THERESE Vincent

24 Novembre 2010

Comment expliquer le vote de la loi sur la parité ?
A l¶homme sont échues la vie publique et les fonctions qui s¶y rapportent ; à la femme appartient la garde et le soin du foyer domestique ». C¶est en ces termes que le constitutionnaliste français Adhémar Esmein décrit en 1896 dans son traité de droit constitutionnel le partage des tâches, qui explique l¶exclusion des femmes du droit de participer à la vie politique. Le document suivant est un article extrait de la revue « Projet », publiée le 2 juillet 2005. Il s¶agit d¶une revue bimestrielle dirigée par le Centre de Recherche et d¶Actions Sociales (CERAS). L¶article dont il est question ici a été écrit par Janine Mossuz-Lavau, directrice de recherche au Centre d¶étude de la vie politique française (Cevipof). Elle est aussi chargée de cours à l¶Institut d¶études politiques de Paris, et membre de l¶Observatoire de la parité, sur lequel nous reviendrons. Cet article se penche sur l¶évolution de la place des femmes dans le milieu politique, cinq ans après l¶adoption de la loi sur la parité, et au terme de six élections de natures différentes qui se sont déroulées par la suite, entre 2001 et 2004. Des lignes 1à 33, l¶auteur revient sur l¶accès des femmes aux droits de vote et d¶éligibilité, et l¶utilisation qu¶elles en ont fait. Des lignes 34 à 98, l¶auteur décrit depuis les années 1970 les rassemblements, publications et événements législatifs, juridiques, qui ont aboutit à l¶adoption de la loi sur la parité en juin 2000. Puis, des lignes 99 à 131 elle dresse un bilan des six élections qui ont suivi l¶adoption de cette loi. Enfin, des lignes 132 à 161, Janine Mossuz-Lavau pointe le manque de féminisation du Parlement, et le retard par rapport aux autres pays européens. Par ailleurs, elle décrit les propositions faites pour tenter d¶améliorer cette loi. Devant ce texte, nous pouvons nous interroger sur les raisons qui ont poussé à l¶adoption d¶une loi sur la parité en France, son efficacité et ses limites. Pour répondre à cette question, nous étudierons dans un premier temps les événements qui ont amené, précédé la création de cette loi, puis dans une seconde partie la création et l¶application de cette loi, et enfin dans une troisième et dernière partie nous dresserons un bilan ainsi que les améliorations possibles.

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I] Du suffrage universel à l¶idée de parité A) Participation et éligibilité L¶auteur explique ligne 8 que « le fameux universalisme du suffrage ne remonte donc qu¶au 21 avril 1944 pour sa proclamation et au 29 avril 1945 (élections municipales) pour son premier exercice ». En effet, le droit de vote et d¶éligibilité des femmes en France résulte de l¶article 17 de l¶ordonnance du 21 avril 1944 relative à l¶organisation des pouvoirs publics en France, signée à Alger par le président du Gouvernement provisoire, le Général de Gaulle. Rappelons qu¶une ordonnance est une mesure prise par le gouvernement dans des matières relevant normalement du domaine de la loi. Cet article 17 stipule donc que « les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ». Ainsi, un an plus tard, lors des élections municipales du 29 avril 1945 les femmes peuvent voter et être élues. 39 d¶entre-elles seront élues conseillères générales. Toutefois, cet accès à la citoyenneté s¶est fait « après la plupart des autres Européennes », ligne 18. En effet, les femmes ont bénéficié des droits de vote et d¶éligibilité en 1906 en Finlande, en 1913 en Norvège, 1915 au Danemark, 1919 en Allemagne et Suède, 1928 RU. Le droit de vote et d¶éligibilité ont eu une trajectoire différente. Concernant le droit de vote, je cite, ligne 19 « le bilan est globalement positif », et lignes 19-20 « Après une phase d¶apprentissage, les femmes sont devenues des citoyennes à part entière, qui participent autant que les hommes ». En effet, selon Janine-Mossuz Lavau, dans son article sur « les électrices françaises de 1945 à 1993 » publié dans Vingtième Siècle Revue d¶Histoire, les femmes ne vont pas se comporter de la même manière que les hommes pendant près de 25 ans, à quelques exceptions près enregistrées au lendemain de la Libération (plusieurs explication peuvent être données : Seules les femmes les plus motivées se sont inscrites sur les listes électorales, d¶où une participation élevée. Ensuite, bon nombre d¶hommes n¶étaient pas rentrés, ce qui accroit leur abstentionnisme forcé.). Ainsi, des années 1940 à 1960, le taux d¶abstention entre les hommes et les femmes varie de 7 à 12 points, et est toujours plus fort chez les femmes que chez les hommes. Lors des élections législatives de 1951 on enregistre 17% d¶abstention chez les hommes, et 24% chez les femmes. En 1953 lors des municipales on a noté 13% d¶abstention chez les hommes, et 25% chez les femmes. Il faut attendre l¶élection présidentielle de 1969, qui se déroule dans un contexte particulier car il n¶y a pas de candidat de gauche au second tour, le PC invite à l¶abstention, pour voir un taux d¶abstention quasi-identique chez les hommes et les femmes : respectivement 32 et 34%. On ne reverra jamais un écart d¶abstention avoisinant les 10%, les femmes continuent à participer autant que les hommes, malgré un écart de 5% lors des européennes de 1989. Enfin, concernant l¶éligibilité « on ne peut crier victoire » ligne 24. Rappelons que l¶éligibilité désigne l¶ensemble des conditions nécessaires pour être élues. On constate qu¶entre 1945 et 1997, si le nombre de candidats et candidates aux élections législatives a été multiplié par plus de 2 en général, (passant de 2900 à 6400), le nombre de candidates, a lui été multiplié par 5 ! (passant de 292 à 1471). Ainsi, alors qu¶elles ne représentent que 10% des candidats en 1945, elles représentent 23% des candidats 50 ans plus tard, en 1997. On a donc une entrée massive des femmes dans le milieu politique, et on pourrait s¶attendre à ce que cela se traduise dans la représentation des assemblées élues. Pourtant elles ne représentent que 10,9% des députés en 1997, soit 2 fois plus 50 ans après. S¶il faut souligner le progrès sur le plan national, il faut se replacer au niveau européen. En effet, lignes 21-22 « la France occupe, pour ce qui concerne la place des femmes dans les
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Assemblées élues, le poste peu enviable de l¶avant dernier de la classe au sein de l¶UE ». La France se situe juste devant la Grèce qui compte un peu plus de 6% d¶élus, et loin derrière la Suède qui en compte plus de 40%. Le constat est identique pour les parlements régionaux avec 12% de femmes dans ces assemblées en France, loin des 30% du Danemark. Seule la proportion de femmes dans les conseils municipaux met la France parmi les premiers en Europe. Comment expliquer cette faible participation à la vie politique ? Plusieurs arguments sont avancés : Tout d¶abord, on peut évoquer le mode de scrutin majoritaire qui favorise les sortants disposant de leur circonscription comme d¶un fief, et s¶y représentant sans fin. Ensuite, la mauvaise volonté des partis politiques, car lorsqu¶on a instauré le scrutin de liste proportionnel en 1986, ceux-ci ont placé les femmes pour la plupart en queue de liste, celles-ci n¶ont quasiment aucune chance d¶être élues. On peut aussi évoquer le cumul des mandats : Même s¶il a été limité par la loi du 30 décembre 1985, il aboutit à ce que les principaux postes soient aux mains d¶un trop petit nombre de personnes. Une autre raison qui explique les difficultés des femmes à obtenir des mandats électifs tient à la mauvaise volonté des partis politiques qui, à l¶exception de la gauche et des Verts, fonctionnent en circuit fermé, et ne sont pas prêts à retirer une place à un homme au profit d¶une femme. On peut aussi penser que l¶image du combat politique et de sa dureté effraie et décourage beaucoup de femmes. Enfin, il faut ajouter le fait que les femmes sont encore largement en charge de la vie familiale, y compris lorsqu¶elles ont une activité professionnelle. Cela ne crée pas les meilleures conditions pour que les femmes puissent exercer, en plus de leurs activités professionnelles, des responsabilités politiques. Mais si la France accuse un tel retard en matière de représentation féminine lorsqu¶on la compare aux pays du Nord, c¶est aussi parce qu¶au moment où il était le plus puissant, dans les années 1970, le mouvement féministe n¶a pas revendiqué le pouvoir politique. Le combat a porté entre autres sur la libre disposition de soi, sur le travail domestique, sur l¶égalité professionnelle mais le champ politique n¶a pas vraiment suscité de luttes.

Pourtant, au milieu des années 70, l¶absence des femmes suscite des protestations, et en 1975, Françoise Giroud, secrétaire d¶Etat à la condition féminine, préconise dans son programme « Cent mesures pour les femmes » l¶instauration d¶un quota, qui constitue une première étape vers la parité. B) Du quota à la parité Ligne 35« Au cours des années 1980, on avait surtout raisonné en termes de quotas ». Le quota peut se définir comme la mesure qui contraint la validation d¶une liste de candidats ou d¶un total pour une même formation politique à l¶existence d¶un pourcentage maximum, ou minimum de candidats du même sexe. Deux évènements dans les années 1980 montrent cette volonté d¶instaurer des quotas : Tout d¶abord, un projet de Monique Pelletier, alors ministre déléguée à la Famille et à la Condition féminine. Ce projet visait l¶instauration d¶un quota de 20% de femmes parmi les candidats à l¶élection aux conseils municipaux. Il est mis à l¶ordre du jour de l¶Assemblée nationale en novembre 1980, c'est-à-dire 15 mois après son adoption en conseil des ministres : chose extrêmement rare, mais calculée. En effet, Le projet est approuvé à une quasi-unanimité à
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l¶Assemblée nationale, mais la procédure n¶ira pas à son terme car la date de son inscription à l¶ordre du jour a été choisie pour qu¶il ne soit pas voté avant les élections présidentielles. Le projet est donc provisoirement enterré. Second événement, lignes 35 à 37 « en 1982, un amendement avait même été voté selon lequel, lors des élections municipales, les listes ne devraient pas comporter plus de 75% de candidats du même sexe » Il s¶agit d¶un amendement déposé par Alain Richard, député socialiste, qui reprend un amendement de Gisèle Halimi (députée du parti socialiste entre 1981 et 1984) et qui propose elle 30% de candidates sur les listes. L¶amendement est soutenu notamment par la ministre des droits de la femme, Yvette Roudy. Le choix d¶un quota de 25% est du au fait que le président de la République, François Mitterrand, entre les 2 tours des élections présidentielles de 1981 avait pris position sur ce pourcentage. L¶amendement est adopté le 27 juillet 1982 par 476 voix pour, 4 contre et 3 abstentions, mais le 18 novembre 1982, je cite « le conseil constitutionnel avait annulé ce dispositif », ligne 37. Il s¶appuie sur l¶article 3 de la constitution, et l¶article 6 de la DDHC de 1789. l faut signaler que le Conseil Constitutionnel a été saisi du projet de loi par l¶opposition mais que celle-ci n¶avait pas mentionnée comme irrecevable l¶article concernant le quota, c¶est donc le conseil constitutionnel qui s¶est autosaisi de l¶article, non visé par le recours. Dès lors, l¶idée de quota, ressentie par certaines comme humiliante, est laissée de côté. Une dizaine d¶années plus tard, dans les années 1990, une autre notion fait son apparition : celle de la parité. Je cite ligne 48 « en France, des associations de femmes se créent pour défendre l¶idée de parité ». La parité constitue une obligation positive imposée aux acteurs du jeu politique, et notamment aux partis. Elle définit l¶égalité politique des femmes et des hommes par leur représentation en nombre égal dans les assemblées élues. Pour le mouvement associatif féminin, l¶objectif est l¶égalité en politique, et la parité constitue la seule proposition juste et efficace. Elle doit s¶accompagner de mesures contraignantes pour l¶imposer. Il y a un rejet du « quota ». Des associations se sont regroupées, afin d¶avoir un impact encore plus important. C¶est le cas en 1994 du réseau « demain la parité », créé par Françoise Gaspard, experte française du réseau européen "femmes dans la prise de décision ». Ce réseau « demain la parité » rassemble plus de 2 millions d¶adhérentes en 1996, éparpillées dans de multiples associations. Parmi ces associations citons l¶Action Catholique Générale Féminine, l¶Association Française des Femmes Diplômées des Universités, l¶Union Féminine Civique et Sociale, Parité Infos, etc. Différentes initiatives ont été menées, comme des rencontres entre associations, des réunions d¶informations, et le lancement d¶une pétition nationale. Cette volonté de parité s¶exprime aussi dans les ouvrages. Certaines publications d¶intellectuels et personnalités politiques permettent de populariser, de sensibiliser la population à la question de la parité. C¶est le cas avec, je cite, lignes 39-40 « la publication au Seuil du livre de Françoise Gaspard, Claude Servan-Schreiber et Anne Le Gall , Au pouvoir citoyennes : liberté, égalité, parité ». Ce livre présente pour la première fois le terme de « parité » au grand public. L¶ouvrage livre une analyse des raisons de l¶absence des femmes aux postes de pouvoir politique et les propositions pour y remédier. Par ailleurs, sont rédigés « le manifeste des 577 pour une démocratie paritaire » ligne 49-50, et le «manifeste des dix pour la parité », ligne 51. Le premier se situe plus à l¶échelle sociale. A l¶initiative de Monique Dental, présidente du collectif féministe « Ruptures », une AG de toutes les associations militant pour la parité est convoquée en janvier 1993. Elles créent le réseau « femmes pour la parité » qui va organiser le 8 mars à l¶Assemblée Nationale une table ronde sur le thème de la
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parité, appeler à une manifestation « pour une démocratie paritaire » et être à l¶initiative du « manifeste des 577 pour une démocratie paritaire ». Dans ce manifeste, une seule exigence était inscrite : l¶adoption d¶une loi organique stipulant que « les assemblées élues au niveau territorial comme au niveau national sont composées d¶autant de femmes que d¶hommes ». C¶est un manifeste créé par des militantes, qui s¶étaient fixé le but d¶obtenir la signature de 577 citoyens. Il fut signé par 289 femmes, et 288 hommes. Le second manifeste se situe plus à l¶échelle politique. Il a été rédigé et signé par des femmes aussi bien de gauche que de droite. On peut citer Michèle BARZACH, Frédérique BREDIN, Edith CRESSON, Hélène GISSEROT, Catherine LALUMIERE, Véronique NEIERTZ,Monique PELLETIER, Yvette ROUDY, Catherine TASCAT et Simone VEIL. Ce Manifeste ne demande pas immédiatement le respect de la parité, mais le recours à des quotas pour obtenir dans un premier temps la présence d¶un tiers de femmes dans les assemblées élues, mais s¶agit d¶un moyen pour parvenir plus tard à la parité. Pour relayer les initiatives des associations, militants, personnalités politiques et intellectuels, entrent en jeu diverses instances européennes, visiblement plus sensible que les instances françaises sur la question de la parité. Tout d¶abord, je cite lignes 44-45 : « En novembre 1989, un séminaire portant sur la « démocratie paritaire » avait été tenu à Strasbourg à l¶initiative du Conseil de l¶Europe ». A l¶occasion de ce séminaire, au cours duquel une vingtaine de pays étaient présents, la philosophe Elizabeth Sledziewski, maître de conférences à l¶Université Robert-Schuman à Strasbourg a présenté une contribution intitulée «les idéaux démocratiques et les droits des femmes », qui est considérée comme fondatrice dans la réflexion théorique sur l¶idée de parité. Elle pose la question de la légitimité démocratique à partir du constat de la sous-représentation politique des femmes. La notion de démocratie paritaire a été élaborée par le Conseil de l¶Europe, qui envisage la parité comme une mesure, non pas transitoire comme le quota, mais définitive, et destinée à assurer le partage du pouvoir politique entre hommes et femmes. Ensuite, trois ans plus tard, je cite lignes 45-47 : «à la demande de la Commission des communautés européennes, a lieu à Athènes le premier sommet européen « Femmes au pouvoir », qui réunit des femmes ministres ou anciennes ministres et adopte une Charte ». Edith Cresson et Simone Veil font partie de la délégation française. Cette charte recommande l¶adoption de la parité dans la représentation et l¶administration des nations. Il faut attendre 1994 pour que les instances françaises se penchent sur la question de la parité, 12 ans après l¶abandon du « quota Je cite lignes 53-54 « plusieurs propositions de loi avaient été déposées au Parlement, dès 1994, pour demander, notamment, l¶inscription de la parité dans la Constitution. ». Les deux premières propositions de lois viennent de députés du mouvement des citoyens (parti fondé en 1993 par Jean Pierre Chevènement). La proposition de loi du 23 mars vise « à assurer un égal accès par la parité des hommes et des femmes aux mandats politiques ». Elle demande la modification de l¶article 3 de la constitution, que la proposition de loi « ait un caractère constitutionnel » et l¶utilisation du referendum si le Congrès refuse la loi. Ces mêmes députés déposent le 24 mars une autre proposition affichant le même objectif mais qui prévoit un dispositif précis concernant les différents modes de scrutin en vigueur. Une autre proposition de loi est déposée le 13 avril par le groupe communiste, qui vise à « assurer une participation équilibrée des femmes et des hommes à la vie publique ». Face aux sollicitations européennes, parlementaires et associatives, je cite lignes 56-57 « la place des femmes dans les
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instances politiques devient pour la première fois un thème de campagne électorale ». Ainsi, le 7 avril 1995, le Conseil national des femmes françaises auditionne, tour à tour Édouard Balladur, Jacques Chirac et Lionel Jospin, qui doivent présenter leur « programme femmes ». Par ailleurs, l¶association Parité adresse un questionnaire en 13 points à chacun des candidats et publie les réponses dans son journal du mois d¶avril. Jacques Chirac explique lors de cette journée qu¶un observatoire de la parité devra être mis en place. Il tient sa promesse puisque je cite lignes 57-58 « Jacques Chirac, élu le 7 mai, créera l¶Observatoire de la parité (par un décret du 18 octobre 1995). « Institué » auprès du Premier ministre ». Cet observatoire a pou mission de réunir des données, produire des analyses, études recherches sur la situation des femmes au niveau national et international, favoriser des programmes d¶action tendant à la diffusion de connaissances, faire toutes les recommandations et propositions de réformes. Il doit aussi remettre tous les 2 ans un rapport général au Premier ministre . L¶observatoire est constitué en 4 commissions : parité politique, parité professionnelle, parité dans la vie privée, enjeux internationaux. La commission parité politique a travaillé pendant plusieurs mois et a tenu à l¶AN 21 séances ou elle a auditionné 43 personnes : représentants des grandes religions, historiennes, philosophes, porte-paroles d¶associations de femmes, personnalités politiques etc. On constate, deux ans plus tard que les choses n¶ont pas changé d¶un point de vue législatif, et que les déclarations du gouvernement sont plutôt décevantes. Ainsi, le premier ministre Alain Juppé, déclare à l¶Assemblée Nationale en mars 1997, qu¶il est je cite, lignes 65 à 66, « partisan de modifier notre Constitution pour permettre à la loi d¶instaurer à titre temporaire, par exemple pour dix ans, des incitations aux candidatures féminines dans les élections à scrutin de liste ». Au lieu de l¶inscription dans la constitution du principe de parité, le gouvernement ne propose qu¶un aménagement juridique de la constitution, permettant de faire passer une loi qui ne serait au final qu¶une expérience, car temporaire. De plus, il ne s¶agirait pas de mesures obligatoires, mais incitatives. Le projet présenté est vague, il ne précise pas s¶il s¶agit d¶un quota ou non, ni son ampleur. Une chose est sûre : il n¶est pas question de parité. Jacques Chirac dispose en 1997 d¶une large majorité à l¶Assemblée Nationale (484 sièges sur 577), mais celle-ci est divisée depuis l¶élection présidentielle. Or le président a besoin d¶une majorité parlementaire cohérente pour réformer. Il décide alors de dissoudre l¶assemblée nationale. De nouvelles élections ont lieu en mai et juin 1997, mais la gauche l¶emporte et le président doit donc faire face à la cohabitation (319 sièges sur 577 pour PS, Radicaux, Verts et PC réunis). Lionel Jospin est nommé premier ministre et la question de la parité est à nouveau d¶actualité. II] Création et premières applications de la loi sur la parité. A) Les évolutions législatives Pour éviter un nouvel affront du conseil constitutionnel, il convient de mettre en conformité la Constitution avec les lois à venir. Pour cela, le Président a recours à l¶article 89 de la constitution, plutôt qu¶ à l¶article 11. Ainsi l¶article 89 de la constitution prévoit que « le projet de révision doit être voté par les 2 assemblées en termes identiques ». Par ailleurs « le projet de révision n¶est pas présenté au référendum lors que le président de la république décide de le soumettre au Parlement
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convoqué en Congrès ». En premier lieu, le Parlement lignes 84-85 ajoute à l¶article 3 : « La loi favorise l¶égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives ». Dans les mois qui précédent le débat à l¶AN, les associations féminines et féministes avaient milité pour qu¶on remplace le terme « favorise » par le mot « garantit ». Finalement, la proposition initiale est adoptée en deuxième lecture. Ensuite, lignes 86-87 il ajoute « à l¶article 4 concernant les partis politiques : « Ils contribuent à la mise en uvre du principe énoncé au dernier alinéa de l¶article 3 dans les conditions déterminées par la loi ». Le 10 mars 1999, l¶Assemblée accepte à l¶unanimité les 2 textes votés par les sénateurs. L¶article 3 et l¶article 4 de la constitution sont donc modifiés après la réunion du parlement « en congrès à Versailles le 28 juin 1999 » ligne 84. Il importe dès lors de mettre en uvre la parité. Pour cela, je cite ligne 89 « la loi n° 2000-493 est promulguée le 6 juin 2000 ». Cette loi prévoit d¶une part je cite lignes 89 à 91 « la parité alternée pour les élections à un tour comme les européennes et les sénatoriales à la proportionnelle, la parité par tranches de six pour les élections à deux tours comme les municipales (dans les communes de 3 500 habitants et plus) et les régionales ». On utilise donc le scrutin de liste pour parvenir à la parité, soit en alternant une femme-un homme, soit en obligeant à avoir 3 hommes et 3 femmes par groupe de 6 candidats, peut importe l¶ordre. Par ailleurs lignes 94-95, pour les élections législatives, le système n¶est qu¶incitatif. Les partis qui ne présentent pas 50 % de candidates obtiennent un moindre financement public. C¶est lors des élections législatives de 2002 que cet article de la loi du 6 juin 2000 s¶est appliqué pour la première fois, et on constate que les modalités financières imposées aux partis politiques n¶ont pas eu d¶effet dissuasif pour les partis disposant d¶autres moyens importants. Seuls les petits partis ont respecté le jeu. Il convient d¶ailleurs de parler plutôt de « modulations financières » que de sanctions car les partis ne doivent pas contribuer financièrement en cas de non-respect de la parité, ils sont simplement privés annuellement d¶une partie de la somme qu¶ils auraient reçue s¶ils avaient respecté cette parité. Enfin, lignes 96 à 98 « les élections non concernées par la loi sont les cantonales, les sénatoriales au scrutin majoritaire et les municipales dans les communes de moins de 3 500 habitants». En effet, avec un scrutin uninominal, les candidats se présentent individuellement dans le cadre d¶une circonscription. La représentation est assurée par une seule personne. Pour ce type de scrutin, le principe d¶une alternance paritaire ne peut être appliqué. Il faut toutefois souligner le fait que la loi ne se désintéresse pas totalement de ces élections, puisque l¶article 16 précise qu¶un rapport d¶évaluation doit être remis au Parlement en 2002, puis tous les trois ans. Ce rapport comprend une étude détaillée de l¶évolution de la parité dans les élections non concernées par la loi. L¶objectif est de savoir si la loi a entrainé une « contagion » sur les élections non visées, ou si au contraire elle n¶a été que purement et simplement appliquée là ou elle était obligatoire.

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Depuis le vote de la loi en juin 2000, 6 élections ont eu lieu : les municipales en 2001, les sénatoriales en 2001 et 2004, les législatives en 2002, les régionales et les européennes en 2004. Nous pouvons en dresser un premier bilan.

B) Premières élections depuis la loi. On peut classer les élections en 3 domaines : Celles qui sont strictement encadrées par la loi du 6 juin 2000 (européennes, sénatoriales à la proportionnelles c'est-à-dire pour les départements élisant 4 sénateurs ou plus, municipales de 3500 habitants et plus, régionales), celles ou la loi ne fait qu¶inciter à la parité (législatives), et celles qui ne sont pas encadrées par la loi (cantonales, sénatoriales à scrutin majoritaire c'est-à-dire pour les départements élisant moins de 4 sénateurs, municipales de moins de 3500 habitants). a) Les obligatoires Lors des élections européennes (scrutin de liste à un tour), pour être valides, les listes présentées dans les 8 grandes circonscriptions doivent respecter une alternance stricte hommes-femmes. Cette première application de la loi sur la parité aux élections européennes permet à la France de rester parmi les pays les plus paritaires en Europe, avec 43,6% de femmes élues parmi les parlementaires français. Cela se voit moins, car lors des élections précédentes, les députées étaient déjà 29,9% en 1994, 40,2% en 1999.Il faut dire que dès 1999 le PS avait présenté des listes composées alternativement d¶hommes et de femmes, ce qui avait fortement incité les autres partis à présenter des listes plus paritaires qu¶à l¶ordinaire. L¶objectif de parité est donc conforté. Pour les élections municipales (scrutin de liste à deux tours) de plus de 3500 habitants, je cite lignes 103-104 « Au soir du second tour des élections municipales de 2001, on a compté, dans les communes de 3 500 habitants et plus, 47,5 % de conseillères ». Cela marque une évolution importante puisque qu¶elles n¶étaient que 22,7% en 1989, et 25,7% en 1995. La parité exacte n¶a pas été obtenue, les hommes ont souvent bénéficié d¶un traitement de faveur au sein de chaque tranche de six candidats. Aux élections régionales (scrutin de liste à deux tours), les listes doivent respecter une alternance stricte entre hommes et femmes. En 1998 le pourcentage de femmes élues conseillères régionales était de 27,5%. La loi a permis une importante féminisation de ces assemblées, car je cite lignes 116117 « on a compté, au soir du 28 mars, 47,6 % de femmes conseillères ». Ainsi, grâce à l¶application de la loi sur la parité, les conseils régionaux deviennent les assemblées les plus féminines de France. Il faut cependant noter qu¶il n¶y a eu que très peu de femmes désignées têtes de liste régionale pendant la campagne, et je cite « une seule femme présidente de région », il s¶agit de Ségolène Royale en région Poitou-Charentes. Concernant les élections sénatoriales (scrutin de liste à 1 tour), la loi du 10 juillet 2000 introduit le scrutin proportionnel avec obligation stricte de parité entre hommes et femmes dans les départements élisant trois sénateurs ou plus. Ainsi, je cite lignes 110-111 « Dans les départements à scrutin proportionnel, on a compté 45,5 % de candidates ». En septembre 2001, 22 sénatrices sont élues sur
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102 sièges renouvelés. En 2004, on trouve 31 femmes parmi les 128 nouveaux élus ou réélus. L¶instauration de la proportionnelle avec obligation de parité a permis d¶empêcher les ententes entre notables qui monopolisent le pouvoir. Il faut toutefois souligner l¶engagement du sénat qui a obtenu que la loi du 30 juillet 2003 rétablisse le scrutin majoritaire sans obligation de parité. Le Sénat s¶est cependant un peu plus féminisé et compte aujourd¶hui 17 % de femmes ».

b) Incitatives Les élections législatives sont les seules élections pour lesquelles la loi n¶est qu¶incitative: 2 éléments sont à retenir. Tout d¶abord, je cite lignes 119-120 : «les législatives de 2002, [qui] n¶ont envoyé à l¶Assemblée que 12,3 % de femmes. Cette situation de sous-représentation est une tendance historique. Deux éléments peuvent l¶expliquer : Tout d¶abord le mode de scrutin uninominal qui favorise les partis de gouvernement, qui ont beaucoup moins respecté l¶objectif de parité. Par ailleurs, en 2002 c¶est la droite qui a remporté les élections, or l¶UMP et l¶UDF sont ceux qui ont présenté la plus faible proportion de candidates. Ensuite, second élément, je cite lignes 120 et121 : « Si les petits partis (qui n¶ont pas eu d¶élus) ont joué le jeu de la parité. Les grandes formations comme l¶UMP et le Parti Socialiste ont choisi les pénalités financières plutôt que la féminisation de leur représentation ». Ainsi, lors de ces élections, l¶UMP a préféré se passer de 4 264 738 euros et priver 175 candidatures d¶investitures plutôt que de respecter la parité. Le PS lui s¶est privé de 1 651 806 euros, lui manquant 82 candidatures féminines pour atteindre la parité. Enfin, l¶UDF s¶est privé de 1 651 806 euros en préférant retenir 68 candidatures masculines en plus. Ainsi, on s¶aperçoit que les partis politiques ont préféré recevoir moins d¶argent de l¶Etat, plutôt que d¶investir suffisamment de femmes candidates.

c) Non concernées Avec un scrutin uninominal, les candidats se présentent individuellement dans le cadre d¶une circonscription, la représentation est assurée par une seule personne. Pour ce type de scrutin, le principe d¶une alternance paritaire entre femmes et hommes ne peut-être appliqué. Les municipales de moins de 3500 habitants représentent 90% des communes. Même si la loi sur la parité ne s¶applique pas, je cite, lignes 105-106 « Il y a [donc] eu un effet d¶entraînement dans les petites communes, qui en 1995 ne comprenaient que 21 % de conseillères municipales. ». En effet, elles sont 30,05% en 2001. On constate qu¶entre 1995 et 2001, l¶augmentation du nombre de conseillères municipales est de l¶ordre de 9%, passant de 21 à 30%, alors que la progression n¶est que de 4,7% entre 1989 et 1995. Ce doublement du taux de progression accrédite la thèse d¶un effet d¶entraînement de la loi du 6 juin 2000 sur les élections municipales dans les communes de 3500 habitants.

Concernant les élections sénatoriales à scrutin majoritaire, c'est-à-dire dans les départements élisant moins de 4 sénateurs, on a compté 20,9% de candidates, ligne 111. Lors de ces élections, il n¶y a pas eu de progression du nombre de femmes élues en 2001, et seulement 2 femmes élues sur 45 en 2004.
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Enfin, concernant les élections cantonales je cite lignes 148-149 « on n¶a élu que 10,9 % de conseillères générales. » Ainsi, lors du renouvellement de 2004, aucune femme n¶a été élue dans 18 départements. Au niveau de la composition globale des conseils généraux, il n¶y a que dans 6 départements que les femmes sont plus de 20%. On estime qu¶à ce rythme là il faut attendre 70 ans pour arriver à des conseils généraux paritaires. Il faut aussi souligner le fait qu¶en 1995 la proposition des femmes maires est de 7,5%. En 2001 « les exécutifs locaux sont également demeurés très masculins : 10,8 % de femmes maires » ligne149-150. Il y a une grande différence entre le nombre de femmes élues conseillères municipales et la place des femmes dans les exécutifs municipaux. Beaucoup de responsables politiques ont indiqué que pour la première fois, l¶ordre de présentation des candidatures n¶était pas significatif de l¶annonce implicite de la composition des exécutifs municipaux. La faible augmentation de la proportion de femmes maires peut être mise en relation avec le faible pourcentage de femmes têtes de liste lors des élections municipales.

Ainsi, on observe à travers ces élections que la loi sur la parité est bénéfique lorsqu¶elle oblige les partis à la parité. En revanche, lorsqu¶elle ne fait qu¶inciter, ou lorsque l¶effort de féminisation des assemblées n¶est pas encadré, on observe que les grands partis politiques ne font pas d¶effort s, et les progrès sont minimes voire inexistants.

III] Bilan A) Une loi perfectible On constate lignes 133-134 que «malgré les indéniables succès enregistrés aux élections municipales, régionales et européennes, la France n¶a pas encore féminisé son Parlement. ». Cela montre que la notion de parité ne marche que lorsque la loi oblige. Lorsqu¶elle ne fait qu¶inciter, par exemple financièrement pour les élections législatives, cela n¶a que peu d¶effets. La loi sur la parité n¶a donc pas changé les mentalités, les partis politiques ne font que se conformer à la loi. Par ailleurs, on peut évoquer je cite ligne 143 « le champ visiblement trop restreint de son application ». En effet, la loi sur la parité ne s¶applique, pour les élections municipales que sur les communes de plus de 3500 habitants. Elle ne concerne que 2576 communes sur les 36 547 existantes, soit 7% environ. Enfin, on peut évoquer ligne 143 « les « « ratés » observés dans l¶application de la loi ». Par exemple, pour illustrer ce propos, on peut donner l¶exemple de sénateurs sortants qui pour être sûrs d¶être réélus ont détourné l¶esprit de la loi, en présentant des listes dissidentes. Ils savaient qu¶en étant en troisième position derrière un homme tête de liste, puis une femme occupant nécessairement la seconde place, ils risquaient de ne pas être élus. Ils ont donc composé leur propre liste en se mettant en tête. B) Des propositions pour améliorer cette loi

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Pour remédier à ces défauts, je cite lignes 144-146 « la députée Marie-Jo Zimmerman [« ] a déposé cinq propositions de loi. ». Marie-Jo Zimmerman est députée UMP de la Moselle depuis 1998. Elle propose d¶améliorer la loi sur la parité dans trois domaines : la parité, les finances, et les modes de scrutin. Une amélioration dans le domaine de la parité entre titulaires et suppléants tout d¶abord. En effet, la députée propose lignes 146 à 148« que les suppléants des députés et des sénateurs élus au scrutin majoritaire soient obligatoirement de sexe opposé au titulaire », ou encore « que dans les petits [cantons] où s¶applique le scrutin majoritaire, les candidats aient un suppléant de sexe opposé », lignes 150-151. On constate que dans les départements avec scrutin majoritaire, il y a 70 femmes candidates et 65 d¶entre elles avaient un suppléant homme. En revanche, il y avait 181 hommes candidats, et seulement 51 avaient une suppléante femme. On peut multiplier les exemples de ce type : A l'issue des élections législatives de 2002, parmi les 577 députés, 233 seulement avaient un suppléant de sexe opposé. C'était le cas de 167 députés hommes sur 506, soit 33 % et de 66 députés femmes sur 71, soit 93 %. On constate ainsi que même au niveau des suppléants, la mauvaise volonté des partis politiques persiste. Le cas des suppléants peut paraître secondaire, mais en raison des nominations ministérielles et des décès notamment, de nombreux députés et sénateurs sont remplacés en cours de mandat par leur suppléant. Ainsi, pendant la législature 1997-2002, près de 11% des suppléants sont devenus députés (62 sur 577). C¶est pourquoi, si chaque candidat avait obligatoirement un suppléant de sexe opposé, la prédominance des hommes parmi les parlementaires élus ferait que les suppléants devenant à leur tour parlementaires seraient en grande majorité des femmes. On aurait ainsi une augmentation progressive de la proportion de femmes. De plus, l'expérience montre que quand un suppléant remplace un parlementaire décédé, il est souvent choisi comme candidat par son parti lors de l'élection suivante. Par ailleurs, toujours concernant la parité, la députée réclame« que les commissions permanentes et les vice-présidences des conseils régionaux soient paritaires », lignes 149-150. En effet, les femmes estiment en effet que la majorité des décisions sont prises dans les commissions, or elles y sont minoritaires. Le projet de loi vise donc à introduire plus de parité dans les organes décisionnels et exécutifs. Enfin le dernier élément concernant la parité, est le mode d¶inscription sur les listes. Marie-Jo Zimmerman réclame lignes 152-153 « une parité stricte, alternée et non plus par tranche de six, dans les communes de 3 500 habitants et plus ». Une amélioration dans le domaine financier ensuite. Elle demande ligne 149 «que l¶on accroisse les pénalités financières pour les législatives ». L'aide publique de l'État aux partis politiques se répartit en deux fractions sensiblement égales. La loi du 6 juin 2000 a introduit des pénalités financières. Ces pénalités portent sur la première fraction de l'aide publique de l'État et pour chaque parti, elles sont proportionnelles à l'écart entre le pourcentage de candidats et de candidates présentés. On a vu que les dispositions incitatives de la loi du 6 juin 2000 se sont avérées très peu efficaces. En l'absence de mesures juridiquement contraignantes, les incitations n'ont un impact que si elles sont fortes et dissuasives. Or, les pénalités financières sont assez faibles. Les petits partis politiques ayant peu d'espoir d'avoir des élus ont respecté la parité des candidatures car la première fraction est pour eux la seule ressource publique (50,2 % de femmes pour les candidats de Lutte Ouvrière, 49,8 % pour les Verts, 48,9 % pour le Front National, 47,2 % pour le Mouvement pour la France...). Par contre, les grands partis sont motivés par les enjeux de pouvoir et privilégient les notables en place. Pour eux, la
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seconde fraction de l'aide publique (proportionnelle au nombre d'élus) est nettement plus importante que la première. De ce fait, ils rendent leurs arbitrages en faveur de candidats hommes considérés comme mieux impliqués. Enfin, une amélioration dans les modes de scrutin. Elle demande d¶une part la modification du mode de scrutin proportionnel, en témoigne les expressions « que soit rétabli le scrutin proportionnel avec parité dans les départements élisant trois sénateurs » ligne 148, et « que dans les grands cantons les conseillers généraux soient élus à la proportionnelle » lignes 150-151. Le scrutin proportionnel avec obligation de parité s'est appliqué pour la première fois aux élections sénatoriales de 2001. Les résultats ont été spectaculaires car la proportion de femmes dans la série correspondante a triplé. Cependant, un véritable combat a été mené par la majorité sénatoriale pour rétablir le scrutin majoritaire dans les départements élisant trois sénateurs. Cette logique a pour but de privilégier les ententes entre notables en place est entérinée par une loi de juillet 2003. Le renouvellement sénatorial de 2004 s'est traduit par un progrès de la parité plus limité. Parmi les 21 sénateurs élus en 2004 dans les départements ayant trois sièges, il n'y a eu qu'une seule femme, alors que le maintien du scrutin proportionnel aurait permis d'en avoir sept ou huit. La parité nécessite donc le rétablissement au plus vite de la proportionnelle avec obligation de parité dans les départements élisant trois sénateurs.

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THERESE Vincent

24 Novembre 2010

En conclusion, ce sont avant tout les initiatives des militantes, des associations, des personnalités politiques et des instances européennes qui ont fait avancer le vote sur la parité en France. Le contexte de l¶élection présidentielle de 1995 et la dissolution en 1997 n¶ont fait que précipiter les choses. Cinq ans après son adoption, cette loi a transformé le visage politique du pays. L¶analyse des élections qui se sont déroulées entre 2001 et 2004 permettent de dresser un premier bilan contrasté de la loi : Très efficace lorsqu¶elle encadre strictement les listes électorales, la loi se révèle inefficace lorsqu¶elle ne fait qu¶inciter financièrement les partis, tout du moins les gros. Cela prouve que les mentalités n¶ont pas changé, aussi bien dans les partis politique que chez les élus. D¶ailleurs, le rétablissement du scrutin majoritaire sans obligation de parité en 2003 à la demande des sénateurs, pour les élections sénatoriales le montre bien. Par ailleurs, on peut s¶interroger sur l¶existence même de cette loi, qui sous-entend que les femmes ne sont pas capables d¶être élues sur leurs aptitudes, leurs qualités. L¶avenir de la parité entre hommes et femmes en politique passe par la capacité à faire évoluer les mentalités et les textes législatifs, notamment les financements des partis, et les modes de scrutin.

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THERESE Vincent

24 novembre 2010

BIBLIOGRAPHIE Comment expliquer le vote de la loi sur la parité ?
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MOSSUZ-LAVAU Janine, Les électrices françaises de 1945 à 1993, Vingtième siècle n°42, Paris, Avril 1994, pp.67-75. (Disponible sur le site Persée : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/xxs_02941759_1994_num_42_1_3045 ).

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