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1.4.

Le partenariat dans la classe de FLE


Nastasja Caneve : J’aime cette idée de partenariat que l’on encourage maintenant à créer
dans la classe.

Jean-Marc Defays : Moi aussi. On estime d’ailleurs que c’est la clé du succès : d’une part
responsabiliser chacun des apprenants, d’autre part les rendre solidaires les uns des autres.

Concernant la responsabilité, il est important de faire comprendre aux apprenants qu’en tant
qu’enseignants, vous ferez le maximum pour les aider à apprendre la langue cible, mais que
vous ne pourrez jamais le faire à leur place. C’est à eux de comprendre les enjeux et les
exigences de l’apprentissage d’une langue étrangère, d’acquérir des habitudes de travail
systématiques, de profiter de toutes les occasions pour communiquer, de s’efforcer de
comprendre le système de la langue, de chercher à s’améliorer peu à peu. Certaines
méthodes invoquent à ce propos un « contrat pédagogique » qui lierait – implicitement ou
explicitement – l’apprenant et l’enseignant.

Quant à la solidarité, l’enseignant doit montrer – en recourant à des activités interactives, à


des projets de groupe – que c’est grâce aux échanges et aux collaborations qu’ils pourront
progresser ensemble. Un apprenant peut se révéler être non seulement un bon partenaire,
mais aussi un bon enseignant s’il parvient à donner l’explication qui convient à son condisciple
qui n’aurait pas compris, à charge de revanche pour la prochaine fois. Cette entraide devra à
tout prix être encouragée dans les classes trop nombreuses pour que le professeur puisse se
charger de toutes les interactions.

Nastasja Caneve : Vous faites souvent référence aux responsabilités des enseignants. En fait,
quel est réellement mon rôle dès que je rentre dans ma classe de FLE ?

Jean-Marc Defays : Les théories et les discussions ne manquent pas actuellement concernant
les responsabilités de l’enseignant qui ont beaucoup changé en peu de temps. Par exemple,
le développement des nouvelles technologies, mais aussi les exigences de la mondialisation
l’ont obligé à revoir son rôle, ses stratégies et surtout ses objectifs.

MOOC ULiège « Moi, prof de FLE » © Module 1, Séquence 4, Le partenariat dans la classe 1
de FLE
Pour faire simple, je dirai que l’on est passé de l’enseignant/soliste à l’enseignant/chef
d’orchestre. Auparavant, le professeur se chargeait de fournir tous les contenus, toutes les
explications, tous les exercices du cours de langue auquel les élèves assistaient plutôt qu'ils
n’y participaient. Dorénavant, comme les occasions de pratiquer une langue étrangère sont
plus nombreuses, variées et stimulantes en dehors qu’au sein de la classe, l’enseignant ne doit
plus créer ces ressources et ces occasions d’apprentissage, mais plutôt les exploiter, les
combiner, les programmer au profit des apprenants.

Plus précisément, voici comment on peut décrire les différentes facettes du métier
d’enseignant de langue.

1. Le professeur de langue est d’abord un expert en matière de communication, de langue


et culture cibles ; mais aussi en matière d’enseignement (les objectifs, les programmes,
les évaluations…) ; et en matière d’apprentissage (motivation, cognition, psychologie,
dynamique de groupe…). Un enseignant doit dorénavant aussi un expert en matière de
technologie de l’information et de la communication.
2. Il se propose à ses apprenants comme modèle au niveau linguistique (ses apprenants
chercheront à imiter sa prononciation, son intonation, s’inspireront de son lexique…) ; au
niveau interculturel (tolérance, curiosité pour l’autre, à commencer par les apprenants
s’ils lui sont étrangers) ; au niveau de l’organisation et de l’exécution des tâches
(préparation des leçons, discipline et autodiscipline, pondération, coopération…)
3. Il est un gestionnaire : en fonction du niveau et des objectifs des apprenants, des
programmes et finalités scolaires, des ressources (ou des limites) du contexte
(extra-)scolaire, l’enseignant opère les choix (et les adaptations) en matière de contenus,
de méthodes, d’activités, d’outils ; il décide de la programmation dans le temps, surtout
de la progression de l’enseignement ; il évalue les progrès des apprenants pour assurer
cette planification de manière cohérente et pertinente dans la perspective des différents
objectifs.
4. Il est un médiateur entre plusieurs personnes et instances : entre les apprenants les uns
avec les autres en tant que partenaires (collaboration) ; entre les apprenants et
l’institution qui fixe les objectifs, qui sanctionne, et qui, entre-temps, est responsable des
conditions d’enseignement (et aussi entre les apprenants et les autres professeurs, dans
le cadre de projets interdisciplinaires) ; entre les apprenants et les ressources extérieures
(bibliothèques, médiathèques, centres culturels, etc.) que les apprenants devraient
exploiter de plus en plus spontanément ; entre les apprenants et le monde-cible sur le
plan linguistique, culturel ou pratique, pour établir des contacts personnels entre la classe
et les gens qui pratiquent la langue et la culture cibles.

MOOC ULiège « Moi, prof de FLE » © Module 1, Séquence 4, Le partenariat dans la classe 2
de FLE
5. Il est un coach : vu l’implication personnelle et la dynamique de groupe que requièrent
l’enseignement et l’apprentissage d’une langue étrangère dans une perspective
communicative, le professeur doit assurer les meilleures conditions psychologiques… en
rassurant les débutants, les inquiets ; en motivant et en tenant compte des
représentations, aptitudes, besoins… ; en coordonnant les personnalités, les activités ;
en suivant les progrès du groupe et de chacun de ses membres ; en responsabilisant les
apprenants et en les rendant progressivement autonomes dans l’apprentissage comme
dans le monde cible.

Vous voyez, il y a du pain sur la planche, mais rassurez-vous, ces missions s’organisent
progressivement et vous les accomplirez de plus en plus naturellement. Il faut surtout que
vous preniez conscience dès le début que le travail d’enseignant ne consiste pas seulement à
transmettre des contenus et à vérifier leur acquisition.

Nastasja Caneve : Je comprends bien ! Et les apprenants, face à cet « enseignant-chef


d’orchestre », comme vous l’appelez ?

Jean-Marc Defays : Les apprenants se caractérisent surtout par leurs attentes qu’ils
nourrissent, consciemment ou non, à l’égard de l’enseignement auquel ils se prêtent et de
l’enseignant auquel ils se fient. En effet, les psychopédagogues ont pu montrer que dès
qu’une personne se met en situation d’apprentissage, elle adopte spontanément une attitude
que conditionnent notamment ces exigences vis-à-vis de son instructeur. En prendre
conscience vous aidera certainement à assumer les différentes facettes de votre travail, à
prévenir certaines frustrations chez vos apprenants, et à profiter de ce processus spontané au
lieu de le contrarier comme d’anciennes pratiques pédagogiques avaient tendance à le faire.

Dans les grands traits, pour pouvoir apprendre, et d’abord en avoir l’envie et le plaisir,
l’apprenant a besoin…

- qu’on lui donne des exemples à imiter : que son enseignant ou d’autres personnes lui
servent de modèles pour qu’il puisse copier leur prononciation, leur expression, leur
comportement ;
- qu’on lui fournisse des explications : qu’on lui permette de comprendre les principes
de la langue, de la culture, comme des conditions de leur apprentissage auxquels on
l’expose ;

MOOC ULiège « Moi, prof de FLE » © Module 1, Séquence 4, Le partenariat dans la classe 3
de FLE
- qu’on lui propose des défis : qu’on le stimule par des problèmes à sa portée dont la
résolution lui permette de progresser et lui procure la satisfaction d’une évaluation
positive.

De manière plus active, l’apprenant a tout aussi besoin…

- qu’on lui permette d’expérimenter lui-même : qu’il ait la possibilité de mettre


systématiquement en pratique ce qu’il apprend, y compris d’échouer au début, pour
assurer la bonne acquisition comme pour maintenir son intérêt ;
- qu’on lui permette de découvrir lui-même : qu’il puisse profiter de l’attrait de l’inconnu
et la motivation de s’y familiariser, qui sont des moteurs essentiels de l’apprentissage ;
- qu’on lui permette d’inventer lui-même : qu’il puisse exercer cette créativité qui est à
la base de l’appropriation, que ce soit sur le plan linguistique, culturel ou cognitif,
notamment à la faveur d’activités ludiques ou esthétiques.

L’enseignant ne peut évidemment pas répondre tout le temps à toutes ces attentes, mais il
ne peut pas les décevoir trop longtemps ou trop souvent sous peine que ses apprenants
« décrochent ».

MOOC ULiège « Moi, prof de FLE » © Module 1, Séquence 4, Le partenariat dans la classe 4
de FLE