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Anatomie, embryologie et histologie


de la surrénale
F. Tissier, C. Hoang

La description anatomique des surrénales s’appuie sur l’exploration manuelle du corps humain mais aussi
sur sa représentation imagée grâce aux données photographiques, radiographiques,
tomodensitométriques et celles obtenues par imagerie par résonance magnétique. L’embryologie, qui
étudie la succession des transformations que subit l’œuf fécondé pour aboutir à la réalisation d’un nouvel
être, permet, par la connaissance des mécanismes morphogénétiques, de comprendre les rapports
anatomiques, l’aspect histologique et l’étiologie de nombreux accidents pathologiques. L’embryologie est
une suite de processus complexes ; en particulier le développement de la surrénale nécessite l’implication
d’hormones, de facteurs de croissance et de facteurs de transcription dont la connaissance et les
mécanismes d’action s’accroissent rapidement. Enfin, les méthodes morphologiques, et en particulier
l’immunohistochimie, facile et rapide à réaliser, permettent une meilleure analyse des élaborations
cellulaires et de leurs facteurs de contrôle, et ouvrent la voie à des approches moléculaires ciblées.
© 2007 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Mots clés : Surrénale ; Corticosurrénale ; Médullosurrénale ; Embryologie ; Histologie

Plan

4 1
¶ Anatomie 1
Situation 1
Macroscopie 1
Vascularisation et innervation 2 2
Rapports 2
¶ Embryologie 2 3
Développement de la surrénale embryonnaire 2
5
Développement de la surrénale fœtale 3
Développement de la surrénale après la naissance 3
Aspects moléculaires du développement de la surrénale 3
¶ Histologie 3
Corticosurrénale 4

■ Anatomie [1] Figure 1. Situation et vascularisation artérielle schématiques des surré-


nales, vue antérieure. 1. Pédicule supérieur ; 2. pédicule moyen ;
3. pédicule inférieur ; 4. artère phrénique inférieure ; 5. artère rénale.
Situation
Les surrénales sont au nombre de deux. L’une droite, l’autre dont la base repose sur le pédicule rénal tandis que la pointe
gauche, elles sont situées à la partie supéromédiale du rein remonte jusqu’au pôle supérieur du rein. Elles présentent une
correspondant (Fig. 1), dans l’espace rétropéritonéal, de part et face antérieure plane dans son ensemble avec un hile d’où sort
d’autre du rachis. À droite, la surrénale est très profonde et la veine surrénalienne. La face postérieure est également plane
médiale par rapport à l’extrémité supérieure du rein droit. À ou convexe. Le bord médial est convexe et le bord latéral
gauche, la surrénale est plus antérieure et descend plus bas que concave. L’extrémité inférieure est large et l’extrémité supérieure
celle de droite, le long du bord médial du rein gauche. effilée. Leur volume est variable. En moyenne, elles mesurent 4
à 5 cm de longueur. Leur épaisseur est de 0,8 à 1 cm sur le bord
Macroscopie latéral et de 0,3 à 0,4 cm sur le bord médial. Elles pèsent
environ 6 g chacune. Chaque surrénale est enveloppée d’une
Elles sont aplaties d’avant en arrière et sont de formes variées, fine capsule fibreuse. À la coupe, le parenchyme se compose de
mais classiquement elles forment un croissant ou une virgule deux parties, l’une périphérique, la corticosurrénale, et l’autre

Endocrinologie-Nutrition 1
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centrale, la médullosurrénale. La corticosurrénale est de couleur


jaunâtre et de consistance ferme. La médullosurrénale est rouge
■ Embryologie [2-16]

sombre, molle et friable. La surrénale est enveloppée par une Les surrénales résultent de l’association de deux tissus
capsule. glandulaires endocrines d’origine embryologique différente
(Fig. 2). La zone corticale se développe à partir du mésoblaste
et la médullosurrénale prend naissance à partir du
Vascularisation et innervation neuroectoblaste.

Artères (Fig. 1)
Développement de la surrénale
La surrénale est irriguée par de nombreuses artères groupées embryonnaire
en trois pédicules. Le pédicule supérieur, constant, est générale-
ment formé de un à trois rameaux nés de l’artère phrénique Ébauche corticale initiale
supérieure, et descend vers l’extrémité supérieure de la glande.
Le pédicule moyen, inconstant, naît de la face latérale de l’aorte L’ébauche corticale initiale provient de l’épithélium méso-
et rejoint le bord médial de la surrénale. Le pédicule inférieur blastique juxtacœlomique, situé dans la région la plus interne
naît de l’artère rénale ou de ses branches et se dirige vers du blastème mésonéphrotique, entre la racine du mésentère et
l’extrémité inférieure de la glande. l’ébauche gonadique (Fig. 2). Vers la 5e semaine du développe-
ment (embryon de 8 mm), les cellules mésoblastiques commen-
cent à proliférer sous la forme de travées cellulaires qui
Veines envahissent le mésenchyme sous-jacent. Selon Uotila [4], entre la
5e et la 6e semaine du développement, une deuxième vague de
La circulation veineuse ne présente pas d’analogie avec le prolifération cellulaire, également issue de l’épithélium cœlomi-
système artériel. Le drainage veineux de chaque glande est que, constitue une nappe étendue tout autour de la zone
assuré par la veine centrale. Issue du hile surrénalien, elle se précédente ou cortex fœtal, cette zone périphérique étant
dirige à droite dans la veine cave inférieure et à gauche dans la dénommée « cortex permanent ». Selon Crowder [5], qui propose
veine rénale. Les veines accessoires ont un rôle mineur : le aussi que les deux zones soient développées à partir de deux
groupe supérieur rejoint les veines phréniques inférieures, le populations cellulaires distinctes de l’épithélium cœlomique, il
groupe inférieur gagne la veine cave inférieure à droite et la n’existe qu’une seule poussée de cet épithélium, et la proliféra-
veine rénale à gauche. tion cellulaire se différencie simultanément en deux zones :
l’une interne constituant le cortex fœtal et l’autre externe
constituant le cortex permanent. Selon Jirasek [6], les deux zones
Lymphatiques sont développées à partir d’une seule population et la totalité
du blastème surrénalien est initialement constitué de petites
Trois réseaux d’origine corticale, médullaire et capsulaire, se
cellules épithéliales primitives ; les cellules centrales se différen-
résolvent en deux groupes de collecteurs principaux. Le groupe cient en cellules du cortex fœtal tandis que les cellules périphé-
antérieur, sous-pédiculaire, est satellite de la veine surrénale et riques conservent leur morphologie ou forment le cortex
se dirige vers les nœuds lymphatiques lombaires latéroaortiques. définitif.
Le groupe postérieur, sus-pédiculaire, est satellite des trajets
artériels et se dirige vers les nœuds lymphatiques lombaires pré- Ébauche médullosurrénale
aortiques et latéroaortiques. Certains vaisseaux lymphatiques
peuvent traverser le diaphragme. L’ébauche médullosurrénale est postérieure à la naissance de
l’ébauche corticale initiale mais elle est liée à la neurulation qui
débute à la 3e semaine du développement humain.
Nerfs La neurulation est le processus de transformation de l’ecto-
blaste sus-chordal en un tube neural flanqué de deux forma-
Chaque surrénale est dotée d’une double innervation très
tions longitudinales, les crêtes neurales. Au début de la 3 e
riche, sympathique et parasympathique, fournie par trois
semaine apparaît la ligne primitive dont les cellules de l’extré-
pédicules. Le plexus surrénophrénique (suprarénal supérieur)
suit le trajet de l’artère surrénale supérieure. Le plexus surréno-
rénal (suprarénal inférieur) suit le trajet de l’artère surrénale
inférieure. Le plexus surrénosolaire (suprarénal moyen), le plus
important, possède deux branches, postérieure et médiale. 1
7
Rapports 2

3 8
Ils sont différents à droite et à gauche.
En avant, la surrénale droite répond à la veine cave inférieure,
au foie et au premier angle duodénal. La surrénale gauche 9
4
répond à l’estomac, au pancréas et aux vaisseaux spléniques.
En arrière, les deux glandes sont en regard des 11e et 12e 5
côtes, du récessus pleural costodiaphragmatique et du
diaphragme. 6
Latéralement, les deux glandes répondent au bord médial du
rein au-dessus du pédicule rénal et, à gauche, au bord postérieur
de la rate.
Médialement, la surrénale droite répond à la cave inférieure, à
l’artère phrénique inférieure droite et au plexus solaire. La Figure 2. Illustration schématique de la double origine des surrénales.
surrénale gauche répond au pancréas et à l’aorte abdominale. 1. Tube nerveux ; 2. corps vertébral ; 3. aorte ; 4. racine du mésentère ;
Les deux surrénales répondent à l’artère phrénique supérieure 5. cavité cœlomique ; 6. tube digestif ; 7. crête neurale ; 8. sympathoblas-
et au plexus solaire. tes ; 9. ébauche corticosurrénale.

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mité céphalique prolifèrent pour constituer le nœud de Hensen. nécrotique et hémorragique comme cela avait été suggéré [3, 9].
À partir du nœud de Hensen, des cellules mésenchymateuses Les zones glomérulée et fasciculée poursuivent leur développe-
migrent en direction céphalique et forment un cordon cellulaire ment [3, 8].
médian, le prolongement chordal. Celui-ci se transforme en La médullosurrénale se développe après l’involution du cortex
chorde dorsale jusqu’à la fin de la 3e semaine. Lorsque cette fœtal et elle prend un aspect adulte à partir de 12 à 18 mois [3].
dernière se développe, l’ectoblaste recouvrant à la fois la chorde
et le mésenchyme adjacent s’épaissit pour former la plaque
neurale qui s’élargit et s’invagine selon son axe central pour
Aspects moléculaires du développement
constituer une gouttière nerveuse avec des plis neuraux de de la surrénale
chaque côté. Vers la fin de la 3e semaine les plis neuraux se sont
rapprochés l’un de l’autre dans le plan médian et ont fusionné, Le développement de la surrénale nécessite l’implication
transformant la plaque neurale en tube neural. Lorsque les plis d’hormones, de facteurs de croissance et de récepteurs
nucléaires/facteurs de transcription [3]. Mesiano et al. ont écrit
neuraux fusionnent pour former le tube neural, une partie des
une revue très détaillée des différentes molécules contrôlant la
cellules neuroectoblastiques situées dans la crête de chaque pli
croissance de la surrénale [3].
migre en direction ventroexterne de chaque côté du tube neural
pour former une masse allongée, irrégulière, appelée la crête
neurale (Fig. 2). Cette dernière se divise en une partie droite et Implication hormonale
une partie gauche qui migrent vers les faces dorsoexternes du
Plusieurs hormones jouent un rôle dans le développement de
tube neural. Les crêtes neurales se fragmentent rapidement pour
la surrénale : l’ACTH de l’hypophyse fœtale, l’HCG, le CRH,
donner des ébauches ganglionnaires rachidiennes et sympathi-
l’ACTH et les œstrogènes placentaires [3].
ques. Certaines cellules souches des ganglions sympathiques ou
sympathogonies migrent au-delà de la chaîne sympathique et
forment le système paraganglionnaire qui comprend les para- Implication des facteurs de croissance
ganglions proprement dits, sous une forme dispersée, et l’ébau-
Plusieurs facteurs de croissance jouent également un rôle
che de la médullosurrénale qui est la forme localisée et apparaît dans le développement de la surrénale : le bFGF (basic fibroblast
à la 8e semaine du développement. Dans la surrénale fœtale, la growth factor), l’EGF (epidermal growth factor), l’IGF-I (insulin-like
médullosurrénale n’est présente que sous la forme de quelques growth factor I), l’IGF-II (insulin-like growth factor II), l’activine,
îlots de cellules chromaffines dispersés dans le cortex [3]. l’inhibine et le TGFb (transforming growth factor b).

Vascularisation Implication des récepteurs nucléaires/facteurs


[5], e de transcription
Selon Crowder la capsule et les septa sont élaborés à la 5
semaine à partir du mésonéphros. Dès la 6e semaine du déve- Plusieurs facteurs de transcription sont impliqués dans le
loppement (embryon de 9 mm), des artérioles provenant du développement de la surrénale [3, 12] . Deux membres de la
mésonéphros se dirigent vers l’ébauche surrénale. Elles donnent superfamille des récepteurs orphelins, SF-1 (steroidogenic factor-1)
rapidement des capillaires qui envahissent cette ébauche et et DAX-1 (dosage-sensitive sex reversal, adrenal hypoplasia congeni-
forment un réseau sinusoïde bien développé (7e semaine du tal, x-linked) jouent un rôle important [3]. SF-1 est un facteur de
développement ou stade de 14 mm). De nombreuses anastomo- transcription qui régule l’expression de gènes codant les
ses vasculaires apparaissent dans la région profonde du cortex enzymes de la stéroïdogenèse [15]. Au cours de l’embryogenèse,
entre les 9e et 12e semaines du développement. À partir de la il a été montré que SF-1 est exprimé par la surrénale avant
12e semaine se forment les futures artères « longues ». La veine qu’elle n’acquière un phénotype stéroïdogénique [3]. SF-1 est
centrale apparaît à la 8e semaine du développement (stade nécessaire au développement des différentes zones de la surré-
16-18 mm) et se divise rapidement en trois ou quatre branches nale et l’invalidation de SF-1 chez la souris résulte en une
principales. agénésie surrénalienne [14] . DAX-1 est un autre facteur de
Vers la 9 e semaine du développement, la surrénale est transcription qui joue un rôle important dans le développement
circonscrite par une capsule composée de cellules mésenchyma- de la surrénale, et des mutations du gène codant DAX-1 sont
teuses migrant de la zone de la capsule de Bowman [3]. responsables de l’hypoplasie congénitale des surrénales [3, 17].
DAX-1 semble être nécessaire au développement du cortex
définitif mais pas à celui du cortex fœtal [3].
Développement de la surrénale fœtale
Autres facteurs
Après les 10e à 12e semaines du développement, la morpho-
logie du cortex reste relativement constante et, à la moitié de La voie de signalisation Wnt joue un rôle important au cours
la gestation, il existe une nette prédominance du cortex du développement et de la tumorigenèse [18]. Il a été montré
fœtal [3]. Une troisième zone appelée transitionnelle a été décrite que cette voie est activée dans la corticosurrénale fœtale où l’on
entre le cortex fœtal et le cortex définitif ; après la moitié de la observe une expression immunohistochimique nucléaire de
gestation, cette zone synthétiserait le cortisol et serait donc b-caténine, témoin de l’activation [18], et une expression du
similaire à la zone fasciculée de la surrénale adulte [3, 7, 10]. gène WNT11 [13].
L’origine de la glomérulée, de la fasciculée et de la réticulée Enfin, le gène suppresseur de tumeur WT-1 (Wilm’s tumor)
n’est pas clairement établie [2]. À partir de la 30e semaine du joue un rôle dans le développement de la surrénale [11, 16].
développement, le cortex définitif et la zone transitionnelle
commenceraient alors à prendre respectivement les aspects de
zones glomérulée et fasciculée [3, 8]. L’origine de la réticulée n’est ■ Histologie [19, 20]

pas connue [2].


Chaque surrénale est constituée de deux parties, la cortico-
surrénale et la médullosurrénale [19, 20] (Fig. 3). La corticosurré-
Développement de la surrénale nale est constituée de trois zones, la glomérulée qui synthétise
après la naissance les minéralocorticoïdes (aldostérone), la fasciculée et la réticulée
qui synthétisent les glucocorticoïdes (cortisol et androgènes). La
Après la naissance, le cortex fœtal régresse ; il s’atrophierait médullosurrénale synthétise les catécholamines (adrénaline et
selon un processus apoptotique et non selon un mécanisme noradrénaline).

Endocrinologie-Nutrition 3
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Figure 5. Corticosurrénale. Zone fasciculée constituée de spongiocytes


Figure 3. Surrénale. Capsule, corticosurrénale et médullosurrénale
(hémalun-éosine-safran × 200).
(hémalun-éosine-safran × 25).

Figure 6. Corticosurrénale. Détail d’un spongiocyte montrant les mito-


Figure 4. Corticosurrénale. Capsule et zone glomérulée sous-jacente à chondries à crêtes tubulaires, les inclusions lipidiques et les lysosomes
cellules éosinophiles disposées en petits cordons (hémalun-éosine-safran (uranyle-plomb × 30 000).
× 200).

lipidiques, quelques éléments du réticulum endoplasmique


Une capsule épaisse constituée de faisceaux de fibres collagè- granuleux et de rares ribosomes libres. Les mitochondries, très
nes entre lesquelles sont disposés des fibroblastes et quelques nombreuses, sphériques ou ovoïdes, ont des crêtes tubulaires. La
fibres élastiques enveloppe chaque surrénale ; de cette capsule glomérulée représente 15 % du volume total de la surrénale [20].
naissent de fins septa riches en fibres de réticuline et qui
s’enfoncent dans le parenchyme glandulaire, délimitant des
cordons cellulaires. Par ailleurs, cette capsule contient de Zone fasciculée
nombreux vaisseaux desquels partent des artérioles et des
La zone fasciculée (Fig. 5), sous-jacente à la précédente, est la
capillaires irriguant la glande.
partie moyenne et est plus large que la zone précédente. Elle
s’organise en cordons radiaires par rapport à la capsule, séparés
Corticosurrénale par des sinusoïdes. Les cellules qui la constituent sont de grande
taille, polygonales, aux cytoplasmes clairs, microvacuolisés et
L’aspect morphologique des trois zones corticosurrénaliennes riches en lipides, réalisant un aspect de cellules spongiocytaires
est assez proche [19] (Fig. 3). (spongiocytes) après la technique de fixation et inclusion en
paraffine qui dissout les graisses. Leurs noyaux sont centraux,
Zone glomérulée arrondis, finement nucléolés. En microscopie électronique, le
réticulum endoplasmique lisse est très développé mais le
La zone glomérulée (Fig. 4), sous-capsulaire, est donc la plus réticulum endoplasmique granuleux est peu développé, les
externe ; elle est de faible épaisseur et très inégale. Les cellules mitochondries sont essentiellement tubulaires ; les lysosomes
qui la composent s’organisent en petits cordons ou en amas sont très abondants (Fig. 6). La fasciculée représente 65 % du
entourés de capillaires. Elles sont cylindriques ou pyramidales. volume total de la surrénale [20].
Leurs cytoplasmes sont éosinophiles et contiennent peu de
gouttelettes lipidiques. Leurs noyaux sont arrondis, sphériques Zone réticulée
et très denses, contenant un petit nucléole assez bien visible. La
microscopie électronique montre un réticulum endoplasmique La zone réticulée (Fig. 7) est interne et située entre la zone
très développé étroitement en rapport avec des gouttelettes fasciculée et la médullosurrénale. Elle s’organise en étroits

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on observe de nombreux granules denses ; les granules conte-


nant de la noradrénaline sont plus petits et plus tassés que ceux
contenant de l’adrénaline. Ces cellules sont considérées comme
des neurones sympathiques postganglionnaires ayant perdu leur
axone, et dont les dendrites ont été transformées en cellules
glandulaires. Il s’y associe quelques cellules ganglionnaires
sympathiques et des cellules sus-tentaculaires représentant le
constituant glial.

“ Points forts
La surrénale est constituée de deux zones d’origine
embryologique différente : la corticosurrénale se
développe à partir du mésoblaste et la médullosurrénale
Figure 7. Corticosurrénale. Zone réticulée aux cellules éosinophiles, prend naissance à partir du neuroectoblaste.
« compactes », aux noyaux parfois pycnotiques (hémalun-éosine-safran × Le développement de la surrénale nécessite l’implication
200). d’hormones, de facteurs de croissance et de facteurs de
transcription parmi lesquels SF-1 et DAX-1 jouent un rôle
important.
La corticosurrénale est constituée de trois zones, la
glomérulée, la fasciculée et la réticulée. Ces zones, qui ont
des fonctions différentes, sont assez bien individualisables
en histologie.

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La médullosurrénale (Fig. 8) est centrale. Elle est formée de isomerase steroidogenic enzymes in human and rhesus monkey fetal
cordons ou d’amas irréguliers entre lesquels circulent des adrenal glands: reappraisal of functional zonation. J Clin Endocrinol
capillaires, des veinules et de larges veines dont la média Metab 1993;77:1184-9.
présente par endroits des coussinets musculaires. Les cellules qui [11] Moore AW, McInnes L, Kreidberg J, Hastie ND, Schedl A. YAC
la constituent sont polygonales ou allongées. Leurs cytoplasmes complementation shows a requirement for Wt1 in the development of
sont finement granuleux, un peu basophiles. Leurs noyaux sont epicardium, adrenal gland and throughout nephrogenesis. Development
légèrement ovalaires. L’étude immunohistochimique avec 1999;126:1845-57.
l’anticorps antichromogranine A révèle la présence de grains [12] Hammer GD, Parker KL, Schimmer BP. Minireview: transcriptional
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sécrétées par les mêmes cellules. En microscopie électronique, 1018-24.

Endocrinologie-Nutrition 5
10-014-A-10 ¶ Anatomie, embryologie et histologie de la surrénale

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1075-82. p. 391-9.

F. Tissier, Maître de conférences des Universités, praticien hospitalier (frederique.tissier@cch.aphp.fr).


Service d’anatomie et de cytologie pathologiques, Hôpital Cochin, APHP, Faculté de médecine René Descartes, Paris V, Département d’endocrinologie,
INSERM U567, 27 rue du faubourg Saint-Jacques, 75679 Paris cedex 14, France.
C. Hoang, Maître de conférences des Universités, praticien hospitalier.
Service d’anatomie et de cytologie pathologiques, Groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, APHP, 47-83 boulevard de l’Hôpital, 75651 Paris cedex 13, France.

Toute référence à cet article doit porter la mention : Tissier F., Hoang C. Anatomie, embryologie et histologie de la surrénale. EMC (Elsevier Masson SAS, Paris),
Endocrinologie-Nutrition, 10-014-A-10, 2007.

Disponibles sur www.emc-consulte.com


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