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Information, connaissance et informatique en 2028

Lorsqu’un système connaît une croissance exponentielle, les projections de son
évolution future conduisent à des scénarios aux conclusions improbables. Il en
est ainsi depuis des décennies en matière de technologies de l’information,
informatique et télécommunications. Ce secteur a fait plus rêver que les autres.
Les mythes y sont puissants car pendant les premières étapes de son
développement très peu de gens pouvaient approcher concrètement
l’informatique et ont nourri à son égard autant d’appréhension que d’espoir. Or le
« cerveau électronique » des années cinquante, mythique, lointain et coûteux, a
laissé la place à une myriade d’objets familiers beaucoup plus performants
connectés en un réseau mondial dont les utilisateurs ignorent désormais qu’ils
font appel à la pointe de la technique informatique. L’informatique, la télévision,
les télécommunications se fondent désormais dans un environnement unique.

Oubliant les salles blanches de l’informatique des origines, on considère
aujourd’hui sans passion ni véritable débat que des milliards d’objets intelligents
seront connectés au réseau internet dans les prochaines années…

Cette perspective peut réjouir ou effrayer, elle a chaque jour plus de probabilité
tant les utilisateurs de la planète entière plébiscitent par leurs choix quotidiens
l’usage des deux outils qui ont transformé le monde, le web et le téléphone
mobile. Personne ne pouvait imaginer qu’en ce début d’année 2009, le web
aurait conquis 1,5 milliards d’utilisateurs et le téléphone mobile plus de 4
milliards d’utilisateurs. La planète est aujourd’hui globale car elle est devenue
numérique et les utilisateurs ont choisi sans peine d’adopter ces techniques
autant par intérêt que par plaisir. La création numérique est définitivement sortie
du seul univers professionnel, elle est aujourd’hui dans la rue, et pour s’y installer
définitivement.

Néanmoins, l’expérience de ce passé très récent, témoin d’un tel
bouleversement, ne nous aidera pas à imaginer la suite de l’histoire. On sait que
tout ira encore plus vite et la complexité va à nouveau changer d’échelle. Le
futur ne ressemblera pas à ce qui vient de se passer depuis la première machine
considérée comme un ordinateur, l’ENIAC, en 1946, avec ses 18000 tubes et ses
600 m2, jusqu’aux multiples outils communicants que le marché propose chaque
année. Les chemins de l’innovation sont multiples. Mais plus encore, la capacité
des utilisateurs à composer de nouveaux usages déroute et défie toute forme de
prévision…

Un mélange instable d’influences

L’extravagance des extrapolations est rarement confirmée par les faits. Le
faisceau des possibles est en effet si vaste et les inter-relations entre les
disciplines si complexes que simuler tous les itinéraires possibles se révèle une
mission impossible. Les progrès de l’informatique et des télécommunications ne

aléatoires. l’ergonomie jouent un rôle déterminant dans la conception des outils. Elles ne se limitent pas à un cercle restreint d’inventeurs. La linguistique. Une longue série d’erreurs de prévision Ainsi. Mais il faut aussi introduire dans le modèle un autre acteur majeur. Rien ne se passe comme prévu. par leurs choix et leur vitesse d’appropriation. Les capacités de transmission ont chaque fois excédé les prévisions des modèles. trop de variables rendent les modèles instables. Les technologies de l’information sont le produit des évolutions de sciences dures comme la physique ou la chimie. Plus que toutes autres.sont pas alimentés par une source unique. plébiscitent une technique ou la condamnent définitivement. sont un terrain de prédilection pour la sociologie. Et les transmissions sans fil ont permis aux pays émergents de sauter l’étape des liaisons filaires pour rapidement s’équiper d’un réseau peu coûteux et efficace. L’innovation se situe toujours à ces points de convergence où le possible rencontre le désir et le besoin. 150 heures de vidéo ou 25 000 photos. les sciences de l’organisation et la psychologie. la fibre optique a pris le relais non seulement pour le cœur des réseaux mais jusqu’à l’utilisateur final. animé par des visionnaires hors du commun. Intel annonce son nouveau processeur qui contient 1. ni dans la vitesse d’évolution de la technique. Il serait vain de prévoir l’évolution de ce secteur en se limitant à une analyse technique alors que les clients. mais ont une vocation naturelle à se diffuser et à se transformer au contact des utilisateurs qui peuvent les façonner à leur guise. En 2009. Et les logiques d’usage qui sont mises en œuvre par les utilisateurs. mais aussi des sciences de la connaissance et du comportement. Les machines ne seraient rien sans les logiciels qui les animent et les interfaces homme- machines qui les rendent exploitables. Le cuivre dépassé. l’étude des comportements. les technologies de l’information sont un creuset d’intelligence marketing et d’initiative entrepreneuriale. amplifiée par la capacité de rendre virtuelle des ressources. imprévisibles et échappant à tout enfermement méthodologique. On est entré dans une ère d’abondance dont on ne perçoit pas les limites. les techniques du traitement de l’information répondent à un urgent besoin de résoudre des problèmes de compréhension du monde et d’action sur notre environnement de travail comme de loisir. prudente. Chacun a dans sa poche un objet qui contient 30 000 chansons. Thomas Watson président d’IBM n’aurait-il pas déclaré en 1943 que seuls cinq ordinateurs suffiraient aux besoins du monde ? Des études sérieuses avaient . La rareté initiale des ressources a conduit la communauté informatique à adopter une vision malthusienne. Aujourd’hui l’abondance. Le moteur technique n’a cessé de progresser alors même qu’on prédisait que les lois immuables de la physique rattraperaient la loi de Moore. permet de gérer des capacités infinies. ni dans la capacité des utilisateurs à inventer de nouvelles formes d’usage. En tant que secteur économique moteur de l’économie mondiale.9 milliard de transistors avec une gravure de 32 nanomètres (nm). le client. Rappelons que le premier microprocesseur d’Intel en 1971 contenait 2400 transistors avec une gravure de 10 microns.

le protocole grâce auquel Internet et le web allaient atteindre en quinze ans un quart de l’humanité. mais aussi des investisseurs et des experts en marketing. alors que le téléphone GSM démarrait son essor fulgurant. les usages bouleversent les prévisions. les marchés étanches. il est réaliste de penser qu’au moins 70% de la population mondiale aura en 2028 régulièrement accès au web.5 milliards d’utilisateurs et le téléphone mobile touche en 2009 deux terriens sur trois… Par ailleurs. Or avec internet mobile. Qui a détecté il y a seulement vingt ans l’importance capitale d’une obscure technologie d’origine universitaire. De 1993 à 2009. l’IBM-PC. Sur ces bases actuelles. Entre l’ENIAC de 1946 et 1981. Quelle ambition animait les promoteurs du Bi-Bop en 1992. qui décolle réellement depuis 2006. dont un tiers en Chine. Le Minitel représentait alors la pointe de la technologie. sorte de cabine téléphonique en plein air. Il ne s’agissait « que » de TCP-IP. Brésil et Russie (BRIC) ? Qui pouvait également prévoir le succès planétaire du SMS : 2300 milliards de SMS échangés en 2008 pour un marché de plus de 40 milliards € ? La prodigieuse accélération de la machine technologique apporte régulièrement le démenti des faits aux efforts des prospectivistes. rapidement.5 milliards d’utilisateurs pour une population de huit milliards. date de l’apparition du premier micro-ordinateur à vocation professionnelle. les usages étaient jusqu’alors disjoints. Inde. tout possesseur d’une téléphone mobile a vocation. Plongée dans l’imaginaire L’Encyclopédie de 1763 répartir les connaissances humaines en trois groupes : celles qui relèvent de la mémoire.même. fixé comme optimal le ratio de 90 ordinateurs pour 100000 utilisateurs ! Bill Gates pensait en 1981 que 640 k octets de mémoire suffiraient largement pour tout le monde. Donc. internet et le web ont conquis 1. La capacité de stockage d’information représentera par individu l’équivalent de toute l’informatique d’une grande banque en 1990. soit 35 ans. système de communication sans fil mort-né qui ne permettait que d’émettre des appels mobiles à proximité d’une borne.2 milliard de machines. soutenue ni par les fabricants d’ordinateurs ni par les compagnies de téléphone. admettons d’emblée que ces prévisions seront fausses. Les innovations dépassent leurs promoteurs. il s’est constitué un parc mondial utile de micro-ordinateurs de 1. soit 60% de la population mondiale. De 1981 à 2009. celles qui relèvent de la raison et celles qui . l’informatique n’a rassemblé que quelques dizaines de millions d’utilisateurs captifs des seuls usages que leur octroyait leur cadre professionnel. en 1980. les techniques émergent et se marient dans d’improbables combinatoires. en 16 ans. Aussi vingt années dans le monde des technologies de l’information constituent une faille spatio-temporelle dans laquelle il est extrêmement dangereux de s’aventurer au risque en 2028 de devoir relire cet article avec un humiliant dépit. soit plus de 5. soit 28 ans. Il allait couvrir 4 milliards d’abonnés vingt ans plus tard. d’accéder à toutes les ressources du web.

cette recherche transversale anticipait. Les sciences et technologies de l’information vont bénéficier de la poursuite continue de l’augmentation des capacités de calcul. Les usages des robots domestiques voisinent la recherche sur l’art de la narration numérique. de stockage et de transport autorisées par les progrès dans la conception et la fabrication des composants et dans les logiciels techniques . Très en avance sur une époque où les disciplines étaient étanches et fragmentée.0. Pour se convaincre de l’immensité de la tâche. Quelques hypothèses Néanmoins. les agents. Le MediaLab créée en 1985 par Nicolas Negroponte est indiscutablement le cœur de la recherche mondiale en matière de technologies de l’information dans une approche pluri-disciplinaire. la reconnaissance du mouvement explorent toutes les capacités de dialoguer avec les machines. La conservation de la planète mobilisera les réflexions pour maintenir à long terme un environnement acceptable pour l’espèce humaine. L’individu sera au cœur des préoccupations des chercheurs et des industriels grâce aux progrès des sciences de la connaissance. Les interfaces intelligentes. Sur un moteur technologique de plus en plus puissant vont se greffer de multiples usages et pratiques sociales. la maîtrise de l’énergie et la conservation de la bio-diversité devenant des préoccupations transversales à toutes les disciplines Il faut aussi ajouter une hypothèse au modèle : qui va assurer le leadership technique sur les sciences et techniques de l’information ? Les Etats-Unis remplissent cette mission depuis plus d’un siècle. Les travaux sur les prothèses bio- mécaniques. l’exosquelette qui renforce la capacité physique. Ce classement se révèle bien impropre à saisir la complexité des influences qui vont déterminer notre univers futur. on comprend bien qu’aujourd’hui parler d’informatique du futur en tant qu’objet distinct n’a pas de sens en soi. l’avènement du web 2. et préparait. L’informatique va se dissoudre dans ces usages. A travers ce document de plus de cinquante pages. l’ingénierie génétique pour produire de l’ADN montrent que biologie et informatique tendent à se confondre à terme. mais aussi l’art et l’imaginaire. on se déplace dans des univers très éloignés d’une approche compartimentée de la recherche. centrée sur les usages. il faut étudier le programme de travail du MediaLab du MIT. Comprendre aujourd’hui les thèmes que traitent le MediaLab est un exercice aussi déconcertant que fascinant. ils ont su accumuler une expérience sans équivalent grâce à un système universitaire capable d’attirer les meilleurs étudiants mondiaux et d essaimer par la création . on peut partir pour tisser l’écheveau des possibles de trois hypothèses de travail : . des neuros- sciences et de la biomécatronique . Dès la fin du XIXe siècle. la résolution des problèmes quotidiens.relèvent de l’imagination. A la lecture étourdissante de cette liste de thèmes.

Les esprits curieux. et joueurs. c’est à dire l’accélération exponentielle des capacités dans un monde organisé marqué par la liberté des échanges et le dynamisme entrepreneurial. Il ne faut pas enfin sous-estimer la capacité contributive du Japon qui a pris en matière de robots et de mécatronique une avance considérable. . ralentisse l’innovation et écrase les mécanismes de régulation des autorités de concurrence. envisager deux scénarios : le premier se situe dans la continuité des évolutions actuelles. Enfin. mais il peut y avoir un rejet d’un tel monde soit par des groupes sociaux influents. aujourd’hui réparties entre plusieurs supports. sont invités à parier sur le futur par la Fondation « The Long Now ». un appétit toujours très présent pour l’investissement en capital risque dans les technologies de l’information et surtout la bascule progressive des recettes publicitaires. il faut sur une période de vingt ans. rien ne permet d’écarter le risque qu’un acteur industriel ou plus probablement un oligopole. Inde. il faut s’interroger sur le degré de tolérance des opinions publiques envers les intrusions du contrôle dans la vie privée qu’entrainent immanquablement le développement des outils sophistiqués de compréhension non seulement des idées mais aussi des sentiments et le développement de « prothèses cérébrales ». Ce scénario remet clairement en question l’universalité du web. Chine.de start-up solides. soit par des Etats… Il faut aussi introduire des variantes dans les scénarios économiques. Enfin. dont la mission est de penser le futur avec des méthodes créatives. le repli vers les zones régionales voire les Etats. de même nature qu’à la période actuelle ? Le modèle de la gratuité qui se dessine va-t-l s’amplifier ? L’existence d’empires technologiques dotés de trésors de guerre gigantesques. même si la Chine devient un acteur clef de la recherche- développement. Avec leur appareil de recherche et leur système perfectionné d’industrialisation des innovations on peut penser qu’ils resteront leaders de la transformation. sur son site « The long bet project». Etats-Unis. Est-ce que les technologies de l’information vont continuer à générer un flux financier considérable. L’informatique a toujours été dominée par des acteurs puissants et si internet et le web offrent encore la potentiel d’une répartition plus équilibrée des influences. Le prolongement des tendances actuelles conduit mécaniquement vers une « big brotherisation » croissante de la société non sans contreparties positives. dans les deux scénarios. l’intensification des fractures socio-économiques. une crise climatique. vers le seul web peuvent transformer la logique d’innovation. La technique s’incarne toujours dans des acteurs industriels. la fragmentation du marché mondial. fort d’une rente monopolistique démesurée. autant de menaces socio-politiques qui ne sont pas favorables à l’essor des sciences et techniques de la communication. Un second scénario plus sombre doit prendre en compte l’exacerbation des tensions politiques entre grandes puissances. Russie.

Toutes se sont heurtées aux contraintes des habitudes. c'est-à-dire les échanges vocaux. ce qui donne de puissantes performances à tous les objets mobiles . cristal de carbone identifié en 2004. aux résistances du marché. La capacité de transmission. dont la puissance double tous les deux ans. La capacité des processeurs.6 nm. L’ordinateur tel que nous le connaissons va se fondre dans un processeur. Il y eut de multiples tentatives pour rationaliser ce clavier dégagé de ses contraintes mécaniques. . énoncée par Gordon Moore dès 1965. doublant tous les neuf mois et se miniaturisant. Plusieurs hypothèses sont explorées dans les laboratoires et comme il faut une dizaine d’années pour passer du laboratoire au stade industriel. La communication avec les machines et les réseaux changera totalement de forme. comme l’exploitation des propriétés du graphène. qui devrait continuer à être vérifiée dans les technologies du silicium au-delà de 2020. épais de 0. tant filaire que sans fil (loi d’Edholm) double également tous les dix-huit mois. lui même dissimulé dans une multiplicité d’objets avec lesquels nous communiquerons par des interfaces diversifiées et spécialisées. très peu consommateur d’énergie. La dissolution de l’ordinateur La forme familière de l’ordinateur qui s’est imposée avec le micro-ordinateur est désormais dépassée. et tendent à converger vers 2030… Ces performances continueront à progresser. mais surtout développer la communication la plus naturelle. mais aussi à l’opacité tenace de la langue sur laquelle se brisent les plus habiles des algorithmes. La plupart des objets familiers recevront des capacités autonomes de traitement de l’information. Au classique dialogue clavier/écran vont se substituer de multiples canaux d’échange homme/machines. La puissance et la rapidité continueront donc à croître de façon exponentielle. qui peut se comporter comme semi-conducteur. Il est probable que les technologies du silicium feront place à d’autres technologies. issues des nanotechnologies. . elles seront disponibles à temps pour relayer le silicium autour de 2025. La capacité de stockage qui ne cesse de croître. Il est évident que la recherche dans ce domaine s’est développée avec ténacité depuis des décennies pour s’affranchir de la malédiction du clavier de la machine à écrire qui nous impose encore aujourd’hui sa répartition exotique des caractères.Les capacités des machines Le développement des technologies de l’information a été alimenté depuis les années quatre-vingts par trois puissants moteurs : . ou des bio-technologies en exploitant les capacités de stockage de l’ADN. C’est la célèbre Loi de Moore.

Nous pourrons également exploiter les ressources de la réalité augmentée qui ajoute des informations à la réalité observée. La transmission et l’utilisation d’images en 3D seront naturelles dans moins d’une dizaine d’années et les hologrammes suivront. dont la conception du système de reconnaissance de caractère (OCR) et les synthétiseurs musicaux. dont les conceptions visionnaires sur l’avènement inévitable d’un âge des machines intelligentes auraient largement suffit à le faire passer pour un doux rêveur s’il n’avait à son actif de robustes références techniques et industrielles. L’image. Et cette fois. Parallèlement à la relation homme machine va s’instaurer un autre dialogue entre les machines elles-mêmes. la communication nous fera définitivement oublier le trop restrictif mode caractère. la voix. imaginé en 1950. Ecrans tactiles multi-points. ultra-minces et très faiblement consommateurs d’énergie grâce à la technologie OLED. les produits actuels permettent de concevoir de façon réaliste un futur où la communication homme/machine ne sera plus freinée par l’agilité manuelle et les temps d’apprentissage. Kurzweil. Ray Kurzweil. à travers le réseau électrique comme en liaisons sans fil. par exemple pour la conduite automobile nocturne qui permettra de simuler les conditions d’une conduite de jour. c’est à dire donner la même réponse qu’un humain à une question… Le modèle de von Neumann. Il . mouvement des yeux. mais également détection de présence. pensent que les machines vont devenir aussi intelligentes que les hommes. le toucher vont permettre de donner des instructions aux machines qui nous environneront et de recevoir les informations. quand un ordinateur sera capable de passer le test de Turing. de la puissance et de lois d’usage. Tous les objets de la vie quotidienne seront interconnectés et échangeront des informations. le monitoring médical à distance… Vers des machines intelligentes L’intelligence artificielle fait partie des grandes utopies de l’histoire de l’informatique. par exemple. Les écrans seront omniprésents. les interpréter et nous aider à agir. un des usages attendus pour le domicile étant l’optimisation de la consommation électrique en fonction des tarifs. Cette évolution déjà largement engagée. Ils pourront ainsi mieux gérer leurs interactions. Un homme s’est particulièrement illustré dans cette quête . Ce sont donc tous nos sens qui seront sollicités. interprétation des signaux cérébraux (Brain Computer Interfaces) seront autant de canaux de communication exploités par les machines pour capter nos comportements. va se généraliser à tous les objets. Par ailleurs. reconnaissance vocale. mais aussi. Les algorithmes permettent de résoudre des problèmes dans un espace identifié. traite l’information de façon séquentielle sur le modèle « if > then > else ». Dans son livre « L’âge des machines intelligentes » publié en 1990 il va même jusqu’à dire à quel moment précis : en 2029. notamment dans les jeux vidéos qui jouent un rôle pionnier.Le temps du changement est arrivé. reconnaissance des gestes et du toucher (interfaces haptiques). variation de l’attention. élaboré en 1944 et qui a établi les bases de l’informatique. et quelques autres.

qualifiée maintenant de Web. cette phase paraîtra dérisoire tant le réalisme des situations sera amplifiée par le très haut débit. traiter les informations collectées sur le web de façon intuitive et naturelle. la construction de l’internet et. en silos.0. qui se caractérise par l’utilisation d’outils de recherche infiniment plus puissants et une capacité de compréhension et d’interprétation de l’information basée sur l’intelligence artificielle qui permettront à des « robots » de trouver. le web 3. La prochaine étape va donner plus de cohérence à cet ensemble encore hétéroclite.La prochaine génération de web a déjà un nom. d’expérience. S’il y a consensus dans la communauté du web pour qualifier l’état actuel du web de web 2.0. en parallèle. ce qui a donné le terme de « mashup ».s’agit d’aller maintenant beaucoup plus loin pour se rapprocher le plus près possible de l’expérience humaine. qui offrent la possibilité de traiter de multiples éléments d’informations globalement. Il ne s’agit plus seulement de produire et diffuser de l’information. l’exploitation systématique de la 3D. comme lors de la première génération de l’internet. visioconférence. on peut considérer que cette étape se caractérise par le développement simultané d’usages interactifs. par le développement des réseaux sociaux et usages communautaires. la traduction simultanée renforçant la capacité d’échange et de dialogue en téléprésence. est un chantier ininterrompu.0. voire de décisions. On exploitera des agents autonome capables de propositions. L’avenir du web Depuis les premières esquisses d’Arpanet dans les années soixante-dix. Le web a déjà beaucoup muté depuis sans naissance avec le premier navigateur en 1993. mais de l’interpréter à la manière dont un humain est capable de le faire. par l’élaboration de contenus composites. savant dosage d’intuition. il n’en existe pas de définition précise. Toutefois. Génétiquement le web n’est pas un ensemble fini et balisé dont l’évolution obéirait à un plan central. le nombre de combinaisons est infini et la créativité des éditeurs et utilisateurs exploite à l’envi cet univers. messagerie instantanée…Comme toutes ces technologies peuvent s’agréger sous des formes multiples. plus tard des applications du web. les grands « ordinateurs » qui assurent les traitements et le stockage de l’information conserveront une existence physique bien réelle même s’ils ont vocation à . il est devenu plate-forme d’échanges interactifs et multimédia. par la généralisation des échanges en temps réel sous toutes leurs formes. tels que l’échange de medias riches – musique. L’informatique du nuage Si les objet informatiques vont se dissoudre dans environnement. l’ubiquité. de savoir… Les recherches actuelles portent sur la possibilité de confier à des machines des capacités de jugement et d’interprétation. D’outil de publication. En 2028. vidéos -. 1. de façon analogique. classer.

l’informatique du futur dispose d’une puissance considérable qu’il appartiendra de canaliser au seul profit d’un progrès lucide et démocratique. le réseau exploitant de façon dynamique toutes les capacités disponibles. Vecteur d’un monde informé. le partage de l’information se faisant sur un modèle massivement parallèle. sur une base tarifaire claire Cette approche. sur le modèle énergétique. jusqu’au web actuel n’est pas un phénomène isolé dans l’histoire industrielle.Exploiter la ressource informatique comme une source infinie ne nécessitant ni délai. réactif. mais aussi de multiples canaux de contrôle social. Cette lente marche en avant depuis les prouesses des pionniers.disparaître dans ce que l’on appelle aujourd’hui le nuage. Néanmoins on peut également avancer qu’à long terme la puissance de traitement des outils et des réseaux sera telle que cette concentration risque d’être inutile.Disposer de la possibilité de ne payer que ce qu’on utilise vraiment.Eliminer le fastidieux et aléatoire travail initial de définition de besoins. est fortement probable car l’informatique du nuage répond à trois aspirations fondamentales jusqu’alors considérées comme utopiques : . Et donc la disparition des informaticiens d’entreprise et de leurs machines tels qu’on les a connus jusqu’alors au profit d’opérateurs spécialisés. Elle implique à terme une totale virtualisation de la ressource informationnelle. Derrière le bruit. optimisant les ressources pour baisser les coûts et l’empreinte environnementale. artisans passionnés des premières applications. Il y a ceux qui considèrent que c’est un retour à la case départ du « service bureau » de la préhistoire de l’informatique où les ressources étaient si coûteuses qu’il fallait les partager en « time sharing ». Chaque étape du développement de l’informatique a en effet conduit à s’affranchir des contraintes matérielles et de développement de logiciel pour se concentrer sur l’usage en confiant à des acteurs spécialisés le soin de résoudre les problèmes complexes et sans valeur ajoutée pour l’utilisateur final. Nos comportements seront au cœur de ce futur : apprendre la science du discernement dans le traitement de l’information pour . dont le succès implique une révision profonde des modèles de conception et de tarification aussi bien du matériel que du logiciel. et la fureur de beaucoup d’acteurs qui y voient une mystification aussi bien qu’une menace contre les libertés et la propriété des données. et par conséquent ni absorption préalable de capital et de compétences . s’inscrit dans l’évolution à long terme de l’informatique. quelle est la vérité de cette tendance ? La structuration de la production de puissance informatique en « centrales informationnelles ». Certains pensent que l’informatique du nuage (« cloud computing ») est un concept marketing de plus dans cette industrie connue pour propulser régulièrement de nouveaux thèmes sur la scène médiatique avec inventivité et parfois peu de suite opérationnelle. moteur d’intelligence collective. ces projets qui ont laissé une trace souvent douloureuse dans l’histoire de l’informatique d’entreprise .

Jean-Pierre Corniou Directeur général adjoint de Sia conseil Professeur associé à l’Université de Paris Dauphine .qu’en fin de compte. quelle que soit l’assistance ou plus encore le pouvoir des machines. la réponse ultime soit laissée à la sagesse humaine.