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LE RISQUE LIÉ AUX COMPTES D'INVESTISSEMENT PARTICIPATIFS : UN

RISQUE PROPRE AUX BANQUES ISLAMIQUES

Kaouther Toumi et Jean-Laurent Viviani

Direction et Gestion | « La Revue des Sciences de Gestion »

2013/1 N° 259-260 | pages 131 à 142


ISSN 1160-7742
ISBN 9782916490373
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La Revue des Sciences de Gestion, Direction et Gestion n° 259-260 – Finance 131

Finances internationales et/ou régionales ?


Le risque lié aux comptes
d’investissement participatifs :
un risque propre aux banques islamiques
par Kaouther Toumi et Jean Laurent Viviani

L
es entreprises socialement responsables et éthiques sont
parfois confrontées à des risques différents des entre-
prises conventionnelles du fait des contraintes qu’elles
s’imposent et de la spécificité de leur mode de gestion. Pour
survivre et se développer, elles doivent développer des méthodes
de gestion des risques appropriées sans nécessairement avoir
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accès à toutes les techniques à la disposition des entreprises
conventionnelles. Les banques islamiques, dont la résistance
face à la crise financière de 2008 a illustré la nature spécifique
de leur exposition aux risques ainsi que leur mode de gestion,
nous semblent fournir une excellente illustration de cette problé-
Kaouther TOUMI matique. Du fait des contraintes éthiques qu’elles s’imposent,
Maître de conférences, leur exposition aux risques traditionnels (marché, crédit, opéra-
tionnel) est différente de celle des banques conventionnelles.
Laboratoire Gouvernance et Contrôle Les institutions financières islamiques font face également à
Organisationnel LGCO des risques qui leur sont propres du fait de leurs modes de
Université Paul Sabatier Toulouse III, France fonctionnement particulier.
Dans cet article, nous analyserons le principal risque propre
aux institutions financières islamiques : le risque commercial
déplacé. Ce risque résulte de la mobilisation des fonds par la
banque islamique sous forme de comptes d’investissement
participatifs. Il découle plus spécifiquement du comportement
de leurs titulaires qui, insatisfaits de la rémunération aléatoire
offerte par leur banque, peuvent retirer leurs fonds, faisant
courir un grave risque d’illiquidité à l’établissement. Face à ce
risque, les banques islamiques ont développé des techniques
originales de lissage des revenus sur les comptes d’investisse-
ment participatifs.
En dépit de ces techniques, un risque prudentiel demeure.
Jean Laurent VIVIANI L’accord Bâle II sur les fonds propres ne tient pas compte des
Professeur, risques associés aux instruments financiers islamiques, notam-
IGR Rennes ment le risque lié aux comptes d’investissement participatifs.
France Les institutions islamiques internationales de réglementation

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prudentielle, telles que l’AAOIFI1 et l’IFSB2, reconnaissent la son activité de gestion des fonds. En dehors du cas de violation
particularité des banques islamiques et procèdent ainsi à des du contrat ou de négligence, la banque (en tant qu’entrepreneur)
ajustements de l’accord de Bâle dans le but de développer une n’a pas à garantir le capital investi ou la réalisation d’un profit
approche plus sensible aux caractéristiques spécifiques de ces minimum4. En pratique, la distribution des profits est un peu plus
institutions financières. complexe car la banque islamique joue aussi le rôle d’investisseur.
L’objectif de cet article est d’étudier de manière approfondie Le partage des profits se réalise alors de la manière suivante :
la nature du risque généré par les comptes d’investissement – Les profits sont alloués tout d’abord entre les actionnaires
participatifs, les modes de gestion de ce risque ainsi que la de la banque et les titulaires des comptes d’investissement
réglementation prudentielle associée. La section 1 présente le (Composante Musharaka5). Selon l’AAOIFI, les profits générés par
fonctionnement des comptes d’investissement participatifs et les investissements, conjointement financés par les fonds de la
identifie le risque commercial déplacé auquel la banque islamique banque islamique et les titulaires des comptes d’investissement,
est exposée suite à la gestion des comptes d’investissement sont répartis entre eux au prorata de leurs contributions en capital.
participatifs. La section 2 expose les différentes méthodes de – La part des titulaires des comptes d’investissement est appelée
gestion du risque développées par ces établissements pour le revenu de Mudaraba. De ce revenu, la banque prélève sa
maîtriser le risque associé aux comptes d’investissement. Enfin, rémunération appelée couramment « Mudarib share » pour son
la section 3 fait une présentation critique des propositions rôle en tant que gestionnaire de fonds (Composante Mudaraba).
de réglementation prudentielle des banques islamiques et, à Cette répartition se fait selon un ratio prédéfini. Les pertes
partir d’un échantillon de ces banques, illustre la diversité des résultant d’une mauvaise gestion ou de négligence de la part de
environnements réglementaires auxquels elles sont confrontées. la banque islamique, doivent être déduites de sa part du profit.
Si les pertes dépassent cette part du profit, la différence est
déduite de la part du profit rémunérant ses capitaux propres6.
1. Les comptes d’investissement Les comptes d’investissement participatifs représentent théori-
participatifs : théorie et pratique quement un mécanisme puissant d’atténuation des risques pour
les banques islamiques. En théorie, elle n’a donc pas besoin
d’exigences minimales en fonds propres si elle applique parfai-
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1.1. Fonctionnement des comptes tement le principe de partage des pertes et des profits avec les
titulaires des comptes d’investissement. Mais, en pratique, la
d’investissement participatifs banque islamique doit prendre en charge tout ou partie du risque
supporté par les déposants.
L’originalité des banques islamiques consiste à la mobilisation
des fonds sous forme de comptes d’investissement participatifs,
gouvernés par le contrat Mudaraba. Ce contrat spécifique met 1.2. La pression commerciale
en relation un investisseur (apporteur de fonds/Rab al mal) et
un entrepreneur (gestionnaire des fonds/Mudarib). Les titulaires Les banques islamiques opèrent dans un environnement concur-
des comptes d’investissement (les déposants) représentent rentiel. Les concurrents peuvent être d’autres banques islamiques,
les apporteurs des fonds, la banque islamique joue le rôle de ou, comme c’est le cas dans la majorité des pays, des banques
gestionnaire de ces fonds pour le compte des déposants. La conventionnelles. Les clients ont donc la possibilité de changer
relation entre les titulaires des comptes d’investissement et la de banque facilement en cas d’insatisfaction.
banque est donc une relation du type entrepreneur – investisseur, Un taux de rendement trop faible sur les comptes d’investissement
et non une relation créancier - débiteur comme dans le modèle participatifs pourrait provoquer l’insatisfaction des déposants.
conventionnel. Les titulaires de ces comptes risquent alors de retirer leurs
Les fonds placés en comptes d’investissement participatifs fonds pour les placer dans une banque concurrente, cherchant
sont rémunérés au taux de rendement réel généré par les actifs ainsi une rémunération plus élevée sur d’autres investissements
financés par ces fonds d’investissement. Le taux de répartition alternatifs. La banque islamique se trouve exposée à un risque
du profit réel entre la banque islamique et les titulaires des de retrait massif des fonds et doit faire face à un problème
comptes d’investissement doit être fixé à l’avance3. La banque de liquidité. Ce risque fait référence au risque lié à un taux de
islamique, en tant qu’entrepreneur, reçoit une rémunération pour rendement des comptes d’investissement non compétitifs. Pour
éviter ce risque, la banque islamique va essayer d’augmenter
1. Accounting and Auditing Organization of Islamic Financial Institutions. le taux de rendement offert sur les comptes d’investissement
2. Islamic Financial Services Board. En mars 2011, l’IFSB a été institué en participatifs lorsqu’il est bas et prélever une partie du revenu
2002 à Kuala Lumpur en Malaisie. Ce dispositif comporte 187 membres y
compris la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, la BIS, etc. (57
autorités de réglementation et de supervision, 8 organisations gouvernemen- 4. Paragraphe 8, Norme 6, AAOIFI 2008.
tales internationales et 122 acteurs de marchés et banques opérant dans 43 5. Le contrat Musharaka est un contrat par l’intermédiaire duquel deux ou
juridictions) http://www.ifsb.org/membership.php. plusieurs partenaires associent leurs capitaux pour financer un projet.
3. Paragraphe 2, Norme 5, AAOIFI 2008. 6. Paragraphe 8, Norme 6, AAOIFI 2008.

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de ces comptes pour alimenter une réserve lorsqu’il est haut. classiques : la réputation de la banque, la proximité, la qualité
La pression commerciale, incite donc les banques islamiques à de services bancaires, les coûts de financement, la relation avec
lisser les revenus des comptes d’investissement. le personnel, la compétence du personnel, etc. Ces résultats
Pour bien analyser le risque de retrait des fonds des comptes montrent que le risque de perte de clientèle est réel pour la
d’investissement, il faut comprendre la logique du comportement classe des déposants guidés par la maximisation des profits
des détenteurs de ces fonds. Ces détenteurs poursuivent deux car ces derniers peuvent se tourner soit vers les dépôts conven-
objectifs qui peuvent être conflictuels : d’une part, le respect tionnels, soit vers d’autres investissements islamiques en cas
de la loi islamique qui devrait les conduire à accepter les pertes de rémunération insuffisante des comptes d’investissement.
éventuelles sur leurs dépôts et d’autre part, l’optimisation Le risque est plus faible pour les déposants qui cherchent à
financière qui aboutit à la recherche de la meilleure relation respecter leurs croyances religieuses.
rendement-risque pour leurs investissements. La pondération Les études portant sur les interactions qui existent entre les
entre les deux objectifs dépend en grande partie du degré de taux d’intérêt, les taux de rendement et les volumes des dépôts
conviction religieuse des déposants. islamiques (voir tableau 2), confirment également qu’une propor-
La littérature empirique sur le sujet se décompose en deux grandes tion non négligeable des clients des banques islamiques est
familles. Une première catégorie d’études s’est intéressée à guidée par la théorie de maximisation des profits. La majorité
l’analyse du comportement des clients des banques islamiques des études a montré qu’il existe une relation de long terme
et plus particulièrement, à comprendre les motifs qui les incitent entres les taux d’intérêt, les taux de rendement des comptes
à construire une relation avec les banques islamiques, soit pour d’investissement et le volume des dépôts conventionnels et
le placement de leurs fonds soit pour la recherche de finance- islamiques. En effet, la fluctuation des taux d’intérêt sur les
ments. La deuxième catégorie étudie les déterminants du volume dépôts conventionnels cause la variabilité des taux de rendement
des dépôts dans les banques islamiques et conventionnelles. sur les dépôts d’investissement dans les banques islamiques.
Les résultats des études empiriques sur les motivations des L’augmentation des taux d’intérêt cause la hausse du volume
clients des banques islamiques et conventionnelles (voir tableau 1) des dépôts conventionnels et la baisse de celui des dépôts
confirment que les deux critères principaux de sélection motivant le islamiques.
client à entretenir une relation durable avec une banque islamique Certaines études montrent aussi que les banques islamiques
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sont le respect des exigences de la Shariah et la recherche de ajustent leurs taux de rendement à la hausse (baisse) quand ce
la rentabilité. S’ajoutent à ces deux motifs, des critères de choix taux est inférieur (supérieur) aux taux conventionnels.

Tableau 1. Revue de littérature sur les motivations des clients des banques islamiques (par ordre chronologique).

Auteur Pays - Échantillon Principaux résultats


Cenzig Erol Jordanie Le respect des exigences de la Shariah ne représente pas un critère de sélection significatif dans le
et al., (1990) 434 clients des choix d’une banque islamique. Les critères les plus pertinents incitant les clients à avoir une relation
banques islamiques durable avec ces institutions : l’efficacité et la rapidité des services bancaires, la réputation de la
et conventionnelles banque et la confidentialité. La maximisation des rendements figure parmi les critères de sélection.
Sudin Haron Malaisie Les clients musulmans et non musulmans ont les mêmes critères de sélection des banques. Le
et al., (1994) 301 clients des respect des exigences de la Shariah ne représente pas la motivation principale pour être client d’une
banques islamiques banque islamique. De ce fait, ces institutions ne doivent pas utiliser l’argument de la religion pour
et conventionnelles augmenter leur portefeuille client. Les deux catégories des clients (musulmans et non musulmans)
(musulmans et non considèrent la rapidité et la qualité des services bancaires en tant que critères de sélection les
musulmans) plus importants. La majorité des personnes interviewées disposent de faibles connaissances sur la
finance islamique et sa dimension éthique.
Ibrahim Égypte L’étude montre que les clients musulmans et non musulmans ne présentent pas les mêmes critères
Hegazy, 400 clients des de sélection pour choisir une banque. Les clients de banques islamiques, la majorité des musul-
(1995) banques islamiques mans, veulent se conformer aux principes de la Shariah. Les clients des banques conventionnelles
et conventionnelles (musulmans et non musulmans) ont classé la rentabilité comme premier facteur de sélection.
D’autres facteurs comme : la proximité, le contact relationnel avec la banque, les recommandations
des clients de la banque, etc., sont pris en compte par les clients.
M. Metwally, Kuwait, L’Arabie L’étude montre que le respect des principes de la Shariah est le facteur le plus important qui affecte
(1996) Saoudite et l’Égypte le processus de décision des clients de confession musulmane pour choisir une banque islamique.
385 personnes inter- Le second critère est l’offre de services bancaires habituels. La majorité des musulmans dans un
viewées système bancaire dual choisissent leurs banques pour des raisons liées à leurs croyances. Les
Interview télépho- banques islamiques ne diffèrent pas de celles conventionnelles en termes de rendements offerts.
nique
Thabet Edris, Kuwait La majorité des entreprises font affaire plus avec des banques commerciales que celles Islamiques.
(1997) 304 clients (des Par contre, « les pratiques bancaires islamiques » sont classées parmi les premiers critères de séléc-
entreprises) de tion d’une banque islamique. La majorité des entreprises sont multibanques. D’autres facteurs déter-
banques commer- minants du choix d’une banque : la taille de la banque, l’efficacité du personnel, l’expérience de la
ciales et islamiques banque, le relationnel avec le staff, la réputation et la proximité.

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Auteur Pays - Échantillon Principaux résultats


Philip Gerrard Singapore L’étude montre que les interviewés disposent de faibles connaissances sur la finance islamique. La
& J. Barton 190 personnes inter- réponse à une question sur la possibilité de maintenir les dépôts dans la banque islamique même
Cunningham, rogées en cas d’un taux de rendement négatif était la suivante : 62.1 % de musulmans ont répondu qu’ils
(1997) (Musulmans et non garderaient leurs dépôts tandis que 66.5 % des clients non musulmans retireraient leurs fonds. Le
musulmans) critère de sélection « avoir une rentabilité élevée » sur les dépôts est le plus dominant. Ce comporte-
ment est plus présent chez les clients non musulmans.
Saad Bahreïn Adhérer aux principes de la finance islamique est le plus important critère pour la sélection d’une
Metawa & 300 clients des banque islamique. Un taux de rendement élevé est le second critère de sélection suivi par les
Mohammad banques islamiques recommandations faites par la famille ou les amis. L’étude montre également que 75 % des clients
Al Mossawi, des banques islamiques avaient déjà des comptes dans d’autres banques. 54 % d’entre eux ont
(1998) maintenu une relation avec les banques islamiques de plus de 6 ans. 85 % des clients sont bien
informés du fonctionnement des comptes d’investissement. Le profil des clients qui déposent leurs
fonds dans des comptes d’investissement correspond à des personnes fortunées et bien instruites.
Naser Kamal Jordanie L’étude montre que 73 % ded répondants estiment que la réputation de la banque est le premier
& al., (1999) 206 clients des critère de sélection d’une banque islamique. 70,4 % des répondants adhèrent aux services bancaires
banques islamiques islamiques seulement par respect aux exigences de la Shariah. 29.6 % des répondants justifient
leur choix d’une banque islamique seulement pour des raisons de rentabilité. 75 % des répondants
disposent de différents comptes dans des banques islamiques et conventionnelles dans le but de
diversifier leurs portefeuilles.
Abdul Halim Kuala Lumpur La majorité des personnes interrogées est informée de l’existence de banques islamiques en
Abdul Hamid 967 clients Malaisie. 50 % des interviewés entretiennent des relations avec des banques islamiques mais plus
& Norizaton des banques de 60 % d’entre eux ne font pas la différence entre les produits bancaires islamiques et convention-
Azmin Mohd nels.
Nordin,
(2001)
Ahmed Malaisie La majorité des personnes interrogées indique que les facteurs économiques et la religion sont
Norafifah 45 professionnels les facteurs les plus importants pour la sélection de services bancaires islamiques. Bien que les
& Haron de la finance interviewés soient non musulmans, la majorité estime que la finance islamique est une alternative à
Sudin, la finance conventionnelle. La majorité des personnes interrogées dispose d’un niveau de connais-
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(2002) sances faible sur les produits bancaires islamiques. 75 % des répondants estiment que les banques
islamiques doivent faire un effort pour promouvoir les services bancaires islamiques.
Saduman Turquie 77 % des clients expriment leur souhait de respecter les exigences de la Shariah comme premier
Okumus, 161 clients critère de sélection d’une banque islamique. 67 % apprécient que les banques islamiques offrent les
(2005) des banques mêmes facilités bancaires que les banques conventionnelles. 24,2 % des répondants considèrent
islamiques seulement le critère de rentabilité pour choisir une banque islamique. Le critère de rentabilité est
classé 19e (sur 19 critères proposés dans le questionnaire). 31,7 % de répondants considèrent les
deux critères en sélectionnant une banque islamique.
Ashraf Wadji Malaisie Par ordre d’importance des critères de sélection : (1) la compétence du personnel de la banque, (2)
Dusuki & 750 clients le bon relationnel avec le personnel de la banque, (3) la qualité des services bancaires, (4) la réputa-
Nurdianawati des banques tion ‘islamique’ de la banque, (12) la proximité de la banque. L’étude ne considère pas la rentabilité
Irwani islamiques comme critère de sélection d’une banque islamique.
Abdullah,
(2007)
Alsadek Gait Moyen orient-Asie L’étude différencie entre les clients particuliers et les entreprises et entre les musulmans et les non
& Andrew musulmans. L’étude analyse comment ces différentes catégories d’acteurs prennent leur décision
Worthington, pour être en relation avec une banque islamique. L’étude révèle que la conviction religieuse repré-
(2008) sente un critère de sélection-clé des banques islamiques surtout pour les particuliers musulmans.
La réputation de la banque, la qualité des services, le coût de financement déterminent également la
prise de décision.
Jasim Al-Ajmi Bahreïn L’étude différencie trois catégories de clients : ceux des banques islamiques, ceux des banques
& al., (2009) 1000 clients conventionnelles et ceux qui sont clients des deux catégories de banques. Les clients de banques
des banques conventionnelles et islamiques partagent un certain nombre de motifs : la qualité des services
islamiques bancaires, le bon relationnel avec le personnel de la banque, la compétence du personnel ; et
et conventionnelles diffèrent significativement sur d’autres : l’obligation religieuse, la réputation de la banque islamique.
Ismail Ould Les interviewés sont classés en 3 catégories : Des personnes refuseraient d’être clientes dans
Moulaye, une banque islamique à cause de l’emploi du terme « islamique ». D’autres adhèrent au principe
Abdelkader éthique de la banque islamique mais se sentiraient comme intruses dans le système islamique. Pour
Moulaye d’autres encore, ils peuvent être séduits par le système bancaire islamique mais plus par intérêt
& Joël Jallais pécuniaire que par éthique du système.
(2011)

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Le risque d’insuffisance de rendements entraîne donc un risque pour la première fois par l’AAOIFI en 1999. Le conseil des
de liquidité qui lui-même entraîne un risque lié au coût du refinan- services financiers islamiques (IFSB) définit le risque commercial
cement. Ce risque est important lorsque la banque islamique déplacé par :
dispose d’une clientèle attirée essentiellement par la rentabilité. “Displaced Commercial Risk refers to the risk arising from assets
managed on behalf of Investment Account Holders which is
effectively transferred to the Islamic Financial Institutions (IFI)
2. Gestion du risque lié own capital because the IFI forgoes part or all of its Mudarib’s
aux comptes d’investissement share (profit) of on such fund, when it considers this necessary
as a result of commercial pressure in order to increase the return
participatifs that would otherwise be payable to Investment Account Holder’s”
(IFSB 2005 ; Norme 76)
Le partage du profit sur les comptes d’investissement participa- Le risque commercial déplacé fait référence aux pertes que la
tifs n’est donc pas la pratique commune d’un grand nombre de banque islamique absorbe pour s’assurer que les titulaires des
banques islamiques et ce, par pression commerciale, comme comptes d’investissement participatifs sont rémunérés à un
nous venons de le voir, ou par pression de l’autorité de régulation7 taux de rendement équivalent à un taux compétitif et ce, par
(Simon Archer & Rifaat Ahmed Abdel Karim, (2006 et 2009) ; pression commerciale. La banque islamique peut décider de
Venkataraman Sundararajan, (2007 et 2008). réduire sa marge afin d’assurer une rémunération compétitive
à ses clients. On assiste alors à un transfert d’une part des
profits des actionnaires vers les titulaires des comptes d’inves-
2.1. Identification du risque commercial tissement. Il y a donc un transfert de risque, théoriquement
déplacé supporté par les titulaires des comptes d’investissement, vers
les actionnaires, d’où le nom attribué à ce risque spécifique :
Le lissage des taux de rendement sur les comptes d’investisse- le risque commercial déplacé. Ce risque spécifique résulte de
ment expose la banque islamique au risque commercial déplacé, la détention des comptes d’investissement dont la proportion
un risque unique qui leur est spécifique. Ce risque est identifié varie considérablement d’une banque islamique à une autre, elle
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peut atteindre 80 % du volume total des dépôts.
7. Voir section 3.

Tableau 2. Déterminants de volume de dépôts dans les banques islamiques.

Auteurs Principaux Résultats


(Beng.Soon. Chong & La fluctuation des taux d’intérêt cause la variabilité des taux de rendement sur les dépôts d’investissement
Ming-Hua Liu, 2009), dans les banques islamiques. Cette relation de causalité est vraie dans un seul sens. La rémunération des
Malaisie comptes d’investissement est positivement corrélée avec les taux d’intérêt sur les dépôts conventionnels à
1995-2004 long terme. Les banques islamiques ajustent leur taux de rendement à la hausse (baisse) quand ce taux est
inférieur (supérieur) au taux conventionnel.
(Rahmatina Awaliah Kasri Une relation négative existe entre les taux d’intérêt et le volume des dépôts dans les banques islamiques. Une
& Salina Hj. Kassim, relation positive existe entre le nombre d’agences des banques islamiques et le volume des dépôts d’investis-
2008), Indonésie sement participatifs. Un comportement de maximisation des profits est décelé chez les clients des banques
2000-2005 islamiques.
(Sudin Haron & Wan La variabilité des taux de rendement sur les dépôts islamiques (comptes d’investissement + épargne) et les
Nursofiza Wan Azmi taux d’intérêt sur les dépôts conventionnels affectent significativement le volume de dépôts (investissement,
2008), Malaisie courant, épargne) dans les banques islamiques. L’augmentation des taux d’intérêt cause la hausse des dépôts
2000-2005 conventionnels et la baisse des dépôts islamiques. Les clients des deux catégories de banques sont très
sensibles aux rendements de leur placement. Les clients des banques islamiques considèrent l’aspect « renta-
bilité » en plus de l’aspect religieux.
(Erna Rachmawati & Ekki Une relation positive existe entre les taux de rendement et le volume des dépôts dans les banques islamiques.
Syamsulhalim, 2004), Une relation de co‑intégration (relation de long terme) se crée entre la série de volume des dépôts dans les
Indonésie, 1993-2003 banques islamiques et la série des taux de rendement. Un comportement de maximisation des profits est
décelé chez les clients des banques islamiques.
(Obiyathulla Bacha, 2004) Les trajectoires des taux de rendement et des taux d’intérêt présentent des comouvements sur la période
Malaisie étudiée. L’étude révèle une proximité dans les mouvements de la série des taux d’intérêt et la série des taux
1994-2003 de rendement. La fluctuation des taux d’intérêt conventionnels cause la fluctuation des taux de rendement sur
les dépôts en banques islamiques. La variabilité du volume des dépôts dans les banques conventionnelles
cause la variabilité du volume des dépôts islamiques.
(Ahmad Kaleem & Md. Isa La variabilité des taux d’intérêt cause la variabilité des taux de rendement sur les dépôts islamiques. Les
Mansor, 2003) Malaisie Banques islamiques considèrent les taux d’intérêt avant d’ajuster les taux de rendement sur les dépôts en
1994-2002 banques islamiques.

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2.2. Les outils de la gestion du risque


Finances internationales et/ou régionales ?

2006 ; Venkataraman Sundararajan, 2008). Le montant de la


commercial déplacé réserve appartient aux actionnaires et aux titulaires des comptes
d’investissement participatifs (suivant le même ratio de partage
La banque islamique peut s’engager dans un ensemble de du profit convenu dans le contrat Mudaraba) et servira à lisser
pratiques qui servent à lisser les taux de rendement sur les un taux de rendement faible mais positif.
comptes d’investissement de manière à offrir à leurs titulaires un L’IRR est retenue à partir du revenu de Mudaraba qui représente la
taux de rendement comparable au taux d’intérêt sur les dépôts part du profit attribué aux titulaires des comptes d’investissement.
conventionnels ou à un taux de rendement offert sur les dépôts Elle est prélevée après le calcul de la rémunération de la banque
d’investissement d’autres banques islamiques, ou à tout autre entant que Mudarib (Mudarib share) (voir figure 1). A la différence
investissement comparable. Les techniques de lissage des taux de la PER, le montant retenu d’IRR appartient entièrement aux
de rendement reposent principalement sur le transfert de revenu titulaires des comptes d’investissement participatifs et servira
en faveur des titulaires de comptes d’investissement et la mise à absorber les pertes sur leur capital investi. Cette réserve est
en place de réserves. donc utilisée dans le scénario extrême où le taux de rendement
La banque islamique peut être amenée à faire varier le ratio de sur les comptes d’investissement participatifs est négatif.
partage du profit, réduisant ainsi sa rémunération en tant que
Mudarib (gérante des fonds d’investissement). En effet, la part
des profits de la banque déterminée initialement est la part
maximale, alors que la part distribuée réellement varie d’une
période à une autre en fonction du taux de rendement réel (Simon
Archer & Rifaat Ahmed Abdel Karim, 2006). La banque islamique
peut réduire ou même abandonner sa commission de Mudarib
au-dessous de la part contractée et attribuer temporairement
de faibles bénéfices ou de plus grandes pertes aux actionnaires
et ce, au profit des titulaires des comptes d’investissement.
Elle atténue ainsi l’impact d’un faible rendement sur les dépôts
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d’investissement et évite un retrait massif des fonds.
La banque islamique peut prélever des réserves à partir des
profits attribuables aux titulaires des comptes d’investissement
et aux actionnaires. Elle peut inclure une clause dans les termes
du contrat, donnant le droit à la banque islamique de retenir Figure 1. La rétention des réserves PER et IRR (d’après l’AAOIFI).
une certaine proportion du profit attribuable aux titulaires des
comptes d’investissement (Simon Archer and Rifaat Ahmed En résumé, deux scénarios sont prévus. Dans le 1er scénario, le
Abdel Karim, 2006). Généralement, le montant prélevé pour les taux de rendement sur les dépôts d’investissement participatifs
réserves est corrélé positivement avec le taux de rendement est faible (inférieur à un taux benchmark) mais positif. La banque
réel (Venkataraman Sundararajan, 2007). La banque islamique islamique puise donc dans la part de la PER qui revient aux
dispose de deux pratiques standards de rétention de réserves titulaires des comptes d’investissement pour lisser le taux de
pour atténuer le risque commercial déplacé : Profit Equalisation rendement. Dans le cas où la part de réserves de ces derniers
Reserve8 (PER) et Investment Risk Reserve9 (IRR) (Simon Archer n’est pas suffisante, la banque peut avoir recours à la part de
& Rifaat Ahmed Abdel Karim, 2006 ; Simon Archer et al., 2010 ; la PER qui revient aux actionnaires. Dans le 2e scénario, le taux
Venkataraman Sundararajan, 2008). Ces deux réserves sont de rendement sur les dépôts d’investissement participatifs est
recommandées par l’IFSB et l’AAOIFI. négatif (perte). La banque islamique fait appel dans ce cas aux
La PER est retenue à partir du résultat brut de la banque islamique deux types de réserves. L’IRR servira à absorber les pertes. La
avant l’allocation des profits entre les actionnaires de la banque PER servira à augmenter la rémunération jusqu’au taux bench-
et les titulaires des comptes d’investissement (voir figure 1). mark pour assurer une rémunération compétitive aux titulaires
Elle réduit ainsi les fonds réellement attribuables aux titulaires des comptes d’investissement. Il est clair qu’en dépit de ces
des comptes d’investissement et aux actionnaires. En période deux réserves, le revenu final des titulaires de comptes d’inves-
où le taux de rendement des investissements est supérieur à tissement participatifs peut être inférieur au benchmark faisant
celui des investissements comparables sur le marché, la banque subir un risque résiduel à la banque.
islamique peut maintenir une rémunération comparable à la La gestion du risque commercial déplacé exige une évaluation
rémunération du marché tout en prélevant une partie des revenus adéquate des montants de PER et IRR à prélever. Plus le montant
pour alimenter la PER (Simon Archer & Rifaat Ahmed Abdel Karim, des réserves est élevé, plus le risque commercial déplacé est
faible mais plus le coût d’opportunité est fort. Cependant le
niveau des réserves ne dépend pas uniquement des décisions
8. Paragraphe 16, Norme 11, AAOIFI 2008.
9. Paragraphe 17, Norme 11, AAOIFI 2008. de la banque, il varie en fonction de l’historique des rentabilités

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Dossier II
La Revue des Sciences de Gestion, Direction et Gestion n° 259-260 – Finance 137

Finances internationales et/ou régionales ?


des investissements financés par les comptes d’investissement. s’est notamment efforcée de résoudre le problème lié au risque
Si les rentabilités ont été faibles dans le passé, le niveau des commercial déplacé.
réserves sera probablement insuffisant pour faire face à un
nouveau choc. De plus, la détention d’un niveau élevé de réserves
fait subir un coût à la banque islamique et aux détenteurs de 3.1. L’analyse prudentielle des comptes
comptes d’investissement participatifs. La banque doit donc se d’investissement
doter de modèles statistiques sophistiqués pour gérer au mieux
le niveau des réserves. La quantification du risque transféré des titulaires des comptes
La combinaison de ces différentes politiques, à savoir la rétention d’investissement aux actionnaires représente un défi pour les
des réserves, la réduction de la commission de Mudarib et le superviseurs en raison de leur caractère ambigu vu la divergence
transfert des revenus des actionnaires aux titulaires des comptes des pratiques en termes de partage des profits. La première
d’investissement, modifie la rentabilité des actionnaires ainsi question qui se pose aux superviseurs consiste à évaluer dans
que l’ampleur des risques auxquels ils s’exposent (Venkataraman quelle catégorie sont classés les comptes d’investissement
Sundararajan, 2008). Ces modifications auront des répercussions participatifs d’une banque spécifique, opérant dans une juridiction
sur les décisions d’investir dans les banques islamiques qu’il spécifique. Cette évaluation permettra d’estimer le niveau de
conviendrait également d’étudier. risque supporté par les actionnaires et donc le besoin en capital
réglementaire et/ou économique (Venkataraman Sundararajan,
2008).
3. La réglementation prudentielle Les comptes d’investissement sont des capitaux à maturité
des comptes d’investissement déterminée, ils ne doivent donc pas faire partie du capital de la
banque. Cependant, ces fonds partagent avec les fonds propres
participatifs la propriété d’être « risk absorbent ». Théoriquement, les fonds
d’investissement mobilisés sur la base du contrat Mudaraba ne
Les modèles conventionnels de réglementation prudentielle devraient pas être le sujet des exigences minimales de capital,
bancaire, notamment la réglementation de Bâle II, ne recon- sauf pour les pertes résultant d’une mauvaise gestion de la part
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naissent pas la particularité des banques islamiques (Simon de la banque islamique. Dans ce cas, la banque est soumise à un
Archer & Rifaat Ahmed Abdel Karim, 2007). La présence des risque opérationnel classique. Par conséquent, le dénominateur
comptes d’investissement participatifs affecte pourtant considé- du ratio prudentiel ne devrait inclure que le risque opérationnel
rablement le ratio prudentiel proposé par Bâle II (Rifaat Ahmed associé aux comptes d’investissement. En pratique, la banque
Abdel Karim, 1996 ; Simon Archer & Rifaat Ahmed Abdel Karim, islamique se trouve obligée également d’assurer un minimum
(2006 et 2009) ; Simon Archer et al., 2010). En application de de fonds propres pour couvrir le risque commercial déplacé.
l’accord de Bâle II, certaines banques islamiques ont tendance Le risque commercial déplacé affecte le capital de la banque
à comptabiliser les comptes d’investissement en hors bilan. islamique et requiert ainsi une charge de capital additionnelle.
Cette pratique tend à affaiblir leur capital. Cette charge dépend de la politique de lissage et des réserves
Les autorités réglementaires islamiques internationales, l’AAOIFI constituées dans le cadre de cette politique.
et l’ISFB, essaient de combler le vide laissé par les accords
de Bâle. La première est une organisation à but non lucratif
créée pour promouvoir les principes de la loi islamique auprès 3.2. L’analyse des réserves PER et IRR
des institutions financières islamiques. Sa mission consiste à par les autorités réglementaires
harmoniser les pratiques comptables des institutions financières
islamiques. Elle établit des standards en matière de comptabilité, L’AAOIFI et l’IFSB considèrent PER et IRR comme des réserves
d’audit, de gouvernance et d’éthique à l’attention des institutions prudentielles. Jusqu’à présent, la rétention des deux types de
financières qui souhaitent développer leur activité sur le marché réserves n’est pas obligatoire. Par contre elle est fortement
de la finance islamique. L’objectif des standards publiés par recommandée par ces deux institutions. L’AAOIFI recommande
l’AAOIFI est de contribuer à une plus grande harmonisation des de présenter la part de PER réservée aux actionnaires comme
produits et techniques de financement islamiques. La seconde composante des réserves totales et de l’intégrer aux capitaux
représente un dispositif de supervision et de réglementation des propres10. Quant à l’IRR, l’AAOIFI recommande de l’inscrire comme
institutions financières islamiques. Son travail complète celui du composante des capitaux des titulaires des comptes d’investis-
Comité de Bâle sur le contrôle bancaire. Cet organisme a pour sement11. Elle effectue le même raisonnement pour la part de
objectif principal de mettre l’accent sur la gestion prudente des PER qui leur revient12. Contrairement à l’AAOIFI, l’IFSB (2005)
risques dans les institutions financières islamiques. Il fournit
un ensemble d’instructions sur les meilleures pratiques pour
la mise en œuvre d’une gestion efficace des risques. L’IFSB 10. Paragraphe 22, Norme 11, AAOIFI 2008.
11. Paragraphe 23, Norme 11, AAOIFI 2008.
12. Paragraphe 23, Norme 11, AAOIFI 2008.

janvier-avril 2013
Dossier II
138 La Revue des Sciences de Gestion, Direction et Gestion n° 259-260 – Finance
Finances internationales et/ou régionales ?

recommande de ne pas inscrire les deux types de réserves avec L’intégration d’une proportion α des risques de crédit et de marché
les capitaux propres. des actifs, financés par les comptes d’investissement participatifs,
permet de prendre en compte le risque commercial déplacé. Plus
La majorité des autorités de régulation n’interviennent pas sur la valeur de α est grande, plus la banque islamique absorbe une
la méthode de calcul du taux de rendement sur les comptes plus grande proportion de risques liés aux actifs financés par
d’investissement participatifs ainsi que sur le calcul des PER et les comptes d’investissement participatifs (risque de crédit et
IRR. La Banque Centrale de Malaisie par exemple, propose un risque de marché). Une valeur proche de zéro reflète des dépôts
intervalle de détermination de la PER par rapport au profit total assimilables à des dépôts d’investissement purs. Par contre,
mais pas un pourcentage spécifique. une valeur proche à l’unité reflète des dépôts assimilables à des
dépôts conventionnels. La politique de la banque islamique quant
à la détermination des réserves PER et IRR affecte l’estimation
3.3. Les ratios prudentiels proposés de la valeur � et donc la valeur des fonds propres minimum pour
couvrir le risque commercial déplacé.
L’AAoIFI a publié en 1999 « the Statement on the purpose and Le risque commercial déplacé résulte seulement de la gestion des
calculation of the capital adequacy ratio for islamic banks ». cette comptes d’investissement non restrictifs. La banque islamique
proposition représente la première tentative pour développer n’absorbe en aucun cas les pertes sur les actifs financés par la
un ratio d’adéquation en capital qui prend en considération deuxième catégorie des comptes d’investissement (restrictifs)
les spécificités des banques islamiques. Le ratio proposé par puisque la gestion est assurée par leurs titulaires.
l’AAoIFI est : L’IFSB (2005) laisse la détermination de la valeur de α à la
discrétion des autorités de supervision nationales. A ce jour, la
majorité des autorités de régulation fixe arbitrairement la valeur
de α à un certain niveau et impose la même valeur à toutes les
Avec CC : Comptes courants, CP : Capitaux propres, CI : Comptes banques islamiques opérant sous son contrôle. Par exemple, la
d’investissement participatifs. banque centrale à Bahreïn exige une valeur de 30 %. En d’autres
termes, les banques islamiques supportent 30 % des risques
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Ce ratio a le mérite de constituer un premier pas dans l’analyse pondérés (crédit et marché) des actifs financés par les fonds
réglementaire du risque commercial déplacé mais il ne propose d’investissement pour atténuer l’effet du risque commercial
aucune justification concernant le pourcentage de 50 % choisi. déplacé. Les 70 % restants sont supportés par les titulaires
Actuellement ce ratio n’est plus utilisé. des comptes d’investissement participatifs non restrictifs. Cette
valeur est de 35 % à Dubaï et 100 % en Malaisie.
L’IFSB a publié en 2005 « Capital Adequacy Standard for Institutions Simon Archer et al. (2010) critiquent le caractère en partie
(other than Insurance Institutions) offering only Islamic Financial arbitraire, forfaitaire et indifférencié de α. L’estimation de la
Services (IIFS) » et propose deux méthodes : une méthode standard charge de capital additionnelle liée au risque commercial déplacé
et une méthode plus avancée. Dans la méthode standard, l’IFSB est basée sur une estimation globale de l’autorité de régulation,
ne considère que l’aspect théorique des comptes d’investisse- indépendamment des caractéristiques spécifiques de chaque
ment participatifs collectés à la base du contrat Mudaraba. La banque islamique sur le marché (exposition aux risques, nature
logique théorique dit que le capital investi par les déposants n’est des portefeuilles clients, pratiques de lissage des rendements
pas garanti par la banque islamique, sauf en cas de mauvaise sur les comptes d’investissement, etc.). L’application d’une
gestion des fonds de la part de la banque islamique (risque valeur α spécifique à chaque banque islamique serait plus
opérationnel). Le ratio est alors : appropriée que l’application d’une valeur unique (Venkataraman
Sundararajan, (2007 et 2008) ; Simon Archer et al., 2010. Dans
ce contexte, les banques islamiques doivent développer leur
propre modèle interne pour quantifier la charge de capital pour
le risque commercial déplacé.
Avec CI : Comptes d’investissement participatifs.

Dans l’approche avancée (The supervisory discretion method), 3.4. La diversité des environnements
l’IFSB (2005) propose un ratio plus proche de la pratique : réglementaires des banques islamiques
La pression réglementaire pour lisser les taux de rendement
sur les comptes d’investissement participatifs diffère selon les
régions du monde (Simon Archer & Rifaat Ahmed Abdel Karim,
Avec CIR : comptes d’investissement participatifs restrictifs, 2009). Dans la majorité des pays, avec un système bancaire dual,
CINR : comptes d’investissement participatifs non restrictifs. les autorités de régulation adoptent une politique protectrice des

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La Revue des Sciences de Gestion, Direction et Gestion n° 259-260 – Finance 139

Finances internationales et/ou régionales ?


déposants. Elles considèrent ainsi que les banques islamiques islamique, tels que les comptes d’investissement participatifs
ne devraient pas permettre aux titulaires des comptes d’inves- et les risques spécifiques liés.
tissement participatifs de subir une perte sur leur capital déposé Tableau 3. Les pays échantillonnés pour l’étude de la réglementation pruden-
ou même une chute majeure du rendement de leurs placements. tielle des banques islamiques.
Dans ces conditions, les banques islamiques ont une obligation
de continuer cette pratique de lissage des rendements. Ainsi, au Système bancaire
Système bancaire dual
lieu d’être volontaire (sous pression commerciale), la pratique de islamique
lissage devient obligatoire et les comptes d’investissement parti- Directives spéci- Iran, Soudan Bahreïn, Émirats arabes
fique aux banques unis, Kuweit, Jordanie,
cipatifs deviennent « virtually certain capital », un investissement islamiques Qatar, Soudan, Pakistan,
virtuellement sans risque pour les déposants. Une ambiguïté Égypte, Liban, Turquie,
considérable existe par conséquent en pratique sur la nature Singapour, Malaisie, Brunei,
des comptes d’investissement participatifs. Indonésie.
Pas de direc- Bangladesh, Sri-Lanka,
tives spécifiques Yémen, Arabie Saoudite,
aux banques Oman, Palestine, Iraq,
islamiques Tunisie, Algérie, Libye,
Afrique du Sud, Gambie,
Mauritanie, Niger, Suisse,
Angleterre.

Seules les autorités de surveillance des Émirats arabes unis,


Malaisie et de Bahreïn ont examiné la réglementation prudentielle
des banques islamiques pour s’assurer que leurs régimes sont
conformes aux normes publiés par l’IFSB et l’AAOIFI. Ils recon-
naissent explicitement le risque commercial déplacé et publient
des directives sur ce risque. La Banque Centrale du Soudan
considère aussi les normes sur les comptes d’investissement
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participatifs publiées par l’IFSB et l’AAOIFI dans la réglementation
du secteur bancaire islamique, mais aucune directive spécifique
Figure 2. Les approches adoptées pour la réglementation prudentielle sur le partage du risque avec les déposants n’est publiée.
des banques islamiques. Les autorités de régulation du Qatar, Pakistan et d’Égypte
reconnaissent implicitement le risque commercial déplacé. La
En fonction de l’ampleur des risques absorbés par la banque Banque centrale du Qatar a, par exemple, publié des directives
islamique, les comptes d’investissement participatifs sont traitant les comptes d’investissement participatifs. Les banques
positionnés entre deux catégories extrêmes. La première catégorie islamiques à Qatar sont obligées d’informer la Banque Centrale,
est celle des dépôts conventionnels purs où les déposants au début de chaque période financière, de la proportion de
n’encourent aucun risque de perte sur leurs placements en partage des profits avec les déposants (le ratio de Mudarib
comptes d’investissement participatifs. La deuxième catégorie share). Dans le cas où la banque islamique souhaite changer
est celle des dépôts d’investissement purs où les déposants cette proportion, elle doit obtenir l’accord préalable de la Banque
partagent le résultat réel avec la banque, comme le stipule le Centrale de Qatar avant l’allocation de la part des profits aux
contrat Mudaraba à la base duquel ces fonds d’investissement détenteurs des comptes d’investissement. En plus, toutes les
sont mobilisés (Venkataraman Sundararajan, 2008 ; Simon Archer banques islamiques doivent considérer que les profits distribués
& Rifaat Ahmed Abdel Karim, 2006). aux déposants ne doivent pas excéder leurs parts de bénéfices
Nous avons étudié les directives des règlements bancaires nets (après déduction de la commission de Mudarib). Dans le
publiés par les autorités de régulation de 33 pays où opèrent cas où la banque islamique désire distribuer plus de profits à
des banques islamiques dans le but de comparer les pratiques ces déposants, elle peut diminuer sa part de commission de
en termes de réglementations prudentielles des banques offrant gestion (sa part de Mudarib share) de la période.
des services financiers islamiques. La banque centrale du Pakistan recommande aux banques
Les banques de notre échantillon opèrent dans un système islamiques de gérer les espérances de rentabilité de leurs action-
bancaire totalement islamique (2 pays) ou un système bancaire naires et des déposants en comptes d’investissement participa-
dual (31 pays). Les pays échantillonnés sont présentés dans le tifs. Quand les taux de rendement du marché (de référence) des
tableau 3. L’étude des directives prudentielles confirme que les concurrents sont plus hauts que les rendements réels sur les
pratiques réglementaires gouvernant les banques islamiques comptes d’investissement participatifs, la banque islamique doit
varient à travers les pays. Cependant, les réglementations, évaluer la rentabilité espérée par les déposants et doit évaluer
même lorsqu’elles sont spécifiques, ne prennent pas toujours ainsi le montant de l’écart entre les taux des concurrents et les
en compte les caractéristiques uniques du secteur bancaire taux de rendement attendus par la clientèle.

janvier-avril 2013
Dossier II
140 La Revue des Sciences de Gestion, Direction et Gestion n° 259-260 – Finance
Finances internationales et/ou régionales ?

La Banque Centrale Égyptienne recommande que les banques dépôts « garantis » et la loi de la Shariah qui exige que le client
islamiques déterminent les taux de rendement sur les dépôts en accepte le risque d’une perte pour avoir la possibilité d’un gain.
fonction du résultat. Par contre, ces taux de rendement pourraient Les banques islamiques au Royaume-Uni résolvent ce problème
être changés pour diminuer le risque. en offrant aux déposants le « remboursement complet » de leur
Les institutions financières islamiques, dans un environnement capital investi, mais elle les informe tout de même de la part
réglementaire non adapté à leurs spécificités, fonctionnent du profit réel qu’ils devraient recevoir en appliquant le vrai ratio
conformément aux réglementations gouvernant les banques de partage des profits. Cela permet aux déposants en comptes
conventionnelles. Dans ce contexte, les comptes d’investissement d’investissement participatifs de ne pas accepter « le rembour-
participatifs basés sur le contrat Mudaraba sont assimilés à des sement total » si leurs convictions religieuses l’imposent.
dépôts conventionnels et donc le capital déposé doit être garanti. Une grande diversité existe également en ce qui concerne la
Les autorités de ces pays cherchent à promouvoir une situation réglementation des réserves pour lisser les rendements des
équitable entre les banques conventionnelles et islamiques déposants en comptes d’investissement participatifs.
mais elles annoncent clairement qu’elles sont des régulateurs Les autorités de régulation du Bahreïn, des Émirats arabes unis
financiers et pas des régulateurs religieux. Néanmoins, l’autorité et du Soudan prennent en compte les normes recommandées par
financière au Royaume-Uni (Bank of England) reconnaît qu’il y l’AAOIFI et l’IFSB concernant la PER et l’IRR. La Malaisie autorise
a un conflit potentiel entre la loi du Royaume-Uni qui exige des seulement la rétention de la réserve PER. Parmi les 20 banques

Tableau 4. Étude comparative des réglementations prudentielles des banques islamiques dans le monde

Directives
Nbre Directives
Pays Système bancaire spéciales Types de réserves publiées Régulation des banques Is
de banques Is* pour le RCD
aux banques Is
UAE Dual 8 Oui Oui PER, IRR IFSB, Basel II
Bahreïn Dual 27 Oui Oui PER, IRR IFSB, Basel II
Arabie Saoudite Dual 10 Non Non - Basel II
Kuwait Dual 5 Oui Non - Basel II
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Qatar Dual 10 Oui Oui - Basel II
Yemen Dual 4 Oui Non -
Oman Dual 3 Non Non -
Jordan Dual 3 Oui Oui Investment Risk Account
Égypte Dual 5 Non Oui -
Palestine Dual 2 Non Non - Basel1>basel II
Liban Dual 3 Oui Non -
Iraq Dual 7 Non Non -
Iran Islamique 18 Oui Non Retained allocable profit
Turkie Dual 4 Oui Non Reserve deposits Basel1>basel II
Tunisie Dual 2 Non Non - Basel II
Algérie Dual 2 Non Non -
Libye Dual 2 Non Non -
Soudan Islamique 31 Oui Non PER, IRR
Afrique du sud Dual 5 Non Non - Basel II
Gambie Dual 1 Non Non -
Mauritanie Dual 2 Non Non - Basel I
Niger Dual 1 Non Non -
Singapore Dual 1 Oui Non - Basel II
Malaysia Dual 21 Oui Oui PER IFSB, Basel II
Indonésie Dual 161 Oui Non - Basel II
Brunei Dual 2 Oui Non
Bangladesh Dual 18 Oui Non Investment loss off setting Basel II
res.
Pakistan Dual 18 Oui Oui - Basel II, IFSB
Sri-lanka Dual 3 Oui Non - Basel II
Uk Dual 20 Non Non PER Basel II
Suisse Dual 1 Non Non - Basel II
* d’après la liste des banques disponible sur le site de l’autorité de régulation.

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Dossier II
La Revue des Sciences de Gestion, Direction et Gestion n° 259-260 – Finance 141

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offrant des services financiers islamiques au Royaume-Uni, islamique ainsi que leurs pratiques en termes de lissage des
seulement Islamic Bank of Britain publie la rétention de PER profits.
bien que l’autorité de supervision (La Banque d’Angleterre) n’ait
émis aucune directive concernant la PER.
La Banque Centrale de la Jordanie oblige les banques islamiques Bibliographie
à maintenir un compte appelé « investment risk fund » pour couvrir Abdul Halim Abdul Hamid et Norizaton Azmin Mohd Nordin. A
les pertes éventuelles. Ce type de compte est assimilable à study on Islamic banking education and strategy for the new
l’IRR. Nous observons également que beaucoup de banques millennium-Malaysian experience. International Journal of Islamic
islamiques en Iran, Turquie et Bangladesh prélèvent d’autres Financial Services, 2001,Vol. 2, n° 4, p. 3-11.
types de réserves ayant le même objectif. Ces réserves sont Al-Ajmi, Jasim. Abo Hussain, Hamida et Al-Saleh, Nadhem.
respectivement “retained allocable profit”, “reserve deposits” Clients of conventional and Islamic banks in Bahrain : How they
choose which bank to patronize ? International Journal of Social
and “Investment loss off setting reserve”13.
Economics, 2009, Vol 36, n°, 11, p. 1086-1112.
Le tableau 4 synthétise la réglementation prudentielle en termes
Al-Deehani, Talla ; Rifaat Ahmed, Abdel Karim et Murinde, Victor.
de comptes d’investissement participatifs et de rétention de the capital structure of Islamic banks under the contractual
réserves dans différents environnements réglementaires. obligation of profit sharing. International Journal of Theoretical
and Applied Finance, 1999, Vol. 2, n° 3, p. 243-283.
Archer, Simon. and Rifaat Ahmed, Abdel Karim. On capital
Conclusion structure, Risk Sharing and Capital adequacy in Islamic Banks.
International Journal of Theorical and Applied Finance, 2009,
L’objectif de notre article était d’étudier de manière approfondie vol. 9, p. 260-280.
Archer, Simon. and Rifaat Ahmed, Abdel Karim. Profit sharing
le risque commercial déplacé. Ce risque, propre aux banques
investment accounts in Islamic banks : regulatory problems and
islamiques, résulte de la gestion des comptes d’investissement
possible solutions. Journal of banking and regulations, 2006,
participatifs. Le risque existe lorsqu’une banque islamique Vol. 10, p. 300-306.
n’assure pas une rentabilité suffisante aux détenteurs de ces Archer Simon, Rifaat Ahmed Abdel Karim and Venkataraman
comptes. Ceux-ci comparent la rémunération qui leur est attribuée Sundararajan. Supervisory, regulatory, and capital adequacy
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à celle des banques concurrentes et en conséquence retirent implications of profit-sharing investment accounts in Islamic
leurs fonds provocant ainsi un grand risque d’illiquidité pour la finance. Journal of Islamic Accounting and Business Research,
banque. La littérature montre que les pratiques des banques 2010, Vol. 1:1, p. 10-31.
islamiques divergent de la théorie en ce qui concerne les comptes Bacha, Obiyathulla. Dual Banking Systems and Interest Rate risk
for Islamic banks. Working paper, Management Center Kulliyyah
d’investissement. Sous pression commerciale et/ou réglemen-
of Economics & Management Sciences. International Islamic
taire, les banques islamiques sont quelquefois contraintes de
University Malaysia, 2004.
ne pas respecter le principe de partage du profit réel comme le Chong, Beng Soon & Liu, Ming.-Hua. Islamic banking : Interest-
stipule le contrat Mudaraba et lissent ainsi les revenus sur les free or interest-based ? Pacific-Basin Finance Journal, 2009,
comptes d’investissement participatifs. Ces pratiques bancaires Vol. 17, p. 125-144.
sont prises en compte par la réglementation prudentielle des Dusuki, Ashraf. Wajdi. & Abdullah, Nurdianawati Irwani. Why
banques islamiques. Les dispositifs existant actuellement, do Malaysian customers patronise Islamic banks. International
notamment de l’IFSB, ne sont pas encore efficaces malgré les Journal of Bank Marketing, 2007, Vol. 25, p. 142-160.
efforts qui ont été entrepris et beaucoup de critiques peuvent Edris, Thabet. Services considered important to business custo-
mers and determinants of bank selection in Kuwait : a segmen-
y être adressées. La principale limite de l’apport de l’IFSB est
tation analysis. International Journal of Bank Marketing, 1997,
le caractère arbitraire, forfaitaire et indifférencié de la mesure
Vol. 15, n° 4, p. 126-133.
proposée du risque commercial déplacé. L’estimation de la Erol, Cengiz ; Kaynak, Erdener et El-Bdour, Radi. Conventional
charge de capital additionnelle liée à ce risque est fondée sur une and Islamic banks : Patronage behaviour of Jordanian custo-
estimation globale de l’autorité de régulation, indépendamment mers. International Journal of Bank Marketing, 1990, Vol 8,
des caractéristiques spécifiques de chaque banque islamique n° 4, p. 25-35.
sur le marché (exposition aux risques, nature des portefeuilles Gait, Alsadek et Worthington, Andrew. An empirical survey of
clients, pratiques de lissage des rendements sur les comptes individual consumer, business firm and financial institution
d’investissement, etc.). Développer leur propre modèle interne, attitudes towards Islamic methods of finance. International
Journal of Social Economics, 2008, Vol. 35, n° 11, p. 783-808.
pour quantifier la charge de capital pour le risque commercial
Gerrard, Philip. & Cunningham, J. Barton. Islamic banking : a
déplacé, serait la meilleure solution pour les banques islamiques.
study in Singapore. International Journal of Bank Marketing,
Le modèle interne doit tenir compte des spécificités de la banque 1997, Vol. 15, n° 6, p. 204 - 216.
Hegazy, Ibrahim. An empirical comparative study between Islamic
and commercial banks’ selection criteria in Egypt. International
13. Pour le reste des pays échantillonnés, le reporting financier des banques Journal of Commerce and Management, 1995, Vol. 5, n° 3,
islamiques ne nous permet pas de conclure si la banque islamique retient ou
non des réserves pour gérer le risque commercial déplacé. p. 46-61.

janvier-avril 2013
Dossier II
142 La Revue des Sciences de Gestion, Direction et Gestion n° 259-260 – Finance

IFSB (2005) Guiding Principles of Risk Management for Institutions Rachmawati, Erna et Syamsulhalim Ekki. factors affecting
Finances internationales et/ou régionales ?

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janvier-avril 2013
Dossier II

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