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1968-07-00 RÉSUMÉ DU SÉMINAIRE « LA LOGIQUE DU FANTASME » ANNUAIRE 1967-1968 –

Paru dans l’annuaire 1967-68 – Documents, rapports, chroniques – École pratique


des hautes études – Section de sciences économiques et sociales pp. 189-194
Chargé de conférences : M. J. Lacan.
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Notre retour à Freud heurte chacun du vide central au champ
qu’il instaure, et pas moins ceux qui en ont la pratique.
On serait chez eux soulagé d’en réduire le mot d’ordre à l’histoire
de la pensée de Freud, opération classique en philosophie, voire à
son vocabulaire. On tourne les termes nouveaux dont nous
structurons un objet, à nourrir des tâches de libraire.
Pousser toujours plus loin le primat logique qui est au vrai de
l’expérience, est rendre ce tour à la poussière qu’il soulève.
Ou je ne pense pas ou je ne suis pas, avancer en cette formule
l’ergo retourné d’un nouveau cogito, impliquait un passez-muscade
qu’il faut constater réussi.
C’est qu’il prenait ceux qu’il visait à la surprise d’y trouver la vertu
de notre schéma de l’aliénation (1964), ici saillante aussitôt d’ouvrir
le joint entre le ça et l’inconscient.
Une différence morganienne d’aspect, s’anime de ce qu’un
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choix forcé la rende dissymétrique. Le « je ne pense pas » qui y
fonde en effet le sujet dans l’option pour lui la moins pire, reste
écorné du « suis » de l’intersection niée par sa formule. Le pas-je qui
s’y suppose, n’est, d’être pas, pas sans être. C’est bien ça qui le
désigne et d’un index qui est pointé vers le sujet par la grammaire.
Ça, c’est l’ergot que porte le ne, nœud qui glisse au long de la phrase
pour en assurer l’indicible métonymie.
Mais tout autre est le « pense » qui subsiste à complémenter le
« je ne suis pas » dont l’affirmation est refoulée primairement. Car ce
n’est qu’au prix d’être comme elle faux non-sens, qu’il peut agrandir
son empire préservé des complicités de la conscience.
De l’équerre qui se dessine ainsi, les bras sont opération qui se
dénomment : aliénation et vérité. Pour retrouver la diagonale qui
rejoint ses extrémités, le transfert, il suffit de s’apercevoir que tout
comme dans le cogito de Descartes, il ne s’agit ici que du sujet
supposé savoir.
La psychanalyse postule que l’inconscient où le « je ne suis pas »
du sujet a sa substance, est invocable du « je ne pense pas » en tant
qu’il s’imagine maître de son être, c’est-à-dire ne pas être langage.
Mais il s’agit d’un groupe de Klein ou simplement du pont-aux-
ânes scolastique, c’est dire qu’il y a un coin quart. Ce coin combine
les résultats de chaque opération en représentant son essence dans
son résidu. C’est dire qu’il renverse leur relation, ce qui se lit à les
inscrire d’un passage d’une droite à une gauche qui s’y distinguent
d’un accent.
Il faut en effet que s’y close le cycle par quoi l’impasse du sujet se
consomme de révéler sa vérité.
Le manque à être qui constitue l’aliénation, s’installe à la réduire
au désir, non pas qu’il soit ne pas penser (soyons spinozien ici), mais
de ce qu’il en tienne la place par cette incarnation du sujet qui

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s’appelle la castration, et par l’organe du défaut qu’y devient le


phallus. Tel est le vide si incommode à approcher.
Il est maniable d’être enveloppé du contenant qu’il crée.
Retrouvant pour ce faire les chutes qui témoignent que le sujet n’est
qu’effet de langage : nous les avons promues comme objets a. Quel
qu’en soit le nombre et la façon qui les maçonne. reconnaissons-y
pourquoi la notion de créature, de tenir au sujet* est préalable à
toute fiction. On y a seulement méconnu le nihil même d’où procède
la création, mais le Dasein inventé (191)pour couvrir ces mêmes objets
peu catholiques, ne nous donne pas meilleure mine à leur regard.
C’est donc au vide qui les centre, que ces objets empruntent la
fonction de cause où ils viennent pour le désir (métaphore par
parenthèse qui ne peut plus être éludée à revoir la catégorie de la
cause).
L’important est d’apercevoir qu’ils ne tiennent cette fonction dans
le désir qu’à y être aperçus comme solidaires de cette refente (d’y
être à la fois inégaux, et conjoignant à la disjoindre), de cette refente
où le sujet s’apparaît être dyade, – soit prend le leurre de sa vérité
même. C’est la structure du fantasme notée par nous de la
parenthèse dont le contenu est à prononcer : S barré poinçon a.
Nous revoilà donc au nihil de l’impasse ainsi reproduite du sujet
supposé savoir.
Pour en trouver le hile, avisons nous qu’il n’est possible de la
reproduire que de ce qu’elle soit déjà répétition à se produire.
L’examen du groupe ne montre en effet jusqu’ici dans ses trois
opérations que nous sommes : aliénation, vérité et transfert, rien qui
permette de revenir à zéro à les redoubler : loi de Klein posant que la
négation à se redoubler s’annule.
Bien loin de là, quand s’y opposent les trois formules dont la
première dès longtemps frappée par nous s’énonce : il n’y a pas
d’Autre de l’Autre, autrement dit pas de métalangage, dont la
seconde renvoie à son inanité la question dont l’enthousiasme déjà
dénonce qui fait scission de notre propos : que ne dit-il le vrai sur le
vrai ?, dont la troisième donne la suite qui s’en annonce : il n’y a pas
de transfert du transfert.
Le report sur un graphe des sens ainsi interdits est instructif ses
convergences qu’il démontre spécifier chaque sommet d’un nombre.
Encore faut-il ne pas masquer que chacune de ces opérations est
déjà le zéro produit de ce qui a inséré au réel ce qu’elle traite, à
savoir ce temps propre au champ qu’elle analyse, celui que Freud a
atteint à le dire être : répétition.
La prétérition qu’elle contient est bien autre chose que ce
commandement du passé dont on la rend futile.
Elle est cet acte par quoi se fait, anachronique, l’immixtion de la
différence apportée dans le signifiant. Ce qui fut, répété, diffère,
devenant sujet à redite. Au regard de l’acte en tant qu’il est ce qui
veut dire, tout passage à l’acte ne s’opère qu’à contresens. Il laisse à
part l’acting out où ce qui dit n’est pas sujet, mais vérité.

*
Le texte original est « suje ».
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C’est à pousser cette exigence de l’acte, que le premier nous
sommes correct à prononcer ce qui se soutient mal d’un énoncé à la
légère, lui courant : le primat de l’acte sexuel.
Il s’articule de l’écart de deux formules. La première : il n’y a pas
d’acte sexuel, sous entend : qui fasse le poids à affirmer dans le sujet
la certitude de ce qu’il soit d’un sexe. La seconde : il n’y a que l’acte
sexuel, implique : dont la pensée ait lieu de se défendre pour ce que
le sujet s’y refend : cf. plus haut la structure du fantasme.
La bisexualité biologique est à laisser au legs de Fliess. Elle n’a
rien à faire avec ce dont il s’agit : l’incommensurabilité de l’objet a à
l’unité qu’implique la conjonction d’êtres du sexe opposé dans
l’exigence subjective de son acte.
Nous avons employé le nombre d’or à démontrer qu’elle ne peut se
résoudre qu’en manière de sublimation.
Répétition et hâte ayant déjà été par nous articulées au fondement
d’un « temps logique », la sublimation les complète pour qu’un
nouveau graphe, de leur rapport orienté, satisfasse en redoublant le
précédent, à compléter le groupe de Klein, – pour autant que ses
quatre sommets s’égalisent de rassembler autant de concours
opérationnels. Encore ces graphes d’être deux, inscrivent-ils la
distance du sujet supposé savoir à son insertion dans le réel.
Par là ils satisfont à la logique que nous nous sommes proposées,
car elle suppose qu’il n’y a pas d’autre entrée pour le sujet dans le
réel que le fantasme.
A partir de là le clinicien, celui qui témoigne que le discours de ses
patients reprend le nôtre tous les jours, s’autorisera à donner place à
quelques faits dont autrement on ne fait rien : le fait d’abord qu’un
fantasme est une phrase, du modèle d’un enfant est battu, que Freud
n’a pas légué aux chiens. Ou encore : que le fantasme, celui ci par
exemple et d’un trait que Freud y souligne, se retrouve dans des
structures de névrose très distinctes.
Il pourra alors ne pas rater la fonction du fantasme, comme on le
fait à n’employer, sans la nommer, notre lecture de Freud qu’à
s’attribuer l’intelligence de ses textes, pour mieux renier ce qu’ils
requièrent.
Le fantasme, pour prendre les choses au niveau de l’interprétation
y fait fonction de l’axiome, c’est-à-dire se distingue des lois de
déduction variables qui spécifient dans chaque structure la réduction
des symptômes, d’y figurer sous un mode constant. Le moindre
ensemble, au sens mathématique du terme, en (193)apprend assez
pour qu’un analyste à s’y exercer, y trouve sa graine.
Ainsi rendu au clavier logique, le fantasme ne lui fera que mieux
sentir la place qu’il tient pour le sujet. C’est la même que le clavier
logique désigne, et c’est la place du réel.
C’est dire qu’elle est loin du bargain névrotique qui a pris à ses
formes de frustration, d’agression etc., la pensée psychanalytique au
point de lui faire perdre les critères freudiens.
Car il se voit aux mises en acte du névrosé, que le fantasme, il ne
l’approche qu’à la lorgnette, tout occupé qu’il est à sustenter le désir

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de l’Autre en le tenant de diverses façons en haleine. Le


psychanalyste pourrait ne pas se faire son servant.
Ceci l’aiderait à en distinguer le pervers, affronté de beaucoup
plus près à l’impasse de l’acte sexuel. Sujet autant que lui bien sûr,
mais qui fait des rets du fantasme l’appareil de conduction par où il
dérobe en court-circuit une jouissance dont le lieu de l’Autre ne le
sépare pas moins.
Avec cette référence à la jouissance s’ouvre l’ontique seule
avouable pour nous. Mais ce n’est pas rien qu’elle ne s’aborde même
en pratique que par les ravinements qui s’y tracent du lieu de
l’Autre.
Où nous avons pour la première fois appuyé que ce lieu de l’Autre
n’est pas à prendre ailleurs que dans le corps, qu’il n’est pas
intersubjectivité, mais cicatrices sur le corps tégumentaires,
pédoncules à se brancher sur ses orifices pour y faire office de
prises, artifices ancestraux et techniques qui le rongent.
Nous avons barré la route au quiproquo qui, prenant thème du
masochisme, noie de sa bave le discours analytique et le désigne
pour un prix haut-le-cœur.
La monstration du masochisme suffit à y révéler la forme la plus
générale à abréger les vains essais où se perd l’acte sexuel,
monstration d’autant plus facile qu’il procède à s’y doubler d’une
ironique démonstration.
Tout ce qui élide un saillant de ses traits comme fait pervers, suffit
à disqualifier sa référence de métaphore.
Nous pensons aider à réprimer cet abus en rappelant que le mot
de couardise nous est fourni comme plus propre à épingler ce qu’il
désigne dans le discours même des patients. Ils témoignent ainsi
qu’ils perçoivent mieux que les docteurs, l’ambiguïté du rapport qui
lie à l’Autre leur désir. Aussi bien le terme a-t-il ses lettres de
noblesse d’être consigné par Freud dans ce qui de la bouche de
l’homme aux rats, lui a paru digne d’être recueilli pour nous.
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Nous ne pouvons omettre le moment de fin d’une d’année où
nous avons pu invoquer le nombre comme facteur de notre audience,
pour y reconnaître ce qui suppléait à ce vide dont l’obstruction
ailleurs, loin de nous céder, se réconforte à nous répondre.
Le réalisme logique (à entendre médiévalement), si impliqué dans
la science qu’elle omet de le relever, notre peine le prouve. Cinq
cents ans de nominalisme s’interpréteraient comme résistance et
seraient dissipés si des conditions politiques ne rassemblaient encore
ceux qui ne survivent qu’à professer que le signe n’est rien que
représentation.
Pour plus de détails, indiquons que M. Jacques Nassif, élève de
l’E.N.S., a résumé ces conférences pour les Lettres de l’École
Freudienne. C’est l’organe intérieur d’un groupe qui avec nous l’en
remercie.

Exposés d’élèves et travaux pratiques :

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L’année s’est caractérisée vu l’ampleur de notre programme par


l’absence de « séminaires fermés ». Néanmoins les exposés 1 et 3 de
la rubrique suivante, pour concerner directement notre
enseignement, peuvent être dits s’y inscrire.

– Exposés de conférenciers extérieurs :


31 novembre 1966, exposé de Jacques-Alain Miller ; 1er février
1967, exposé du Professeur Roman Jakobson ; 15 mars 1967, exposé
du Docteur André Green.

– Activité scientifique du Chargé de conférences :

a) Enquêtes en cours : Direction de l’école freudienne de Paris.

b) Congrès, conférences, missions scientifiques : Congrès de


Baltimore : 18, 21 octobre 1966 où le chargé de conférences est
invité avec son élève le Dr Guy Rosolato (les langages critiques et les
sciences de l’homme). Il y communique en anglais sous le titre : « Of
structure as an inmixing of an Otherness prerequisite to any subject
whatever ».

Publications : Novembre 1966 : publication des Écrits (au Seuil),


recueil de trente années d’enseignement de la psychanalyse.