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ALBINA Rudy

AZANCOT Nathan

Productivité, risques industriels et


environnement

Sujet d’étude réalisé dans le cadre du cours


Droit pénal de l’environnement et de l’urbanisme.

Séminaire de recherche enseigné par M. ARCHER.


Master 2 Droit de la matière pénale

Année universitaire 2019-2020

1
SOMMAIRE

INTRODUCTION

PARTIE I. La prévention du risque industriel sur l’environnement : un frein


à la productivité

SECTION 1. La règlementation en matière de risque industriel.


SECTION 2 - l’objectif de conformité : un frein à la productivité.

PARTIE II. Une nouvelle prévention du risque industriel : un élément de


performance économique.

SECTION 1 - Une approche managériale du risque industriel dans les


instances décisionnelles.

SECTION 2 - l’intelligence juridique vecteur de productivité


industrielle.

CONCLUSION

BIBLIOGRAPHIE

SYNOGRAPHIE

TABLE DES MATIERES

2
« Force est de constater que les attitudes face au risque sont contrastées. De
l’impuissance à identifier, anticiper ou gérer le risque à la définition d’actions
pertinentes, le risques constitue une préoccupation majeure que l’entreprise doit
intégrer dans le quotidien de son activité. Le risque peut, en effet, inhiber son
développement ou constituer un stimulant de l’action ».
Gaëlle DEHARO

3
INTRODUCTION

La prévention des conséquences dommageables pour l’environnement du fait de


la réalisation d’un risque lié à l’activité des industriels n’est pas nécessairement
incompatible avec une productivité forte de ce secteur dans l’hypothèse où la prévention
du risque industriel prend place dans une culture du risque de l’entreprise. C’est dire
qu’une démarche intelligente de prévention augures des opportunités économiques !

La période qui va de la révolution agricole du Néolithique jusqu’à la révolution


industrielle, est marquée par une réelle unité du modèle économique très largement
dominé par le secteur agricole et artisanal1. Notre société a vu s’opérer une
transformation de notre modèle économique au cours des années 1840, période qui
coïncide avec le boom ferroviaire. C’est dire que notre société est passé d’une production
essentiellement fondée sur l’agriculture et l’artisanat à une production commerciale et
industrielle. Mais cette transformation2 n’est pas sans incidence profonde sur des
domaines connexes tels que le travail, les modes de production et d’autres plus lointains
tels que le droit, la politique ou encore l’environnement3.

Des économistes se sont attachés à décrire les pratiques du travail qui existent dans
l’industrie depuis le XVIème siècle. Parmi eux, on peut citer le célèbre économiste
Adam SMITH qui prônait le libéralisme économique au soutient duquel il avançait un
argument canonique4- la main invisible. Il s’agit de sa théorie selon laquelle l’ensemble
des actions individuelles des acteurs économiques, guidées uniquement par l’intérêt
personnel de chacun, contribuent à la richesse et au bien commun. Outre son
positionnement sur l’échiquier de la politique économique, Adam SMITH est surtout

1
John Komlos. Penser la révolution industrielle. In : Histoire, économie, et société, 1996, 15e année, n°4. PP. 615-
629.
2
Karl Polanyi, la grande transformation, 1944.
3
Max Pietsch, La Révolution industrielle, 1961
4
Boyer Robert, Schméder Geneviève. Division du travail, changement technique et croissance. Un retour à Adam
Smith. In: Revue française d'économie, volume 5, n°1, 1990. pp. 125-194.

4
connu pour s’être intéressé à la notion de productivité et à partir de laquelle il fonde une
philosophie de la richesse. Selon SMITH, « L’opulence naît de la division du travail 5». En
effet, c’est à partir de cette notion de productivité que SMITH étudiera les variables qui
permettent de produire plus et donc de s’enrichir plus. Cette augmentation considérable
du produit a selon Smith trois causes : l’accroissement de l’habilité des travailleurs ; le
gain de temps résultant de la suppression du passage d’une tâche à une autre ;
l’utilisation de machines.

Pour une définition plus contemporaine mais toujours économique de ce qu’est la


productivité on peut retenir que « la productivité » mesure le degré de contribution d’un
ou de plusieurs facteurs de production (facteurs matériels ou facteurs immatériels mis en
œuvre) à la variation du résultat final dégagé par un processus de transformation. La
productivité est en lien avec les notions de rendement, d’efficacité et d’efficience6. »

Il convient de relever aussitôt, que l’approche néo-classique de cette définition intègre


uniquement les facteurs de production capital et travail dans son calcul et est étrangère
à toute considération environnementale telle que la quantité de ressources naturelles
disponibles nécessaires à la production ou encore l’intégration du coût des conséquences
dommageables sur l’environnement tel qu’il est aujourd’hui susceptible de résulter d’un
défaut de conformité à la règlementation du ou des secteurs concernés par l’impact
environnemental.

Aujourd’hui la cause environnementale a plus que suscité une effervescence de la


législation relative à sa protection. C’est dire qu’aujourd’hui, l’activité du secteur
industriel doit faire face à une règlementation très forte dans le domaine de
l’environnement.

5
Adam Smith, An Inquiry intso the Nature and Causes of the Wealth of Nations (1796), University of Chicago
Press, 1996, livre IV, chap. 2 ; trad. fr. de Germain Garnier revue par Adolphe Blanqui, Recherches sur la nature
et les causes de la richesse des nations, Paris, Flammarion, coll. « Garnier-Flammarion », 1991, t. II, p. 39 sq.
6
A. BEITONE, A. CAZORLA, E. HEMDAM, Dictionnaire de sciences-économiques, 6ème édition, 2019

5
Les catastrophes industrielles de ces dernières années en sont les titres causes et pour
ne citer que les plus connues : la catastrophe de l’usine ICMESA qui se produisit en 1976
en Italie causant un nuage toxique qui contaminera 2000 hectares de terres avec un bilan
écologique dramatique ( 70000 têtes de bétail doivent être abattu et 193 blessés humains
en majorité des enfants.), l’explosion de l’usine American Union Carbi à Bhopal en Inde
dans les années 80 et dont le bilan continue de faire débat. En effet si 3500 personnes
sont décédées le jour des faits, les associations dénombrent près de 25000 décès dans
les jours suivant la catastrophe, causés par les émanations toxiques issues de l’usine.
L’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl survenue en 1996 au cours d’un test
de sécurité : Elle provoque le rejet d’éléments radioactifs d’une intensité équivalente à
au moins 200 bombes de l’Hiroshima et contaminaient une bonne partie de l’Europe.
L’explosion de l’usine pétrochimique d’engrais AZF de Toulouse en 2010 soit en l’espèce
l’explosion de 300 à 400 tonnes de nitrate d’ammonium, formant un cratère de 70 mètres
de long et de 5 à 6 mètres de profondeur. Le bilan faisait état de 30 morts et 2500 blessés.
On pourrait encore citer le naufrage de l’Erika ou très récemment encore l’incendie au
sein de l’usine lubrizol classée Seveso qui se produisit à Rouen en septembre 2019 dont
il est encore trop tôt pour dresser le bilan, même si les associations et professionnels
redoutent déjà les effets sur la santé et l’environnement.

Cette règlementation est susceptible d’exposer immédiatement les entreprises voire les
sociétés mère des groupes d’entreprise à de fortes sanctions notamment pénales et
administratives. Cette inflation législative et règlementaire qui pèse sur le secteur de
l’industrie expose ce dernier immédiatement à un risque juridique certain. L’existence et
le cas échéant la survenance de ce risque constitue un obstacle apparent à la performance
économique des entreprises évoluant dans le secteur concerné de sorte que la
productivité de ces entreprises est diminuée.

Dès lors, il est constant que l’aléa juridique qui pèse sur les entreprises du secteur
industriel eu égard à cette inflation législative et règlementaire doit venir intégrer la

6
définition de productivité pour lui donner un sens qui soit en adéquation avec
l’environnement juridique nouveau qui conditionne l’activité industrielle.

L’importance de la cause environnementale est depuis un moment déjà présente dans


notre droit positif. En effet et d’un point de vue formel on trouve la préservation de
l’environnement érigé en intérêts fondamentaux de la nation au sein de l’article 410-1
du Code pénal7 ; on relève aussi que la cause environnementale figure au plus haut rang
de la hiérarchie des normes puisque l’article 8 de la charte de l’environnement de 2004
dispose que « L’éducation et la formation à l’environnement doivent contribuer à l’exercice
des droits et des devoirs définis par la présente Charte. ».

Comment le secteur industriel peut-il s’emparer de la notion de risque pour garantir


l’intégrité de l’environnement tout en se ménageant la garantie d’une performance
économique ?

Il est constant que l’inflation normative de source interne ou internationale qui irriguent
le secteur économique de l’industrie constitue autant de contrainte pour les entreprises
dont l’objectif premier résidait jusqu’alors dans la quête perpétuelle d’un profit maximum
et immédiat. Des efforts de synthétisation peuvent néanmoins être salué au niveau
européen et national mais il demeure que la règlementation qui contient des dispositions
en lien directe ou indirecte avec la préservation de l’environnement souffrent d’un
manque de lisibilité doublé d’une carence des entreprises à les réceptionner de façon
utile c’est-à-dire de sorte à établir des actions pertinentes pour prévenir la survenance
d’un risque pour l’environnement ou encore le cas échéant le gérer.

7
Article 40-1 du C. pén : « Les intérêts fondamentaux de la nation s’entendent au sens du présent titre de son
indépendance, de l’intégrité de son territoire, de sa sécurité, de la forme républicaine de ses institutions, des
moyens de sa défense et de sa diplomatie, de la sauvegarde de sa population en France et à l’étranger, de
l’équilibre de son milieu naturel et de son environnement et des éléments essentiels de son potentiel scientifique
et économique et de son patrimoine culturel.

7
En effet, là où l’environnement est une question primordiale la France a été très vite
obligé de transposer certaines directives ce qui a eu pour effet d’accabler le secteur
industriel de sanctions lourdes et conséquemment de fragiliser leur productivité : Cela
parce que la règlementation est perçue comme un frein à la productivité par les
entreprises (Partie 1 ) et les parties prenantes. Pourtant, il semblerait que la règlementation
du risque industriel puisse bénéficier d’une nouvelle approche par les opérateurs économique
et ce faisant elle permettrait à ces derniers de se soustraire à la fatalité d’une performance
économique au rabais. C’est dire qu’une nouvelle voie s’ouvre au travers le prisme d’une
culture du risque dans l’entreprise. Les entreprises vont se doter d’une approche managériale
du risque industriel qui se situe au confluent de la discipline de gestion et du droit. En effet
tout porte à croire que les instances décisionnelles des entreprises qui se doterait d’une pareille
approche se ménagerait par la même un outil de performance économique (Partie 2)

8
PARTIE I – LA PREVENTION CLASSIQUE DU RISQUE INDUSTRIEL : UN FREIN
A LA PRODUCTIVITÉ.

La prévention du risque industriel telle qu’envisagée alors classiquement par les


pouvoirs publics procèdent d’une activité prolifique du législateur national et
international - notamment européen. C’est dire que l’appareil législatif et règlementaire
a connu ces quarante dernières années une véritable inflation législative. Il est important
d’aborder dans un premier temps la réglementation en vigueur (Section 1) qu’il s’agisse
des sources nationales ou encore des sources internationales. Il s’agira en outre d’étudier
les directives européennes récemment transposées dans le système français, ce qui nous
permettera d’exposer les raisons pour lesquelles ces règlementations constituent un frein
à la productivité Section 2).

SECTION 1 – LA REGLEMENTATION EN MATIÈRE DE RISQUE INDUSTRIEL.

Une règlementation très importante qui rend difficile la conformité des industries aux
nouvelles normes, un manque de lisibilité, un frein pour la productivité.

Le droit international dispose de trois sources :Les traités internationaux ou conventions


internationales, mais également la coutume internationale, qui dérive d’une pratique effective
des États accompagnée de l’opinio juris, c’est-à-dire la conviction des États qu’ils se
conforment à une véritable règle de droit et non pas à un simple usage 8.

Nous disposons également de nombreux principes généraux du droit, qui sont communément
reconnus par les principaux systèmes légaux européen. Ils s’appliquent même en l’absence de
texte et sont repris par la jurisprudence.Ex : L’immersion des déchets dangereux en mer est une
règle acceptée en qualité de coutume internationale par tous les États, qui sont liés par cette

8
Olivier Nicolas « Obligation de l’exploitant de l’ICPE par régime », 10 septembre 2019,
https://www.techniques-ingenieur.fr/base-documentaire/environnement-securite-th5/icpe-reglementation-
integree-42439210/obligations-de-l-exploitant-de-l-icpe-par-regime-g4071/, consulté pour la dernière fois le 3
novembre 2019.

9
interdiction quand bien même ils n’ont pas signé la convention de Londres sur la prévention de
la pollution des mers résultant de l’immersion de déchets, entrée en vigueur le 30 août 1975.

Le PNUE héberge notamment les secrétariats de certaines conventions internationales telles


que le secrétariat de l’Ozone ou encore les Fonds multilatéral du protocole de Montréal sur les
substances qui appauvrissent la couche d’ozone.

Prioritairement ce qui permet de crée des effets de droit se rapport à une convention ou un traité
international est un contrat conclu entre deux États qui suppose un traité bilatéral voir le cas de
traités supposant plus de pays en un traité multilatéral, dans lequel les États créent des règles
de droit qu’ils s’engagent ensuite à appliquer.

Cet engagement d’application de la convention dans les droits nationaux ou cette adhésion de
l’État passe par la ratification, ou l’approbation de l’État signataire. Seuls peuvent conclure ces
conventions ceux qui sont dotés d’une personnalité morale de droit international, c’est-à-dire
les États, mais aussi d’autres personnes morales, comme certaines organisations internationales,
ou comme l’Union européenne.

Il existe aussi une partie des protocoles de l’UE qui insiste sur les risques environnementaux
mais ce n’est pas le plus important.

En mars 2013, le rapport Lambert et Boulard a établi un lien direct entre l’inflation législative
et la situation économique des entreprises françaises.

C’est dans ce contexte que l’ordonnance n° 2012-34 du 11 janvier 20129 entre en vigueur
achevant la transposition de la directive 2008/99/CE du 19 novembre 2008 relative à la
protection de l’environnement par le droit pénal.

Puis, une circulaire a été publiée le 19 juillet 2013 sur la mise en œuvre des polices
administratives et pénales en matière d’ICPE.

9
Ordonnance n° 2012-34 du 11 janvier 2012 portant simplification, réforme et harmonisation des dispositions
de police administrative et de police judiciaire du code de l'environnement, JO du 12 janvier 2012

10
L’ordonnance du 11 janvier 2012 a modifié notamment les conditions de visite des ICPE avec
la mise en place de conditions différentes selon que la visite a lieu en police administrative ou
pénale en amont.

Qui plus est, elle améliore la protection du domicile privé en prévoyant l’intervention lors du
contrôle administratif du juge de la liberté et de la détention. En matière de sanctions
administratives, elle renforce également les outils mis à la disposition du préfet par l’utilisation
devenue possible de l’amende et de l’astreinte administrative.

Elle apporte par ailleurs des modifications non négligeables en ce qui concerne le quantum des
peines qui va à présent de 75 000 à 300 000 euros et de 6 mois à 5 ans de prison en cas de
circonstances aggravantes dont le niveau antérieur était perçu comme propre à encourager
l’infraction.

De nouvelles incriminations, des circonstances aggravantes et un nouvel arsenal de peines


complémentaires voient le jour, applicables aussi aux personnes morales (art. L. 173-7 à L. 173-
8 C. env.)10.

L’analyse de la nature des incriminations inscrites à la directive du 19 novembre 2008 et à


l’ordonnance fait apparaître sept grandes catégories d’infractions qui jalonnent potentiellement
la vie d’une exploitation :

- Les infractions ayant pour effet des atteintes graves ou dégradations substantielles à
l’environnement qui constituent des « circonstances aggravantes ».

Le critère du « dommage » est implicitement inscrit puisqu’il y aura aggravation des peines
lorsque les comportements incriminés auront « porté gravement atteinte à la santé ou la
sécurité des personnes ou provoqué une dégradation substantielle de la faune et de la flore ou
de la qualité de l’air, du sol et de l’eau » (au maximum 5 ans et 300 000 euros) disposé à l’art.
L. 173-3 du code de l’environnement.

10
Lahorgue, Marie-Béatrice, « La prévention des risques industriels à l’épreuve du droit pénal », Revue juridique
de l’environnement, Editions Lavoisier, n°39, 2014.

11
Les infractions à la police administrative relative aux conditions d’autorisation des activités
industrielles ou encore les infractions aux textes réglementant les conditions d’exercice des
activités ou encore l’inexécution d’une mesure de sûreté ou d’une sanction administrative ou
judiciaire (100 000 € et 2 ans).-

Il existe également certaines infractions concernant l’obstacle à autorité administrative et


judicaire dans l’exercice de leurs fonctions, mais aussi des infractions le non-respect des mises
en demeure prises en application des articles L. 171-7 du code de l’environnement
(régularisation de la situation administrative) et L. 171-8 du code de l’environnement (non-
respect des prescriptions de fonctionnement) ; l’une n’étant pas exclusive de l’autre - 100 000 €
et 2 ans ;

Puis, les infractions mentionnées à la directive du 19 novembre 2008 lorsqu’elles sont illicites
au sens de la directive et commises intentionnellement ou par négligence « au moins grave ».
Cela concerne une directive liée au SEVESO qui sera détaillé plus lion dans le mémoire.

La classification se fera au travers des directives SEVESO, ainsi que l’effet des lois grenelles.

Les directives SEVESO 1 du 24 juin 1982 a été remplacée par la directive CE concernant les
risques d’accidents majeurs de certaines activités industrielles, cette dernière est applicable à
compter du 3 février 1999. Elle exclut notamment les dangers liés aux rayonnements ionisants,
les installations militaires ou encore les transports de substances dangereuse et le stockage
intermédiaire temporaire, les industries extractives et les décharges de déchets mais vise
également les installations classées pouvant présenter des risques d’accidents majeurs du fait
de substances dangereuses.

Il existe une obligation générale qui est à la charge des États afin que soient édictées les
dispositions nécessaires pour prévenir les accidents majeurs et pour en limiter les conséquences
pour l’homme et l’environnement11.

11
DIRECTIVE 2012/18/UE DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL du 4 juillet 2012 concernant la
maîtrise des dangers liés aux accidents majeurs impliquant des substances dangereuses, modifiant puis abrogeant
la directive 96/82/CE du Conseil

12
En cas d’accident majeur, la directive SEVESO 1 impose certaines mesures au fabricant comme
l’information immédiate des autorités compétentes et communication des circonstances de
l’accident, des risques sur l’homme et l’environnement et des mesures d’urgence entreprises.

Tout fabricant doit notifier aux autorités des informations précises relatives aux substances
dangereuses, aux installations, aux situations éventuelles d’accidents majeurs.

La directive SEVESO 2 distingue quant à elle deux catégories d’établissements : ceux a risques
qui doivent notamment rédiger un document définissant leur politique de prévention des risques
majeurs et ceux à risques élevées qui doivent présenter un rapport de sécurité démontrant la
mise en place d’un système de gestion de la sécurité et faire l’objet de plans d’urgence internes
et externes.

L’essentiel de la transposition de cette directive résulte de l’arrêté du 10 mai 2000 et de la


circulaire du 10 mai 2000.12

Il en résulte une distinction complexe quant aux établissements concernés sur la base de la
nomenclature. Les établissements comportant au moins une installation référencée « AS
résultat de la liste prévue à l’article L.515-8 du code de l’environnement correspondant aux
seuils hauts de la directive et sont à risques élevés.

Pour faire face aux accidents majeurs, il faut non seulement que des secours soient prévus au
sein de l’entreprise mais qu’ils soient coordonnés avec les secours extérieurs organisés par
l’Etat. Cela implique donc la mise en place de certains plans d’urgence avec notamment des
plans de préventions des risques technologiques.

13
Plan de prévention des risques technologiques : Ces plans de préventions sont des documents
réglementaires permettant de maîtriser l'urbanisation autour des sites industriels classés Seveso
seuil haut, c'est-à-dire les plus dangereux au regard des accidents qui sont susceptibles d'y
survenir et de leurs effets sur l’environnement. _

12
Novethic
13
Politiques publiques Viennes – Environnement risques naturels

13
Et c’est le Préfet, qui est en charge de l’élaboration de ces plans. Il met de ce fait en oeuvre les
procédures et conduit l’association et la concertation après en avoir défini les modalités. La
DREAL et la DDT sont les principaux services de l’Etat impliqués dans l’élaboration du PPRT.

Cette réalisation se fait en associant les communes sur le territoire desquelles le plan doit
s’appliquer, le ou les Établissements Publics de Coopération Intercommunale (EPCI)
compétents en matière d’urbanisme et dont le périmètre d’intervention est couvert en tout ou
partie par le plan, les exploitants des installations à l’origine du risque, le comité local
d’information et de concertation (CLIC) créé en application de l’article L. 125-2 du code de
l’environnement. _

- Installations classés Seveso

La loi du 22 juillet 1987 a instauré le droit des citoyens à une information sur les risques majeurs
auxquels ils sont soumis sur tout ou partie du territoire, ainsi que sur les mesures de sauvegarde
qui les concernent. Cette partie de la loi a été reprise dans l’article L 125.2 du Code de
l’environnement.14

Établi sous l’autorité du Préfet, le dossier départemental des risques majeurs (DDRM) recense
à l’échelle d’un département l’ensemble des risques majeurs par commune. Il explique les
phénomènes et présente les mesures de sauvegarde. À partir du DDRM, le Préfet porte à la
connaissance du maire les risques dans la commune, au moyen de cartes au 1 : 25 000 et décrit
la nature des risques, les événements historiques, ainsi que les mesures d’État mises en place.

Le maire élabore un document d’information communal sur les risques majeurs (DICRIM). Ce
document présente les mesures de prévention et les mesures spécifiques prises en vertu des
pouvoirs de police du maire. Le DICRIM doit être accompagné d’une communication (au
moins tous les deux ans si la commune est couverte par un plan de prévention des risques) et
d’une campagne d’affichage. Ces deux documents sont disponibles en mairie.

14
Inspection des installations classées – Ministere de la transition écologique et solidaire

14
La réglementation française (qui transcrit la directive européenne 96/82/CE modifiée, dite «
SEVESO 2 »), définit un certain nombre d’axes pour limiter les risques dans les établissements
industriels à haut risques.

Sur la maitrise du risque à la source, l’étude de dangers réalisée par l’exploitant est instruite
par l’inspection des installations classées (représentant le préfet). Elle doit identifier tous les
phénomènes accidentels qui peuvent survenir et les mesures mises en place pour maîtriser les
risques. Le préfet peut autoriser l’établissement à exploiter au regard de cette étude de dangers
et imposer des « mesures de maîtrise des risques » pour améliorer la sécurité des installations.

Puis, concernant la maîtrise de l’urbanisation, la loi impose l’élaboration et la mise en œuvre


d’un Plan de prévention des risques technologiques. Ce dernier délimite un périmètre
d’exposition aux risques dans lequel : - Toute nouvelle construction peut être interdite ou
subordonnée au respect de certaines prescriptions.- Les communes peuvent instaurer le droit de
préemption urbain ou un droit de délaissement des bâtiments.

L’Etat peut déclarer d’utilité publique l’expropriation d’immeubles en raison de leur exposition
à des risques importants à cinétique rapide présentant un danger très grave pour la vie humaine.

Sur l’organisation des secours, au niveau départemental, le préfet met en place le plan
particulier d’intervention afin de faire face à un sinistre pouvant avoir des conséquences sur les
populations. Ce PPI est une disposition spécifique qui s’inscrit dans le dispositif général
d’organisation de la réponse de sécurité civile : le dispositif ORSEC (Organisation de la
Réponse de Sécurité Civile). Au niveau communal, le maire d’une commune comprise dans le
champ d’application du PPI d’un établissement SEVESO, doit élaborer un plan communal de
sauvegarde (PCS). 15

Ce PCS organise la réponse de la commune dans le cadre du PPI. Au niveau de l’établissement,


l’exploitant doit disposer d’un plan d’opération interne (POI) pour faire face aux évènements
internes et pour planifier ses missions dans le cadre du PPI._

15
Classification des risques : Projet Cyber ingénierie en génie civile - MASROURI - PANTET

15
Puis, la directive 2012/18/UE du 4 juillet 2012, dite directive Seveso 3, relative aux accidents
majeurs impliquant des substances dangereuses, est entrée en vigueur le 1er juin 2015.
Troisième directive éponyme, elle fait suite aux directives Seveso 1 et Seveso 2._16

Elle relève d’une politique européenne commune en matière de prévention des risques
industriels majeurs. Elle impose des réglementations strictes visant à prévenir les risques
d’accident et leurs conséquences. Elle s’applique à certains sites comportant des installations
classées pour l’environnement (ICPE).

Les sites soumis à la directive Seveso se répartissent selon deux types d’établissements, en
fonction des quantités et des types de produits dangereux qu'ils accueillent : les établissements
classés Seveso seuil haut et les établissements classés Seveso seuil bas.

Les mesures de sécurité et les procédures varient en fonction des matières dangereuses utilisées
et de leurs quantités présentes sur le site qui définissent ces seuils. Les prescriptions applicables
à chaque site sont ainsi définies au cas par cas par un arrêté préfectoral, sur la base d’arrêtés
ministériels, après étude de dangers. _

Ces mesures de sécurité consistent notamment en la réduction des risques à la source par la
diminution des quantités stockées ou le choix des procédés utilisés, la mise en place de
dispositifs de sécurité de nature à réduire les risques d’accident, la mise en place d’une
organisation de la sécurité avec notamment des contrôles réguliers des installations et des plans
d’urgences au sein de l’établissement industriel concerné. Elles peuvent également comprendre
la mise en place de barrières de protection physique et des mesures de surveillance des accès
aux sites dangereux.

Puis, plus que les directives SEVESO, la loi Grenelle a également eu impact important sur le
droit de l’environnement.

Après le vote de la première loi Grenelle promulgué le 3 août 2009, une nouvelle loi Grenelle
2 a été voté le 12 juillet 2010, Le projet de loi contient désormais un nouveau chapitre relatif
aux risques industriels et naturels.

16
Nomenclature ICPE/ Seveso III

16
Un cas en particulier a directement inspiré les mécanismes de la loi Grenelle II en matière de
responsabilité des sociétés mères en cas de dommage environnemental.

Il s’agit en outre de l’affaire Mitteleuropa Nord du 19 avril 2005.

Une filiale avait été soumise à la réparation de dommages environnementaux qu’elle avait
causés. Or, étant en procédure de liquidation judiciaire, elle ne pouvait pas payer seule sa dette
de dépollution. Sa société mère l’a donc aidé financièrement. Cependant, la cour d’appel a établi
une confusion de patrimoine entre la filiale en liquidation judiciaire et sa société mère, contraire
au principe de l’autonomie des personnes morales, et a ainsi été censurée par la Cour de
cassation.17

Cette affaire a fait polémique puisque le dommage environnemental n’a pas été réparé alors
que le groupe de sociétés auquel la filiale appartenait était solvable. Dans un tel cas, il paraît en
effet absurde que la dette de dépollution ne puisse pas être mise à la charge de la société mère.

La Cour de cassation n’a pas confirmé la décision d’appel mais a opéré un revirement de
jurisprudence, déclarant « qu’en se déterminant par de tels motifs impropres à caractériser en
quoi, dans un groupe de sociétés, les conventions de gestion de trésorerie et de change, les
échanges de personnel et les avances de fonds par la société mère, qu’elle a constatés, révélaient
des relations financières anormales constitutives d’une confusions de patrimoine de la société
mère avec celui de sa filiale, la cour d’appel qui ne statuait pas sur le fondement de l’article L.
624-3 du Code de commerce, n’a pas donné de base légale à sa décision ». Ainsi, le juge semble
vouloir reconnaître la possibilité pour la société mère de prendre à sa charge la dette de
dépollution de sa filiale.

Sur ce point, la jurisprudence a ouvert la voie au législateur, qui est intervenu dans le cadre des
dispositions instaurées dans la loi Grenelle II en 2010.

Ce nouveau chapitre sur les risques industriels intègre notamment les préconisations issues de la
table ronde sur les risques industriels mise en place à la fin du premier semestre de 2009. Ainsi,
les installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) relevant du régime de la

17
Loi n° 2010-788, 12 juillet 2010, portant engagement national pour l’environnement, 2010 dite « Grenelle II ».

17
déclaration seront désormais soumises à des contrôles périodiques. Les résultats de ses
contrôles seront systématiquement transmis à l'inspection des installations classées si des
non-conformités sont détectées.

Dans le cas des nœuds d'infrastructures, des ports ou des gares de triage qui peuvent accueillir
des matières dangereuses, le préfet pourra désormais émettre ses prescriptions pour limiter les
dangers de ces installations. 18

Un nouvel article transpose en droit français la directive européenne de 2007 relative à


l'évaluation et à la gestion des risques d'inondation, laquelle impose une évaluation des risques
d'inondation, une détermination des zones présentant des risques, une cartographie et
l'établissement de plans de gestion des risques d'inondation, les PGRI.

Les plans départementaux d'élimination des déchets devront désormais intégrer des objectifs de
réduction de la production de déchets et des objectifs de recyclage et fixer une limite aux
capacités d'incinération et d'enfouissement. Ces objectifs doivent avoir comme finalité
une valorisation matière correspondant au moins à 40 % des déchets produits sur ces
territoires.19

Après un long débat, les sénateurs ont ajouté une nouvelle disposition au projet de loi
concernant les supermarchés de plus de 500 m2.

En effet, ces établissements devront se doter d'un point d'apport volontaire des déchets
d'emballages et en assurer le traitement à compter de l'entrée en vigueur du projet de loi.
Toutefois, cette nouvelle obligation n'a pas fait l'unanimité.

En effet, si la grande distribution prend en charge la collecte et le traitement d'une partie des
déchets d'emballages elle pourra demander un dédommagement à Eco-emballages ce qui
signifie une réduction des financements reversés aux collectivités.

À partir du 1er janvier 2010, les supermarchés devront également mettre en place un affichage
en rayon des produits les moins générateurs de déchets.

18
Florence Roussel – Loi grenelle et gestion des risques
19
Orée – Entreprises, territoire et gouvernement

18
SECTION 2 - L’OBJECTIF DE CONFORMITÉ : UN FREIN A LA PRODUCTIVITÉ.

Cette réglementation de société a été perçu dans un premier temps comme un réel frein à la
productivité purement industriel, puis, il sera perçu comme un frein économique qui peut
s’avérer couteux en terme de mise en conformité.

Sans pour autant parler de l’infinité de réglementation existantes dans le domaine


environnemental concernant les risques industriels, on peut dores et déjà constater que le but
premier de la loi grenelle était un frein à la productivité.

Un objectif est ainsi défini dans la loi Grenelle 1 en cours de discussion au Parlement : réduire
la production d’ordures ménagères et assimilées de 7 % par habitant pendant les cinq prochaines
années, donc nécessairement cela ira à l’encontre d’une productivité matérielle de la part des
industries20

Dans un premier temps, il existe de véritable freins « technologique », en effet la réglementation


évolue de manière rapide et fréquente, notamment au niveau du recyclage. Les normes se
multiplient, et le cadre européen n’est pas forcément moteur. Si l’écoconception est une
démarche applicable à tous types de produits, la réglementation européenne ne l’exige que pour
les produits liés à l’énergie (Directive 2009/125/CE du Parlement européen et du Conseil du 21
octobre 2009, transposée en droit français le 28 juin 2011). Parfois, les règles d’urbanisme ne
favorisent pas l’écoconception du bâti notamment.

La sortie du statut de déchets fait l’objet d’une réglementation complexe, tous les déchets ne
sont pas concernés, les conditions sont strictement encadrées par la loi, les déchets doivent
remplir quatre conditions générales cumulatives ainsi que des critères spécifiques à chaque
déchet, un déchet qui devient un produit se voit appliquer la réglementation de ce même produit.

Pour continuer on estime qu’il existe de véritable freins « techniques », pour pouvoir le
valoriser, il faut séparer des matières et des flux puis trier, ce qui nécessite des technologies très
efficaces. Une transformation d’un flux homogène est souvent nécessaire, ce qui implique de
chercher une optimisation efficace du recyclage.

20
Agence de l’environnement et de la maitrise de l’energie

19
Puis, un autre type de frein, cependant plus général se manifeste, il s’agit du frein
« économique » a performance technologique est pour nombre de produits, notamment le High
Tech, l’argument commercial majeur.

Les pratiques de consommation responsable concernent encore un petit nombre de personnes,


même si la tendance est à la hausse A la faiblesse de la demande des consommateurs finaux,
s’ajoute la taille relativement réduite de certains marchés.
Dans la décision d’achat des entreprises, la disponibilité (quantité, délai), la qualité technique
et/ou le prix priment. L’impact environnemental d’un produit tout au long du cycle de vie, n’est
pas un argument commercial pour un fournisseur. Le coût du recyclage peut parfois être plus
important que le coût d’extraction et de transformation, lorsque les matières premières ont peu
de valeur. Les biomatériaux (bioplastiques, fibres naturelles, matériaux de construction…) ne
sont pas encore compétitifs par rapport à d’autres types de matériaux. Par ailleurs, les stratégies
circulaires requièrent des investissements (audit, R&D, achat de nouvelles machines,
intégration de nouveaux métiers, formation…), dont la mise en place n’est pas immédiate et la
garantie de rentabilité pas toujours assurée, notamment lorsque les sous-produits valorisables
ont peu de valeur. Seule une massification des flux permet de réaliser des économies d’échelle
et d’optimiser la rentabilité d’une infrastructure. A cela s’ajoute, la frilosité des banques à
soutenir les TPE innovantes.21

Puis il existe un véritable risque financier au regard des sanctions infligées par le droit pénal.

Par exemple, il est puni d’un an d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende le fait, sans
l’autorisation, l’enregistrement, l’agrément, l’homologation ou la certification exigé pour
un acte, une activité, une opération, une installation ou un ouvrage (ICPE par exemple), de :22

1° Commettre cet acte ou exercer cette activité ;

2° Conduire ou effectuer cette opération ;

21
Economie circulaire, entreprises, territoires : freins et leviers – Yvette Lazzeri
22
Droit de l’environnement Dalloz - 2016

20
3° Exploiter cette installation ou cet ouvrage ;

4° Mettre en place ou participer à la mise en place d’une telle installation ou d’un tel ouvrage.

(cf. article L. 173-1 point I du code de l’environnement)

Lorsqu’ils sont porté gravement atteinte à la santé ou la sécurité des personnes ou provoqué
une dégradation substantielle de la faune et de la flore ou de la qualité de l’air, du sol ou
de l’eau :

1° Le fait de réaliser un ouvrage, d’exploiter une installation, de réaliser des travaux ou une
activité soumise à autorisation, à enregistrement ou à déclaration, sans satisfaire aux
prescriptions fixées par l’autorité administrative lors de l’accomplissement de cette formalité,
est puni de deux ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende ;

2° Les faits prévus à l’article L. 173-1 et au I de l’article L. 173-2 sont punis de trois ans
d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende ;

3° Les faits prévus au II de l’article L. 173-2 sont punis de cinq ans d’emprisonnement et de
300 000 euros d’amende conformément à l’article 173-3 du code de l’environnement.

En cas de condamnation d’une personne physique ou morale pour une infraction prévue
au code de l’environnement, le tribunal peut :

1° Lorsque l’opération, les travaux, l’activité, l’utilisation d’un ouvrage ou d’une installation à
l’origine de l’infraction sont soumis à autorisation, enregistrement, déclaration, homologation
ou certification, décider de leur arrêt ou de leur suspension pour une durée qui ne peut excéder
un an ;

2° Ordonner, dans un délai qu’il détermine, des mesures destinées à remettre en état les
lieux auxquels il a été porté atteinte par les faits incriminés ou à réparer les dommages causés
à l’environnement. L’injonction peut être assortie d’une astreinte journalière au plus égale à 3
000 €, pour une durée d’un an au plus.

Le tribunal peut décider que ces mesures seront exécutées d’office aux frais de l’exploitant. Il
peut dans ce cas ordonner la consignation par l’exploitant entre les mains d’un comptable public

21
d’une somme répondant du montant des travaux à réaliser conformément à l’articl le.173-5 du
code de l’environnement.

Les personnes physiques coupables des infractions prévues par le code de


l’environnement encourent également, à titre de peine complémentaire :

1° L’affichage ainsi que la diffusion de la décision prononcée ;

2° La confiscation de la chose qui a servi ou était destinée à commettre l’infraction, ou de la


chose qui en est le produit direct ou indirect ;

3° L’immobilisation, pendant une durée qui ne peut excéder un an, du véhicule, du navire, du
bateau, de l’embarcation ou de l’aéronef dont le condamné s’est servi pour commettre
l’infraction, s’il en est le propriétaire ;

4° L’interdiction d’exercer l’activité professionnelle dans l’exercice ou à l’occasion de


l’exercice de laquelle l’infraction a été commise, pour une durée qui ne peut excéder cinq ans
conformément à l’article 173 du code de l’environnement.

D’autres exemples de sanctions propres à certains domaines telles que celles en matière de
produits chimiques : est puni de deux ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende le
fait : de fournir sciemment des renseignements inexacts susceptibles d’entraîner pour les
substances chimiques, des prescriptions moins contraignantes que celles auxquelles ils auraient
normalement dû être soumis, ou de dissimuler des renseignements connus ; de fabriquer,
importer, détenir en vue de la vente ou la distribution à titre gratuit, mettre en vente, vendre,
distribuer à titre gratuit ou utiliser, sans la décision d’autorisation correspondante, une
substance, telle quelle ou contenue dans un mélange ou un article, en méconnaissance du
règlement REACH, etc. conformément à l’article 521-1 du code de l’environnement, puis en
matière de déchets, est puni de deux ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende le
fait : de refuser de fournir à l’administration les informations utiles sur les modes de gestion
des déchets et sur les conséquences de leur mise en œuvre ou fournir des informations
inexactes ; d’abandonner, déposer ou faire déposer, dans des conditions contraires à la
réglementation, des déchets ; de remettre ou faire remettre des déchets à tout autre que
l’exploitant d’une installation agréée, etc. (cf. article L. 541-46 du code de l’environnement).

22
Enfin, il y a de véritables freins organisationnels, cela exige la mise en place de réseaux
efficaces et économiques de collecte des matières et des flux. L’entreprise est dépendante de
ses fournisseurs de matières premières ou composants et, toute innovation pour tendre vers une
façon de produire qui nécessite de nouer avec eux des collaborations étroites pour trouver des
solutions technologiques ou logistiques adaptées.

23
PARTIE II- UNE NOUVELLE PREVENTION DU RISQUE INDUSTRIEL : UN
ELEMENT MOTEUR DE LA PRODUCTIVITÉ.

Certains auteurs n’ont pas hésité à considérer que le droit ne parvient pas à décourager
23
mais surtout à prévenir les atteintes à l’environnement . La cause environnementale a en effet
bénéficié d’une véritable inflation législative et règlementaire à l’endroit de l’activité
industrielle du fait d’une prise de conscience par les pouvoirs publics des effets néfastes qu’elle
peut engendrer sur l’environnement. En outre, le durcissement dans la réglementation-
notamment pénale- du secteur industriel et la multiplication des audits manifeste la nécessité,
pour les entreprises, de se mettre en conformité avec une règlementation dont elles ne maitrisent
pas toujours le contenu technique et qui, conséquemment, les mets dans une position
d’impuissance face à la prévention de ce risque. Ainsi, réformer l’approche de la gouvernance
d’entreprise sur ce point n’a jamais été plus impératif. Heureusement, il semblerait qu’une
nouvelle voie s’ouvre au travers le prisme d’une culture du risque dans l’entreprise. C’est dire
que les entreprises vont se doter d’une approche managériale du risque industriel dans les
instances décisionnelles (SECTION 1) qui repose sur la mise en œuvre coordonnées de moyens
juridiques spécifiques dans des conditions matérielles adéquates. Cette démarche a pour ressort
essentielle une gouvernance d’entreprise volontaire et soucieuse du respect de la règlementation
-notamment environnementale. Cette démarche a lieu dans le but de satisfaire à un objectif de
prévention du risque industrielle qui soit optimal et procédant d’une logique d’autorégulation
fondée sur la volonté de dominer l’aléa juridique en matière de risque industriel. Néanmoins et
bien qu’il s’agisse indubitablement d’un mode de gestion il semblerait que cette nouvelle
approche augure des fenêtres d’opportunité économique (SECTION 2)

SECTION 1 - UNE APPROCHE MANAGÉRIALE DU RISQUE INDUSTRIEL DANS


LES INSTANCES DECISIONNELLES

On assiste aujourd’hui à une perte de terrain de la prévention pénal sur un objet aussi
particulier que le risque : Non parce que ce risque n’est pas connu, la preuve en est qu’il existe
une importante règlementation de celui-ci mais bien parce qu’il devient difficile pour les
entreprises et notamment pour le secteur industriel de les gérer le cas échéant, et surtout et de
prévenir leur survenance. Cette circonstance, nous l’avons vu vient contrarier l’impératif

23
M-B. LAHORGUE, La prévention des risques industriels à l’épreuve du droit pénal, revue juridique de
l’environnement, 2014/HSO1 Volume 39, pp 129- 146.

24
éminemment économique de productivité, d’efficience, de performance. Pourtant il semblerait
que cette approche stratégique du risque industriel dans les instances décisionnelles puisse
incarner un véritable atout économique voire un levier de productivité. Le concept
« d’intelligence juridique24 » s’inscrit dans une approche stratégique, par les instances
décisionnelles, du risque qu’encourent les personnes physiques et particulièrement les grandes
entreprises25.

En effet, et pour un bref rappel des enjeux qui les concernent on notera que la responsabilité
pénale du chef d’entreprise et des entités ayant la personnalité morale constitue une réelle
menace en cas de non respects de la règlementation qui entourent l’activité industriel
notamment s’agissant des entreprises ayant leur siège établi dans un état membre de l’Union
européenne,26. Puisque la recommandation du Comité des ministres du Conseil de l’Europe n°R
(88)18 en faveur d’une responsabilité pénale des personnes morales dans la législation nationale
des États membres qui est venue généraliser la responsabilité pénale des entités ayant la
personnalité morale. Bien que non contraignante, la France a par la Loi Perben II27 entrée en
vigueur le 31 décembre 2005 consacré le principe de généralité de la personne morale.

Enfin et à ce titre on peut mentionner l’intérêt, plus récent28, des groupes de société sur cette
question, et ce à double titre. En premier lieu, une société mère peut venir en aide
financièrement à une de ses filiales de manière volontaire si ladite filiale est mise en cause pour
dommage environnemental et est affublée d’une dette de dépollution. La société mère pourra
également venir en aide à sa filiale placée en liquidité judiciaire et étant en incapacité financière
de réparer le dommage environnemental qu’elle a causé29.

24
B. Warsufeld « L’intelligence juridique : une nouvelle approche pour les praticiens du droit », In Dossier spécial
Le Monde du Droit, 15 avril 2010, n°43.
25
Lamy Droit pénal des affaires, Études « La responsabilité pénale du chef d’entreprise » 2013 n°72 et s.
26
S. GEEROMS, « La responsabilité pénale de la personne morale : une étude comparative », In : Revue
internationale de droit comparé, Vol 48 N°3, juillet-septembre 1996. PP. 533-579.
27
Loi n° 2004-204, 9 mars 2004, portant adoption de la justice aux évolutions de la criminalité, dite Perben II
28
Loi n° 2010-788, 12 juillet 2010, portant engagement national pour l’environnement, 2010 dite « Grenelle II ».
29
DODE Graziella, « La loi Grenelle II et la responsabilité environnementale des sociétés mères. », Lettre des
juristes de l’environnement, 11 juillet 2013, http://www.juristes-environnement.com/article_detail.php?id=1092,
consulté pour la dernière fois le 3 novembre 2019 ; Martin Gilles J, « Commentaire des articles 225, 226 et 227 de
la loi n°2010-788 du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l’environnement (dite “Grenelle II”) »,
Revue des sociétés, 2011, p. 75. BLIN-FRANCHOMME Marie-Pierre, « Le droit économique au soutien de la
protection de l’environnement : les apports de la loi Grenelle 2 à la gouvernance des entreprises et des
consommateurs », Revue juridique de l’Environnement, 35, 2010, no 1, p. 129-176.

25
Dès lors, Il semble qu’une telle démarche de rationalisation de l’aléa soit la bienvenue au sein
des entreprises exerçant une activité industrielle risquée pour l’environnement car elle pourrait
bien venir pallier la survenance d’un risque pour l’environnement. Par ailleurs, des études
menées sur le concept d’intelligence juridique semblent se dégager des fenêtres d’opportunités
sur le plan économiques. C’est dire qu’une approche stratégique du risque entendu comme
procédant sur le mode de l’intelligence juridique permettra de combiner la prise en compte de
de l’information juridique et surtout l’exploitation de cette information (information sur les
risques) avec l’impératif éminemment économique de productivité. En quelque sorte,
l’intelligence juridique réinventera la mesure de la productivité en intégrant le facteur
« juridique » aux côtés des facteurs capital et travail dans le calcul de la productivité industrielle

L’approche stratégique du risque industriel dans l’instance décisionnelle procède, nous l’avons
dit, d’une logique moins juridique sinon managériale, voire d’une logique sui generis, au
confluant des deux précédentes. En effet, certains n’hésitent pas à affirmer que ce n’est « qu’au
prix d’une approche cognitive complète que les dirigeants et managers pourront chercher et
inventer des réponses locales aux problématiques du risque dans leur entreprise30 ».
Aujourd’hui, il apparaîtrait comme nécessaire de prévenir la survenance d’un risque pour
l’environnement de façon méthodique. Pourtant, les comportements des entreprises face au
risque ne sont pas homogènes. Certaines sont impuissantes à les identifier, les anticiper ou les
gérer quand d’autres sont d’ores et déjà capables de définir des plans d’action. De nos jours, le
risque incarne une préoccupation majeure que l’entreprise doit assimiler dans la vie quotidienne
de son activité car celui-ci peut paralyser son développement ou au contraire « constituer un
stimulant de l’action31 ».
Pour imager la versatilité des effets du risque on peut reprendre la métaphore utilisée par le
directeur juridique du Groupe Carrefour, dans une contribution intitulée « De Forest Gump à
Scapin32 » dans laquelle il fait part de deux approches du risque par les entreprises : La première
est assimilable à l’attitude de Scapin qui anticipe toujours le pire pour n’avoir que de bonnes
surprises. La seconde est assimilable à l’attitude de Forest Gump quand il ouvre sa boîte de
chocolats : « On ne sait jamais sur quoi on va tomber ». On voit bien ici l’image d’une

30
Gaëlle DEHARO ; Sébastien POINT ; Allan MADANAMOOTHOO, Les risques en entreprise : dialogues
entre la gestion et le droit.
31
Ibid.
32
Alain. GAUVIN « De Forest Gump à Scapin, la gestion du risque pénal par les directions juridiques des
multinationales », Actualité juridique pénal, 2012, p. 23

26
entreprise soumise à l’irrésistibilité de l’aléa que peut constituer la survenance du risque
industriel.

Une pratique de plus en plus usitée par les entreprises et qui témoigne d’une démarche active
et pour le moins intelligente des instances décisionnelles dans l’appréhension de ce risque, c’est
l’audit pénal. L’intérêt de cette pratique est de vérifier la conformité d’une entreprise avec la
règlementation en vigueur. On comprend bien l’intérêt subsidiaire d’une telle démarche devant
un juge car elle fera preuve de la bonne foi de l’exploitant pour souligner le caractère non
intentionnel de l’infraction ou encore l’absence de négligence dans le respect et le suivi de la
règlementation.

Pour un exemple d’audit intelligent, on peut reprendre l’audit environnemental du milieu


industriel suggéré par M. Benabdeli33 Khéloufi, qui selon lui « est un outil de base déterminant
pour la protection de l’environnement en milieu industriel ». Cet audit recoupe :

Une « description spatiale de l’entreprise » c’est-à-dire sa localisation, l’occupation de l’espace


et l’agencement des installation, l’organisation des ateliers et des ressources humaines.
Un « diagnostic des installations » c’est-à-dire concrètement l’identification et l’évaluation des
nuisances à toutes les étapes de leur fonctionnement.
Un « bilan quantitatif et qualitatif des entrées et sorties » soit l’évaluation qualitative et
quantitative de tous les types de déchets (bilan de consommation, condition de gestion des
déchets).
Des « mesures de réduction des nuisances » au niveau du processus de production, des
équipements et installations, des matières premières et des déchets de la consommation en
énergie et en eau).
Des « mesures de formation permanente des ressources humaine » fondée sur le retour
d’expérience et la sensibilisation en interne.

Toutefois, l’audit seul apparaîtrait comme manifestement insuffisant car une cartographie des
risques ne donne pas en soi les moyens aux entreprises pour agir et prévenir le risque. En effet,

33
K., BENABDELI – Apport de la politique environnementale à l’amélioration du risque industriel. 1ère journée
nationale sur la sécurité industrielle et la gestion des risques majeurs 26-27 mars 2008 et BENABDELI Khéloufi
et HARRACHE Djamila, « Quels indicateurs du développement durable en milieu industriel pour conforter la
gestion du risque ? », Vie sciences de l’entreprise, N° 179-180, 2008, no 2, p. 9-21.

27
l’audit permet seulement d’identifier les risques juridiques visés dans les textes et au mieux une
mise en conformité au moment T. Seul, il manque d’efficacité et doit, dans une nouvelle
approche de ce risque par la gouvernance d’entreprise, être seulement perçu comme la première
étape d’un processus plus dynamique et coordonné faisant intervenir d’autres outils à l’image
d’un véritable système. Ce processus semble avoir été conceptualisé dans la notion
d’intelligence juridique34. Tout droit héritée de celle « d’intelligence économique », «
l’intelligence juridique est définie par le professeur Bertrand Warusfeld comme « l’ensemble
des techniques et des moyens permettant à un acteur public ou privé de connaître
l’environnement juridique dont il est tributaire, d’en identifier les risques et les opportunités
potentielles, d’agir sur son évolution et de disposer des informations et des instruments
juridiques aptes à réaliser ses objectifs stratégiques35. »

Il distingue plusieurs moyens et techniques permettant d’identifier les risques. Tout d’abord, on
trouve la veille législative et règlementaire. Celle-ci doit être performante et doit permettre
d’identifier la règle applicable à l’entreprise. In concreto, on pourrait très bien imaginer que
chacun des juristes d’entreprise affiliés à un pôle particulier du service juridique d’une
entreprise s’adonne à surveiller l’évolution d’une règlementation relative à un risque en
particulier par lequel l’entreprise/industrie est concerné. Cette démarche est à l’image de l’audit
pénal un préalable nécessaire à toute autre action tendant à la prévention des risques : il s’agit
avant tout de recueillir de l’information en amont.

La maîtrise technique de la règlementation et l’appréciation de son degré d’exigence eu


égard à la hiérarchie des normes : Cette exigence renvoie aux écueils rencontrés dans
l’interprétation des textes. En effet, la rédaction de la règlementation est souvent lacunaire et
imprécise. L’appréciation de son degré d’exigence eu égard à la hiérarchie des normes vient
amplifier la maîtrise technique de son contenu. Dans les deux démarches, nous sommes toujours
dans le recueil d’information. Or, la dernière s’inscrit dans le recueil d’une information
pertinente permettant à l’entreprise d’investir une prévention ciblée et par conséquent plus
performante.

34
In Dossier spécial « L’intelligence juridique : une nouvelle approche pour les praticiens du droit », Le Monde
du Droit, 15 avril 2010, n°43.
35
B., Warsufeld, « L’intelligence juridique, complément nécessaire de l’intelligence économique », in Dossier A
quoi sert l’intelligence économique ? Revue de l’association de Sciences-PO, Rue Saint-Guillaume, n°162, mars-
avril 2011, p. 26.

28
L’évaluation du degré de conformité règlementaire de l’entreprise au regard de la norme
et sa mise en perspective économique, technique et sociale. Elle permettra à l’entreprise de
se positionner sur son degré de conformité et de situer les efforts qu’elle doit déployer pour
l’atteindre. L’effort technique correspond aux moyens matériels dans lesquels l’entreprise
devra investir. L’effort social s’intéresse à la limitation des effets de l’activité sur la société et
notamment sur l’environnement que l’entreprise d qu’elle devra à la politique que l’entreprise
s’est donné notamment la environnemental pour limite. Enfin, l’effort financier correspond
aux dépenses qu’engendrera la mise en conformité de l’entreprise. Ici, l’entreprise ne se situe
plus dans le recueil formel de l’information, mais dans la mise en perspective : son but est de
cibler l’ensemble des moyens à mettre en œuvre pour, in fine, se trouver en conformité avec la
réglementation.

L’avant dernière démarche préconisée par le professeur B. Warsufeld est d’effectuer une
stratégie juridique en vue de faire coïncider la règle de l’activité à l’entreprise. Cette
démarche est finalement l’ultime démarche venant parachever le travail de collecte
d’information et de mise en perspective pour donner tout son sens à la notion d’ « intelligence
juridique ». Ayant pour objectif la mise en conformité de l’entreprise avec la règlementation en
vigueur avant toute poursuite, toute survenance d’un risque ou toute gestion de crise, la
démarche procède d’une prévention efficace et stratégique du risque.

Allant au-delà de l’impératif de mise en conformité, le professeur B. Asfeld, y a intégré


l’analyse des risques pris en cas d’impossibilité- notamment financière- à effectuer la mise
en conformité. Ici, il s’agit notamment pour l’entreprise d’évaluer les risques juridiques
(risques de condamnations judiciaires et administratives) et particulièrement les risques
financiers inhérents à ces risques juridiques.

Le choix des termes « d’opportunités potentielles » juxtaposés à celui de « risque » dans la


définition d’ « intelligence juridique » n’est pas fortuit puisqu’il apparaît au sein de cette
dernière notion telle que conceptualisée par le professeur B. Warsufeld . Cette notion tout droit
héritée de la notion d’intelligence économique entretient des liens permanents non seulement
avec l’idée d’une prévention optimale du risque mais aussi avec l’idée d’un levier de
productivité. C’est dire grossièrement que connaître son ennemi, c’est pouvoir mieux utiliser

29
ses faiblesses à son avantage. Une entreprise qui a une bonne visibilité des risques peut en tirer
profit et les intégrer à sa productivité36.

SECTION 2- L’INTELIGENCE JURIDIQUE VECTEUR DE PRODUCTIVITÉ


INDUSTRIELLE.

Par ailleurs, le professeur B. Wasurfeld explique qu’une approche stratégique du risque


entendu comme procédant sur le mode de l’intelligence juridique pourra permettre de combiner
la prise en compte de l’exploitation de l’information juridique (information sur les risques) avec
l’impératif éminemment économique de productivité (intégrer le facteur connaissance juridique
aux côtés des facteurs capital et travail dans le calcul de productivité).

Ici, on comprend que la veille juridique qui sera organisée dans le service juridique des
entreprises sur des points précis de la règlementation applicable à une activité de production ou
de service sera susceptible d’être déterminante pour évaluer un marché ou décider d’une
décision d’investissement. Elle permet en effet d’engager une stratégie économique pour
anticiper les variables du jeu économique dans un secteur d’activité mais aussi d’entretenir un
inventaire actualisé des outils juridiques propres au domaine de la concurrence tels que les
marques et les brevets. Une telle collecte d’informations pourra également s’avérer utile dans
les relations contractuelles avec les partenaires des entreprises en ce qu’elle permettra une
appréciation plus pertinente car en connaissance de l’environnement juridique en temps réel
dans lequel le contrat s’inscrit. Finalement, on voit se combiner une démarche juridique
adéquate à une démarche économique intelligente. C’est dire que transposée à l’activité
industrielle, une connaissance de la règlementation en matière de risque industriel permettra la
mise en œuvre de stratégies juridiques efficaces au service du rendement, de l’efficacité, de
l’efficience économique.

Parmi les différentes stratégies que peut mettre en place l’entreprise, le professeur B. Werfel
met en avant les « stratégies normatives » : elles visent à influence l’édiction d’une règle
favorable aux intérêts de l’activité concernée ou, au contraire, à influencer l’abandon d’un
projet ou d’une proposition de loi en défaveur des intérêts de ladite activité. Pour l’essentiel,
ces stratégies coïncident avec le lobbysme ou encore la participation à d’édiction de la norme

36
PETITPIERRE-SAUVAIN Anne, Droit de l’environnement vers un droit économique au service de
l’environnement, [s. l.], Schulthess éditions romandes, 2012.

30
elle-même37. Les stratégies de constitution des droits permettent à l’entreprise, au travers
l’élaboration d’un dispositif juridique dédié, d’établir et de renforcer sa position juridique en se
prévalant de droits spécifiques tels que le droit des sociétés, le droit de la propriété industrielle
et intellectuelle ou encore le droit financier. La stratégie contractuelle renvoie à l’exploitation
des atouts juridiques de l’entreprise par le biais de la négociation contractuelle avec les co-
contractants de l’entreprise. On pourrait également citer les stratégies judiciaires qui visent le
recours au juge dans le but de faire jouer un avantage juridique, soit par la reconnaissance de
cet avantage, soit par l’octroi de cet avantage dans le cadre d’une réparation de son préjudice
voire enfin en obtenant l’éviction d’un concurrent !

Il apparaît des suites de ce développement sur l’intelligence juridique qu’elle augure de


formidables opportunités économiques quand on l’articule avec des logiques financières. C’est
dire que l’intelligence juridique peut tout à fait être combinée avec sa sœur, dont elle est
l’héritière directe, l’intelligence économique38. Le Rapport Martre de 1994 définit l’intelligence
économique comme « l’ensemble des actions, coordonnées de recherche, de traitement et de
distribution en vue de son exploitation, de l’information utile aux acteurs économique ». On
voit bien ici un parallèle possible avec l’intelligence juridique, qui place au cœur de sa définition
cette relation de cause à effet entre le recueil d’information dynamique et son exploitation à des
fins stratégiques. Pourtant, si ces deux modes de penser le droit et l’économie peuvent participer
d’un renouvellement de l’approche du risque juridique et conséquemment de la productivité,
on voit bien qu’ils nécessitent la mise en place concrète de conditions matérielles adéquates
propres à leurs bonnes mises en œuvre.

Il s’agira certainement pour l’entreprise de recourir à un réseau de personnes, juristes ou non,


qui permettent de remplir chacun des objectifs que commande la cohabitation de l’intelligence
juridique avec l’intelligence économique. Ce réseau permettra le recueil le plus rapide possible
d’informations pertinentes. Conséquemment, le temps d’intervention s’en trouvera réduit, que
celui-ci intervienne dans la prévention d’un risque, de l’atteinte d’un résultat économique
déterminé dans le cadre de de négociations avec les co-contractants de l’entreprise, dans le

37
Loi n°2012-1420 du 27 décembre 2012 relative à la mise en œuvre du principe de participation du public défini
à l’article 7 de la charte de l’environnement ; Décret n°2013-1303 du 27 décembre 2013 relatif à l’expérimentation
prévue à l’article 3 de la loi n°2012-1460 du 27 décembre 2012 relative à la mise en œuvre du principe de
participation au public.
38
Rapport public, Sécurité juridique et complexité du droit, Coll. Études et documents, La documentation
française, mars 2006, p. 400.

31
cadre d’une décision d’investissement ou encore dans celui d’un positionnement de l’entreprise
sur le marché.

Finalement et puisqu’il s’agit de combiner de manière complémentaire deux disciplines


différentes - l’économie et le droit - il semble opportun d’effectuer un rapprochement physique
de ces deux instances au sein de l’entreprise ou du groupe même. C’est dire que le service
juridique seul ou encore les parties prenantes seules ne peuvent assumer cette tâche ne serait-
ce que pour des raisons de compétence et de productivité39. Les dirigeants ne sont pas toujours
compétents en droit et de la même manière les juristes ne sont pas toujours compétents en
économie. Aussi, il s’agit véritablement d’obtenir une communication fluide et la réalisation
d’un travail conjoint et au possible systématisé que selon nous seule une proximité physique
permettrait. En effet, seule une « interaction étroite entre les décisions stratégiques et la prise
en compte de l’environnement juridique40 » permettra de révéler les vertus les plus prolifiques
des compétences économiques et juridiques des différents collaborateurs de l’entreprise.

Outre des aménagements matériels dans le rapprochement des directions juridiques et des
directions générales, il s’agirait de mettre en place des dispositifs juridiques performants, en
ayant recours à la formation du personnel, au développement de systèmes d’informations
innovants, à des techniques de communication internes et externes efficaces, entre autres …

Nous venons de voir que la prévention du risque industriel pour l’environnement était
conciliable avec l’impératif économique de productivité notamment pour les grandes
entreprises évoluant dans le secteur industriel mais s’agit-il alors de dire que la refonte de
l’approche juridique du risque dans l’entreprise est la seule réponse à la prévention du risque
industriel pour l’environnement ? Et n’y aurait-il pas d’autres outils mobilisables dans le
paysage de notre droit susceptible de prévenir pareils risques tout en s’inscrivant dans une
démarche de performance économique, de productivité ?

40
B., Warsufeld, « L’intelligence juridique, complément nécessaire de l’intelligence économique », op.cit.

32
CONCLUSION
`

Aujourd’hui la cause environnementale a plus que suscité une effervescence de la


législation relative à sa protection. Si les catastrophes industrielles de ces dernières
années décennies en sont les titres cause il est constant que l’activité du secteur
industriel doit faire face à une règlementation très forte dans le domaine de
l’environnement. Cette règlementation est susceptible d’exposer immédiatement les
entreprises voire les sociétés mère des groupes d’entreprise à de fortes sanctions
notamment pénales et administratives. C’est dire que pèse sur le secteur de l’industrie
un risque juridique et financier certain de nature à entamer leur performance
économique, leur productivité. Il est désormais acquis que l’aléa juridique qui pèse sur
les entreprises du secteur industriel doit venir intégrer la définition de productivité pour
lui donner un sens qui soit en adéquation avec l’environnement juridique nouveau qui
conditionne ce secteur d’activité.
Une nouvelle approche par les opérateurs économique à l’aune du concept d’intelligence
juridique permettrait à ces derniers de se soustraire à la fatalité d’une performance économique
au rabais en permettant à l’entreprise de dominer se risque voire de l’instrumentaliser à des fins
économiques. Cette démarche nouvelle étant rendue possible par une approche managériale du
risque à l’aune du concept d’intelligence juridique.

33
Bibliographie
Ouvrages

- Beitone, Alain ; Cazorla, Antoine ; Hemdane, Estelle, Dictionnaire de science


économique, Editions Dunod, sixième édition, Malakoff 2019.

- Carbonnier, Jean, Droit civil, Editions Dalloz, vingt-cinquième édition, Paris 1997.

- Deharo, Gaëlle ; Point, Sébastien ; Madanamoothoo, Allane, Les risques en


entreprise :
dialogues entre la gestion et le droit, Presses Académiques Francophones, Paris
2015.

- Pietsch, Max, La révolution industrielle, Editions Payot, Paris 1963.

- Polanyi, Karl, La Grande Transformation, Editions Gallimard, Paris 1983 (1944).

- Smith, Adam, An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations,
University of Chicago Press, Chicago 1977 (1776).

Revues
Actualité Juridique Pénal

- Gauvin, Alain, « De Forest Gump à Scapin, la gestion du risque pénal par les
directions juridiques des multinationales », Actualité Juridique Pénal, Editions
Dalloz, 2012.

Emie Magazine, Association des Sciences Po

- Warsufeld, B., « L’intelligence juridique, complément nécessaire de l’intelligence


économique », Emie Magazine, Association des Sciences Po, Presses de Sciences
Po, n°162, mars-avril 2011.

Histoire, économie et société.

- Komlos, John, « Penser la révolution industrielle », Histoire, économie et société,


Editions Armand Colin, n°4, 1996.

Le Monde du droit

34
- Warsufeld, B., « L’intelligence juridique : une nouvelle approche pour les praticiens
du droit », Le Monde du droit, Editions Le Monde du droit, n°43, 15 avril 2010.

Recueil de droit pénal et de procédure pénale

- Beziz-Ayache, Annie, « Environnement - Elément constitutif de l’infraction »,


Recueil de droit pénal et de procédure pénale, Editions Dalloz, 2019.

Responsabilité civile et assurances

- Robert, Jean-Henri, « Le droit de l’environnement », Responsabilité civile et


assurances, Lexis-Nexis, n°5, mars 2013.

Revue des Sociétés

- Martin, Gilles, J., « Commentaire des articles 225, 226 et 227 de la loi n°2010-788
du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l’environnement (dite
“Grenelle II”) », Revue des Sociétés, Editions Dalloz, 2011.

Revue française d’économie

- Boyer, Robert ; Schméder, Geneviève « Division du travail, changement technique


et croissance. Un retour à Adam Smith », Editions de la Revue française
d’économie, n°1, 1990.

Revue internationale de droit comparé

- Geeroms, S., « La responsabilité pénale de la personne morale : une étude


comparative », Revue internationale de droit comparé, Editions Persée, n°3, juillet-
septembre 1996.

Revue juridique de l’environnement

- Blin-Franchomme, Marie-Pierre, « Le droit économique au soutien de la protection


de l’environnement : les apports de la loi Grenelle 2 à la gouvernance des
entreprises et des consommateurs », Revue juridique de l’environnement, Editions
Lavoisier, n°1, 2010.

- Lahorgue, Marie-Béatrice, « La prévention des risques industriels à l’épreuve du


droit pénal », Revue juridique de l’environnement, Editions Lavoisier, n°39, 2014.

Vie & Sciences de l’entreprise

- Benabdeli, Khéloufi ; Harrache, Djamila, « Quels indicateurs du développement


durable en milieu industriel pour conforter la gestion du risque ? » Vie & Sciences
de l’entreprise, Editions Andese, n°179/180, 2008.

35
Textes de loi

- Loi n° 2004-204 du 9 mars 2004 portant adoption de la justice aux évolutions de


la criminalité, dite Perben II.

- Loi n°2010-788 du 12 juillet 2010 portant engagement national pour


l’environnement, 2010 dite Grenelle II.

- Loi n°2012-1420 du 27 décembre 2012 relative à la mise en œuvre du principe de


participation du public défini à l’article 7 de la charte de l’environnement.

Décrets

- Décret n°2013-1303 du 27 décembre 2013 relatif à l’expérimentation prévue à


l’article 3 de la loi n°2012-1460 du 27 décembre 2012 relative à la mise en œuvre
du principe de participation au public.

Directives européennes

- DIRECTIVE 2012/18/UE DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL du 4 juillet


2012 concernant la maîtrise des dangers liés aux accidents majeurs impliquant
des substances dangereuses, modifiant puis abrogeant la directive 96/82/CE du
Conseil

Rapports publics
- Conseil d'Etat, Rapport public 2006 - Jurisprudence et avis de 2005. Sécurité juridique
et complexité du droit, La Documentation française, Paris 2006.

36
Synographie

Communications de la Commission européenne


Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique
et social européen et au Comité des régions, Responsabilité sociale des entreprises : une
nouvelle stratégie de l’UE pour la période 2011-2014, Bruxelles, le 25.10.2011, COM(2011)
681 final, https://eur-
lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=COM:2011:0681:FIN:FR:PDF, consulté pour
la dernière fois le 3 novembre 2019.

Lettre des juristes de l’environnement


Dode, Graziella, « La loi Grenelle II et la responsabilité environnementale des sociétés mères »,
11 juillet 2013, http://www.juristes-environnement.com/article_detail.php?id=1092, consulté
pour la dernière fois le 3 novembre 2019.

Les Notes du Pôle


Yvette Lazzeri, CNRS-AMU, Pôle développement durable et territoires méditerranéens-
XCERIC-DICE-UMR7318, 28 décembre 2017, https://pddtm.hypotheses.org/325, consulté
pour la dernière fois le 2 novembre 2019.

Technique de l’ingénieur
Olivier Nicolas « Obligation de l’exploitant de l’ICPE par régime », 10 septembre 2019,
https://www.techniques-ingenieur.fr/base-documentaire/environnement-securite-th5/icpe-
reglementation-integree-42439210/obligations-de-l-exploitant-de-l-icpe-par-regime-g4071/,
consulté pour la dernière fois le 3 novembre 2019.

37
TABLE DES MATIÈRES

SOMMAIRE…………………………………………………………………... 2

INTRODUCTION………………………………………………………………
4

PARTIE I. La prévention du risque industriel sur l’environnement : un frein


à la productivité ………………………………………………………………. 9
SECTION 1. La règlementation en matière de risque industriel……9
SECTION 2 - l’objectif de conformité : un frein à la productivité…...19

PARTIE II. Une nouvelle prévention du risque industriel : un élément de


performance économique…………………………………………………….24

SECTION 1 - Une approche managériale du risque industriel dans les


instances décisionnelles……………………………………………………….24

SECTION 2 - l’intelligence juridique vecteur de productivité


industrielle………………………………………………………………………………...30

CONCLUSION………………………………………………………………..33

BIBLIOGRAPHIE……………………………………………………………34

SYNOGRAPHIE……………………………………………………………...37

TABLE DES MATIERES…………………………………………………….38

38
39