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MAUPASSANT ET LA VISION FANTASTIQUE

Prof. Crăciun Florina, Școala Centrală, București

Si l’on ne peut donner une définition précise et définitive du fantastique, on peut du moins
tenter d’en définir les limites. La première frontière à établir est celle qui sépare le vécu de la fiction.
« La littérature fantastique se situe d’emblée sur le plan de la fiction pure…et il convient ici d’éviter
un malentendu tenace. Les récits fantastiques n’ont nullement pour objet d’accréditer l’occulte et les
fantômes » (R. Caillois).
La seconde frontière à établir est celle qui sépare le fantastique du merveilleux et de la
science fiction. « Le merveilleux nous introduit dans un monde qui a sa cohérence et ne comporte
pas de mystère, alors que le récit fantastique fait surgir dans l’univers quotidien des hommes un
événement surnaturel qui choque la raison humaine parce qu’il est l’irruption de l’inadmissible au
sein de l’inaltérable légalité quotidienne» (R. Caillois). La science fiction se situe dans un domine
différent de celui de la vie quotidienne, dans le domaine de la science et de la technique.
Il faut encore distinguer le récit fantastique du récit allégorique Micromégas de Voltaire, Les
Voyages de Gulliver de Swift qui nous décrit un monde différent du nôtre que pour nous faire
réfléchir sur celui qui nous entoure. Il faut enfin distinguer le récit fantastique du récit d’épouvante,
mis à la mode par le cinéma d’aujourd’hui.
Le phénomène fantastique
Précédé d’une introduction qui suite le moment, le lieu, les circonstances, les personnages, et
suivi d’une brève conclusion, le phénomène fantastique est un élément essentiel du conte. Il prend,
lui aussi, diverses formes et évolue au fil des contes. Dans Main d’écorché et La main, il s’agit plutôt
d’un événement fantastique, limité dans le temps et sans effet durable sur le narrateur, qui n’est que le
témoin. La nouvelle Sur l’eau comporte deux événements: la peur du canotier sur la rivière un soir de
brouillard et la remontée d’un cadavre que l’ancre a accroché. On peut hésiter, pour le qualifier, entre
« conte à faire peur » et « conte fantastique ». La peur nous décrit divers événements qui, par la
coïncidence, prennent une dimension fantastique. Avec La Chevelure intervient un élément nouveau
qui donne au fantastique un aspect troublant et inquiétant : la folie « Il faisait peur et pitié ; ce
Possédé ».
L’agent de la possession, contrairement au Horla, qui est indéterminé et pénètre totalement sa
victime, est ici un objet précis qui reste extérieur au personnage : une chevelure de femme. Cette
chevelure se transforme, mais uniquement dans l’esprit du narrateur, par une sorte de synecdoque
psychique, en une femme dont il tombe follement amoureux. La question que pose Apparition: femme
réelle ou hallucination?, reste sans réponse. Cette interrogation poursuivra le personnage le reste de sa
vie. Dans Lui ?, il s’agit encore d’une hallucination qui a forme humaine, mais elle n’est plus
extérieure au personnage, elle est le personnage lui-même qui s’est dédoublé par un phénomène
d’autoscopie. Avec Lettre d’un fou et Le Horla, l’hallucination n’a plus forme humaine, elle devient
une sorte d’hallucination négative : le personnage ne voit plus pas sa propre image dans un miroir. Il
se voit disparu. Il a pénétré dans un antimonde, dans le sens où l’on parle d’antimatière. Dans La
Nuit, tout prendre une dimension fantastique, puisque, les repères de temps et d’espace étant
complètement faussés, tout devient hallucinatoire.

Bibliographie :
Guy de Maupassant, Contes choisis, Larousse, Paris, 1982 ;
Roger Caillois, De la féérie à la science-fiction, préface à l’Anthologie du fantastique, Gallimard,
1966.