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LE PROPHËTISME DU RÉVEIL

SIX ÉTUDES
présentées à la Vllr CONVENTION DE DIEULEFIT

1930

1,
Ont déji paru :

L'EGLISE DU RtVEIL.
'

LA PIÉTÉ DU RtVEIL.

LA DOCTRlNE :pu RBVEIL.

Chaque vol. 9 fr. (port en plus)


LE

PROPHÉTISME
DU RÉVEIL

ÉDITION " LB MA TIN VIBNT"


DIEULBFIT
(Drôme)
1931
LE PROPHÉTISME

DANS LA BIBLE

Notre époque manque de prophètes !


Elle n'est pas dépourvue de chrétiens fidèles dont
l'ambition sincère est de glorifier Dieu par leur vie
et leur témoignage ; elle possède des serviteurs
consacrés ·accomplissant avec zèle et humilité un
ministère souvent obscur ; les apôtres eux-mêmes, à
lire nos journaux religieux, ne sont pas rares, si l'on
entend par ce mot un homme qui se donne tout
entier à une tâche spirituelle qui l'empoigne.
On parle même de créer des évêques et les titulai­
res seraient faciles à trouver.
Mais ce qui manque, ce sont des prophètes !
C'est-à-dire, des hommes et des femmes ayant
accepté de livrer leur vie· sans réticence à Dieu parce
qu'ils ont été contraints d'En-Haut par la vision de
Sa gloire et des âmes qui se perdent ; des hommes et
des femmes que Dieu a pris au mot et qu'Il a jetés
sur les routes du monde et de l'Eglise pour procla­
mer à la face de tous Ses exigences saintes ; des
6 LE PROPHÉTISME DU RÉVEIL

hommes et des femmes dont le message inspiré


s'impose aux foules comme aux maîtres de l'heure
et qui, tout en vivant dans le présent, plongent leurs
regards dans le passé pour en tirer les leçons salu­
taires, et vers l'avenir pour voir par avance l'accom­
plissement des décrets divins !
Les prophètes sont rares aujourd'hui.
Le Réveil les créera !
Les prophètes ! Après tout, qu'est-ce qu'un pro­
phète ? Il importe de donner, dès maintenant, les pré­
cisions et les définitions nécessaires.
Prophète, prophétie, prophétisrne ! Pour beaucoup
ces mots sont vagues : le prophète, c'est celui qui
prédit l'avenir, la prophétie, c'est une prédiction, un
point, c'est tout.
Il y a quelques années, un journal religieux (1)
donnait cette franche conf essi on d'un laïque qui, pour
la première fois, lisait la Bible, de la Genèse à l'Apo­
calypse :- « Ma surprise a augmenté en lisant les
prophètes. La plus grande partie de leurs écrits était
incompréhensible ; mais des passages assez nombreux
m'ont tout de suite paru se rapporter à la venue d'un
Sauveur. » La plus grande partie de leurs écrits était
incompréhens ible. Ne nous faisons aucune illusion,
pour la plupart de nos coreligionnaires, on peut mettre
sur le domaine de la prophétie �es mots qu'on lisait
dans les vieux atlas sur les territoires du centre de
l'Afrique : « Terre inconnue. » Le mot de Prophète
éveille encore dans les esprits l'image d'un Nathan
blâmant énergiquement le roi David après son crime,
d'un Elie pourchassant les prophètes de Baal confon­
dus, d'un Elisée guérissant miraculeusement Naaman

(1) La pioche et la truel�e, 189ii, p. 4.

\..
J,E PROPHÉTISME DANS LA BIBLE 7

le Syrien, ou bien la vüion d'Esaïe dam le temple de


Jérusalem et celle d'Ezéchiel contemplant la vallée aux
ossements desséchés. Mais n'allez pas plus loin. Pour­
quoi, du reste, s'en étonner ? Ouvrez un manuel d'his­
toire sainte ou un catéchisme en usage dans nos Egli­
'
ses et vous vous rendrez compte du peu de place qu y
occupent prophètes et prophéties (1).
Pour d'autres, tout ee qui concerne la prophétie
c'est l'étrangeté, la bizarrerie. Etranges ces hommes
aux actions symboliques qui lisent l'avenir dans une
branche d'amandier ou dans le bouillonnement de
l'eau d'une chaudière. Etranges leurs visions, qu'ils ne
se donnent pas la peine d'expliquer ; étranges leurs
paroles.....
Qu'est-ce donc qu'un prophète ?
Demandons à l'étymologie et à la Bible une réponse.
Trois noms, ayant chacun une signification spéciale,
désignent, dans l'Ancien Testament hébreu, la charge
des messagers extraordinaires de l'Eternel : Roéh,
Nâbi et Hhoséh. Tous les trois sont réunis dans le
même passage, 1 Chron. XXIX, 2·9, et appliqués à des
personnages différents, Samuel, Gad et Nathan (2).
Celui �ui voit (le voyant), celui qui parle, celui qui a
.
des v1s10ns, tel est Je sens littéral des termes hébreux.
Le premier et le dernier ne se distinguent que par des
nuances. Roéh semblerait indiquer un état prophétique

(1) Nous sommes heureu de faire une exception


onrerne le Nou1Jeau catéchxisme élémentaire de D Bonnefi n
en ce ui
�le m nnel met dès le début l'enfa nt présence de la chnt�
d � d en

�t1c�l �é���-�����t Ïa5���a1�a�i:l�� e�!����;l��:;'�r:n�a ::b!:


u.
(2) Les action du roi David sont écrite
sa

S�m�el te voyant (Roéh), dans le livre de sNadans le r .de


s
e ivre

dans le livre de Gad le p1·ophète mY:;s�h\ cfr�h����


�\\1X�·2;t
8 LE PROPHÉTISJ\IE DU RÉVEIL

plus habituel, Hhoséh quelque chose de plus tempo­


raire, en quelque sorte de plus accidentel. Le mot
Roéh, « voyant », tomba en désuétude après la réfor­
me de Samuel et fut remplacé par celui de Nâbi,
« prophète , (1).
L'expression Nâbi, « celui qui parle, qui se répand
en paroles » (ou « qui bouillonne en paroles » ), est
celle qui caractérise le mieux la mission du prophète.
Elle est employée rétrospectivement pour désigner les
premiers grands serviteurs de Dieu : les patriarches
(Gen. XX, 7 ; Ps. CV, 15) et la dignité exceptionnelle
de Moïse (Deut. XVIII, 6 à 22; XXXIV, 10 à 12). Dans
son acception véritable, le mot Ndbi a donc pour but
d'exprimer, dans le langage de l'Ancien Testament, la
vocation des hommes que Dieu avait mis à part pour
conduire Israël vers ses destinées rédemptrices et qu'il
avait, dans ce but, revêtus de Son Esprit (2).
C'est du grec que vient notre mot usuel : prophète.
Les auteurs de la célèbre version grecque des Septante
(n• siècle avant Jésus-Christ) traduisirent par Prophé­
tès le mot Nâbi ( 7rpocp�TY)ç, de 7rpo et fY,!J.1, parler avant,
proférer, proclamer. L'expression passa dans le voca­
bulaire de l'Eglise apostolique et désigna aussi les
hommes qui, à côté des apôtres, ont fondé et afîermi
l'Eglise..
Nous dirons donc que depuis les temps les plus

(1) Voir J.-A. BosT : Le dictionnaire de la Bible, s.rt. Prophète.


(2) Parfois aussi des femmes furent revêtues de l'füprit
prophétique (Ex. XV, 20 ; Jug. IV, 4 ; II Rois XXII, 14 à 20 ;
Néh. VI, 14 ; Esaïe VIII, 3). - On retrouve occasionnellement
le mot " nâbi " pour désigner les prédicateurs fanatiques des
divinités cananéennes et phéniciennes (Baal, Astarté, etc.
I Rois XVIII, lll, 40 ; II Rois X, 19) et les agitateurs politiques
qui simulaient l'inspiration prophétique (faux prophètes :
Es . IX, 14 ; Jér. VI, 13 ; XXVI, 7, 8, 11, 16 ; XXVIII, 1 ; Ez. XIII,
2 ; Osée IV, 5 ; XI, 7, 8, etc.). - (A. WESTPHAL, Jélwvah, p. 269).
LE PROPHÉTISME DANS LA BlBLE 9

reculés jusqu'au 11• siècle après Jésus-Christ, la Bible


affirme qu'il y a eu, d'abord dans le peuple de Dieu,
puis au sein de l'Eglise chrétienne p rimitive , surtout
au moment des crises graves, des hommes et des fem­
mes à la pi été exceptionnelle, appelés par Dieu, revê­
tus de son Esprit, d'un courage éprouvé, qui ont été
Jes porte-parole de l'Eternel. Leur autorité n'a pas
résidé essentiellement dans la beauté de leur caractère
ou dans leur position sociale, mais avant tout dans
l inspiration particulière qui leur était accordée. Tel
'

est le prophète (1).


Quant à la prophétie, nous dirons qu'elle est
·]'expression d'une volonté divine qui doi t se réaliser
tôt ou tard. Pour exprimer cette volonté, D ieu se sert
en tout prem ier lieu de ses grands servit eur s et par
conséque nt des prophètes, mais il peut choisir aussi
des hommes totalement inconscients du rôle qu'ils
jouent (Balaam, Nomb. XXII à XXIV ; Caïphe, Jean
XI, 51). La vie d'un héros de la Bible peut être aussi
une prophétie (H�noch, Gen. V, 21 à 24 ; Jude, 14),
comme l'institution d'un acte sacré (La Pâque, Ex. XII,
11 ; l Cor. V, 7. Le rocher, Nomb. XX, 11 ; l Cor. X, 4,
etc.). Dieu révèle aussi quelquefois directement une
prophétie (Gen. Ill, 15 ; XII, 2 et 3, etc.). Il est même
permis de considérer tout l'Ancien Testament comme
une prophétie. N'était-il pas pour le grand Apôtre
« l'ombre des biens à venir » (Col. II, 17) ? Les

(1). On a essayé d'assimiler le prophète d'Israël aux devins et


aux illuminés dn paganisme. Or, le paganisme nous présente
.
dans ce. domame de� hommes et des femmes dominés par des
conceptions pol�hé1stes. Ils sont le fruit d'nne civilisation
grossl�re, et on discerne chez eux les signes d'une exaltation
malad !ve (s�ggestion, hypnotisme). De plus, les voyants du
paganisme �1ment le mysthe et s'enferment en génfral dans
les sanctuaires où. le peuple superstitieux vient les consulter
(W. GUlTON, Cours inédit).
10 LE PROPHÉTISME DU RÉVEIL

« biens à venir n, c'était le Christ Rédempteur, la


Pentecôte vivifiante, tout ce qui reçoit en Jésus son
explication et trouve en lui son accomplissement.
Par Prophétisme biblique, nous entendrons l'ensem­
ble de ces manifestations et l'étude des personnalités
exceptionnelles choisies par Dieu pour en être le
véhicule.
Ce travail ne constituera qu'une modeste introduc­
tion aux études qui suivront.
Par souci _d e clarté nous l'avons divisé en trois
parties :

1. Le Prophétisme avant Samuel, ou Dieu révélant


à l'homme son existence, sa volonté, ses desseins.

II. La grande période du Prophétisrne d'Israël illus­


trée par les géants de la cause divine.

III. Le Prophétisme dans l'Eglise chrétienne primi­


tive.
En développant ce plan, nous n'oublierons pas les
paroles placées en exergue du programme de ces réu­
nions:
De même que dans un Israël dégénéré et rebelle
<c

il y eut des hommes qui se sont levés pour dire tout


ce que Dieu avait à dire à son peuple ; de même, au
sein d'une Eglise décadente, Dieu veut susciter des
hommes qui aient le courage de dire tout ce qu'il pense
de son peuple. »
LE PROPHÉTISME DANS LA BIBLE 11

Le Prophétisme biblique avant Samuel

Ce n'est pas un espace de quelques lignes qui


devrait séparer, au chapitre XI de la Genèse, le récit
de la Tour de Babel de la généalogie des descendants
de Sem, mais une page tout entière ; et au lieu d'être
blanche sa couleur devrait être noire.
Elle dirait la période la plus sombre de l'histoire de
l'humanité, celle où Dieu est resté muet, et où les 'hom­
mes, dispersés sur la face de toute la terre, ·ont connu
réellement les ténèbres.
Elle dirait encore la déception de Dieu, sa souffrance
devant le péché de l'homme opposant sa volonté à la
sienne et bâtissant ses projets d'avenir sans faire au
Créateur une part dans ses plans.
Elle évoquerait les luttes tragiques des descendants
d'Adam cherchant dans les divinités muettes de pierre
et de bois une explication du passé, une réponse à
leurs anxiétés, une sauvegarde pour l'avenir.
Mais Dieu se tait.
La fumée des sacrifices monte devant les statues des
faux dieux et dans les parvis des temples du paga­
nisme ; l'immoralité se donne libre cours. Les jours
succèdent aux jours ...
Et Dieu se tait toujours.
I l y a longtemps que la terre a bu le sang d'Abel, la
première figure prophétique de l'Ancien Testament
.
(Gen. IV, 10 ; Hébr. XII, 24) ; a-t-on encore gardé,
parmi les hommes, le souvenir d'un Hénoch « qui
marcha avec Dieu et qui ne fut plus parce que Dieu
12 LE PROPHÉTISME DU Rl�VEIL

;
l'avait repris (1) » ; ou d'un Noé, cc l'homme juste et
intègre qui exécuta tout ce que Dieu avait ordonné >l ?
Un voile épais est désormais tendu entre ciel et terre :
les hommes ont perdu Dieu. Une nouvelle révélation
a été rendue nécessaire. L'heure est venue pour Dieu
de se faire connaître à nouveau à cette terre ravagée
par la chute. L'heure est venue pour Dieu de se créer
un peuple qui lui appartienne et de lui faire connaitre
Sa volonté qu'il trammettra plus tard à tous les autres
peuples.
Mais quels seront les êtres exceptionnels capables
de collaborer avec Lui à une si grande œuvre?
Existent-ils seulement dans ce chaos de paganisme et
d'immoralité ?
Dieu en a trouvé deux, ou plutôt, Il les a suscités
et patiemment formés. Ces deux êtres, c'est Abraham
et Moïse.
Abraham? Qui était donc Abraham? Un sage? Un
prodigieux génie, ayant su, tel Prométhée, arracher à
la nature un secret générateur de toutes les découver­
tes futures? Un guerrier ? Le donateur d'une terre
avant lui inconnue? L'héroïque vainqueur de mons­
tres ou de fléaux affreux? Un navigateur fameux par
ses périples? Un révélateur de la beauté suprême? Un
roi puissant et glorieux? Non, point ! La Bible met en
évidence la cause de la grandeur d'Abraham : la Foi.
Ce qu'Abraham pouvait être à d'autres égards, nous
J'ignorons, mais ce qui ressort clairement des passages
bibliques qui nous rapportent son histoire, c'est qu'il
crut I
Il crut quand retentit à Charan la voix d'En-Haut.
Et il s'enfonça dans les sables du désert, poussant
devant lui ses innombrables troupeaux.

(1) Hénoc prophétisa, dit l'épitre de Jude, 14.


LE .PROPHÉTISME DANS LA BIBLE 13

Il crut à la promesse inYraisemblable : (c Je ferai de


toi une grande nation, et je te bénirai ; je rendrai ton
nom grand, et tu seras une source de bénédiction. n

Il crut quand Dieu lui promit un fils et quand Il


''oulut, pour l'éprouyer, le lui redemander tragique­
ment.
Il crut, il eut la foi. Il déclara l'inYisible plus réel
que le visible, et il marcha en conséquence, il se
donna, il se livra sans réserve. Et cela lui fut imputé à
justice.
Devant ce géant de la vie spirituelle les rois de la
terre s'inclinent en offrant leur bénédiction et des
présents (Gen. XIV, 17 à 24) et Dieu lui-même l'intro­
duit dans Ses conseils et lui révèle Ses desseins
(Gen. XVIII).
« Va-t-en de ton pays, de ta patrie, et de la maison
de ton père, dans le pays que je te montrerai ! >> En
répondant par l'obéissance, Abraham inaugure la
reprise des rapports moraux de l'humanité avec Dieu :
elle devait aboutir à la communauté chrétienne.
Il y a désormais sur la terre une famille croyante,
une famille gui nous étonnera par les défaillances
momentanées de quelques-uns de ses membres, mais
une famille qui porte en elle Dieu et les destinées du
monde.
Avant de rendre le dernier soupir sur l a terre
'.
d Egypte, un de ses représentants, Jacob, dans une
vision prophétique, fixera à l'avance une partie de ces
destinées et désignera la branche qui donnera nais­
sance au Sauveur du monde :
Juda, tu recevras les hommages de tes frères.
Le sceptre ne s'éloignera pas de toi
Jusqu'à ce que vienne le Schilo (1)

(1) Ou « Celui à qui appartient (le sceptre) ., ,


14 LE PROPHÉTISME DU RÉVEIL
/
1
'

,.
Et que les peuples lui obéissent... (Gen. XXXIX, 8
à 1-0).

Si la foi est l'élément caractéristique qui nous a


frappé chez Abraham, c'est bien l'intimité avec Dieu
qui retient notre attention chez cet autre géant spiri­
tuel de la Bible : Moïse. Ses contemporains en ont été
' )
déjà émerveillés (Ex. XXXIII, 1 1 ; Deut. XXXIV, 10).
Moïse, c'est le véritable homme de Dieu (Deut. XXIII,
. .
' 1 ; Josué XIV, 6 ; Ps. XC, 1). Il est grand, non seule­
ment parce que d'un ramassis d'esclaves il a fait un
peuple auquel il a donné une Patrie dont il n'a pu
1,
.. fouler lui-même le sol ; non seulement parce qu'il a
écrit le Pentateuque, le premier ouvrage qui fut peut­
être composé par les hommes et qui subsistera même
2 quand la terre aura passé. Il est grand, pa,rce qu'il a
"
' été tout près de Dieu et parce que Dieu lui a parlé.
« Il n'a plus paru en Israël de prophète semblable à
Moïse que l'Eternel connaissait face à face. Nul ne
peut lui être comparé. .. » (Deut. XXXIV, 10).
Il fallait ce géant.
�braham avait redonné Dieu à la terre, si bien qu'on
disait en parlant de Lui : « Le Dieu d'Abraham, Isaac
et Jacob ».

,.
. Moïse, lui, a fait connaître à cette même terre la
Loi, les exigences, la volonté de ce même Dieu, si bien
qu'on dira dès lors : << Il est écrit dans la Loi de
Moïse. »

Avant Moïse, on connaissait le Dieu Créateur et Pro..


vidence qui étend sa protection sur eeux qui se confient
en Lui. Depuis Moïse on a connu le Dieu qui est Eter..
nel, Vie et Volonté et qui exige l'obéissance.
Cette Révélation n'a pas été inscrite d'un seul coup
dans l'esprit du peuple d'Israël. La Bible nous montre
combien il a fallu de patience et de temps.

1
·\
LE PROPHÉTISME DANS LA BIBLE 15

Il a fallu d'abord que Dieu brise la résistance de


Moïse derrière Je buisson en flammes du désert d'Ho­
rcb : cc Qui suis-je ? Ah ! Seigneur, je ne suis pas un
homme qui ait la parole facile.. . » - Va donc, Je serai
avec ta bouche. - cc Ah ! Seigneur, envoie qui tu vou­
dras envoyer. » Alors la colère de l'Eternel s'enflam­
ma contre Moïse...
Il a fallu que l'ange passe sur les maisons égyptien­
nes et extermine Jes premiers-nés du peuple pendant
que chez Jes faiseurs de briques on mangeait en silence
l'Agneau immolé.
Il a fallu essuyer l'alerte de la Mer Rouge, l'attaque
d'Amalek, les murmures du pe u ple à Mara, à Elim, à
Rephidim, à Horeb, à Kadès, à Hor. Il a fallu le Sinaï
et ses fumées, ses tonnerres et ses éclairs, le peuple
tremblant au pied de la montagne ; et puis, la longue
marche dans un affreux désert.
Maintenant, ô Moïse, ton œuvre est achevée ! Tu
peux gravir les pentes du Pisga. Jette un dernier
regard sur ce peuple « au col roide » que tu as conduit
jusqu'aux portes de la Terre Promise. Sur lui vien­
nent de retentir les promesses prophétiques de Balaam,
fils de Beor :

C'est un peuple qui a sa demeure à part,


Et qui ne fait point partie des nations...
... L'Eternel, son Dieu, est avec lui,
Il est son roi, l'objet de son allégresse ...
... Un astre sort de Jacob,
Un sceptre s'élève d'Israël.
Israël triomphera.
Oui un dominateur naîtra
: de Jacob ...
Bém soit .
quiconque te bénira
Maudit soit quiconque
te ma dira ! �
'(Nomb. XXIII, 9, 21 ; XX
, IV, 9, 17 à 19).
16 LE PROPHÉTISME DU RÉVEIL

Devant toi s'étend le Pays de la Promesse, de la


torride et profonde vallée du Jourdain à la vaste mel',
de Jizreel aux plaines fertiles à Escal aux vignes
luxuriantes. Elle est là, cette terre si ardemment
souhaitée, avec ses collines et ses vallées, ses champs
et ses forêts dans tout l'éclat du printemps : « C'est
là le pays que j'ai juré de donner à Abraham, à Isaac
et à Jacob, en disant : Je le donnerai à ta postérité. 11

Là s'établiront les tribus délivrées ; au delà des monts


grandira la Ville Sainte gardienne de la Loi. Dans ces
plaines retentira la voix des prophètes qui continue­
ront ton œuvre. Et, un jour, sur ces mêmes collines.
apparaîtra Celui que tu as salué par avance quand tu
t'es écrié : L'Eternel, ton Dieu, te suscitera du milieu
de toi, d'entre tes frères, un prophète comme moi :
vous l'écouterez ! (Deut. XVIII, 15).
Monte plus haut encore, ô homme de Dieu ! Un
autre spectacle, plus merveilleux, se déroulera à tes
yeux. Ce ne sera plus le Jourdain et ses palmiers,
mais le fleuve d'eau vive, clair comme du cristal ; ce
ne sera plus le sommet rocailleux du Nébo, mais « un
grand trône blanc 1> et tout autour « une lumière
inaccessible ''. Ainsi Moïse, serviteur de l'Eternel,
mourut.

II

Les Prophètes d'Israël

De Sion l'Eternel rugit,


De Jérusalem il fait entendre sa voix.
Les pâturages des bergers sont dans le deuil,
Et le sommet du Carmel est dess-éch
. é. (Amos I, 2).

�.
LE PROPHÉTISME DANS LA BIBLE 17

Ainsi parle l'Eternel :


A cause de trois crimes de Juda,
Même de quatre, je ne révoque pas mon arrêt ;
'
Parce qu'ils ont méprisé la loi de l Eternel
Et qu'ils n'ont pas gardé ses ordonnances,
ngères
Parce qu'ils ont été égarés par les idoles menso
Après lesquels leurs pères ont marché,
J'enverrai le feu dans Juda
s Il, 4 et 5).
Et il dévorera les palais de Jérusalem. (Amo
cette hardiesse ?
Qui parle avec cette fougue et
proph ètes
Amos, le berger de Tékoa, le premier des
rvés (1).
d'Israël dont les écrits nous aient été conse

(1) C'est volontairement que nous passons sous silence le


prophétisme biblique de Josué jusqu'à A mos . Ce n'est pas p � r
manque d'intérêt, m ais par faute �e. place. Nou � sommes obh­
gés de no us contenter de d on ner 1c1 un pâle resnmé de cette
période .
Le peuple élu est entré dans la Ter re- Sainte sous la conduite
de J9sué. Le line qui porte le nom du successeur de Moise
nous montre, malheureusement, l'infidélité des tribus qui
dé sobéis sent à l'Eternel et se mêlent aux peuples idolltres
qu'elles devaient chasser. Cette infidélité justifie le c h. XXIV
du livre, où Josué pa rle en pr o phète et obtient du peuple
israélite cette promesse : Nous sen·irons l'Eternel 1
Le Livre des Juges déplo re les c on séq ue nce s de l'infidélité
d'Israël pendant les jours de Ja con quête. C'e!t l'obscnrité,
l'idolâtrie, la honte. Mais c'est aussi les heures héroïques et les
sublimes déli"Tances dues à ce s héros, les Juges, suscités par
l'Eternel. L'élément prophétique y est re prése nté par Débora
, (IV et V), ln Jeanne d•Arc des Hébreux, et le Voyant que l'Eter­
nel envoie pour exhorter les tribus au temps de Gédéon (VI 7
à 10).

La sombre période des Juges prend fin par un Réveil reli­


.
tiieux. Samuel est l'homme choisi par Dieu pour le faire
éclater à �!itspa (I � am. VI, 2 à 6). Samuel apparaît
à la tête
des prophetes, serviteurs du Dieu d'Israël.
Il les g roupe en
É"col t;s e� les envoie parcourir le peuple élu.
Le t hème de la.
é<! .
pr 1cat 1on prophéhque de Samuel tient
dans ces mots :
..
" L ohe1ssa .
nce vaut mieux que les sacrifices et l'observation
de sa parole mieux que la graisse des
béliers. n (1 Sam. XV,
2�). �al�eureusement, la trahison du peu
� ons �1tuhon théocratique : des rois r
.
ple fait échouer la
égne ro nt désormais sur
srael ; le prophète ne sera plus le chef
du peuple de Dieu
mais �'h oI?me de réaction au sein '
d'une société infidèle.
David, l un de ces rois, a cependant
m é rité le nom de Roi-

2.
18 LE PROPHÉTISME DU RÉVEIL

L'Egypte est fière de ses architectes qui ont conçu


le plan des monuments dont les ruines émerveillent
encore ; la Phé.nicie a eu ses navigateurs qui ont porté
jusqu'aux extrémités du monde connu les produits de
l'Orient ; la Grèce a compté les plus grands tragiques,
les plus grands rhéteurs et les plus grands philoso­
,, phes de l'antiquité ; Rome a fait rayonner son génie
par ses légions sur des territoires immenses. Israël,
lui, est le peuple le plus pauvre en monuments, en
inscriptions, en témoins visibles d'un glorieux passé ;
il n'a pas même, comme les Moabites, une stèle de

P roph è-te . Il re�oit la pr ome sse messianique (Il Snm. VII, 12,
16 ; XXIII, 5). L'Eternel refuse le temple qu'ayec enthousiasme
il c hercha it à lui él ever ; et il lui promet une maison spiri­
tuelle , une descendance éternelle d'où sortira pour l 'h urua ­
Dilé le germe du salut. Sous l'inspiration d'En-Haut, David
chante dans les psaumes la venue, les souffrances et la gloire
du Mess ie futur (Ps. XXI I l .
Salomon pressent en Lui la Sagesse incréée et lui con sac re
son plus beau chant (P rov. 1 à IX, surtout VIII, cf. Ps. LXXII).
Les livres h i stori ques des R ois cl des Chroniques mettent
sous nos yeux la vie et les actions des Rois d'Israël et d.e
Juda. Leur infidélité f ré q ue nte attire sur eu x les menaces et
les censures des prophètes. Successivement, nous v oy o n s sur­
gir Nathan (Il Sam. VII, XII), Gad (li Chron. XXIX, 25 · ;
II. Sam. XXIV, 11), Schemaeja (1 Rois XII, 22 ; II Chron. XI, 2),
Achija (1 Rois XIII, 1 à 10 ; XIV, 1 à 28), Jt!liu, fils d'Hanania
• 1 (1 Roi s XVI, 1 à 4), Michée, fils de Jimla (1 Rois XXII, 8 ;
li Chron. XVIII, 8, 26) et d'autres dont les noms sont restés
inconnus (1 Rois XIII, 1).
La lutte entre r ois et proph è te s s'accentue dans la pe r sonne
d'Elie (1 Rois XVII à XXII). C'es t un instant poi g nant de la
grande lutte qui, née dans le pe u p le hébre u, a fini par domi­
ner l'histoire du monde ; la lutte ent re la conscience .morale
qui dit : " Il y a un bien et il y a un mal, attache-toi au bien
et sers-le 1 n et les p assions humaines qui disent : • Prends
ton plaisi r où tu le trouves et cherche ton i nt érê t. » Elie a
sauvé la Loi morale et religieu se de l'Eternel.
Autres prophètes dont nous ne citons que les noms : Elillte
(Il Rois II à XIII), lddo (Il Chron. IX, 29 ; XII, 15 ; XIII, 22),
Azaria, son fils (II Cbron. XV, 1), Jachaziel (Il Chron. X.X, 14).
Les dernièr es pages du deuxième livre des Rois nous don­
1
'. nent le cadre de l'activité des p rophè t es dont les écrits nous
sont restés et suivent immédiatement le livre des Rois dans
la Bible hébraique,
LE PROPHÉTISME DANS LA BIBLE 19

Mésa qu'on puisse aller voir et toucher au Louvre.


Bien plus, les écrits qui nous ont conservé ses tradi­
tions et leurs échos nous laissent ignorants, le plus
souvent, de ce que. vantent d'ordinaire des annales ;
de son plus grand roi, David, nous connaissons mal et
superficiellement les guerres et les succès, pour
apprendre surtout les grandeurs et les misères de
l'homme moral et religieux.
La Bible déçoit constamment l'homme curieux, sur­
tout d'histoire, pour ne guère satisfaire que l'àme
avide de pardon et de justice. Omri, Jéhu, Ezéchias,
que mentionnent les inscriptions assyriennes, ne sont
pas aq nombre de ses héros. Ceux-ci sont Moïse,
Nathan, Elie, Amos, Osée, Esaïe, Jérémie, d'autres
encore, tous inconnus de l'histoire, comme le sera
Jésus de Nazareth, comme l'était déjà Abraham. Ce
sont tous des héros de la foi dont la longue théorie se
.déroule et dont chacun remplit nos âmes d'admira­
tion (1).
Qu'est-ce qui caractérise le prophète d'Israël ? (2).
t • D'abord, la conviction formelle qu'ils ne le sont

(1) D'après La Bible telle qu'elle est, art. Abraham, par


Roger HOLLARD.
(2)!I e s t difficile d'indiquer une chronologie exacte des
prophetes d' Isra ël. Celles qui ont é té données jusqu'à ce jour,
même p ar l'es hommes les plus fidèles au texte sacré, ne
con cord e nt pas entre elles.
Voici l'ordre qui nous paraît être le plus exact (quelques-
11nes des ap1•réciations qui suivent le nom de ch a c un des

proph tes sont tirées de la brochure de M. AL WESTPHAL :
L'An_cien Testamen_t, d'où il vient, ce qu'il contient, ce qu'il
ense igne aux chrétiens) :
Am �s (760 av. J.-C.), prophète de la Justice ; Osée (750),
prophete de l , Amour. Tous deux, prophètes dans le royaume
d'lsrael.
Dans le royaume de Juda : Esaïe (740 à 690) prophète de
la s�i nteté de l' Ete rnel ? �ichée (725), prophèt e'
du culte en
esprit et des temps mess1amques ; Nahum (650 à 625)' chantre
de la ruine de Ninive ; Jérémie (626), prophète de la vie inté-
20 LE PROPHÉTISllIE DU llÉ\'EIJ

pas par leur propre volonté, mais qu'ils ont été' subju­
gués et contraints d'En-Haut.
(< Regardez-les plutôt se débattre sous l'étreinte du
Dieu qui intervient dans leur vie, les retourne et les
jette, tout frémissants, à la rencontre de l'huma­
nité !
Pas un ne se propose ; ils sont tous pris de force.
Pas un ne poursuivra le cours normal de sa destinée.
La révolution qu'ils apportent au monde commence
par leur propre vie. Tous ont quelque chose à quitter.
Abraham doit renoncer à sa patrie. Les autres doivent
se renoncer à eux-mêmes.
« Ne m'envoie pas ! 11 supplie MoïsC'. - cc Mar­
che ! 1> dit Jéhovah. « Reprends ma vie ! n clame
Elie au désert. - (< Marche ! n dit Uhovah. « Je ne
suis ni prophète, ni fils de prophète ! n s'écrie Amos.
- (< Marche ! 11 dit .Jéhovah. (( Je ne suis qu'un
enfant, laisse-moi ! 1> implore Jérémie. - (( Mar­
che ! 1> dit Jéhovah. (( Délivre-moi de mon écharde ! ,,
prie saint Paul. - (( Marche ! » dit Jéhovah. Et ce
mot impérieux : (< Marche ! 1> prononcé d'un bout à.
l'autre de l'épopée biblique, brise toutes les résistan­
ces, surmonte tous les obstacles, provoque tous les
héroïsmes, explique tous les miracles, et donne au
monde stupéfait le spectacle de vaincus victorieux,
qui marchent, écrasés sous le poids de la m1ss1on
divine, depuis Moïse et ses saintes colères, jusqu'à

rieure ; Sophonie (625), prophète des menaces de l'Eternel ;


Habacuc (v1• siècle), prophète de la justice par la foi ; Ezé­
chiel (592), pasteur des exilés ; Abdias, prophète de la ra.ine
d'Edom (vl" siècle) ; Daniel (Vl" siècle), prophète des temps de
la fin ; Aggée (520), Zacharie (520) et Malachie (445), prophètes
de la communauté juive.
On place Jonas, prophète de Ninive, vers 780, et Joël, pro­
phète de la Pentecôte, un siècle plus tôt, sans qu'il soit possi­
ble de préciser ces dates.
LE PROPHÉTISME DANS LA BIBLE 21

Jean-Baptiste dans les angoisses du cachot, jusqu'à


saint Paul dans ses tribulations ..... , oserai-je le dire,
jusqu'à Jésus lui-même, s'écriant dans son agonie :
<' Père, délivre-moi de cette heure ... toutefois non pas

ma volonté, mais la tienne ! >> Théorie de victimes


-

par qui Dieu a vaincu Je monde, mais qui ont donné


en leur martyre la preuve suprême que jamais la
nature humaine, livrée à ses propres forces, à ses
seules inspirations, n'eût pu par son initiative donner
au monde « Je salut qui vient des Juifs » (1).
<< Ainsi parle l'Eternel ! »

2° Le prophète est le serviteur que Dieu a établi


pour « arracher, abattre, ruiner et détruire » (Jér.
1, 10).
u J'enverrai le feu dans Juda, s'écrie Amos, et il
dévorera les palais de Jérusalem. n {Amos Il, 5).
Et voilà ce qui est surprenant, extraordinaire :
d' Amos à Ezéchiel, tous les prophètes annoncent que
l'Eternel va détruire son peuple (2).
Jusqu'à présent Il a toujours comblé Israël de ses
bienfaits ; sans doute, quand Je peuple péchait, son
Dieu le punissait mais seulement par des peines tem­
poraires (Amos IV, 6 à 1 1), espérant toujours qu'il
reviendrait à Lui. Maintenant la mesure est comble :
l'Eternel change d'attitude à l'égard de lui. Au lieu de
lui faire toujours du bien comme autrefois, il est
décidé à le détruir.e.

A cause de trois crimes d'Israël,


Même de quatre, je ne révoque pas mon arrêt.
(Amos Il, 6).

(1) Al�xandr e WESTPHAL : nhovah, p. 184 .


. (2� . prédit la
Ehe a�ait même chose (1 Rois XIX, 17 et 18)
ainsi que Michée, fils de Jimla (1 Rois X,."{ll,
17).
22 LE PROPHÉTISME DU RÉVEIL

Avec insistance ce message revient : la ruine est


inévitable, irrévocable, imminente (Amos Il, 5, 13 ;
Osée IV, 3 ; IX, 7 ; Esaïe V, 5 à 7 ; Michée I, 6 ; Jér.
VII, 15 ; Soph. I, 4 ; Hab. 1, 6 ; etc.). Aussi, c'est la
stupeur, l'indignation, la fureur qui s'emparent des
auditeurs : Amos est banni, Osée traité de fou et per­
sécuté, Jérémie jeté dans la citerne.
Les causes de ce brusque changement d'attitude de
l'Eternel vis-à-vis de son peuple sont multiples ; Osée
les résume admirablement (XIII, 9) :

Ce qui cause ta ruine, Israël,


C'est que tu as été contre moi, contre celui qui pouvait
[te secourir.

Oui, il s'est passé cet événement inouï : Israël a été


sauvé du pays de la servitude, Israël a été rassasié par
son Sauveur, Israël a connu les volontés de l'Eternel,
et pourtant, Israël a oublié son Dieu (Osée XIII, 4 à 6 ;
Esaïe XVII, 10 ; LI, 13 ; Jér. Il, 32 ; Ill, 21). Et cet ·

oubli a déroulé les tristes conséquences contre les­


quelles s'élève le prophète :
L'alliance avec les peuples puissants, l'Egypte (Es.
XXXI, 1 à 3) et l'Assyrie (Osée XVII, 11), la confiance
placée dans les grands de la terre (Osée XIII, 10 ;
cf. Jér. XVII, 5) ; l'injustice, l'iniquité, le luxe effréné,
la mode orgueilleuse, la rapir:ie, l'adultère, le meurtre
(Osée IV, 1 à 2 ; Amos 1 et II ; III, 10 ; VI, 4 à 6 ;
Esaïe Il, 11 et 12 ; III, 16 à· 24 ; etc.).
Le peu de religion qui reste au peuple n'est que for­
malisme odieux (Amos V, 21 à 24 ; Osée VI, 4 à 6 ;
Es. I, 10 à 20 ; Jér. VII, 1 à 15) ou idolâtrie scanda­
leuse (Osée IV, 12 à 14 ; Amos V, 21 à 25 ; Jér. Il, 23
à 25 ; Hab. Il, 18 à 20 ; etc.). ·

Aussi, un châtiment terrible va fondre sur le peuple

"
\\
LE PROPHÉTISME DANS LA BIBLE 23

rebelle : ses territoires seront ravagés, ses villes


détruites par le feu, ses habitants décimés par l'épée,
la peste et la famine ou traînés en exil (Amos VI, 7 ;
VII, 11 ; Osée X, 6 ; Jér. V, 19 ; XIII, 17 ; XXII, 26 ;
XXV, 1 à 14 ; etc.). .

Le prophète voit par avance l'ennemi s'approcher


avec ses cavaliers et ses chars de guerre, il lui semble
entendre les cris de détresse du peuple, il discerne les
cadavres qui jonchent les rues des vi Iles (J ér. IV, 20,
24, 26, 29; V, l, 17 ; VI, 6, 22; Hab. I, 6 à 11 ; Ez. VII,
15). A cette pensée, la terreur s'empare de l'homme de
Dieu ; il chancelle comme un homme ivre ; son mes­
sage l'épouvante lui-même (Osée IX, 7 à 9 ; Jér. IV, 10,
19 ; VIII, 18, 21 ; IX, 1). Il crie, il supplie, mais e n
vain ; il entremêle ses menaces d'appels à l a repen-
tance :

Reviens, infidèle Israël !


Car je suis miséricordieux, dit l'Eternel.
Reconnais seulement ton iniquité ...
Revenez, enfants rebelles !. .• (Jér. I II, 12 à 14).

(Cf. Amos V, 4 à 6 ; Osée XIV ; Soph. Il, 1 à 3 ; Joël


II, 12).
La tache est indélébile ; Israël a dit, a fait des choses
criminelles, il les a consommées : le châtiment est iné­
'•itable (Jér. III, 5).

3° N'y aura-t-il pas, dans ces accents terribles, l a


parole qui relève, l'éclair q u i illumine la nuit ? Les
menaces résonneront-elles sans promesses aux oreilles
des rebelles ? L'Assyrien et le Chaldéen, « verge de la
colère de l'Eternel » (Es. X, 5), enfouiront-ils à jamais
Je peuple élu dans le tombeau ? Non, car l'Eternel se
souvient de ses promesses. Et s'il a appelé le prophète
pour arracher, abattre,. ruiner et détruire, « il l'a éta-
24 LE PROPHÉTISME DU RÉVEIL

bli aussi sur les nations et sur les royaumes, pour bâtir
et pour planter n (Jér. 1, 9 et 1 0 ) .

T a blessure est gra,·e.


Ta plaie est douloureuse . . .
J e t'ai châtiée a\'ec violence,
A cause de la multitude de tes iniquités ...
Mais je te guérirai, je panserai tes plaies,
Dit l'Eternel. .. (Jér. XXX, 1 2, 14, 1 7 ) .

Sur l a terre étrangère, les réchappés s e souviendront


de l' Eternel (Ez. VI, 9). Un reste subsistera (1) et Dieu
le ramènera. Ce sera le retour de l'exil :

Consolez, consolez mon peuple,


Dit votre Dieu.
Parlez au cœur de Jérusalem, et criez-l ui
Que sa servitude est finie . (Es. XL, 1 et 2 ) .
. .

J e t e rassemblerai, ô Jacob !
Je rassemblerai les restes d'Israël ... (Mich. Il, 12) .

Les rachetés de l'Eternel retourneront,


Us iront à Sion avec des chants de triomphe,
Et une joie éternelle couronnera leur tête ... (Es. LI, 1 1 ) .

La ville sera rebâtie sur ses ruines,


Le palais sera rétabli comme il était.
Du milieu d'eux s'élèveront des actions de grâces
Et des cris de réjouissance...
Vous serez mon peuple
Et j e serai votre Dieu (Jér. XXX, 18, 19, 22).

(1) Esaïe IV, 2 ; X , 2 2 ; Jér. V, 18 ; E z . VI, 8 ; Mich. Il, 1 2


e t 1 3 ; IV, 6 à 8 ; Sopb. III, 1 2 à 20, • _
\,

I.E PROPHÉTISME DANS LA BIBLE 2.5

Porte tes yeux alentour, et regarde :


Tous ils s'assem blent, ils viennent vers toi ;
Tes fils arrivent de loin ...
Tressaille et réjouis-toi. . . (Es. LX, 4 et 5) ( 1 ) .
Mais la vision prophétique n e saurait être bornée au
i'etour de la déportation en Chaldée. Elle s'étend à
l'infini.
Comme dans un immense tableau dont ils ne se sou­
cient pas de distinguer les plans divers, les inspirés
annoncent, avec assurance, une restauration totale,
une prospérité inouïe, une ère de félicité et de justice
inaugurée par Je Messie, un jugement final qui rendra
à chacun selon ses œuvres. Ainsi parlent, avec une
originalité de traits qui manifeste chez eux, non la
simple répétition d'une doctrine traditionnelle et d'un
lieu commun, mais l'expression de visions person­
nelles, Esaïe, Michée, Sophonie, Habacuc, Jérémie,
Ezéchiel (2) .
La place nous manque pour analyser ici chacune
de leurs prophéties ; mais nous pouvons, presque au
hasard, relever quelques traits :
Avec quelle sûreté Michée prédit la gloire de
Bethléem « petite entre les milliers de Juda », mais
de laquelle sortira Celui qui dominera sur Israël et
qui sera glorifié jusqu'aux extrémités de la terre
(Mich. V, 1, 3) .
Esaïe le contemple de ses yeux. Avec quelle force il

(1) Cf. Esaïe XIV, 1 ; XL, 1 à 11 ; XVL, 20 à 22 ; LI, 1 1 , 17 ;


LII, 1, 7 ; LIV, 1 à 1 7 ; L.X, 1 à 22 ; Jér. XXX, 1, 1 7 , 22 ;
XXXI, 1, 27, 31, 34 ; XXXII, 36 à 47 ; XXX I II ; Ez. XXXVI 1 à
15 ; Osée XI, 10 et 11 ; Amos IX, 14 et
1� ; Joël III' 1 2 '· �t
Abdias, XVII ; Mich. II, 1 2.
(2) V. Esaie II, 1 à 4 ; XI, 1 à 10 ; XXXV, 1 à 10 ; Jér. XXX I,
31 à 34 ; Ez. XXXVI, 1 à 15 ; Micb. IV ; Soph. III, 9 à 20 ;
Zach. IX, 16 à 17 ; XIV, 9 à 1 1 ; Mal. III.
26 LE PRO PHtTI SME DU RÉVEIL

esquisse son ministère ; a\·ec quels accents il le


· '
dépeint cloué sur le bois, expiant dans sa chair les
péchés du monde après avoir été conduit à la mort
<« comme la brebis muette devant ceux qui la ton­
dent » (Es. IX, 5 ; LXI, 1 et 2 ; L i i i , 3 à 8) .
Zacharie le montre dans son entrée triomphale
., exactement telle que sera celle de Jésus au jour des
Rameaux : «« Sois transportée d'allé>grcsse, ô Sion .. .
Voici, ton roi vient à toi, humble, monté sur un .âne .. .
Il annoncera l a paix aux nations. » (Zach. I X , 9 et 10).
L'horizon de l a \ision s'élargit encore : tous les peu­
ples seront appelés (Es. LV, 1 à 1 3 ) . L'Eternel répan­
dra son Esprit sur toute chair (Joël I l , 28 à 30) . Et
c'est l e s splendeurs du Millénium qui sont décrites
avec chants de triomphe :

Le désert et le pays aride se réjouiront ;


La solitude s'égaiera, et fleurira comme u11 narcisse ;
Elle se couvrira de fleurs, et tressai l l ira de joie,
Avec chants d'all égresse et cris de triomphe...
Alors s'o uvriroht les yeux des aveugl es,
S'ouvriront les oreilles des sourds ... ,
Alors le loup habitera avec l'agneau ...
Le veau, l e lionceau et le bétail qu'on engraisse seront
[ensemble,
Et un petit enfant les conduira.
La terre sera remplie de la connaissance de l'Eternel
Comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent.
(Es. XXXV, 1 à 1 0 ; XI, 1 à 12) (1).

Vibre, ô prophète ! Transporte-nous p a r tes visions


j usqu'aux bornes de l'infini, laisse-nous contempler

(1) V. Esaie Il, 1 à 4 ; XXXII, 1 à 20 ; Jfr. XXXI, 31 à 34 ;


Ez. XXXVI, 1 à 15, etc ...
LE PROPHtTISME DANS LA BIBLE 27

notre Dieu,
cette gloire et ces merveilles ! Et toi, ô
tes grands
reçois nos actions de grâce, de ce que par
coin d u
serviteurs, tu nous permets de souleve r un
voile et d e tressail lir d'allégr esse à l a pensée du Jour

de Christ !

Ill

L e Prophétisme
dans l 'Egl ise Ch rétie n n e prim itive

Le Prophétisme de l'Ancien Testament s'arrête à


Malachie, à la fin du v• siècle avant Jésus-Christ.
Est-ce à dire qu'il disparaît avec lui ? Nullement !
L'esprit prophétique vient de Dieu, il ne peut pas
mourir ( 1 ) .
Quand Jésu s-Christ parut, les prophètes n e m an­
quaient pas ; il y avait même des prophétesses : l'une
d'elles, Anne, loua Dieu avec émotion quand Joseph
et Marie apportèrent leur premier-né au Temple de
Jérusalem. Prophétiquement, Zacharie, l'époux d'Eli­
sabeth, venait de célébrer l e Sauveur sur le point de
naître et l'ange Gabriel avait annoncé à sa mère qu'il
serait appelé Fils du Très-Haut (Luc Il, 36 à 38 ;

(1 ) La période qui s'étend de Malachie à Jean-Baptiste fut


caractérisée, dans la littérature juive, par l'apparition de plu­
sieurs Aporalupses qui entretenaient le peuple dans l'idée de
l'apparition imminente du Messie libérateur. Plus on souffrait
sous la férule des oppresseurs, plus on sentait grandir cette
foi c.n l'avenir promis. Il n'est point étonnant que les f a u x
messie� dont parle le Nouveau Testament, Theudas et Judas
le Galiléen (Actes V, 36 et 37), aient trouvé du crédit auprèi
du peuple attendant fiévreusement cette venue.
28 LE PROPHÉTJSME DU RÉVEIL

1, 67 à 79 ; 1, 32). Au moment où le Sauveur, quittant


Nazareth, appelait le long des rives du lac de Galilée
ses premiers disciples, Jean-Baptiste, l'homme du
désert, avait déjà commencé son ministère sur les
bords du fleuve, et le peuple avait salué en lui un pro­
phète.
D'ailleurs, ne voyait-il pas aussi en Jésus-Christ un
ancien nâbi ( 1) ? Il faisait tout ce que faisaient les
prophètes d'Israël : il accomplissait des miracles, pré­
disait l'avenir, tonnait contre le formalisme, appelait
à la repentance.
Prophète ! Il i'était, mais possé dant !'Esprit sans
mesure. Plus que Prophète il réalisait la prophétie
messianique et il portait à sa perfection la loi morale
révélée aux Hébreux. Dans sa vie il s'est manifesté
comme le « Germe juste ll , annoncé par l'ensemble
de la prophétie, et dans sa mort il a été cc l'Homme de
douleur ll , décrit par Esaïe.
Il serait intéressant d'étudier longuement les pro­
phéties de .Jésus-Christ, celles relatives à sa seconde
venue et au jugement des nations. Le temps nous man­
que et ce travail a été déjà remarquablement traité (2).
Dans cette dernière partie, nous nous contenterons
d'esquisser les manifestations prophétiques de l'Eglise
apostolique.
Nous avons été étonné de découvrir que ce sujet
n'avait pas suscité un gros intérêt jusqu'à ce j our (3).

(1) Matth. XIII, 57 ; XVI, 14 ; XXI, 46 ; Marc VI, 15 ;


Jean IV, 19 ; IX, 17.
(2) A. ANTOMAllCHI : L'Eva f! gile da Royaume. .
(3) A notre connaissance, Il n,y � en langue f� anç � J �e sur
ce sujet que deux thèses de bachelier en théolog1e, d ailleurs
intéressantes et auxquelles nous avons fait de nombreux
emprunts : NAllDJN Frédéric, Essai sur le !'rophétisme de
l'Eglise primitive, Paris, 1888 ; BÉNAZECH Juhan, Le Prophé-
t
f
.•
LE PROPHÉTISME DANS LA BIBLE 29

Les prophètes de l'Eglise primitive restent des
inconnus. Et pourtant, certains passages du livre des
Actes et des Epîtres laissent supposer qu'ils ont joué
un très grand rôle. Saint Paul les place immédiate­
ment après les apôtres et avant les doeteurs (1 Cor.
XII, 28 ; Eph. IV, 1 1 ) : « Dieu, dit-il, a établi dans
l'Eglise, premièrement les apôtres, deuxiëmemcnt les
prophètes, troisièmement les docteurs, ensuite ceux
qui ont le don des miracles, puis ceux qui ont le don
de guérir, de secourir, de gouverner, de parler divers
langues. >>
Il est vrai qu'à part une ou deux exceptions, nous
ignorons leurs noms. Leur vocation nous est inconnue :
nous aimerions savoir s'ils ont été saisis par Dieu,
comme Esaïe, Jérémie ou Ezéchiel, dans une \ision
grandiose. Ils n'ont point été mêlés aux grands évé­
nements historiques de leur temps ; ils n'ont point
paru sur les marches des temples pour reprocher aux
t'
foules leur superstition ou leur formalisme ; ils ne se
1 sont pas dressés aux carrefours des villes pour dénon­
f cer l'iniquité du peuple ou l'injustice des puissants.

1t
Leur activité a été tout intérieure. Ils se sont adres­
sés aux humbles sortis du judaïsme et du paganisme,
qui composaient les premières assemblées chrétiennes.
Leur message a visé à relever les courages, à stimu­
t
! ler le zèle, à élever les communautés à la hauteur de
leur tâche, en un mot, à produire dans le domaine
spirituel un efîet analogue à celui que produisait le
<1 Lève-toi et marche ! ,, , prononcé par Celui qui
avait le don de guérir.

tisme chrétien, depuis ses origines jusqu'au Paste ur d'Hermcu,


Cahors, 1901. On peut consnlter aussi avec profit : GoDeT
Frédéric, Commentaires sur la Première Epffre au:z: Corin­
thie ns . La grande encyclopédie des sciences religieuses (Lich­
tenberger) ignore complètement le Prophétisme chrétien.

\
• 1 30 LE PROPHÉTISME DU RÉVEIL
' I '

,
{'
Fruit de la Pentecôte (1), le prophétisme n'a pas
tardé à se répandre dans l'Eglise naissante.
A Antioche nous voyons apparaître les premiers
prophètes chrétiens (Actes XI, 27 à 3-0 ). L'un d'eux,
nommé Agabus, se leva, et annonça par l'Esprit
qu'il y aurait une famine par toute l a terre. Elle
" arriva, en effet, sous l'empereur Claude.
i Nous retrouvons ce même Agabus à Césarée, chez
"'
l Philippe l'évangéliste qui avait quatre filles vierges
prophétesses. Agabus prit la ceinture de Paul, se lia
les pieds et les mains, et dit : « Voici ce que déclare
le Saint-Esprit : l'homme à qui appartient cette
ceinture, l e s Juifs le lieront de la même manière à
Jérusalem et le livreront aux païens. » (Actes XXI,
8 à 1 1).
L'Eglise d'Antioche paraît avoir été particulière­
ment favorisée par Je chari sme du prophétisme. Elle
possédait des p rophètes et des docteurs (2) ; Je livre

,.._--·-�
des Actes nous cite leurs noms : Barnabas (3).
Siméon, surnommé Niger, Lucius de Cyrène, Mana­
. .
hem, qui avait été élevé avec Hérode le Tétrarque et
Saul. Sur l'ordre du Saint-Esprit, Saul et Barnabas
sont mis à part. Après avoir jeûné et prié (4), on

(1)C'e st ici ce qui a été dit par le prophète Joël :


" Dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai de mon
Esprit sur tolite chair.
a Vos fils et vos filles prophétiseront...
" Oui, 1wr mes stroiteurs et sur mes servantes,
n Dans ces jours-là, je répandrai de mon Esprit, et ils
prophétiseront. n (Joël l i , 28 à 30 ; Actes Il, 16 à 18).
(2) Remarquez l'ordre : toujours les docteurs après les pro­
• 1
phètes, comme dans les épitres (1. Cor. XII, 28 ; Eph. Il, 20 ;
; IV, 11).
J I I, 5
(3) Barnabas, c e q u i signifie " Fils d'exhortation • . Or,
précisément, la Uche principale du prophète dans l'Eglise
primitive était d'exhorter.
(4) Le jeftne et la pri�re paraissent avoir joué un grand
rGle chu les prophètes de l'Eglise primitive.
LE PROPHÉTISME DANS LA BIBLE 31

t leur im pose les mains e t on les laisse partir. U s se



rendent à Chypre où i l s confondent, dans l a ville d e

Paphos, l e faux prophète Elymas. Passant, au retour,
à Antioche de Pisidie, i l s fortifient l'esprit des disci­
ples et les exhortent à persévérer dans la foi, disant
que c'est par beaucoup d'affiictions qu'i l nous faut
entrer dans Je royaume de Dieu (Actes X I I I , 1 à 4,
8 à 12 ; XIV, 2 1 et 22).
Après la conférence de Jérusalem, lecture est faite
dans l'Eglise d'Antioche de la lettre apportée par les
�légués. Deux d'entre eux,, Jude et Silas, qui étaien t
prophè tes, exhortent les frères et les fortifient par
plusieurs discours (Actes XV, 30 à 32) .
L'Eglise de Corinthe connaissait vers l 'an 57, si
l'on en juge d'après la première épître aux Corin­
thiens, un riche épanouissement de c·harismes parmi
lesquels le don de prophétie et Je don des langues
(glossolalie), occupaient une place très i m portante.
IJ y avait confusion des divers charismes e t des
désordres se produisaient. Saint Paul intervient
pour y mettre ordre ; il départage avec soin le rôle
de chacun et il définit nettement la tâche du pro­
phète (1. Cor. XIV, 3) : « Celui qui prophétise parle
aux hommes, les édifie, les exhorte, les console ; il
idifie l'Eglise ( 1 ) . ,, Il insiste pour que l e s Corin­
thiens aspirent aux dons spirituels, mais surtout à
celui de prophétie (XIV, 1). Et cependant, pour

{l) L e nombre d e s p
rophètes devait être très grand dans
l'Eglise de Corinthe, puisque l'apôtre semble faire une sorte
de réglementation de ce charisme et s'efforce de le distinguer
du don des langues (l Cor. XI, 4 ; XII, 4 à 1 1 , 28 à 31 ; XIV).
Le glossolale tombait en extase et avait besoin d'être inter­
prfté par lui-même ou par un autre. Le prophète parlait par
l'Esprit. Paul n'hésitait pas à mettre le prophète au- dessus
du glossolale {XIV, 5).
32 LE PROPHÉTISME DU RÉVEIL

l'apôtre, il y a quelque chose qui s'élève au-dessus :


<( ... Quand j 'aurais le don de prophétie, la science d-e
tous les mystères et toute la connaissance... , si je
"
n'ai pas l a Charité, je ne suis rien. » (1 Cor. XIII, 2).
.
. .
L'existence des prophètes, à côté des apôtres et des
docteurs, est ainsi clairement Mmontrée dans l'Eglise
chrétienne primitive.
L'Eglise connut-elle longtemps le ministère de ces
serviteurs inspirés qui, par quelque Révélation d'En­
Haut, fortifiaient les âmes, adressaient les appels à
la volonté et stimulaient les tièdes et les abattus, en
montrant les brillantes perspectives de l'avenir ?
Hélas ! deux importants écrits chrétiens de la fin
du 1"' siècle et du commencement du n•, la Didaché
et le Pasteur d'Hermas, nous exposent un prophé­
tisme en pleine décadence ; puis, ils disparaissent de
la scène de l'histoire ( 1 ) .

(1) A l'originl' de l'Eglise, la prophétie n'était qu'une des


...,
nombreuses manifestations de l'Espril et tout chrétien pou­
\ vait aspirer à être prophète (l Cor. XIV, li). A mesure que
disparut le premier zèle, ce don devint plus rare, les voyants
chrétiens furent de plus en plus des prédicateurs parcourant
les rommunautés. Leur influence grandit en même temps que
diminua leur nombre ; ils devinrent, en quelque sorte, les
fonctionna iI·es les plus importants de l'Eglise, le lieu naturel
' entre tou�. Leur yocation se change!l en charge ; ils furent
honorés par tous, eurent les premiers sièges dans les assem­
'
· '

blées, devinrent de grands prêtres, plaidèrent en faveur des


pauvres, firent sentir partout leur activité bienfaisante
'
.
(F. Nard in , op. cit.) . L'évêque a ainsi, petit à petit, remplacé
le prophète.
Dans la Didaché (entre 80 et 1 10), le prophète occupe encore
t une place prépondérante ; il préside la Sainte Cène et r�oit
. ,
un salaire. Les faux prophètes sont nombreux ; ils donnent le
même enseignement que les vrais prophètes ; ils doivent en
'
, . être distingués par la comparaison entre ce qu'ils disent et
ce qu'il s font.
Dans le Pasteur d'llermas (v. 140), le prophète ne se distin­
gue guère du devin. Les faux prophètes sont aussi très nom­
breux : ils tombent en extase comme les prophètes véritables.
L'esprit qui les anime est l'esprit diabolique. Le Paiteur
d' Her mas se donne lui-même pour un ouvrage prophétique .
LE PROPHÉTISME DANS LA B I BLE 33

Nous avons été curieux. de rechercher les causes


rle cette dé fection. Quelles sont-elles ? Affaibl i sse­
ment graduel de la ferveur première ? C'est possible.
La marche vers l'épiscopat dans une Eglise qui
s'organisait monde ? Peut-être.
solidement dans le
Disparition des premiers chré tiens et des apôtres ?
IJ est une raison qui pri me toutes l e s au tres : l'Eglise
a oublié son premier amour. « Je suis assise en
rei n e, je ne suis point vem·e, e t je ne verrai point de
deuil n, s'est-elle écriée (Apoc. XVIII, 7).
Tant que l'Eglise a été l a communauté chrétienne
où l'on se séparait, le soir, au cri de <c Maranatha » ;
tant qu'elle a attendu avec ferveur l e retour de son
Chef, il y a eu des prophètes. Dès que cette attente a
cessé, le prophétisme a dégénéré, p u i s a cessé.
Pourquoi s'en étonner ? Le prophète j uge des
événements présents d u point de vue de l'éternité ;
il prophé tise parce qu'il a une vision de l'avenir.
Supprimez cette vi sion : l'Eglise n'a plus besoin de
prophètes, elle s'i nstalle solidement sur la terre,
l'évêque lui est désormais nécessaire ( 1 ) .
Reste-t-il d e la belle période prophétique d e l'Eglise
primitive u n document qui nous permette de juger
de sa valeur ? Nou s avons plus qu'un document,
nous possédons u n monument qui couronne le Nou­
veau Testament et la Bible tout entière : L'Apoca­
lypse est u n e prophétie de cette époque (1, 3 ) . E l l e
n o u s donne une i dée d u message d e ces serviteurs
lointains ; elle a été reconnue comme i nspirée ; e l l e
nourrit encore notre piété aujourd'hu i .

(1)_ Q uelques âmes spirituelles youlurent, dans l a suite


ré11.g1r cont �e la mondani sation de l'Egl ise ; de nouveaux pro:
.
phet e s �'ll:r& 1rent et amenerent le mouvement montaniste. Leurs
excentric1tes, et surtout l e s calomnies dont on les abreuva '
les compromirent d' une manière irrémêdiable.

3.
i .
�' .
34 LE PROPHÊTI SJ\fE DU RÉVEIL
) l
. '
,,, .
�. . II est temps de conclure et nous le ferons briève­
. .
ment. Des canons et des munitions ! Tel est le mot
! '
! ' qu'on cherchait à imposer dans les esprits pendant
les années terribles de 1 9 1 7 et 1 9 1 8. C'était alors une
; '
f" . question de vie et de mort !
1 .
Des prophètes ! Il nous faut des prophètes ! Tel
j'. .
I· est le cri qui retentira au cours de cette convention
.i : chrétienne.
1' Des prophètes ! Il nous faut des prophètes, comme
Î\ :
!I •. : Abraham et Moïse, pour redonner au monde qui


, court à l'abîme la notion exacte de Dieu et de ses
exigences.
Des prophètes ! Il nous faut des prophètes, comme
. '
Esaïe, Jérémie, Ezéchiel, Arno:; ou Osée, ne crai­
gnant pas, s'il le faut, de détruire, d'abattre, d'arra­
cher et de ruiner, mais plantant aussi et gravant
ï dans les esprits les grandes vérités éternelles.
Des prophètes ! Il nous faut des prophètes, comme
.· .

.... Barnabas et ceux dont nous ignorons les noms, par­


\
courant les Eglises et disant à leurs fidèles tout ce
que Dieu pense de son peuple.
. . Ils se lèveront les prophètes, suscités par l'Esprit
capable d'opérer les transformations les plus subli­
. , mes et les comécrations les plus profondes .

Ed. CHAMPENDAL,
·1

\
..

.
\.
. '
'

. .