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Entrepreneuriat/Etudiants

Assez d’explications, que pouvez-vous


faire pour nous?
Par L'Economiste | Edition N°:4513 Le 27/04/2015 | Partager
La création pénalisée par un environement peu favorable
Le Maroc innove peu: seulement 1.000 brevets d’invention par an

Les étudiants privilégient une première expérience en entreprise avant de créer


leur propre structure. Mais la proportion de diplômés qui concrétisent leurs
projets est très faible

95% des étudiants de grandes écoles de commerce et de gestion et des facultés


de sciences économiques disent avoir en projet la création d’une entreprise.
Mais très peu le concrétisent après l’obtention du diplôme. Les résultats de
l’enquête sur l’intention entrepreneuriale des étudiants, dévoilés lors de la 4e
édition du Forum national de l’entrepreneuriat universitaire (FNEU), révèlent
surtout le manque d’accompagnement des porteurs de projets.
Seulement 2% des lauréats de l’Iscae, qui a accueilli l’édition 2015 du FNEU,
créent leur entreprise après l’obtention de leur diplôme, confie Mohamed El
Moueffak, directeur général du groupe Iscae. La majorité des étudiants sondés
préfère avoir une première expérience en entreprise avant de monter leur projet.
Mais, même après la confrontation au monde de l’entreprise, peu franchissent
le pas de la création. «L’on pousse les jeunes à créer leur entreprise, mais on
les abandonne juste après», note un participant.
Pour les étudiants, le manque de financement et les contraintes administratives
sont parmi les principaux freins à la création d’entreprise. Le taux de mortalité
reste très élevé en raison de la lourdeur administrative notamment. Les fonds
dédiés au financement de la start-up sont essentiellement publics. «Le temps
que l’on débloque les fonds, beaucoup d’entreprises ont déjà disparu», regrette
Janah Saadi, président d’honneur du Réseau génie Maroc, coorganisateur du
FNEU. L’accompagnement post-création constitue le maillon faible, aussi bien
au Maroc que dans les pays de la région, notamment la Tunisie qui fait face aux
mêmes difficultés. «Nous avons atteint un palier en termes de sensibilisation,
nous devons aujourd’hui concentrer l’effort sur l’accompagnement», fait savoir
Saadi.
Les financements privés sont rares. Le crédit bancaire est généralement une
source à ne pas envisager. Les projets à l’étape d’idées sont rarement validés
par les comités de crédit. Les sociétés de capital investissement sont, elles
aussi, très peu portées sur l’amorçage. Mais des initiatives émergent au niveau
des grands groupes de la place. Déjà très actif dans l’accompagnement
d’entreprises faisant partie de son écosystème, l’OCP travaille sur la mise en
place de fonds d’aide pour les start-up et des mécanismes de garanties pour
encourager les banques à financer cette catégorie d’entreprises.
Seulement 1.000 brevets
d’invention par an
Au-delà des financements, l’absence de structure comme les incubateurs pour
l’encadrement des porteurs de projets est l’un des obstacles identifiés par les
étudiants.
Les grandes écoles de commerce et de management ont procédé à la refonte de
leur programme pour développer davantage l’esprit d’entreprise chez les
étudiants. Ceux de l’Iscae suivent des cours -obligatoires- sur l’entrepreneuriat
depuis trois ans. Des modules sur le savoir-être ou encore le leadership ont été
intégrés dans le cursus de plusieurs écoles. Au-delà de pousser les étudiants à
développer leur propre entreprise, l’objectif est aussi de former des managers
capable d’être de vrais stratèges, des meneurs d’hommes même en tant que
salariés. L’Iscae espère lancer d’ici septembre prochain son centre de
l’entrepreneuriat. Il sera une sorte de pépinière d’entreprises. La structure
pourra accompagner les meilleurs projets estudiantins pour les rendre
bancables. Avec un taux de chômage des diplômés du supérieur deux fois
supérieur à la moyenne nationale, la capacité des jeunes à gagner en autonomie
sera un atout. Le déploiement du dispositif d’auto-entrepreneuriat est censé leur
donner plus de moyens. Pour l’instant, les non-diplômés sont plus actifs. Cela
explique en partie le taux de chômage moins élevé dans cette catégorie de la
population. Plus de 60.000 entreprises se créent chaque année, mais très peu
innovantes. A peine 1.000 brevets d’invention sont déposés chaque année, fait
savoir Adil El Maliki, directeur général de l’Ompic. Même à ce niveau, seules
l’Afrique du Sud et l’Egypte devancent le Maroc. En revanche, le gouffre est
très important avec d’autres pays émergents, notamment les nations de l’Asie.
«Le Maroc dépense moins de 1% de son PIB en recherche et développement»,
constate Tarik El Malki, économiste, professeur à l’Iscae et président du comité
d’organisation du FNEU 2015.
F.Fa