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Québec français

Le Dictionnaire historique de la langue française


Décrire le monde
Laetitia Noteris

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Numéro 112, hiver 1999

URI : https://id.erudit.org/iderudit/56263ac

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Éditeur(s)
Les Publications Québec français

ISSN
0316-2052 (imprimé)
1923-5119 (numérique)

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Citer cet article


Noteris, L. (1999). Le Dictionnaire historique de la langue française : décrire le monde.
Québec français, (112), 86–87.

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LANGUE
PAR LAETITIA NOTERIS

écrire LE ROBERT HISTORIQUE


DE LA LANGUE FRANÇAISE

'e monde
PARIS. On pourrait imaginer un vieil immeuble
parisien, noirci par le temps et la pollution, ou
s
1,.,.-.
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bien, au contraire, un immense bâtiment cA UJ LU
moderne tout en verre. On pourrait imaginer Mal mr*À

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une fourmilière en plein travail, les claviers qui R
crépitent, les écrans qui éblouissent, ou bien,
au contraire, une salle plus tranquille, des
pages qui se tournent, se lisent et se relisent...
Le Robert c'est un peu tout ça à la fois, juste
assez pour attiser la curiosité, et beaucoup de de format compact
résultats.

D
epuis ses débuts en 1949, l'en- sieurs années d'expériences dans divers donnent un contexte au mot, l'expliquent.
treprise n'a eu de cesse d'in domaines : responsable commercial-mar- C'est pourquoi nos dictionnaires sont en-
nover, d'améliorer, de perfec- keting chez l'Oréal pendant quatre ans ; richis de nombreuses citations, qui évo-
tionner ses ouvrages. Aussi jeune soit- directeur des ressources humaines pen- quent aussi bien la littérature que la lan-
elle, elle a déjà obtenu ses lettres de no- dant dix ans pour différentes grandes so- gue de la rue. Les mots ne sont pas là
blesses, martelées par plusieurs grands ciétés françaises ; depuis sept ans dans le seulement pour communiquer, mais aussi
moments : 1964, fin de la rédaction du Groupe Havas...). « Parce qu'il y a un pour partager des plaisirs de création lit-
Grand Robert ; 1967, sortie du premier moment ou il faut faire ce que l'on téraire ». Des mots des mots et encore des
Petit Robert ; 1974, sortie du Robert des aime ». À 43 ans, M. Varrod travaille mots... Contrairement à la plupart de leurs
noms propres. Environ 40 millions de dic- donc dans l'univers des dictionnaires avec homologues de nature encyclopédique,
tionnaires vendus en tout. Depuis sa re- enthousiasme et conviction. les dictionnaires Le Robert, analogiques,
fonte en 1993, le Petit Robert s'est vendu « Les dictionnaires sont là pour sui- ne sont pas illustrés. Réelle volonté d'aus-
à plus d'un million d'exemplaires. Le vre et entériner de façon positive les évo- térité ? « L'absence d'illustrations n'est
Canada est d'ailleurs le premier consom- lutions de la langue. Nous ne sommes pas pas bénéfique au marketing, mais c'est
mateur du Petit Robert après la France. à la source des mots, nous n'en sommes un choix que nous avons fait pour rester
Une recette miraculeuse ? Simplement, un qu'une chambre d'écho. On vient donner fidèles à notre philosophie. Les exemples
travail de passionnés, de méticuleux. Des le poids du dictionnaire à des évolutions peuvent être trompeurs, comment choi-
dictionnaires toujours construis avec la qui seraient non encore reconnues, on lé- sir la bonne illustration ? Même pour des
même exigence minutieuse, les mêmes gitime l'utilisation des mots quels qu'ils mots comme table, faudrait-il mettre la
contraintes, le même souci à servir l'évo- soient, vulgaires ou en verlan », déclare photo d'une table à quatre ou à trois pieds,
lution de la langue au quotidien, de la Pierre Varrod. Un mot peut attendre plu- de cuisine ou de dessin ? Si l'on voulait
garder vivante. À la tête de cette entre- sieurs années avant d'être légitimé par le rajouter des images, il faudrait en mettre
prise, M. Pierre Varrod, directeur géné- dictionnaire. Il faut prendre le temps de partout ! Nous préférons garder cette
ral des dictionnaires Le Robert, travaille l'observer, le saisir dans son environne- place pour donner plus d'explications,
enfin dans son domaine de prédilection ment, voir s'il circule fort et longtemps, plus de citations et, ainsi, être plus effi-
après un parcours varié (Maîtrise de attendre qu'il se stabilise. « Les expres- caces. Nous voulons donner le plus
Sciences économiques à Lyon, et plu- sions sont aussi très importantes, elles d'éclaircissements possibles pour permet-

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Comme la mer tourne et use les galets, la langue use et déforme les mots.

tre au locuteur d'empoigner la langue au cle est aussi loin du latin que du français la langue ont été gommées avec l'Histoire.
bon niveau et en faire un bon usage ». d'aujourd'hui. C'est pourquoi il est in- Le son « k » se fait de plus en plus rare,
La tâche est d'ampleur, et c'est toute téressant de connaître la genèse de la lan- généralement adoucit par le « c », ainsi
une équipe de passionnés qui s'y attelle, gue et son évolution au fil des siècles ». « kaiser » est-il devenu « césar ». « Les
presque jour et nuit serait-on tenté de Les origines des mots sont diverses, mais mots usés et doux témoignent d'un long
dire ! Les personnages clefs de cette force est de constater que le grec et le héritage historique, tandis qu'au contraire
équipe sont sans aucun doute Alain Rey latin reviennent particulièrement sou- les mots avec des aspérités sont ordinai-
et sa femme Josette Rey-Debove, direc- vent. « La force des Grecs est d'avoir dé- rement des mots plus récents ». Le dic-
teurs de rédaction de nombreux ouvrages. veloppé très tôt l'écriture et surtout d'y tionnaire historique nous propose donc de
Passionné par les mots et au service des avoir introduit la voyelle. La transforma- partir à la découverte d'une facette sou-
dictionnaires Le Robert depuis 40 ans, ce tion de lettres phéniciennes superflues en vent ignorée de notre langue. Avec plus
tandem innovateur et talentueux, bien voyelles leur a permis de façonner une de 40 000 articles, la nouvelle édition s'est
qu'à la retraite, continue de donner son langue beaucoup plus précise. Au con- enrichie du vocabulaire de la cybernéti-
souffle à de nombreux ouvrages, par traire, non seulement le gaulois ne s'écri- que, car aujourd'hui Internet avec ses 15
amour, par passion. vait pas, mais en plus les Gaulois ont millions d'internautes oblige à surfer ou
Ainsi c'est dans ce nid d'amoureux de eux-mêmes abandonné leur langue au à naviguer dans le www. « On ne cesse
la langue que naît en 1992 le premier dic- profit du latin qui à l'époque était la lan- de créer des mots avec des sens nouveaux
tionnaire historique de la langue française. gue du commerce, de la culture et de la au sein de mots qui avait déjà leur propre
Alain Rey tient les rênes du projet. De- politique. » épaisseur ». Des diagrammes ont égale-
venu un véritable best-seller et vendu en Du latin au bas latin, du roman au ment été rajoutés, permettant une visua-
France à plus de 100 000 exemplaires, le gallo-roman, la langue française n'a cessé lisation rapide et complète du chemine-
dictionnaire vient de connaître une d'évoluer, de se transformer, de s'enrichir. ment des mots à travers le temps et les
deuxième édition revue et mise à jour en « Aux Ve et VIe siècles, les écoles ferment cultures. « Le mot est comme un orga-
trois volumes sous coffret. « Cette nou- et le latin n'est plus enseigné. Ce repli sur nisme vivant, il naît, il grandit, il peut
velle édition en format poche le rend beau- soi forcé de toute une communauté va aussi disparaître ».
coup plus accessible, par son prix et par faire dériver la langue parlée et du même Voilà donc un aperçu succinct de ce
sa maniabilité. Nous avons voulu que le coup l'écriture. Les déclinaisons dispa- que toute l'équipe des dictionnaires Le
lecteur puisse l'utiliser comme un simple raissent peu à peu, donnant au mot une Robert nous invite à découvrir ou à redé-
manuel », affirme M. Varrod. forme plus stable et à la phrase une struc- couvrir dans sa nouvelle édition du Di'c-
Le Dictionnaire historique de la lan- ture plus rigide ». C'est cette dynamique tionnaire historique de la langue fran-
gue française a donc pour vocation de transformation, de concassage, de réa- çaise. Mais c'est bien connu, un projet
d'éclairer le lecteur sur les origines et justement, que ce soit dans les mots, dans n'en attend pas un autre. Déjà M. Varrod
l'histoire des mots. « Comme la mer la syntaxe ou dans la prononciation, qui a à des idées plein la tête, dont une esquisse
tourne et use les galets, la langue use et permis le passage du latin au français. De de projet pour 2005... Le troisième millé-
déforme les mots. Le français du IXe siè- la même manière, plusieurs aspérités de naire est à nos portes !

ET LE QUEBEC DANS TOUT ÇA ?

j « Le québécois est issu du français du XVII e siècle, i l a développé sa


propre dynamique et sa propre t r a j e c t o i r e en raison de son isolement
géographique. Son f r o t t e m e n t avec l'anglais lui donne plusieurs
tournures d i f f é r e n t e s , i l est obligé de créer pour se défendre, ce qui lui
donne une capacité incroyable d'absorber, de calquer, de concasser et de
franciser l'anglais. De plus, beaucoup de mots comme magasiner viennent
de l'arabe. Le français du Québec a sa logique propre, pleine de
néologismes. C'est ce qui f a i t évoluer la langue, c'est ce qui la rend
vivante et aussi charmante ».

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