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« Ta mère, elle est tellement...

» joutes verbales et
insultes rituelles chez des adolescents issus de
l'immigration francophone
Marie-Madeleine Bertucci et Isabelle Boyer
Dans Adolescence 2013/3 (T.31 n° 3), pages 711 à 721

Article

L es pratiques langagières de la jeunesse des cités urbaines sensibles, et


en particulier celles des adolescents issus de l’immigration
francophone, mettent en évidence un usage particulier des insultes
1

rituelles, connues dans le discours commun sous le terme de vannes,


lesquelles participent au climat de violence verbale, qui entoure certains
[1]
jeunes « dits de banlieue »​ . Les vannes ont une fonction
communicationnelle originale et une valeur sociolinguistique spécifique,
dans la culture des rues contemporaine, qui les distinguent de l’acception
ordinaire. Ainsi, le Petit Robert définit la vanne comme « une allusion
désobligeante » adressée à quelqu’un et donne « pique » comme synonyme.
Il semble que dans le contexte où se situe cette étude, sans contester que les
[2]
vannes puissent être « piquantes », elles se distinguent des insultes​ et
n’ont pas pour finalité d’offenser irrémédiablement celui à qui elles sont
adressées. On s’inscrira donc dans la perspective ouverte par W. Labov,
[3]
pour qui les vannes constituent « un acte de parole organisé »​ , dont les
règles sont connues et régissent les échanges entre pairs et se structurent
[4]
comme un « savoir social »​ . Les railleries constituent une épreuve à
[5]
caractère social​ . Apprendre à garder la face (Goffman, 1973) lors de ce
combat par les mots, est une étape importante de la formation des
adolescents. Ce processus est possible parce que les vannes s’appuient sur
le principe de la distance symbolique qui autorise la raillerie ou même
[6]
l’insulte sans conséquences fâcheuses​ . De ce fait la vanne est un échange
de « remarques virulentes, de plaisanteries désobligeantes et de moqueries
échangées sur le ton de l’humour entre personnes qui se connaissent ou du
[7]
moins font preuve d’une certaine complicité »​ . F. Perea les distingue des
insultes personnelles en ces termes : « Les insultes rituelles mises en
évidence par William Labov constituent une forme d’interaction sociale
intégrative. Elles permettent aux adolescents membres d’un gang, par
[8]
exemple, de marquer leur appartenance au groupe et leur habileté... »​ .
[9]
La vanne est ludique, se pratique dans le « sanctuaire »​ du groupe de pairs 2
en dehors des adultes et suppose une connivence entre participants à
[10]
l’interaction​ (Assef, 2002), alors que l’insulte est une arme de combat
(Lagorgette, 2006, 2007) qui n’apparaît que lorsque l’interaction prend une
tournure conflictuelle, bien que parfois la différence soit ténue entre
« vanner » [on dit aussi « embrouiller », « engrener » (Larguèche, 2000,
[11]
2009) ou encore « clasher » (Vettorato, 2008)] et « traiter » (insulter)​ .
Surtout si l’on sait que certaines insultes peuvent être recatégorisées en
[12]
mots affectueux par les adolescents lors de déplacements générationnels​ ,
[13]
c’est le cas de « fils de pute » ou de « bâtard »​ .

L’échange d’insultes rituelles correspond à un jeu social, lié à la culture des 3


rues et attesté dans d’autres contextes que ceux des cités urbaines
sensibles, notamment aux États-Unis avec la pratique des Dozens
[14]
observable dans les ghettos noirs​ . Ces pratiques langagières peuvent être
interprétées de manière différente suivant le statut de l’auditeur, auditeur
extérieur au groupe de pairs qui surprend ces échanges sans y participer,
ou allocutaire à qui les vannes sont adressées. Ceci étant, il ne faut pas
sous-estimer le fait que, dans certains cas, les vannes puissent avoir une
fonction d’exclusion et d’attaque narcissique à l’encontre de certains
membres du groupe de pairs notamment en contexte scolaire (Moïse, 2010,
2011a). La vanne est donc potentiellement exclusive et agressive, ce qui met
en évidence son caractère ambivalent. Cette dimension n’a pas été observée
dans les entretiens qui composent notre corpus. Sur les seize entretiens
réalisés avec des étudiants âgés de dix-huit à vingt-deux ans, aucun sujet
n’a mentionné cet aspect. Au contraire, tous s’accordent à dire que la
pratique de la vanne est ludique et a pour fonction de renforcer la cohésion
du groupe de pairs, sans mettre en avant l’existence d’un possible rapport
de forces induit par le fait de maîtriser la vanne ou d’en être l’objet. C’est la
position qui sera soutenue dans cet article.

Au plan théorique, cette approche suppose que l’étude de la parole en tant 4


que phénomène culturel s’intéresse autant à la communauté linguistique, à
ses ressources verbales et à ses règles de communication qu’à la description
de la langue, ce qui implique de procéder à une étude ethnographique des
pratiques langagières, visant à décrire les compétences de communication
mises en œuvre par ces jeunes (Hymes, 1984). L’article s’efforcera de
montrer que les vannes constituent un mode de communication propre
aux cultures des adolescents, qui participe à leur construction identitaire et
qui trouve son origine dans une culture de l’éloquence issue des traditions
populaires de l’immigration francophone maghrébine et africaine. La
réflexion adoptera un angle d’analyse sociolinguistique et
communicationnelle et étudiera la vanne dans la perspective de la
communication propre à la culture des rues.

Les vannes : un mode de communication adolescent

Le mode de communication induit par la vanne au sein du groupe de pairs, 5


conduit à l’envisager comme une forme de pratique culturelle, dans le cadre
d’une communication horizontale de pair à pair (Galland, 2006 ; Pasquier,
2005). L’influence entre pairs est prédominante et renforcée par les
avancées technologiques, qui permettent aux membres du groupe de rester
en contact de manière quasi permanente. Il est primordial pour les jeunes
concernés d’être intégrés dans un groupe auquel ils doivent se conformer
(Gutton, 2007). Cette insertion, motivée par le désir de donner une certaine
image de soi confirmée par l’autre (Goffman, 1973), se traduit par un
partage de valeurs, de codes linguistiques ou comportementaux, au sein
desquels les vannes jouent un rôle important.

La perception ordinaire concernant les parlers des jeunes est qu’ils sont 6
largement répandus et qu’ils se distinguent nettement du français de
référence ou du français standard. D’une manière générale, l’usage de ces
parlers coïncide avec le sentiment d’une montée de l’incivilité linguistique
(Perea, 2011 ; Sauvadet, 2005), du fait de leur caractère outrancier (langage
à connotation sexuelle ou scatologique, vannes, insultes) renforcé par des
comportements et des modes de communication différents des normes
usuelles. Le caractère voyant et bruyant de ces pratiques langagières et des
manières d’être qui les accompagnent, suscite chez les adultes un
[15]
sentiment de fracture et d’incompréhension, voire d’agression​ : « Les
[16]
jeunes ? Ils parlent pas les jeunes, ils font que s’insulter »​ .

L’utilisation de vannes constitue un des éléments les plus saillants et les 7


plus déstabilisants de ces pratiques pour l’auditeur non averti. D’une part,
elles expriment le vécu et l’expérience de la rue : les activités délinquantes,
la toxicomanie, la sexualité, les relations interethniques, l’argent, la
duplicité, la tromperie et la bagarre… D’autre part, elles sont ludiques,
initiatiques et cryptiques. La grossièreté et l’obscénité y sont souvent très
présentes. Cette rhétorique de l’obscène s’explique par son rapport
d’opposition explicite à la norme dominante, les mots grossiers ou
obscènes étant légitimés parce qu’ils sont proscrits par la norme ordinaire.
Pour les garçons, la maîtrise du parler urbain, semble constituer un signe
de virilité, tout comme l’occupation de l’espace public et les manifestations
de violence que l’on peut y constater. Elle semble largement dépendre du
désir de s’approprier un certain capital guerrier, gage de crédibilité vis-à-vis
des membres du groupe (Sauvadet, 2005).

La manipulation de la vanne correspond à un jeu social qui permet de 8


manifester son appartenance à un groupe spécifique et sa compétence dans
ce domaine. Elle est donc bien à différencier de l’insulte personnelle qui a
pour but de nuire à l’autre, de le blesser, même si cette distinction est
parfois difficile à appréhender pour des néophytes. Au sein de la
communauté de pairs, l’utilisation de la vanne participe à l’intégration du
sujet qui se conforme de par sa pratique au comportement verbal du
groupe. Plus l’individu fera preuve d’une grande dextérité ou aisance dans
cet exercice, plus il risque d’avoir une position valorisée aux yeux de ses
pairs dans le contexte de la culture des rues (Labov, 1978). Chez les
adolescents, on peut évoquer un véritable art de la vanne, tant cette
pratique est valorisée à cette période de la vie. Elle permet de transgresser
les codes du monde des adultes et fait partie intégrante de la culture
adolescente, dont la transmission est le plus souvent verticale et qui
possède ses propres normes et valeurs culturelles (Pasquier, 2005). La
fonction cryptique des vannes vise à affirmer le we code (Gumperz, 1989) et à
exclure ceux qui ne peuvent s’intégrer au groupe, adultes et autres jeunes
(Galland, 2006). En cela, elles sont un élément essentiel de la construction
identitaire des adolescents.

Les vannes : élément constitutif de la construction


identitaire adolescente

L’aptitude à bien manier l’art de la vanne est perçue comme fondamentale 9


par les sujets pour s’assurer d’une bonne intégration dans le groupe de
pairs et donner une image positive de soi-même : « C’est un moyen
d’intégration dans le groupe, car cette personne est super drôle, avec mes amis on se
vanne tout le temps » (JF, dix-huit ans). Ou « Entre 12 et 15 ans, c’est important de
vanner, car on cherche son identité, on veut être dans le groupe » (JH, dix-huit
[17]
ans)​ .

La pratique des insultes rituelles, en tant que forme d’humour, participe à 10


la construction identitaire de l’adolescent de par la mise en commun des
codes linguistiques et comportementaux (Kamieniak, 2005).

Une bonne intégration de ces éléments confère au sujet une image de soi 11
valorisée par ses pairs. Exceller dans la maîtrise des vannes serait le gage de
l’obtention d’une face positive. En effet, les actes de communication ne se
limitent pas à une transmission d’information, mais ils sont porteurs
d’enjeux psychologiques comme les enjeux identitaires. L’identité est un
enjeu car une grande partie des communications interpersonnelles est
générée par le désir de donner une certaine image de soi et de la faire
confirmer par l’autre, ce qu’E. Goffman (1973) évoquait dans le concept de
« face » qui correspond à la valeur sociale positive revendiquée par un sujet
lors d’une interaction. Elle fait alors l’objet d’une mise en scène afin de
construire une certaine image de soi pour autrui. Tout individu a un besoin
de reconnaissance lié à la recherche de valorisation, c’est-à-dire au fait
d’être apprécié par l’autre. Il existe donc une prise de risque plus ou moins
forte lors d’un acte de communication, qui résiderait dans la non
confirmation de cette image positive, et aboutirait à une remise en cause de
l’identité du sujet. Ce risque est d’autant plus grand pour un jeune que
[18]
« l’identité de l’adolescent est aujourd’hui définie par son cercle d’amis »​ .

L’estime de soi et l’image de soi proviennent en grande partie de l’image 12


que l’autre nous renvoie, d’où l’importance des interactions dans la
construction identitaire. La possibilité de présenter aux interlocuteurs une
« face » valorisée sera un gage d’acceptation et de légitimation
d’appartenance au groupe. Aux jeunes issus de la deuxième génération, se
pose de plus le problème délicat de la gestion d’une double identité. Ils sont
Français et souvent qualifiés d’immigrés, ce qui peut générer un sentiment
d’injustice. Le groupe de pairs acquiert alors toute son importance, car il
participe largement à leur construction identitaire (Plivard, 2010). On
retrouve aussi dans les vannes une forme de provocation générationnelle,
contrastant avec le style des adultes, tant par le registre que par
l’exubérance et la volubilité dans le volume sonore ou le débit, qui relève
d’une culture de l’éloquence fondée sur la notion d’insulte rituelle dont on
postulera qu’elle vient des traditions populaires maghrébines et
[19]
africaines​ .

Une culture de l’éloquence fondée sur la notion


d’insulte rituelle

Si la pratique de la vanne est présente dans divers groupes sociaux, elle est 13
un véritable jeu rituel, souvent grossier voire obscène, qui s’apparente aux
sounding, signifying, dirty dozens noires américaines ou à la freestyle battle,
plus récente, popularisée par le rappeur Eminem, dans son film 8 Mile
(2002) et issue de la culture hip-hop.

Les vannes référencées (Lepoutre, 1997), issues de l’immigration francophone 14


maghrébine ou africaine, en sont l’expression la plus saillante,
particulièrement celles qui concernent la famille et notamment la mère. Ce
phénomène a déjà été signalé par W. Labov au sujet des ghettos noirs des
[20]
États-Unis dans les années soixante-dix​ . Ces vannes se définissent par la
[21]
notion même de séries comme l’indique le terme dozen​ . Mais si les dozens
sont constituées de séries litaniques en référence à la mère, les freestyle
battle sont plutôt une improvisation de couplets rap de forme poétique
(Vettorato, 2008).

Cette pratique semble apparaître en France, d’après D. Lepoutre (1997), 15


dans les années soixante, notamment les plaisanteries sur la famille, avec la
vague d’immigration maghrébine. Elle se serait amplifiée dans les années
quatre-vingt avec l’immigration africaine.

Les jeunes distinguent les vannes directes des vannes référencées. Les 16
[22]
premières portent sur l’aspect physique​ , les secondes s’inscrivent dans
de nombreuses traditions populaires relevant des cultures d’origine des
migrants. Elles sont le plus souvent matricides. Les plaisanteries sur la
mère méritent qu’on s’y arrête un instant. On ne les interprétera pas
comme l’expression d’une violence symbolique mais comme un topos ou lieu
commun servant de matrice référentielle et de support rhétorique et
stylistique activable au cours de ces échanges. Les thématiques des insultes
rituelles sont culturellement marquées.

D. Caubet distingue la pratique des vannes en France de celle du Maghreb 17


et souligne que les plaisanteries sur la parenté ne sont pas envisageables au
[23]
Maghreb, où elles seraient interprétées comme un manque de respect​ , en
dehors des cas particuliers des injures qui maudissent la religion du père et
[24]
de la mère​ . Pour D. Caubet, les vannes se seraient bien développées dans
l’immigration en France mais ne doivent pas être rattachées à une réalité
maghrébine où le seul fait de mentionner les femmes est considéré comme
[25]
insultant​ . Les vannes référencées sont bien attestées dans le contexte
africain en revanche. On en donnera deux exemples : le sabotage en
Mauritanie et le Marcanda au Niger. A. Tauzin a montré que les joutes
verbales entre adolescents de l’ethnie maure, fondées sur des échanges
d’insultes rimées, rituelles en Mauritanie et particulièrement à Nouakchott,
étaient proches des dozens et désignées comme des šab?t, terme dérivé du
verbe français saboter et signifiant en français de Mauritanie « se moquer de
[26]
quelqu’un, le ridiculiser »​ . Cet usage de la vanne ou « pratique du
[27]
sabotage », a pour thème essentiel les parents, surtout le père​ . Selon A.
Tauzin, le sabotage en Mauritanie procède de l’émergence d’une culture
adolescente et est en rupture avec la culture traditionnelle, fondée sur le
respect, et particulièrement le respect dû aux parents. On peut citer
également la pratique du marcanda, cérémonie d’insultes rituelles, en
vigueur chez les femmes co-épouses au Niger (Bornand, 2005).

Ces nuances justifient de s’intéresser plus particulièrement aux jeunes 18


issus de l’immigration francophone (Maghreb, Afrique Subsaharienne,
Caraïbe, Océan Indien), ce groupe constituant une variable assez peu mise
en évidence en tant que telle, alors que ces jeunes sont numériquement
nombreux pour des raisons historiques liées au contexte postcolonial et aux
vagues d’immigration successives depuis les années quatre-vingt.

La question du genre est également une variable importante. Divers 19


auteurs ont montré un clivage lié au sexe, en ce qui concerne les diverses
pratiques culturelles et notamment langagières (Billiez, Lambert, 2004 ;
Galland, 2006 ; Pasquier, 2005). Il semblerait qu’un des enjeux de la
masculinité consiste à refuser ou à dénigrer toute sensibilité, qualité
systématiquement attribuée aux femmes et donc insoutenable pour des
garçons dont la cohésion du groupe repose en partie sur une
représentation virile de ses membres. Ainsi, les insultes constitueraient une
pratique plutôt masculine. À l’inverse, les filles sembleraient s’approprier
plus aisément les vannes (Moïse, 2003). Cette analyse que faisait C. Moïse
en 2003 est-elle encore possible en 2011 ?

La frontière est fragile entre l’expression d’une culture partagée et le risque 20


de blesser l’autre (Moïse, 2011b) car les vannes sont aussi une expression
susceptible d’être interprétée par le récepteur comme une agression à son
encontre, en lui renvoyant une image négative de lui-même. Quelles sont
alors les pratiques langagières de rétorsion à sa disposition qui
n’impliqueront pas son exclusion du groupe ? Il s’agira donc de déterminer
quelles valeurs les jeunes concernés associent à ces vannes, mais également
dans quelles circonstances spécifiques, liées par exemple à l’origine
ethnique ou religieuse, ou à l’appartenance à un sexe ou à l’autre, les vannes
franchissent cette barrière et deviennent des injures.

Les jeunes, que nous avons interrogés, quels qu’ils soient, sont tout à fait 21
conscients qu’ils transgressent des codes communicationnels, mais ce fait
leur permet de se distinguer des autres groupes présents dans l’espace
social. Ces pratiques auraient donc une double fonction : se différencier des
adultes, et prouver leur appartenance au groupe de pairs, comme on l’a vu
précédemment.

L’utilisation des vannes est normalement considérée comme un jeu social 22


par les protagonistes. Le problème peut surgir lorsque le récepteur n’a pas
le même cadre interprétatif que le locuteur, en fonction de ses
représentations ou de son origine culturelle prise au sens large et pas
seulement liée à une appartenance ethnique ou religieuse, mais également
socio-économique ou générationnelle. En effet, suivant les modalités
évaluées comme acceptables par l’interlocuteur, l’acte de communication
peut faire l’objet d’une interprétation qui diffère en tout point de l’intention
du locuteur. Une telle pratique peut alors être génératrice de conflits ou du
moins d’incompréhension. La vanne peut même, dans certaines situations,
être confondue avec l’insulte personnelle dont l’objectif est de nuire à
l’autre.

À ce stade, on mesure bien que les enjeux de la recherche sont moins de 23


l’ordre d’une description linguistique, ou d’une logique d’inventaire des
vannes que d’une étude anthropologique du substrat communicationnel à
la base des interactions et notamment des traces des cultures d’origine
dans la culture des rues de la France contemporaine.

Notes

[1] Cet article expose une partie des résultats obtenus dans le cadre d’une
recherche labellisée par la Maison des Sciences de l’Homme de Paris
Nord dont l’intitulé est « Ta mère, elle est tellement…, joutes verbales et
insultes rituelles chez un groupe de jeunes issus de l’immigration
francophone ». Le recueil des données a été entamé en février 2012. Les
éléments obtenus concernent des adolescents ayant vécu à la cité de La-
Croix-Petit à Cergy-Pontoise (Val d’Oise), et ayant été relogés dans le
cadre des opérations de rénovation urbaine menées par l’ANRU (Agence
Nationale de la Rénovation Urbaine). Seize entretiens ont été réalisés à
ce jour.

[2] Le terme insulte est ambigu en français. Il ne doit pas être pris au sens
propre d’offense ou d’injure (Le Petit Robert, 2006) mais compris comme
un échange ritualisé dans le cadre d’interactions codifiées.

[3] Labov, 1978, p. 228.


[4] Ibid.

[5] Vettorato, 2008, pp. 88.

[6] Lepoutre, 1997, p. 137.

[7] Ibid.

[8] Perea, 2011, p. 54.

[9] Labov, 1978, p. 288.

[10] Léglise, Leroy, 2008, p. 160.

[11] Caubet, 2008, p. 118.

[12] Léglise, Leroy, 2008, p. 165.

[13] Ibid.

[14] Lepoutre, 1997, pp. 137-140.

[15] Larguèche, 2009, p. 120.

[16] Léglise, Leroy, 2008, p. 158.

[17] Voir note 1 pour les conditions de recueil.

[18] Galland, 2006, p. 61.

[19] Lepoutre, 1997, p. 139.

[20] Labov, 1978, p. 252.


[21] Lepoutre, 1997, p. 138.

[22] Caubet, 2008, p. 121.

[23] Ibid., pp. 120-121.

[24] Ibid., pp. 123.

[25] Ibid., pp. 115.

[26] Tauzin, 2008, p. 78.

[27] Ibid., p. 86.


Résumé

FrançaisLes joutes verbales et les insultes rituelles, observables chez les


adolescents issus de l’immigration francophone, constituent un mode de
communication et une forme de pratique culturelle. Ces « vannes » sont
souvent considérées comme un emblème de l’incivilité linguistique et un
marqueur de la « culture des rues ». Elles trouveraient leur origine dans une
culture de l’éloquence, issue des traditions populaires de l’immigration
francophone maghrébine et africaine. En tant que jeu rituel, elles
contribuent à la socialisation des jeunes au sein du groupe de pairs.

Mots-clés

vannes immigration francophone culture des rues

EnglishEnglish abstract on Cairn International Edition

Español« Tu madre, ella est muy... » conflictos verbales e insultos,


rituales de los adolescentes provenientes de una inmigración
francófona
Los conflictos de verbo y los insultos rituales ; observables en los
adolescentes provenientes de la emigración francófona, constituyen un
modo de comunicación y una forma de practica cultural. Esas « bromas » a
menudo son consideradas como el emblema de la incivilidad lingüística y
un signo de la « cultura de las calles ». El origen de ello se hallaría en la
cultura de la elocuencia proveniente de las tradiciones populares de la
inmigración francófona del Maghreb y del África. Como un juego ritual,
contribuye a la socialización de los jóvenes en el seno de su grupo de pares.

Palabras claves

bromas emigración francófona cultura de las calles


Plan
Les vannes : un mode de communication adolescent

Les vannes : élément constitutif de la construction identitaire adolescente

Une culture de l’éloquence fondée sur la notion d’insulte rituelle

Bibliographie
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Filmographie
8 Mile, 2002, réalisation Curtis Hanson, DVD 2006, 110 mn, Universal
Studio.

Auteurs
Marie-Madeleine Bertucci

Univ. Cergy-Pontoise
CRTF, EA 1392, pôle LaSCoD
95000 Cergy-Pontoise, France

marie-madeleine.bertucci@u-cergy.fr

Isabelle Boyer

Univ. Cergy-Pontoise
CRTF, EA 1392, pôle LaSCoD
95000 Cergy-Pontoise, France

isabelle.boyer@u-cergy.fr

Mis en ligne sur Cairn.info le 11/10/2013


https://doi.org/10.3917/ado.085.0711

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