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AJ

FACULTÉ DES LETTRES


Département d'histoire
Programme d'histoire de l'art

LE CIMETIÈRE BELMONT: TÉMOIN D'UN ART ET D'UNE CULTURE


FUNERAIRES

THÉRÈSELABBÉ

Mémoire
présenté
pour l'obtention
du grade de maître ès arts (M.A.)

ÉCOLE DES GRADUÉS


UNIVERSITÉ LAVAL

NOVEMBRE 1993

© droits réservés 1993


À mon fils David qui m'a accompagnée tout au long

de mes dérives vers les lieux de la mort et ce, avant

même de naître, le 21 avril de l'année 1981.


ii
RÉSUMÉ

Le cimetière-jardin, né au milieu du XIXe siècle, témoigne de changements

dans les mentalités et d'une nouvelle sensibilité collective. A cette époque,


l'espace de la mort était relégué en dehors des limites de la ville. Souvent
interprétée comme une marginalisation des morts, cette mutation allait au
contraire engendrer un culte des tombeaux qui, à la limite, allait atteindre
l'hyperthrophie. Une nouvelle culture funéraire prenait assise. Elle s'étayait
dans un espace spécifique dont les limites n'offraient aucune contrainte à la
théâtralisation. Tout se passe alors comme si la cité des morts transposait les
normes et les codifications de la cité des vivants. Elle devient son double.

Notre modèle d'interprétation, le cimetière Belmont, nous a permis de cerner


l'évolution de ce paysage funéraire. Le panorama s'étale du cimetière
traditionnel au contemporain pour aboutir au mausolée communautaire
atteignant le degré zéro de l'art funèbre. Deux axes d'étude sous-tendent
cette recherche: l'objet funéraire et l'espace où il se dresse. Le premier, vu
comme une icône, se transforme en objet culturel, si étudié dans sa relation
avec l'autre. Un imaginaire collectif a pris forme et des incidences historiques,
culturelles et sociales s'y rattachent.

Trace de pierre
Écho de la mort
Fantasme de vie
Délivre-toi!
Ill
AVANT-PROPOS

Le présent mémoire est l'aboutissement d'une recherche entamée au niveau


du baccalauréat en histoire de l'art à l'hiver 1981. A cette époque, sous la

direction de M. Luc Noppen et en collaboration avec Mme Lise Nadeau, un


répertoire des monuments funéraires fut amorcé. Cette initiative devait
aboutir, en 1984, à l'obtention d'une subvention du ministère des Affaires
culturelles dans le cadre de son programme "Connaissance et animation du
patrimoine". Ce qui nous a permis de réaliser un inventaire photographique,
typologique et historique des pierres tombales consignées à partir de six

nécropoles de l'agglomération urbaine de Québec, en l'occurrence, les


cimetières Saint-Charles, Belmont, Mount Hermon, Saint-Patrick, Saint-Michel
et le cimetière des Juifs dénommé aussi The Beth Israël Cemetery.

Par la suite, une démarche personnelle nous a permis d'étendre la


prospection à l'ensemble des cimetières du Québec métropolitain, puis aux

centres urbains de Montréal et de Sherbrooke, à la région de la Beauce et


enfin à la zone du Québec riverain qui s'étale de La Malbaie à Trois-Rivières

et de Montmagny à Sainte-Croix de Lotbinière. Au terme de cette exploration


en région, notre choix s'est arrêté sur le cimetière Notre-Dame de Belmont de

Sainte-Foy qui devenait alors notre modèle d'interprétation.

Ce lieu s'avère particulièrement favorable à l'approfondissement de notre

problématique. Il offre, d'une part, un échantillonnage assez complet des

différents types de monuments funéraires, et d'autre part, les divers groupes

sociaux et principales collectivités y sont représentés. De surcroît, ce site

nous permet de bien cerner l'évolution du paysage funéraire à partir du milieu


IV

du XIXe siècle. C'est à cette époque qu'en remplacement du cimetière intra


muros, s'est instaurée dans la topographie suburbaine, la nécropole-jardin de

banlieue qui assez récemment s'est réintégrée à la trame urbaine.

Son histoire englobe le cimetière traditionnel et contemporain pour aboutir au

mausolée communautaire qui supprime à la fois l'espace cimitérial et le culte


des tombeaux. Si l'on excepte sa distanciation par rapport au cimetière rural

et aussi du point de vue de sa confessionnalité, il s'agit d'un cas-type où les

caractéristiques générales transcendent l'éventail des particularismes propres

à d'autres lieux. Nous avons choisi d'y mener une enquête fouillée
constamment alimentée de nos interrogations de nature historique, artistique,
sociologique et philosophique.
V

REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier en premier lieu mon directeur de mémoire, M. John R.


Porter, qui m'a soutenue dans ma démarche et qui m'a guidée au cours de

mes travaux de recherche et de rédaction tout en m'orientant dans le


resserrement de mon sujet, il convient aussi de signaler la participation de M.
André Donaldson, directeur de la Corporation du cimetière Notre-Dame de

Belmont, qui a fait preuve d'une grande disponibilité. Lui et son épouse ont
toujours manifesté une vive confiance en ce projet. Je les remercie et

souhaite que ce mémoire leur vienne comme une récompense.

Je dois redevance à une amie et collègue, madame Lise Nadeau, avec qui
j'ai débuté cette curieuse aventure et qui m'a encouragée à approfondir

l'étude du matériel consigné avec sa collaboration. Lors de nos errances


dans ces lieux de la vie et de la mort nous ont apporté leur collaboration les
surintendants des sites alors prospectés. J'éprouve de la gratitude à leur
égard ainsi qu'à l'endroit de messieurs Roger Delisle et René Delwaide de
Québec pour leurs informations au sujet de la fabrication des pierres tombales
et aussi pour l'intervention plus récente d'Octave Boies qui m'a prêté sa

collection de catalogues de monuments funéraires.

Je ne peux oublier non plus avec quel enthousiasme M. Vincent De Langlade,


auteur d'ouvrages sur le Père-Lachaise, nous a fait visiter privément, à

madame Nadeau et à moi-même, cette fascinante nécropole parisienne au

cours de l'été 1983. Merci aussi à M. Louis-Vincent Thomas, anthropologue


français, qui s'est empressé de me livrer son appréciation si motivante au

sujet de ma communication présentée lors du colloque interdisciplinaire sur


VI

les "Conceptions et pratiques de la mort" tenu dans le cadre du 58e congrès


de l'ACFAS à l'Université Laval, en 1990. A cet égard, je dois à M. Renaud
Santerre, anthropologue et gérontologue chevronné, de m'avoir permis de

présenter les résultats de mes explorations. Je lui sais gré aussi de m'avoir

suivie assidûment dans mes autres interventions. Ce sont autant de jalons


qui m'ont aidée à gravir ces sentiers encore à peine battus et de parvenir
enfin à l'aboutissement du projet.

Je me rappelle aussi mes échanges fructueux avec madame Lorraine Quay,

géographe: à la croisée de nos routes, nous avons pu tisser des liens d'amitié
et de complicité. Je n'oublie pas M. Elliott Moore qui, en pilotant le séminaire
de projet de thèse en 1986, sut communiquer à notre groupe la nécessité du
dépassement et de la rigueur intellectuelle. Non plus, M. Jean Du Berger,

ethnologue, qui a aimablement accepté de traduire les épitaphes en latin.

Enfin, mes remerciements s'adressent à mes proches pour leur

encouragement et leur intérêt soutenus ainsi qu'à tous ceux qui d'une
manière ou d'une autre, m'ont permis de mener à bien cette entreprise. Il me
reste à souhaiter que la lecture de ce mémoire suscite un intérêt pour le sujet
et que des recherches complémentaires mettent à profit le matériel rassemblé
ici. Mes efforts en seraient alors récompensés.
TABLE DES MATIÈRES

PAGE
DÉDICACE..................................................................................................... j

RÉSUMÉ..................................................................................................... ü

AVANT-PROPOS........................................................................................... jjj

REMERCIEMENTS................................................................................... v
TABLE DES MATIÈRES................................................................................ vu

ABRÉVIATIONS......................................................................................... x

LISTE DES FIGURES.............................................................................. xi

LISTE DES ANNEXES............................................................................ xix


EXTRAIT DE L'OUVRAGE DE LOUKY BERSIANIK, KERAMEIKOS......... xx

INTRODUCTION........................................................................................ 1

CHAPITRE 1: LE SITE................................................................................... 11

1.1 Aperçu historique............................................................................... 11


1.2 Conception du plan............................................................................... 15
1.3 Architecture d'entrée............................................................................. 19
1.4 Évolution spatiale.............................................................................. 24

1.5 Du cimetière hors-faubourg à la nécropole intra-urbaine............... 28

CHAPITRE 2: L'ESPACE FUNÉRAIRE............................................... 31

2.1 Règlementations synodales: pour un espace sacré........................... 32


2.2 Éthique et esthétique: pour un espace urbanisé................................. 34

2.3 Conventions civiles et institutionnelles: pour un espace

différencié.......................................................................................... 38

2.4 Question de mentalités: pour un espace en mutation...................... 42


VIII

CHAPITRE 3: L’OBJET FUNÉRAIRE......................................................... 46

3.1 Fonctions de l'objet funéraire............................................................... 46

3.2 Mobilier et architecture funéraires........................................................ 48

3.2.1-Tombeaux, dalles et caveaux: simulacres du corps................. 48

3.2.2-Mausolées: habitacle familial et "lieu de culte"de la

différence........................................................................................... 51

3.2.3-Pierres tumulaires verticales: de la transcendance à la

différenciation....................................................................................... 55
3.2.4-Stèles verticales: récurrence du cloisonnement..................... 60

3.2.5-Stèles conventionnelles: de la figuration réelle et


métaphorique à la banalisation......................................................... 62
3.2.6-Marqueurs et blocs de pierre: un voile à l'altérité................... 66

3.2.7-La croix: de l'individualisation au christocentrisme................ 67

CHAPITRE 4: LA SCULPTURE HISTORIÉE........................................... 71

4.1 La sculpture sacrée: le mythe d'un au-delà..................................... 71


4.1.1-Les scènes de la Passion: complaisance aupathos............... 72

4.1.2-Les dévotions populaires: passeport pour l'éternité............... 74

4.1.3-L'ange de la mort: un compagnon de route............................ 78


4.2 La sculpture profane: de l'allégorie à l'anthrôpos............................... 83

4.2.1-La femme: un idéal éternel.......................................................... 83

4.2.2-L'homme: un héros par-delà la mort....................................... 87

4.2.3-L'enfant et le couple: les marginaux du panthéon

funèbre 88
CHAPITRE 5: L’ÉCRITURE ÉPIGRAPHIQUE.................................... ' 91

5.1 Évocation réaliste de la mort: l'ici-bas............................................... 91

5.1.1-La mort empirique et métaphorique........................................ 91

5.1.2-La mort tragique........................................................................ 94

5.1.3-La mort héroïque....................................................................... 95

5.2 Fantasme de l'au-delà: la mort apprivoisée et mystique................. 97

5.2.1-Les citations bibliques et liturgiques....................................... 97

5.2.2-Les prières anticipatoires............................................................ 101

5.2.3-Les dévotions, indulgences et devises spirituelles................ 103


5.3 Éloge du souvenir et "vanités posthumes".......................................... 105

5.3.1-La mort sans artifices................................................................... 106

5.3.2-La mort élogieuse et moralisatrice.............................................. 108

5.3.3-La mort romantique et poétique............................................... 116

5.3.4-La mort familiale et conviviale.................................................. 118

5.4 Option du silence: un choix ou une nécessité..................................... 125

5.4.1-La mort anonyme et muette......................................................... 125

5.4.2-La mort contemporaine................................................................ 128

CONCLUSION................................................................................................. 130

BIBLIOGRAPHIE............................................................................................. 138

FIGURES.......... .............................................................................................. 158

ANNEXES....................................................................................................... 206

INDEX DES NOMS DE PERSONNES .................................................. 211


ABRÉVIATIONS

ACQ Archives civiles de Québec

ANQ Archives nationales du Québec, à Québec

ANDB Archives du cimetière de Notre-Dame de Belmont

ANDQ Archives de la paroisse de Notre-Dame de Québec

ANC Archives nationales du Canada, Ottawa

A. P. Ancienne partie

AVQ Archives de la ville de Québec


BRH Bulletin des recherches historiques
CB Cimetière Belmont
CELAT Centre d'études sur la langue, les arts et les traditions
populaires des francophones en Amérique du Nord

CRAD Centre de recherches en aménagement et en

développpement
IBC Inventaire des biens culturels
IQRC Institut québécois de recherche sur la culture
MAC Ministère des Affaires culturelles

N.P. Nouvelle partie


PNA Phototèque nationale de l'air (Énergie, Mines et Ressources

Canada)

PQ Photocartothèque québécoise (Gouvernement du Québec


Ministère de l'Énergie et des Ressources)

RPQ Répertoire des parlementaires québécois 1867-1978

SRP Service des ressources pédagogiques (Université Laval)


xi
LISTE DES FIGURES

CHAPITRE 1: LE SITE

1. "Plan de Belmont et de la Terre de Frechet", 1832, Archives historiques,


Musée du Séminaire de Québec, polygr. 34, no 8A, y 92.

2. Carte des environs de Québec montrant le cimetière Belmont: "Fortifications


Surveys/Quebec/1867", ANQ, Division des archives cartographiques et
architecturales, NMC-19702, Sheet-Ill, Plan XVI.

S.PIan du cimetière Belmont tracé en 1906 par l'architecte J.P. Edmond


Dussault, ANDB (Photo: SRP).

4. Photographie aérienne, angle est, vers 1926-30, ANDB.

5. Photographie aérienne, angle ouest, vers 1926-30, ANDB.

6-Croix du cimetière, à l'intersection de l'avenue du Cimetière et de l'avenue


des Saules-pleureurs (Photo: T. Labbé).

7.Charnier, vers 1900 (Photo: Thérèse Labbé et Lise Nadeau).

S.Cimetière des prêtres ouvert en 1942, sud-est (Photo: T. Labbé).

9. Plan de l'ancienne partie par J.P.E. Dussault, 1906, ANDB (Photo: SRP).

10. Plan de la nouvelle partie par J.P.E. Dussault, 1906, ANDB (Photo: SRP).

11 .Photographie aérienne, 5 juillet 1950, échelle 1:10 000, altitude 9700',


PNA, Carte "B" 21 L/14, rouleau A12649, cliché 204.

12. Photographie aérienne, 14 juillet 1959, échelle 1:12 000, altitude 6300',
PNA, Carte "A" 21L714w, rouleau A16739, cliché 136.

13. Photographie aérienne, 14 mai 1965, échelle 1:5 000, altitude 2700', PNA,
Carte "D" 21L/14w, rouleau VRR2642, cliché 987.

14. Photographie aérienne, 1973, échelle 1:5 000, Carte 21L14H, Q 73301,
cliché 63.

15. Photographie aérienne, 7 mai 1985, échelle 1:5 000, Carte 21L14 3, Q
85315, cliché 58.

CHAPITRE 2: L'ESPACE FUNÉRAIRE

16.Section B des fosses à part et mausolées en arrière-plan (Photo: T.


Labbé).
Xll

17.Section des communautés religieuses au nord-ouest, angle Notre-Dame


du Saint-Rosaire et avenue Notre-Dame (Photo: T. Labbé).

18.Section des militaires, avenue Saint-Nazaire (Photo: T. Labbé).

19.Un des deux monuments aux morts de la guerre, quadrilatère sud-ouest


près de l'avenue des Anciens combattants (Photo: T. Labbé).

CHAPITRE 3: L'OBJET FUNÉRAIRE

Des photographies suivantes, plusieurs ont été exécutées par Thérèse Labbé
et Lise Nadeau à l'hiver 1981 mais elles ont été, pour la plupart, reprises par
l'auteure. L'astérisque identifie les photographies effectuées exclusivement
par celle-ci, dans une étape ultérieure. Les dates de décès inconnues ou ne
figurant pas à l'épitaphe (critère de datation) ont été repérées aux ANQ. La
date d'érection du monument, lorsque connue, ou celle d'un décès antérieur à
celui du propriétaire du lot seront signalées.

20. Tombeau de l'historien François-Xavier Garneau (1809-1866); érigé en


1867.

21. Tombeau de Philéas Gagnon, décédé en 1943 (ANQ).

22. Caveau en surélévation: lot de Damase Fleury décédé en 1931 (ANQ).


23*.Caveau double surélevé de dalles: lot d'Érasme-Louis Jean (1874-1954)
et de Marie-Anne Gagnon 1887-1950).

24*.Caveau surélevé d'une dalle: lot de Narcisse Naud (1872-1952).

25. Tombeau et caveaux de la famille du Dr Albert Paquet (1878-1963); 1er


décès en 1936.

26. Mausolée de Georges-Élie Amyot, homme d'affaires décédé en 1932.

27. Mausolée d'Alexandre Chauveau (1868-1916), juge de la Cour des


Sessions de la Paix.

28. Mausolée d'Ulric-Joseph Tessier (1817-1892), juge de la Cour supérieure


et de la Cour du Banc du Roi; décès antérieurs: Adélaïde Drapeau (1869) et
neuf enfants morts en bas âge entre 1858-1871.

29. Mausolée de Pierre Giguère, navigateur décédé en 1921; érigé en 1910


sous la direction de A. Laforce et frère, marbriers.
30.Mausolée de Fernand Lemieux (depuis 1979), ayant précédemment
appartenu à Henri-Edmond Casgrain, chirurgien-dentiste décédé en 1941
(ANQ).

31.Obélisque de Guillaume-Eugène Chinic (1818-1889), marchand.


Fabricant: J.A. Bélanger, Québec.

32.Obélisque de Jean-Docile Brousseau (1825-1908), homme d'affaires,


politicien et ancien maire de Québec. Fabricant: Z. Maranda, Québec.

33.Obélisque de Georges Tanguay (1851-1913), commerçant, homme


politique et ancien maire de Québec.

34. Pilier surmonté d'une figure allégorique: J.B.E. Letellier de St-Just décédé
en 1930; autre décès en 1911 et enfant mort en bas âge en 1901.
35. Pilier surmonté d'un Sacré-Coeur. Édouard Côté décédé en 1925; enfants
morts en bas âge en 1905 et 1906.

36*.Colonne surmontée d'une croix: Jean Paquet décédé en 1880; monument


érigé en 1860.

37*.Colonne surmontée d'une urne: Alfred Gauvreau Belleau, médecin


décédé en 1904. Fabricant: Z. Maranda, Québec.

38.Socle surmonté d'une urne: Isidore Thibaudeau (1819-1893), homme


d'affaires et politicien décédé en 1893. Fabricant: J.A. Bélanger, Québec.

39.Socle surmonté d'une croix: Pierre Garneau (1823-1905), homme


d'affaires, ministre, conseiller législatif et ancien maire de Québec; l'épouse,
Charlotte Cécile Burroughs, est décédée en 1887.
40.Édicule surmonté d'une figure allégorique: Philippe Huot (1825-1907),
notaire.

41.Socle surmonté d'une sphère: Alphonse Gingras décédé en 1920.


Fabricant: Laforce, Québec.

42 A/B.Stèle verticale de Georges-Émile Tanguay, architecte décédé en 1923;


médaillon de bronze exécuté par Émile Brunet et plan du monument dû à
l'architecte Raoul Chênevert, 1925.

43.Stèle verticale avec écran: Georges.l. Lachance (1891-1945), industriel.

44.Stèle verticale avec écran: Pierre-Émile Côté (1888-1950), politicien,


avocat et juge à la Cour supérieure de Québec. Fabricant: Delwaide & Goffin.

45*.Stèles verticales avec écran (muret) regroupées sur l'avenue Saint-


François-Xavier.
xiv
46\Stèle monumentale au lot des Frères des Ecoles Chrétiennes; décès à
partir de 1885. Ils l'ont acquis en 1971 (#761 N.P.) après avoir remis leur
ancien lot (#363 A.P.) de 1885 (voir ANDQ, carton 24, pièce 24-232).

47*.Stèle verticale érigée en 1987 en mémoire des soldats morts au Vietnam.


Fabricant: Fernand Chabot Monuments, Scott, Beauce.

48.Stèle en forme de lyre: Lucile Angers Delage (1890-1930), cantatrice.


Fabricant: Delwaide & Goffin, Québec.

49*.Stèle avec motifs d’un compas et d'une équerre: Pierre R infret (1907-
1967), architecte. Fabricant: Delwaide & Goffin, Québec.

SO.Stèle en forme de livre: Guy Frégault (1918-1977), historien.

51 ".Stèle avec motif d'une main pointant le ciel: J. Orner Légaré décédé en
1909.

52*.Stèle avec motif des mains unies: Noël, fils de Eugène Nadeau, décédé
en 1933 à l'âge de douze ans.

53*.Stèle avec motif d'une main déposant des fleurs sur la tombe: Octave
Duchaineau décédé en 1912.

54.Stèle avec motifs végétaux (pensées): Ivan E. Vallée et sa fille Gabrielle,


juge en chef à la Cour supérieure. Fabricant: Delisle Monuments, Québec.

55*.Stèles avec motifs eucharistiques regroupées au cimetière des prêtres.

56.Stèle avec lettrage particulier: Joseph Bilodeau, juge décédé en 1976.

57*.Marqueurs jonchant le sol: monuments de Jean-François-Joseph Duval,


juge en chef de la Province de Québec décédé en 1881 et de L.-Guillaume-
Alfred Duval, greffier de la paix, mort en 1871.

58*.Bloc de pierre au sol: Louis-Napoléon Casault (1822-1908), juge de la


Cour supérieure de Québec.

59.Croix celtique: Adolphe-Basile Routhier, juge en chef de la Cour


supérieure de Québec et co-auteur de notre hymne national, décédé en 1920;
1er décès en 1901.

60*.Monument en forme d'arbre-croix: C.A.J. Édouard Fitzpatrick (fils de


Charles) mort en bas-âge.

61.Monument en forme d'arbre: Ernest P. Robitaille, chef de train au C.P.R.,


décédé en 1898.
62*.Stèle avec motifs de croix juxtaposés à divers symboles: famille
d'Apollinaire Plamondon.

63*.Stèle avec motifs de croix associés à des ordres pontificaux: Joseph Louis
Joachim Mercier (1875-1941), commandeur de l'Ordre de Saint-Grégoire-le-
Grand et du Saint-Sépulcre.

CHAPITRE 4: LA SCULPTURE HISTORIÉE

64*.Christ portant sa croix, médaillon en bronze signé Ruland: Ls Numa


Talbot (1867-1920).

64.Christ portant sa croix, sculpture surmontant un socle: Joseph Côté (1861-


1936).

66. Christ en croix, figure en bronze fixée sur la croix érigée au, lot de Pierre
Théophile Légaré, homme d'affaires (1851-1926). Sculpteur: Émile Brunet;
fondeur: Alexis Rudier, Paris.

67*.Christ en croix, médaillon en bronze de Mtl granite: Napoléon Martineau


(1863-1927), électricien.

68.Ecce Homo, médaillon en bronze de Mtl granite: Gérald Martineau (1902-


1968), commerçant, politicien et conseiller législatif (fils du précédent).
69 NB.Ecce Homo rayonnant, médaillon en bronze signé Émile Brunet, 1919:
Stanislas Picard (1902-1982); 1er décès en 1951.

70.Pietà: sculpture en ronde-bosse au lot des familles de Joseph Cauchon


(1892-1965) et de Jacques Gravel (1909-1966).

71 *.Sacré-Coeur grandeur nature enchâssé entre deux stèles: Lucien


Charest décédé en 1956; 1er décès en 1929. Fabricant: J.L.Thériault et fils
Ltée, Québec.

72*.Sacré-Coeur de l'Enfant-Jésus enchâssé dans une stèle: Robert Trudel


décédé le 26 décembre 1954 à l'âge de trois ans, fils du Dr Jean Trudel
D.D.S. (1920-1981) et de Ann Gagnon I.L.

73*. Enfant Jésus de Prague en relief au bas de la stèle: Jean de Saint-Victor


M.D. (1909-1982); 1er décès en 1918; Fabricant: Delisle Monuments, Québec.

74*.Saint Joseph et l'Enfant Jésus en ronde-bosse avec stèle: René Etienne


(1895-1957).

75. Sainte Famille en ronde-bosse avec stèle ornée d'un Ecce Homo en
médaillon de bronze signé M. Thomas, France: monument d'Hector Ménard
décédé en 1967; 1er décès en 1959.
XVI

76.Sainte Famille, relief en marbre sur stèle de granit: Onésiphore Lessard


(1894-1984); 1er décès en 1951; Fabricant: Laforce & fils, Québec.

77*.Sainte Famille avec un saint Jean-Baptiste, relief en marbre sur stèle de


granit: Paul-Eugène Bilodeau décédé en 1961.

78.Immaculée Conception surmontant un socle: Congrégation des Enfants de


Marie de la Haute-Ville; 1er décès en 1907.

79*.Notre-Dame de Lourdes jouxtée à une stèle: Carmel Laverdière Pelland


décédée en 1960, lot de Cary Pelland.

80*. Vierge à l'Enfant figurant entre deux plaques: Pierre Fournier (1883-
1965); 1er décès en 1946.

81.Notre-Dame de la Salette figurant entre deux plaques, au lot de Joseph


Clermont: érigée en mémoire d'Odila Doré décédée en 1950.

82*.Mater Dolorosa, médaillon en bronze signé M. Thomas, France: Arthur


Saillant (1879-1955).

83*.Ange adorateur, putto en bas-relief sur stèle de marbre: Léopold Esculier


(1917-1941).

84.Ange adorateur à la croix enchâssé dans une stèle: Joseph O. Girard


(1913-1974). Fabricant: Delwaide & Goffin, Québec.

85*.Ange aux fleurs, putto surmontant un socle: François Grenier décédé en


1927; 1er décès en 1905.

88. Ange aux fleurs surmontant un socle: Jean-Baptiste Deschamps dont le


père François-Xavier est décédé en 1908.

87.Ange aux fleurs en relief sur stèle de marbre: lot du colonel Tancrède
Rinfret (1869-1952); 1©r décès en 1911.

88*.Ange à la croix et à la couronne, putto surmontant un pilier: Louis Masson


décédé en 1929.

89. Ange à la croix surmontant une colonne: Arthur Lachance, juge décédé en
1945 et Marie Routhier de la Société des poètes canadiens-français (1863-
1930).

90. Ange à la palme, relief en bronze grandeur nature sur stèle de granit:
Georges Parent (1879-1942), président du Sénat; sculpteur: Émile Brunet.

91 .Ange pleureur surmontant un socle: Pierre O. Fortier décédé en 1931; 1er


décès en 1929.
XVII

§2*.Ange pleureur, relief sculpté dans le granit: Major Eugène Lavoie décédé
en 1953.

93.Figure allégorique sculptée dans le granit: J. Adrien Lamarche (1910-


1964); sculpture exécutée par Louise Bourbeau en 1966.

94*.Figure allégorique (détail de la fig.34) surmontant un pilier: J.B.E. Letellier


de St-Just.

95*.Figure allégorique (détail de la fig.40) surmontant un pilier: Philippe Huot,


notaire.

96. Pleureuse surmontant un socle: Valère Côté décédé en 1946; Valère Côté,
fils, décédé en 1937 (ANC).

97*.Pleureuse, bas-relief sur stèle de marbre: Marie Masson, épouse de


Eugène Bernier décédée en 1891.

98*.PIeureuse, bas-relief sur stèle de marbre: Amanda Ouellet, épouse de


Georges Gingras décédée en 1907.

99*.Portrait de femme sculpté dans la pierre: Lucienne Gauvin (1904-1936),


épouse de Stanislas Gilbert; buste signé R. Gilbert.

100. Portrait de femme en médaillon de marbre sur stèle de granit: épouse de


Paul Genest décédée en 1966.

101. Portrait d'homme, médaillon en bronze signé Georges Henry Duquel:


Cyrille Duquel (1840-1922), horloger.

102* Portrait d'homme, médaillon en bronze signé Georges Henry Duquet:


Joseph Vézina (1849-1924), musicologue.

103. Portrait d'homme, médaillon en bronze signé [Louis] Philippe Hébert:


Félix-Gabriel Marchand (1832-1900), Premier ministre du Québec de 1897-
1900. Fabricant: Ficher.

104. Garçon et fillette en ronde-bosse surmontant un socle: Gazzoli Bastien


(1886-1970); l'épouse, Germaine Fiset est décédée en 1954.

105*.Photographies: le couple Van Damme, François (1900-1973) et Olga


Vanpoucke (1903-1973); Andrée morte à deux mois en 1966.

CHAPITRE 5-L'ÉCRITURE ÉPIGRAPHIQUE

106.Monument (croix celtique) de la famille de O.F. Campeau dont l'épouse,


MJ. Ernestine est décédée en 1877. Fabricant: [Félix] Morgan.
xviii
107*.Monument (stèle) du Dr Florent Bernier et de Marie-Anne Landry
décédés en 1951.

108*.Monument (stèle surmontée d'une croix) de J. Adélard Bernier (1887-


1965), pilote; sa fillette est décédée en 1928 et son fils Raymond en 1941.

109.Monument (socle anciennement surmonté d'une Immaculée Conception)


de J.A. Éphrem Bégin décédé en 1970; 1er décès en 1915 (Gilberte, 8 mois).

110*.Monument (stèle) de Stanislas Gaudreau (1872-1946); Prudent


Gaudreau (1867-1937).

111*.Monument (stèle) de François Dumouchel (1885-1971); Alice Blain


(1886-1958). Fabricant: Delwaide et Goffin Enr., Québec.

112.Monument (stèle) des familles Hamel-Faribault: Théophile Hamel (1817-


1870), artiste-peintre; Georges Hamel (1858-1862).
113*.Monument (stèle) d'Émile Lemieux dont le fils Guillaume est décédé en
1983.

114. Monument (obélisque et petites stèles) de la famille de Jean-Baptiste


Renaud (1816-1884), homme d'affaires de renom. Fabricant: [Félix] Morgan.

115. Monument (stèle avec une Immaculée Conception) de la famille de


Robert Dionne (1917-1992).
LISTE DES ANNEXES

A-Modèles de sculptures offerts sur photographies

B-Modèles de sculptures offerts sur catalogues

C-Modèles de monuments et motifs offerts sur catalogues et cartons

D-Modèle de carte mortuaire illustrant une pleureuse


XX

stèlestèlestèlestèlestèlestèlestèlestèlestèlestèlestèlestèlestèlestèlestèle

(la mort est une statue de longue date dans un champ de potiers
l’érection du non-sens irrésistible l’urne prétend la circonscrire dans
ses trois dimensions et même la contenir prétextant son repli
elle qui est irrépressible la stèle raconte ses limites elle qui est
sans fin mais la stèle n’est que l’histoire d’un nom qui se tient encore
debout la mort n’y est pour rien que la biographie d’une paren­
thèse au coeur du néant la stèle rend le néant historique elle fait
le récit de gestes qui n’ont pas lieu assignant un espace à ce qui
n’existe pas désigner le rectangle de pierre et non la colonne la
stèle ne peut soutenir le poids d’une vie ni le temple des yeux vivants
elle commémore une mémoire blanche et la main en suspens
l’urne cinéraire est un cénotaphe étanche à la mort elle a les cour­
bes du sommeil mais le sommeil y est absent la stèle est lacunaire
c’est l’écriture de rien l’une chambre noire tire une image du néant
l’autre rend visible cette impossible silhouette sténographie de
l’onomastique et des nombres horloge vide qui martèle le relais du
silence archives de famille enfoncées dans les ruines lettre de
l’amour inachevé)

stèlestèlestèlestèlestèlestèlestèlestèlestèlestèlestèlestèlestèlestèlestèle
INTRODUCTION

Malgré le discours sur la mort, [...] l'image reste le mode


d'expression le plus dense et le plus direct de l'homme
devant le mystère du passage. Elle retient quelques-uns
des sens obscurs, refoulés, que l'écriture a filtrés.
Philippe Ariès1

Dans la sphère des sciences humaines, l'historiographie des vingt dernières


années témoigne sans contredit d'un renouveau d'intérêt à l'égard du

phénomène de la mort. C'est à Lucien Febvre que l'on doit d'avoir ouvert la
voie à ce champ d'investigations2. Dès 1941, ce visionnaire "avait pressenti

tout l'intérêt que pouvait présenter une histoire de l'amour, de la mort, de la


piété, de la cruauté, de la joie"3. Une telle initiative, on le sait, allait faire naître
une trentaine d'années plus tard, une série d'ouvrages majeurs dont l'impact

sur notre sensibilité contemporaine fut certain. Aussi, cette introduction se


veut-elle au départ un bref état de la question nous permettant d'identifier les
auteurs qui nous ont le plus éclairée dans notre démarche.

Philippe Ariès et Michel Vovelle, historiens des mentalités et tenants de la


"nouvelle histoire", se sont attardés, entre autres, aux pratiques d'inhumation

et à l'imaginaire funéraire, avenues menant au coeur de nos interrogations.

Dans deux de ses essais dont L'homme devant la mort, Ariès préconise
l'enquête dans la longue durée séculaire et nous présente une histoire des
hommes face à la mort où les attitudes collectives sont révélatrices des

1 Philippe Ariès, Images de l'homme devant la mort, Paris, Le Seuil, 1983, p. 7.


2Lucien Febvre, "Comment reconstituer la vie affective d'autrefois? La sensibilité et l'histoire" in
Combats pour l'Histoire, Paris, Librairie Armand Colin, 1953, p. 221-238 (article déjà paru in Annales
d’Histoire Sociale, III, 1941).
3Claude Sutto, "Avant-propos", Le sentiment de la mort au Moyen-Age (Études présentées au
cinquième colloque de l'Université de Montréal), Montréal, Édition de l'Aurore, 1979, p.10.
2

changements dans les mentalités4. 5Alors que l'évolution de l'image de la mort


et de ses manifestations symboliques n'apparaît ici qu'en filigrane, elle

devient le principal objet d'analyse dans un autre de ses écrits, Images de


l'homme devant la morP.

Les histoires sérielles de Michel Vovelle s'inscrivent dans la foulée de ces


travaux . Dans La mort et l'Occident de 1300 à nos joursi6, il aborde l'histoire

de la mort comme un tout qui s'étale du biologique au sociologique en


passant par le démographique. Il prend aussi en compte les expressions les
plus élaborées de la sensibilité collective en s'attardant aux pratiques
funéraires et aux représentations de la mort sur une durée multiséculaire.

Dans son essai sur les cimetières contemporains écrit en collaboration avec
Régis Bertrand7, Vovelle exécute un survol sur l'historiographie du cimetière
et situe les nécropoles méridionales par rapport au contexte occidental. Les
auteurs proposent diverses approches qu'ils appliquent à un corpus de cinq

sites provençaux. Ils s'attardent au fonctionnement de l'institution cimitériale,

à la configuration du champ des morts et à sa situation dans le réseau urbain.


Ils tentent finalement de déchiffrer la symbolique funéraire auquelle ils

apportent un bon nombre d'éléments d'interprétation8.

On soulignera aussi l'apport de Jean-Didier Urbain. Dans une de ses études

sur les cimetières d'Occident, il présente un travail ambitieux où nous sont

4Philippe Allés, Essais sur l'histoire de la mort en Occident du Moyen Age à nos jours, Paris, Seuil,
1975, 223 p.; L'homme devant la mort, Paris, Seuil, 1977, 642 p.
5ldem, Images de l'homme devant la mort, Paris, Seuil, 1983,276 p.
6Michel Vovelle, La mort et l'Occident de 1300 à nos jours, Paris, Gallimard, 1983,793 p.
7Michel Vovelle et Régis Bertrand, La ville des morts, Paris, C.N.R.S., 1983,209 p.
8Même si l'art funéraire français diffère de celui de l'Amérique du Nord, les thématiques demeurent
sensiblement les mêmes, du moins en ce qui concerne la période moderne et contemporaine.
3

proposés une sémiologie9 et des outils d'analyse qui permettent de mieux


comprendre l'architecture et le paysage funéraires. L'auteur se préoccupe
également des problèmes de sociologie et de psychologie historiques. Ce
sont là des voies tout à fait nouvelles. Pour Jean-Didier Urbain, le cimetière

reste avant tout "un foisonnement de symboles laïques, religieux, politiques,


militaires, où les dépouilles demeurent, sur le plan du discours, à la merci des
survivants et de leurs fantasmes"10. Il fut produit pour cacher le néant de la

mort et apparaît comme le signe de l'évolution de "l'idéologie de la

conservation".

Dans un autre de ses ouvrages, il est aussi question de "stratégies


symboliques de conservation" mises en application par diverses sociétés11.

Jean-Didier Urbain y analyse les multiples conceptions de la mort et du


mourir. Vient ensuite une étude des cimetières des XIXe et XXe siècles. Puis,
une investigation sur les tombeaux et le texte funéraire vient compléter

l'exploration de cet archipel des morts.

L'anthropologue Louis-Vincent Thomas nous a fourni certaines réponses

quant à nos interrogations sur le rite, qui lui apparaît comme une assurance
qu'on s'invente afin de maîtriser l'épisodique et l'aléatoire. Plus précisément,
le rite funéraire s'articule autour de ce support symbolique de la présence-
absence de celui qui est toujours là, tout en n'étant plus12. Il analyse, par

ailleurs, les causes de la crise actuelle entourant ce rituel. Dans une autre de

9Pour élaborer sa typologie des symboliques funéraires, il s'appuie sur les sémiotiques
"mimétiques, différentielles et conflictuelles": Jean Didier Urbain, La société de conservation, Paris,
Payot, 1978, p.186.
10/b/d, p.9.
11 Jean-Didier Urbain, L'archipel des morts, Paris, Plon, 1989, p.103.
12Louis-Vincent Thomas, Rites de mort. Pour la paix des vivants, Paris, Fayard, 1985, p.141.
4

ses études, il prend en compte les formes et les "visages du mourir" ainsi que

les attitudes adoptées face à ce phénomène13.

Quant aux ouvrages de synthèse sur l'art et les traditions funéraires du


Québec, ils ne sont pas légion. Dans son livre publié en 194114, Pierre-

Georges Roy s'attarde à l'historique des cimetières prospectés comme c'est


aussi la position adoptée par les auteurs des monographies paroissiales qui
incluent une courte rubrique sur le cimetière. Il faut cependant souligner que
ce domaine s'est peu à peu ouvert à une multitude de disciplines et depuis les
vingt dernières années, un nombre croissant de travaux ont été effectués.

Dans son mémoire de maîtrise en sciences religieuses, Françoise Jammes

nous présente une étude formelle, iconographique et épigraphique des


monuments du cimetière de Terrebonne et ce, sur une période séculaire15.

On connaît également les recherches fort éclairantes de Lorraine Quay sur


l'évolution des nécropoles québécoises, résultats d'une étude de maîtrise en
géographie poursuivie à l'Université Laval en 198916.

Les folkloristes nous ont laissé des récits empreints de couleurs locales

notamment en ce qui concerne les croyances et les pratiques populaires.


Cependant, très peu traitent de la sépulture et encore moins de l'imaginaire

funèbre. Il nous a fallu le sociologue et historien des religions, Raymond

13Louis-Vincent Thomas, Anthropologie de la mort, Paris, Payot, 1976,476 p. Par la méthode


comparative, il trace un parallèle entre une société archaïque négro-africaine et une société
industrielle productiviste, la nôtre.
1 ^Pierre-Georges Roy, Les cimetières de Québec, Lévis, 1941,270 p. On notera que de longues
listes d'inhumations y sont incluses.
15Françoise Jammes, L'espace sacré et le sens de la mort au Québec, Montréal, U.Q.A.M., 1982,
109 p.
16Lorraine Quay, Le cimetière vide (mémoire publié), Québec, Université Laval, Les Cahiers du
CRAD, vol. 13, no 1,1991 (voir ses articles).
5

Lemieux, pour pouvoir tirer parti d'une "écriture différenciée du cimetière" qui
prend sens et dont le diagnostic replace chaque être ou chaque collectivité
dans son rapport avec l'histoire17. Une transmutation dans ce rapport est
révélée par son étude de l'évolution des cimetières traditionnels et urbanisés,
lesquels affichent un écart notoire.

Avec son ouvrage sur les pratiques mortuaires au Québec, en particulier chez
la population campagnarde du XIXe siècle, l'historien Serge Gagnon effectue
une autre lecture du cimetière tout en nous brossant une histoire de la mort à
partir d'archives paroissiales et épiscopales18. Il dresse aussi un tableau de
la société prémoderne dont l'ascétisme découlait d'une pastorale
surculpabilisante et la compare tout au long de sa démarche avec notre

société pluraliste qui se veut plus tolérante.

De son côté, l'historien Réal Brisson s'est intéressé d'une façon ponctuelle à
la recherche sur la mort au Québec. Il en a circonscrit l'historiographie sous
un angle thématique et ethnologique19. Chez les historiens d'art, on s'est
naturellement attardé à différentes facettes de l'art funéraire. À ce chapitre, il

faut souligner l'apport du professeur John R. Porter20 ainsi que la contribution

17Raymond Lemieux, "L'écriture du cimetière" in Survivre...La religion et la mort, Québec/Montréal,


Université Laval/Bellarmin, 1984, p.235-254.
18Serge Gagnon, Mourir hier et aujourd'hui, Québec, P.U.L., 1987,192 p. L'auteur insiste sur les
critères de sélection pour accéder à la sépulture chrétienne.
19Réal Brisson, La mort au Québec. Dossier exploratoire., Québec, CELAT, 1988,144 p. Ceci
s'inscrit dans le prolongement d'une recherche multidisciplinaire entamée en 1985 au CELAT sous
la direction de Jacques Mathieu et de John R. Porter portant sur les qualités de l'objet matériel et
dont un volet traitait de la mort.
20John R. Porter, "Le chrétien devant la morf'in Le Grand Héritage. L'Église catholique et les arts au
Québec, Québec, Musée du Québec, 1984, p.311-328; John R. Porter et Jean Bélisle, La
sculpture ancienne au Québec. Trois siècles d'art religieux et profane, Québec, Éditions de
l'Homme, 1986, 503 p.
6

d'auteurs comme Mario Béland21 et Marthe Taillon22. S'y ajoutent des films

documentaires sur les arts sacrés au Québec du cinéaste François Brault dont
certains traitent des cimetières et de la mort, avec en parallèle, un ouvrage de
synthèse par Jean Simard23.

Malgré l'intérêt de ces divers travaux se rattachant à notre sphère d'étude, il


demeure plus qu'opportun d'étudier un ensemble comme celui du cimetière

Belmont. Cette démarche nous permettra d'approfondir l'étude de la culture


funéraire sous différents angles, tels l'urbanisme, l'architecture, la statuaire et

le texte épigraphique qui sont autant de variables nous révélant à la fois les
mentalités et l'imaginaire24 associés au post-mortem.

Afin de bien saisir ces multiples facettes, il faut s'attarder non seulement à

l'objet qui s'expose à la vue mais aussi à l'espace où il se dresse. Pour


l'élaboration de notre corpus25, nos critères de sélection se sont fixés à partir
de ces deux paramètres convergents et indissociables, l'un éclairant l'autre.
D'une part, les lots ont été choisis en considération de leur superficie et de
leur emplacement dans le site afin d'englober les multiples phases de

l'occupation de ce dernier. D'autre part, tout en nous restreignant à un


échantillonnage significatif, nous avons tenu compte des valeurs formelle,
iconographique, épigraphique, historique et culturelle du monument.

21 Mario Béland, "Les monuments de bois: ces autres disparus", Continuité, no 49, hiver/printemps
1991, p.33-37.
22Marthe Taillon, Le corbillard hippomobile au Québec, mémoire de maîtrise, Québec, Université
Laval, 1991,205 p.
23Jean Simard, Les arts sacrés au Québec, Boucherville, Éditions de Mortagne, 1989,319 p. Pour
François Brault, voir bibliographie.
24Nous entendons que: "l'imaginaire implicitement reconnu se définit et se situe entre le domaine
de la mémoire d'une part et les processus rationnels d'autre part": Yves Durand, L'exploration de
l'imaginaire, introduction à la modélisation des univers mythiques, Paris, L'Espace bleu, 1988, p.14.
25Nous disposons de 500 fiches de sépulture sur un total d'environ 5,000 monuments.
7

Le tombeau est d'abord perçu dans son unicité comme une icône, un objet
distinct avec ses traits spécifiques inhérents aux qualités pré-énoncées et mis

en situation dans une conjonction spatiale, il apparaît alors comme un


document culturel laissant trace d'une histoire. Un peu aussi comme l'une
des divisions synchroniques d'une mémoire collective dont on peut
reconstituer la genèse dans l'espace et dans le temps.

Dans cette lecture globalisante, on découvrira que l'objet funéraire est non
seulement investi de significations et de fonctions mais aussi d'un pouvoir
suggestif, qualificatif que Mieczyslaw Wallis attribue au signe iconique26. Ce

qui se rapproche, en fait, du concept des "symptômes culturels", élaboré par


Erwin Panofsky27, lesquels nous révèlent les tendances essentielles de

l'esprit humain à une époque donnée.

Par ailleurs, puisque l'objet funéraire ne sollicite pas nécessairement une


"perception d'ordre esthétique"28, nous avons dû puiser à certains essais
théoriques pouvant nous éclairer sur son sens profond29. Un peu à la

manière d'un Henri Lefebvre, nous le percevons à la fois comme un "objet

symbolique" et "un objet signifiant" s'insérant "dans une culture plutôt que
dans un style"30. Avec une telle stratégie, nous nous devions d'éviter l'étude

des origines et des influences pour privilégier celle de l'imaginaire.

26Mieczyslaw Wallis, Arts and Signs, Bloomington, Indiana University Press, 1975, p.15. L'auteur
précise: "The suggestive power of iconic signs has had important implications for the history of
culture".
27Erwin Panofsky, Essais d'iconologie, Paris, Gallimard, 1967, p.21.
28Erwin Panofsky, L'oeuvre d'art et ses significations, Paris, Gallimard, 1982, p.41.
29Abraham A. Moles, Théorie des objets, Paris, Éd. universitaires, 1972,196 p.
30Henri Lefebvre, "Éléments d'une théorie de l'objet" in Opus international, no 10/11, avril 1969,
p.17.
8

A la fin des années 1970, cette approche était déjà perçue par Jacques Le

Goff, tenant de la "nouvelle histoire", comme essentielle et manquant en


grande partie à l'histoire pour qu'elle soit totale. "Cette part du rêve qui, si on

démêle bien les rapports complexes avec les autres réalités historiques, nous
introduit si loin au coeur des sociétés"31. Le même auteur confirmera plus

tard:

Déjà, l'histoire des mentalités a voulu enrichir l'étude et


l'explication des sociétés en y incluant les représentations de la
réalité que se faisaient les hommes de telle société et de telle
époque. Il y avait là un jeu de miroirs qu'il fallait justement inclure
dans l'histoire. Je crois que l'étude de l'imaginaire est une
démarche de même nature32.

Notre recherche se situe aux confins de l'histoire de l'art, de l'histoire sociale

et religieuse et de celle des mentalités. Afin de bien cerner notre sujet, un

point de vue pluridisciplinaire, incluant une vision ethnologique, s'est imposé

en plus des approches théoriques et iconologiques dont il est question plus

haut. Ce parti-pris fut implicitement mis en application tout au long de notre


étude laquelle propose une méthode d'approche applicable à d'autres

espaces funéraires.

Le premier chapitre traitant de l'historique du cimetière Belmont ne présente


que des données objectives et descriptives. L'élaboration des faits entourant

l'éclosion et l'évolution de cette nécropole offre l'avantage de reposer sur des

témoignages et des documents d'époque. Cette position nous permet à la

31 Jacques Le Goff, La Nouvelle histoire, Paris, 1978, p.239.


32Jacques Le Goff et al., Histoire et imaginaire, Paris, Poiesis Diffusion Payot, 1986, p.18.
9

fois de construire la trame de fond et peut-être, si ce n'est abusif, d'en finir

avec l'histoire temporelle de ce lieu.

L'espace cimitérial est ensuite abordé comme la résultante d'une réalisation


complexe où interviennent, conjointement aux modes et aux mentalités du
temps, l'action de certains corps institutionnels et celle d'individus, de familles
et de collectivités. Cette mise en contexte, dont il est question dans le
deuxième chapitre, nous permet de mieux comprendre la configuration

générale du site et le pourquoi de ses diverses compartimentations. Déjà à

cette étape, on perçoit le cimetière comme une institution sociale, où les

divers groupes entrent en scène.

Les données des chapitres suivants prennent en compte le paysage funéraire

tout entier englobant à la fois l'objet et l'espace. Un bref regard sur les

fonctions de l'objet funéraire précède son étude typologique, iconologique et


épigraphique33. L'architecture et le mobilier sont abordés au troisième
chapitre, tandis que la sculpture historiée est traitée au chapitre suivant.
Enfin, le texte gravé permet de clore notre parcours du sens, à travers les
multiples supports métaphoriques par lesquels les défunts interpellent les

vivants.

Sous une facette ou l'autre et d'un discours à l'autre, nous avons vite constaté

que le cimetière reproduit les codes de la société qui l'a fait naître. D'autres

auteurs avaient perçu cet état de fait bien avant nous. "La cité des morts est

l'envers de la société des vivants, ou, plutôt que l'envers, son image, et son

330n y inclut certains éléments sémiologiques appuyés principalement des analyses de Jean-
Didier Urbain.
10

image intemporelle" nous disait Philippe Ariès à la fin des années 197034. Ce
qui nous revient, par contre, c'est d'avoir approfondi le sujet, d'en avoir fait le
fil conducteur de notre mémoire. Aussi, nous avons cherché à comprendre

comment l'image de la mort a changé au cours des ans. Autrement dit, notre
analyse cherche à mettre en lumière les façons dont la société transpose ses
stratifications au champ du repos et comment ses idéologies et ses croyances
les plus profondes y sont dépeintes. En corollaire, si la société québécoise a

connu des changements radicaux depuis les trente dernières années, cette
image aura-t-elle suivi la même évolution?

34Philippe Ariès, Essais sur l'histoire..., op.cit., p.56.


CHAPITRE 1 -LE SITE

1.1-Aperçu historique

Le cimetière Notre-Dame de Belmont fut inauguré le 10 juillet 1859. Il relevait

de la fabrique Notre-Dame de Québec à laquelle s'est jointe, vingt-sept ans


plus tard, celle de Saint-Jean-Baptiste, tel que stipulé à l'article 8 d'une loi

sanctionnée le 21 juin 1886 qui

confiait l'administration du Cimetière Notre-Dame de Belmont, (qui


serait désormais la propriété conjointe des deux fabriques de St-
Jean-Baptiste et de Notre-Dame, dans la proportion respective des
deux-tiers et du tiers,) à un comité composé des quatre Marguilliers
du banc de l'Oeuvre de chacune des paroisses. [...] A la première
assemblée du nouveau Comité Conjoint, par le fait même substitué
à l'ancien, en date du 5 août 1886, des règlements de régie interne
furent adoptés [puis] complétés à une assemblée subséquente en
date du 13 mai 1887 [...].L'administration de ce Comité Conjoint
s'est continuée jusqu'au 19 février 1932J

Bien avant l'ouverture de cette nécropole, vers le milieu du XVIIe siècle, la


paroisse de Québec avait établi les cimetières Sainte-Anne et Sainte-Famille

autour de son église1


2. Par la suite, afin de subvenir aux besoins d'une
population croissante et de faire face à une hausse des mortalités engendrée

par des épidémies, la fabrique dut ouvrir, en 1703, un nouveau site situé sur

1 La Corporation du cimetière de Notre-Dame de Belmont. Historique, Constitution, Règlements,


Refonte de 1940, chap.1, p.3. Cet article figure au chapitre 44 des sanctions de la Province de
Québec, 49-50 Victoria, intitulé "Acte pour ériger la paroisse de St-Jean-Baptiste de Québec".
On avait prévu un "partage de certains biens ayant appartenu à la paroisse de Notre-Dame de
Québec". Précisons que l'actuelle Corporation du Cimetière Notre-Dame de Belmont fut
sanctionnée le 19 février 1932: Ibid., chapitre 2, p.5.
20n parle aussi d'un lieu de sépulture situé entre l'église Notre-Dame et la rue Buade mais d'après
François Drouin, aucun document ne spécifie qu'il s'agit du cimetière Saint-Joseph dont
l'appellation serait due à Pierre-Georges Roy (Les cimetières de Québec, Lévis, 1941, p.73):
François Drouin, "Les cimetières de Notre-Dame de Québec datant du XVIIe siècle", communication
présentée à Montréal le 8 mai 1993 au congrès annuel de l'Association des archéologues du
Québec et de l'Association canadienne d'archéologie (p.7).
un vaste terrain de l'Hôtel-Dieu qui fut dénommé "le cimetière des Picotés"3.

C'est là qu'on allait inhumer la plupart des paroissiens de Québec pendant


plus d'un siècle et demi4 .

Vers le milieu du XIXe siècle, des citoyens qui demeuraient dans les environs
de ce lieu de sépulture firent des pressions afin d'obtenir sa désaffectation qui
allait être favorisée par le décret de 1855.

Pour se soumettre aux injonctions des lois et aux prescriptions de


l'hygiène et du sentiment connu des peuples d'aujourd'hui, les
fabriciens de la paroisse de Notre-Dame de Québec ont ordonné la
levée des corps qui reposent dans le cimetière dit des picotés. [...]
Les restes des personnes inhumées au "Cimetière des picotés" sont
ou remis aux parents qui les réclament ou décemment enfermés
dans des boîtes qui sont temporairement déposées dans un caveau
du "Cimetière Saint-Louis" pour être plus tard inhumés dans le beau
cimetière que vient d'établir la Fabrique Notre-Dame sur le chemin
Sainte-Foye.5

La Fabrique avait dû se chercher un lieu en périphérie de la ville car à cette loi


civile qui interdisait la sépulture à l'intérieur des murs pour des motifs

sanitaires, s'étaient ajoutées les pressions ecclésiales favorisant


rétablissement du cimetière en dehors de l'agglomération et même au-delà de

la zone des faubourgs6.

3A cause de "l'épidémie de picote ou petite vérole de l’automne et de l'hiver de 1702 [qui] fit plus
de trois cents victimes". Ce terrain fut remplacé par l'actuelle rue Hamel. Pierre-Georges Roy,
op.cit., p.178.
Précisons qu'en 1832, on avait été contraint d'ouvrir le cimetière Saint-Louis, afin d'inhumer les
victimes de l'épidémie de typhus. Il fut aménagé sur la propriété de John Anderson sise au nord
de la rue du même nom, de part et d'autre de la rue Salaberry. Ce lieu fut surnommé "le cimetière
des Cholériques" car le typhus surgit à nouveau en 1834, 1849, 1851 et 1852: Ibid, p.216-217. Il
servit, comme celui des "Picotés", jusqu'à l'ouverture du Belmont: "Le nouveau cimetière", Le
Canadien, lundi 11 juillet 1859, p.4.
5"Des cimetières dans les villes", Le Courrier du Canada, Québec, lundi 16 novembre 1857. Le
transfert des corps fut effectué sous la surveillance du chef de police, Mr Russell: "Cimetiere des
Picotées [sic]", The Quebec Gazette, November 11, 1857, [p.2]. Quant au décret, il figure en
annexe in: Lorraine Quay, La fermeture du cimetière des Picotés (1855), Université Laval, 1984.
6De telles démarches ont abouti à l'inclusion d'une réglementation dans la discipline diocésaine
qui n'apparaît toutefois que dans l'édition de 1879: Mgr Elzéar-Alexandre Taschereau, Discipline
du diocèse de Québec, 1879, p. 46, article 6 de la rubrique Cimetière. Les éditions de 1859 et de
13

C'est ainsi que, le 30 décembre 1857, devant le notaire Louis Prévost, la

fabrique Notre-Dame de Québec achetait, au prix de 4250 livres, un vaste


terrain faisant partie de la propriété de John William Dunscomb, percepteur des
douanes7. Ce domaine était connu sous l'appellation de Belmont et avait
appartenu pendant trois générations à la famille du colonel Henry Caldwell. Il
s'étalait sur 450 acres de part et d'autre du chemin Sainte-Foy, de la Grande-
Allée jusqu'aux marais de Bijou8. De cette superficie, 57 acres furent cédés à

la Fabrique qui s'était réservé le droit de vendre

la partie de ce terrain où se trouve le jardin, avec la maison et ses


dépendances, dont elle n'a pas besoin, afin de retirer, par ce moyen,
la plus grande partie de la somme qu'elle serait obligée de
débourser.9

En fait, le terrain acquis s'étendait sur le côté nord du chemin Sainte-Foy

jusqu'au bas de la Côte Sainte-Geneviève. C'est sept ans plus tard, en

septembre 1864, que George Wakeham acheta l'emplacement sur lequel se

dressait la vaste résidence qu'il transforma en maison de santé pour


alcooliques. De là, son appellation de Belmont Retreat ou Solitude Belmont10.

1865 du Recueil d'ordonnances synodales et épiscopales du diocèse de Québec ne


mentionnent toujours pas ce règlement.
7Ce montant équivaut approximativement à $18,000.00: P.-G. Roy, op. cit. p.230-231. Le greffe
du notaire Louis Prévost ne renferme pas la minute du marché passée entre la fabrique et J.W.
Dunscomb, le 30 décembre 1857 (ANQ, cote de fonds: CN 301-232; localisation: 3B17-3507B).
De même, le répertoire au nom de Louis Prévost (ANQ, # 300438) incluant 13 micro-fiches ne fait
pas mention de cet acte de vente dont P.-G. Roy présente un extrait Ibid., p. 231.
8France Gagnon-Pratte, L'architecture et la nature à Québec au dix-neuvième siècle: les villas,
Québec, MAC/ Musée du Québec, 1980, p. 196-197. Dunscomb l'avait acheté vers 1854 à
Henry, fils de John et petit-fils du colonel.
9Ceci afin de diminuer une dette qu'elle avait du mal à supporter: lettre du 12 novembre 1857,
adressée à M. le curé [Joseph Auclair] par C.F. Évêque de Tloa [Mgr Charles-François
Baillairgeon]: ANDQ, carton 24, pièce no 24-147.
10L'appellation en français nous a été fournie par l'écrivain Robert Germain. A titre d'information, la
villa était située sur l'actuelle Place Mackay, à mi-chemin entre le chemin Sainte-Foy et la rue
Chapdelaine.
Cette villa, construite en 1800 pour remplacer celle incendiée en 1798, fut de
nouveau la proie des flammes vers 192611 .

L'arpenteur Joseph Hamel fournit une description du jardin et de "l'ancienne


résidence du Major Caldwell, père de feu Sir John Caldwell et aïeul du présent
Sir Henry Caldwell" dans un rapport au sujet de la superficie prévue pour le
cimetière:

une superbe maison en pierre à deux étages, en très bon ordre, à


laquelle on parvient par une avenue bordée de toutes les espèces
d'arbres qui se trouvent en Canada. Entre cette maison et le chemin
est un jardin spacieux rempli d'arbres fruitiers et dans lequel il y a un
caveau voûté en pierre qui semblerait avoir servi de basement à une
maison que l'on dit avoir été la résidence d'un intendant le sieur
[Jean Talon], sous le Gouvernement français. Il y a près de la ligne
sud ouest et en ligne avec l'enclos du derrière de la maison, une
étable et remise en bois, en très bon ordre.12

Sur un plan de 1832 conservé aux Archives du Séminaire de Québec (fig.1), on

distingue l'emplacement de cette construction sise au nord du chemin Sainte-


Foy dans la partie centrale du domaine. Ce dernier s'étire vers le nord
jusqu'aux confins des terres de la rivière Saint-Charles et découpe la "Terre de
Frechet", au sud-est, elle-même croisée par le chemin Gomin. De même, sur la

carte des environs de Québec tracée par des ingénieurs en 1867, figure l'allée
en croissant de lune conduisant à la villa ainsi que l'emplacement du cimetière

Belmont précédé d'une avenue rectiligne, toutes deux soulignées par des
plantations d'arbres (fig.2).

11 Selon F. Gagnon-Pratte (op. cit., p.196), elle aurait été incendiée vers 1930. Par contre, il est
spécifié que "Belmont has been burned to the ground" in Katherine Hale, Canadian Houses of
Romance, Toronto, The Macmillan Company of Canada Limited, 1926, p.47 (fin du chap. V intitulé
"The search for Belmont").
12Ce document présenté à la fabrique est daté du 2 décembre 1857 (ANDQ, carton 24, pièce no
24-165). Hamel constate que la superficie de 32 arpents (4 de LA par 8 de PROF), incluant la
résidence, correspond plutôt à 48 arpents. Il signale aussi la présence de quatre ravins.
15

1.2-Conception du plan

Lorsqu'il offre ses services à la Fabrique Notre-Dame de Québec pour le tracé


des lots et du plan du nouveau cimetière13, l'ingénieur et architecte Charles

Baillairgé (1826-1906), pour se faire plus convaincant, insiste sur ses


compétences: "Je m'y connais un peu en matière de cimetière ayant visité les
plus beaux des Etats-Unis et celui de Greenwood n'est surpassé dans aucune
partie du monde". Il propose alors sa méthode utilisée au cimetière Saint-

Charles de Québec inauguré en 1855:

je suggérerai la nécessité d'avoir à faire cette division d'abord sur le


papier, car il faudra évidemment que les sentiers se fassent de
manière à suivre les différences de niveau du terrain, et en fait de
manière à ne pas nuire aux autres. Il faudrait pour cela faire comme
j'ai fait au Cimetière St-Charles, c'est-à-dire faire un plan du terrain
sur une assez grande échelle et indiquer la position exacte de tous
les principaux arbres etc; puis, sur ce plan tracer les sentiers et les
lots proposés et retourner ensuite sur le terrain le plan à la main pour
y tracer ce qui aurait été d'abord tracé sur le plan. C'est là la seule
manière de faire les choses correctement.14

Baillairgé obtint le contrat et dans une lettre datée du 9 mai 1858, il promet

de faire le plan général du Cimetière de Notre-Dame de Belmont, [...]


aussi tous autres plans sectionnaires jugés nécessaires pour la
division des lots de famille, de tenir un registre de la division des dits
lots de famille, [...] de tracer [...] pour la partie qui va être
immédiatement enclos en cimetière, tous les chemins qui seront
marqués sur le plan, ainsi que le chemin principal pour y
communiquer, [...] de faire d'ici à la fin de juin prochain ou au
commencement de juillet, la division de cent lots de famille, avec

13La superficie réservée au cimetière correspond, en fait, à une trentaine d'arpents (ANDQ, pièce
no 24-212, sans date). Ce rapport d'Augustin Gauthier au sujet du terrain fut acheminé vers le
début de décembre 1857 . Signalons que dans Le Courrier du Canada du 4 juillet 1859 (p.2), on
fait mention d'un terrain de 35 arpents et dans l'article "Le cimetière de N.-D. de Belmont", Le
Canadien, 4 juillet 1859, p.4, il est question de 26 arpents.
14Lettre datée du 15 décembre 1857, ANDQ, carton 24, pièce no 24-166. Il y précise qu'il gère le
cimetière à la Petite Rivière depuis plus de deux ans.
procès verbal pour chaque lot, de faire en oûtre tous les plans et
spécifications pour les clôtures, barrières, ponts et réparations des
anciennes bâtisses, avec aussi les plans et spécifications d'une
chapelle et la surveillance des travaux [...], de faire les plans et
spécifications d'une maison pour le gardien du cimetière et de une
ou deux croix pour le cimetière. [...]

Je m'engage [...] à surveiller et diriger tous les dits ouvrages et


travaux pendant trois années consécutives pour le prix et somme de
cent vingt cinq livres courant.

Enfin pendant que je serai sur les lieux, si la Fabrique exige un plus
grand nombre de lots de famille que les cent lots ci-haut mentionnés,
j'en ferai la division [...]15

Lorsqu'il fut question d'élaborer ce plan, Baillairgé bénéficia, on le sait, des


leçons tirées de son expérience au cimetière Saint-Charles et de ses visites

dans les nécropoles américaines. Tout en tenant compte des moyens


financiers dont disposait la Fabrique, l'architecte a voulu rivaliser avec le
cimetière Greenwood dans le district de New York ouvert en 1838. Le plan de

ce dernier fut d'ailleurs exécuté par le major David Bates Douglass comme
aussi au Mount Hermon de Sillery inauguré dix ans plus tard16. Dans les

deux cas, cet officier de génie et ami de l'horticolte Henry Atkinson de


Québec17, présenta le modèle du jardin anglais ponctué d'allées irrégulières

qui accentuent l'aspect pittoresque du lieu.

Quoique jusqu'à maintenant on ait attribué au cimetière Belmont les mêmes


caractéristiques, on se rendra vite compte que l'idée directrice du plan (fig.3) en

15ANDQ, pièce no 24-174, engagement de Charles Baillairgé envers la Fabrique Notre-Dame de


Québec contresigné par Charles Cinq-Mars, marguillier.
16Sylvie Bergeron et Brian J. Treggett, Lieu de la mémoire collective. Le cimetière Mount Hermon
à Sillery, Sillery, Association du cimetière Mount Hermon, 1992, p.7. Le major Douglass tira lui-
même les leçons du Mount Auburn de Boston ouvert en 1831 et qui est dû au Docteur Jacob
Bigelow, botaniste: Martha V. Pike et Janice Gray Armstrong, A Time to Mourn Expressions of
Grief in Nineteenth Century America, New York, The Museums at Stony Brook, 1980, p.53.
17J. M. Lemoine, Monographies et Esquisses, Québec, Gingras, 1885, p.341. Le plan du
Greenwood est reproduit, entre autres, in Edmund V. Gillon Jr., Victorian Cemetery Art, New York,
Dover Publications, 1972, p.viii.
diffère substantiellement. Il s'agit, en réalité, d'un jardin de style mixte, "où les
éléments pittoresques s'insèrent dans les mailles d'une géométrie

traditionnelle"18.

En regard du tracé des lotissements, on note, en effet, la rigueur géométrique


propre aux jardins français, notamment au niveau de l'avenue des Amaranthes
et de l'avenue Belmont situées à l'est du site. Chacune d'elles délimite un

réseau de lignes concentriques rayonnant autour d'une place centrale. Dans le

premier cas, ce noyau est circonscrit d'une couronne de monuments massifs et

dans le deuxième cas, un imposant édicule coiffé d'une figure allégorique s'y
dresse (lot de Philippe Huot). Là, la perspective s'étale jusqu'au Sentier des
lilas d'où prend naissance l'avenue en hémicycle des Eaux-Sylvaines .

Dans la section ouest dite nouvelle partie (N.P.), où la pente s'adoucit, le tracé

rigoureux des artères principales dessine des quadrilatères permettant, dans le


cas de l'avenue Saint-Nazaire, un point de vue qui embrasse le site du nord au
sud. Les appellations pittoresques, soit dit en passant, font place ici aux
patronymes. Du sud au nord, les avenues Saint-Joachim, Sainte-Anne, Saint-
Édouard, Notre-Dame du Saint-Rosaire et Saint-Alfred découpent à angle droit

et d'est en ouest, les avenues Saint-François-Xavier, Saint-Nazaire, Saint-


Damase et Saint-Ignace qui est aujourd'hui disparue19. On verra plus loin que

18Cette caractérisation est empruntée à Pierre Grimai, L'art des jardins, Paris, PUF, 1964, p.104.
Nos recherches aux ANDQ ne nous ont pas permis de repérer le plan dû à Charles Baillairgé.
Cependant, nous présentons celui exécuté en 1906 par l'architecte J.P.Edmond Dussault (fig.3).
19On peut croire que ces dénominations toponymiques, incluant l'avenue Saint-Jean-Baptiste
située à l'extrême est, n'avaient pas été planifiées à l'origine. Le fait que la Fabrique Saint-Jean-
Baptiste se soit jointe à celle de Notre-Dame en 1886 n'est peut-être pas étranger à ces
changements.
ce secteur a été occupé après 1880 et l'on sait à quel point certaines dévotions
traditionnelles connurent un regain à cette époque.20

Par ailleurs, l'architecte s'est préoccupé de mettre en valeur la beauté naturelle


du lieu et son tracé s'harmonise avec la topographie du terrain en déclive.
Dans l'ancienne partie21, aux carrefours géométriques se jouxtent des artères
dessinant des sentiers sinueux dont les effets de perspective sont atténués.
C'est dans ce sens que l'ordonnance du cimetière Belmont se rapproche de

celle des jardins à l'anglaise, où l'effet esthétique est rehaussé par la présence
des ravins. À l'origine, onze ponts22 dont les plans ont été exécutés par

Baillairgé, enjambaient ces douves. On ne tarissait pas d'éloges sur ce lieu


enchanteur.

Ce terrain si pittoresquement accidenté est une colline en pente


douce où se succèdent les avenues aux noms poétiques de
"l'avenue des Sycomores, des Saules Pleureurs, des Amaranthes,
des Eaux Sylvaines [ces trois dernières existant toujours
aujourd'hui], des Eglantiers, des Eaux de Cyprès, etc. pour aboutir à
la Fontaine de Douleur". Cette succession d'avenues formera un
parcours d'à peu près une lieue de longueur ou des pièces d'eau et
d'autres embellissements du genre varieront la scène.

[...] Ceux qui comme nous ont été appelés à voir le magnifique plan
de M.Chs Baillairgé applaudiront à la fabrique de se montrer aussi
soucieuse de lui faire honneur. Les familles qui ont à se pourvoir de
leur dernière demeure ne saurait choisir un lieu mieux fait pour être
l'endroit de leur repos.23

20Spécifions que Baillairgé était toujours gérant du cimetière, comme en fait foi un document en
date du 24 juin 1885, en rapport avec le tracé du lot no 97 A.P., sur l'avenue de la Forêt,
appartenant à François-Xavier Lachance, père de Paul. Il avait acquis ce lot le 20 novembre 1865.
Par contre, celui en date du 23 mai 1889, pour le tracé du lot de Mme veuve Thomas-Étienne Roy,
est signé par J.-F. Peachy, gérant (ANDB). Curieusement, les tracés furent exécutés
respectivement 20 et 30 ans après l'achat des lots. Dans le deuxième cas, le fils de T.-É. Roy -
première sépulture au Belmont- fut inhumé le 12 juillet 1859.
21 Elle correspond au secteur situé entre l'extrémité est et le troisième ravin.
22Le Courrier du Canada, 4 juillet 1859, p.2. Les quatre ravins qui atteignaient déjà à l'époque
vingt pieds de profondeur figurent sur le plan de 1906 (fig.3).
23"Le Cimetière de N.-D. de Belmont", Le Canadien, 4 juillet 1859, p.4.
19

Un aménagement paysager s'inscrivait également dans le projet d'ensemble


conçu par l'architecte et la végétation devait souligner chacune des allées, les
pourtours du site et l'avenue principale conduisant au cimetière24. Onézime

Petit, charpentier de Saint-Roch de Québec, exécuta les travaux après


l'inauguration du site:

sur les deux côtés du chemin qui part du chemin de Ste-Foye, à


descendre à la porte du dit Cimetière, sur une largeur de dix pieds de
chaque côté, ainsi que sur toute la largeur du dit Cimetière, le long
du travers ou cloture [...] et en dehors du dit Cimetière, sur une
largeur aussi de dix pieds.

La première rangée de plantations de chaque côté du chemin qui


conduit au Cimetière sera d'érables [...] et les deux autres rangées en
arrière seront de bois mou mêlé [...]

Tous ces arbres seront croisés de cinq pieds en cinq pieds et à une
même et égale distance les uns des autres. Il devra y avoir trois
rangées d'arbres le long du travers du Cimetière, du côté sud, et
deux rangées de chaque côté du chemin.

Et le dit Sieur Petit sera tenu et, par ces présentes, il s'oblige varier le
bois autant que possible, comme Epi nette rouge, Epinette blanche,
pin, sapin, peuplier, saule, cormier, etc.25

1.3-Architecture d'entrée

C'est aussi Charles Baillairgé qui exécuta les plans pour la chapelle, le pavillon

d'entrée, les clôtures et le portail.26 Pour l'ornementation de ce dernier, des


précisions sont incluses à sa lettre du 14 septembre 1858 adressée à Charles
Cinq-Mars.

Une estimation détaillée de ce dernier plan me conduit à la somme


de 269 [livres] en brique et soit de 12 à 15 [livres] de moins en bois;

24Quant aux bassins, tout porte à croire qu'ils demeurèrent à l'état de projet.
25Marché entre la Fabrique et M. Onézime Petit, 19 octobre 1859, minute no 5896 du notaire
Henri Bolduc (ANDQ, pièce no 24-191).
26Lors du dépouillement aux ANDQ, en mars 1989, la pièce intitulée "1858-RE chapelle et
barrière, Chs. Baillairgé, arch." manquait (no 24-184).
et je vous conseille d'adopter ce dernier plan qui ne le cédera pas
cependant au premier en apparence extérieure et en commodité
intérieure, sauf un appartement ou deux de moins qui ne sont pas
absolument indispensables. [...] Vous recevez aussi avec la présente
un plan de barrière pour l'extrémité Nord de la Grande Avenue. Sur
les disques circulaires au centre des vollets [sic], je propose de
petites allégories mortuaires que l'on pourra faire sculpter par Giroux
pour une bagatelle et ce sera une considération ultérieure.27

La clôture "d'entourage" fut construite par Michel Poitras28, tandis que pour la

chapelle, la maison du gardien, le portail ou "barrière d'entrée", ce fut le maître


menuisier Édouard Gaboury qui entreprit les travaux29. Dès le mois d'octobre

1858, et sous la direction de Charles Baillairgé, il s'était engagé à édifier:

une chapelle et maison de gardien en brique à feu à un étage avec


cave sous la maison et voûte sous la chapelle et d'une barrière de
cimetière, [...]
Ce marché est fait pour et en considération du prix et somme de trois
cent quatre vingt seize livres courant pour le coût de la chapelle et
maison du gardien, et quinze livres courant pour le coût de la barrière
[...]

Spécification
[...] Le carré de la bâtisse sera en brique rouge avec parement
extérieur en brique blanche d'une et demie brique d'épaisseur [...]
Le toit sera couvert en bardeau de cèdre [...]
L'autel quoique figuré sur le plan ne sera point compris pour le
présent. Les croisées seront vitrées avec les meilleures vitres
allemandes [...]
La partie sous la chapelle devra être creusée jusqu'à la profondeur
de huit pieds sous le sol [...] et l'on fera [...] une trappe dans le
plancher pour descendre les corps.30

27ANDQ, carton 24, pièce no 24-185. Il suggère d'utiliser la brique comme matériau pour la
chapelle et maison du gardien, d'autant plus que la différence des coûts avec le bois est fort
minime.
28Minute no 4806 de Henri Bolduc, 19 mai 1858, ANDQ, carton 24, pièce no 24-182. La clôture
était en planches de "bois de pin non blanchi" et haute de 7 pieds.
29La Fabrique reçut d'autres soumissions pour la chapelle, celles du maître menuisier Michel
Poitras (ANDQ, 24-177, 24-178), du maçon Onésime Delisle (24-179) et celles de Louis-Th.
Berlinguet (24-180) et Olivier Mathieu (24-181).
30Minute no 127 du notaire J.A.Ed. De Foy: marché entre la Fabrique et Édouard Gaboury, 15
octobre 1858 (ANDQ, carton 24, pièce no 24-183).
A l'été suivant, la nécropole était suffisamment parée pour sa consécration qui
eut lieu le 10 juillet 1859. Le dimanche précédent, cet événement avait été

annoncé au prône et dès le lendemain, Le Canadien y consacrait une longue


rubrique incluant la description du site31 et des précisions sur les coûts
encourus. On ne manqua pas non plus d'honorer l'auteur du plan.

Comme de raison, il reste bien des travaux d'ornementation à faire


avant de rendre la place ce qu'elle doit être. Mais il suffit de savoir
que le plan a été conçu et tracé par M. Charles Baillairgé, l'héritier
progressif d'un nom déjà célèbre dans l'architecture canadienne,
pour avoir la garantie qu'il sera exécuté dans un goût de renaissance
qui ne laissera rien à désirer. Celui de St-Charles sort du même
dessin et reflète déjà ce que Québec possède dans ce talent
prédestiné, qui imprime un cachet si remarquable à toutes ses
oeuvres.
L'espace nous manque aujourd'hui pour donner une description
aussi détaillée que nous le voudrions à ces avenues funèbres dont la
barrière d'entrée est formée de piliers surmontés d'urnes funéraires,
de flambeaux renversés et d'autres attributions funèbres.
[...] Déjà la fabrique a dépensé $6,000 en frais de construction de la
chapelle mortuaire, des chemins, des ponts et du cloturage et veut
faire en sorte que le reste réponde à ces magnifiques
commencements32.

Dans Le Courrier du Canada, il est question d'une "jolie chapelle surmontée

d'un clocheton gothique" et d'une grande croix qui est sur le point d'être

terminée. On signale qu'en dessous de ladite chapelle, on a aménagé une

voûte "pour recevoir, provisoirement pendant l'hiver, les corps de ceux que les
familles veulent faire inhumer dans les tombes particulières"33.

31 Nous avons déjà présenté l'extrait de cet article concernant le site (note 22).
32"Le Cimetière de N.-D. de Belmont", Le Canadien, 4 juillet 1859, p.4. On indique aussi que la
Fabrique a dû débourser $18, 000 dollars environ pour le terrain et qu'il s'agit "d'une très belle
affaire".
33Le Courrier du Canada, 4 juillet 1859, p.2.
22

Pour ce qui est des lieux d'aisance et du hangar, qui servait en partie d'écurie,
ils furent édifiés après l'inauguration, en octobre 185934. Ces constructions

apparaissent sur les deux photographies aériennes (fig.4 et 5) prises aux


environs de 1926-193035 et on y distingue une surélévation à la maison du
gardien. En effet, entre le 15 janvier et le 1er mars 1903, un nouveau toit
mansardé muni de lucarnes fut érigé après que le carré de la bâtisse eût été

rehaussé36. Enfin, d'autres interventions eurent lieu quelque dix ans plus tard.
Entre le 15 mai et le 1er août 1916, on effectua des travaux de "macadam et

piliers en pierre [...] de clôtures et menuiserie [...] de barrières [et] de peinture",

sous la surveillance de l'architecte J.P.E. Dussault37, celui-là même qui avait

relevé le plan du cimetière en 1906.38

34Minute no 5878 du notaire Henri Bolduc, 6 octobre 1859 (ANDQ, carton 24, pièce no 24-189).
Encore une fois, les travaux ont été exécutés par Édouard Gaboury mais on ne sait pas si c'est
Baillairgé qui en a conçu les plans.
35Ces dates ont été fixées à partir des monuments aperçus sur ces photographies et qui sont inclus
au corpus. On note ici que dans le secteur à l'est, la végétation surabonde alors que dans la partie
des quadrilatères à l'ouest, les grandes perspectives étaient laissées à nu. Cette situation fut
modifiée par la suite grâce à la plantation d'érables en bordure des artères principales.
36D'après les plans de J.P.E. Dussault (Peachy & Dussault architectes): marché entre
l'entrepeneur menuisier Louis Boivin et les deux Fabriques, minute no 4339 du greffe de
Georges I. Châteauvert, 20 déc. 1902 (ACQ, Boîte C-32/R-293).
37lls furent respectivement exécutés par l'entrepreneur-maçon Émile Côté, l'entrepeneur-
menuisier Chrysanthe Jobin, le forgeron Olivier Lachance et le peintre-décorateur Eugène X.
Tardivel: minute no 10195 du greffe de Cyprien Labrecque en date du 19 avril 1916: (ACQ, Boîte
L-62/R-261). C'est donc à cette époque que furent érigés les piliers se trouvant actuellement à la
naissance de la rue Belmont. Celle-ci correspond à l'ancienne allée qui conduisait au cimetière et
Baillairgé avait prévu un portail au nord seulement.
38Le mur à l'est de l'enclos remonte à la période où Jean Bolduc assumait la fonction de gardien
du cimetière entre 1948 et 1969. Il était le dernier membre de la famille à occuper ce poste, le
premier ayant été Mathias suivi de son fils Henri. Aux ANDQ, figure une lettre datée du 20 janvier
1860 en faveur de Philippe Mathias Bolduc au sujet dudit poste: carton no 24, pièce no 24-210.
André Donaldson, quant à lui, succéda à Jean Bolduc en 1970. Surintendant de la Corporation
du cimetière jusqu'en juin 1993, il fut remplacé par François Drouin, déjà en fonction depuis avril
de la même année (on notera que le mur ouest et la haie au sud ouest remontent aux environs de
1972 et de 1975).
23
Sur ce plan, l'emplacement de la croix est marqué d'un signe cruciforme39.

L'actuelle croix noire se trouve effectivement à cet endroit, mais on ne peut


confirmer si elle est de cette époque. Elle se dresse non loin de l'entrée au
croisement de l'avenue du cimetière et de l'avenue des Saules-pleureurs

(fig.6). Quant à l'architecture d'entrée, elle dut disparaître sous le pic des
démolisseurs un siècle après l'inauguration du site. Le portail, les deux piliers
situés en retrait à l'ouest et la maison du gardien attenante à la chapelle furent

détruits pour faire place aux constructions actuelles, comme l'indique


clairement le plan de l'architecte Jacques Deblois tracé en octobre 196440.

Le charnier qui apparaît - toujours sur le plan de 1906 - à l'ouest de l'ancienne


maison du gardien, fut épargné et il sert encore occasionnellement de nos
jours. Sa construction remonte à la fin du XIXe siècle41. Ce bâtiment (fig.7) ne

laisse voir que sa partie centrale dont la voûte en berceau est précédée d'une

façade néo-romane flanquée d'une tour cylindrique et d'une autre


quadrangulaire couronnée de créneaux, toutes deux en pierre de taille. Elles
enserrent une porte cintrée surmontée d'un fronton triangulaire dont la clef est
surplombée d'un Sacré-Coeur. Une croix se dresse au-dessus du toit conique
de la tourelle méridionale. De part et d'autre de la section centrale et selon la
même profondeur en sol, s'ouvrent deux espaces carrés, chacun étant

dissimulé sous une éminence couverte d'un tapis de végétation.

39N'eût été de ce repère, on aurait pu croire qu'elle avait d'abord été érigée en avant de la chapelle
où l'on distingue, sur ledit plan une forme concentrique. S'agissait-il là d'un plan d'eau ou d'un terre-
plein aménagé?
40ll est conservé aux ANDB. La nouvelle chapelle adjacente à la résidence et au bureau s'est
avérée, à toutes fins pratiques, inutile.
41 II fut impossible de repérer le marché en rapport avec ce bâtiment; pas même une seule mention
n'en est faite dans les documents d'archives. Selon Gérard Morisset, il aurait été édifié vers 1900
(Fonds Gérard Morisset, IBC).
24
1.4- Évolution spatiale

Mais avant d'aller plus loin, on précisera que le 10 février 1942, au coin sud-est

de la nécropole, s'ouvrait le Cimetière des prêtres (fig.8). Une résolution, en


date de ce jour, entérinée entre le Conseil central de la Société des Missions
étrangères et l'Archevêché de Québec stipulait que les prêtres séculiers de
cette communauté pourraient être inhumés audit cimetière42. Ce n'est qu'une
trentaine d'années plus tard que le transfert de responsabilité pour les droits
d'inhumation fut effectué en faveur de la Corporation du Cimetière43.

Afin de reconstituer l'évolution spatiale du cimetière Belmont, à proprement

parler, les plans anciens et les photographies aériennes nous ont servi de
balises. Les variables chronologiques ont été fixées à partir des datations des

monuments auxquelles s'ajoutent parfois certaines données figurant aux


registres des concessions44. En recoupant ces diverses informations, nous

avons pu rétablir les grands moments de l'occupation du site45.

L'architecte Dussault exécuta en 1906 deux autres plans du cimetière Belmont,

l'un correspondant à l'ancienne partie à l'est (fig.9), et l'autre à la nouvelle

42Moyennant une somme de $250.00 pour la sépulture. D'autres choisissaient de faire un don de
$1,000.00 et obtenaient par là un droit d'inhumation.
43Le 11 février 1975, le terrain fut cédé à la Corporation par une vente nominale de $1.00. Ces
informations proviennent de l'abbé Albert Gérard, de la maison générale à Montréal:
communication téléphonique du 6 avril 1989.
^L'achat du lot précède souvent, sinon la plupart du temps, la date du premier décès. En plus, il
faut considérer le fait que certaines dates coïncident avec celles de décès d'enfants morts en bas
âge inhumés dans la fosse commune.
^La numérotation des lots ne pouvait servir d'indice spatio-temporel, car ils ne furent pas distribués
dans l'ordre numérique, mais à partir du plan pré-divisé en concessions dont les numéros étaient
répartis par petits groupes consécutifs entre les diverses sections du site. En témoignent les
premières inhumations qui eurent lieu les 12 et 13 juillet 1859: Joseph-Raymond, 6 mois, fils de
Thomas-Étienne Roy et de Reine-Élizabeth Faucher inhumé au lot no 422 A.P., avenue des
Amaranthes et Mme Abraham Côté (Suzanne Moisan) au no 573 A. P., avenue de la Forêt, non loin
de l'entrée. Ces noms figurent in P.G. Roy, op.cit., p.232.
25
partie à l'ouest (fig.10), les deux étant séparées par le troisième ravin en partant
de l'est. Pendant le premier siècle, l'appropriation de l'espace s'est étayée sur
deux grandes étapes correspondant, en fait, à ce sectionnement.

En effet, les lots de l'ancienne partie furent ouverts à la sépulture entre 1859 et

1890, et ceux de la nouvelle partie entre 1880 et 1970 avec un plus grand
nombre d'utilisations de lopins entre 1900 et 195046. On précisera ici que

certains lotissements anciens légués aux nouvelles générations reçoivent


encore des sépultures de nos jours47. Quant à la période d'occupation de la

zone sise entre le mur est et l'ancienne avenue Saint-Jean-Baptiste


(aujourd'hui dissimulée sous la végétation ou récupérée pour les
ensevelissements), on peut la situer vers la toute fin des années 193048.

Mise à part cette amorce d'extension, les limites fixées depuis l'ouverture du
cimetière ont répondu pendant un siècle aux besoins d'inhumation. Après
quoi, la nécropole s'est métamorphosée graduellement. Alors que l'architecte
J.P.E. Dussault, dans son projet du 15 décembre 1926, avait prévu un

46Le procédé de datation fut établi à partir de la première année d'inhumation. Nous
reconnaissons les limites de cette méthode mais c'était la seule possible, car l'année d'érection
est rarement inscrite sur la pierre tombale et très peu d'actes notariés en rapport avec les travaux
de construction des monuments ont été repérés. Pour les dates inconnues (épitaphes illisibles
ou anonymes), nous avons consulté les répertoires de décès aux ANQ.
47Parfois, on distingue sur d'anciens lots une stèle de facture récente, comme sur celui de la famille
du peintre Théophile Hamel, dont le premier décès remonte à 1862 (George Hamel). On peut
croire que la pierre tombale d'origine fut remplacée par les descendants. Un marqueur a été laissé
au sol avec le nom de l'artiste et ses dates extrêmes (fig.112). Ce lot se trouve près de l'entrée.
48Henri Bolduc était, à cette époque, gardien du cimetière, poste qu'il conserva jusqu'en 1948. Il
traça un plan à grande échelle (signé mais non daté) qu'il divisa en onze sections où figurent les
numéros des lots. Par rapport à ce plan et d'après les registres des concessions, Stanislas
Gaudreau fut le premier à y acheter son lotissement portant le no 1471 A.P.: minute no 9017 de
Ernest Labrèque, 8 nov. 1938 (ANDB). Au fait, sur les photographies aériennes de 1926-1930
(fig.4 et fig.5), aucun monument n'apparaît dans cette section.
26

agrandissement dans la zone nord-est49, c'est plutôt dans la section ouest que

le site allait déborder et ce, à partir du milieu du XXe siècle.

Sur la photographie aérienne de 1950 (fig. 11 ), on distingue un chemin de


ceinture dans le coin sud-ouest, en-deçà du quatrième ravin, mais il n'y a
toujours pas de sépulture. De même, la zone quadrillée de la nouvelle partie
située entre l'avenue Saint-Joachim et l'avenue Sainte-Anne demeure à peine
occupée. Ce sera plutôt entre 1950 et 1959 (fig.12) que ce quadrilatère sera
rempli et qu'un autre s'ouvrira au sud-ouest à partir de l'avenue Sainte-Anne et
au-delà de l'avenue Saint-Joachim, voie de ceinture qui comme la Saint-Jean-

Baptiste fut envahie par les sépultures.

Au début des années 1960, l'occupation de ce nouvel espace s'est d'abord


effectuée vers le sud pour atteindre la zone limithrophe à l'actuelle rue
Chapdelaine et de là vers l'ouest, pour s'étaler jusqu'aux limites méridionales
du terrain voué originellement à la sépulture. Un nouveau quadrilatère venait

donc s'ajouter au sud-ouest de l'ancien site. Il était subdivisé d'est en ouest par
les rues Saint-Alfred, Notre-Dame, Saint-Jacques qui découpaient à angle droit

les rues Sainte-Anne et Saint-Louis50 . Par la suite, l'artère à l'extrémité sud fut

dénommée la rue des Anciens Combattants tandis qu'on donna le nom de

Saint-Joseph à celle de la limite ouest. Finalement, vers 1978, la rue Notre-

49ll avait prévu un développement en quadrilatère en bas de la côte Sainte-Geneviève, avec


section en hémicycle au nord-ouest (plan conservé aux ANDB). Des emplacements destinés aux
fosses communes ceinturaient le carré et des plans d'eau s'inséraient au bas de la pente. En fait,
la pointe nord-est du terrain est occupée par un dépotoir à neige et la Corporation du Cimetière
loue cet espace à la ville de Sainte-Foy depuis le 1er déc. 1975 (Information: section des archives
de Sainte-Foy).
50Jean Bolduc a dessiné un plan des lotissements du terrain correspondant à cet agrandissement
afin de poursuivre le travail réalisé par Henri décédé en 1948. Depuis 1970, M. Donaldson a repris
le tracé et l'a complété du moins pour ce secteur au sud de Sainte-Anne jusqu'à l'ouest de la rue
Saint-Joseph. Ensuite, cette mise à jour de l'occupation du site transposée sur plan a été
interrompue.
27
Dame fut prolongée pour s'ouvrir sur la rue Chapdelaine. Elle tient lieu

d'entrée secondaire.

Ainsi, à partir de 1950, le cimetière Belmont entrait dans une étape d'expansion
réelle dont le développement allait être davantage planifié. L'occupation de
cette nouvelle aire, après s'être orientée du nord au sud inversa ce mouvement
au début des années 1960. Depuis, dans le secteur à l'ouest de la rue Saint-

Joseph, les alignements réguliers de petites stèles s'additionnent du sud au


nord. Ils ont d'abord atteint l'avenue Sainte-Anne puis l'avenue Saint-Édouard

et plus récemment, l'avenue Notre-Dame-du-Saint-Rosaire. Les photographies

aériennes de 1965 (fig.13), de 1973 (fig.14) et de 1985 (fig.15) nous permettent

de suivre ce parcours.

Entretemps ou vers le milieu des années 1960, des travaux de nivellement du

sol avaient été effectués afin de remédier à la forte déclivité du terrain dans le

secteur septentrional qui empêchait toute inhumation. C'est aussi à cette


étape que l'ancien boisé au coin nord-ouest du site fut progressivement
rasé51. De même, les deux ravins à l'ouest ont été l'objet de travaux de
remplissage entre 1965 et 197352. Les opérations de terrassement se
poursuivirent afin d'ouvrir définitivement la section au nord de l'avenue Saint-
Édouard et en 1982, c'est la zone sise au nord de l'avenue de Notre-Dame du

51 Le bosquet apparaît sur la photographie aérienne de 1965 (fig.13) alors que sur celle de 1973
(fig.14), il est partiellement rasé pour l'être entièrement par la suite (photographie de 1985, fig.15).
52Sauf pour la partie sud du fossé situé plus à l'est qui était déjà lotie. En effet, sur les plans
relevés par Henri Bolduc avant 1948, des numéros de lots ont été inscrits dans cette zone. Pour
le remplissage, le sol pouvait provenir des chantiers de construction du centre Innovation édifié
en 1972-1973.
Saint-Rosaire qui fut nivelée53. Ce nouvel espace allait pourtant être voué à

la stagnation54.

1.5-Du cimetière hors-faubourg à la nécropole intra-urbaine

Il n'y a pas qu'à l'intérieur de l'enceinte que les métamorphoses se sont


opérées. Tel que signalé, le cimetière Belmont faisait partie à l'origine d'un
vaste espace situé dans les environs de Québec55 alors entourés de terrains

boisés encore peu habités. Dans cette zone agreste, les constructions se
limitaient à celles des fermes et des villas érigées sur les domaines
appartenant aux notables et des voies suburbaines permettaient l'accès à la

ville56.

Peu à peu et surtout dans le premier quart du XXe siècle, les communautés

religieuses allaient s'établir dans ces aires isolées propices à la vie de


recueillement. Fondé en 1917, l'Institut Saint-Jean Bosco déménagea de

Québec à Sainte-Foy pour s'implanter, en 192357, à l'extrémité sud-est de


l'avenue principale du cimetière Belmont. Il appartenait, de fait, à la

53Dans le premier cas, le sol provenait des vergers appartenant aux Frères des Écoles
chrétiennes (voir photographies aériennes 1950-1973), alors vendus pour la construction des
immeubles situés à l'ouest du cimetière. Dans le second cas, la terre avait été prise à Place
Laurier, lors de la construction d'un stationnement souterrain (Informations: M. André Donaldson,
surintendant).
540n rappellera que des inhumations se poursuivent dans les anciens lots de famille et que selon
M. Donaldson, la superficie qui n'est pas encore lotie pourra servir durant plus d'un autre siècle. À
plus forte raison si la demande a diminué considérablement: nous revenons sur ce point au chapitre
suivant.
55La distance à vol d'oiseau entre le cimetière Notre-Dame de Belmont et la basilique est de 3.72
milles ou 6 km (Information: M. Michel Giroux de la section Plan et cadastres à la ville de Sainte-
Foy).
56Les vicaires devaient se rendre au cimetière en calèche (ANDQ, carton no 24, document no 24-
223, 12 juin 1867).
57Sainte-Foy, une histoire à découvrir, Sainte-Foy, Société d'histoire de Sainte-Foy, 1980, p.38:
aujourd'hui, cet édifice est occupé par le centre Louis-Hébert pour handicapés visuels.
29
communauté des Frères des Écoles chrétiennes. Celle-ci acheta d'immenses

terrains avoisinant la nécropole, à l'ouest de laquelle ils érigèrent leur maison

provinciale en 192558.

De fait, c'est "dans les années 1940 que Sainte-Foy se transforma


progressivement de paroisse agricole en municipalité urbaine"59. A cette
époque, dans la zone située à l'est et de part et d'autre du chemin Sainte-Foy,

s'édifièrent un bon nombre de constructions dont deux importants


développements domiciliaires à Saint-Thomas-d'Aquin en 1941. Au début
des années 1950, le secteur au sud connut un rythme effréné d'expansion
urbaine, lequel phénomène allait être favorisé par l'établissement du campus
universitaire à partir de 1950 et l'ouverture du boulevard Laurier entre 1949 et

19516°.

C'est dans la même décennie que furent établies les assises de l'imposante

infrastructure routière "qui fait aujourd'hui de Sainte-Foy la plaque tournante


du réseau régional de circulation"61. Ainsi, en raison de ses activités
commerciales et industrielles, cette cité se métamorphosa peu à peu "de ville-
dortoir de banlieue en ville pleinement urbanisée". Elle subit également une
impressionnante explosion démographique62.

58Comme l'indique l'épigraphe affichée en façade. Ce bâtiment correspond à l'actuel Pavillon


Montcalm (édifice à logements) situé au 2360, rue Nicolas-Pinel. Il était précédé d'une longue
allée donnant sur le chemin Sainte-Foy qui fut réduite lors de la construction du centre Innovation.
59Ibid., p.39.
60lbid., p.41
61 Ibid., p.42. En 1966, on construisit le boulevard Duplessis. La même année, Henri IV, déjà
commençé en 1952, allait atteindre le boulevard Charest, lui-même ouvert aux environs de 1965
et prolongé dans sa partie ouest en 1968 (Ibid., p.43). Une large bande de terrain jouxtant la
limite est du cimetière fut utilisée pour un centre de ski et autres aménagements sportifs vers
1969.
62De 1949 à 1964, la population passa de 3 250 à 40 600 habitants (Ibid.). Quant au progrès
économique de la ville, il est redevable en grande part à l'expansion de deux centres
commerciaux, Place Sainte-Foy (1957) et Place Laurier (1960). Le développement industriel, lui,
30

En ce qui concerne les terrains limitrophes au sud du cimetière, en-deçà du


chemin Sainte-Foy, trois immeubles y étaient déjà édifiés en 1959; en 1965,
trois autres s'y sont ajoutés. Place Versailles et Place Belmont complétèrent
l'ensemble en 1970-1971, îlot faisant face aujourd'hui aux tours Chapdelaine
érigées en 1972-1973. A l'ouest, les terres demeurèrent inoccupées jusqu'à
la construction du centre Innovation en 1972-1973. Les Jardins du Vallon, qui
se dressent sur le site des anciens vergers, remontent à 1974-197763. Enfin,
l'urbanisation des environs de la nécropole a repris son cours en 1992. Un
édifice ayant pignon sur la rue Nérée-Tremblay, près du mausolée

communautaire, coupe la perspective et étire la ceinture verticale dominant la


frontière ouest du cimetière64, mouvement se perpétuant vers le sud avec la

construction d'une autre résidence d'étudiants à l'été 199365.

Force est de remarquer qu'après avoir été repoussé en dehors des limites de

la ville, le cimetière Belmont se retrouve, depuis près de vingt ans, en plein

coeur de l'agglomération urbaine, s'exposant par là à une fréquentation plus


assidue. Celle-ci revêt toutefois un autre sens. Visiblement, on n'y vient plus
pour prier sur la tombe d'un défunt mais plutôt pour y faire une promenade
contemplative tout en tentant de décrypter les personnages qui ont bâti notre
histoire et notre culture.

fut favorisé par l'implantation de grands parcs industriels sur le boulevard Charest à partir de 1965
et à la construction du Complexe scientifique du Québec en 1970: Ibid., p.44.
63Ces derniers renseignements proviennent de M. Michel Giroux, section du contrôle du
développement et de la cartographie (Cadastre et plans), ville de Sainte-Foy. Il nous a fourni la
superficie actuelle du cimetière qui fut amputée de la section au nord, avec les boulevards Charest
et Jean-Talon Sud. Elle s'étend sur 301,872.8 m.2 et les numéros de cadastres sont: lots 110,
111, 111 -A, 111 -B, 111-200, 112, 113-B, 113-B-4, 113-B-5 et 113-B-6.
G4!! s'agit de la résidence d'étudiants "Le Central".
65Elle se trouve au coin de Nérée-Tremblay et Maria Chapdelaine.
CHAPITRE 2-L'ESPACE FUNÉRAIRE

Désormais, le cimetière - ou la tombe - sera le signe permanent


de l’occupation humaine, témoignant d'une relation inaltérable
entre la mort et la culture.
Philippe Ariès1

Depuis que l'église paroissiale ne sert plus de lieu d'inhumation (enterrement


ad sanctos), le cimetière a commencé à s'intégrer métaphoriquement et
définitivement dans le monde des vivants, conférant par là un statut existentiel

aux défunts. Ceux-ci possèdent un espace spécifique venant circonscrire un

nouveau rapport à la mort: leur univers s'établit comme un monde d'objets

réels et nécessaires. Réels dans leur lieu désigné, le cimetière, et nécessaires


pour l'effet qu'ils provoquent chez les vivants2. Celui qui n'est plus pourra

demeurer dans la mémoire collective.

Qu'il soit contigu au sanctuaire, en périphérie de la ville ou enchâssé dans la


trame urbaine, le cimetière reste sans contredit un campo sancto. À la limite,

son caractère sacré demeure dans la conscience collective indépendamment


des appartenances religieuses. On constatera toutefois que les autorités

ecclésiales ont inclus au recueil officiel de la législation canonique, des règles


concernant la sacralité de ce lieu. D'autres facteurs ont été déterminants dans
la configuration de l'espace de la mort dans la mesure où ce dernier apparaît,

comme la résultante de modes et de conventions où jouent les initiatives


individuelles, familiales et collectives.

1 Philippe Ariès, Images de l'homme devant la mort, Paris, Le Seuil, 1983, p.7.
2On reconnaît là les deux valeurs fondamentales que l'anthropologue Louis-Vincent Thomas
accorde au rite, qu'il soit funéraire ou autre, c'est-à-dire, une fonction de "désignation" et une
"capacité de produire un effet": Rites de mort. Pour la paix des vivants, Paris, Fayard, 1985, p.124-
32

2.1-Réglementations synodales: pour un espace sacré

L'espace de la mort c'est [...] non seulement le dernier


espace de la vie[...], mais l'espace entre vie et trépas, la
"traversée des apparences".
Michel Ragon3

Dans sa planification de l'espace cimitérial, Charles Baillairgé fut contraint


d'observer certaines règles canoniques. Par exemple, une clôture devait
ceinturer l'enclos afin de mettre en valeur la sacralité du lieu dont l'ouverture
n'était permise qu'après la bénédiction de l'évêque4. Déjà dans la version
ancienne du Rituel du diocèse de Québec (1703), il était clairement spécifié

que:

Les lieux destinez par l'Eglise pour la Sepulture des Fideles sont
appelez Cimetières; c'est-à-dire lieux de repos. Ils doivent être
considérez comme des Lieux saints & sacrez par la bénédiction de
l'Eglise, qui ne veut pas confier ces dépôts précieux à une terre
profane, par le mélange des cendres des Fideles, dont plusieurs
sont amis de Dieu & ses fideles serviteurs qui jouissent de la vie
bienheureuse. Sur ce principe, Nous ordonnons que les Cimetières
seront entièrement séparez par de bonnes clôtures des lieux
profanes5.

Dans les versions subséquentes de la discipline synodale, on fait toujours

mention d'un lieu devant être bénit et clôturé sauf dans la dernière, celle de

1984, où la présence du mur n'est plus signalée. En outre, le caractère

religieux pouvait être accentué par l'emplacement du Calvaire en position

3Michel Ragon, L'espace de la mort, Paris, Albin Michel, 1981, p.81


4Un prêtre autorisé pouvait aussi procéder à la bénédiction. Celle de Notre-Dame de Belmont eut
lieu le 10 juillet 1859 et la cérémonie fut sans doute présidée par Mgr Charles-François
Baillairgeon, alors coadjuteur de Mgr Paul-Eugène Roy.
5Jean-Baptiste de La Croix de Chevrières de Saint-Vallier, Rituel du diocèse de Québec, 2e
édition, Paris, 1703, p.243.
33

stratégique. Au Belmont, comme déjà mentionné, une croix noire fut érigée
non loin de l'entrée du cimetière6.

Enfin, pour mieux souligner la transition entre l'univers des défunts et celui des
vivants, l'entrée principale recevait un traitement architectural particulier7. 8
Celle-ci prenait donc sens.

"Le seuil qui sépare les deux espaces indique en même temps la
distance entre les deux modes d'être, profane et religieux. Le seuil
est à la fois la borne, la frontière qui distingue et oppose deux
mondes, et le lieu paradoxal où ces mondes communiquent, où
peut s'effectuer le passage du monde profane au monde sacré."8

Une section non bénite a également été prévue pour les irréguliers qui ne

remplissaient pas les conditions de salut. Un tel fait vient confimer


l'authenticité du lieu comme ultime demeure sacrée. Dès la première version

du Rituel du diocèse de Québec, destinée à l'usage du Canada et rédigée par


Mgr de Saint-Vallier en 1703, il était fait mention des restrictions concernant

ces indignes. Les hérétiques, les excommuniés, les enfants morts sans
baptême, "celui qui s'est délibérément suicidé; [ou] qui a ordonné de livrer son
corps à la crémation", les pendus, les alcooliques morts en état d'ivresse, "les
autres pécheurs publics et manifestes, p. ex. les femmes publiques, les

eElle fut placée en direction de l'Orient. Dans la Discipline diocésaine, Québec, Action catholique,
1937, p.107, on peut lire au no 244 de la rubrique Cimetière: "On remplace la croix provisoire par
une croix monumentale, qu'on peint en noir si elle est de bois ou de fer, et qu'il convient d'élever
en la partie du cimetière qui est à l'Orient, de manière que les corps soient tournés vers le point du
ciel d'où le Christ les appellera".
7Au contraire du Belmont, le cimetière de l'Ancienne-Lorette a conservé son portail d'origine. Il
s'ouvre sur une allée s'étalant jusqu'au Calvaire dont les trois figures sont dues à Louis Jobin:
Mario Béland, "Les monuments de bois: ces autres disparus", Continuité, no 49, hiver/printemps
1991, p.36. Celui du Belmont apparaît sur la fig.4.
8Mircea Éliade, Le sacré et le profane, Paris, Gallimard, 1965, p.24.
34

concubinaires et les usuriers notoires"9 et combien d'autres devaient se

partager cette fraction de terre isolée.

C'est seulement dans le Code de droit canonique de 1984, commandé par les

réformes du Concile Vatican II tenu entre 1962 et 1965, que la liste se rétrécit.
Entre autres, le suicide et la vie en union libre ne figurent plus comme motifs

de refus.

#1. Doivent être privés des funérailles ecclésiastiques, à moins


qu'ils n'aient donné quelque signe de pénitence avant leur mort:
1° les apostats, hérétiques et schismatiques notoires;
2° les personnes qui auraient choisi l'incinération de leur propre
corps pour des raisons contraires à la foi chrétienne;
3° les autres pécheurs manifestes, auxquels les funérailles
ecclésiastiques ne peuvent être accordées sans scandale public
des fidèles.
#2. Si quelque doute surgit, l'Ordinaire du lieu, au jugement duquel
il faudra s'en tenir, sera consulté.10

Au cimetière Belmont, la zone qui était destinée aux exclus fut dénommée
Champ du Potier et elle servait encore au milieu du XXe siècle. Ce coin non
consacré occupait une place à l'écart, à l'extrémité nord-est du site, afin de ne

pas attirer l'attention sur ces mauvais exemples de vie.

2.2-Éthique et esthétique: pour un espace urbanisé

Le jardin est l'enclos merveilleux où l'on apprend à tricher avec les


lois de la Nature. Pour cette raison, les jardins d'une époque sont
aussi révélateurs de l'esprit qui l'anime que peuvent l'être sa
sculpture, sa peinture ou les oeuvres de ses écrivains.

9La présente énumération est tirée des diverses ordonnances synodales et les extraits cités
figurent in Discipline diocésaine, 1937, p.311-312. Cette version fait montre de plus de
souplesse, par exemple au sujet des enfants morts en bas âge qui ne figurent plus à la liste (c'était
le cas encore in Le code de droit canonique, 1929, p.75) et pour ceux qui sont morts en état
d'ébriété, il "faut examiner les antécédents du défunt" (p.313).
10Tel que stipulé au canon 1184: Code de droit canonique, Ottawa, Conférence des évêques
catholiques du Canada, 1984, p. 206.
35
Pierre Grimai11

Le projet du cimetière Belmont a été élaboré à une époque où s'implantait

dans la cité des vivants, un nouvel urbanisme prônant un souci d'esthétique et


une sensibilisation aux bienfaits de la nature. Cette philosophie novatrice fut
transmise en partie par les courants de pensée européens. À peine introduite

à Québec au début du XIXe siècle, elle allait, quelque cinquante ans plus tard,

connaître ses heures de gloire avec le phénomène d'intégration massive des

villas dans la zone des faubourgs.

Cette mutation étroitement liée au développement de la ville allait modifier

substantiellement sa géographie. Conjointement, l'intérêt pour l'horticulture et


la botanique développé depuis le début du XIXe siècle allait croître de façon
spectaculaire. En outre, avouons-le, un tel concept d'urbanisme allié à une
"architecture de domination"12 appuyait indéniablement les nécessités d'une

bourgeoisie montante née d'un contexte économique favorable.

Ainsi, les notables influents s'empressèrent d'édifier leurs grands domaines

en banlieue de la ville et déjà aux environs de 1830, ils pouvaient compter sur
une main-d'oeuvre spécialisée. L'action d'architectes et de paysagistes

contribua à la création de vastes parcs-jardins qui, d'abord inscrits dans le

mouvement pittoresque, allaient atteindre leur âge d'or à l'époque


victorienne13. Ce mouvement trouvait ses fondements non seulement dans

l'essor économique et l'avènement de nouvelles notions esthétiques, mais il

11 Pierre Grimai, L'art des jardins, Paris, PUF, 1964, p.7.


12Pour approfondir l'idéologie de la villa conçue comme "signe de domination", on vous réfère à
l'ouvrage suivant: Richard Bentmann et Michael Müller, La villa, architecture de domination,
Bruxelles, P. Mardaga, 1975, 198 p.
13Jalons respectivement datés de 1830-1870 /1870-1900: Ibid., p.81 et p.121.
36

dissimulait également un certain état de panique collectif engendré par les

épidémies du temps14.

Incidemment, la même trame de fond s'est reproduite au niveau de l'espace


mortuaire, ce qui allait marquer durant plus d'un siècle l'urbanisme
funéraire15. Au Canada, ces nouveaux principes déclenchèrent, au début des
années 1840, un mouvement qui allait engendrer toute une génération de
cimetières-jardins de banlieue - les "rural cemeteries" - qui, en fait, ont

constitué les premiers parcs urbains publics16. Curieusement, les terrains où

se sont implantées ces nouvelles nécropoles furent achetés à des


propriétaires de vastes domaines. En outre, le goût du pittoresque appliqué à
l'enclos cimitérial fut également soutenu par des impératifs sanitaires17.

Cette sensibilisation à l'urbanisme funéraire touchait toute l'Amérique du

Nord. On recourait alors à un architecte ou à un botaniste pour concevoir les


plans des nécropoles. Charles Baillairgé était au fait des recherches en cours
dans les cimetières occidentaux et avait personnellement visité un bon
nombre de nécropoles américaines. Pour son tracé au Belmont, il s'inspira du

Greenwood qui fut longtemps perçu comme le meilleur exemple "of

14Le choléra avait entraîné la mort de 3 500 citoyens en 1832 et c'est là que l'exode débuta d'une
façon définitive. Ibid., p.49 et 53.
15"Urban conditions had created, and urbanites had accepted, the moral and ethical values of
applied landscape design": Martha V. Pike and Janice Gray Armstrong, A Time to Mourn
Expressions of Grief in Nineteenth Century America, New York, The Museums at Stony Brook,
1980, p.64. On verra au prochain chapitre que l'architecture des villas sera également retranscrite
au cimetière.
16The Oxford Companion to Gardens, Oxford/New York, Oxford Un. Press, 1986, p.90. Le Mount
Hermon de Sillery (1848), les cimetières Mount Royal (1852) et Notre-Dame-des-Neiges de
Montréal (1855), le cimetière Saint-Charles de Québec (1855) ont précédé le Belmont de Sainte-
Foy (1859); suivirent, entre autres, le Mount Pleasant Cemetery de Toronto (1876) et le Saint-
Patrick de Sillery (1879).
17Tel que précisé au chapitre précédent, les espaces intra-muros dédiés à la sépulture
suscitaient, par leur trop-plein, des inquiétudes chez la population. Les autorités civiles et
ecclésiales furent mêlées à ces débats et le domaine juridique dut trancher. De là, le décret de
1855.
37

picturesque or pastoral landscape design"18. Ces formules déjà éprouvées


au Mount Auburn de Boston19 étaient également en vogue en Angleterre20.

Paradoxalement, c'est à la France que l'on doit d'avoir créé cette nouvelle

formule du "cimetière rural" découlant directement du jardin anglais du XVIIIe


siècle21. Le Père-Lachaise à Paris "was to serve as the inspiration for the next
generation of garden cemeteries in Great Britain and the United States"22. II

avait été inauguré en 1804 et conçu par l'architecte Alexandre-Théodore


Brongniart à partir d'un domaine existant23.

Pour sa part, Charles Baillairgé au cimetière Belmont sut atteindre l'équilibre


entre "l'esthétique pittoresque" et "l'esthétique architecturale"24, propre au

jardin mixte. Spécifions qu'à l'ornementation prévue pour ponctuer les

18Martha V. Pike and Janice Gray Armstrong, op.cit., p.59: statut conservé jusqu'à l'ouverture du
Central Park à New York [dont les travaux s'échelonnèrent de 1858-1877: The Oxford Companion
to Gardens, op.cit., p.104],
19ll fut ouvert en 1831, un an après la fondation du Massachusetts Horticultural Society qui
apporta sa contribution à Bigelow: Barbara Rotundo, "Mount Auburn: Fortunate Coincidences and
an Ideal Solution", Journal of Garden History, vol.4, nr 3, July-Sept. 1984, p.257; voir plans p.262-
263.
20Martha V. Pike and Janice Gray Armstrong, op.cit., p.53. "In the United States the notion of the
cemetery as public pleasure-ground was taken further than in England, and the major cemeteries
of the 1830s and 1840s followed the example of Mount Auburn Cemetery, Boston (1831; Jacob
Bigelow et ai.) in adopting an informal, asymmetrical path network with lakes and clumps of trees.
Some important examples from this period are: Laurel Hill, Philadelphia (1835; John Notman);
Greenwood Cemetery, Brooklyn (1838; David Douglass); Green Mount Cemetery, Baltimore
(1839; Benjamin Latrobe, jr.); and Spring Grove, Cincinnati (1845)": The Oxford Companion to
Gardens, op.cit., p.102.
21 "Les premiers jardins du nouveau style furent créés, en Angleterre, entre 1720 et 1730": Pierre
Grimai, op.cit., p.95.
22Richard A. Etlin, "Père Lachaise and the Garden Cemetery", Journal of Garden History, vol.4, nr
3, July-September 1984, p.219. Un grand nombre d'auteurs partagent cet avis dont James
Stevens Curl in A Celebration of Death, London, Constable, 1987, p.272: "Yet Mount Auburn and
Green-Wood [plan p. 273] had parts that were astonishingly reminiscent of Père-Lachaise in the
1830s and 1840s".
23ll s'agissait du Champ-i'Evêque surnommé ensuite le Mont-Louis par les Jésuites devenus en
1626 propriétaires de ce fief. Parmi eux, se trouvait "le révérend père François d'Aix de la Chaize,
confesseur de Louis XIV", dont le nom allait être éternisé: Michel Dansel, Au Père-Lachaise, Paris,
Fayard, 1973, p.20-21.
24Ces expressions sont empruntées à Pierre Grimai, op. cit., p.8.
38

principales avenues et le périmètre de l'enclos, s'ajoutaient les plantations


effectuées par les familles désirant enjoliver leur lot, tout comme on le faisait

pour sa propre résidence. Dès l'ouverture du site, les règlements appuyaient


une telle initiative: "L'acquéreur aura le droit et privilège de planter et cultiver
des arbres, arbrisseaux, plantes ou fleurs sur le susdit lot de terre"25.

2.3-Conventions institutionnelles et civiles: pour un espace

différencié

Le cimetière est désormais le lieu du simulacre, origine


d'une rêverie mélancolique où s'accumulent désirs et
tentations refoulés, dans une étrange cybernétique du
spectacle.
Éliane Georges26

Dans son organisation spatiale du Belmont, l'architecte devait prévoir un

réseau de circulations obéissant à une échelle précise. Il fallait délimiter des

artères principales et secondaires ainsi que des zones piétonnières pour la

zone des concessions perpétuelles tandis que les concessions temporaires


étaient disposées en retrait dans les sections dites "fosses à part". En accord

avec cette ordonnance, les lots les plus vastes se situaient en bordure des
grandes avenues ou sur la place centrale d'un carrefour27. Les tarifs étant

fixés selon remplacement, la surface du lot et le type de concession28, ces

terrains étaient alors susceptibles d'appartenir à des familles privilégiées.

25Règlements (ANDQ, carton 24, pièce 24-196) inclus aux formulaires de concession de vente
de 1859, à l'article 9. Pour faciliter l'entretien, il fut ensuite défendu de planter des arbres sur les
lots: article 7, minute no 1882 de Ernest Labrèque, (lot 774 N.P.), 4 nov. 1913. Aujourd'hui, le
seul moyen d'assurer une végétation pérenne consiste en des plantations d'érables le long des
grandes artères assumées par la Corporation du cimetière.
26Éliane Georges, Voyages de la mort, Paris, Berger-Levrault, 1982, p.130.
27ll est intéressant ici de se référer au plan de 1906 (fig.3).
28C'est toujours le cas aujourd'hui. Au fait, la catégorisation des concessions a été établie par la
Fabrique, dès l'ouverture du cimetière.
39

On peut ainsi affirmer, sans grand risque de s'y tromper, que le régime des
concessions assujetti aux règlementations, a contribué à l'implantation de la
hiérarchie sociale par-delà la mort. Cette compartimentation de l'espace

reproduit effectivement l'image d'une société stratifiée en groupes et en


classes.

A l'époque, afin d'édifier leurs habitations posthumes, certaines familles

réservaient de grandes superficies regroupant parfois un bon nombre

d'espaces de lotissement. Dans la "nouvelle partie" qui fut occupée après


1880, les emplacements les plus spacieux se retrouvent sur l'avenue Saint-
Nazaire, entre Notre-Dame-du-Saint-Rosaire et Saint-Édouard29. 30Celui
appartenant à Pierre-Émile Côté (1888-1950)" occupe un front de trois lots

s'étalant sur une surface totale de 125.5 m2 tandis que celui du docteur Albert
Paquet (1878-1963) rassemble quatre lopins couvrant 167 m2. Enfin, le
terrain de Georges-Élie Amyot31 les surpasse tous32 avec ses 194 m2. Dans

tous les cas, les lots accèdent à une voie principale.

A cette différenciation par l'espace, s'ajoutait bien sûr le caractère distinctif du


tombeau. C'est le cas aussi pour le lot du notaire Philippe Huot33 où se
dresse un imposant édicule coiffé d'une figure allégorique. De forme

circulaire, cet espace occupant tout le centre du carrefour de l'avenue

29Si l'on excepte ceux des communautés religieuses.


30ll fut juge de la Cour supérieure de Québec, tel qu'indiqué à l'épitaphe. Il acquit le lot de son
vivant, en 1945, comme c'est le cas pour les autres.
31 Cet homme d'affaires, manufacturier, président de la Banque nationale et fondateur du Trust
général du Canada est décédé en 1932.
"Spécifions que dans les carrés de ce secteur sont réunis les plus grands lots mesurant à la base
41.8 m2, alors qu'un lopin régulier couvre 9.3 m2 (10'x 10').
"Acheté pour "deux cent cinquante piastres et cinquante cents": minute no 6373 du notaire
Cyprien Labrèque pour vente du lot no 443 à Philippe Huot, 24 juillet 1890 (ANDB). Il décéda dix-
sept ans plus tard, en 1907.
40

Belmont est marqué par une ceinture de pierre circonscrivant une superficie
de 95 m2.

Par ailleurs, les emplacements des concessions perpétuelles étaient


fréquemment délimités par des bornes. "La clôture, la cloison, la partition
restent l'outil fondamental de l'appropriation de l'espace; s'enraciner, c'est
d'abord enraciner ses "murs" dans le sol"34. Dès la première règlementation,

on précise que:

L'acquéreur devra mettre des bornes ou poteaux solides, soit en


pierre, en fonte, ou en fer, aux angles de son dit lot le plutôt [sic]
possible; et il lui sera loisible d'entourer le susdit lot de terre d'une
balustrade ou d'une chaîne, pourvu que le tout soit fait en matière
impérissable et n'ait pas plus de trois à quatre pieds de hauteur, et
qu'il soit d'un goût approuvé par la dite Fabrique, et entretenu à
perpétuité en bon ordre par le dit acquéreur, ses héritiers ou
représentants ci-dessus dénommés, à leurs frais et dépens35.

Ce n'est que cinquante ans plus tard, vers 1910, qu'on exigea que lesdites

bornes soient en pierre ou en granit et que leur taille soit réduite et "sans
aucune autre garniture de chaîne, grille, haie, ou autrement"36. Enfin, à partir
de 1940, il fut strictement défendu d'ériger des clôtures et le gardien devait
libérer les lots, après entente avec les propriétaires, des "vieilles chaînes en

fer, des bornes ou poteaux en pierre, aux fins de les faire disparaître comme
étant disgracieux"37.

34Abraham A. Moles et Elizabeth Rohmer, Psychologie de l'espace, Tournai, Casterman, 1978,


p.59.
35Règlements du ANDQ, carton 24, pièce 24-225.
36Minute no 1882 de Ernest Labrèque pour vente du lot no 774 N.P. à Alexandre Chauveau le 4
novembre 1913, article 6 (ANDB). Rappelons que le Comité conjoint, créé lors de l'adjonction de
la paroisse Saint-Jean- Baptiste en 1886, avait apporté très peu de changements aux règlements.
37La Corporation du cimetière de Notre-Dame de Belmont. Historique. Construction.
Règlements., Refonte de 1940, article 7, p.26 et 33: cette refonte des ordonnances passées
depuis l'ouverture du site fut effectuée huit ans après le sanctionnement de la Corporation du
cimetière de Notre-Dame de Belmont.
41

Aujourd'hui, il ne reste que les mu retins en pierre de taille ou en granit dûment

bâtis et ancrés solidement à une base en béton sous le sol. Ils se trouvent sur
les lots en périphérie des artères principales ou au centre d'un carrefour et

appartiennent, de fait, aux notables de l'époque.

Le besoin de marquer la propriété de la surface du sol, d'abord par


la légalité, ensuite par le signe, se développe et passe à l'acte,
d'autant plus que l'individu possède plus de moyens, c'est-à-dire
est mieux situé dans la pyramide sociale38.

Pour les concessions temporaires étalées sur dix ans, Baillairgé avait prévu
des secteurs dits "fosses à part" et leur surface était fixée selon les normes
minimales exigées pour la sépulture39. Là, les monuments de taille réduite se

multiplient et sont souvent laissés à l'abandon, le bail étant vite périmé40. Le

contraste devient éloquent lorsque ces sphères voisinent le secteur où sont

édifiés les mausolées (fig.16). Quant aux plus démunis, ils avaient droit aux
fosses communes nécessitant une contribution symbolique. À l'origine, cette

zone était située au nord-est de l'avenue des Eaux-Sylvaines41 et les enfants

morts en bas âge y étaient souvent inhumés.

38Abraham A. Moles et Elizabeth Rohmer, op.cit., p.114.


39Environ 1m.x 3m. Le coût des fosses à part est inclus aux règlements de 1859, article 2 de la
rubrique "Prix de vente": 15 chelins/adulte et 8 chelins/ enfant, ANDQ, carton 24, pièce 24-196
(un chelin valait 20 cents environ).
40La Corporation du cimetière pourrait reprendre ces concessions mais selon M. Donaldson, la
sacralité de la sépulture empêche une telle initiative.
41 Sur le plan de J.P.E. Dussault (fig.3), cette section porte le nom d'Ancien sillon. Aujourd'hui, un
tel emplacement sert encore aux plus déshérités. Il occupe une superficie d'environ 1000 m2 à la
limite ouest du terrain consacré aux fosses à part, au nord de l'avenue Notre-Dame du Saint-
Rosaire.
42

Enfin, à côté du groupe familial, les collectivités civiles42, religieuses et

militaires ont peu à peu adopté le cimetière comme ultime "lieu d'ancrage"43.

Au Belmont, les communautés religieuses se démarquent d'une façon notoire.

Dans le secteur situé au nord-ouest, le carré inséré au sud de Notre-Dame du


Saint-Rosaire et à l'est de l'avenue Notre-Dame rassemble les immenses lots

des communautés des Pères du Très Saint-Sacrement, des soeurs


Franciscaines Missionnaires de Marie, des Missionnaires du Sacré-Coeur et
des Frères des Écoles chrétiennes (fig. 17)44. De même, les Pères Saint-

Vincent de Paul se sont-ils réservés une grande surface (223 m2) au nord de

Notre-Dame du Saint-Rosaire.

Les militaires marquent eux aussi le cimetière de leur empreinte particulière.


On les repère facilement sur l'avenue Saint-Nazaire, par le regroupement de

petites stèles uniformes qui se dressent comme un bataillon au garde-à-vous


(fig. 18). Par ailleurs, sur l'avenue des Anciens Combattants aux confins
ouest du cimetière, furent érigés deux monuments de guerre (fig. 19) près
desquels flottent la bannière canadienne. Tel qu'indiqué à l'épitaphe, ces

soldats ont été inhumés ailleurs dans la nécropole45. Ainsi, au culte familial

voué aux morts de la guerre s'est juxtaposé un culte civique.

2.4-Question de mentalités: pour un espace en mutation

Le déplacement des cimetières en même temps que la


volonté nouvelle de posséder une tombe individuelle,
définitive et coïncidant avec la sépulture, obligèrent les

42Les communautés ethniques cherchent parfois à se regrouper en îlots. Alors que ces contrastes
demeurent inaperçus au Belmont, ils deviennent évidents au cimetière Mount Hermon de Sillery et
au cimetière Saint-Charles de Québec.
^Le terme est emprunté à Abraham A. Moles et Elizabeth Rohmer, (op.cit., p.54).
^Leurs lots occupent respectivement une surface de 104,139.4,167.3 et 565 m2.
450n distingue quelques stèles militaires réparties sur certains lots de famille.
43
urbanistes à concevoir un modèle de cimetière
entièrement nouveau.
Philippe Ariès46.

Une brève incursion dans l'histoire des mentalités nous révèle qu'il faut
chercher aussi dans ce champ de la praxis humaine les causes des
transformations que connut l'espace de la mort vers le milieu du XIXe siècle,
période correspondant à notre sujet. Bien avant l'ouverture du cimetière
Belmont, les paroissiens de Notre-Dame de Québec manifestèrent la volonté

de réunir dans un lot spécifique les membres d'une même famille. Ce

changement d'attitude commanda une réorganisation du cimetière Saint-


Louis qui avait été créé en 1832. Un Comité des Cimetières fut constitué trois
ans après son inauguration, afin d'établir de nouveaux règlements, laquelle
initiative donna lieu à une véritable réforme en 183747. Certaines

ordonnances prenaient déjà en compte l'aspect esthétique et organisationnel

du lieu.

Ainsi, il est question de préoccupations tout à fait nouvelles, de


limites et de superficies des lots, d'uniformité dans la profondeur
des fosses [...]
Le Comité convient enfin de subdiviser le cimetière en plusieurs
allées avec poteaux et écriteaux, de niveler le terrain et planter des
arbres, et de représenter l'ensemble exact des lieux sur plan. [...]
Désormais, l'espace de la mort a cessé d'être un espace brut, il est
devenu un espace social48.

Ces approches différentes face au statut du défunt et de son rapport à

l'espace cimitérial eurent pour conséquence un changement radical dans

l'aménagement et la règlementation du champ du repos.

^Philippe Ariès, Images de l'homme devant la mort, Paris, Seuil, 1983, p.244. Tel que vu
précédemment, un bon nombre de facteurs concouraient à l'éclosion de ce nouvel urbanisme
funéraire.
47Lorraine Guay, "Le cimetière vide", Les Cahiers du CRAD, Québec, Université Laval, vol. 13, no
1,1991, p.14-15.
48Ibid., p.15-16.
44
Alors qu'aux XVIIe et XVIIIe siècles, le lieu exact de la sépulture
importait peu, donnant au cimetière un caractère communautaire et
anonyme, la volonté de rassembler dans un lot désigné une même
famille permet dès lors une appropriation personnelle de l'espace
se poursuivant au-delà de la mort. [...]
Le cimetière Saint-Louis représente donc une étape essentielle
dans l'évolution de l'espace de la mort à Québec puisqu'il annonce
la fin du cimetière primitif urbain et la naissance de son successeur,
le cimetière modélisé49.

En réalité, l'espace de la mort au Québec a connu une évolution s'étalant sur

pas moins de trois siècles et ses configurations, on le sait, se sont


transformées au gré des mentalités. Pour reprendre la terminologie de
Lorraine Quay, le cimetière intra urbem fit place au cimetière-jardin de

banlieue qui à partir de 1970 s'est vu confronté au parc-cimetière de réseau.

Contrairement à ce dernier qui mise depuis sa création sur la spéculation


commerciale50, la conception du cimetière-jardin de banlieue, en l'occurrence

le Belmont, avait été fondé sur des idéologies esthétiques, écologiques,

sociales et spirituelles.

Parallèlement à l'éclosion du parc-cimetière qui se pose comme un


concurrent, un phénomène nouveau a surgi depuis les vingt dernières
années au Belmont, alors que la vente de nouveaux lots s'est quelque peu
ralentie51. Conséquence à long terme, pourrait-on y voir, de l'ouverture de la
discipline ecclésiastique à l'incinération52. Une telle mutation allait
s'accentuer plus récemment avec l'ouverture du mausolée communautaire53.

49Ibid., p.14.
50Ibid., p.128.
51 On se rappellera que des inhumations ont toujours lieu dans les anciens lots.
52S.S. Paul VI a approuvé, le 5 juillet 1963, l'Instruction du Saint-Office rédigée dans le but
d'autoriser l'incinération: Lois et institutions nouvelles de l'Église catholique, Paris, Centurion,
1966, p.183-185.
530n peut y accéder par la rue Nérée-Tremblay, au nord-ouest. Il tut construit entre avril 1986 et
février 1987 selon les plans des architectes Boutin et Ramoisy. La première inhumation eut lieu
45

Dans ce nouvel espace funéraire par étagements hors-terre, les corps mis

dans des cercueils sont déposés dans des cryptes tandis que les urnes
funéraires contenant les cendres sont placées dans des niches54. Même s'il y

a toujours place pour une certaine hiérarchisation55, nous nous trouvons à

cent lieues du cimetière-jardin où les forces et valeurs culturelles d'individus,


de familles et de groupes sociaux ressortent en toute évidence. On verra
alors que ces acteurs se sont appropriés non seulement l'espace au sol, mais
qu'ils ont pris le soin d'y édifier un univers formel et symbolique s'inscrivant
dans des codes précis.

avant même que les travaux ne soient terminés, c'est-à-dire le 6 décembre 1986. Près d'un an
plus tard, il fut inauguré officiellement en présence d'un évêque, le 4 octobre 1987.
54Le mausolée offre 1872 niches et 282 cryptes à occupation double. Ces détails de même que
les dimensions (33 X 13.5 mètres) figurent sur les plans datés de février 1984 conservés aux
ANDB (contrat 84-213, feuille no 4a/6).
55Les niches et cryptes à proximité de l'autel sont plus dispendieuses, donc plus prestigieuses ou
vice verca. De même, les valeurs changent selon le niveau de vue, les cryptes au sol valant moins
que celles du centre et les moins coûteuses se retrouvant au sommet, puisque leur écriture se
donne plus difficilement à lire.
46

CHAPITRE 3-L'OBJET FUNÉRAIRE

Il est certain que les objets sont porteurs de significations


sociales indexées, porteurs d'une hiérarchie culturelle et
sociale et ceci dans le moindre de leurs détails: forme,
matériau, couleur, durée, rangement dans l'espace, etc.,
bref, qu'ils constitueunt un code.
Jean Baudrillard1

C'est précisément ce code que nous tenterons de déchiffrer ici afin de pouvoir

comprendre le sens réel de la pierre sépulcrale, en deçà et à travers ses


qualités architecturales ou sculpturales. Dans cette quête, le cimetière a tôt
fait de nous apparaître comme un dédoublement de la cité des vivants. En
effet, dans ce lieu apparemment isolé, de multiples facettes de l'histoire

culturelle d'une société et de ses idéologies transparaissent. Cette dernière


notion, spécifions-le, est utilisée ici dans un sens très large à la manière d'un
Louis Althusser, comme

un système (possédant sa logique et sa rigueur propres) de


représentations (images, mythes, idées ou concepts selon le cas)
doué d'une existence et d'un rôle historique au sein d'une société
donnée2.

"La fonction est la signification de l'objet, c'est elle qui lui donne naissance et

ne le quitte jamais tout à fait dans les avatars de son existence"3. Mais qu'en
est-il des fonctions réelles de l'objet funéraire?

3.1-Fonctions de l'objet funéraire

Mais le tombeau est aussi une sorte de sas entre ce


monde et l'autre, l'endroit du passage.

1 Jean Baudrillard, "La morale des objets. Fonction-signe et logique de classe", Communications,
1969, no 13, p.30.
2Cité par Jacques Le Goff, Faire de l'histoire (Nouveauxproblèmes), Paris, Gallimard, 1974, vol.1,
p.149.
3Abraham A. Moles, Théorie des objets, Paris, Éd. Universitaires, 1972, p.174.
47
Michel Ragon4

Cet objet a de tout temps été affilié au dernier rite de passage et précisément
à l'ultime séquence du cérémonial funèbre. Van Gennep s'est attardé à ce
phénomène et selon lui, ce sont les rituels "qui agrègent le mort au monde
des morts qui sont les plus élaborés et auxquels on attribue l'importance la
plus grande"5. De fait, ce sont ceux-là qui laissent le plus de traces tangibles
et immuables. Toutefois, la fonction du tombeau demeure ambivalente. En
effet, il acquiert son sens dans le non-sens de la mort. Alors que celle-ci

établit la rupture, celui-là instaure la permanence.

Perçu d'une façon objective, l'objet funéraire se dresse entre le monde des
morts et celui des vivants tout en les unissant par le souvenir. Il nourrit le

concept de la survie du défunt, de sa pérennité dans la mémoire collective ou


de son immortalité, qu'on l'entende ou non dans le sens de la mystique
chrétienne. Par cet enchantement déviateur, la peine du survivant se trouve
atténuée. Cet objet défie le temps. Il pose l'"éthique de l'éternel"6. La

fonction de catharsis entre ici en scène car en immortalisant le sujet, on


transgresse l'absurdité de la mort. Celle-ci prend donc sens.

Du point de vue de l'anthropologue Louis-Vincent Thomas, il s'agit d'un "culte


du souvenir comme stratégie de l'apaisement"7 tandis que Jean-Didier

Urbain, l'interprète comme un "désir inavoué de conservation indéfinie"8.

4Michel Ragon, L'espace de la mort, Paris, Albin Michel, 1981, p.32.


5Arnold Van Gennep, Les rites de passage, Paris, Nourry, 1969, p.209-210.
6Abraham A. Moles, op. cit., p.110.
7Louis-Vincent Thomas, Rites de mort. Pour la paix des vivants, Paris, Fayard, 1985, p.256.
8Jean-Didier Urbain, La société de conservation, Paris, Payot, 1978, p.29.
48
L'Objet Funéraire tel que nous le connaissons, monumental,
somptuaire, mausoléen, est issu de cette transformation de l'espoir,
espoir non pas, en définitive, d'immortalité mais d'a-mortalité9.

Éminemment paradoxal, l'objet funéraire transcende le réel pour atteindre

l'imaginaire. C'est sa fonction subjective appuyée par la symbolique qui se

manifeste ici. La pierre tombale s'imposant au regard vient individualiser la


sépulture et c'est par ce glissement métaphorique que le monument acquiert

une signification sociale. Il permet de se différencier au-delà de la mort.

3.2-Mobilier et architecture funéraires

Tout un mobilier et toute une symbolique riches en évocations ont été investis
dans cette quête de la personnalisation de la sépulture afin que celle-ci
puisse acquérir la "capacité d'inscrire véritablement des sujets dans un ordre

social"10. Ce dispositif funèbre s'offre ici à l'interprétation.

3.2.1-Tombeaux, dalles et caveaux: simulacres du corps

Le cercueil factice n'est que la répétition formelle et visible, à la


surface du sol, du cercueil réel et invisible sous la barre /7e sol].
Jean Didier Urbain11

Dans le groupe de monuments à structure horizontale, les tombeaux à

proprement parler sont rarissimes. Avec ces cénotaphes à l'antique, la

représentation métaphorique de la mort s'efface un peu devant cette figure

mimétique, cette "re-production du cercueil réel"12, image éloquemment

9Ibid., p.28.
10Raymond Lemieux, "Retrouver le sens du rituel. Enjeux des pratiques et des rites funéraires",
Frontières, vol.4, no 1, printemps-été 1991, p.9.
11 Jean-Didier Urbain, op.cit., p.193.
12/b/d., p.192.
49

évoquée avec la tombe de l'historien François-Xavier Garneau (fig.20)13. Il


s'agit, par ailleurs, d'une récupération de symbolisme, car à cette forme
empruntée au panthéon païen se superpose une croix évoquant le mystère

de la Rédemption.

Toutefois, lorsque la croix est placée à l'horizontale, elle renforce le concept


du double, redondance du corps dissimulé. C'est le cas avec le tombeau de
la famille de Philéas Gagnon (fig.21) qui épouse la forme même de la croix
sur laquelle s'en dégage une autre en demi-relief. Avec un tel agencement,
ce motif perdrait-il un peu de sa signification pieuse? "Métaphore

géométrique du corps", la croix couchée évoque

la mort-sommeil, fiction para-chrétienne en ce qu'elle alimente


l'idée de survie des morts, venant ainsi subvertir [...] le sens profond
du dogme de la Résurrection et satisfaire une autre croyance: le
fantasme de la conservation somatique14.

À cette catégorie de monuments horizontaux, se greffent les caveaux et ce,

même si le procédé d'inhumation en diffère15. D'un écart à l'autre, ils seront

surélevés d'une construction (fig.22) rappelant un sarcophage ou "tomba"


antique qui se dresse tel "un coffre hors de terre"16 ou seront recouverts d'une

dalle de ciment enfouie sous un tapis de végétation. Souvent, ces structures

souterraines bétonnées sont surmontées de dalles plates, expression

minimale de l'horizontalité.

13Ce tombeau tut l'objet d'une souscription publique. Il fut érigé un an après le décès de
l'historien, lors d'une cérémonie entourant la translation de ses restes, à laquelle prirent part plus
de deux mille personnes. Le premier ministre, Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, prononça une
allocution dont un extrait est cité in Pierre-Georges Roy, Les cimetières de Québec, Lévis, 1941,
p.233-234.
14/ti/ti., p. 248.
15lci, le cercueil n'est pas déposé en pleine terre, méthode de loin la plus usuelle, mais dans une
fosse en ciment aménagée sous le sol. Souvent, les caveaux sont divisés en autant de
compartiments que l'on prévoit de sépultures.
16M. Vovelle et R. Bertrand, La ville des morts, Paris, C.N.R.S., 1983, p.110.
50

Celles-ci sont parfois juxtaposées en groupe ou par paire comme sur le lot
d'Érasme-Louis Jean, à l'est du cimetière (fig.23). Ici, la forme est porteuse

d'un message. Sur chaque face supérieure, furent respectivement inscrits les

noms de l'époux et de l'épouse, métaphore humble et saisissante du couple


sur son lit de mort. Unis pour la vie, ils dorment du sommeil éternel. Le thème
de la couche posthume s'impose également sur un lot voisin appartenant à la
famille de Narcisse Naud (fig.24). A la tête du lit, une plaque de pierre,

évocation de l'oreiller, porte le nom du père, de la mère et de l'enfant.

On trouve déjà cette association entre la mort et le sommeil


parfaitement réalisée dans la mythologie grecque: Hypnos, dieu du
Sommeil, qui procure aux hommes le repos et des rêves agréables,
est le frère jumeau de Thanatos, dieu de la Mort; ils sont tous deux
les fils de la Nuit. Dans le monde chrétien, l'association demeure17.

Dans ce groupe de monuments inscrits dans l'horizontalité18, se dégage un


dispositif unique où s'agencent, dans un équilibre parfait, caveaux, dalles et
tombeau. Il s'agit du monument de la famille du docteur Albert Paquet érigé
dans la section des mausolées (fig.25). Le tombeau chapeaute un ensemble
de lames de granit en gradins disposées en forme de croix grecque et qui

obstruent les caveaux. Il fut taillé dans du granit noir Péribonka et poli sur
chacune de ses faces, ce qui contribue à accentuer son caractère distinctif.

Les caveaux maçonnés en "tombes familiales", cherchent à se soustraire, tout

comme dans le cas des mausolées, "aux injures du temps, exprimant une
vision renouvelée des hommes vis-à-vis du corps mort"19.

17Jean-Didier Urbain, op.cit., p.207.


1 Certaines dalles horizontales de taille plus réduite ne dissimulent aucun caveau, comme celle du
lot d'Abraham Hamel, près de l'entrée.
19Michel Vovelle et Régis Bertrand, op.cit., p.m.
51

3.2.2-Mausolées: habitacle familial et "lieu de culte" de la

différence

Avec le mausolée, le mort devient donc un


existant imaginaire très protégé.
Jean-Didier Urbain20

Trois mausolées ont été édifiés à l'est du cimetière Belmont et cinq autres
forment des fronts de rue volant la vedette panoramique dans le secteur
central. Cette architecture puise surtout au répertoire néo-classique21. Les
mausolées des familles de Georges-Élie Amyot (fig.26) et d'Alexandre

Chauveau (fig.27) se distinguent avec l'ordonnance rationnelle de leur façade


munie d'un fronton triangulaire supporté par des colonnes jumelées formant

portique. Ils adoptent le modèle du temple grec prostyle. Alors qu'avec


l'architecture religieuse, l'engouement pour l'ordonnance classique s'était

éteint au milieu du XIXe siècle22, la prégnance de ces formes a marqué

l'image du cimetière-jardin né à cette époque.

Le mausolée de Georges-Élie Amyot s'impose non seulement par ses

qualités architectoniques, mais aussi par son organisation intérieure. Il est


pourvu de huit enfeux sur chacun des murs latéraux et de deux doubles

cryptes au niveau des fondations. Ces structures sont recouvertes de plaques


de marbre23. Le "grand tombeau de famille de la fin du XIXe siècle réalise in

20Jean-Didier Urbain, op.cit., p.190


21 Ceux de Nicolas-Josué Pinault et de Achille Dussault appartiennent à la même catégorie. Dans
ce dernier fut inhumé l'architecte J.P. Edmond Dussault (15 juillet 1870-13 mars 1966), celui qui
traça les plans du Belmont en 1906.
22Luc Noppen, Claude Paulette et Michel Tremblay, Québec. Trois siècles d'architecture,
Montréal, Libre Expression, 1979, p.70.
23Les plans sont signés et datés: Mclntosh-Gullet Ce. Limited de Toronto, 1908. Deux d'entre
eux sont reproduits in Thérèse Labbé, "L'objet funéraire: un imaginaire à explorer", Continuité, no
49, hiver/printemps 1991, p.32. Notons qu'un bon nombre de mausolées sont munis de cryptes
souterraines seulement.
52

situ la rencontre familiale"24. Chaque membre possède une place qui lui est
désignée. Ici, la projection figurative et métaphorique de la famille s'associe

au symbolisme de l'immortalité et de la gloire. Une couronne de laurier

entoure le monogramme familial qui se détache en relief au centre du fronton

surhaussé d'une croix.

Quant au mausolée de la famille d'Ulric-Joseph Tessier (fig.28), il propose un


modèle exclusif puisant aux canons éclectiques. Cette architecture d'esprit

victorien vise les effets pittoresques25. Elle s'inspire de divers styles comme
ici, certains éléments empruntés à la Renaissance italienne se fusionnent à
des formes néo-byzantines et néo-romanes26. La porte surmontée d'une

imposte semi-circulaire est caractéristique de l'architecture néo-palladienne


de même que la forme de la fenêtre vénitienne27, reprise dans la structure

générale des façades latérales. Ces dernières sont percées par une fenêtre

géminée néo-romane28. En outre, le plan central en forme de croix grecque

rappellent les voûtes en quinconce29 avec coupole médiane des églises et


des palais byzantins30. Enfin, un mascaron de tradition médiévale
représentant la tête d'un pleurant cintre l'archivolte du frontispice. On

24Michel Vovelle et Régis Bertrand, op.cit., p.122.


25"Cette attitude foncièrement romantique voit apparaître les nombreux Revivais ou renaissances
de styles qui sont autant la découverte des vestiges du passé que l'expression d'un goût pour
l'exotique, l'inattendu": Luc Noppen et al., op. cit., p.87.
26Voir à ce sujet: François Rémillard et Brian Merrett, L'architecture de Montréal. Guide des styles
et des bâtiments, Montréal, Éd. du Méridien, 1990, rubrique "Éclectisme et fantaisies victoriennes
(1880-1900)" p.88-93.
^Illustration de ce type de fenêtre in Nathalie Clerk, Le style palladien dans l'architecture au
Canada, Parcs Canada, 1984, p.55.
28De fait, on retrouvait déjà ce type d'ouverture de même que la baie palladienne ou fenêtre
vénitienne à l'époque byzantine. L'art byzantin, Paris, Flammarion, 1930, p.8-9; pour la fenêtre
géminée, voir p.13,15 et 20.
29Nikolaus Pevsner, Génie de l'architecture européenne, tome 1, Paris, Librairie Générale
Française, 1970, p.37.
^Illustration des plans de Sainte-Sophie de Constantinople in Robert Ducher, Caractéristique
[sic] des styles, Paris, Flammarion, 1944, p.37.
53

remarquera aussi qu'au portail, les pilastres d'angle et les colonnes adoptent
l'ordre composite tandis que les chaînes de refends des faces latérales en

pierre de taille lisse contrastent avec les bossages des surfaces en retrait.
L'effet pittoresque de ces multiples décrochements et de l'ornementation vise
une "maximisation de l'image de puissance et de richesse"31.

Même des citadins de modeste extraction ou analphabètes ont investi de

grandes sommes pour s'assurer une belle image dans la cité des morts,
comme en fait foi le mausolée érigé en 1910 sur le lot de Pierre Giguère
(fig.29), à l'entrée du cimetière32. 33Sa structure est commandée par la
configuration de la façade principale qui rappelle encore une fois la fenêtre
palladienne dont la forme cintrée de l'arc, reprise au fronton, se prolonge
dans celle de la voûte en berceau. A l'époque, des préoccupations
esthétiques commandaient l'édification de la demeure ultime. Au marché de

construction de ce mausolée incluant un plan, on peut lire: "Les travaux


devront être faits suivant les règles de l'art par des ouvriers compétents et
sous la direction de la partie de seconde part "3S. Le devis précise que

les parements extérieurs seront en pierre de Déchambault [sic] les


colonnes seront en granite rouge polie du N.B., le plancher sera fait
de béton et couvert en marbre [...], il y aura deux boîtes en marbre
[...] pour mettre les tombes [...] la couverture sera en épinette
couverte de cuivre [...]. La porte du mausolée sera de fer, excepté
la couronne au bas qui sera de fonte, le tout d'après modèle no
P.38, catalogue The Verbeau [?] Co. Détroit Michigan [...]34 .

31 Selon F. Rémillard et B. Merrett (op.cit., p.43), ce concept s'allie à l'une des trois étapes de l'ère
de l'éclectisme, la phase de l'Image dite High Victorian (1860-1900).
32Minute no 5415 du notaire Cyprien Labrecque, 22 octobre 1887 pour vente du lot no 381 A.P.
à Pierre Giguère, navigateur. On peut y lire: "Et a dit Sieur Marguillier signé avec moi dit notaire,
ayant le dit acquéreur déclaré ne savoir écrire, ni signer de ce requis, mais a fait la marque ordinaire
d'une croix" (ANDB, registre des concessions).
33ll s'agit de A. Laforce et Frère, marbriers et tailleurs de pierre. ACQ, boîte L-62/R-261, minute no
9890 du greffe de Cyprien Labrecque en date du 11 octobre 1910 en rapport avec le monument
de Pierre Giguère.
34lbid.: devis accompagnant ladite minute.
54

Au Québec, cette architecture ostentatoire connaît son apogée au tournant du


siècle35. Elle est surtout le fait des cimetières catholiques des grandes

agglomérations mais s'affiche parfois au cimetière rural36. Dans cette quête

de la différence, on ne refuse pas la référence chrétienne. Une croix se


dresse, en effet, au-dessus du fronton37. En outre, ces constructions dont la

structure rappelle celle d'une chapelle, d'un temple ou d'un baldaquin ont leur
mur absidial intérieur souvent percé d'une baie avec vitrail illustrant un motif
biblique. De même, il peut être muni d'un autel miniature, d'un calvaire, d'un
Christ en croix ou d'une console en applique destinée à recevoir une figure

pieuse38. Au mausolée de Fernand Lemieux érigé vers 191539, dont les

structures sont davantage laïcisantes40, la croix est reprise aux quatre faces

du lanternon aveugle chapeautant le toit pyramidal. Quoiqu'il s'agisse ici d'un


modèle tout à fait distinct (fig.30)41, la lecture demeure la même.

35Elle s'est étalée sur un siècle, si on inclut les écarts extrêmes de 1850-1880 et de 1925-1960.
Au cimetière Saint-Charles de Québec, le baldaquin avec Sacré-Coeur d'Adélard Deslauriers a été
érigé vers 1959, tandis que le mausolée (temple grec avec péristyle) de William Venner remonte à
1857-1862: ill. de ce dernier in Thérèse Labbé, loc. cit., p.30; Robert Germain, "Le mausolée
impérial de la famille Venner", Cap-aux-Diamants, vol.4, no 3, aut.1988, p.37-39.
36C'est le cas, par exemple, au cimetière de Neuville dans le comté de Portneuf. Le mausolée de
la famille de Camilien Joseph Lockwell, avec une pleureuse en façade, est sans contredit le point
focal du site. Il fut édifié vers 1918.
37Alors qu'au mausolée de Georges-Élie Amyot la croix s'associe à la couronne de laurier, avec celui
de Ulric-Joseph Tessier, elle se jouxte aux conventionnelles urnes funéraires.
38Au Belmont, un Christen croix figure au mausolée du Dr Nicolas J. Pinault (1846-1917) et une
console à celui de Achille Dussault (vers 1907).
39Ce mausolée, dont la pierre de sable provient de Saint-Marc des Carrières, a d'abord appartenu
à la famille du docteur Henri-Edmond Casgrain chirurgien dentiste décédé le 31 octobre 1914
(ANQ, registres des décès). Le lot fut acquis le 7 août 1915 (ANDB, registre des concessions).
40Voir à ce sujet, mausolées du cimetière de Saint-Georges de Beauce Ouest in Thérèse Labbé,
loc.cit., p.30-31.
41 Aucun décor ne rehausse les surfaces animées par la saillie des pilastres d'encoignure.
Apparemment, ce modèle fut choisi sur catalogue, ce qui pourrait expliquer la démarcation
formelle avec les autres mausolées. Son plan fait partie de la collection d'Octave Boies (service de
lettrage et fournisseur de monuments qui a acquis en février 1993 le commerce de Delwaide et
Goffin aujourd'hui appelé Granit J.D. Enrg.).
55

Le mausolée moderne précédé de gradins cérémoniels rappelle un lieu de


culte ou encore une villa du XIXe siècle parfois disposée à flanc de colline42.

Cette structure joue non seulement sur l'ambiguïté de la forme mais aussi sur
une double thématique. Elle évoque le concept de l'habitacle familial se

matérialisant par la porte qui peut s'ouvrir mais qui dissimule en même temps
son intérieur, son "espace privé et inviolable"43. Paradoxalement, il affecte
l'habité et l'habitable. En effet, certains d'entre eux exhibent un perpétuel état
de propreté en ce qui a trait à la construction et à l'aménagement paysager44.

"Ce paraître "mausoléen" se veut le lieu d'un éternel présent"45.

La maison, en tant que signifiant funéraire, est donc l'objet d'une


double traction thématique, "à cheval" sur l'image du sommeil et
l'image du départ: l'existant franchit la porte pour s'endormir. [...] Le
mausolée [...] s'inscrit dans une relation parfaite de mimétisme avec
le monde des vivants, c'est-à-dire qu'il satisfait ainsi le désir de
transparence entre monde des morts et monde des vivants; et, en
intimisant la mort, en la domestiquant, il justifie l'opacité au nom de
la protection du sommeil des morts, au nom de leur "vie" privée46.

3.2.3-Pierres tumulaires verticales: de la transcendance à la

différenciation

La verticalité mesure le domaine même des dieux.


Réginald Richard47

42C'est le cas, entre autres, au cimetière Mont-Marie à Lévis ou au Notre-Dame-des-Neiges à


Montréal.
43Jean-Didier Urbain, op.cit, p.285. Pour certains mausolées, l'accès visuel fut possible par la
serrure (Alexandre Chauveau) ou le grillage de la porte (Achille Dussault, Pierre Giguère), tandis
que celui de Nicolas Josué Pinault offrait une entière accessibilité. Notre enquête en région, nous
a révélé quelques cas avec épitaphes affichées en façade dont celui de la famille Lockwell à
Neuville ou celui de J.Linière Vachon à Saint-Joseph de Beauce.
^Par exemple, une firme assure l'entretien à perpétuité du mausolée et du lot de Georges-Élie
Amyot. En contrepoint, d'autres ont été abandonnés aux sévices du temps et du vandalisme, tel
le mausolée d'Achille Dussault.
45Ibid., p.287.
46Ibid., p.292.
47Cet extrait est cité plus loin.
56

Le groupe de pierres tumulaires réunissant obélisques, piliers et colonnes est


celui qui a marqué le plus le paysage funéraire du Belmont, comme c'est le
cas aussi pour la plupart des cimetières urbains48. Ces monuments, avec leur

élan vertical prolongé la plupart du temps par une croix, une urne ou une
sculpture, procurent au site une certaine homogénéité visuelle. Par ailleurs,

ils attestent la prégnance des formes néo-classiques mais nient leur


appartenance païenne, car une croix ou une sculpture sacrée évoque la
mystique religieuse. Ce phénomène devient plus manifeste avec l'obélisque,
car la tradition judéo-chrétienne a récupéré le pilier et la colonne pour les
associer à l'arbre cosmique: "symbole de la vie, en perpétuelle évolution, en
ascension vers le ciel"49.

Au cimetière Belmont, cette forme de tombeaux d'esprit victorien dont le


caractère ascensionnel s'allie au concept de transcendance, a perduré

jusqu'à la fin des années 1930 avec des années optimales entre 1870 et
1910 pour les obélisques ou entre 1880 et 1920 pour les piliers50.

Curieusement, cette quête de l'altérité par la verticale rejoint le domaine des

religions qui,

séduites par l'inaccessible de la verticalité, ont la plupart du temps


reconnu dans cette dimension le lieu de l'Autre, de l'Étranger, c'est-

48L'engouement pour les formes néo-classiques, déjà manifeste en Europe, a gagné toute
l'Amérique du Nord: Carole Hanks, Early Ontario Gravestones, Toronto/Montreal/New York,
McGraw-Hill Ryerson, 1974, p.33; voir aussi Edmund V. Gillon Jr., Victorian Cemetery Art, New
York, Dover Publications, 1972,173 p.
49J. Chevalier et A. Gheerbrant, Dictionnaire des symboles., Paris, Robert Laffont/Jupiter, 1982,
p.62.
50Ces formes sont pourtant plus anciennes. Au Mount Hermon de Sillery (1848), les deux
culminent entre 1848 et 1900. Là, le style des tombeaux victoriens se démarque des modèles
figurant aux cimetières de confession spécifiquement catholique. Ils rappellent davantage ceux
présentés in James Stevens Curl, A Celebration of Death, London, Constable, 1987, p.363. De
fait, un bon nombre ont été fabriqués par l'artisan Félix Morgan de Québec tandis que d'autres
sont dus à des fabricants de Montréal tels les Forsyth, Cunningham ou Paul Ceredo: les matériaux
provenaient de la Grande-Bretagne et de l'Italie.
57
à-dire de ce qui touche l'extra-ordinaire, le différent, le distinct. La
verticalité mesure le domaine même des dieux51.

Sur le lopin de Guillaume-Eugène Chinic, l'obélisque et son piédestal (fig.31)

totalisant 4.57 mètres se jouxtent à un deuxième élément différenciateur. Un


muretin surmonté d'une clôture en fer forgé ceinture le lot et s'ouvre en façade

sur l'avenue des Eaux-Sylvaines. Certaines de ces pierres tumulaires


peuvent atteindre l'ostentatoire, notamment celles qui ont été érigées au
début du siècle. En font foi les obélisques des familles de Jean-Docile
Brousseau (fig.32) et du Dr Édouard Morin, qui s'élèvent à six mètres du sol

sur la même avenue. Il en est de même pour celui de Georges Tanguay situé

dans le secteur des mausolées (fig.33).

On remarque d'ailleurs, dans ces deux sections, un certain effet

d'entraînement collectif. Chaque famille cherche à laisser sa marque au


cimetière et tente de rivaliser avec son voisin de lot. Le contraste trouble

lorsque ces tombeaux se confrontent au dénuement de certaines pierres


tombales, comme celle des "madeleines du Bon Pasteur"52, filles-mères

décédées à la crèche Saint-Vincent-de-Paul, à une époque où les discrédits


sociaux pesaient lourd sur ces "malheureuses".

Toujours sur l'avenue des Eaux-Sylvaines, le pilier surmonté d'une déesse

vêtue à l'antique (fig.34) s'élevant sur le lot de J.B.E. Letellier de Saint-Just

atteint une hauteur d'un peu plus de 6 mètres, comme c'est le cas pour celui
d'Édouard Côté sur lequel repose un Sacré-Coeur grandeur nature (fig.35)53.

51 Réginald Richard, "Symbolique de la verticalité et de l'horizontalité dans la structure de la religion


/ La montée et le pèlerinage", Religion populaire Religion de clercs?, Québec, IQRC, 1984, p.183.
52Elle voisine l'obélisque de Jean-Docile Brousseau (fig.32, en bas à droite).
53ll se dresse sur l'avenue Saint-Nazaire.
58

Sur l'avenue Saint-Rosaire, près du mausolée de Fernand Lemieux, le gros


pilier surélevé d'une croix appartenant aux familles de Louis et de Joseph
Côté atteint plus de 4.25 mètres. Ici, la vénération du grandiose s'associe au
culte de la famille puisque les noms de tous les membres s'entassent sur

chacune des faces54.

Le même phénomène se reproduit avec la colonne surmontée d'une croix


appartenant à la famille de Jean Paquet (fig.36), érigée en 1860 sur l'avenue

du Cimetière55. Une autre, cette fois du Dr Alfred Gauvreau Belleau (fig.37),


avec son imposante urne drapée atteint les 4.5 mètres. Comme la

précédente, elle se dresse sur un socle à double registre composé d'une


assise octogonale surhaussée d'une plinthe concentrique56. Elle est située

sur le Sentier Notre-Dame conduisant à l'avenue Belmont, dans l'ancienne

partie.

Là aussi, le phénomène de mimétisme a laissé ses marques. Le pilier du

juge à la Cour suprême Jean-Thomas Taschereau (1814-1893) et celui du


marchand Paul-Georges Bussière décédé en 1903, atteignent respectivement
avec l'urne et la croix, plus de cinq mètres de hauteur. Ces deux lots
occupant chacun une superficie de près de 50 m2 sont circonscrits d'un

muretin s'ouvrant sur un escalier en façade, comme c'est le cas pour

l'emplacement de la famille de Pierre Isidore Thibaudeau sur lequel s'élève

54Vingt-et-une inscriptions figurent sur ce pilier datant des environs de 1888; Euphrosie Dore
décédée en 1888, épouse de Louis Côté décédé en 1894.
550n y dénombre vingt-trois décès.
56Parmi les monuments verticaux, les colonnes sont de loin les moins nombreuses. Selon M.
Octave Boies, cela est dû au fait qu'à la différence des piliers et des obélisques, les colonnes
étaient importées d'Europe, car on n'avait pas les appareils requis pour leur fabrication au pays. Ici,
le nom du fabricant, Z. Maranda de Québec, est gravé au bas de la colonne, mais on suppose qu'il
n'en fut que l'importateur. Il dut toutefois fabriquer la base.
59

un socle orné d'une urne(fig.38)57. L'horizontalité du muret s'opposant à la

verticalité du pilier ou du socle vient ponctuer la différence.

"Sur le plan de la psychologie de l'espace, l'horizontale est tout


d'abord le plan de la communication sociale [...] Les lignes
horizontales unissent des univers égaux, comparables dans leur
"mêmeté", homogènes parce que homologues. C'est leur largeur
qui marque leur prestige"58.

C'est au même registre formel des piliers et colonnes que le socle peut être
associé59. En général, sa hauteur est plus réduite, exception faite du

monument précédent ou de celui de Pierre Carneau (fig.39), édifié sur la


place centrale de l'avenue des Amaranthes60. De même, le monumental
édicule surmonté d'une figure allégorique érigé en mémoire de Philippe Huot
(fig.40) s'élève à plus de 6 mètres du sol. Il occupe le coeur de

l'arrondissement de l'avenue Belmont, un peu plus au nord. Encore une fois,

on a puisé à l'abécédaire néo-classique pour atteindre le grandiose61.

Par ailleurs, la signification de ces tombeaux se rattache également à


l'élément qui les couronne, qu'il s'agisse d'une urne, d'une croix, d'une
sculpture ou d'une sphère. Lorsque celle-ci se superpose à la forme cubique

57Hauteur: 5.7 mètres. Isidore Thibaudeau "fait partie d'une élite marchande et professionnelle
canadienne-française qui parvient à percer; [il] se joint aux Guillaume-Eugène Chinic, Ulric-Eugène
Tessier, François Vézina [tous inhumés au Belmont] et autres en 1848 dans la Caisse d'épargne
de Notre-Dame de Québec [...] et dans la Banque nationale à partir de 1858".DBC, 1982, XI,
p.1128.
58Réginald Richard, op.cit., p.184.
59Les appellations "autel ou cippe" pouvant correspondre au socle se rapportent, en fait, à des
monuments de taille nettement plus réduite.
60Une couronne de piliers et de socles massifs entoure cette place, mais celui de Garneau est le
seul à être muni d'un enclos.
61 Curieusement, le langage néo-gothique n'a pas percé au cimetière-jardin né pourtant en pleine
ère romantique. L'imposant édicule surmonté d'un ange du Jugement dernier qui se dresse sur le
lot de la famille de Zéphirin Paquet, au cimetière Saint-Charles de Québec, appartient toutefois à ce
style. Les plans de 1903 sont de Georges-Émile Tanguay (Fonds Raoul Chênevert, 214 dossier
209).
60

du socle, elle symbolise "la totalité terrestre et céleste, l'ici-bas et l'en-haut"62,

comme c'est le cas avec le monument d'Alphonse Gingras (fig.41) décédé en

1920.

3.2.4-Stèles verticales: récurrence du cloisonnement

Les tombeaux à caractère ascensionnel63 seront peu à peu remplacés par la


stèle verticale monumentale, souvent munie d'un écran formé par des
muretins horizontaux flanqués de part et d'autre. Le monument de l'architecte
Georges-Émile Tanguay (fig.42a/b) présente un modèle unique64 avec sa

façade à volutes portant l'effigie du défunt65 et qui se prolonge dans un muret

périmétrique ouvert sur des gradins. La pierre tombale de Georges Parent


appartient plus spécifiquement à cette catégorie. Alors que celle-ci se
démarque par son magistral Ange à la palme en bronze66, une autre se

distingue par son style. Il s'agit de la stèle néo-gothique de Georges I.

Lachance caractérisée par ses décrochements en forme de pinacle (fig.43)67.

Ce dispositif permet d'atteindre le grandiose comme en témoigne la stèle de


Pierre-Émile Côté sur l'avenue Saint-Nazaire qui se dresse à plus de quatre

mètres du sol (fig.44). Elle est flanquée d'un muret en hémicycle courant sur

quinze mètres et supportant six urnes funéraires d'un mètre de haut chacune.

62J. Chevalier et A. Gheerbrant, op.cit., p.328.


^Dans ce foisonnement de formes verticales, se situent à l'écart les monuments ressemblant aux
lanternes des morts ou fanais funéraires européens de l'époque médiévale. Voir un modèle néo­
gothique in: Thérèse Labbé, loc.cit., p.31.
G4!! fut édifié en 1925, deux ans après le décès, et est dû à l'architecte Raoul Chênevert (ANQ,
Fonds Raoul Chênevert, 214 dossier 421).
65Le portrait en bronze de G.-É. Tanguay est dû à Émile Côté. Une autre réplique figure à l'entrée
de l'Hôtel de Ville, bâtiment conçu par cet architecte.
66ll est également signé par Émile Brunet (voir détail de la fig.90).
67Un des rares cas de pierres tombales appartenant à ce style. Le lot où il se dresse accède à la fois
aux avenues Saint-Nazaire et Saint-François-Xavier.
61

Ce tombeau qui s'impose déjà par sa taille est mis en relief par un mur de
végétation formant un écran vertical68.

Cette forme de pierre tombale est apparue au début du XXe siècle et connut
un essor particulier entre 1940-1960 pour disparaître au début des années
198069. Durant ces deux décennies, un bon nombre de stèles verticales
prestigieuses furent érigées dans le secteur avoisinant les mausolées. On

observe encore une fois le phénomène du mimétisme sociologique ou du

"savoir paraître" par la forme. Sur l'îlot inséré entre les avenues Saint-
Édouard, Saint-François-Xavier, Notre-Dame du Saint-Rosaire et Saint-

Nazaire, ces monuments disposés tête-bêche dessinent des lignes de front

(fig.45).

Dans ce groupe de stèles monumentales, se situent à part celles qui ont été

érigées non pas pour des sépultures familiales mais pour des collectivités. Tel
que déjà signalé, un bon nombre se retrouvent au nord-ouest du cimetière. On
les repère facilement à leur taille. L'échelle de grandeur ne connote plus la
puissance, mais prône au contraire le culte de l'anonymat. Sur chacune des
faces, des listes exhaustives où noms et dates extrêmes s'empilent les uns
sous les autres sans aucune mention des oeuvres ou des missions accomplies

durant une vie de dévouement. A l'est de l'avenue Notre-Dame, la stèle


appartenant aux Frères des Écoles Chrétiennes (fig.46) affiche plus de trois

cents noms tandis qu'une centaine70 figurent sur celle des Religieux de Saint-

68Fabricant: Delwaide & Goffin, Québec. Le lot couvre 125.5 m2 de superficie.


69L'une des dernières fut repérée sur l'avenue Notre-Dame, section sud, au lot de l'ancien premier
ministre Jean Lesage (1912-1980) et de la famille de Paul Desrochers. Fabricant: Conrad Caron
Monuments funéraires de Beauceville Est.
70Le dernier relevé remonte à novembre 1991. Quelques noms ont dû se rajouter.
62

Vincent de Paul, sise au nord de Notre-Dame du Saint-Rosaire, secteur encore


à peine occupé puisque récemment ouvert aux fins de sépulture.

Non loin de là, une stèle verticale se dresse sur un lot marqué aux angles par

une borne. On y distingue la silhouette d'un soldat assis sur un tronc, casque
en tête et sac au dos (fig.47)71. La dimension comme facteur expressif ne revêt
aucune portée narcissique mais souligne la valeur du geste patriotique. Par
cette initiative, la communauté vietnamienne a voulu rendre un culte civique à

ses héros de guerre. L'anonymat absolu se pose comme règle: aucun nom,

aucun texte; une seule image, un symbole.

3.2.5-Stèles conventionnelles: de la figuration réelle et

métaphorique à la banalisation

Le paysage funéraire est également dominé par la stèle traditionnelle


repérable dans tous les secteurs du site. Les zones récemment ouvertes à la
sépulture sont envahies par sa silhouette standardisée72. En contrepoint, les

plus anciennes présentent certaines particularités ou sont tout au moins


multiformes. S'inscrivant dans une structure verticale ou horizontale, de taille

réduite ou moyenne, elles prennent assise sur un socle73. Leur tête s'incurve

en arc de cercle aux galbes multiples ou se profile en ligne droite et plus

rarement en pignon. Elles deviennent support du portrait physique du défunt

dont elle fixe les traits dans un médaillon, ou de son portrait moral en étalant

71 Elle fut érigée en 1987.


72Voir fig.19: à l'arrière-plan, s'entassent en rangées parallèlles un grand nombre de petites stèles
uniformes.
73Sauf les stèles de type colonial taillées dans un bloc monolithe qui étaient souvent apposées
directement au sol. D'origine anglo-saxonne, ces "headstones" sont nombreuses dans les
cimetières de la Nouvelle-Angleterre.
63

ses mérites civiques et professionnels74. Enfin, à ces attributs s'ajoute un

riche corpus symbolique qui s'étaye sur des évocations multiples.

Certaines stèles signalent la profession, comme en fait foi celle érigée en


mémoire de la cantatrice Lucile Angers Delage. Ici c'est la forme même qui
informe (fig.48). Une lyre fut sculptée dans le granit alors qu'au tombeau de
l'organiste Ernest Gagnon (1834-1915), le même instrument devient un
ornement et se jouxte au symbole de la croix. La stèle du Dr Florant Bernier
n'affiche que l'attribut professionnel75, le caducée, évoquant le mythe
d'Asclépios, dieu de la médecine76. De même, celle de l'architecte Pierre
Rinfret n'offre aucun problème de lecture (fig.49): deux repères visuels, le
compas et l'équerre, sont gravés au-dessus du nom. Le livre, pierre tombale

de l'historien Guy Frégault, devient en plus porteur d'un message: "L'homme

tombe / l'oeuvre reste debout" (fig.50)77.

D'autres pierres tombales offrent des sujets à dimension anthropologique78.

Toute une rhétorique des mains s'y déploie: des mains pieuses qui indiquent

le chemin du Paradis79 en pointant le ciel (fig.51) parfois avec une croix pour

attiser la foi; des mains unies, expression de l'affectivité et rappel de l'union


des êtres au-delà de la mort, comme sur cette pierre érigée en mémoire d'un
adolescent parti trop vite (fig.52); des mains humaines qui feignent de

déposer une gerbe de fleurs sur la tombe (fig.53).

74Les médaillons en bas-relief historiés sont traités au chapitre 4 alors que le deuxième aspect est
abordé au chapitre sur l'épigraphie.
75ll est décédé en 1951 et fut inhumé à l'est de l'avenue Saint-Jean-Baptiste.
76J. Chevalier et A. Gheerbrant, op.cit., p.155.
77Au tombeau de Gérald Martineau (1902-1968) érigé au nord de l'avenue Saint-Nazaire, le livre est
simplement le support du texte épigraphique.
78Quelques-unes, de facture naïve, présentent l'image d'un coeur.
79Carole Hanks, op.cit., p.34.
64

Cette thématique nous conduit à la symbolique végétale qui présente une


gamme de motifs des plus conventionnels: la rose symbole d'amour, la
pensée signe du souvenir (fig.54), le lys synonyme de pureté, le glaïeul image
de "l'état de préparation"80, la palme, le laurier, le lierre et la vigne81 qui

évoquent la gloire et l'immortalité, enfin, les feuilles et les fruits de l'olivier,


métaphore de la paix et du "Paradis des élus"82. Voilà autant de figures qui

s'étalaient devant le client éploré, en quête d'une "note personnelle [pour une]

consolation significative". Avec un tel titre, la compagnie Rock of Ages se

montrait persuasive:

Naturellement, vous voudrez que votre monument rappelle un trait


de caractère de la personne qu'il commémore.[...]
Le symbole est la meilleure façon d'exprimer ce sentiment. Sur ces
pages vous trouverez quelques-uns des symboles floraux,
religieux, fraternels et professionnels qui peuvent être gravés sur
votre monument Rock of Ages. Rappelez-vous qu'il existe un
symbole pour exprimer chaque sentiment, chaque caractéristique
humaine, toute expérience, oeuvre, organisation et occupation83.

Cette quête de la personnalisation de la sépulture, même réduite au choix

d'un motif, sera peu à peu assujettie à la standardisation, notamment au cours


des deux dernières décennies. Dans la limite septentrionale du cimetière,
comme on l'a mentionné, les stèles s'entassent dans d'interminables

80Carton au bleu de la Bd ? Co. (Archie S. Hill designer) intitulé "Gladiolus" avec dessin d'un
glaïeul sous divers profils ainsi que la symbolique qui s'y rattache "Ready armed. Preparedness"
(l'un des 14 cartons de la collection d'Octave Boies).
81 "C'est cette liaison de Dionysos avec les mystères de la mort [...] qui a fait aussi de la vigne un
symbole funéraire, dont le rôle a continué dans la symbolique du christianisme". J. Chevalier et A.
Gheerbrant, op.cit., p.1013.
82Ibid., p. 700.
83Rock of Ages, Votre monument de famille., Toronto/Barre, Vermont, s.d. p.16-17. Les
fabricants locaux possédaient des catalogues de cette compagnie en plus de leur matériel de
publicité.
65

alignements parallèlles sur de petits lopins, afin d'obtenir un rendement

optimal de l'espace.

Par ailleurs, on observe un autre phénomène d'uniformisation dont la portée


diffère: il découle d'une appartenance à un groupe uni dans une action et une
pensée collectives. Au lot des militaires sur l'avenue Saint-Nazaire, on
distingue un regroupement de petites stèles84, de même taille et de même

configuration ornée du symbole de la croix gravé en creux, parfois jumelé à

l'emblème canadien. Elles s'enlignent, les unes derrière les autres, prônant
l'héroïsme anonyme85. De même, les pierres tombales regroupées au
Cimetière des prêtres (fig.55), près de l'entrée de la nécropole, s'associent au
giron ecclésial. Les individus s'inscrivent ici sous un même code: le calice et
l'hostie crucifère évoquant l'Eucharistie s'enchâssent entre l'année
d'ordination au bas et les dates extrêmes de part et d'autre. Cette évocation
mystique surmonte une épitaphe réduite au nom du prêtre, à sa fonction et au

conventionnel R.I.P. [Requiescat in pace].

Enfin, on aura constaté que dans les aires d'occupation plus récente, les

divergences ne se lisent plus de la même manière. L'écart y est de moins en

moins notoire. C'est plutôt dans le polissage du granit sur une ou plusieurs

faces, dans la qualité et la couleur du matériau, dans l'ornementation gravée

ou dans le lettrage de l'inscription que la nuance devient perceptible. Sur la

pierre tombale appartenant au juge Joseph Bilodeau décédé en 1976

84Nous en avons fait mention en traitant de l'espace funéraire au chapitre précédent (voir fig.18).
85Certains militaires ont été inhumés sur les lots de famille. On repère facilement leurs tombes
puisqu'elles présentent le même prototype.
66

(fig.56)86, je nom au fini brillant se détache en relief sur une bande en creux

dépolie.

La notabilité n'est plus aussi manifeste. Elle n'est perceptible qu'aux seuls

membres de la famille.

L'initié, quand il s'arrête devant une écriture qui renvoie à la vie de


ses proches, y rencontre des éléments signifiants qu'il peut
interpréter et trouve dès lors une notabilité qui peut alimenter sa
mémoire personnelle [...] le notable, ici, ne se donne pas à lire
publiquement, mais privément; il représente moins l'importance
d'une place dans un réseau relationnel qu'une certaine qualité de
mémoire accessible aux seuls initiés86 87.

3.2.6-Marqueurs et blocs de pierre: un voile à l'altérité

On ne peut omettre de souligner que certains notables ont refusé de se

distinguer après la mort88, comme en témoigne le monument érigé en


mémoire de Théodore Robitaille, à l'ouest de l'avenue des Amaranthes, et qui

consiste en un simple cube tenant lieu de support à l'épitaphe:

L'Hon.
Théodore Robitaille
Lt-Gouverneur
de la Province de Québec
de 1879 à 1884
décédé le 17 août 1893

86Elle fut érigée à l'est de l'avenue Notre-Dame,entre les avenues Saint-Édouard et Sainte-Anne.
Fabricant: Delwaide et Goffin. On notera le net contraste avec la végétation fouillée de la section
plus ancienne du cimetière.
87Raymond Lemieux, "L'écriture du cimetière", Survivre...La religion et la mort, Montréal,
Bellarmin, 1985, (CRSR, vol.6), p.248.
88ll aurait été intéressant de connaître les volontés précises des défunts. On connaît le cas du juge
Philippe Panet qui fut inhumé modestement au cimetière Saint-Charles de Québec: illustration in
Thérèse Labbé, loc. cit., p.32. Dans son testament olographe, il manifeste un grand détachement à
l'égard de ses funérailles et offre en retour des aumônes: voir un extrait in Marie-Aimé Cliche,
"L'évolution des clauses religieuses...", Religion populaire. Religion de clercs?, Québec IQRC,
1984, p.375. La formulation du testament nous semble toutefois provenir d'un modèle-type
emprunté aux ordonnances synodales.
67

Il en est de même pour les pierres tombales de Jean-François-Joseph et


Lége r-G u i I lau m e-Alf red Duval situées sur la même avenue. Les deux

marqueurs circulaires jonchant le sol (fig.57) suffisent à peine à recevoir leur

inscription:

L’Hon. John F. Duval


cidevant
Juge en chef de la Province
de Québec
décédé à Québec
le 6 mai 1881

G.A. Duval
Greffier de la paix
décédé à l'âge de 38 ans
le 18 décembre
1871
Pour Louis-Napoléon Casault (1822-1908), juge de la Cour supérieure de

Québec, même le statut professionnel est omis. Un seul bloc de pierre sur
lequel se détache son patronyme sculpté en relief (fig.58). Ici, en toute
simplicité, "c'est l'homme [et non le magistrat] qui retourne à ses sources"89.

3.2.7-La croix: de l'individualisation au christocentrisme

Cette croix marquant la tombe est l'emblème de ceux


qui n'avaient jamais eu de sépultures. En môme temps
qu'une nouvelle couche de la société acquiert le droit à
la maison, elle s'approprie aussi le droit à la tombe.
Michel Ragon90

De toute évidence, la croix est omniprésente dans le panorama composite du


cimetière91. Selon le profil de ses extrémités supérieures, elle peut être

89Nycole Faquin, "L'art funéraire ou la mort apprivoisée", Continuité, no 26, hiver 1985, p.44.
"Michel Ragon, op. cit, p.95. On se situe ici au XVIIIe siècle.
91 Contrairement aux cimetières plus anciens, les croix en bois et en fer forgé font ici exception.
Les règlements de 1859 stipulaient que: "L'acquéreur ne pourra construire sur le dit lot de terre
aucuns [sic] monuments, tombeaux ou autres bâtisses, à moins qu'ils ne soient faits et couverts
avec des matériaux incombustibles et matière impérissable". (ANDQ, carton 24, pièce 24-196).
68

ancrée, cintrée, fleurdelysée, fleuronnée, lancéolée, lobée, pattée, potencée

ou tréflée92. Qu'elle soit intégrale, qu'elle couronne, ponctue ou orne un


monument, elle vient intensifier le caractère sacré du cimetière déjà rehaussé
par la croix noire. Nous connaissons la place qu'elle tient dans la civilisation

chrétienne93.

La sculpture d'un Christ en croix vient renchérir le sens pathétique du


symbole de la Rédemption. Cette iconographie permet d'atteindre
l'ostentatoire, comme en témoigne le monument de la famille de Pierre

Théophile Légaré qui s'élève à 3.58 mètres du sol et sur laquelle se détache
un Christ en bronze, grandeur nature, saisissant de vérité94. La croix offerte
par des amis en mémoire de Narcisse Henri Édouard Faucher de Saint-

Maurice a ses bras réunis par un cercle95, structure reprise aux croix
celtiques, comme celle érigée sur le lot d'Adolphe-Basile Routhier (fig.59)96.

Depuis plusieurs siècles, la croix cerclée représente "une synthèse intime et

parfaite du christianisme et de la tradition celtique"97.

Dans leur formulaire de concession de la même année, les croix ou monuments de bois sont
prohibés (pièce 24-225).
92Les motifs décoratifs appliqués à la ferronnerie québécoise ont été répertoriés in René
Bouchard et Bernard Genest, Saint-Rémi de Napierville. Les croix en fer forgé du cimetière,
Québec, MAC, 1979, p.37-53.
93Elle n'est "devenue que tardivement symbole du christianisme. Jusqu'au IVe siècle [on lui
préfère] le poisson, l'ancre, la colombe, l'agneau, le phare, le nef, la palme. [...] Quant à la croix,
symbole de la mort, elle n'apparaît dans les cimetières qu'à partir du XIIIe siècle. [Mais ces croix
sont] collectives. C'est seulement au XVIIe siècle et surtout au XVIIIe siècle que les croix de
cimetière s'individualisent": Michel Ragon, op.cit. p.94-95.
94Cette croix fut érigée sur l'avenue Saint-François-Xavier au nord de l'avenue Saint-Rosaire.
Nous y revenons au prochain chapitre (fig.66).
95Cet homme de lettres décéda en 1897. Le monument de l'historien François-Xavier Garneau,
on le sait, fut aussi le résultat d'une souscription publique.
96Ce type de croix, précisons-le, revient en grand nombre au cimetière Saint-Patrick de Sillery et
certaines d'entre elles offrent un décor fouillé.
97J. Chevalier et A. Gheerbrant, op. cit., p.324. Signalons que la croix figure au cimetière réformé
à côté de l'obélisque qui affiche son caractère païen.
69

Du symbolisme de la croix à celui de l'arbre de vie, il n'y a qu'un pas: YArbre-


Croix. Ce motif fut choisi pour l'enfant de Charles Fitzpatrick mort en bas âge
(fig.60). Ailleurs, certaines pierres tombales anciennes se profilent en un
tronc d'arbre avec parchemin pour recevoir le texte gravé. Celle figurant au

lot de l'avocat François-Xavier Langevin décédé en 1890 est superposée à


une urne au flambeau, vase funèbre associé à l'image de la purification et de
la transcendance98, tandis que celle de Ernest P. Robitaille se jumèle à la

symbolique végétale et animale personnifiée dans ce dernier cas par une


colombe, métaphore de la pureté (fig.61)99.

La croix comme ornement, non plus comme forme intégrale, se retrouve sur

une multitude de pierres tombales. Tantôt incisée en étroit faisceau, tantôt

sculptée en creux ou en relief, elle est parfois jumelée au coeur ardent ou


juxtaposée à divers attributs. Sur la stèle d'Apollinaire Plamondon (fig.62),

une petite croix grecque aux branches égales s'associe au chrisme ainsi qu'à
l'Alpha et l'Omega rappelant "que le Christ est le principe et la fin de toute
chose"100. Ces signes s'enrichissent d'images reliées au sacrifice de la

messe où raisins, feuilles de vigne et épis de blé sont regroupés au pied


d'une croix latine ornée du monogramme IMS. Cette dernière est surmontée
de lys jumelés et de l'étoile céleste à cinq branches, symbole de la perfection
et de la Lumière101.

98lbid., p.445. Fabricant: Dorion-Côté, Québec.


"Les métaphores animales se font rares dans le panthéon funéraire. Au cimetière Belmont, on a
relevé un monument avec deux colombes (Charles Pageau) et un lot où figurent deux agneaux
choisis pour des sépultures d'enfants (L.A. Trudelle).
100J. Chevalier et A. Gheerbrant, op. cit., p.26.
101 Ibid, p.416.
70

La croix peut se confondre soit avec l'emblème de confréries, soit avec des
ordres maçonniques, pontificaux ou religieux. Sur les faces frontales du

tombeau de la famille du Dr Albert Paquet, une croix de Malte aux bras

fleurdelisés rappelle un ordre religieux militaire fort ancien qui se voue de nos
jours à des oeuvres hospitalières102. Sur la stèle de Joseph-Louis-Joachim

Mercier (fig.63), les sigles cruciformes désignent une appartenance aux


ordres pontificaux de Saint-Grégoire-le-Grand et du Saint-Sépulcre. Ce
dernier corps est représenté par "l'insigne des croisés"103 ou croix de

Jérusalem, figure constituée d'une croix grecque potencée enserrant quatre


motifs cruciformes104.

Clore ce chapitre sur l'objet funéraire avec le motif de la croix nous aura
permis de souligner cette tendance christocentrique révélée tout au long de
notre investigation au champ du repos. Repos éternel qui rappelle le mystère
de la Rédemption, oui, mais on ne peut nier non plus que "la croix est entrée
dans le lexique usuel de notre code de communication, où elle signifie la
mort"105. En prolongeant notre parcours, on verra que cet imaginaire
mystique domine la statuaire funèbre où s'épanouit également le culte de la
personnalité.

102Cet Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem fut fondé à l'époque des croisades:
Dom M. De Vogué, Glossaire de termes techniques, Saint-Léger-Vauban, Yonne, Zodiaque,
1971, p.288 (pour le tombeau, voir fig. 25).
103A. Frutiger, Des signes et des hommes, Lausanne, Delta & Spes, 1983, p.173.
104Au cimetière juif de Sainte-Foy, la croix est remplacée par l'étoile à six branches, dite étoile de
David, emblème du judaïsme, ou par le chandelier à sept ramifications, appelé Menorah, image de
l'espérance de ce peuple: J. Chevalier et A. Gheerbrant, op. cit., p.206.
105Philippe Ariès, Images de l'homme devant la mort, Paris, Seuil, 1983, p.233.
71
CHAPITRE 4-LA SCULPTURE HISTORIÉE

La sculpture historiée est l'apanage des lieux de sépulture catholiques1.

Relativement abondante dans les parties anciennes des cimetières urbains,


elle s'est raréfiée progressivement au cours des trente dernières années2.

Les zones récemment ouvertes à l'inhumation en sont d'ailleurs totalement


dépourvues, tout comme c'est le cas pour les parcs-cimetières situés aux
limites extrêmes des agglomérations urbaines3. Cela dit, il y a lieu de
s'interroger sur le sens de ces représentations sculptées.

4.1-La sculpture sacrée: le mythe d'un au-delà

À l'origine emblème distinctif du pouvoir, l'immortalité de l'âme


joue tout au long du christianisme comme mythe égalitariste,
comme démocratie de l'au-delà face à l'inégalité mondaine
devant la mort. Ce n’est qu'un mythe.
Jean Baudrillard4

D'emblée, c'est la sculpture religieuse qui s'impose au cimetière catholique.


Elle rejoint le symbolisme de la croix et s'inscrit dans une perspective
eschatologique qui, dans le plus pur respect de la tradition judéo-chrétienne,

soutient la conception de la vie après la mort. Sur cette route de l'attente,


Dieu le Fils, les saints et les anges accompagnent le défunt.

1 En nombre réduit au cimetière réformé ou anglo-protestant, elle est inexistante au cimetière


juif.
2Les angelots résultant d'une production en série ont persisté jusqu’au début des années
1980.
3Par exemple, aux Jardins Québec à Saint-Augustin-de-Desmaures, les monuments consistent
en des petites plaques au sol (mémoriaux) avec vase à fleurs, la plupart en bronze. Elles portent
les inscriptions des noms et des dates-limites. Une seule statue se dresse à l'entrée du site.
Nous reconnaissons là une formule adoptée dans plusieurs cimetières américains
contemporains.
4Jean Baudrillard, L'échange symbolique et la mort, Paris, Gallimard, 1976, p.199.
72
4.1.1-Les scènes de la Passion: complaisance au pathos

Jésus-Christ nous a rachetés en souffrant la mort


pour nous, comme homme, et en donnant comme
Dieu, une valeur infinie à ses souffrances et à sa
morP.

Les idéologies religieuses de l'époque ont favorisé la vision d'un Christ


souffrant intervenant dans les scènes de la Passion5
6. Cette image n'en

symbolise pas moins son triomphe sur la mort. Un Christ portant sa croix

apparaît en profil dans un médaillon encastré sur la stèle de Ls Numa Talbot

(fig.64)7 alors qu'il fut sculpté dans le marbre8 sur le socle de la famille de

Joseph Côté(fig.65).

L'imposant Christ en croix grandeur nature (fig.66), saisissant de vérité, qui

figure sur la croix érigée sur le lot de Pierre Théophile Légaré relève de la

même iconographie9. Ce traitement atteint ici le grandiose. On retrouve le


même sujet, mais en version plus réduite, sur la croix de la famille du Dr Paul
Vincent Marceau (1890-1956) et sur la pierre tombale du Docteur Honoré
Nadeau (1902-1963)1 °. Sur la stèle verticale appartenant à Joseph Laurin
(1882-1947)11, le Christ en croix fut taillé directement dans la pierre tandis

5Le Catéchisme des provinces ecclésiastiques de Québec, Québec, Éd. officielle, 1944, p.18:
réponse à la question: "Comment Jésus-Christ nous a-t-il rachetés?"
6Àvant le Xe siècle, les Christs étaient centrés sur la Résurrection et la Rédemption. L'image du
Christ de gloire qui passe au Christ souffrant est liée à "l'évolution idéologique après l'an 1000, qui
prépare [...] l'explosion des ordres mendiants et flagellants": G. Mounin, "La crucifixion: approche
sémiologique d'un thème", in Iconographie et histoire des mentalités, Paris, CNRS, 1979, p.36.
7Ce médaillon de bronze porte la signature de Ruland.
8Selon M. Roger Delisle (Delisle Monuments) et M. René Delwaide (Delwaide & Goffin), les
statues de marbre étaient toutes importées d'Italie.
9Nous l'avons déjà présenté au chapitre précédent à la rubrique portant sur la croix. Il est dû au
sculpteur Émile Brunet; fondeur: Alexis Rudier, Paris.
10Fabricant dans les deux cas: J.L. Thériault & Fils Ltée; Christs en bronze: M. Thomas de
France (la première sur av. Notre-Dame et la deuxième sur av. St-Damase).
11 L'écran portant l'épitaphe indique qu'il fut: "président et gérant général de la Compagnie
Paquet limitée". Le lot se situe sur l'avenue Saint-Nazaire.
73
que sur le monument de Napoléon Martineau, il figure dans un médaillon

cruciforme(fig.67)12.

Au même répertoire se greffe l'Ecce Homo ou Christ de dérision dont la tête


se profile en relief sur un grand nombre de pierres tombales. Sur la stèle
verticale de Gérald Martineau, il est représenté à mi-corps13. Ici, la pathétique
figure du Christ couronné d'épines (fig.68) s'inscrit dans un médaillon carré
enchâssé au milieu d'une croix incisée dans la pierre14.

Sur les stèles cruciformes de Stanislas Picard (fig.69A/B) et de Joseph Picard

des Trois Maisons (1864-1932), ce n'est plus un Christ de douleur mais de


béatitude qui se dégage sur un médaillon en forme de croix15. Une couronne

d'épines rayonnante rappelant un nimbe encercle la figure frontale du Christ.

On accorde ici un autre sens aux épines "s'identifiant par un renversement du


symbole, aux rayons lumineux qui émanent du corps du Rédempteur"16.

Enfin, une Pietà anime le monument des familles de Joseph Cauchon et de


Jacques Gravel17. Ce groupe, représentant une Vierge de pitié assise et

12Les images mortuaires véhiculaient aussi cette "imagerie tragique": Pierre Lessard, "L'imagerie
religieuse" in Jean Simard, Un patrimoine méprisé. La religion populaire des Québécois, Cité de la
Salle, Hurtubise HNH, 1979, p.177.
13Au cimetière de Lévis-Lauzon, sous un baldaquin, un Ecce Homo en ronde-bosse grandeur
nature posé sur un pilier se dresse sur le lot des prêtres (1893).
14Tel que le médaillon précédent (fig.67), correspondant au monument de son père, il porte le
sceau de Mtl granite. Le premier se trouve sur l'avenue de la Forêt à l'est du site et celui-ci, vers
l'ouest sur l'avenue Saint-Nazaire.
15Elles sont érigées sur l'avenue Saint-Damase (nouvelle partie) et Saint-Jean-Baptiste
(ancienne partie). Signés et datés par Émile Brunet (1919), ces "Ecce Homo rayonnants"
identiques surmontent l'inscription: Ego sum Resurrectio et Vita [Je suis la Résurrection et la
Vie], ce qui corrobore l'image d'un Christ de Rédemption (voir note 6).
16Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, Paris, Robert Lafont/ Jupiter,
1989, p.409.
17Ce thème demeure relativement rare. Une Pietà fut consignée au cimetière de Sainte-Anne
de Beaupré (Théo. Paré) et deux autres au cimetière Saint-Charles de Québec (Joseph-André
Drolet, vers 1939 et Joseph-Aimé Barnabé, vers 1948).
retenant le corps inanimé du Christ (fig.70), se retrouve au pied d'une croix18.

Tout commme les figurations précédentes19, cette image est la réminiscence

d'une iconographie religieuse déjà instaurée au milieu du XIXe siècle.

Les diverses représentations de la Passion, Calvaire, Ecce Homo


[...], Pietà, etc., furent parmi les sujets les plus prisés de l'époque
victorienne. Elles éveillaient la compassion et traduisaient la
fascination des fidèles pour les visions exacerbées de la douleur et
de la mort20.

4.1.2-Les dévotions populaires: passeport pour l'éternité

Nous prions devant le crucifix, devant les images et les


reliques des Saints, parce que la vue de ces objets
excite notre dévotion, en nous rappelant Jésus-Christ
et les Saints, et en nous les proposant pour modèles à
imiter,21

L'imagerie religieuse au Québec fut également marquée par diverses

dévotions populaires et le domaine funéraire n'y a pas échappé. Tout indique

que l'enseignement catholique s'est prolongé dans la cité des morts, aussi
bien pour leur salut que pour celui des vivants. Le culte liturgique voué au
Sacré-Coeur affirmait, dans le symbole du coeur ouvert, l'amour universel de
Dieu. Consacré en 1685, il culmina vers la fin du XIXe siècle22.

Là encore la floraison exceptionnelle de la dévotion résultait pour


une bonne part de l'influence de la France qui, après sa défaite de
1870, avait placé le relèvement du pays sous l'égide du Sacré-
Coeur. La forte diffusion d'une imagerie pieuse dédiée aux

18Au sol, deux livres ouverts reçoivent les inscriptions et ils sont précédés de deux urnes à
fleurs. Le lot se situe au coin de St-Alfred et Ste-Anne.
19L'imagerie de la Passion est complétée par quelques thèmes, tel un Christ aux jardins des
Oliviers (Gérard Poulin au cimetière Saint-Charles de Québec, vers 1958), une Dernière Cène
au Saint-Patrick de Sillery (William-John McBriarty.vers 1958; Aimé-A. Martineau, vers 1974) et
un Calvaire à quatre personnages (Pierrette Poulin, Notre-Dame des Pins, Beauce, vers 1933).
20Mario Béland, Louis Jobin maître-sculpteur, Québec, Fides/MQ, 1986, p.117.
21 Le catéchisme..., op.cit, p.85. Réponse à la question no 388: "Pourquoi prions-nous devant le
crucifix, devant les images et les reliques des Saints?"
22Louis Réau, Iconographie de l'art chrétien (Tome II: Iconographie de la Bible, vol. Il, Nouveau
Testament), Paris, PUF, 1957, p.48. Le véritable initiateur de ce culte fut le bienheureux Jean
Eudes.
75
Sacrés-Coeurs de Marie et de Jésus devait également marquer la
production québécoise à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.23

Sur le lot d'Édouard Côté, un Sacré-Coeur grandeur nature surmontant un

gros pilier s'impose au regard24. Alors que celui-ci nous signale son coeur
ardent, un autre posé cette fois au sol sur le lot de Lucien Charest (fig.71),
ouvre les bras dans une attitude d'accueil25. On compte également les figures
rarissimes d'un Sacré-Coeur de l'Enfant Jésus (fig.72) et d'un Enfant Jésus de

Prague (fig.73)26. Le premier fut choisi en mémoire de Robert Trudel décédé


le lendemain de Noël, à l'âge de trois ans et l'autre orne la stèle de Jean de

Saint-Victor.

Quand le Christ de la Passion, le Sacré-Coeur et l'Enfant Jésus

n'accompagnent pas les défunts en attente de la Résurrection des corps, ce


sont les saints intercesseurs qui prennent place. Ils ont aussi été l'objet de

dévotions particulières. Le culte à saint Joseph cadre aisément ici puisqu'il


est perçu comme le patron de la bonne-mort27. Au Québec, cette vénération
culmina avec la construction de l'Oratoire Saint-Joseph de Montréal28.

23John R. Porter et Jean Bélisle, La sculpture ancienne au Québec, Montréal, Éditions de


l'homme, 1986, p.296 et 298. C'est d'ailleurs après la guerre franco-allemande de 1870-1871
que la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre fut érigée. Précisons qu'un Sacré-Coeur de
Marie fut repéré à l'extrémité nord-ouest du cimetière Belmont. La statue fut érigée en mémoire
de Jeannine Potvin (1940-1989).
24il s'élève à plus de six mètres sur l'avenue Saint-François-Xavier (fig.35).
25ll se trouve au sud de l'avenue Sainte-Anne. Tel que signalé au chapitre 1, un Sacré-Coeur
aux bras ouverts orne le charnier à l'entrée du cimetière.
26Cette dernière dévotion supplanta, vers le milieu du XIXe siècle, celle vouée à l'Enfant Jésus au
globe: John R. Porter et Jean Bélisle, op. cit., p.434.
27Cette dévotion connut son triomphe, en Europe au XIXe siècle lorsqu'on 1870, le pape
proclama ce saint comme patron de l'Église universelle: Louis Réau, Iconographie de l'art
chrétien (Tome III, vol.Il), Paris, PUF, 1958, p. 753.
28ll fut "commencé en 1915 par Alphonse Venne, poursuivi par dom Bellot en 1937 [...] et
terminé par Gérard Notebaert en 1966": Jean Simard, Les arts sacrés au Québec, Boucherville,
Mortagne, 1989, p. 58.
76
Sculpté dans le marbre, saint Joseph se dresse au-dessus du pilier érigé sur
le lot du marchand Jules Rochette (1877-1963)29. Ici, l'épigraphie s'allie au

sujet puisqu'une prière lui est adressée: "Bon Saint-Joseph / priez pour nous".
Au sud de l'avenue Sainte-Anne, un saint Joseph et l'Enfant Jésus (fig.74)
anime le lot de René Etienne tandis qu'à l'ouest du cimetière, il figure en

charpentier sur le lopin de Claude Chalifour (1924-1977).

Saint Joseph est également associé à la Vierge et à l'Enfant Jésus. Une

sainte Famille en ronde-bosse se dresse sur le monument d'Hector Ménard


(fig.75)30. Cette sainte triade se pose comme porte-étendard du modèle
familial. On l'aperçoit sur des reliefs en marbre, dans une composition tantôt
verticale (fig.76), tantôt horizontale (fig.77)31. Il s'agit, dans ce dernier cas,

d'une sainte Famille élargie car un jeune saint Jean-Baptiste tenant son

oriflamme fait pendant à l'Enfant Jésus: il est son Précurseur.

La Vierge, pour sa part, fut l'objet d'un nouvel élan de dévotion suite à la

proclamation du dogme de l'immaculée Conception dans la seconde moitié


du XIXe siècle32. Sur la pierre tombale des Enfants de Marie de la Haute-Ville

(fig.78) ainsi qu'au monument de Pierre Isidore Bazin (1825-1900), une

Immaculée Conception aux bras ouverts repose sur un globe et foule de ses

29Le premier décès inscrit remonte à 1932. Le lot se trouve sur l'avenue des Saules-pleureurs,
au centre-nord du site.
30ll se trouve sur la rue Saint-Jacques. En outre, on distingue sur la stèle juxtaposée à ce
groupe, un Ecce Homo en médaillon signé par M. Thomas, France.
31 Elles se trouvent au sud-ouest du cimetière, respectivement sur les avenues Saint-Damase
et Saint-Jacques. Une sainte Famille du même type, mais enchâssée dans une forme
concentrique, orne la stèle de Pierre-Fortunat Laliberté (1909-1975) située elle aussi sur
l'avenue Saint-Jacques. Ces trois monuments ont été fabriqués par Laforce & fils, mais les
médaillons sont vraisemblablement importés. Comme pour l'architecture et le mobilier, on note
encore une fois le phénomène d'entraînement collectif.
32Ce dogme fut proclamé par le pape en 1854. Louis Réau, Iconographie de l'art chrétien, Tome II,
vol. Il, Nouveau Testament, Paris, PUF, 1957, p.69.
77
pieds le serpent33. Symbolisant sa victoire sur le péché originel, elle joue

ainsi un rôle de médiatrice auprès des âmes du purgatoire.

Elle figure également en Notre-Dame de Lourdes. Cette représentation,


directement associée au dogme précédent, rappelle les apparitions de la
Vierge à Bernadette Soubirous en 1858. Cet événement ne tarda pas à avoir
des échos au Québec. "Pendant le dernier quart du XIXe siècle et au début

du XXe, on assiste à une prolifération de nouveaux sanctuaires dont la plupart


sont dédiés à la Vierge et dont beaucoup recréent la grotte de Lourdes"34.

Sur le tombeau de Cary Pelland (fig.79), elle pose dans une attitude de prière

telle que décrite à partir des apparitions. Elle est coiffée d’un long voile orné

de rinceaux de fleurs et un rosaire est suspendu à ses mains jointes, comme

c'est le cas aussi avec le monument de Ciblas Déry35.

D'autres images témoignent, encore une fois, de l'importance du culte marial.


Sur la rue Saint-Damase, une Vierge à l'Enfant (fig.80) se jouxte à la pierre
tombale de la famille de Pierre Fournier36 tandis que sur le lopin de Joseph
Clermont, c'est une Notre-Dame-de-la-Salette37 figurant en pleureuse qui

s'impose (fig.81). Elle est assise et ses mains appuyées sur ses genoux
voilent son visage éploré. Le pathétisme de la scène alimente le désir
d'exorciser une mort inattendue, celle d'Odila Doré "morte dans l'écrasement

33Elles sont respectivement situées sur les avenues Belmont et des Amaranthes.
34John R. Porter et Jean Bélisle, op.cit., p.129.
35lls se dressent sur les avenues des Saules-pleureurs et Saint-Jacques. Dans le premier cas,
la Vierge correspond à la sépulture de Carmel Laverdière Pelland décédée en 1960 et elle
figure à côté de la stèle de l'époux décédé en 1973.
36Fabricant: Delisle Monument de Québec; la statue de marbre provient, comme la plupart des
autres, de Carrare en Italie.
^L'identification de ce thème est due à Ginette Laroche-Joly.
78
de l'avion pèlerin canadien sur l'Obiou, Alpes, France, le 13 novembre 1950
au retour d'un pèlerinage à Rome"38.

Enfin, une Mater Dolorosa (fig.82) apparaît en médaillon sur le monument


d'Arthur Saillant39. Cette figure traduit à sa manière le drame de la Passion40

tout comme sainte Madeleine pénitente, sculptée en ronde-bosse ou en bas-


relief au pied de la croix, sera associée à la scène du Calvaire41. Une fois de

plus, l'image de la mort évoquera l'étape ultime de la vie publique du Christ42.

4.1.3-L'ange de la mort: un compagnon de route

Toutes les faces étaient de flamme vive


et les ailes d'or, et le reste si blanc
qu'aucune neige à ce point n’arrive.
Quand ils descendaient dans la fleur de banc en banc
ils apportaient cette paix et cette ardeur
qu'au vent de leurs ailes ils allaient chercher.
Dante43

Tous les élus du ciel, toutes les âmes saintes,


Qui portent leur fardeau sans murmure et sans plaintes
Et marchent tout le jour sous le regard de Dieu,
Dorment toute la nuit sous la garde des anges,
Sans que leur oeil troublé de visions étranges
Aperçoive en rêvant des abîmes de feu.

38Texte de l'épitaphe. La basilique Notre-Dame-de-la-Salette était comprise dans l'itinéraire des


pèlerins.
39Ce bronze est signé M.Thomas de France. Spécifions qu'une Vierge de l'Annonciation (cas
unique) apparaît sur la stèle de Paul-René Gauthier au cimetière Saint-Charles de Québec. Elle
fut savamment sculptée en haut-relief sur un médaillon de bronze (daté et signé: Nagni / Roma /
1908?)
40Une Mère des douleurs nettement plus pathétique figure en médaillon sur le monument de
Lucien Borne au cimetière Saint-Charles de Québec (vers 1909).
41 Même si aucune sainte Madeleine épongeant avec sa chevelure le sang du Christ
(appellation in J. R. Porter et J. Belisle, op. cit., p. 119) ne se trouve au Belmont, il s'agit d'un
thème très fréquent au panthéon funéraire. On aperçoit également la sainte agenouillée
retenant de ses mains les bras de la croix. Cette figuration d'une Madeleine au pied de la croix
fut chère à l'imagerie baroque du XVIIe siècle: Émile Mâle, L'art religieux..., Paris, Armand Colin,
1951, p.69.
42Même si les saints patronymes ne sont pas légion au panthéon hagiographique funèbre, on
peut s'interroger sur l'absence de la bonne sainte Anne.
43Dante Alighieri, La Divine Comédie, Paris, Cerf, 1987, p.512: Paradis, chant XXXI, versets 13-
18.
79
Octave Crémazie44

La figure de l'ange de la mort est de loin la plus représentative de la statuaire


funéraire au Québec45. On sait que les anges ont fait l'objet d'une dévotion46

particulière qui se raffermit au XIXe siècle et perdura jusqu'à la première


moitié du XXe. Constamment, l'Église invite le chrétien à se laisser guider par

les anges gardiens tout au long de la vie et même dans la mort. Dans le but

d'alimenter le culte voué à ces messagers célestes,

elle a institué des fêtes en leur honneur; elle les a introduits dans
les Litanies majeures et dans la messe; elle a approuvé
spécialement et indulgencié certaines prières comme PAngele
Dei", qu'on leur adresse; elle a suscité des poètes pour les glorifier
et les chanter; des artistes pour représenter les envoyés de Dieu
chargés d'une mission sacrée, les protecteurs des hommes47.

Dans un sens général, l'ange funéraire, intercesseur auprès de Dieu,


accompagne le défunt en attente de la résurrection des corps. C'est le
gardien, celui qui conduira l'âme du défunt au Paradis. Avec ce thème du

voyage de l'âme, on substitue l'idée de la mort par une invitation dans l'au-

440ctave Crémazie, Oeuvres l-Poésies, Montréal, Fleuve, 1989, p.303: Les Morts, versets 115-
120. Ce poème est daté du 2 novembre 1856: Poésies de Octave Crémazie, Montréal,
Beauchemin, 1925, p.121.
45L'ange surpasse la pleureuse même si celle-ci domine la sculpture historiée profane. Des
chérubins, tels que vus sur les tombes européennes, apparaissent tout autant sur celles de la
Nouvelle-Angleterre et de l'Ontario: "Full-figured angels provide a wide range of designs and
seem nearly as popular as mourning female figures": Patricia Stone et Lynn Russell,
"Observations on Figures, Human and Divine, on Nineteenth-Century Ontario Gravestones",
Bulletin d'histoire de la culture matérielle, no 24, Automne 1986, p.28.
46Née au XVIe siècle, elle connut son plein épanouissement en Europe au XVIIe siècle après
avoir été consacrée par la papauté: Émile Mâle, op.cit., p.302.
47 Dictionnaire de spiritualité ascétique et mystique: doctrine et histoire, Paris, Beauchesne,
1932, vol.l, p.623: pour les fêtes et litanies, voir p.612-617. Il est question de la "Messe votive
des Anges" in Pères bénédictins du Mont César, La liturgie des défunts, Louvain, Mont César,
1946, p.198-210.
80
delà48. Ainsi, comme pour les autres motifs sacrés, l'ange s'inscrit dans une

perspective axée sur la quête du salut.

D'un point de vue particulier, la figure de l'ange funéraire reprend certains


prototypes de l'iconographie chrétienne traditionnelle49 ou fixe des modèles

directement reliés à la thématique de la mort. D'une part, on reconnaît les


anges désignés dont la dénomination est reliée à une fonction spécifique, tel

saint Michel terrassant le dragon. Cette figuration où se confrontent deux

antagonistes est une réminiscence de l'angélologie romane qui reproduit le


thème "des deux voies: celle de la lumière et celle des ténèbres"50. Cet

archétype est toutefois accidentel dans l'art funéraire51 puisqu'on favorise,

d'abord et avant tout, la représentation des bons anges.

L'ange à la trompette, appelé ange du Jugement dernier, se présente


également en exécuteur de la justice divine. Il figurait naguère à l'entrée des
cimetières52. Les sépultures familiales n'en offrent que de rares exemples: il

pointe le ciel de la main droite pour annoncer le message de la Rédemption et


tient sa trompette abaissée en attente du Jugement dernier53.

48Pierre Boglioni, "La mort dans les premières hagiographies latines", Le sentiment de la mort
au Moyen-Age, Montréal, Éd. de l'Aurore, 1979, p.197: ce texte fut repris dans Essais sur la
mort, Montréal, Fides, 1985, p.269-298.
49John R. Porter, "Coup d'oeil sur les anges dans l'art au Québec", Questions d'art québécois,
Québec, Cahiers du CELAT, no 6, février 1987, p.25-42.
50Aurélia Stapert, L'ange roman dans la pensée et dans l'art, Paris, Berg International, 1975,
p.261.
51 Cet archange, chef des armées célestes, fut ciselé sur la stèle de la famille de Michel Rossand
au cimetière de la paroisse Notre-Dame-de-Foy.
52La photographie de l'ancien portail du cimetière de Saint-Nicolas avec les deux anges à la
trompette est reproduite in Mario Béland, op. cit., p.145. Louis Jobin "en façonna un certain
nombre, notamment à Saint-Jean (1890), à Charlesbourg (1899), à Saint-Nicolas et à Lauzon
(vers 1900) et à Saint-Tite (1918)": Mario, Béland, "Les monuments de bois: ces autres
disparus", Continuité, no 49, hiver/printemps 1991, p.35.
53Aucun Ange à la trompette ne figure au Belmont mais au cimetière Saint-Charles de Québec,
on en dénombre au moins deux dont celui surplombant l'édicule néo-gothique de Zéphirin
Paquet (cité au chap. 3, note 61).
81

Cela dit, ce sont le plus souvent des anges anonymes que l'on retrouve au
cimetière. Ceux-ci sont avant tout aux services des humains, mais ils n'en

demeurent pas moins des messagers divins. Ici, l'éventail des variantes prête

à interprétation. Pour les tombes juvéniles, on présente fréquemment l'image

d'un putto dont les modèles remontent aux génies antiques ou aux putti de la
Renaissance et de l'âge baroque54. Forme d'idéalisation de l'enfant perçu
comme "un ange au ciel", ce motif fut récupéré pour les tombes familiales,

rejoignant là la symbolique conventionnelle de l'ange adulte qui apparaît en

jeune éphèbe ailé, vestige de l'héritage gréco-romain.

Certains types d'anges se retrouvent aussi bien chez l'angelot que chez
l'ange adulte. L'ange priant, dénommé aussi ange adorateur, affecte une
attitude de prière. Agenouillé (fig.83) ou plus fréquemment debout (fig.84)55, il

joint les mains sur la poitrine et dirige souvent son regard sur la tombe.
L'ange aux fleurs tient à la main gauche un lys ou une gerbe de roses et tend
une fleur de la main droite (fig.85 et 86). Cette intrusion du règne végétal,
relié au rite du renouvellement, vient renchérir la symbolique de
l'immortalité56. Parmi ce groupe d'anges, certains ont été sculptés en relief,
comme celui qui figure sur la stèle de Tancrède Rinfret (fig.87)57. Lorsqu'il

54Des Amours figuraient sur les tombeaux des dignitaires et des princes aux XVe et XVIe
siècles. Cette tradition "remonte à l'antiquité romaine, sans qu'on sache précisément si ces
Eros funéraires personnifiaient l'âme, traduisaient le regret d'une existence perdue ou la
tristesse que cause la disparition d'un être aimé". Cumont cité par Guy De Tervarent, Attributs et
symboles dans l'art profane 1450-1600, Genève, Librairie E. Droz, 1958, p.24.
55ll s'agit ici d'un ange adorateur à la croix et aux fleurs.
56"C'est ce symbolisme de régénération qui fait que, depuis l'Antiquité, on dépose des roses
sur les tombes". J. Chevalier et A. Gheerbrant, op. cit., p.823. Signalons que pour le territoire
prospecté, l'ange adorateur et l'ange aux fleurs sont les plus fréquents.
57Cet ange aux fleurs, superposé à une croix, fut exécuté dans un style art déco (avenue Saint-
Jean-Baptiste). Enfin, notons que dans la partie haute de certaines stèles figure un ange à la
tombe: il y dépose des fleurs. En outre, certains anges n'ont pas d'ailes (Louis Réau, op.cit., Il,
I, p.36). Un cas fut repéré au cimetière Saint-Charles de Québec (lot de Louis Gauthier).
82
s'agit de I'ange à la croix, le putto tient la plupart du temps une couronne
(fig.88) et l'ange adulte pointe le ciel de la main droite (fig.89) rappelant le

geste de l'ange du Jugement dernier, messager de la Rédemption.

D'autres modèles sont plus fréquents chez l'ange adulte58. Tout d'abord,
l'ange à la palme qui, par son attribut, rappelle l'immortalité de l'âme. Celui
qui fut sculpté dans le bronze sur la stèle de Georges Parent se distingue
majestueusement par sa taille et sa facture. Ce relief s'inscrit dans une
composition verticale tripartite ponctuée par la palme, le drapé fouillé et les
ailes (fig.GO)5^. Pour sa part, l'ange pleureur constitue une transposition
sacrée du thème de la pleureuse60. Ce dernier, rarement en position assise,
s'accoude sur un socle ou une croix et tient souvent une couronne à la main
(fig.91). Ces deux thèmes figurent respectivement sur la stèle d'Henri Désiré
Barry (1865-1935) et celle du major Eugène Lavoie (fig.92)61. Même s'il est

question jusqu'à maintenant d'anges masculins, dans ce cas-ci, il s'agit

davantage d'un ange androgyne62.

58Rappelons ici que la tête ailée, formule davantage appliquée au putto, fut très prisée pour la
décoration des "headstones" typiques des cimetières anglais et américains du XVIIe jusqu'au début
du XIXe siècle. Cette image découlant de l'iconographie médiévale provient "de la scène religieuse
des tableaux funéraires muraux": P. Ariès, Images de l'homme devant la mort, Paris, Seuil, 1983,
p.79.
59Cet ange porte un nimbe, comme c'est le cas pour l'ange à la palme agenouillé repéré au
cimetière Mont-Marie à Lévis (Adèle Vallerand épouse de E. E. Lemieux décédée en 1943) et
qui fut également exécuté par Émile Brunet.
60Cette figure est présentée plus loin. Une telle interprétation pourrait s'appliquer aussi à la
sainte Madeleine pénitente.
61 Ces reliefs ont été sculptés directement dans la pierre: l'une se situe au coin des avenues
Sainte-Anne et Saint-Nazaire et l'autre sur Saint-Damase.
62Lorsque l'ange se féminise, il tend à évoquer la divinité Eros venant au rendez-vous avec
Thanatos, dieu de la Mort. Au cimetière St-Charles de Québec (lot de Vilbon Garant), un ange du
silence dont les caractères morphologiques ne laissent aucun doute pourrait rappeler une
victoire ailée: voir ill. in Thérèse Labbé, loc.cit, p.31. Enfin, on dénombre deux autres types
d'anges adultes ne figurant toutefois pas au Belmont: Y ange de l'espérance et l'ange du calvaire.
Le premier tient une ancre dans une main et pointe le ciel de son autre main tandis que !e
deuxième suspend le plus souvent un phylactère (évocation des Saintes Écritures) autour de la
croix ornée d'une couronne.
83

4.2-La sculpture profane: de l'allégorie à Yanthrôpos

Au cimetière, les représentations de la femme donnent lieu à des

interprétations métaphoriques. Ici, la valeur christologique encore ambiguë


de certaines figures allégoriques cède le pas aux valeurs anthropologiques,
plus particulièrement, avec les personnifications de la pleureuse. En

contrepoint, pour le défunt, ce sont toujours des représentations réelles qui

s'imposent.

4.2.1-La femme: un idéal éternel

On dirait une larme, une larme brûlante,


Qui tombe sur mon front. Une voix gémissante
Descend de là-haut comme un chant.
Ah! ma mère, c'est toi, dont la tendresse sainte
Vient répandre à la fois tes larmes et ta plainte
Sur le tombeau de ton enfant
Octave Crémazie63

Au cimetière Belmont, sur le lot de J. Adrien Lamarche, la silhouette d'une


sirène dormante (fig.93) se dégage d'un bloc laissé en partie à l'état brut64.

On peut voir dans cette figure éthérée la personnification du sommeil du

Juste. Lieu et finalité commandent. Elle fut créée à l'occasion d'une mort,

630ctave Crémazie, Oeuvres l-Poésies, Montréal, Fleuve, 1989, p.406: Promenade des trois
morts, versets 209-214. Pour ce poème d'outre-tombe écrit en 1862, Crémazie s'est inspiré de
La Comédie de la Mort de Théophile Gauthier.
^Elle se dresse dans la section sud-ouest, sur l'avenue Saint-Alfred. Il s'agit d'un des rares cas
d'une sculpture personnalisée et réalisée par une artiste d'ici. On signalera qu’au Cimetière
Notre-Dame-des-Neiges à Montréal, un bon nombre de statues ont été exécutées par des
sculpteurs montréalais d'origine italienne (Sebastiano Aiello Enrg. Monuments; Aiello Santo &
Loizzi Monuments). En outre, Maurice Lord, à qui l'on doit les sculptures de Sainte-Anne de
Beaupré, y a signé un bon nombre d'oeuvres: Danielle Pigeon, "La modestie a bien meilleur
goût", Frontières, vol.4, no 1, printemps-été 1991, p.52-53. De même, on connaît les travaux
de Georges E. Tremblay, condisciple d'Alfred Laliberté, se trouvant surtout à Saint-Jean et à
Iberville: M. Colin, Georges E. Tremblay, Saint-Jean-sur-Richelieu, Mille Roches, 1985, p.7 et
70.
84
pour transgresser le non-sens de cette mort. Dans un tel contexte, cette
image se charge aisément de la symbolique de la pierre associée à l'âme.
L'auteur, elle-même, a voulu exprimer "un état de béatitude et d'illumination
dans cette interprétation métaphorique de l'âme en contemplation sereine
devant l'Éternel"65.

Ailleurs, la défunte apparaît sous les traits d'une déesse vêtue à l'antique
portant une couronne de roses ou offrant les fleurs du souvenir. C'est le cas
du personnage surplombant le monument de la famille de J.B.E. Letellier de
St-Just (fig.94)66. Au-dessus de l'imposant édicule de la famille de Philippe

Huot, dont les faces aveugles portent torches renversées et mains unies, se
dresse une figure allégorique pointant son index au ciel dans un geste de

prédication ou d'éloquence (fig.95). Elle pourrait personnifier une sybille dont


la dualité symbolique oscille entre le sacré et le profane67. Cette prophétesse
se ferait "l'écho des oracles, l'instrument de la révélation"68. Le livre qu'elle
tient à la main pourrait aussi correspondre à l'attribut de la Justice, une

hypothèse plausible puisqu'il s'agit ici du tombeau d'un notaire69.

65Propos recueillis auprès de l'artiste, madame Louise Bourbeau, à l'été 1991. Cette oeuvre fut
exécutée en 1966 pour sa soeur Suzanne dont l'époux était décédé en 1964. Voir description
par Thérèse Labbé in Louise Bourbeau, Images de pierre 1988-1992, Édition de la Canoterie,
1993, p.5 (catalogue publié pour l'exposition tenue à la Galerie Madeleine Lacerte du 21 fév. au
11 mars 1993).
66Cette statue de marbre (détail de la fig.34), comme c'est le cas pour les autres sculptures,
provient probablement de Carrare en Italie. Voir en annexe quelques modèles offerts sur
photographies ou sur catalogues.
67Les figures allégoriques connotent souvent des valeurs pieuses comme dans le cas des
représentations de l'Espérance, dont deux modèles figurent au Mount Hermon de Sillery:
tombeaux de James Piddington (1857-1899) et de Mary Frances Russell, épouse de William
Duthie Baxter Janes décédée en 1864.
68Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, op.cit., p.882. On distingue entre trois et douze types de
ces vierges dont la Sybille de Lybie portant "une torche allumée [qui] prédit le Sauveur comme
lumière du monde": E. Droulers, Dictionnaire des attributs, allégories..., Turnhout (Belgique),
Etablissements Brepols S.A., s.d., p.204. Voir aussi Louis Réau, op. cit(ll, I), p.427.
69Les attributs plus conventionnels de la Justice sont la balance et l'épée ou encore le bandeau
sur les yeux: Guy De Tervarent, op. cil, p.36,42 et 156.
85
C'est aussi une fonction symbolique qu'on attribue à la femme lorsqu'on la
représente en pleureuse70. L'investissement sur l'au-delà fait place ici à

l'éclairage anthropologique. En effet, dans cette figuration réside un élément


réaliste lié à une tradition funéraire préchrétienne: le planctus ou expression du
deuil71. On connaît l'importance du rituel des lamentations dans les civilisations

méditerranéennes qui perdurent encore aujourd'hui. Chez nous aussi, cette


pratique s'ajoutait au spectacle de la mort et elle a persisté dans certaines
régions jusqu'au milieu du XXe siècle72.

Ces chants de poésie de la mort ont des racines profondes, issues


des rites funéraires antiques [...]. C'est une réaction si
communément répandue au travers de conceptions religieuses
différentes qu'elle semble tenir plus à une réaction instinctive qu'à
une institution. Dans la femme qui pleure resurgit la mère73.

En réalité, le type iconographique de cette figure éplorée relève de l'imagerie


gréco-romaine74. La pleureuse sculptée en ronde-bosse ou en bas-relief

apparaît souvent voilée, debout ou accoudée sur un pilier drapé75. Elle est

70 La Déploration est le thème le plus fréquent dans la sculpture funéraire profane au Québec
(incluant les bas-reliefs). C'est aussi le cas en Ontario: "The mostly frequently seen human form
on early Ontario gravestones is the mourning female figure" (Patricia Stone And Lynn Russell,
loc. cit., p.24).
71 Pierre Boglioni, op. cit, p.202. Selon cet auteur, on doit à Ernesto De Martino un essai
majeur sur ce rituel. Rappelons qu'au Moyen-Age, le thème du planctus figurait au répertoire
musical. On le nommait "lamentatio ou complainte, devenant plus tard déploration ou élégie":
même source, p.253 à l'article de Djuka Smoje, "La mort et l'au-delà dans la musique
médiévale".
72En outre, la veuve éplorée se devait de porter sa "pleureuse", c'est-à-dire, un grand voile noir
fixé au chapeau et qui couvrait le visage: Madeleine Doyon, "Rites de mort dans la Beauce",
Journal of American Folklore, 1954, vol. 67, no 264, p.137-146.
73Éliane Georges, Voyages de la mort, Paris, Berger-Levrault, 1982, p.124.
74Le sarcophage "des pleureuses" (v.350) de la nécropole de Sidon conservé au Musée
d'Istanbul figure in Jean-Jacques Maffre, L'art grec, Paris, Flammarion, 1984, p.42. Rappelons
que le mascaron couronnant le frontispice du mausolée d'Ulric-J. Tessier, au Belmont, illustre
une tête de pleurant (fig.28). Elle rappelle celle des pleurants sculptés en ronde-bosse sur les
tombeaux des souverains au Moyen-Age. Ceux des ducs de Bourgogne sont très connus.
75Mario Béland (loc.cit., p.35) présente la pleureuse en bois exécutée par Jean-Baptiste Côté vers
1900 (photo: Thérèse Labbé et Lise Nadeau) qui se trouvait au cimetière Saint-Charles sur le lot de
V.A. Emond. Elle est conservée au Musée du Québec depuis 1985 et reproduite dans plusieurs
ouvrages dont: John R. Porter, "Le chrétien devant la mort" op. cit. p.318 ; John R. Porter et Jean
Bélisle, op. cit., p.286 (dite La Désolation, p.119); Réal Brisson, op.cit., p.100.
86
parfois agenouillée dissimulant son visage derrière ses mains76 ou en

position assise, accoudée sur un genou et tenant une couronne de fleurs tel
qu'au lot de Valère Côté(fig.96)77. La composition, qui nous la montre debout

accoudée sur une pierre tombale, est de loin la plus fréquemment sculptée en
relief au haut des stèles. Une configuration similaire dominée par un saule-
pleureur se retrouve sur des modèles plus anciens (fig.97)78. Ici, la

morphologie de l'arbre associé à la mort sied aisément à l'esprit victorien du

XIXe siècle79. Sur une stèle unique, érigée dans la section "C" des fosses à

part au nord-est, une femme à genoux près d'une bière sèche ses larmes: elle
s'associe aux motifs de la croix et de la palme (fig.98)80.

Projection métaphorique du deuil et de l'affliction, la représentation de la


pleureuse a pour effet de fixer le temps. Le dialogue avec l'autre, l'être aimé,
peut ainsi s'éterniser. Michel Vovelle l'interpréterait comme la vision
horizontale de la mort où vivants et défunts coexistent sur le même plan lui
opposant la perspective eschatologique, alors qualifiée de vision verticale81.

76C'est le cas avec la pleureuse du cimetière de Neuville (illustration in Thérèse Labbé, loc.cit.,
p.28). On retrouve le même type dans les cimetières nord-est américains dont un modèle figure
au catalogue de la W.C. Townsend & Co., no 2846 (Annexe B); un autre identique se trouve au
Woodlawn Cemetery à Bronx, état de New York. (ill. in Edmund V. Gillon Jr. Victorian Cemetery
Art, New York, Dover Publications Inc., 1972, p.56).
77Ce monument sis au lot de Valère Côté fut l'objet d'un récent nettoyage.
78Ces deux monuments se trouvent dans la section centrale des fosses à part.
79l_a pleureuse fut également l'objet de diverses expressions artistiques et plus particulièrement à
l'époque victorienne. Des "mourning pictures" figurent, en effet, sur des lithographies, costumes,
broderies et bijoux qui sont autant de manières de personnaliser le culte de la mémoire: Martha V.
Pike et Janice Gray Armstrong, A Time to Mourn Expressions of Grief in Nineteenth Century
America, New York, The Museums at Stony Brook, 1980,192 p. Selon Philippe Ariès, ces objets,
"jouent l'un des rôles du tombeau, le rôle de mémorial: une sorte de petit tombeau portatif, adapté à
la mobilité américaine": Essais sur l'histoire de la mort en Occident du Moyen Age à nos jours, Paris,
Seuil, 1975, p.59.
80C'est le cas avec la pleureuse illustrée sur une carte mortuaire (Annexe D). Rappelons que le
logotype apposé sur les contrats du fabricant J .A. Bélanger de Québec montrait une pleureuse
assise sur un socle. Enfin, des pleureuses ornaient certains corbillards (John R. Porter et J.
Bélisle, op. cit., p.274).
81 Michel Vovelle, La mort et l'Occident de 1300 à nos jours, Paris, Gallimard, 1983, p.50.
87
Au sein des représentations de la femme, semblent faire exception quelques
pierres tombales où les traits de la défunte sont rendus avec fidélité, comme
sur la stèle de Lucienne Gauvin sise au nord de l'avenue Belmont (fig.99)82.
De même, sur l'avenue Notre-Dame, la stèle de Paul Genest est ornée d'un
médaillon en marbre présentant vraisemblablement le portrait de son épouse
(fig.100).

4.2.2-L'homme: un héros par-delà la mort

L'amour, ce mot sonore aussi trompeur qu'un songe,


La gloire, ce beau rêve d'or,
L'amitié des humains, cet imprudent mensonge,
La fortune, ce vain trésor;

Toutes ces voix d'en haut où ta pauvre existence


Cherchait une fausse clarté,
Oui, ces voix garderont pour toujours le silence
Devant ma fauve majesté.
Octave Crémazie83

Alors qu'il est rare de voir les traits de la femme sculptés dans la pierre, il est
fréquent de retrouver l'effigie réaliste du défunt, celle-ci apparaissant dans la

partie haute des stèles. Cette forme d'expression correspond bien sûr à une
forme d'héroïsation, encore qu'elle n'ait pas atteint l'ampleur de la

statuomanie, caractéristique des monuments commémoratifs érigés sur les


places publiques de la cité des vivants84.

82Elle est l'épouse de Stanislas Gilbert. Le relief est signé par R. Gilbert. Cette pierre tombale
fut érigée dans la section "C" des fosses à part.
830ctave Crémazie, op. cit., p.420: Promenade des trois morts, versets 533-540: propos du ver
de terre, dévoreur de chair, qui se désigne comme le roi et le maître face à la condition du mort.
84En effet, les portraits en pied ne sont pas légion dans nos cimetières. Il existe certains cas
isolés, tel cet "artisan tailleur de pierre [du Comté du Lac Saint-Jean qui] s'est représenté lui-
même dans les vêtements de travail": Bernard Genest, "Réflexion méthodologique sur un
corpus d'objets funéraires", Religion populaire. Religion de clercs?, Québec, IQRC, 1984, ill.
p.363.
88

Sur le prestigieux monument de l'architecte Georges-Émile Tanguay, le

portrait du défunt se jouxte à l'image de la palme, symbole conventionnel de

victoire, d'ascension et d'immortalité85. C'est aussi le cas avec la stèle de


l'horloger et orfèvre Cyrille Duquet (fig.101). De même, le musicologue
Joseph Vézina, fondateur de l'Orchestre symphonique de Québec, a son
effigie immortalisée dans le bronze (fig.102)86. Tel qu'indiqué sur l'épitaphe,
le monument fut offert à la famille par des amis et admirateurs87.

Quant au portrait physique de Félix-Gabriel Marchand (1832-1900), il est


signé par [Louis] Philippe Hébert, illustre sculpteur de Montréal (fig.103). En
outre, la désignation par le statut socio-professionnel s'ajoute ici pour sa plus

grande gloire88. Ce portrait moral est complété par l'étalement de ses vertus
condensé dans une inscription latine, "Vir probus", qui se traduit ainsi: [Il fut

un] Homme honnête.

4.2.3-L'enfant et le couple: les marginaux du panthéon funèbre

Dans notre corpus, la figure de l'enfant tient une place fort modeste puisqu'on
lui préfère généralement la forme idéalisée de l'angelot89. Au Belmont, sur le

lot de Gazzoli Bastien, un jeune garçon accompagné de sa soeur surplombe

850n ne distingue aucune épitaphe désignant son statut professionnel (voir fig.42A/B).
86Alors que le médaillon de G.-É. Tanguay fut exécuté par Émile Côté, ceux de Cyrille Duquet (daté
de 1923) et de Joseph Vézina (fondu à Paris en 1927) sont dus à Georges Henry Duquet.
87Comme déjà signalé, les monuments des écrivains François-Xavier Garneau et Faucher de
Saint-Maurice furent aussi l'objet d'une souscription publique.
88L'épitaphe indique qu'il fut premier ministre du Québec de 1897-1900.
89Au cimetière Saint-Joachim (lot de Cyrias Goulet; vers 1950), un garçonnet à genoux joignant
ses mains, se trouve à la limite de la figuration de Yange adorateur. Spécifions ici que nous
avons repéré au moins deux autres thèmes avec représentation d'un enfant: le bambin sur sa
couche et Ventant à la tête de mort tenant une torche renversée. Ce dernier, cas unique, figure
sur le lot de Charles V.M. Temple au cimetière Mount Hermon de Sillery et il représente un
Génie de la mort. Guy De Tervarent, op. cit., p.374-375.
89
un socle (fig. 104) sans que l'on puisse percevoir l'intention réelle des
commanditaires, ni en saisir la signification. Y voir là la projection d'un rêve -

celui d'avoir des enfants - reste en soi de l'interprétation90.

Quant aux représentations du couple, elles sont rarissimes et se limitent ici


aux photographies de l'époux et de l'épouse imprimées sur porcelaine91.

Elles se font pendant au haut de la stèle de François Van Damme et Olga


Vanpoucke, tous deux décédés en 1973 (fig.105). Avec ces images réelles,
les glissements entre absence et présence s'entrecroisent.

Le but du portrait, c'est alors de présentifier le mort, concrètement,


éternellement. [...] La présence du signe est signe de la présence: le
signifié, déterminé analogiquement, est coextensif au signifiant. Le
mort représenté est ici et maintenant la photographie est là pour le
prouver, le confirmer92.

Ce thème vient boucler notre tour d'horizon sur la sculpture historiée. Nous

avons pu constater qu'au sacré comme au profane, les valeurs évoquées par
les représentations oscillent entre le pathétisme et la sérénité ou la
compassion et la douceur. Tantôt, des images pieuses contribuent à
apprivoiser la mort tout en reflétant l'appartenance religieuse des personnes
défuntes. Tantôt, les sujets réels dont l'oeuvre terrestre est symboliquement
révélée côtoient les figures idéalisées, opposant ainsi une vision exaltante de
la mort à une autre qui est plus romantique.

"Précisons qu'aucun nom d'enfant ne figure à l'épitaphe.


91 Curieusement, le portrait photographique ne fut pas très populaire. Quelques exemples
isolés se retrouvent dans la section à l'ouest de l'avenue Saint-Joseph. Sur une stèle érigée au
sud-ouest, on distingue les portraits de Lionel Boiteau (1914-1992) et d'Aline Beaumont
(1917-1992).
92Jean-Didier Urbain, op.cit., p.203. L'auteur inscrit cette analyse dans le cadre des relais
analogiques des signes-singes.
90
On verra qu'avec l'écriture épigraphique, un schème similaire est reproduit
pour mieux consolider ces enjeux. Et ce, bien entendu, avant que le texte ne
subisse les avatars de l'uniformisation, voire de l'extinction, comme c'est le
cas pour la sculpture, tel que signalé au début du présent chapitre. Comment
peut-on interpréter ce volte-face? Pourquoi la mort lyrique n'a-t-elle plus droit

de cité? Nous tenterons d'élucider ces questions dans notre conclusion.


91
CHAPITRE 5-L’ÉCRITURE ÉPIGRAPHIQUE

De niveau en niveau, sur et sous la barre, au travers du


cercueil comme au travers de l'épitaphe, c'est finalement, de
signifiant en signifiant, le môme projet global de signification
qui se donne à lire, qui se répète inlassablement.
Jean-Didier Urbain1

Qu'elle se déploie ou qu'elle s'écourte, qu'elle s'étale en prose ou en vers,


récriture épigraphique représente un vecteur d'informations des plus
significatifs. Le texte s'allie parfois à l'icône et en outre, il se charge du même
code et du même message. Mais comment écrit-on la mort ? Quels sont les

mots pour la dire ? Enfin, comment se donne-t-elle à lire ?

5.1-Évocation réaliste de la mort: l'ici-bas

Par l'écriture, le monument qu'il soit de granit, de bronze ou de bois,


devient manifestement un document, une archive, une mémorisation
matérielle indéfinie de la vie.
Jean-Didier Urbain2.

5.1.1-La mort empirique et métaphorique

L'énonciation spécifique de la mort dans ses formules les plus


conventionnelles -"décédé" ou "died"- accompagne souvent les données

d'identification telles que nom, prénom, dates et état civil. Les épitaphes

anciennes superposent l'âge du défunt à la date du décès - et ce, jusque vers

le milieu du XXe siècle - ou encore, elles précisent les jours de naissance et


du décès comme en fait foi la pierre tombale de la famille O.F. Campeau

1 Jean-Didier Urbain, La société de conservation, Paris, Payot, 1978, p.167-168.


2Jean-Didier Urbain, L'archipel des morts, Paris, Plon,1989, p.196.
92

(fig.106)3. on note un cas où l'époux et l'épouse sont décédés le même jour,


alors qu'aucune circonstance n'est relatée. L'événement s'efface devant la

solidité du lien affectif. Ils sont morts ensemble et pour peu, ils avaient le

même âge (fig.107):

Dr Florant Bernier
décédé le 7 octobre 1951 à 49 ans
son épouse
Marie-Anne Landry
décédée le 7 octobre 1951 à 50 ans

Le lieu de la mort, lorsque spécifié, se jouxte souvent à celui de la naissance


tel que vu sur le tombeau de Louis-Joseph-Cyprien Fiset: "A la mémoire de /

L.J.C. Fiset, Ecuier / avocat et protonotaire / né à Québec le 3 octobre 1825 /

décédé à Québec le 15 août 1898 / R.I.P."3


4. Dans certains cas, cette donnée
est plus significative, comme avec la pierre tombale érigée sur le lot du
négociant François-Xavier Garneau décédé le 18 juillet 1922. Au bas de la

face principale fut gravé:

Jacqueline Morin
décédée à Berne le 28 octobre 1966
épouse de
René Garneau Ambassadeur du Canada
décédé à Montréal le 25 octobre 1983

La désignation du trépas évoque souvent la mort-repos, projection de l'image

du sommeil. "La métaphore permet à l'endeuillé d'énoncer indirectement, sans

sourciller, la proposition paradoxale ce mort est vivant car le sommeil c'est

3Cette croix celtique érigée vers 1877 fut récemment nettoyée (photo: oct.1991), peut-être lors
de l'inhumation de Jean-Paul Campeau en 1990 alors que le dernier décès remontait à 1963.
L'épitaphe quasi illisible en 1981 fut aussi repeinte.
^Toutefois, une seule des neuf inscriptions porte cette information.
93
encore la vie !"5. Le syntagme "Ci-gît" connaît peu de faveur, mais il persiste

jusqu'au début du XXe siècle:

Ci-gît / Louis 27-29 mars /1906


Michel juin 1909-
février 1910
Marguerite
Hamel-L'Anglais
5 mai 1885-
14 oct. 1918
R.I.P.

Le "Ici repose", un peu plus fréquent, fut utilisé surtout au XIXe siècle6. Il

s'associe souvent à la désignation du corps.

Ici repose le corps de Sieur Siméon Béland


marchand de bois
décédé le 11 avril 1884
à l'âge de 36 ans 6 mois"
La mort est envisagée au présent puisque le défunt est toujours là. Toutefois,

cette mort actualisée devient assez étrange, lorsqu'on évoque les conditions

mortelles du corps:

Ici reposent les restes mortels


des S.S. Madeleines du Bon Pasteur
de Québec7.

Pour Thomas Pope, mort au poste, le meilleur reste à vivre:

Sacred
to the memory of
Thomas Pope, advocate,
who died
on the 29th june 1863
while filling for third consecutive
year the office of mayor of Quebec;
aged 37 years

5Jean-Didier Urbain, La société..., op.cit., p.213.


6Nous avons repéré un cas en 1917 (famille Pinault) et un autre en 1932 (Lorenzo Zanettin).
7Le premier décès remonte à 1868.
94
"Thy will be done"
["Désormais que le meilleur lui soit fait"]

La joie aussi peut être manifestée dans le texte gravé:

William Sharpies
born June 15, 1861
died September, 1929
"in the presence is fulness of joy"
[dans la plénitude de la joie]8

L'écriture contemporaine, quant à elle, n'affiche que le nom du défunt parfois

accompagné des dates extrêmes. On anticipe aussi la mort en laissant un

tiret après l'année de naissance9:

Emile Lemieux 1929-


époux de
Agathe Vermette 1934-
Guillaume 1966-1983
Et ce, même si elle n'a pas encore frappé au foyer:

1907-G.Wilfrid Corriveau-
époux de
1912-Fernande Fortin-10

5.1.2-La mort tragique

La joie côtoie la tragédie. La mort accidentelle, qui fauche la vie, appelle à

révocation des circonstances. Il s'agit d'un événement inattendu et trop


souvent précoce, comme c'est le cas pour le fils de Philippe Bazin. Le fait est
relaté au bas de la stèle:

J. Elzéar Gustave noyé accidentellement le 20 juillet 1900 à l'âge de 16 ans.

8Cette petite stèle fut érigée sur le lot familial de Charles Sharpies.
9Ce phénomène, amorcé à la toute fin du XIXe siècle, s'est généralisé graduellement par la suite.
On verra toutefois des inscriptions plus récentes s'adapter au style des plus anciennes.
1 °Cette épitaphe a été relevée en 1988. Pour la précédente, voir fig.113 A/B.
95

Au centre de la pierre tombale du pilote J .Adélard Bernier, prend place

l'inscription concernant la mort de son fils (fig.108):

Raymond 1920-1941
disparu en mer sur S/S Nereus

Afin de mieux dire la mort tragique, les circonstances de l'accident sont

davantage explicitées:

Odila Doré
1889-1950
épouse de
Joseph Clermont
morte dans l'écrasement
de l'avion pèlerin canadien
sur l'Obiou, Alpes, France
le 13 novembre 1950
au retour d'un pèlerinage
à Rome
Le récit épigraphique est soutenu ici par l'image représentant une Notre-Dame

de la Salette en pleureuse11.

5.1.3-La mort héroïque

Le jeune soldat, mort en fonction, est perçu comme un héros. Sur l'obélisque

de la famille de Jean-Baptiste Renaud, on a gravé sous les noms du père et de

la mère:

Jean Louis Renaud


mort au Tonkin
au service de la France
le 4 janvier 1887
à l'âge de 29 ans.
Le fils de Benjamin Martin Jr figure, quant à lui, au sommet:

11 Voir fig.81.
96

A la mémoire de
W.J.J. Martin
mort au champ de bataille en France
le 2 nov. 1916 à l'âge de 19 ans.

Lorsqu'on est officier, on possède une stèle distincte12,

Lieutenant Colonel
Édouard A. Lebel
Serv. de santé, F.E.C.
19 janvier 1925
Officier
de la Légion d'honneur
mort pour la patrie
et l'on a droit aussi à une inscription sur le monument de famille:

Édouard Albert Lebel


1866-1925
Son épouse Eva Balza Retti
1879-1954
Lucille 1905-1920

Si les familles exaltent les mérites de leurs héros, un culte civique leur fut
rendu par l'État. Ainsi, deux monuments aux morts furent-ils érigés sur

l'avenue des Combattants, au sud-ouest:

Morts pour la patrie


les hommes ci-honorés
sont inhumés
dans ce cimetière

Those honoured here


died in the service
of their country
and lie elsewhere
in this cemetery

Sur l'autre stèle, le texte s'étale, toujours en version bilingue:

Par égard aux souffrances

12ll s'agit d'une stèle militaire conventionnelle de la Commonwealth War Graves Commission ornée
d'une feuille d'érable.
97
qu'ils ont endurées et aux
blessures qu'ils ont subies
au cours de leur service
militaire, les personnes
ci-honorées ont été inhumées
par le gouvernement du Canada
Elles reposent ailleurs dans ce
cimetière

Out of consideration for the


hardship or injury born of
their military service those
here commemorated were interred
by the government of Canada
they lie elsewhere
throughout this cemetery13

5.2-Fantasme de l'au-delà: la mort apprivoisée et mystique

Apprivoiser la mort pour mieux la dominer, en la réinsérant


dans la perspective du salut: pour cela il n'est pas question
de la nier, mais au contraire de la placer au coeur de la vie
humaine.
Michel Vovelle14

5.2.1-Les citations bibliques et liturgiques

L'usage des citations bibliques et évocations pieuses insérées à l'épitaphe


est un dispositif métaphorique très répandu. Investir sur l'au-delà procure un

sentiment de sécurité. L'image du sommeil revient ici en force et s'enrichit


d'une connotation mystique. Inaccoutumée dans sa version laïcisée ("Ci-gît"

et "Ici repose"), elle devient omniprésente dans sa formule pieuse, "R.I.P.",


laquelle s'est maintenue jusqu'au deuxième quart du XXe siècle15. Il s'agit de
l'abréviation du "Requiescat in Pace", motif emprunté à l'invocation finale de

13Dans les deux cas, de part et d'autre de ces textes, s'empilent les noms des militaires (l'une de
ces stèles est présentée à la fig.19).
14Michel Vovelle, Mourir autrefois. Attitudes collectives devant la mort aux XVIIe et XVIIIe siècle,
Paris, Gallimard-Julliard, 1974, p.57
15De très rares cas ont été repérés entre 1930 et 1950.
98
la Messe de Requiem et aux cérémonies de l'Absoute et de l'enterrement16. Il

apparaît rarement dans sa version longue. En latin sur le monument de

Théophile Têtu (vers 1868), il figure en français sur celui du négociant


François-Xavier Garneau (vers 1922) - "Qu'il repose en paix" - et en anglais
sur la tombe de Margaret, épouse de Charles Sharpies - "May she rest in
peace" -17. Il fait référence au corps en attente de la résurrection.

Certaines citations de l'Écriture figurant sur les épitaphes sont également

extraites de la messe des défunts. Sur les stèles cruciformes de Joseph et de

Stanislas Picard18, fut inscrit sous un Ecce Homo en médaillon: "Ego sum /
Resurrectio / et vita" [Je suis la Résurrection et la Vie]. Il s'agit d'un extrait de
l'Évangile selon Saint-Jean (XI, 25) relatant la résurrection de Lazare inclus à

la messe des funérailles et repris sous forme d'antienne à la cérémonie de

l'enterrement19. Ici, le texte appuie l'image qui révèle un Christ de gloire et

non de douleur, comme c'est si souvent le cas.

Sur la face est de l'immense croix du monument des Soeurs franciscaines


missionnaires de Marie, fut gravé le premier verset du psaume 129 de

l’Ancien Testament faisant partie du Chant des montées20: "Du fond / des /

abîmes / j'ai crié vers vous Seigneur, / Seigneur / écoutez / ma voix". Cet

extrait est inclus à la Levée du corps, cérémonie précédant la Messe de


Requiem, ainsi qu'à l'Office des morts, prière instituée par l'Église pour le

16Pères bénédictins du Mont César, La liturgie des défunts, Louvain, Ed. du Mont César, 1946, p.
55 et 72.
17La date figurant à l'épitaphe de ce monument en pierre calcaire est 1852 ou 1862? (en 1852, le
cimetière n'était pas inauguré: il s'agirait d'un transfert).
18Dans ce dernier cas, le premier décès remonte à 1951 (fig.69a). Elles sont respectivement
érigées dans l'ancienne et nouvelle partie du cimetière.
19Pères bénédictins du Mont César, op.cit., p. 32 et 69.
20"On pense qu'il s'agit des psaumes chantés par les pèlerins qui montaient à Jérusalem": La Bible.
Ancien Testament 2, Paris, Le Livre de Poche, 1979, p.154; voir p.160 pour l'extrait du psaume.
99

soulagement des âmes21. Sur le côté ouest du même tombeau, on a inscrit:


"Seigneur / donnez-leur / le repos / éternel", leitmotiv animant chaque phase
de la liturgie des funérailles et de l'Office des morts22. Ce motif apparaît en
latin sur le monument de Charles Sharpies (vers 1872): "Requiem aeternam,

dona eis Domine".

Sur la face sud du tombeau de l'épouse de Sharpies, le psaume 129 fut

transcrit dans sa version latine -"De profundis, clamavi ad te Domine; Domine,

exaudi vocem meam"- alors que sur le côté nord figure un autre verset du

même psaume: "Sustinuit anima mea in Verbo ejus" [Mon âme a été soutenue

par sa parole]. Une troisième tombe érigée sur ce lotissement, reproduit un


passage du Te Deum Laudamus ou prière d'action de grâce: "In Te, Domine,
speravi: / non confundar / in aeternum". [En Toi, Seigneur, j'ai espéré: / que je

ne sois pas perdu pour l'éternité]23.

Pour ce qui est du tombeau de l'avocat et protonotaire Louis-Joseph-Cyprien


Fiset (1825-1898)24, il présente une surabondance d'inscriptions. Sur le côté

nord, figure l'extrait précédent du Te deum et il fait suite à une autre citation:

"Imminet et tacito clam, / Venit illa pede" [Elle nous domine et de plus, en
silence, à notre insu, / elle approche sur la pointe des pieds]25. A l'est, on a

gravé: "Sit tibi terra levis" [Cue la terre te soit légère]26. Sur le côté sud, fut

21 Pères bénédictins du Mont César, op.cit., p.7 et 92.


2Zlbid., ouvrage en entier. Cette citation précède le "Requiescat in Pace".
23Traduction de M. Jean Du Berger de l'Université Laval. Autre version: "En toi, Seigneur, j'ai mon
abri, / Sur moi point de honte à jamais": L'abbé André Aubry et al., Le livre de l'assemblée, Paris,
Éditions du Cerf, 1965, p.40-41.
24Les premières inscriptions remontent à 1873.
25Cet extrait évoque, bien sûr, la mort sournoise.
26Cette inscription tumulaire figure au Petit Larousse illustré (1990), à la rubrique des locutions
latines, grecques et étrangères.
100
transcrit le dernier verset du Dies Irae, "poème des fins dernières"27 dont la
lecture précède celle de l'Évangile, lors de la Messe de Requiem: "Pie Jesu

Domine, / Dona eis requiem." [Doux Seigneur Jésus / donnez-leur le repos].

On a inscrit sur la face ouest "Lux perpetua luceat eis!" [Que la lumière

éternelle luise sur eux!] qui est en fait, la suite du refrain "Requiem aeternam,

dona eis Domine".

Ces paroles présentaient si bien le double aspect de la mort -


sommeil dans la nuit du sépulcre, réveil dans la lumière - que
l'habitude se prit vite de les répéter comme un souhait, comme une
supplication en faveur des défunts. Elles fournirent dès lors à
l'Église ce motif qu'elle plaça au début de la "Messe des Morts" et
qui revient à chaque instant dans le cours de l'Office28.

Au bas de la stèle de Benson Bennett, un passage tiré du Nouveau Testament


est présenté dans sa version anglaise: "Blessed are the dead which died in
the Lord. REV. XIV 13"29. Ce message prophétique, pris à l'Apocalypse de

l'Apôtre saint Jean, apparaît en français sur la face principale de l'obélisque

érigé en mémoire de la famille de François Vézina: "Bienheureux sont ceux


qui meurent dans le Seigneur / APO. XIV, 13"30. Il est ici précédé d'une

citation extraite cette fois du livre de Job31: "Ayez pitié, ayez pitié / de moi vous
du moins / mes amis. Job, XIX, 21 "32.

27Cet hymne remonte au XIIIe siècle et fut composé par Thomas de Célano "pour servir de prose au
dernier dimanche après la Pentecôte": Abbé Félix Perdrizet, La Messe des Morts, Avignon, Maison
Aubanel Frères, 1929, p.19-20: verset à la p.54.
28Abbé Félix Perdrizet, op.cit., p.2.
29La référence indique REV. pour Révélation qui est le sens figuré du mot Apocalypse, "simple
transcription du terme grec": Le Nouveau Testament, Paris, Siloê, 1974, p.506 et ledit extrait figure
à la p.524.
30Ce verset figure à l'Épitre de la messe dite "quotidienne" des défunts, à l'Office des morts et à la
messe célébrée le 2 novembre, jour de commémoraison des fidèles défunts: Pères bénédictins du
Mont César, op.cit., p.81, 95 et 194.
31 "Le Livre de Job est un long poème sous forme de dialogue entre Job et ses amis. [Il veut] savoir
si un homme peut être fidèle à Dieu pour rien (1,9)": La Bible. Ancien Testament 2, op.cit., p.V (voir
la citation à la p.202).
32Cet extrait est d'ailleurs reproduit à la 3e Leçon de l'Office du 2 novembre: Pères bénédictins du
Mont César, op.cit., p.180.
101

Sur le socle supportant la croix du tombeau monumental des Frères des


Écoles Chrétiennes33, on a cité un extrait de la première Épître de saint Paul

aux Corinthiens: "C'est dans le Christ que tous revivront" (1,Cor.15,22)34 tandis
que sur l'écran sud, figure un cantique religieux: "Je mets mon espoir dans le

Seigneur".

Cette panoplie d'écritures pieuses inclut la doxologie déjà évoquée par le Te


Deum. Sur la face nord du monument du juge Joseph-Noël Bossé, un extrait
du Magnificat, cantique d'action de grâce de Marie, permet de louanger la
gloire du Christ: "Magnificat anima mea Dominum" [Mon âme rend grâce au
Seigneur]35. Cette citation est appuyée par une inscription de même portée

se trouvant sur la base: "Je chanterai vos louanges / Mon Seigneur et mon

Dieu".

5.2.2-Les prières anticipatoires

Ailleurs, on intercède auprès de Dieu par une invitation à la prière. C'est ainsi

qu'abondent les formules stéréotypées "Priez pour nous", "Priez pour elle-s" et

"Priez pour lui". D'autres plus personnalisées vont jusqu'à interpeller le

passant. On anticipe aussi sur la vie future plutôt que sur celle qui vient de
passer. C'est le cas avec l'obélisque de la famille de Prime Béland36:

33Sur la face ouest de l'écran sud, fut gravé un extrait de l'Apocalypse de Saint-Jean (XIV, 13) déjà
présenté: "Heureux ceux qui meurent dans le Seigneur".
G^Voir fig. 46. Précisons que ce passage figure au dernier verset de l'Épitre lue à la 7e leçon du llle
Nocturne de l'Office du 2 novembre: Pères bénédictins du Mont César, op.cit., p.186. Du côté est
du piédestal, on a gravé le nom de Saint J.-B. de la Salle, fondateur de l'Institut
35Cet extrait (Saint Luc, 1,46) est inclus à l'Office des morts: Pères bénédictins du Mont César,
op.cit., p.85/96.
36ll s'agit d'un des rares monuments où l'année d'érection (1884) apparaît sur la face principale. Il
fut exécuté par un fabricant local: J.A. Bélanger de Québec.
102

"A la mémoire
de Sieur
Prime Béland,
entrepreneur,
décédé le 6 mai 1886
à l'âge de 66 1/4 ans
et de son épouse
Marguerite Darveau
décédée le 7 mars 1897,
à l'âge de 75 ans
Priez pour eux.

Ici repose le corps de


Sieur Siméon Béland,
marchand de bois,
décédé le 11 avril 1884,
à l'âge de 36 ans 6 mois.
Au ciel on se retrouve.
Vous qui lisez ceci, priez pour lui.

Ferdinand Béland, Ecr.,


marchand et agent de journaux,
décédé le 19 janvier 1892,
à l'âge de 47 ans 7 mois et 22 jours.
Priez pour lui"

On commande la prière pour le salut de l'âme du défunt, comme en témoigne


l'inscription "Pray for the soul of Margaret wife of Charles Sharpies". Sur le
monument Langevin-Bacon (nom gravé sur l'urne surmontant un tronc
d'arbre), la première épouse de François-Xavier Langevin a eu droit à cette

consigne et au FU.P.:

Priez
pour le repos de l'âme
de
Dme Mary Tourangeau
épouse de
F.X. Langevin Ecr
décédée le 30 juin 1888
à l'âge de 66 ans et 6 mois
R.I.P.
A la mémoire de
F.X. Langevin
écuier avocat
103
décédé le 9 janvier 1890
à l'âge de 78 ans et 10 mois
R.I.P.
Sa seconde épouse
Dme Sarah Blouin
décédée le 3 septembre 1895
à l'âge de 61 ans
Helen Lady Horsley Baillargé Bacon
décédée le 17 février 1930

5.2.3-Les dévotions, indulgences et devises spirituelles

La prière est parfois acheminée à la Vierge médiatrice. On note un cas, le


tombeau de la famille de J .A. Éphrem Bégin (fig.109 A/B):

O Sainte Vierge Marie mère de


mon Dieu et ma mère, je vous
remets mon âme ainsi que celle
de mon épouse et de mes enfants
O Marie conçue sans péché
priez pour nous
que les âmes des fidèles défunts
reposent en paix
par la miséricorde de Dieu
Ainsi soit-il

Cette inscription s'accorde avec l'imagerie dévotionnelle puisqu'une


Immaculée Conception surmontait le socle37. Dans le même esprit, on
retrouve une épitaphe associée cette fois au Sacré-Coeur. "Coeur Sacré de

Jésus / je crois à votre amour / pour moi" fut gravé sur la croix surmontant le

tombeau d'Alfred Tanguay alors que le motif d'un coeur ardent saignant

entouré d'une couronne d'épines fut sculpté au haut du pilier. En outre, on a


inscrit l'emblème "Dieu ne meurt pas". La dévotion vouée à saint Joseph,

patron des mourants s'ajoute à l'écriture épigraphique. "Bon Saint Joseph /

priez pour nous" apparaît sur la base du pilier surmonté d'une statue de ce

37Ce monument se trouvait dans la section D des fosses à part, au nord du site, à l'hiver 1981. À
l'automne suivant, il ne restait que le socle.
104

saint, lequel fut érigé sur le lot de Jules Rochette. Enfin, la dévotion à la sainte
Famille se traduit par une invocation abrégée figurant sur le monument de

Boniface Côté: "J.M.J" [Jésus-Marie-Joseph].

La mort défie le temps pour exprimer la vie. Encore une fois, la métaphore
permet de vaincre l'abîme. "Mourir c'est vivre" fut gravé au haut de la stèle
d'Eudore Papillon, à l'occasion de la mort de son fils décédé au début de la
trentaine. Les parents continuèrent de veiller sur lui38. Cette inscription

surmontée d'une croix peut être interprétée comme une ancienne "image
chrétienne de la naissance nouvelle, du dies natalid'39.

L'espoir en l'après-vie s'exprime également par l'interpellation directe de


l'Être Suprême. On implore sa miséricorde, "afin qu'il abrège les étapes de

purification que doit traverser l'âme du défunt pour entrer dans la lumière

éternelle"40. A l'intérieur du mausolée de la famille du Dr Nicolas-Josué

Pinault, sur chacune des cinq épitaphes murales, on en appelle à

l'indulgence divine: "Mon Jésus, Miséricorde!". Sur le gradin à l'avant du lot


de la famille de Pierre Adélard Alain (1871-1959)41, on a gravé: "Salut, O

Croix / Notre Unique Espérance". L'apostrophe s'associe ici à la croix figurant


sur la partie centrale du monument. C'est aussi le cas avec la stèle du

chirurgien-dentiste Stanislas Gaudreau où se profile une croix sur chacune


des faces latérales (fig.110). Sur l'arête supérieure, fut transcrite l'épigraphe:

38Le nom du père fut gravé en même temps que celui de Jean-François (1921-1953) (le père est
décédé en 1990, mais comme nous avions pu l'observer en 1986, sa date de naissance et son nom
figuraient déjà).
39Pierre Boglioni, "La scène de la mort dans les premières hagiographies latines", Essais sur la
mort, Montréal, Fides, 1985, p.281.
40Toute la liturgie des défunts célèbre d'ailleurs cette vertu christique. Les funérailles chrétiennes,
Strasbourg, Éd. de la Cathédrale, 1961, p.4.
41 Ernestine Trudel, son épouse, fut inhumée avant lui en 1952.
105

"Verbe éternel fait chair guide notre peuple"42. On demande miséricorde


auprès de la Vierge: "Monstra te esse Matrem" [Montre que tu es Mère] fut

gravé sur le socle surmonté d'une Immaculée Conception, monument édifié

en mémoire des Enfants de Marie de la Haute-Ville.

L'espérance dans un au-delà est aussi invoquée par des devises spirituelles
ou "moralités"43. Le tombeau de la communauté des Religieux de Saint-

Vincent de Paul exhibe leur maxime: "Annoncer le Christ de toutes manières"

tandis que sur la stèle du notaire Paul Samson (vers 1968), de part et d'autre

du motif central de la croix, on a inséré ces deux inscriptions: "J'ai cru" "Je
vois"44. Par ailleurs, on réclame la béatitude éternelle promise au Jugement
dernier sur la stèle du musicien Ernest Gagnon (1834-1915) où fut gravé "Per
crucem ad lucem" [Vers la lumière par la croix] et sur celle de François

Dumouchel où fut inscrit "Surget in gloria" [Qu'il se lève dans la gloire] au-
dessus des symboles eucharistiques jumelés à l'Alpha et à l'Oméga (fig.111).
Gloire temporelle ou celle qui donne accès à l'éternité bienheureuse ?

5.3-Éloge du souvenir et "vanités posthumes"

L'image, le matériau et le texte gravé concordent à réintroduire le


mort à l'ici-bas et au présent, tout en assurant au survivant un passé
à venir déjà réconfortant parce que conservé à son image et à sa
ressemblance. [...] Malgré et contre le corps périssable, le corps
social conserve la marque propre: le nom de la famille. En ce sens,

42Elle s'inspire d'un extrait de l'Évangile selon Saint-Jean (1,14) évoquant le mystère de
l'Incarnation: "Et le Verbe est devenu chair, et il a séjourné parmi nous": Le Nouveau Testament,
op.cit., p.213. Cet Évangile est lu à la fin de la messe des funérailles: Pères bénédictins du Mont
César, op.cit., p.58-59.
^Catherine Rosenbaum-Dondaine, L'image de piété en France 1814-1914, Musée-Galerie de la
Seita, 1984, p.194. Au lexique, ce terme est défini comme suit: "Image, avec ou sans figuration,
illustrant une devise ou une sentence pieuse ou morale" alors que le mot emblème, tel que nous
l'utilisons à la page précédente, désigne une "Représentation sous forme allégorique de vérités à
croire".
^Cette expression de la foi rappelle étrangement un passage de l'Évangile selon Saint Jean (XX,
29) relatant l'épisode où Jésus apparaît aux disciples en présence de Thomas et lui dit: "Parce que
tu m'as vu, tu as cru; heureux ceux qui croient sans voir!". Le Nouveau Testament, op.cit., p.258.
106
sans retard et sans détour, le social s'approprie le symbolique pour
mieux l’orienter.
Nycole Faquin45.

L'écriture épigraphique, tout en faisant allusion à la mort du disparu, cherche


d'abord à le remémorer. Ainsi, "À la mémoire de"46 a-t-il remplacé le "Ici

repose" et le "Ci-gît", tout en concurrençant le leitmotiv pieux "R.I.P.". Les deux


formules, l'une servant de prologue et l'autre d'épilogue, connaissent une
évolution similaire et leur courbe d'utilisation culmine entre 1880 et 1900 pour

se maintenir avec une légère baisse entre 1900 et 1920. Entre 1930 et 1950,
"À la mémoire de" tend à persister pour s'éclipser, comme le "R.I.P", à partir du

milieu du XXe siècle47. Lorsqu'il est question d'évoquer la mort réelle, tous
(ou presque) se ressemblent. Mais, lorsqu'il s'agit de se souvenir, des

démarcations apparaissent.

5.3.1-La mort sans artifices...

...de l'enfant mort en bas-âge


Au tombeau de J.B. Olivier Gagnon, décédé en 1912, les faces de la colonne
sont couvertes d'inscriptions, tandis que sur le traversin placé à l'avant du
piédestal fut gravé: "A la mémoire / des 8 enfants / de J.B.O. Gagnon". Ici,

l'enfant n'est intégré que symboliquement au tombeau de famille. Aucun

nom, aucune date ne sont mentionnés. Seulement un nombre fut inscrit,

expression minimale du désir de regroupement dans le néant de la mort.

45Nycole Faquin, L'art funéraire ou la mort apprivoisée", Continuité, no 26, hiver 1985, p.44.
46En voici quelques variantes: en français "À la douce mémoire de" et "En mémoire de"; en anglais
"Sacred to the memory of" (Thomas Pope 1825-1863) et "In memory of (Harold H. Nowlan); en latin
"In memoriam" (Jean Docile Brousseau, 1825-1908) et "Memento" (Ferdinand Roy, 1873-1948,
père du Cardinal Roy).
47Comme nous avons pu le constater, (espaces restés libres), ces deux libellés étaient gravés au
même moment: "À la mémoire de" à la tête et le "R.I.P." au bas.
107

Autre curieux paradoxe dans cet univers du post-mortem: l'enfant est l'objet
de traitements extrêmes. De l'idéalisation48, il peut passer à l'oubli total,

notamment lorsqu'il s'agit d'enfants morts en bas âge alors inhumés dans la

fosse commune49. En contrepoint, au lot d'Alfred Tanguay, on meurt non par


importance d'âge, mais chronologiquement. Les enfants ont ainsi eu droit à

l'en-tête:

A. Marie Fernande
1899-1902
Jos. L. René
1909-1910
Marie J .A. Mariette
1901-17
Maurice L.
1903-20
[sur la base]
Alfred T. Tanguay
1870-1929 [etc.]

...de l'homme de lettres ou de profession libérale

Alors qu'on verra le notable assumer lui-même (ou sa famille) son immortalité

dans la mémoire collective, celle de l'homme de profession libérale sera

quelquefois endossée par des amis, comme en fait foi la stèle du fondateur de

l'Orchestre symphonique de Québec, Joseph Vézina, qui porte l'inscription:


"Ses admirateurs / ses amis". Au tombeau offert à Narcisse Henri Édouard

Faucher de Saint-Maurice, homme de lettres, on manifeste le désir d'une


souvenance éternelle: "Ne obliviscaris in finem" [Que tu ne sois pas oublié à la
fin], tandis qu'avec l'épitaphe dédiée au lieutenant colonel Louis Timothé

Susor, on s'approprie sa mémoire:

Ci-gît
Le Lieut. Colonel L.T. Susor A.A.G.M.B.C.

480n verra plus loin le cas d'un enfant ayant eu droit à des soins exclusifs.
49C'est vraisemblablement le cas avec l'exemple précédent.
108
né le 21 août 1834-décédé le 18 août 1866
R.I.P.
Sa mémoire fait
notre orgueil
Ses amis

Quelques formules contemporaines évoqueront le souvenir du défunt par la

citation d'une de ses pensées comme dans le cas de l'homme politique Jean-
Guy Cardinal (1925-1979): "Là où existe une volonté, / existe un chemin".

Quant au tombeau de l'écrivain Guy Frégault (1918-1977), une maxime fut

transcrite sur un livre ouvert: "L'homme tombe / l'oeuvre reste debout"50.

...de l'artiste-peintre
Le peintre a droit au simple hommage. Sur la stèle d'Edmond Lemoine se

dressant sur l'avenue de la Forêt à l'est du cimetière fut gravé:

A la mémoire de
Edmond Le Moine
artiste-peintre
décédé le 9 janv. 1922
à l'âge de 44 ans
son épouse Hortense Charlebois
1884-1969
R.I.P.

Théophile Hamel, pour sa part, a son nom gravé sur le monument familial
(fig.112). En outre, il a eu droit à une petite plaque au sol, avec une autre fois

son nom et ses dates extrêmes (1817-1870)51.

5.3.2-La mort élogieuse et moralisatrice...

50Voir iig.50. Cette maxime en rappelle une autre bien connue: "Le temps passe; le souvenir
demeure". Notons que l'épitaphe de René Lévesque (1922-1987) inhumé au cimetière Saint-
Michel de Sillery est exclusive: "La première page de la vraie belle/histoire du Québec vient de se
terminer.../Dorénavant, il fait partie de la courte liste/des libérateurs du peuple'VFélix Leclerc/2
novembre 1987.
51 La stèle est de facture récente mais la plaque est ancienne.
109

...du notable ou du personnage influent


L'inscription tumulaire contribue souvent à renforcer les distinctions de la
personne défunte. On fait son éloge en déployant à la fois ses mérites
civiques et ses valeurs morales. La liste s'ajuste au nombre des fonctions
occupées. Mais au chapitre des vertus, les valeurs ne sont pas aussi

facilement quantifiables. On vante la ténacité de l'un, ici l'Honorable Jean-

Thomas Taschereau (1814-1893)52: "Propositi tenax" [Persévérant dans son

projet]. Ou encore, on magnifie l'oeuvre de l'autre:

Docteur Victor Lincourt


époux de
Bernadette Morel
décédé le 1er décembre 1939
à l'âge de 54 ans 10 mois
OPERA OPERAI!
[L'oeuvre de l'ouvrier]

L'exaltation s'inscrit parfois dans la forme, sans le recours au texte. Avec


l'imposant édicule érigé sur la place centrale de l'avenue Belmont, un seul

indice: P.[Philippe] Huot. Aucun titre, aucune date. L'accent est mis sur

l'expression de l'amour filial: A la mémoire de mon père [...]; A la mémoire de


ma mère [...] se font pendant d'une face latérale à l'autre53. Avec le mausolée

dont la cloison dissimule l'écriture, le mutisme n'a pas la même portée. Ici,
c'est l'architecture qui se charge du message; le texte deviendrait alors une
sur-charge. Au mausolée d'Alexandre Chauveau le passé s'édifie

exhaustivement pour les proches:

A la mémoire de
l'Honorable Alexandre Chauveau

52ll termina sa carrière comme juge de la Cour suprême du Canada.


53Les noms et les dates extrêmes sont inscrites.
no
fils de l'Hon. P J. Chauveau
né à Québec le 23 février 1847
avocat 1868 Conseil du Roi 1878
Député à la Législature de Québec 1872
Ministre de la Province de Québec 1878
Juge des Sessions de la Paix 1880
Président de la Société St-Jean-Baptiste de Québec
Docteur en droit et professeur à l'Université Laval [1894 à 1916]
Directeur et vice-président de la Banque nationale de Québec
Président du Comité du Monument Champlain [...]
Chevalier de la Légion d'honneur 1897
décédé à New York le 7 mars 1916
Son épouse
Adèle Tessier
née à Québec le 5 octobre [?]
décédée à Québec le 17 janvier 194154

Sur le tombeau de la famille de Pierre Carneau, le désir d'accumuler les titres,


"à des fins de différenciation et de prestation sociales"55 se manifeste:

[face ouest]
A
la mémoire de
Pierre Carneau
ancien ministre et conseiller législatif
de la Province de Québec
officier de l'Ordre de Léopold de Belgique
et de l'Instruction publique de France
né à Cap-Santé le 8 mai 1823,
décédé à Québec le 23 juin 1905
Charlotte Cecile Burroughs
épouse bien-aimée de
Pierre Carneau
décédée le 12 septembre 1887
à l'âge de 60 ans et 3 mois
R.I.P.

[face nord]
L'Honorable
Édouard B. Carneau
Membre du Conseil législatif
de la Province de Québec
décédé le 18 août 1911

54Cette épitaphe apparaît sur le mur de l'abside.


55Jean-Didier Urbain, op.cit., p.385. On sigalera ici que certains notables ont refusé le faste
posthume, tel que signalé au chapitre 3.
Ill
à l’âge de
52 ans et 1 mois
et son épouse
Laure Braun
décédée le 18 mars 1949
à l'âge de
87 ans et 7 mois
R.I.P.

De même, sur la face principale du pilier appartenant à la famille de Charles


Joseph Magnan, la biographie élogieuse s'étale à la vue des passants. Sa

compagne demeure toutefois dans l'ombre.

Charles Joseph
Magnan
Président général
de la Société de Saint-Vincent-de-Paul
au Canada
Commandeur de l'Ordre
de St-Grégoire-le-Grand
Membre de la Société
royale du Canada
Ex-inspecteur général
des Écoles normales
de la province de Québec
rappelé à Dieu
le 2 juin 1942
à l'âge de 76 ans et 6 mois
Dame
Isabelle Tardivel
épouse de C.J. Magnan
décédée le 7 septembre 1961
à l'âge de 86 ans et 6 mois

En contrepoint, sur la face nord du monument de G.J. Ernest Côté, les signes

d'appartenance à des ordres pontificaux s'accumulent, incluant celui de

l'épouse:

A la mémoire de
son Excellence
le Lieutenant
G.J. Ernest Côté
Chevalier Grand Croix
de l'ordre
112
équestre du St-Sépulcre
commandeur de l'ordre de
St-Grégoire le Grand
1er août 1883-19 mars 1949
époux de
Marie-Louise Grenier
Noble Dame
de l'ordre équestre du St-Sépulcre
Chevalière Grand'Croix
3 oct 1883-5 oct 1959

...de la femme et de l'épouse


Comme si la reconnaissance de la femme devait passer par celle de l'homme,
le tombeau de la famille Routhier loue le travail de l'épouse et de l'époux,
dans l'espoir qu'il soit utile aux vivants:

Lady Routhier
née Mondelet
6 juillet 1917
Sir Adolphe B. Routhier
Juge en chef de la
Cour supérieure de Québec
décédé le 27 juin 1920
Opera illorum servantur illis
[Que leurs oeuvres soient conservées pour les autres]

Sur le côté nord-ouest de l'obélisque de la famille de Joseph Noël Bossé, on

a gravé:

L'Hon. Joseph Noël Bossé


Juge de la Cour Supérieure
de cette province
né au Cap St-lgnace
le 25 décembre 1807
décédé à Québec
le 24 septembre 1881
Nous vénérons la mémoire du chrétien
et du bon citoyen
tandis que l'épitaphe de l'épouse figure exceptionnellement sur la face

principale du monument, où on fait l'éloge de sa magnanimité:


113
"Lucie-Anne Hullett
épouse de
l'Hon. Joseph N. Bossé J.C.S.
née le 23 avril 1813
décédée le 23 décembre 1878
Elle continue au ciel l'oeuvre qu'elle
a commencé sur la terre"

En général, la femme est rarement glorifiée pour ses valeurs professionnelles,


si l'on excepte quelques cas. Les titres ou statuts professionnels des

conjoints n'ont pas été omis pour cela.

Marie Routhier, de la Société


des Poètes canadiens-français,
épouse de l'honorable Arthur Lachance
3 mai 1863-3 février 193056

LUCILE ANGERS DELAGE


cantatrice canadienne, diplômée de
l'Ecole des Maîtres du Chant français
à Paris en 1927
née ALICE LAURENCE DUBUC
veuve de CHs. E. DELAGE médecin
décédée à Québec le 7 août 1930
âgée de 40 ans57:

Le plus souvent, on mettra à l'honneur les qualités morales de la femme par le


biais de textes puisés aux saintes Écritures. Sur la face sud du socle

supportant l'obélisque érigé en mémoire de la famille de François Vézina,


l'inscription "Elle a ouvert sa maison à l'indigent, elle a étendu ses bras vers le
pauvre", est tirée du livre des Proverbes58 dont l'enseignement vise la

sagesse "c'est-à-dire, l'art de se conduire conformément à la volonté du


Seigneur dans les diverses circonstances de la vie"59. Sur l'obélisque de la

56Cas unique où les patronymes de l'époux et de l'épouse figurent sur le socle (Lachance
Routhier), endroit où apparaît le nom du propriétaire du lot.
57 Le passage poétique final est reporté plus loin.
58Proverbes, XXXI, 20. La Bible. Ancien Testament 2,1979, p.280.
59Ibid., p.v.
114

famille de Barthélémi Houde figurent deux Proverbes - dont le précédent -


auquel s'ajoutent des passages empruntés aux écrits de saint Ambroise et au

Memento des morts60. L'épouse est valorisée par ses vertus tandis que
l'époux se distingue par sa dénomination professionnelle. Sur la face

principale, tous les registres s'entremêlent:

Ici repose le corps de


Sieur Barthélémi Houde
ancien manufacturier
de tabac
décédé le 18 avril 1886
à l'âge de 61 ans
Parents et amis
une prière pour le repos
de son âme

Priez pour le repos de l'âme de


Dame Adélaïde Martel
épouse de Mr B. Houde
décédée le 25 février 1878
à l'âge de 36 ans et 6 mois
Une femme diligente est une cou­
ronne pour son mari. (Prov. XII, 4)
Elle a ouvert sa main au pauvre
elle a veillé sur les pas des siens.
(Prov. 31,20)
Les siens pleuraient ainsi que tous
ceux qui l'avaient connue.
Nous l'avons aimée pendant sa
vie, ne l'oublions pas après sa mort.
(St-Ambroise)
Accordez O Jésus, plein de bonté,
le repos éternel à celle pour qui
nous vous prions (Prose des morts)
Requiescat in pace

Si la cantatrice Irma Trunel [de la Croix-Nord]61 rendit honneur à son défunt

époux Antonin Dessane, professeur de musique et compositeur d'origine

60Cette oraison est incluse dans la dernière partie de la messe quotidienne.


61 C'est à cette soprano que l'on doit d'avoir introduit à Québec la romance française dite "la
chansonnette de bon ton": DBG, vol.x, p.250.
115

française (comme elle), elle n'a pas eu droit au même traitement de la part de

sa famille ou de ses héritiers:

A la mémoire
de
Antonin Dessane
artiste musicien
décédé
le 8 juin 1873
et de son épouse
M.C. Irma Trunel
décédée
le 25 juillet 1899

Sur la stèle d'Ivan E. Vallée, l'ellipse est de rigueur: aucune mention ni du


nom, ni de la profession de sa fille Gabrielle (1928-1984) qui fut Juge en chef

à la Cour supérieure. Encore, lorsque cela correspond aux désirs de la

défunte, il faut s'incliner. S'agit-il là d'un recours à l'anonymat absolu ou à

l'Absolu de l'anonymat ?62

...du jeune sportif


Avec la mort de Guillaume, fils d'Émile Lemieux, les beaux sentiments se

mêlent à l'éloge des vertus. Celles-ci s'étalent sur la plaque de bronze offerte

par ses amis dont les noms apparaissent de part et d'autre de deux symboles:
un cahier et une crosse affichant le numéro qu'il portait dans son équipe

(fig.113 A/B):

Guillaume,
C'est dans le sport, les études, le travail ainsi que dans plusieurs /
autres moments que nous t'avons connu. Là, nous avons su
admirer / ton courage, ta simplicité, ta jovialité ainsi que ton
honnêteté. / Nous, tes meilleurs (es) amis (es), t'offrons cette plaque
en guise / de notre très grande reconnaissance
[liste de 22 noms]
Guillaume, tu représentes pour nous tous un exemple inoubliable.

62 Voir fig.54. Selon M. André Donaldson, à la mort de son père, en 1962, Gabrielle avait déjà pris la
décision qu'il n'y aurait qu'un seul nom de gravé.
116
A bientôt

...du prêtre
Pour l'ecclésial, les "vertus du passage"63 se déploient:

Il a été compatissant
et vraiment prêtre
du très haut
chanoine
Jean Bergeron
prêtre
1868-1956

Le prêtre est le chef de file et ses oeuvres prennent l'en-tête sur la stèle des

familles d'Abraham et d'Horace Philippon:

L'abbé Georges Philippon


27 oct. 1945 à 56 ans
Fondateur de l'Institut St-Jean Bosco
L'orph. école du Lac Sergent
L'oeuvre des vendeurs de journaux.
Abraham Philippon
12 juil. 1935 à 76 ans
époux de
Amanda Bilodeau
27 mars 1937 à 70 ans
[etc.]

5.3.2-La mort romantique et poétique...

...de la femme, mère ou épouse


Alors que le père, vénéré pour ses qualités et ses vertus, ne suscite pas de
manifestations affectives si ce n'est de la part de ses amis, les épitaphes
dédiées à la mère déploient les sentiments d'amour et d'affliction. Sur la stèle

de François Dumouchel, on a gravé un texte où sentiments et poésie

63L'expression est empruntée à Gabriel Ringlet, Ces chers disparus, Paris, Albin Michel, 1992,
p.79.
117

s'associent pour contrer l'absurdité de la mort. On y loue les vertus de la

mère64:

A petite mère chérie


Alice Blain
1886-1958
Elle était douce
bonne et belle.
Son sourire
animait tout.

"O mort si douce


O seul matin!"

À nouveau, on chérit l'épouse et on souligne son dévouement:

In memory of
Cecile Josephine Tessier
born 1898-died jan. 27th 1953
beloved wife of
Harold H. Nowlan
Her devotion ever remembered
Her memory forever cherished
Elizabeth Ann-infant daughter-died 1934
Sur l'épitaphe assignée à la cantatrice Lucile Angers Delage, la défunte

interpelle ses proches. L'effet lyrique est atteint.

Quand vous verrez tomber


tomber les feuilles mortes
si vous m'avez aimée
vous prierez Dieu pour moi65

...de l'enfant
Curieusement, l'enfant est souvent délaissé au champ des morts. Sur le

tombeau de famille, il n'a généralement droit qu'au nom, parfois à l'âge et aux

dates. Il n'en est pas moins aimé pour autant, mais on le dit rarement. Le

^Voir fig.111.
65Voir fig.48. Le début de cette inscription est cité précédemment.
118

traitement réservé à C.A. Fitzpatrick tient lieu d'exception: un lot, un tombeau et


une épitaphe à lui seul66.

A
la mémoire de
C.A. Joseph Édouard
enfant bien-aimé de
C. Fitzpatrick Ecr. C.R.
décédé le 8 décembre 1888
à l'âge de deux ans et deux mois
Parfois on inscrit le nom du bambin sur un bloc individuel, près de la pierre
tombale des parents. Mais la mort demeure rationnelle puisqu'on n'y précise

que le nom et la date, sans aucun recours à l'expression affective.

La perte d'un enfant fait souffrir, même quand il est grand:

Douleureux souvenir
de notre fils bien aimé
Georges Downes
B rousseau Ingénieur forestier
1899-193367

Le sentiment verbalisé par le père à l'égard de ses enfants peut être empreint
d'une connotation mystique, comme sur le lot de Jean-Baptiste Deschamps où
fut inscrit sur la contremarche d'un gradin:

Que les miens qu'ici bas mon coeur a tant aimés


Du céleste parfum soient un jour embaumés!

5.3.3-La mort familiale et conviviale...

...de la parentèle

De l'expression romantique et affective à l'idéologie de la famille, il n'y a

qu'un pas. Lorsque s'étalent les lignées familiales reconstituant les diverses

66Voir fig.60. Il n'y a pas d'autres tombeaux sur ce lot de Charles Fitzpatrick.
67ll s'agit du tombeau de Jean-Docile Brousseau (voir fig.32).
119

générations, les inscriptions sont réduites le plus souvent aux données


d'identification les plus élémentaires. Il n'y a pas de place pour les effets

lyriques, si l'on excepte toutefois le monument de la famille des juges Bossé

où les épouses - cas inhabituel - ont eu droit à la face principale:

Lucie-Anne Hullett
épouse de
L'Honorable Joseph N. Bossé J.C.S.
née le 23 avril 1813
décédée le 23 décembre 1878
Elle continue au ciel l'oeuvre qu'elle
a commencé sur la terre
[sur la base]
Marguerite Parant
décédée le 17 mai 1961
à l'âge de 67 ans
épouse de
Henri Georges Bossé

[face nord-ouest]
L'Hon. Joseph Noël Bossé
Juge de la Cour Supérieure
de cette province
Né au Cap St-lgnace
le 25 décembre 1807
décédé à Québec
le 24 septembre 1881
Nous vénérons la mémoire du chrétien
et du bon citoyen
[sur la base]
Marie Adéline
âgée de 8 mois décédée le 25 juillet 1875

[face sud-est]
Dme Marie Amélie
D'Irumberry de Salaberry
épouse de
L'Hon. Jos. Guillaume Bossé J.C.B.R.
décédée le 15 juillet 1898
à l'âge de 49 ans
L'Hon. Jos. Guillaume Bossé
Juge de la Cour d'Appel
décédé le 7 septembre 1908
à l'âge de 72 ans
Sacré Coeur de Jésus ayez pitié de nous
120
[face nord]
Charles Lucien Bossé
Capitaine au 65me Bataillon
décédé le 22 juin 1891
âgé de 46 ans
Marie Joseph
Charles Bossé
né le 25 février 1882
décédé le 26 juin 1896,
Magnificat Anima Mea Dominum
[sur la base]
Jehanne [sic] Adèle
âgée de 22 ans 5 mois 1902
Je chanterai vos louanges
Mon Seigneur et Mon Dieu
Kathleen Francis O'Meara
épouse de Henri Charles Bossé
décédée le 17 juillet 1906 à l'âge de 59 ans
Priez pour elle

On proclame l'union intime de la parentèle et la réédification symbolique de la


famille étendue. Sa structure patriarcale s'affiche. Tous les membres ont leur
nom gravé en commençant par celui du père, chef de famille en-deçà de la
mort, et ce, même si son décès est ultérieur. L'accent mis sur son rôle
paternel n'empêche pas sa valorisation sociale. En outre, son nom est

retranscrit en majuscules à la base du monument. Pour les Langevin, comme


pour les autres, cette "nucléarisation du nom de famille"68 manifeste un désir

profond de se regrouper dans la mort:

Edouard J. Langevin
Ancien greffier du Sénat
décédé à Québec le 2 décembre 1916
à 83 ans 2 mois
R.I.P.

A
la mémoire de
Charlotte Elizabeth Armstrong,
épouse bien-aimée
de

68Jean-Didier Urbain, op.cit., p.366.


121
EJ. Langevin, écuyer
Greffier du Sénat
décédée à Ottawa le 9 avril 1886
à l'âge de 29 ans, 11 mois et 12 jours
Priez pour elle

A la mémoire
de leurs chers
petits enfants
Raoul
Ella
Louis et
Louise

Dame T. Nap. Pelletier


née Alphonsine Cartier
Langevin,
fille de Sir H.L. Langevin
décédée le 30 mai 1904
âgée de 34 ans
R.I.P.
Caroline Pelletier
1902-79

Ici repose A.R.McDonald, écuyer


décédé à Ouébec le 1er octobre 1906
âgé de 60 ans. Priez pour lui.

A la mémoire de
Madame A.R. McDonald
née Marie Langevin
décédée à Québec le 13 octobre 1916
à l'âge de 74 ans
R.I.P.
Hector Ls. Laforce Langevin
ingénieur civil
décédé le 19 mai 1897,
à l'âge de 36 ans
Dame veuve F.M. Derome,
née Malvina Langevin,
décédée le 23 avril 1904,
Priez pour elle.

A la mémoire de
Caroline Odine Edmond Rouer Charles-Edouard et Lea;
enfants de l'honorable Sir Hector L. Langevin
122
LANGEVIN [au bas]69

Ces listes généalogiques s'allongent interminablement. Sur le lotissement de


la famille de Prime Béland, vingt noms sont répartis entre l'obélisque, la petite

stèle et une plaque au sol tandis que vingt-et-un décès sont consignés sur les
deux monuments du lot appartenant à Elzéar Vincent70. Enfin, on dénombre
vingt-trois décès, incluant une liste de six enfants morts en bas âge, sur le

monument appartenant à la famille de Jean Paquet71.

Ce processus permet aussi le repérage d'illustres familles de notaires et


avocats72 ou de juges comme les Bossé et les Cannon. Ces derniers ont été
retracés sur l'avenue des Eaux-Sylvaines. Un gros pilier porte quinze
inscriptions. Ici, le discours prolixe favorise autant le culte de la personnalité

que celui de la famille.

[face principale à l'est]


A la douce mémoire
de
Aurélie Dumoulin
épouse de
l'Honorable juge LJ. Cannon
décédée à Québec
le 16 septembre 1905,
à l'âge de 49 ans
L'Honorable
Lawrence John Cannon
juge de la Cour supérieure
décédé à Québec

69Ce lot appartient à l'Honorable Sir Hector Louis Langevin même si celui-ci fut inhumé "dans la
crypte de la chapelle de l'hôpital Hôtel-Dieu-du-Précieux-Sang le 15 juin 1906". RPQ, Québec, A.N
Q-, 1980, p.324.
70Tous deux se trouvent sur l'avenue des Amaranthes dans l'ancienne partie du cimetière et le
deuxième occupe une section du carrefour central. Le pilier surmonté d'une croix érigé sur
l'avenue du Saint-Rosaire, où sont regroupées les deux familles de Louis et de Joseph Côté,
totalisent aussi 21 décès.
71 Une épigraphe indique la date d'érection: 1860. Il se dresse sur l'avenue du Cimetière, au sud-
est (voir fig.36). Trois autres noms figurent sur une plaque.
72Le tombeau d'Edward, père de John Henry Ross Burroughs, tous deux protonaires et avocats se
trouve sur l'avenue de la Forêt, à l'est du cimetière.
le 30 janvier 1921
à l'âge de 68 ans
Honorable L. Arthur Cannon
juge à la Cour suprême du Canada
décédé à Ottawa
le 25 décembre 1939
à l'âge de 62 ans
R.I.P.
son épouse
Corinne Fitzpatrick
décédée à Québec le 12 mai 1970
à l'âge de 89 ans

[face nord]
Edward L. Cannon
born September 17, 1906
died july 30, 1956
Michelle
enfant de Alexandre F. Cannon
déc. le 4 sept. 1959, à l'âge de 10 ans
Maud Cannon
décédée le 15 avril 1962
à l'âge de 78 ans, 11 mois
Robert Cannon C.R.
décédé le 9 juin 1970
à l'âge de 69 ans
Lt. Col. Alexandre F. Cannon
décédé le 29 novembre 1972
à l'âge de 64 ans
son épouse
Atala Coulombe
décédée le 8 mars 1985
à l'âge de 77ans

[face sud]
Anita Béatrice
enfant de LJ. Cannon
décédée le 17 janvier 1893
à l'âge de 19 mois
Lionel Cannon
notaire
décédé à Québec
le 9 octobre 1918
à l'âge de 33 ans
Edith Cannon
décédée à Québec
le 25 juillet 1935
à l'âge de 56 ans
Honorable Lucien G. Cannon C.P.
juge de la Cour supérieure
124
décédé à Québec
le 14 février 1950
à l'âge de 63 ans
R.I.P.
Honorable Charles Cannon
juge de la Cour supérieure
1905-1976
son épouse
Jeanne La Rue
décédée le 30 septembre 1980

Cette importance donnée à la cellule familiale est perçue au lot de Jean-


Baptiste Renaud non seulement par le texte mais aussi par la forme73.

L'agencement autour de l'obélisque, de neuf stèles individuelles dédiées aux


membres du lignage, constitue en soi "un micro-cimetière familial" (fig.114).
Le tout "s'offre aux regards comme une accumulation, une quantité, une

valeur, un capital, comme le signe même de l'homogénéité et de la puissance


du groupe"74. L'évocation du noyau familial sera parfois réduite au nom du

chef accompagné de son statut, trahissant par là une certaine forme


d'individualisme. Ainsi, l'inscription "Famille / du / Dr Art. Robitaille" se
détache-t-elle d'un bloc érigé sur un lopin ceinturé par un muret. Toutefois, ce
dernier contribue à démarquer la cellule familiale. "Le fini (qui contient et
dissimule la finitude) fait la beauté et le sens de l'habiter. Donc la clôture"75.

Avec la pierre tombale d'Henri Gagnon, l'identification du nom se double du


degré de filiation76. "Garder à soi les morts, c'est bien cela l'essentiel"77:

David Gagnon 1832-1915 Mon père

73C'est aussi le cas avec le mausolée dont la structure imitant une maison évoque l'image de la
perpétuation familiale.
74Jean-Didier Urbain, op.cit., p.367.
75henri Lefebvre, "Éléments d'une théorie de l'objet", Opus international, no 10/11, avril 1969,
p.22.
76Pour le dernier nom, le style change, le "scribe" aussi, puisque Henri Gagnon était décédé au
moment de l'inscription du décès de sa seconde épouse.
77Jean-Didier Urbain, op.cit., p.222.
125
Clémentine Lévesque 1841-1926 Ma mère
Berthe Guay 1883-1920 Ma femme
Henriette Gagnon 1915-1932 Ma fille

1883 HENRI GAGNON 1958


Commandeur de
l'Ordre de St-Grégoire Le Grand
Officier de la Légion d'Honneur
Catherine Danjou Gagnon 1862-1959

...des Enfants de Marie


Certaines personnes affiliées à des collectivités civiles de confession

catholique ont laissé pour compte la sépulture familiale. En toute convivialité,

on cherche à se regrouper dans la mort et pour cela, on reconstitue une


nouvelle famille. Les membres de la congrégation des Enfants de Marie de la

paroisse Saint-Jean-Baptiste sont réunis à l'est du site sur l'avenue du même


nom et leurs dates de décès s'alignent dans une chronologie parfaite78. Au
nord de l'avenue Belmont, le même groupe, mais cette fois de la Haute-Ville,

a son monument entouré d'une couronne de trente-sept petits blocs délimitant


le terrain: un pour chaque sujet79. On tend ainsi à une certaine

individualisation au sein de la collectivité.

5.4-Option du silence: un choix ou une nécessité

On noie la mort sous un flot de paroles ou


bien, à l’opposé, on la réprime dans une
stratégie du silence.
Guy Lapointe80

5.4.1-La mort anonyme et muette...

780n y compte plus de 70 inscriptions. Les dates varient entre 1897-1923; trois autres entre 1947-
1965. Curieusement, sur le socle récemment poncé, se détachent deux noms d'enfants morts en
bas-âge: Francis Lafond-Mongrain / décédé le 3 juillet 1990 / à l'âge de 33 jrs / Emilie Labrecque /
16 mai 1991 à 11 jours.
79Les inhumations sont datées de 1907 à 1976 avec deux autres en 1983 (fig.78).
80Guy Lapointe, "La mort une question intenable?" in Essais sur la mort, Montréal, Fides, 1985,
p.17.
126

...des membres des communautés religieuses


On remarquera que tout à côté du monument précédent, se trouve l'humble

stèle des Soeurs Franciscaines Missionnaires de Marie, sans aucune mention

ni de nom, ni de date. La valorisation tient ici à l'effacement absolu. La même


communauté possède, dans la section au nord-ouest du cimetière, un
immense terrain voisinant ceux appartenant à d'autres communautés
religieuses. Ces groupes sont vite repérables par les monumentales stèles

qui se dressent sur chacun des lots où sur de longues listes, les noms des
personnes défuntes s'alignent depuis la fin du XIXe siècle ne laissant aucune

place pour faire mention des oeuvres accomplies.

...des madeleines
A l'époque, quand on était une fille-mère, on devait vivre dans l'ombre. Que

pouvait-on espérer de plus qu'une simple stèle pour qu'on se souvienne:

certainement pas son nom gravé. Heureusement, le Bon Pasteur assurait la

veille:

A la mémoire
des
madeleines
du Bon Pasteur
décédées depuis
l'an 1915

...des démunis

Les moins nantis, ayant droit à une concession temporaire dans la section des
fosses à part, pouvaient tout de même y laisser une modeste tombe avec un

texte gravé:

A la douce mémoire
de
127
Dame Amanda Ouellet
épouse de
Georges Gingras
décédée le 7 janvier
1907
à l'âge de 35 ans trois mois
1907 Cécile Landry 1976
épouse de
Roméo Gingras81

En fait, qu'il s'agisse d'une petite stèle ou d'un édicule monumental, il n'y a
pas de différence au niveau de la fonction objective qui est celle

d'immortaliser le sujet82. Mais que se passe-t-il avec les concessions

temporaires ne s'échelonnant que sur dix ans ? Même si dans la pratique

elles demeurent en permanence - vu le caractère sacré qui s'y rattache - elles


sont le plus souvent laissées à l'abandon. De plus, étant éloignées des
artères principales, leur écriture n'atteint pas aussi facilement le regard des

passants. Et que dire des plus démunis dont la mort est vouée au néant
puisqu'ils n'ont droit qu'à la fosse commune, sans aucun signe à la vue ?

...des exclus
Encore moins accessibles, les traces de la mort des irréguliers réunis au
"Champ du potier", à l'extrême nord-est du cimetière. Ils ne sont autorisés à
aucun indice: pas une seule image, ni une seule écriture. Y aurait-il

quelqu'un pour s'attarder à ces morts ignorées et honteuses que l'on a


dissimulées, puisque révélatrices de conduite réprobatrice? Absence non
pas due cette fois à la pauvreté mais plutôt à "l'extermination symbolique", à

81 Elle se trouve au coin nord-est. En outre, elle est ornée d'une pleureuse en bas-relief (fig.98).
82La distinction, on le sait, demeure au niveau subjectif, au niveau des moyens de séduction
symbolique.
128

cette "seconde mort" qui fait disparaître le sujet "dans le désert sémiologique

des inhumations anonymes"83.

5.4.2-La mort contemporaine

L'écriture funéraire a connu un changement radical, notamment au cours des


vingt dernières années. Le système de la formule toute faite persista tout de
même, comme en fait foi la stèle de la famille Lachance, où la citation se

détache sur un fond de paysage stéréotypé: "J'ai rejoint ceux que j'aimais /

Maintenant j'attends ceux que j'aime". Puis, l'épitaphe s'est fait de plus en
plus brève pour, dans un bon nombre de cas, porter l'ellipse à son suprême

degré: l'inscription d'un nom, sans même une date.

Nous sommes bien loin des textes prolixes gravés sur un grand nombre de

pierres tombales prestigieuses. Bien loin aussi de ces étalements de lignées


familiales, puisque l'univers de la famille tend à se réduire au couple. Ici, les

éléments narratifs sont constitués de deux noms suivis des dates extrêmes,
noms que l'on va parfois inscrire avant la mort, dans le cas des
préarrangements funéraires. On ne le dit plus avec des mots. Non plus avec
l'image, si l'on excepte toutefois le monument de la famille Dionne au nord-

ouest du site (fig.115), qui, par la présence d'une Immaculée Conception en


ronde-bosse, se distingue parmi un regroupement de stèles tout à fait

uniformes.

Comme si l'époque contemporaine reconnaissait enfin l'égalité des êtres

dans la mort, à moins qu'il ne faille voir là une certaine manière de la

83Jean-Didier Urbain, L'archipel..., op.cit., p.118.


129

camoufler. Bref, l'épigraphie du souvenir - tout autant que l'objet funéraire -

devient le support d'un discours et d'un imaginaire qui évoluent dans le temps
au gré des flux et reflux idéologiques d'une société. Immortalisation de l'être

cher, image héroïsante ou moralisatrice de la mort, culte de la famille, reflet


des mentalités84 et des croyances religieuses, philosophiques ou autres, voilà

autant de charges qui lui sont assignées.

L'épitaphe, comme ce fut le cas pour l'icône, va peu à peu adopter la voie du
silence, un silence de mort. A-t-on voulu sonner le glas de cette rhétorique

posthume? Jean-Didier Urbain interprète ce phénomène comme


"l'émiettement et la désintégration d'une tradition ". Il nuance toutefois:

Mais c'est précisément de la fin d'une tradition qu'il s'agit: pas de la


fin d'un langage. [...]
Évoquer ses morts minimalement, n'est-ce pas au fond les évoquer
intensément ? La minimalité du texte funéraire contemporain n'est
pas le signe de la fin d'un langage. Elle est bien plutôt une autre
façon de les dire et de les retenir85.

84Le reconnaissance de la femme, par exemple, diverge de celle de l'homme.


85Ibid., p.236.
130

CONCLUSION

L'instauration du cimetière-jardin de banlieue au milieu du XIXe siècle

marque une étape importante dans l'histoire du culte des morts et des
tombeaux. Cette révolution, en partie conditionnée par des impératifs
sanitaires, s'accordait aisément aux idéologies de l'époque tant au point de
vue de l'urbanisme que des valeurs religieuses et sociales respectivement
véhiculées par les autorités ecclésiales et la bourgeoisie montante.

Cette mutation fut longtemps perçue comme un fait d'exclusion à l'égard des
morts. Paradoxalement, la réalité fut toute autre puisque les nécropoles avec

leurs grandes étendues allaient favoriser l'avènement des concessions


permanentes et de cet état de fait, allait naître le tombeau de famille.

Désormais, tout citoyen (ou presque) pouvait s'approprier son espace dans la

cité des morts et ce, avant même de trépasser.

Le cimetière Belmont fut créé dans un tel contexte. Comme plusieurs autres, il
est vite devenu le lieu de la théâtralisation de la mort où l'objet funéraire entre
en scène. Que ce soit par ses qualités architecturales, sculpturales ou
épigraphiques, celui-ci étale ses symboles et ses différences signifiantes. Les

notables se sont non seulement approprié l'espace au sol, mais ils ont mis
l'emphase sur des tombes qui se distinguent par leur richesse et leur

élégance. L'architecture ostentatoire permettait ainsi de créer des quartiers

monumentaux à l'image de la ville et on recourait, au besoin, à un architecte

pour édifier son "habitation" tumulaire.


131

Pour se distinguer, on pouvait aussi rehausser son tombeau par une statuaire
somptueuse qui, tout en s'imposant au regard, mettait l'emphase sur
l'expression déchirante de la Passion ou sur l'image plus apaisante d'une

Vierge, d'un saint ou d'un ange, auxiliaires de l'instant ultime. En même

temps, cette imagerie appuyée par le texte permettait de prolonger


l'enseignement chrétien jusque dans la cité des morts. Elle s'inscrivait, plus
précisément, dans un "courant de spiritualité réparatrice"1. On a aussi

privilégié l'image idéalisée de la femme et l'effigie du défunt, héros et chef de


famille en deçà de la mort. À travers cette trame symbolique, s'étayaient les

rêves et les fantasmes posthumes, produits d'un imaginaire fécond. Non


seulement la mort était réinvestie dans un au-delà chrétien mais aussi dans
un ici-bas où le mérite d'une vie modèle favorisait l'immortalisation dans la
mémoire collective.

Sous plusieurs angles, le cimetière s'est transformé en peinture de moeurs

traçant le portrait de la société urbaine dont il était issu. Dans ce lieu


socialisé, non seulement les stratifications hiérarchiques s'étalent devant le
spectateur attentif, mais les mentalités se révèlent aussi au grand jour, les
alliances familiales s'ordonnent de génération en génération et les croyances

ou allégeances des individus s'affichent, qu'elles soient d'ordre religieux,


social ou philosophique. De même, l'écriture du souvenir s'y donne à lire et à
travers elle, une histoire et une culture2.

1 Catherine Rosenbaum-Dondaine, L'image de piété en France 1814-1914, Musée-Galerie de la


Seita, 1984, p.141.
2Ce concept est abordé ici à la manière de l'anthropologue britannique Edward Tylor (Primitive
Culture, 1871) qui perçoit la culture comme un tout complexe englobant la totalité des expressions
de la vie humaine.
132

Depuis les trente dernières années, période où la société québécoise a vécu


des transformations majeures, ne fallait-il pas s'attendre à ce que ce lieu
subisse des altérations substantielles? En guise de conclusion, il est tout à
fait légitime de s'interroger sur les causes d'une telle désaffectation. Sans

prétendre apporter des réponses définitives, du moins pourrons-nous


dégager quelques pistes permettant d'ouvrir la voie à de nouvelles

interrogations.

Si l'image de la mort a dramatiquement changé depuis ces dernières années,


si l'objet funéraire s'est banalisé, si les différences ne se lisent plus de la

même manière, on peut prétendre à une transformation du rapport à l'histoire


ou pour utiliser l'expression de Raymond Lemieux une "désappropriation de
l'histoire"3. Signe des temps, pourra-t-on s'écrier. On ne peut nier, du moins,
que la société contemporaine subjuguée par l'emprise de l'immédiateté a
perdu son sens de la durée et ses références avec le passé4. Mais comment

en est-on arrivé à ce point de non-retour face aux représentations de la mort ?

À elle seule, l'industralisation des produits funéraires ne saurait tout expliquer.

Tout au plus, peut-on reconnaître qu'elle n'est pas entièrement étrangère à

cette évolution puisqu'on envahissant le domaine funéraire, elle s'est peu à


peu appropriée le visage de la mort5. Mais au fond, il s'agit bien davantage

3Raymond Lemieux, "L'écriture du cimetière", Survivre... la religion et la mort, Montréal/Québec,


Bellarmin/Université Laval, 1984, p.252
4Temps et société (sous la direction de Gilles Pronovost et de Daniel Mercure), Québec, IQRC,
1989, p.130.
5Les fabricants locaux ont peu à peu délaissé les méthodes artisanales pour faire place à des
modèles de monuments offerts sur catalogue, lesquels ont monopolisé le marché funéraire
contemporain. En outre, on ne peut plus assumer les coûts d'une statue en marbre de Carrare
même si encore là, il s'agit d'un produit en série.
133

d'un changement dans les mentalités dans la mesure où l'on n'est peut-être

plus prêt à investir pour perpétuer une belle image de soi au cimetière.

Ce phénomène a conduit à une banalisation de l'objet funéraire et à la perte


de sa symbolique. Pour Louis-Vincent Thomas, ce processus manifeste le

déni de la mort dans la société moderne6. Elle n'est plus vécue comme
auparavant. De familière, elle est devenue impersonnelle, neutralisée: autres

temps, autres moeurs.

Si la mort est partout présente au XIXe siècle et au début du XXe


siècle, c'est qu'elle est à la fois une séparation de fait qu'on se
complaît à regretter, les pleurs du deuil témoignant alors de l'amour
blessé, et une apparence qu'il faut vider de son résidu de réel, pour
rétablir les communications avec les disparus. D'où les principaux
caractères de l'époque: l'hypertrophie du deuil, le culte du
souvenir, la fréquentation du cimetière et des tombeaux7.

Par ailleurs, la déchristianisation, phénomène qui touche tout l'Occident, s'est

accentuée au milieu du présent siècle. La pratique religieuse n'est plus régie


comme auparavant selon le code d'éthique imposé par les représentants de
l'Église qui encadraient les pratiques cultuelles. Le réveil religieux que

connut le Québec au tournant du siècle, révélateur des courants dévotionnels

de l'époque, est chose du passé. Ce phénomène de masse connut un revers

radical avec la poussée de l'individualisme.

Au fait, que sont devenues les anciennes pratiques qui entretenaient les liens

entre le monde des vivants et le monde des morts ? Qui ne se souvient pas

de la célébration du mois des morts8 ou des exercices de piété commandés

6Louis-Vincent Thomas, Rites de mort, Paris, Fayard, 1985, p.88.


7Philippe Ariès, Images de l'homme devant la mort., p.249.
8Ceux qui sont nés à partir des années 1960 sont plus susceptibles de ne pas connaître ces faits
de culture.
134

auprès des fidèles pour l'obtention d'indulgences plénières ? Qu'en est-il du

concept de la survie de l'âme, qui aux yeux du chrétien entretenait l'espoir de

cet égalitarisme posthume que Baudrillard a qualifié de "démocratie de l'au-

delà"9 ?

Fait à noter, ce phénomène de sécularisation s'était déjà manifesté au cours


de la première moitié du XXe siècle. La société québécoise avait été
entraînée, en effet, dans l'expérience de la modernité qui lui avait permis

d'emboîter le pas dans un processus de rupture avec la tradition. Et c'est plus

précisément dans les années trente, qu'une profonde crise des valeurs l'avait
menée à la recherche d'un "nouvel ordre"10. Peu à peu, des brèches
s'opérèrent. C'est bien à cette époque que remonte la séparation entre
l'Église et l'État, rupture des plus significatives puisque désormais, on allait

faire place à la conscience individuelle, laquelle affirmation avait été freinée

de beaucoup par "l'idéologie de la primauté de Dieu, de la religion [et] du


céleste"11.

Par la suite, on aurait pu croire qu'avec les réformes de Vatican II, ce


mouvement de sécularisation allait s'atténuer. À l'évidence, ce concile qui

projetait un renouveau de l'Église et un rétablissement de l'unité chrétienne

n'aura pas su fournir de nouveaux modèles, de nouveaux supports

symboliques susceptibles de répondre aux besoins actuels des catholiques.


Face à ce vide, a pris forme un nouvel imaginaire de la mort qu'on cherche à

refouler. Ce qui ne surprend pas, dans un contexte marqué par de singuliers

9Jean Baudrillard, L'échange symbolique et la mort, Paris, Gallimard, 1976, p.24.


10Yvan Lamonde, "La modernité au Québec: pour une histoire des brèches (1895-1950)",
L'avènement de la modernité culturelle au Québec (sous la direction dYvan Lamonde et Esther
Trépanier), Québec, IQRC, 1986, p.305.
111bid., p.307.
135

"déplacements du sacré"12. Ceux-ci, on le sait, ont engendré une pluralité de


croyances religieuses et ésotériques accordant de plus en plus d'importance

à chaque individu. Même chez les pratiquants, plusieurs optent pour une
religion flexible et individuelle utilisée à bon escient, "une religion à la carte"

pour paraphraser Julien Harvey13.

D'autres facettes s'ajoutent à cette quête de la modernité. La société

québécoise a dû faire face à de nouveaux enjeux culturels. Des cultures


profanes ont pris assise et à cet égard, le rôle des instigateurs des sciences
sociales n'est plus à défendre. Les tenants de cette discipline ont
précisément remis en question "la légitimité des savoirs et des modes de
gestion des élites dites "traditionnelles" (l'Église, le gouvernement, les

notables locaux, etc.)"14. Afin de mieux comprendre et de mieux gérer la

réalité sociale, ils ont eu recours à la science et non plus au seul respect de la

doctrine ou de la tradition.

Avec un tel état de fait, le clergé allait perdre de plus en plus son contrôle sur
les aspects de la vie sociale et religieuse. Une dissidence s'est d'ailleurs fait

sentir dans ses propres rangs puisque de plus en plus de laïcs ont contesté le

pouvoir des clercs. Cette volonté, on le rappellera, s'est également retrouvée


au sein des membres du syndicalisme catholique15. De fait, si l'Église a

12Voir à ce sujet l'ouvrage publié en collaboration et sous la direction de Yvon Desrosiers, Religion
et culture au Québec. Figures contemporaines du sacré, Montréal, Fides, 1986,422p. Ces travaux
reprennent le concept du "déplacement du sacré", voie tracée par les Éliade, Bastide, Ellul, Caillois
et Durand. On soulignera ici l'article de Roland Chagnon "Religion, sécularisation et déplacements
du sacré", p.21-51.
13Julien Harvey, "Le Québec, devenu un désert spirituel ?" in La société québécoise après 30 ans
de changements, Québec, IQRC, 1990, p.156.
14Marcel Fournier, "Intellectuels de la modernité et spécialistes de la modernisation", L'avènement
de la modernité..., op.cit., p.233.
15Paul-André Linteau et al., Histoire du Québec contemporain. Le Québec depuis 1930, Montréal,
Boréal, 1986, p.314.
136

perdu son pouvoir d'encadrement idéologique sur la vie individuelle et


collective, il ne faut pas s'étonner d'un changement dans les perceptions de la
mort puisque celles-ci étaient directement reliées à ces deux entités.

Cela dit, la laïcisation ne représente qu'une facette des changements


profonds que la société québécoise a connus au cours des trente dernières
années. Mais puisque notre propos ne vise pas la reconstitution de l'histoire

du Québec, nous ajouterions, tout au plus, que dans une telle mouvance,
l'éthos16 traditionnel a dû plus d'une fois virer son cap afin d'obéir à un ordre

nouveau. Cette crise de sensibilité collective a profondément affecté le tissu

social et familial. Il n'est plus serré comme autrefois. Il est tout au contraire
éclaté, laissant de plus en plus de place à l'individualisme. Le sens
communautaire est laissé pour compte et la paroisse ne figure plus comme
"pôle de référence du micro-social"17. En fait, c'est toute la culture qui
s'individualise.

Ces transformations fondamentales des sensibilités à l'égard de la vie ont


affecté tangiblement les perceptions ou l'imaginaire de la mort. Comme le

laissait entendre l'anthropologue français Edgar Morin, "une réforme de la

mort ne peut être que l'autre face d'une réforme de la vie"18. Mais, en cette fin
de siècle et dans la poursuite d'une révolution demeurée inachevée, il

convient de reposer avec acuité l'urgence d'élaborer, dans une vision


d'ensemble, des projets en remplacement des multiples brèches ou ruptures

16Ce concept englobe "l'ensemble des croyances, valeurs, normes et modèles qui orientent le
comportement": Christian Lalive d'Épinay, "Temps et classes sociales" in Temps et société,
Québec, IQRC, 1989, p.224.
17Gary Caldwell, "Identification au microsocial" in La société québécoise en tendances 1960-1990
Québec, IQRC, 1990, p.81.
18Edgar Morin, L'homme et la mort, Paris, Seuil, 1976, p.14.
qui ont démoli nos repères symboliques. Sera-t-il possible alors de

reformuler une nouvelle destination à l'objet funéraire et, en corollaire, de

trouver matière à un culte des morts renouvelé ?


138
BIBLIOGRAPHIE

l-Archives et sources manuscrites

Archives du cimetière Notre-Dame de Belmont

La Corporation du cimetière de Notre-Dame de Belmont. Historique,


Constitution, Règlements, Refonte de 1940, 39 p.

Documents concernant des concessions et ventes de lots:

par la fabrique de Notre-Dame de Québec


-26 mai 1880: minute no 19488 du notaire Henri Bolduc pour lot no 288, au
nord de l'avenue des Amaranthes, vendu à François-Xavier Routier, maître
forgeron (superficie:96 pieds).
-5 août 1886: minute no 5415 du notaire Cyprien Labrèque pour lot no 381,
au nord de l'avenue du Cimetière, vendu à Pierre Giguère, navigateur
(superficie: 100 pieds).

par les fabriques de Notre-Dame et Saint-Jean-Baptiste de Québec (propriété


conjointe du cimetière depuis le 21 juin 1886)
-29 mai 1889: minute no 6064 du notaire Cyprien Labrèque pour lot no 422,
au sud-ouest de l'avenue des Amaranthes, vendu à Reine Elizabeth Faucher,
veuve de Thomas Étienne Roy, rentier, (superficie: 120 pieds).
-24 juillet 1890: minute no 6373 du notaire Cyprien Labrèque pour lot no 443,
au centre de l'avenue Belmont, "de forme circulaire tel que démontré par le
plan fait par M. J.F. Peachy architecte" vendu à Philippe Huot, notaire
(superficie: 1,018 pieds).
-4 novembre 1913: minute no 1882 du notain Ernest Labrèque pour lot no
774 N. P., à l'angle sud-ouest des aven» v °' azaire et St-Édouard, vendu à
l'Honorable Alexandre Chauveau, C.R , .uge retiré des Sessions de la Paix
(superficie: 469 pieds).

par la Corporation du cimetière de Notre-Dame de Belmont


(corps sanctionné le 19 février 1932)
-8 novembre 1938: minute no 9017 du notaire Ernest Labrèque pour lot no
1471 A.P., au nord-est de l'avenue du Cimetière, vendu à Stanislas
Gaudreau, chirurgien-dentiste (superficie: 100 pieds).
-25 octobre 1943: minute no 3563 du notaire Émile Boiteau pour lot no 1479
A.P., au nord-est de l'avenue St-Jean-Baptiste, vendu au Dr Joseph Gilbert
(superficie: 60 pieds).

Documents concernant des tracés de lots:

-24 juin 1885: tracé du lot no 97 A.P., sur avenue de la Forêt, acquis par
François-Xavier Lachance, père de Paul, le 20 nov. 1865; signé par Charles
Baillairgé, gérant et contresigné par Peachy.
139
-23 mai 1889: tracé du lot no 422, sur avenue des Amaranthes, appartenant à
Mme veuve Thomas-Étienne Roy; signé par Joseph-Ferdinand Peachy,
gérant du cimetière [architecte].
-5 octobre 1943: tracé du lot no 1479 A.P., au nord-est de l'avenue Saint-
Jean-Baptiste appartenant au Docteur Joseph Gilbert; signé par Henri Bolduc,
gardien.

Archives civiles de Québec (Palais de justice)

Documents concernant le cimetière Belmont:


Greffe de Georges I. Châteauvert. boîte C-32/R-293:
-20 décembre 1902, minute no 4339. Nouveau toit de la maison du gardien
(marché entre Louis Boivin et les Fabriques Notre-Dame et Saint-Jean-
Baptiste de Québec).
-4 octobre 1906, minute no 5402. Monument de la famille du rév. Joseph
Genest (marché avec Joseph Montreuil, de la paroisse de Ste-Foy, tailleur de
pierre et marbres).
-4 janvier 1907, minute no 5452. Monument de Joseph Côté (marché avec
Ignace Bilodeau, de Québec, tailleur de pierre et marbrier).

Greffe du notaire Cyprien Labrecaue. boîte L-62/R-261 :


-11 octobre 1910, minute no 9890. Monument Pierre Giguère (marché avec
A.Laforce et Frère, marbriers et tailleurs de pierre).
-19 avril 1916, minute no 10195. Barrières, véranda, clôtures et peinturage, à
l'avenue, maison et chapelle du cimetière Notre-Dame de Belmont (marché
entre le Comité et les entrepreneurs).
-22 octobre 1917, minute no 10237. Plan de chaîne de bordure et dalles aux
avenues [d'après croquis de J.P.E. Dussault] (marché entre le Comité et Oscar
Dumaine de Québec, entrepreneur-général).
-11 juillet 1918, minute no 10252. Plan de chaîne de bordure et dalles aux
avenues (marché entre le Comité du cimetière et Émile Côté, entrepreneur-
maçon).

Note: Ces marchés ont été répertoriés par Sylvie Thivierge et figurent dans
son document inédit intitulé: Inventaire des marchés de construction des actes
notariés de la ville de Québec 1900-1920.

Archives de Notre-Dame de Québec

Série 3-CARTON 24 (238 pièces! CIMETIERES


Les intitulés en italique correspondent à ceux de l'abbé Charland in
Répertoire des archives de Notre-Dame de Québec 1624-1908, Québec,
Notre-Dame de Québec, 1913, p.155-158 (les annotations sont de l'auteure).

Pièces concernant notre sujet:


24-147. 1857-Sur l'achat d'un terrain pour un nouveau cimetière: lettre
de C.F. Évêque de Tloa [Mgr Charles-François Baillairgeon] à M. le curé
[L'abbé Joseph Auclair], 12 nov. 1857.
140
24-765 1857-Terrain sur le chemin Sainte-Foy (pour le cimetière
Belmont): lettre de Jos. [Joseph] Hamel aux marguilliers, 2 décembre 1857
avec description du site.
24-166. 1857-Tracé du cimetière Belmont lettre de Charles Baillairgé
adressée à Augustin Gauthier, marguillier, 15 décembre 1857, avec offre de
service pour le plan.
24-777. 1858-A propos du terrain sur le chemin Sainte-Foy. lettre de J.
William Dunscomb aux marguilliers, 5 mai 1858.
24-772. 1858-Clôture au cimetière Belmont, spécifications pour clôture,
vraisemblablement écrites par Baillairgé, 8 mai 1858.
24-773. 1858-Plan d'une chapelle: lettre de Baillairgé pour plans du
cimetière, clôtures, barrière et chapelle, 9 mai 1858.
24-774. 7858-Divisions en lots: contrat de Baillairgé (même sujet)
contresigné par Charles Cinq-Mars, marguillier, 9 mai 1858.
24-775-776. 1858-Chapelle et maison au cimetière Belmont 175-
soumission pour chapelle et maison du gardien d'après les plans de
Baillairgé, 24 sept. 1858; 176-même sujet mais soumission de Édouard
Gaboury pour cimetière St-Charles [sic], 24 sept. 1858.
24-777-787. 1858-Onésime Delisle [179, 23 sept.], Ls Th. Berlinguet
[180, 23 sept.], Olivier Mathieu [181, 24 sept.]: soumissions avec celles de
Michel Poitras: [177,178,18 sept. 1858].
24-782. 1858-Marché avec Michel Poitras [pour clôture]: minute no
4806 du greffe du notaire Henri Bolduc, 19 mai 1858.
24-783. 1858-Marché avec Édouard Gaboury [chapelle, maison du
gardien et barrière]: minute no 127 du greffe de J .A. Ed. DeFoy.
24-784. 1848-RE chapelle et barrière, Chs. Baillairgé, arch.: lors de
notre dépouillement en 1988, ce document manquait.
24-185. 1858 [Non en liste]-Nouveau plan pour chapelle, maison du
gardien et barrière: lettre de Baillairgé, 14 sept. 1858.
24-787. 1859-Menaces à propos d'un lot au Cim. Belmont lettre de
J.P.Gendron à la Fabrique, 17 août 1859.
24-788. 1859-Même sujet, lettre de L.G. Baillairgé: au sujet des
inhumations dans les lots de famille au cimetière Saint-Louis.
24-189. 1859-Marché avec Édouard Gaboury [avec devis pour hangar,
étable, remise]: minute no 5878 du greffe de Henri Bolduc.
24-790. 7858 [1859]-/?E les acquéreurs de lots de famille: lettre de
Cinq-Mars à Ed. Glackmeyer, notaire, 12 oct. 1859.
24-797. 1859-Marché avec Onésime Petit (Plantation d'arbres, etc.):
minute no 5896 du greffe du notaire Henri Bolduc.
24-792. Sans date: RE la défense d'inhumer dans les églises.
24-794. 1860-F. Évanturel RE lot du cimetière: lettre adressée à Chs
Baillairgé pour remise de lot, 12 nov. 1860.
24-795. 1859-RE exhumations: au cimetière Saint-Louis.
24-796. 1859-Règlements du cimetière Belmont 10 sept. 1859.
24-797. 1859-Hangar au cimetière Belmont proposition de Édouard
Gaboury pour hangar et lieux d'aisance, 28 sept. 1859.
24-[198 à ]208-Messieurs recommandés pour la place de Gardien au
cimetière Belmont.
24-209. 1860-Dégats au Jardin Belmont suite à des coupes d'arbres et
d'arbustes, lettre de Chs Cinq-Mars, 16 mai 1860.
141
24-210. 1860-Demande pour la place de gardien: lettre de
recommandation pour Philippe Mathias Bolduc, 20 janvier 1860.
24-211. 1862-Le Gardien du cimetière désire L20 de plus: lettre de
Mathias Bolduc à Chs Cinq-Mars, 28 février 1862.
24-212. Sans date-RE terrain plus le cimetière: rapport du Comité signé
par Augustin Gauthier au sujet du tracé du cimetière. La date pourrait être
entre 2-15 déc. 1857: voir #24-165 et 166.
24-223. 1867-Plaintes contre la calèche qui mène les Vicaires au
Cimetière (et les ramène): lettre de Cinq-Mars, 12 juin 1867.
24-224-225. [1859]-Formulaire pour les concessions de lots au
cimetière. Le manuscrit et l'épreuve: mêmes règlements au #24-196.
24-226. 1876-RE le lot de la famille McCormick: lettre de Edward Foley,
procureur, au sujet dudit lot, 30 octobre 1876.
24-227. 1881-Résolution de marguilliers [acquisition de lots]
concernant le cimetière: Chs Cinq-Mars à Henri Bolduc, 6 mai 1881.
24-229.230. 1884-Graver la route du cimetière.
24-232. 1885-Les "Chers Frères" désirent un lot 21 avr. 1885.
24-234 [233]. 1885-Le Bon-Pasteur désire un 2e lot lettre de Soeur St-
Vincent de Paul, Supérieure, 1er juillet 1885.
24-234. Sans date-Appel aux citoyens pour lot au cimetière Belmont:
amélorations et embellissements faits au cimetière.
24-236. 1885-RE le "chemin gravé": offre de Alexandre Hamel.
24-238. 1885-Plaintes contre le Gardien: Marie Émond, épouse de
Antoine Trudel, inhumée dans une fosse à part, le 18 mai 1885.

Archives nationales du Québec, Québec

Registres des sépultures: consultations pour décès inconnus ou ne figurant


pas à l'épitaphe.

Greffe du notaire Louis Prévost, cote de fonds: CN 301-232 (localisation:


3B17-3507B); répertoire de Louis Prévost: #300438.

Fonds Raoul Chênevert: voir Guimont-Bastien, Geneviève et al., Inventaire


des dessins architecturaux aux archives de l'Université Laval, Parcs Canada,
1980, p.72:
Cimetière Belmont
-214 dossier 421. Tombeau de famille et monument funéraire pour G.É.
Tanguay en octobre 1924.
-214 dossier 978. Monument funéraire pour Jos. Sirois en 1941-1942.

Inventaire des biens culturels

Fonds Gérard Morisset: Inventaire des biens culturels, MAC (actuel ministère
de la Culture), dossier: Québec, Cimetière Belmont.

Macro-inventaire des biens culturels du Québec, dossier "Ethnologie", MAC,


1977-1981, Québec.
142
ll-Sources imprimées

Catalogues

Collection du fabricant Delwaide et Goffin de Québec:

Rock of Ages, Votre monument de famille, Toronto/Barre, Vermont, s.d., 25 p.

Collection d'Octave Boies. Québec (service de lettrage et marchand de


pierres tombales; a acquis le commerce de Delwaide & Goffin en février 1993
maintenant connu sous le nom de Granit J.D. Enrg.):

Barre. The Story of Granite, Barre, Vermont, Barre Quarriers Coop. Inc./Barre
Granite Association/Barre Chamber of Commerce, n.d., n.p.

The Book of Memorials, Barre, Vermont, Barre Guild, n.d., [31] p.

Carrara Marble Statuary, Carrara, G. Sgalambro, n.d., n.p., 46 ill.

Catalogue du Rock of Ages (compagnie de fabrication de monuments


funéraires), Barre, Vermont, n.d., n.p.

How to Choose a Family Monument, Barre, Vermont, Rock of Ages


Corporation, 1953, [24] p.

How to Choose a Memorial, Barre, Vermont, Rock of Ages Corporation, 1941,


24 p.

Italian Marble. Statues and Monuments, Zanesville, Ohio / Barre, Vermont /


Carrara, Italy, W.C. Townsend & Co., n.d., 16 p.

Mausoleums in Vermont Marble, Proctor, Vermont / Peterboro, Ontario,


Vermont Marble Company / Write Ontario Marble Co., 6 p., Design.

Memorials Beautiful, Book 40, Elberton, Georgia, n.d., 56 p. (série de quatre


catalogues similaires).

Memorials of Remembrance, Cat. B, Montreal, Brodie's Limited, n.d., [52] p.

Miracles in Marble. A Story of Modern Methods Applied to One of America's


Oldest Industries, Proctor, Vermont, Vermont Marble Co., 1949,22 p.

Polycarpe Moreau. Spécialité Monuments funéraires, Hébertville-Station, Lac


St-Jean, n.d., 44 p.

Roch Gingras Enr. Jean-Charles Gingras, prop. Manufacturiers de


monuments, n.d., (environ 50 p.): cinq catalogues avec adresse au 2139,
Chemin Ste-Foy, près du cimetière Belmont et un à Cap-Santé.

The Rosary Memorialized, Barre, Vermont, White Granite Co., 1950, 48 p.


143

To Honora Memory, Proctor, Vermont, Vermont Marble Co., 1951, [16] p.

Vermont Marble Company, Proctor, Vermont, Vermont Marble Co, n.d., n.p.
[avec modèles et prix].

Note: Cette collection inclut des séries de cyanotypes de la Bd ? Co.


(épreuves au bleu à partir des dessins d'Archie S. Hill) avec motifs végétaux
et symbolique ainsi que des cartons imprimés avec modèles offerts par les
fabricants locaux: Octave Boies de Montmorency; Paul Roy "Monuments
funéraires" de Charlesbourg; Thériault & Fils Ltée de Québec.

Journaux

"Roman Catholic Cemetery", The Quebec Gazette, nov., 6 th, 1857, [p.2].

"Cimetiere des Picotees [sic]", The Quebec Gazette, nov., 11 th, 1857, [p.2].

"Des cimetières dans les villes", Le Courrier du Canada, Québec, lundi, 16


nov. 1857, n.p.

"Le cimetière Belmont", Le Courrier du Canada , Québec, lundi, 4 juillet 1859,


p.2.

"Le cimetière de N.-D. de Belmont", Le Canadien, Québec, lundi, 4 juillet


1859, p.4.

"Le nouveau cimetière", Le Canadien, Québec, lundi, 11 juillet 1859, p.4.

Sources diverses

Aubry, l'abbé André et al., Le livre de l'assemblée. Chants et psaumes du


Missel, Paris, Les Éditions du Cerf, 1965, 252 p.

La Bible. Ancien Testament 1 (Traduction oecuménique de la Bible), Paris, Le


Livre de Poche, 1979, 1022 p.

La Bible. Ancien Testament 2 (Traduction oecuménique de la Bible), Paris, Le


Livre de Poche, 1979, 834 p.

Cance, Adrien, Le code de droit canonique (Tome troisième), Paris, Librairie


Lecoffre/J. Gabalda et Fils, Ed., 1929,530 p.

Le Catéchisme des provinces ecclésiastiques de Québec, Montréal et Ottawa,


Québec, Édition officielle, 1944,115 p.

Code catholique ou Répertoire de la doctrine et de la Discipline de l'Église


catholique, Rome/Paris, Principaux libraires, 1861,451 p.
144

Code de droit canonique, Ottawa, Conférence des évêques catholiques du


Canada, 1984, XXXII, 363 p.

Discipline diocésaine, (publiée par l'autorité de S. Ém. le Cardinal Villeneuve,


archevêque de Québec, 3ème édition de La Discipline du Diocèse de Québec
refondue selon le Code de droit canonique, le premier concile plénier de
Québec, etc.), Québec, L'Action catholique, 1937, xvi, 676 p.

Les funérailles chrétiennes, Strasbourg, Éditions de la Cathédrale, 1961, 64


p. (Coll. Le rituel des fidèles).

Le Nouveau Testament (traduction nouvelle par E. Osty et J. Trinquet), Paris,


Siloé, 1974, 568 p. (Coll. Points/Sagesses).

Lois et institutions nouvelles de l'Église catholique, Paris, Centurion, 1966,


219 p. (Coll. Orientations).

Paralieu, Roger, Guide pratique du code de droit canonique, Bourges, Tardy,


1985, 460 p.

Perdrizet, abbé Félix, La Messe des Morts, Avignon, Maison Aubanel Frères,
1929, XIII, 118 p.

Pères bénédictins du Mont César, La liturgie des défunts, Louvain (Belgique),


Éditions du Mont César, 1946, 223 p.

Recueil d'ordonnances synodales et épiscopales du diocèse de Québec,


Québec, Brousseau, 1859, 315 p.

Recueil d'ordonnances synodales et épiscopales du diocèse de Québec,


Québec, Brousseau, 1865, 363 p.

Saint-Vallier, Jean-Baptiste de La Croix de Chevrières de, Rituel du diocèse


de Québec, 2e édition, Paris, 1703, 604 p.

Taschereau, E.A. [Mgr Elzéar-Alexandre], Discipline du diocèse de Québec,


Québec, P.G. Delisle, 1879, 252 p.

Taschereau, E.A. [Mgr Elzéar-Alexandre], Discipline du diocèse de Québec,


Québec, Léger Brousseau, 1895 (2e éd.), 303 p.

Ill-Dictionnaires, outils de recherche et ouvrages de référence

Baudry, Marie-Thérèse et al., Principes d'analyse scientifique. La sculpture:


méthode et vocabulaire, Paris, Imprimerie nationale, 1978, 765 p. (Inventaire
général des monuments et des richesses artistiques de la France).
145
Bibliothèque de la législature service de documentation politique, Répertoire
des parlementaires québécois 1867-1978, Québec, Assemblée nationale du
Québec, 1980, 796 p.

Blanchet, Danielle et Sylvie Thivierge, Inventaire des marchés de construction


des actes notariés de la ville de Québec, 1871-1899, Ottawa, Parcs Canada,
1982, 308 p. (Histoire et Archéologie no 62).

Chevalier, Jean et Gheerbrant, Alain, Dictionnaire des symboles, Paris, Robert


Laffont/Jupiter, 1982, 1060 p.

De Tervarent, Guy, Attributs et symboles dans l'art profane 1450-1600.


Dictionnaire d'un langage perdu, Genève, Librairie E. Droz, 1958, 436 p.

Dictionnaire biographique du Canada, Québec, Presses de l'Université Laval,


1972-1982, vol. IX-XI.

Dictionnaire de spiritualité ascétique et mystique: doctrine et histoire (publié


sous la direction de Marcel Viller et al.), Paris, Beauchesne, 1932-1991, vol.l-
XV (vol. I: Anges, p.579-623; vol. X: Mort, p.1747-1790).

Droulers, Eug., Dictionnaire des attributs, allégories, emblèmes et symboles,


Turnhout (Belgique), Établissements Brepols S.A., s.d., 281 p.

Ducher, Robert, Caractéristique [sic] des styles, Paris, Flammarion, 1944, 188
p. (Coll. La Grammaire des styles).

Grimai, Pierre, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Paris, PUF,


1982, 574 p.

Guimont-Bastien, Geneviève et al., Inventaire des dessins architecturaux aux


archives de l'Université Laval, Parcs Canada, 1980, 322 p. (Histoire et
Archéologie no 31).

Laroche-Joly, Ginette, Bibliographie sur la mort au Québec. Projet les


"Qualités de l'objet matériel" (inédit), Université Laval, 1986.

Martin, Denis, La recherche sur la mort au Québec. Présentation et


bibliographie (document inédit présenté au GRSHR, Groupe de Recherches
en Sciences humaines de la religion), Québec, Université Laval, 1981, 25 p.
[5 annexes totalisant 65 p.].

Réau, Louis, Iconographie de l'art chrétien. Tome I: Introduction générale,


Paris, PUF, 1955, 480 p.

Réau, Louis, Iconographie de l'art chrétien. Tome II: Iconographie de la Bible.


VoU: Ancien Testament, Paris, PUF, 1956,470 p.

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Pigeon, Danielle, "La modestie a bien meilleur goût", Frontières, vol.4, no 1,


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Porter, John R., "Le chrétien devant la mort", Le Grand Héritage. L'Église
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Porter, John R. et Jean Bélisle, La sculpture ancienne au Québec. Trois


siècles d'art religieux et profane, Montréal, Éditions de l'homme, 1986, 513 p.

Porter, John R. et Léopold Désy, Calvaires et croix de chemins du Québec,


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Roy, Pierre-Georges, Les cimetières de Québec, Lévis, 1941,270 p.


157
Santerre, Renaud, "Mourir au Québec hier et aujourd'hui", Frontières, vol. 1,
no 1, printemps 1988, p. 12-16 (dossier: La mort au quotidien).
Le sentiment de la mort au Moyen-Age (Études présentées au cinquième
colloque de l'Institut d'études médiévales de l'Université de Montréal; premier
colloque sur la mort tenu au Québec sous la direction de Claude Sutto),
Montréal, Édition de l'Aurore, 1979, 279 p.

Simard, Jean, Les arts sacrés au Québec (photographies de François Brault),


Boucherville, Éd. de Mortagne, 1989, 319 p: chapitre sur les cimetières intitulé
"Le paysage", p. 205-224.

Taillon, Marthe, Le corbillard hippomobile au Québec, mémoire de maîtrise,


Québec, Université Laval, 1991, 205 p.

Taillon, Marthe, "Les corbillards", Continuité, no 49, hiver/printemps 1991, p.


38-40.

VIl-Filmographie

Brault, François, Le cimetière paroissial au Québec, ONF/Société Radio-


Canada, 1982, 26 min.

Brault, François, Memento te. Stèles et croix de cimetière au Québec,


ONF/Société Radio-Canada, 1982, 26 min. 33 sec.

Brault, François, Miroir de la vie et de la mort, ONF/Société Radio-Canada,


1985, 57 min.

Brault, Michel, Les tailleurs de pierre, ONF/Société Radio-Canada, 1980, 52


min. 49 sec. (série: La Belle Ouvrage).
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DECEDE LE 12 JUIN 1933


A LACE DE 12 ANS ET 6 MOIS
EUGENE NADEAU
DECEDE LE 4 FEVRIER 1971
À LACE DE 7 G ANS

EPOUX DE
ALICE BEAUDOIN
DECEDEE LE 5 MAI 197 0
A LACE DE 87 ANS

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LE 26 JANVIER 1*80

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206

ANNEXES
Annexe A - Modèles de sculptures offerts sur photographies / Vico Dolfi,
marbrier exportateur, Carrare, Italie (coll. de l'auteure: photos d'anges à partir
des originaux de Delisle Monuments; autre photo: don de M. Roger Delisle).
208

Annexe B - Modèles de sculptures offerts sur catalogues / Carrara Marble


Statuary, Carrara, Italy, G. Sgalambro, modèles nos 21-24, 25-27, 32-35; Italian
Marble. Statues and Monuments, Zanesville, Ohio / Barre, Vermont / Carrara,
Italy, W.C. Townsend & Co., p.7 et 12 (Photos de l'auteure à partir des catalogues
de la collection d'Octave Boies).
209

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Annexe C - Modèles de monuments et motifs offerts sur catalogues et cartons /


Thériault & Fils Ltée de Québec, modèles M-240 à M-242; Polycarpe Moreau.
Spécialité Monuments funéraires, Hébertville-Station, Lac St-Jean, cat. p.42 et
modèle P.M.-147; Carton de la Bd ? Co. (dessins d'Archie S. Hill) : The Rose
(Photos de l'auteure à partir des catalogues de la collection d'Octave Boies).
210

Annexe D - Modèle de carte mortuaire illustrant une pleureuse / Bouasse-Lebel


et Massin Éd. Paris (collection de l'auteure).
INDEX DES NOMS DE PERSONNES 211

(seulement les personnes inhumées au Belmont )

* L'astérisque indique que les noms sont ensuite inversés.

Alain, Pierre Adélard, 104


Amyot, Georges-Elie, xii, 39, 51,54, 55
Angers Delage, Lucile, xiv, 63, 113, 117
Barry, Henri Désiré, 82
Bastien, Gazzoli / Fiset Germaine, xvii, 88
Bazin, Pierre Isidore, 76
Bégin, J .A. Éphrem, xviii, 103
Béland, Prime, 101, 102, 122
Béland, Siméon, 93, 102
Belleau, Alfred Gauvreau, xiii, 58
Bennett, Benson, 100
Bergeron, I' abbé Jean, 116
Bernier, Florant, xviii, 63, 92
Bernier J.-Adélard, xviii, 95
Bilodeau, Joseph, xiv, 65
Blain, Alice / Dumouchel, François *, xviii, 116, 117
Bossé, Joseph Noël, 101, 112, 113, 119
Bossé, Joseph Guillaume, 119
Brousseau, Jean-Docile, xiii, 57
Burroughs, Edward / Burroughs, John Henry Ross, 122
Bussière, Paul-Georges, 58
Campeau, O.F., xvii, 91
Cannon, Charles, 124
Cannon, Lawrence John, 122
Cannon, L. Arthur, 123
Cannon, Lucien G., 123
Cardinal, Jean-Guy, 108
Casault, Louis-Napoléon, xiv, 67
Casgrain, Henri-Edmond, xiii, 54
Cauchon, Joseph / Gravel, Jacques, xv, 73
Chalifour, Claude, 76
Charest, Lucien, xv, 75 212

Chauveau, Alexandre, xii, 40, 51,55, 109


Chinic, Guillaume-Eugène, xiii, 57, 59
Côté, Boniface, 104
Côté, Édouard, xiii, 57, 75
Côté, G J. Ernest/Grenier, Marie-Louise, 111 /112
Côté, Joseph, xv, 72
Côté, Louis / Côté, Joseph, 58, 122
Côté, Pierre-Emile, xiii, 39, 60
Côté, Valère, xvii, 86
Deschamps, Jean-Baptiste, xvi, 118
Dessane, Antonin / Trunel, Irma*, 114, 115
Doré, Odila / Clermont, Joseph, xvi, 77, 95
Dumouchel, François / Blain, Alice *, xviii, 105, 116, 117
Duquet, Cyrille, xvii, 88
Dussault, Achille, 51,54, 55
Dussault, J.P. Edmond, 17, 22, 24, 25, 51
Duval, Jean-François-Joseph / Duval, L.-Guillaume-Alfred, xiv, 67
Enfants de Marie de la Haute-Ville, xvi, 76, 105, 125
Enfants de Marie de la paroisse Saint-Jean-Baptiste, 125
Étienne, René, xv, 76
Faucher de Saint-Maurice, Narcisse Henri Édouard, 68, 88, 107
Fiset, Louis-Joseph-Cyprien, 92, 99
Fitzpatrick, C.A.J. Édouard, enfant de Charles, xiv, 69, 118
Fournier, Pierre, xvi, 77
Frégault, Guy, xiv, 63, 108
Frères des Écoles Chrétiennes, xiv, 42, 61, 101
Gagnon, Ernest, 63, 105
Gagnon, Henri, 124, 125
Gagnon, J.B. Olivier, 106
Gagnon, Philéas, xii, 49
Garneau, François-Xavier (historien), xii, 49, 68, 88
Garneau, François-Xavier (négociant), 92, 98
Garneau, Pierre / Garneau, Édouard B., xiii, 59, 110
Gaudreau, Stanislas / Gaudreau, Prudent, xviii, 104
Gauvin, Lucienne / Gilbert, Stanislas, xvii, 87
Genest, Paul, xvii, 87 213

Giguère, Pierre, xii, 53, 55


Gingras, Alphonse, xiii, 60
Hamel, Abraham, 50
Hamel, Théophile, xviii, 108
Houde, Barthélémi, 114
Huot, Philippe, xiii, xvii, 39, 59, 84, 109
Jean, Érasme-Louis, xii, 50
Lachance, Arthur / Routhier, Marie*, xvi, 113
Lachance, Georges I., xiii, 60
Lamarche, J. Adrien, xvii, 83
Langevin, Édouard J., 120, 121
Langevin, François-Xavier, 69, 102
Laurin, Joseph, 72
Lavoie, Eugène, xvii, 82
Lebel, Édouard A., 96
Légaré, Pierre Théophile, xv, 68, 72
Lemieux, Fernand, xiii, 54, 58
Lemieux, Guillaume, fils d'Émile, xviii, 94, 115
Lemoine, Edmond, 108
Lesage, Jean, 61
Letellier de Saint-Just, J.B.E., xiii, xvii, 57, 84
Lincourt, Victor, 109
Madeleines du Bon Pasteur, 57, 126
Magnan, Charles Joseph, 111
Marceau, Paul Vincent, 72
Marchand, Félix-Gabriel, xvii, 88
Martineau, Gérald, xv, 63, 73
Martineau, Napoléon, xv, 73
Ménard, Hector, xv, 76
Mercier, Joseph Louis Joachim, xv, 70
Militaires, 42, 65 / Monuments de guerre, 42, 96, 97
Missionnaires du Sacré-Coeur, 42
Morin, Édouard, 57
Nadeau, Honoré, 72
Naud, Narcisse, xii, 50
Ouellet, Amanda / Gingras, Georges, xvii, 127 214

Papillon, Eudore, 104


Paquet, Albert, xii, 39, 50, 70
Paquet, Jean, xiii, 58, 122
Parent, Georges, xvi, 60, 82
Pelland, Cary / Laverdière Pelland, Carmel, xvi, 77
Pope, Thomas, 93
Pères du Très Saint-Sacrement, 42
Pères de Saint-Vincent de Paul, 42, 61, 105
Picard des Trois Maisons, Joseph, 73, 98
Picard, Stanislas, xv, 73, 98
Pinault, Nicolas-Josué, 51,54, 55, 104
Philippon, I' abbé Georges, 116
Plamondon, Apollinaire, xv, 69
Prêtres (au Cimetière des prêtres), xiv, 24, 65
Renaud, Jean-Baptiste, xviii, 95, 124
Rinfret, Pierre, xiv, 63
Rinfret, Tancrède, xvi, 81
Robitaille, Arthur, 124
Robitaille, Ernest P., xiv, 69
Robitaille, Théodore, 66
Rochette, Jules, 76, 104
Routhier, Adolphe-Basile, xiv, 68, 112
Ro.uthier, Marie / Lachance, Arthur*, xvi, 113
Saillant, Arthur, xvi, 78
Saint-Victor, Jean de, xv, 75
Samson, Paul, 105
Sharpies, Charles, 94, 98, 99, 102
Sharpies, William, 94
Soeurs Franciscaines missionnaires de Marie, 42, 98, 126
Soeurs Saintes Madeleines du Bon Pasteur, 93
Susor, Louis Timothé, 107
Talbot, Ls Numa, xv, 72
Tanguay, Alfred, 103, 107
Tanguay, Georges, xiii, 57
Tanguay, Georges-Émile, xiii, 59, 60, 88
Taschereau, Jean-Thomas, 58, 109 215

Tessier, Cécile Joséphine / Nowlan, Harold H., 117


Tessier, Ulric-Joseph, xii, 52, 54, 59
Têtu, Théophile, 98
Thibaudeau, Pierre Isidore, xiii, 58, 59
Trudel, Robert fils de Jean, xv, 75
Trunel, Irma / Dessane, Antonin*, 114, 115
Vallée, Gabrielle / Vallée Ivan E., xiv, 115
Van Damme, François / Vanpoucke, Olga, xvii, 89
Vézina, François, 59, 100, 113
Vézina, Joseph, xvii, 88, 107
Vincent, Elzéar, 122

Note: Quelques noms ont été omis, entre autres, les personnes citées dans la
liste des figures mais dont le nom ne revient pas dans le texte (seulement le no
de la fig.). De même, nous n'avons pas inscrit tous les noms apparaissant sur
une même épitaphe.