commande central, un défaut de contrôle moteur sélectif, ainsi
que des co-activations des muscles agonistes et antagonistes limitant les
mouvements articulaires et segmentaires (diminution de l’amplitude arti-
culaire, raideur musculo-tendineuse) [21].
Toutes ces modifications structurelles et fonctionnelles musculaires chez
le patient atteint de paralysie cérébrale provoquent des limitations fonc-
tionnelles de marche comme l’a montré Eel et al. [18]. Dans cette étude, il
a également été montré que le degré de la faiblesse musculaire était corrélé
aux différents niveaux de capacités de marche.

Isocinétisme et paralysie cérébrale


Nous venons de voir que le muscle du patient atteint de paralysie céré-
brale était significativement altéré par la pathologie, aussi bien au niveau
structurel qu’au niveau de la commande motrice. Il semble alors pertinent
de quantifier ces déficits à l’aide de l’outil isocinétique. Cependant, la
littérature est relativement pauvre sur ce sujet, plusieurs raisons peuvent
l’expliquer et sont présentées dans l’encadré 9.3.
236 Guide d’isocinétisme

Encadré 9.3

Raisons potentielles de la non-utilisation


de l’isocinétisme dans le cadre de la paralysie cérébrale
j Installation de l’enfant impossible sur le dynamomètre à cause de la trop
petite taille du patient.
j Limitations des amplitudes articulaires trop important.

j Appréhension de l’évaluation trop forte par le patient et par l’expérimen-

tateur.
j Contexte de l’enfant, de patient mineur, problème de la responsabilité.

Cependant, une étude de Ayalon et al. [22] a montré que dans une
population d’enfants (9-15  ans) atteints de paralysie cérébrale (hémiplé-
gie), au niveau des fléchisseurs et extenseurs du genou, la vitesse de 90°/s
en mode concentrique semblait être la mieux tolérée et présentait une
excellente reproductibilité et validité (tableau 9.5). Dans cette même étude
[22], d’autres vitesses angulaires ont été utilisées. La vitesse de 30°/s n’a
pas été réalisable par les patients car elle nécessite une trop grande force
et a provoqué des phénomènes douloureux. La vitesse de 60°/s présentait
une reproductibilité relativement faible avec pour les muscles fléchisseurs
du genou un coefficient de corrélation intraclasse de 0,75 et pour les mus-
cles extenseurs du genou de 0,55. Enfin la vitesse de 120°/s présentait, elle
aussi, une reproductibilité faible puisqu’il était retrouvé un coefficient de
corrélation intraclasse de 0,65 pour les muscles fléchisseurs et de 0,42 pour
les muscles extenseurs.
Une étude de Damiano et al. [23] a rapporté des déficits existants sur
les muscles extenseurs et fléchisseurs du genou et de la cheville dans
une population d’enfants atteints de paralysie cérébrale comparée à un
groupe d’enfants valides de même âge (11,1 vs 10,3 ans). Le protocole de
cette étude est présenté dans le tableau  9.6. Il comprend énormément
de séries et de vitesses angulaire. Il conviendra de ne pas tout faire, mais
d’en choisir certaines en fonction de la population.

Tableau 9.5. Valeurs des moments de force maximum


et de la reproductibilité relative (ICC) à 90°/s en extension
et en flexion de genou à deux sessions d’évaluations différentes.
Session 1, moyenne Session 2, moyenne ICC
(min-max) (min-max)
Extenseurs 30,5 (6,2-63,4) 30,4 (8,3-51,0) 0,99
Fléchisseurs 14,7 (5,1-28,8) 16,4 (8,36-32,5) 0,98
Ratio 0,49 0,54 -
ICC : coefficient de corrélation intraclasse.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies neurologiques 237

Tableau 9.6. Protocole d’évaluation de la force musculaire


des muscles extenseurs et fléchisseurs du genou et de la cheville
d’après Damiano et al [23].
Articulation/mouvement Vitesse angulaire Mode Nombre
de contraction de répétitions
Genou/extension 30°/s excentrique 2
Genou/extension 30°/s concentrique 2
Genou/extension 60°/s concentrique 2
Genou/extension 120°/s concentrique 2
Genou/flexion 30°/s excentrique 2
Genou/flexion 30°/s concentrique 2
Genou/flexion 60°/s concentrique 2
Genou/flexion 120°/s concentrique 2
Cheville/flexion dorsale 30°/s excentrique 2
Cheville/flexion dorsale 30°/s concentrique 2
Cheville/flexion dorsale 60°/s concentrique 2
Cheville/flexion dorsale 120°/s concentrique 2
Cheville/flexion plantaire 30°/s excentrique 2
Cheville/flexion plantaire 30°/s concentrique 2
Cheville/flexion plantaire 60°/s concentrique 2
Cheville/flexion plantaire 120°/s concentrique 2

L’ensemble des résultats de cette étude [23] montrait d’une part la faisa-
bilité de l’évaluation isocinétique chez les enfants atteints de paralysie céré-
brale et la validité des données de force musculaire isocinétique des groupes
musculaires évalués en mode concentrique, mais également en mode
excentrique, aux vitesses angulaires de 30°/s, 60°/s, 120°/s (concentrique),
et de 30°/s (excentrique). De plus, les résultats de force musculaire (norma-
lisé par le poids de corps de chaque patient) ont été comparés (rapportés
en %) entre les deux groupes (groupe de sujets paralysie cérébrale et groupe
de sujets sains). Les principaux résultats sont présentés dans le tableau 9.7.
Les résultats de cette étude [23] montraient que, d’une part il existait une
différence significative de la force musculaire (quel que soit le groupe mus-
culaire) entre les enfants atteints de paralysie cérébrale et les enfants sains.
De plus, le déficit relatif de production de la force musculaire était moins
important en excentrique qu’en concentrique. Et enfin la diminution de
production de force avec la vitesse angulaire (relation force-vitesse, voir
chapitre 1) était significativement plus importante chez les enfants atteints
de paralysie cérébrale et quel que soit le groupe musculaire évalué.
238 Guide d’isocinétisme

Tableau 9.7. Valeurs de la force musculaire en pourcentage du groupe


de sujets atteints de paralysie cérébrale par rapport au groupe de sujets sains.
Articulation/mouvement Vitesse Mode Pourcentage par rapport
angulaire de contraction au groupe sain (moyenne
± écart type)
Genou/extension 30°/s excentrique 65,8 ± 25,1
Genou/extension 30°/s concentrique 51,7 ± 24,2
Genou/extension 60°/s concentrique 48,2 ± 28,0
Genou/extension 120°/s concentrique 45,6 ± 27,0
Genou/flexion 30°/s excentrique 67,6 ± 37,2
Genou/flexion 30°/s concentrique 56,7 ± 30,2
Genou/flexion 60°/s concentrique 52,8 ± 28,8
Genou/flexion 120°/s concentrique 48,9 ± 25,6
Cheville/flexion dorsale 30°/s excentrique 46,3 ± 23,1
Cheville/flexion dorsale 30°/s concentrique 47,2 ± 16,3
Cheville/flexion dorsale 60°/s concentrique 53,2 ± 22,7
Cheville/flexion dorsale 120°/s concentrique 54,7 ± 26,5
Cheville/flexion plantaire 30°/s excentrique 45,0 ± 26,6
Cheville/flexion plantaire 30°/s concentrique 35,3 ± 23,2
Cheville/flexion plantaire 60°/s concentrique 30,4 ± 22,0
Cheville/flexion plantaire 120°/s concentrique 28,6 ± 22,8

D’après ces résultats, il semblerait que le phénomène de spasticité inter-


fère de façon favorable lors du mouvement en mode excentrique, favorisant
une meilleure production de force et au-delà même du fait que dans ce
mode la force musculaire produite est toujours plus importante qu’en mode
concentrique.

Fiche 9.2
Proposition de méthodologie d’évaluation isocinétique
de la force des muscles fléchisseurs et extenseurs du
genou chez les enfants atteints de paralysie cérébrale
• Préambule  : indication, état de la structure à évaluer, contre-indication à
l’exercice maximal.
• Échauffement : cycloergomètre (1 W/kg sujet sédentaire) durant 5 à 10 min.

Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies neurologiques 239


• Position : assise, entre 60° et 80° de flexion de hanche, alignement axe dyna-
momètre et axe articulaire, contre-appui au coup de pied, sanglage du tronc,
sanglage cuisse côté évalué, contre-appui côté opposé, maintien des poignées.
• Amplitude : 80° à adapter en fonction de la sévérité de la pathologie (spas-
ticité, raideur).
• Correction de gravité : à prendre en compte.
• Récupération entre les séries  : 120  s en fonction de la sévérité de la
pathologie.
• Échauffement spécifique isocinétique  : 2 x 6  répétitions sous-maximales
concentriques à 120°/s, puis 1 x  3  répétitions sous-maximales (mais en allant
vers maximum) concentriques à 60°/s.
• Évaluation maximale : 3 répétitions maximales concentriques à 60°/s.
• Évaluation maximale : 3 répétitions maximales concentriques à 120°/s.
• Échauffement spécifique isocinétique  : 3 répétitions sous-maximales (mais
en allant vers maximum) excentriques à 30°/s.
• Évaluation maximale : 3 répétitions maximales excentriques à 30°/s.

Quantification de la spasticité à l’aide


de l’isocinétisme dans le cadre de la paralysie
cérébrale
La spasticité est clairement un symptôme de la paralysie cérébrale. L’isoci-
nétisme semble être un outil pertinent afin de quantifier de manière repro-
ductible et fiable ces phénomènes de spasticité comme en démontre une
étude de Pierce et al. [24]. Dans cette étude, 15 enfants atteints de paralysie
cérébrale ont été installés de façon conventionnelle sur un dynamomètre
isocinétique afin de réaliser des mouvements de flexion et d’extension du
genou de façon passive à des vitesses angulaires allant de très basses (15°/s)
à très rapides (180°/s) afin de balayer le spectre de vitesses auxquelles pour-
raient apparaître des phénomènes de spasticité. Un contrôle par mesure
EMG était réalisé pour les muscles concernés. Le protocole est présenté dans
le tableau 9.8.
Les valeurs retenues dans le cadre de ce protocole sont le moment de
force maximum obtenu à chaque vitesse angulaire ainsi que le coefficient
de la droite de régression mesuré par la relation entre les valeurs de tra-
vail (en Joules) et chaque vitesse angulaire. La méthode, certes un peu
complexe est clairement expliquée et illustrée dans l’étude de Engsberg
et al. [25]. Les résultats de l’étude de Pierce et al. [24] sont présentés dans
le tableau 9.9.
240 Guide d’isocinétisme

Tableau 9.8. Protocole de quantification de la spasticité des muscles


extenseurs et fléchisseurs de genou dans un groupe d’enfants atteints
de paralysie cérébrale [24].
Vitesses Amplitude de Amplitude de Nombre de Temps de
angulaires (°/s) l’extension vers la flexion vers répétitions récupération
la flexion (°) l’extension (°) entre chaque série
(secondes)
15°/s 25° - 90° 90° - 25° 10 60
90°/s 25° - 90° 90° - 25° 10 60
180°/s 25° - 90° 90° - 25° 10 60

Tableau 9.9. Reproductibilité relative (ICC) de mesure de la spasticité


des extenseurs et fléchisseurs de genou dans une population d’enfants
atteints de paralysie cérébrale.
Groupe musculaire Vitesses angulaires Coefficient de corrélation
intraclasse
MFM extenseur de genou 15°/s 0,51
MFM extenseur de genou 90°/s 0,50
MFM extenseur de genou 180°/s 0,86
Coefficient extenseur de genou - 0,75
MFM fléchisseur de genou 15°/s 0,31
MFM fléchisseur de genou 90°/s 0,38
MFM fléchisseur de genou 180°/s 0,80
Coefficient fléchisseur de genou - 0,84
MFM : moment de force maximum.

Les résultats de cette étude montrent que :


• La reproductibilité de la mesure de spasticité à 15°/s et à 90°/s par le
moment de force maximum est insuffisante que ce soit pour les muscles
extenseurs que pour les muscles fléchisseurs de genou.
• La reproductibilité de la mesure de spasticité à 180°/s par le moment de
force maximum est très bonne aussi bien pour les muscles extenseurs que
pour les muscles fléchisseurs de genou.
• La reproductibilité de la mesure de spasticité utilisant le coefficient de la
droite de régression est meilleure pour les muscles fléchisseurs de genou que
pour les muscles extenseurs.
Il semble donc pertinent de quantifier les phénomènes de spasticité en
utilisant le moment de force maximum à 180°/s pour les extenseurs et flé-
chisseurs de genou dans la paralysie cérébrale.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies neurologiques 241

Fiche 9.3
Proposition de méthodologie d’évaluation isocinétique
de la spasticité dans le contexte d’enfants atteints
de paralysie cérébrale spastique
• Préambule : identifier le niveau de spasticité à l’aide de l’échelle d’Ashworth
modifée (passation faite par un clinicien).
• Échauffement : pas d’échauffement puisque les mouvements seront réalisés
en mode passif.
• Position  : assise, 85° de flexion de hanche, alignement axe dynamomètre
et axe articulaire, contre-appui au coup de pied, sanglage du tronc, sanglage
cuisse côté évalué, contre-appui côté opposé, maintien des poignées.
• Amplitude : 25° de flexion à 90° d’extension.
• Correction de gravité : à prendre en compte.
• Récupération entre les séries : 60 s.
• Évaluation passive : 10 répétitions passives à 15°/s.
• Évaluation passive : 10 répétitions passives à 90°/s.
• Évaluation passive : 10 répétitions passives à 180°/s.

Quantification de la fatigue musculaire à l’aide


de l’outil isocinétique dans la paralysie cérébrale
L’étude de la fatigue chez le patient présentant une paralysie cérébrale n’est
pas très documentée, même si la plainte est évoquée. La paralysie cérébrale
s’accompagne de troubles de la posture et du mouvement [26]. Dans ce
contexte, l’exercice physique au sens large est une partie intégrante du
projet thérapeutique. Cet exercice physique joue un rôle important dans le
maintien et l’amélioration des capacités fonctionnelles et sur la qualité de
vie chez les enfants atteints de paralysie cérébrale [26].
Les causes de fatigue dans les affections neurologiques sont nombreuses.
La cause cardio-respiratoire et -vasculaire comme déterminant de fatigue en
rapport avec l’effort est évidente. Les patients atteints de paralysie cérébrale
présentent des aptitudes cardio-respiratoires diminuées à l’exercice asso-
ciées à une force maximale isométrique et une endurance musculaire du
quadriceps déficiente par rapport à des sujets sains appariés [27]. Ces valeurs
cardio-respiratoires diminuées proviendraient d’une plus faible efficience
ventilatoire mise en évidence par des valeurs d’équivalents en oxygène
plus faibles et par la distorsion de la cage thoracique due à la spasticité des
muscles respiratoires [26]. L’endurance musculaire isométrique diminuée
chez ces patients proviendrait du niveau de co-contraction important qui
peut limiter le retour veineux aboutissant à une fatigue musculaire précoce
242 Guide d’isocinétisme

[26,28] surtout en mode isométrique, mais également à un recrutement


plus important d’unités motrices pendant la contraction musculaire [28].
L’isocinétisme est très peu utilisé pour la quantification de la fatigue mus-
culaire dans la paralysie cérébrale. La littérature ne rapporte qu’une seule
étude montrant la validité ainsi que la reproductibilité d’une épreuve de
résistance à la fatigue chez des enfants atteints de paralysie cérébrale [20].
Dans cette étude, 12 enfants atteints de paralysie cérébrale et âgés de 10 à
22 ans ont été inclus. Ils ont réalisé un protocole de résistance à la fatigue
comprenant 35 répétitions à 60°/s sur des mouvements d’extension et de
flexion du genou. Suite à ce protocole, un calcul d’un index de fatigue (IF)
a été réalisé grâce à la formule suivante :

IF = 100 – ((MFM dernières 5 répétitions) /


(MFM des 5 meilleures répétitions) × 100)

MFM : moment de force maximum.


Lors de l’analyse de la reproductibilité, cet index de fatigue semble repro-
ductible pour les muscles extenseurs du genou avec un coefficient de cor-
rélation intraclasse à 0,73 ainsi que pour les muscles fléchisseurs du genou
avec un coefficient de corrélation intraclasse à 0,86.
Il semblerait donc que 35 répétitions à 60°/s soit une épreuve de résistance
à la fatigue fiable et reproductible dans le cadre de la paralysie cérébrale.
Plus de détails sur la fatigue musculaire sont donnés dans le chapitre 11.

Perspectives
Suite à ce que nous venons de voir au sujet de la place qu’occupe l’outil
isocinétique aussi bien auprès des populations d’hémiplégiques adultes
qu’auprès d’enfants atteints de Paralysie Cérébrale, il semblerait pertinent
d’envisager certaines perspectives. Comme trop souvent, la problématique
est la faible puissance des études scientifiques disponibles (cohortes faibles)
et la faible disponibilité de données normatives. De plus, une autre perspec-
tive serait d’identifier la place de l’isocinétisme auprès d’autres pathologies
neurologiques, comme certaines maladies neuromusculaires, la sclérose en
plaque, la maladie de Parkinson…

Points clés
La mesure de la force musculaire dans les pathologies neurologiques reste
encore assez peu développée, même si elle représente un élément impor-
tant dans la prise en charge des patients. Dans ce contexte, il convient de
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies neurologiques 243

prendre en considération certains points importants. Tout d’abord, la repro-


ductibilité semble satisfaisante dans l’évaluation de la force musculaire des
muscles extenseurs et fléchisseurs du genou à 90°/s. Au niveau des mem-
bres supérieurs les vitesses angulaires sont plus variables et doivent être
adaptées  en fonction du niveau de sévérité de la pathologie. Il convient
également de respecter un temps de familiarisation plus important que
dans une population de sujets sains mais sans pour autant proposer trop
de répétitions afin de ne pas fatiguer le muscle déficient. Un équilibre est
donc à trouver. Il s’agit avant tout d’installer le sujet sur le dynamomètre
de manière la plus confortable possible afin de le rassurer mais aussi de lui
permettre d’exprimer pleinement sa force musculaire lors de l’évaluation.

Pour aller plus loin


Pour de plus amples informations concernant les notions fondamentales sur l’AVC,
veuillez vous référer à l’ouvrage suivant :
Léger JM, Mas JL. Accidents vasculaires cérébraux. Traité de Neurologie. 2009, Édition
Doin.

Références
[1] Haute Autorité de Santé (HAS), Recommandation de bonne pratique : accident
vasculaire cérébral  : prise en charge précoce. 2009, http://www.has-sante.fr/
portail/upload/docs/application/pdf/2009-07/avc_prise_en_charge_precoce_-_
recommandations.pdf.
[2] Pak S, Patten C. Strengthening to promote functional recovery poststroke: an
evidence-based review. Top Stroke Rehabil. 2008;15(3):177-99.
[3] Flansbjer UB, Miller M, Downham D, Lexell J. Progressive resistance training
after stroke: effects on muscle strength, muscle tone, gait performance and
perceived participation. J Rehabil Med. 2008;40(1):42-8.
[4] Mehta S, Pereira S, Viana R, Mays R, McIntyre A, Janzen S, Teasell RW. Resistance
training for gait speed and total distance walked during the chronic stage of
stroke : a meta-analysis. Top Stroke Rehabil. 2012;19(6):471-8.
[5] Patten C, Lexell J, Brown HE. Weakness and strength training in persons with
poststroke hemiplegia: rationale, method, and efficacy. J Rehabil Res Dev.
2004;41(3A):293-312.
[6] Ekstrand E, Lexell J, Brogardh C. Isometric and isokinetic muscle strength in
the upper extremity can be reliably measured in persons with chronic stroke. J
Rehabil Med. 2015;47(8):706-13.
[7] Kim M, Kothari DH, Lum PS, Patten C. Reliability of dynamic muscle perfor-
mance in the hemiparetic upper limb. J Neurol Phys Ther. 2005;29(1):9-17.
[8] Kim CM, Eng JJ. The relationship of lower-extremity muscle torque to locomo-
tor performance in people with stroke. Phys Ther. 2003;83(1):49-57.
[9] Clark DJ, Condliffe EG, Patten C. Reliability of concentric and eccentric torque
during isokinetic knee extension in post-stroke hemiparesis. Clin Biomech
(Bristol, Avon). 2006;21(4):395-404.
244 Guide d’isocinétisme

[10] Tripp EJ, Harris SR. Test-retest reliability of isokinetic knee extension and
flexion torque measurements in persons with spastic hemiparesis. Phys Ther.
1991;71(5):390-6.
[11] Noorizadeh Dehkordi S, Talebian S, Olyaei G, Montazeri A. Reliability of iso-
kinetic normalized peak torque assessments for knee muscles in post-stroke
hemiparesis. Gait Posture. 2008;27(4):715-8.
[12] Hsu AL, Tang PF, Jan MH. Test-retest reliability of isokinetic muscle strength
of the lower extremities in patients with stroke. Arch Phys Med Rehabil.
2002;83(8):1130-7.
[13] Lance J, Feldman R, Youg R, Koeller C, Spasticity: Disorder of Motor Control, in
Year Book Medical. 1980: Chicago, IL. p. 485-94.
[14] Blackburn M, van Vliet P, Mockett SP. Reliability of measurements obtained with
the modified Ashworth scale in the lower extremities of people with stroke. Phys
Ther. 2002;82(1):25-34.
[15] Kim DY, Park CI, Chon JS, Ohn SH, Park TH, Bang IK. Biomechanical assessment
with electromyography of post-stroke ankle plantar flexor spasticity. Yonsei Med
J. 2005;46(4):546-54.
[16] Starsky AJ, Sangani SG, McGuire JR, Logan B, Schmit BD. Reliability of biome-
chanical spasticity measurements at the elbow of people poststroke. Arch Phys
Med Rehabil. 2005;86(8):1648-54.
[17] Ashworth B. Preliminary Trial of Carisoprodol in Multiple Sclerosis. Practitioner.
1964;192:540-2.
[18] Eek MN, Beckung E. Walking ability is related to muscle strength in children
with cerebral palsy. Gait Posture. 2008;28(3):366-71.
[19] Palisano R, Rosenbaum P, Walter S, Russell D, Wood E, Galuppi B. Development
and reliability of a system to classify gross motor function in children with cere-
bral palsy. Dev Med Child Neurol. 1997;39(4):214-23.
[20] Moreau N, Li L, Damiano DL. A feasible and reliable muscle fatigue assessment
protocol for individuals with cerebral palsy. Pediatr Phys Ther. 2008;20(1):59-65.
[21] Stackhouse SK, Binder-Macleod SA, Lee SC. Voluntary muscle activation,
contractile properties, and fatigability in children with and without cerebral
palsy. Muscle Nerve. 2005;31(5):594-601.
[22] Ayalon M, Ben-Sira D, Hutzler Y, Gilad T. Reliability of isokinetic strength mea-
surements of the knee in children with cerebral palsy. Dev Med Child Neurol.
2000;42(6):398-402.
[23] Damiano DL, Martellotta TL, Quinlivan JM, Abel MF. Deficits in eccentric versus
concentric torque in children with spastic cerebral palsy. Med Sci Sports Exerc.
2001;33(1):117-22.
[24] Pierce SR, Lauer RT, Shewokis PA, Rubertone JA, Orlin MN. Test-retest reliability
of isokinetic dynamometry for the assessment of spasticity of the knee flexors
and knee extensors in children with cerebral palsy. Arch Phys Med Rehabil.
2006;87(5):697-702.
[25] Engsberg JR, Olree KS, Ross SA, Park TS. Quantitative clinical measure of spas-
ticity in children with cerebral palsy. Arch Phys Med Rehabil. 1996;77(6):594-9.
[26] Chen CL, Wu CY, Wong AM, Cheng PT, Hong WH, Chen HC. Correlation of
polyelectromyographic patterns and clinical motor manifestations in children
with cerebral palsy. Am J Phys Med Rehabil. 2003;82(8):627-35.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies neurologiques 245

[27] Nsenga Leunkeu A, Gayda M, Merzouk A, Temfemo A, Lecoutre N, Ahmaidi


S. Aerobic capacity and skeletal muscle function in child with cerebral palsy.
Sciences et Sport. 2005;20:293-6.
[28] Elder GC, Kirk J, Stewart G, Cook K, Weir D, Marshall A, Leahey L. Contributing
factors to muscle weakness in children with cerebral palsy. Dev Med Child Neurol.
2003;45(8):542-50.
10 Évaluation musculaire
isocinétique appliquée
aux pathologies
cardio-vasculaires

Francis Degache

Résumé
L’insuffisance cardiaque chronique a pour conséquence une limitation
à l’effort pour des charges sous-maximales et s’accompagne d’une
atrophie musculaire importante du quadriceps. Le réentraînement
à l’effort mixte (aérobie et renforcement musculaire) fait partie
intégrante de la prise en charge du patient atteint d’insuffisance car-
diaque chronique. Cela suppose une évaluation précise et sécuritaire
de la force musculaire (notamment du quadriceps). L’isocinétisme sem-
ble être un outil adapté, mais il convient de prendre les précautions
nécessaires compte tenu des réponses cardiaques et tensionnelles très
importantes suites à un tel exercice musculaire, en réduisant, si néces-
saire, le nombre de contractions maximales, la vitesse angulaire et en
allongeant les temps de repos entre chaque série de répétitions à une
vitesse angulaire déterminée. Il est clairement identifié que ces trois
facteurs sont responsables des élévations significatives des paramètres
cardio-vasculaires chez les sujets déconditionnés.

Mots clés : insuffisance cardiaque chronique ; évaluation musculaire ;


isocinétisme ; physiologie ; fréquence cardiaque ; pression artérielle ;
réponses cardio-vasculaires ; épreuve d’effort ; amyotrophie ;
faiblesse musculaire.

L’évaluation musculaire isocinétique trouve aussi son intérêt dans les patho-
logies cardio-vasculaires. Ce chapitre montre en quoi la mesure de la force
musculaire, et ce, grâce à l’outil isocinétique, peut être pertinente et utile
dans la prise en charge thérapeutique des patients atteints de pathologies
cardio-vasculaires. L’insuffisance cardiaque chronique étant une pathologie
cardio-vasculaire fréquente (120 000 nouveaux cas/an) et grave (mortalité
de 5 à 10 %/an), et pour laquelle le réentraînement à l’effort et le renforce-
ment musculaire ont montré des preuves d’une efficacité sur la qualité de
vie et la mortalité [1], dans le contexte de ce chapitre, nous nous appuierons
sur le modèle pathologique de l’insuffisance cardiaque chronique.

Guide d’isocinétisme
© 2016 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
248 Guide d’isocinétisme

Notions fondamentales sur l’insuffisance


cardiaque chronique
L’insuffisance cardiaque chronique est caractérisée par une incapacité du
cœur à assurer, dans les conditions normales, le débit sanguin nécessaire aux
besoins métaboliques et fonctionnels des différents organes. L’insuffisance
cardiaque chronique est une maladie grave qui met en jeu le pronostic vital
des patients. Dans un travail de référence, l’étude de Framingham [2] ayant
suivi pendant une durée médiane de 15 ans des patients atteints d’insuffi-
sance cardiaque chronique symptomatique, le taux de survie à 5 ans était
de 25  % chez l’homme et de 38  % chez la femme. Ce pronostic vital est
étroitement lié à la sévérité clinique de la maladie. Il existe quatre stades de
gravité décrits par la New York Heart Association (NYHA) [3] (tableau 10.1).
La mortalité varie de 5 à 10 % par an dans les dysfonctions ventriculaires
gauches asymptomatiques à plus de 40 % dans les stades IV de la New York
Heart Association (NYHA) [4].
Actuellement et depuis une quinzaine d’années la réadaptation cardiaque
est devenue un complément incontournable des traitements médicamen-
teux (inhibiteur d’enzymes de conversion, bêtabloquants, diurétiques,
vasodilatateurs, aspirine, anti-vitamines K). Les premiers types de réentraî-
nement à l’effort étaient basés sur un travail en endurance sur bicyclette ou
sur tapis roulant. Mais depuis peu un type de réentraînement mixte asso-
ciant un entraînement en endurance avec un entraînement en force s’est de
plus en plus développé, à la fois rapporté dans la littérature scientifique, mais
aussi utilisé en pratique clinique. En effet, ce paramètre de force apparais-
sant diminué chez les patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique,
il a semblé pertinent de le développer. La mise en place d’un programme
de réentraînement mixte nécessite de mesurer de manière objective, précise
et reproductible la force musculaire des patients en insuffisance cardiaque
chronique, afin de mettre en place un programme individualisé et adapté
aux déficiences et aux capacités des patients.

Tableau 10.1. Classification des stades de gravité de l’insuffisance


cardiaque chronique de la New York Heart Association (NYHA) [3].
Stades Définitions
Stade I Aucune gêne fonctionnelle ; capacité d’effort physique normale pour l’âge
Stade II Gêne fonctionnelle nulle au repos, mais apparaissant dans l’exercice d’une
activité physique normale pour l’âge du sujet
Stade III Gêne fonctionnelle nulle au repos, mais apparaissant dans l’exercice d’une
activité physique moindre que la normale pour l’âge du sujet
Stade IV Gêne fonctionnelle apparaissant au moindre effort et/ou présente au repos
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies... 249

Mécanismes physiopathologiques
de l’insuffisance cardiaque chronique
Diminution du débit cardiaque
Dans l’insuffisance cardiaque chronique, le cœur ne peut assumer ses fonc-
tions d’éjection du sang vers la périphérie donc vers les muscles. Avec la
progression de l’insuffisance cardiaque chronique se développe aussi une
incapacité à augmenter le débit cardiaque à l’effort [5]. Ceci est associé à
une diminution relative de la perfusion musculaire périphérique au repos
comme à l’exercice [5]. Cette hypoperfusion est elle-même favorisée par le
maintien de résistances vasculaires périphériques élevées dans le muscle.
Bien que le débit cardiaque puisse être redistribué préférentiellement vers
les muscles en activité et les organes vitaux, ces mécanismes compensa-
teurs peuvent devenir défaillants. En effet, l’hypoperfusion va donc limi-
ter l’extraction maximale en oxygène par les muscles et de ce fait dans la
population de patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique, elle
sera atteinte plus rapidement que pour les sujets sains. Par conséquent, un
métabolisme de type anaérobie apparaît ainsi plus précocement. Chez les
patients insuffisants cardiaques, la réduction du flux sanguin dans les mus-
cles en activité, et donc l’apport en oxygène, est étroitement liée à la limita-
tion de l’augmentation du débit cardiaque en cours d’effort [6,7].

Diminution des résistances périphériques


L’importance des facteurs périphériques limitant la capacité fonctionnelle
a pu être précisée. De profondes modifications neuromusculaires et hormo-
nales induites par l’insuffisance cardiaque chronique retentissent sur la dis-
tribution du flux sanguin en périphérie et dans le muscle, et par conséquent
entraînent un retentissement sur la fonction musculaire périphérique. Chez
le sujet sain, au cours de l’effort, on observe une augmentation du flux san-
guin artériel vers les membres en activité et une diminution des résistances
périphériques globales. Il y a plus de 20 ans, Zelis et al. [7] ont rapporté que,
chez les patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique, l’augmentation
du flux sanguin vers les muscles en activité était atténuée pour un même
niveau d’effort par rapport aux sujets sains exempts de pathologies cardio-
vasculaires  ; la consommation d’oxygène à chaque niveau d’exercice était
plus basse chez les patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique et
s’accompagnait d’une augmentation plus précoce des taux de lactate (le
métabolisme de type anaérobie apparaissait plus précocement). Ce défaut
de vasodilatation musculaire peut être imputé à un excès de rigidité vas-
culaire ou à un déséquilibre neuro-hormonal tels que l’augmentation de
l’activité sympathique, un taux élevé de norépinéphrine plasmatique,
de  rénine d’angiotensine et d’endothéline [8]. Cette absence de réserve  de
250 Guide d’isocinétisme

vasodilatation à l’effort est d’autant plus marquée que l’insuffisance cardiaque


est évoluée et ainsi a des conséquences au niveau des masses musculaires les
plus importantes (membres inférieurs) [9,10]. L’augmentation des résistances
périphériques est parfois cinq fois plus élevée chez les patients atteints d’insuf-
fisance cardiaque chronique que la normale. L’absence d’apport d’oxygène
qui en résulte vers les muscles en activité n’est pas liée à des shunts artério-vei-
neux, car la saturation en oxygène vers les veines fémorales est pratiquement
nulle au maximum de l’effort, suggérant donc que tout l’oxygène disponible
est utilisé par le muscle actif. Mais ce défaut de perfusion périphérique semble
bien lié à l’augmentation des résistances périphériques. L’objectif thérapeu-
tique du réentraînement à l’effort est aussi de permettre une baisse des résis-
tances périphériques de base. Il est à noter que les inhibiteurs de l’enzyme de
conversion améliorent partiellement ces défauts de vasodilatation vasculaire
après seulement plusieurs mois de traitement [11].

Modifications musculaires
À côté de cette diminution d’apport en oxygène, existent des anomalies
musculaires quantitatives et qualitatives comme une réduction de la masse
musculaire, une modification de la typologie musculaire en fibres glyco-
lytiques, une diminution de la quantité de mitochondries, une réduction
de la taille de chaque fibre musculaire [12,13]. Elles participent largement
à la limitation fonctionnelle des patients atteints d’insuffisance cardiaque
chronique. En effet, un patient atteint d’insuffisance cardiaque chronique
stoppe son effort plus souvent par fatigue musculaire que par dyspnée.
Le mécanisme essentiel de ces changements semble être le décondition-
nement imposé par la maladie, mais d’autres facteurs semblent se surajou-
ter tels que la dyspnée à l’effort ou pour des charges sous-maximales, ainsi
que l’apport en oxygène aux muscles déficients [14,15]. La malnutrition
et des mécanismes inflammatoires locaux ne jouent probablement un rôle
qu’à un stade très avancé de la maladie. La réversibilité de ces modifications
métaboliques musculaires par la réadaptation a été démontrée par IRM au
phosphore 31.
Ces altérations sont corrélées à la durée d’évolution de l’insuffisance car-
diaque, la capacité aérobie maximale et son évolutivité [10,16]. La masse
musculaire active étant un déterminant important du pic de  VO2 de ces
patients [17,18], ainsi des modifications de la masse musculaire active vont
avoir un retentissement direct sur les capacités physiques et fonctionnelles
du sujet (autonomie, marche, dépense énergétique quotidienne). Une
perturbation plus spécifique des muscles respiratoires a également été
rapportée [19,20]. Ces anomalies sont partiellement et très progressivement
réversibles. Ainsi, l’action bénéfique des vasodilatateurs ou inotropes en
administration aiguë ne s’accompagne pas immédiatement d’une augmen-
tation de la capacité d’effort et du pic de VO2.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies... 251

Insuffisance cardiaque et limitations


musculaires périphériques
Les limitations hémodynamiques centrales de l’insuffisance cardiaque
chronique sont maintenant bien établies. Mais cette pathologie chro-
nique entraîne des dysfonctions périphériques sévères. La pérennisation
de l’insuffisance cardiaque chronique va entraîner à la fois des anomalies
quantitatives et qualitatives de la fonction musculaire périphérique abou-
tissant parfois à une véritable « myopathie ». Les causes de cette altération
de la fonction musculaire chez les patients atteints d’insuffisance cardiaque
chronique sont détaillées dans l’encadré 10.1.
Le muscle squelettique du patient atteint d’insuffisance cardiaque chro-
nique est similaire à celui du patient atteint d’insuffisance respiratoire chro-
nique. On note en effet une diminution du volume musculaire, une dimi-
nution significative de l’endurance musculaire, et enfin une diminution de
la force musculaire essentiellement au niveau des quadriceps [21]. Il est vrai
que ces altérations sont présentes de manière globale chez le patient atteint
d’insuffisance cardiaque chronique, mais elles ont été mises en évidence de
manière claire au niveau des quadriceps.

Encadré 10.1

Causes de l’altération de la fonction musculaire


chez les patients atteints d’insuffisance cardiaque
chronique
j Atrophie musculaire : liée au déconditionnement par les alitements pro-
longés et répétés, et à la diminution des activités physiques quotidiennes.
j Altérations du métabolisme musculaire périphérique : avec réduction des

mécanismes oxydatifs au profit du métabolisme anaérobie : augmentation


de la proportion des fibres musculaires « rapides », réduction de la densité
capillaire, du nombre et du volume des mitochondries, et de l’activité enzy-
matique oxydative.

Diminution du volume musculaire


Dans le contexte d’une pathologie systématique quelle qu’elle soit, l’atro-
phie musculaire (amyotrophie) constatée après un temps d’immobilisation
(même court) ou la sédentarité est souvent considérée comme étant asso-
ciée à une faiblesse musculaire. Son évaluation est le plus souvent réalisée
par la mesure du périmètre musculaire  [22]. Cependant, certaines études
s’appuient sur une mesure de la masse musculaire à partir de la surface
musculaire obtenue par coupe scannographique. Une première étude de
Troosters et al. [23] comparait les anomalies musculaires engendrées par
252 Guide d’isocinétisme

l’insuffisance cardiaque et par l’insuffisance respiratoire. Les résultats


rapportaient que ces deux pathologies apparaissaient avoir des consé-
quences identiques sur le plan musculaire. Les résultats de deux études,
celles de Bernard et al. [24] et Harrington et al. [25], montraient qu’il existait
une relation directe entre le volume musculaire du quadriceps et la force
musculaire du quadriceps. Le volume musculaire était évalué par la surface
de section du quadriceps (cm2). Les résultats indiquaient également que la
sévérité de l’insuffisance cardiaque chronique était directement liée à une
amyotrophie du quadriceps et donc à une diminution significative de force
musculaire. L’étude de Harrington et al. [25] rapportait également l’intérêt
d’un réentraînement en force afin de lutter ou d’inverser cette «  myopa-
thie  ». Miyagi et al. [26] ont également montré qu’une diminution de la
masse musculaire du quadriceps était observée chez les patients atteints
d’insuffisance cardiaque chronique. Dans ce travail, un groupe de 14 sujets
atteints d’insuffisance cardiaque chronique (7 symptomatiques et 7 asymp-
tomatiques) ont été comparé entre eux, mais également avec un groupe de
7 sujets sains. Des mesures de masse musculaire d’un membre inférieur par
absorptiométrie biphotonique ont été effectuées. Il existait une diminution
de 17 % de la masse musculaire dans le groupe de patients symptomatiques
par rapport aux sujets sains. Dans le groupe de sujets asymptomatiques,
ils n’ont pas rapporté de diminution de masse musculaire. De plus, au
moment de l’effort maximal durant une épreuve d’effort, des mesures
intra-musculaires ont montré des diminutions significatives de consomma-
tion d’oxygène dans les deux groupes de patients atteints d’insuffisance
cardiaque chronique. Il apparaissait donc que les anomalies musculaires
étaient directement liées à l’intolérance à l’effort chez les patients atteints
d’insuffisance cardiaque chronique.
En conclusion, l’atrophie musculaire squelettique est une cause impor-
tante de l’intolérance à l’exercice dans l’insuffisance cardiaque chronique.
Cependant, l’endurance musculaire n’est pas uniquement liée au volume
musculaire, mais également aux qualités intrinsèques du muscle lui-même,
et notamment au déficit des fibres oxydatives (type I) [16,20].

Altérations histologiques et biologiques musculaires


La fatigue musculaire ainsi que la dyspnée sont les principaux symptômes
de l’insuffisance cardiaque chronique. Plusieurs mécanismes contribuent
à l’apparition de ces symptômes comme les modifications typologiques
des fibres musculaires (de oxydatives  I à glycolytiques  II), diminution de
l’apport en oxygène vers les muscles et moins bonne utilisation de cet
oxygène. [27]. Des biopsies musculaires effectuées sur des patients atteints
d’insuffisance cardiaque chronique ont révélé des changements histolo-
giques et biochimiques, dont essentiellement des diminutions d’activités
enzymatiques, une diminution du volume mitochondrial, une déplétion
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies... 253

Tableau 10.2. Altérations histologiques et biochimiques du muscle


squelettique périphérique chez les patients atteints d’insuffisance
cardiaque chronique.
Modifications Activité enzymatique Type de fibres Fonction
structurelles (pourcentage) musculaire
Cellularité Activité des enzymes oxydatives IIb ↑ Force ↓
interstitielle ↑
Contenu lipidique ↑ β-hydroxyacyl-CoA IIa = Endurance ↓
déshydrogénase ↓
Densité capillaire ↑ Citrate synthase ↓ I ↓
ou =
Densité Succinate déshydrogénase ↓
mitochondriale ↓
Surface de crêtes Cytochrome oxydase ↓
mitochondriales ↓
Glycogène ↓ Activité des enzymes glycolytiques
Phosphofructokinase =
Lactate déshydrogénase =
Na-K ATPase membranaire ↓
ATPase : adénosine tri phosphatase ; = : pas de modification ; ↑ : augmentation ; ↓ : diminution.
D’après Degache et al. [30], © ACAPS, EDP Sciences, 2013.

du glycogène, une typologie des fibres musculaires modifiée (tableau 10.2).


Tous ces changements peuvent être expliqués par l’augmentation impor-
tante de la proportion de fibres II (fibres glycolytiques) et la diminution très
importante de la proportion de fibres I (fibres oxydatives) [13,16,28].
Concernant l’atrophie des fibres musculaires, plusieurs études ont
rapporté des résultats discordants. Sullivan et al. [13] et Howell et al. [29]
ont montré une diminution de la proportion des fibres  IIb alors que
Mancini et al. [28] ont montré une diminution de la proportion des deux
types de fibres IIa (fibres intermédiaires) et IIb. Drexler et al. [16], ont mon-
tré que le nombre, la taille et l’ultrastructure des mitochondries étaient alté-
rés chez les patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique comparés
à des sujets sains.

Altérations de la fonction musculaire


(endurance et force)
La fonction musculaire est caractérisée par deux facteurs importants  : la
force et l’endurance.
La force est définie par la capacité du muscle à développer une tension
maximale et l’endurance musculaire est définie par la capacité du muscle à
254 Guide d’isocinétisme

maintenir une certaine force pendant un temps donné, et donc à résister à


la fatigue [31].
Après avoir comparé des sujets sains, des patients atteints d’insuffisance
cardiaque chronique et des patients atteints d’insuffisance rénale chro-
nique, Hamilton et al. [32] ont rapporté que les patients atteints d’insuffi-
sance cardiaque et rénale chronique présentaient une même faiblesse mus-
culaire importante au niveau des muscles périphériques, ainsi qu’au niveau
des muscles respiratoires. Cependant, la force et l’endurance musculaire ne
semblaient pas être altérées par le même mécanisme, et ne semblaient pas
non plus être altérées de la même manière sur les muscles périphériques
et au niveau des muscles respiratoires même si quelques études ont mon-
tré des corrélations significatives entre la force musculaire périphérique et
la performance aérobie chez les patients atteints d’insuffisance cardiaque
et rénale chronique [25,33,34]. Il semble que lors d’un effort, la fatigue
des membres inférieurs soit un facteur limitant significatif [32,35-39]. Ceci
serait dû à une corrélation entre la force des muscles respiratoires et la
fatigue des autres muscles (non respiratoires) [20].
De manière générale, il semble que la force musculaire soit l’aspect limi-
tant dans la performance des muscles respiratoires, alors que l’endurance
apparaît limitant dans la fonction musculaire périphérique [20]. Ainsi,
dans une étude de Minotti et al. [40], l’endurance des muscles des mem-
bres inférieurs d’un groupe de patients atteints d’insuffisance cardiaque
chronique mesurée par une succession de 15 extensions du genou en mode
isocinétique à 90°/s, a montré une diminution significative par rapport
à un groupe de sujets sains. Durant cette évaluation aérobie, le moment
de force maximum diminuait et restait à 65  % de la valeur initiale, alors
que pour le groupe contrôle, ce moment de force maximum restait à 85 %
de la valeur initiale. Cette étude révélait une fatigue musculaire du qua-
driceps plus importante chez les patients atteints d’insuffisance cardiaque
chronique (figure 10.1). Ces résultats suggèrent que l’endurance musculaire
joue un rôle déterminant dans la tolérance à l’exercice dans l’insuffisance
cardiaque.
Une autre étude de Schulze et al. [41] a évalué les paramètres neuromus-
culaires ainsi que les anomalies fonctionnelles et morphologiques muscu-
laires sur une cohorte de 70 patients atteints d’insuffisance cardiaque chro-
nique stables d’âge moyen de 60 ± 3 ans. Un groupe contrôle de 12 sujets
sains de même âge était également évalué. Tous les sujets ont effectué une
épreuve d’effort maximale incrémentale (augmentation de 25 Watts toutes
les 3 min), une évaluation de la force musculaire maximale du quadriceps
en isométrique, ainsi qu’une épreuve de fatigue musculaire. La surface de
section des muscles de la cuisse a été calculée par tomographie. De plus, un
enregistrement électromyographique de surface du quadriceps a été effec-
tué. Enfin des échantillons de sérum sanguin ont été prélevés 12 h après
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies... 255

Figure 10.1. Valeur du moment de force maximal lors d’une extension du genou
à 90°/s chez des patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique et dans un groupe
contrôle de sujets sains. Blanc : 3 premières répétitions. Noir : 3 dernières répétitions.
D’après Degache F. Place de l’isocinétisme dans le processus de réhabilitation de l’insuffisance cardiaque chronique.
Movement & Sport Sciences 2014 ; 85 : 53-63. © ACAPS, EDP Sciences, 2013.

l’exercice. La surface de section des muscles de la cuisse était inférieure dans


le groupe de patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique (132,7
± 7,5 vs 165,6 ± 4,8 cm2, p = 0,003) sans différence significative au niveau
de la masse grasse totale entre les deux groupes. La force musculaire (isomé-
trique) des patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique était plus
faible que chez les sujets sains contrôles (309,8 ± 20,6 vs 249,8 ± 18,2 N,
p < 0,05). De plus, la fatigabilité musculaire du quadriceps était plus impor-
tante dans le groupe de patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique
que dans le groupe de sujets sains contrôles (-2,3 ±  0,3 vs -0,6 ±  0,2  N/s,
p <  0,0001). Enfin, le recrutement des fibres musculaire à 30  % de la
contraction isométrique était plus faible chez les patients atteints d’insuf-
fisance cardiaque chronique que chez les sujets sains (89,7 ± 9,7 vs 177,5
± 25,2 %, p < 0,001).
Tous ces résultats tendent à démontrer que l’intolérance à l’exercice (fati-
gabilité), qui constitue le principal symptôme de l’insuffisance cardiaque
(associé à la dyspnée), est due aux anomalies intrinsèques des muscles sque-
lettiques, des membres inférieurs principalement.
Depuis une quinzaine d’années, le renforcement musculaire fait partie
intégrante de la réadaptation cardiaque chez les patients atteints d’insuf-
fisance cardiaque chronique. L’évaluation musculaire nous semble indis-
pensable en préalable à la mise en place d’un programme de réadaptation,
faisant appel aux techniques de renforcement musculaire. Cette évaluation
doit être analytique et s’intéresser aux caractéristiques de force, de puis-
sance ou d’endurance musculaire.
256 Guide d’isocinétisme

Benton et al. [42] expliquaient à travers une revue de la littérature, que


le standard pour l’évaluation de la force musculaire des patients atteints
d’insuffisance cardiaque chronique était la 1-RM, qui représente une notion
classique d’évaluation de la force en mode isotonique. La 1-RM est en fait
la charge maximale qui peut être soulevée en une seule répétition. Cette
méthode nécessite d’être au meilleur de sa forme le jour de l’évaluation
[43]. Elle peut être utilisée sur un grand nombre de groupes musculaires,
et n’avait induit aucun accident cardio-vasculaire ni musculaire chez les
patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique dans les études présen-
tées incluses dans la revue de littérature [42].
Cependant, cette méthode d’évaluation de la force musculaire présente
certaines limites (voir chapitres 1 et 2), ainsi nous suggérons une évaluation
de la force musculaire au moyen de dynamomètre isocinétique qui repré-
sente à ce jour le gold standard de l’évaluation de la force musculaire.

L’isocinétisme dans l’insuffisance cardiaque chronique


L’isocinétisme est donc une méthode reconnue d’évaluation et de réen-
traînement de la force musculaire couramment utilisée en rééducation des
altérations musculaires ou articulaires. C’est par contre une méthode très
peu utilisée auprès de populations dites « à risque » telles que les patients
coronariens ou les patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique,
un des rares risques rapportés de cette méthode étant le risque cardio-vas-
culaire compte tenu de l’intensité des efforts effectués (voir chapitre 11).
Dans ce contexte, une des premières études a été rapportée par Quittan
et al. [44] visant à démontrer la faisabilité d’une évaluation musculaire iso-
cinétique des fléchisseurs et extenseurs du genou dans une population de
patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique stable. Trente-huit sujets
ont effectué une série de 3 flexion-extension du genou dominant et du genou
non dominant suivie d’une contraction isométrique de 3 s des extenseurs,
puis d’une contraction isométrique de 3 s des fléchisseurs, successivement des
deux côtés. Les évaluations ont été répétées 3 fois dans la même demi-jour-
née, puis à 5 jours d’intervalles dans les mêmes conditions. Un contrôle de la
fréquence cardiaque et de la tension artérielle était effectué durant les évalua-
tions. Les résultats montraient une très bonne faisabilité des évaluations isoci-
nétiques chez des patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique stable.
Les valeurs de la fréquence cardiaque maximale (81,4 ± 2,0 battements/min
en isocinétisme contre 74,6 ± 2,4 battements/min en isométrique), ainsi que
celles des pressions artérielles systoliques et diastoliques, apparaissaient plus
élevées suite aux contractions isocinétiques. Cette étude révélait, de plus, une
très bonne reproductibilité des évaluations isocinétiques du genou dans une
population de patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique stable
avec des coefficients de corrélation intraclasse à 0,96 pour les extenseurs du
genou et à 0,82 pour les fléchisseurs (p < 0,0001).
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies... 257

L’équipe de Selig et al. [45] a aussi étudié la faisabilité et la reproductibilité


des évaluations isocinétiques des fléchisseurs et extenseurs du genou dans
une population de 33 patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique
stable (28 hommes et 5 femmes) de 65  ±  9 ans. Leur classe NYHA moyenne
était de 2,5 ± 0,5. L’ensemble des sujets a effectué une évaluation isociné-
tique sur les fléchisseurs et extenseurs du genou (3 mouvements de flexion
et d’extension du genou à 60°/s) et les fléchisseurs et extenseurs de l’épaule
(3 mouvements de flexion et d’extension de l’épaule à 60°/s), ainsi qu’une
épreuve de résistance à la fatigue musculaire (une série de 20 mouvements
de flexion et d’extension à 180°/s), suivi par une épreuve d’effort sur bicy-
clette ergométrique à l’aide un protocole incrémental au 3e  jour. Toutes
ces évaluations ont été répétées une deuxième fois à une semaine d’inter-
valle dans des conditions identiques, et 18 de ces patients ont réalisé à nou-
veau les mêmes évaluations dans les mêmes conditions 3 mois après. Les
résultats montraient une amélioration de 12 ± 25 % de la force musculaire
isocinétique des fléchisseurs et extenseurs du genou et de l’épaule entre la
première et la seconde évaluation et aucun changement pour le pic de VO2
à la seconde évaluation. À 3 mois de la première évaluation, les paramètres
de force musculaire n’avaient pas évolué et le pic de  VO2 avait diminué
(-10 ± 18 %, p = 0,021). Ces résultats montraient qu’une habituation aux
évaluations isocinétiques chez une population de patients atteints d’insuf-
fisance cardiaque chronique stable était souvent nécessaire pour avoir des
résultats interprétables et valides.
Pour Senden et al. [46], la performance maximale du patient atteint
d’insuffisance cardiaque chronique serait plus liée à une altération de la
force musculaire squelettique que par l’altération de la fonction cardiaque.
Une population de 77 patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique
stable (59  hommes et 18  femmes, d’âge moyen de 59,8 ±  9,3  ans) de la
classes II/III de la NYHA a bénéficié d’une épreuve d’effort maximale incré-
mentale sur bicyclette ergométrique (incrément de 20  Watts toutes les
3  min), d’une évaluation de la force musculaire des membres supérieurs
(dynamomètre isométrique manuel de type Preston Corp®), d’une éva-
luation de la force musculaire isocinétique des fléchisseurs et extenseurs
du genou (dynamomètre isocinétique type Biodex®), d’une mesure de la
fraction d’éjection du ventricule gauche par échocardiographie, de mesures
anthropométriques (masse grasse et indice de masse corporelle), et enfin
d’une mesure du volume musculaire des fléchisseurs et extenseurs du genou
sur une coupe de scanner. L’évaluation isocinétique consistait après un
échauffement de 10  min sur bicyclette à des séries de 3  mouvements de
flexion et d’extension du genou à 60°/s, puis 5 à 180°/s, et enfin 20 à 300°/s.
Cette évaluation était réalisée sur les deux genoux. Le temps de repos entre
les séries était de 2 min. Un temps de récupération active à la fin de l’éva-
luation était proposé sur bicyclette. Cette étude rapportait une corrélation
258 Guide d’isocinétisme

significative entre les données de performance maximale sur bicyclette


ergométrique et les données de force maximale isocinétique des extenseurs
du genou, ainsi qu’avec l’aire de section du quadriceps. Ainsi, l’aptitude à
l’exercice physique pour cette population serait déterminée par la masse
musculaire du quadriceps, ainsi que par la force d’extension du genou.
En définitive, l’amélioration de la force maximale des membres inférieurs
pourrait constituer une priorité dans l’amélioration de l’aptitude maximale
à l’exercice ; cette dernière étant un facteur pronostique important de mor-
talité des patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique.
Ainsi, Hulsmann et al. [1] ont étudié une population de 122  patients
atteints d’insuffisance cardiaque chronique inclus durant une période de
24 mois. Les auteurs ont effectué une évaluation de la force musculaire iso-
cinétique des membres inférieurs sur un dynamomètre isocinétique de type
Cybex 6 000®. Un échauffement, qui a aussi servi de familiarisation avec
le dynamomètre isocinétique, a été effectué durant 3 séries de 3 contrac-
tions sous-maximales en mode isocinétique et en mode isométrique. Après
quelques minutes de repos, les sujets ont effectué 3 mouvements de flexion
et d’extension du genou à 60°/s. Les deux côtés ont été évalués de manière
randomisée et séparée de 15 min. Les résultats ont été analysés après une
répartition de la population totale en trois groupes : groupe A = 59 patients
étant restés dans un état d’insuffisance cardiaque stable durant toute la
durée de l’étude  ; groupe  B =  34  patients étant décédés après la période
d’observation ; et groupe C = 29 patients exclus pour cause de transplan-
tation cardiaque. Les résultats rapportaient une différence significative
de la force musculaire entre le groupe  A et le groupe  B (A  : 132 ±  47 vs
B  : 112 ±  35  Nm x 100/kg  ; p <  0,04) (figure  10.2). De plus, on notait

Figure 10.2. Différences de force musculaire du quadriceps et des ischio-jambiers


entre les groupes A (patients stables en noir) et B (patients décédés en blanc).
D’après [30] Degache F. Place de l’isocinétisme dans le processus de réhabilitation de l’insuffisance cardiaque
chronique. Movement & Sport Sciences 2014 ; 85 : 53-63. © ACAPS, EDP Sciences, 2013.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies... 259

une différence significative de la force musculaire entre les extenseurs et les


fléchisseurs du genou ; cette différence était d’autant plus significative que
l’on rapportait les données de force au poids corporel.
Au cours de cette même étude, les patients avaient effectué une épreuve
d’effort maximale sur bicyclette ergométrique  ; 51  des patients avaient
un pic de VO2 très faible : 12 ± 4 ml.min-1.Kg-1, puissance maximale : 75
± 28 W. L’analyse des données mettait en évidence qu’il n’existait aucune
différence significative du pic de VO2  et de la puissance maximale entre
les deux groupes (patients stables vs patients décédés). Dans ces résultats,
le pic de  VO2  n’apparaissait pas être un facteur pronostique important.
Cependant, une corrélation significative était rapportée entre la force mus-
culaire et le pic de VO2. Une analyse multivariée incluant les variables de
force musculaire, de pic de VO2 et de puissance maximale, révélait que seul
le moment de force maximum des fléchisseurs du genou rapporté au poids
était un prédicteur indépendant de mortalité (force des fléchisseurs rappor-
tée au poids corporel x2 = 8 ; p < 0,005) (figure 10.3). Ce paramètre apparaît
être plus puissant que le pic de VO2 dans une population de sujets atteints
d’insuffisance cardiaque chronique sévères.
Les relations entre les paramètres de la force musculaire et de l’endurance
musculaire en mode isocinétique et d’aptitude maximale aérobie dans
l’insuffisance cardiaque ont été rapportées par Suzuki et al. [47]. Ces auteurs
ont évalué 33  patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique stable
(27 hommes et 6 femmes, 60,3 ± 12,7 ans). Les mesures de force musculaire

Figure 10.3. Précision de la valeur pronostique de mortalité de la force


des fléchisseurs du genou illustrés par le diagramme ROC (fonction d’efficacité du
récepteur) pour la sensibilité et la spécificité.
D’après [30] Degache F. Place de l’isocinétisme dans le processus de réhabilitation de l’insuffisance cardiaque
chronique. Movement & Sport Sciences 2014 ; 85 : 53-63. © ACAPS, EDP Sciences, 2013.
260 Guide d’isocinétisme

Figure 10.4. Protocole de mesure de la force et de l’endurance musculaire en mode


isocinétique. FC : fréquence cardiaque ; PA : pression artérielle.
D’après [30] Degache F. Place de l’isocinétisme dans le processus de réhabilitation de l’insuffisance cardiaque
chronique. Movement & Sport Sciences 2014 ; 85 : 53-63. © ACAPS, EDP Sciences, 2013.

isocinétique ont été effectuées grâce à un pédalier de type «  Strength­


Ergo240®  ». Les sujets étaient assis sur un socle avec un dossier incliné
à  110° par rapport à l’horizontal avec les deux pieds sur les pédales. Le
protocole de mesure de force isocinétique est représenté sur la figure 10.4.
Chaque sujet devait effectuer 3  tours de pédale sur chaque jambe en
développant une force maximale à une vitesse de 50 tours/min. Les trois
premières mesures étaient effectuées avec un temps de repos de 2 min entre
chacune d’elle. La puissance maximale développée durant ces cycles de
pédalage était assimilée à un paramètre de force musculaire isocinétique. À
la suite de 10 min de repos, chaque sujet effectuait 20 tours de pédale pour
chaque jambe à 60 tours/min dans le but d’évaluer l’endurance musculaire.
La puissance maximale était le paramètre retenu pour l’interprétation des
résultats. Les données étaient rapportées à la masse corporelle de chaque
individu. Tout au long de l’évaluation et de manière régulière, des mesures
de fréquence cardiaque par monitoring par électrocardiogramme (12 élec-
trodes) en continu tout au long de l’exercice et de pressions artérielles ont
été effectuées. L’aptitude maximale aérobie était mesurée par une épreuve
d’effort incrémentale sur bicyclette ergométrique avec un incrément de
1 Watt toutes les 6 s.
Cette étude a montré une relation significative entre le pic de VO2 et la
force musculaire isocinétique. Cette relation va dans le sens des résultats de
l’étude menée par Cicoira et al. [48] qui testaient de la relation entre le pic
de VO2 et la masse musculaire de patients atteints d’insuffisance cardiaque
chronique non cachectiques.
Cela laisse supposer que la masse musculaire, étroitement liée à la force
musculaire et à l’aptitude maximale aérobie, est un facteur pronostique très
puissant de la mortalité chez les patients atteints d’insuffisance cardiaque
chronique. L’endurance musculaire apparaît également être liée de manière
significative au pic de VO 2. Il est aussi à noter que l’ensemble des patients
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies... 261

Tableau 10.3. Valeurs de fréquence cardiaque, de pressions artérielles


et du double produit (moyenne ± écart type) durant des mesures
isocinétiques des extenseurs et fléchisseurs du genou.
Repos 1re contraction 2e contraction 3e contraction Endurance
Fréquence 76,9 ± 9,5 100,0 ± 18,1 104,0 ± 21,3 102,9 ± 18,7 119,9
cardiaque ± 28,4
(batt/min)
Pression 123,0 ± 18,8 128,6 ± 19,5 128,8 ± 20,3 129,8 ± 21,0 136,3
artérielle ± 21,6
systolique
(mmHg)
Pression 71,7 ± 12,3 72,5 ± 10,3 73,8 ± 9,6 72,9 ± 11,0 73,5 ± 10,9
artérielle
diastolique
(mmHg)
Double 93,4 ± 16,4 129,4 ± 37,8 134,3 ± 38,3 134,4 ± 38,0 165,9
produit ± 59,5
(x 102)
Batt/min : battements/min.
D’après Degache et al.[30]. © ACAPS, EDP Sciences, 2013.

appartenant aux classes I ou II de la NYHA avait une fréquence cardiaque


qui atteignait son maximum lors des tests d’endurance (tableau 10.3).
Cette étude [47] démontrait une nouvelle fois que les mesures de la force
musculaire et de l’endurance musculaire isocinétique restaient possibles
et sans risque majeur pour des patients atteints d’insuffisance cardiaque
chronique stables. De plus, l’aptitude maximale aérobie apparaissait être
directement reliée aux paramètres de force et d’endurance musculaire.
Nous pouvons donc penser que la fatigue décrite par les patients atteints
d’insuffisance cardiaque chronique dans ces activités quotidiennes serait
très dépendante de l’endurance musculaire.

Perspectives
Dans le cadre de l’évaluation musculaire isocinétique de patients atteints
de pathologies cardio-vasculaire, il semble aujourd’hui indispensable de
faire des études avec des cohortes de patients plus importantes, avec des
degrés de sévérités différents allant de la classe I à IV de la NYHA. De plus,
il semblerait utile de proposer des programmes de renforcement musculaire
à base d’isocinétisme en mode excentrique puisque ce mode de contrac-
tion induit des augmentations de fréquences cardiaques plus faibles qu’en
mode concentrique mais avec une efficacité sur le gain de force musculaire
similaire.
262 Guide d’isocinétisme

Points clés
L’insuffisance cardiaque chronique a pour conséquence une limitation à
l’effort pour des charges sous-maximales et s’accompagne d’une atrophie
musculaire du quadriceps importante. Les programmes de réadaptation se
focalisent essentiellement sur les fonctions aérobies, mais depuis quelques
années, le réentraînement à l’effort mixte a fait son apparition avec une
part de renforcement musculaire segmentaire. L’amélioration de la fonction
musculaire chez les patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique doit
s’accompagner d’une évaluation précise et sécuritaire de la force musculaire
du quadriceps. L’isocinétisme semble être un outil efficace, à la fois pour
mesurer la force maximale que le patient peut produire, mais aussi pour
quantifier les bénéfices des programmes de réadaptation. Cependant, l’éva-
luation de la force musculaire en mode isocinétique a tendance à induire
des réponses cardiaques et tensionnelles très importantes, à tel point que
les valeurs de fréquences cardiaques et de pressions artérielles avoisinent
celles de l’épreuve d’effort maximale (la plupart du temps réalisée en
amont des programmes de réentraînement à l’effort) (voir chapitre  11).
Il convient donc de prendre des précautions quant à la réalisation du
protocole d’évaluation de la force maximale en réduisant, si nécessaire, le
nombre de contractions maximales, la vitesse angulaire, et en allongeant
les temps de repos entre chaque série de répétitions à une vitesse angu-
laire déterminée (encadrés 10.2 et 10.3). Il est clairement identifié que ces
trois facteurs sont responsables des élévations significatives des paramètres

Encadré 10.2

Principes à respecter dans le cadre d’une évaluation


musculaire isocinétique chez des patients insuffisants
cardiaques chroniques
j Faire effectuer une épreuve d’effort avant chaque test isocinétique.
j S’assurer de la stabilité de la pathologie cardiaque.
j Installation confortable sur le dynamomètre.

j Respect des alignements articulaires avec l’axe du dynamomètre.

j Sélections de vitesses angulaires lentes (60°/s et 90°/s) plutôt que rapides

(180°/s et au-delà).
j Réduire le nombre de contractions et de répétitions par série.

j Respecter des temps de repos suffisamment long (2 min) entre les séries.

j Éviter les épreuves de résistance à la fatigue.

j Monitorer la fréquence cardiaque tout au long de l’évaluation.

j Être à l’écoute des patients (douleur, essoufflement…), et surveiller en

continu leur tolérance à l’exercice.


Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies... 263

Encadré 10.3

À qui, quand et pourquoi réaliser une évaluation


musculaire isocinétique chez les patients atteints
d’insuffisance cardiaque chronique ?
j Dans le cadre d’une prise en charge médicale d’un patient atteint
d’une insuffisance cardiaque chronique  : dès que le testing manuel n’est
plus discriminant, pour orienter et guider la rééducation, déterminer si le
renforcement musculaire est nécessaire ou peut être arrêté.
j Dans le cadre d’un programme de réentraînement à l’effort afin d’en

évaluer les bénéfices du réentraînement, déterminer si le renforcement


musculaire peut être arrêté.

cardiovasculaires chez les patients atteints d’insuffisance cardiaque


chronique déconditionnés.

Pour aller plus loin


Afin d’approfondir vos connaissances sur le retentissement musculaire de l’insuf-
fisance cardiaque et l’intérêt de l’isocinétisme dans cette pathologie, nous vous
conseillons la lecture suivante :
Degache F. La force musculaire dans l’insuffisance cardiaque : évaluation musculaire
isocinétique et procédures de réentraînement. École doctorale et Université Jean
Monnet, 2005 - 262 pages.

Références
[1] Hulsmann M, Quittan M, Berger R, Crevenna R, Springer C, Nuhr M, Mortl D,
Moser P, Pacher R. Muscle strength as a predictor of long-term survival in severe
congestive heart failure. Eur J Heart Fail. 2004;6(1):101-7.
[2] Mahmood SS, Levy D, Vasan RS, Wang TJ. The Framingham Heart Study and
the epidemiology of cardiovascular disease: a historical perspective. Lancet.
2014;383(9921):999-1008.
[3] Association TCCotNYH, Nomenclature and Criteria for Diagnosis of Diseases of
the Heart and Great Vessels. 1994, Little, Brown & Co. : Boston. p. 253-6.
[4] Aupetit J, Cohen Solal A, Gibelin P, Gueret P, Kayanakis J, Page E, Potiron M,
Zannad F. Les échanges gazeux à l’effort dans l’insuffisance cardiaque. ed. Paris:
Masson; 1991.
[5] Roubin GS, Anderson SD, Shen WF, Choong CY, Alwyn M, Hillery S, Harris
PJ, Kelly DT. Hemodynamic and metabolic basis of impaired exercise tole-
rance in patients with severe left ventricular dysfunction. J Am Coll Cardiol.
1990;15(5):986-94.
[6] McMurray JJ, Ray SG, Abdullah I, Dargie HJ, Morton JJ. Plasma endothelin in
chronic heart failure. Circulation. 1992;85(4):1374-9.
264 Guide d’isocinétisme

[7] Zelis R, Nellis SH, Longhurst J, Lee G, Mason DT. Abnormalities in the regio-
nal circulations accompanying congestive heart failure. Prog Cardiovasc Dis.
1975;18(3):181-99.
[8] Minotti JR, Johnson EC, Hudson TL, Zuroske G, Murata G, Fukushima E, Cagle
TG, Chick TW, Massie BM, Icenogle MV. Skeletal muscle response to exercise
training in congestive heart failure. J Clin Invest. 1990;86(3):751-8.
[9] Davey P, Meyer T, Coats A, Adamopoulos S, Casadei B, Conway J, Sleight P.
Ventilation in chronic heart failure: effects of physical training. Br Heart J.
1992;68(5):473-7.
[10] Sterns DA, Ettinger SM, Gray KS, Whisler SK, Mosher TJ, Smith MB, Sinoway
LI. Skeletal muscle metaboreceptor exercise responses are attenuated in heart
failure. Circulation. 1991;84(5):2034-9.
[11] Jugdutt BI, Michorowski BL, Kappagoda CT. Exercise training after anterior Q
wave myocardial infarction: importance of regional left ventricular function
and topography. J Am Coll Cardiol. 1988;12(2):362-72.
[12] Coats AJ, Adamopoulos S, Radaelli A, McCance A, Meyer TE, Bernardi L, Solda
PL, Davey P, Ormerod O, Forfar C, et al. Controlled trial of physical training in
chronic heart failure. Exercise performance, hemodynamics, ventilation, and
autonomic function. Circulation. 1992;85(6):2119-31.
[13] Sullivan MJ, Green HJ, Cobb FR. Skeletal muscle biochemistry and histology in
ambulatory patients with long-term heart failure. Circulation. 1990;81(2):518-27.
[14] Kraemer MD, Kubo SH, Rector TS, Brunsvold N, Bank AJ. Pulmonary and peri-
pheral vascular factors are important determinants of peak exercise oxygen
uptake in patients with heart failure. J Am Coll Cardiol. 1993;21(3):641-8.
[15] Lee AP, Ice R, Blessey R, Sanmarco ME. Long-term effects of physical trai-
ning on coronary patients with impaired ventricular function. Circulation.
1979;60(7):1519-26.
[16] Drexler H, Riede U, Munzel T, Konig H, Funke E, Just H. Alterations of skeletal
muscle in chronic heart failure. Circulation. 1992;85(5):1751-9.
[17] Mancini DM, Walter G, Reichek N, Lenkinski R, McCully KK, Mullen JL, Wilson
JR. Contribution of skeletal muscle atrophy to exercise intolerance and altered
muscle metabolism in heart failure. Circulation. 1992;85(4):1364-73.
[18] Martin 3rd WH, Berman WI, Buckey JC, Snell PG, Blomqvist CG. Effects of
active muscle mass size on cardiopulmonary responses to exercise in congestive
heart failure. J Am Coll Cardiol. 1989;14(3):683-94.
[19] Mancini DM, Ferraro N, Nazzaro D, Chance B, Wilson JR. Respiratory muscle
deoxygenation during exercise in patients with heart failure demonstrated with
near-infrared spectroscopy. J Am Coll Cardiol. 1991;18(2):492-8.
[20] Mancini DM, Henson D, LaManca J, Levine S. Respiratory muscle function
and dyspnea in patients with chronic congestive heart failure. Circulation.
1992;86(3):909-18.
[21] Stassijns G, Lysens R, Decramer M. Peripheral and respiratory muscles in chro-
nic heart failure. Eur Respir J. 1996;9(10):2161-7.
[22] Pereira PM, da Silva GA, Santos GM, Petroski EL, Geraldes AA. Development and
validation of anthropometric equations to estimate appendicular muscle mass
in elderly women. Nutr J. 2013;12:92.
[23] Troosters T, Gosselink R, Decramer M. Chronic obstructive pulmonary
disease and chronic heart failure: two muscle diseases? J Cardiopulm Rehabil.
2004;24(3):137-45.
Évaluation musculaire isocinétique appliquée aux pathologies... 265

[24] Bernard S, LeBlanc P, Whittom F, Carrier G, Jobin J, Belleau R, Maltais F. Peri-


pheral muscle weakness in patients with chronic obstructive pulmonary disease.
Am J Respir Crit Care Med. 1998;158(2):629-34.
[25] Harrington D, Anker SD, Chua TP, Webb-Peploe KM, Ponikowski PP, Poole-
Wilson PA, Coats AJ. Skeletal muscle function and its relation to exercise tole-
rance in chronic heart failure. J Am Coll Cardiol. 1997;30(7):1758-64.
[26] Miyagi K, Asanoi H, Ishizaka S, Kameyama T, Wada O, Seto H, Sasayama S.
Importance of total leg muscle mass for exercise intolerance in chronic heart
failure. Jpn Heart J. 1994;35(1):15-26.
[27] Minotti JR, Pillay P, Chang L, Wells L, Massie BM. Neurophysiological assess-
ment of skeletal muscle fatigue in patients with congestive heart failure. Circula-
tion. 1992;86(3):903-8.
[28] Mancini DM, Coyle E, Coggan A, Beltz J, Ferraro N, Montain S, Wilson JR.
Contribution of intrinsic skeletal muscle changes to 31P NMR skeletal muscle
metabolic abnormalities in patients with chronic heart failure. Circulation.
1989;80(5):1338-46.
[29] Howell S, Maarek JM, Fournier M, Sullivan K, Zhan WZ, Sieck GC. Congestive
heart failure : differential adaptation of the diaphragm and latissimus dorsi. J
Appl Physiol. 1995;79(2):389-97.
[30] Degache F. Place de l’isocinétisme dans le processus de réhabilitation. de l’insuf-
fisance cardiaque chronique. Movement & Sport Sciences. 2014;85:53-63.
[31] Gosker HR, Wouters EF, van der Vusse GJ, Schols AM. Skeletal muscle dysfunc-
tion in chronic obstructive pulmonary disease and chronic heart failure: under-
lying mechanisms and therapy perspectives. Am J Clin Nutr. 2000;71(5):1033-47.
[32] Hamilton AL, Killian KJ, Summers E, Jones NL. Muscle strength, symptom
intensity, and exercise capacity in patients with cardiorespiratory disorders. Am
J Respir Crit Care Med. 1995;152(6 Pt 1):2021-31.
[33] Gosselink R, Troosters T, Decramer M. Peripheral muscle weakness contri-
butes to exercise limitation in COPD. Am J Respir Crit Care Med. 1996;153(3):
976-80.
[34] Lipkin DP, Jones DA, Round JM, Poole-Wilson PA. Abnormalities of skeletal
muscle in patients with chronic heart failure. Int J Cardiol. 1988;18(2):187-95.
[35] Belman MJ. Exercise in patients with chronic obstructive pulmonary disease.
Thorax. 1993;48(9):936-46.
[36] Drexler H. Changes in the peripheral circulation in heart failure. Curr Opin Car-
diol. 1995;10(3):268-73.
[37] Karlsson J, Diamant B, Folkers K. Exercise-limiting factors in respiratory distress.
Respiration. 1992;59(Suppl 2):18-23.
[38] Killian KJ, Leblanc P, Martin DH, Summers E, Jones NL, Campbell EJ. Exercise
capacity and ventilatory, circulatory, and symptom limitation in patients with
chronic airflow limitation. Am Rev Respir Dis. 1992;146(4):935-40.
[39] Myers J, Salleh A, Buchanan N, Smith D, Neutel J, Bowes E, Froelicher VF. Ven-
tilatory mechanisms of exercise intolerance in chronic heart failure. Am Heart J.
1992;124(3):710-9.
[40] Minotti JR, Christoph I, Oka R, Weiner MW, Wells L, Massie BM. Impaired ske-
letal muscle function in patients with congestive heart failure. Relationship to
systemic exercise performance. J Clin Invest. 1991;88(6):2077-82.
[41] Schulze PC, Linke A, Schoene N, Winkler SM, Adams V, Conradi S, Busse M, Schuler
G, Hambrecht R. Functional and morphological skeletal muscle abnormalities
266 Guide d’isocinétisme

correlate with reduced electromyographic activity in chronic heart failure. Eur J


Cardiovasc Prev Rehabil. 2004;11(2):155-61.
[42] Benton MJ. Safety and efficacy of resistance training in patients with chronic
heart failure: research-based evidence. Prog Cardiovasc Nurs. 2005;20(1):17-23.
[43] Kreamer W, Fry A, Strength testing; development and evaluation of methodo-
logy, in Physiological assessment of human fitness, H., Kinetics, Editor. 1995,
Maud, PJ. Foster, C: Champaign, IL. 1 ; 115-38.
[44] Quittan M, Wiesinger GF, Crevenna R, Nuhr MJ, Sochor A, Pacher R, Fialka-
Moser V. Isokinetic strength testing in patients with chronic heart failure-a
reliability study. Int J Sports Med. 2001;22(1):40-4.
[45] Selig SE, Carey MF, Menzies DG, Patterson J, Geerling RH, Williams AD,
Bamroongsuk V, Toia D, Krum H, Hare DL. Reliability of isokinetic strength and
aerobic power testing for patients with chronic heart failure. J Cardiopulm Reha-
bil. 2002;22(4):282-9.
[46] Senden PJ, Sabelis LW, Zonderland ML, van de Kolk R, Meiss L, de Vries WR, Bol
E, Mosterd WL. Determinants of maximal exercise performance in chronic heart
failure. Eur J Cardiovasc Prev Rehabil. 2004;11(1):41-7.
[47] Suzuki K, Omiya K, Yamada S, Kobayashi T, Suzuki N, Osada N, Miyake F.
Relations between strength and endurance of leg skeletal muscle and cardio-
pulmonary exercise testing parameters in patients with chronic heart failure. J
Cardiol. 2004;43(2):59-68.
[48] Cicoira M, Zanolla L, Franceschini L, Rossi A, Golia G, Zamboni M, Tosoni P,
Zardini P. Skeletal muscle mass independently predicts peak oxygen consump-
tion and ventilatory response during exercise in noncachectic patients with
chronic heart failure. J Am Coll Cardiol. 2001;37(8):2080-5.
11 Évaluation musculaire
isocinétique de la fatigue
et gestion du coût
énergétique

Francis Degache

Résumé
En complément des évaluations musculaires classiques évaluant
la force musculaire maximale, l’isocinétisme permet l’exploration
objective de la fatigue musculaire aussi bien au niveau des mem-
bres inférieurs que des membres supérieurs. L’utilisation clinique des
épreuves de résistance à la fatigue est moins décrite dans la littéra-
ture, et fait l’objet de moins de consensus sur sa méthodologie. L’éla-
boration de protocoles devra prendre en considération la qualité
de reproductibilité et la spécificité physiologique. Il semble qu’une
vitesse angulaire de 180°/s et 30  répétitions soient pertinentes. Le
choix des index caractérisant la fatigue et l’obtention de valeurs
de référence constituent également une étape indispensable. Les
conséquences en particulier cardio-vasculaires de telles épreuves ne
pourront être négligées au même titre que les conséquences cardio-
respiratoires d’une évaluation musculaire isocinétique maximale.

Mots clés : fatigue musculaire ; membres inférieurs ; membres


supérieurs ; conséquences cardio-vasculaires ; fréquence cardiaque ;
dépense énergétique.

La fatigue est un terme commun, utilisé quotidiennement par des millions


d’individus, dont les significations peuvent varier. Elle désigne une sen-
sation d’épuisement qui peut survenir dans les suites d’une activité mus-
culaire, quelles qu’en soient les modalités, comme d’une journée difficile
ou d’une activité mentale soutenue sans avoir impliqué d’efforts physiques
particuliers. Cette définition correspond à celle du Larousse qui parle de
« sensation de lassitude causée par l’effort, l’excès de dépense physique ou
intellectuelle ». La définition scientifique de la fatigue s’intéresse davantage
aux changements de la fonction musculaire : « incapacité pour le muscle à
maintenir le niveau de performance initial de repos ». Cette dernière, bien
que plus objective et quantifiable, demeure extrêmement vaste. En effet,
comment définir le niveau de performance musculaire ? Faut-il évaluer le

Guide d’isocinétisme
© 2016 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
268 Guide d’isocinétisme

muscle en isométrique, en isotonique ou en isocinétique ? Est-il question


d’une force maximale ou du temps réalisé à un pourcentage donné de la
force maximale ? S’agit-il d’une contraction volontaire ou d’une contrac-
tion induite par stimulation électrique ? Et dans ce dernier cas, quelle fré-
quence doit-on utiliser ? Enfin, quels sont les paramètres d’interprétation
les plus pertinents : la force, le travail, la puissance… ? Ce chapitre traite
des origines de la fatigue, des modalités d’évaluation de la fatigue mus-
culaire avec l’outil isocinétique, et enfin des adaptations cardio-vasculaires
et bioénergétiques durant l’exercice isocinétique.

Fatigue d’origine centrale vs fatigue d’origine


périphérique
Les définitions possibles de la fatigue sont multiples, du fait que l’ampleur
de celle-ci semble liée à la nature de la tâche qui la génère, et peut varier
en fonction de la méthode d’évaluation. Il n’existe pas une, mais bien plu-
sieurs sortes de fatigue correspondant toutes à une baisse de performance.
Ainsi, le dénominateur commun dans la définition de la fatigue semble
être : la baisse de performance.

Fatigue ⇔ baisse de performance.

Cette baisse de performance ne reflète pas une simple « panne de carbu-


rant » ou l’apparition d’une substance inhibitrice, mais plutôt un ensemble
de phénomènes qui atteignent le fonctionnement de la fibre musculaire,
soit dans la cascade de commande (origine centrale), soit dans l’exécution
finale de la contraction (origine périphérique), ou encore, probablement
bien souvent, les deux phénomènes simultanément. Ce phénomène multi-
paramétrique, qui est avant tout un système de protection du muscle et de
l’ensemble de l’organisme, est réversible et adaptatif.
Afin de clarifier ces phénomènes et mécanismes, de manière schématique
et du coup purement théorique, nous allons dissocier les différentes étapes
de la machinerie contractile, afin d’analyser les maillons qui pourraient être
défaillants lors de la survenue de la fatigue et savoir pourquoi ils le sont.
La figure 11.1 décrit la chaîne de commande conduisant de la motivation
à la génération de force par les ponts actine-myosine. L’influx nerveux qui
prend naissance au niveau cortical est ensuite véhiculé par les voies pyrami-
dales jusqu’au niveau métamérique médullaire concerné. Il est alors trans-
mis au motoneurone qui chemine dans un nerf périphérique avant de se
ramifier pour innerver au niveau des jonctions neuromusculaires (plaques
motrices) plusieurs fibres musculaires  : l’ensemble constituant une unité
motrice. La dépolarisation membranaire des fibres va induire un relargage
Évaluation musculaire isocinétique de la fatigue et gestion... 269

Figure 11.1. Chaîne de commande de génération de la force musculaire.

du calcium présent dans le réticulum sarcoplasmique qui va se fixer sur


la troponine et ainsi déplacer la tropomyosine des sites de fixation de la
myosine sur les filaments d’actine. La formation des ponts d’union actine-
myosine va permettre le raccourcissement des sarcomères et la production
d’une force (voir chapitre 1).
Dans ce contexte, en physiologie et neurophysiologie, la fatigue, étant
souvent définie comme la perte de force maximale volontaire, est classique-
ment expliquée par deux ensembles interdépendants [1] :
• facteurs d’origine centrale ( = nerveuse, en amont de la jonction neuro-
musculaire),
• facteurs d’origine périphérique (= musculaire).
Cette interaction explique pourquoi il n’est pas toujours facile d’isoler les
parts centrales et périphériques de la fatigue neuromusculaire (figure 11.1).

Évaluation de la fatigue musculaire


Il existe un nombre important de tests évaluant les capacités à maintenir des
forces maximales ou sous-maximales, en aérobie ou en anaérobie, analytiques
ou fonctionnels, en laboratoire ou de terrain [2-4]. Leurs descriptions néces-
siteraient un ouvrage à part entière ce qui n’est pas l’objectif de ce chapitre.
270 Guide d’isocinétisme

Il convient cependant de savoir choisir le test le plus adapté à la pra-


tique sportive, au contexte pathologique, ou groupe musculaire à évaluer.
Les épreuves de fatigue réalisées sur dynamomètre isocinétique en font
partie. Ces épreuves, bien que moins fonctionnelles que des tests de terrain
(sprints, navettes…), ont l’immense avantage de pouvoir être réalisées en
toute sécurité et d’évaluer des forces musculaires réellement maximales
de façon plus analytique et fiable. Les épreuves de fatigue en mode isoci-
nétique, bien qu’assez peu utilisées en pratique et en routine, sont prin-
cipalement utilisées pour les membres inférieurs (extenseurs/fléchisseurs
de genou et de cheville) et les membres supérieurs (rotateurs médiaux et
latéraux d’épaule).

Évaluation de la fatigue musculaire des membres


inférieurs en mode isocinétique
Protocoles
Lors de l’élaboration d’une épreuve destinée à apprécier la fatigue mus-
culaire, une réflexion concerne la durée de l’épreuve ainsi que sa pénibilité.
L’épreuve doit induire une fatigue suffisante, permettant une quantification
objective et une mesure discriminante. Par contre, il faut être vigilant que
la pénibilité et/ou la durée de l’épreuve ne démotive pas le sujet, car dans ce
cas, les mesures seront biaisées suite à un arrêt prématuré de production de
force maximale due à un manque de motivation du sujet et non due à une
fatigue qu’elle soit d’origine centrale ou périphérique.
Une étude de Croiser et al. [5] rappelle que les protocoles visant à explorer
la fatigue musculaire restent d’une utilisation discrète en routine clinique
pour les différentes raisons décrites dans l’encadré 11.1.

Encadré 11.1

Motifs potentiels de sous-utilisation des tests


de fatigue en routine [5]
j Le caractère très spécifique d’une telle épreuve, et pas forcément repré-
sentatif de la réalité fonctionnelle : quelle activité quotidienne, voire spor-
tive, exige des contractions musculaires maximales consécutives durant
30 à 60 s ?
j La méconnaissance de ses conséquences sur le plan cardio-vasculaire.

j Le manque d’études scientifiques validant un protocole ou établissant la

reproductibilité des paramètres mesurés et calculés.


j L’absence de valeurs normatives et de «  limites  », compliquant l’inter-

prétation des résultats sur le plan clinique : qu’est ce qui est défini comme
un profil normal ou anormal ?
Évaluation musculaire isocinétique de la fatigue et gestion... 271

Choix du mode de contraction


En pratique clinique et sportive, le mode de contraction concentrique semble
plus régulièrement utilisé dans le but d’explorer la fatigue musculaire. Très
peu d’études ont évalué la fatigue isocinétique en excentrique ; les quelques
travaux réalisés semblent indiquer une fatigue accrue en excentrique par
rapport au mode concentrique à vitesse lente et inversement à vitesse rapide
(vitesses angulaires supérieures à 60°/s) [6-10]. Le mode excentrique est pro-
bablement moins utilisé en raison de sa moindre reproductibilité, d’autant
moindre que la vitesse augmente [11], de son caractère reconnu pourvoyeur
de lésions et de DOMS (Delayed Onset Muscle Soreness, signifiant douleurs mus-
culaires d’apparition retardée) [12], et de phases d’apprentissage plus longues.
L’ensemble de ces inconvénients influence plutôt à opter pour le mode
concentrique. Les protocoles de fatigue en mode de contraction concentrique
impliquent à la fois les agonistes et antagonistes au cours de la même épreuve.
Choix de la vitesse angulaire
La synthèse des études rapportées par l’ANAES (Agence nationale d’accré-
ditation et d’évaluation en santé) [13] mentionne que la variabilité des
mesures est d’autant plus élevée que la vitesse angulaire est rapide, que
ce soit pour les évaluations de la force maximale que pour les épreuves de
fatigue. Dans ces deux cas, la durée réellement isocinétique du mouvement
décroît également avec la vitesse angulaire (phases d’accélérations et de
décélérations proportionnellement plus longues). Mais parallèlement, une
vitesse lente est moins physiologique et impose des contraintes physiques
trop importantes pour le sujet en raison du nombre de répétitions à réaliser.
Un compromis est donc nécessaire, et actuellement les deux vitesses les
plus employées pour une épreuve de fatigue sont 180 et 240°/s. Feiring et al.
[14] retrouvaient une meilleure reproductibilité du moment de force maxi-
mum et du travail maximal à 180°/s comparativement aux vitesses de 60°/s,
240°/s et 300°/s lors d’une évaluation de la force maximale (tableau 11.1).

Tableau 11.1. Reproductibilité relative évaluée par le coefficient


de corrélation intraclasse (ICC) du moment de force maximum et du travail
maximal pour 4 vitesses angulaires pour les extenseurs et fléchisseurs
du genou sur un dynamomètre de type Biodex.
Vitesses angulaires Extenseurs Fléchisseurs
MFM Travail maximal MFM Travail maximal
60°/s 0,95 0,96 0,98 0,94
180°/s 0,96 0,97 0,93 0,95
240°/s 0,95 0,96 0,93 0,96
300°/s 0,97 0,95 0,82 0,93
MFM : moment de force maximum.
272 Guide d’isocinétisme

La majorité des travaux récents concernant les épreuves isocinétiques de


fatigue [15-21] ont opté pour la vitesse de 180°/s.

Choix de l’amplitude de mouvement


Au niveau de l’amplitude du mouvement, appelée en anglais Range Of
Motion (ROM), Croisier et al. [22] ont montré en  2003 qu’elle n’influen-
çait pas le moment de force maximum ou les ratios durant une épreuve de
fatigue. En revanche, le paramètre de travail est fortement dépendant de
l’amplitude du mouvement. De plus, un consensus sur l’adoption d’une
amplitude articulaire doit être adopté si l’on veut pouvoir comparer des
résultats de différents travaux. Sachant qu’une amplitude trop faible limite
le temps réellement isocinétique, et qu’une amplitude trop importante ne
pourra peut-être pas être appliquée par tout le monde. Une amplitude de
70° à 80° nous semble adaptée.

Choix de la durée de l’épreuve de fatigue


La durée de l’épreuve de fatigue est déterminée par le nombre de répéti-
tions et l’amplitude du mouvement, la vitesse angulaire ayant déjà été
choisie (180°/s). Par analogie aux autres évaluations de référence explorant
le métabolisme anaérobie lactique (test de Wingate), la durée de l’épreuve
de fatigue ne devrait pas être inférieure à 30 s et ne pas excéder 1 min. La
littérature rapporte une très grande variété de durée : depuis Thortensson
[23] qui proposait 50 répétitions sur le quadriceps avec un retour passif, le
nombre de répétitions proposé a fluctué entre  10 [24] et  100 [25] répéti-
tions. D’autres auteurs n’ont pas défini un nombre de répétition, mais ils
ont évalué la durée nécessaire pour obtenir une réduction de performances
de  30 ou 50  % [26-28]. Globalement, plusieurs études [20,29,30] s’accor-
dent pour décrire une décroissance des moments de force maximum en
deux phases distinctes :
• une première phase de décroissance rapide actuellement largement
décrite comme linéaire ;
• suivie d’une deuxième phase de décroissance beaucoup plus lente voire
stable et correspondant à l’utilisation d’une part devenant prédominante
du métabolisme aérobie ;
Ces deux phases étant séparées par ce que Gerdle [31] a appelé le « breack-
point ».
Sangnier et al. [20] affirmaient que 20  répétitions étaient nécessaires et
suffisantes pour obtenir une équation de régression linéaire reproductible
sur la décroissance de force. Croisier et al. [5] ont validé le fait que 30 répé-
titions à 180°/s étaient suffisantes et montraient une meilleure reproducti-
bilité que 50 répétitions (tableaux 11.2 et 11.3) pour l’analyse de la fatigue
musculaire du quadriceps. Dans cette étude réalisée sur un dynamomètre de
type Biodex 3, 18 hommes ont réalisés 3 épreuves de fatigue identiques sur
le membre inférieur dominant, séparées de 7 à 10 jours. L’épreuve de fatigue
Évaluation musculaire isocinétique de la fatigue et gestion... 273

Tableau 11.2. Analyse de la reproductibilité relative évaluée


par le coefficient de corrélation intraclasse (ICC) de plusieurs séries
de répétitions de mouvement d’extension du genou (évaluation
de la fatigue du quadriceps) sur la base du paramètre de travail.
Nombre de répétitions ICC
20 0,90
30 0,91
40 0,89
50 0,88

Tableau 11.3. Analyse de la reproductibilité relative évaluée


par le coefficient de corrélation intraclasse (ICC) de plusieurs séries
de répétitions de mouvement de flexion du genou (évaluation
de la fatigue des ischiojambiers) sur la base du paramètre de travail.
Nombre de répétitions ICC
20 0,74
30 0,75
40 0,76
50 0,80

était composée de 50 répétitions consécutives de flexion et d’extension du


genou à 180°/s sur une amplitude de 100°. Plusieurs paramètres, dont le tra-
vail, ont été étudiés et sont discutés dans le paragraphe « Critères d’interpré-
tation ». L’analyse de ces paramètres a été réalisée après respectivement 20,
30, 40 et 50 répétitions.
Comme l’expliquent Gleeson et Mercer [32], il existe, pour les ischio-
jambiers, des particularités liées à certains mécanismes de recrutement neu-
romusculaires et à certains phénomènes de co-contractions. Enfin, l’activité
protectrice et frénatrice des ischio-jambiers, fonctionnant la plupart du
temps en mode excentrique, pourrait aussi expliquer la faible reproductibi-
lité des mesures réalisées en mode concentrique.

Critères d’interprétation
Une fois l’épreuve de fatigue réalisée, les données recueillies par le dynamo-
mètre peuvent être interprétées. Une courbe typique de réalisation d’une
épreuve de fatigue sur dynamomètre isocinétique de type Con-Trex® est
présentée en figure 11.2.
Comme pour toute évaluation isocinétique, l’analyse des résultats chif-
frés peut sembler fastidieuse au vu du nombre de paramètres recueillis. Il
s’agit donc d’extraire parmi ces nombreuses valeurs, les plus pertinentes
pour quantifier une fatigue, mais également les plus reproductibles.
Figure 11.2. Illustration des résultats d’une épreuve de fatigue musculaire des
fléchisseurs (en négatif) et extenseurs (en positif) du genou sur dynamomètre de type
Con-Trex® : enchaînement des courbes isocinétiques des fléchisseurs et des extenseurs (A),
superposition des courbes isocinétiques (B), et enchaînement des moments de force
maximum par répétition (C).
Évaluation musculaire isocinétique de la fatigue et gestion... 275

Attention, les critères d’interprétation sont laissés à l’appréciation de


l’utilisateur, mais doivent répondre à deux questions :
• Quel paramètre utiliser (moment de force maximum, travail,
puissance…) ?
• Quelle méthode de calcul employée pour analyser l’apparition de la
fatigue musculaire ?
Choix des paramètres à utiliser
En ce qui concerne le choix du paramètre à utiliser, le moment de force
maximum est le critère le plus anciennement utilisé, proposé déjà à l’origine
par Thorstensson et Karlsson en 1976 [23]. L’inconvénient majeur de ce der-
nier est qu’il n’est représentatif que d’une position angulaire bien spécifique
contrairement au travail qui caractérise la performance musculaire réalisée
sur toute l’amplitude du mouvement (voir chapitre 3). Faire le choix de pren-
dre le paramètre du travail implique que les amplitudes articulaires soient
identiques pour toutes les épreuves de fatigue (pour un même sujet pour les
deux côtés et dans le temps, et entre différents sujets), ce qui représente une
contrainte pratique supplémentaire à respecter. Néanmoins cette contrainte
est obligatoire quoi qu’il en soit car, bien que le moment de force maximum
soit isolément indépendant de l’amplitude articulaire, sa décroissance est
analysée en fonction d’une durée d’épreuve ou donc de travail musculaire
fourni. Hors cette durée est, à vitesse et nombre de répétitions constantes,
dépendante de l’amplitude du mouvement. Maffiuletti et al. [17] ont comparé
la reproductibilité de différents paramètres étudiant la fatigue en utilisant les
moments de force maximum comparés au travail. Il en résultait que, quel que
soit le paramètre utilisé, la reproductibilité est systématiquement meilleure
avec le travail, avec des valeurs de reproductibilité relative (ICC) de 0,84 à 0,89
pour le quadriceps, et de 0,78 à 0,81 pour les ischio-jambiers. La puissance,
pour sa part, était nettement moins utilisée et n’apportait probablement pas
d’avantages notables étant donné que la vitesse était définie par l’opérateur.

Le travail semble être le paramètre à privilégier pour évaluer la fatigue


musculaire.

Choix de la méthode de fatigue à utiliser


En ce qui concerne maintenant la méthode de calcul employé pour déter-
miner une fatigue musculaire, Hirt en 2009 [33] s’est intéressé à explorer
les différents index de fatigue. Il explique que deux types de tests ont été
proposés initialement, consistant pour :
• le premier à mesurer le temps au bout duquel le muscle a perdu un pour-
centage donné de ces capacités initiales (30 ou 50 %) ;
• le second, le pourcentage de perte au bout d’un nombre de répétitions ou
un temps donné (respectivement indice d’endurance et indice de ténacité).
276 Guide d’isocinétisme

Dans les deux cas, un risque d’erreur important existe. En effet, malgré
une bonne coopération du sujet, on rencontre parfois sur une ou deux répé-
titions une baisse anormale de force pouvant correspondre à des valeurs en
dessous du seuil fixé, et ainsi fausser les résultats [34] ou tout au moins en
limiter la reproductibilité.
Une autre ancienne méthode employée initialement pour les tests iso-
métriques a été introduite secondairement en isocinétique  : le «  Strength
Decrement Index  » (SDI) [35]. Cet index conçu au départ pour comparer
le moment de force maximum de la première et de la dernière répétition
([(moment de force maximum première répétition) -  (moment de force
maximum dernière répétition)]/ (moment de force maximum première
répétition) a été par la suite modifié en raison des variations importantes
pouvant être retrouvées si l’on ne considère qu’une seule répétition. Les
index de fatigue se sont donc transformés avec les années en utilisant le
travail plutôt que les moments de force maximum, et les moyennes des 3
ou 5 premières et dernières répétitions au lieu de valeurs uniques.
Récemment, Bosquet et al. [21] ont publié une étude de reproductibilité
de certains index de fatigue durant 30 répétitions à 180°/s pour les exten-
seurs et fléchisseurs du genou. Les méthodes de calcul de ces différents
index sont présentées dans l’encadré 11.2.
Pour chaque répétition le travail maximal et le moment de force
maximum étaient enregistrés afin de calculer les différents index de
fatigue précités. Les résultats de reproductibilité par l’analyse des
coefficients de corrélation intraclasse  (ICC) sont présentés dans les
tableaux 11.4 et 11.5.
Cette étude de Bosquet et al. [21] montre que quel que soit le paramètre
utilisé (moment de force maximum ou travail maximal) dans le calcul des
index de fatigue musculaire, la reproductibilité est comparable. Elle semble
cependant meilleure pour les extenseurs du genou comparativement aux
fléchisseurs du genou.

Encadré 11.2

Méthodes de calcul de différents index de fatigue


selon Bosquet et al.[21]
j Index de fatigue (IF) = 100 - [(moyenne 3 dernières répétitions)/ (moyenne
3 premières répétitions) x 100].
j Pourcentage de décroissance de la performance (DP) = 100 - [(travail total

cumulé)/(travail maximal x n répétitions) x 100].


j Pente de décroissance de la performance = coefficient « a » de la pente de

régression linéaire de type y = ax + b.


j Analyse du moment de force moyenné sur l’ensemble des répétitions.

j Travail total cumulé sur l’ensemble des répétitions.


Évaluation musculaire isocinétique de la fatigue et gestion... 277

Tableau 11.4. Reproductibilité relative évaluée par le coefficient


de corrélation intraclasse (ICC) des index de fatigue calculés sur la base
du moment de force maximum.
Paramètres ICC pour les extenseurs ICC pour les fléchisseurs
IF ( %) 0,62 0,46
DP ( %) 0,39 0,34
Pente de décroissance de la 0,82 0,58
performance (Nm/répétition)
Moment de force maximum 0,83 0,76
moyen (Nm)
IF : index de fatigue ; DP : pourcentage de décroissance de la performance.
Tableau 11.5. Reproductibilité relative évaluée par le coefficient
de corrélation intraclasse (ICC) des index de fatigue calculés sur la base
du travail maximal.
Paramètres ICC pour les extenseurs ICC pour les fléchisseurs
IF ( %) 0,58 0,54
DP ( %) 0,43 0,38
Pente de décroissance de la 0,81 0,56
performance (J/répétition)
Travail total cumulé (J) 0,91 0,75
IF : index de fatigue ; DP : pourcentage de décroissance de la performance.

Conseil
Un conseil à respecter impérativement : si le choix d’analyse de la fatigue porte
sur l’index de fatigue, il convient de vérifier durant l’épreuve que la répétition
maximale (moment de force maximum) soit réalisée dans les 3  premières
répétitions puisque ce sont celles-ci qui sont prises en compte pour le calcul de
l’index de fatigue.

L’analyse de la fatigue musculaire réalisée en mode isocinétique a été


confrontée aux paramètres physiologiques et énergétiques que sont les
filières aérobie et anaérobie dans une étude de Bosquet et al. [36]. L’objec-
tif de ce travail était d’analyser les corrélations potentielles entre certains
paramètres de fatigue musculaire isocinétique (préalablement cités) et des
paramètres liés à la filière aérobie (VO2max) et anaérobie (puissance maxi-
male et moyenne anaérobie). Les résultats montraient qu’il existait une
relation significative entre pente de décroissance de la performance (régres-
sion linéaire) et la puissance moyenne anaérobie. Cela suggérait donc que
la filière anaérobie semblait avoir une part importante dans la performance
d’une épreuve de fatigue musculaire isocinétique de 30 répétitions à 180°/s
sur une amplitude de 100°.
278 Guide d’isocinétisme

Évaluation de la fatigue musculaire des membres


supérieurs en mode isocinétique
L’exploration de la fatigue musculaire au niveau des membres supé-
rieurs est beaucoup moins documentée que pour les membres inférieurs.
Les groupes musculaires évalués sont la plupart de temps les rotateurs
médiaux (ou rotateurs internes) et rotateurs latéraux (ou rotateurs
externes) de l’épaule. Ellenbecker et al. [37] ont utilisé 20 répétitions de
mouvements de rotation médiale et latérale à 300°/s en mode concen-
trique. Cette même vitesse et ce même mode de contraction ont aussi
été utilisés par Chandler et al. [38] chez des joueurs de tennis. Mullaney
et Mc Hugh [39] analysaient la fatigue des rotateurs médiaux et latéraux
de l’épaule en effectuant 3 x  32  répétitions à 120°/s en mode concen-
trique et en mode excentrique. Il ne semble donc pas exister de consensus
actuellement sur les modalités de réalisation d’une épreuve de fatigue des
muscles rotateurs de l’épaule. De même, le choix des paramètres à utiliser
(moment de force maximum, travail total, ou travail maximal) n’est pas
très bien défini, et donc par conséquent les index de fatigue calculés non
plus.
Cependant, Forthomme et al. [40] ont rapporté des résultats de repro-
ductibilité (à 7  jours d’intervalle) d’une épreuve de fatigue des muscles
rotateurs médiaux et latéraux de l’épaule dans une population sédentaire
saine de 20 femmes et 20 hommes à l’aide d’un Biodex System 3®. Chaque
sujet a effectué 30  répétitions à intensité maximale à 180°/s dans une
amplitude de 50° en rotation interne et de 70° en rotation externe. Deux
positions ont été comparées : position en décubitus dorsal avec l’épaule à
45° d’abduction vs à 90° d’abduction dans le plan frontal. Les paramètres
de travail total et travail maximal ont été utilisés afin de calculer des index
de fatigue musculaire. Trois index ont été utilisés et sont présentés dans
l’encadré 11.3.

Encadré 11.3

Index de fatigue musculaire calculés à partir


du travail total et du travail maximal
j Travail moyen développé lors des 3 dernières répétitions rapporté au travail
maximal : M3D/Wmax.
j Travail moyen développé lors des 3 dernières répétitions rapporté au travail

moyen fourni lors des 3 premières répétitions : M3D/M3P.


j Travail moyen développé lors des 5  dernières répétitions rapporté
au travail moyen fourni lors des 5 premières répétitions : M5D/M5P :
Évaluation musculaire isocinétique de la fatigue et gestion... 279

Encadré 11.4

Points clés de l’étude de Forthomme et al. [40]


j Les paramètres de travail maximal, travail total et l’index de fatigue M3D/
Wmax semblent reproductibles.
j Les rotateurs latéraux sont plus forts et plus fatigables à 90° d’abduction

chez les hommes.


j Les hommes restent plus performants que les femmes (travail maximal

et travail total) sur les deux groupes de rotateurs, avec des index de fatigue
identiques entre les deux sexes.

Les résultats de cette étude [40] montraient que :


• dans la population féminine, l’indice M3D/Wmax est le plus reproduc-
tible avec un coefficient de variation < 13 % pour les rotateurs médiaux à
90° d’abduction ;
• chez les hommes, les paramètres de travail maximal, travail total et l’indice
M3D/Wmax présentaient une bonne reproductibilité puisque les coefficients
de variation restaient compris entre 3 % (travail maximal des rotateurs laté-
raux à 45° d’abduction) et 10,5 % (travail maximal des rotateurs médiaux
à 45° d’abduction). Les autres index ne semblaient pas reproductibles. Les
points clés à retenir sur cette étude sont présentés dans l’encadré 11.4.

Évaluation de la fatigue musculaire des muscles


du rachis en mode isocinétique
Relativement peu d’études ont utilisé une épreuve de fatigue des muscles
extenseurs et fléchisseurs du rachis. Cette constatation vient sans doute du
fait que ce genre d’épreuve est extrêmement sollicitant puisqu’elles sont la
plupart du temps réalisées à 120°/s durant 15 à 30 répétitions [41]. De plus,
ces épreuves sont associées à une augmentation significative et importante
de la fréquence cardiaque, qui peut atteindre 90  % de la fréquence car-
diaque maximale théorique [42], et un risque de malaise vagal existe [43].
Ces épreuves semblent donc peu adaptées pour l’évaluation des patients
douloureux (lombalgie chronique ou scoliose). De plus, dans ce contexte
de pathologie comme la lombalgie chronique, il semblerait exister une
crainte à développer une force maximale dès les premières répétitions à
cause des phénomènes douloureux existant (voir chapitre 6), ce qui faus-
serait le calcul des différents index de fatigue. Ainsi, à ce jour et à notre
connaissance, l’utilisation des épreuves de fatigue pour les muscles fléchis-
seurs et extenseurs du rachis ne semble pertinente que dans des indications
très particulières, chez des sujets entraînés à l’isocinétisme qui pourront
développer une force maximale dès les premières répétitions, donc a fortiori
dans le contexte sportif.
280 Guide d’isocinétisme

Incidences cardio-vasculaires et énergétiques


de l’isocinétisme
La réalisation d’un effort maximal, s’il implique des masses musculaires
importantes, s’accompagne de modifications cardio-vasculaires physiolo-
giques, qui peuvent devenir excessives ou anormales, en particulier chez
des sujets non entraînés ou ayant des facteurs de risque et/ou des patholo-
gies cardio-vasculaires.
La fréquence cardiaque (maximale) et la consommation d’oxygène sont
les deux principaux indicateurs de la dépense énergétique utilisés dans la
littérature lors d’évaluations isocinétiques.

Attention aux conséquences cardio-vasculaires d’un


exercice isocinétique
Pour Duvallet et al. [44], il importe, avant et durant la réalisation d’éva-
luations ou de renforcements isocinétiques, d’assurer une surveillance
médicale visant à exclure les sujets porteurs de pathologies cardiaques
instables. Ces pathologies constituent pour Duvallet et al. [44] une contre-
indication à la réalisation d’un exercice isocinétique. De plus, ils suggèrent
de dépister la survenue d’anomalies cardio-vasculaires chez des sujets sans
pathologie cardio-vasculaire connue. En effet, les réponses cardio-vas-
culaires et tensionnelles sont plus importantes lors d’une contraction mus-
culaire dynamique isocinétique par rapport à une contraction musculaire
de type isométrique ou isotonique (de même intensité) [45]. L’exercice iso-
cinétique pourrait donc faire décompenser un état cardio-vasculaire limite
mais stable.
Cela rejoint nos recommandations de réaliser une visite médicale en
préalable à une évaluation musculaire isocinétique (voir chapitres 2 et 3).

Augmentation de la fréquence cardiaque durant


l’exercice isocinétique
La fréquence cardiaque, quelle que soit l’articulation évaluée, augmente
durant l’exercice, pouvant atteindre, voire dans certains cas dépasser, la
fréquence cardiaque maximale théorique [44,46].
Vinson et al. [47] ont fait réaliser une épreuve de fatigue (20 répétitions
à 240°/s) sur les fléchisseurs et extenseurs du genou en mode isocinétique
dans une population de 9  sujets, de sexe féminin, sans pathologie, étu-
diantes, âgées en moyenne de 23 ans, après une épreuve d’effort maximale
sur bicyclette ergométrique. Les résultats rapportaient que la fréquence
cardiaque maximale atteinte à la fin de l’épreuve isocinétique représentait
71,5  % à 87,6  % de la fréquence cardiaque maximale atteinte à la fin de
l’épreuve d’effort maximale sur bicyclette. De plus, les données mesurées
Évaluation musculaire isocinétique de la fatigue et gestion... 281

des pressions artérielles systoliques et diastoliques lors des deux types


d’exercice n’étaient pas significativement différentes.
Haennel et al. [48] ont mesuré les réponses cardiaques à la suite d’une
épreuve consistant à effectuer le plus de mouvements possible d’extension
et de flexion du genou en 20  s à différentes vitesses angulaires de 30°/s,
90°/s et 200°/s, dans une population de 6  sujets sains. La fréquence car-
diaque maximale la plus élevée était mesurée lors des répétitions à 200°/s
(138 ±  9 battements/min). Le débit cardiaque, mesuré par impédance car-
diographique, augmentait avec la vitesse de contraction. Les pressions arté-
rielles systoliques et diastoliques augmentaient également par rapport aux
valeurs de repos, mais n’étaient pas significativement différentes entre les
trois exercices à vitesses angulaires différentes.
Hayashi et al. [49] ont étudié les effets de contractions musculaires iso-
cinétiques des muscles fléchisseurs et extenseurs du genou à différentes
vitesses angulaires sur les réponses cardiovasculaires. Après un temps de
familiarisation avec le dynamomètre isocinétique, et un temps de repos
d’une minute, 8 hommes, sans pathologie, âgé de 23 ± 19 ans, ont effectué
des mouvements de flexion et d’extension du genou du côté droit durant
un temps de 3 min à 4 vitesses angulaires différentes (30°/s, 60°/s, 120°/s
et 240°/s). Le résultat principal de cette étude était une augmentation de
la fréquence cardiaque, des pressions artérielles systoliques et diastoliques
ainsi que de la consommation d’oxygène dès les premières séries de mouve-
ments à 30°/s, et ce de manière régulière au fur et à mesure des séries pour
atteindre des valeurs maximales à la vitesse angulaire la plus élevée (240°/s).

Augmentation de la fréquence cardiaque


avec la vitesse angulaire isocinétique
L’augmentation de la fréquence cardiaque en fonction de la vitesse de
contraction isocinétique a bien été montrée dans une étude de Duvallet
et al. [50]. Dans ce travail, ont été comparées les réponses cardiaques à des
contractions en mode isométrique (5 s à 10°, 30° et 60° de flexion de jambe)
et à des contractions en mode isocinétique (5 répétitions à 60°/s, 5 répéti-
tions à 180°/s, et 30 répétions à 180°/s). Les 25 sujets sportifs (21 hommes),
âgés de 25 ans, ont tous réalisé les évaluations sur un dynamomètre isoci-
nétique après un échauffement sur bicyclette ergométrique. Les enregistre-
ments de la fréquence cardiaque ont été effectués avec des montres de type
Sport Tester PE 3 000 (Polar). Les résultats montraient une augmentation
significative de la fréquence cardiaque lors des contractions musculaires
du quadriceps en mode isométrique et isocinétique. Les valeurs maxi-
males étaient retrouvées lors des contractions dynamiques isocinétiques.
Les valeurs de fréquence cardiaque étaient maximales lors de l’épreuve de
fatigue avec 30 répétitions à 180°/s (180 battements/min). Cet effet de la
282 Guide d’isocinétisme

vitesse angulaire sur les réponses cardiaques et tensionnelles a été confirmé


par Douris et al [51].

Influence de la durée de l’exercice sur les réponses


cardio-vasculaires
Au-delà de l’intensité de l’exercice comme paramètre responsable de ces
variations importantes de la réponse cardio-vasculaire (fréquence cardiaque
et tension artérielle) et respiratoire, apparaît aussi la durée. En effet, la
contraction musculaire maximale en mode isocinétique peut durer de 6 à
10 s environ pour des mesures de moment de force des muscles fléchisseurs
et extenseurs du genou à 180°/s (par exemple), mais cette durée peut être
beaucoup plus longue lors d’une épreuve de fatigue (30 à 60 s). Se pose ainsi
la question dans la mise en place des évaluations, de ce critère de durée,
donc du nombre de répétitions.
Afin de calculer la durée réelle d’un mouvement isocinétique, Parcell et al.
[52] ont déterminé les formules suivantes :
• [(amplitude articulaire/vitesse angulaire) x 1] x nombre de répétitions ; si
contraction seule des muscles agonistes ;
• [(amplitude articulaire/vitesse angulaire) x 2] x nombre de répétitions ; si
contraction des muscles agonistes et antagonistes
Ces formules permettent d’avoir une valeur précise, en secondes, du temps
de contraction musculaire en fonction de l’amplitude articulaire du mouve-
ment, de la vitesse angulaire et du groupe musculaire sollicité. À partir de là, ces
auteurs préconisent l’utilisation des work/rest ratio (un ratio 1 : 3 pour une durée
d’exercice de 10 s signifie : 10 s d’exercice : 30 s de repos) avec des work/rest
ratio à 1 : 8 à 1 : 12 pour déterminer un temps de repos optimal entre des séries
de contractions musculaires isocinétiques à des vitesses angulaires différentes.

Réponses cardio-vasculaires en isocinétisme


dans différentes situations
Au-delà de ces réponses cardiaques et vasculaires souvent réalisées chez des
sujets sains ou en bonne santé, et permettant de bien évaluer l’intensité
de l’exercice, certains autres facteurs doivent pouvoir à partir de récentes
données de la littérature être pris en compte étant donné la diffusion de la
pratique d’évaluations musculaires en mode isocinétique pour différentes
populations, selon différents modes et différentes articulations.
Ainsi, dans une étude plus récente, Okamoto et al. [53] ont rapporté, au-delà
de l’effet dynamique isocinétique, l’effet du type de contraction musculaire
concentrique versus excentrique sur les réponses cardio-vasculaires. Dans ce
travail, l’exercice consistait à réaliser 60 s de contraction musculaire du quadri-
ceps en mode concentrique à 60°/s à 80 % du moment de force maximal. Cet
exercice devait être de nouveau réalisé en mode excentrique dans un second
Évaluation musculaire isocinétique de la fatigue et gestion... 283

temps. Cette étude a révélé que lors d’exercices à intensité « identique », une
contraction musculaire concentrique entraînait des augmentations de la fré-
quence cardiaque et de la pression artérielle systolique beaucoup plus impor-
tantes que lors d’un exercice de même intensité en mode excentrique.
Dans le cadre du patient atteint d’insuffisance cardiaque chronique,
Degache et al. [54] ont ainsi rapporté des élévations significatives et très
importantes des paramètres cardio-vasculaires lors d’une mesure de la
force musculaire des fléchisseurs et extenseurs/du genou [54]. En effet,
chez 25  patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique stable, ils
ont rapporté des valeurs de fréquence cardiaque de l’ordre de 98 ±  14  %
de la fréquence cardiaque maximale (mesurée lors d’une épreuve d’effort
maximale incrémentale), suite à un protocole isocinétique composé de trois
vitesses angulaires (60°/s, 180°/s et 240°/s). La pression artérielle systolique
passait également de 95 ± 24 à 148 ± 31 mmHg.
Enfin, compte tenu que la masse musculaire mise en jeu lors d’une évalua-
tion isocinétique a une influence sur les réponses physiologiques cardiovas-
culaires, Edouard et al. [55] ont aussi analysé ces réponses lors d’exercices
isocinétiques des rotateurs médiaux et latéraux de l’épaule chez des sujets
sains [55]. La fréquence cardiaque atteignait jusqu’à 146 ± 15 battements/
min pour une mesure de force maximale à 60°/s pour 3 répétitions, et 175 ±
16 battements/min lors d’une épreuve de fatigue (30 répétitions à 240°/s),
ce qui représentait respectivement 73 ±  7  % et 87 ± 5  % de la fréquence
cardiaque maximale. La consommation maximale d’oxygène (VO2max) avait
également été mesurée et était respectivement de 23,1 ± 6,3 ml.min.kg-1 pour
la vitesse de 60°/s et de 43,1 ± 13,9 ml.min.kg-1 pour l’épreuve de fatigue.
Un résumé des paramètres isocinétiques induisant une augmentation des
paramètres cardio-vasculaires est présenté dans l’encadré 11.5.

Encadré 11.5

Paramètres isocinétiques induisant des augmentations


des paramètres cardio-vasculaires
j La vitesse angulaire  : plus elle est élevée, plus les réponses cardio-vas-
culaires augmentent.
j Le nombre de répétitions : plus il est important, plus les réponses cardio-

vasculaires augmentent.
j Le mode de contraction : le mode concentrique induisant des réponses

plus importantes que le mode excentrique.


j Les temps de repos : plus il est court, plus les réponses cardio-vasculaires

augmentent).
j La masse musculaire mise en jeu :plus elle est importante, plus les réponses

cardio-vasculaires augmentent.
284 Guide d’isocinétisme

Points clés
Les épreuves isocinétiques de fatigue ne sont pas régulièrement utilisées en
routine clinique, ni même dans le cadre sportif. À ce jour, aucun consensus sur
les modalités de ces épreuves fatigue n’est établi, il convient cependant de
respecter le fait que ces épreuves ne doivent pas durer plus de 1 min. Aussi
bien pour les membres inférieurs que supérieurs, la vitesse de 180°/s semble
être la plus pertinente et la plus reproductible. Trente répétitions sont égale-
ment préconisées afin d’induire un temps d’épreuve suffisant pour créer une
fatigue musculaire. L’utilisation des différents index de fatigue reste néan-
moins peu décrite et reste à l’interprétation de l’utilisateur. Il convient de
choisir une méthode de calcul en fonction du sujet et de l’épreuve. Comme
il n’existe pas de valeurs normatives pour les index de fatigue, il convient
donc d’établir ses propres normes à partir de sa cohorte de sujets avec des
valeurs de références qui permettront des comparaisons plus pertinentes.
Les épreuves isocinétiques de développement de la force maximale indui-
sent des réponses cardio-vasculaires importantes et qui augmentent avec plu-
sieurs paramètres : la vitesse angulaire, le nombre de répétitions, le mode de
contraction concentrique, le temps de repos, la masse musculaire mise en
jeu. Ces augmentations des paramètres cardio-vasculaires peuvent devenir
excessives voire dangereuses dans les contextes de pathologies ou de sédenta-
rité. Il convient donc de monitorer les paramètres cardiaques avant, pendant
et après toute épreuve isocinétique, en fonction du contexte. Une épreuve
d’effort maximale incrémentale est conseillée avant une épreuve isocinétique
chez des sujets pathologiques et/ou déconditionnés, voire même sédentaires.

Pour aller plus loin


Pour aller plus loin sur les aspects concernant la fatigue musculaire, nous vous
conseillons les lectures suivantes :
Julia M, Perrey S, Dupeyron A, Croisier JL, Codine P, Hérisson C. Fatigue musculaire.
Paris: Masson; 2010.
Williams C, Rattel S. Human muscle fatigue. New York: Routledge; 2009.
Bosquet L, Leger L, Legros P. Methods to determine aerobic endurance. Sports Med.
2002;32(11):675-700.
Vandewalle H, Peres G, Monod H. Standard anaerobic exercise tests. Sports Med.
1987;4(4):268-89.
Green S, Dawson B. Measurement of anaerobic capacities in humans. Definitions,
limitations and unsolved problems. Sports Med. 1993;15(5):312-27.

Références
[1] Enoka RM, Stuart DG. Neurobiology of muscle fatigue. J Appl Physiol (1985).
1992;72(5):1631-48.
[2] Bosquet L, Leger L, Legros P. Methods to determine aerobic endurance. Sports
Med. 2002;32(11):675-700.
Évaluation musculaire isocinétique de la fatigue et gestion... 285

[3] Vandewalle H, Peres G, Monod H. Standard anaerobic exercise tests. Sports Med.
1987;4(4):268-89.
[4] Green S, Dawson B. Measurement of anaerobic capacities in humans. Defini-
tions, limitations and unsolved problems. Sports Med. 1993;15(5):312-27.
[5] Croisier J, Bosquet L, Maquet D, Kaux J, Delvaux F, Crielaard J, Forthomme B.
Epreuves isocinétiques de résistance à la fatigue. Lettre de Médecine Physique et de
Réadaptation. 2013;29:54-8.
[6] Komi PV, Viitasalo JT. Changes in motor unit activity and metabolism in human
skeletal muscle during and after repeated eccentric and concentric contractions.
Acta Physiol Scand. 1977;100(2):246-54.
[7] Kawakami Y, Kanehisa H, Ikegawa S, Fukunaga T. Concentric and eccentric
muscle strength before, during and after fatigue in 13 year-old boys. Eur J Appl
Physiol Occup Physiol. 1993;67(2):121-4.
[8] Emory L, Sitler M, Ryan J. Mode of action and angular velocity fatigue response
of the hamstrings and quadriceps Isokin. Exerc. Sci. 1994;4:91-5.
[9] Gray JW, Chandler JM. Percent decline in peak torque production during repea-
ted concentric and eccentric contractions of the quadriceps femoris muscle J.
Orth. Sports. Phys. Ther. 1989;11:309-14.
[10] Kaminski TW, Godfrey MD, Braith RW, Stevens BR. Measurement of acute dyna-
mic anaerobic muscle fatigue using a novel Fatigue Resistance Index. Isokin.
Exerc. Sci. 2000;8:95-101.
[11] Westing SH, Seger JY, Karlson E, Ekblom B. Eccentric and concentric torque-
velocity characteristics of the quadriceps femoris in man. Eur J Appl Physiol
Occup Physiol. 1988;58(1–2):100-4.
[12] Croisier J, Camus G, Forthomme B, Maquet D, Vanderthommen M, Crielaard J.
Delayed onset muscl soreness induced by eccentric isokinetic exercise. Isokinetics
and Exercise Science. 2003;11:21-9.
[13] Anaes, service évaluation des technologies, service évaluation économique : Les
appareils d’isocinétisme en évaluation et en rééducation musculaire : intérêt et
utilisation, février 2001 Paris.
[14] Feiring DC, Ellenbecker TS, Derscheid GL. Test-retest reliability of the biodex
isokinetic dynamometer. J Orthop Sports Phys Ther. 1990;11(7):298-300.
[15] Pincivero DM, Gear WS, Sterner RL. Assessment of the reliability of high-inten-
sity quadriceps femoris muscle fatigue. Med Sci Sports Exerc. 2001;33(2):334-8.
[16] Pincivero DM, Lephart SM, Karunakara RA. Reliability and precision of isokine-
tic strength and muscular endurance for the quadriceps and hamstrings. Int J
Sports Med. 1997;18(2):113-7.
[17] Maffiuletti NA, Bizzini M, Desbrosses K, Babault N, Munzinger U. Reliability of
knee extension and flexion measurements using the Con-Trex isokinetic dyna-
mometer. Clin Physiol Funct Imaging. 2007;27(6):346-53.
[18] Kawabata Y, Senda M, Oka T, Yagata Y, Takahara Y, Nagashima H, Inoue H. Mea-
surement of fatigue in knee flexor and extensor muscles. Acta Med Okayama.
2000;54(2):85-90.
[19] Sangnier S, Tourny-Chollet C. Comparison of the decrease in strength between
hamstrings and quadriceps during isokinetic fatigue testing in semiprofessional
soccer players. Int J Sports Med. 2007;28(11):952-7.
[20] Sangnier S, Tourny-Chollet C. Study of the fatigue curve in quadriceps and
hamstrings of soccer players during isokinetic endurance testing. J Strength Cond
Res. 2008;22(5):1458-67.
286 Guide d’isocinétisme

[21] Bosquet L, Maquet D, Forthomme B, Nowak N, Lehance C, Croisier JL. Effect of


the lengthening of the protocol on the reliability of muscle fatigue indicators.
Int J Sports Med. 2010;31(2):82-8.
[22] Croisier JL, Voisin P, Elbouz L, Forthomme B, Vanvelcenaher J, Crielaard JM. The
influence of the range of motion on the isokinetic performances of the knee
flexors and extensors. Isokin. Exerc. Sci. 2003;11:63-4.
[23] Thorstensson A, Karlsson J. Fatiguability and fibre composition of human skele-
tal muscle. Acta Physiol Scand. 1976;98(3):318-22.
[24] Barnes WS. Isokinetic fatigue curves at different contractile velocities. Arch Phys
Med Rehabil. 1981;62(2):66-9.
[25] Clarkson PM, Johnson J, Dextradeur D, Leszczynski W, Wai J, Melchionda A.
The relationships among isokinetic endurance, initial strength level, and fiber
type. Res Q Exerc Sport. 1982;53(1):15-9.
[26] Emery L, Sitler M, Ryan J. Mode of action and angular velocity fatigue response
of the hamstrings and quadriceps Isokin. Exerc. Sci. 1994;4:91-5.
[27] Burdett RG, Van Swearingen J. Reliability of isokinetic muscle endurance tests. J.
Orth. Sports. Phys. Ther. 1987;8:484-8.
[28] Schwendner KI, Mikesky AE, Wigglesworth JK, Burr DB. Recovery of dyna-
mic muscle function following isokinetic fatigue testing. Int J Sports Med.
1995;16(3):185-9.
[29] Deramoudt B, Rochcongar P, Pialoux B, Brissot R, Louvigne Y. . Etude de la courbe de
fatigue du muscle quadriceps en isocinétisme Ann Readapt Med Phys. 1989;3:317-25.
[30] Patton RW, Hinson MM, Arnold Jr BR, Lessard B. Fatigue curves of isokinetic
contractions. Arch Phys Med Rehabil. 1978;59(11):507-9.
[31] Gerdle B, Karlsson S, Crenshaw AG, Fridén J, Nilsson L. Characteristics of the
shift from the fatigue phase to the endurance level (breakpoint) of peak torque
during repeated dynamic maximal knee extensions are correlated to muscle
morphology. Isokin. Exerc. Sci. 1998;7:49-60.
[32] Gleeson NP, Mercer TH. Reproducibility of isokinetic leg strength and endu-
rance characteristics of adult men and women. Eur J Appl Physiol Occup Physiol.
1992;65(3):221-8.
[33] Hirt D, Caractéristiques de la fatigue neuromusculaire chez le footballeur en
isocinétisme avec proposition d’un nouvel index de résistance à la fatigue, in
Faculté de, médecine., 2009, Unversité de Montpellier I : Montpellier. p. 105.,
[34] Deramoudt B, Carre F, Jezequel L, Rochcongar P, Les tests d’endurance en isoci-
nétisme in Isocinétisme et médecine de rééducation Masson, Editor. 1991.
[35] Clarke HH, Shay CT, Mathews DK. Strength decrement index: a new test of
muscle fatigue. Arch Phys Med Rehabil. 1955;36(6):376-8.
[36] Bosquet L, Gouadec K, Berryman N, Duclos C, Gremeaux V, Croisier JL. Physio-
logical Interpretation of the Slope during an Isokinetic Fatigue Test. Int J Sports
Med. 2015;36(8):680-3.
[37] Ellenbecker TS, Roetert EP. Testing isokinetic muscular fatigue of shoulder inter-
nal and external rotation in elite junior tennis players. J Orthop Sports Phys Ther.
1999;29(5):275-81.
[38] Chandler TJ, Kibler WB, Stracener EC, Ziegler AK, Pace B. Shoulder strength, power,
and endurance in college tennis players. Am J Sports Med. 1992;20(4):455-8.
[39] Mullaney MJ, McHugh MP. Concentric and eccentric muscle fatigue of the
shoulder rotators. Int J Sports Med. 2006;27(9):725-9.
Évaluation musculaire isocinétique de la fatigue et gestion... 287

[40] Forthomme B, Soubeyrand D, Degache F, Maquet D, Crielaard J, Croisier JL,


Evaluation de la fatigue musculaire des membres supérieurs, in Fatigue mus-
culaire, Masson, Editor. 2010 : Paris. p. 93-9.
[41] Codine P, Denis-Laroque F, Hérisson C, Place de l’isocinétisme dans l’évaluation
du lombalgique, in Isocinétisme et rachis, Masson, Editor. 2001 : Paris. p. 80-90.
[42] Rantanen P, Penttinen E, Rinta-Kauppila S, Ruusila T. Cardiovascular stress in
isokinetic trunk strength test. Spine (Phila Pa 1976). 1995;20(4):485-8.
[43] Peel C, Alland MJ. Cardiovascular responses to isokinetic trunk exercise. Phys
Ther. 1990;70(8):503-10.
[44] Duvallet A, Kouassi BY, Rieu M. [Cardiovascular risks during isokinetic tests for
peripheral functional studies]. Presse Med. 1996;25(23):1054-8.
[45] Iellamo F, Legramante JM, Raimondi G, Castrucci F, Damiani C, Foti C, Peruzzi
G, Caruso I. Effects of isokinetic, isotonic and isometric submaximal exercise on
heart rate and blood pressure. Eur J Appl Physiol Occup Physiol. 1997;75(2):89-96.
[46] Peel C, Alland M. Cardiovascular responses to isokinetic trunk exercice. Phys
Ther. 1990;70:503-10.
[47] Vinson S, Lindsay B, Mettler P, Murray T. Cardiovascular response to isokinetic
endurance exercise testing. J Sports Med Phys Fitness. 1990;30(1):93-6.
[48] Haennel RG, Snydmiller GD, Teo KK, Greenwood PV, Quinney HA, Kappagoda
CT. Changes in blood pressure and cardiac output during maximal isokinetic
exercise. Arch Phys Med Rehabil. 1992;73(2):150-5.
[49] Hayashi N, Koba S, Yoshida T. The effect of muscle contraction velocity on
cardiorespiratory responses to repetitive isokinetic exercise in humans. Jpn J
Physiol. 2003;53(5):327-33.
[50] Duvallet A, Kouassi BY, Carzon J,al. E. Heart rate during functional isokinetic
testing of muscle. Isokinetics and exercise science. 1993 ; 3(4) : 188-94.
[51] Douris PC. Cardiovascular responses to velocity-specific isokinetic exercise. J
Orthop Sports Phys Ther. 1991;13(1):28-32.
[52] Parcell AC, Sawyer RD, Tricoli VA, Chinevere TD. Minimum rest period for
strength recovery during a common isokinetic testing protocol. Med Sci Sports
Exerc. 2002;34(6):1018-22.
[53] Okamoto T, Masuhara M, Ikuta K. Cardiovascular responses induced during
high-intensity eccentric and concentric isokinetic muscle contraction in heal-
thy young adults. Clin Physiol Funct Imaging. 2006;26(1):39-44.
[54] Degache F, Roche F, Bernard P, Calmels P. Cardiovascular responses during iso-
kinetic knee extension testing in chronic heart failure patients. Isokinetics and
Exercise Science. 2009;17(2):63-7.
[55] Edouard P, Castells J, Calmels P, Roche F, Degache F. Cardiovascular and meta-
bolic responses during isokinetic shoulder rotators strength testing in healthy
subjects. Isokinetics and Exercise Science. 2010;18(1):23-9.
12 Intérêt de l’isocinétisme
pour la rééducation

Pascal Edouard, Francis Degache, François Fourchet

Résumé
Les possibilités de contrôle de différents paramètres tels que la
position, l’amplitude articulaire, la vitesse de mouvement, le mode
de contraction (notamment excentrique), la force développée
(résistance opposée par des valeurs seuils maximales), le volume et
l’intensité de l’exercice, font des dynamomètres isocinétiques des
outils très intéressants dans le cadre du renforcement musculaire
intervenant dans la rééducation d’un patient. Les applications sont
multiples autant pour les pathologies de l’appareil locomoteur que
les pathologies neurologiques et cardio-vasculaires. Les protocoles
de renforcement doivent être adaptés aux pathologies, aux stades
lésionnels, à la tolérance du sujet et du tissu, et aux contre-indica-
tions. Cependant, les connaissances actuelles autant sur les proto-
coles de renforcement à utiliser que sur l’efficacité même de ces
protocoles sont modestes.

Mots-clés : renforcement musculaire ; rééducation ; excentrique ;


protocole ; intensité ; volume ; pathologie.

La majorité des travaux et publications scientifiques sur l’isocinétisme


concernent l’évaluation musculaire, en accord avec le fait que l’isocinétisme
est le « gold standard » de l’évaluation musculaire analytique. Cependant,
très peu de travaux portent sur l’utilisation des dynamomètres isocinétiques
comme outils de rééducation.
Le fait que le sujet développe une force maximale sur toute l’amplitude
du mouvement fait de l’outil isocinétique un dispositif de premier ordre
pour le renforcement musculaire. De plus, les possibilités de contrôle de
différents paramètres tels que l’amplitude articulaire, la vitesse de mouve-
ment, le mode de contraction et la force développée (résistance opposée par
des valeurs seuils maximales), font du dynamomètre isocinétique un effec-
teur de choix dans le cadre du renforcement musculaire en rééducation.
Selon les dynamomètres, différentes options peuvent encore améliorer
cette potentialité de l’isocinétisme (feedback visuel, compensation active,
logiciels dédiés à la rééducation…).

Guide d’isocinétisme
© 2016 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
290 Guide d’isocinétisme

Dans ce contexte, ce chapitre  traite des notions de renforcement mus-


culaire, de l’intérêt du mode de renforcement isocinétique par rapport
aux autres modes de renforcement musculaire, et enfin des possibilités de
rééducation dans différentes pathologies en utilisant les dynamomètres
isocinétiques.

Notions de renforcement musculaire


Principes généraux de l’entraînement physique
L’optimisation de l’entraînement sportif passe par l’observation de quelques
paramètres fondamentaux : spécificité, progressivité, individualisation, pré-
paration physique générale, récupération, continuité et planification [1]. La
spécificité consiste à préciser les facteurs limitant la réussite d’une activité
sportive, à déterminer les incompatibilités concernant le développement
simultané de certaines qualités physiques, et à déterminer les types d’entraî-
nements et d’exercices les plus appropriés pour atteindre les objectifs sou-
haités. La progressivité concerne l’intensité (niveau de force développée) et
le volume (quantité d’exercice) d’entraînement, elle doit être planifiée mais
aussi adapté pour atteindre les objectifs souhaités. Un programme d’entraî-
nement individualisé prend en compte les capacités et les déficiences d’un
sujet, et peut donc s’appuyer sur des évaluations objectives de terrain ou
de laboratoire. La progressivité de l’entraînement doit inclure des périodes
de récupération adaptée pour permettre les phénomènes d’adaptation sans
désentraînement : cela constitue la continuité et la planification de l’entraî-
nement [1].

Principes généraux du renforcement musculaire


L’entraînement en force se fait par une répartition appropriée et pro-
gressive du volume, de l’intensité et de la fréquence des exercices afin
d’optimiser les aspects de dose-réponse [2]. Un résumé des recomman-
dations de programme de renforcement musculaire est présenté dans le
tableau 12.1.
La programmation du renforcement musculaire inclut plusieurs phases [2] :
• phase de préparation : avec un développement modeste de la force mais
d’importants volumes de travail (3-5 séries de 8-12 répétitions) et des faibles
intensités de travail (50 à 80 % de la 1-RM) ;
• phase de transition : pour préparer le développement de la force avec des
volumes modérés de travail (3-5 séries de 5-6 répétitions) et des intensités
modérées de travail (80 à 90 % de la 1-RM) ;
• phase de compétition : pour rechercher le pic de performance avec des
faibles volumes et des hautes intensités de travail (3-5 séries de 2-4 répéti-
tions à 90-95 % de la 1-RM) ;

Tableau 12.1. Résumé des recommandations de programme de renforcement musculaire pour des sujets de pratique sportive
intermédiaire (pour les sujets novices ou avancées veuillez vous référer à la référence [2]), d’après MacArdle et al. [2].
Type de Mode de Ordre Charge (intensité) Volume Récupération Vitesse Fréquence
renforcement contraction
Force Exc. et conc. Une articulation puis 70-80 % de 1-RM Multiples séries de 2-3 min pour le tronc Moyenne 2-4 fois/ semaine
multiples articulations 6-12 répétitions 1-2 min pour les
Faible puis haute autres localisations
intensité
Hypertrophie Exc. et conc. Une articulation puis 70-80 % de 1-RM Multiples séries de 1-2 min Lente ou 2-4 fois/ semaine
multiples articulations 6-12 répétitions moyenne

Intérêt de l’isocinétisme pour la rééducation


Faible puis haute
intensité
Puissance Exc. et conc. Peu puis hautement Pour la force : 1-3 séries de 2-3 min pour le tronc Rapide 2-4 fois/ semaine
complexe charge élevée 3-6 répétitions 1-2 min pour les
Faible puis haute (> 80 %) autres localisations
intensité Pour la vitesse :
charge légère
(30-60 %)
Endurance Exc. et conc. Varier les séquences 50-70 % de 1-RM Multiples séries 1-2 pour des séries Moyenne et 2-4 fois/semaine
de 10-15 ou plus avec beaucoup de beaucoup de
répétitions répétitions répétitions
< 1 min pour
10-15 répétitions
Tous les types de renforcement incluent des exercices sollicitant une articulation et plusieurs articulations.
Exc. : excentrique, Conc. : concentrique, 1-RM : une répétition maximale.

291
292 Guide d’isocinétisme

• phase de transition secondaire (récupération active)  : avec des faibles


intensités.
Dans la planification, il existe donc une relation inverse entre le volume
et l’intensité d’entraînement.

Renforcement musculaire isocinétique


versus isotonique
Bien que probablement très utilisé en pratique clinique et rééducative
courante, il n’existe que très peu d’études qui présentent des programmes
de renforcement musculaire isocinétique, et encore moins d’études qui
comparent ce programme de renforcement musculaire isocinétique à un
renforcement musculaire classique. De ce fait, la supériorité du renforce-
ment musculaire isocinétique par rapport à d’autres modalités de renforce-
ment reste encore discutée.
En théorie, le renforcement isocinétique permet d’activer un plus grand
nombre d’unités motrices [2]. Remaud et al. [3] ont rapporté qu’un pro-
gramme de renforcement musculaire isotonique et un programme de ren-
forcement musculaire isocinétique du membre inférieur dominant, à raison
de trois sessions par semaine sur 8 semaines, avec la même quantité totale
de travail, permettaient tous les deux une augmentation significative de la
force musculaire en condition statique et dynamique, sans différence signifi-
cative entre les deux programmes. Pour le mode de contraction excentrique,
Guilhem et al. [4] ont rapporté une tendance à un gain de force significa-
tivement plus élevé après un programme de renforcement isotonique par
rapport à un programme de renforcement isocinétique.
Ainsi, le choix de l’utilisation du mode de contraction isocinétique
dans le cadre du renforcement musculaire peut se justifier en fonction des
besoins, des objectifs et des avantages et inconvénients du renforcement
musculaire spécifiques à ce mode (tableau 12.2).

Modalités pratiques des protocoles


de renforcement musculaire isocinétique
Contrairement à l’évaluation musculaire isocinétique, il n’existe pas de
règles ou procédures clairement établies pour la rééducation isocinétique [7].

Quand débuter un programme de renforcement


isocinétique ?
Certaines règles de base ont été établies pour déterminer le moment où l’on
peut débuter une rééducation ou un renforcement musculaire sur dynamo-
mètre isocinétique, et une séquence de progression dans le renforcement
Intérêt de l’isocinétisme pour la rééducation 293

Tableau 12.2. Avantages et inconvénients du renforcement musculaire


en mode isocinétique.
Avantages de l’isocinétisme Inconvénients de l’isocinétisme
Résistance variable égale à la force appliquée Manque de spécificité en mouvement
et développée dynamique
Feedback visuel Difficulté à simuler un geste sportif
Développement d’une force maximale à Articulations isolées lors de l’évaluation qui
chaque angle du mouvement ne reproduit pas la situation fonctionnelle
Possibilité de renforcement en mode Difficulté d’isoler certaines articulations
excentrique inclues dans les complexes articulaires
Possibilité d’isoler certains groupes Limitation des patterns de mouvement
musculaires L’effort maximal est supposé mais non
Possibilités de la compensation active mesuré
de gravité Les actions musculaires ne sont pas
Contrôle des amplitudes articulaires spécifiques des activités sportives
Maîtrise et choix des vitesses angulaires Les exercices excentriques peuvent
Contrôle de l’intensité de la force entraîner des courbatures ou lésions
développée musculosquelettiques
Les artefacts doivent être contrôlés
D’après Brown et al. [5] et Chan et al. [6].

a été proposé par Davies [8] (figure 12.1). L’introduction de l’isocinétisme


dans la prise en charge rééducative peut être déterminée par [7] :
• l’examen clinique et le stade de guérison ;
• l’utilisation d’un critère de performance musculaire (isométrique ou iso-
tonique) ;
• et/ou l’approche séquentielle de Davies [8] (figure 12.1).
Il est important de prendre en considération les contraintes sur les struc-
tures articulaires (cartilage, capsule, ligaments) liées au mode de contrac-
tion isocinétique, mais qui sont mal connues [7]. Il faut adapter l’intensité
de la force développée (sous-maximale à maximale) au stade lésionnel ou
cicatrisationnel [7]. Concernant le mode excentrique, Dvir [7] suggérait de
l’introduire à partir du moment où la force musculaire concentrique maxi-
male atteint 50 % de la force à atteindre comme objectif (côté controlatéral
ou force préblessure).
Il faudra bien entendu avoir une autorisation et un avis médical favorable
avant de débuter un programme de renforcement musculaire isocinétique.
Comme pour une évaluation isocinétique, nous vous conseillons fortement
la réalisation d’une visite médicale pour vérifier ou déterminer l’indication
du renforcement musculaire, établir un bilan de la structure qui va être
renforcée, et éliminer une contre-indication à la réalisation d’un effort
maximal. Il est important, avant de faire réaliser un exercice maximal au
sujet, de s’assurer que la structure et le sujet peuvent réaliser et subir un
effort maximal (voir chapitre 3, encadré 3.2).
294 Guide d’isocinétisme

Figure 12.1. Approche générale de la progression des exercices de rééducation selon


Davies [8].

Comment élaborer un programme de renforcement


isocinétique ?
La mise en place d’un programme de renforcement musculaire isocinétique
doit prendre en compte les aspects de la position/installation, de l’ampli-
tude articulaire, du mode de contraction, de la vitesse angulaire, du nombre
de répétitions, des temps de récupération et de la répétition des séances
(encadré 12.1).
Concernant la position, elle va dépendre des groupes musculaires ou arti-
culations concernés par le renforcement musculaire. Elle va donc dépendre
de l’indication, des objectifs analytiques et fonctionnels, tout en prenant en
compte les possibilités de la structure en termes de mobilité passive (limitation
articulaire par enraidissement) et active (limitation de la motricité), les notions
concernant la relation tension-longueur, et les autorisations médicales.
Le choix de l’amplitude articulaire dépend de l’objectif thérapeutique sou-
haité. La totalité de l’amplitude peut être recherchée afin de développer le
moment de force maximum et la puissance. La fin de course du mouvement
peut être choisie pour améliorer le contrôle actif en fin de mouvement,
là où peut se manifester une instabilité, ou obtenir un gain d’amplitude
articulaire lors d’un déficit par rapport au côté opposé [9].
Intérêt de l’isocinétisme pour la rééducation 295

Encadré 12.1

Paramètres d’un programme de renforcement


musculaire isocinétique
j Objectif du programme.
j Muscles/groupes musculaires concernés.
j Position/installation.

j Amplitude articulaire.

j Mode de contraction.

j Vitesse angulaire.

j Nombre de séries et de répétitions.

j Temps de récupération entre les séries.

j Nombre total de semaines.

j Nombre de séances par semaine.

j Récupération entre les séances.

Le mode de contraction va dépendre de l’indication, du type de lésion


tissulaire, et du déficit mis en évidence lors de l’évaluation initiale. Dans le
cadre d’un déficit de force musculaire, les deux modes de contraction sont
généralement utilisés. Dans le cadre d’une lésion tendino-musculaire, le
mode de contraction excentrique est préférentiellement utilisé, pour opti-
miser le processus de cicatrisation tissulaire. Dans le cadre d’un programme
de préparation physique à visée sportive, il est pertinent de ne pas négliger
le mode excentrique pour optimiser la prévention articulaire et musculaire.
Le choix des vitesses dépend aussi des objectifs recherchés. Générale-
ment, on débute par une vitesse intermédiaire ou rapide, puis on varie les
vitesses angulaires utilisées afin de cibler en fonction des déficiences mises
en évidence lors de l’évaluation, et d’optimiser par rapport à la relation
force-vitesse.
Le choix du nombre de répétitions et séries est variable en fonction des
objectifs : plutôt orienté vers l’hypertrophie (10 x 10 répétitions), ou vers
le recrutement neuromusculaire pour la force maximale (3 x 3 répétitions).
Les temps de récupération varient aussi en fonction des objectifs. Pour le
développement de la puissance et de la force musculaire (filière anaérobie
alactique) un temps de récupération supérieur à 1  min, et même plutôt
entre 2 et 3 min est conseillé pour des efforts maximums de 5-7 s. Pour le
développement de l’endurance de force ou résistance récupération (filière
anaérobie lactique ou aérobie), un temps de récupération inférieur à 60 s, et
même plutôt inférieur à 30 s est conseillée.
Le nombre de séances par semaine  est le plus souvent entre  2 et  3, en
faisant attention à conserver un temps de récupération suffisant entre les
séances. Selon le contexte, la fréquence peut être quotidienne.
296 Guide d’isocinétisme

D’une manière générale, il est nécessaire de prendre en compte, voire


d’adapter le programme à la tolérance du sujet (tolérance cardio-vasculaire
et tissulaire).
Enfin, dans le cadre de la rééducation ou de la préparation physique,
le renforcement musculaire isocinétique est un élément important mais
limité. Il permet essentiellement le travail de gain de force musculaire et
de rééquilibrage de la balance agoniste/antagoniste, mais ne peut et ne
doit pas se substituer au travail de proprioception, de l’équilibre, et/ou du
contrôle sensori-moteur. De plus, il est impératif d’associer au renforcement
musculaire isocinétique, un travail fonctionnel pour favoriser le transfert
du gain musculaire dans la pratique (à l’image de la musculation orientée).

Applications de l’isocinétisme
pour la rééducation de pathologies
Rééducation isocinétique des pathologies du genou
Après reconstruction chirurgicale du ligament croisé antérieur
Le renforcement musculaire a une place très importante dans la rééducation
post-ligamentoplastie du ligament croisé antérieur (LCA) et dans la décision
de la reprise des activités professionnelles et sportives compte tenu du rôle
des muscles à la fois moteur sur la performance motrice et donc sportive,
mais aussi de leur rôle de stabilisateur dynamique de l’articulation.
La rééducation est longue et progressive [10]. Plusieurs objectifs et étapes
la ponctuent : la réadaptation à la vie quotidienne, la réadaptation à l’effort,
en finissant par la réadaptation sportive et la reprise de la compétition [10].
Le travail de récupération et de renforcement musculaire a une place à cha-
cune des étapes, mais les objectifs et modalités sont variables, et dépendent
notamment de l’état de cicatrisation du transplant ligamentaire. Ainsi,
le renforcement musculaire sur dynamomètre isocinétique nécessite de
manier avec précaution les structures en cours de cicatrisation  : le trans-
plant ligamentaire et le site de prélèvement. Il nous semble important d’uti-
liser un contre-appui double (distal et proximal) qui diminuera le bras de
levier et les contraintes articulaires [11], et de surveiller attentivement la
tolérance articulaire et musculaire pendant et après les séances de renforce-
ments. Les amplitudes articulaires sont à adapter en fonction du moment
de la rééducation, et des autorisations médicales. Il faudra bien évidemment
avoir l’accord du chirurgien pour réaliser cette rééducation.
Dans le cadre d’un programme de rééducation postopératoire d’une
ligamentoplastie du LCA, il est important de prendre en compte les points
suivants [7,12] :
• l’approche chirurgicale ;
• la dissection des tissus péri-articulaires ;
Intérêt de l’isocinétisme pour la rééducation 297

• le type de tissu utilisé pour la greffe (transplant) et le système d’attache de


la greffe ;
• les lésions associées ;
• le statut préopératoire ;
• les capacités du patient.
Le renforcement musculaire isocinétique après ligamentoplastie du LCA
est probablement très utilisé en pratique clinique, bien que très peu d’études
se soient intéressées à évaluer son efficacité et encore moins à la comparer
avec un renforcement musculaire classique (isotonique). Certaines données
non exhaustives sont rapportées dans ce chapitre. Cependant, ces études
sont relativement anciennes, et les techniques chirurgicales ainsi que les
procédures de rééducation étaient différentes, ce qui rend la transposition
de ces résultats aux rééducations actuelles délicate.
Grimby et al. [13] en 1980 ont rapporté une plus grande efficacité du
renforcement musculaire isocinétique par rapport à un renforcement iso-
tonique ou un renforcement réalisé seul par le patient. Timm et al. [14]
en 1988 ont aussi rapporté, chez des patients opérés du genou (quel que soit
le type de chirurgie) une plus grande efficacité du renforcement musculaire
isocinétique par rapport à un renforcement isotonique ou un renforcement
réalisé seul par le patient. Pocholle et Codine [15] en  1991 ont rapporté
la meilleure tolérance et efficacité (par rapport à d’autres programmes de
renforcement isocinétique), d’un programme de renforcement isocinétique
débuté à 45 jours postopératoires en mode concentrique à 180°/s à raison
de 8 séries de 12 répétitions avec 2 min de récupération entre chaque série,
5 fois par semaine durant 1 mois. Mangine et al. [12] en 1992 ont proposé
de débuter le programme de renforcement isocinétique à 7-8 semaines post-
opératoires en prenant en compte l’état articulaire, en utilisant des vitesses
très rapides (tableau 12.3), puis à partir de 12 semaines de commencer à uti-
liser progressivement des vitesses angulaires plus lentes (120°/s puis 60°/s),
d’abord en développant une force sous-maximale (3 séries de 10 à 30 répéti-
tions), puis progressivement maximale (3 séries de 8 à 10 répétitions).
D’une manière générale, le programme de renforcement musculaire iso-
cinétique doit constamment être surveillé et être adapté en fonction de la
tolérance articulaire, musculaire et du sujet. Il peut y avoir un renforcement
musculaire précoce visant la levée de sidération musculaire et permettre
une reprise fonctionnelle rapide, et un renforcement musculaire secondaire
durant la phase de réathlétisation pour optimiser le retour sur le terrain.
Il est important de noter que le renforcement musculaire, et notamment
le renforcement musculaire isocinétique, n’est qu’un élément du pro-
gramme de rééducation qui doit être progressif, global, individuel et adapté
à la progression et aux objectifs du patient, incluant à la fois le travail de
récupération des capacités analytiques et fonctionnelles, et un travail du
contrôle sensorimoteur global [10].
298 Guide d’isocinétisme

Tableau 12.3. Proposition de programme de renforcement musculaire


des fléchisseurs et extenseurs du genou dans le cadre de déficience du LCA.
Nombre de séries x Nombre Vitesse angulaire Pourcentage
de répétitions de la force maximale
Phase subaiguë (effort sous-maximal)
3 x 20 180°/s 60-70 %
3 x 30 360°/s 60-70 %
3 x 40 450°/s 80-85 %
Phase d’entraînement (effort maximum)
2 x 20 180°/s 80 %
2 x 30 240°/s 80 %
3 x 30 300°/s 90 %
3 x 30 450°/s 100 %
Phase de retour sur le terrain (effort maximum)
2 x 20 180°/s 100 %
2 x 30 240°/s 100 %
3 x 30 300°/s 100 %
3 x 30 450°/s 100 %
D’après Mangine et Mangine [12].

Syndrome fémoro-patellaire
L’utilisation de l’isocinétisme comme outil de rééducation du syndrome
fémoro-patellaire a été initialement proposée par Bennett et Stauber [16],
en préconisant le mode excentrique, suite à la mise en évidence d’une dimi-
nution significative de la force musculaire du quadriceps en excentrique
par rapport à celle en concentrique, à différents angles chez des patients
ayant des douleurs antérieures du genou. Ils ont proposé un programme de
rééducation en mode isocinétique excentrique pour les patients présentant
un ratio Q exc./Q conc. ≤ 85 %. Le programme de rééducation était : en
mode isocinétique excentrique, 3  séries de 10  répétitions (10  répétitions
à 30°/s, 10 répétitions à 60°/s, et 10 répétitions à 90°/s), 3 séances/semaine,
jusqu’à disparition des douleurs [16]. Ils ont rapporté de bons résultats
avec notamment une normalisation de la déficience excentrique. Le critère
d’inclusion des patients a été critiqué par Trudelle-Jackson et al. [17] car ils
rapportaient ce ratio « anormal » chez 35 à 54 % des sujets sains asymptoma-
tiques, et Conway et al. [18] qui n’ont pas rapporté de ratio Q exc./Q conc.
≤ 85 % chez des sujets atteints de syndrome fémoro-patellaire.
Mangine et al. [12] ont proposé un programme de renforcement mus-
culaire progressif en utilisant le mode concentrique avec des vitesses angu-
laires très rapides à force sous-maximale (tableau 12.4).
Intérêt de l’isocinétisme pour la rééducation 299

Tableau 12.4. Proposition de programme de renforcement musculaire


de 90° à 30° de flexion dans le cadre du syndrome fémoro-patellaire.
Nombre de séries x nombre Vitesse angulaire Pourcentage
de répétitions de la force maximale
Phase 1
3 x 15 180°/s 60 %
3 x 20 240°/s 60 %
3 x 25 300°/s 60 %
Phase 2
3 x 20 180°/s 75 %
3 x 25 240°/s 75 %
3 x 30 300-360°/s 75 %
D’après Mangine et Mangine [12].

Il n’existe actuellement aucun consensus dans la prise en charge du syn-


drome fémoro-patellaire [19]. Les exercices physiques et le renforcement mus-
culaire du quadriceps (concentrique ou excentrique) sont des thérapeutiques
très utilisés, bien que leurs efficacités soient toujours discutées [19,20]. De plus,
il ne semble pas que le renforcement musculaire excentrique ait une efficacité
supérieure par rapport aux autres formes de renforcement musculaire [20].
En pratique clinique, le renforcement musculaire en excentrique ne doit
pas être abandonné pour autant, mais son utilisation devrait être faite dans
le cadre d’un programme thérapeutique spécifique et adapté aux déficits du
patient, nécessitant une évaluation musculaire préalable. Les facteurs clés
d’un programme d’entraînement le plus souvent rapportés sont : la force, la
souplesse, la proprioception, l’endurance, le travail fonctionnel, l’augmen-
tation progressive de la charge d’exercice, et la compliance au programme
[20]. Il y a des preuves fortes que les exercices en chaîne cinétique ouverte
et fermée ont une efficacité équivalente [19,21]. Mais les preuves d’une
amélioration clinique chez les patients bénéficiant d’exercices physiques
de renforcement musculaire par rapport aux patients sans programme de
renforcement musculaire sont limitées [19].

Gonarthrose
L’entretien d’une bonne capacité physique, incluant notamment le gain ou
le maintien des amplitudes articulaires et de la force musculaire des stabilisa-
teurs du genou, représente actuellement une thérapeutique efficace à la fois
symptomatique (diminution de la douleur et du retentissement fonctionnel),
mais aussi sur la progression de la gonarthrose [22]. En effet, un lien entre
une faiblesse musculaire des membres inférieurs, notamment des quadriceps,
et la douleur et l’instabilité, mais également la progression de la maladie, a été
300 Guide d’isocinétisme

rapporté chez des patients souffrant de gonarthrose [23]. L’activité physique,


le reconditionnement ou le renforcement musculaire sont donc des éléments
clés dans la prise en charge de patients atteints de gonathrose [22].
Dans ce contexte, le renforcement musculaire isocinétique peut avoir sa
place. Coudeyre et al. [24] ont rapporté dans une revue systématique de la
littérature et méta-analyse, incluant 9 essais cliniques randomisés contrô-
lés comparant le mode isocinétique à un autre mode de renforcement, que
le mode de renforcement isocinétique permettait une diminution de la
douleur et une augmentation de la qualité de vie et des capacités fonction-
nelles comparé à pas de renforcement ou à un renforcement isométrique.
Compte tenu de la variabilité des méthodes, il était difficile malgré tout
de pourvoir élaborer des recommandations claires à partir de ces travaux
[24]. Il semblerait que, dans le cadre de la gonarthrose, le renforcement
musculaire en mode isocinétique soit au moins aussi efficace que les autres
modes de renforcement, et qu’une association avec d’autres moyens thé-
rapeutiques (médicamenteux et non médicamenteux) soit optimale [24].
Dans ce contexte, Jegu et al. [25] ont proposé la réalisation d’un essai ran-
domisé contrôlé afin d’analyser la tolérance et l’efficacité du renforcement
musculaire dans la gonarthrose, en comparant aussi le mode concentrique
et excentrique. Le programme de renforcement isocinétique proposé est
rapporté dans l’encadré 12.2.
Enfin, il est important de prendre en compte la tolérance du programme
de rééducation, et donc de bien évaluer régulièrement la réaction du genou

Encadré 12.2

Proposition de programme de renforcement


musculaire isocinétique dans la gonarthrose
d’après Jegu et al. [25]
j 12  sessions sur 6  semaines à raison de 2  sessions par semaine, avec au
moins un jour de repos entre deux sessions,
j échauffement sur cycloergomètre durant 5 min, puis étirements des qua-

driceps et ischio-jambiers,
j puis renforcement musculaire isocinétique en mode concentrique ou

excentrique, avec à la 1re  session 1  série de 5  répétitions maximales de


flexion/extension du genou,
j le nombre de séries augmente progressivement  : +  1  série par session,

pour atteindre 12 séries de 5 répétitions à la 12e session,


j la tolérance est suivie à chaque séance, et l’efficacité à l’issue du pro-

gramme par la réalisation d’une évaluation isocinétique maximale des flé-


chisseurs et extenseurs du genou.
Attention, il s’agit d’un protocole publié, mais dont les résultats sur l’effica-
cité et la tolérance ne sont pas encore publiés.
Intérêt de l’isocinétisme pour la rééducation 301

et des muscles périarticulaires au programme de renforcement (douleur,


épanchement, courbatures…) afin de conserver une balance bénéfice/risque
positive pour le patient.

Rééducation isocinétique des pathologies de l’épaule


Compte tenu de la place des stabilisateurs dynamiques dans la stabilité de
l’épaule, le renforcement musculaire de ces muscles a une place importante
dans la prise en charge rééducative. Le mode de renforcement isociné-
tique, par ses avantages de contrôle de l’amplitude articulaire, du mode de
contraction, de la vitesse angulaire et de la force développée, représente un
mode intéressant dans cette approche rééducative. Il a été proposé que le
renforcement musculaire isocinétique de l’épaule suive les trois principes
suivants [7,8], en incluant bien entendu le respect de la non-douleur :
• l’amplitude articulaire du mouvement doit initialement être très limitée
et augmentée très progressivement ;
• le mode de contraction doit être initialement isométrique, puis concen-
trique et enfin excentrique ;
• l’intensité des contractions doit être d’abord sous-maximale puis évoluer
progressivement vers une intensité maximale.
Le choix des vitesses angulaires dépend de la tolérance du patient. Un
compromis doit être trouvé entre des vitesses angulaires lentes durant les-
quelles les contraintes articulaires et tendineuses sont élevées, et les vitesses
angulaires rapides durant lesquelles les accélérations et donc les forces iner-
tielles sont importantes [7].
À ce jour et à notre connaissance, il n’existe pas d’études rapportant l’effica-
cité ou la supériorité d’un renforcement musculaire isocinétique par rapport
à d’autres modes de renforcement dans les pathologies de l’épaule, mais des
pistes d’utilisation du mode isocinétique pour la rééducation des épaules
instables et pathologies de la coiffe des rotateurs sont présentés ci-après.

Rééducation isocinétique de l’épaule instable


Dans le cadre de l’instabilité chronique de l’épaule non opérée, du fait des
déficiences des stabilisateurs statiques, les stabilisateurs dynamiques ont
un rôle important pour tenter de maintenir la congruence et la stabilité
articulaire [26]. Ces muscles doivent donc avoir une force musculaire néces-
saire et suffisante et un équilibre agoniste/antagoniste physiologique. Bien
entendu les aspects de coordination et de contrôle sensori-moteur doivent
aussi être optimaux. Pour cela on peut se baser sur les valeurs de force et
d’équilibre du côté controlatéral, s’il peut être considéré comme sain, dans
le cas contraire, on peut se baser sur des valeurs de base du sujet avant
la pathologie, ou des valeurs normatives de référence. Dans cet objectif,
l’isocinétisme a un intérêt pour l’évaluation de la force musculaire afin de
déterminer ces valeurs (voir chapitre  5), mais peut aussi avoir un intérêt
302 Guide d’isocinétisme

en rééducation comme outil du renforcement musculaire. Gremion et al.


[27] ont proposé un travail spécifique des rotateurs en variant les positions
d’abduction de l’épaule (45° et 90° d’abduction), les vitesses angulaires
(de 60°/s à 240°/s), avec 3 séries de 10 répétitions (2 à 50 % de la force maxi-
male et 1 à 80 % de la force maximale). Après 18 séances, ils ont rapporté
une augmentation de 20 à 30  % de la force musculaire. Brostrom et al.
[28] et Ide et al. [29] ont rapporté des résultats cliniques satisfaisants sur la
sensation d’instabilité ou le non-recours à la chirurgie après un programme
de 8 semaines de renforcement musculaire isocinétique des rotateurs.
Dans le cadre de l’instabilité chronique de l’épaule opérée, les moyens
de stabilisation statiques ont été réparés. Cependant, le geste opératoire
et l’immobilisation postopératoire peuvent avoir un effet délétère sur la
force musculaire [30], et les stabilisateurs dynamiques ne restent pas moins
importants après stabilisation chirurgicale. Dans cette indication aussi,
l’isocinétisme peut avoir un intérêt évaluatif et rééducatif.
Dès que le patient à l’autorisation médicale de réaliser un programme de
renforcement musculaire, l’outil isocinétique peut être utilisé, en respectant
les éventuelles contre-indications médicales et les précautions d’usage (cha-
pitres 2 et 3). Mazas et al. [31] ont proposé un programme de renforcement
sous forme de pyramide inversée, en débutant par les vitesses rapides pour
aller vers des vitesses lentes et finir par les vitesses rapides. Ils suggèrent de
débuter par des pyramides inversées allant de 240°/s à 180°/s, puis au fur
et à mesure des séances d’élargir les vitesses angulaires de  210°/s à 90°/s.
Quand il existe une stagnation des progrès de force musculaire, ils propo-
sent d’introduire le mode excentrique, en augmentant progressivement les
vitesses sans dépasser 120°/s. Concernant le nombre de séries et de répéti-
tions, ils suggèrent de débuter par une trentaine de contractions par séries
de 5 séparées d’une minute de repos, puis d’augmenter avec pour objectif
d’atteindre 10 séries de 10 répétitions séparés d’une minute de repos.

Rééducation isocinétique des pathologies


de la coiffe des rotateurs
En rééducation, l’outil isocinétique peut avoir un intérêt pour le renfor-
cement musculaire dans un but de trophicité et de lutte contre les inhi-
bitions. Il aura l’avantage de permettre un mouvement dans un plan, une
amplitude, une vitesse définie, avec la possibilité d’un feedback visuel, cela
contribuant à la sécurité du patient avec une charge auto-adaptée à la force
du sujet. Il permet aussi le rééquilibrage du potentiel déséquilibre agoniste/
antagoniste entre les RM et RL.
Pour les lésions de la coiffe non opérées, Pocholle [32] a proposé un
programme de renforcement musculaire isocinétique, sur une amplitude
réduite pour éviter tout conflit, en débutant à une vitesse intermédiaire de
120°/s durant 15 jours, puis d’élargir les vitesses utilisées à des vitesses lentes
Intérêt de l’isocinétisme pour la rééducation 303

(60°/s) et rapides (180°/s). Pour rééquilibrer un déséquilibre des RL et RM,


Pocholle [32] suggère de réaliser le renforcement pour le groupement mus-
culaire déficitaire à 100 % du maximum et pour l’autre groupement à 70 %.
Pour les lésions de la coiffe opérées, le renforcement musculaire isocinétique
peut être débuté après accord du chirurgien. Certains auteurs recommandent
d’attendre la fin de la 8e semaine, voire une cicatrisation tendineuse complète
(16 semaines), en débutant avec des forces sous-maximales [9,32]. En toutes
circonstances, il faudra impérativement respecter des règles de prudence  :
être indolore, être progressif dans l’intensité et le volume des séances, être
progressif dans les vitesses angulaires et les répétitions utilisées, et être dans
les amplitudes articulaires autorisées par le chirurgien, utiliser une position
qui diminue les tensions sur la coiffe des rotateurs et les risques de conflit.
Il n’existe pas à ce jour de preuve scientifique de l’efficacité supérieure des
protocoles de rééducation isocinétique dans les pathologies de la coiffe.

Rééducation isocinétique du rachis : la lombalgie


chronique
Compte tenu du déconditionnement musculaire qui a été rapporté comme
étant associé à la lombalgie chronique [33], le renforcement musculaire des
extenseurs du rachis semble avoir toute sa place dans la prise en charge
rééducative des lombalgiques chroniques. Dans ce contexte, l’outil isoci-
nétique semble pertinent notamment par la possibilité de contrôle de la
résistance opposé par le dynamomètre et de contrôle de l’amplitude des
mouvements réalisés.
Il n’existe pas de consensus concernant les protocoles et les vitesses
angulaires à utiliser pour le renforcement musculaire des extenseurs rachis.
Cependant, il est important de prendre en considération que le patient
atteint de lombalgie chronique présente très souvent une première phase de
crainte face à l’impressionnant appareillage que représente le dynamomètre
isocinétique avec le module rachis. Cette crainte nécessite donc, de la part
du prescripteur du programme de renforcement musculaire et de l’expé-
rimentateur, des explications précises sur le mode de fonctionnement du
dynamomètre, sur l’adaptation de celui-ci à l’effort fournit par le patient,
ainsi que sur le choix d’utiliser des programmes précis et très progressifs afin
de ne pas générer de phénomènes douloureux. Ce type de réentraînement
musculaire s’avère bien toléré et efficace permettant une mise en jeu de tous
les muscles fléchisseurs et extenseurs du rachis.
Différents programmes de renforcement musculaire du rachis ont été pro-
posés dans la littérature. Le programme proposé Timm [34] est présenté dans
le tableau 12.5, et celui proposé par Calmels et al. [35] dans le tableau 12.6.
Calmels et al. [35] ont proposé chez des lombalgiques chroniques un pro-
gramme de six séances de rééducation utilisant l’outil isocinétique, en mode
304 Guide d’isocinétisme

Tableau 12.5. Programme de renforcement musculaire du rachis.


Mouvements Flexion et extension du rachis
Amplitude 45° puis augmentation progressive
de l’amplitude à chaque séance
Mode de contraction Concentrique
Vitesses angulaires Pyramide : 30°/s, 60°/s, 90°/s, 120°/s,
90°/s, 60°/s, 30°/s
Nombre de répétitions 10 répétitions/série
Temps de récupération entre chaque série 1 min
Intensité Adaptée en fonction de la tolérance
D’après Timm [34].

Tableau 12.6. Protocole de renforcement musculaire de sujets


lombalgiques chronique.
Quatre exercices à chaque séance au cours des deux premières séances
Vitesses angulaires 30°/s 60°/s 30°/s 60°/s
Répétitions (nb) 7 7 7 7
Repos (min) 2 2 2
Huit exercices à chaque séance au cours des quatre dernières séances
Vitesses angulaires 120°/s 105°/s 90°/s 60°/s 60°/s 90°/s 105°/s 120°/s
Répétitions (nb) 9 7 5 3 3 5 7 9
Repos (min) 2 2 2 2 2 2 2
D’après Calmels et al. [35].

de contraction concentrique, à raison de trois par semaine, et composées


d’une période d’échauffement de 10 min de pédalage sur cycloergomètre
sans charge déterminée, de quatre exercices à chaque séance au cours des
deux premières séances, puis de huit exercices à chaque séance au cours des
quatre séances suivantes. Les caractéristiques du programme sont présen-
tées dans le tableau 12.6. Lors de la première séance, une série d’apprentis-
sages de trois répétitions est effectuée avant chaque exercice. Durant chaque
exercice, le sujet est encouragé par l’expérimentateur.
De manière générale, chez le lombalgique chronique, une augmentation
significative du moment de force maximum des muscles du tronc, une
meilleure mobilité articulaire, une meilleure extensibilité et une diminu-
tion de la douleur sont rapportés [36].

Rééducation isocinétique des pathologies de la cheville


La pathologie d’instabilité de la cheville, aiguë correspondant à l’entorse de
cheville ou chronique correspondant à l’instabilité chronique de la cheville,
Intérêt de l’isocinétisme pour la rééducation 305

est la pathologie la plus fréquente touchant la cheville. Sa rééducation inclut,


après la lutte contre la douleur et l’œdème, un travail de renforcement mus-
culaire des éverseurs et des inverseurs, et un travail de contrôle sensori-
moteur et de l’équilibre. Le travail de renforcement musculaire peut se faire
à l’aide de dynamomètre isocinétique. Pour cela, il conviendra de « jouer »
avec la vitesse angulaire utilisée en fonction de différents critères, comme le
stade de cicatrisation ligamentaire ou la fonction musculaire (vitesse rapide
et mode excentrique pour les éverseurs de cheville), notamment.
Après une entorse du ligament collatéral latéral de la cheville (entorse
du ligament externe), Pocholle [32] a proposé un programme de renfor-
cement musculaire isocinétique des éverseurs et inverseurs de la cheville
en concentrique à 60°/s et 120°/s avec des séries de 5 à 10 répétitions pour
atteindre à la fin du programme 3 séries de 10 répétitions. D’après Fourchet
[37], le renforcement musculaire en mode excentrique doit être débuté dès
que possible, en fonction des capacités du patient, de sa tolérance et de
la tolérance tissulaire. Il suggère de débuter avec peu de répétitions (séries
de 5 à 6 répétitions) pour augmenter progressivement vers 10 répétitions
(soit 3  séries de 10  répétitions) [37]. En pratique, il propose de toujours
limiter le nombre de répétitions à 30 en mode excentrique, avec des séries
courtes de 5 à 6 répétitions en début de progression et pouvant aller jusqu’à
10 répétitions (dans ce cas, 3 séries de 10 répétitions) lorsque le patient est
en fin de progression [37]. Il peut être pertinent de cibler le renforcement
en fonction du secteur angulaire, afin par exemple de cibler le renforcement
excentrique des éverseurs sur la fin d’amplitude d’inversion [37].
Dans le cadre d’une instabilité chronique de la cheville, le programme
de renforcement musculaire est aussi ciblé sur les éverseurs et inverseurs,
mais doit être adapté aux déficiences du patient, qui sont mises en évidence
lors d’une évaluation musculaire isocinétique (voir chapitre 7) par compa-
raison avec le côté controlatéral sain et des valeurs de référence et l’analyse
des ratios agoniste/antagoniste. Yildiz et al. [38] soulignaient déjà en 2003
la nécessité du renforcement en excentrique des éverseurs surtout en fin
d’amplitude d’inversion, car le ratio éverseurs en excentrique/inverseurs en
concentrique était beaucoup plus faible chez les sujets souffrant d’instabilité.
Le renforcement musculaire des éverseurs et inverseurs est une partie du
programme rééducatif dans le cadre d’une entorse ou d’une instabilité chro-
nique de la cheville. D’autres facteurs comme une stabilité posturale alté-
rée, des éverseurs faibles en excentrique à vitesse lente ou des fléchisseurs
plantaires trop forts par rapport aux fléchisseurs dorsaux en concentrique à
vitesse rapide jouent aussi un rôle important dans l’instabilité chronique et
doivent être pris en compte dans le cadre du programme rééducatif [39]. Ce
programme doit être global, musculaire et sensori-moteur, visant la fonc-
tionnalité et le contrôle dans la cheville, individualisé et adapté en fonction
des déficiences du patient et de ses objectifs.
306 Guide d’isocinétisme

Encadré 12.3

Considérations méthodologiques dans le cadre


d’un programme de renforcement musculaire
du rachis, d’après Dvir [7]
j déterminer le secteur angulaire et l’amplitude angulaire permettant la
réalisation du mouvement de flexion/extension du rachis sans douleur ou
limitation par raideur par des mouvements passifs avec le dynamomètre ;
j conserver une force plus importante des extenseurs comparativement

aux fléchisseurs ;
j mettre en place une limite maximale de force dans un objectif de sécurité

des sujets ;
j adapter l’amplitude de mouvement avec la vitesse angulaire ;

j incorporer progressivement les exercices en mode excentrique.

Rééducation isocinétique des tendinopathies


Tendinopathie d’Achille
Le renforcement musculaire excentrique apparaît comme un traitement de
référence des tendinopathies chroniques corporéales et d’insertion du tendon
d’Achille [40,41]. À ce jour, le programme de renforcement excentrique déve-
loppé par Alferdson et al. [42] semble avoir fait la preuve scientifique de son
efficacité pour la tendinopathie chronique corporéale d’Achille [43]. Il consiste
en 3 séries de 15 répétitions 2 fois par jour (soit 90 contractions/jour), à vitesse
lente, en augmentant la charge, en respectant la non-douleur, genou tendu
(recrutement privilégié des gastrocnémiens) et genou fléchi (recrutement pri-
vilégié du soléaire), 7 jours/semaine, pendant 12 semaines au minimum [42].
Dans ce contexte, l’outil isocinétique apparaît intéressant pour guider
et monitorer au mieux ce renforcement excentrique. Ces programmes de
renforcement musculaire isocinétique sont souvent des dérivés de la théorie
et des protocoles proposés par Stanish [44]. Les grands principes de Stanish
[44] sont présentés dans l’encadré  12.4, et une suggestion de protocole
est présentée dans l’encadré  12.5. Davies [8] a proposé un renforcement
musculaire de type pyramidal avec 20  répétitions à 150°/s, 15  x  120°/s,
10 x 90°/s, 8 x 60°/s, 3 x 30°/s, 3 x 30°/s, 8 x 60°/s, 10 x 90°/s, 15 x 120°/s,
et 20 x 150°/s (tableau 12.7). Il a aussi proposé une augmentation dans un
premier temps de la vitesse angulaire, puis de la résistance (figure 12.2) [8].
Il faut rappeler que ces protocoles furent établis afin d’être réalisés sans
dynamomètre isocinétique et en chaîne fermée, debout. Cependant,
l’usage de l’outil isocinétique permet de quantifier la charge de travail et
d’obtenir un retour du travail en temps réel, induisant des séances très
reproductibles [37].
Intérêt de l’isocinétisme pour la rééducation 307

Encadré 12.4

Grands principes des programmes de renforcement


musculaire isocinétique dans le cadre des pathologies
du tendon d’Achille (tendinopathie chronique
d’Achille ou cicatrice fibreuse), d’après Fourchet [37]
j tous les jours, voire deux fois par jour ;
j mode excentrique ;
j vitesse lente ;

j 1 à 3 séries de 15 répétitions ;

j augmenter progressivement la vitesse et le nombre de répétitions ;

j varier les positions du genou (fléchi recrutement privilégié du soléaire,

tendu recrutement privilégié des gastrocnémiens) ;


j accepter la douleur si elle est inférieure à EVA 3-5/10 (surtout si elle est

retardée après la séance) ;


j attaquer sur 6 à 12 semaines, puis entretien à long terme parfois durant

18 mois.

Encadré 12.5

Proposition de programme de renforcement


musculaire isocinétique dans le cadre des lésions
tendineuses, d’après Four [45]
j ciblés sur les muscles concernés ;
j en respectant la non-douleur ;
j 3 séances par semaine (au minimum) ;

j mode de contraction excentrique, à vitesse très lente (5°/s) ;

j 4 séries de 10 répétitions ;

j intensité < seuil douloureux ;

j amplitude limitée (en course externe) ;

j augmentation progressive de l’amplitude et de la vitesse angulaire, en

respectant la non-douleur, un paramètre à la fois ;


j dès que le patient atteint 80 % des valeurs enregistrées sur le côté contro-

latéral sain, il peut augmenter l’intensité progressivement jusqu’à intensité


maximale, à raison de 6 à 10 séries de 4 à 6 répétitions.

La problématique de la douleur durant le programme excentrique est


discutée, certains suggèrent de respecter la non-douleur [42], et d’autres
d’accepter la douleur si elle est inférieure à EVA 3-5/10 [44]. Il a été suggéré
que si l’exercice n’entraînait pas de douleur pendant ou après, on augmen-
tait la vitesse ou la charge, mais s’il y avait une douleur on restait au même
niveau (figure  12.2) [8]. En pratique courante, notre expérience nous fait
308 Guide d’isocinétisme

Tableau 12.7. Exemple de programme de renforcement musculaire


isocinétique dans le cadre des tendinopathies chroniques d’Achille.
Séries Nombre de répétitions Vitesses angulaires
1 20 150°/s
2 15 120°/s
3 10 90°/s
4 8 60°/s
5 3 30°/s
6 3 30°/s
7 8 60°/s
8 10 90°/s
9 15 120°/s
10 20 150°/s
D’après Davies [8].

Figure 12.2. Programme de renforcement excentrique, d’après Stanish et al. [44]


et Davies [8].

tolérer en général une douleur sur le moment ou retardée, si celle-ci est


inférieure à EVA 3-5/10.

Tendinopathie patellaire
Dans le cadre d’une tendinopathie chronique, le renforcement musculaire
excentrique apparaît être le traitement de référence [46]. L’outil isocinétique a
donc toute sa place pour permettre de réaliser ce renforcement en contrôlant
Intérêt de l’isocinétisme pour la rééducation 309

parfaitement les paramètres d’amplitude, de vitesse et d’intensité de la contrac-


tion musculaire. Jensen et Di Fabio [47] ont rapporté en 1989 l’efficacité d’un
programme de renforcement musculaire isocinétique en mode excentrique sur
dynamomètre isocinétique ; le programme est rapporté dans l’encadré 12.6.

Encadré 12.6

Proposition de programme de renforcement


musculaire isocinétique dans la tendinopathie
patellaire, d’après Jensen et Di Fabio [47]
j ciblés sur les extenseurs du genou ;
j durant 8 semaines à raison de 3 sessions par semaine ;
j mode de contraction excentrique ;

j 5 répétitions par série ;

j effort maximal pour chaque répétition de chaque série ;

j vitesses angulaires de 30°/s à 70°/s, en augmentant progressivement la

vitesse angulaire chaque semaine :


– semaine 1 : 6 séries de 5 répétitions à 30°/s (6 x 5 à 30°/s),
– semaine 2 : 4 x 5 à 30°/s + 4 x 5 à 35°/s,
– semaine 3 : 4 x 5 à 30°/s + 4 x 5 à 35°/s + 4 x 5 à 40°/s,
– semaine 4 : 4 x 5 à 30°/s + 4 x 5 à 40°/s + 4 x 5 à 45°/s,
– semaine 5 : 4 x 5 à 30°/s + 4 x 5 à 40°/s + 4 x 5 à 50°/s,
– semaine 6 : 4 x 5 à 30°/s + 4 x 5 à 45°/s + 4 x 5 à 60°/s,
– semaine 7 : 4 x 5 à 30°/s + 4 x 5 à 50°/s + 4 x 5 à 65°/s,
– semaine 8 : 4 x 5 à 30°/s + 4 x 5 à 50°/s + 4 x 5 à 70°/s.

« Heavy Slow Resistance » training


Dans la même lignée, il est intéressant de mentionner ici l’émergence
récente d’autres protocoles que ceux purement excentriques rappelés précé-
demment ; il s’agit notamment du « Heavy Slow Resistance » training (HSR)
qui peut parfaitement être appliqué en isocinétisme tant au niveau de la
cheville que du genou. Présent dans la littérature anglo-saxonne depuis
quelques années, ce type de travail est souvent présenté comme une alter-
native (voire même une amélioration) au travail excentrique type Stanish
dans le traitement des tendinopathies.
Tout est parti du constat de chercheurs suspectant que le travail
purement excentrique « cassait » trop de fibres par rapport à ce qu’il en
réparait, en d’autres termes  : en mode excentrique, le catabolisme est
supérieur à l’anabolisme. En conséquence, des stratégies de remplace-
ment furent explorées : travail uniquement statique (en tout cas en phase
initiale) ou protocoles jumelant modes concentrique et excentrique  :
c’est le cas du HSR.
310 Guide d’isocinétisme

Le HSR présente beaucoup d’avantages par rapport à l’excentrique pur,


même si les études sont encore trop rares pour être affirmatif :
• meilleur renouvellement du collagène [48] ;
• meilleur ratio durée/efficacité : 107 min/semaine pour le HSR contre 308
pour l’excentrique [49] ;
• meilleure compliance et meilleure satisfaction des patients [48].
L’un des points majeurs dans la théorie du HSR est qu’il est préférable
de privilégier la charge plutôt que le type de contraction : peu importent
au final le mode de contraction, ce qui compte c’est de mettre le tendon
sous une tension importante afin de stimuler au mieux (ou au plus, en
fait) la synthèse de collagène. Ceci va complètement dans le sens d’une
application pratique des protocoles HSR sur dynamomètre isocinétique où
la charge est maximale tout au long de la course articulaire contrairement à
une application isotonique classique.
Un peu plus en détail, le programme HSR dure en tout 12 semaines. Dans
les règles de l’art, il faut pratiquer 4 séries de l’exercice proposé avec  2 à
3 min de récupération entre ces séries. Le nombre de répétitions par série
s’organise comme suit :
• 15 répétitions maximums (RM) pendant 1 semaine ;
• 12 RM durant les semaines 2 et 3 ;
• 10 RM durant les semaines 4 et 5 ;
• 8 RM durant les semaines 6 et 8 ;
• 6 RM durant les semaines 9 et 12.
En conditions classiques isotoniques, les répétitions maximums sont
faites avec des charges de plus en plus lourdes puisqu’elles sont de moins
en moins nombreuses. En isocinétisme, le patient doit apprendre à gérer ses
intensités de contraction afin de « tenir la distance ».
Une autre caractéristique est qu’une répétition comporte 3 s de contrac-
tion concentrique et 3  s de contraction excentrique, donc 6  s au total.
Encore une fois, ceci est facile à mettre en œuvre en isocinétisme en réglant
correctement la vitesse angulaire au préalable.
Au final, même si le programme HSR a été conçu avec des exercices effec-
tués en chaîne fermée et en mode isotonique (comme celui de Stanish à
l’origine), le concept de contractions consécutives concentrique et excen-
trique à vitesse lente, avec des charges importantes est tout à fait trans-
férable sur dynamomètre isocinétique.

Rééducation isocinétique des lésions musculaires


Dans le cadre d’une lésion musculaire, il existe actuellement un consensus
professionnel sur la prise en charge thérapeutique initiale (phase aiguë) qui
doit suivre le protocole adapté à tous les traumatismes aigus de l’appareil loco-
moteur : le protocole GREC (ou RICE pour les Anglo-Saxons) : Glace, Repos
(relatif), Élévation, Contention (ou Compression), qui permet de contrôler
l’hématome, l’œdème et la douleur [50,51]. Le repos (relatif) a pour objectif de
Intérêt de l’isocinétisme pour la rééducation 311

limiter toutes les tensions musculaires pour éviter l’aggravation de la lésion et


permettre un début de cicatrisation, sans arrêter totalement les sollicitations
musculaires (en pratique activités autolimitées par la douleur, stopper toutes
les activités douloureuses) [51]. Il a été rapporté que la mobilisation précoce
est plus efficace que l’immobilisation pour la régénération musculaire [50].
Dès que le patient peut marcher normalement sans douleur et réaliser
une contraction isométrique sous-maximale (50-70  %), on peut débuter
la phase de remodelage [51]. Elle a pour objectif de guider la cicatrisation
pour récupérer un tissu musculaire fonctionnel  : élastique et contractile,
par des sollicitations progressivement de plus en plus importantes, princi-
palement par des étirements et des exercices excentriques très doux, tout en
respectant la règle de la non-douleur [51]. Les programmes privilégiant les
activités en excentrique ont montré leur meilleure efficacité par rapport à
des programmes avec des exercices plutôt concentriques [52].
Enfin, dès que le patient a retrouvé une amplitude articulaire et souplesse
physiologique, une force musculaire cotée à 5/5 au testing manuel, et une
possibilité fonctionnelle à 50 % sans douleur, il attaque la phase de fonc-
tionnelle de retour à la compétition qui consiste à poursuivre l’augmenta-
tion progressive de l’intensité et du volume des sollicitations, tout en res-
pectant la non-douleur, pour retrouver une force musculaire comparable à
celle du côté opposé sans déséquilibre agoniste/antagoniste [51].
Ainsi, les programmes de rééducation vont avoir pour objectif la récu-
pération d’une mobilité et d’une force musculaire physiologique tout en
respectant la règle de la non-douleur. Dans ce contexte, compte tenu du fait
qu’il est conseillé de reprendre une sollicitation musculaire rapidement, en
augmentant progressivement les contraintes d’amplitude, d’intensité et de
volume, tout en faisant attention à ne pas faire récidiver la lésion, l’outil
isocinétique est très pertinent pour permettre cette rééducation analytique
avec un contrôle des paramètres d’amplitude, de vitesse de mouvement,
de force développée, de modes de contraction, tout en suivant de manière
objective de la récupération de la force. Il a non seulement un intérêt comme
outil de renforcement musculaire pour le gain de force maximale, et mais
aussi pour guider la cicatrisation et la régénération musculaire par le mode
excentrique avec des contractions précoces sous-maximales et indolores.
Pour guider la cicatrisation, la rééducation doit être très extrêmement sur-
veillée et réalisée avec prudence afin de ne pas retarder la cicatrisation ou être
la source de récidive [53]. L’outil isocinétique permet aussi une objectivation
des progrès par une évaluation quantitative ou qualitative de la force dévelop-
pée à tout moment du programme de renforcement, et permet de guider le
renforcement afin d’avoir une balance agoniste/antagoniste dans les normes
physiologiques et des courbes isocinétiques physiologiques. En suivant cette
philosophie d’augmentation progressive des contraintes musculaire, Four
[45] a proposé un programme de renforcement musculaire isocinétique dans
le cadre des lésions musculaires qui est présenté dans l’encadré 12.7.
312 Guide d’isocinétisme

Encadré 12.7

Proposition de programme de renforcement


musculaire isocinétique dans le cadre des lésions
musculaires, d’après Four [45]
j ciblés sur les muscles concernés ;
j en respectant la non-douleur ;
j 3 séances par semaine (au minimum) ;

j mode de contraction excentrique, à vitesse très lente (5°/s) ;

j 4 séries de 10 répétitions ;

j intensité < seuil douloureux ;

j amplitude limitée (en course externe) ;

j augmentation progressive de l’amplitude et de la vitesse angulaire, en

respectant la non-douleur, un paramètre à la fois ;


j dès que le patient atteint 80 % des valeurs enregistrées sur le côté contro-

latéral sain, il peut augmenter l’intensité progressivement jusqu’à intensité


maximale, à raison de 6 à 10 séries de 4 à 6 répétitions.

Intérêt de l’isocinétisme dans la rééducation des lésions musculaires :


� cicatrisation dirigée : mode excentrique, sous-maximale, indolore ;
� renforcement musculaire  : quand muscle considéré comme guéri
(tableau 12.8).

Tableau 12.8. Exemple de programme de renforcement musculaire


isocinétique.
Séries Nombre de répétitions Vitesses angulaires
1 10 180°/s
2 10 150°/s
3 10 120°/s
4 10 90°/s
5 10 60°/s
6 10 60°/s
7 10 90°/s
8 10 120°/s
9 10 150°/s
10 10 180°/s
D’après Dauty et Menu [53].
Intérêt de l’isocinétisme pour la rééducation 313

Rééducation isocinétique des pathologies


neurologiques
Tout comme l’usage des dynamomètres isocinétiques dans le cadre de
l’évaluation des pathologies neurologiques, l’isocinétisme connaît un
intérêt et une utilisation récente dans le cadre de la rééducation des
pathologies neurologiques. Nous traiterons dans cette partie l’usage de
l’isocinétisme dans le cadre de l’hémiplégie vasculaire de l’adulte et de la
sclérose en plaque, qui représentent les pathologies neurologiques pour
lesquelles le plus de données sont disponibles.

Hémiplégie vasculaire de l’adulte


La définition de l’hémiplégie vasculaire de l’adulte est donnée dans le cha-
pitre 9. La rééducation à base de renforcement musculaire dans le cadre des
pathologies neurologiques est un concept relativement récent. En effet, le
renforcement musculaire a longtemps été contre-indiqué dans les patholo-
gies neurologiques centrales car il risquait d’entretenir voire d’augmenter
la spasticité.
Cependant, comme dans le contexte de beaucoup de pathologies chro-
niques ou source de handicap, l’hémiplégie vasculaire est à l’origine d’un
syndrome de déconditionnement physique à l’effort. D’une part, le han-
dicap moteur de l’hémiplégie vasculaire entraîne une diminution de la
participation aux activités physiques, et notamment aux activités de la vie
quotidienne. Ainsi, se met en place le cercle vicieux du déconditionnement
physique  : «  moins on en fait moins on peut en faire  ». D’autre part, la
pathologie neurologique entraîne une fatigabilité plus importante à l’effort,
avec notamment une fatigue centrale qui correspond à une fatigabilité de
la commande motrice centrale. Et enfin, l’amyotrophie et la perte de force
musculaire entraînent une diminution de la capacité physique aérobie
(diminution de la consommation maximale d’oxygène), et une diminution
des capacités cardio-vasculaires.
Ainsi, l’utilisation de l’isocinétisme dans la rééducation de l’hémiplégie
vasculaire de l’adulte prend son intérêt dans les possibilités de renforcement
musculaire offert par l’isocinétisme (contrôle de la résistance, contrôle de
l’amplitude, contrôle du mode de contraction…). Le renforcement muscu-
laire va permettre une récupération fonctionnelle par le gain de force et de
performance motrice, mais aussi par le gain de capacité physique aérobie.
Actuellement, il n’existe pas de protocole de renforcement musculaire
isocinétique dont l’efficacité a été validée scientifiquement chez des
patients hémiplégiques. Néanmoins, le tableau 12.9 rapporte les caractéris-
tiques de trois programmes de renforcement isocinétique utilisé chez les
patients hémiplégiques d’origine vasculaire qui ont montré une efficacité
sur les paramètres fonctionnels de marche. Les sujets atteints d’hémiplégie
314 Guide d’isocinétisme

Tableau 12.9. Protocoles de renforcement musculaire isocinétique


pour le genou appliqués à des patients hémiplégiques.
Auteurs Engardt et al. 1995 Sharp et al. 1997 Rouleaud et al.
[54] [55] 2000 [56]
Articulation Genou, côté Genou, côté Genou, côtés non
parétique parétique atteint et parétique
Mouvements Extension (Q) Extension (Q) Extension (Q)
(groupes mus- et flexion (IJ) et flexion (IJ)
culaires)
Mode de contraction Concentrique Concentrique Excentrique
et excentrique
(10 patients pour
chaque mode)
Vitesses (en °/s) 60-120-180 30-60-120 60-120-150-180…
Appareil utilisé Kin-com® Cybex II® Biodex®
Protocole (program- 6 semaines 6 semaines 6 semaines
mation) 2 fois par semaine 3 fois par semaine 3 fois par semaine
40 min par séance
Déroulement type Échauffement sur Échauffement sur Échauffement sur
d’une séance dynamomètre cycloergomètre dynamomètre
isocinétique (5 min) isocinétique
Renforcement : Étirements du Q et Renforcement :
10 répétitions par des IJ (4 x 15 s) 10 répétitions par
vitesse (15 séries Renforcement : vitesse (travail en
maxi) (travail en 3 séries de 6 à pyramide), nombre
pyramide) 1 min 8 répétitions pour de séries selon
de récupération chaque vitesse (soit la tolérance du
par série 9 séries au total patient (9 séries en
Étirements (2 x 20 s) 1 min de récupéra- moyenne) 1 min de
tion par série récupération par série
Q : quadriceps ; IJ : ischio-jambiers.

vasculaire n’ont pas assez de capacités neuromusculaires pour suivre un


programme de renforcement muscu