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Potentialités de financement de l’économie

agricole et rurale dans une zone de migration :

les caisses autogérées de Kayes au Mali

Mémoire présenté par : William LOVELUCK

En vue de l’obtention du

DIPLOME D’INGENIEUR SPECIALISE EN AGRONOMIE TROPICALE


Option : Politiques publiques, Organisations et marchés agricoles

Directeur de mémoire : Betty WAMPFLER


Maîtres de Stage : Alou KEÏTA
Adel OURABAH
janvier 2008
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Potentialités de financement de l’économie

agricole et rurale dans une zone de migration :

les caisses autogérées de Kayes au Mali

Mémoire présenté par : William LOVELUCK

En vue de l’obtention du

DIPLOME D’INGENIEUR SPECIALISE EN AGRONOMIE TROPICALE


Option : Politiques publiques, Organisations et marchés agricoles

Membres du jury :
Betty WAMPFLER, IRC
Jacques RIPOCHE, IRC
Christine POURSAT, GRET

Janvier 2008

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RESUME

Le réseau des Caisses Villageoises Autogérées de Kayes est implanté dans une
zone de forte migration. L’importante capacité d’épargne des familles liée à
l’appui économique des villageois expatriés à destination de leur village
d’origine alimente les ressources de ces caisses. Notre étude porte sur les
possibilités pour le CAMIDE, institution de microfinance en appui au réseau
CVECA, de se placer à l’interface entre ces ressources issues de l’étranger et
les villages de la zone pour le financement de l’économie agricole et rurale. Ce
travail est fondé sur l’analyse de la famille (unité économique fondamentale du
monde rural) et de ses besoins de financement.
La présente étude se base sur des enquêtes menées dans quatre villages, dont
deux fortement insérés dans les stratégies migratoires. L’analyse comparée des
familles avec et sans migrants a permis de mettre en évidence de nettes
distinctions concernant la structure des familles, leur niveau de consommation,
la nature de leurs systèmes de production agricole et de leurs activités extra-
agricoles. Les familles de migrants disposent généralement de plusieurs paires
de bœufs de labour et possèdent d’importants troupeaux de bovins participant à
la restitution de la fertilité de leurs champs. Les familles sans migrants, dont
l’équilibre du budget est pourtant davantage tributaire du secteur agricole, sont
moins bien équipées et complètent leur budget avec des activités extra-agricoles
souvent dépendantes du fort pouvoir de consommation des familles plus aisées.
L’évaluation du produit familial et l’analyse de sa composition permettent de
mieux appréhender les besoins des familles et la manière dont les crédits
proposés par les caisses villageoises s’insèrent dans l’économie familiale. La
modélisation de la trésorerie des familles met en évidence une forte contribution
de la rente migratoire au produit familial global chez les familles de migrants.
Leur trésorerie affiche également une plus grande stabilité intra et interannuelle.
La trésorerie des familles sans migrants est davantage soumise aux variations
climatiques et aux variations des prix du marché. Cela explique la demande
accrue en petits crédits venant combler les déficits monétaires de ces familles
au moment critique de la soudure ou lors des années suivant une maigre
campagne agricole.
Globalement, les crédits agricoles constituent une faible part de l’ensemble des
crédits octroyés au sein du réseau CVECA de Kayes. Les crédits à court terme
proposés par les caisses peuvent appuyer le financement de certaines charges
des campagnes agricoles et répondrent aux besoins ponctuels en ressources
monétaires des familles. Ils restent toutefois inadaptés pour les familles
souhaitant investir dans du capital agricole afin de faire évoluer leur système de
production. Les perspectives d’évolution du réseau CVECA de Kayes laissent
toutefois envisager des possibilités de financement davantage en adéquation
avec les spécificités du secteur agricole.

MOTS CLES : Microfinance, migration, financement, agriculture,


trésorerie familiale, Kayes, Mali.

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ABSTRACT

The network of Self-Managed Village Savings and Credit Banks of Kayes is


established in an area of high migration. The economic support of expatriate
villagers towards their native village creates a large saving capacity among
families, which supply the banks resources. Our study consists in examining the
possibilities for the CAMIDE, a microfinance institution assisting the village
banks network, to set itself as a mediator between resources from foreign
countries and the villages of the area for the financing of agricultural and rural
economy. This work is based on the analysis of the family (fundamental
economic unit of the rural world) and its needs concerning financing.
This study is based on investigations lead in four villages. Two of them are
highly involved in migration strategies. The comparative analysis of families
with and families without migrants allowed to highlight clear distinctions
concerning family structures, their level of consumption, their agricultural
production system and extra-agricultural activities. Families with migrants
usually have several peers of ploughing oxen and a flock of bovine animals
allowing to restore land fertility. The balance of the budgets of families without
migrants is more depending on the agricultural sector. But those families are
less equipped and usually complete their finance with extra-agricultural
activities which are highly dependant on the strong consumption capacities of
wealthier families.
The estimation of the family income and the analysis of its composition allow
to appreciate family needs and how credits fit in the family economy. The
simulation of family finances highlights the high contribution of remittances to
the global family income. Their finances also show a higher intra and
interannual stability. Finances of families without migrants are more submitted
to climatic variations and prices changes. This explains the increasing demand
of small credits meant to fulfil the monetary deficits of families during the
hunger period or after an inconvenient agricultural season.
Globally, agricultural credits are lightly requested in the CVECA network of
Kayes. Short term credits can support some costs of agricultural seasons and
can easily fulfil punctual monetary needs. However, they are still unsuitable for
families wishing to invest in agricultural capital in order to make their
production system evolve. With the perspectives of evolution of the village
banks network, new financing possibilities might emerge, which might respond
to the specificities of the agricultural sector.

KEY WORDS : Microfinance, migration, financing, agriculture, family


finances, Kayes, Mali

6
REMERCIEMENTS

Mes remerciements s’adressent en premier lieu à l’ensemble des membres du CAMIDE.


Ils me laisseront un souvenir impérissable de ce séjour à Kayes. Un grand merci à Alou Keïta
et sa femme Rose pour leur accueil et tous les agréables moments partagés avec eux. Merci à
Abdoulaye Dramé pour avoir partagé avec moi son bureau et bien plus encore.
Merci à toutes les personnes enquêtées dans les villages pour leur accueil et leur
disponibilité. Un grand merci à Niaki Coulibaly, Kalifa Camara, Hamadou Togola et Makan
Kanté qui m’ont guidé et épaulé dans mon travail au sein des villages.
Un grand merci à ma famille qui m’a soutenu pendant la phase de rédaction de ce
mémoire.
Enfin je souhaite remercier Betty Wampfler pour ses conseils et son encadrement. Mes
remerciements s’adressent également à Adel Ourabah qui m’a orienté vers ce stage
passionnant et m’a appuyé dans mon travail.

7
SOMMAIRE
Résumé ....................................................................................................................................... 5
Abstract ...................................................................................................................................... 6
Remerciements ........................................................................................................................... 7
Sommaire… ............................................................................................................................... 8
Introduction ................................................................................................................................ 9
1 Le phénomène de migration et son influence sur le secteur agricole.............................. 11
1.1 Histoire de la migration en pays Soninké................................................................. 11
1.2 Caractérisation de la migration dans le cercle de Kayes .......................................... 13
1.3 La relative marginalisation de l’activité agricole..................................................... 17
1.4 Les associations de ressortissants maliens en France : d’une stratégie familiale à une
stratégie collective autour de la migration ........................................................................... 20
2 Problématique et présentation des villages étudiés .......................................................... 28
2.1 Problématique........................................................................................................... 28
2.2 Méthodologie ........................................................................................................... 29
2.3 Présentation des villages .......................................................................................... 34
3 Analyse de la structure et du fonctionnement des familles .............................................. 37
3.1 Organisation sociale ................................................................................................. 37
3.2 Analyse du fonctionnement des ménages ................................................................ 41
3.3 Observation de la structure des familles .................................................................. 43
3.4 Caractérisation des rôles économiques et des dépenses des membres de la famille47
4 Analyse des activités et de la trésorerie des familles ....................................................... 56
4.1 Mise en valeur du milieu.......................................................................................... 56
4.2 Analyse des activités agricoles................................................................................. 62
4.3 Degré d’équipement et influence sur le système d’exploitation .............................. 68
4.4 Les activités extra-agricoles ..................................................................................... 70
4.5 Typologie des familles ............................................................................................. 74
4.6 Modélisation économique de la trésorerie des familles ........................................... 78
5 Microfinance et possibilités de financement pour l’agriculture....................................... 83
5.1 Contraintes liées au financement du monde rural .................................................... 83
5.2 Les diverses expériences de financement de l’agriculture dans la zone ............... 85
5.3 Présentation des caisses villageoises des villages étudiés........................................ 86
5.4 Utilisation des crédits par les familles...................................................................... 88
5.5 Quels types de financements pour l’agriculture ? .................................................... 95
Conclusion.............................................................................................................................. 103
Bibliographie.......................................................................................................................... 105
Index des Figures ................................................................................................................... 108
Index des Tableaux................................................................................................................. 109
Sommaire détaillé................................................................................................................... 110
Table des Annexes ................................................................................................................. 114

8
INTRODUCTION

Après avoir laissé cette question quelque temps en retrait, la banque mondiale replace
l’agriculture au centre des préoccupations dans son dernier rapport annuel, et invite les
investisseurs et bailleurs de fonds à s’orienter vers l’appui à l’économie agricole et rurale.
Avec une agriculture qui représente 40% du PIB et une population majoritairement rurale, le
secteur agricole est une des clés de l’économie Malienne.
La période de désengagement de l’état qu’a connu le Mali au cours des années 1980 a
ouvert le champ aux institutions privées de microfinance. Certaines se sont orientées vers le
financement d’activités urbaines. D’autres, à l’image des réseaux de Caisses Villageoises
d’Epargne et de Crédit Autogérées (CVECA), se sont adressées au monde rural.
Le CAMIDE, institution de microfinance Malienne en appui à la mise en place de
caisses villageoises au sein du réseau CVECA de la région de Kayes, s’inscrit dans une
réflexion sur les possibilités de financement du secteur agricole.
Le réseau CVECA de Kayes s’est développé dans un contexte régional présentant deux
caractéristiques majeures : une forte migration internationale entraînant une importante
monétarisation de la zone, et un secteur agricole globalement déficitaire qui ne répond que
partiellement aux besoins alimentaires des familles.
Cette agriculture déficitaire justifie le transfert de ressources des migrants à leur famille
et l’importance des activités extra-agricoles en milieu rural. L’appui économique des
villageois expatriés à destination de leur village a pris deux formes principales : une forme
familiale en soutien à leurs proches et leur budget, et une forme collective destinée à la mise
en place d’infrastructures et d’aménagements au sein du village d’origine. Toutes deux ont un
impact fort sur l’économie et la vie villageoise.
Notre étude porte sur les possibilités pour le CAMIDE, en tant qu’instrument financier
et d’appui au développement, de se placer à l’interface entre ces ressources issues de
l’étranger et les villages de la zone pour développer les secteurs productifs, en particulier
l’agriculture.
Avant d’aborder le cœur de notre problématique, et afin de mieux percevoir
l’environnement dans lequel notre étude s’inscrit, nous analyserons dans une première partie
la structuration du phénomène de migration à travers le temps et son influence sur le secteur
agricole et l’économie de la zone.
Notre analyse se propose ensuite de détailler le fonctionnement de l’unité économique
de base du monde rural : la famille, en lien avec son système de production agricole et ses
diverses activités économiques. Cette analyse se base sur la confrontation entre le
fonctionnement de familles insérées dans les stratégies migratoires et de familles sans
ressources en provenance de l’étranger. Cette comparaison a permis de mettre en évidence
certaines grandes tendances sur la nature des structures familiales et la gestion de la trésorerie.
Elle a également permis d’observer les spécificités de la consommation et des capacités
d’investissement des familles en lien avec le produit et les contraintes de leurs activités
agricoles et extra-agricoles.

9
Ces résultats visent à mieux appréhender les besoins des familles et la manière dont les
crédits proposés par les caisses villageoises s’insèrent dans l’économie familiale. Ils sont
confrontés dans une dernière partie à une étude statistique plus globale sur l’emploi des
crédits, mettant en évidence les grandes tendances des utilisations des ressources des caisses.
Le CAMIDE mène une réflexion sur les possibilités de diversification des produits de
financement au sein du réseau CVECA, aux ressources croissantes et en pleine phase
d’expansion. Cette étude a pour objectif d’améliorer la connaissance du profil économique
des sociétaires et de leur famille pour la mise en place de crédits adaptés à l’appui du secteur
agricole.

10
1 LE PHENOMENE DE MIGRATION ET SON INFLUENCE
SUR LE SECTEUR AGRICOLE
Le phénomène de migration dans la région de Kayes a pris une telle ampleur qu’il
convient de l’analyser historiquement et d’en caractériser la nature afin de mieux comprendre
l’organisation de l’économie tant à l’échelle des familles qu’à l’échelle régionale. L’impact de
la migration est en effet visible à tous les échelons : au niveau des budgets familiaux et de la
structure des familles, de l’organisation et de l’évolution des villages, de l’organisation des
activités agricoles et extra-agricoles, dans les politiques de coopérations ou encore dans les
orientations politiques régionales. A ce titre, le phénomène de migration et ses implications
doivent être pris en considération à tous les niveaux de notre analyse.

1.1 HISTOIRE DE LA MIGRATION EN PAYS SONINKE


La société des Soninkés repose initialement sur l’alliance entre les clans maraboutiques,
représentants du pouvoir religieux et versés dans l’activité commerciale, et les clans nobles,
classes aristocratiques impliquées dans la guerre et la sécurité du territoire, chargées des
affaires politiques et du prélèvement des taxes. Il s’agit là des deux classes dominantes
initiales, dont l’entretien en ressource agricole est assuré par une classe d’hommes captifs,
rattachés aux maisons de leurs maîtres, et chargés de cultiver les terres. Les changements
induits par l’occupation de la zone par les français pendant la période de colonisation en pays
Soninké ont été à la base de l’éclatement de cette structure et des premières migrations
saisonnières.

1.1.1 Les migrations pendant l’époque coloniale : des migrations


saisonnières pour combler les défaillances d’un système agraire
en crise
A la fin du XIXe siècle, les changements induits par l’occupation coloniale en pays
Soninké sont de plusieurs ordres. D’une part, les français instaurent une politique de « paix
coloniale » visant à mettre un terme aux guerres claniques et pacifier les routes commerciales
qu’ils cherchent à mettre en place. Cette « pacification » de la zone va entraîner un repli des
classes dominantes, guerrières et commerçantes, vers l’agriculture. Conjointement à cela, la
classe des captifs s’émancipe, faisant perdre aux lignages dominants le surtravail agricole
exécuté par leurs esclaves. D’autre part, les français se concentreront sur le développement
agricole de zones productives telles que le bassin arachidier en pays Wolof, ce qui contribuera
à la marginalisation économique de la zone aval du fleuve Sénégal (Lavigne Delville 1994).
Avec une aristocratie affaiblie, des lignages segmentés et des captifs qui commencent à
s’émanciper pendant la première partie du XXe siècle, le système agraire va être fortement
perturbé et la zone enregistrera des baisses structurelles des surplus agricoles.
Parallèlement à cela, afin d’inciter les agriculteurs à tourner leur production vers des
cultures commerciales, les colons mettront en place un impôt monétaire que la vente des
produits permettait de payer. Dans une zone économiquement marginalisée comme le pays
Soninké, les migrations saisonnières se révèleront nécessaire d’une part pour assurer le
prélèvement d’argent pour le paiement de l’impôt, et d’autre part pour combler le déficit de la
production vivrière d’un système agraire bouleversé.

11
Ces premières vagues de migrations du début du XXe siècle seront essentiellement
saisonnières, en période de soudure, et dans des pays à proximité du Mali : travaux de voies
ferrées au Maroc, au Sénégal ou en Côte d’Ivoire, ou bien travaux agricoles dans les bassins
de production de cultures commerciales (bassin arachidier notamment).

1.1.2 Les migrations post-coloniales : d’une forme de migration


saisonnière à une migration prolongée et lointaine
Au moment de l’indépendance du Mali en 1960, la migration en pays Soninké apparaît
déjà comme un phénomène structurel. Le phénomène a toutefois pris une nouvelle orientation
(émigration plus lointaine, en France notamment, et prolongée) à la suite de deux
perturbations successives :
La première, pendant la période 1955-1965, est la saturation du bassin arachidier par
l’augmentation de la productivité du travail grâce au passage à la culture attelée (freinant ainsi
les besoins en main d’œuvre extérieure) ainsi que l’expulsion des étrangers dans certains pays
d’Afrique au moment des indépendances (au Zaïre notamment). Parallèlement à cela,
l’industrie Européenne, et tout particulièrement Française, a besoin de bras pour alimenter son
essor économique et les industriels viennent jusqu’à Dakar pour faire signer des contrats
(Lavigne Delville, 1994).
La deuxième perturbation sera la vague de sécheresse au Sahel, de 1968 à 1973. Le
système productif étant déjà fragilisé par des émigrations de plus en plus prolongées, et donc
des bras en moins au moment des mises en culture, la vague de sécheresse frappera la zone de
plein fouet et rendra de nouveaux départs en France nécessaires au sein des familles.
Suite à ces événements, en réponse aux diverses vagues d’immigration de toutes
origines et au ralentissement de l’économie au sortir des 30 glorieuses, la France révise ses
politiques d’immigration. Elle instaure notamment la carte de séjour au début des années 70 et
renforce son système de contrôle des entrées et des séjours à travers un arsenal de circulaires
et décrets. Paradoxalement, le principal effet de ces mesures sera d’augmenter la longueur des
séjours en France des migrants.
Les familles qui ont pu s’insérer dans ces stratégies de migration dès l’indépendance ou
pendant les années 1970 ont généralement poursuivi dans ce sens. Aujourd’hui les familles
qui souhaitent s’insérer dans cette stratégie sans bénéficier d’appuis de leur réseau familial
rencontrent beaucoup plus de barrières. Cette insertion ou non des familles dans la migration a
créé d’importantes différenciations entre les familles et a fortement conditionné l’organisation
sociale des villages.
Aujourd’hui, Kayes est la région d’origine de 80% des Maliens installés en France
(Gubert, 2000) et les transferts d’argent des migrants à leur famille d’origine conditionnent
très largement l’économie locale. Cependant, à l’échelle du cercle de Kayes, les stratégies des
familles pour pallier au déficit du secteur agricole ont pu différer en fonction de l’histoire des
zones et des communautés. La migration, et plus spécifiquement celle à destination de la
France, concerne plus particulièrement l’ethnie des Soninkés. Il apparaît intéressant à ce titre
de s’interroger sur l’hétérogénéité des situations dans la zone face à ce phénomène.

12
1.2 CARACTERISATION DE LA MIGRATION DANS LE CERCLE DE KAYES
L’histoire de la migration dans la région de Kayes vient appuyer la thèse selon laquelle
les conditions économiques de la région de départ ainsi que la situation du système agraire ne
suffisent pas à eux seuls à expliquer l’enclenchement du phénomène de migration. En effet,
cette stratégie économique concerne plus particulièrement une ethnie, les Soninkés, et ne
concerne pas l’ensemble des villages de la zone. Ce constat met en évidence la dimension
culturelle et sociale de la migration. A l'époque pré-coloniale existait déjà une dynamique
migratoire apparue spontanément, la colonisation apparaît alors non pas comme une rupture,
mais plutôt comme un facteur d'accélération d'un phénomène déjà ancien (Gubert, 2000) chez
un peuple ancré dans la tradition du voyage. Certaines familles d’autres villages, appartenant
à d’autres ethnies, dans l’optique de renouveler l’unité familiale et de pallier à une agriculture
déficitaire, ont pu adopter d’autres stratégies.
La population du cercle de Kayes (voir figure 1 p.14) est majoritairement composée de
Soninkés, de Khassonkés, de Bambaras et de Peuls, plus minoritairement de Maures, de
Wolofs et de quelques autres ethnies peu représentées. A titre d’exemple, les villages des
communes de Marena Diombougou, de Colimbiné ou de Goumera sont des villages
majoritairement Soninkés, ou éventuellement des villages Khassonkés fortement colonisés par
les Soninkés, où les deux langues sont parlées indifféremment entre les villageois. En
revanche, la plupart des villages des communes de Logo ou Hawa Dembaya sont des villages
créés par des Khassonkés, rejoints par diverses minorités ethniques au cours de l’histoire. Le
degré d’implication des villages dans la migration est donc variable suivant l’histoires et le
peuplement des villages. Si bien que localement (aussi bien dans le langage des populations
villageoises que des fonctionnaires ou de divers acteurs du développement), un village est
qualifié de « village de migrants » (sous entendu un village dont une forte proportion des
familles disposent d’un ou plusieurs de leurs membres à l’étranger) ou de « village de non-
migrants ».

13
Figure 1. Situation géographique du cercle de Kayes et découpage des communes.

14
1.2.1 Une migration qui ne concerne pas tous les villages, ni toutes les
ethnies
1.2.1.1 Une différenciation des stratégies par l’accès à l’éducation
Les communes de Logo et de Hawa Dembaya situées au Sud-Est de la ville de Kayes
correspondent historiquement à la zone de pénétration des colons français au début de la mise
en place du Soudan français. La période de collaboration qui a débuté à partir de 1855 entre
les français et le roi Hawa Dembaya Diallo a favorisé le choix de Médine (actuel chef lieu de
la commune d’Hawa Dembaya), en bordure du fleuve Sénégal, en tant que premier poste
administratif du Soudan français et lieu de construction de la première école coloniale en
1875. En 1881, avec le développement de la voie ferrée entre Dakar et Bafoulabé, la voie
fluviale a été marginalisée. Les français et leur administration ainsi que les magasins
commerciaux de Médine ont alors déménagé jusqu’à Kayes.
L’histoire et le territoire de Médine et ses environs, fortement entremêlé avec la
collaboration française, expliquent le degré d’implication des villages environnants dans le
système scolaire. Cette évolution spécifique du système éducatif explique en partie les
différences observées en termes de stratégies des familles pour pallier au déficit vivrier de la
production agricole des villages. Alors qu’en milieu Soninké, les familles ont plus largement
misé sur des stratégies migratoires pour compenser l’incapacité du secteur agricole à subvenir
à leurs besoins, les familles de ces communes ont davantage misé sur l’éducation et l’accès à
des fonctions salariées à Kayes ou à Bamako. Les communes de Logo et Hawa Dembaya ont
d’ailleurs vu naître bon nombre des premiers fonctionnaires de l’état Malien. Les Soninkés,
jusqu’à des périodes récentes, ont au contraire opposé une forte réticence au système scolaire
tel qu’il a été imposé par l’administration française. Il apparaît que la plupart des nobles
Soninkés refusaient d’envoyer leurs enfants à l’école et préféraient y voir partir ceux des
familles d’anciens esclaves.
Le tableau suivant illustre la forte présence d’établissements éducatifs sur les deux
communes précédemment citées, comparées aux chiffres de deux autres communes, Gory
Gopela et Segala, toutes les deux plus largement impliquées dans la migration.

nombre
Ecoles Ecoles Centres Nombre total d'habitants
premier second d'alpha- d'établissements pour un
Commune Population cycle cycle bétisation Médersa 1 d’éducatifs établissement
Logo 10000 7 3 11 3 24 417
Hawa Dembaya 5690 3 0 4 0 7 813
Gory Gopela 6240 1 0 1 1 3 2 080
Segala 19175 4 1 7 5 17 1 128

Tableau 1. Nombre d’établissements éducatifs dans les communes de Logo, Hawa Dembaya, Gory Gopéla
et Ségala.

(1) Les médersas sont des écoles islamiques modernisées avec l’arabe comme langue principale d’enseignement
et un cursus combinant matières religieuses et profanes. Il s’agit d’une institution relativement récente au Mali,
la première fut créée en 1946. Elles ont été conçues comme une alternative au système d’enseignement français.

15
1.2.1.2 Des histoires villageoises divergentes
L’exemple des villages situés en bordure du fleuve Sénégal dans la commune de Samé
Diomboma (voir carte) illustre la diversité de trajectoires et de peuplement des villages. Ces
villages sont nés de la mise en valeur de milliers d’hectares de sisal1 pendant la période
coloniale. La composition relativement mixte de ces villages est née du programme mis en
place par les colons français de recrutement forcé de main d’œuvre, aussi bien dans les
villages environnants que dans des régions éloignées telles que la Haute Volta (actuel Burkina
Faso). Les forçats recevaient une ration alimentaire en échange de leur travail dans les
plantations pendant une année, ils pouvaient ensuite passer au statut de contractuel en signant
un contrat volontaire de 2 à 4 ans (Adamou, 2007).
Ces villages, anciens campements, nés de l’ancienne plantation, ne répondent donc pas
aux mêmes conditions d’implantation que certains villages Soninkés plus anciens nés de
l’installation spontanée de familles dans des zones jugées généralement favorables à
l’agriculture par les premiers occupants. La trajectoire de ces anciens campements, dont les
familles sont faiblement insérées dans les stratégies de migration, diverge fortement de la
trajectoire suivie par les villages Soninkés.
Cette diversité de trajectoires justifie d’avoir pris pour objets d’études dans notre
analyse des villages illustrant des situations contrastées par rapport à la migration, afin de
confronter les différences identifiables en termes d’organisation et d’activités.

1.2.2 Des situations hétérogènes d’une famille à l’autre


La présence d’un ou plusieurs bâtiments construits en dur au sein d’une concession
témoigne de la présence d’un migrant au sein de la famille. Ainsi, dans les villages, cohabitent
constructions en béton (parfois peintes ou décorées) et constructions traditionnelles plus
modestes en banco. Cette lecture des habitations villageoises témoigne du clivage qui a eu
lieu entre les familles qui ont pu, relativement tôt ou plus tardivement au cours du XXe siècle,
voir partir l’un de leurs membres à l’étranger et celles qui n’ont pas souhaité ou pu opter pour
cette stratégie. Aucune règle ne permet de dire si les familles de rang noble se sont plus
impliquées dans la migration que certaines familles d’anciens esclaves, ou l’inverse, puisqu’il
apparaît qu’aussi bien l’une comme l’autre de ces catégories sociales possèdent à présent des
représentants à l’étranger. La migration a d’ailleurs pu être un moyen pour certaines familles
de lisser les écarts qui les distinguaient d’autres familles.
S’il est difficile de savoir comment cette intégration dans les réseaux de migration s’est
opérée initialement, il apparaît que de nombreuses barrières, économiques et administratives,
se sont dressées depuis, vouant aujourd’hui la migration au privilège des familles les plus
aisées (voir l’encadré page suivante).

(1) Plante de la famille des Agavacées dont les fibres sont extraites des feuilles pour la fabrication de textiles et
cordages.

16
Partir, un véritable investissement

Certains migrants témoignent qu’à l’époque des premières vagues de migration


(dans les années 60), il suffisait de partir avec quelques milliers de Francs en poche dans
un bateau de transport marchand au départ de Dakar et à destination de la France. « Vous
aviez de quoi vivre quelques jours et vous trouviez rapidement un emploi là-bas ».
Aujourd’hui, la difficulté à pouvoir trouver un logement et un emploi sur place, la
somme à amasser pour pouvoir partir en France, les frais d’administration à financer dans
le cadre du départ (l’administration malienne profite à tous les niveaux de la source
d’argent facile que représente la demande croissante de visas) amène les familles à
évaluer un départ en France à plusieurs millions de Francs CFA. Ce montant excède très
largement les capacités financières des familles les plus modestes ne disposant pas d’un
de leurs membres à l’étranger pour couvrir un tel investissement.

1.3 LA RELATIVE MARGINALISATION DE L’ACTIVITE AGRICOLE


1.3.1 Le secteur agricole : le premier secteur économique du Mali
1.3.1.1 Evolution du rôle de l’état dans le secteur des céréales
A l’image de nombreux états de l’Afrique de l’Ouest, les ressources économiques du
Mali proviennent très largement du secteur agricole qui représente plus de 40% du PIB du
pays et occupe 70 à 80% de la population active.
L’agriculture est principalement basée sur les cultures vivrières. Le mil et le sorgho,
s’adaptant à des conditions écologiques très diverses, sont cultivés à travers tout le pays. Le
maïs, plus exigeant en eau, est rarement cultivé sous des précipitations inférieures à 700
mm/an. Le riz est cultivé à petite échelle dans de nombreuses zones et de manière plus
intensive dans le delta du fleuve Niger où des zones de culture ont été aménagées.
Après la proclamation de l’indépendance du Mali, le gouvernement socialiste de
Modibo Keïta nationalisa une partie des entreprises et installa des coopératives de producteurs
ainsi que des organisations nationales de commerce. L’OPAM (Office des Produits Agricoles
du Mali) était le principal instrument étatique de contrôle de la production et des prix et
bénéficiait du monopole du commerce des céréales.
Dans la mesure où l’un des principaux critères de fixation des prix des denrées
alimentaires était le pouvoir d’achat des consommateurs urbains, les prix ne couvraient pas
systématiquement les coûts de production des producteurs. Face à cette gestion dangereuse
des prix et suite aux périodes successives de sécheresse au début des années 1970, le Mali
s’est retrouvé dans une situation de forte insécurité alimentaire. Le manque de motivation des
producteurs à investir a conduit à une baisse de la production agricole et à des ventes
clandestines vers les pays voisins1.

(1) L’OPAM ne contrôlait en réalité qu’une proportion très limitée du marché céréalier, 20% à 40% selon
Humphreys, 1986, in « Cereal Policy Reform in Mali », Draft Report. Washington : World Bank.

17
C’est dans cette situation de marché céréalier désorganisé qu’est né le PRMC
(Programme de Restructuration de Marché Céréalier), parallèlement à la mise en place des
Plans d’Ajustement Structurel au Mali au début des années 1980. Ce programme, dans un
contexte de désengagement progressif de l’état, visait à transférer à des opérateurs privés
certaines tâches assurées par l’OPAM, mettre en place des instruments pour une amélioration
des performances du marché céréalier et financer le système de sécurité alimentaire. A
présent, l’OPAM intervient sur le marché uniquement pour la constitution du stock national
de sécurité alimentaire et la gestion des aides alimentaires.
1.3.1.2 Les autres secteurs de l’économie agricole au Mali

Aux cultures céréalières viennent s’ajouter quelques cultures d’exportation, l’arachide


(également très consommée) et le coton notamment. Le Mali est parmi les premiers pays
producteurs de coton en Afrique. Cette culture constitue dans certaines zones l’une des
principales sources de revenus monétaires des producteurs. Le coton étant fortement
confronté au marché international dans le cadre des besoins de l’industrie textile, son dossier a
été l’objet de nombreux conflits lors des rencontres de l’OMC à Cancun et Hong-Kong. Le
Mali est l’un des quatre Etats ayant porté plainte à l’OMC contre les subventions des États-
Unis à leurs producteurs.
Les cultures fruitières et maraîchères sont pratiquées dans certaines régions où la
pluviométrie ou le réseau hydrographique le permettent, dans les régions de Sikasso et
Koulikoro notamment. Ainsi, le Mali exporte des mangues (60% de la production fruitière du
pays), des bananes, et des agrumes vers l'Europe et les pays Arabes du Golfe.

1.3.2 Une production agricole déficitaire dans la région de Kayes


Le contexte rurale de Kayes est caractérisé par une agriculture familiale essentiellement
pluviale (céréales, légumineuses,…), dans des conditions agro-climatiques très variables. Elle
a une vocation principalement vivrière, et ne permet de dégager des surplus monétaires que
lors des bonnes années. Les dépenses monétaires d’exploitation concernent surtout le
paiement de main d’œuvre complémentaire lors des périodes de pointe de travail, l’achat de
semences et l’achat et l’entretien de petit matériel (outils manuels ou traction animale légère).
L’encadrement et le conseil technique sont quasi inexistants, et la commercialisation des
produits non régulée, marquée par de fortes fluctuations. Avec un abandon marqué de la zone
par l’état ainsi qu’une forte insertion de la population dans les réseaux de migration (créant un
déficit de main d’œuvre chronique dans les champs) l’agriculture de la région de Kayes se
retrouve en marge de l’agriculture des autres régions du Mali.
Le secteur agricole en crise a appuyé le phénomène de migration et la migration elle-
même a accentué la marginalisation du secteur agricole (absence des actifs, déstructuration de
l’organisation du travail agricole) si bien qu’aujourd’hui, si nous observons les chiffres
(tableau 2 et carte 2) la production céréalière est très largement déficitaire et fait de Kayes,
notamment le nord de la région, une forte zone d’importation.

18
production en céréales brutes en Production en
Région population tonnes (moyenne 1996/2000) kg/habitant
Kayes 1 425 000 185 000 130
Mopti 1 735 000 390 000 225
Ségou 1 985 000 750 000 378
Sikasso 1 610 000 575 000 357
Koulikoro 1 500 000 410 000 273
Tombouctou 445 000 85 000 191
Gao 335 000 20 000 63
Kidal 85 000 x x
Bamako 1 690 000 x x
Total 10 810 000 2 804 473 259

Tableau 2. Production de céréales en kilogrammes par habitant pour les différentes régions du Mali.
Source : FEWS.

Figure 2. Production céréalière par région (en kg/habitant)

Le tableau 2 vient confirmer cette incapacité du secteur agricole à répondre aux besoins
de la population avec une production de seulement 130 kg de céréales par habitant en
moyenne sur les campagnes s’étalant de 1996 à 2000 (à comparer aux 220 kg/habitant annuels
recommandés par l’OMS). Même la région de Tombouctou, situé pourtant dans une zone de
plus faibles pluviométries (Figure 2), affiche une production céréalière par habitant plus
importante. Les régions de Ségou (où l’état est le plus intervenu à travers l’office du Niger),
Sikasso et Koulikoro viennent quant à elle combler les déficits vivriers des autres régions
avec des productions supérieures à 300 kg par habitant. Mais globalement la production
nationale ne couvre pas les besoins et le Mali importe d’importants volumes de céréales (à
70% composés de riz et de blé).

19
Dans la zone de l’office du Niger, l’encadrement de la filière coton a généralisé
l’utilisation d’engrais chimique, augmentant sensiblement les rendements des cultures
céréalières en rotation avec le coton qui bénéficient des apports en fertilisants. L’utilisation
d’engrais chimique, même parmi les exploitants les plus aisés, est relativement peu diffusée
dans la zone de Kayes. Dans certaines zones enclavées de la région (par exemple le cercle de
Kenieba), la traction attelée est encore peu répandue et l’équipement des exploitations reste
globalement très rudimentaire.

1.3.3 Une zone très monétarisée et de forte importation


Le déséquilibre fondamental entre population et ressources vivrières dans la région est
partiellement stabilisé par la circulation monétaire élevée liée aux transferts d’argent en
provenance de l’étranger. Le niveau de consommation, la multiplication des constructions en
ciment viennent en effet contraster avec une agriculture en crise et les faibles revenus locaux.
Kayes est reconnue au Mali pour afficher les prix les plus élevés concernant les denrées
alimentaires et les biens de consommation courante, au point que certains fonctionnaires
souhaitent se faire muter dans d’autres régions afin de subvenir raisonnablement à leurs
besoins avec les faibles salaires accordés par l’état.
Par rapport aux autres régions du Mali, l’insertion accélérée du monde marchand dans
les zones rurales reculées a bouleversé les modes de vie, jusqu’aux habitudes alimentaires. La
consommation de riz importé est généralisée, alors qu’elle ne concerne que certaines couches
aisées dans d’autres régions du Mali.

1.4 LESASSOCIATIONS DE RESSORTISSANTS MALIENS EN FRANCE : D’UNE


STRATEGIE FAMILIALE A UNE STRATEGIE COLLECTIVE AUTOUR DE LA
MIGRATION

1.4.1 Contexte d’émergence


Pendant les années 70, au moment où la migration est encore exclusivement perçue
comme un phénomène temporaire par les migrants, la plupart des Soninkés sont logés en
France dans des foyers d’immigrés, dont les faibles coûts répondent au souci d’épargne des
migrants qui envoient une bonne fraction de leur rémunération à leur famille.
Les réseaux de migration vont progressivement se structurer, cousins ou membres du
village d’origine faciliteront l’accès à un emploi et un logement en France pour un nouveau
candidat à la migration. Le nouvel arrivé en France se trouve dans une situation de double
dette (Quiminal, 1991) : à l’égard de celui qui lui a facilité (voire financé) son insertion en
France d’une part, et à l’égard de sa famille d’autre part, auprès de laquelle le migrant doit se
dédouaner de son absence aux travaux agricoles. Au-delà du simple trait de culture qui
conduit les Soninkés à contribuer au budget familial, cette situation sociale contraint les
migrants à affermir leur comportement d’épargne.
Au final, les migrants vont se retrouver dans le pays d’accueil avec d’autres membres
provenant d’un même village, on parle de « village-bis ». Ils vont ainsi créer leurs premières
caisses de solidarité orientées vers le village d’origine. Un double espace combinant le village
et les ressortissants maliens en France va progressivement se structurer. D’une forme
communautaire informelle, les associations de ressortissants maliens en France vont se
tourner vers une forme associative, parallèlement à l’évolution des lois en France à ce sujet et
à l’assouplissement du régime politique au Mali. A partir de 1981, l’état français va
reconnaître le droit d’association aux étrangers. De même, le nouveau contexte pluri politique

20
et démocratique suivant la chute du régime dictatorial de Moussa Traoré en 1991 a favorisé
l’émergence d’associations au Mali. Ces évènements ont permis la mise en place de
nombreuses associations pendant les années 1990, en France comme au Mali. En effet, un peu
plus tardivement, les associations de ressortissants en France ont trouvé un écho par la mise
en place d’associations villageoises au sein même des villages, souvent instituées par
d’anciens migrants. Ces associations « endogènes » sont devenues des instruments privilégiés
pour articuler le développement des villages avec les ressources des migrants.
Les associations créées en France ont pour double vocation de favoriser l’entraide sur le
territoire français et de développer le soutien aux villages d’origine à travers les transferts de
fonds. Le regroupement en associations présente plusieurs avantages : il permet d’avoir une
personnalité juridique utile, voire nécessaire, pour traiter avec des partenaires éventuels ou
avec l’état (en tant qu’interlocuteur, une institution est toujours plus crédible qu’un simple
individu face à une autre institution), et il permet également de véhiculer une image plus
positive de l’immigration dans le paysage français.
Le lien entre les migrants et leurs villages, ainsi formalisé, a rendu les régions
d’émigration et d’immigration indissociables. On parle de double espace, dans lequel chacun
des deux espaces influe sur l’autre.

1.4.2 Contribution au budget familial et mise en place d’une épargne


collective
La contribution des migrants est de plusieurs natures. Elle est principalement à
destination de leurs familles au village, en appui à la consommation alimentaire en premier
lieu. Puis il existe une forme de cotisation collective à double vocation : sous forme de caisse
de solidarité pour les ressortissants en France, destinée à prendre en charge d’éventuels
incidents sur place (le transport du corps au Mali notamment en cas de décès de l’un des
membres de l’association), et sous forme de fonds de solidarité destinés à des investissements
dans le village d’origine.
La mise en place de cette épargne collective sera une des conditions d’émergence des
associations de migrants et de la reconnaissance des émigrés en tant que « groupe social »
(pas nécessairement homogène) intervenant dans le développement du village. L’organisation
de ces associations villageoises reprend généralement les schémas hiérarchiques en place au
village. Le président de l’association appartient très souvent à la famille du chef de village, et
les hommes de caste ou issus de familles d’esclaves se partagent généralement des rôles
moins importants.
Arrivés en France, les membres du village, quelle que soit leur appartenance sociale, se
retrouvent dans les mêmes conditions (logement précaire et travail faiblement rémunéré) et
les signes de distinction entre les familles se lissent. Les instruments de la domination au sein
du village (appropriation des terres, etc…) n’étant plus présents, un certain nombre de garde
fous ont été mis en place pour éviter de perturber l’ordre sociale des associations en France.
Lavigne Delville cite à ce propos le fait que la cotisation des membres au fonds commun
d’investissement doit systématiquement être de même montant pour chacun des membres,
non pas par souci d’équité mais plutôt afin d’éviter qu’un homme de rang social inférieur
vienne à prendre un poids économique plus important dans l’association qu’un homme de
rang plus noble.

21
Ce type d’indice apparaît intéressant à plusieurs titres. Il témoigne de l’hétérogénéité
des groupes de ressortissants et des rapports de force qui existent au sein des associations.
Derrière l’appellation commune « migrants » se cache une diversité d’objectifs et de visions
qui peuvent se heurter lors des débats sur l’utilisation pour le village des fonds collectés.

1.4.3 Evolution du rôle des associations de migrants


1.4.3.1 De la construction de mosquées à l’appui à l’éducation
L’utilisation des fonds des associations de ressortissants a subi des modes à travers le
temps. Les toutes premières réalisations, dans les années 1970, concernaient essentiellement
la construction de mosquées. Dans des villages très souvent 100% musulmans, ce type de
réalisation faisait généralement l’unanimité et permettait d’asseoir la légitimité des migrants
en tant qu’entité disposée à améliorer les conditions de vie du village.
Pendant les années 1980, de nombreux centres de santé ont été érigés dans les villages
pour offrir aux villageois des services de santé minimum. Par la suite, malgré la réticence
initiale des Soninkés au système éducatif, et certainement suite à la confrontation des
migrants avec le système éducatif en France, les associations ont accordé une certaine
importance à la construction d’écoles, en allant jusqu’à utiliser une partie des fonds communs
pour payer des professeurs que l’état n’est pas toujours capable de mettre à disposition.
Etant donné qu’une grande partie de l’épargne individuelle des migrants à destination
de leur famille est vouée à la consommation alimentaire et aux besoins de première nécessité,
les associations ont également contribué à mettre en place des structures visant à assurer la
sécurité alimentaire du village. C’est le cas des magasins coopératifs, dont les responsables
sur place sont chargés d’acheter en gros, et donc à des prix plus bas, les produits de
consommation de base (céréales, huile, savon…) et d’en faciliter l’accès aux villageois. Les
familles disposent parfois d’un compte de crédit auprès de ces magasins, ce qui permet
notamment d’assurer l’utilisation de l’argent des migrants à des fins alimentaires. Ce système
a permis aux migrants de conserver un certain contrôle sur l’utilisation de leur épargne et
d’équilibrer les budgets familiaux, plus particulièrement en période de soudure.
L’histoire et la diversité des domaines d’intervention de ces associations démontrent à
quel point l'incapacité de l’Etat Malien à développer des infrastructures utiles à la collectivité
(telles que les écoles ou les centres de santé…) a incité ces organisations d’émigrés à prendre
en charge les investissements qui relèvent normalement du rôle de l’Etat.
1.4.3.2 Quelle place pour l’agriculture dans les projets des associations ?
Des tendances nettes se sont donc dessinées à travers le temps concernant la nature des
interventions des associations de migrants. D’abord la construction de mosquées, puis la
construction de centres de santé dans les années 80 et enfin l’appui à l’éducation et à la
sécurité alimentaire. Globalement, les réalisations dans le secteur de l’agriculture ont fait des
apparitions plus timides. Cela est en partie lié au fait que mettre en œuvre des projets
agricoles reste plus complexe que de fabriquer des infrastructures. Un tel projet demande plus
de compétences techniques et peut nécessiter une collaboration plus poussée avec divers
partenaires techniques. Toutefois, certaines expériences ont été réalisées, qui pour certaines
ont participé à la structuration du monde agricole dans la région.

22
1.4.3.2.1 Naissance de L’URCAK
Le village de Somankidi Coura (à 15 km de Kayes) a vu naître en 1976 la première
coopérative multifonctionnelle de la région, sous l’impulsion d’une quinzaine de migrants
militants résolus à revenir dans leur village. Ils mettront en place un périmètre irrigué
consacré à la production de produits maraîchers de contre-saison et constitueront un troupeau
de bovins et d’ovins d’environ 200 têtes, fournissant les localités voisines en animaux
d’abattage. La coopérative visait à mutualiser les charges agricoles et organiser la
commercialisation des produits.
Cette initiative a eu lieu suite à la convergence de deux facteurs : d’une part la grande
sécheresse du début des années 1970 qui a accéléré les réflexions sur les productions
irriguées, et d’autre part le financement par la FAO et le PNUD de périmètres irrigués à
Kamankolé (à proximité de Kayes) et dans la commune du Logo. De la mise en place de ces
périmètres irrigués ont découlé de nombreux essais agronomiques ainsi que l’édition de fiches
techniques qui ont pu appuyer l’initiative des migrants de Somankidi.
En 1977, la région de Kayes comptait 5 périmètres irrigués devant faire face aux mêmes
problèmes d’approvisionnement, d’équipement et de commercialisation. Ils décidèrent donc
de diagnostiquer ces différents aspects ensemble et de se regrouper en union : l’URCAK
(Union Régionale des Coopératives Agricoles de Kayes). Concernant l’équipement et
l’approvisionnement, l’URCAK a développé des partenariats avec les services étatiques de la
SCAER1. Cependant, la commercialisation de la production a rencontré bon nombre
d’entraves. D’une part la région de Kayes était particulièrement enclavée, rendant difficile
l’écoulement de produits frais, et d’autre part la consommation de produits maraîchers ne
rentrait pas encore dans les habitudes alimentaires et se limitait aux classes aisées et aux
fonctionnaires, si bien que le marché se retrouvait rapidement saturé. La migration, la mise en
place de ces coopératives agricoles et l’appui de la radio rurale de Kayes à travers des
campagnes de sensibilisation ont participé à la démocratisation de la consommation de
légumes. Néanmoins, aujourd’hui encore, l’écoulement de la production reste une des grandes
préoccupations des producteurs.
En 1983, en plus de son mandat initial, l’URCAK jusqu’à lors réservé à la frange
masculine de la population s’ouvre à la promotion des groupements féminins, acteurs
fondamentaux dans la production maraîchère (l’union compte à présent 6000 femmes pour
580 hommes).
1.4.3.2.2 L’ORDIK
L’ORDIK (Organisation Rurale pour le Développement Intégré de Kolimbiné) est née
en 1987, de l’initiative de migrants ayant suivi des formations agricoles avec le GRDR2.
L’idée des formations est venue d’anciens coopérants ayant travaillé dans la zone de Kayes.

(1) La SCAER (Société de Crédit Agricole et d’Equipement Rural), placée sous la tutelle de la Banque de
Développement du Mali (BDM) a été créée en 1967 en vue de satisfaire la demande en matière de culture attelée
et d’approvisionnement en intrant agricole. Cette structure a été démantelée en 1982 pendant la mise en place du
plan d’ajustement structurel au Mali.

(2) Le GRDR (Groupe de Recherche pour le Développement Rural) est une ONG Française créée en 1969 qui
intervient à la fois en France en direction des populations migrantes (conseil et formation) et en Afrique avec les
villages d’origine des migrants (appui à l’organisation, l’irrigation, la santé). Le GRDR intervient dans le bassin
du fleuve Sénégal et en Casamance, il dispose d’antennes au Sénégal, en Mauritanie et au Mali (dont l’antenne
de Kayes).

23
Elles avaient lieu dans une ferme pilote mise à disposition par le GRDR, située à 50 km de
Paris, dans laquelle les migrants apprenaient et mettaient en oeuvre des techniques
susceptibles d’avoir leur place dans leurs villages d’origines (confection de puits, mise en
place de périmètres irrigués…). Les initiateurs de l’ORDIK décidèrent de faire prendre à leur
association une forme inter-villageoise, regroupant les 9 villages constituant la future
commune de Kolimbiné (voir figure 1 p.14). Le premier projet s’est déroulé sur quatre
années, entre 1989 et 1992, financé par les migrants et par la coopération française. Il
comprenait deux volets principaux :
 Un volet hydro-agricole : de nombreux puits ont été creusés et 7 barrages ont
été aménagés sur le bassin versant de la rivière Kolimbiné, destinés à recharger
la nappe en eau, favoriser les cultures de contre-saison et faciliter l’abreuvement
des animaux.
 Un volet alphabétisation visant à promouvoir l’écriture de la langue Soninké.
Ce projet a bénéficié d’une seconde tranche de financement qui a permis de consolider
la première phase. Mais aujourd’hui, la difficulté à maintenir des financements et la
dispersion des leaders de l’association vers de nouveaux rôles et de nouvelles activités ont
fortement amoindri les activités de l’ORDIK. Cette association a toutefois participé à dessiner
un cadre de fonctionnement et d’intervention de la commune au moment de la
décentralisation au Mali à partir de 2000.
1.4.3.2.3 L’association Diama Djigui
L’association Diama Djigui est née en 1983, sous l’impulsion d’un groupe de
ressortissants maliens issus de 4 villages du cercle de Kayes : Maréna, Sabousiré, Madina
Couta et Mokoyafara. Le projet initial de l’association concernait l’aménagement du territoire.
Mais l’objectif avait été fixé en France. Après concertation avec les gens des villages, il s’est
avéré que la population désirait en priorité voir naître un centre de santé. La population était
en effet loin d’un dispensaire et le village de Maréna (lieu d’implantation du futur centre de
santé), entouré par un vaste marais, est particulièrement isolé pendant l’hivernage. Le centre
fut donc inauguré en 1987, entièrement financé par les fonds regroupés par les migrants. Deux
migrants ont quitté la France pour rejoindre leur village d’origine et appuyer la gestion du
centre de santé en travaillant à plein temps pour l’association. Ce projet avait également
l’avantage de correspondre aux nouvelles orientations politique du ministère de la santé en
place qui visait à développer les structures de santé rurale1. Cela a beaucoup participé à
l’adoption du projet sous un régime encore fortement hostile à l’évolution du secteur
associatif.
Après la création de ce centre de santé ainsi qu’une coopérative d’approvisionnement
alimentaire en 1992, l’association Diama Djigui, sur les traces du projet initié par l’ORDIK,
décida de mettre en place un projet de développement intégré sur 4 ans, de 1993 à 1997.
Là encore une collaboration technique s’instaura avec le GRDR et les partenariats
financiers se développèrent : à la cotisation des ressortissants maliens vint s’ajouter l’appui

(1) Le deuxième plan décennal de développement sanitaire du Mali (1981-1990) marque un changement de cap
en terme de politique de santé avec le développement de structures de santé rurales, la formation d’agents de
santé et de caisses de pharmacie villageoises.

24
financier de la Coopération française, du Conseil Régional d’Ile de France ainsi que des
Jardins de Cocagne 1.
Ce projet comprenait, en plus des volets « aménagement hydro-agricole » et
« alphabétisation en langue Soninké » déjà développés par l’ORDIK, un volet « crédits » à
destination des villageois. Ce dernier volet avait pu s’effectuer sur les bases d’une ligne de
crédit accordée par le bailleur de fonds.
1.4.3.2.4 Poids des projets agricoles dans les associations à l’échelle du cercle
Au vu des trois expériences précédemment évoquées, seules les associations
particulièrement structurées, regroupant parfois plusieurs villages, ayant su mobilisé une
épargne importante et surtout ayant bénéficié d’un appui technique et financier conséquent
ont pu s’engager dans des projets agricoles.
Mais les associations villageoises bénéficient rarement d’un tel encadrement.
Une étude réalisée par des étudiants de l’INA-PG 2, basée sur des enquêtes réalisées au
sein de 41 associations villageoises ou inter villageoises révèlent la faible part des projets
agricoles dans les réalisations des associations :

Figure 3. Répartition des secteurs d’intervention des associations de ressortissants

(1) Jardins de Cocagne est une coopérative de producteurs maraîchers suisses créée en 1978 qui a mis en place
depuis 1986 une branche solidarité Nord-Sud visant à promouvoir le développement agricole de villages au
Sénégal, en Mauritanie et au Mali.

(2) L’enquête a été réalisée en 2004 auprès de 41 associations distribuées dans tout le Nord de la région de
Kayes, dont 16 dans le cercle de Kayes. L. Gauvrit, G. Le Bahers, « Pratiques associatives des migrants pour le
développement de leur pays d’origine : le cas des migrants maliens de France originaires de la région de
Kayes », 2004.

25
Ce faible poids de l’agriculture est encore plus prononcé lorsque ces chiffres sont
traduits non pas en terme de nombre de projets, mais en terme de volumes d’investissement :

Figure 4. Répartition des volumes d’investissements selon les secteurs

Les projets s’orientent plus communément vers la construction de mosquées, de centres


de santé, d’écoles ou encore vers l’adduction d’eau. L’agriculture ne représente que 2% des
volumes investis.

1.4.4 Les associations de migrants à l’origine du paysage des ONG à


Kayes : l’exemple du CAMIDE
De nombreux anciens migrants initiateurs d’associations villageoises et ayant joué des
rôles clés dans les initiatives de développement de leur région se retrouvent aujourd’hui à
occuper des positions centrales dans le paysage des ONG et associations de la région. Le
comité de pilotage de l’antenne du GRDR à Kayes, l’UGAD (Union Générale des
Associations de Développement), la cellule régionale de l’AOPP (Association des
Organisations Professionnelles Paysannes), toutes ces structures, pour ne citer qu’elles, sont
dirigées ou présidées par d’anciens migrants. Le CAMIDE, dont la genèse est entremêlée à
l’histoire de l’association Diama Djigui, en est un autre exemple. (La naissance du CAMIDE
et les spécificités du modèle CVECA sont développés dans l’annexe 1).
L’actuel directeur du CAMIDE avait été recruté par les membres de Diama Djigui au
moment de la mise en place de leur projet intégré. Il était responsable entre autre du volet
crédit du programme. Les crédits accordés par l’association étaient encore très faibles et
aucun système d’épargne n’était proposé. Des voyages d’échange ont eu lieu avec des
agriculteurs dans divers réseaux de microfinance du pays afin de définir le service financier le
plus adapté à la zone. L’association a opté pour les modèles des Caisses Villageoises
d’Epargne et de Crédits Autogérées (CVECA) déjà initié par le CIDR1 dans plusieurs régions
du Mali.
Afin d’approfondir les connaissance sur le sujet, l’association a décidé d’envoyer un des
techniciens en formation sur le thème de la microfinance. Et après plusieurs négociations,

(1) Le CIDR (Centre International de Développement et de Recherche) est un groupe associatif intervenant en
Afrique sur les secteurs du développement local, des systèmes financiers décentralisés et d’assurance maladie et
prévoyance sociale. Il est l’initiateur du modèle des caisses villageoises autogérées, né de la réflexion sur un
modèle de microfinance en adéquation avec l’organisation sociale et le contexte des régions sahéliennes.

26
c’est le directeur du CAMIDE qui a été désigné. Cette formation a permis de valider le
modèle de CVECA comme étant potentiellement le mieux adapté à la région.
Dans le contexte de migration de la zone de Kayes et donc à travers le fort appui
financier perçu par les familles rurales, le réseau des caisses villageoises de Kayes a pu
développer une capacité d’épargne importante. Au point de voir certaines caisses villageoises
atteindre des seuils de surliquidité.
Notre étude s’inscrit dans un cadre de réflexion portant sur l’utilisation potentielle de
ces ressources et de ce qui en est capté à travers le réseau des caisses villageoises pour
appuyer des initiatives de développement local.

1.4.5 Interrogations actuelles au sein des associations de migrants


Historiquement, les choix prioritaires des secteurs d’intervention des associations de
migrants dans leurs villages d’origine (vie religieuse, santé et éducation) correspondent aux
raisons fondamentales qui ont initialement motivé les migrants à quitter ces villages : à savoir
améliorer les conditions de vie de leurs familles restées sur place.
Aujourd’hui, ces infrastructures (centres de santé et écoles) sont acquises pour un
certain nombre de villages, et de nouveaux secteurs d’intervention sont à l’ordre du jour dans
les associations : l’électrification et la mise en place de réseaux d’eau potable notamment.
D’après nos entretiens avec divers membres d’associations, ces choix pourraient être révisés
car ils vont toujours selon eux dans le sens de la consommation et de charges supplémentaires
à supporter pour les migrants en France. Ce point de vue n’est cependant pas partagé par tous.
L’idée de pouvoir tourner ce potentiel d’investissement vers des secteurs productifs
localement est au cœur de nombreuses discussions : au sein de certaines associations de
migrants, mais aussi au cours des discussions réunissant différents acteurs du développement
de Kayes ou les services de coopération français. A ce titre, un forum sur les investissements
productifs dans la région de Kayes a été tenu en décembre 2007, réunissant la cellule de
codéveloppement, l’assemblée régionale, différents acteurs locaux du développement et
certains représentants d’associations de migrants. Divers ateliers ont été organisés pendant les
mois d’août à octobre à Kayes et en France, dans le cadre de l’organisation de ce forum. Ces
ateliers avaient pour objectif de diagnostiquer les potentialités économiques et les filières des
différents cercles de la région de Kayes et d’orchestrer les différents acteurs afin d’évaluer
leur complémentarité dans le cadre d’appuis aux secteurs productifs. L’objectif global est de
mettre en place un cadre institutionnel favorable à la structuration des filières économiques
dans la région, de pouvoir accompagner les acteurs, financer les investissements et mobiliser
des partenariats techniques. Les représentants d’associations de migrants ont été intégrés dans
cette réflexion mais leur rôle reste à définir.

27
2 PROBLEMATIQUE ET PRESENTATION DES VILLAGES
ETUDIES
2.1 PROBLEMATIQUE
Le CAMIDE est présent dans les villages du cercle de Kayes par son appui aux caisses
autogérées depuis bientôt dix ans. Il s’est donné comme double mandat de développer l’accès
des villages ruraux au système financier par l’appui aux caisses villageoises (et poursuit
aujourd’hui son extension jusqu’aux cercles voisins) et de soutenir, dans la mesure de ses
compétences, les initiatives de développement locale.
Historiquement, le CAMIDE est né du contexte de migration de la zone. Les principaux
acteurs à l’origine de sa création sont des hommes du « double espace » et l’association,
présente dans de nombreux villages de migrants, a bénéficié du niveau d’épargne
particulièrement élevé de ces villages pour développer son autonomie financière.
Nos interrogations et celle du CAMIDE, dans une dynamique d’expansion et de
recherche d’innovations et d’orientations, peuvent se résumer à la problématique suivante :
Dans le contexte d’un système agraire en crise, d’une production agricole
globalement déficitaire et d’une région marginalisée en termes d’investissements
agricoles, la migration peut-elle indirectement jouer le rôle de levier dans la
redynamisation du secteur productif local ?
Dans ce cadre, quel rôle le CAMIDE, à travers son réseau, sa capitalisation en
connaissances et en ressources financières autour de son activité de microfinance, peut-il
jouer dans le développement de l’agriculture et des activités productives de la région ?
Dans quelle mesure, à travers l’activité de crédit notamment, peut-il se situer à
l’interface des ressources issues du contexte de migration et du développement des secteurs
productifs du monde rural ?
Les services financiers des caisses appuyées par le CAMIDE étant principalement à
destination des unités familiales, il convient d’étudier de près le fonctionnement des familles,
unités de base de l’économie rurale, et d’approfondir notre connaissance sur leur gestion des
budgets et leurs activités. L’agriculture ne parvenant pas à couvrir l’ensemble des besoins des
familles, il est nécessaire d’aborder aussi bien le fonctionnement des exploitations agricoles
familiales que leurs liens et leur complémentarité avec les activités extra-agricoles ou de
contre-saison. Cela permettra d’appréhender la manière dont la rente migratoire s’insère dans
les budgets familiaux et, par rapport à la microfinance plus spécifiquement, comment le crédit
s’insère dans ces budgets.
De ces questions découlent plusieurs autres interrogations, portant sur l’organisation des
familles et leurs activités :
 Quelles sont les structures familiales en place et comment sont gérées les
ressources au sein des foyers ?
 Quels sont les besoins et activités des ménages ?
 Dans quelle mesure chacune des activités participe-t-elle au budget familial et en
conditionne-t-elle sa gestion ?

28
Dans notre approche, ces questions seront abordées à travers le filtre de la migration.
Les informations pourvues par la littérature soutiennent de manière probante l’idée de la
migration comme facteur de discrimination des familles. Nous poserons donc l’hypothèse
suivante :
Le degré d’insertion des familles dans les stratégies de migration, et donc la part
du revenu familial basée sur l’accès à la rente migratoire, aura une influence
conséquente sur les stratégies économiques des familles et sur les systèmes de production
mis en place.
La démarche suivie dans l’approche des exploitations agricoles est une démarche
systémique, consistant à considérer que l’exploitation agricole se compose d’un ensemble
d’éléments organisés, ne répondant pas à des critères simples et uniformes d’optimisation. Le
tout forme un système de production. Ce dernier n’est pas le résultat de la simple
juxtaposition d’ateliers de production ni l’addition de moyens et de techniques de production,
mais le résultat de l’interaction des systèmes d’élevage et de culture entre eux, eux-mêmes
interdépendants de l’environnement biophysique et du contexte socio-économique.
Dans la mesure où les stratégies familiales dépassent la simple activité agricole et que
l’équilibre budgétaire des familles est étroitement dépendant des activités extra-agricoles,
nous appréhenderons les activités familiales à la lumière de stratégies plus vastes : cueillette,
transport, activités artisanales de complément, migrations saisonnières ou internationales...
Les logiques qui gouvernent les systèmes de production agricole peuvent ainsi
s’appréhender en référence à « un métasystème, appelé système d’activité, qui constitue le
véritable domaine de cohérence des pratiques et des choix des agriculteurs » (Paul, 1994).
L’affectation de la force de travail familiale aux différentes activités sera en interrelation avec
les travaux liés à la production agricole. Les agriculteurs s’engageront sur des opportunités
externes de revenus en fonction des impératifs du calendrier agricole et de la hauteur des
coûts d’opportunité.

2.2 METHODOLOGIE
2.2.1 Enquêtes auprès des ménages
Les enquêtes auprès des ménages ont été réalisées dans un objectif multiple :
 En premier lieu : dans la perspective de cerner le fonctionnement de l’unité
familiale et l’impact de la migration sur la nature et le fonctionnement de cette
unité.
 En second lieu : afin d’appréhender la gestion des budgets familiaux et du
produit issu de la migration, et de mettre ce dernier en lien avec l’organisation
des activités agricoles et extra-agricoles.
Le guide d’entretien élaboré (annexe 2) se découpe en différentes rubriques : l’objectif
est de caractériser le fonctionnement du foyer et de l’exploitation agricole, l’organisation du
travail, la constitution du produit familial et la consommation.
L’évaluation du produit agricole est confrontée avec la consommation familiale afin
d’estimer le niveau d’autoconsommation et rendre compte des stratégies adoptées pour pallier
aux éventuels déficits vivriers.

29
D’un point de vue pratique, la démarche suivie a été de s’adresser en premier lieu au
chef de famille, généralement premier responsable de la sécurité alimentaire de la famille,
pour lui demander des informations générales sur le fonctionnement de la famille,
l’exploitation familiale, le produit et la consommation. Il a été généralement possible, avec
l’accord du chef de famille, de multiplier les points de vue sur le fonctionnement de l’unité
familiale en interrogeant des femmes de la concession ou des dépendants. Ces entretiens
annexes ont souvent eu lieu sous la surveillance ou du moins en présence du chef de famille,
pouvant parfois compromettre les informations obtenues, mais ce biais méthodologique reste
difficile à pallier sur le terrain.
Dans l’optique de mettre ces résultats en perspective, il est pertinent de confronter le
fonctionnement des familles insérées dans la migration avec celles qui ne le sont pas. A une
autre échelle, il convient également de comparer la situation de villages de migrants avec celle
de villages peu impliqués dans cette stratégie économique. Ces considérations ont gouverné
nos choix dans l’échantillonnage des familles enquêtées et des villages étudiés.
2.2.1.1 Gestion des ressources et du produit familial
Accéder à des informations concernant la gestion du budget et du produit familial n’est
pas une chose aisée. D’un point de vue méthodologique, formuler des questions trop directes
concernant les ressources de la famille peut rapidement conduire à des confusions sur la
finalité des entretiens et à des informations partielles ou erronées. Notre approche a consisté à
aborder cette question par une double entrée :
 D’une part par l’exploitation agricole, l’organisation des parcelles et l’évaluation
du produit agricole (ainsi que la gestion et le devenir de ce produit).
 D’autre part par la consommation : évaluation de la consommation sur l’année
en biens et denrées alimentaires. Pour chaque type de dépense ou de
consommation, nous entreprenions de remonter à l’activité ou à la ressource
permettant d’assurer cette consommation.
Une telle approche présente de nombreux avantages. Elle permet de reconstruire le
système d’activité et la multiplicité des ressources et de les mettre en relation directe avec les
besoins de la famille. Elle permet d’autre part d’apprécier la cohérence entre le produit et les
ressources familiales et le niveau de consommation.
2.2.1.1.1 Consommation alimentaire
L’approche par la consommation alimentaire permet d’observer la hauteur du déficit
vivrier dans le cas où les champs ne permettent pas de couvrir les besoins alimentaires de la
famille. En mettant en évidence les denrées achetées, il est possible de déterminer l’origine
des ressources utilisées pour couvrir ces charges en alimentation (rente migratoire, activités
extra-agricoles…).
Au moment des enquêtes, en fonction de l’origine de ces ressources, il a été possible
d’approfondir les thèmes de la migration et des activités extra-agricoles. Ces éléments
permettent d’analyser comment les ressources issues de ces stratégies sont gérées au sein de la
famille et viennent répondre à leurs besoins.

30
2.2.1.1.2 Consommation et dépenses primaires
Le secteur de dépenses primaires concerne l’ensemble des charges courantes
nécessaires au bon fonctionnement de la concession et de la satisfaction des besoins primaires
des individus (dépenses domestiques, frais de santé et scolarité…). Les enquêtes visent à
identifier les responsables de ces charges en fonction de la nature des dépenses et d’observer
la variabilité et la périodicité des dépenses.
2.2.1.1.3 Equipements et investissements
Concernant les bâtiments, les équipements ou toute autre forme d’investissement, les
entretiens visent à mettre en avant les facteurs qui ont poussé à de tels investissements et
l’origine des ressources qui ont permis de telles dépenses.
2.2.1.1.4 Dépenses spécifiques
Les familles doivent parfois faire face à des dépenses plus inhabituelles, souvent plus
volumineuses, tels que les mariages, les baptêmes ou les funérailles. Mettre en avant les
stratégies des familles et les ressources utilisées pour faire face à ces besoins permet d’évaluer
l’impact de ces dépenses plus ponctuelles sur la trésorerie de la famille.
2.2.1.2 Systèmes d’activité et modélisation de la trésorerie des familles
Les enquêtes menées au sein des ménages permettront d’établir une typologie des
familles, distinguées entre elles selon des clés de différenciation : la structure des familles, la
nature du système de production et le degré de capitalisation de l’exploitation agricole, la
nature des activités extra-agricole, le degré d’insertion dans les stratégies de migration…
Il existe des liens étroits entre ces différents facteurs de différenciation. Caractériser ces
liens et les recadrer dans l’histoire à travers l’analyse des trajectoires des familles facilite
l’approche de la diversité des situations rencontrées au sein des villages.
Cette caractérisation des familles et des exploitations agricoles suppose au préalable
d’avoir déterminé les différents systèmes de production en place et la nature des activités
extra-agricoles entreprises.
2.2.1.2.1 Systèmes de production
Le système de production est la résultante des sous-ensembles que sont les différents
systèmes de culture et systèmes d’élevage.
Le système de culture est défini, pour une surface de terrain traitée de manière
homogène, par « les cultures pratiquées avec leur ordre de succession et les itinéraires
techniques (combinaison logique et ordonnée des techniques culturales) mis en œuvre »
(Sébillotte, 1976). A l’échelle de l’exploitation, le système d’élevage est la suite logique et
ordonnée d’opérations techniques d’élevages appliquées à un ensemble d’animaux conduits
de manière homogène.
L’analyse de ces systèmes de culture et d’élevage permet de modéliser les calendriers
culturaux et zootechniques afin de dégager les diverses contraintes qui relèvent de l’activité
agricole et d’évaluer les performances économiques de chacun des sous-systèmes, et plus
globalement du système de production. Cette approche permet d’évaluer la contribution du
secteur agricole au revenu des familles et d’observer comment les produits et les charges liés
à l’agriculture s’insèrent dans la gestion globale du budget de la famille.

31
2.2.1.2.2 Activités extra-agricoles
Les activités extra-agricoles se déclinent en différents types : en fonction de la hauteur
et de la nature des investissements, en fonction de la périodicité et de la demande...
Certaines ne nécessitent aucun investissement et concernent plus particulièrement les
individus qui n’ont à proposer que leur force de travail. D’autres demandent des
investissements plus ou moins conséquents et parfois la constitution d’un fonds de roulement
qu’il conviendra de gérer et d’intégrer dans les stratégies de gestion du budget familial
(atelier, boutique).
2.2.1.2.3 Modélisation des différents types d’unité familiale
Des données quantitatives ont été récoltées à travers ces entretiens afin d’évaluer les
revenus familiaux, mais l’approche se veut globalement qualitative et destinée à mettre en
évidence une typologie des familles pour lesquelles les différents éléments du système auront
été analysés.
La modélisation des revenus permet de décomposer le produit familial et d’estimer la
part des différentes ressources, d’évaluer la part du produit agricole et les potentialités
d’investissement des familles. Elle permet d’autre part d’évaluer l’importance de la rente
migratoire et son impact sur les équilibres des budgets familiaux.
L’objectif est également d’observer les variations subies par le produit familial en
fonction de la qualité des campagnes agricoles. Les fortes variabilités de pluviométrie (annexe
3) ont une grande incidence sur le produit agricole et plus globalement sur le budget familial.

2.2.2 Etudes antérieures


Nous disposons dans la bibliographie d’éléments approfondis d’étude sur les produits et
consommations familiales à travers des enquêtes menées en 1996 sur 305 familles réparties
sur huit villages de la zone par l’économiste Flore Gubert.
Cette étude diffère de notre approche à plusieurs niveaux. Elle s’adresse à un
échantillon plus large et mobilise des outils qui relèvent davantage des statistiques et de
l’économétrie, permettant de traiter les informations de questionnaires aux nomenclatures
plus fermées. Toutefois, même si l’approche diffère et si l’accent n’a pas été mis sur l’étude
des systèmes de production, ce travail reste une ressource riche qui peut accessoirement servir
de base de comparaison pour nos résultats. La migration a également été considérée comme
une clé de distinction des familles et l’échantillon global présente l’avantage d’avoir été traité
en deux sous-échantillons : familles sans migrants (en tant qu’échantillon témoin ou groupe
de contrôle) et familles avec migrants.
L’étude présente cependant l’inconvénient de s’être portée sur une année arrêtée : le
produit de la campagne de contre saison 1995/1996 et le produit agricole de l’hivernage 1996,
en l’occurrence l’une des années de plus mauvaise pluviométrie1, en termes de volume et de
répartition, de la décennie 1991-2000 (voir le relevé pluviométrique de Kayes en annexe 3).

(1) La station météo de Kayes a enregistré une pluviométrie annuelle de 428 mm étalée sur seulement 39 jours
pour 1996, contre une moyenne décennale de 570 mm/an de pluie étalée sur 49 jours pour la période 1991-2000.

32
2.2.3 Analyse des crédits et de leur utilisation
En complément de l’étude des budgets, et afin d’établir le lien avec la microfinance, un
volet de nos entretiens portent sur l’utilisation des crédits (pour les sociétaires des caisses
villageoises) ou les besoins éprouvés en termes de financement.
Ce volet de notre analyse s’est fait à deux échelles : d’une part à l’échelle micro-
économique au sein des foyers lors de nos entretiens, d’autre part à une échelle plus globale à
travers l’analyse statistique d’un échantillon large de crédits octroyés sur l’ensemble des
caisses du réseau1. Les observations faites à l’échelle micro-économique peuvent ainsi être
confrontées à des observations plus larges et aux tendances dégagées par le traitement d’un
échantillon plus vaste.
Cette approche exige en premier lieu d’analyser le fonctionnement des caisses
villageoises, à l’échelle du village comme à l’échelle du réseau, puis d’examiner leur
utilisation par les familles. L’objectif est d’observer pour quels types de besoins et dans
quelles circonstances les crédits sont généralement sollicités et d’observer la gestion des
remboursements au sein des familles. Des entretiens avec des non-adhérents permettront de
cerner les types de ménages ou de situations que les caisses n’arrivent pas à satisfaire en
termes de crédit, ou les raisons qu’invoquent les familles pour ne pas avoir recours aux
propositions de financement des caisses.

2.2.4 Analyse du contexte institutionnel


Afin de préciser le cadre dans lequel l’agriculture et la microfinance s’insèrent, nous
aborderons l’analyse du contexte institutionnel. Ce volet ne correspond pas à une étape
déterminée de notre étude. Tout au long de notre phase de terrain, à travers des rencontres
avec divers acteurs (responsables d’organisations paysannes, acteurs du développement,
responsables d’associations de ressortissants…), nous nous interrogerons sur les différentes
volontés d’orientation des projets (agricoles notamment) et sur le rôle que la microfinance
peut jouer dans l’appui au financement rural en lien avec ces différents acteurs.
Pour que tout transfert ou investissement dans le système de production familiale
s'accompagne d'un accroissement du produit agricole, les éléments du contexte socio-
économique doivent être favorables. Le réinvestissement des revenus (issus de la migration ou
autre) dans l'agriculture est donc fortement conditionné par le contexte biophysique,
économique et institutionnel dans lequel il s’insère. Des conditions particulièrement
défavorables ou des infrastructures défaillantes peuvent inciter les paysans à se détourner de
l'agriculture, au profit (ou non) d'autres activités.
De manière générale, on peut faire l’hypothèse qu’un paysan est prêt à investir dans
l’agriculture si cela lui permet d’augmenter la production vivrière (et donc de diminuer
des dépenses en consommations alimentaires) ou d’augmenter la production de cultures
commerciales (et donc d’augmenter ses revenus monétaires issus de l’agriculture), ou
bien si cela lui permet d’être moins dépendant de la main d’œuvre en augmentant la
productivité du travail.
Le contexte économique et institutionnel affecte la rentabilité relative des activités
agricoles par rapport aux autres activités. Le prix des produits et des intrants, le matériel et les

(1) L’ensemble des crédits octroyés du réseau de caisses a été saisi sur des fichiers informatiques du CAMIDE,
le traitement des données s’en est vu facilité.

33
services disponibles ainsi que les conditions d'accès au marché peuvent, selon les cas,
encourager ou, au contraire, dissuader les producteurs d’investir dans le secteur agricole ou à
dégager des surplus commercialisables.

2.3 PRESENTATION DES VILLAGES


2.3.1 Critères de choix des villages et familles étudiés
Les villages choisis se distinguent par leur histoire, leur composition socio-ethnique,
leur proximité avec le centre urbain et l’écosystème cultivé.
Les deux premiers villages étudiés sont Gouméra et Gory Gopéla (voir figure 5 p.35).
Ces deux villages sont fortement insérés dans les stratégies de migration (plus de 60% des
familles possèdent un ou plusieurs de leurs membres à l’étranger à Gory) et situés à une
trentaine de kilomètres du centre urbain de Kayes. Ils ne bénéficient que d’un réseau
hydrographique temporaire composé de cours d’eau alimentés pendant l’hivernage et de
marigots.
Les deux autres villages, Samé plantation et Darsalam, sont situés en bordure du fleuve
Sénégal, à moins de quinze kilomètres du centre urbain (plus facilement atteignable en
charrette) sur la route goudronnée qui relie Kayes à Dakar. La composition ethnique y est plus
mixte et l’ethnie Soninké minoritaire.
L’étude menée en parallèle sur ces deux types de villages permet de confronter des
observations divergentes en termes d’organisation économique à l’échelle du village comme à
l’échelle de l’unité familiale.
Les enquêtes ont toujours été menées avec un membre du comité de la caisse villageoise
jouant le double rôle de traducteur et de guide. Le fonctionnement des caisses villageoises et
l’octroi des crédits reposent justement sur les liens sociaux étroits qui lient les villageois et la
faculté des membres du village à connaître la situation économique et la nature des activités
des familles. Nous avons ainsi pu nous appuyer sur la connaissance précise de notre
accompagnateur de la situation et des activités de chaque famille. L’échantillonnage des
familles enquêtées a ainsi été établi en concertation avec ce dernier, ainsi qu’avec les autres
membres du comité de la caisse et des membres de la chefferie. L’échantillonnage est basé sur
divers critères : la taille des familles, le nombre de migrants en appui à la famille, le degré
d’équipement, la nature des activités pratiquées et le niveau de sollicitation de la caisse
villageoise. Une quinzaine de familles ont ainsi été interrogées par village, à travers des
entretiens s’étalant sur une journée ou une demi-journée avec les divers membres de la
famille. Certains entretiens ont pu s’étaler sur plusieurs jours en fonction de la disponibilité
des villageois.

34
Figure 5. Localisation des villages étudiés dans le cercle de Kayes

2.3.2 Des histoires divergentes


Les villages de Samé et Darsalam ont une histoire plus étroitement liée à la colonisation
puisqu’ils étaient le siège de grandes plantations de sisal (destiné à la confection de fibres
textiles) voué à l’exportation. La composition sociale y est beaucoup plus mixte et les
différenciations sociales sont moins marquées par l’histoire de la migration. Les distinctions
en termes d’évolution des exploitations agricoles se sont globalement dessinées sur les bases
de l’accès à la terre lors des redistributions des terres coloniales. La noblesse en place ou les
familles ayant pu s’octroyer des rôles déterminants dans la conduite des travaux des
plantations ont généralement bénéficié d’un accès privilégié aux terres ainsi qu’aux parcelles
en bordure de fleuve. Les familles d’ouvriers contractuels ou d’anciens esclaves ont été plus
généralement défavorisés dans cette distribution du finage. Leurs exploitations agricoles ont
donc plus difficilement bénéficié des changements institutionnels engendrés par l’accès au

35
pouvoir du président socialiste Modibo Keïta. Ces changements concernent notamment la
mise en place de centres de formation agricoles destinés à accompagner les fermes (l’un de
ces centres se trouve à Samé plantation) et la mise en place de crédits agricoles pour relancer
la production de l’arachide. Ces crédits concernent principalement le matériel agricole
(charrues et charrettes) et les semences. L’introduction de la charrue permet de lutter plus
efficacement contre la pression des adventices. Elle améliore la productivité du travail du sol
et diminue les pointes de travail au moment des sarclages, permettant à certains agriculteurs
d’augmenter leur surface mise en culture.
Si la migration est un phénomène présent à Samé (et quasi inexistant à Darsalam), elle
est un filtre de lecture bien plus incontournable pour parvenir à comprendre les distinctions
qui se sont dessinées à travers l’histoire agraire des deux autres villages (Gouméra et Gory
Gopéla). L’appui financier des migrants a engendré des modifications sur l’ensemble du
système micro-économique villageois, la nature des activités et les systèmes de production en
place. Cet impact s’est ressenti jusque dans la structuration des unités familiales et la gestion
de l’économie des ménages. Toutes ces modifications du paysage villageois et leur portée sur
l’économie familiale seront détaillées à travers les chapitres qui suivent.

36
3 ANALYSE DE LA STRUCTURE ET DU
FONCTIONNEMENT DES FAMILLES
3.1 ORGANISATION SOCIALE
Historiquement, l’organisation de la société Soninké est très hiérarchisée, basée sur des
distinctions très prononcées entre les familles en termes de travail et de pouvoir selon leur
statut social. La migration est venue partiellement perturber ce schéma et a également généré
un certain nombre de modifications sur l’organisation du travail agricole, aussi bien au sein
des familles qu’à l’échelle du village.

3.1.1 Une société hiérarchisée


Il existe dans la société malienne une forte connivence entre le nom de famille (et
l’appartenance clanique à laquelle il se réfère) et le rang social des individus. Il est en principe
possible de connaître le statut d’un individu au simple énoncé de son nom. Un Dramé est
noble marabout, un Coulibaly noble guerrier et un Kanté est forgeron. Cependant, les choses
ne sont pas toujours aussi univoques, cette règle simple de caractérisation des individus
affiche de nombreuses exceptions. En effet, un même dyamu pourra aussi bien désigner un
noble qu’un homme de caste en fonction de l’histoire de la famille. Selon les circonstances
d’arrivée et d’implantation de la famille dans un village, il peut arriver que leur statut ait été
modifié, qu’une famille anciennement noble ait été au service d’une autre famille. Ce nouveau
statut sera alors conservé par tous les descendants.
La société est initialement scindée en deux grandes classes, les hommes libres et les
captifs. Au sein des hommes libres se distinguent les nobles, c'est-à-dire les guerriers
détenteurs du pouvoir politique et les marabouts détenteurs du pouvoir religieux, et les
hommes de caste (nyakamala), souvent rattachés à une famille noble, spécialisé dans un
travail (forgerons, griots…) et dont les mariages sont exclusivement endogènes. Aujourd’hui,
les hommes de caste peuvent à loisir exercer ou abandonner le métier de leur famille, mais
cette circonstance ne modifie en rien leur statut politique et social.
Les captifs, encore désignés comme tel, anciennement rattachés à la concession d’une
famille noble, ont pu habiter leur propre concession au moment de leur affranchissement. Si
nous prenons l’exemple du village de Gouméra, les familles pour lesquelles les captifs
travaillaient antérieurement concédaient un bout de terre aux nouvelles concessions fondées
par ces familles affranchies. Une redistribution plus ou moins égalitaire du domaine foncier a
ainsi eu lieu entre les familles nobles et leurs esclaves.
Si les disparités entre les différentes catégories sociales et ethnies se sont quelque peu
estompées en milieu urbain, la prégnance de cette hiérarchisation sociale reste marquée chez
les familles villageoises qui sont encore très regardantes sur l’appartenance sociale des
individus. En effet, même si le statut de captif n’existe plus et que les situations économiques
des diverses catégories sociales ont pu s’équilibrer à travers le temps, le nom de famille
(dyamu) et sa référence à l’ancien statut de la famille demeure une forte marque de distinction
des familles entre elles. Par ailleurs, cet attachement au statut est d’autant plus marqué en
milieu Soninké où il apparaît préférable de marier les femmes avec des hommes Soninkés, et
de même rang.

37
Comme nous l’avons évoqué précédemment, cette hiérarchie sociale et les solidarités
entre clans ont trouvé leur écho jusque dans les associations de migrants en France. Ces
schémas sociaux se reproduisent aussi bien dans les associations qu’au sein des structures
communales (les maires des communes sont fréquemment des membres de la chefferie du
chef lieu de commune).

3.1.2 Hiérarchie familiale et migration


L’organisation des familles repose d’une part sur une hiérarchie entre les hommes et les
femmes, et d’autre part sur une hiérarchie très respectée entre aînés et cadets, au sein des
membres masculins comme au sein des membres féminins de la famille. Il est important de
noter que la notion d’aînesse englobe ici deux cas de figure distincts : la séniorité physique
(plus grand nombre d’années) et la séniorité généalogique. Ainsi au sein d’une famille, le rôle
de chef de famille reviendra au plus âgé des membres du lignage aîné.
Si l’aîné dispose d’un droit absolu sur ses cadets, cela n’empêche pas ces derniers
d’avoir recours à un certain nombre de stratégies afin de développer leur autonomie. Pollet et
Winter ont écrit à cet égard que « la rivalité du frère aîné et du frère cadet est une constante de
la sociologie politique des Soninkés »1. La migration constitue l’une de ces stratégies
d’autonomisation.
Au sein des familles, la migration à vocation productive, entendue comme un départ
prolongé en dehors de la famille à des fins économiques, est réservée aux hommes.
Généralement, les absences des femmes correspondent soit à une visite prolongée au sein
d’une branche de la famille éloignée géographiquement de leur foyer, soit à un regroupement
familial auprès de leur mari émigré.
Au sein des hommes de la famille, la migration est généralement réservée aux cadets.
Un départ en migration d’un chef de famille serait perçu comme une fuite de ses
responsabilités premières, en l’occurrence assurer sur place la sécurité alimentaire du foyer.
Certains cas de figure viennent toutefois déroger à cette règle. En effet, si la famille est
insérée depuis longtemps dans les stratégies migratoires, il peut arriver qu’un cadet en
migration se retrouve l’aîné de la famille suite au décès du chef de famille au village. Ce
migrant prendra alors ponctuellement le rôle de chef de famille lors de ses retours au village,
mais sera remplacé par le premier cadet lors de ses absences.
Les aînés devant maintenir leurs responsabilités au sein de l’unité familiale, le pouvoir
économique des migrants a en partie déplacé le centre de gravité des décisions relatives à la
reproduction économique de la famille. La participation des cadets expatriés au budget
familial dans des proportions importantes remet en cause la position du chef de famille, dont
les seules ressources ne suffisent pas à maintenir l’unité familiale.

3.1.3 Organisation du travail familial et évolutions récentes


3.1.3.1 Travaux agricoles
Si nous revenons à l’organisation du travail dans les champs tel que nous pouvions
encore l’observer il y a quelques décennies, le travail des hommes était centré sur le champ
familial, somanté, étymologiquement « le champ de l’aîné ». Ce champ était accompagné de
champs personnels satellites, les salumé, de tailles généralement proportionnelles au degré de

(1) E. Pollet, G. Winter, La Société Soninké (Dyahunu, Mali). Éditions de l'université de Bruxelles ; 1971.

38
responsabilité des individus au sein de la famille (les hommes mariés avaient une plus grande
parcelle que les jeunes célibataires). Les journées de travail étaient organisées de telle sorte
que la quantité de travail effectuée dans un champ était proportionnelle à la taille de la
parcelle. Ainsi l’ensemble de la famille travaillait dans le champ commun pendant la matinée,
les cadets travaillaient dans les champs de leurs aînés en début d’après-midi, et enfin chacun
travaillait seul dans son champ en fin d’après midi, les plus jeunes ne pouvant ainsi consacrer
que quelques heures par jour de travail solitaire dans leur champ. L’organisation du travail
peut être illustrée par le schéma suivant :

Figure 6. Ancienne organisation du travail agricole

Les champs 1, 2 et 3, à l’échelle d’une journée, sont cultivés pendant respectivement 16,
6 et 2 heures de travail cumulé. Ainsi, à la fin de la saison des cultures, la récolte était stockée
pour chacun dans un grenier personnel rempli à hauteur des charges qui incombaient au
propriétaire du champ. Le champ familial, qui recevait chaque matinée le travail de
l’ensemble des hommes en âge de travailler, devait ensuite assurer la nourriture familiale
pendant 5 jours par semaine durant toute l’année, et l’ensemble des cadets devaient
généralement assurer l’alimentation du jeudi et du vendredi. Le reste de la production des
greniers des dépendants pouvait être vendue à loisir pour répondre aux dépenses
qu’impliquaient la prise en charge de leur foyer restreint. Les femmes quant à elles
n’intervenaient dans le champ familial que pour certaines opérations culturales, telles que la
récolte ou le semis. Sinon chaque femme mariée travaillait dans son champ propre avec ses
filles en âge de l’aider.

39
Si l’organisation du travail n’a d’ailleurs pas changé concernant les femmes, qui
aujourd’hui encore possèdent chacune leur champ propre et leur grenier personnel dans les
familles Soninkés, il en va tout autrement pour l’organisation du travail des hommes. A
présent les hommes travaillent tous dans le seul champ commun dont la production est réunie
dans un seul grenier. Il semblerait que la possession d’un champ personnel ne soit plus perçue
par les dépendants comme un facteur d’autonomisation, si bien que la culture des salumés a
aujourd’hui disparu. De nombreux villageois invoquent la migration et la contribution
alimentaire des migrants dans le grenier familial comme facteur de disparition d’une telle
organisation du travail agricole. On peut cependant noter que la disparition de cette pratique
s’observe aussi bien dans les familles insérées dans les stratégies migratoires que dans les
familles n’ayant jamais vu l’un des leurs partir à l’étranger.
D’autre part, les membres en migration (des actifs plus ou moins âgés) sont parfois des
membres qui ont théoriquement un rôle primordial dans l’unité de production familiale en
termes de conduite et de gestion des travaux agricoles. Leur absence peut partiellement
déstabiliser l’organisation des travaux, surtout si les migrants sont nombreux au sein de la
famille.
3.1.3.2 Travaux extra agricoles
Les hommes en âge de travailler contribuent au produit familial à travers leur
participation aux travaux agricoles, mais également par une participation monétaire issue
d’une éventuelle activité rémunératrice. Une partie des bénéfices de ces activités devra être
reversée au chef de famille chargé du maintien du stock alimentaire et de la redistribution des
richesses au sein de la famille. Une autre partie pourra être conservée et utilisée pour répondre
à ses seuls besoins si l’homme est célibataire, à ses besoins et ceux de son foyer restreint
composé de sa femme et de ses enfants s’il est marié.
Toutes les familles n’appliquent pas cette règle, mais très généralement le temps de la
semaine ou le temps de la journée sont organisés de telle manière que certains jours, ou
certains horaires, sont proprement dédiés au produit familial. Les gains réalisés grâce à des
activités menées en dehors de ces jours ou horaires spécifiques reviennent intégralement à
celui qui les a entreprises. Par exemple, les bénéfices tirés de la vente de poissons d’une pêche
nocturne pourront être conservés par un dépendant alors qu’ils devront être restitués au chef
de famille si les poissons ont été pêchés en plein après-midi.
Les femmes non mariées exercent rarement des activités extra-agricoles, les charges qui
leur incombent sont très restreintes et leurs besoins sont généralement satisfaits par un parent
(leur mère ou leur grand-mère notamment) ou par le chef de famille. A partir de leur mariage,
les femmes mariées exercent fréquemment des activités rémunératrices pour subvenir aux
nouvelles charges qui leur incombent (parfois le savon, les frais de moulin, certains frais
médicaux ou scolaires…). Les bénéfices de leurs activités leurs sont réservés et ne sont
généralement pas mêlés au budget familial. Les bénéfices des activités qu’elles mènent
doivent répondre à la nature de leurs besoins : généralement des montants faibles et réguliers
dans le temps.

40
3.2 ANALYSE DU FONCTIONNEMENT DES MENAGES
3.2.1 Cadre théorique
L’organisation économique d’une population peut-être perçue comme la résultante
d’une combinaison entre un système de parenté générale, dont découle une morphologie
spécifique des structures familiales, et un système économique qui est le résultat de l’histoire
et de la valorisation du milieu écologique.
Pour décrire cette organisation, J.M. Gastellu (1978) propose, afin de mieux
appréhender l’unité familiale telle qu’elle est structurée en Afrique de l’Ouest, de déterminer
au sein des familles les différentes « unités fonctionnelles » qui les composent. Ces unités
possèdent chacune des centres décisionnels différenciés, susceptibles ou non de se superposer.
« La communauté de production » est l’unité fondamentale de l’analyse économique,
elle regroupe les individus qui participent à la création et à la fourniture du produit, sous la
responsabilité d’un même chef de communauté. C’est à ce niveau que sont faits les choix des
cultures et l’organisation du travail sur les champs principaux en ce qui concerne l’activité
agricole.
« La communauté de consommation » correspond à l’unité de production auxquels
viennent s’ajouter les inactifs. Les prises de décision de cette unité portent principalement sur
la gestion des stocks alimentaires. Ce groupe de distribution, regroupant l’ensemble des
proches au sein duquel la nourriture est quotidiennement répartie, porte le nom de kore en
Soninké.
Enfin, « la communauté d’accumulation » correspond au produit (bétail, épargne…)
qui sert dans les échanges sociaux, les dépenses inhabituelles (mariages, fêtes…). Cette
communauté est généralement dissociée en plusieurs unités plus élémentaires, si bien que les
centres de décision qui régissent sa gestion sont souvent multiples.
On distinguera enfin « l’unité de résidence » qui ne correspond pas à une fonction
économique à proprement parler, mais qui est un repère géographique regroupant les
individus d’une même famille, partageant généralement le même grenier.

3.2.2 Observation des familles Soninkés


Le phénomène de migration contredit quelque peu ce schéma de l’unité familiale
puisqu’une partie de l’unité de production est déplacée en dehors de l’unité de résidence (les
membres à l’étranger) et ne participe pas à la consommation de la famille.
Si les centres de décision orchestrant l’organisation des communautés de production et
de consommation sont en grande partie confondus en la personne du chef de famille, il
convient toutefois de modérer ce constat par une série d’observations :
En premier lieu, si le chef de famille atteint un âge si avancé que sa raison ou sa
mobilité l’empêchent de rester au cœur des décisions familiales, il délèguera un certain
nombre de responsabilités à d’autres membres de la famille. Il laissera par exemple le soin à
son frère cadet ou à son fils aîné de gérer le champ collectif ainsi que le budget global de la
famille. Il pourra également confier la clé du grenier à l’une de ses femmes, la laissant juger
par elle-même de l’alimentation quotidienne qu’il convient d'extraire du grenier familial.
D’autre part, la communauté de production affiche une scission nette entre la
participation des hommes et la participation des femmes au grenier alimentaire. Ce

41
phénomène joue sur la nature de la gestion des ressources des différents membres de la
famille. En effet, alors que l’ensemble du travail des hommes au sein du champ collectif est à
destination du grenier familial commun, les récoltes des femmes sont à destination de leur
propre grenier individuel. Cette distinction entraîne une différenciation forte entre la gestion
budgétaire des hommes et celle des femmes. Alors que les cultures menées en période
d’hivernage par les hommes ont principalement une vocation de sécurité alimentaire, les
cultures menées par les femmes pendant la même période (arachide, mil et gombo
notamment) ont une vocation double. Elle permettent d’une part de compléter la céréale
amenée par les hommes, mais répondent d’autre part à un objectif de commercialisation, dans
une proportion plus ou moins grande en fonction de l’abondance des pluies et des obligations
de la femme au sein de la famille. En effet, afin de caractériser l’apport des femmes au produit
familial, il convient de distinguer cinq périodes de la vie d’une femme au cours desquelles ses
contributions diffèrent :
- les jeunes filles ne participent pas au produit de la famille et font seulement partie de
l’unité de consommation, elles ont toutefois pour tâche d’assurer la surveillance des nouveaux
nés lors des travaux agricoles de leur mère.
- les jeunes adolescentes, dès l’âge de 14 ans, participent au produit agricole en
accompagnant leurs mères sur leur champ ou leur jardin afin de les épauler dans les divers
travaux agricoles (arrosage, binage, désherbage…). Celles d’entre elles qui sont scolarisées ne
pourront que très partiellement participer aux travaux de récolte qui ont lieu en période
scolaire.
- la femme mariée se retrouve avec de nouvelles charges et responsabilités qui
expliquent la nécessité pour elle de cultiver son champ personnel. Ce champ lui permettra, au
même titre que toutes les autres femmes mariées de la concession, de participer à la
préparation de la sauce lors de son tour de cuisine à partir du produit de ses cultures (arachide,
gombo…). Il lui permettra d’autre part, à travers la vente d’une partie de la récolte, de
subvenir à l’ensemble des charges et dépenses qui sont sous sa responsabilité.
- la femme dont les fils se sont mariés peut quant à elle progressivement se retirer de
sa participation à la préparation des repas, ses belles-filles prenant cette responsabilité à sa
place. Elle n’a dès lors plus aucune obligation de retirer de son grenier le produit alimentaire
familial et pourra vendre la majeure partie de la récolte de ses champs. L’argent dégagé de ces
ventes lui permettra de subvenir aux besoins éventuels de ses filles encore célibataires ou de
ses petits-enfants. Toutefois, en cas de mauvaise saison agricole, elle appuiera les autres
femmes de la concession en leur accordant une partie voire la totalité de sa récolte pour la
préparation des repas en période de soudure.
- même si certaines d’entre elles avancent vouloir aller aux champs jusqu’à la fin de
leurs jours, les femmes âgées (mussokoroba) sont dans l’obligation d’arrêter les travaux
agricoles, basculant de la communauté de production à la seule communauté de
consommation. Cet âge de « retraite » est généralement d’autant plus repoussé que la situation
économique de la famille est précaire. Les familles dont la reproduction de l’unité
économique est menacée sont en effet contraintes de maximiser le ratio nombre
d’actifs/nombre de consommateurs.

42
3.3 OBSERVATION DE LA STRUCTURE DES FAMILLES
Au village de Gory Gopéla, nous avons pu disposer du registre des impôts qui affichait
un certain nombre d’informations susceptibles de nous aider à caractériser les familles du
village : notamment le nom du chef de famille, le nombre de membres qui composent la
famille, le nombre d’individus imposables, le nombre de bœufs (les têtes de bétail étant
taxées), le nombre de charrettes et le montant global de l’impôt. En plus de ces informations,
il a été possible, en consultation avec l’un des membres du village, d’ajouter une colonne
d’informations précisant le nombre de migrants par famille (toutes destinations confondues),
et le nombre de migrants à destination de l’Europe (généralement en France ou en Espagne) :

Nom du Nombre Nombre Montant Nombre Migrants


Nombre de Nombre de
chef de d’individus de de de en
membres bœufs
famille imposables charrettes l’impôt migrants Europe

Tableau 3. Rubriques détaillées pour l’ensemble des familles de Gory Gopéla.


Le détail du tableau est reporté en annexe 12.

De telles informations ont permis de confirmer et illustrer un certain nombre


d’hypothèses sur la corrélation entre la taille et le degré de capitalisation des familles
(troupeau de bœufs, charrettes) et le degré d’insertion dans la migration (caractérisé par le
nombre de membres à l’étranger).

3.3.1 Des familles plus ou moins élargies en fonction du degré


d’insertion dans les stratégies migratoires
Il apparaît qu’aujourd’hui, les familles qui se sont historiquement insérées les premières
dans les stratégies migratoires, au lendemain de l’indépendance pendant les années 1960, sont
les familles qui affichent habituellement le plus grand nombre d’individus. Les transferts
économiques des migrants vers le village ont permis de maintenir des familles élargies sans
qu’il n’y ait de scission ou de séparation des cuisines. Si une branche vient à se désolidariser
de la famille, elle peut perdre le bénéfice de la rente migratoire et déstabiliser l’équilibre de
son budget familial. Le cas, certes exceptionnel mais le plus illustratif, de Gory Gopela est
une famille de 118 personnes avec 15 migrants en France. L’ensemble de la famille dépend
du même grenier, les hommes actifs de la famille cultivent ensemble le même champ commun
et les femmes tournent à tour de rôle par petits groupes pour assurer les repas pour l’ensemble
de la famille.
Les familles les plus nombreuses aujourd’hui sont généralement celles dont les
membres se sont le plus tôt lancés dans la migration, à une époque où les coûts d’un départ en
France étaient moins onéreux.

43
Nombre Nombre

Nombre
moyen Nombre Nombre moyen
de moyen de moyen de
Nombre Part de la Nombre migrants Nombre charrettes d'ânes Nombre boeufs
de population de par de par Nombre par de par
personnes du village migrants famille charrettes famille d'ânes famille bœufs famille

Total des familles 125 2759 100% 161 1,3 84 0,7 113 0,9 961 7,7

Familles
comprenant:
moins de 10 42 259 9% 9 0,2 12 0,3 15 0,4 17 0,4
membres
entre 10 et
20 25 387 14% 16 0,6 20 0,8 22 0,9 108 4,3
membres
entre 20 et
30 26 654 24% 42 1,6 24 0,9 31 1,2 159 6,1
membres
entre 30 et
50 21 764 28% 43 2,0 22 1,0 28 1,3 256 12,2
membres
plus de 50 11 695 25% 60 5,5 18 1,6 32 2,9 438 39,8
membres

Tableau 4. Nombre de migrants et degré de capitalisation moyens par type de famille

Le tableau 4 expose le nombre moyen de migrants par type de famille et le degré de


capitalisation des familles à travers l’observation de trois indicateurs : les nombres moyens de
charrettes, d’ânes et de bœufs par famille. Le nombre moyen de migrants est négligeable pour
les familles composées de moins de 20 membres (les familles sans migrants comptent en
moyenne 7 ou 8 membres). Les familles dont les effectifs dépassent 20 membres sont
systématiquement appuyées par au moins un migrant. Plus globalement, la taille des familles,
le degré d’équipement agricole et le nombre d’animaux affichent une corrélation positive avec
le nombre de personnes appuyant financièrement la famille depuis l’étranger. Ces familles
très élargies rendent l’étude des budgets familiaux d’autant plus complexes.
Dans les familles plus modestes, dont aucun des membres ne vit à l’étranger, soit les
moyens ne suffisent pas pour envisager une migration, soit il apparaît que les candidats à la
migration rencontrent de fortes difficultés à voir leur démarche aboutir. Se lancer dans la
migration sans être inséré dans un réseau ou sans appui peut même avoir des conséquences
néfastes sur le niveau de capitalisation de l’exploitation familiale (voir l’encadré page
suivante).

44
Partir « à l’aventure » : une remise en cause de l’exploitation familiale en cas
d’échec
Dans certaines familles des villages sillonnés, des candidats à la migration
étaient partis depuis plusieurs années à Dakar dans l’optique d’y travailler jusqu’à
rassembler assez d’argent pour partir. Ce type de scénario a fréquemment des
conséquences dramatiques sur la famille restée au village, pour plusieurs raisons :
d’une part, l’ensemble de l’argent amassé par le candidat à la migration durant cette
période est conservé par ce dernier dans l’espoir de rassembler la somme nécessaire
au départ. Si bien que rien n’est envoyé à la famille pendant cette période parfois
très longue pendant laquelle la force vive du foyer a abandonné les champs et les
travaux familiaux. La famille restée sur place peut même être amenée à
décapitaliser son troupeau pour combler le départ d’un homme valide de la famille.
Le candidat à la migration, si sa tentative de départ n’a pas abouti, reviendra alors
dans un foyer dont la situation économique s’est dégradée par rapport à l’époque
où il l’a quitté. De plus, si sa tentative a échoué, il arrive qu’il n’ose même pas
rentrer au foyer, trop honteux de revenir exposer l’échec de sa tentative au chef de
famille à qui il a fait défaut pendant tant d’années sans pouvoir l’appuyer
financièrement. Ce sont alors des bras valides qui quittent définitivement le foyer.
Il peut advenir d’autre part que l’essentiel des surplus monétaires dégagés par
la famille soient orientés vers la seule perspective de réunir assez d’argent pour
faire partir l’un des membres de la famille à l’étranger. Cette situation interdit tout
investissement dans un secteur productif, et peut même aller jusqu’à limiter les
capacités de la famille à renouveler le capital préexistant. Là encore, si ces efforts
se soldent par un échec à pouvoir quitter le pays et s’installer en Europe ou un pays
d’Afrique centrale, la reproduction de l’unité familiale peut être menacée.

3.3.2 La rente migratoire : facteur d’unité ou d’éclatement des familles


Il convient malgré tout de modérer l’affirmation selon laquelle les familles de migrants
affichent un nombre plus élevé d’individus. En effet, les familles de migrants ont pu suivre
deux principaux scénarii débouchant sur des situations opposées. Soit la famille,
historiquement, a été appuyée de manière homogène par les migrants, si bien que l’ensemble
de la famille a pu profiter d’une redistribution équitable des revenus issus de la migration, soit
au contraire le ou les migrants ont plus particulièrement soutenu l’une des branches de leur
famille. Ce dernier cas aboutit très souvent à des situations économiques contrastées au sein
d’une même concession, et se poursuit généralement par la séparation des cuisines et de la
consommation, puis par le déménagement d’une partie de la famille dans une nouvelle
concession. La mort d’un chef de famille, ayant maintenu coûte que coûte l’unité de sa famille
de son vivant, peut être un évènement déclanchant cet éclatement familial. Autrement, il
apparaît que le chef de famille tend à suivre la branche de la famille dont la situation
économique est la plus favorable.
De manière générale, même dans les familles qui ont su préserver leur unité et un
grenier alimentaire commun, il apparaît que l’inégale répartition de l’appui financier dispensé
par les migrants reste un important facteur de jalousie entre femmes ou cousins. Il est
d’ailleurs possible d’observer des distinctions notables de comportement en termes de gestion
du budget ou d’utilisation du crédit entre les femmes de migrants et les autres femmes, même

45
à l’intérieur d’une même famille. Par exemple, les femmes de migrants pourront
éventuellement prendre un crédit en début de campagne agricole pour payer les frais de labour
et faire assurer le remboursement plus tard par leur mari, alors que les autres femmes sont
généralement contraintes d’assurer les frais de labour sur la seule vente de leurs récoltes ou le
produit de leur commerce.
Si les femmes de migrants peuvent se permettre ce genre d’initiative, c’est qu’elles sont
sous la responsabilité financière de leur mari, il en va tout autrement pour les autres membres
de la famille. Les hommes notamment évitent de concéder à se faire aider par un migrant pour
rembourser un prêt qu’ils auraient contracté. Ils ne tiennent pas à ce que le migrant, déjà en
grande partie responsable des frais alimentaires de la concession, se retrouve à combler les
frais liés à la mauvaise gestion d’un prêt. D’autant plus qu’amener un migrant à constater que
sa famille gère maladroitement les ressources qu’il leur envoie peut le conduire à revoir sa
contribution au foyer.

3.3.3 Les familles sans migrants


Les familles sans migrants sont plus réduites, composées généralement de 5 à 10
personnes, elles n’excédent que très rarement 20 individus. Une des clés de compréhension de
ce phénomène semble être purement économique : les familles moins aisées arrivent plus
facilement à un point de rupture dans la consommation, entraînant la scission de la famille.
Avec un niveau de vie relativement bas, les conditions matérielles pèsent fort sur les
dimensions de la famille et son existence.
Prenons l’exemple de deux frères, chacun en partie responsable de la consommation
alimentaire de la famille. Si l’un des deux peine à avancer les ressources nécessaires à la
satisfaction des besoins de la famille, alors même qu’il possède un plus grand nombre
d’enfants et donc de dépendants, la tentation sera grande pour l’autre frère de se séparer de
cette charge. Ce genre de situation aboutit souvent à la séparation des cuisines, et donc de la
consommation alimentaire, et à plus long terme si le différend n’a pas été réglé, au
déménagement de l’une des branches de la famille.
Très généralement, la pression villageoise est grande pour tenter de solutionner ce genre
de crise. L’implication des familles environnantes pour maintenir l’équilibre des familles en
situation conflictuelle est généralement très forte. Toutefois, si la crise est trop aiguë, elle
conduira irrémédiablement vers une division familiale.
Si les femmes des Soninkés ont pu maintenir leurs greniers personnels, c’est en partie
lié au nombre d’actifs et à la situation économique plus favorable de ces familles. Les familles
moins aisées, par solidarité, sont généralement contraintes de fondre les récoltes dans un
grenier commun, et de céder la majeure partie de leurs revenus au chef de famille. De manière
générale, plus le rôle de pourvoyeur en alimentation du chef de famille est difficile à tenir,
plus ce dernier doit nécessairement capter une grande partie du produit familial, à tous les
niveaux, pour assurer le maintien de la famille. Les autres membres de la famille ne pourront
développer leur sphère d’autonomie qu’au prix de travail supplémentaire effectué en dehors
des horaires de travail strictement dédié au produit familial.

46
3.4 CARACTERISATION DES ROLES ECONOMIQUES ET DES DEPENSES DES
MEMBRES DE LA FAMILLE

3.4.1 Le cas des familles avec migrants


3.4.1.1 Composition de la famille
Le chef de famille habite avec ses femmes, ses fils et leurs épouses et enfants, ainsi que
toutes ses filles encore célibataires (les filles rejoignent la famille de l’époux à l’issue du
mariage). Très généralement, dans les familles élargies, les frères du chef de famille
cohabitent avec ce dernier, accompagnés de leurs épouses et de tous leurs descendants. Le
schéma suivant illustre la composition générale des familles :

Figure 7. Schéma de la composition des familles

Les chefs de familles élargies sont généralement mariés avec deux, voire trois femmes.
Chacune d’entre elles, tout en maintenant des relations avec les enfants de ses coépouses, n’a
d’obligation qu’envers ses propres enfants ou petits enfants. Selon les moyens de la famille,
les épouses et leurs enfants respectifs pourront ou non être logés dans des bâtiments
d’habitation distincts. Les chefs de familles plus réduites et aux revenus plus modestes ne sont
généralement mariés qu’à une seule femme, en accord avec les préceptes de l’Islam qui
recommandent de n’épouser une seconde femme qu’à condition d’avoir les moyens matériels
de satisfaire ses besoins dans la même mesure que pour la première.
Les familles se déclinent en sous-unités (ou foyers restreints) composés d’un homme,
ses femmes et ses enfants. Même si des regroupements familiaux peuvent avoir lieu, les
femmes des migrants restent très généralement au village avec leurs enfants, sous la
responsabilité du chef de famille et des frères du mari. La plupart des dépenses de la femme
restent toutefois à la charge du mari expatrié qui lui enverra régulièrement de l’argent.

47
3.4.1.2 Fonctionnement du budget familial
Une partie des ressources familiales est en nature, destinée à la vente ou à
l’autoconsommation. Une autre partie est sous forme monétaire, destinée à couvrir les
dépenses alimentaires et non-alimentaires, les charges liées aux activités agricoles et extra-
agricoles (consommations intermédiaires et renouvellement du capital) et les éventuels
investissements. Pour appréhender ce budget il convient :
 De distinguer la part de chacun au produit familial et les mécanismes de
redistribution des richesses au sein de l’unité familiale.
 D’analyser l’équilibre entre le produit familial et les dépenses et consommations
de la famille.
La figure 8 p.52 expose les mécanismes en place dans la composition et l’utilisation des
ressources familiales. Ce schéma distingue les gains qui viennent incrémenter le produit
familial (en nature ou en espèces), les dépenses retranchées aux ressources familiales, les
cotisations1 qui correspondent à des ressources mises en commun pour faire face à des
dépenses communes et enfin les transferts qui sont des mouvements de trésorerie internes à
l’unité familiale.
3.4.1.2.1 Composition du produit familial
Le produit du budget familial se décompose en différents postes :
 En premier lieu le produit agricole, issu de la récolte et de la vente éventuelle
des cultures. Ce produit est commun pour les hommes. Il est individuel pour les
femmes (même s’il doit partiellement contribuer à la consommation globale).
Une autre partie du produit est issu de l’élevage : reproduction et vente des
animaux, valorisation des produits issus de l’élevage. Certains animaux sont
considérés comme partie intégrante du patrimoine familial, d’autres sont soumis
à des droits de propriété plus individuels. Certaines femmes se sont vues
attribuer un bovin au moment de leur mariage et en restent propriétaires. Les
dépendants peuvent également être responsables d’un ovin ou d’un caprin et
bénéficieront du produit de la vente.
 En second lieu les activités extra-agricoles, dont le produit revient partiellement
à celui qui entreprend l’activité. L’autre partie du produit reviendra au chef de
famille, responsable du budget global et chargé de la redistribution des
ressources.
 En troisième lieu la rente migratoire, destinée à couvrir différents secteurs de
dépenses : les compléments en alimentation, certains frais de santé, une partie
des frais liés aux évènements exceptionnels (mariages, baptêmes…), une partie
des besoins de la femme ou des frères du migrant, parfois les salaires de la main
d’œuvre ou des bergers.

(1) Sur le schéma 8 p.52 : concernant les cotisations féminines pour les dépenses au moulin, il s’agit d’un
exemple qui ne s’observe pas systématiquement. Cet exemple vient illustrer la variété des stratégies et
mouvements de trésorerie observables à l’échelle des familles.

48
 Et enfin, parallèlement aux envois des migrants, des mouvements de fonds
transitant par l’INPS1 liés aux versements des transferts sociaux bénéficient aux
familles des travailleurs ou anciens travailleurs maliens en France. Ces transferts
couvrent notamment le versement de prestations familiales pour les migrations
familiales ; et plus particulièrement le versement des pensions de vieillesse pour
les anciens migrants.
3.4.1.2.2 Postes de dépenses et de consommation :
 Dépenses et consommations alimentaires
Même si une grande partie des dépenses alimentaires sont prises en charge par les
migrants, la responsabilité des dépenses incombe en dernier lieu au chef de famille. Il est
chargé de combler les déficits en céréales (mil, sorgho et maïs) et en arachide, d’acheter les
stocks de riz systématiquement consommé pour les repas de midi. Il est d’autre part tenu de
maintenir un stock d’huile, de sucre et de poisson séché. La viande est achetée au jour le jour
auprès des bouchers du village, de même que les condiments (ingrédients pour la sauce,
bouillons cubes…).
 Prise en charge des frais généraux (Consommation primaire)
Les frais généraux impliquant des dépenses régulières tout au long de l’année se
divisent en différents postes principaux : les frais de scolarité, les frais de santé, les frais
d’habillement, les frais de détergents pour les vaisselles et lessives familiales et les frais
d’équipement ménager usuel (vaisselle, seaux, ustensiles…). Les frais en détergents et
équipements sont souvent sous la responsabilité des femmes. Concernant l’habillement, le
chef de famille prend très souvent en charge l’achat d’habits pour les grandes occasions
(rentrée scolaire, fête de l’indépendance et tabaski notamment) tandis que les achats de
vêtements plus sporadiques sont très souvent pris en charge par les femmes ou le chef du
foyer restreint.
Les frais de santé affichent une certaine variabilité dans l’année, ils sont généralement
plus élevés pendant la saison des pluies (août et septembre en particulier), périodes où les
parasites et insectes abondent. Le paludisme et autres maladies infectieuses se font alors plus
fréquents.
La scolarisation des enfants engendre un certain nombre de frais au mois de septembre
pour le renouvellement des habits et du matériel scolaire, ainsi que des participations
mensuelles par élève pour les classes du premier et second cycle (au niveau de la commune).
 Dépenses en autres biens de consommation (Consommation secondaire)
Ce poste de dépense est beaucoup plus difficile à évaluer car il correspond généralement
à des frais plus exceptionnels et n’affiche pas de véritable régularité. Ces dépenses ne rentrent
pas dans les frais indispensables au bon fonctionnement de la famille et sont généralement
plus conjoncturels : elles seront effectuées en fonction des disponibilités immédiates en
ressources monétaires et après évaluation de la satisfaction de l’ensemble des secteurs
primaires de consommation. Il peut s’agir des frais d’essence des cyclomoteurs pour les
familles qui en disposent, des cartes d’unités pour les téléphones mobiles qui occupent un

(1) INPS : Institut National de Prévoyance Sociale. Sur les bases d’un accord entre la France et le Mali sur les
droits des travailleurs migrants et leur famille, le travailleur qui retourne dans son pays natal ou son pays
d'origine peut bénéficier des fonds d'assurance sociale échus à l'étranger avant son rapatriement.

49
espace de plus en plus important dans les familles aisées (en ville le budget alloué au
téléphone mobile peut quasiment égaler le budget alloué à la consommation alimentaire)…
 Dépenses relatives aux fêtes et cérémonies
Les dépenses liées aux cérémonies de mariage et aux baptêmes, prévus plusieurs mois à
l’avance, font part d’un traitement spécifique. Le montant de ces évènements demande de
développer une épargne visant à couvrir plusieurs postes de dépense : l’alimentation des
villageois conviés dans la concession qui accueille la cérémonie, le prix des habits arborés
pour l’occasion, la valeur de la dot (en nature et monétaire) pour les mariages…
Les cérémonies sont souvent un espace de forte expression des distinctions sociales et
les montants alloués sont donc très variables d’une famille à l’autre. Chaque famille organise
ces évènements à la hauteur de ses moyens, de quelques dizaines de milliers de francs CFA
pour les familles les plus modestes à plusieurs centaines de milliers pour les familles plus
aisées. La migration a engendré, d’une famille à l’autre, des distinctions tellement fortes en
termes de budget que certains chefs de village ont pris la décision de plafonner le montant de
la dot destinée à la famille de la mariée afin de modérer les engouements du « marché du
mariage ».
On peut observer à Gouméra un système de cotisation par quartier (le village est divisé
en 3 quartiers) : il s’agit d’une cotisation annuelle par famille destinée à supporter une partie
des frais liés aux funérailles d’un membre décédé du quartier. Le fait que cette caisse soit à
destination de tels évènements n’est pas anodin. Les frais occasionnés par les cérémonies
représentent souvent des chocs importants dans la trésorerie des familles. Le décès d’un
membre de la famille n’étant généralement pas prévisible (contrairement aux mariages et
baptêmes), la caisse permet de soutenir une lourde dépense non planifiée dans la gestion
générale des ressources familiales.
Ce système de caisse de solidarité par quartier ou par famille (certaines familles très
présentes dans un village et dispersées dans différentes concessions peuvent avoir mis le
même type de caisse en place) trouve parfois son écho au sein des associations de migrants,
qui mettent en place une caisse de cotisation par quartier en plus de la cotisation à destination
de l’ensemble du village.
3.4.1.2.3 Charges liées au système de production agricole et aux activités extra-
agricoles
 Dépenses et charges agricoles
Pour les cultures, les consommations intermédiaires se résument essentiellement aux
semences (issues de la récolte précédente ou achetées en fonction des années), aux frais de
main d’œuvre temporaire lors des pics de travail (au moment des désherbages notamment) et
aux prestations de labour pour les familles qui ne disposent pas de bœufs de trait.
Pour les élevages, l’essentiel des frais sont liés à l’alimentation des animaux (achat de
foin et de résidus de coton) et aux frais de santé.
Au niveau du système de production dans sa globalité, les charges correspondent
principalement au renouvellement annuel du petit matériel (houes et dabas essentiellement), à
l’entretien et au renouvellement du gros matériel (réparation des charrettes et charrues) et au
salaire de la main d’œuvre permanente et des bergers pour les familles qui en emploient.

50
 Charges des activités extra-agricoles
Selon leur nature, les activités extra-agricoles demandent un investissement initial et un
fonds de roulement plus ou moins élevé. Le fonds de roulement devra assurer l’entretien du
capital et supporter les différentes charges liées à l’activité (achat de matières premières et
autres frais).
3.4.1.2.4 Nature de la contribution des migrants
On peut identifier plusieurs postes de dépenses pour lesquels les migrants apportent un
appui financier :
 La consommation alimentaire
La consommation alimentaire correspond au poste de dépense principal des migrants, il
s’agit de l’appui le plus régulier. Les migrants ont généralement une bonne connaissance de
l’évolution des stocks alimentaires et des besoins de la famille. Cet appui concerne
principalement la consommation en riz, en huile, en viande et en poisson séché ainsi que le
déficit en céréales et arachides si la production des champs n’a pas été à la hauteur des
besoins annuels de la famille.
Etant donné la taille des familles, cette contribution des migrants au secteur de
l’alimentation représente des dépenses considérables.
Si un magasin coopératif a été créé au village, les migrants pourront passer des
commandes auprès du magasin et leur famille pourra venir s’y approvisionner en denrées
alimentaires. Sinon, des arrangements peuvent être établis entre les migrants et les
commerçants du village (ou avec les commerçants de Kayes si le village n’est pas trop éloigné
du centre urbain), afin d’assurer l’approvisionnement de leur famille.
A cette consommation de base s’ajoutent les dépenses en viande et denrées alimentaires
exceptionnelles lors d’évènements particuliers : mariages, baptêmes, fêtes religieuses…
 Les requêtes individuelles
Les migrants sont souvent sollicités par les différents membres de leur famille pour des
achats personnels. Dans la mesure où il est difficile de concevoir de la part d’un membre de la
famille resté au village qu’un migrant puisse avoir des problèmes de ressources et rare de voir
un migrant partager avec sa famille ses soucis financiers, les migrants sont très souvent
amenés à répondre à ces requêtes individuelles.
Ces contributions à l’endroit du chef de famille, des parents, des frères ou des neveux se
destinent généralement à des consommations secondaires. La femme du migrant reçoit
généralement de l’argent de la part de son mari sans en faire la demande, mais peut être
amenée à le solliciter pour des dépenses exceptionnelles.
 Cotisation pour les fêtes ou frais exceptionnels
Les migrants contribueront dans une proportion plus ou moins élevée à l’organisation
de fêtes ou de cérémonies. De même, ils prendront très souvent en charge les frais de santé
exceptionnellement élevés (transfert d’un des membres de la famille à l’hôpital de Kayes par
exemple). De manière générale, l’appui des migrants permet d’alléger tous les chocs
importants que peut subir la trésorerie des familles.

51
Figure 8. Schéma de fonctionnement du budget familial.
52
 La construction
Même si la construction d’une concession en dur correspond souvent aux attentes de la
famille, elle découle habituellement d’une initiative personnelle du migrant. La hauteur de
l’investissement est très variable d’une construction à l’autre mais se situe généralement dans
une tranche variant de cinq à dix millions de francs CFA pour l’ensemble de la concession,
généralement constituée de plusieurs bâtiments. Les frais sont liés à l’emploi d’un maçon et
de main d’œuvre, à l’achat de parpaings et de ciment et au transport des matériaux. Ce type
d’investissement est tellement élevé qu’il s’étale généralement sur de longues périodes,
souvent plusieurs années. Les travaux sont suspendus lorsque le migrant ne peux plus prendre
en charge les frais et recommencent lorsqu’il est à nouveau en mesure d’envoyer la somme
nécessaire à la poursuite des travaux.
Certains investissements s’orientent même vers les nouveaux quartiers de la ville de
Kayes, en perpétuel agrandissement, ou vers la ville de Bamako et ses environs. Ce
phénomène ouvre certaines opportunités aux villageois, sur place, parfois chargés de trouver
un terrain constructible favorable en échange d’une commission s’élevant généralement à 5
ou 10% de la valeur du terrain.
 Utilisation des ressources des migrants pour des activités productives
Les ressources des migrants semblent moins systématiquement se destiner à des
activités productives. En agriculture, il advient très communément que les salaires de la main
d’œuvre permanente et des bergers soient pris en charge par les migrants. L’alimentation du
bétail peut également être financé sur ces ressources. Concernant le matériel ou les
investissements agricoles, les migrants financent parfois l’achat de charrettes ou de charrues,
plus rarement la construction de puits individuels pour les productions maraîchères ou
arboricoles.
La contribution la plus courante semble être l’achat de bétail, de bovins notamment,
pour la constitution du troupeau familial. Les bovins présentent l’avantage d’exercer la
fonction d’épargne et d’asseoir le prestige social de la famille.
Les migrants peuvent également appuyer leur famille pour la mise en place d’un fonds
de roulement pour une boutique ou l’achat de machines ou ustensiles pour un atelier (achats
de machines à coudre pour un atelier de couture par exemple).
 Prise en charge du départ à l’étranger d’un des membres de la famille
La prise en charge du départ d’un des membres de la famille à l’étranger est un apport
non négligeable. D’une part parce qu’il représente une somme considérable, et d’autre part car
dans les stratégies familiales, cet apport peut rentrer dans la même optique que le financement
d’une activité productive. Entre le financement d’une activité familiale et la prise en charge
d’un départ en migration, la seconde solution présente l’avantage pour le migrant de le
soulager à terme de l’appui qu’il apporte à sa famille. Le fait d’avoir un individu en plus à
l’étranger divise la charge par migrant. Flore Gubert montre à cet effet que l’appui individuel
par migrant diminue en fonction du nombre de migrants dans la famille.

53
Nombre de Montant moyen
migrants dans la annuel reçu par la Participation moyenne par
famille famille migrant au budget annuel
1 1 040 057 1 040 057
2 1 656 593 828 297
3 1 995 484 665 161
4 2 546 413 636 603
5 2 598 363 519 673

Tableau 5. Hauteur moyenne des transferts par migrant. Source : F.Gubert.

3.4.1.2.5 Liens entre l’apport des migrants et la capacité d’épargne des familles
De manière générale, la participation des migrants vient lisser les effets de tous les aléas
endurés par la trésorerie des familles. La prise en charge des frais exceptionnels, des
évènements onéreux et le soutien redoublé en cas de mauvaise saison agricole stabilise les
budgets familiaux et permet d’éviter toute décapitalisation fortuite.
Cette contribution des migrants participe indirectement à la forte capacité d’épargne des
familles. Les frais d’alimentation en moins, notamment pour des familles aussi élargies, sont
autant de richesses qui peuvent être épargnées. Les pensions perçues par les anciens migrants,
aux montants réguliers et relativement élevés, peuvent également participer à cette forte
capacité d’épargne.

3.4.2 Familles sans migrants


Les familles sans migrants, et notamment parmi elles les familles les plus modestes, ont
une gestion économique beaucoup moins différenciée entre les membres de la famille. Il
apparaît que les minces revenus globaux de la famille ne permettent pas à chacun d’avoir
autant d’autonomie, si bien que les ressources sont fortement concentrées autour du chef de
famille. Dans ces familles, parfois composées du mari, de sa femme et de leurs seuls enfants,
le responsable de famille capte plus systématiquement les revenus de ses enfants, et la femme
peut participer parfois très activement à des secteurs de dépenses qui sont généralement du
ressort du seul chef de famille.
En effet, les capacités de la famille à subvenir à ses besoins étant relativement faibles, il
convient de concentrer l’essentiel de la ressource en une seule bourse, essentiellement dédiée
à la satisfaction des besoins de consommation primaire. Il en va de même pour la gestion des
productions agricoles, les greniers sont moins systématiquement différenciés entre les
hommes et les femmes, il n’y aura d’ailleurs souvent qu’un seul grenier, preuve encore que
l’ensemble des ressources familiales sont fondues en une seule. Cette tendance sera d’autant
plus vraie si la famille est dans une situation où le ratio « nombre de consommateurs/nombre
de travailleurs » est élevé.

3.4.3 Gestion des déficits vivriers : possibilité d’achats à l’avance ou


soumission au marché
Les familles dans les situations économiques les moins confortables sont généralement
les premières soumises à la variabilité des prix du marché. Dans les familles pour lesquelles la
majeure partie des ressources monétaires est allouée au seul secteur de la consommation
alimentaire, une telle soumission aux aléas du marché a de grandes conséquences sur la
capacité de ces familles à pouvoir orienter une partie de leur budget vers un secteur productif,
ou même le seul renouvellement de leur capital.

54
Le revenu issu de la migration, même s’il parvient à la famille dans la mesure des
capacités du migrant à envoyer de l’argent à son foyer, permet généralement de prévoir les
stocks d’aliments (pour la famille comme pour les animaux) et d’être moins soumis à ces
fluctuations du marché.
Une des grandes contraintes en termes de consommation pour les familles dont la
trésorerie est restreinte, est l’incapacité pour ces dernières à pouvoir prévoir et combler les
déficits vivriers à l’avance. Leurs ressources ne leur permettent généralement pas, en cas de
déficit de leur production vivrière une année donnée, de combler le manque de céréales par la
constitution d’un stock de prévoyance avant que les prix des céréales n’augmentent. Si bien
que les familles dans les situations économiques les plus précaires sont généralement les
premières soumises à la variabilité des prix du marché.
Les familles plus aisées ou appuyées par des migrants pourront quant à elles, dès les
récoltes, faire une estimation du stock qu’il convient de constituer pour assurer l’alimentation
de la famille pour toute l’année et acheter des céréales en conséquences au moment où les
prix ne sont pas encore trop élevés.
Il en va de même pour la gestion de l’alimentation animale. Les résidus de coton,
utilisés pour l’engraissement ou pour compléter l’alimentation en période de déficit fourrager,
affichent également une forte variabilité de prix à travers l’année. Là encore, les familles les
plus aisées peuvent constituer des stocks d’aliments après les récoltes, alors que les familles
dont le budget est plus modeste sont contraintes d’acheter ces aliments au fur et à mesure,
soumis à l’augmentation progressive des prix pendant l’année. En l’occurrence, ces prix sont
les plus élevés au moment où les animaux ont le plus besoin de tels compléments alimentaires
(pendant la période s’étalant d’avril à juin avant l’arrivée des pluies), si bien que les animaux
des propriétaires les moins fortunés passent difficilement cette période de transition.

55
4 ANALYSE DES ACTIVITES ET DE LA TRESORERIE DES
FAMILLES
4.1 MISE EN VALEUR DU MILIEU
4.1.1 Les contraintes du contexte sahélien
Le contexte agro-écologique du milieu sahélien impose un certain nombre de
contraintes à l’agriculture. Les sols sont relativement pauvres et déficitaires en matière
organique, or les sols les plus lessivés exigent un taux minimum de matière organique afin de
conserver une structuration favorable à la mise en culture et à l’assimilation des éléments
nutritifs par les plantes. L’accès à la fumure organique conditionne donc beaucoup les
niveaux de rendement des cultures. Les agriculteurs détenant d’importants troupeaux peuvent
maintenir ces apports en fumure sur une large proportion de leurs surfaces ensemencées. Cela
représente un avantage notoire face aux agriculteurs qui n’ont pas la possibilité d’associer
ainsi cultures et élevages.
Certaines dépressions argileuses (ou bas-fonds) présentent des caractéristiques
agronomiques plus intéressantes, mais ces terrains sont généralement plus accidentés et la
terre y est moins meuble, rendant le travail du sol plus délicat et fastidieux avec les outils
manuels.
L’outillage principalement manuel rend particulièrement laborieux les travaux de
sarclage qui représentent les principaux pics de travail du calendrier agricole. Même les
grandes familles équipées de charrues et de bœufs de labour cultivant des surfaces plus
importantes sont amenées à employer parfois une main d’oeuvre importante au moment du
désherbage des champs.
La faible pluviométrie est le principal facteur limitant la production de biomasse et le
rendement des plantes cultivées (Dufumier, 2004). Au-delà du faible volume de pluies
annuelles (674 mm/an en moyenne à Kayes pour la période 1940-2006), la contrainte réside
dans la forte variabilité interannuelle des pluies et leur inégale répartition. Les deux premières
périodes de pluie, permettant de travailler les sols et d’initier les semis, sont parfois trop
espacées pour entraîner la germination et contraignent les agriculteurs à réitérer leurs semis.
Cela représente deux à trois fois plus de semences à conserver pour les semis et surtout des
surfaces ensemencées plus faibles. La mauvaise répartition des pluies à un impact général sur
l’organisation des travaux de labour au sein du village. Lorsqu’il y a peu de jours de pluie
pendant le premier mois de pluie, le temps dédié au labour devient particulièrement restreint.
Les familles non dotées de bœufs de labour et souhaitant accéder aux services des bœufs des
autres familles sont les premières à en pâtir et à devoir réduire leurs surfaces ensemencées.
Elles complètent généralement leurs labours manuellement.
Concernant l’élevage, les rares points d’eau contraignent les éleveurs à concentrer les
animaux sur des surfaces restreintes à proximité des eaux disponibles, engendrant par endroits
d’inévitables phénomènes de surpâturage.

56
4.1.2 Les villages de Gory Gopéla et Gouméra
4.1.2.1 Organisation des cultures
Ces villages ne disposent que d’un réseau hydrographique temporaire composé de deux
cours d’eaux principaux : le Télékou et le Kassampara ainsi que leurs affluents. Ces cours
d’eau, présents pendant la seule période d’hivernage, voient leur influence durer suite à la
saison des pluies puisque leurs eaux alimentent les nappes et mares environnantes. Les mares
qui se remplissent dans les bas-fonds argileux restent remplies d’eau pendant les quelques
mois qui suivent la saison des pluies, elles permettent de maintenir une activité de pêche
malgré le retrait des pluies et de pratiquer des cultures de décrues sur les bordures des mares.
Ces eaux se maintiendront d’autant plus longtemps que la saison des pluies a été abondante.
La pluviométrie conditionne donc aussi bien les rendements des cultures pluviales que les
possibilités de maintenir les activités de contre-saison. Les derniers arrosages des cultures de
décrue, en mars ou avril selon l’abondance des pluies de l’hivernage précédent, sont
généralement réalisés à partir de puits creusés dans le fond des mares en période
d’assèchement.
Ce réseau hydrographique conditionne la nature des sols sur l’ensemble de la zone.
Ceux-ci vont de sols sablo-limoneux à proximité des cours d’eau à argileux pour les zones
plus distantes, en passant par des sols sablo-argileux (voir figure 9 p.59 : sols et réseau
hydrographique). L’arachide est généralement mise en culture dans les zones sableuses
(terroir de Prowal et Koton par exemple pour le village de Gory), qui facilitent le
développement des gousses souterraines. Le mil et le sorgho seront préférentiellement
implantés dans les zones plus argileuses (on ne trouve quasiment que du mil sur le terroir de
Katama). Concernant les cultures céréalières, la culture du maïs est beaucoup plus développée
dans cette zone que dans les deux villages de Samé et Darsalam où la culture du maïs se
limite à de petites parcelles à proximité du village (au niveau des champs de case). Ici, la
culture du maïs est pratiquée sur de plus grands champs, à proximité du village comme en
brousse. Nous verrons que la migration est une explication partielle de l’investissement des
familles dans la culture du maïs (dont les rendements sont plus aléatoires que le mil ou le
sorgho d’une année à l’autre).
La mise en valeur des parcelles est en partie conditionnée par la nature des sols, mais
également par la distance qui sépare les champs des habitations. Les parcelles les plus fumées
sont situées à proximité du village tandis que les parcelles les moins fertilisées et les plus
souvent mises en jachère sont les parcelles les plus éloignées. Les villages de migrants que
sont Gory Gopéla et Goumera abritent un nombre relativement élevé d’animaux, les grands
troupeaux y sont bien plus fréquents que dans les villages de Samé et Darsalam, si bien que
les disponibilités en fumier y sont globalement plus importantes. C’est pour cette raison qu’il
est possible d’observer certaines parcelles très fertilisées jusqu’à une distance de plusieurs
kilomètres du village. Le fumier y est transporté en charrette au cours d’une succession de
voyages.
Quelques jardins et vergers (principalement composés de manguiers) sont implantés à
proximité des habitations afin d’en faciliter la surveillance et l’entretien.
Les espaces les plus éloignés du village ne sont généralement pas mis en valeur et sont
parcourus par les animaux en saison sèche. Certains éleveurs Peuls ou Maures partent en
transhumance pendant la saison sèche pendant la période de déficit fourrager (de janvier à
juin), mais la plupart des détenteurs de troupeaux des autres ethnies, qui confient très souvent
leurs animaux à des bergers Peuls, les gardent à proximité du village pendant la saison sèche.

57
Les bergers les amènent dans des zones de pâturage situées à l’extérieur des zones de culture
pendant la journée (terroir de Kholilémé pour Gory) puis le troupeau est parqué pendant la
nuit. Pendant cette période et en fonction des moyens de la famille, l’alimentation pourra être
complétée par des concentrés de graines de coton, notamment de mars à juin.
4.1.2.2 Mise en valeur des bas-fonds
Des zones de dépressions argileuses forment un terreau fertile pour des cultures de
décrues. Les femmes mettent en valeur ces cuvettes pendant l’hivernage en y implantant du
riz inondé sur de petites parcelles. Une fois la saison des pluies terminées, les paysans y
implantent des cultures maraîchères en bordure, en suivant la baisse du niveau d’eau. Ces bas-
fonds s’assèchent plus ou moins vite pendant la saison sèche en fonction de la nature des sols
et de leur proximité avec la nappe phréatique.

58
Figure 9. Sols et réseau hydrographique des villages de Gouméra et Gory Gopéla

59
4.1.3 Les villages de Samé et Darsalam
4.1.3.1 Organisation des cultures
Dans la mesure où ces villages sont situés au bord du fleuve, les cultures ne s’organisent
pas vraiment en cercles concentriques autour du village. La lecture du paysage se fait plutôt
en fonction de la distance au fleuve (voir figure 10 p.61). Des cultures maraîchères sont
implantées le long des berges, et des cultures de maïs, des petits vergers ou des jardins
maraîchers alimentés par des motopompes sont situés un peu plus en amont.
Suivent le village et ses champs de case (maïs principalement). Puis, derrière la route
qui longe le fleuve, sont implantés les cultures de sorgho, de mil et d’arachide sur les zones
les plus meubles. Des cultures de pastèques sont également implantées à partir du mois de
septembre, ainsi que des cultures de riz et de concombre dans les bas-fonds. La forte
implantation de la pastèque sur cette zone peut en partie s’expliquer par la proximité du centre
urbain qui permet d’écouler facilement la production.
4.1.3.2 Les berges : une zone favorable à la pratique du maraîchage
Les berges constituent des zones de prédilection pour la pratique des cultures
maraîchères. D’une part le fleuve représente une source d’eau permanente pour arroser les
cultures, à l’aide d’un arrosoir ou d’une motopompe, d’autre part les crues du fleuve pendant
la saison des pluies enrichissent les sols par des apports de limons. Le maraîchage est
essentiellement pratiqué de début octobre jusqu’à mi-avril, pendant la saison sèche. La fin du
mois d’avril, le mois de mai et le début du mois de juin, périodes pendant lesquelles les
températures sont trop élevées, marque l’arrêt de l’activité maraîchère. Les agriculteurs les
plus investis dans le maraîchage reprendront cette activité de fin juin à octobre, pendant la
saison des pluies, parallèlement à leurs cultures pluviales, mais généralement sur des surfaces
maraîchères restreintes (d’autant plus que le lit mineur est généralement inondé en cette
période, si bien que seuls les agriculteurs disposant de parcelles sur les berges surélevées
peuvent mettre en valeur leurs surfaces en cette saison).
Les principales cultures rencontrées sont la tomate, la pomme de terre, l’oignon, le
piment, le chou, la salade, l’aubergine, le concombre et le gombo. Les agriculteurs disposant
d’une motopompe cultivent également le bananier, parfois en association avec le papayer,
tous deux particulièrement exigeants en eau.
L’organisation des parcelles diffère en fonction du mode d’irrigation. Les maraîchers
irrigant leur parcelle à l’aide d’un arrosoir confectionnent des casiers (entourés d’une digue)
d’une dimension de 2 x 3 m environ, permettant de concentrer l’eau au pied des plants. Ces
casiers atteignent des dimensions variant de 4 x 5 m à 6 x 10 m lorsqu’ils sont irrigués à l’aide
d’une motopompe.

60
Figure 10. Organisation des cultures au village de Samé

61
4.2 ANALYSE DES ACTIVITES AGRICOLES
4.2.1 Analyse des systèmes de culture
4.2.1.1 La culture du maïs
4.2.1.1.1 Une culture exigeante en eau et en éléments nutritifs qui permet d’assurer
l’alimentation de la fin de la période de soudure
Cette culture, dans la mesure où son cycle est de 70 jours à peine, est la première
céréale semée lors des premières pluies et la première récoltée à la fin du mois de septembre
(voir les calendriers culturaux en annexe 4). Elle permet à ce titre, lorsque les stocks de
l’année passée sont faibles, d’assurer la transition entre la fin des stocks alimentaires et
l’arrivée du mil à la fin du mois d’octobre. Le maïs est d’ailleurs souvent récolté par petites
quantités successives pour combler les éventuels déficits vivriers des mois de septembre et
d’octobre. Après l’arrivée du mil, le reste de la production est complètement récolté pour être
conservé dans le grenier et consommé pendant l’hivernage qui suivra.
Lorsque les pluies ont été abondantes, la culture du maïs affiche des rendements plus
élevés que la culture du mil, mais plusieurs facteurs concordent pour ne pas faire de cette
culture une priorité. En premier lieu, même s’il permet d’assurer la transition entre la période
de soudure et la période de récolte, le maïs n’affiche pas les caractéristiques de sécurité
alimentaire qu’offre le mil. Cette culture est en effet plus sensible au stress hydrique et atteint
des rendements très faibles en cas de mauvaise saison des pluies. Cette culture est également
très exigeante en fumure, si bien que les personnes qui ne possèdent pas beaucoup d’animaux
ne la cultivent que sur de petites surfaces. Enfin, étant donné que les parcelles de maïs sont
très fumées, la pression des adventices y est généralement plus forte, si bien que le travail que
requiert la culture du maïs par unité de surface au moment des désherbages est souvent plus
élevé que pour les autres céréales.
4.2.1.1.2 Une céréale que seules les familles aisées cultivent sur de grandes
surfaces
Les exigences de cette culture expliquent que les familles qui cultivent le maïs sur de
grandes surfaces possèdent généralement beaucoup d’animaux pour répondre aux besoins du
maïs en fumure et les moyens nécessaires pour pouvoir payer une importante main d’œuvre
au moment des désherbages. D’autre part, face au caractère aléatoire des rendements du maïs,
ces familles possèdent généralement la double assurance de pouvoir décapitaliser une partie
du troupeau ou recevoir l’appui d’un migrant en cas de mauvaise récolte. Les familles qui ne
réunissent pas ces conditions cultivent généralement le maïs sur des surfaces qui permettent
tout juste d’avoir de quoi assurer la consommation de l’hivernage prochain et d’assurer la
transition alimentaire à la fin de la soudure.
Cependant certains villages situés sur des zones agro-écologiques favorables et pour
lesquels la qualité des sols assure des rendements satisfaisants de façon plus régulière ont
également fait du maïs l’une de leurs cultures principales. Il s’agit notamment des villages
situés sur la zone du Jombugu, à l’Est du cercle de Kayes, qui bénéficient des apports
alluvionnaires du large bassin versant du fleuve Kolombiné.

62
4.2.1.2 Le mil et le sorgho : les cultures de sécurité alimentaire
Pour les paysans ou les villages pour lesquels le maïs reste plus marginal, le sorgho et le
mil sont les cultures dominantes. Il s’agit de céréales sécuritaires, n’atteignant jamais de très
haut rendements mais qui produisent quelles que soient les conditions pluviométriques. Cette
céréale est très souvent cultivée en association avec le niébé, plante légumineuse qui assure
l’apport de nutriments aux céréales à travers la fixation d’azote atmosphérique.
Un même itinéraire technique est suivi pour ces deux cultures. Les champs sont
nettoyés au mois de juin. Les résidus de récoltes de la campagne précédente sont parfois
brûlés. Le labour est initié à la mi-juillet, généralement après le labour du maïs, les sols sont
alors assez meubles pour accueillir la charrue. Pour les grands champs, les travaux de labour
peuvent durer plusieurs semaines. Parfois les premiers désherbages des premières surfaces
labourées du champ coïncident avec le labour des dernières surfaces ensemencées. Le labour
à la charrue nécessite généralement le travail de trois actifs : un premier guide les bœufs, un
second les fait avancer et le dernier tient la charrue. Les techniques de semis peuvent différer.
Soit cette opération est assurée par les femmes ou les enfants qui sèment directement dans les
sillons creusés par la charrue, soit elle est effectuée après le labour à l’aide d’une daba,
permettant de creuser les trous dans lesquelles les graines seront directement déposées (ce qui
prend plus de temps mais requiert moins de semences à l’hectare, car le taux de germination
est plus élevé, et favorise parfois une meilleure implantation des cultures).
Le premier sarclage est réalisé deux à trois semaines après le semis. Les premières
lignes semées sont sarclées en premier. Le deuxième sarclage a lieu encore deux à trois
semaines après. Il coïncide parfois avec la période de récolte du maïs et nécessite souvent le
recours à de la main d’œuvre extérieure pour achever rapidement ces travaux. La récolte du
mil ou du sorgho a lieu vers la fin du mois d’octobre ou au début du mois de novembre,
quatre mois après le semis. Les champs sont surveillés pendant tous le mois qui précède les
récoltes afin d’éviter les dommages occasionnés par les divers granivores. S’agissant de la
récolte, si les grains de maïs peuvent rester en place sur l’épi pendant une longue période, il
en va autrement des grains de mil et de sorgho qui exigent d’être récoltés rapidement, avant
de tomber à terre à maturité. Cette période constitue donc une forte pointe de travail. Certains
agriculteurs s’organisent en groupes de travaux et passent successivement dans les champs
des uns et des autres, en essayant de suivre l’ordre d’arrivée à maturité des cultures des
différents champs. Pendant les travaux de récolte, certains sont chargés de coucher les pieds,
d’autres passent derrière pour couper les panicules et les femmes et les enfants se chargent de
les rassembler par tas. Ces tas sont ensuite laissés sur place, protégés par des branches
épineuses afin de dissuader les animaux, et sèchent au soleil pour être ramassés plus tard
lorsque l’ensemble des travaux agricoles d’hivernage auront été achevés. Les familles dont les
besoins en céréales sont les plus immédiats seront contraintes d’acheminer rapidement les
nouvelles récoltes jusqu’à leur grenier.
4.2.1.3 Charges et rendements des cultures céréalières
De manière générale sur la zone, aucun traitement ni engrais ne sont utilisés pour les
cultures céréalières. Les consommations intermédiaires se limitent donc aux semences, au
prix de la main d’œuvre pour ceux qui y ont recours et au prix des prestations de labour pour
les exploitants qui n’ont pas de bœufs.
La conduite et les rendements diffèrent d’un exploitant à l’autre en fonction de leur
capacité à pouvoir restituer la fertilité de leurs champs. Certains parquent leurs animaux dans
les champs pendant la période qui précède les cultures et d’autres emmènent des chargements

63
de fumier par charrette, à hauteur de la disponibilité en fumier que leur offre leur troupeau.
Certains, si leurs surfaces en terres le leur permettent, laissent reposer leurs terres pendant
deux à trois ans avant d’y réimplanter une culture de céréales.

Tableau 6. Tableau des caractéristiques des systèmes de culture céréalier.

Rendements VAB/ha
(en kg.ha) (en FCFA/ha)

Système Niveau de Temps de


années années années années
de Successions fertilisation par travail par pluvieuses sèches pluvieuses sèches
culture hectare hectare

800 500 *
SC1 C + N // C + N 15 charrettes 90 hj 103 000 65 000
70 50
800 500
SC2 C + N // J // J pas d'apport 30 hj 34 000 22 000
70 50
pas d'apport 650 400
SC3 C + N // C + N 110 hj 80 000 48 000
travail manuel 60 40
SC4 Maïs parcs mobiles 70 hj 900 400 ** 104 000 66 000

Maïs 15 à 30
SC5 90 hj 900 400 104 000 66 000
(champs de case) charrettes

Les chiffres qui ont été retenus pour les modélisations sont ceux qui figurent dans ce tableau.
C = Culture de céréale (Sorgho ou Mil) ; N = Culture de Niébé ; J = année de mise en jachère
+ : association culturale ; // = rotation interannuelle
* les rendements peuvent aller en deçà, voire être nuls lors de très mauvaises années.
** les plus grands écarts de rendements pour le maïs entre année pluvieuse et année sèche expriment la plus
forte variabilité des résultas de cette culture par rapport au mil et au sorgho.

4.2.1.4 La culture d’arachide


4.2.1.4.1 Une culture principalement féminine
L’arachide est cultivée dans la majorité des exploitations. De manière générale, cette
culture est réservée aux femmes, notamment dans les familles Soninkés, même si les hommes
contribuent habituellement aux travaux de récoltes qui précèdent les travaux liés à la récolte
du mil et du sorgho (la fin de la période de récolte de l’arachide et le début des récoltes du mil
et du sorgho se chevauchent). Les hommes participent plus activement aux travaux liés à cette
culture dans les familles plus petites, ou plus nucléaires, au sein desquelles les membres actifs
féminins peuvent difficilement parvenir à dégager du temps pour assurer l’entretien d’un
important champ d’arachide.
4.2.1.4.2 Utilisation des résidus de culture
Concernant la culture d’arachide, les fanes sont exportées des champs de manière quasi
systématique. Elles seront utilisées pour nourrir les animaux, ou pourront être vendues à des
éleveurs pour ceux qui ne possèdent pas d’animaux. Concernant les autres cultures (mil, maïs
et sorgho), les tiges ne sont pas forcément exportées du champ. Les éleveurs possédant un
gros élevage les donnent généralement aux animaux, les résidus ne sont donc pas utilisés pour
restituer des éléments nutritifs aux sols. La perte des bénéfices des résidus est toutefois
largement compensée par les fortes doses de fumures apportées aux champs par la suite. Les
agriculteurs possédant peu ou pas d’animaux tendent généralement à laisser ces résidus dans
leurs champs : une partie sera consommée par les animaux au moment des vaines pâtures qui
suivent la période d’hivernage.

64
Les agriculteurs qui ne possèdent pas d’animaux vendent généralement leurs fanes
d’arachide aux éleveurs, cela permet d’obtenir un léger revenu monétaire pendant la période
où les zones de pâturages commencent à faire défaut (de février à juin), ou plus tôt pour ceux
qui ne peuvent pas les conserver. La valeur des fanes s’élève à 3 000 Fcfa par chargement de
charrette, en sachant qu’un hectare produit l’équivalent d’une quinzaine de chargements.
4.2.1.5 La culture du gombo
Ingrédient de base pour la plupart des sauces, le gombo est produit dans la majorité des
exploitations. Il peut être cultivé en plein champ, à proximité des autres cultures, pendant la
saison des pluies (exclusivement par des femmes), ou cultivé sur des parcelles maraîchères
arrosées en saison sèche, au bord du fleuve ou dans les bas-fonds (par les hommes comme par
les femmes). Une grande partie du gombo cultivé pendant la saison pluviale sera
généralement autoconsommée, alors que le gombo cultivé pendant la saison sèche pourra être
vendu. La forte demande en gombo, continue à travers l’année, rend cette culture relativement
intéressante sur le plan commercial. D’autant plus qu’il est relativement simple de le
conserver. Le gombo peut en effet être séché au soleil, découpé, puis pillé en poudre pour être
conservé et ajouté par la suite dans les sauces en tant qu’épaississant. Cette possibilité de
conservation pallie partiellement au problème de production massive de gombo et de
saturation du marché à certains moments du calendrier.

Tableau 7. Tableau des caractéristiques des systèmes de culture SC6, SC7, SC8 et SC9.

Rendements VAB/ha
(en kg.ha) (en FCFA/ha)

Système Niveau de Temps de


années années années années
de Successions fertilisation travail par pluvieuses sèches pluvieuses sèches
culture par hectare hectare

SC6 Arachide Pas d’apport 110 hj 450 * 250 * 200 000 115 000
Gombo en culture
SC7 Pas d’apport 60 hj 2 000 ** 1 300 ** 260 000 180 000
pluviale
Culture de riz dans
SC8 Pas d'apport 120 hj 1 200 700 120 000 70 000
les bas-fonds
Culture de
SC9 15 charrettes 70 hj 400 200 200 000 100 000
pastèque
* Poids de l’arachide décortiquée.
** Le gombo pluvial est généralement cultivé sur des surfaces de l’ordre d’un dixième d’hectare, dont
le rendement moyen est de 15 baignoires/0,1ha (une baignoire fait 12 kg), vendues chacune 1800
Fcfa en moyenne.

4.2.1.6 Les cultures maraîchères, conditionnées par le degré


d’équipement
(Les caractéristiques des différentes cultures maraîchères sont détaillées en annexe 5)
L’arrosage est quotidien et a lieu sur des intervalles de temps restreints (tôt le matin et
en début de soirée pour éviter les périodes de trop forte chaleur). Cela fait de l’arrosage l’une
des principales contraintes en travail, il conditionne la surface maximale valorisable. Un
maraîcher ne disposant que d’un simple arrosoir pourra mettre en culture une surface plus
restreinte que celui équipé d’une motopompe.
Une motopompe représente un investissement relativement élevé (au moins 150 000
Fcfa) et des charges supplémentaires en carburant et en entretien pendant la campagne de
contre-saison, notamment en période chaude où la pompe est particulièrement sollicitée. En
plus de disposer d’une certaine capacité d’investissement, un maraîcher souhaitant acquérir

65
une motopompe devra détenir une surface relativement importante à proximité du fleuve afin
d’amortir son équipement.
A Samé, où les producteurs sont particulièrement impliqués dans le maraîchage, les
hommes font généralement l’acquisition de motopompes à titre individuel alors que les
femmes s’organisent en groupement pour faire l’acquisition d’un système plus puissant, à
plus haut débit, géré sur des terres collectives divisées entre les membres de l’association.
Les surfaces maraîchères exploitables (dans les bas-fonds ou à proximité de puits) des
villages de Gouméra et Gory Gopéla sont relativement limitées et ne justifient généralement
pas un investissement tel qu’une motopompe. Dans ces zones, le maraîchage est une activité
peu destinée à la commercialisation, dont la production est majoritairement autoconsommée
et essentiellement pratiquée par les femmes, organisées en groupement pour certaines d’entre
elles.

4.2.2 Les systèmes d’élevage


4.2.2.1 Les élevages bovins
4.2.2.1.1 Migration et influence sur la constitution de cheptels bovins
Certaines familles de migrants, dès les migrations des années 60 et 70, ou parfois plus
tardivement, ont pu accumuler un grand nombre de bovins. Si nous prenons l’exemple de
Gory Gopéla, dans les années 1960, la garde du cheptel de l’ensemble du village pouvait être
assurée par quelques bergers chargés de regrouper tous les bovins. Aujourd’hui, bon nombre
d’éleveurs disposent d’un berger personnel (voire deux pour certains) qui s’occupe des
animaux toute l’année durant. Pour les familles qui se sont investies dans la constitution d’un
troupeau, la migration a permis d’accumuler très rapidement un grand nombre d’animaux.
Deux raisons viennent expliquer cela : d’une part les migrants ont appuyé leur famille pour
constituer le cheptel initial, et d’autre part, dans la mesure où les migrants appuyaient leur
famille à hauteur du déficit vivrier de l’année, le troupeau n’avait plus besoin de jouer son
rôle de « caisse d’assurance » et d’être décapitalisé les années de faible pluviométrie, si bien
qu’un grand nombre d’animaux ont pu être maintenus quelles que soient les conditions.
Ainsi aujourd’hui, pour le village de Gory Gopéla dont nous disposons de chiffres sur le
cheptel, on peut observer que l’ensemble des 70 familles de migrants possèdent en moyenne
12 bovins par famille, avec certaines d’entre elles qui disposent de plus de 100 bovins. Par
ailleurs, ces chiffres basés sur les registres d’impôts peuvent être revus à la hausse dans la
mesure où, afin de limiter le montant de l’impôt, le nombre d’animaux déclarés à la commune
est très souvent inférieur au nombre exact d’animaux que possèdent les familles.
Concernant les 20 familles de Gory dont le nombre de membres en migration est
supérieur ou égal à trois, elles disposent en moyenne de 27 bovins par famille. Inversement,
parmi les 40 familles ne disposant actuellement d’aucun migrant à l’étranger, seules 6 d’entre
elles disposent de bovins, mais la plupart d’entre elles n’en ont aucun et n’élèvent que des
petits ruminants.

66
4.2.2.1.2 Calendrier fourrager et gardiennage
La plupart des paysans sont davantage des propriétaires d’animaux que des éleveurs.
Seules certaines familles Peuls restent avec les animaux toute l’année, les leurs comme les
animaux des autres familles qui leurs sont confiés (Soninkés, Khassonkés, Bambaras…). Les
bergers Peuls reçoivent, en échange de leurs services, une rétribution monétaire ainsi qu’une
partie de la production de lait du troupeau.
La figure suivante expose la localisation des troupeaux à travers l’année en fonction des
disponibilités fourragères :

Figure 11. Calendrier fourrager et localisation des bovins.

4.2.2.1.3 Des distinctions dans la valorisation des produits issus de l’élevage


Si les cheptels sont généralement plus modestes dans les zones de Samé et Darsalam, la
conduite des animaux et surtout la valorisation des produits d’élevage diffèrent quelque peu
des pratiques d’élevage observées en zone Soninké.
Plus le troupeau est grand, plus il est objet d’ostentation parmi les Soninkés, si bien que
les animaux sont très rarement vendus. Les bœufs sont généralement consommés au moment
de cérémonies ou à l’arrivée de migrants, parfois offerts à des groupes de jeunes après des
travaux de main d’œuvre collectifs dans les champs. De même le lait qui n’est pas prélevé par
les Peuls et qui revient à la famille est très peu valorisé, il est parfois vendu à 100 Fcfa le litre
au sein du village. Au contraire, les éleveurs de Samé, disposant de cheptels plus réduits, se
sont organisés pour vendre le lait collecté en ville à 200 Fcfa le litre et bénéficient ainsi d’une
meilleure valorisation de la production.

67
4.2.2.2 Les élevages de petits ruminants
Quelques rares familles Peuls ou Maures disposent de troupeaux importants. Les autres
familles ne disposent que de quelques ruminants dont le gardiennage lors des parcours est
assuré par des bergers Peuls en échange d’une rétribution monétaire mensuelle calculée sur la
base du nombre de têtes de bétail gardées.
Les caprins et les ovins sont conduits de la même manière. La valeur ajoutée brute par
mère diffère quelque peu (voir annexe 6). Les animaux divaguent sur les parcelles et se
nourrissent d’herbes et de résidus de récolte pendant la saison sèche. Les bergers les amènent
sur les zones de pâturage éloignées des cultures pendant la saison des pluies.
La divagation des petits ruminants non surveillés, tout comme celle des ânes, pose
parfois de sérieux problèmes aux maraîchers. Ces derniers tentent de prévenir les dégâts en
dressant chaque année des barrières végétales constituées de branchages denses. La mise en
place de grillages (généralement onéreux) est devenue à ce titre une condition sine qua non à
l’instauration des jardins communs initiés par certains groupements de femmes.
L’activité d’embouche, c’est-à-dire l’achat d’animaux et leur engraissement sur une
période de quelques mois à partir de fourrage et de compléments alimentaires, n’est
généralement pratiquée que par les familles les plus modestes. La rentabilité de l’activité est
parfois soumise aux aléas des prix des compléments alimentaires, d’autant plus que les
paysans disposant d’un très faible fonds de roulement sont contraints d’acheter les graines de
coton au détail.
4.2.2.3 L’utilisation de l’âne
Les familles les plus aisées disposent généralement de plusieurs ânes et de plusieurs
charrettes. Cela est particulièrement avantageux pendant la fertilisation des champs : une
charrette peut être sollicitée pour transporter du fumier au champ pendant que l’autre peut être
utilisée pour les travaux de transport de bois et de foin (à un moment où justement le fourrage
vient à faire défaut).
Certaines familles ne disposant pas de bœufs de labour utilisent parfois la traction asine
(avec une charrue plus petite) pour labourer leurs champs. Les villageois de Darsalam,
particulièrement versés dans l’exploitation du bois pendant la contre-saison, ne peuvent
généralement pas exploiter leurs ânes au moment des labours. Leurs animaux sont souvent
exténués et chétifs quand arrive la période des labours car ils ont été particulièrement
sollicités pour le transport du bois. Les agriculteurs préfèrent alors avoir recours aux
prestations de services des détenteurs de bœufs.

4.3 DEGRE D’EQUIPEMENT ET INFLUENCE SUR LE SYSTEME D’EXPLOITATION


4.3.1 La traction attelée
Les familles de migrants sont généralement toutes équipées d’une ou plusieurs paires de
bœufs. Dans le cas où elles possèdent plusieurs paires, elles les utilisent généralement pour
des prestations de services rémunérées dont les bénéfices permettront notamment de payer
une éventuelle main d’œuvre au moment des pics de travail pendant la saison de culture.
Pour les exploitations qui n’ont pas accès à la traction attelé, les barrières à l’acquisition
de bœufs de labours sont nombreuse : la paire de bœufs accompagnée d’une charrue
représente un investissement de 280 000 à 400 000 Fcfa selon l’âge des bœufs (qui

68
commencent à tirer la charrue dès l’âge de 4 ans généralement). Enfin, la période de labour
qui commence en juillet coïncide justement avec la période de moins grande disponibilité
fourragère, et les animaux atteignent généralement leur poids minimal en juin et juillet avant
de reprendre du volume pendant la saison des pluies. Les bœufs de labour, si l’on tient à ce
qu’ils soient efficaces pour les travaux agricoles du mois de juillet, exigent donc une
alimentation complétée par des graines ou des tourteaux de coton. L’incapacité de certains
agriculteurs à pouvoir assurer une alimentation suffisante à leurs bœufs certaines années peut
fortement compromettre les travaux de labour. Dans certains villages, les paysans qui ne
possèdent pas de bœufs préfèrent parfois louer les services d’un tracteur, certes plus onéreux,
que de faire appel à la prestation des bœufs des voisins trop épuisés pour assurer d’autres
travaux agricoles que ceux de leur seul propriétaire.
Dans les villages de Samé et Darsalam, où les bœufs sont moins nombreux et donc
moins disponibles, l’attente des familles ne possédant pas de bœufs de labour et faisant appel
à des bœufs de prestation peut porter préjudice aux travaux de labour pour les chefs des
exploitations les moins équipées. Ces derniers sont contraints d’attendre la disponibilité des
bœufs, parfois déjà exténués, pour poursuivre le déroulement des travaux agricoles. Ils se
trouvent parfois dans l’obligation de réduire les surfaces ensemencées.

4.3.2 La charrette : un investissement à destination des activités


agricoles comme extra-agricoles
La charrette conditionne à la fois les activités agricoles et extra-agricoles. En
agriculture, elle facilite le transport du fumier, du grain, du fourrage et des résidus de culture.
En dehors des activités agricoles, elle peut être utilisée pour le transport de bois, de
marchandises ou de bidons d’eau.
Les familles de migrants en ont généralement une ou deux à disposition. Les familles
les moins aisées qui n’en possèdent pas ne peuvent généralement pas y avoir recours en
période pluviale, car toutes les charrettes du villages sont utilisées, mais parviennent parfois à
emprunter celles d’autres familles en saison sèche afin d’améliorer la productivité de leurs
activités de contre-saison (coupe de bois ou de foins notamment). Elles concéderont parfois
une partie de la production transportée au propriétaire.

4.3.3 Le recours au multiculteur et au semoir pour les cultures


pluviales
Le multiculteur ou trident, tracté par les bœufs de labour, permet de faciliter le
désherbage entre les rangs de culture. Ce matériel peut seulement être utilisé pour les céréales
(mil, sorgho et maïs) dont la largeur entre les rangs permet de faire passer les bœufs. La
distance qui sépare les rangées d’arachide est quant à elle trop réduite pour permettre une telle
pratique. Le multiculteur permet d’alléger la pointe de travail du premier désherbage, mais un
travail manuel complémentaire s’avère toutefois nécessaire pour sarcler les pieds des céréales.
Le travail en profondeur du multiculteur permettra également de diminuer la pression des
adventices au moment du deuxième désherbage. Toutefois, la hauteur des céréales au moment
du deuxième désherbage interdit l’utilisation du multiculteur, les bœufs risqueraient d’abîmer
les épis, le deuxième désherbage est donc systématiquement manuel. Pour faciliter
l’utilisation du multiculteur, il convient d’utiliser ce matériel en association avec un semoir
qui permet d’homogénéiser l’espace entre les rangs de culture et de faciliter ainsi le passage
des bœufs au moment du désherbage. Cette association de matériel n’est pas systématique
puisque le semoir représente un investissement plus onéreux (60 000 Fcfa environ) que le seul

69
multiculteur (de 20 000 à 30 000 Fcfa). Ce type de matériel n’a pas été adopté par les paysans
des villages de migrants étudiés, il est beaucoup plus répandu dans les villages de Darsalam et
Samé. Cela peut en grande partie s’expliquer par la proximité du centre de recherche (basé à
Samé) qui a participé à la vulgarisation de telles techniques.

4.4 LES ACTIVITES EXTRA-AGRICOLES


La répartition du travail agricole étant très irrégulière dans le temps, notamment dans
une zone où les pluies sont concentrées sur quatre mois de l’année, les travaux extra-agricoles
sont particulièrement développés.
Les travaux effectués par les paysans pendant la saison morte permettent d’équilibrer le
budget voire même de dégager les seules ressources monétaires de l’année lorsque
l’agriculture pratiquée en période d’hivernage est exclusivement vivrière. Les surplus
commercialisables liés à la production agricole étant généralement faibles, le renouvellement
du capital ou le recours à une main d’œuvre extrafamiliale peut être majoritairement
conditionné par les bénéfices monétaires de ces activités.
Certaines familles limitent la pratique d’activités extra-agricoles aux périodes sèches.
D’autres familles sont contraintes de les pratiquer au même moment que les cultures
d’hivernage, généralement au prix de nombreuses heures de travail, afin d’obtenir les
liquidités nécessaires au bon déroulement de la campagne agricole et au passage de la
soudure.

4.4.1 Le cas des villages de migrants


Dans les villages de migrants, les activités extra-agricoles sont fortement conditionnées
par les transferts d’argent de l’étranger qui ont un impact non négligeable sur l’économie
locale. Alors que le filage, le tissage et la teinture traditionnelle occupaient une place
prépondérante dans les stratégies d’équilibre du budget des ménages, le paysage des activités
extra-agricoles s’est métamorphosé sous l’impulsion des nouveaux besoins importés par le
pouvoir d’achat des émigrés. Les transferts d’argent voués à la construction permettent, outre
d’acheter les matières premières, de payer la main d’œuvre pour l’extraction de sable et les
travaux de maçonnerie. Les briqueteurs, menuisiers, et réparateurs de cyclomoteurs viennent
répondre aux nouveaux besoins que représentent les maisons en ciment et les nombreuses
motos et mobylettes qui sillonnent les villages de migrants.
Ces villages représentent à ce titre de forts pôles d’attraction économique, conduisant à
des mouvements de population saisonniers, voire à des installations de familles visant à mener
une activité dont la demande est assurée par la stabilité des budgets des familles de migrants.
Le nombre de boulangers a considérablement augmenté ces dernières années, répondant aux
commandes quotidiennes des familles de migrants. Il apparaît que les familles les plus
impliquées dans ce type d’activité extra-agricole (boulangerie, maçonnerie, coupe de foin…)
sont généralement les familles qui ne disposent d’aucun appui de l’étranger. Les activités
extra-agricoles sont donc elles-mêmes indirectement alimentées par la migration.
Si les activités agricoles d’hivernage ne sont toutefois jamais abandonnées au bénéfice
de ces activités, il semblerait que ces travaux de saison sèche représentent des coûts
d’opportunité supérieurs à l’agriculture de décrue qui tend parfois à être délaissée.

70
Activité Gory Gopéla Gouméra
Boulangers 14 10
Moulins à grain 4 6
Bouchers traditionnels ? 3
Atelier de réparation 5 1
Boutiques 34 20
Tailleurs 10 10
Maçons 10 5
Menuisiers 2 2
Potiers 2 1
Forgerons 4 5
Bijoutiers 2 4
Cordonniers 1 3

Tableau 8. Liste des métiers et ateliers des villages de Gory Gopéla et Gouméra
(Source : monographies GRDR)

S’ils n’arrivent pas à s’employer auprès des autres, les membres des familles qui n’ont
que la possibilité d’offrir leur main d’œuvre sont contraints de se restreindre aux activités qui
sont malencontreusement les plus covariantes avec le climat (cueillette de jujubiers ou de
pains de singe, coupe de bois et de foin…). Les personnes pouvant investir un peu plus
peuvent mettre en place une activité plus indépendante du climat : atelier de construction de
charrette, boulangerie.
En prenant l’exemple de la boulangerie et en calculant la rentabilité de cette activité
ramenée à l’heure de travail (tableau 9), la rémunération du travail n’est pas nécessairement
plus élevée que pour un travail manuel exercé dans la construction. L’investissement dans une
telle activité trouve sa justification dans la stabilité de l’emploi et dans le fait qu’elle permette
à l’entrepreneur de s’extirper des aléas de la demande en main d’œuvre.

Tableau 9. Rentabilité comparée d’une boulangerie et du travail de main d’oeuvre


Nombre d'heures rémunération
ACTIVITE Charges Produit Bénéfices
de travail horaire
Boulangerie
15 000 * 20 000 5 000 30 167 Fcfa
(pour une semaine de travail)
Main d'œuvre en maçonnerie
0 1 200 1 200 8 150 Fcfa
(pour une journée de travail)
* hors investissement dans le four à pain, généralement auto-construit.

Si nous poursuivons notre analyse sur la boulangerie, la demande en pain est


généralement plus forte pendant l’hivernage, ce qui augmente les charges en travail du
boulanger à un moment où lui-même se doit d’aller aux champs. Pour les boulangers
enquêtés, cette contradiction est généralement contournée au prix d’un surtravail : ils
s’occupent de leur pain de 3H à 7H et poursuivent la matinée avec leurs travaux aux champs.

71
4.4.1.1.1 Les activités commerciales
La nature des activités commerciales menées varie principalement en fonction de deux
paramètres : les moyens financiers disponibles et le degré de mobilité. Le degré de mobilité
est certes lié aux moyens disponibles (capacité à pouvoir prendre en charge les coûts de
transport ou payer l’essence pour les individus motorisés), mais également au sexe. Les
femmes ne peuvent généralement pas se permettre de mener des activités commerciales qui
les amènent aussi loin que certains hommes qui vont jusqu’aux cercles ou même jusqu’aux
pays voisins pour mener leur commerce. De tels déplacements sont en effet socialement peu
acceptés, et d’autre part les femmes ont généralement des moyens financiers qui ne peuvent
que leur laisser envisager des activités entre leur village et le centre urbain de Kayes.
Certaines femmes toutefois, assez aisées et moins regardantes sur ce que peuvent penser
les villageois de leurs activités, pratiquent des échanges commerciaux sur de plus grandes
distances. Mais cela reste relativement rare.
 Le petit commerce
Ce commerce consiste généralement à acheter des biens ou denrées alimentaires à
Kayes pour les vendre au détail au village. Ce type de commerce fait l’objet de nombreux
crédits, chez les femmes notamment. Il répond effectivement aux caractéristiques mêmes des
types de crédits qui sont octroyés par les caisses villageoises : des petits montants à
rembourser rapidement. Les taux d’intérêt pratiqués, de 2% par mois, permettent de pouvoir
rembourser les intérêts tout en maintenant un bénéfice non négligeable.
Dans le cas de la vente au détail du riz, les premiers consommateurs sont généralement
les familles les plus démunies qui assurent l’achat de leur alimentation au jour le jour. Un tel
commerce peut apparaître comme une opportunité de profiter de la situation précaire des plus
démunis, il reste toutefois pour eux un service qui les dispense de se déplacer eux-mêmes
pour aller acheter leurs denrées. Un déplacement représenterait du travail en moins dans leurs
activités quotidiennes.
 L’exemple du commerce des boeufs
Le commerce des bœufs, tel qu’il est pratiqué par certains villageois, demande
généralement un fort pouvoir d’investissement et concerne les familles les plus aisées. Les
commerçants se déplacent jusqu’au marché des bœufs de Troungoumbé dans le cercle de
Nioro, à 220 km de Kayes environ, et vont acheter là-bas des bœufs qui seront acheminés vers
Kayes à pied par des Peuls à qui ils doivent payer un salaire et assurer les frais de nourriture
pour l’ensemble du trajet. Les bœufs y sont généralement payés 120 000 Fcfa pour être
vendus autour de 150 000 Fcfa dans les villages du cercle de Kayes. Les frais qu’implique
cette activité sont particulièrement élevés (essence pour les déplacements jusqu’à Nioro et
pour démarcher des acquéreurs, frais de prise en charge par les Peuls), si bien qu’il convient
d’acheter au moins 5 à 6 bœufs (soit un capital de plusieurs centaines de milliers de francs)
pour que cela soit rentable. Les commerçants de boeufs s’organisent parfois en groupe pour
diviser les frais. Ce type de commerce est réservé aux familles les plus aisées, mais a souvent
été rencontré dans les villages étudiés (à Darsalam et à Gory Gopéla notamment).
4.4.1.1.2 Genèse de nouvelles formes d’activité
Le phénomène de migration a généré, outre un marché de l’emploi pour des travaux de
main d’œuvre qui ne demandent à l’employé que sa seule force de travail, des activités
nécessitant plus de moyens, généralement assurées par des membres d’autres familles de
migrant. Certaines familles ont par exemple investi dans un camion remorque pour assurer le

72
transport de sable pour la construction. D’autres assurent la recherche de terrains
constructibles à Kayes pour les migrants qui souhaiteraient investir dans l’immobilier. Les
individus qui mènent ce type d’activité perçoivent généralement 5% de la vente (très souvent
autour de 50 000 Fcfa par transaction), auxquels il faut retrancher les frais d’essence pour les
déplacements en moto entre Kayes et leur village, et parviennent à mener quelques
transactions dans l’année.

4.4.2 Le cas des villages de Darsalam et Samé


Dans le village de Samé, de nombreuses familles sont impliquées dans le maraîchage et
cette activité peut représenter l’essentiel du produit familial en contre-saison. Cette forte
activité maraîchère ainsi que la production de pastèques alimente également le commerce des
femmes entre Samé et Kayes.
Pour Darsalam, plus proche du centre urbain, les paysans, parfois sous la pression de la
commune, ont vendu une grande proportion des terres situées sur les berges à des particuliers
de Kayes qui en font l’exploitation sous forme patronale. La plus faible solvabilité des
familles interdit l’essor de nombreuses boutiques ou ateliers dans le village. Les familles de
Darsalam se sont donc fortement orientées vers l’exploitation du bois et le commerce avec le
centre urbain à proximité.
L’exploitation du bois se décline sous trois formes, selon les moyens des familles
impliquées :
Amortissement Bénéfices
Formes d’exploitation Produit
Capital mensuel du Salaires permis mensuels
du bois (en Fcfa)
capital (en Fcfa)
Avec une charrette et
12 000 Fcfa 16 000
un manoeuvre 125 000 1 000 110 000 81 000
par mois Fcfa
permanent
Avec une charrette et 16 000
125 000 1 000 0 70 000 53 000
sans main d’oeuvre Fcfa
Sans capital 0 0 0 0 30 000 30 000

Tableau 10. Les différentes formes d’exploitation du bois

Les bénéfices mensuels varient de 30 000 à 81 000 Fcfa selon la forme d’exploitation et
les moyens mis en œuvre. Le permis correspond à une autorisation nécessaire pour le
prélèvement du bois dans la principale forêt de la zone (située à quelques dizaines de
kilomètres de Darsalam). Les individus qui ne prélèvent que de faibles quantités, à pied ou en
vélo, ne s’aventurent pas jusqu’à la forêt et se contentent des quelques arbres disséminés à
proximité du village.
Il semblerait que malgré le système de permis d’extraction mis en place, la strate
arbustive et arborée soit en forte régression sous la pression de cette exploitation de bois,
partiellement liée à des systèmes agricoles non-viables.

73
4.5 TYPOLOGIE DES FAMILLES
L’agriculture tient un rôle économique prépondérant pour l’ensemble des familles
enquêtées. Toutes ces familles, même si certaines emploient une main d’œuvre permanente ou
temporaire, pratiquent une agriculture familiale1. Les membres de la famille représentent la
première source de travail et les processus de décision et les stratégies familiales influent sur
le système de production mis en œuvre.
Toutefois, selon un certains nombres de critères, les activités entreprises comme la
nature du produit familial affichent de grandes variations d’une famille à l’autre. Dans
l’objectif d’appréhender cette diversité, nous avons pris la liberté de réduire la variété des
situations observées à une typologie réunissant quatre grandes tendances observables dans les
villages de migrants.

4.5.1 Critères de différenciation au sein des villages de migrants


La présence (et le nombre) de migrants au sein des familles apparaît comme l’une des
premières clés de différenciation dans l’établissement d’une typologie des familles.
L’influence de ce facteur se lira aussi bien à travers leur structure et la nature de leur
consommation qu’à travers le système d’exploitation et leur degré de capitalisation (en
matériel agricole et en bétail).
La figure 12 p.75 reprend les grands traits qui caractérisent chaque type de famille.
Cette figure n’a pour objectif que de mettre en évidence certaines grandes tendances, et les
similarités entre le type I et le type II nous ont amené à les regrouper sur une même ligne. Les
caractéristiques de chaque type sont les suivantes :
 Type I : Familles avec plusieurs migrants, comprenant plus de 40 personnes,
pratiquant la céréaliculture fumée (dont d’importantes surfaces en maïs) et
disposant d’un troupeau de bovins important et de plusieurs paires de bœufs de
labour. Ces familles pratiquent des activités extra-agricoles nécessitant un
important fonds de roulement.
 Type II : Familles avec un migrant, composées d’environ 20 à 30 personnes,
pratiquant la céréaliculture fumée, disposant d’une à deux paires de bœufs de
labour et d’un troupeau d’une dizaine de bovins. Ces familles pratiquent des
activités extra-agricoles nécessitant un fonds de roulement moyen.
 Type III : Familles sans migrants, plus réduites, disposant de quelques animaux
et parfois de la traction asine, impliquées dans des activités extra-agricoles
nécessitant un léger fonds de roulement (boulangerie, réparation…).
 Type IV : Familles sans migrants, plus nucléaires, sans pouvoir
d’investissement et bénéficiant d’un équipement rudimentaire, proposant leur
force de travail en contre saison ou pratiquant des activités extra-agricoles qui ne
requièrent aucun investissement matériel.

(1) « L’agriculture familiale se caractérise par le lien structurel particulier existant entre les activités
économiques et la structure familiale. Cette relation influe sur le processus de décision ; c’est-à-dire sur le choix
des activités, la gestion des facteurs de production et la transmission du patrimoine » (CIRAD-TERA, 1998).

74
Figure 12. Typologie des familles – Liens entre rente migratoire, structure de la consommation et système de production.

75
Le tableau suivant reprend plus précisément les types d’activités extra-agricoles retenus
pour la modélisation des trésoreries des ménages et les spécificités de la consommation de
chacun des types :

Nombre Nombre Système de production Activités extra-agricoles Spécificités de la


de de
Consommation
membres migrants
Cultures Elevages Equipements Principale secondaires
Consommation
Céréaliculture 3 paires de
petit prestations quotidienne de
Type fumée / Elevage bœufs de Commerce
I 40 3 traction Bovin labour du bétail
commerce pour le viande/sucre/lait
des femmes labour Utilisation de moto et
attelée 2 charrettes
frais d'essence
Consommation
Céréaliculture 2 paires de
petit prestations quotidienne de
Type fumée / Elevage bœufs de Atelier de
II 25 1 traction Bovin labour couture
commerce pour le viande/sucre/lait
des femmes labour Utilisation de moto et
attelée charrette
frais d'essence
Plus faible
Céréaliculture Elevage traction Maçonnerie consommation en
Type
III 15 0 / traction ovins / asine / Boulangerie Petit cueillette viande/sucre/lait
asine caprins charrette commerce Peu de frais de
déplacement
Faible consommation
en viande/sucre/lait
Réduction de certains
Céréaliculture
Type pas pas de Coupe de postes de
IV 7 0 / travaux
d'animaux capital bois
Maçonnerie cueillette
consommation
manuelles
pendant la soudure
Faibles dépenses en
santé / habillement

Tableau 11. Typologie des familles dans les villages de migrants.

A Darsalam, étant donné qu’il y a très peu d’appui financier de membres en migration,
il y a proportionnellement plus de familles répondants aux types III et IV. La majorité d’entre
elles se situent à des niveaux de vie bien moins élevés que les familles de villages de
migrants. Les faibles ressources en épargne de la caisse villageoise illustrent d’ailleurs la plus
faible capacité d’épargne des villageois. Les opportunités d’activités extra-agricoles étant plus
limitées, les familles se tournent plus spontanément vers l’exploitation du bois. Quelques
rares familles plus aisées s’approchent du type II.

4.5.2 Les familles fortement impliquées dans l’activité maraîchère


Le maraîchage suppose une gestion particulière du budget pour assurer le financement
des campagnes en saison sèche et modifie sensiblement la nature du produit agricole. Pour le
village de Samé, la forte implication des familles dans le maraîchage a donc amené à établir
une typologie différente reprise dans le tableau 12 p.77. La plus grande proximité du centre
urbain, l’important temps de travail requis pour le maraîchage ainsi que la plus faible
demande en services jouent sur la nature des activités extra-agricoles. Le nombre d’ateliers,
de boulangers, de tailleurs y est proportionnellement moindre que dans les villages de
migrants.

76
Nombre Nombre Système de production Activités extra-agricoles
Spécificité de la
de de
Consommation
membres migrants Cultures Elevages Equipements Principale secondaires

Céréaliculture 1 paire de
fumée / bœufs de coupe prestations Consommation
Type Elevage petit
I' 15 0 maraîchage avec
Bovin
labour
commerce
de pour le quotidienne de
motopompe 1 charrette bois labour viande/sucre/lait
/traction attelée motopompe
Céréaliculture /
maraîchage avec
Plus faible consommation
pompe à pied / Elevage 1 charrette coupe
Type petit en viande/sucre/lait
II ' 10 0 travaux manuels, Ovins- Pompe à
commerce
de cueillette
peu de frais de
recours aux caprins pied bois
déplacement
prestations de
labour
Faible consommation en
viande/sucre/lait
Céréaliculture,
Réduction de certains
Type labour manuel / pas pas de coupe de
III ' 7 0 maraichage avec d'animaux capital bois
cueillette poste de consommation
pendant la soudure
arrosage manuel
Faibles dépenses en
santé / habillement

Tableau 12. Typologie des profils maraîchers à Samé.

Les successions culturales pratiquées sur les surfaces maraîchères (et représentatives de
chacun des types en fonction de leur degré d’équipement) sont illustrées sur la figure
suivante. Il s’agit des successions retenues pour la modélisation du produit maraîcher de ces
familles.

24 casiers
de 5x4 m
sur les
berges et le
lit mineur.

30 casiers
de 2x3 m
sur le lit
mineur du
fleuve.

20 casiers
de 2x3 m
sur le lit
mineur du
fleuve.

Figure 13. Successions culturales maraîchères en fonction du degré d’équipement.

77
4.6 MODELISATION ECONOMIQUE DE LA TRESORERIE DES FAMILLES
4.6.1 Création du modèle économique

La modélisation du produit et de la consommation familiale vise à évaluer la part des


différentes activités et ressources dans le produit familial ainsi que les capacités
d’investissement des familles. Elle a également vocation à observer l’influence de la rente
migratoire et de la variabilité de la pluviométrie sur les trésoreries des familles.
Malgré la diversité des activités extra-agricoles rencontrée, la modélisation s’astreint à
des exemples d’activités précis (vente de bétail, boulangerie…), représentatifs de chacun des
types de famille illustrés.
L’ensemble des produits, rentes, charges, consommations, secteurs de dépenses et dons
sont détaillés pour chacun des types en annexe 7.

4.6.2 Limites du modèle


Le degré de complexité des économies familiales observées limite les possibilités de
reproduire fidèlement le fonctionnement des trésoreries des familles. Notamment pour les
familles très élargies : même si une activité extra-agricole de contre-saison est généralement
prépondérante, les dépendants peuvent parfois mettre en œuvre une grande variété d’activités
satellites.
De même, certains secteurs de dépenses peuvent présenter de forte variabilité selon les
circonstances (frais de santé notamment). Le calcul a été établi sur les bases des dépenses
moyennes déclarées lors des enquêtes en fonction de chaque type de familles. Les frais plus
exceptionnels que sont les cérémonies (mariages, baptêmes ou autres) n’ont pas été pris en
compte. Etant plus imprévisibles, il devient délicat de les insérer dans le calendrier de
trésorerie.
Toutefois, le nombre d’informations recueillies et l’évaluation des performances
économiques des exploitations permettent d’élaborer un modèle pouvant établir des
comparaisons relativement illustratives entre les différents types établis. La finalité d’une telle
approche et d’obtenir une approximation des grandes tendances observables d’un type à
l’autre.

4.6.3 Présentation des résultats


Le tableau suivant présente les résultats pour chacun des types. Les revenus agricoles et
extra-agricoles, globaux et par actifs y sont détaillés. Le tableau résume également la part des
différents types d’activité et de la rente migratoire dans le produit et les dépenses et
consommation de la famille (voir également annexe 8).

78
Type I Type II Type III Type IV Type I ' Type II ' Type III '
année année année année année année année année année année année année année année
pluvieuse sèche pluvieuse sèche pluvieuse sèche pluvieuse sèche pluvieuse sèche pluvieuse sèche pluvieuse sèche

global Revenu Agricole 2 540 000 1 494 000 1 436 500 924 500 757 700 464 700 339 000 183 200 2 044 300 1 736 300 856 400 690 400 554 300 410 900

Revenu issu des


1 757 000 1 757 000 822 500 822 500 770 500 770 500 335 500 335 500 225 000 225 000 253 500 255 500 126 000 126 000
activités extra-agricoles

Revenu total 4 297 000 3 251 000 2 259 000 1 747 000 1 528 200 1 235 200 674 500 518 700 2 269 300 1 961 300 1 109 900 945 900 680 300 536 900

Revenu Rente migratoire 1 838 000 2 070 000 1 044 375 1 132 600 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0

Revenu agri/actif 141 111 83 000 130 593 84 048 108 243 66 386 84 750 45 800 292 043 248 043 214 100 172 600 138 575 102 725
par actif

Revenu des activités


97 611 97 611 74 773 74 773 110 071 110 071 83 875 83 875 32 143 32 143 63 375 63 875 31 500 31 500
extra-agri/actif
Revenu total/actif
238 722 180 611 205 366 158 821 218 314 176 457 168 625 129 675 324 186 280 186 277 475 236 475 170 075 134 225
(hors rente migratoire)

Rente migratoire/actif 102 111 115 000 94 943 102 964 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0


Part de la rente
migratoire dans le 16% 19% 18% 21% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0%
produit global
Analyse
du Part de l'agriculture
dans le produit 34% 26% 38% 32% 40% 32% 55% 43% 88% 87% 75% 72% 83% 79%
produit
Part des activités extra-
agricoles dans le produit 41% 44% 27% 29% 60% 68% 45% 57% 12% 13% 25% 29% 17% 21%
Part des charges
agricoles 15% 15% 17% 17% 8% 8% 10% 10% 21% 21% 13% 13% 12% 12%
Analyse des dépenses et de la

Part des charges des


activités extra-agricoles 32% 32% 16% 16% 27% 27% 0% 0% 5% 5% 7% 7% 0% 0%
Part d'autoconso. dans
37% 31% 38% 34% 43% 33% 49% 43% 47% 39% 49% 39% 49% 42%
consommation

l'alimentation
Consommation et

Part des dépenses de la


dépenses alim.

famille dans 25% 25% 25% 25% 57% 67% 51% 57% 53% 61% 51% 61% 51% 58%
l'alimentation
Part prise en charge par
les migrants 38% 44% 37% 41% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0%
Part de la
consommation
alimentaire dans la 35% 35% 47% 47% 51% 51% 68% 69% 56% 56% 62% 62% 69% 69%
consommation et les
dépenses totales

Tableau 13. Présentation des résultats de la modélisation de la trésorerie des familles.

79
4.6.3.1 Analyse des revenus et liens avec le produit, les dépenses et la
consommation des familles
Les revenus annuels par actif oscillent de 130 000 Fcfa à plus de 300 000 Fcfa. Le
revenu de 130 000 Fcfa par actif observé chez les types IV et III’, familles sans capital,
correspond approximativement au seuil de survie puisqu’il suffit tout juste à couvrir
l’ensemble des besoins élémentaires des familles. Il s’agit d’ailleurs des familles pour
lesquelles la consommation alimentaire représente environ 70% des dépenses et
consommations familiales. Ce niveau de revenu n’autorise que le renouvellement du matériel
agricole de base mais interdit tout investissement.
Globalement, pour les villages de migrants étudiés, les revenus agricoles représentent
une part moindre du revenu global (en comparaison aux résultats des familles investis dans le
maraîchage). Les charges relatives au secteur extra-agricoles sont même souvent plus élevées
que les charges agricoles, à l’exception du type IV qui ne peut s’autoriser aucun
investissement dans le secteur extra-agricole. D’autre part, pour les familles disposant de
migrants (Type I et II), ces charges sont plus particulièrement liées à l’élevage. Le salaire du
berger et les frais d’alimentation sont parmi les dépenses principales du système de
production agricole.
Pour ces familles insérées dans les stratégies migratoires, une rente migratoire annuelle
par actif de l’ordre 100 000 Fcfa (soit quasiment le revenu annuel par actif des familles les
plus modestes) vient s’ajouter au revenu total par actif. Cette rente, assurée par seulement un à
trois membres expatriés, représente à elle seule 16 à 21% du produit global de familles
comprenant 25 à 40 membres. S’ajoutent à cela les transferts sociaux perçus par les anciens
migrants (qui très souvent approvisionnent des comptes d’épargne des caisses villageoises dès
leur perception). En somme, le revenu agricole, même s’il est indispensable à l’équilibre
économique de la famille, n’est pas autant au cœur du produit familial que pour les autres
familles.
Pour les familles de migrants, le fait que seulement 35% à 47% des consommations et
dépenses soit liées à l’alimentation permet aux familles de dépenser leurs ressources à
destination d’autres secteurs de consommation, et leur offre une certaine capacité
d’investissement. En l’occurrence, pour les familles du type I, cette capacité d’investissement
s’adresse plus spécifiquement aux activités extra-agricoles (représentant 32% des dépenses et
consommation de la famille contre 15% pour le système de production agricole). Ce résultat
tranche avec les familles du type I’, investies dans le maraîchage, qui concentrent leurs
dépenses liées au système productif vers l’agriculture (avec 21% des dépenses et
consommations liées à l’agriculture contre 5% liées aux activités extra-agricoles).
4.6.3.2 Influence du climat sur la trésorerie
La distinction entre les résultats économiques des unités familiales en années sèches par
rapport aux années pluvieuses permet d’appréhender les effets de mauvaises années sur la
dégradation du produit familial.
Les familles impliquées dans le maraîchage, grâce à la plus forte stabilité interannuelle
des rendements des cultures maraîchères alimentées par l’eau du fleuve, affichent des revenus
qui varient moins d’une année à l’autre. Dans les villages des migrants, les années de moins
bons rendements sont partiellement compensées par l’augmentation de l’appui des migrants à
la consommation alimentaire (ils comblent notamment le déficit en céréales et en arachide).
Ce type d’appui permet d’assurer les besoins primaires des familles en évitant d’avoir à

80
décapitaliser une partie du troupeau ou de l’équipement de l’exploitation. La capacité des
migrants à pouvoir augmenter leur appui à leur famille trouve toutefois ses limites et la
capacité d’investissement reste affectée en cas de mauvaise saison agricole.
Pour les familles les plus modestes, en cas de mauvaise saison agricole, les secteurs de
dépenses liés aux besoins primaires sont généralement diminués. Les dépenses en santé ou en
alimentation dispendieuse (viande, sucre, lait…) sont revues à la baisse dans le budget
familial.
Le tableau suivant expose la dégradation relative du produit familial globale selon le
niveau de pluviométrie de la campagne agricole :
Produit
variation
global
année pluvieuse 11 789 500
Type I - 6,7%
année sèche 10 995 500
année pluvieuse 5 711 075
Type II - 7,4%
année sèche 5 287 275
année pluvieuse 2 297 000
Type III - 12,8%
année sèche 2 004 000
année pluvieuse 740 500
Type IV - 21,0%
année sèche 584 700

année pluvieuse 2 803 900


Type I ' - 11,0%
année sèche 2 495 000
année pluvieuse 1 337 900
Type II ' - 12,4%
année sèche 1 171 900
année pluvieuse 756 300
Type III ' - 19,0%
année sèche 612 900

Tableau 14. Variation du produit familial global selon la qualité des campagnes agricoles.

Les familles de migrants (type I et II) sont les moins exposées à ces variations avec une
baisse de 6,7 à 7,4% du produit tandis que les familles les moins aisées voient leur produit
familial réduire de 20%.
4.6.3.3 L’effet de la rente migratoire sur la trésorerie
L’appui plus conséquent des migrants à leur famille en cas de fort déficit vivrier permet
donc de lisser les effets des aléas climatiques sur la trésorerie des familles. La participation à
la consommation familiale va de 37 à 44% de la consommation alimentaire globale, ce qui est
conséquent à l’échelle de familles élargies comprenant 25 à 40 membres voire davantage.
Les migrants prennent en charge un certain nombre d’autres frais, notamment certains
frais exceptionnels (mariages, baptêmes, santé, etc…) qui perturbent habituellement
l’équilibre des budgets familiaux. Ces dépenses sont souvent plus difficiles à prévoir et à
intégrer dans l’organisation du budget familial. L’appui des migrants dans ces circonstances
soulage là encore particulièrement la trésorerie familiale et tempèrent les chocs liés à certaines
dépenses élevées.
Par rapport à la hauteur de la rente migratoire, les résultats obtenus à travers
l’évaluation de cette rente dans la modélisation trouvent leur écho dans les résultats déjà
obtenus par Flore Gubert en 1996 au sein d’un échantillon statistique plus large.

81
Concernant la modélisation, l’approche ne consiste pas à faire une moyenne des
résultats de l’ensemble des familles enquêtées, mais plutôt à cerner chacun des secteurs de
dépenses pris en charge par les migrants pour chacun des types de famille étudiés et à
remonter par le calcul à la hauteur de cette rente. Les résultats obtenus par les deux voies sont
sensiblement du même ordre de grandeur :

Résultats enquêtes F.Gubert Résultats de notre modélisation


Montants
Echantillon
moyens reçus
(en nombre Année pluvieuse Année sèche
au cours de
de familles)
l'année 1996
Familles avec 1
65 1 040 057 1 044 375 1 132 575
migrant
Familles avec 3
15 1 995 484 1 838 000 2 070 000
migrants

Tableau 15. Comparaison de l’évaluation de la rente migratoire pour des familles avec 1 et 3 migrants.

4.6.3.4 Périodicité des revenus et influence de la période de soudure sur


la trésorerie
La saison des pluies est une saison où la majeure partie du travail familial est orientée
vers les cultures, dont les rendements détermineront le degré d’autosuffisance alimentaire de
la famille pour l’année à venir.
Cette période est difficile à double titre : d’une part les stocks du grenier familial
arrivent à terme parallèlement à une montée des prix des denrées alimentaires. D’autre part le
nécessaire investissement en travail dans l’agriculture interdit partiellement la poursuite
d’activité extra-agricole et diminue donc le produit familial sous forme monétaire.
Les budgets des familles de migrants, grâce à l’appui extérieur et la capacité financière
des familles à pouvoir gérer leurs stocks alimentaires, sont beaucoup moins soumis à ce
phénomène. Ces familles peuvent, tout comme les familles qui disposent de l’appui d’un
membre salarié en ville, bénéficier d’argent à un moment où il est difficile de s’octroyer du
temps pour en gagner. Cette forme d’appui est particulièrement avantageuse et renforce là
encore l’équilibre du budget familial au cours de l’année.
En d’autres termes, la rente migratoire à le double avantage de renforcer la stabilité inter
et intra-annuelle de la trésorerie des familles.
Dans les caisses villageoises, les déficits observés en période de soudure dans les
trésoreries familiales plus vulnérables justifient l’augmentation de la demande en petits crédits
(émanant généralement de familles aux revenus modestes) pendant les mois de juillet, août et
septembre. Ce phénomène sera développé dans la partie suivante par l’analyse de l’utilisation
des crédits.

82
5 MICROFINANCE ET POSSIBILITES DE FINANCEMENT
POUR L’AGRICULTURE
5.1 CONTRAINTES LIEES AU FINANCEMENT DU MONDE RURAL
5.1.1 Spécificité du financement de l’agriculture et position des IMF
Face à la covariance des performances économiques de l’agriculture avec les conditions
climatiques, les institutions financières restent parfois frileuses à l’idée de financer ce secteur.
Certains besoins de financement sont peu élevés : achats de semences, achats d’intrants, etc.
Mais beaucoup d’investissements restent particulièrement lourds (achat d’une motopompe,
achat de bœufs de labour, forage d’un puit…) et à rentabilité différée.
En l’occurrence, les montants accordés par les IMF sont généralement assez faibles et à
courts termes, avec des taux d’intérêt annuels élevés qui conduisent à des sommes trop
importantes à rembourser sur des périodes longues. Les spécificités de ces crédits sont donc
en contradiction avec les besoins agricoles et la nature des cycles de production de ce secteur.
Les IMF, de manière générale, se doivent d’afficher une certaine rentabilité pour
pérenniser leur action et se développer. A ce titre, elles sont souvent tentées de se détourner
du secteur agricole pour se concentrer sur des populations et des zones plus accessibles et
financer des secteurs jugés plus rentable et moins risqués.
Même les IMF implantées en milieu rural financent parfois majoritairement des
activités annexes (commerce, transport…), sans s’adresser au secteur agricole. Les institutions
de microfinance restent toutefois les seuls interlocuteurs capables de répondre aux demandes
de financement de paysans disposant de garanties très minimes, voire inexistantes.

5.1.2 Spécificité de l’économie paysanne


L’économie paysanne affiche un grand nombre de spécificité qu’il convient d’exposer
et d’analyser avant de discuter du financement du secteur agricole. En effet, l’analyse de la
trésorerie des ménages l’a bien démontré, l’activité agricole et son financement sont la
résultante d’un équilibre économique complexe au sein de l’exploitation familiale. Cet
équilibre repose entre la satisfaction des besoins de consommation immédiats et les capacités
d’investissement de l’exploitation pour la reproduction de l’unité familiale à l’issu de la
campagne agricole suivante. L’agriculteur se retrouve à devoir considérer cette question en
permanence : quelle part du budget convient-il de consacrer à la satisfaction des besoins
primaires et secondaires, à l’entretien des réseaux sociaux et à l’investissement dans le secteur
productif ?
Il convient d’admettre que lorsque les besoins primaires ne sont pas satisfaits, et donc le
budget peu élevé, le processus de formation du capital ou tout simplement de reconstitution
du capital ne peut occuper une place prépondérante dans l’allocation des ressources
familiales. La non-satisfaction des besoins est en effet parfois si forte qu’elle ne permet pas
d’envisager une limitation de la consommation au bénéfice du capital (Tchayanov).
Nous pouvons croire, au premier abord, que si un éventuel investissement tend à
améliorer le revenu de la famille, cet investissement sera nécessairement réalisé si la famille
dispose des ressources nécessaires à un instant donné. Cependant, les équilibres internes à
l’exploitation viennent contredire cette hypothèse, il est toujours difficile de déterminer quelle

83
part de la somme sera utilisée pour les besoins de consommation et quelle part le sera pour les
besoins de l’exploitation. Tchayanov avance même qu’il s’agit là d’une des questions les plus
complexes de l’organisation de l’exploitation paysanne.
Dans le cas où une famille dispose d’une certaine capacité d’investissement, ce dernier
pourra être effectué s’il permet une augmentation de la productivité du travail, occasionnant
une baisse du temps de travail et de la pénibilité des travaux agricoles ou une augmentation
des surfaces exploitables à temps de travail égal. Généralement, il conviendra d’augmenter les
surfaces exploitées pour assurer le renouvellement du capital et éviter que ce dernier ne
représente au final qu’un coût supplémentaire. Sinon, l’augmentation de la productivité du
travail permettra de dégager du temps qui pourra être alloué à une autre activité productive,
dont les bénéfices eux-mêmes pourront participer au renouvellement du capital. C’est là l’une
des complexité dans l’appréhension du fonctionnement de l’économie paysanne : outre la
relation entre consommation et utilisation du budget, il existe une grande interrelation entre
les activités elles-mêmes, agricoles et extra-agricoles, vivrières et commerciales.
Une activité permettra d’en financer une autre, et le maintien de la productivité de cette
dernière activité peut s’avérer nécessaire pour que la première activité soit réalisable. Afin
que ces considérations s’éclaircissent, prenons l’exemple maintes fois observé dans la zone
d’un agriculteur pratiquant une agriculture essentiellement vivrière pendant la saison des
pluies et le commerce pendant la saison sèche. La réussite de la campagne vivrière permettra
d’atteindre une relative capacité d’autoconsommation, évitant d’allouer une trop grande partie
du budget à la consommation alimentaire. Les ressources monétaires pourront donc être
destinées à la constitution d’un fonds de roulement nécessaire à la pratique du commerce. Les
fruits de ce commerce, s’il réussit, seront d’une part alloués à la consommation familiale et
d’autre part alloués à la reconstitution du capital (entretien des bœufs de labour, de la
charrette…), voir à son augmentation (achat de nouveau matériel…) afin d’assurer une bonne
campagne vivrière. C’est d’ailleurs ainsi que le financement d’une activité extra-agricole peut
partiellement participer au financement de l’agriculture. Nous pouvons observer le même type
d’interrelation entre les cultures pluviales et les campagnes maraîchères à vocation
commerciale de saison sèche.
Pour une famille dont les besoins alimentaires sont satisfaits, l’utilité marginale à
investir dans du capital sera mise en confrontation avec l’éventuelle pénibilité marginale du
travail qu’il conviendra de fournir en plus pour maintenir l’exploitation à un niveau de
production suffisant pour permettre de reconstituer le capital d’année en année et de maintenir
un niveau de vie et de consommation au moins égal à la situation précédente. Dans le cas
précis d’un crédit, si l’augmentation du revenu obtenu par l’augmentation du capital ne suffit
pas pour rembourser l’emprunt et entretenir le capital tout en continuant à satisfaire ses
besoins personnels, l’utilisation d’un tel crédit pourra être remise en cause.

84
5.2 LES DIVERSES EXPERIENCES DE FINANCEMENT DE L’AGRICULTURE DANS
LA ZONE

Plusieurs expériences, plus ou moins fructueuses, concernant le financement du secteur


agricole ont vu le jour dans certaines communes du cercle de Kayes. Il semble intéressant de
revenir dessus et de chercher à cerner les causes qui ont participé à leur échec pour les
expériences les moins concluantes.

5.2.1 L’exemple de l’AAILAD


L’AAILAD (Association d’Appui aux Initiatives Locales d’Actions de Développement)
est né en 1984 à Kakoulou, dans la commune du Logo, dans l’idée d’appuyer les paysans à
travers des interventions ciblées vers l’appui individuel dans les domaines de l’élevage, de
l’agriculture et du maraîchage. En 1994, cette association a bénéficié d’un fonds destiné aux
prêts à l’équipement mis à disposition par un bailleur européen. Les premiers prêts étaient de
l’ordre de 100 000 Fcfa, proposés sur des périodes pouvant s’étaler jusqu’à trois ans, avec un
intérêt de 10%, sans garantie ni caution. Les membres de l’association, bénévoles, préparaient
eux-mêmes les dossiers de projets avec les demandeurs de prêts. Chaque élément du projet
était analysé afin d’en étudier la viabilité économique : la surface cultivée, les rendements
espérés, etc. Le matériel demandé était acheté par l’association elle-même qui le mettait à
disposition des demandeurs. Les membres de l’association se rendaient ensuite sur
l’exploitation pour vérifier la bonne mise en œuvre des projets et assurait le suivi des
remboursements.
Malgré toutes ces dispositions, l’association a rapidement rencontré des problèmes de
remboursement. La plupart des crédits n’ont pas été recouverts et l’association, qui a arrêté
son activité il y a trois ans, attend encore plusieurs millions de Fcfa de la part de ses débiteurs.
Le matériel présente l’avantage de pouvoir être saisi, mais sa valeur peut avoir diminué par
rapport à l’année d’achat. L’appel à un huissier ou tout autre recours à la justice est perçu
comme des frais supplémentaires qui ne résoudront pas nécessairement les problèmes de
remboursement.
Ce scénario illustre la difficulté de certaines organisations paysannes à développer
spontanément des capacités de financement sans expérience antérieure dans le domaine. Les
fonds mis à disposition, ne reposant pas sur l’épargne villageoise et mal encadrés par un
ensemble de procédures, sont parfois soumis à une gestion incertaine.

5.2.2 Le volet financement de l’URCAK


L’URCAK, spécialisé dans le domaine des périmètres irrigués, est très rapidement
rentré dans une démarche d’intervention à différents maillons de la filière maraîchère. A titre
d’exemple, les membres de l’association avaient observé que l’état de fonctionnement des
motopompes était un frein fréquent au bon déroulement des campagnes maraîchères. Une
courte période de dysfonctionnement de la motopompe pendant les périodes les plus chaudes
peut suffire à altérer à une bonne partie du produit de la campagne. L’URCAK a donc mis en
place un atelier de mécanique, opérationnel depuis plus de 10 ans, employant un mécanicien
permanent sur les fonds de l’association, afin de faciliter la réparation du matériel agricole.
L’URCAK a également voulu élargir ses services en mettant en place une caisse
d’épargne et de crédit uniquement orientée vers l’activité agricole, visant aussi bien à financer
la campagne d’hivernage que le maraîchage de contre-saison. Le fonds initial a été, là encore,

85
mis à disposition par l’un des partenaires de l’URCAK, et s’est décliné en différent types de
crédits affichant des taux de 12% : des crédits maraîchage pour l’achat des semences et des
intrants, des crédits hivernage pour les éventuels frais de semences, de labour ou de main
d’œuvre et des crédits élevage (pour les frais d’alimentation notamment). Ce système de
crédit s’adresse exclusivement aux membres de l’URCAK, rattaché à l’une des coopératives
de l’union. Les coopératives se positionnent en garants sur le remboursement des crédits.
Pour l’URCAK, ce service fait l’objet du suivi d’un membre de l’association mais
rencontre également quelques problèmes de recouvrement. Le taux de recouvrement déclaré
par les membres s’élève à 60%, ce qui compromet la pérennité du système financier. Bien
qu’ayant souhaité associer un service d’épargne à son service de crédit, la caisse de l’URCAK
contracte essentiellement des dépôts à vue qui ne représentent pas une ressource convertible
en crédit. Il a toutefois été impossible à travers nos enquêtes d’obtenir des chiffres plus précis
sur l’état financier de la caisse, qui semble toutefois beaucoup reposer sur l’appui des
bailleurs de fonds.

5.3 PRESENTATION DES CAISSES VILLAGEOISES DES VILLAGES ETUDIES


5.3.1 La caisse de Samé : une caisse née de la coordination féminine
L’organisation paysanne qu’est l’URCAK a souhaité s’affranchir de l’appui d’une
institution spécialisée dans la microfinance. La caisse de Samé quant à elle est issue de la
demande de la coordination des femmes de Samé à pouvoir bénéficier de l’appui du CAMIDE
pour la gestion de leur service de financement.
La coordination a été créé en 1993 et regroupent les femmes de cinq associations autour
de l’activité maraîchère. Un fonds destiné au financement des membres de la coordination a
été mis à disposition par le GRDR en 2002 à hauteur de 3,5 millions de Fcfa. Un fonds
d’investissement d’un montant de 13 millions a également été mis à disposition par les Jardins
de Cocagne. La coordination a voulu se prémunir de certains échecs qu’avaient connus les
services de financement d’organisations paysannes. Elle a donc sollicité les services du
CAMIDE pour instaurer une caisse villageoise qui ne répond pas intégralement au modèle des
autres caisses villageoises du réseau. En plus d’abriter des lignes de crédits exogènes
parallèlement à l’épargne villageoise, la caisse était à l’origine exclusivement destinée aux
femmes. Elle a toutefois progressivement ouvert son activité aux hommes.
Les crédits mis à disposition à partir de lignes de crédit tranchent avec les spécificités
des crédits de 24 à 25% généralement proposés par les caisses villageoises. Une partie des
crédits proposés sur les fonds exogènes est exclusivement orientée vers le maraîchage, avec
des taux de 16%. Les crédits octroyés sur le fonds des Jardins de Cocagne sont des crédits
d’investissement à 8%, collectifs ou individuels, contractés sur une période de 1 à 5 ans. Il est
nécessaire de passer par l’une des associations de la coordination des femmes pour bénéficier
de ces crédits. L’association se porte alors garant pour le demandeur.
Les crédits maraîchage ont connus jusqu’à présent de bons taux de remboursement.
Concernant les crédits investissements à plus long terme, l’expérience est encore trop jeune et
la plupart des crédits ne sont pas arrivés à échéance. Il est donc impossible de dire si ces
crédits parviennent à être remboursés. Un certain nombre d’entre eux se sont orientés vers
l’aménagement de parcelles maraîchères collectives.
L’annexe 9 présente les chiffres relatifs à l’activité 2006 des caisses d’épargne et de
crédit des quatre villages étudiés.

86
Concernant la caisse de Samé, les chiffres indiquent que 75% de l’épargne mobilisée
pendant le courant de l’exercice 2006 provient de groupes, principalement des associations
féminines, et la caisse rencontre encore des difficultés à mobiliser l’épargne des villageois.
La caisse est confrontée à un certain nombre de problèmes de gouvernance qui limitent
l’extension de ses activités au-delà des groupements de femmes. La caisse est essentiellement
gérée par une personne, particulièrement qualifiée pour la gestion des ressources mais ayant
quelque peu monopolisé l’administration de la caisse. La coordination des femmes et la caisse
sont gérées par des membres de la même famille, en conflit (politique ou relationnelle) avec
un certain nombre d’autres familles du village. Leur autorité sur les affaires de la caisse leur
permet de filtrer quelque peu l’accès des crédits aux villageois.

5.3.2 Les caisses de Gouméra et de Gory Gopéla : des caisses aux


ressources financières importantes
La caisse de Gory Gopéla, avec une épargne cumulée de 75 203 110, compte parmi les
caisses dont les dépôts sont les plus élevés. Elle accorde à ce titre un nombre élevé de crédits
par an. 402 crédits ont été octroyés au cours de l’exercice 2006, cela représente plus du
double du nombre moyen (165) de crédits octroyés par an et par caisse villageoise sur le
réseau.
Contrairement à certaines autres caisses villageoises, la politique menée à Gory Gopéla
sur l’analyse de l’objet des crédits permet d’avoir des chiffres précis sur l’orientation des
crédits. En effet, alors qu’à Gouméra l’objet mentionné dans les registres est généralement
vague (commerce, besoin…), les indications mentionnés dans les registres de la caisse de
Gory Gopéla sont bien plus précis (achat de bétail ou de semences, embouche…) et
permettent d’avoir des statistiques plus fiables sur le portefeuile.

Caisse de Gory Caisse de


Gopéla Gouméra
% du montant des crédits octroyé pour le 52% 76%
commerce
% du montant des crédits octroyé pour 6% 0%
l'agriculture
% du montant des crédits octroyé pour autres 0% 0%
activités productives
% du montant des crédits octroyés pour les 42% 24%
dépenses sociales

Tableau 16. Portefeuilles de crédits des caisses de Gory Gopéla et Gouméra

Les chiffres font état de 6% du volume des crédits de Gory Gopéla destinés à
l’agriculture, contre 0% pour Gouméra. Même s’il est possible que les habitants de Gouméra
aient moins eu recours à des crédits pour l’agriculture, ce chiffre de 0% résulte d’une
négligence dans la description de l’objet des crédits et ne reflète pas la véritable utilisation de
la caisse (certains agriculteurs ont déclarés utiliser la caisse pour leurs activités agricoles lors
des enquêtes).

87
5.3.3 La caisse de Darsalam : une caisse contrainte de se limiter aux
petits crédits
A Darsalam, village sans migrants, les capacités d’épargne des familles sont réduites.
De ce fait, la caisse parvient difficilement à mobiliser l’épargne de ses sociétaires et n’affiche
que 4 853 505 Fcfa de dépôts cumulés au cours de l’année 2006. Ces faibles ressources
n’autorisent pas les membres du comité à octroyer des crédits aux montants élevés si la caisse
veut satisfaire le large nombre de demandes. Le montant moyen des crédits y est
particulièrement faible, 35 000 Fcfa. Malgré ces contraintes, la caisse est particulièrement
sollicitée avec 262 crédits accordés sur l’année et un taux de recouvrement élevé (99%).

5.4 UTILISATION DES CREDITS PAR LES FAMILLES


5.4.1 Les différents biais par rapport à l’analyse de l’utilisation des
crédits
Certains biais viennent corrompre les possibilités de pouvoir bien analyser l’utilisation
des crédits. Comme nous l’avons vu, le premier biais est la qualité des données retranscrites
sur les registres de demande. L’objet des crédits octroyés y est détaillé de manière plus ou
moins précise, si bien que les données qu’il est possible de collecter au sein des différentes
caisses montrent une certaine hétérogénéité. Cela dépend de la politique qui a été menée à la
base par le caissier chargé de reporter les demandes de crédit et la disposition des villageois à
préciser l’utilisation qu’ils souhaiteraient faire de l’argent emprunté. D’autant plus que
traditionnellement, lorsqu’un villageois prête de l’argent à l’un de ses paires, il est perçu
comme déplacé d’interroger l’emprunteur sur ses intentions quant à l’utilisation de cette
ressource.
Certains caissiers sont exigeants et particulièrement consciencieux sur l’objet du crédit,
si bien que sur le registre, il est possible de trouver la mention « achat de semences »,
« mariage », « achat de bœufs » ou même « achat de savon ». Ce degré de précision ne
concerne malheureusement que quelques caisses parmi la quarantaine de caisses du réseau, la
plupart des registres ne font mention que d’objets de crédit relativement imprécis tels que
« besoin » ou encore « travail ». Par défaut, la case est très généralement remplie par la
mention « commerce ». Cet état de fait rend difficile et approximative l’analyse de la
destination des crédits, et compromet partiellement les résultats que nous pouvons tirer de
certaines analyses statistiques.
Le second biais se situe dans les déclarations des emprunteurs. Que ce soit les
déclarations faites aux caissiers ou les informations récoltées lors de nos enquêtes au sein des
foyers, il peut advenir que l’objet mentionné, aussi précis ou imprécis soit-il, ne corresponde
pas nécessairement ou que partiellement à l’utilisation qui sera faite de l’argent emprunté.
Bien que les crédits à la consommation soient acceptés, les emprunteurs préfèrent souvent
avancer le projet d’utiliser leur crédit à des fins productives. Même si cela n’est pas toujours
le cas et qu’au final, le crédit se fond dans une trésorerie complexe, aux allocations multiples,
et peut également être réquisitionné pour des dépenses initialement imprévues.

88
5.4.2 Peu de crédits destinés à l’agriculture sur l’ensemble du réseau
Malgré les différents biais mentionnés, il est important de noter que les chiffres du
réseau révèlent que seulement 4% du volume de crédits se destinent à l’agriculture. Même si
ce chiffre est certainement légèrement sous-estimé, il nous amène à deux conclusions : soit la
nature des crédits n’est pas adaptée au financement de l’agriculture et les sociétaires préfèrent
les utiliser à d’autres fins (consommation ou activité extra-agricoles), soit le financement de
l’activité agricole n’est pas au cœur des préoccupations des villageois qui préfèrent emprunter
de l’argent à la caisse pour financer d’autres activités.
Sur les 44 caisses villageoises, seules 6 caisses ont émis en moyenne plus de 10 crédits
par an destinés à l’agriculture (ou du moins identifiés comme tels) sur la période d’activité
s’étalant de 2002 à 2006. Parmi ces caisses, la part des crédits octroyés pour l’agriculture ne
représente en moyenne plus de 10% de l’ensemble des crédits que pour les seules caisses de
Samé et Kouroukoula (tableau annexe 10).

5.4.3 Confrontation entre une approche statistique et les observations


au sein des foyers
5.4.3.1 Méthode de traitement de l’ensemble des crédits
Le CAMIDE dispose de l’historique de toutes les épargnes déposées et de tous les
crédits octroyés sur l’ensemble des caisses du réseau CVECA Kayes. En ce qui concerne les
crédits, pour chacun d’entre eux est spécifié, entre autre, le sexe de l’emprunteur, la caisse où
le crédit a été octroyé, le montant et la durée du crédit, la hauteur de l’intérêt, la date d’octroi
et la date de remboursement ainsi que le nombre de jours de retard.
Le traitement d’une telle base de données a permis de mettre en évidence un certain
nombre de phénomènes quant à l’utilisation des crédits. Cette approche globale des crédits a
permis entre autre de relever certaines grandes tendances distinguant le comportement des
hommes du comportement des femmes face au crédit, ainsi que d’analyser la nature de la
demande en crédit en fonction de la période de l’année et du type de montant sollicité.
L’analyse statistique, afin d’être représentative, porte sur l’ensemble des crédits
octroyés par 25 caisses pendant la période de cinq années s’étalant du 1er janvier 2002 au 31
décembre 2006. Afin que les chiffres utilisés reflètent plus fidèlement des années d’activité
normale, les caisses ont été sélectionnées parmi celles dont l’activité avait déjà commencé
depuis au moins un ou deux ans avant le 1er janvier 2002. C’est ainsi 23 178 crédits qui ont
été traités statistiquement pour obtenir les résultats qui suivent.
5.4.3.2 Analyse par genre
D’une manière générale, les caisses sont plus largement sollicitées par les hommes
(66% des crédits traités contre 34% par les femmes) qui demandent des crédits plus élevés
(119 000 Fcfa en moyenne contre 65 300 Fcfa pour les femmes).
En ce qui concerne les remboursements, les hommes sont parfois accusés de rembourser
plus difficilement ou moins ponctuellement que les femmes. Afin de mesurer cette capacité de
remboursement, nous avons décidé d’utiliser comme indicateur la part des crédits octroyés
ayant été remboursés plus de trois mois en retard (crédits en souffrance). Les chiffres attestent
ainsi de cette tendance puisque 9,7% des crédits octroyés à des hommes tombent en
souffrance contre 8,8% en moyenne pour les femmes. Cette accusation (certes vérifiée) portée
à l’égard des hommes a parfois été justifiée par un comportement moins rigoureux de la part

89
des hommes face à l’argent. Il convient de modérer cette affirmation, la difficulté des hommes
a pouvoir rembourser à temps étant aussi fortement lié aux charges économiques qui leurs
incombent au sein du foyer. Les hommes sont à la fois les gestionnaires de la trésorerie
globale de la famille lorsqu’ils sont chef de famille et les premiers éléments sollicités en cas
de besoins immédiats de liquidité. Conserver assez d’argent de côté pour assurer le
remboursement de leurs emprunts devient alors difficile.
Femmes Hommes
Nombre de crédits 7 777 34% 15 250 66%
montant moyen octroyé 65 300 119 000
Crédits en souffrance 685 8,80% 1496 9,70%

Tableau 17. Caractéristiques moyennes des crédits par genre.

Afin d’observer plus finement la demande de crédit par genre en fonction des montants,
les crédits ont été classés selon différentes tranches comme suit :
FEMMES HOMMES
Part des Part des
Nombre Taux de Nombre Taux de
Montants des crédits octroyés crédits des crédits des
de crédits femmes souffrance de crédits hommes souffrance
Crédit de 0 à 10 000 Fcfa 621 8% 2,1% 344 2,2% 8,1%
De 10 000 à 20 000 Fcfa 1292 16,6% 6,3% 901 5,9% 7,0%
De 20 000 à 30 000 Fcfa 1762 22,8% 8,4% 2069 13,4% 8,9%
De 30 000 à 50 000 Fcfa 1619 20,9% 9,0% 3161 20,5% 10,0%
De 50 000 à 100 000 Fcfa 1396 18,0% 10,6% 3992 25,9% 10,8%
De 100 000 à 150 000 Fcfa 436 5,6% 13,8% 1830 11,9% 9,4%
De 150 000 à 200 000 Fcfa 268 3,4% 15,3% 1173 7,6% 10,7%
De 200 000 à 300 000 Fcfa 244 3,1% 13,5% 947 6,1% 11,2%
De 300 000 500 000 Fcfa 104 1,3% 11,5% 597 3,9% 7,0%
De 500 000 à 1 000 000 Fcfa 15 0,2% 13,3% 192 1,2% 11,5%
Supérieurs à 1 000 000 Fcfa 2 0% 0% 42 0,3% 7,1%

Figure 14. Part de la demande en crédits et taux de souffrances en fonction du genre et du montant.

90
Le graphique précédent permet d’observer que la demande de la part des femmes et la
plus forte pour les petits crédits de 20 000 à 30 000 Fcfa. 8% de la demande féminine
concerne des très petits crédits inférieurs à 10 000 Fcfa. Les hommes quant à eux ne
sollicitent que peu les crédits inférieurs à 20 000 Fcfa. Ils présentent d’ailleurs une plus
grande difficulté à rembourser ce type de crédits (le taux de souffrance pour les crédits
inférieurs à 10 000 Fcfa est de 8,1% pour les hommes contre seulement 2,1% pour les
femmes). Lors des enquêtes, les hommes avouaient éviter de faire appel à ce type de crédit
(une forme d’autocensure). Ils savent en effet qu’au regard du nombre de charges qui leur
incombent, ce type de crédit risque d’être immédiatement absorbé dans la consommation.
En revanche, au-delà d’un certain seuil, pour les crédits supérieurs à 100 000 Fcfa, les
femmes affichent une moins bonne capacité à rembourser que les hommes. La nature des
activités des femmes n’est peut-être pas toujours en mesure de rentabiliser de telles sommes.
Néanmoins, quelques femmes sollicitent la caisse pour des montants relativement élevés
(plusieurs centaines de milliers de francs).
5.4.3.3 Périodicité de la demande en crédits
5.4.3.3.1 Périodicité intra annuelle
En partant du constat que les familles les plus modestes (types III et IV et III’) sont les
plus soumises aux aléas climatiques et au phénomène de soudure, et en faisant l’hypothèse
que la demande en crédit de petits montants émanent essentiellement de ces familles, nous
avons souhaité observer la variabilité de la demande en crédit selon la période de l’année.
L’annexe 11 présente la hauteur de la demande en petits et gros crédits selon la période de
l’année pour la période 2002-2006. Concernant les petits crédits1, la demande évolue selon la
courbe suivante :
200

180
Nombre de petits crédits octroyés

160

140

120

100

nombre moyen
80 de crédits
demandés
60
dont crédits
40 octroyés à des
femmes

20

0
e

e
in

t
ai
r

ut
ril

e
r

ille
ie

ie

br

br

br
ar

br
ju
m
av

ao
nv

vr

m
em
m

ju

to

ja

ve

ce
oc
pt

no


se

Mois de l'année
Figure 15. Nombre moyen de demandes de petits crédits par mois sur la période 2002-2006.

(1) Sont ici considérés comme « petits crédits » les crédits inférieurs ou égaux à 30 000 Fcfa. Ils représentent
30% de l’ensemble des crédits (22% des crédits octroyés aux hommes, 47% des crédits octroyés aux femmes).

91
La demande augmente très fortement pendant les mois de juillet et août, en période de
soudure. Même s’il est possible que certains de ces crédits soient destinés à supporter des
charges agricoles (charges liées à la main d’œuvre par exemple), il reste fort probable qu’un
grand nombre d’entre eux soient destinés à la consommation, ou du moins viennent combler
les déficits en ressources à un moment de l’année où le produit sous forme monétaire est
faible (voir par exemple la modélisation de la trésorerie du Type IV/Annexe 7 au mois de
juillet et août).
Cette demande en petits crédits peut être confrontée à la demande en gros crédits1 (d’un
montant supérieur à 200 000 Fcfa). La courbe suivante montre que cette demande ne répond
pas aux mêmes variations intra annuelles :

90
nombre de gros crédits octroyés

80

70

60

50

40

30 nombre moyens
de gros crédits
20 demandés

dont crédits
10 octroyés à des
femmes
0
e

e
ai
s

e
t
n

ut
r

e
r

ril

ille
ie

ie

ar

br

br
br
i

br
m

ju
av

ao
nv

vr

m
m

to
ju

ja

ve

ce
te

oc
p

no


se

mois de l'année
Figure 16. Nombre moyen de demandes de petits crédits par mois sur la période 2002-2006

La demande en gros crédits, à l’inverse de la demande en petits crédits, chute pendant


les mois de juillet et août. Les ressources des caisses diminuent en cette période face à la forte
demande en petits crédits, si bien qu’elles ne peuvent pas satisfaire la demande en gros crédits
à ce moment. Cette période ne correspond pas nécessairement à une forte phase
d’investissement de la part des familles qui réalisent ce type d’emprunt. La demande
augmente plutôt en décembre, une fois l’ensemble des travaux agricoles des cultures pluviales
réalisés. Cela afin d’investir dans les activités de contre saison pour lesquelles, nous l’avons
observé, les familles du type I et II réalisent une plus large part d’investissements monétaires.

(1) Sont ici considérés comme « gros crédits » les crédits supérieurs à 200 000 Fcfa. Ils représentent 10% de
l’ensemble des crédits (12% des crédits octroyés aux hommes, 5% des crédits octroyés aux femmes).

92
5.4.3.3.2 Périodicité interannuelle
Le graphique suivant expose les niveaux de demande en petits et gros crédits, mis en
confrontation avec l’augmentation du nombre d’adhérents et des données climatiques1 :

1800 1800

1600 1600

pluviométrie de
Nombre de crédits / adhérents

1400 1400 l'année

Pluviométrie en mm/an
précédente
1200 1200
pluviométrie
moyenne
1000 1000

800 800 nombre


d'adhérents

600 600
demande en
400 400 petits créfits

200 200 demande en gros


crédits
0 0

2002 2003 2004 2005 2006


Année

Figure 17. Corrélation entre climatologie et demande en crédits.

La pluviométrie influe sur le produit agricole et les réserves en denrées alimentaires


pour l’année qui suit la campagne agricole. A ce titre, nous pouvons faire l’hypothèse que la
pluviométrie annuelle qui précède l’année considérée conditionne partiellement les problèmes
de trésorerie des familles/individus dont l’économie est la plus soumise aux aléas climatiques.
En maintenant l’hypothèse que la majeure partie des petits crédits est contractée par des
individus issus de familles modestes (type III et IV ou III’), la courbe précédente illustre que
la demande en crédits de ces familles est particulièrement élevée en 2003, année précédée par
une mauvaise campagne agricole.
La demande en gros crédits semble quant à elle plus constante. Quelque soit la qualité
des campagnes agricoles, cette demande ne fait que suivre l’augmentation du nombre
d’adhérents au fil des ans. En gardant là encore l’hypothèse que les crédits volumineux sont
majoritairement octroyés à des familles des types I et II (disposant des garanties nécessaires à
avancer pour justifier un tel prêt auprès du comité), cette observation confirme la plus grande
indépendance de l’économie de ces familles face à la climatologie et ses effets sur la variation
du produit agricole.

(1) La pluviométrie annuelle moyenne (de 569 mm/an) a été calculée sur la décennie 1991-2000.

93
5.4.3.4 Etude de la répartition des crédits parmi les familles du village de
Gory Gopéla
Sur les 23 178 crédits traités, 1 926 proviennent de la caisse de Gory Gopéla. Parmi ces
1 926 crédits, il a été possible, avec l’aide d’un villageois et des registres de crédits (faisant
mention de l’identité du demandeur de crédit à travers son numéro d’adhérent), de définir la
famille d’origine des demandeurs pour 1 145 de ces crédits.
Ces crédits ont ensuite été classés selon trois échantillons. Les crédits contractés par des
individus :
 1. Provenant de familles sans migrants,
 2. Provenant de familles disposant d’un migrant ou plus,
 3. Provenant de famille disposant de 3 migrants ou plus (l’échantillon 3 est donc
inclus dans l’échantillon 2).
* Les crédits « extraits » sont les crédits pour lesquelles la Crédits octroyés aux Crédits octroyés aux
famille d’origine du demandeur a été déterminée hommes femmes
Population part de part de
l'ensemble l'ensemble
concernée Part de Nombre des crédits des crédits
au village la pop. de Part des de montant de montant
(en nombre Du crédits crédits l'échantillon moyen l'échantillon moyen
Echantillon d'habitants) village octroyés Extraits* nombre concerné (en Fcfa) nombre concerné (en Fcfa)
Tous les crédits
octroyés à Gory
Gopéla sur la 2 466 x 1 926 x 1 316 68% 144 500 610 32% 104 000
période
2002-2006
Crédits dont la
famille d’origine
du demandeur 2 466 x 1 145 100% 866 76% 142 614 279 24% 109 251
a été
déterminée
Familles sans
356 14% 156 14% 130 83% 100 800 26 17% 82 500
migrants

Familles avec
migrants 2 110 86% 989 86% 736 74% 150 000 253 26% 112 000
(1 ou plus)
Familles avec
3 migrants ou 954 39% 469 41% 306 65% 160 000 163 35% 121 000
plus

Tableau 18. Analyse des crédits octroyés aux différents types de familles.

Le nombre de crédits octroyés respecte la représentativité de chacun des échantillons :


les familles sans migrants représente 14% de la population du village1 et bénéficie de 14% du
nombre de crédits. Les familles avec migrants représentent 86% de la population du village et
bénéficient de 86% du nombre de crédits. Toutefois le montant moyen des crédits est plus
élevé pour les individus provenant de familles de migrants que pour ceux provenant de
familles sans, pour les hommes (de 100 000 à 160 000 Fcfa) comme pour les femmes (de
82 500 à 121 000 Fcfa). Les familles de migrants étant considérées comme plus solvables,
elles bénéficient généralement de crédits plus importants. Elles disposent en effet d’une
double caution : celle de posséder plus de biens matériels à présenter comme garantie (les

(1) Les familles sans migrants représentent en revanche 40 familles sur les 125 que comptent le village (soit 32%
des familles). S’agissant de familles moins élargies, elles représentent une plus faible part de la population
villageoise.

94
familles de migrants disposent d’un capital plus important, en bovins et en matériel) et celle
de disposer de membres à l’étranger pouvant les appuyer en cas d’impossibilité de
remboursement. Provenir d’une famille insérée dans les stratégies de migration est, de
manière plus ou moins déclarée, une forme de garantie aux yeux des comités des caisses lors
des prises de décisions portant sur l’octroi des crédits.

5.5 QUELS TYPES DE FINANCEMENTS POUR L’AGRICULTURE ?


5.5.1 Les limites du crédit à court terme dans le cadre du financement
des exploitations agricoles familiales
5.5.1.1 Limites du crédit à court terme dans le cadre du financement de la
traction attelée
Comme nous l’avons vu, les enjeux autour de l’accès à la traction attelée sont forts. Les
familles qui en bénéficient peuvent à la fois augmenter leur surface cultivée et éviter d’être
soumises à l’attente des prestations des bœufs de labour des familles voisines (attente qui
perturbe parfois leur calendrier agricole). Les familles qui ne disposent pas de bœufs de
labour placent souvent cette acquisition au cœur de leurs priorités. Certaines d’entre elles en
ont possédés à un moment donné de la vie de leur exploitation agricole, mais ont été
contraintes de les céder à la vente pour faire face à une situation de crise dans la trésorerie
familiale.
Des exemples d’exploitants contractant des emprunts auprès des caisses villageoises
pour investir dans des bœufs de labour ont déjà été observés dans les villages. Mais de tels
crédits avaient été contractés par des exploitations possédant déjà une ou deux paires de
bœufs et souhaitant se procurer une paire de bœufs supplémentaires pendant l’hivernage.
Prenons l’exemple d’un agriculteur faisant un emprunt de 300 000 Fcfa pour acheter
deux bœufs d’une valeur de 150 000 Fcfa chacun en début d’hivernage (ce qui évite d’avoir à
payer les frais en compléments alimentaires en saison sèche). Si le crédit est effectué en juin
pour une durée de six mois, l’agriculteur devra rembourser, avec un taux annuel de 25%, un
montant total de 337 500 Fcfa (capital et intérêts). En l’occurrence, cette paire de bœufs
supplémentaire pourra être utilisée pour labourer les champs d’autres exploitants. Deux jours
de la semaine sont alloués à de telles prestations de service, si bien qu’à hauteur de 7 500 Fcfa
pour une journée de labour, il est envisageable de gagner environ 60 000 Fcfa pendant le mois
de juillet (période de labour). Les bœufs, une fois l’hivernage terminé, auront profité de la
période de plus grandes ressources fourragères d’août à septembre et pourront être vendus à
un prix sensiblement plus élevé que leur prix d’achat (environ 175 000 Fcfa par bœuf).
Charges Produit
Charges liées aux Valeur Revente des
Achat Achat Surfaces
surfaces des Prestations de bœufs engraissés
des d’aliments supplémentaires pendant agricoles
intérêts service
bœufs bétail ensemencées* l'hivernage accrues
sur 6 mois
Centaine de
300 000 20 000 20 000 37 500 60 000 350 000
milliers de Fcfa
410 000 Fcfa + augmentation du produit agricole
377 500 Fcfa de 100 à 200 000 Fcfa
(selon cultures et pluviométrie)

Tableau 19. Charges et produit liés à l’achat de bœufs de labour avec un crédit à court terme.

95
Au final, les bœufs auront permis de dégager un produit monétaire de l’ordre de
410 000 Fcfa (prestation et revente des boeufs) et d’augmenter les surfaces ensemencées,
donc d’augmenter le produit agricole. Ce produit permet de rembourser le capital ayant
permis d’acquérir les bœufs ainsi que les intérêts, de couvrir les frais d’alimentation des
bœufs pendant les mois de juin et juillet (environ 20 000 Fcfa) et de couvrir les charges liées
aux surfaces supplémentaires ensemencées grâce à la paire de bœufs additionnelle. Ces
charges comprennent les semences et les éventuels frais de main d’œuvre destinée à désherber
les surfaces supplémentaires. Cette opération permet de dégager un léger bénéfice monétaire
et d’augmenter la production agricole.
L’investissement dans la traction attelée pratiqué avec de tels taux d’intérêt ne paraît
donc envisageable qu’à la seule condition que les bœufs soient revendus après l’hivernage
pour rembourser le capital emprunté et ses intérêts. Ce type de formule ne convient pas à une
famille qui ne bénéficie pas de la traction attelée et qui souhaiterait s’équiper de bœufs de
labour. D’autant plus que des crédits d’un montant si élevé s’adresse à des exploitations qui
possèdent déjà des bœufs et qui peuvent justement les avancer à titre de garantie. Dans ce
contexte, ce type de crédit paraît inadapté pour les exploitations de type III ou IV qui
souhaiterait améliorer leur système de production.
Si nous prenons l’exemple du type IV : la valeur du produit des cultures pluviales est de
l’ordre 400 000 Fcfa. Sur les bases d’une augmentation de 50% de ce produit par le passage à
la culture attelé grâce à l’augmentation des surfaces, soit un produit annuel supplémentaire de
200 000 Fcfa environ, et la possibilité d’obtenir 60 000 Fcfa grâce aux prestations de labour,
le produit annuel supplémentaire peut-être de l’ordre de 200 000 Fcfa.
Pour un crédit de 360 000 Fcfa visant à prendre en charge l’achat des bœufs (300 000
Fcfa) et l’entretien des bœufs pour la première année (60 000 Fcfa environ, comprenant
l’alimentation, le gardiennage et les soins vétérinaires), il apparaît nécessaire d’étaler le
remboursement du prêt sur 3 ans. Avec un taux d’intérêt de 15% (voire inférieur), cela permet
de pouvoir rembourser le capital et ses intérêts en trois versements tout en pouvant maintenir
une somme d’argent nécessaire à l’entretien des bœufs, et sans dégrader le niveau de
consommation familiale. Un crédit établi sur une période inférieure permettrait difficilement
de pouvoir maintenir les bœufs sur l’exploitation.

1ère année 2ème année 3ème année

Capital restant à
rembourser
360 000 240 000 120 000
Montant des intérêts 54 000 36 000 18 000
Charges Somme à verser 174 000 156 000 138 000
annuelles Entretien des bœufs 60 000 60 000 60 000
Produit annuel
(valeur prudentielle)
260 000 260 000 260 000

Tableau 20. Charges et produit annuels liés à l’achat de bœuf de labour avec un crédit sur 4 ans.

A Darsalam par exemple, où les bœufs de labour font cruellement défauts, les
ressources de la caisse apparaissent comme une limite majeure à la mise en place de tels
crédits. L’encours moyen des dépôts était de 3 318 170 Fcfa en 2006, et des crédits de

96
400 000 Fcfa trancheraient avec les crédits actuels qui sont en moyenne de 27 000 Fcfa à
Darsalam. D’autant plus que, par mesure prudentielle au sein du réseau, les crédits sont
plafonnés à hauteur de 5% de l’encours moyen de la caisse dont ils proviennent. Cela limite
les crédits à 165 000 Fcfa pour Darsalam. Limiter la hauteur des crédits permet de réduire les
risques de faillites en cas de non-remboursements.
Une autre limite à ce type de crédit est que les familles qui souhaiteraient s’équiper en
bœufs de labour ne disposent pas de garantie de valeur équivalente à un tel emprunt. Les
bœufs pourraient éventuellement être saisis pour être revendu en cas de non-remboursement,
mais cela reste une garantie faible.
5.5.1.2 Limites du crédit à court terme dans le cadre du financement du
maraîchage
5.5.1.2.1 Liens entre le maraîchage et la trésorerie générale
La difficulté pour la mise en place d’une campagne maraîchère est la nécessité d’avoir
des ressources disponibles dès le début du mois de septembre (voire la fin du mois d’août)
pour se procurer les semences et mettre en place les pépinières. Le mois de septembre est
malheureusement un des mois les plus difficiles. Il s’agit du dernier mois de soudure (on
attend l’arrivée du maïs) et il coïncide actuellement avec le ramadan, période de grande
dépense, ainsi que la rentrée des classes pour les enfants scolarisés. Il est parfois délicat pour
les maraîchers de maintenir une réserve d’argent suffisante depuis la fin de la campagne
maraîchère précédente pour initier la nouvelle campagne.
Toutefois, les stratégies qu’ont développé les agriculteurs pour financer leurs
campagnes maraîchères sont nombreuses. Même si la période d’hivernage est généralement
consacrée à la culture des céréales et que le créneau libéré pour les autres cultures est mince,
les agriculteurs s’organisent pour implanter quelques cultures de rente (concombres dans les
bas-fonds notamment qui rentrent en production après 45 jours) en période d’hivernage afin
d’assurer une rentrée d’argent pendant le mois d’août. Sinon ils tentent d’accommoder leur
emploi du temps pour trouver quelque emploi rémunéré qui permettra de financer le début de
la campagne.
De toute évidence, parvenir à réunir le fonds de trésorerie nécessaire pour entamer la
campagne maraîchère s’avère plus délicat encore que de réunir les ressources nécessaires au
démarrage de la saison agricole pluviale. Cela rend le financement de cette activité d’autant
plus crucial. Malheureusement, octroyer des crédits en septembre à destination du maraîchage
implique une double difficulté : d’une part les dépôts des épargnants ont pu être retirés pour
faire face à la soudure, et d’autre part la demande est élevée et ne peut pas attendre (car les
fenêtres d’intervention en maraîchage, et en agriculture de manière générale, sont
relativement restreintes).
Pour les villages qui bordent le fleuve, l’activité maraîchère affiche une relative
indépendance par rapport à la pluviométrie. Que la saison des pluies soit bonne ou mauvaise,
l’eau du fleuve qui vient alimenter ces cultures reste disponible. Ce constat peut laisser penser
que le financement du secteur maraîcher est un investissement plus sûr que l’agriculture
pluviale, puisque moins corrélé aux aléas du climat. La forte interrelation, en termes de
gestion de la consommation et de la trésorerie, entre l’activité maraîchère et l’agriculture
pluviale nous amène toutefois à invalider cette hypothèse. Une mauvaise année de culture
céréalière condamnera le maraîcher à allouer une grande partie des bénéfices tirés du
maraîchage à des fins de consommation en denrée de base, amputant ainsi ses capacités à
renouveler son capital ou à rembourser un éventuel crédit.

97
5.5.1.2.2 Quel type de prêt pour le financement de motopompes
Les avantages liés à l’utilisation d’une motopompe dans l’activité maraîchère sont
nombreux. Un tel matériel permet de considérablement réduire la pointe de travail lié à
l’irrigation manuel des casiers, surtout en période chaude, lorsque les cultures sont
particulièrement exigeantes en eau. D’autre part, la capacité d’irrigation des motopompes
permet d’augmenter la productivité des cultures. Le temps gagné par l’usage d’une
motopompe permet d’augmenter les surfaces maraîchères misent en valeur et de libérer du
temps pour d’autres activités. Certains maraîchers ont rapporté pouvoir se libérer du temps
pour assister à des formations en maraîchage dispensées par des membres du GRDR depuis
qu’ils avaient fait l’acquisition d’une motopompe, leur permettant de perfectionner leurs
techniques dans une zone où la pratique du maraîchage est encore relativement récente.
L’introduction d’une motopompe dans l’exploitation agricole suppose d’avoir les
surfaces nécessaires pour amortir son utilisation et de dégager des revenus supplémentaires
par rapport aux revenus qu’apportait le maraîchage dans la situation antérieure. Soit
l’agriculteur dispose déjà d’une surface suffisante pour valoriser l’utilisation d’une
motopompe, soit il devra parvenir à trouver de nouvelles surfaces.
Pour un prêt permettant de passer du type II’ au type III’ en termes d’activité
maraîchère, donc nécessitant l’investissement dans une motopompe et la prise en charge des
frais liés au fonctionnement de la motopompe et à une plus grande surface cultivée, les frais
sont les suivants :
Investissement : Motopompe 4 chevaux + boyau d’aspiration/crépine = 230 000 + 40 000 = 270 000 Fcfa

Produit maraîcher Charges liées à l’activité maraîchère

Type I’ 855 000 Fcfa 160 000 Fcfa

Type II’ 330 000 Fcfa 20 000 Fcfa

Tableau 21. Charges et produits maraîchers pour les type I’ et II’.

En partant sur les bases d’un crédit à 25% sur an tel qu’il en est classiquement délivré
dans les caisses : le prêt doit pouvoir prendre en charge l’investissement (270 000 Fcfa) ainsi
que les charges supplémentaires (160 000 – 20 000 = 140 000 Fcfa), soit un prêt de 410 000
Fcfa. La différence en termes de produit est de 855 000 – 330 000 = 525 000 Fcfa. Cela
permet de rembourser le prêt de 410 000 Fcfa en 1 an avec une différence de 115 000 Fcfa qui
couvre tout juste les intérêts de 25%. Mais cela impliquerait de dédier quasiment l’ensemble
du produit de la campagne maraîchère au remboursement du prêt ! En d’autres termes
l’ensemble des bénéfices serait absorbé, ce qui ne permettrait pas d’assurer les charges de
160 000 Fcfa sur la campagne maraîchère suivante.
Pour permettre à l’emprunteur de conserver une marge de l’ordre de 250 000 Fcfa afin
d’assurer à la fois :
 Les éventuels frais de consommation familiale supplémentaires liés à une
mauvaise saison agricole ou un évènement imprévu
 Les charges de la campagne maraîchère suivante
 Une éventuelle réparation de la motopompe

98
Il convient d’étaler le remboursement du prêt sur 2 ans avec un taux de 15% : 210 000
Fcfa du capital de départ sont remboursés la première année (auquel on ajoute les intérêts sur
l’ensemble du montant), et les 200 000 Fcfa restant sont remboursés la deuxième année.

Montant Montant des Somme à Capital Montant des Somme à


du prêt intérêts rembourser restant à intérêts 2ème rembourser
(en Fcfa) première première rembourser année deuxième
année année (sur le capital année
restant)

Prêt sur 1
an à 25% 410 000 102 500 512 500 0 0 0

Prêt sur 2
ans à 15% 410 000 61 500 271 500 200 000 30 000 230 000

Tableau 22. Remboursements liés à des prêts sur un an ou deux ans.

Ce type de prêt permettrait d’assurer le remboursement du prêt sans dégrader la


consommation familiale tout en se prémunissant du risque d’une mauvaise année agricole (où
le produit du maraîchage viendrait à équilibrer les déficits en céréales). Il convient toutefois
de s’assurer que l’emprunteur dispose de surfaces suffisantes pour valoriser un tel
investissement.
5.5.1.3 Bilan sur les limites du crédit à court terme
Les crédits à court terme trouvent largement leur place dans bon nombre de cas, et
peuvent s’insérer à des moments stratégiques dans la trésorerie des familles. Dans le cadre de
l’agriculture, ils peuvent aider à financer des campagnes maraîchères, à acheter des semences,
à payer l’alimentation des animaux d’embouche ou tout simplement aider à combler les trous
de la trésorerie à des moments décisifs du cycle des exploitations (ex : forte demande en petits
crédits au moment de la soudure).
Toutefois, les exemples de la traction animale et du maraîchage viennent mettre en
avant les limites du crédit à court terme et de sa capacité à faire évoluer les exploitations
agricoles d’un système de production à un autre.
De manière générale, les crédits à court terme, aux montants élevés, trouvent plus
facilement leur place dans des activités commerciales dont les profits s’étalent sur des
échéances courtes. Dans le cadre du commerce tel qu’il est pratiqué, des biens sont achetés et
sont revendus à un prix plus élevé quelques semaines ou mois après. Si tout est revendu, le
capital de départ est récupéré (donc le capital du crédit peut être remboursé). Il reste la marge
entre le prix d’achat et le prix de vente qui couvre généralement les intérêts et les frais de
transport, tout en laissant au commerçant un léger bénéfice. Dans le cadre du financement
d’équipements (bœufs/motopompes/charrettes), l’objectif est de maintenir le capital acquis
au sein de l’exploitation. Le crédit à court terme ne fonctionnera que si les bœufs, la
motopompe ou la charrette sont revendus à l’issue de leur utilisation pour recouvrir le
montant de l’emprunt. Cela est à la fois risqué et en désaccord avec l’idée de faire évoluer le
système de production des familles de façon durable.
Il apparaît donc que l’agriculture ne soit efficacement finançable qu’au travers de
crédits à moyen terme de deux ou trois ans. Ce type de crédit permettrait une nette évolution
des systèmes de production et garantirait un meilleur équilibre des budgets familiaux sur le

99
long terme. Dans le cadre de l’agriculture, les crédits à court terme peuvent s’avérer efficace
pour maintenir le système de production en cas d’insuffisance monétaire sans avoir à
décapitaliser, mais ne permettent pas une évolution notable du système de production.

5.5.2 Des perspectives de crédits à moyen terme


Les crédits à moyen terme ne sont toutefois pas encore d’actualité au sein du réseau et
la majorité des crédits octroyés par les caisses sont des crédits à court terme (à l’exception de
la ligne d’investissement abritée par la caisse de Samé). Les caisses manquent de ressources,
en termes de volume, mais surtout en termes de durée. Mettre en place des crédits à moyen ou
à long terme implique d’avoir une épargne qui réponde à ces cycles de financement,
immobilisée sur des cycles supérieurs à une année.
Les élus responsables au sein des caisses villageoises, et plus globalement au sein du
réseau, ont souvent déclaré ressentir le besoin de pouvoir accéder à ce type de crédits à moyen
terme. La trajectoire d’évolution du réseau et les perspectives du CAMIDE (cf. Annexe 1), à
travers la mise en oeuvre du système de transfert des fonds de migrants, de la mise en place
d’une banque centrale urbaine (qui bénéficiera également du fort taux d’épargne en ville),
laissent présager de la possibilité de proposer des crédits sur des cycles plus longs, avec des
taux d’intérêts plus faibles.

5.5.3 Nature des ressources issues de la migration et utilisation


Les ressources des villages liées à la migration prennent trois formes principales :
 La première forme est le transfert d’argent direct, du migrant à sa famille. Elle
s’adresse directement au foyer et vient principalement en appui à la
consommation.
Cette ressource s’oriente apparemment peu vers des activités productives. Engager un
investissement, quel qu’il soit, peut poser des problèmes de contrôle. Le migrant demeurant à
l’étranger ne peut pas vérifier l’orientation que prend l’argent investi, susceptible d’être
dissolu au sein de la famille.
Certains migrants, en France, préfèrent peut-être même investir dans le départ d’un des
membres de leur famille à l’étranger que dans un investissement au village. Cela constitue une
certaine garantie sur l’utilisation de l’argent, et cela permet surtout d’alléger le poids de leur
soutien économique à la famille. Le membre de la famille nouvellement arrivé pourra en effet
aider les migrants déjà sur place à supporter les dépenses de la famille au village.
 La seconde forme est indirecte : nous avons vu que cette appui à la
consommation créait une importante capacité d’épargne monétaire au sein des
familles.
C’est de cette seconde forme dont bénéficient jusqu’à présent les caisses du réseau dont
l’épargne est en grande partie alimentée par ces ressources. L’argent est alors octroyés au
villageois sous l’autorité de la caisse, et doit nécessairement être remboursé. Cette forme de
responsabilité oriente certainement plus spontanément l’utilisation de l’argent vers des
activités productives. Mais la nature des prêts ne cadre pas nécessairement avec les
caractéristiques des besoins de l’activité agricole.

100
 La troisième forme est la mobilisation de l’épargne collective au sein des
associations de ressortissants, gérée sur place par une association villageoise.
Ces associations disposent du niveau de structuration et d’expérience nécessaire pour
cibler l’orientation de l’argent. Certaines d’entre elles déposent même leurs fonds dans les
caisses villageoises. Mais il n’existe jusqu’à présent aucune articulation concrète entre les
caisses et ces associations.
La mise en place du système de transfert d’argent constituera une quatrième forme de
ressource liée à la migration. Il permettra de mobiliser directement les ressources des migrants
au sein des caisses en leur proposant des produits d’épargne. D’autre part, une partie des
commissions perçues pourra couvrir les charges d’exploitation du système de transfert tout en
dégageant des surplus convertibles en crédits à l’échelle du réseau.

5.5.4 Quelles potentialités pour des crédits à l’échelle collective ?


Le financement de l’agriculture peut se faire à l’échelle de l’exploitation comme à une
échelle plus large, collective. Les potentialités du CAMIDE et le pouvoir d’investissement des
associations de migrant laisse entrapercevoir des possibilités de financement qui sortiraient du
cadre classique de la microfinance comme appui aux simples capacités d’investissement
familiales.
Il est certes déjà possible d’emprunter de l’argent des caisses à titre individuel comme à
titre de groupe (banque de céréales, groupement féminin…). En ce sens, les caisses octroient
déjà des prêts collectifs. Mais aucun produit de crédit spécifique n’a été créé à leur égard. Ces
crédits répondent aux mêmes caractéristiques que les autres, à savoir des crédits à court terme
à des taux de l’ordre de 25%.
Dans le cadre de financements plus conséquents avec ces perspectives de crédits à
moyen terme, il convient de définir quels seraient les interlocuteurs privilégiés.
Historiquement, la quasi inexistence de surplus agricoles et la faible présence de
cultures commerciales n’a pas amené le monde rurale de la région à s’organiser autour de la
commercialisation ou de l’accompagnement de la production. De manière générale, les
organisations paysannes sont soit inexistantes, soit peu structurées. Seules celles qui se sont
organisées autour du maraîchage ont pris un certain essor. La coordination des femmes de
Samé en est un exemple. Il s’agit d’une organisation paysanne relativement structurée qui a su
s’insérer dans de nombreux réseaux et démarches. Mais globalement, s’adresser aux
groupements ou organisations paysannes reviendrait à écarter une large partie des exploitants
agricoles. Les formes associatives les plus structurées sont finalement les associations de
migrants et leur écho au sein des villages. Elles représentent de fortes potentialités en termes
de mobilisation de ressources, et leur structuration commence à se calquer sur les schémas de
la décentralisation : des associations communales et des fédérations commencent à faire leur
apparition.
Il convient toutefois de s’interroger sur la place qu’accordent ces associations aux
projets agricoles. Au sein des familles de migrants, le montant de la rente migratoire peut être
équivalent voire supérieur aux revenus agricoles (tableau 13). Elles ne placent donc pas
nécessairement l’agriculture sur le même plan que les familles sans migrants pour lesquelles
l’agriculture représente la moitié voire les trois quarts du revenu annuel. Ce phénomène peut
être une explication partielle à la faible implication des associations de migrants dans les
projets agricoles.

101
Au-delà de l’importance économique du secteur agricole dans les budgets familiaux,
d’autres aspects sont à prendre en compte. La vision des différents acteurs clés sur ce sujet :
certains jeunes notamment n’aspirent aujourd’hui qu’à partir à l’étranger et imiter leurs aînés
qui à leurs yeux prospèrent en dehors de la région de Kayes. Cela limite l’idée d’investir à
long terme dans l’appareil productif agricole et favorise l’implication dans des activités à
court terme. L’école est quant à elle très peu perçue comme une stratégie de mobilité du statut
sociale, et laisse encore le champ libre à la migration.

5.5.5 Des partenariats sont-ils envisageables ?


Outre l’éventuel renforcement des liens entre le CAMIDE et les projets des associations
de migrants, le réseau des caisses peut chercher à s’appuyer sur des projets qui visent à mettre
en place un cadre favorable à l’évolution du secteur productif dans la zone. En dehors des
innovations envisageables en termes de mobilisation de ressources et de crédits, les stratégies
d’évolution du CAMIDE et des caisses villageoises peuvent reposer sur des partenariats avec
d’autres associations ou ONG. La multidisciplinarité de l’équipe du CAMIDE (à la fois
composée de financiers et d’agronomes) laisse place à cette ouverture.
A titre d’exemple, le GRDR dispose d’une expérience de plus de 30 ans dans le secteur
rural dans la région. Les histoires du CAMIDE et du GRDR sont fortement entremêlées,
certains acteurs ont évolué dans les deux structures, pourtant aucun partenariat concret n’a été
mis en œuvre. Des efforts communs permettraient de mettre à profit le degré de capitalisation
en expériences du GRDR et les capacités financières et techniques du CAMIDE. Si de
nouveaux types de prêts à moyen terme sont accordés, autant les insérer dans des initiatives
plurisectorielles et un cadre de partenariats solide.
A ce titre, le projet TKLM1 est un exemple de projet mené par le GRDR qui pourrait
attirer le regard du CAMIDE. Ce projet est mené sur trois communes pilotes, dont les
communes de Koussané et Marintoumania (voir carte p.14) où des caisses du réseau sont
présentes. Il porte entre autre sur la définition de règles de gestion et d’usage d’aménagements
hydro-agricoles et des ressources locales avec l’appui de techniciens locaux. Le projet porte
actuellement sur 15 aménagements hydro-agricoles, 6 retenues d'eau et 180 Ha valorisés pour
les cultures de décrue.
L’initiative mérite d’être examinée mais nous n’avons pas été sur ces communes pour
avancer des arguments justifiant un tel partenariat. Toutefois, la problématique de
l’aménagement et la maîtrise des ressources en eau apparaissent comme des facteurs décisifs
de sécurisation des investissements agricoles dans une zone qui connaît tant d’irrégularités
pluviométriques. Les familles sans migrants mais disposant d’un léger pouvoir
d’investissement oriente parfois plus volontiers leurs ressources vers des activités extra-
agricoles rentabilisées par la demande stable des familles de migrants. La maîtrise de l’eau et
l’encadrement des cultures de décrue, appuyés par un système de financement adapté,
pourraient éventuellement réorienter une partie de leurs ressources vers le secteur agricole.

(1) TKLM : Térékollé - Kolimbiné - Lac Magui : zone hydrologique partant de la ville de Kayes jusqu’à l’Est de
Yélimané. Véritable épine dorsale de toute la zone de migration (la plupart des villages y sont installés), elle
s’étend sur un bassin de 25 000 km² autour d’un axe de près de 200 km de long. Cette zone a fait l’objet de
plusieurs études en 1935, dans les années 60, dans les années 80 et enfin en 2000 par le GRDR. Près de 10 000
ha sont aménageables et une réflexion est en cours sur l’éventuelle mise en place d’une agence de bassin.

102
CONCLUSION

Le phénomène migratoire, bien qu’ancien chez les Soninkés, s’est accentué avec les
perturbations qu’a rencontré le système agraire pendant la phase de colonisation dans la zone
de Kayes. D’une migration saisonnière et locale, le phénomène est devenu prolongé et orienté
vers l’international, prenant une dimension économique de plus en plus prépondérante.
L’appui économique des membres expatriés à leur famille a créé des clivages
importants et a redessiné l’environnement socio-économique des villages. Aujourd’hui des
distinctions se constatent à plusieurs niveaux : la structure des familles, les systèmes de
production agricole en place, le niveau de consommation et la nature des activités extra-
agricoles diffèrent entre les familles insérées dans les stratégies migratoires et celle qui ne le
sont pas.
Parallèlement à l’appui à leurs familles, les migrants investissent dans des
infrastructures au sein de leur village d’origine à travers une épargne collective. Ces
investissements répondent aux motivations fondamentales qui ont pu encourager les migrants
à quitter leur village, à savoir améliorer les conditions de vie et le confort de leurs familles
restées sur place. Cependant, les investissements réalisés (centre de santé, adduction en eau
potable…) engendrent parfois des charges qui maintiennent la dépendance économique que la
migration a instaurée. L’exemple des magasins coopératifs qui visent à réduire le prix des
biens de consommation apparaît plus comme un instrument de gestion de cette dépendance
économique qu’un véritable moyen de lutte à l’encontre de ce phénomène.
Globalement, l’économie des familles de migrants apparaît moins soumises aux
variabilité intra et interannuelle que peut afficher la trésorerie familiale. Cela justifie la
persistance des familles dans les stratégies migratoires. Au sein de l’économie familiale,
même si l’agriculture reste indispensable à l’équilibre des budgets, elle ne semble pas
nécessairement justifier une allocation importante du budget à ce secteur. Même les familles
sans migrants, pour certaines d’entre elles, semblent favoriser des investissements dans des
activités extra-agricoles permettant de répondre à la demande stable des migrants plutôt que
d’investir dans le secteur de l’agriculture. Les familles dont l’économie est la plus vulnérable
sont quant à elles dans une position où l’évolution du système de production s’avère
indispensable. Ces distinctions font que la part de l’agriculture n’est pas la même d’une
famille à l’autre, et que la nature des besoins en financement pour le secteur agricole diffère
également.
Les crédits à court terme tels qu’ils sont proposés dans les caisses villageoises peuvent
trouver leur place dans les budgets familiaux, mais affichent des limites pour l’évolution des
systèmes de production. Ce constat justifie la faible utilisation des crédits à destination du
secteur agricole à l’échelle du réseau. Les familles de migrants sont généralement équipées en
matériel agricole de base (bœufs, charrettes…), et pourtant seules ces dernières peuvent
utiliser des crédits à court terme pour réaliser ce type d’investissement. Sur les bases de
calculs prenant en compte les capacités de remboursement des familles et le maintien de leur
niveau de consommation, le crédit à moyen ou long terme semble être la seule réponse
financière appropriée à l’évolution des systèmes de production des familles les moins
équipées.

103
Les familles de migrants étant déjà relativement équipées, l’évolution du cadre du
secteur productif agricole associés à des crédits à moyen terme conforteraient peut-être
sensiblement l’intérêt qu’ils portent au secteur agricole. Ce type d’environnement semble
pouvoir plus spontanément se dessiner à travers la mise en place de partenariats appropriés
avec les associations de migrants et les ONG évoluant dans le domaine rural que par la simple
élaboration de crédits individuels adaptés.
Les perspectives du CAMIDE, l’accroissement des ressources du réseau et la mise en
place de nouveaux instruments de financement (système de transferts de fonds des migrants,
caisse centrale…) laissent envisager la satisfaction d’une demande de crédits à plus long
terme. Même si la gestion de tels crédits n’est pas encore intégrée dans l’activité du
CAMIDE, le cadre que l’institution a su créer semble permettre la mise en place de tels
financements.
Le CAMIDE se doit toutefois de se positionner sur certaines questions. L’hétérogénéité
des situations économiques s’observe d’une famille à l’autre, mais également d’un village à
l’autre. Les villages sans migrants, plus tributaires de l’activité agricole, peinent à mobiliser
les ressources nécessaires à la mise en place de crédits. La dynamique d’expansion du réseau
amènera très certainement le CAMIDE à se demander s’il souhaite parfaire les équilibres
économiques des caisses ou écarter celles jugées moins rentables (à l’image de celle de
Darsalam).
Certains défis commencent à poindre pour la zone. La migration est remise en cause par
les politiques européennes actuelles. L’impact d’un ralentissement des flux migratoires se
verrait à l’échelle des familles de migrants comme à l’échelle de celles sans migrants,
devenues pour certaines tributaires de la demande des familles aux ressources monétaires plus
conséquentes. Le désenclavement de Kayes lié à l’inauguration de la route reliant Bamako à
Kayes, sur le point d’être intégralement goudronnée, pourrait également porter atteinte à
l’économie locale. Cet axe est susceptible d’augmenter la concurrence interrégionale et
d’affaiblir le secteur agricole du cercle, justifiant certaines mesures pour son renforcement.

104
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107
Index des Figures

Figure 1. Situation géographique du cercle de Kayes et découpage des communes. .............. 14


Figure 2. Production céréalière par région (en kg/habitant)..................................................... 19
Figure 3. Répartition des secteurs d’intervention des associations de ressortissants............... 25
Figure 4. Répartition des volumes d’investissements selon les secteurs ................................. 26
Figure 5. Localisation des villages étudiés dans le cercle de Kayes ........................................ 35
Figure 6. Ancienne organisation du travail agricole ................................................................ 39
Figure 7. Schéma de la composition des familles .................................................................... 47
Figure 8. Schéma de fonctionnement du budget familial......................................................... 52
Figure 9. Sols et réseau hydrographique des villages de Gouméra et Gory Gopéla ................ 59
Figure 10. Organisation des cultures au village de Samé ........................................................ 61
Figure 11. Calendrier fourrager et localisation des bovins. ..................................................... 67
Figure 12. Typologie des familles – Liens entre rente migratoire, structure de la
consommation et système de production. ................................................................................ 75
Figure 13. Successions culturales maraîchères en fonction du degré d’équipement. .............. 77
Figure 14. Demande en crédits et taux de souffrances en fonction du genre et du montant.... 90
Figure 15. Nombre moyen de demandes de petits crédits par mois. période 2002-2006. ....... 91
Figure 16. Nombre moyen de demandes de petits crédits par mois sur la période 2002-2006 92
Figure 17. Corrélation entre climatologie et demande en crédits. ........................................... 93

108
Index des Tableaux

Tableau 1. Nombre d’établissements éducatifs dans les communes de Logo, Hawa Dembaya,
Gory Gopéla et Ségala.............................................................................................................. 15
Tableau 2. Production de céréales en kilogrammes par habitant pour les différentes régions du
Mali. ......................................................................................................................................... 19
Tableau 3. Rubriques détaillées pour l’ensemble des familles de Gory Gopéla...................... 43
Tableau 4. Nombre de migrants et degré de capitalisation moyens par type de famille.......... 44
Tableau 5. Hauteur moyenne des transferts par migrant.......................................................... 54
Tableau 6. Tableau des caractéristiques des systèmes de culture céréalier.............................. 64
Tableau 7. Tableau des caractéristiques des systèmes de culture SC6, SC7, SC8 et SC9....... 65
Tableau 8. Liste des métiers et ateliers des villages de Gory Gopéla et Gouméra .................. 71
Tableau 9. Rentabilité comparée d’une boulangerie et du travail de main d’oeuvre............... 71
Tableau 10. Les différentes formes d’exploitation du bois...................................................... 73
Tableau 11. Typologie des familles dans les villages de migrants. ......................................... 76
Tableau 12. Typologie des profils maraîchers à Samé............................................................. 77
Tableau 13. Présentation des résultats de la modélisation de la trésorerie des familles. ......... 79
Tableau 14. Variation du produit familial global selon la qualité des campagnes agricoles. .. 81
Tableau 15. Comparaison de l’évaluation de la rente migratoire pour des familles avec 1 et 3
migrants.................................................................................................................................... 82
Tableau 16. Portefeuilles de crédits des caisses de Gory Gopéla et Gouméra......................... 87
Tableau 17. Caractéristiques moyennes des crédits par genre. ................................................ 90
Tableau 18. Analyse des crédits octroyés aux différents types de familles. ............................ 94
Tableau 19. Charges et produit liés à l’achat de bœufs de labour avec un crédit à court terme.
.................................................................................................................................................. 95
Tableau 20. Charges et produit annuels liés à l’achat de bœuf de labour avec un crédit sur 4
ans............................................................................................................................................. 96
Tableau 21. Charges et produits maraîchers pour les type I’ et II’. ......................................... 98
Tableau 22. Remboursements liés à des prêts sur un an ou deux ans. ..................................... 99

109
Sommaire détaillé

Résume ....................................................................................................................................... 5
Abstract ...................................................................................................................................... 6
Remerciements ........................................................................................................................... 7
Sommaire ................................................................................................................................... 8
Introduction ................................................................................................................................ 9
1 Le phénomène de migration et son influence sur le secteur agricole.............................. 11
1.1 Histoire de la migration en pays Soninké................................................................. 11
1.1.1 Les migrations pendant l’époque coloniale : des migrations saisonnières pour
combler les défaillances d’un système agraire en crise.................................................... 11
1.1.2 Les migrations post-coloniales : d’une forme de migration saisonnière à une
migration prolongée et lointaine ...................................................................................... 12
1.2 Caractérisation de la migration dans le cercle de Kayes .......................................... 13
1.2.1 Une migration qui ne concerne pas tous les villages, ni toutes les ethnies ...... 15
1.2.1.1 Une différenciation des stratégies par l’accès à l’éducation ........................ 15
1.2.1.2 Des histoires villageoises divergentes.......................................................... 16
1.2.2 Des situations hétérogènes d’une famille à l’autre........................................... 16
1.3 La relative marginalisation de l’activité agricole..................................................... 17
1.3.1 Le secteur agricole : le premier secteur économique du Mali.......................... 17
1.3.1.1 Evolution du rôle de l’état dans le secteur des céréales ............................... 17
1.3.1.2 Les autres secteurs de l’économie agricole au Mali..................................... 18
1.3.2 Une production agricole déficitaire dans la région de Kayes........................... 18
1.3.3 Une zone très monétarisée et de forte importation........................................... 20
1.4 Les associations de ressortissants maliens en France : d’une stratégie familiale à une
stratégie collective autour de la migration ........................................................................... 20
1.4.1 Contexte d’émergence...................................................................................... 20
1.4.2 Contribution au budget familial et mise en place d’une épargne collective .... 21
1.4.3 Evolution du rôle des associations de migrants ............................................... 22
1.4.3.1 De la construction de mosquées à l’appui à l’éducation .............................. 22
1.4.3.2 Quelle place pour l’agriculture dans les projets des associations ?.............. 22
1.4.3.2.1 Naissance de L’URCAK ........................................................................ 23
1.4.3.2.2 L’ORDIK ............................................................................................... 23
1.4.3.2.3 L’association Diama Djigui ................................................................... 24
1.4.3.2.4 Poids des projets agricoles dans les associations à l’échelle du cercle .. 25
1.4.4 Les associations de migrants à l’origine du paysage des ONG à Kayes :
l’exemple du CAMIDE .................................................................................................... 26
1.4.5 Interrogations actuelles au sein des associations de migrants.......................... 27
2 Problématique et présentation des villages étudiés .......................................................... 28
2.1 Problématique........................................................................................................... 28
2.2 Méthodologie ........................................................................................................... 29
2.2.1 Enquêtes auprès des ménages .......................................................................... 29
2.2.1.1 Gestion des ressources et du produit familial............................................... 30
2.2.1.1.1 Consommation alimentaire .................................................................... 30
2.2.1.1.2 Consommation et dépenses primaires .................................................... 31
2.2.1.1.3 Equipements et investissements ............................................................. 31
2.2.1.1.4 Dépenses spécifiques.............................................................................. 31
2.2.1.2 Systèmes d’activité et modélisation de la trésorerie des familles ................ 31
2.2.1.2.1 Systèmes de production.......................................................................... 31

110
2.2.1.2.2 Activités extra-agricoles......................................................................... 32
2.2.1.2.3 Modélisation des différents types d’unité familiale ............................... 32
2.2.2 Etudes antérieures ............................................................................................ 32
2.2.3 Analyse des crédits et de leur utilisation .......................................................... 33
2.2.4 Analyse du contexte institutionnel ................................................................... 33
2.3 Présentation des villages .......................................................................................... 34
2.3.1 Critères de choix des villages et familles étudiés............................................. 34
2.3.2 Des histoires divergentes.................................................................................. 35
3 Analyse de la structure et du fonctionnement des familles .............................................. 37
3.1 Organisation sociale ................................................................................................. 37
3.1.1 Une société hiérarchisée................................................................................... 37
3.1.2 Hiérarchie familiale et migration ..................................................................... 38
3.1.3 Organisation du travail familial et évolutions récentes.................................... 38
3.1.3.1 Travaux agricoles ......................................................................................... 38
3.1.3.2 Travaux extra agricoles ................................................................................ 40
3.2 Analyse du fonctionnement des ménages ................................................................ 41
3.2.1 Cadre théorique ................................................................................................ 41
3.2.2 Observation des familles Soninkés .................................................................. 41
3.3 Observation de la structure des familles .................................................................. 43
3.3.1 Des familles plus ou moins élargies en fonction du degré d’insertion dans les
stratégies migratoires........................................................................................................ 43
3.3.2 La rente migratoire : facteur d’unité ou d’éclatement des familles.................. 45
3.3.3 Les familles sans migrants ............................................................................... 46
3.4 Caractérisation des rôles économiques et des dépenses des membres de la famille47
3.4.1 Le cas des familles avec migrants .................................................................... 47
3.4.1.1 Composition de la famille ............................................................................ 47
3.4.1.2 Fonctionnement du budget familial.............................................................. 48
3.4.1.2.1 Composition du produit familial ............................................................ 48
3.4.1.2.2 Postes de dépenses et de consommation : .............................................. 49
3.4.1.2.3 Charges liées au système de production agricole et aux activités extra-
agricoles 50
3.4.1.2.4 Nature de la contribution des migrants .................................................. 51
3.4.1.2.5 Liens entre l’apport des migrants et la capacité d’épargne des familles 54
3.4.2 Familles sans migrants ..................................................................................... 54
3.4.3 Gestion des déficits vivriers : possibilité d’achats à l’avance ou soumission au
marché 54
4 Analyse des activités et de la trésorerie des familles ....................................................... 56
4.1 Mise en valeur du milieu.......................................................................................... 56
4.1.1 Les contraintes du contexte sahélien................................................................ 56
4.1.2 Les villages de Gory Gopéla et Gouméra ........................................................ 57
4.1.2.1 Organisation des cultures ............................................................................. 57
4.1.2.2 Mise en valeur des bas-fonds ....................................................................... 58
4.1.3 Les villages de Samé et Darsalam.................................................................... 60
4.1.3.1 Organisation des cultures ............................................................................. 60
4.1.3.2 Les berges : une zone favorable à la pratique du maraîchage ...................... 60
4.2 Analyse des activités agricoles................................................................................. 62
4.2.1 Analyse des systèmes de culture ...................................................................... 62
4.2.1.1 La culture du maïs ........................................................................................ 62
4.2.1.1.1 Une culture exigeante en eau et en éléments nutritifs qui permet
d’assurer l’alimentation de la fin de la période de soudure...................................... 62

111
4.2.1.1.2 Une céréale que seules les familles aisées cultivent sur de grandes
surfaces 62
4.2.1.2 Le mil et le sorgho : les cultures de sécurité alimentaire ............................. 63
4.2.1.3 Charges et rendements des cultures céréalières ........................................... 63
4.2.1.4 La culture d’arachide.................................................................................... 64
4.2.1.4.1 Une culture principalement féminine ..................................................... 64
4.2.1.4.2 Utilisation des résidus de culture ........................................................... 64
4.2.1.5 La culture du gombo .................................................................................... 65
4.2.1.6 Les cultures maraîchères, conditionnées par le degré d’équipement ........... 65
4.2.2 Les systèmes d’élevage .................................................................................... 66
4.2.2.1 Les élevages bovins...................................................................................... 66
4.2.2.1.1 Migration et influence sur la constitution de cheptels bovins................ 66
4.2.2.1.2 Calendrier fourrager et gardiennage....................................................... 67
4.2.2.1.3 Des distinctions dans la valorisation des produits issus de l’élevage .... 67
4.2.2.2 Les élevages de petits ruminants .................................................................. 68
4.2.2.3 L’utilisation de l’âne .................................................................................... 68
4.3 Degré d’équipement et influence sur le système d’exploitation .............................. 68
4.3.1 La traction attelée ............................................................................................. 68
4.3.2 La charrette : un investissement à destination des activités agricoles comme
extra-agricoles .................................................................................................................. 69
4.3.3 Le recours au multiculteur et au semoir pour les cultures pluviales ................ 69
4.4 Les activités extra-agricoles ..................................................................................... 70
4.4.1 Le cas des villages de migrants ........................................................................ 70
4.4.1.1.1 Les activités commerciales..................................................................... 72
4.4.1.1.2 Genèse de nouvelles formes d’activité................................................... 72
4.4.2 Le cas des villages de Darsalam et Samé ......................................................... 73
4.5 Typologie des familles ............................................................................................. 74
4.5.1 Critères de différenciation au sein des villages de migrants ............................ 74
4.5.2 Les familles fortement impliquées dans l’activité maraîchère......................... 76
4.6 Modélisation économique de la trésorerie des familles ........................................... 78
4.6.1 Création du modèle économique...................................................................... 78
4.6.2 Limites du modèle............................................................................................ 78
4.6.3 Présentation des résultats ................................................................................. 78
4.6.3.1 Analyse des revenus et liens avec le produit, les dépenses et la
consommation des familles .......................................................................................... 80
4.6.3.2 Influence du climat sur la trésorerie............................................................. 80
4.6.3.3 L’effet de la rente migratoire sur la trésorerie.............................................. 81
4.6.3.4 Périodicité des revenus et influence de la période de soudure sur la trésorerie
82
5 Microfinance et possibilités de financement pour l’agriculture....................................... 83
5.1 Contraintes liées au financement du monde rural .................................................... 83
5.1.1 Spécificité du financement de l’agriculture et position des IMF ..................... 83
5.1.2 Spécificité de l’économie paysanne ................................................................. 83
5.2 Les diverses expériences de financement de l’agriculture dans la zone ............... 85
5.2.1 L’exemple de l’AAILAD ................................................................................. 85
5.2.2 Le volet financement de l’URCAK.................................................................. 85
5.3 Présentation des caisses villageoises des villages étudiés........................................ 86
5.3.1 La caisse de Samé : une caisse née de la coordination féminine ..................... 86
5.3.2 Les caisses de Gouméra et de Gory Gopéla : des caisses aux ressources
financières importantes .................................................................................................... 87

112
5.3.3 La caisse de Darsalam : une caisse contrainte de se limiter aux petits crédits. 88
5.4 Utilisation des crédits par les familles...................................................................... 88
5.4.1 Les différents biais par rapport à l’analyse de l’utilisation des crédits ............ 88
5.4.2 Peu de crédits destinés à l’agriculture sur l’ensemble du réseau ..................... 89
5.4.3 Confrontation entre une approche statistique et les observations au sein des
foyers 89
5.4.3.1 Méthode de traitement de l’ensemble des crédits ........................................ 89
5.4.3.2 Analyse par genre......................................................................................... 89
5.4.3.3 Périodicité de la demande en crédits ............................................................ 91
5.4.3.3.1 Périodicité intra annuelle........................................................................ 91
5.4.3.3.2 Périodicité interannuelle......................................................................... 93
5.4.3.4 Etude de la répartition des crédits parmi les familles du village de Gory
Gopéla 94
5.5 Quels types de financements pour l’agriculture ? .................................................... 95
5.5.1 Les limites du crédit à court terme dans le cadre du financement des
exploitations agricoles familiales ..................................................................................... 95
5.5.1.1 Limites du crédit à court terme dans le cadre du financement de la traction
attelée 95
5.5.1.2 Limites du crédit à court terme dans le cadre du financement du maraîchage
97
5.5.1.2.1 Liens entre le maraîchage et la trésorerie générale ................................ 97
5.5.1.2.2 Quel type de prêt pour le financement de motopompes......................... 98
5.5.1.3 Bilan sur les limites du crédit à court terme................................................. 99
5.5.2 Des perspectives de crédits à moyen terme.................................................... 100
5.5.3 Nature des ressources issues de la migration et utilisation ............................ 100
5.5.4 Quelles potentialités pour des crédits à l’échelle collective ? ........................ 101
5.5.5 Des partenariats sont-ils envisageables ? ....................................................... 102
CONCLUSION ...................................................................................................................... 103
Bibliographie.......................................................................................................................... 105
Index des Figures ................................................................................................................... 108
Index des Tableaux................................................................................................................. 109
Sommaires détaillés................................................................................................................ 110
Table des Annexes ................................................................................................................. 114
ANNEXE 1 - Spécificités du modèle CVECA et de sa mise en place dans la région de Kayes
................................................................................................................................................ 115
ANNEXE 2 Guides d’entretiens ............................................................................................ 123
ANNEXE 3 : Climat de Kayes............................................................................................... 131
ANNEXE 4 : Calendriers culturaux. [Temps de travaux en Homme-Jours (hj)] ................. 132
ANNEXE 5 : Caractéristiques des principales cultures maraîchères..................................... 133
ANNEXE 6 : Caractéristiques des systèmes d’élevage ......................................................... 134
ANNEXE 7 – Modélisation de la trésorerie des familles ...................................................... 137
ANNEXE 8 – Analyse du produit, des dépenses et consommations des différents types
d’exploitations........................................................................................................................ 166
ANNEXE 11 – Analyse de la demande en petits et gros crédits sur la période 2002-2006 .. 171
ANNEXE 12 – Registre des impôts de Gory Gopéla ............................................................ 172

113
Table des Annexes

ANNEXE 1 : Spécificités du modèle CVECA.................................................................... 115


ANNEXE 2 : Guides d’entretiens ....................................................................................... 123
ANNEXE 3 : Climat de Kayes ............................................................................................ 131
ANNEXE 4 : Calendriers culturaux. [Temps de travaux en Homme-Jours (hj)] ........... 132
ANNEXE 5 : Caractéristiques des principales cultures maraîchères ............................. 133
ANNEXE 6 : Caractéristiques des systèmes d’élevage ..................................................... 134
ANNEXE 7 : Modélisation de la trésorerie des familles................................................... 137
ANNEXE 8 : Analyse du produit, des dépenses et consommations des différents types
d’exploitations....................................................................................................................... 166
ANNEXE 11 : Analyse de la demande en petits et gros crédits ...................................... 171
ANNEXE 12 : Registre des impôts de Gory Gopéla ......................................................... 172

114
ANNEXE 1 : Spécificités du modèle CVECA et de sa mise en place dans la
région de Kayes

1 LE RESEAU CVECA DE KAYES


Pendant les années 1980, à l’heure des premiers plans d’ajustements structurels, et dans
un contexte de désengagement progressif des états dans les mécanismes économiques,
certains pays en voie de développement ont vu naître les premières institutions de
microfinance visant à offrir des services financiers aux populations exclues du système
bancaire classique. Les divers caractéristiques de la microfinance (montants des crédits
généralement faibles, populations parfois peu accessibles, frais de gestion élevé, éventuels
refinancements par les banques classiques) convergent vers une pratique de taux de crédits
habituellement élevés, variant entre 20 et 30% par an. Les diverses expériences effectuées
dans le domaine de la microfinance ont démontré les capacités des emprunteurs à rembourser
de tels montants à court terme (sur des périodes généralement inférieures à un an), mais la
divergence des contextes dans lesquelles les IMF se sont implantées ont amené ces dernières à
développer une série de modèles et d’adaptations en vue de pérenniser leur fonctionnement.

1.1 LE MODELE CVECA


L’élaboration du « modèle » CVECA par le CIDR repose sur une analyse des limites du
modèle mutualiste classique. Ainsi, dans les réseaux mutualistes, la centralisation des
ressources financières et la constitution d’une structure fédérative pyramidale écartent
progressivement les membres de base de la maîtrise de la gestion et des orientations
stratégiques du système financier (CERISE, 2004).
L’implantation du modèle CVECA a commencé en 1986, au pays Dogon, dans la 5e
région du Mali. Ce modèle est le fruit d’une recherche du CIDR (Centre International de
Développement et de Recherche) qui cherchait à définir un modèle fortement décentralisé et
calqué sur l’organisation sociale villageoise. L’unité de base est donc la communauté
villageoise et l’ensemble des membres de la communauté peut y adhérer. Des représentants
des structures de gestion et de contrôle sont élus chaque année au cours d’assemblées
rassemblant tous les villageois. Les représentants sont formés au préalable par le service
d’appui technique ou SAT (le CAMIDE pour le réseau CVECA de Kayes). Des caissiers et
des contrôleurs, désignés parmi les villageois pour leurs compétences, seront chargés
d’assurer le fonctionnement de la caisse et les tâches techniques sous la responsabilité du
comité élu. Pour renforcer les capacités des villageois à gérer leur caisse, le Camide organise
diverses formations au moment de la mise en place des caisses puis tout au long de leur
évolution. Ces formations portent sur divers thèmes : le contrôle des supports de gestion,
l’analyse des crédits…
Le système de vérification de la concordance des registres avec l’état financier des
caisses repose sur un triple contrôle :
 de la part du contrôleur interne de la caisse à l’échelle villageoise,

115
 de la part d’un superviseur, désigné parmi les contrôleurs internes villageois les
plus compétents, chargé d’aller vérifier l’état de l’ensemble des caisses du
réseau,
 de la part du service d’appui technique qui effectue des contrôles réguliers dans
les caisses.
Les ressources des caisses reposent majoritairement sur l’épargne villageoise des
familles. L’accès au crédit n’est pas conditionné par une épargne préalable et les crédits sont
aussi bien orientés vers les dépenses sociales que vers les activités productives.
Le CIDR a accompagné le développement du réseau CVECA de Kayes et du CAMIDE
pendant leurs sept premières années d’existence (phase projet) avant de se retirer de la
fonction d’opérateur technique. Il joue le simple rôle de conseiller technique à présent.

1.2 SPECIFICITES DU RESEAU CVECA DE KAYES


Dans la mise en place des caisses villageoises, le CAMIDE a très rapidement pris
certaines libertés par rapport aux recommandations du CIDR. Le modèle développé jusque là
par le centre de développement français recommandait d’implanter les caisses dans des
villages n’excédant pas plus d’un millier d’habitants. C’est d’ailleurs dans des villages
répondant à ces critères de faible démographie que les caisses ont majoritairement été
implantées dans les autres réseaux de caisses CVECA du Mali. Jugeant que le CIDR, à travers
cette limite, sous-estimait l’étendue des réseaux sociaux des villages maliens, le CAMIDE a
fait le pari d’introduire des caisses dans des villages de plusieurs milliers d’habitants (parfois
jusqu’à 5 000). Cette orientation vers les gros villages, aux potentialités économiques souvent
plus importantes, peut toutefois se faire au détriment de l’appui de petits villages. Les caisses
ouvrent toutefois une partie de leur ligne de crédit aux villages environnant. Le volume de
crédit octroyé à l’extérieur du village est cependant plafonné afin de ne pas disséminer une
part trop importante des ressources de la caisse dans des zones où la pression sociale
villageoise ne fait plus effet.
Une des autres spécificités du réseau CVECA de Kayes est d’être implanté dans une
zone de forte migration. Là encore, cette dimension avait été quelque peu négligée par le
CIDR. Le fort degré de monétarisation des villages de migrant a permis de mobiliser une
ressource en épargne familiale importante, ce contexte de migration apparaît même comme
l’un des principaux facteurs d’autonomisation du réseau (alors que certains autres réseaux
CVECA du Mali puisent encore leur ressource auprès de financements de la BNDA).
Le réseau CVECA de Kayes, en comparaison aux autres réseaux CVECA Mali, a su
prendre certaines libertés concernant le cadre initial fixé par le CIDR et développer son
pouvoir d’initiative. Cela est très étroitement lié à l’histoire même des réseaux et de leurs
dirigeants. Les autres réseaux ont été longtemps conduits par des expatriés français venus
mettre en place le modèle CVECA, et les directeurs actuels sont des anciens animateurs de
ces réseaux. La démarche pour le réseau de Kayes a été tout autre puisque les actuels
dirigeants ont pris eux-mêmes l’initiative de trouver un modèle de microfinance qui soit
adapté au contexte de leur région. Ils ont demandé l’appui du CIDR tout en souhaitant garder
un degré de liberté sur la nature du système financier à mettre en place dans leur zone de
travail.

116
1.3 LES SPECIFICITES DU MODELE CVECA
Le modèle CVECA, dans la mesure où les acteurs du système sont les villageois eux-
mêmes, représente un modèle très particulier. En premier lieu, il convient de trouver parmi les
villageois des éléments capables d’occuper les responsabilités liées à la caisse. En ce qui
concerne les caissiers et les contrôleurs internes, il faut sélectionner les villageois dont le
niveau d’éducation permet de répondre aux exigences d’un tel poste. Par contre, toute
personne peut faire partie du comité, lettrés comme illettrés, les personnes désignées par le
village pour occuper ces postes étant généralement sélectionnées parmi les personnes
influentes du village. Cela représente à la fois un avantage et un inconvénient : d’une part ces
personnes appuient la crédibilité de la caisse et favorise l’adhésions des villageois, mais
d’autre part les hiérarchies sociales du village sont généralement conservées dans cette
organe, cristallisant les sphères décisionnelles déjà en place.
Le fait que les divers acteurs (emprunteurs, caissiers, membres du comité) se
connaissent mutuellement représente une autre grande spécificité du modèle CVECA. Cette
particularité induit elle aussi un certain nombre d’avantages et d’inconvénients. La bonne
connaissance des activités des uns et des autres permet aux membres du comité d’avoir une
vision fine sur l’utilisation potentielle des crédits par les villageois. De même, les villageois
sont bien placés pour évaluer par eux-mêmes les capacités de remboursement de leurs pairs.
Le revers d’un tel système est que les personnes chargées d’octroyer les crédits ne sont pas
neutres et peuvent favoriser l’accès aux crédits à leur proche, notamment lorsque l’enveloppe
de crédit est limitée. Le nombre élevé de membres du comité (censés représenter les
différentes communautés et ethnies) reste un des moyens d’éviter de faire prévaloir les
logiques familiales.
D’autre part, le fait d’avoir comme membre du comité un villageois qui lui-même peut
se retrouver emprunteur (comme cela est généralement le cas) crée une forte pression sur les
dirigeants de la caisse et l’équilibre de cette dernière. Une crise du remboursement peut
facilement se déclencher si les dirigeants viennent eux-mêmes à avoir des difficultés
régulières à rembourser leurs crédits. Les villageois, amenés à constater que même les
personnes les plus impliquées dans le fonctionnement de la caisse ne remboursent pas leurs
crédits, pourraient vite se résoudre à faire de même.
La gestion villageoise demande donc un suivi particulièrement rigoureux et des
procédures fermes afin d’éviter tous biais. Malgré cela, certaines manipulations liées au mode
de fonctionnement même des caisses villageoises persistent. A titre d’exemple, il a parfois été
constaté qu’un dirigeant de la caisse multipliait les crédits parallèles en associant ses divers
crédits aux noms de certains membres de sa famille, parfois sans même que ces derniers
soient au courant.

1.4 LES LIMITES DU BENEVOLAT


L’une des contraintes fortes du modèle CVECA, et qui reste l’objet de réflexions et de
remises en cause récurrentes, est le fait que l’activité des caisses repose exclusivement sur le
bénévolat. Cette situation présente de nombreux avantages : elle limite les frais de gestion et
garantie parfois une motivation forte des gens impliqués. Mais le temps consacré à la caisse
est généralement d’une ou deux journées de travail hebdomadaire pour les caissiers, d’une
réunion hebdomadaire pour les membres du comité, ainsi que des participation à divers
ateliers de formation et autres rencontres. Pour les caissiers et membres du comité qui
s’investissent dans le fonctionnement de la caisse, c’est autant de temps qui n’est pas utilisé

117
pour des activités plus productives. Les membres reçoivent généralement des indemnités et
les résultats de la caisse permettent également de couvrir les éventuels frais de déplacement
des membres. Toutefois, ces compensations restent assez minimes au regard des efforts
fournis, d’autant plus dans les caisses dont les résultats ne sont pas très élevés. Ce statut de
bénévole a d’ailleurs était la cause d’un certain nombre de départs parmi les membres de
quelques caisses.
Face aux appréhensions que soulève cette situation, le Camide a décidé de systématiser
le système d’indemnisations mensuelles pour certaines caisses, mais là encore cette avancé ne
s’adresse qu’aux caisses dont le volume d’activité est le plus élevé.
D’autres part, par rapport aux utilisateurs mêmes de la caisse, le fait que les caisses ne
soient ouvertes qu’une à deux fois par semaine peut représenter un frein à l’idée d’y déposer
son argent. Pour peu qu’un adhérent ne soit pas présent le jour d’ouverture, il peut se passer
deux semaines sans que ce dernier puisse accéder à son argent. Cela peut représenter une
contrainte face aux offres de services financiers des autres institutions de microfinance. Les
caisses de Kondo Jigima par exemple, dont les caissiers et gestionnaires sont salariés, ouvrent
la majeure partie des jours de la semaine. En ce sens, le bénévolat peut restreindre le volume
potentiel d’activité de la caisse.

2 L’ACTIVITE DE CREDIT DES CAISSES VILLAGEOISES


2.1 CALCUL DE L’ENVELOPPE DE CREDIT
Le montant total de la caisse ne peut être transformé en crédit puisqu’une partie de
l’argent est mobilisable à tout instant (les DAV) et que certains dépôts bloqués peuvent
arriver à terme pendant le courant du mois. Pour calculer l’enveloppe de crédit mensuel (EC),
c'est-à-dire le montant total que la caisse peut octroyer sous forme de crédit, le contrôleur
interne se charge d’effectuer le calcul suivant :
EC = (Montant de la caisse – DAV – DAT arrivant à terme pendant le mois +
remboursements de crédits prévus pendant le mois) x 75%
Les crédits qui arrivent à échéance peuvent quant à eux représenter une somme
potentiellement transformable en crédit, toutefois les risques de retard impliquent qu’un taux
prudentiel de transformation de 75% soit appliqué à l’ensemble de l’enveloppe.

2.2 CONDITIONNALITES DES CREDITS


2.2.1 Conditions d’accès au crédit :
L’accès au crédit n’est pas conditionné par un volume proportionnel d’épargne et même
si un effort d’épargne est essentiel pour constituer les ressources financières de la caisse, les
sociétaires n’ayant pas fait de dépôts peuvent tout de même accéder à un crédit.
Les taux d’intérêt du crédit et de l’épargne sont fixés par les caisses villageoises, mais
les services d’appui propose une fourchette de valeurs assurant la viabilité du service.
L’épargne est ordinairement rémunérée à un taux de 5% et les crédits et les crédits doivent
être remboursés avec un intérêt de 24% ou 25%.

118
Extrait du règlement d’une caisse du réseau :
 Tout adhérent peut solliciter un crédit, son acquisition est subordonnée à
l’approbation du comité de gestion.
 Tout octroi de crédit est cautionné par une garantie matérielle saisissable
(TROMA) à valeur juridiquement supérieure au capital et son intérêt (Xalisin
delle d’i tono).
 La garantie matérielle peut être surveillée par les membres du comité de gestion
avant échéance prévue.
 Le crédit peut être cautionné par un garant (gaddu), un groupe, ou une
association (caution solidaire) à travers leur dépôt sur engagement des
responsables.
 Les fonctionnaires, les saisonniers, les émigrants et les adhérents non résidents
dans le village doivent avoir un garant. Ce dernier doit présenter une garantie
acceptée par le comité de gestion.
 Tous les types de crédit sont acceptés (productifs et sociaux).
 La durée minimum du crédit est fixée à 6 mois.
 Le remboursement est unique à l’échéance. Le taux d’intérêt du crédit est fixé à
25 % l’an.
 La caisse ne peut dépasser 5% de l’encours de crédit à un seul membre.
 La caisse ne doit pas dépasser 20% de l’encours du crédit aux dirigeants de la
caisse.
 Le montant des crédits en retard ne doit pas dépasser 2% du montant total des
crédits.
 Les membres du comité de gestion et les caissiers contrôleurs internes ne
peuvent pas être garants d’un client.

2.2.2 Recouvrement des crédits :


Le comité de gestion est chargé du recouvrement des crédits.
A ce titre :
 Il fait un rappel aux débiteurs un mois à l’avance avant la date d’échéance du
crédit.
 Après l’échéance, il peut à tout moment saisir la garantie et procéder à sa vente
pour recouvrer son dû.
 Pour un crédit cautionné, le non remboursement à terme entraîne
automatiquement la saisie de la garantie du garant et sa vente.
 Pour les cautions de groupes ou d’associations : la caisse prélève son dû sur
leur dépôt ou autre garantie matérielle présentée.

119
 Les retards de payement seront pénalisés. Laissé au choix et l’appréciation des
membres du comité de gestion à condition que les clients soient informés dès le
jour de l’octroi.

2.3 LIEN ENTRE EPARGNE ET CREDIT


Pour que la caisse soit viable, c'est-à-dire qu’elle parvienne à rémunérer l’épargne de
ses déposants à hauteur de 5% tout en parvenant à dégager un résultat permettant de couvrir
ses charges (achat des supports de gestion, prise en charge des frais de déplacement des
membres, paiement des cotisations auprès des associations de caisses, paiement des
prestations du Camide…).
Dans des caisses parfois en surliquidité comme celles que l’on peut trouver dans les
villages de migrants, la mise en place de crédit adapté apparaît comme un enjeu majeur. Si
l’épargne n’est pas transformée en crédit dans certaines proportions, elle peut devenir un coût
pour la structure.

Transformation de Epargne Crédits + Gains sur


Epargne Crédit
l’épargne en crédit + 5% intérêts (25%) l'épargne
100% 200 000 210 000 200 000 250 000 +20%
75% 200 000 210 000 150 000 187 500 +14%
50% 200 000 210 000 100 000 125 000 +8%
20% 200 000 210 000 40 000 50 000 0%
10% 200 000 210 000 20 000 25 000 -3%

Le tableau précédent permet d’observer le gain effectué sur l’épargne en fonction du


taux de transformation de l’épargne en crédit. On peut voir que les crédits rémunèrent
l’épargne pour un taux de transformation de 20%. En dessous de ce seuil, l’épargne représente
une charge pour la caisse. Toutefois, afin de pouvoir à la fois rémunéré l’épargne et couvrir
les charges de la caisse, il est nécessaire d’atteindre des taux de transformation plus élevé. Les
éventuels gains sur l’épargne pourront également être transformés en crédits.

3 PERSPECTIVES D’EVOLUTION DU RESEAU CVECA DE


KAYES
3.1 PERSPECTIVES DE L’ASAT
Les différents directeurs des services d’appui technique des différents réseaux CVECA
ont décidé depuis 2005 de se regrouper en association, l’ASAT (Association des Services
d’Appui Technique), afin de joindre leurs efforts pour le développement des réseaux CVECA.
Cette association est encore aujourd’hui a l’état d’embryon et la difficulté pour les différents
membres à pouvoir se rencontrer fréquemment rend la mise en œuvre fastidieuse. Toutefois,
un certains nombres d’objectifs ont été émis à l’issu des différentes réunions. Il a notamment
été jugé que la dynamisation de l’ASAT passerait par la création d’un siège sociale à Bamako
visant à améliorer la représentativité et la visibilité de l’association, ainsi qu’à favoriser la
communication entre les différents réseaux CVECA.

120
La mise en commun des réseaux pourrait permettre de faciliter la recherche de
partenaires (techniques ou financier) et de développer une réflexion commune autour de
l’évolution du modèle CVECA.

3.2 CREATION D’UNE CAISSE CENTRALE DANS LE CENTRE URBAIN DE KAYES


En fin de chaque exercice, une partie des résultats nets des caisses villageoises est
déposée auprès d’un compte de la BNDA et peut-être mobilisée pour un éventuel
refinancement. L’idée de la mise en place d’une caisse centrale repose sur le constat que
l’ensemble de ces fonds déposés au niveau de la BNDA en fin d’année par les caisses
villageoises représente un volume suffisant pour satisfaire les demandes de refinancement du
réseau. Il s’agit à présent de définir des règles de gestion et de créer un cadre de garantie
adapté afin de sécuriser le fonctionnement d’une telle caisse.
Cette caisse, telle qu’elle est envisagée actuellement, prendra la forme d’une caisse
urbaine situé au centre de Kayes, regroupant les fonds des divers programmes du Camide sur
certains comptes. Elle proposera également des crédits aux populations urbaines tout en
hébergeant les comptes des différentes caisses villageoises. Elle permettra de mener certaines
opérations de transferts de fond d’une caisse villageoise en surliquidité à une autre caisse
nécessitant un refinancement. Un tel projet de transferts de fonds représentent de nombreux
risques, le CIDR à d’ailleurs toujours conseillé aux SAT d'éviter ce genre de processus afin
d’échapper à un éventuel risque de propagation d’une crise financière au sein du réseau de
caisses. Les avantages d’un tel système amène toutefois le Camide à vouloir esquiver ce
conseil en mettant en place un certains nombres de garde-fous visant à maximiser la sécurité
de telles opérations.
Effectivement, si de l’argent est transféré d’une caisse à une autre, il s’agira très
concrètement d’une partie de l’épargne de certaines caisses villageoises, qui vise à être
rémunérée. Il conviendra donc de ne pas prélever trop d’argent afin de ne pas porter préjudice
à la caisse d’origine du transfert, et de veiller à ce que la caisse bénéficiaire rembourse
l’argent emprunté avec un taux d’intérêt suffisant pour rémunérer l’épargne de la caisse
auprès de laquelle elle emprunte. Pour sécuriser ces transferts, il est prévu que les associations
elles-mêmes (Jamanu et Jombugu) constituent un fond de garantie qui leur permette de se
porter garante sur toutes ces opérations à l’échelle de toutes les caisses de l’association. Ainsi,
si une caisse venait à rencontrer des difficultés à rembourser l’argent emprunté, l’association
viendrait en dernier recours rétablir l’équilibre financier.

3.3 LES TRANSFERTS DES MIGRANTS


la nécessité de mettre en place un système de transferts de fonds qui permettrait de faire
parvenir les sommes envoyées directement au village. Nous allons donc présenter dans cette
partie les procédures à mettre en place pour la création d’un tel produit ainsi que les effets
attendus au niveau des caisses, de l’ensemble du réseau ainsi que pour le Service d’Appui
Technique, le CAMIDE.
Les objectifs techniques à atteindre pour le système de transferts prochainement en
place sont les suivants (Keïta et Ourabah, 2007) :
 Service en 24h maximum
 Livraison des remises à la CVECA du village le plus proche
 Accessibilité aux migrants non bancarisés de la région parisienne

121
 Facilité d’utilisation permettant d’éviter des pertes de temps pour les migrants.
 Veiller à un coût le plus faible possible.
 Transferts vers différents bénéficiaires ou affectations à des comptes dans les
CVECA (DAT, DAV, Remboursements, autres produits)
 Sécuriser l’ensemble (traçabilité, lutte contre le blanchiment,
prévention/détection de fraudes et vols).
 Fournir l’information au bénéficiaire dans les minutes qui suivent le dépôt, par
l’envoi d’un SMS.
 Améliorer l’efficacité des back-offices (d’où la réduction des coûts) par :
o Saisie directe des transactions au guichet
o Envoi automatisé au CAMIDE d’un listing des états par CVECA sous
24H
o Crédit en compte BNDA Kayes sous 24H
o Fonds d’avance de trésorerie de 1 jour
o Réduction sensible des tâches BNDA
 Fournir des avis de réception aux intéressés dès que les fonds sont retirés.
 Prévoir une solution quand le bénéficiaire ne dispose pas de téléphone (ou pas
de réseau).

3.4 POSSIBILITE DE CREDITS A MOYEN TERME


Les projections d’Alou Keïta et d’Adel Ourabah font état d’une augmentation de 220%
du volume globale de crédit entre 2006 et 2011 suite à la mise en place du système de
transfert de migrant (le volume passant de 448 000 000 Fcfa en 2006 à 1 442 241 420 Fcfa en
2011). Les services d’épargne proposés avec le transfert ainsi que l’épargne mobilisée au sein
de la caisse centrale permettraient de cumuler un volume important de ressources à moyen
terme à partir desquelles des crédits à moyen terme pourraient être octroyés.

122
ANNEXE 2

Guides d’entretiens

A – Histoire du village

Premières familles installées, évolutions du village


Organisation du village
Evolution de la mise en valeur agricole, partage des terres
Repérer les dates charnières dans le village
(dont premières migrations saisonnières et premières migrations internationales)
Evolution des infrastructures du village (banques de céréales, magasins coopératifs, énergie,
dispensaires…) et origines des financements

B – Caractérisation de la caisse villageoise

Certaines informations seront déterminées à partir du journal de la caisse et du registre de


crédits où auront été calculées au niveau du CAMIDE, il s’agira de les commenter avec les
membres du comité

Date de mise en place


Membres du comité, caissiers et contrôleur interne (sur quels critères ont-il été retenus)

Caractéristiques du village justifiant la mise en place de la caisse ?


Y a-t-il eu des renouvellements des membres ?
Le règlement intérieur est-il respecté ?
Quelles sont les causes de non remboursements des crédits ?
Quels sont les objets des crédits ? (à confronter avec les données du registre de crédit)
Quels sont les profils des demandeurs de crédits ?
Quelles garanties sont utilisées ? (à confronter avec les données du registre de crédit)
Détail des pratiques d’analyse des crédits, procédures de décision pour l’octroie des crédits
Comment est effectué le calcul de l’enveloppe de crédit ?

Quels problèmes ont été rencontrés dans l’histoire de la caisse ? (crises, etc.)
Comment la caisse est-elle perçue au sein du village ?

Chiffres et résultats à commenter avec les membres des comités/caissiers :

Taux de pénétration et évolution


Volume d’activité (dépôts, crédits, encours moyen…)
Crédits octroyés (montants moyens, fréquences, …)
Part des crédits accordés aux dirigeants du comités/de la caisse
Taux de remboursements des crédits (crédits en retard, crédits en souffrance, pertes…)
Part des dépôts/crédits des migrants
Part des dépôts/crédits des femmes
Part des dépôts/crédits des villages voisins

123
C – Organisation de la concession

1 – Entretien avec le chef de concession

• Caractérisation du foyer

Nom et prénom :
Ethnie :
Age :
Nombre d’épouses :
Nombre d’enfants :

Déterminer tous les membres/ménages résidents dans la concession et leurs liens de parenté
(Caractériser les responsabilités du chef de concession sur eux)
Y a-t-il des migrants ? Combien ? Liens de parenté ?
Brève histoire de la concession (des ménages se sont-il détachés de la concession ?)

Organisation de la consommation :
Les repas sont-ils pris en commun ?
Si oui, le « grenier » alimentaire est-il commun ?
Si plusieurs greniers : déterminer les différents responsables

• Organisation de l’exploitation familiale

Les différentes terres de l’exploitation (et origine)


Surface totale
Parcellaire et statuts fonciers/modes de faire-valoir

Pour chaque production : surface, type de sols, saison d’activité (les calendriers seront
détaillés dans une seconde phase d’enquête) et destination (vendu, autoconsommé…)

Elevages : type d’élevage, description du troupeau (race, effectif…)


(le calendrier sera caractérisé dans une seconde phase d’enquête également)

• Organisation du travail dans les champs :

Qui travail et dans quels champs ? Pour quels opérations ?


Faites-vous appel à de la main d’œuvre extérieure ?
Comment sont prises les décisions pour la mise en culture des champs ?

• Histoire et trajectoire de l’exploitation

Quels étaient les culture en place auparavant, quelles ont été les évolutions et pourquoi ?
Comment s’organise le partage des terres entre les membres de la concession lors des
héritages ?

124
2 - Entretiens avec les dépendants

Nom et prénom :
Lien de parenté :
Age :
Formation reçue :
Situation matrimoniale :
Nombre d’épouses :

• Champs personnels et organisation du travail

Sur quels champs travaillent-ils spécifiquement ? Comment vous ont-ils été attribués ?
Comment décidez-vous des mises en culture ?
Quelle est la destination des cultures (autoconsommées, vendues…) ?
Quel matériel utilisez-vous ?
Comment faites-vous l’acquisition des semences ?
Avez-vous des animaux d’élevages ?

3 - Entretiens avec les femmes

Nom :
Lien de parenté :
Age :
Formation reçue :
Situation matrimoniale :
Nombre d’enfants :

Quelles sont vos obligations dans la concession ? Dans l’exploitation ?


Comment s’organise la préparation des repas ?

• Champs personnels et organisation du travail

Sur quels champs travaillent-ils spécifiquement ? Comment vous sont-ils attribués ?


Comment décidez-vous des mises en culture ?
Quelle est la destination des cultures (autoconsommées, vendues…) ?
Quel matériel utilisez-vous ?
Comment faites-vous l’acquisition des semences ?
Avez-vous des animaux d’élevages ?

125
D – Organisation du budget [Approche par la consommation] :

1 – Entretien avec le chef de concession

a - Consommation alimentaire

Consommation mensuelle en différents produits ? Variation de l’alimentation en fonction des


périodes de l’année.
Pour chaque denrée alimentaire :
- définir l’origine : de quelle parcelle vient-elle ?
- Si elle été achetée, avec quelles ressources :

• Les ressources proviennent d’une activité extra agricole :


[Entretien avec le responsable de l’activité]

Quels sont les investissements nécessaires ?


(+ Déterminer le fond de roulement nécessaire pour démarrer l’activité)
Quelles ressources ont été utilisées pour mettre en place cette activité ? Recours à un crédit ?
Déterminer le calendrier de l’activité/aménagement du temps avec les autres activités
Déterminer les Charges/Recettes
Quelles sont les perspectives de développement de l’activité ?

• Les ressources proviennent de la migration :

Quand le migrant est-il parti ? Pour quelles raisons ?


Comment ont été rassemblées les ressources pour son départ ?
Quel montant a-t-il fallu rassembler ?
Quelles sont les activités du migrant en France (ou ailleurs) ?
Quelle est sa contribution au foyer ?
Prendre le contact du/des migrant(s) en France pour éventuellement le(s) rencontrer pendant la phase d’enquête d’octobre.

b - Dépenses courantes (hors alimentation)

Quelles sont les dépenses courantes (habits, santé, frais de scolarisation…) ?


Quand ont-elles lieu ? Origine des ressources (activités, migration…) ?
Qui les prend en charge ?

c - Inventaire des équipements/investissements et bâtiments :

Pour chaque investissement :


Quand a eu lieu la dépense ? Qu’est-ce qui justifiait un tel investissement ?
Origine des ressources (activités, migration…)
Quels sont les investissements prévus et pour quelle raison ? Avec quelles ressources ?

d – dépenses spécifiques

Déterminer les dépenses spécifiques (mariages, baptêmes, etc…)


Evaluer le montant de tels évènements (ressources en nature + ressources monétaires)
Quel est l’origine (ou les origines) des ressources ?

126
2 - Entretiens avec les dépendants
ou avec les femmes

Quelles dépenses sont sous votre responsabilité ?


Devez-vous vous reporter à un aîné pour toutes vos décisions concernant les dépenses ?
Pour chaque type de dépenses, quelles sont les ressources utilisées :

• Si les ressources vous sont attribuées par le chef de famille

Quelle est la nature des ressources concédées par le chef de famille (montants, fréquence,
objets des dépenses…)

• Si les ressources sont issues d’une activité propre

- Une activité agricole : période de travail et de vente


(les calendriers détaillés, charges et recettes seront déterminés dans une seconde phase
d’entretien)

- Une activité extra-agricole :

Quels sont les investissements nécessaires ?


(+ Déterminer le fond de roulement nécessaire pour démarrer l’activité)
Quelles ressources ont été utilisées pour mettre en place cette activité ? Recours à un crédit ?
Déterminer le calendrier de l’activité/aménagement du temps avec les autres activités
Déterminer les Charges/Recettes
Quelles sont les perspectives de développement de l’activité ?

• Si les ressources proviennent d’un migrant

Avec quelle fréquence vous fait-il parvenir de l’argent ? Pour quelles dépenses ?
Lui faites vous des requêtes propres ?

127
E - Utilisation de la caisse villageoise

Entretien avec le chef de concession /


les dépendants / les femmes

a - Pour les adhérents à la caisse


Utilisation du crédit
Combien de crédits avez-vous contractés ?
Comment sont gérées les décisions au sein de la famille avant de prendre un crédit ?
Quel était l’objet du crédit ? A quelle période de l’année a-t-il été contracté ?

• S’il s’agissait d’un crédit pour un besoin ponctuel :

Comment seriez-vous subvenu à ce besoin sans la caisse ?


Faites-vous souvent appel à la caisse pour couvrir ce type de besoin ?
Comment avez-vous remboursé le crédit ?

• Si le crédit a été utilisé pour financer une activité :

Si la caisse n’avait pas été là, y avait-il d’autres alternatives pour financer cette activité ?
L’activité a-t-elle permis de réaliser un bénéfice ?
Comment ce bénéfice a-t-il été utilisé ?
Comment avez-vous remboursé le crédit ?

Comportement d’épargne

Utilisez-vous les différents produits d’épargne de la caisse ?


Dans quel but ?
Utilisez-vous d’autres formes d’épargne que la caisse ?
Sur quelles ressources comptez-vous pour des frais inhabituelles/imprévus ?

b - Pour les non-adhérents

Quelles sont les raisons pour lesquelles vous n’adhérez pas à la caisse ?
Les commerçants vous proposent-ils des crédits ou des paiements échelonnés ?
Empruntez-vous de l’argent auprès d’autres villageois ?
Quelles sont les modalités de remboursement ?

128
F – Caractérisation des activités agricoles

a - Pour les cultures :

Sur quelles terres/terrains pratique-t-on cette culture ?


Quelles sont les règles de succession des cultures ?
Est-il toujours possible de suivre ces règles ?

Pour chaque opération culturale :

- Dates (dates limites et pourquoi, contraintes des autres cultures…)


- Temps de travaux, main d’œuvre nécessaire
- Les charges

Comment sont soulagées les pointes de travail ?


Comment les charges sont-elles financées ?
Comment la fertilité du champ est-elle restituée ?

Destination des cultures : autoconsommation, animaux, vente…

• Si la culture est autoconsommée : quel est le mode de stockage ? A quelle période


est-elle consommée ? Comment est-elle consommée ? Quelle est la variabilité des
performances ?

• Si la culture est destinée aux animaux d’élevage : quel est le mode de stockage? A
quel période est-elle distribuée aux animaux ?

• Si la culture est vendue : Quel proportion de la culture est vendue ? Par quel circuit
de commercialisation ? A quel période ? Quelles sont les variations intra et inter
annuelles des prix ? Quelle stratégie adoptez-vous pour vendre au meilleur prix ?

b – Pour les élevages :

Déterminer le mode de conduite du troupeau


Comment est assurée la reproduction du troupeau
Y a-t-il beaucoup de pertes ?
Comment est assuré l’alimentation à travers l’année
Déterminer les charges

Quelle est la dynamique du troupeau ? (Quels sont les facteurs qui régulent la
capitalisation/décapitalisation)

Destination des animaux :

• Si les animaux sont autoconsommés : A quelle période/occasion sont-il


consommés ?

• Si les animaux sont vendus : Quel proportion de la culture est vendue ? Par quel
circuit de commercialisation ? A quel période ? Quelles sont les variations intra et
inter annuelles des prix ? Quelle stratégie adoptez-vous pour vendre au meilleur prix ?

129
c. Pour le maraîchage

Quelles sont les différentes productions ?


Sur quels terrains sont implantées les cultures ?
Quelles sont les règles de succession des cultures ? Pour quelles raisons agronomiques ?
Est-il toujours possible de suivre ces règles ?

Comment se fait le choix des cultures, selon ces différents critères :

- accessibilité des semences


- superficie disponible
- main d’œuvre disponible
- habitude agricole
- débouchés potentiels (connaissance du marché et des clients…)

Pour chaque opération culturale (dont mise en pépinière) :

- Dates (dates limites et pourquoi, contraintes des autres cultures…)


- Temps de travaux, main d’œuvre nécessaire
- Les charges

Comment sont soulagées les pointes de travail ?


Comment les charges sont-elles financées ?
Comment la fertilité du champ est-elle restituée ?

Pour chaque production :

- Dans quelle proportion la culture est-elle autoconsommée ?


- Quelles sont les contraintes/risques de chaque culture (pression parasitaire, sensibilité au
stress hydrique, spécificités des charges…) ?
- Caractériser la demande (dans le temps et dans l’espace)

Pour l’ensemble des productions :

- Observer le niveau de complémentarité des cultures sur la trésorerie (cultures de cycle


associées à des cultures de cycle court, etc…)

130
ANNEXE 3 : Climat de Kayes

L’année se découpe en trois saisons : la saison sèche froide, de novembre à février, la


saison sèche chaude, de mars à mai et la saison des pluies de juin à octobre (l’essentiel des
pluies est concentré sur les mois de juillet, août et septembre).

Des relevés de pluviométrie s’étalant de 1940 à nos jours ont permis de mettre en
évidence la baisse tendancielle des pluies à travers le siècle : le volume annuel des
précipitations et le nombre de jours de pluie tendent à diminuer.

Pluviométrie annuelle et nombre de jours de pluie

900,0 80,0
816,6
781,9
800,0 70,0
674,1 698,6
Nombre de jours de pluie

700,0
Précipitations (en mm)

605,9 624,6 60,0


591,6 569,6
600,0
50,0
500,0 Total
40,0
400,0 Nbre de jours de pluie
30,0
300,0

200,0 20,0

100,0 10,0

0,0 0,0
Moyenne Moyenne Moyenne Moyenne Moyenne Moyenne Moyenne Moyenne
(1940- 1941-50 1951-60 1961-70 1971-80 1981-90 1991- 2001-
2006) 2000 2006
Période

131
ANNEXE 4 : Calendriers culturaux. [Temps de travaux en Homme-Jours (hj)]

132
ANNEXE 5 : Caractéristiques des principales cultures maraîchères

La culture de patates douces : il s’agit de la culture maraîchère la plus extensive, elle


est relativement peu exigeante en eau et en travail. La patate douce est généralement cultivée
dans le lit mineur du fleuve, d’octobre à janvier, profitant de l’humidité des sols suite à
l’hivernage. Certains agriculteurs implanteront des cultures plus exigeantes en travail mais
plus rémunératrices pendant cette période, cela dépendra de leur calendrier, d’autant plus que
cette culture coïncide avec celle de la pastèque. Cette culture ne demande aucun traitement,
les charges se limitent à l’achat des pieds.
La tomate : cette culture suit un cycle de trois mois et peut être cultivée pendant la
saison froide (d’octobre à décembre) comme pendant la saison chaude (de janvier à mars).
Toutefois, la relative sensibilité des pieds de tomate aux maladies et parasites impliquera de
plus nombreux traitement en saison chaude. Les pieds sont sarclés chaque semaine, l’arrosage
est quotidien et représente la plus forte charge en travail lorsqu’il est manuel. Les prix de
vente des tomates sont généralement intéressants, mais affichent de très fortes variations (de
2 500 à 5 000 Fcfa la bassine).
Le concombre : le concombre suit un cycle de 45 jours et n’est cultivé qu’en période
chaude, sauf pendant les mois d’avril et mai où les températures sont trop élevées
(généralement de janvier à fin mars ou de fin juin à septembre).
Le gombo : il est envisageable de mettre du gombo en culture toute l’année (voir
calendrier), toutefois les maraîchers évitent généralement d’en mettre en trop grande quantité
dans leur parcelle pendant la période qui suit l’hivernage puisqu’il deviendrait difficile
d’écouler la production (en effet, pendant cette période la majeure partie des familles sont
autosuffisantes en gombo). Il devient plus intéressant de mettre en culture du gombo en
janvier, productif à partir de février jusqu’en avril (tant qu’il est arrosé selon ses besoins), au
moment où la demande en gombo est plus forte.
L’oignon : La demande en oignons est généralement élevée puisque qu’ils sont très
utilisés comme condiments dans de multiples sauces. L’oignon présente l’avantage de pouvoir
se conserver beaucoup plus longtemps que la plupart des productions maraîchères. Certains le
conservent à l’abri en attendant que son prix augmente.
Le piment : Les pieds de piment sont généralement planté a partir d’octobre et rentrent
en production trois mois après. La production peut-être maintenue tant que les pieds sont
arrosés jusqu’à la saison chaude. Cette production est particulièrement rentable.
Charges et produit des cultures :
sans motopompe pour avec motopompe pour
10 casiers de 3x2m 4 casiers de 5x4m
Charges Produit Charges Produit
oignon (1 cycle de 3 mois) 4 200 50 000 11 000 70 000
gombo (1 cycle de 2 à 3 mois) 1 200 40 000 6 500 60 000
concombre (1 cycle de 3 mois) 3 000 52 000 9 500 75 000
patate douce (1 cycle de 3 mois) 2 000 35 000 7 500 45 000
tomate (1 cycle de 3 mois) 2 400 110 000 8 500 120 000
piment (1 cycle de 6 mois) 4 000 120 000 10 000 150 000

133
ANNEXE 6 : Caractéristiques des systèmes d’élevage

Système d’élevage 1, SE1 : Bœufs de labour


Système d’élevage 2, SE2 : Elevage Bovin
Système d’élevage 3, SE3 : Elevage Asin
Système d’élevage 4, SE4 : Elevage Ovins-Caprins

Calcul des performances zootechnique et économique du système d’élevage 2 (SE2)

Indicateurs zootechniques

Soins vétérinaires : vaccination


Alimentation : pâturage et parcours, compléments (graines et résidus de cotons) en période de
faibles ressources fourragères (du mois de mars au mois de juin, parfois jusqu’en juillet).
Reproduction : 1 veau tous les 1,25 à 1,5 ans pour les vaches de 4 à 12 ans :
Nombre de mise bas par an : 0,7
Nombre de veaux par mise bas : 1

Taux de mortalité avant sevrage : 0,2


Taux de mortalité/vols/pertes chez les adultes : 0,1

Productivité numérique post-sevrage : 0,7 x 1 x (1-0,2) = 0,56


Productivité numérique à la vente : 0,56 x 0,9 = 0,5

Calcul du produit brut par vache sur 8 ans

Les génisses sont mises à la reproduction à l’âge de 4 ans et continuent leur carrière jusqu’à
l’âge de 12 ans.
Prix d’une génisse à 4 ans : 80 000 Fcfa
Prix d’une vache à 12 ans (âge de la réforme) : 110 000 Fcfa

Les femelles sont conservés dans le troupeau pour être mise à la reproduction et ne seront
vendu qu’en cas d’extrême nécessité tandis que les mâles sont vendus vers l’âge de 8 ans (et
un peu plus jeunes en cas de besoin immédiat).
Prix de vente des mâles à 8 ans = 175 000 Fcfa

Données générales sur la production de lait :


Production par vache et par jour : D’août à septembre : 2L/jour
D’octobre à février : 1L/jour
De mars à juin : pas de production
Pendant le mois de juillet : 1L par jour
On peut considérer que 2/3 des vaches mettent bas entre juin et septembre, et 1/3
mettent bas pendant le reste de l’année. Durée de lactation : 8 mois.
Production annuelle moyenne de lait par vache : 140 L / vache

Produit brut par vache sur 8 ans :


Achat vache de 4 ans : -80 000
Vente vache de réforme : 110 000
Vente des jeunes mâles à 8 ans :

134
Productivité numérique à la vente x taux de mâles x 8 ans x prix des mâles à la vente
0,5 x 0,5 x 8 x 175 000 = 350 000 Fcfa
Production de jeunes mères :
0,5 x 0,5 x 8 x 80 000 = 160 000 Fcfa

PB sur 8 ans (hors lait) = coût de la vache (prix de vente – prix d’achat) + produits
= 30 000 + 350 000 + 160 000
= 540 000 Fcfa
PB an (hors production laitière) = 67 500 Fcfa par vache reproductrice
PB total (production laitière + production de jeunes) = 67 500 + 140 x 200
= 95 500

Calcul des consommations intermédiaires

Consommations intermédiaires par vache sur 8 ans


Le prix en alimentation pour une vache et sa suite a été évalué à 192 000 Fcfa
Le prix des soins vétérinaires pour une vache et sa suite : 60 000 Fcfa
Consommation intermédiaire pour une vache et sa suite sur 8 ans : 252 000 Fcfa
CI par an et par vache reproductrice : 31 500 Fcfa

Calcul des performances zootechnique et économique du système d’élevage 4 (SE4)

Informations zootechniques générales sur les ovins et caprins

Ovins Caprins
Durée de gestation 6 mois 6 mois
Nombre de mise bas par an 1,8 1,8
Nombre de petits par mise bas 1,2 1,5
Taux de mortalité des jeunes 0,3 0,3
Taux de mortalité des adultes 0,1 0,1
Productivité numérique post sevrage 1,5 1,9
Productivité numérique à la vente 1,4 1,7
Age à la reproduction 1 an 1 an
Age à la réforme 6 ans 5 ans
Prix d’une femelle reproductrice 20 000 Fcfa 12 500 Fcfa
Prix d’une femelle de réforme 30 000 Fcfa 20 000 Fcfa
Prix de vente moyen des jeunes 30 000 Fcfa 18 000 Fcfa

Calcul du produit brut des ovins sur 5 ans

Achat d’une reproductrice : -20 000 Fcfa


Vente d’une brebis de réforme : 30 000 Fcfa
Vente de jeunes :
Productivité numérique à la vente x 5 ans x prix de vente des jeunes
1,4 x 5 x 30 000 = 210 000 Fcfa

135
PB sur 5 ans = coût de la brebis + produits
= 220 000 Fcfa
PB annuel par brebis = 44 000 Fcfa

Calcul du produit brut des caprins sur 4 ans

Achat d’une reproductrice : -12 500 Fcfa


Vente d’une chèvre de réforme : 20 000 Fcfa
Vente de jeunes :
Productivité numérique à la vente x 4 ans x prix de vente des jeunes
1,7 x 4 x 18 000 = 122 400 Fcfa

PB sur 4 ans = coût de la chèvre + produits


= 129 900 Fcfa
PB annuel par brebis = 32 500 Fcfa

PB annuel moyen pour l’élevage ovins-caprins : 38 000 Fcfa par an et par reproductrice

Calcul des consommations intermédiaires

Les consommations intermédiaires de ces élevages se limitent aux soins vétérinaires (en
générale 1 000 Fcfa par animal en début d’hivernage).
Généralement, aucune alimentation n’est acheté, mise à part quelques résidus de cotons
juste avant l’hivernage certaines années.
Parmi les ovins, l’espèce Bal Bal demande beaucoup plus d’entretiens (plus de charges
en alimentation et plus de soins) pour des prix de vente plus élevés. Mais cette espèce est
rarement élevée en grand nombre (on trouvera parfois un ou deux ovins d’espèce Bal Bal
dans les concessions). Par contre, de nombreux ovins résultent du croisement de cette espèce
avec les moutons maures.

136
ANNEXE 7 : Modélisation de la trésorerie des familles

Type I – Année pluvieuse


Type I – Année sèche
Type II – Année pluvieuse
Type II – Année sèche
Type III – Année pluvieuse
Type III – Année sèche
Type IV – Année pluvieuse
Type IV – Année sèche

Type I’ – Année pluvieuse


Type I’ – Année sèche
Type II’ – Année pluvieuse
Type II’ – Année sèche
Type III’ – Année pluvieuse
Type III’ – Année sèche

137
138
139
140
141
142
143
144
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146
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150
151
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156
157
158
159
160
161
162
163
164
165
ANNEXE 8 : Analyse du produit, des dépenses et consommations des différents types d’exploitations

negl. = négligeable

166
167
ANNEXE 9 : Présentation des caisses des villages étudiés
indicateurs du CAMIDE Gory Gopela Goumera
Dar Salam
Same
au 31/12/2006 Plantation

Durée fonctionnement caisse


(mois) 78 54 54 66
Adhésions
Population adulte des villages en
fin d'exercice estimée 1 057 1 500 950 600
Nombre d'adhérents en fin
d'exercice 833 542 316 354
dont hommes 481 374 167 67
dont femmes 330 162 147 272
dont groupes 22 6 2 15
dont migrants 36 113 - -
Taux de pénétration prévisionnel 60% 40% 40% 50%
Taux de pénétration réalisé 69% 34% 30% 57%
Epargne
Cumul des dépôts pendant l'exercice 75 203 110 37 719 970 5 718 130 17 668 235

dont DAV 27 988 700 15 161 640 864 625 4 892 120
dont DAT 47 214 410 22 558 330 4 853 505 12 776 115
dont hommes 28 939 150 18 683 460 4 825 755 1 466 215
dont femmes 29 241 405 6 719 030 98 240 2 911 500
dont groupes 17 022 555 12 317 480 794 135 13 290 520
dont migrants 7 751 715 9 478 520 - -
Encours moyen des dépôts
pendant l'exercice 45 525 330 19 386 070 3 318 170 17 702 865
dont DAV 9 282 910 4 167 705 405 525 1 953 035
dont DAT 36 242 420 15 218 365 2 912 645 15 749 830
Nombre de déposants pendant
177 70 98 34
l'exercice
dont hommes 108 54 67 10
dont femmes 55 10 30 20
dont groupes 14 6 1 4
dont villages voisins 17 4 7 -
dont migrants 21 7 - -
% membres déposants 21% 13% 31% 10%
Montant moyen des DAT et PE 235 000 175 000 35 000 375 000
Crédits
Taux d'intérêt débiteur 25% 25% 25% 24%
Cumul des crédits de l'exercice 66 642 500 46 207 500 7 130 000 24 425 000
dont hommes 48 435 000 39 175 000 3 740 000 4 675 000
dont femmes 13 787 500 7 032 500 3 390 000 16 200 000
dont groupes 4 420 000 - - 3 550 000
dont villages voisins 9 895 000 2 860 000 575 000 -
dont migrants 1 200 000 4 995 000 - -
Encours moyen de crédits de
l'exercice 47 039 755 18 577 120 3 286 930 19 162 620
Nombre de crédits octroyés au
cours de l'exercice 402 278 262 78
dont hommes 261 203 134 18
dont femmes 136 75 128 54
dont groupes 5 - - 6
dont villages voisins 78 11 17 -
dont migrants 3 21 - -

168
Dar Salam
Gory Gopela Goumera Same
Plantation
Nombre de bénéficiaires de
crédit au cours de l'exercice 322 174 212 62
dont hommes 250 124 112 14
dont femmes 69 50 100 43
dont groupes 3 - - 5
dont villages voisins 62 6 14 -
dont migrants 3 14 - -
% membres bénéficiaires de
crédit 39% 32% 67% 18%
Cumul montants octroyés pour le
commerce 34 570 000 35 042 500 7 130 000 19 095 000
Cumul montants octroyés pour
l'agriculture 4 090 000 - - 130 000
Cumul montants octroyés pour
autres activités productives 100 000 - - 5 200 000
Cumul montants octroyés pour
dépenses sociales 27 882 500 11 165 000 - -
% montants octroyés pour le
commerce 52% 76% 100% 78%
% montants octroyés pour
l'agriculture 6% 0% 0% 1%
% montants octroyés pour autres
activités productives 0% 0% 0% 21%
% montants octroyés pour les
dépenses sociales 42% 24% 0% 0%
% des montants octroyés
villages voisins 15% 6% 8% 0%
Durée moyenne des crédits 7,0 5,0 5,0 10,0
Montant moyen des crédits de
l'exercice 166 000 166 000 27 000 313 000
Qualité du portefeuille
Encours des crédits en retard et
en souffrance 13 678 865 2 210 775 44 165 356 175
crédits en retard (0 à 3 mois) 8 488 835 2 210 775 44 165 326 265
crédits en souffrance
(3 à 6 mois) 3 708 750 - - 16 990
crédits en souffrance
(6 à 12 mois) 1 481 280 - - 12 920
Nombre de crédits en retard et
en souffrance 76 17 2 10
crédits en retard (0 à 3 mois) 43 17 2 6
crédits en souffrance
(3 à 6 mois) 18 - - 2
crédits en souffrance
(6 à 12 mois) 15 - - 2
Taux de dégradation du
portefeuille 11% 0% 0% 5%
Taux de remboursement à
l'échéance 37% 63% 33% 76%
Taux de remboursement à 3
mois 64% 94% 76% 92%
Taux de recouvrement du
portefeuille 73% 95% 99% 97%

169
ANNEXE 10 : Part des crédits agricoles dans les 6 caisses les plus impliquées dans le
financement du secteur agricole.

Gory Gopela 100 Marentoumania 60 Kouroukoula 50

%age %age %age


%age du montant %age du %age du
montant montant
nombre du volume moyen nombre du volume nombre du volume
moyen des moyen
de nombre de des de nombre de de nombre de
crédits des crédits
crédits de crédits crédits crédits de crédits crédits de crédits
(en Fcfa) (en Fcfa)
crédits de (en Fcfa) crédits de crédits de
l'année l'année l'année
Année
2002 4 1,2% 0,9% 92 500 6 3,6% 1,8% 14 167 3 4,5% 4,5% 63 333
2003 30 6,8% 3,6% 57 667 13 5,2% 3,5% 20 385 18 26,1% 22,7% 61 806
2004 35 8,0% 4,5% 77 071 43 13,8% 10,1% 28 605 11 18,6% 17,8% 86 591
2005 28 9,4% 4,9% 68 393 32 8,5% 4,2% 22 969 17 30,9% 30,4% 91 765
2006 43 10,7% 9,2% 143 023 21 5,8% 3,1% 31 190 1 2,1% 1,0% 40 000
Moyenne 28 7,3% 5,1% 91 875 23 7,8% 4,7% 25 826 10 16,8% 16,4% 77 100
Dar salam Peul 0 Bougoutinti 40 Samé 60
%age %age %age
%age du montant %age du %age du
montant montant
nombre du volume moyen nombre du volume nombre du volume
moyen des moyen
de nombre de des de nombre de de nombre de
crédits des crédits
crédits de crédits crédits crédits de crédits crédits de crédits
(en Fcfa) (en Fcfa)
crédits de (en Fcfa) crédits de crédits de
l'année l'année l'année
Année
2002 1 0,9% 0,7% 15 000 0 0,0% 0,0% x x x x x
2003 1 0,4% 0,4% 20 000 12 3,3% 1,7% 14 792 40 41,2% 23,0% 77 625
2004 30 14,4% 13,8% 22 667 15 3,6% 1,3% 14 833 13 21,0% 4,2% 40 769
2005 27 18,8% 16,6% 26 346 42 12,7% 4,9% 15 048 17 23,0% 11,0% 93 529
2006 22 16,7% 19,0% 38 295 1 0,2% 0,1% 25 000 18 23,1% 34,5% 467 778
Moyenne 16 9,5% 10,7% 28 031 14 3,8% 1,5% 15 100 22 28,3% 21,0% 155 057

170
ANNEXE 11 : Analyse de la demande en petits et gros crédits sur la période 2002-2006

171
ANNEXE 12 : Registre des impôts de Gory Gopéla

172
173
174