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DROIT DES SOCIETES COMMERCIALES

Mme Leila Zouhry

Année universitaire : 2017-2018

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Introduction au droit commun des sociétés

La décision de créer une entreprise est rarement le fait du hasard, une série de raisons ou
d’opportunités fait que l’on se trouve amené à se lancer dans les affaires.

Une idée est souvent à l’origine de cette nouvelle aventure. Créer une entreprise, en tant
qu’unité économique, implique la mise en œuvre de moyens humains, financiers et
matériels de production ou de distribution des richesses reposant sur une organisation
préétablie, dans le but de dégager un profit.

Cependant, toute mise en place d’entreprise, suppose nécessairement, l’emprunt d’un


parcours constitué de plusieurs phases, notamment, l’idée du projet, la vérification de sa
cohérence (faisabilité), l’examen de sa viabilité (croissance), la recherche de marchés
potentiels, le montage du projet… Une fois ce minutieux examen réalisé, il est alors
nécessaire d’inscrire son projet dans un cadre légal, qui va donner au créateur d’entreprise
les moyens de son action et de ses ambitions.

En effet, tout entrepreneur doit choisir sa structure juridique d’exploitation, le moule légal
sous lequel l’activité va se développer, c’est un passage obligé pour le démarrage de
l’entreprise, et ignorer les règles juridiques qui gouvernent la création d’entreprise, c’est à
l’évidence, faire peser une grave hypothèque sur la réussite, voire la pérennité même du
projet.

Ainsi, la démarche de la création d’entreprise nécessite toujours des choix, parmi lesquels, il
y a celui de la forme juridique à adopter.

I. Les critères du choix d’une forme d’entreprise :

Deux grands types de critères permettent d’aider ce choix ; Celui-ci peut se faire en fonction
des objectifs de l’entreprise ou en fonction de l’objectif des dirigeants.

Certaines structures d’entreprises facilitent par exemple la croissance, la discrétion ou la


transmission de l’entreprise.

D’autres faciliteront la séparation du patrimoine de l’entreprise et de l ‘entrepreneur ou


encore imposent un statut fiscal plus ou moins favorable aux dirigeants et aux associés.

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A. En fonction des objectifs de l’entreprise :

a. La croissance :

En schématisant, on peut distinguer entre les entreprises de subsistance et les entreprises


de croissance : Les premières, de modèle précapitaliste et de forme individuelle, assurent la
subsistance de l’exploitant qui en tire de quoi vivre et parfois de quoi alimenter une modeste
épargne, mais qui atteignent très vite leurs limites, quand l’objectif de l’entreprise est la
croissance. La raison principale est la difficulté de financement hors de portée pour une
personne seule et refus de crédits importants de la part des établissements financiers à une
personne seule.

Les secondes, de modèle capitaliste ont pour vocation de dégager un profit qui dépasse la
seule subsistance des associés. Les sociétés de croissance sont condamnées à dégager un
profit qui non seulement assure la subsistance des associés et des dirigeants, mais encore
finance le développement de l’entreprise, au moins en partie, grâce aux bénéfices mis en
réserve, elles sont vouées à la croissance, ce qui implique des besoins de financement de
plus en plus importants. La forme sociétaire s’impose donc rapidement quand la taille de
l’entreprise augmente, et la société anonyme permet par exemple d’ouvrir facilement le
capital à des tiers par l’appel public à l’épargne.

La forme sociétaire permet en outre des rapprochements avec d’autres entreprises,


notamment, par les techniques de la fusion et prise de contrôle par des offres publiques
d’échange ou d’achat ou encore des apports partiels d’actif.

b. La discrétion :

La discrétion peut être un objectif pour l’entreprise, par exemple, quand celle-ci a pour objet
d’intervenir sur les marchés très fluctuants, comme les marchés de matières premières.
Dans ce cas, il vaut mieux recourir à une forme de société bénéficiant de la transparence
fiscale et qui de ce fait est beaucoup plus discrète qu’une société anonyme dont les actions
sont cotées en bourse et qui est tenue à la publication de ses résultats financiers.

c. Transmission et pérennité de l’entreprise :

 La transmission d’une entreprise sociétaire est simple et moins coûteuse que


celle d’une entreprise individuelle.

Dans les sociétés de personnes, c’est le principe de l’incessibilité des parts sociales qui règne.
Cet élément est la conséquence du caractère « intuitu-personae » de ce type de société. En

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effet, elles sont constituées, généralement d’un petit nombre d’associés qui se connaissent
bien et qui se font mutuellement confiance. Dans ces conditions, un associé ne peut pas
céder ses parts à un élément étranger à la société. Les statuts prévoient généralement la
possibilité de céder les parts avec l’accord unanime des autres associés. Cependant, la
cession entre associés est parfaitement libre.

Dans les sociétés de capitaux, qui sont beaucoup plus des groupements de capitaux que des
groupements de personnes, les actionnaires reçoivent en contre- partie de leurs apports des
titres négociables, librement cessibles, c’est à dire transmissibles selon les formes du droit
commercial, à savoir, le transfert pour les actions nominatives et la tradition pour les actions
aux porteurs.

Cependant, les statuts peuvent prévoir des restrictions à la libre négociation des actions,
sous forme de clauses d’agrément c’est à dire que dans ce cas, la négociation ne peut se
faire qu’avec l’accord de la société et ainsi la société est dite fermée.

 Quant à la pérennité de l’entreprise elle est intimement liée à la personne de


l’entrepreneur dans les entreprises individuelles et dans les sociétés de
personnes.

Tout événement, qui affecte la situation juridique personnelle de l’entrepreneur ou des


associés en nom, tel que le décès, l’incapacité ou la liquidation judiciaire, a nécessairement
des répercussions sur l’existence de l’entreprise elle-même.

En revanche la personnalité morale des sociétés de capitaux n’est jamais touchée par ces
événements. Ainsi, non seulement les sociétés de capitaux et plus particulièrement la
société anonyme, peuvent rassembler des capitaux à peu près illimités, par un appel public à
l’épargne, mais elles échappent aux vicissitudes des personnes physiques. La société naît
pourvue de toute sa capacité juridique et matérielle. Son activité n’est pas entravée par des
considérations affectives ou sentimentales ou familiales. Elle ignore l’impuissance de la
maladie, comme la faiblesse de la vieillesse. Elle est maîtresse de sa mort puisqu’elle règle
librement la durée de sa vie. La société est donc un être surhumain.

B. En fonction des objectifs des dirigeants et des associés :

L’entreprise, acteur principal de la vie des affaires, implique la mise en œuvre de moyens
humains et matériels de production ou de distribution des richesses, reposant sur une
organisation préétablie

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Cette mise en œuvre, peut-être faite par une entreprise individuelle ou une entreprise
sociétaire.

Le choix de l’une ou l’autre forme, peut se mesurer à deux paramètres : d’une part, la
volonté de séparer le patrimoine professionnel du patrimoine privé, d’autre part, la volonté
de bénéficier d’un statut fiscal réputé plus avantageux.

a- Séparation des patrimoines :

Dans le cadre d’une entreprise individuelle, il n’y a pas de séparation des patrimoines de
l’entreprise et de l’entrepreneur. Il y a en vertu des règles du droit civil, unité du patrimoine ;
l’entrepreneur individuel n’a qu’un seul patrimoine qui comprend son actif et son passif tant
personnel que commercial.

Faute de personnalité juridique propre à l’entreprise, son identité se confond avec celle de
son dirigeant, ainsi l’entrepreneur risque, en cas de défaillance dans le règlement de ses
dettes d’être poursuivi, non seulement sur les biens de l’entreprise, mais, aussi sur ses biens
propres, même lorsqu’ils ne sont pas affectés à l’exploitation commerciale. Le chef
d’entreprise individuelle est indéfiniment responsable des dettes de son entreprise. Il est
seul habilité à prendre des décisions, comme il est le seul à en subir les conséquences.

Intimement liée à la personne de son propriétaire, l’entreprise individuelle présente une


fragilité congénitale, elle est en quelque sorte invertébrée sans la personnalité morale
propre.

Cependant, une variante du régime d’entreprises individuelles a été créée par le législateur,
pour permettre au chef d’entreprise d’isoler le patrimoine acquis grâce à son activité
professionnelle, de ses biens personnels. Il s’agit en l’occurrence de l’entreprise individuelle
à responsabilité limitée (E.I.R.L.). En effet, dans un souci de protection de son patrimoine
personnel, l’entrepreneur peut réaliser une déclaration d’insaisissabilité devant un notaire.
Cet acte préserve son patrimoine personnel (résidence principale, voiture personnelle.),
d’une éventuelle saisie juridique en cas de non-paiement de ses dettes professionnelles. Le
décès de l’entrepreneur individuel est souvent assimilé à un coup d’arrêt, parce que tout est
en son nom : les licences, les comptes bancaires, les autorisations…et de ce fait, les héritiers
se retrouvent dans le désarroi car l’entité est indivisible.

En raison de cet inconvénient majeur, la forme sociétaire est souvent adoptée par les
entrepreneurs.

La société avec la personnalité morale, offre à l’entreprise le vêtement juridique approprié. Il


s’agit d’une technique commode pour faire échec au principe de l’unité du patrimoine. En

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effet, la société personne morale, a un patrimoine propre distinct des patrimoines
personnels des associés.

Cette séparation du patrimoine social et du patrimoine de chacun des associés peut être
envisagée à un double point de vue : tout d’abord, l’actif social est séparé de l’actif du
patrimoine de chacun des associés. Les associés ont un droit de propriété sur leurs biens
mobiliers et immobiliers qui composent leur patrimoine personnel, mais au contraire, ils ne
sont pas copropriétaires des biens figurant dans le patrimoine social. C’est la société qui en
est propriétaire, les associés ont seulement à l’égard de la société un droit de créance née
du contrat de société. Ils sont créanciers d’une part des bénéfices et du remboursement de
leurs apports au moment de la liquidation de la société. Cependant, dans certains cas, cette
séparation des patrimoines, peut être transformée en un espoir illusoire, dans la mesure où
la limitation de responsabilité découlant de l’adoption d’une forme sociale dans laquelle, la
responsabilité des associés est limitée au montant de leurs apports est rendue illusoire par
l’exigence particulièrement fréquente, du cautionnement solidaire des dirigeants sociaux. De
ce fait la limitation de responsabilité devient un leurre.

Ensuite, le passif social est séparé du passif composant le patrimoine de chacun des associés.
Les dettes contractées par la société ne sont pas contractées personnellement par chacun
des associés, et inversement les dettes personnelles des associés ne sont pas les dettes de la
société.

Cependant, il faut remarquer que ces conséquences de la séparation du patrimoine social et


des patrimoines individuels des associés, ne se retrouvent pas d’une façon aussi nette dans
tous les types de sociétés. Il convient de faire une distinction à cet égard, entre les sociétés
de capitaux dans lesquelles, la séparation est très nette, dans la mesure où les associés ne
sont responsables des dettes sociales que dans la limite de leur mise dans le capital social et
les sociétés de personnes notamment, la société en nom collectif, dans lesquelles, la
séparation n’existe que partiellement :Les créanciers sociaux ont un droit sur le patrimoine
personnel des associés qui sont indéfiniment et solidairement responsables des dettes
sociales. Cependant, les créanciers personnels des associés n’ont aucun droit sur le
patrimoine social. Néanmoins, les parts de l’associé débiteur peuvent être vendues pour
désintéresser ses créanciers personnels.

b- Le statut fiscal :
Pour les entreprises, le fisc est un partenaire obligé, encombrant sans doute, mais qu’il
serait imprudent de méconnaître. Le régime fiscal en vigueur au Maroc, se veut sélectif et
souple. La réforme fiscale entreprise, tout en visant à accroître les recettes, notamment, de
la taxe sur la valeur ajoutée (T.V.A.) dont certains taux ont été révisés, a permis aussi un
allégement des impôts frappant les salaires et les bénéfices des entreprises. De plus, les

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dispositions des différents codes des investissements, traduisent d’importantes
exonérations et des allégements fiscaux au bénéfice des investissements. Les entreprises
commerciales ou industrielles, établies au Maroc sont assujetties au régime fiscal de droit
commun.

Certains impôts, notamment, la taxe urbaine, la taxe d’édilité, taxe professionnelle et la TVA,
sont dus à raison de l’activité exercée, sans considération de la structure juridique de
l’entreprise. Il en va autrement d’autres impôts, qui varient en fonction de la structure
juridique adoptée, et tout l’art consiste à faire de bons choix juridiques et de bons choix
fiscaux.

Il serait aussi périlleux de faire des choix juridiques en négligeant les incidences fiscales, que
de faire des choix fiscaux sans penser aux incidences juridiques. Selon la structure juridique
choisie, les bénéfices réalisés sont soumis à deux types différents d’impôts : l’impôt sur le
revenu (IR) pour les sociétés de personnes, et l’impôt sur les sociétés pour les sociétés de
capitaux (I.S). Cependant, il ne faut pas l’oublier, parce qu’il est intimement lié à la fiscalité
des entreprises, le statut des dirigeants et des associés.

En effet, le statut fiscal de l’entreprise et de ses dirigeants change selon la structure


juridique de l’entreprise. Les entreprises individuelles et les sociétés de personnes ne sont,
en principe pas imposées en tant qu’entreprises : ce sont les associés qui le sont sur la
quote-part des bénéfices leur revenant. Il s’agit donc pour eux d’un impôt sur le revenu au
titre des bénéfices industriels et commerciaux. Les sociétés en nom collectif ont toutefois, la
possibilité d’opter pour l’impôt sur les sociétés, si celui-ci peut leur être favorable. Dans ce
cas leurs dirigeants sont imposés sur le revenu au titre des traitements et salaires.

Les sociétés anonymes et les sociétés à responsabilité limitée sont automatiquement


assujetties à l’impôt sur les sociétés. C’est donc la société, en tant que personne morale qui
est imposée. Les rémunérations perçues par les dirigeants sont des charges qui viennent en
déduction du bénéfice imposable, réduisant d’autant l’assiette de l’impôt sur les sociétés. Le
bénéfice disponible après paiement de l’impôt sur les sociétés est généralement mis en
réserve. Quant au statut fiscal des dirigeants des sociétés anonymes et des gérants de
sociétés à responsabilité limitée, c’est le statut rêvé des dirigeants puisqu’ils bénéficient des
mêmes avantages fiscaux que les salariés.

II. Les différentes formes d’entreprises :

La mise en œuvre d’une entreprise, c’est à dire de moyens humains et matériels de


production ou de distribution des richesses, peut être faite par :

- Une personne physique : commerçant individuel


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- Une personne morale : une société

A. Régime juridique de l’entreprise individuelle

L’entreprise individuelle peut être définie comme celle où le capital ainsi que le pouvoir de
décision sont concentrés entre les mains d’un individu. Plus précisément, c’est l’entreprise
où la prise de risques et le management interne sont exercés par le détenteur du capital.
Ainsi, comme son nom l’indique, l’entreprise individuelle est celle qui n’a pas de
personnalité juridique propre. Son identité se confond avec celle de son dirigeant. Celui-ci
est donc inscrit au registre de commerce en son nom personnel.

Dans l’entreprise individuelle, le patrimoine est celui de l’entrepreneur. L’entreprise


individuelle correspond, en principe, à, une activité de faible ampleur, ne nécessitant pas des
investissements importants et une structure complexe. En effet lorsqu’on exploite seul, une
toute petite entreprise réalisant un chiffre d’affaire modeste et dégagent un bénéfice
permettant juste de satisfaire ses besoins personnels, mieux vaut demeurer seul maître à
bord, n’ayant de compte à rendre à personne. C’est la formule et de loin la plus simple et la
plus économique pour les entreprises de subsistance.

Les avantages sont évidents :

- Sur le plan juridique : ses modalités de constitution sont simples et peu coûteuses,
également aucun coût de fonctionnement et aucune précaution particulièrement à prendre
du fait de la confusion du patrimoine personnel et du patrimoine professionnel.

- Sur le plan fiscal : limitation au minimum des charges fiscales et des tracasseries
administratives.

- Sur le plan social : les cotisations à payer sont réduites et le chef d’entreprise conserve sa
totale liberté de gestion.

Cependant, l’entreprise individuelle comporte des inconvénients, notamment le fait que


l’entrepreneur soit tenu des dettes de l’entreprise sur ses biens personnels et le fait que la
survie de l’entreprise soit liée à celle de l’entrepreneur.

Pour éviter ces inconvénients, le choix d’une forme sociétaire pour son affaire peut être
envisagé. Généralement, la croissance de l’entreprise individuelle se fait en deux stades :
- Dans un premier stade, l’entrepreneur réunit seul les trois éléments constitutifs de
l’entreprise. Il apporte lui-même les fonds et le capital nécessaire à son affaire, assure lui-
même la gestion de ce capital et la direction de son affaire par son travail personnel et son
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- Dans un deuxième stade, l’entrepreneur va dissocier l’élément travail en s’adjoignant des
collaborateurs, mais il conserve le capital et la direction. Mais d’ores et déjà, lorsque
l’entrepreneur se fait aider par des collaborateurs se sont des signes de l’insuffisance interne
inhérente aux entreprises individuelles. Ainsi, vu ses insuffisances, l’entreprise individuelle a
tendance à disparaître écrasée par la concentration des capitaux par les sociétés
commerciales.

B. Régime juridique des entreprises sociétaires :

A l’opposé de l’entreprise individuelle, la société est un groupement de plusieurs personnes


qui mettent des moyens en commun pour réaliser un objectif.

Aujourd’hui plus que jamais, un créateur doit savoir rassembler autour du berceau de
l’entreprise tous les éléments nécessaires à la réussite du projet. La société est dans ces
conditions, une structure d’accueil idéale pour les capitaux et les compétences et savoir-
faire.

Elle est l’outil qui permet de regrouper et gérer ces complémentarités. Ainsi créer une
société, répond parfaitement au souci d’organisation au sein du groupement : organisation
du partenariat, organisation de l’entreprise et organisation du patrimoine.

a. L’entreprise sociétaire est l’outil d’un partenariat performant :

Les sociétés sont nées de la nécessité de réunir une masse de capitaux et de compétences,
plus importante que celle que peut fournir le patrimoine d’un seul individu. Elles favorisent
la démultiplication des capacités d’action de l’entreprise. En effet, la vocation première de la
société est d’offrir un cadre d’organisation à des partenaires désirant participer à une œuvre
commune. Ainsi, si vous ne maîtrisez pas à vous seul, tous les éléments nécessaires à
l’aboutissement de votre projet de création, vous pouvez pallier vos insuffisances en faisant
appel au concours des tiers. A ce propos, la définition donnée par l’article 982 du DOC au
contrat de société reste actuelle : « La société est un contrat par lequel deux ou plusieurs
personnes mettent en commun leurs biens ou leur travail ou tous les deux à la fois, en vue
de partager le bénéfice qui pourra en résulter. »

Cependant, la société, et même ultérieurement à sa création, constitue un outil qui permet


les alliances et les rapprochements d’entreprises par le biais des fusions, des prises de
contrôle ou de prise de participation. Elle est l’outil d’un partenariat performant au service
des entreprises qui mettent en œuvre une politique systématique de « maillage » avec des
partenaires qui leur apportent des synergies et des cohérences au niveau des réseaux et des
moyens d’action.

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b. La société est une technique d’organisation de l’entreprise :

A cet égard, la société est une merveilleuse technique de financement de l’entreprise, étant
donné qu’elle est dotée d’une structure d’autofinancement (incorporation des réserves) et
de financement qui lui permet d’ouvrir son capital à d’autres partenaires, voir même de faire
appel au marché financier ou lancer un emprunt obligataire.

La société offre également à l’entreprise l’indispensable structure de management tandis


qu’elle facilité son mode de transmission. La société assure ainsi la croissance et la pérennité
de l’entreprise. Elle est un remarquable instrument de concentration qui trouve son
aboutissement dans la constitution de puissants groupes de sociétés.

c. La société est un outil d’organisation du patrimoine :

La société est une technique commode pour faire échec au principe de l’unité et de
l’indivisibilité du patrimoine. Ainsi, si on souhaite isoler juridiquement certains biens, il suffit
d’en faire apport à une société plus particulièrement à une société de capitaux ou une
société à responsabilité limitée.
Par ailleurs, si les indivisaires dans une indivision souhaitent pérenniser cet état tout en
l’organisant, il leur suffit de transformer l’indivision en une société et changer leurs qualités
d’indivisaires par celles d’associés.

III. La nature juridique de la société :

Deux conceptions de la société s’opposent. Selon une première


approche, la société est un contrat et pour une seconde, elle est plutôt
une institution.

A. La conception contractuelle.
C’est la conception adoptée par le D.O.C. qui définit la société comme étant une
convention et la soumet aux règles applicables à tous les contrats aussi bien en ce qui
concerne la capacité et le consentement, qu’en ce qui concerne l’objet et la cause.
Également, le fonctionnement des sociétés est soumis aux règles régissant les
contrats spéciaux notamment, le mandat (on parle de mandataires sociaux lorsqu’on
évoque les dirigeants.)
Néanmoins, la conception contractuelle ne peut expliquer un certain nombre de
règles applicables aux sociétés et qui ne trouvent pas leur source dans la volonté des

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associés, notamment, l’acquisition de la personnalité morale par la société qui
suppose une formalité administrative, à savoir l’immatriculation au registre de
commerce.
Par ailleurs, les modalités de désignation des dirigeants et des organes de contrôle,
ainsi que la détermination de leurs pouvoirs, sont fixées par voie législative. Ce qui
laisse comprendre que les règles contractuelles à elles seules, sont insuffisantes pour
régir les sociétés commerciales.

B. La conception institutionnelle :
La conception institutionnelle de la société consiste à la considérer comme un
ensemble de règles qui organisent de manière impérative et durable un groupement
de personnes autour d’un but déterminé.
D’après cette conception, les droits et les intérêts privés des associés sont
subordonnés au but social qu’il s’agit d’atteindre. La considération du but social
explique ainsi que les droits des associés peuvent être modifiés par une décision
prise par la majorité au nom de l’intérêt social. Quant aux dirigeants, ils sont moins
des mandataires que des organes chargés de mettre en œuvre la volonté commune
des associés.

Cependant, il y a lieu de souligner le dépassement de cette opposition de conceptions, car la


société présente actuellement, une double nature. Elle est à la fois un contrat et une
institution. Les dispositions contractuelles coexistent avec les règles impératives de type
institutionnelles.

IV. La classification des sociétés :


Le choix d’un type de société peut s’opérer à partir de critères
strictement sociétaires. Ainsi plusieurs distinctions sont fondamentales.

A. Les sociétés civiles et les sociétés commerciales :


Toute société est soit une société civile, soit une société commerciale. C’est l’objet
social, c’est- à- dire l’activité exercée par la société, qui oppose ces deux sociétés.
Elles sont soumises au droit commun des sociétés et il existe un rapprochement de la
situation des associés dans ces deux types de sociétés. Cependant, chacune d’elles
est régie par un cadre légal spécial.

B. Les sociétés de personnes et les sociétés de capitaux :


Du point de vue théorique cette distinction demeure très importante. Les sociétés de
personnes ont un caractère contractuel très marqué. Dans les sociétés de personnes,

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à la différence des sociétés de capitaux, l’intuitu personae est très présent, les
associés se choisissent en considération de leurs qualités personnelles et intrinsèques
pour entreprendre ensemble une œuvre commune. Dans les sociétés de capitaux les
associés sont avant tout des investisseurs, ils peuvent ne pas se connaître. La société
en nom collectif est l’exemple type des sociétés de personnes. La société anonyme
faisant appel public à l’épargne est le type même de sociétés de capitaux.

C. Sociétés à risque limité et les sociétés à risque illimité :


Toute société est soit une société à risque illimité, dite souvent société de personnes,
soit une société à risque limité, dite généralement société de capitaux. Cette
classification est la plus importante juridiquement et économiquement dans la
mesure où elle préside au choix du moule juridique au moment de la création de la
société.
La société est dite à risque limité, lorsque l’associé ne supporte les pertes essuyées
par la société qu’à concurrence de sa mise dans le capital social. Le risque limité est
de nature à encourager l’initiative et l’investissement car il permet à l’associé de
mettre à l’abri de l’aléa des exploitations commerciales ses biens personnels et de
n’engager que son apport ; ce qui ne protège guère les intérêts des créanciers
sociaux, qui peuvent demander des cautionnements par les dirigeants pour pallier la
situation et s’assurer du paiement de leurs créances. Par ailleurs, dans ce type de
société, l’associé peut s’écarter de la gestion et accepter de la confier à des organes
sociaux plus habilités à l’assumer. Également dans ce type de société, la négociation
des titres représentant le capital social est en principe libre (sauf si les associés ont
convenu d’insérer dans les statuts une clause d’agrément), car la considération de la
personne de l’associé est peu importante.
En revanche, dans les sociétés à risque illimité, les associés sont indéfiniment et
solidairement responsables des dettes sociales. Si le capital social ne suffit pas à
résorber la totalité des dettes sociales, on l’outre passe pour atteindre le patrimoine
personnel de chacun des associés.

D. Sociétés faisant ou non publiquement appel à l’épargne :


Certaines sociétés qui réunissent les conditions requises par la loi, peuvent ouvrir
leur capital à l’épargne publique. Dans ces sociétés, il n’est pas possible de soumettre
une quelconque cession des actions à une clause d’agrément. L’actionnariat est
nombreux et très diversifié. Les actionnaires ne cherchent pas à participer à la vie
sociale, seule la rentabilité de leur placement les intéresse. Ces sociétés sont
soumises à un cadre légal rigoureux et à un contrôle strict de la part d’institutions
spécialisées, dans l’objectif de protéger les bailleurs de fonds.

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E. Typologie fiscale des sociétés commerciales :
A ce propos, il y a lieu de faire la distinction entre les sociétés soumises à l’impôt sur
les sociétés et les sociétés tenues par l’impôt sur le revenu. Dans les sociétés de
personnes, les associés sont soumis à l’impôt sur le revenu au titre de la quote-part
qui leur revient dans les dividendes distribués par la société ; et de ce fait, il y a
transparence fiscale de la société entant que personne morale. Cependant, le
résultat fiscal d’une société soumise à l’impôt sur les sociétés représente directement
l’assiette de l’impôt. Les sociétés de capitaux sont soumises à l’IS alors que les
sociétés de personnes sont soumises à l’IR, quoique dans certains cas, la loi permet à
la société en nom collectif d’opter pour l’IS.

V- Distinction de la société des autres groupements de personnes et de biens

La société doit être distinguée des autres groupements de personnes et de


biens notamment, l’indivision, l’association et le groupement d’intérêt
économique.

A. Société et indivision :

L’indivision, à l’instar de la société, est un groupement de personnes et de biens.


C’est le cas dans lequel, un certain nombre de personnes ont une quote-part sur un
certain nombre de biens : les biens indivis. Par exemple, il existe une indivision entre
les héritiers d’une même succession, ou encore, entre les personnes qui achètent en
commun un bien immobilier.
Cependant, la société diffère sur certains points de l’indivision :
 D’abord, les indivisaires, contrairement aux associés, n’ont pas la volonté
d’une exploitation commune, en vue de réaliser des bénéfices qui seront
partagés entre eux. En effet, cette volonté implique une certaine durée dans
le temps du groupement, or, certaines indivisions sont, à priori, des états
temporaires. Il en est ainsi de l’indivision successorale qui prend fin dès que
l’un des héritiers demande le partage.
 Ensuite, la société, donne généralement naissance à une personnalité
juridique nouvelle distincte de la personne de chacun des associés, alors que
les indivisions, ne sont pas dotées de la personnalité morale. Ainsi, les
associés ne sont pas copropriétaires des biens sociaux, c’est la société qui est
propriétaire des biens sociaux. Les associés sont seulement titulaires d’un
droit de créance portant sur une part des bénéfices et sur le remboursement

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de leurs apports. Cependant, les indivisaires sont copropriétaires des biens
indivis.
B. Société et association :

L’association, à l’instar de la société, est un groupement de personnes et de biens. De


plus, l’association comme la société est dotée de la personnalité morale. C’est cette
personne morale qui est propriétaire des biens appartenant à l’association.
Cependant, les sociétés et les associations se séparent par leur but : désintéressé
dans le cas des associations et intéressé dans le cas des sociétés qui sont toujours à
but lucratif.
C. Société et groupement d’intérêt économique :

Les groupements d’intérêt économique sont des groupements de personnes dont le


but est l’amélioration de l’activité économique de leurs membres. Par exemple,
plusieurs sociétés appartenant au même secteur commercial se regroupent pour
créer un laboratoire de recherche, en vue d’augmenter leur production ou encore
pour découvrir de nouveaux débouchés.
Les groupements d’intérêt économique, à l’instar des sociétés et des associations
sont dotés de la personnalité morale. Toutefois, ils ne se confondent ni avec les
associations ni avec les sociétés. Ils se distinguent des associations parce qu’ils
poursuivent un but intéressé, et ne se confondent pas avec les sociétés parce qu’ils
ne poursuivent pas directement, par eux même, la réalisation d’un bénéfice à
partager entre leurs différents membres. Si leur action conduit à une amélioration de
l’activité économique en question, le bénéfice consécutif se réalisera dans le cadre
de chacune des entreprises faisant partie du groupement et non pas dans le groupe
lui-même.

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Titre I : Le droit commun des sociétés.
Au Maroc, même si nous parlons de droit des sociétés, nous ne disposons pas d’un code
des sociétés, comme c’est le cas dans d’autres systèmes juridiques, à l’instar du droit
Français .Dans notre pays, le droit des sociétés est constitué, des articles de 982 à1063 du
D.O.C. qui régissent aussi bien les sociétés civiles que les sociétés commerciales, du Dahir n°
1-96-124 du 14 Rabii II 1417 (30 Août 1996) portant promulgation de la loi n° 17-95 relative
aux sociétés anonymes, tel qu’elle a été modifiée et complétée, et aussi du Dahir n° 1-97-49
du 5 Chaoual 1417 (13 février 1997)portant promulgation de la loi n°5-96 sur la société en
nom collectif, la société en commandite simple, la société en commandite par actions, la
société à responsabilité limitée et la société en participation, tel qu’elle a été complétée et
modifiée ultérieurement.

L’étude des sociétés est d’une importance capitale, car si les sociétés sont moins
nombreuses que les commerçants individus, elles possèdent la plupart du temps des
moyennes et grandes exploitations industrielles et commerciales, qui exigent souvent des
moyens et des synergies ne pouvant être fournis par une seule personne. C’est la raison
pour laquelle les entrepreneurs s’associent pour les réunir ou bien recherchent des bailleurs
de fonds disposés à courir les risques de l’exploitation.
Cependant, la création d’une société commerciale nécessite l’emprunt d’un parcours
juridique constitué d’un certain nombre d’étapes au terme desquelles on assiste à la
naissance d’un nouveau sujet de droit qui va cohabiter avec les autres personnes juridiques,
mais qui connaîtra sa disparition avec la survenance de quelques événements.

Chapitre I : La constitution et la naissance de la société.

Aux termes de l’article 982 du D.O.C., la société est un contrat, c'est-à-dire un


accord de volontés. Mais il s’agit d’un contrat très spécial, dans la mesure où par le biais de
son immatriculation au registre de commerce, la société-contrat se mue en une véritable
institution et donne naissance à une personne juridique nouvelle, distincte de la personne
de chacun des contractants. La société est donc en second lieu une personne morale.
Nous envisagerons, successivement, ces deux aspects de la société : la société- contrat et la
société-personne morale.

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Section I : La société est un contrat

L’article 982 du D.O.C. définit la société comme suit : « La société est un contrat par lequel
deux ou plusieurs personnes mettent en commun leurs biens ou leur travail ou tous les deux
à la fois, en vue de partager le bénéfice qui pourra en résulter ».
Ainsi, le législateur définit la société, comme un contrat servant de cadre juridique à
l’exploitation commune de biens et de travail.
La société est alors un contrat, certes, soumis aux règles générales de droit commun, mais
également, régi par un cadre juridique spécial, très stricte puisqu’il donne naissance à un
sujet de droit nouveau et distinct des associés à savoir, la société- personne morale.
En effet, le législateur exige pour la validité du contrat de société le respect d’un certain
nombre de conditions de fond et de forme. Une fois toutes les conditions requises sont
réunies, le contrat de société commence à produire ses effets juridiques.

Sous-section I : les conditions générales de tout contrat.

L’acte unilatéral de volonté qui se trouve à l’origine de toute société, qu’il soit collectif ou
unilatéral, doit, pour être valable, répondre aux conditions posées par le droit commun des
conventions. Ainsi, l’existence de la société exige un consentement des associés, exempt de
vices et une cause licite. Cependant, l’application de certaines règles, notamment, celles
relatives à la capacité et à l’objet suppose quelques adaptations.

A. Le consentement :
La conclusion du contrat de société postule une rencontre des volontés des fondateurs de la
société, et des autres associés qui vont s’adjoindre à eux. Cette exigence permet de
distinguer le contrat de société du simple projet dans lequel, les parties envisagent
éventuellement de s’engager sans cependant, être d’accord sur les éléments essentiels de la
future personne morale. Elle le distingue aussi, de la simple promesse de société qui est une
convention au terme de laquelle son débiteur s’engage à s’associer. L’existence du
consentement de chacun des associés est une condition essentielle de validité du contrat de
société, mais de surcroit, ce consentement doit être intègre, c'est-à-dire exempt de vice et
sincère :

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1) Intégrité du consentement :
Le consentement des associés ne saurait être valablement donné sous l’emprise d’un vice
tel que l’erreur, le dol ou la violence, qui sont appréciés en application du droit commun des
obligations. Néanmoins, et de façon dérogatoire au droit commun des obligations, les vices
du consentement ne sont pas sanctionnés de la même façon selon les types de sociétés. Ce
régime permet d’éviter les conséquences fâcheuses pour les tiers de l’annulation d’une
société, tout en protégeant l’associé victime si la société est à risque illimité. Par ailleurs, en
ce qui concerne les sociétés à responsabilité limitée et les sociétés par actions, la nullité de la
société ne peut pas résulter d’un vice du consentement.

2) La sincérité du consentement :
Le consentement manifesté par les protagonistes au contrat de société doit être sincère,
c'est-à-dire conforme à la volonté réelle des associés. L’absence de sincérité peut consister
en une simulation ou encore en la création d’une société fictive ou de façade.

La simulation peut porter :

 Sur la nature du contrat ; le consentement manifesté par les associés ne doit pas être
simulé, c'est-à-dire que les associés ne doivent pas, sous couvert d’un contrat de
société, avoir eu pour objectif de masquer une convention secrète (prêt à intérêt,
contrat de travail, donation ou vente.), dans tels cas, et conformément aux règles de
droit commun, l’acte secret prévaut dans les relations entre les parties, tandis que les
tiers disposent d’une option : soit invoquer l’acte apparent, soit se prévaloir de la
situation réelle que révèle l’acte secret. Pour ce faire, ils doivent mettre en œuvre
l’action en déclaration de simulation.
En revanche, il n’y a pas simulation lorsqu’un associé conclu une convention de
croupier. Il s’agit d’une convention par laquelle un associé, sans l’accord de ses
coassociés, convient avec un tiers appelé le croupier de partager les bénéfices et les
pertes résultants de sa participation dans la société. Le croupier n’est pas associé et il
n’y a que des droits pécuniaires. La convention de croupier est valable à condition de ne
pas être utilisée pour faire échec aux dispositions légale ou statutaire relatives à l’entrée
d’un ou de nouveaux associés dans la société.
La simulation peut le cas échéant se doubler d’une fraude à la loi.

 Sur la personne de l’associé, c’est l’hypothèse du prête-nom qui agit pour le compte
d’un donneur d’ordre dissimulé.
Cependant, une place particulière doit être réservée à la société fictive. Il y’a société
fictive ou de façade lorsqu’elle est constituée pour masquer certains agissements,
notamment la simulation portant sur l’existence même du contrat. Une telle société est

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réputée nulle pour défaut d’affectio societatis, car on estime qu’il n’y a pas volonté
réelle de créer une société.

B. La capacité des associés :

La capacité requise par le droit commun des contrats, pour devenir associé, s’apprécie en
fonction de la forme de société à adopter. Les personnes physiques peuvent réaliser tous les
actes autorisés par la loi, sauf empêchement exprès résultant d’une cause d’interdiction,
d’incompatibilité ou d’incapacité. Ces limites vont se manifester avec une intensité variable
selon que la qualité d’associé implique ou non celle de commerçant.

Ainsi, l’accès aux sociétés dans lesquelles les associés ont ipso facto la qualité de
commerçant (associé commandité, associé en nom) nécessite la capacité commerciale. Par
conséquence, les mineurs non émancipés et les majeurs incapables sont exclus. Également,
les personnes soumises à une interdiction d’exercer une activité commerciale ou de gérer
une société, ou se trouvant dans une situation d’incompatibilité ou de déchéance se voient
écartés.
Cependant, les sociétés ne conférant pas la qualité de commerçant à leurs membres sont
largement ouvertes. Les mineurs émancipés y entrent librement. Les mineurs non
émancipés et incapables majeurs peuvent devenir associés et exercer les prérogatives
afférentes, dans le respect des règles de représentation.
Quant aux personnes morales, toute personne morale de droit privé peut, en principe,
devenir associé d’une société.

C. L’objet :

Tout contrat doit avoir un objet licite qui n’est contraire ni aux lois, ni à l’ordre public ni aux
bonnes mœurs et qui doit être possible à réaliser lors de la conclusion du contrat.
Cependant, en matière de contrat de société, le concept « objet » rime à différentes
significations :

-L’objet de l’obligation qui recouvre l’exigence faite aux associés de souscrire et libérer des
apports.
-L’objet du contrat qui est la mise en commun d’apports en vue de participer aux résultats
de l’exploitation.
-L’objet de la société qui désigne l’activité mise en œuvre par la société dans le cadre de son
objet social. Cet objet social doit exister, être déterminé et possible. Il doit figurer
expressément dans les statuts de la société. Sa modification suppose une décision prise
conformément aux conditions de modification des statuts. Par ailleurs, l’objet social est le
cadre d’exercice de la capacité de jouissance de la société qui, en vertu du principe de

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spécialité légale des personnes morales, ne dispose pas de prérogatives juridiques pour agir
valablement en dehors du cadre pour lequel elle a été constituée. Il est également la limite
des pouvoirs des dirigeants de la société qui ne doivent l’outre passer dans les actes de
gestion, sous peine d’être révoqués ou de voir leur responsabilité engagée. De plus, c’est
l’objet social qui, conditionne le caractère civil ou commercial de la société dans certaines
structures sociétaires (ex : société en participation). Certaines sociétés ont un objet social
impérativement fixé par la loi (ex : les sociétés d’investissement à capital variable).
Cependant, la résiliation ou l’extinction de l’objet social entraîne, en principe, la dissolution
de la société. Le changement complet d’objet social équivaut à une cessation d’entreprise et
création d’une nouvelle entreprise en matière fiscale. Par ailleurs, il peut arriver que l’objet
social soit licite, tandis que la cause de constitution de la société est illicite (ex : lorsque la
société a été constituée en vue de réaliser une fraude.)

D. La cause :

Conformément au D.O.C. tout contrat doit avoir une cause. La cause objective renvoie à la
cause du contrat de société lui-même et se confond avec l’objet social. Elle réside dans la
vocation des associés au partage des profits générés par l’œuvre commune. La cause
subjective renvoie aux mobiles qui ont amené les associés à entreprendre leur œuvre
commune. La cause du contrat doit exister, ne pas être fausse et être licite. Elle ne doit pas
non plus consister en une fraude à la loi, ou une manœuvre pour éluder les droits d’un tiers,
notamment, pour soustraire un bien à l’action d’un créancier. En règle générale, à l’instar du
défaut de cause, son illicéité entraîne la nullité de la société.

Sous-section II : Les conditions spécifiques du contrat de société.

En plus des conditions requises par le droit commun pour la validité de tout contrat, un
certain nombre de conditions spécifiques au contrat de société sont également exigées.

I. Les conditions de fond :

Les conditions spécifiques au contrat de société sont prévues par l’article 982 du D.O.C. et la
jurisprudence. Selon le D.O.C. l’existence d’une société requiert une pluralité d’associés, des
apports faits par ceux-ci à la société et la contribution de tous les associés aux résultats de
l’exploitation sociale. Cependant, en plus de ces trois conditions, la jurisprudence a rajouté
une autre condition à savoir l’affectio societatis ou volonté de s’associer.

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A. Les associés :

L’article 982 du D.O.C. dispose que la société est instituée par deux ou plusieurs
personnes. Ainsi, il faut être au minimum deux pour former une société. Néanmoins, ce
principe connait deux exceptions :
 Pour constituer une société anonyme, il faut la réunion d’au moins cinq associés.
 Une société à responsabilité limitée peut être constituée par une seule personne. C’est
le cas de la SARL unipersonnelle.
Quant au maximum d’associés, la question n’a été évoquée par le législateur qu’en ce
qui concerne la société à responsabilité limitée qui ne peut comprendre qu’un
maximum de 50 associés. Si ce seuil est outrepassé, la SARL se transforme en une
société anonyme.
Par ailleurs, pour faire partie d’une société, il est nécessaire que l’intéressé ait la
capacité exigée par les règles de son statut personnel propre ou par la loi du lieu de la
conclusion du contrat.
Cependant, d’après l’article 982 du D.O.C, certaines personnes ne peuvent constituer
une société entre elles. Ainsi la société ne peut être contractée :

-1- Entre le père et l’enfant soumis à la puissance paternelle, même si cet enfant
a été autorisé à faire le commerce. Cette interdiction couvre également le cas de
la mère et son enfant qui est sous l’autorité maternelle.

-2- Entre le tuteur et le mineur, jusqu’à la majorité de ce dernier et à la


reddition et à l’approbation définitive des comptes de tutelle, même si
l’incapable a été autorisé à faire le commerce.

-3- Entre le curateur d’un incapable, ou l’administrateur d’une institution


pieuse et la personne dont ils administrent les biens.

Le législateur marocain n’interdit pas la création d’une société entre époux.

Une fois la qualité d’associé acquise, elle est conservée aussi longtemps que
l’associé n’a pas décidé de quitter la société. L’associé ne peut être exclu de la
société sauf dans les cas prévus par loi ou par les statuts de la société.

B. Les apports :
Les participants au contrat de société conviennent de mettre des biens en commun,
c'est-à-dire apporter quelque chose comme contribution dans la réunion des synergies
nécessaires à l’exploitation sociale. Ainsi tous les protagonistes au contrat de société

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doivent faire des apports à la société qu’ils ont l’intention de constituer. L’apport peut
consister en numéraire, en biens mobiliers corporels ou incorporels ou en biens
immobiliers. Dans certains types de sociétés l’apport peut être en industrie.

L’absence d’apports, comme l’apport d’un bien sans utilité ou encore ne représentant
pas de valeur pécuniaire, est sanctionnée par la nullité de la société.

Hormis les apports en industrie, les apports constituent le capital social de départ de la
société, qui doit atteindre un minimum fixé par la loi en cas de création d’une société
anonyme. Quant aux autres types de sociétés commerciales, ce minimum est librement
déterminé par les associés dans les statuts.

1. Les différents types d’apports :


On distingue généralement, les apports en numéraire, les apports en nature et les
apports en industrie. La société ne peut être constituée que si tous les apports ont été
souscrits (article 21 de la loi sur les S.A.).

-a- Les apports en numéraire :

L’apport en numéraire est un apport en argent. En souscrivant dans le


capital social de la société l’associé s’engage à verser une somme déterminée (espèces,
chèques, virements). On ne peut parler de la libération de l’apport que lorsque la somme
promise est effectivement versée. Cependant, dans certains types de sociétés, la
libération peut se faire par tranches après la naissance de la société entant que personne
morale. Ainsi, lors de la création d’une société anonyme, les apporteurs en numéraire ne
sont tenus de verser au moment de la création de la société, que 25% du montant global
de leurs souscriptions ; le reste sera versé à la société en fonction des appels de fonds
émanant des dirigeants sociaux, selon les besoins de la société dans un délai maximum
de trois ans à compter de l’immatriculation de la société au registre de commerce.
L’exécution de l’obligation des apporteurs en numéraire est garantie par des règles
particulièrement rigoureuses : à défaut, de libération intégrale des apports en numéraire
et appels de fonds de la part des dirigeants, tout intéressé peut demander au président
du tribunal de commerce compétent, statuant en référé, d’ordonner à la société, sous
astreinte, de procéder aux appels de fonds non libérés (art 21 de la loi 20-05 sur les S.A.).
Par ailleurs, les associés récalcitrants, peuvent être débiteurs des intérêts des sommes
dues à compter du jour où elles devaient être payées. Ils peuvent également, être
condamnés à verser des dommages-intérêts, si leur retard est à l’origine d’un préjudice
subi par la société.

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Les fonds provenant des souscriptions en numéraire sont déposés dans un compte
ouvert au nom de la société en formation, auprès d’un établissement bancaire.

-b- Les apports en nature :

Les apports en nature portent sur tous les biens autres que de l’argent. Il
peut s’agir de biens immeubles ou de biens meubles corporels (marchandises, machines,
matériel, matières premières) ou incorporels (brevets d’inventions, marque de fabrique,
fonds de commerce, bail commercial, actions). L’apport en nature peut nécessiter
l’accomplissement d’une formalité de publicité, notamment, en cas d’apport d’un brevet
d’invention, d’un bien immeuble ou d’un fonds de commerce.

Par ailleurs, les apports en nature doivent faire l’objet d’une évaluation, pour savoir
quelle proportion du capital ils vont représenter et par conséquence, à combien de parts
ou d’actions leur apporteur pourra prétendre. Néanmoins, il y a un risque de
surévaluation qui peut porter préjudice aux intérêts des apporteurs en numéraire et aux
créanciers sociaux, c’est la raison pour laquelle certaines règles sont prévues par le
législateur, notamment, l’évaluation des apports en nature dans les S.A. et les S.A.R.L.
par un commissaire aux apports, et l’engagement de la responsabilité des associés qui
ont fait cette évaluation dans les sociétés de personnes.

Différemment aux apports en numéraire, les apports en nature doivent être fournis en
intégralité au moment de la souscription et les titres les représentants libérés en totalité
lors de leur émission.

Cependant, l’apport en nature (bien corporel ou incorporel) peut être effectué en pleine
propriété, porter sur un élément de propriété démembrée ou permettre la jouissance
d’un bien.

 L’apport en propriété :

L’apport en propriété recouvre un transfert de droit réel sur le bien qui en fait l’objet. Le
bien sort du patrimoine de l’apporteur pour rentrer dans l’actif du patrimoine de la société
entant que personne morale, ce qui lui permettra d’exercer toutes les prérogatives (usus,
fructus, abusus). Le transfert de propriété se double du transfert des risques attachés au
bien. L’apporteur est garant envers la société comme un vendeur envers son acheteur, il est
débiteur des garanties d’éviction et des vices cachés. Néanmoins, à la différence de la vente,
lors de la liquidation de la société, l’associé a le droit de reprendre son apport après
paiement des créanciers sociaux. Cette attribution donne lieu le cas échéant au versement
d’une « soulte », c’est- à-dire au versement d’une somme qui représente l’excédent de la
valeur du bien sur la valeur qui doit revenir à l’associé, également, l’apport n’est pas

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rémunéré par un prix, mais par l’attribution de titres qui peuvent être, en fonction du type
de société, des actions ou des parts sociales.

L’apport en nature à titre de propriété est une aliénation qui exige la capacité juridique de
disposer à titre onéreux. L’objet de l’apport ne doit pas être d’une nature dont le transfert
est prohibé.

 L’apport en usufruit :
L’apport peut être fait en usufruit ou en nue-propriété. C’est le cas dans lequel, le
propriétaire procède à l’éclatement de ses prérogatives à l’égard du bien apporté à la
société. Il transfère à la société un droit réel qui s’incarne dans le droit d’usage (usus)
et le droit de perception des fruits et des produits générés par le bien (fructus) mais
garde pour lui le droit d’aliéner le bien, c'est-à-dire de transférer sa propriété à autrui
avec ou sans contrepartie (abusus). L’apporteur se réduit à la situation de nu-
propriétaire. Ainsi, la société ne supporte pas le risque de la perte de la chose.
L’apporteur reçoit en contre partie de son apport, des droits sociaux en pleine
propriété à concurrence de la valeur de l’usufruit.
L’apport en usufruit de certains biens, notamment, un immeuble ou un fonds de
commerce, nécessite l’accomplissement d’une formalité de publicité. A la dissolution
de la société, l’apporteur retrouve l’entière propriété du bien.
Ce type d’apport offre à la société la possibilité de se réserver un droit sur un bien utile
à son développement et à sa prospérité.
 L’apport en jouissance :
Dans cette hypothèse, l’apporteur reste propriétaire du bien dont il concède à la
société le droit d’usage pour une durée déterminée (le plus souvent celle de la
société). Ainsi la société ne dispose d’aucun droit réel sur le bien apporté. Quant à
l’associé apporteur, il est garant envers la société comme un bailleur envers son
preneur à savoir des vices cachés et des troubles de jouissance. C’est une sorte de
contrat de louage où le loyer est payé en une seule fois au moyen de droits sociaux.
A la dissolution de la société, l’apporteur va récupérer son bien, s’il en est toujours
propriétaire. Le bien apporté en jouissance échappe à l’emprise des créanciers sociaux.

-c- L’apport en industrie :

Dans ce cas, l’associé apporte à la société ses compétences techniques, son travail, son
expertise, son savoir-faire, voire sa notoriété. L’apport en industrie traduit l’idée d’un
apport de travail, néanmoins, il se distingue du salariat avec intéressement au résultat,
dans la mesure où il ne saurait y avoir de lien de subordination entre l’apporteur et la
société, auquel cas la relation fera l’objet d’une requalification en contrat de travail avec

23
toutes les conséquences juridiques qui en découlent. Cet apport n’est pas pris en compte
pour la détermination du capital social étant donné qu’il ne saurait servir de gage aux
créanciers sociaux. L’apporteur en industrie est un véritable associé, il reçoit des parts
sociales dont le montant est librement fixé par les associés et perçoit une quote-part des
dividendes distribués par la société. Néanmoins, vu que l’apport est intimement lié à son
apporteur, les parts de ce dernier sont intransmissibles et incessibles ; lors du partage son
apport ne peut être indemnisé.
L’apport en industrie est interdit dans les sociétés anonymes et autorisé dans
les sociétés de personnes. Il n’est admis dans les sociétés à responsabilité
limitée qu’en cas d’apport d’un fonds de commerce. Les apports en industrie
suscitent des difficultés d’évaluation tout comme les apports en nature.

2. Le capital social :

Le capital social est constitué par les apports en numéraire et les apports en nature
des associés. Il représente l’actif initial de la société. Il sert de gage aux créanciers
sociaux. On comprend par suite, que les apports en industrie soient exclus du capital
social, car on voit mal comment la force de travail des associés peut servir de gage aux
créanciers de la société. Dans les sociétés de capitaux, les sociétés anonymes plus
particulièrement, le capital social a une importance particulière car les créanciers
sociaux n’ont pas d’autres gages, la responsabilité des associés étant limitée au
montant de leurs apports. Les créanciers sociaux n’ont pas pour gage les biens
personnels des associés.
Le législateur a fixé le montant minimum du capital social des sociétés anonymes. Il est
de trois millions de dirhams au minimum, si la société fait appel public à l’épargne et
de trois cent mille dirhams dans le cas contraire.
Dans l’intérêt des actionnaires et des tiers, les opérations d’augmentation et de
réduction du capital social sont minutieusement réglementées par le législateur. En cas
de diminution importante du capital la société peut être dissoute, sauf reconstitution
dans les délais impartis.

C. La participation des associés aux résultats de l’exploitation sociale :

Les participants au contrat de société s’engagent, d’une part à exploiter le patrimoine


commun dans le but de réaliser des bénéfices, d’autre part, à se partager les résultats
qui en découleront.

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-1- Réalisation de bénéfices :
Le but d’une société est spécifiquement lucratif, il consiste à réaliser des
bénéfices et à les partager entre les associés. Cet élément fondamental distingue la
société de l’association dont le but est désintéressé. L’article 982 du D.O.C. le
mentionne expressément. Aux termes d’une jurisprudence consacrée par les juges, la
réalisation d’un bénéfice doit s’entendre « d’un gain pécuniaire ou d’un gain matériel
qui s’ajoute à la fortune des associés. ».

-2- Partage des bénéfices et des pertes :


Les associés s’engagent à se partager les bénéfices et parallèlement, à subir ensemble,
les pertes qui pourront résulter de leur activité commune. Cette participation de chacun,
dans une certaine mesure, aux bénéfices et aux pertes découle directement de la volonté
de participer à une exploitation commune dans un esprit égalitaire, qui est l’une des
caractéristiques essentielles du contrat de société. On ne peut, par conséquent, y déroger,
en particulier par l’insertion dans le contrat de société d’une clause attribuant à un associé
la totalité des bénéfices ou l’exonérant de la totalité des pertes, ou bien, d’une clause
écartant un associé totalement des bénéfices ou lui faisant supporter la totalité des pertes.
Ces clauses dites « clauses léonines » sont réputées non écrites.
D’après l’article 1033 du D.O.C. La part de chaque associé dans les bénéfices et dans les
pertes est en proportion de son apport. Donc, tous les associés doivent participer aux
bénéfices et contribuer aux pertes. Cependant, la règle de la proportionnalité, peut être
écartée par une clause contraire du contrat de société à condition qu’il ne s’agisse pas
d’une clause léonine, excluant totalement l’un des associés des bénéfices ou des pertes.
La contribution aux pertes est une obligation d’ordre public. Cependant, la contribution aux
pertes doit être distinguée de l’obligation aux dettes.
La contribution aux pertes concerne les rapports entre associés. Elle désigne la répartition
des pertes entre les associés. Cette contribution suppose que les dettes de la société aient
entamé la totalité du capital social, après la dissolution et la liquidation de la société et que
le passif reste encore non résorbé en intégralité.
Quant à l’obligation aux dettes, elle concerne les rapports des associés avec les créanciers
sociaux. Elle consiste à déterminer dans quelle mesure les associés sont responsables des
dettes de la société sur leurs biens personnels. Cette obligation aux dettes varie suivant la
nature de la société. Dans les sociétés à risques limités, les associés ne sont tenus des
dettes sociales qu’à concurrence de leurs mises dans le capital social. En revanche, les
associés dans les sociétés à risques illimités, sont indéfiniment et solidairement
responsables des dettes sociales, comme c’est le cas pour les commandités dans les
sociétés en nom collectif et dans les sociétés en commandite simple.

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D. La volonté de participer à la vie de la société : l’affectio societatis

Cette dernière condition n’est pas reflétée par l’article 982 du D.O.C. elle est établie par la
jurisprudence et la doctrine. Elle traduit la volonté des associés de collaborer activement,
positivement et de manière égalitaire à l’entreprise commune pour atteindre un but
lucratif.
L’affectio societatis exclut, tout à la fois, un antagonisme des associés fondé sur des
intérêts divergents (car ici l’intérêt est commun), et un lien de subordination entre les
associés. Cette volonté de s’unir pour une exploitation commune se concrétise,
essentiellement, par deux dispositions : d’une part tous les associés doivent, dans une
certaine mesure, participer aux résultats de l’exploitation commune (une élimination totale
de certains d’entre eux est prohibée), d’autre part, tous les associés peuvent participer à la
gestion de la société. Ils doivent à tout le moins participer au contrôle de la gestion de la
société, les dirigeants étant désignés par les associés et se trouvant sous le contrôle de ces
derniers.

II. Les conditions de forme :

La constitution d’une société est souvent concrétisée par la rédaction d’un acte écrit
dénommé « statuts » ou « pacte social » ou encore « charte sociétaire ». La rédaction des
statuts permet d’une part d’établir la preuve de l’existence de la société et d’autre part, de
faire la publicité nécessaire pour l’acquisition de la personnalité morale.

A. La rédaction des statuts de la société


Avant de procéder à la rédaction des statuts, les fondateurs, entrent en pourparlers pour
arrêter les grandes lignes de leur projet notamment, le type de société à adopter, l’activité
à entreprendre, le capital social à constituer…Cette période précontractuelle ne met
aucune obligation particulière à la charge de ceux qui y participent autre que celle de
négocier avec loyauté et bonne foi. Si cette dernière condition n’est pas respectée, par
exemple en cas de rupture abusive des pourparlers, l’auteur de la faute verra sa
responsabilité délictuelle engagée.
Les statuts consignent les éléments essentiels de la société sur lesquels les associés sont
d’accord. Ils engagent les associés présents et futurs qui y adhéreront. Ils doivent être
nécessairement, illustrés par un support écrit, qui peut être sous-seing privé ou sous forme
authentique. Les statuts doivent mentionner les apports de chaque associé, la forme
sociale, l’objet, la dénomination, le siège social, le capital social, la durée de la société et les
modalités de son fonctionnement. Également, les statuts doivent être signés par tous les

26
associés, personnellement ou par mandataire. A compter de la date de la signature des
statuts et jusqu’à l’immatriculation de la société au registre de commerce, les rapports
entre associés sont soumis au contenu du contrat de société et aux principes
fondamentaux du droit commun des obligations et contrats.

B. La publicité
Après l’établissement des statuts et leur ratification par les associés, une certaine publicité
doit être accomplie pour porter à la connaissance de tout un chacun la création de la
société.
La publicité consiste dans l’accomplissement de trois formalités :
 Le dépôt au greffe du tribunal de commerce du lieu du siège social, d’une copie des
statuts. Ce dépôt va permettre à toute personne qui le désire de prendre
connaissance du contenu des statuts ou de s’en faire délivrer une copie.
 La publication d’un extrait des statuts dans un journal d’annonces légales.
 L’immatriculation de la société au registre de commerce. Le registre de commerce
représente l’Etat civil des différentes entreprises commerciales et par conséquent,
toute modification apportée aux statuts de la société doit être soumise aux mêmes
formalités de publicité.
Cependant, les sociétés commerciales n’acquièrent la personnalité morale qu’après
leur immatriculation au registre de commerce. Après l’accomplissement de cette
démarche, le secrétaire greffier leurs attribue un numéro d’RC, qui va être leur
identifiant durant toute leur existence entant que sujet de droit.

Section II : La société est une personne morale

La société qui satisfait aux conditions de fond, de forme et de publicité requises par la loi,
pour sa constitution acquiert une personnalité juridique, distincte de la personne des
associés et va mener une existence indépendante et va avoir une vie juridique propre.

Toutes les sociétés commerciales, à l’exception des sociétés en participation, sont dotées de
la personnalité morale. La notion de personne morale est une technique juridique qui repose
sur une fiction et qui permet à une société d’avoir la capacité juridique et de là d’avoir un
patrimoine autonome. Plusieurs conséquences en découlent et qui font qu’une société a un
statut juridique très proche de celui d’une personne physique.

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Sous-section I : les manifestations de la personne morale

La personnalité juridique des personnes morales est assimilée à celle des personnes
physiques. Comme les personnes physiques, les personnes morales ont une identité et un
patrimoine, et dans la limite de leur objet social, elles ont la capacité d’agir et d’accomplir les
actes les plus divers.

-A- Identité des personnes morales :


Une société personne morale, tout comme un individu a un nom, un domicile et une
nationalité.

1. La société a un nom :
En matière de sociétés commerciales ce nom est appelé « raison sociale » dans les sociétés
de personnes et « dénomination sociale » dans les autres sociétés.

La raison sociale est constituée par les noms des associés tenus des dettes sociales sur tout
leur patrimoine personnel, ou du nom de l’un d’entre eux suivi du nom de la société (S.N.C
ou S.C.S). Elle permet aux tiers de connaître les associés qui sont indéfiniment et
solidairement responsables des dettes sociales.

La dénomination sociale, au contraire, est le plus souvent une appellation de fantaisie


choisie de manière à drainer vers la société le maximum possible de partenaires. Cependant,
les associés ont toute liberté pour changer l’appellation à condition de procéder au
changement des statuts et à la publicité afférente. Par ailleurs, le nom jouit d’une protection
rigoureuse contre toute usurpation ou utilisation dévoyée de la part d’un tiers.

2. La société a un domicile :
Le siège social correspond au domicile des personnes physiques. Il constitue le centre légal
et administratif de la société. C’est le lieu stable et identifié de l’établissement central, celui
où le groupement peut être trouvé pour les besoins de la vie juridique, où sont tenus les
documents requis par la loi, où fonctionnent les organes d’administration et de direction.

Le siège social peut être différent du lieu d’exploitation de l’activité de la société. Il joue un
rôle principal à la fois dans les relations de la société avec les tiers (c’est notamment, au lieu
du siège social que les tiers doivent assigner la société en justice, notifier leurs actes…) et
dans les rapports des associés entre eux (c’est au siège social que se réunissent les
assemblées d’associés, le conseil d’administration ou le conseil de surveillance…)

28
Le siège social est librement fixé ou modifié dans les statuts de la société. Par ailleurs, la
nationalité de la société et la loi qui lui est applicable sont déterminées par la localisation du
siège social.

3. La société a une nationalité :


La nationalité est le lien qui rattache une personne à un Etat souverain de la communauté
internationale. Pour déterminer la nationalité d’une société, on se base généralement sur
deux critères :

 Soit sur le critère du siège social, ainsi une société qui a son siège social au Maroc
sera considérée comme une société marocaine et sera, par suite, soumise à la loi
marocaine pour sa constitution, son fonctionnement et sa dissolution. A l’inverse une
société qui a son siège social à l’étranger sera considérée comme une société
étrangère avec toutes les conséquences juridiques qui en découlent.
 Soit sur le critère du contrôle, et dans cette hypothèse, la nationalité des sociétés
s’apprécie en tenant compte, non pas du lieu du siège social, mais de la nationalité
de ceux qui « contrôlent » la société, c'est-à-dire, la nationalité des associés qui
dirigent effectivement la société.

Au Maroc, une société est marocaine lorsqu’elle a son siège social effectif et sans fraude sur
le territoire marocain, même si elle est contrôlée entièrement par des capitaux étrangers.

-B-Patrimoine des personnes morales :

La société personne morale, est dotée d’un patrimoine propre distinct des patrimoines
personnels des associés. Cette séparation du patrimoine social et du patrimoine de chacun
des associés peut être envisagée à un double point de vue :

Tout d’abord, l’actif social est séparé de l’actif du patrimoine de chacun des associés. Les
associés ont un droit de propriété sur les biens immobiliers et mobiliers corporels ou
incorporels qui constituent leur patrimoine personnel, mais, en revanche, ils ne sont pas
copropriétaires des biens mobiliers et immobiliers, figurant dans le patrimoine social. C’est
la société qui est propriétaire de ces biens. Les associés ont seulement à l’égard de la société
un droit de créance né du contrat de société. Ils sont créanciers d’une part des bénéfices et
du remboursement de leurs apports au moment de la liquidation de la société. Cependant,
la créance des associés à la restitution de leurs apports présente une particularité : les
associés ne pourront l’invoquer qu’après le désintéressement intégral des autres créanciers
de la société dissoute et liquidée.

Ensuite, le passif social est séparé du passif composant le patrimoine de chacun des associés.
Les dettes contractées par la société ne sont pas contractées personnellement par chacun

29
des associés. Et inversement, les dettes personnelles des associés ne sont pas les dettes de
la société.

Toutefois, il faut remarquer que ces conséquences de la séparation du patrimoine social et


des patrimoines individuels des associés ne se retrouvent pas, d’une façon aussi nette, dans
tous les types de sociétés. Il convient de faire la distinction à cet égard, entre les sociétés de
capitaux, dans lesquelles la séparation est nette, dans la mesure où les associés ne sont
responsables des dettes sociales qu’à concurrence de leurs apports, et les sociétés de
personnes, dans lesquelles la séparation n’existe que partiellement : les créanciers sociaux
ont un droit sur le patrimoine personnel des associés commandités et les associés en nom,
qui sont indéfiniment et solidairement responsables des dettes sociales. En revanche, les
créanciers personnels des associés ne peuvent demander à se faire payer du patrimoine
social.

-C- Capacité d’agir des personnes morales :

La société a une existence juridique propre qui lui permet d’accomplir des actes de toute
nature, tel que s’obliger, acquérir, vendre, prendre des actions dans une autre société, créer
des filiales, constituer des groupes de sociétés, procéder à des fusions ou à des prises de
contrôle… Elle peut également ester en justice sans qu’il soit nécessaire de mentionner sur
les actes de procédure les noms des associés.

On admet également, que les personnes morales sont civilement responsables des fautes
commises par leurs représentants (les fautes commises par les dirigeants de la société dans
l’exercice de leurs fonctions engagent, non seulement la responsabilité civile personnelle de
ces dirigeants, mais aussi la responsabilité civile de la société.) et des actes dommageables
occasionnés par les choses qui sont sous leur garde.

Par ailleurs, la responsabilité pénale d’une société peut être engagée en cas de commission
d’un méfait prévu par la loi et sanctionné par une peine adaptée à la nature même de la
personne morale.

Ainsi la naissance à la vie juridique d’une société nécessite l’accomplissement de la formalité


administrative de l’immatriculation au registre de commerce. Cette formalité confère à la
société la personnalité morale qui lui permet de jouir d’un certain nombre d’attributs
juridiques notamment, une capacité d’agir et un patrimoine. Par conséquent, avant
l’immatriculation, la société n’a pas la personnalité morale, elle est encore une « société en
formation » et de ce fait, elle ne peut pas accomplir d’actes juridiques, pourtant un certain
nombre d’actes doivent être accomplis pour sa constitution et dans son intérêt.

30
Sous-section II : La société en formation :
Au cours de la période qui précède l’immatriculation au registre de commerce, la société
n’est pas encore dotée de la personnalité morale. Pourtant, il peut être utile, nécessaire ou
simplement opportun de conclure certains actes juridiques pour le compte de la société en
formation. Ainsi les fondateurs de la société ou certains d’entre eux, voire leurs mandataires,
vont accomplir un certain nombre d’actes au nom et pour le compte de la société en
gestation, dont le sort se révèle déterminé à partir d’un principe et d’une exception. Le
principe est que l’obligation de la dette pèse sur ceux qui ont agi. Par exception, la société
une fois dotée de la personnalité morale, peut reprendre les actes accomplis en son nom (B)

Cependant, il est de prime abord opportun de déterminer avec précision la période dite de
formation et de distinguer la société en formation des autres groupements satellites
également dépourvus de la personnalité morale (A).

A. Notion de société en formation :


La situation juridique de la société en formation nous interpelle sur deux questions
principales : d’abord, sur la détermination du point de départ de l’existence de la société en
formation, ensuite, sur la distinction de la société en formation des autres sociétés
dépourvues de la personnalité morale notamment, les sociétés de fait, les sociétés crées de
fait et les sociétés en participation.

1- La détermination du point de départ de la société en formation :


Le législateur n’a pas donné de définition du point de départ de la société en formation,
ainsi, plusieurs propositions ont été suggérées de la part de l’administration fiscale, de la
doctrine et de la jurisprudence.

 La position de l’administration fiscale : pour le fisc, il est nécessaire qu’un acte


opposable aux tiers ait été accompli et que cet acte soit inhérent à la procédure de
constitution des sociétés telle qu’elle est établie par le législateur, notamment,
l’ouverture d’un compte bancaire au nom de la société en formation pour le versement
des apports en numéraire ou encore la désignation d’un commissaire aux apports pour
l’évaluation des apports en nature. La seule intention de créer une société, même si des
pourparlers entre les futurs associés ont été engagés, ne suffit pas à donner naissance à
« une société en formation. ».
 La position de la doctrine : deux courants doctrinaux s’opposent. Le premier courant
s’aligne sur la position de l’administration fiscale et exige l’accomplissement d’un acte
nécessaire à la constitution de la société et opposable aux tiers. Le deuxième courant,
tend vers l’application d’une solution de fait, car, la volonté économique d’entreprendre

31
le plus tôt possible se manifeste parfois bien avant les premières opérations de
constitution de la société et se traduit par l’accomplissement d’un certain nombre
d’actes notamment, des études de marchés, des prises de brevet d’invention, des
demandes d’autorisations administratives… Ainsi, l’ouverture de la période de
formation ne peut être déterminée qu’au vu des circonstances de chaque espèce.
 La position de la jurisprudence : il ressort de plusieurs décisions que les magistrats
s’écartent de la définition étroite de la période de formation. Ainsi, il a été décidé que
de simples pourparlers étaient suffisants pour caractériser l’existence d’une société en
formation et que, pour qu’une société en formation existe, il n’est pas indispensable
que le contrat de société ait été signé, il suffit que l’activité sociale ait commencé.

2- La distinction de la société en formation des autres sociétés dépourvues de la


personnalité morale :

La société en formation n’est pas dotée de la personnalité morale puisque toujours en


attente d’immatriculation au registre de commerce. De ce fait, elle doit être distinguée de :

 La société de fait : pour distinguer la société en formation de la société de fait, il faut


relever que la société en formation est une société volontaire, qui a été constituée par
les associés dans l’objectif d’être immatriculée pour se voir dotée de la personnalité
morale. Il y a donc une volonté de constitution de la société et une volonté
d’immatriculation au registre de commerce. Cependant, la société de fait est marquée
par un dépassement du stade de la volonté de constituer et d’immatriculer. La société a
été constituée, immatriculée et a fonctionné mais s’est vue après coup, atteinte d’un
vice de constitution.

 La société créée de fait : la société créée de fait est la situation dans laquelle deux ou
plusieurs personnes se sont comportées en fait comme des associés, mais sans
accomplir les formalités constitutives d’une société. C’est donc une société qui est
ignorée par ses propres membres, à la différence de la société en formation qui est une
société voulue par les associés qui sont en cours de processus de création de leur
société.
 La société en participation : la distinction entre une société en formation et une société
en participation réside dans le fait que les associés dans cette dernière, sont animés de
la volonté de faire partie d’une société non immatriculée, et par conséquent non dotée
de la personnalité morale, alors qu’en cas d’une société en formation les protagonistes
tendent à accomplir toutes les formalités pour que la société naisse pourvue d’une
existence autonome.

32
B. Le sort des actes accomplis pour le compte de la société en formation :
Dès que les statuts ont été signés, la société est constituée. C’est déjà un contrat mais ce
n’est pas encore une personne morale. Un laps de temps plus au moins long va s’écouler
entre la signature des statuts et l’immatriculation au registre de commerce. Pendant cette
période, des dépenses sont susceptibles d’être engagées (location de bureaux, embauche du
personnel, achat de matériel, ouverture de compte bancaire…). Parfois, l’activité sociale
commence avant toute immatriculation. Cependant, faute d’immatriculation, la société n’a
pas encore de personnalité juridique et par conséquent, elle ne peut pas contracter.

Ainsi la période de formation est source d’un grand nombre de difficultés. C’est la
raison pour laquelle le législateur a doté cette période d’un régime juridique particulier, en
établissant le principe à la dette des personnes qui ont agi pour le compte de la société en
formation et une exception de la reprise de ces actes par la société une fois constituée.

-1- L’obligation à la dette des fondateurs :

Aux termes de l’article 27 de la loi 17-95 relative aux sociétés anonymes : « Les
personnes qui ont agi au nom d’une société en formation avant qu’elle n’ait acquis la
personnalité morale sont tenues solidairement et indéfiniment des actes ainsi accomplis au
nom de la société… ». Ainsi la responsabilité personnelle de ceux qui ont agi permet
d’assurer une protection efficace des tiers, qui n’avaient pour interlocuteur juridique que la
ou les personnes physiques agissant pour la société en gestation non encore dotée d’une
existence juridique, et qui risquent d’être lésés au cas où la société n’est pas immatriculée,
ou qu’elle ne reprenne pas les engagements pris en son nom.

La loi ne vise que les « personne qui ont agi », c'est-à-dire celles qui ont passé
personnellement les actes ou encore qui ont donné mandat de les passer. Ce ne sont pas
nécessairement les fondateurs. On peut être fondateur sans avoir passé d’acte, comme on
peut en avoir passé sans être fondateur. Les associés qui n’ont pas contracté avec les tiers ne
peuvent donc tenus.

-2- La reprise des actes accomplis pour le compte de la société en formation :

D’après toujours l’article 27 de la loi 17-95 sur les sociétés anonymes, la société
régulièrement constituée et immatriculée au registre de commerce, peut reprendre les
engagements souscrits en son nom et pour son compte, qui sont alors réputés avoir été dès
l’origine contractés par celle-ci. La reprise permet de faire supporter par la société les
conséquences des actes passés avant l’immatriculation.

Trois formes de reprises peuvent être envisagées :

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 Reprise des actes passés avant la signature des statuts : un état annexé à ces statuts,
détaillant chaque opération ainsi que l’engagement qui en résulterait pour la société,
est présenté aux associés ; la signature des statuts emporte reprise automatique de ces
actes.
 Reprise des actes passés entre la signature des statuts et l’immatriculation : pour ces
actes, la reprise est automatique lorsqu’ils ont été accomplis en vertu d’un mandat
accordé par les associés à l’un d’eux, soit dans les statuts, soit par acte séparé ;
l’immatriculation emporte alors reprise des engagements conclus au nom de la société
en formation, en vertu de ce mandat ; encore faut-il que le mandat précise la nature des
actes à passer ; il ne saurait s’agir d’un mandat général. Par ailleurs, le mandat peut être
donné par l’ensemble des associés postérieurement à l’engagement, à condition qu’il
intervienne avant l’immatriculation.
 Reprise quelle que soit la date des actes : une reprise balai peut avoir lieu après
l’immatriculation de la société, pour les actes qui n’ont pas été repris ou qui ont été
oubliés. Cette reprise consiste en une décision des associés réunis en assemblée
générale, au cours de laquelle, de manière expresse, doit être repris chacun des actes
accomplis, en aucun cas la reprise ne saurait être tacite ou implicite, résultant de
l’exécution spontanée de l’acte par la société.
En définitive, quelle qu’en soit la forme, la reprise met à la charge de la société les actes
antérieurs à son immatriculation. Ces actes « sont alors réputés avoir été dès l’origine
contractés par celle-ci ». La reprise entraîne une substitution rétroactive de partie sans
que le contractant n’ait à donner son accord. Les actes valablement repris sont réputés
avoir été passés dès l’origine par la société, tandis que l’associé qui a passé l’acte est
rétroactivement déchargé de toute obligation personnelle sauf s’il n’a pas spécifié,
lorsqu’il a contracté, qu’il agissait pour le compte d’une société en formation.
Cependant, la procédure de reprise ne saurait couvrir les délits et les quasi-délits civils
et pénaux.

Chapitre II : Dissolution et liquidation des sociétés


La société comme tout être vivant, peut s’éteindre et disparaître. Plusieurs causes peuvent
être à l’origine de sa dissolution. Une fois dissoute, la société subit la liquidation.

A) La dissolution de la société :

Il existe trois séries de causes de dissolution des sociétés. Il y a en premier lieu les causes
d’origine volontaire, en deuxième lieu les causes d’origine légale et enfin, les causes
d’origine judiciaire.

34
1) Les causes d’origine volontaire

Elles sont au nombre de deux :

 La volonté commune des associés. Cette volonté commune qui a été à la base de la
constitution de la société peut également mettre fin à l’existence de la société par
dissolution anticipée. Dans certaines formes de sociétés, la dissolution doit émaner
d’une décision prise à une certaine majorité. Dans le cas de la fusion de la société dans
une autre, il y a dissolution.
 Lorsque la durée de la société n’est pas déterminée, un seul associé peut à n’importe
quel moment provoquer la dissolution de la société, c'est-à-dire que la volonté d’un
associé peut être à l’origine de la dissolution de la société lorsque cette société a été
constituée pour une durée illimitée. Cependant, depuis la réforme du droit des sociétés
au Maroc, les statuts doivent comprendre la durée de la société, ces statuts qui sont
nécessaires pour effectuer l’immatriculation de la société au registre de commerce aux
fins d’acquisition de la personnalité morale.

2) Les causes légales de dissolution

Les causes sont au nombre de six :

 L’expiration de la durée pour laquelle la société a été constituée. Cependant, les


associés peuvent décider la prorogation de la société.
 La réalisation de l’objet en vue duquel la société a été constituée ou l’impossibilité de
le réaliser.
 La perte de la moitié du capital social à moins que les associés ne décident de
reconstituer le capital ou de le limiter à la somme effectivement existante.
 La réunion des parts sociales entre les mains d’un seul associé, à moins qu’il n’y ait
transformation de la société en une S.A.R.L à associé unique.
 Le décès, l’absence déclarée ou l’interdiction de l’un des associés.
 La faillite ou la liquidation judiciaire d’un associé.

Cependant, ces deux dernières causes, sont particulières aux sociétés de personnes qui
sont constituées « intuitu personae » c'est-à-dire compte tenu de la confiance
réciproque des associés, et parce que dans ce genre de sociétés les associés sont
responsables du passif social sur leurs biens personnels. Les sociétés de capitaux,
notamment les S.A et S.A.R.L ne peuvent pas être dissoutes pour ces deux dernières
causes.

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3) Les causes judicaires de dissolution

La dissolution judicaire est prononcée par le tribunal soit à la demande d’un associé, soit à
titre de peine accessoire à une condamnation pénale. Dans le premier cas, tout associé peut
demander au tribunal de prononcer la dissolution de la société lorsqu’il y a un motif grave,
notamment lorsqu’il y a des divergences entre les associés qui bloquent le fonctionnement
normal de la société.

Dans le deuxième cas, le tribunal peut ordonner la dissolution de la société comme mesure
complémentaire à une condamnation pénale principale.

B) La liquidation de la société :

Lorsque la société est dissoute, on procède à sa liquidation. Néanmoins, cette liquidation


n’est pas toujours une opération indispensable. Il n’y a liquidation que si les associés le
décident à l’unanimité ou si la société comprend un grand nombre d’associés ou un actif très
important.

La liquidation consiste en la réalisation de l’actif social en vue de désintéresser les créanciers


sociaux, ensuite en le remboursement aux associés de leurs apports, enfin du partage, s’il y a
lieu du « boni » de liquidation.

1) La désignation du liquidateur

Les statuts de la société peuvent prévoir la désignation d’un liquidateur, c’est le liquidateur
statutaire. Cependant, les associés peuvent à l’unanimité, désigner un liquidateur celui-ci
sera affecté après la constitution de la société par une assemblée générale extraordinaire. Si
les associés n’arrivent pas à s’entendre sur le choix d’un liquidateur, celui-ci sera désigné par
le tribunal auquel il doit rendre compte.

2) Les obligations du liquidateur

Dès sa prise de fonctions, le liquidateur doit :

 Dresser avec l’aide des administrateurs de la société l’inventaire et le bilan de celle-ci


 Il doit faire inscrire au registre du commerce la dissolution, la liquidation de la société
commerciale, son nom en qualité de liquidateur et ses pouvoirs
 Il doit conserver les livres, documents et valeurs de la société, et noter en forme de
livre-journal et par ordre de date, toutes les opérations relatives à la liquidation. Il doit
également garder tous les documents justificatifs et les autres pièces relatives à la
liquidation

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 Il doit faire la publicité nécessaire pour inviter les créanciers sociaux à présenter leurs
titres. Si cette publicité est faite, le liquidateur n’est pas responsable si la liquidation est
réalisée à l’insu d’un créancier
 Enfin, il doit fournir aux associés tout renseignement sur la liquidation et rendre compte
à la fin de celle-ci.

3) Les opérations de liquidation

Il s’agit, d’abord de la réalisation de l’actif social en vue de désintéresser les créanciers


sociaux, ensuite du remboursement aux associés de leurs apports, enfin du partage, s’il y a
lieu du « boni de liquidation ».

 Réalisation de l’actif social et désintéressement des créanciers sociaux :


Le liquidateur doit réaliser l’actif social, c'est-à-dire le transformer en argent liquide.
Il peut vendre les biens sociaux, si cette vente est nécessaire pour mettre fin aux
dettes de la société.
Il doit notamment recouvrer les créances de la société liquides et exigibles.
Il doit mettre en réserve et déposer en lieu sûr la somme nécessaire pour payer les
obligations non échues ou en litige. Cependant, si un créancier connu ne se présente
pas, il doit consigner la somme due.
 Remboursement aux associés de leurs apports :
Lorsque les créanciers sociaux sont intégralement désintéressés, ou du moins lorsque
les sommes nécessaires à leur désintéressement ont été mises de côté, le liquidateur
doit rembourser aux associés leurs apports. Il ne peut le faire que si l’actif social n’a
pas été entièrement utilisé pour payer les créanciers.
La restitution se fait nécessairement en nature pour les biens qui avaient été
apportés en usufruit ou en jouissance. Elle peut se faire également en nature pour les
biens qui avaient été apportés en pleine propriété si ces biens se retrouvent encore
c'est-à-dire s’ils n’ont pas été vendus au cours de la vie sociale ou au moment de la
liquidation pour désintéresser les créanciers sociaux. Si ces biens n’existent plus en
nature et ce qui est souvent le cas, le liquidateur restitue aux associés la valeur de ces
biens en argent. La restitution se fait en argent pour les apports en numéraire.
 Partage du « boni de liquidation » :
S’il reste encore des fonds après le paiement des créanciers sociaux et le
remboursement des apports, ce boni de liquidation ou super-actif, doit être partagé
entre les associés. La part de chacun des associés dans le partage de cet actif net est,
en principe, proportionnelle au montant de son apport. Mais cette règle peut être
écartée par une clause contraire des statuts.

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4) Clôture de la liquidation

Lorsque les opérations de liquidation sont terminées, le liquidateur doit :

 Rendre ses comptes aux anciens associés, présenter un inventaire et un bilan


résumant les opérations qu’il a accomplies et la situation définitive qui en résulte.
L’assemblée approuve les comptes et donne quitus au liquidateur
 Déposer les livres, documents et papiers de la société dissoute, au secrétariat greffe
du tribunal de l’ex-siège social ou entre les mains de la personne choisie par les
associés à la majorité. Les pièces doivent être conservées pendant quinze ans.
 Publier un avis de clôture au bulletin officiel.
Dès que la liquidation est close, on assiste à ce moment-là à la disparition de la
société en tant que personne morale, c'est-à-dire en tant que sujet de droit.

Titre II : Les différentes sortes de sociétés commerciales.

Le droit marocain connait une panoplie de sociétés commerciales et la doctrine a procédé à


leur classification en deux grandes catégories : les sociétés de personnes et les sociétés de
capitaux avec à cheval entre ces deux ensembles les sociétés à responsabilité limitée.

Partie I : Les sociétés de personnes

Outre les dispositions relevant du droit commun applicable à l’ensemble des sociétés, les
sociétés de personnes dans lesquelles les associés exposent leur patrimoine personnel à
l’action des créanciers sociaux, sont, de surcroit, soumises à un corps de règles particulières.
Seront ainsi examinées successivement, les règles propres aux sociétés en nom collectif
(SNC), aux sociétés en commandite simple (SCS), et aux sociétés en participation.
Ces types de sociétés sont caractérisés par l’intuitu personae. Elles sont dominées par la
considération de la personne des associés et non de leur faculté contributive, d’où leur
appellation de sociétés de personnes.

L’intuitu personae commande deux grandes règles :

 Les titres d’associés dans les sociétés en nom collectif et les sociétés en commandite
simple, appelés « parts sociales » sont intransmissibles. C'est-à-dire que l’associé ne
peut céder ses titres à un tiers qu’avec l’accord unanime de tous les autres associés.
 La société est en principe dissoute lorsque l’un des associés est frappé d’une incapacité,
d’une mesure d’interdiction d’exercer une activité commerciale ou lorsqu’il fait l’objet
d’une liquidation judiciaire.
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 La principale différence entre les sociétés en nom collectif et les sociétés en commandite
simple est que si les associés dans une SNC sont indéfiniment et solidairement
responsables des dettes sociales, il n’en va pas de même dans les sociétés en
commandite simple dans lesquelles, il existe deux types d’associés : les associés
commanditaires qui ne sont que des bailleurs de fonds et dont le risque de perte est
limité au montant de leurs apports et les commandités qui sont des commerçants,
courant des risques illimités et de ce fait sont solidairement et indéfiniment
responsables des dettes sociales. Par ailleurs, tous les associés commandités sont
commerçants et par conséquent, doivent avoir la capacité commerciale, en revanche,
les commanditaires dans les SCS ne sont pas commerçants.
Quant aux sociétés en participation, ce sont des sociétés dépourvues de la personnalité
morale.

Chapitre I : les sociétés en nom collectif

La société en nom collectif est une société commerciale par la forme, elle fait partie des
sociétés à risque illimité. Ses associés ont tous la qualité de commerçant et répondent
indéfiniment et solidairement des dettes sociales. Elle est régie par la loi 05-96 promulguée
par le Dahir du 13 février 1997. C’est la société dans laquelle l’intuitu personae est le plus
marqué ; elle fait l’objet de peu de dispositions impératives ce qui laisse corrélativement une
grande marge de liberté aux associés pour organiser leur société.

Section I : Les attraits de la SNC


Malgré le caractère contraignant de l’engagement au passif des associés, ce type de société
conserve son attrait. Cependant, il est opportun de signaler que cette forme de société ne
semble s’adresser qu’à un petit nombre d’associés, étant donné que pour le succès de cette
œuvre commune, il est nécessaire que la confiance et la bonne entente règnent entre les
associés.

-A- intérêts du point de vue juridique : Simplicité de constitution et grande souplesse de


fonctionnement.

C’est la simplicité de constitution de ce type de société qui en est le premier attrait, un


capital minimum légal n’est pas requis, il est possible d’effectuer des apports en industrie, il
n’y a pas d’exigence d’une valeur minimale des parts sociales ni même d’obligation de
libération immédiate de l’apport.

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Le fonctionnement de la société est très simple et souple, puisque la loi laisse une très
grande liberté aux associés pour déterminer le contenu des statuts.
Souvent, l’adoption de la forme d’une SNC facilite l’obtention des crédits, étant donné que
l’engagement de chaque associé au remboursement des dettes sur ses biens personnels est
illimité.
Par ailleurs, la SNC assure une grande stabilité des gérants associés, dans la mesure où leur
révocation impose l’accord unanime des autres associés.
La SNC sert également de forme juridique appropriée pour une filiale commune, car elle
permet une gestion strictement égalitaire. En effet, au lieu d’y entrer par elles-mêmes, les
sociétés mères peuvent y faire participer comme écran des sociétés qu’elles contrôlent à fin
que leur propre responsabilité ne soit pas engagée.

-B- Intérêts du point de vue fiscal.

Sur le plan fiscal les SNC sont fiscalement transparentes, c'est-à-dire qu’il est fait abstraction
de la personnalité morale de la société. Les associés sont individuellement imposés (IR ou
IS). Cette transparence fiscale explique que la société en nom collectif soit utilisée dans le
cadre de montages reposant sur une remonté des pertes de la société en nom collectif qui
viendront minorer les bénéfices imposables des différents associés.
Cependant le législateur permet aux associés d’une société en nom collectif d’opter pour le
régime fiscal des sociétés de capitaux (IS) si ce régime s’avère plus avantageux.

Cependant, pour les associés, la responsabilité indéfinie et solidaire et la qualité de


commerçant sont des inconvénients. La règle de l’unanimité qui régit les prises de décision
est la manifestation d’un fort intuitu personae. Elle peut se révéler paralysante dans son
fonctionnement mais avantageuse pour éviter l’arrivée de personne indésirables.

Section II : Constitution de la société en nom collectif


La constitution d’une SNC est simple. Cette simplicité est le corolaire de l’obligation solidaire
et indéfinie des associés. Outre les conditions de droit commun, la constitution obéit à des
règles propres :

A- Associés
La principale particularité tient à la qualité de commerçant des associés dans ce type de
sociétés ce qui entraine deux conséquences : les associés doivent impérativement jouir de la
capacité de faire du commerce, et les associés étrangers peuvent bénéficier de la capacité
commerciale s’ils sont titulaires d’une autorisation judiciaire.

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B- Objet social
En principe une SNC peut avoir n’importe quel objet social, mais il existe des restrictions, elle
ne peut exercer une activité bancaire ou d’assurance.
La rédaction de l’objet social détermine les pouvoirs des gérants et délimite les risques
encourus par les associés. La société est engagée par tous les actes des gérants, à condition
qu’ils entrent dans l’objet social. La détermination de l’objet social et son illustration par un
support écrit, protège les associés contre les initiatives inconsidérées des gérants.
C- Le capital social
Aucun capital social minimum n’est requis par le législateur. Par ailleurs, les associés ne sont
pas obligés de libérer la totalité ou une partie des apports qu’ils ont souscrits. Les tiers sont
protégés par la responsabilité solidaire et indéfinie des associés.
D- La publicité
La société n’est dotée de la personnalité morale qu’après son immatriculation au registre de
commerce.

Section III : L’organisation de la société en nom collectif.


A- Les règles de gérance.
D’après le législateur tous les associés de la SNC sont gérants à défaut de stipulation
contraire dans les statuts ou par acte ultérieur aux statuts.
Le gérant peut être statutaire, c'est-à-dire désigné par le contrat de société, comme il peut
être investi de ses fonctions par un acte extrastatutaire. Le gérant peut être associé ou tiers,
mais souvent, il est choisi parmi les associés. Il peut s’agir d’une personne physique ou une
personne morale, néanmoins, dans ce dernier cas, les dirigeants de la personne morale
gérante sont soumis aux mêmes obligations et encourent les mêmes responsabilités civiles
et pénales que s’ils étaient gérants en nom personnel.
La désignation du gérant doit faire l’objet d’une immatriculation au registre de commerce et
d’une publication dans un journal d’annonces légales.
La révocation du gérant statutaire associé doit être prise par l’unanimité des autres associés.
Quant au gérant non statutaire, sa révocation est déterminée par les statuts, dans le silence
des statuts, la révocation doit être prise à l’unanimité des associés. Si le gérant n’est pas
associé il est révocable selon les règles établies par les statuts ou par l’acte de sa
nomination.
Quant aux pouvoirs du gérant, ils sont déterminés par les statuts ou par le mandat de
désignation. Dans les rapports avec les associés se sont ces mêmes règles qui sont
appliquées. Dans les rapports du gérant avec les tiers, il est sensé habilité à accomplir tous

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les actes rentrant dans l’objet social. Les clauses statutaires limitant les pouvoirs du gérant
ne sont pas opposables aux tiers.
La responsabilité des gérants est engagée à l’égard des associés et des tiers en cas de
violation de la loi, des statuts et en cas de commission de faute de gestion.
Envers les associés, le gérant est un mandataire et ainsi il doit leur rendre des comptes, il est
responsable des fautes commises dans la gestion et des actes outrepassant les limites du
mandat.
En cas de pluralité de gérants, chacun n’est responsable que de ses fautes personnelles.
Envers les tiers, les gérants ne sont responsables que de leur faute personnelle extérieure à
la gestion.

B- Le statut de l’associé en nom :

-1- L’obligation aux dettes de l’associé en nom.

Il s’agit d’une société à risque illimité. La contribution aux pertes signifie que lorsque les
comptes font apparaître une perte, les associés ne récupèreront qu’une partie de leurs
apports. En revanche, l’obligation aux dettes signifie que si la société n’est pas en mesure de
payer ses créanciers, ceux-ci peuvent se retourner contre les associés codébiteurs.
Néanmoins, il s’agit de codébiteurs subsidiaires, car le créancier doit d’abord s’adresser à la
société en tant que personne morale ayant un patrimoine.
Conformément au droit commun de la solidarité, l’associé a un recours contre ses
coassociés. En principe, le montant de la contribution définitive au passif est fixé par les
statuts. Tous les modes de répartition sont licites. En cas de silence des statuts, la dette est
répartie en proportion de la fraction du capital social détenue par chaque associé. C’est la
règle de la proportionnalité (art 1033 du DOC).
Par ailleurs, l’associé en nom collectif est tenu d’une obligation de non-concurrence. En
effet, d’après le droit commun (art.1004 du DOC.), un associé ne peut, sans le consentement
des autres associés, faire des opérations pour son propre compte ou pour le compte d’un
tiers, ou des opérations analogues à celles de la société, lorsque cette concurrence est de
nature à nuire aux intérêts de la société.

-2- La transmission des parts sociales.

Les parts sociales ne sont pas des titres négociables. Elles ne peuvent être cédées qu’avec
l’accord unanime de tous les associés. C’est une disposition d’ordre public. Ainsi l’associé
reste prisonnier de ses titres sauf agrément à l’unanimité des autres associés. En cas
d’agrément à l’unanimité, le nouvel associé prend la place de l’ancien qui reste tenu
jusqu’au jour de la cession. Les formalités à observer consistent à établir la cession par écrit.

42
La cession n’est opposable à la société qu’après dépôt de l’acte original au siège social ou
par signification par voie d’huissier ou acceptation par acte notarié. A l’égard des tiers, la
cession est opposable à partir de la date de l’immatriculation de l’acte au registre de
commerce.
Quant à la transmission à cause de décès, d’après la loi, la SNC prend fin avec le décès de
l’un des associés, sauf si les statuts ont prévu la continuation de la société avec les héritiers
du défunt.

-3- Les droits des associés :

-a- Les droits financiers :


Chaque associé en nom a droit à une part des bénéfices réalisés par la société. Les
conditions de distributions des bénéfices et la part de chaque associé sont déterminées
librement par les statuts. Il n’y a pas d’obligation de constituer une réserve légale.
La distribution des bénéfices est décidée par l’assemblée annuelle qui statue sur les comptes
sociaux.
Du fait de la transparence fiscale des sociétés en nom collectif, les bénéfices sont imposables
au nom des associés dès qu’ils sont réalisés et même s’ils n’ont pas été distribués.
Quant à la rémunération du gérant, les associés la déterminent librement dans l’acte de
désignation. Il peut s’agir d’un traitement fixe, imputable sur les frais généraux, d’une
rémunération variable (une quote-part des bénéfices.) ou une combinaison de ces deux
procédés.
Enfin, les associés peuvent percevoir des intérêts sur les sommes avancées à la société en
compte courant.
-b- Les droits politiques :
Il s’agit principalement du droit à l’information et du droit de vote.

1°) Le droit d’information :


Les associés dans une société en nom collectif jouissent d’un droit à l’information très
étendu et permanent. En vertu de l’article 11 de la loi 5-96 les associés non-gérants ont
droit, deux fois par an, de prendre connaissance au siège social des livres, des inventaires,
des états de synthèse, du rapport de gestion et, le cas échéant, du rapport du ou des
commissaires aux comptes et des procès-verbaux des assemblées et de poser par écrit des
questions sur la gestion sociale, auxquelles il doit être répondu également par écrit. Sauf en
ce qui concerne l’inventaire, le droit de prendre connaissance emporte celui de prendre
copie. Le droit de prendre connaissance peut être effectué avec l’aide d’un conseiller. Toute
clause contraire à ces dispositions est réputée non écrite.
Par ailleurs, et selon l’article 10 de ladite loi, dans les quinze jours qui précèdent l’assemblée
générale, le rapport de gestion, l’inventaire et les états de synthèse de l’exercice établis par

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les gérants, le cas échéant, le rapport du ou des commissaires aux comptes, sont
communiqués aux associés.

2°) Le droit de vote :

Quant au droit de vote, il est très important dans une SNC car les décisions doivent être
prises à l’unanimité. Cette règle peut être néfaste puisqu’elle peut aboutir à une paralysie de
la société. C’est la raison pour laquelle les statuts peuvent déroger ou aménager cette
unanimité en prévoyant la majorité. Cependant l’unanimité est toujours requise en ce qui
concerne la révocation du gérant associé statutaire et la cession des parts sociales.
Dans la pratique, les associés se réunissent au moins une fois par exercice pour approuver
les comptes sociaux. Cette assemblée doit d’après l’article 10 de la loi 5-96 respecter un
certain formalisme, car les décisions prises doivent être consignées dans un procès-verbal,
indiquant la date et le lieu de la réunion, les prénoms et nom des associés présents, les
rapports présentés à la discussion et un résumé des débats, ainsi que les projets de
résolutions soumis au vote et le résultat du vote. Le procès-verbal doit être signé par chaque
associé présent. Toutefois, d’après l’article 9 al. 2 de la loi 5-96, les statuts peuvent prévoir
que les décisions soient prises par voie de consultation écrite, si la réunion d’une assemblée
générale n’est pas demandée par l’un des associés. La consultation est une procédure plus
souple que la réunion, néanmoins, elle présente l’inconvénient de ne permettre ni les
discussions ni même les échanges de points de vue.

Section IV : Dissolution de la société en nom collectif


Outre les causes de droit commun, la société en nom collectif prend fin avec la survenance
de circonstances propres aux associés : décès, incapacité, interdiction d’exercer une activité
commerciale ou encore révocation d’un gérant associé statutaire.

A- Le décès d’un associé


En principe et étant donné la prédominance de l’intuitu personae dans ce type de sociétés,
la SNC prend fin par le décès de l’un des associés, sauf clause de continuation statutaire
(article 17 de la loi 5-96). Les statuts peuvent ainsi stipuler que la société continuera avec les
héritiers de l’associé décédé ou seulement avec les associés survivants, ou avec le conjoint
survivant, ou avec un ou plusieurs héritiers, voir avec toute autre personne nommément
désignée dans les statuts.
Cependant, lorsque la société continue seulement avec les associés survivants, l’héritier est
seulement créancier de la société et n’a droit qu’à la valeur des droits sociaux de son auteur

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déterminée au jour du décès, à dire d’expert désigné par le président du tribunal, statuant
en référé (art.17al.4 et 6 de la loi 5-96).

B- L’incapacité ou l’interdiction de gérer ou la procédure collective frappant un associé :

Le prononcé d’une mesure d’incapacité ou d’interdiction d’exercer une profession


commerciale ou un jugement de liquidation judiciaire entraine la dissolution de la société, à
moins que les statuts ne contiennent une clause de continuation ou que les associés
décident de la continuation à l’unanimité (art. 18 al.1). Cette cause de dissolution se justifie
dans une société où tous les associés ont la qualité de commerçant et doivent être solvables.
Cependant, en cas de continuation de la société, la valeur des droits sociaux à rembourser à
l’associé qui perd cette qualité est déterminée à dire d’expert désigné par ordonnance du
président du tribunal statuant en référé.
Par ailleurs, et selon l’alinéa 3 de l’art.18 de la loi 5-96, la société en nom collectif est
dissoute en cas de fusion ou pour tout autre motif prévu par les statuts.

C- La révocation du gérant associé statutaire :

La révocation d’un gérant associé désigné par les statuts, entraine la dissolution de la société
en nom collectif, sauf clause de continuation prévue par les statuts ou vote à l’unanimité des
associés.

Chapitre II : La société en commandite simple

La société en commandite simple est une société de personnes, commerciale par la forme et
qui entraîne pour certains de ses associés une obligation illimitée au passif social. La SCS se
caractérise par la présence de deux types d’associés à savoir les commandités et les
commanditaires.
Concernant les commandités, ils ont le même statut que les associés en nom. Ainsi ils sont
tenus indéfiniment et solidairement des dettes de la société sur leurs biens personnels et
sont investis du pouvoir de gérer la société et jouissent de la qualité de commerçant.
Les commanditaires ne sont tenus des dettes sociales qu’à concurrence de leurs apports
(art.20 de la loi 5-96), ils n’ont pas la qualité de commerçant et la règle de la défense
d’immixtion dans la gestion de la société leur est applicable.
La SCS permet aux personnes qui ne peuvent être commerçants de participer aux opérations
commerciales et également, facilite la limitation de la responsabilité des apporteurs de
fonds.

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La SCS est régie par un régime juridique établi en référence à la réglementation de la société
en nom collectif (art.21 de la loi5-96), sous réserve des règles prévues au titre III chapitre I
de la loi 5-96.

Section I : La constitution de la société en commandite simple

La constitution d’une SCS nécessite la réunion d’un certain nombre de conditions de fond et
de forme.

A- Conditions de fond :
A ce propos, il y a lieu de faire la distinction entre les deux catégories d’associés :
Pour les commandités, leur statut d’associés en nom impose les mêmes conditions que
celles requises pour les associés d’une société en nom collectif. Ils peuvent réaliser leurs
apports en nature, en numéraire ou en industrie. Aucun capital minimum n’est exigé par le
législateur.
Pour les commanditaires, qui n’ont pas la qualité de commerçant, il suffit qu’ils disposent de
la simple capacité civile pour accéder à ce type de société. L’article 20 de la loi 5-96 leur
interdit l’apport en industrie et suppose une évaluation précise de leurs apports car ils ne
répondent des dettes sociales que dans la limite de leurs apports.

B- Conditions de forme :
Le contrat d’une société en commandite simple est conclu intuitu personae, et les associés
jouissent d’une marge de manœuvre très étendue pour organiser leur œuvre commune,
c’est la raison pour laquelle les statuts doivent être passés par écrit et comprendre en plus
des mentions requises pour les sociétés en général (art.5 de la loi 5-96) les indications
suivantes (art. 23 de la loi 5- 96) :
 La part du montant ou la valeur des apports de chaque associé commandité ou
commanditaire dans le capital social.
 La part globale des associés commandités et la part de chaque associé commanditaire
dans la répartition des bénéfices et dans le boni de liquidation.
Le législateur, en exigeant ces mentions, a voulu éviter toute équivoque dans la
situation respective des deux catégories d’associés en ce qui concerne leur participation
dans le capital et les bénéfices.

 En outre, les statuts doivent fixer les conditions selon lesquelles sont prises les décisions
lors des assemblées d’associés.

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Les formalités de publicité et d’immatriculation au registre de commerce requises pour
les sociétés en nom collectif, se retrouvent lors de la constitution de la société en
commandite simple.

Section II : Le fonctionnement de la société en commandite simple

La condition juridique du gérant de la SCS est identique à celle du gérant de la SNC. Tous les
commandités ont en principe la qualité de gérant, mais les associés peuvent prévoir que la
gestion soit confiée à un ou plusieurs commandités ou encore à un tiers.
L’ensemble du statut du gérant de la société en nom collectif est applicable à la société en
commandite simple sous réserve de la mise en œuvre de la règle de la défense d’immixtion
des commanditaires dans la gestion. Cette règle découle de l’article 25 de la loi 5-96 qui
dispose « l’associé commanditaire ne peut faire aucun acte de gestion externe engageant la
société vis-à-vis des tiers, même en vertu d’une procuration » la raison d’être de cette
interdiction est de préserver l’indépendance de gestion des commandités qui répondent
seuls des dettes sociales indéfiniment et solidairement. Cependant, les actes interdits sont
ceux qui mettent le commanditaire en relation avec des tiers et qui pourraient laisser penser
que cet associé est tenu sur ses biens personnels du passif social. Celui qui contreviendrait à
cette règle serait tenu solidairement avec les commandités des engagements résultants des
actes prohibés.

A- Le statut des associés

-a- Les commandités :

Leur condition juridique est celle des associés en nom collectif. Ils ont droit aux prérogatives
d’information et de contrôle reconnues aux associés en nom.

-b- Les commanditaires :

Ils sont eux aussi des associés, et de ce fait participent aux résultats de l’exploitation
commune, mais n’ont pas la qualité de commerçant.
La principale obligation du commanditaire est de réaliser son apport. Une fois l’apport
réalisé, il est entièrement libéré et ne peut plus être poursuivi personnellement ni par ses
coassociés ni par les créanciers sociaux. L’obligation du commanditaire au passif social est
limitée au montant de son apport.
Un droit de contrôle est reconnu aux commanditaires par l’article 26 de la loi 5-96 : ils ont le
droit, à toute époque, d’obtenir communication des livres et documents sociaux et de poser
par écrit des questions sur la gestion sociale, auxquelles il doit être répondu également par
écrit.

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S’agissant des décisions sociales, les associés ne peuvent pas changer la nationalité de la
société (art.28 de la loi 5-96). En revanche, toute autre modification des statuts peut être
décidée avec le consentement de tous les commandités et de la majorité en nombre et en
capital des commanditaires. Les clauses édictant des conditions plus strictes de majorité sont
réputées non écrites.

B- Le régime des parts sociales

Aux termes de l’article 27 de la loi 5-96, les parts sociales ne peuvent être cédées qu’avec
l’accord de tous les associés. Cependant, les statuts peuvent prévoir que les parts des
associés commanditaires sont librement cessibles entre associés, que les parts des associés
commanditaires peuvent être cédées à des tiers étrangers à la société avec le consentement
de tous les commandités et de la majorité en nombre et en capital des commanditaires ; et
qu’un associé commandité peut céder une partie de ses parts à un commanditaire ou à un
tiers étranger à la société avec le consentement de tous les commandités et de la majorité
en nombre et en capital des commanditaires.

Section III : La dissolution de la société en commandite simple

Aux termes de l’article 30 de la loi 5-96, en cas de redressement ou de liquidation judiciaire


d’un des associés commandités, d’interdiction d’exercer une profession commerciale ou
d’incapacité frappant l’un des associés commandités, la société est dissoute, à moins que, s’il
existe un ou plusieurs autres associés commandités, la continuation de la société ne soit
prévue par les statuts ou que les associés ne la décident à la majorité requise pour la
modification des statuts.

Chapitre III : La société en participation

A l’instar des sociétés en nom collectif, la société en participation est une société à risque
illimité. Elle a la particularité de ne pas être soumise à la formalité de l’immatriculation au
registre de commerce, et partant, ne pas être dotée de la personnalité morale et des
attributs qui l’accompagnent. Ainsi, la société en participation n’a ni patrimoine (les apports
réalisés par les associés ne font pas l’objet d’un transfert de propriété), ni nationalité, ni
capacité juridique (elle ne peut souscrire aucun engagement personnel en qualité de
créancier ou de débiteur. Chaque associé contracte en son nom personnel et est seul engagé

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à l’égard des tiers), ni raison sociale, ni siège social légal (même si en pratique, les associés
choisissent de localiser l’activité en un lieu déterminé.).
Elle peut être civile ou commerciale en fonction de son activité.
La société en participation peut être occulte (elle n’est connue que par les associés qu’on
appelle « participants ») ou ostensible (son existence est révélée à certains tiers par les
participants) selon que son existence n’a pas ou, à l’inverse, a été révélée à des tiers.
La société en participation est caractérisée par la simplicité et la souplesse de son
fonctionnement. Ces particularités la rendent prisée pour mener à bien des opérations
ponctuelles. Elle est souvent utilisée dans des opérations où l’on cherche un véhicule souple
de coopération entre des structures déjà existantes. En effet elle permet de réaliser de
nombreuses opérations industrielles ou commerciales notamment, le cofinancement de
travaux de construction très importants, la recherche de débouchés commerciaux, la
répartition de risques entre assureurs et banquiers…Également, cette forme de société est
utilisée pour des opérations commerciales menées dans un cadre international.
Cette forme de société est largement abandonnée à la liberté contractuelle. Ainsi, les
associés conviennent librement de l’objet social, du fonctionnement de la société, de la
condition des associés et de la dissolution de la société (article 89 de la loi 5-96). Les seules
limites légales à cette liberté des associés, concernent les dispositions impératives découlant
du droit commun des sociétés (articles : 982, 985, 986, 988 et 1003 du D.O.C). Il s’agit en
l’occurrence, des dispositions relatives à la licéité de l’objet social, l’interdiction d’augmenter
les engagements des associés sans leur consentement, l’interdiction des clauses léonines, le
respect du droit des associés de participer aux décisions collectives…
La société en participation est régie par les articles 88 à 91 de la loi 5-96 sur la société en
nom collectif, la société en commandite simple, la société en commandite par actions, la
société à responsabilité limitée et la société en participation.

Section I : La constitution de la société en participation

Aucune condition de forme n’est requise pour la constitution d’une société en participation.
Pas même un acte écrit, néanmoins, il est recommandé d’en rédiger un afin de préciser les
droits et obligations de chaque associé. L’absence de toute formalité de publicité fait
l’originalité de la société en participation.
Quant aux conditions de fond, elles sont réduites au minimum.
La société en participation doit comprendre au moins deux associés, personnes physiques ou
personnes morales, dont la capacité dépendra de la nature commerciale ou civile de la
société. Elle ne peut être à associé unique (unipersonnelle) comme c’est le cas pour une
société à responsabilité limitée.

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L’acte qui constate la formation de la société doit être enregistré dans le délai d’un mois et il
est soumis au droit d’apport. Cet enregistrement ne fait pas perdre à la société son caractère
occulte.
Les associés devront fixer contractuellement leurs droits et obligations respectifs. Outre les
mentions habituelles des statuts, le contrat doit déterminer le caractère occulte de la
société, les pouvoirs du ou des gérants, les rapports des associés avec lui ou avec eux, la
rémunération et les modalités de révocation du ou des gérants. Également, doit être
mentionné dans le contrat la durée de la société, à défaut tout associé pourrait demander sa
dissolution par une notification adressée à tous les participants, à condition toutefois, que
cette notification ne soit pas faite de mauvaise foi ou à contretemps (art.91 de la loi 5-96).
Cependant, bien que la société en participation ne soit pas dotée de la personnalité morale,
il n’est pas dérogé à la condition de fournir des apports par les participants (art.89 al.1er de
la loi 5-96 prévoit le respect des dispositions de l’article 988 du D.O.C). Ainsi, les associés
peuvent fournir des apports en numéraire, en nature (biens immobiliers ou biens mobiliers
corporels ou incorporels), ou bien en industrie. Entre musulmans l’apport ne peut consister
en des denrées alimentaires.
La société en participation n’ayant pas la personnalité morale, elle ne dispose pas d’un
patrimoine propre pouvant recueillir les apports qui lui sont faits. C’est la raison pour
laquelle l’article 90 de la loi 5-96 a établi le régime juridique des apports vis-à-vis des tiers.
Ainsi, deux hypothèses sont concevables : soit que chaque associé conserve la propriété de
son apport qu’il met à la disposition de la société qui en a seulement la jouissance, soit que
les participants décident de mettre les biens apportés en indivision.
Cependant, les associés peuvent décider autrement, notamment, attribuer la propriété des
apports fournis à l’un des associés (souvent le gérant), en tout ou en partie.
Par ailleurs, et toujours d’après l’article 90 de la loi 5-96, les biens que les associés
acquièrent en emploi ou réemploi de deniers indivis pendant la durée de la société, sont
réputés indivis.
D’après l’article 91 de ladite loi, sauf stipulation contraire, aucun associé ne peut demander
le partage des biens indivis avant la dissolution de la société.
Dans les rapports entre les participants, l’utilisation des apports et leur condition sont
souverainement organisés par les protagonistes dans les statuts de la société.

Section II : Le fonctionnement de la société en participation

-A- Les rapports entre participants :

Au niveau interne, les rapports entre associés sont régis, soit par les dispositions
applicables aux sociétés civiles, si la société a un caractère civil, soit, si elle a un caractère

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commercial, par les règles applicables aux sociétés en nom collectif (article 89 al.2 de la loi 5-
96).
Cependant, les participants peuvent souverainement organiser leurs rapports sans pour
autant enfreindre certaines règles qui restent immuables, notamment la participation des
associés aux décisions collectives et aux résultats de l’exploitation commune.

-B- Les rapports avec les tiers :

Dans un souci de protéger les tiers l’alinéa 3 de l’article 89 de la loi 5-96 dispose que « à
l’égard des tiers, chaque associé contracte en son nom personnel. Il est seul engagé même
dans le cas où il révèle le nom des autres associés sans leur accord. Toutefois, si les
participants agissent ostensiblement en qualité d’associés, ils sont tenus à l’égard des tiers
comme des associés en nom collectif ». Ainsi, il y’a lieu de faire la distinction entre deux
hypothèses :
 Dans le cas où la société est occulte, les tiers ne connaissent que le gérant qui est
rentré en relation contractuelle avec eux. Ils ignorent l’existence de la société. Pour
eux, leur contractant est censé avoir agi en son nom et pour son propre compte. Ils
sont protégés par la théorie de l’apparence et par conséquence, l’associé qui a
contracté en son nom est seul engagé à l’égard des tiers, même s’il a révélé, à leur
insu, l’identité des autres associés au tiers.
 Lorsque la société est ostensible, c'est-à-dire lorsque les participants agissent en
qualité d’associés au vu et au su des tiers, ce qui suppose des actes positifs de leur
part, dans ce cas, chacun des associés est tenu indéfiniment des engagements pris,
sans solidarité si la société a un objet civil, avec solidarité si la société est
commerciale.
Cependant, les associés disposent des droits individuels : ils ont vocation à recevoir
une côte part des dividendes distribués, et à être informés du fonctionnement de la
société.

Section III : L’extinction de la société en participation

La société en participation prend fin pour les causes de dissolution communes à toutes les
sociétés, ainsi que celles propres aux sociétés en nom collectif lorsqu’elle a un caractère
commercial et celles propres aux sociétés civiles lorsqu’elle a un caractère civil.
Lorsqu’elle est à durée indéterminée, sa dissolution peut être le fait de l’un des associés qui
peut à tout moment, par notification adressée à tous les autres participants, demander à
mettre un terme à leur œuvre commune.

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Faute de personnalité morale, et par conséquence de patrimoine social, la dissolution de la
société en participation n’entraîne pas une liquidation mais un simple règlement de comptes
entre les associés, notamment, la reprise des apports par leurs propriétaires, le partage des
biens indivis ainsi que des bénéfices et des pertes selon les dispositions contractuelles ou, à
défaut, au prorata de la participation des associés
La société en participation présente des inconvénients découlant de l’absence de
personnalité morale et par conséquent de patrimoine propre. En effet, lorsque la société est
occulte, le patrimoine du gérant peut être insuffisant pour donner confiance aux tiers.
Dans la pratique, il est parfois difficile de distinguer la société en participation de situations
voisines, telles que le contrat de travail car les apports en industrie sont très fréquents dans
ce type de sociétés.
La distinction de la société en participation de l’indivision pose également problème car il
existe des points communs entre les deux institutions, surtout que certains biens mis à la
disposition de la société par les participants sont réputés indivis, ainsi que les biens que les
associés en emploi ou réemploi de deniers indivis pendant la durée de la société, et donc
soumis aux règles de l’indivision.

Partie II : Les sociétés de capitaux

A la différence des sociétés de personnes, les sociétés de capitaux ne sont pas fondées sur
l’intuitu personae. Ce sont des sociétés constituées pour drainer des capitaux importants
afin d’entreprendre les moyennes et grandes exploitations.
Dans ce type de sociétés, les apports comptent beaucoup plus que la personne et les
qualités intrinsèques des associés. En contrepartie des apports, les associés reçoivent des
titres appelés actions. Ces titres sont des valeurs mobilières librement négociables, sauf
dispositions contraires des statuts, d’où l’appellation de ces sociétés « sociétés par actions »
Par ailleurs, les associés ne sont tenus des dettes sociales qu’à concurrence de leurs apports.
La société anonyme est l’exemple type des sociétés de capitaux. Cependant, à côté de la
société anonyme, il existe deux autres formes de sociétés par actions : la société anonyme
simplifiée et la société en commandite par actions.

Chapitre I : La société anonyme

La société anonyme est une société commerciale dans laquelle les associés
appelés actionnaires, sont titulaires d’un droit représenté par un titre négociable appelé
action. Ils ne sont responsables des dettes sociales que dans la limite de leur mise dans le
capital social. C’est une société hiérarchisée et les pouvoirs des organes sont déterminés par
le législateur. Le qualificatif « anonyme » donné à cette forme de société, tient au fait que
les titres des actionnaires changent fréquemment de titulaires, plus particulièrement quand

52
la société est cotée en bourse. Elle n’est pas désignée par les noms de ses associés et tous
les événements qui affectent la situation juridique des associés (décès, incapacité,
liquidation judiciaire…) n’ont pas de retombés sur l’existence de la société.
La société anonyme est régie par la loi 17-95 telle qu’elle a été modifiée et complétée par la
loi 20-05 et la loi 78-12 (du 21 Janvier 2016).
Le législateur a minutieusement réglementé ce type de société en ayant pour principale
ambition de protéger les associés et les tiers. Il s’agit d’une véritable institution dans laquelle
le législateur a laissé une marge de manœuvre très minime à l’autonomie de la volonté
contrairement à ce qui en est pour les sociétés de personnes.
L’étude de la société anonyme va nous amener à se pencher successivement sur les règles
de sa constitution (section I), son organisation (section II) et les titres qu’elle est autorisée à
émettre (section III).

Section I : Caractéristiques et constitution d’une société anonyme

Sous-section I : Caractéristiques
La société anonyme se distingue par un certain nombre de spécificités notamment :
 La société anonyme est une société commerciale par la forme quel que soit la nature
de l’activité exercée, qu’il s’agisse d’une activité civile ou une activité commerciale.
Cependant, pour l’exercice de certaines activités économiques, le législateur exige
l’adoption de la forme d’une S.A. notamment, pour l’exercice d’une activité bancaire,
d’assurance ou d’investissement.
 La société anonyme est une société de capitaux dans laquelle la personne des
actionnaires s’efface derrière les apports qu’ils effectuent.
 Pour être actionnaire dans une société anonyme, la capacité civile est suffisante car
les actionnaires et les dirigeants n’acquièrent pas la qualité de commerçant du fait de
leur entrée dans ce type de société et par conséquence toute personne, physique ou
morale, autochtone ou étrangère, peut acquérir des actions dans une S.A.
Cependant, d’après l’article 38 de la loi 17-95 tel qu’il a été modifié par la loi n°20-05,
ne peuvent fonder une société anonyme, les personnes déchues du droit
d’administrer ou de gérer une société ou auxquelles l’exercice de ces fonctions est
interdit, ainsi que les personnes condamnées depuis moins de cinq ans pour vol,
détournement de fonds, abus de confiance ou escroquerie.
 La société anonyme est une société à risque limité. Le capital social représente une
grande importance dans ce type de société étant donné que les actionnaires ne sont
responsables des dettes sociales que dans la limite de leurs apports. Il représente le
seul gage des créanciers sociaux.

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 La société anonyme est une société par actions. Son capital social est représenté par
des valeurs mobilières appelées des actions. Ces titres sont librement négociables,
sauf dispositions contraires des statuts.
 La société anonyme est une société commerciale habilitée à ouvrir son capital à
l’épargne publique. Elle est la technique idéale pour réunir autour du berceau de
l’entreprise d’importants moyens matériels et financiers et un nombre illimité
d’associés, pour entreprendre les grandes et moyennes exploitations. Par ailleurs, la
société anonyme peut recourir à des techniques de concentration ou de prise de
contrôle pour améliorer sa compétitivité sur le marché. Il s’agit en l’occurrence, des
fusions (fusion absorption ou fusion avec création d’une société nouvelle.) et des
prises de contrôle par offre publique d’achat, offre publique d’échange ou apport
partiel d’actif.

Sous-section II : Constitution des sociétés anonymes

Il convient d’examiner les règles relatives à la constitution d’une S.A. et les sanctions prévues
pour leur non-respect.

Paragraphe I : Modalités de constitution des sociétés anonymes

Il y a lieu de distinguer deux hypothèses de création d’une société anonyme : société


constituée sans appel public à l’épargne et société constituée avec appel public à l’épargne.

Aux termes de l’article 9 de la loi 17-95 telle qu’elle a été modifiée par la loi 20-05, est
réputée faire appel public à l’épargne toute S.A. qui fait admettre ses valeurs mobilières à la
bourse des valeurs ou sur tout autre marché réglementé ; ou qui pour le placement des dites
valeurs à recours, soit à des sociétés de bourse, à des banques ou à d’autres établissements
financiers, soit au démarchage ou à des procédés de publicité quelconques.

Cependant, avant de se pencher sur chacune de ces hypothèses de constitution de S.A. il y a


lieu de passer en revue les exigences légales communes à toute création de société
anonyme.

-A- Les règles communes

Le législateur exige la réunion d’un certain nombre de conditions de fond, de forme et de


publicité pour la validité de la création d’une S.A.

1. Conditions de fond :

Les conditions de fond requises par le législateur sont inhérentes aux associés et au capital
social.

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 Les associés :

Le nombre minimum légal des actionnaires exigés est fixé à cinq, aucun maximum en
revanche n’est requis. Aucune condition particulière de capacité n’est exigée, la capacité
civile suffit et il n’existe pas de cas d’incompatibilité. L’actionnaire peut être une personne
physique ou une personne morale, un national ou un étranger.

 Le capital social :

Le capital social joue un rôle capital dans une S.A., il représente le seul gage des créanciers
sociaux. Pour renforcer la sécurité dans ce type de sociétés commerciales et pour empêcher
son adoption par des petites entreprises, le législateur exige un capital minimum, qui varie
en fonction du fait que la société fait ou non appel public à l’épargne. Il est de 300.000 DH
lorsque la société ne fait pas appel public à l’épargne et de 3 millions de dirhams lorsqu’elle
fait appel public à l’épargne.

Le montant exact du capital social doit figurer dans tous les actes émanant de la société.
Tout au long de la vie de la société, le capital social peut connaître des changements, soit
dans le sens d’une augmentation, soit par une diminution. Toute modification du capital
social doit faire l’objet d’une publicité. Cependant, aucune augmentation du capital social ne
peut être opérée si le capital initial n’a pas été entièrement libéré.

Les associés d’une S.A. contribuent par leurs apports, à la constitution du capital social initial
de la société. Les apports des associés peuvent être, soit des apports en nature, soit des
apports en numéraire. Ils ne peuvent en aucun cas être en industrie.

La totalité du capital social doit être souscrite, à défaut, la société ne peut être constituée.

Le législateur a prévu un régime spécial pour chaque type d’apports :

 Les apports en numéraire :

Aux termes de l’article 21 de la loi 17-95 les actions représentatives d’apports en numéraire
doivent être libérées de 25% au moins de leur valeur nominale au moment de la
souscription. Le solde est à libérer en une ou plusieurs fois, sur décision du conseil
d’administration ou du directoire dans un délai de trois ans maximums à compter de
l’immatriculation de la société au registre de commerce. A défaut, tout intéressé peut
demander au président du tribunal de commerce compétent, statuant en référé, d’ordonner
à la société, sous astreint, de procéder aux appels de fonds non libérés.

Les fonds provenant des souscriptions doivent être déposés dans les huit jours de leur
réception, dans un compte bloqué ouvert au nom de la société en formation.

55
Les fonds ne peuvent être retirés qu’après la naissance de la société en tant que personne
morale et sur présentation à la banque par le mandataire du conseil d’administration ou du
directoire d’une attestation délivrée par l’administration compétente justifiant que la société
est immatriculée au registre de commerce (article 34 de loi 78-12).

Les souscriptions et les versements sont constatés par une déclaration des fondateurs dans
un acte notarié ou sous seing privé déposé au greffe du tribunal du lieu du siège social. A la
déclaration sont annexés la liste des souscripteurs, l’état des versements effectués par
chacun d’eux et un exemplaire ou une expédition des statuts (art.23 de la loi 17-95).

En cas de non constitution de la société dans un délai de six mois après le dépôt des fonds,
les fondateurs sont tenus de les restituer aux souscripteurs. Cependant, si les fondateurs ne
font pas le nécessaire, tout souscripteur peut demander qu’il soit rendu une ordonnance de
référé désignant une personne chargée de se faire restituer les fonds versés et de les
distribuer aux souscripteurs.

 Les apports en nature :

Les actions représentatives d’apports en nature sont libérées intégralement lors de leur
émission.

Les apports en nature doivent faire l’objet d’une procédure d’évaluation par l’intermédiaire
d’un commissaire aux apports désigné par les fondateurs et qui sous sa responsabilité,
établit un rapport qui sera annexé aux statuts. Les statuts doivent comprendre la description
et l’évaluation des apports en nature telles qu’elles relèvent du rapport du commissaire aux
apports.

Les commissaires sont choisis parmi les commissaires aux comptes qui doivent eux même
être choisis parmi les experts comptables.

2. Les conditions de forme :


 Les statuts :

Selon l’article 11 de la loi 17-95 le contrat de société appelé statuts, doit être établi par un
support écrit qui peut être soit un acte authentique soit un acte sous seing privé. Si les
statuts sont établis par acte sous seing privé, il en est dressé autant d’originaux qu’il est
nécessaire pour le dépôt d’un exemplaire au siège social et l’exécution des diverses
formalités de publicité. Entre actionnaires les statuts sont la loi des parties et par
conséquence aucun moyen de preuve n’est admis contre leur contenu.

Aux termes de l’article 18 de la loi 17-95 les statuts doivent être signés par tous les
actionnaires soit en personne, soit par mandataire justifiant d’un pouvoir spécial.

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Les statuts doivent comprendre un certain nombre de mentions obligatoires. D’après les
articles 2 et 12 du code des sociétés anonymes, les statuts doivent déterminer : la forme, la
durée (qui ne peut excéder 99 ans), la dénomination, le siège social, l’objet et le montant du
capital social (article 2). En outre, d’après l’article 12 les statuts doivent mentionner :

1°) le nombre d’actions émises et leur valeur nominale, en distinguant, le cas


échéant, les différentes catégories d’actions créées et les droits afférents à chacune
de ces catégories (loi 78-12) ;
2°) la forme, soit exclusivement nominative, soit nominative ou au porteur, des
actions ;
3°) en cas de restriction à la libre négociation ou cession des actions, les conditions
particulières auxquelles est soumis l’agrément des cessionnaires ;
4°) l’identité des apporteurs en nature, l’évaluation de l’apport effectué par chacun
d’eux et le nombre d’actions remises en contrepartie de l’apport ;
5°) l’identité des bénéficiaires d’avantages particuliers et la nature de ceux-ci ;
6°) les clauses relatives à la composition, au fonctionnement et aux pouvoirs des
organes de la société ;
7°) les dis positions relatives à la répartition des bénéfices, à la constitution de
réserves et à la répartition du boni de liquidation.
 Les sanctions :

Aux termes de l’article 12 de la loi 17-95 si les statuts ne contiennent pas toutes les
énonciations exigées par la loi et les règlements ou si une formalité prescrite par ceux-ci
pour la constitution de la société a été omise ou irrégulièrement accomplie, tout intéressé
est recevable à demander en justice que soit ordonnée sous astreinte la régularisation de la
constitution. Le ministère public peut agir aux mêmes fins. Cette action se prescrit par trois
ans à compter de l’immatriculation de la société au registre de commerce.

3. Les conditions de publicité :

La société anonyme est soumise à une publicité qui renchérit sur celle des autres sociétés
commerciales.

 Aux termes de l’article 31 du code des sociétés anonymes, les fondateurs et les premiers
membres des organes d’administration, du directoire et du conseil de surveillance sont
tenus de déposer au greffe :
1) L’original ou une expédition des statuts ;
2) Une expédition du certificat de souscription et de versement des fonds indiquant
les souscriptions au capital social ainsi que la part des actions libérée par chaque
actionnaire ;

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3) La liste légalisée des souscripteurs indiquant, outre leur prénom, nom,
nationalité, qualité et profession, le nombre des actions souscrites et le montant
des versements effectués par chacun d’eux ;
4) Le rapport du commissaire aux apports, le cas échéant ;
5) Une copie du document de désignation des premiers membres des organes
d’administration, de gestion ou de direction et des premiers commissaires aux
comptes, lorsque ladite désignation intervient par acte séparé.

Selon l’article 13 de ladite loi, la publicité par dépôt d’actes ou de pièces est faite au greffe
du tribunal auprès duquel le registre du commerce est tenu.

La publicité est effectuée à la diligence et sous la responsabilité des représentants légaux de


la société ou par tout mandataire qualifié.

 La société est immatriculée au registre de commerce ; formalité administrative qui dote


la société de la personnalité morale. L’immatriculation de la S.A. au registre de
commerce local est assurée par le secrétariat greffe du tribunal de commerce dans le
ressort duquel est situé le siège social de la société. Les attestations justifiant que la
société est immatriculée au registre de commerce sont délivrées par l’administration
compétente (article 34 de la loi 78-12).
 Après immatriculation au registre de commerce, la constitution de la société fait l’objet
d’une publicité au moyen d’avis au Bulletin officiel et dans un journal d’annonces légales
dans un délai ne dépassant pas les trente jours. Cet avis doit comprendre les mentions
recensées par l’article 33 tel qu’il a été modifié par la loi 20-05.

-B- Constitution des sociétés sans appel public à l’épargne

Il s’agit d’une constitution instantanée ou simultanée dont les modalités sont relativement
simples. Les fondateurs créent entre eux une société anonyme en souscrivant la totalité des
actions composant le capital social et se conformant aux exigences légales abordées dans
l’étude des conditions de création communes aux sociétés anonymes.

-C- Constitution avec appel public à l’épargne

Dans ce cas, la constitution de la société est dite successive puisque les fondateurs font
appel aux investisseurs pour s’adjoindre à eux pour la création de la société.

Lorsqu’il y a constitution avec appel public à l’épargne, les opérations de constitution sont
relativement plus complexes. Pour renforcer la sécurité de ce type de société, le législateur
exige le respect d’un certain nombre de formalités inhérentes à l’information et à la publicité
car la société est appelée à réunir de nombreux associés et à mobiliser des capitaux
importants.

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Les principales étapes de création d’une S.A. faisant appel à l’épargne sont :

 Selon l’article 19 de la loi 17-95 tel qu’il a été modifié par la loi 20-05, si la société fait
appel public à l’épargne, les statuts signés des fondateurs sont déposés au greffe du
tribunal dans le ressort duquel se trouve le siège de la société en formation ou à l’étude
d’un notaire.
Le bulletin de souscription d’actions doit contenir les mentions fixées par le décret n° 2-
09-481 du 21/12/2009, et mentionner expressément que les statuts peuvent être
consultés audit greffe ou étude avec droit d’en prendre copie aux frais du demandeur.
 Les fondateurs doivent établir et faire viser une « note d’information » par l’Autorité
marocaine du marché des capitaux (qui s’est substitué au Conseil déontologique des
valeurs mobilières CDVM depuis 2016 avec un périmètre de compétence plus large et
une indépendance plus forte par rapport au pouvoir politique.) ce n’est qu’après le visa
de AMMC et la publication de la note d’information dans un journal d’annonces légales,
que l’appel public à l’épargne peut être lancé.
 L’observation du capital minimum légal de 3 millions de dirhams.

La lourdeur de ce procédé de constitution explique sa rareté dans la pratique.

Paragraphe II : Sanctions de l’inobservation des règles de constitution

-A- Régime de nullité

Le principe en matière de création de sociétés, c’est qu’il n’y a pas de nullité d’acte de
société sans une disposition expresse de la loi. En effet, la nullité entraîne la disparition de la
société ce qui a nécessairement des répercutions économiques et sociales importantes. Pour
établir un équilibre entre la nécessité de faire respecter la loi et la préservation de la société
en tant que cellule économique, le législateur n’a exigé à peine de nullité aucune des
conditions spéciales de constitution de la société anonyme. Le défaut de publicité n’est pas
davantage assorti de la nullité de la société anonyme.

Ainsi, le législateur ne permet de faire prononcer la nullité de la société que dans trois cas :

 Lorsqu’une disposition expresse prévoit la nullité.


 Le caractère illicite ou contraire à l’ordre public de l’objet social.
 L’incapacité de tous les associés fondateurs.
Lorsque le juge est saisi d’une action en nullité, il peut accorder aux fondateurs un
délai supplémentaire pour remédier à la situation.
Lorsque la nullité est prononcée, la société est dissoute sans rétroactivité pour
limiter au maximum les retombés de la disparition de cette cellule économique.

59
Cependant, il est à noter que si la procédure de vérification des apports en nature
n’a pas eu lieu, la société n’est pas constituée. Il s’agit là d’une inexistence plutôt
que d’une nullité de la société.
Par ailleurs, si le capital social de la société anonyme descend au-dessous du
minimum requis par la loi, il y’a lieu de la dissoudre.

-B- La régularisation :

Selon l’article 12 de la loi 17-95, si les statuts ne contiennent pas toutes les énonciations
exigées par la loi et les règlements ou si une formalité prescrite par ceux-ci pour la
constitution de la société a été omise ou irrégulièrement accomplie, tout intéressé est
recevable à demander en justice que soit ordonnée sous astreinte la régularisation de la
constitution. Le ministère public peut agir aux mêmes fins. Cette action se prescrit par trois
ans à compter de l’immatriculation de la société au registre de commerce. Cependant,
l’illicéité de l’objet ou de la cause ne peut en aucun cas être régularisée.

Section II : Le fonctionnement de la société anonyme

Le fonctionnement de la société anonyme est minutieusement réglementé par le législateur


qui a laissé peu de place à la liberté contractuelle. Ses organes sont hiérarchisés et
dépendent les uns des autres.

La société anonyme a été conçue à l’image d’une démocratie, avec une constitution (les
statuts), un parlement (les assemblées générales), un pouvoir exécutif (les organes de
gestion), et un organe de contrôle, le commissariat aux comptes.

Ainsi, trois organes participent au fonctionnement de la S.A. : les organes de gestion (sous-
section I) l’organe de contrôle à savoir le commissaire aux comptes (sous-section II) et les
assemblées générales (sous-section III).

Sous-section I : les organes de gestion de la S.A.

Le législateur propose deux modalités juridiques d’organisation de la gestion des sociétés


anonymes. Il s’agit de la gestion de type classique avec un conseil d’administration et un
directeur général ou un président directeur général (régie par les articles de 39 à 76 de la loi
17-95), ou une formule de gestion collégiale, inspirée du droit allemand, et qui comporte un
directoire et un conseil de surveillance (régie par les articles 77 à 105 de la loi 17-95).

Paragraphe I : La société anonyme à conseil d’administration

60
Au cas où les associés optent pour cette formule, la société sera administrée par un organe
collégial composé de plusieurs membres dénommé : conseil d’administration qui sera
chapeauté par un président. Les pouvoirs de direction peuvent être attribués, soit au
président du conseil d’administration et à ce moment-là, nous parleront de président
directeur général (PDG), soit à une autre personne qui sera dénommée le directeur général
(DG). Cependant, le directeur général peut s’adjoindre des directeurs généraux délégués qui
vont l’aider dans l’accomplissement de sa mission.

-A- Le conseil d’administration

1°) Composition :

Aux termes de l’article 39 de la loi sur les sociétés anonymes, le conseil d’administration doit
être composé d’un minimum de 3 membres et d’un maximum de 12 membres, ce maximum
est ramené à 15 si la société est cotée à la bourse des valeurs. Toutefois, en cas de fusion,
ces nombres de 12 et 15 pourront être dépassés jusqu’à concurrence du nombre total des
administrateurs en fonction depuis plus de six mois dans les sociétés fusionnées, sans pour
autant être supérieurs à 24, 27 ou 30 selon que les parties prenantes à la fusion sont cotées
en bourse ou ne le sont pas.

2°) Modalités de nomination :

Il existe trois modes de désignation des administrateurs :

 Désignation par les statuts : cette nomination est faite au moment de la création de
la société. Selon l’article 40 de la loi 17-95 les premiers administrateurs sont nommés
par les statuts ou dans un acte séparé faisant corps avec lesdits statuts. La durée du
mandat des administrateurs statutaires est librement fixée par les actionnaires, sans
pour autant excéder trois ans (art.48).
 Désignation par l’assemblée générale : selon l’article 40 de la loi sur les S.A. les
administrateurs sont nommés par l’assemblée générale ordinaire au cours de la vie
sociale. Toutefois, en cas de fusion ou de scission, la nomination peut être faite par
l’assemblée générale extraordinaire. La durée des fonctions des administrateurs est
déterminée par les statuts sans pouvoir excéder six ans (art.48 de ladite loi).
Par ailleurs, lorsque le nombre des administrateurs en fonction est devenu inférieur
au minimum légal, les administrateurs restants doivent convoquer l’assemblée
générale ordinaire dans un délai maximum de trente jours à compter du jour de la
vacance pour désigner des administrateurs, afin de compléter l’effectif du conseil.

61
 Désignation par les administrateurs : les administrateurs peuvent être nommés par
« cooptation ». En effet, selon l’article 49 de la loi sur les S.A. en cas de vacance par
décès, par démission ou par tout autre empêchement d’un ou plusieurs sièges
d’administrateurs sans que le nombre d’administrateurs soit inférieur au minimum
statutaire, le conseil d’administration, peut, entre deux assemblées générales,
procéder à des nominations à titre provisoire. Également, le conseil d’administration
doit procéder à des nominations lorsque le nombre des administrateurs est devenu
inférieur au minimum statutaire, sans toutefois être inférieur au minimum légal. La
nomination à titre provisoire doit être faite dans un délai de trois mois à compter du
jour où se produit la vacance. Cette nomination est faite à titre provisoire et ne
devient définitive que si elle est ratifiée par l’assemblée générale qui suit.
3°) Conditions d’accès aux fonctions d’administrateur :

Pour pouvoir postuler à un mandat d’administrateur, il est nécessaire d’observer un certain


nombre de conditions. Certaines sont positives d’autres sont négatives.

 Conditions positives :
1) Avoir la qualité d’actionnaire de la S.A. : chaque administrateur doit être titulaire
du nombre d’actions de la société prévu dans les statuts. Ce nombre ne peut être
inférieur à celui exigé par les statuts pour ouvrir aux actionnaires le droit
d’assister à l’assemblée générale ordinaire (art.44 de la loi sur les S.A.). Il est à
noter que l’administrateur peut être une personne physique mais aussi une
personne morale, lorsqu’une société est actionnaire d’une autre société.
Néanmoins, dans ce dernier cas, la société administrateur est tenue de désigner
un représentant permanant, qui exercera physiquement les droits
d’administrateur et sera soumis aux mêmes conditions et obligations et encourra
les mêmes responsabilités civile et pénale que s’il était administrateur en son
propre nom.
2) La capacité civile : les administrateurs, personnes physiques ou morales, sont
soumis aux conditions de capacité. Ils n’ont pas besoin d’avoir la capacité
commerciale comme c’est le cas pour les associés en nom, la capacité civile suffit.
 Conditions négatives :

L’accès aux fonctions d’administrateur est interdit à certaines personnes, soit pour des
conditions de moralité (déchéances), soit parce que leur profession est incompatible
avec l’exercice d’une fonction d’administrateur (les incompatibilités).

1°) Les déchéances :


La loi bancaire et le code des assurances interdisent l’accès aux fonctions d’administrateur à
toute personne qui a été condamnée pour une infraction contre les biens ou pour une

62
infraction à la législation de change. Par ailleurs, toute personne ayant fait l’objet d’une
condamnation à la déchéance commerciale ne peut ni diriger, ni gérer, ni administrer une
société.
Également, un salarié de la société ne peut être nommé administrateur que si son contrat de
travail correspond à un emploi effectif.

2°) Les incompatibilités :


-D’après le statut général de la fonction publique, un fonctionnaire ne peut pas être
administrateur à titre personnel sauf dans les sociétés où l’Etat a une participation.
-D’après la réglementation de certains ordres professionnels, il y a incompatibilité entre
l’exercice de la profession et la fonction d’administrateur. A titre d’exemple, la profession
d’expert-comptable et d’avocat ou médecin.
- La fonction d’administrateur est incompatible avec la fonction de commissaire aux comptes
dans la même société.
4°) Cessation des fonctions d’administrateur :

Les fonctions d’administrateur peuvent prendre fin pour les raisons suivantes :

 Causes classiques :
- L’expiration de la durée du mandat : les fonctions d’un administrateur prennent fin à
l’issue de la réunion de l’assemblée générale ordinaire appelée à statuer sur les comptes
du dernier exercice écoulé et tenue dans l’année au cours de laquelle expire le mandat
dudit administrateur. Lorsque le mandat arrive à son terme, l’administrateur doit cesser
ses fonctions sauf si son mandat est renouvelé. Les administrateurs sont indéfiniment
rééligibles sauf stipulations contraires des statuts.
- Le décès ou tout autre empêchement quelconque notamment la longue maladie ou
l’incapacité.
- La survenance d’une déchéance ou d’une incompatibilité.
- La dissolution de la société, dans ce cas les administrateurs sont remplacés par le
liquidateur.
 La démission :

La démission de l’administrateur est toujours possible et n’a pas à être motivée. La


société ne peut pas s’opposer à cette démission. Toutefois, la démission ne doit pas être
donnée avec l’intention de nuire ni à contretemps, sous peine de dommages-intérêts.

 La révocation :

Les fonctions des administrateurs prennent fin par leur révocation. Le principe fondamental
qui gouverne le statut des administrateurs de S.A est qu’ils peuvent être révoqués à tout
moment par l’assemblée générale des actionnaires, sans préavis ni indemnité, sans qu’il soit
63
nécessaire de donner un motif à cette révocation (ad nutum.). L’administrateur révoqué ne
peut pas s’opposer à cette révocation. Cette révocabilité est d’ordre public et ne saurait être
entravé par une disposition des statuts. Ceci manifeste la précarité de la condition des
administrateurs.

L’administrateur révoqué peut obtenir des dommages-intérêts en réparation du préjudice


subi, lorsque sa révocation a eu lieu de manière brutale, vexatoire, malveillante, entourée
d’une publicité désobligeante, portant atteinte de manière injustifiée à son honneur et sans
respecter le principe du contradictoire (audition préalable de l’administrateur).

5°) Statut juridique des administrateurs

 Droits et obligations :

La condition juridique des administrateurs de la société anonyme compense l’inconvénient


attaché à la précarité de leurs fonctions. En effet, ils n’ont pas la qualité de commerçant, ils
ne sont pas personnellement responsables du passif social et leur responsabilité est limitée à
leurs apports. Il faut toutefois noter qu’en cas de redressement judiciaire de la S.A, ils
peuvent être actionnés en comblement du passif s’ils ont commis une faute de gestion.

Par ailleurs les administrateurs jouissent d’un large droit d’information et d’investigation
dans la vie de la société, ce qui leur permet d’agir en connaissance de cause. Cependant, ils
sont tenus de respecter la confidentialité des informations qui leur sont communiquées, si
non ils engagent leur responsabilité civile et pénale (délit d’initiés) à l’égard de la société.

 Cumul avec un contrat de travail :

En ce qui concerne la possibilité de cumuler un contrat de travail avec un mandat


d’administrateur, le législateur a adopté une position assez restrictive. D’abord, un
administrateur en fonction ne peut pas conclure un contrat de travail avec la société qu’il
administre. Ensuite, et d’après l’article 43 de la loi 17-95, un salarié peut devenir
administrateur, sans perdre le bénéfice de son contrat de travail, si deux conditions sont
remplies :

- Le contrat de travail doit être effectif ;


- Le nombre des administrateurs liés à la société par un contrat de travail ne peut
dépasser le tiers des administrateurs en fonction.

Le critère principal est celui du contrat de travail effectif qui suppose que les fonctions
exercées au titre d’administrateur soient distinctes de celles attachées au contrat de travail,

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que, pour l’exercice de son travail, le salarié soit réellement en situation de subordination
juridique et qu’il perçoive une rémunération au titre du contrat de travail distincte des
jetons de présence perçus pour les fonctions d’administrateur.

Si l’une de ces conditions n’est pas remplie, la nomination en qualité d’administration est
nulle. Néanmoins, cette nullité n’entraîne pas celle des délibérations auxquelles a pris part
l’administrateur irrégulièrement nommé.

 La rémunération :

Aux termes de l’article 55 de la loi sur les sociétés anonymes, l’activité des administrateurs
ne peut être rémunérée que par des « jetons de présence ». Il s’agit d’une somme globale,
fixe, allouée par l’assemblée générale au conseil d’administration, qu’il répartit librement
entre ses membres. Cette répartition n’est pas nécessairement égalitaire.

Cependant, des rémunérations exceptionnelles peuvent s’ajouter aux jetons de présence,


lorsque des administrateurs se voient confier une mission particulière qui dépasse le cadre
normal de leurs fonctions.

Le conseil d’administration peut également autoriser le remboursement à un


administrateur, des frais de voyage et de déplacement engagés sur décision préalable de sa
part et dans l’intérêt de la société.

Les rémunérations et les remboursements des frais sont portés aux charges d’exploitation.

L’administrateur salarié a également droit à son salaire qui est la contrepartie de la


prestation de travail qu’il fournit à son employeur la S.A.

Le président du conseil a droit en outre à une rémunération spécifique qui s’ajoute à celle
d’administrateur.

En dehors de ces rémunérations, les administrateurs ne peuvent recevoir de la société


aucune autre rémunération, permanente ou occasionnelle. Toute clause contraire des
statuts est réputée non écrite.

6°) Fonctionnement du conseil d’administration :

Le conseil d’administration est un organe à fonctionnement collégial, c'est-à-dire que pris


isolément, l’administrateur n’a aucun pouvoir propre. Ses fonctions sont donc exercées
collégialement et après délibération.

 Réunions du conseil :

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Le conseil d’administration fonctionne par la tenue de séances de travail. Les modes et délais
de convocation sont fixés par les statuts. Le conseil est convoqué par son président qui fixe
l’ordre du jour.

D’après l’article 50 de la loi 17-95 telle qu’elle a été complétée par la loi 20-05, le conseil
d’administration ne délibère valablement que si la moitié au moins de ses membres sont
effectivement présents. Un administrateur peut donner mandat à un autre administrateur
pour le représenter à une séance du conseil sauf dispositions contraires des statuts.
Cependant, chaque administrateur ne peut disposer, au cours d’une même séance, que
d’une seule procuration.

Au cas où les statuts le permettent, les séances de travail du conseil d’administration


peuvent être tenues par les moyens de visioconférence ou moyens équivalents permettant
l’identification des administrateurs participant à la réunion, à l’exception de celles ayant
pour objet la prise de certaines décisions, notamment, l’élection du président du conseil
d’administration, du directeur général ou du directeur général délégué, ou encore, le
transfert du siège social dans la même préfecture ou province.

D’après l’article 50bis, il est désigné par moyens de visioconférence ou moyens équivalents
tous moyens permettant aux administrateurs… de participer à distance aux réunions.

Les moyens de visioconférence utilisés doivent remplir un certain nombre de conditions,


notamment, satisfaire à des caractéristiques techniques garantissant une participation
effective aux réunions, une transmission continue des délibérations et un enregistrement
fiable des discussions.

 Les pouvoirs du conseil d’administration :

Le conseil d’administration dispose de deux séries de prérogatives.

1°) les pouvoirs généraux

D’après l’article 69 de la loi 17-95, le conseil d’administration est investi du pouvoir de :

- déterminer les orientations de l’activité de la société ;


- veiller à leur mise en œuvre ;
- procéder aux contrôles et vérifications qu’il juge opportuns.

Toutefois, cette formulation très large de compétence connait des limites qui peuvent être,
soit d’origine statutaire, soit d’origine légale.

1) Limitations statutaires :

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En effet, les statuts peuvent subordonner la prise de certaines décisions à une autorisation
spéciale de l’assemblée générale, à titre d’enseigne, la vente de biens sociaux. Cependant,
ces limitations statutaires ne sont pas opposables aux tiers.

2) Limitations légales :

D’abord, le conseil d’administration ne peut exercer ses pouvoirs que dans la limite de ceux
expressément attribués par la loi aux assemblées générales des actionnaires.

Ensuite, le conseil d’administration doit respecter les attributions propres au président du


conseil.

Enfin, le conseil d’administration ne doit exercer ses pouvoirs que dans la limite de l’objet
social. Toutefois, dans les rapports avec les tiers, la société est engagée même par les actes
du conseil d’administration qui outrepassent l’objet social, à moins qu’elle ne prouve que les
tiers, étaient au courant, que l’acte dépassait cet objet social ou qu’ils ne pouvaient
l’ignorer.

2°) Les pouvoirs spéciaux :

L’autre série des prérogatives du conseil d’administration concerne diverses attributions


particulières. Ainsi, il est :

- Il est compétent pour la mise en place des organes sociaux : nomination PDG, fixation de
sa rémunération, répartition des jetons de présence ;
- Il est habilité à prendre les mesures nécessaires au bon fonctionnement des assemblées
d’actionnaires (convocation, ordre du jour, rapport de gestion, les comptes annuels…) ;
- Il intervient pour donner des autorisations qui concernent les cautions, avals et garanties
accordées par la société, car il s’agit d’actes qui peuvent se révéler dangereux et que le
président ne saurait passer seul ;
- Il est aussi appelé à donner son autorisation aux conventions intervenant entre la société
et l’un de ses dirigeants. Ces conventions sont ensuite soumises à l’approbation de
l’assemblée générale.

3°) Conventions entre la société et ses administrateurs :

La loi a minutieusement réglementé les conventions qui peuvent lier un administrateur à la


société qu’il administre. A propos de ce dispositif législatif inhérent aux conventions
réglementées, il y’a lieu de relever les points suivants :

67
- Son champ d’application est constitué des conventions conclues directement entre la S.A
et l’un de ses administrateurs, mais aussi des cas dans lesquelles cet administrateur
traite avec la société par l’intermédiaire d’une personne interposée.
- Certaines conventions sont expressément interdites. Aux termes de l’article 62 de la loi
sur les S.A à peine de nullité du contrat, il est interdit aux administrateurs autre que les
personnes morales de contracter, sous quelque forme que ce soit, des emprunts auprès
de la société, de l’une de ses filiales ou d’une autre société qu’elle contrôle, de se faire
consentir par elle un découvert, en compte courant ou autrement, ainsi que de faire
cautionner ou avaliser par elle leurs engagements envers les tiers, sauf si la société
exploite un établissement bancaire ou financier. L’interdiction s’applique également aux
conjoints et aux ascendants et descendants jusqu’au 2ième degré inclus des
administrateurs.
- Certaines conventions sont libres. Aux termes de l’article 57 de la loi sur les S.A, un
administrateur peut conclure avec la société sans autorisation, les conventions qui
portent sur des opérations courantes conclues à des conditions normales. Une opération
est courante lorsqu’elle est effectuée par la société de manière habituelle dans le cadre
de son activité (par exemple, la vente de produits fabriqués par la société. Une opération
est conclue à des conditions normales lorsqu’on applique à l’administrateur les mêmes
conditions que pour tous les clients de la société (prix, service après-vente, livraison à
domicile...). Cependant, ces conventions, sauf lorsqu’en raison de leur objet ou de leurs
implications financières ne sont significatives pour aucune des parties, sont
communiquées par l’intéressé au président du conseil d’administration. La liste
comprenant l’objet et les conditions desdites conventions est communiquée par le
président aux membres du conseil d’administration et au commissaire aux comptes dans
les soixante jours qui suivent la clôture de l’exercice (loi 78-12 modifiant et complétant la
loi 17-95).
- Toutes les autres conventions doivent être soumises à la procédure de contrôle.

D’après l’article 56 de la loi 17-95, toute convention intervenante entre une S.A et l’un de
ses administrateurs directement ou par personne interposée, doit être soumise à
l’autorisation préalable du conseil d’administration. Sont également soumises à autorisation
préalable du conseil d’administration les conventions intervenantes entre une S.A et une
entreprise, si l’un des administrateurs est propriétaire, associé indéfiniment responsable,
gérant, administrateur ou D.G de l’entreprise ou membre de son directoire ou de son conseil
de surveillance.

Le dispositif de contrôle est le suivant :

+ L’information du conseil d’administration par l’administrateur dès qu’il a eu


connaissance d’une convention soumise à autorisation.

68
+ Autorisation préalable du conseil d’administration dont la procédure est la suivante :
l’administrateur ne prend pas part au vote sur l’autorisation demandée (art. 58). Si
l’autorisation préalable n’a pas été obtenue du conseil, la convention conclue peut-être
annulée si elle a eu des conséquences dommageables pour la société. L’action en nullité se
prescrit par trois ans, à compter de la date de la convention. Toutefois, si la convention a été
dissimulée, le point de départ du délai de la prescription est reporté au jour où elle a été
révélée. La nullité peut toutefois, être couverte ultérieurement par l’assemblée générale,
intervenant sur rapport spécial du commissaire aux comptes, exposant les circonstances en
raison desquelles la procédure d’autorisation par le conseil n’a pas été suivie.
+ Le président du conseil d’administration avise le commissaire aux comptes de toutes les
conventions autorisées, dans un délai de trente jours à compter de la date de leur
conclusion et soumet celles-ci à l’approbation de la prochaine assemblée générale ordinaire.
+ Présentation par le commissaire aux comptes d’un rapport spécial sur ces conventions à
l’assemblée générale.
+ Délibérations de l’assemblée générale sur ces conventions au vu du rapport des
commissaires aux comptes : l’intéressé ne peut pas prendre part au vote et ses actions ne
sont pas prises en compte pour le calcul du quorum et de la majorité.

Les conséquences de ce système sont les suivantes :

-les conventions, approuvées ou non, produisent leurs effets à l’égard des tiers, sauf
annulation en cas de fraude.
-Même en l’absence de fraude, les conséquences préjudiciables à la société des conventions
désapprouvées peuvent être mises à la charge de l’administrateur et éventuellement des
autres membres du conseil d’administration.

 Responsabilité des administrateurs :

Les administrateurs encourent une responsabilité civile et une responsabilité pénale.

1°) Responsabilité civile :

Les dirigeants qui exercent mal leurs fonctions peuvent engager leur responsabilité car ils
causent un préjudice aux actionnaires et aux tiers.

Ainsi, les administrateurs encourent une responsabilité civile simple en cas de commission
d’infractions soit :

-aux dispositions législatives ou réglementaires applicables aux sociétés anonymes ;

69
-aux statuts de la société ;

-par des fautes commises dans leur gestion.

Les manquements des administrateurs peuvent causer deux séries de préjudice :

-le préjudice peut concerner la société, et dans un tel cas, la loi confère aux actionnaires le
droit d’agir au nom et pour le compte de la société. Cette action sociale « ut singuli » ne
profite pas aux actionnaires individuellement.

-le préjudice peut être individuel, ainsi l’actionnaire qui a subi un préjudice propre peut
exercer une action individuelle. Il agit pour son propre compte et les dommages-intérêts
tombent dans son patrimoine. Les actionnaires réclamant réparation d’un préjudice causé
par les agissements des administrateurs, peuvent donner mandat à l’un d’entre eux d’agir en
leur nom en justice.

La responsabilité des administrateurs peut être individuelle lorsque la faute a été commise
par un administrateur, elle est solidaire quand la décision a été prise par tous le conseil.

Par ailleurs, la responsabilité des administrateurs peut être aggravée lorsque la société fait
l’objet d’une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire. Dans cette hypothèse,
trois types de sanctions sont prévues par la loi :

- les administrateurs peuvent être condamnés à combler le passif, et de payer ainsi les
créanciers sociaux de leurs biens personnels. C’est le cas de l’exercice de « l’action en
comblement du passif » par les créanciers de la société contre les dirigeants.

- en cas de non-respect de la loi sur les obligations comptables des commerçants, les
administrateurs peuvent être mis en faillite personnelle.

- également les administrateurs peuvent faire l’objet d’une déchéance commerciale. C'est-à-
dire qu’ils seront interdits de diriger, de gérer ou d’administrer une société commerciale.

2°) La responsabilité pénale :

Le droit pénal est au service des actionnaires pour que soit respectée la législation inhérente
à la société anonyme. La plupart des règles impératives sont assorties de sanctions pénales.
Ainsi, peuvent être condamnés et punis par les sanctions prévues par le législateur, les
administrateurs qui abusent des biens sociaux, ou du crédit, ou du pouvoir qu’ils possèdent
dans la société. Sont également punis ceux qui présentent ou publient des bilans inexacts.

-B- Le président du conseil d’administration


70
Le président du conseil d’administration est toujours élu par le conseil d’administration. Il
s’agir d’une personne physique ayant nécessairement la qualité d’administrateur. Le
président est désigné pour le temps de son mandat d’administrateur. Il est rééligible. Il n’a
pas la qualité de commerçant, à l’égard des tiers, il est considéré comme un organe de la
société, et à l’égard des actionnaires, il est considéré comme un mandataire.

Le mandat du président du conseil d’administration peut prendre fin par le décès ou la


démission ou la révocation. En effet, le conseil peut à n’importe quel moment révoquer le
président « ad nutum », ce qui le met sous la dépendance totale du conseil. Cette révocation
ne peut donner lieu à aucune indemnité.

Le conseil d’administration nomme, sur proposition du président, un secrétaire du conseil


chargé de l’organisation des réunions sous l’autorité du président, et de la rédaction et de la
consignation des procès-verbaux.

La rémunération du président est composée de jetons de présence qu’il perçoit en qualité


d’administrateur et d’une somme spécifique liée à sa fonction et qui est déterminée par le
conseil d’administration. Sur le plan fiscal, sa situation est assez avantageuse dans la mesure
où sa rémunération est soumise au régime des salaires. Il bénéficie également, comme les
salariés, du régime général de la sécurité sociale.

Quant aux pouvoirs du président, il convoque le conseil, fixe l’ordre du jour, dirige les débats
et il a voix prépondérante en cas de partage des voix. Il préside également les assemblées
d’actionnaires.

-C- Le président directeur général (PDG) ou directeur général (DG)

La direction générale de la société anonyme peut être assurée de deux manières : soit par le
président du conseil lui-même et dans ce cas, on parle de président directeur général (PDG),
soit par une autre personne avec le titre de directeur général (DG), (art.67 de la loi sur les
S.A).

Sur le plan de ses attributions, le directeur général est l’organe essentiel de gestion de la S.A.
La loi confirme nettement cette place prépondérante en disposant qu’il assume, sous sa
responsabilité, la direction générale de la société et qu’il représente la société dans ses
rapports avec les tiers et qu’il est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toutes
circonstances au nom de la société.

71
Cependant, ces pouvoirs sont limités par le respect de l’objet social et les attributs des
assemblées générales et du conseil d’administration tels qu’ils sont établis par la loi.

Cependant, d’après l’article 67bis de la loi 17-95, sur proposition du DG, le conseil
d’administration peut donner mandat à une ou plusieurs personnes physiques chargées
d’assister le directeur général, avec le titre de directeur général délégué.

Le conseil détermine la rémunération du DG et des directeurs généraux délégués.

Le directeur général est révocable à tout moment par le conseil d’administration. Il en est de
même, sur proposition du DG, des directeurs généraux délégués. Si la révocation est décidée
sans juste motif, elle peut donner lieu à des dommages-intérêts, sauf lorsque le directeur
général assume les fonctions du président du conseil d’administration.

En cas d’empêchement d’exercer ses fonctions par le DG, les directeurs généraux délégués
conservent leurs attributions, sauf stipulations contraires des statuts.

Paragraphe II : Les sociétés anonymes à directoire et à conseil de surveillance

C’est la prise en considération des défauts du système de direction des S.A avec conseil
d’administration qui a conduit à cette nouvelle formule, inspirée du droit allemand.
L’objectif poursuivi a été de séparer clairement les fonctions de direction et de contrôle.
C’est ainsi que le directoire sera l’organe chargé de la marche de la société et le conseil de
surveillance se chargera exclusivement du contrôle de la gestion.

-A- Le directoire :

 Composition :

Selon l’article 78 de la loi sur les S.A le directoire est composé d’un nombre de membres fixé
par les statuts dans la limite maximale de cinq, sauf pour les sociétés cotées en bourse dans
lesquelles ce nombre peut être porté à sept. Cependant, si le capital social de la S.A est
inférieur à 1 500 000 DH, une seule personne peut remplir les fonctions du directeur avec le
titre de directeur général unique.

Les membres du directoire ne sont pas élus par l’assemblée des actionnaires, mais nommés
par le conseil de surveillance, qui confère à l’un d’eux la qualité de président (art. 79).

72
Les membres du directoire doivent tous être des personnes physiques. Il n’est pas nécessaire
qu’ils soient actionnaires de la S.A, ce qui permet de faire appel à des personnes extérieures
en raison de leurs compétences professionnelles.

Le cumul du mandat de membre du directoire avec un contrat de travail est libre, dans la
mesure où la loi n’a rien prévu de spécifique à ce propos, sauf le fait que la révocation de ses
fonctions de membre du directoire n’a pas pour effet de résilier le contrat de travail.

Les statuts déterminent la durée du mandat du directoire dans des limites comprises entre
deux et six ans. A défaut de dispositions statutaires, la durée du mandat est de quatre ans.

Les membres du directoire et le DG unique peuvent être révoqués par l’assemblée générale,
ainsi que, si les statuts le prévoient, par le conseil de surveillance. Si la révocation est
décidée sans juste motif, elle peut donner lieu à des dommages-intérêts.

 Attributions du directoire :

Outre diverses attributions particulières relatives au fonctionnement des assemblées


générales ou à la tenue des comptes, le directoire a une attribution générale : il est investi
des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société (art.102)
dans la limite de l’objet social et sous réserve de ceux qui sont attribués par la loi au conseil
de surveillance et aux assemblées d’actionnaires.

Les dispositions des statuts limitant les pouvoirs du directoire sont inopposables aux tiers.
C’est le président du directoire qui représente la société à l’égard des tiers.

Quant à l’organisation et au fonctionnement du directoire, la loi a laissé aux statuts le soin


de fixer les règles de tenue et de délibération du directoire. Cependant, sauf clause contraire
des statuts, les membres du directoire peuvent, avec l’autorisation du conseil de
surveillance, répartir entre eux les tâches de la direction, sans que cela ne retire au
directoire son caractère d’organe collégial.

-B- Le conseil de surveillance :

Le conseil de surveillance est composé de trois membre au moins et de douze membres au


plus, ils doivent être actionnaires de la société, leur mandat ne peut pas excéder six ans
maximums, ils peuvent être révoqués à tout moment par l’assemblée, ils sont rémunérés de
la même manière que les administrateurs.

Le conseil de surveillance a un statut proche de celui du conseil d’administration, mais avec


des fonctions différentes.

73
Les membres du conseil de surveillance peuvent cumuler leur mandat avec un contrat de
travail, à la condition qu’il s’agisse d’un emploi effectif. Toutefois, le nombre des membres
du conseil de surveillance salariés ne peut dépasser le tiers des membres en fonction.

Le rôle essentiel du conseil consiste à exercer le contrôle permanent de la gestion de la


société par le directoire. Ce contrôle est complet puisqu’il porte sur la régularité des
comptes, mais aussi sur la régularité de la gestion et même sur l’opportunité des actes
accomplis par le directoire.

Pour exercer efficacement son contrôle, le conseil de surveillance bénéficie de divers droits
de communication des documents sociaux et peut procéder à des investigations. Une fois
par trimestre, il doit recevoir du directoire un rapport sur la marche des affaires sociales, et
dans les trois mois qui suivent la clôture de l’exercice, le directoire lui présente tous les
documents à soumettre à l’approbation de l’AG annuelle. Également, il reçoit le rapport du
commissaire aux comptes. C’est grâce à ces informations que le conseil pourra établir son
rapport annuel à présenter à l’AG des actionnaires sur la gestion de la société par le
directoire.

D’autres pouvoirs spécifiques lui sont également octroyés par loi, notamment, le droit de
décider le déplacement du siège social dans la même préfecture ou province, sous réserve
de ratification ultérieure par AG., et la convocation de l’AG en cas de carence du directoire.

C’est le conseil de surveillance qui nomme le directoire et fixe sa rémunération.

Cependant, trois opérations ne peuvent être accomplies par le directoire que sur
autorisation du conseil de surveillance :

-la cession d’immeubles de la société ;


-la cession de participations dans d’autres sociétés ;
-la constitution de garanties au profit des tiers.

Sous-section II : le commissariat aux comptes

Toute société anonyme doit être dotée d’au moins un commissaire aux comptes. Il s’agit
d’un organe légal chargé d’une mission de contrôle et de suivi des comptes sociaux.

Paragraphe I : statut juridique du commissaire aux comptes

A- Nomination du commissaire aux comptes

Le commissaire aux comptes doit être nommé par les statuts de la création de la société
pour la durée d’un exercice et par l’assemblée générale ordinaire des actionnaires, tout au

74
long de la vie juridique de la société, pour une durée de trois ans sauf s’il a été nommé à la
place d’un autre commissaire aux comptes. Le commissaire aux comptes nommé en
remplacement d’un autre, ne demeure en fonction que pour le laps de temps restant à
courir du mandat de son prédécesseur. Les sociétés anonymes faisant appel public à
l’épargne, les sociétés de banque, les sociétés d’assurances, de capitalisation,
d’investissement, de crédit et d’épargne doivent désigner au moins deux commissaires aux
comptes. En cas d’omission ou d’irrégularité de désignation des commissaires aux comptes,
il est procédé à leur nomination par ordonnance du président du tribunal, statuant en
référé, à la demande de tout actionnaire, les administrateurs dûment appelés. Nul ne peut
exercer les fonctions de commissaire aux comptes s’il n’est pas inscrit au tableau de l’ordre
des experts comptables. Il ne doit pas être soumis aux causes d’incompatibilités générales
prévues par la loi, qui empêchent l’inscription ou le maintien sur la liste professionnelle. Le
commissaire aux comptes ne peut être ni salarié ni commerçant. Il ne peut non plus être
choisi parmi les dirigeants de la société qu’il est chargé de contrôler ou de l’une de ses
filiales, pour éviter un contrôle illusoire. Contrôleur et contrôlé ne doivent pas être une seule
et même personne. Les commissaires aux comptes ne peuvent être nommés dirigeants de la
société qu’ils contrôlent que 5ans après la fin de leur mandat, ils ne peuvent dans ce même
délai, diriger une société détenant 10% ou plus du capital de la société dont ils contrôlent les
comptes. Les dirigeants ne peuvent être nommés commissaires aux comptes de la société
dans les 5ans après la fin de leur mandat. Ils ne peuvent dans ce même délai, être désignés
commissaires aux comptes dans les sociétés détenant 10% ou plus du capital de la société
qu’ils dirigeaient.

Par ailleurs, l’article 161 de la loi 17-95 tel qu’il a été modifié par la loi 20-05 interdit aux
fondateurs, aux apporteurs en nature et bénéficiaires d’avantages particuliers l’exercice de
la fonction de commissaire aux comptes. Cette interdiction s’étend à leurs conjoints,
ascendants et descendants jusqu’au deuxième degré. Elle s’applique également à toute
personne qui assure pour les personnes visées ci-dessus, pour la société ou pour ses filiales
des fonctions susceptibles de porter atteinte à son indépendance ou reçoit de l’une d’elle
une rémunération pour des fonctions autres que celles prévues par le législateur. Le recours
à un conjoint ou associé exerçant dans une même société professionnelle d’experts-
comptables est également prohibé.

Si l’une de ces incompatibilités survient en cours de l’exercice de la fonction, le commissaire


aux comptes doit cesser immédiatement d’exercer ses fonctions et en informer le conseil
d’administration ou le conseil de surveillance dans les 15 jours qui suivent.

D’après l’article 404 de la loi sur la société anonyme, la méconnaissance de ces


incompatibilités entraîne la nullité de la désignation et expose le commissaire aux comptes à
des sanctions pénales.

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B- Cessation des fonctions du commissaire aux comptes

Les fonctions de commissaire aux comptes peuvent prendre fin pour les raisons suivantes :

-Expiration de la durée de la mission : les fonctions du C.A.C. nommé par l’A.G.O. prennent
fin après la réunion de celle qui statue sur les comptes du troisième exercice. Si à l’expiration
des fonctions d’un commissaire aux comptes, il est proposé à l’assemblée de ne pas le
renouveler, le C.A.C. doit être, s’il le demande, entendu par l’A.G.

-La démission : le C.A.C peut démissionner de ses fonctions à tout moment. Néanmoins,
d’après l’article 179 bis de la loi 17-95, il doit établir un document soumis au conseil
d’administration, ou au conseil de surveillance, et à la prochaine assemblée générale, dans
lequel il expose, de manière explicite, les motifs de sa démission. Pour les sociétés faisant
appel public à l’épargne, ledit document est transmis, immédiatement après la démission, à
l’Autorité marocaine du marché de capitaux (AMMC).

-La révocation : d’après l’article 179 de la loi sur les S.A. en cas de faute ou d’empêchement
pour quelque cause que ce soit, le C.A.C. peut, à la demande du conseil d’administration, ou
du conseil de surveillance, d’un ou plusieurs actionnaires représentant au moins 5% du
capital social ou de l’assemblée générale dans tous les cas être relevé de ses fonctions par le
président du tribunal, statuant en référé. Pour les sociétés faisant appel public à l’épargne, le
C.A.C peut être relevé de ses fonctions à la demande de l’Autorité marocaine du marché de
capitaux. La faute s’entend de l’inexécution ou de la mauvaise exécution de la mission du
commissaire pour une raison qui lui est imputable. L’empêchement peut être d’ordre
juridique (incompatibilité) ou physique (maladie de longue durée).

-La récusation judiciaire : d’après l’article 164 bis de la loi 17-95 les C.A.C. peuvent faire
l’objet d’une récusation. Cette procédure permet aux actionnaires représentant au moins 5%
du capital social de demander au président du tribunal statuant en référé la récusation pour
justes motifs du C.A.C. désigné par l’A.G. et de le remplacer par un autre. Ainsi, les
actionnaires minoritaires ont la possibilité d’écarter un commissaire aux comptes, suspect de
manque de compétence, ou d’indépendance à l’égard des dirigeants et des actionnaires
majoritaires. Cette possibilité de récusation est également offerte à l’Autorité marocaine du
marché de capitaux pour les sociétés faisant appel public à l’épargne. Cependant, la
demande doit être faite pour juste motif et dans le délai de trente jours à compter de la
désignation contestée.

Paragraphe II : la mission du commissaire aux comptes

Pour lui permettre de mieux contrôler les dirigeants, et mieux informer les actionnaires, le
législateur a considérablement élargi le rôle du C.A.C. en l’investissant d’une mission
permanente de :
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 Vérifier les valeurs et documents comptables de la société
 Vérifier la conformité de la comptabilité aux règles prescrites par la loi
 Vérifier la sincérité et la concordance avec les états de synthèse des
informations données dans le rapport de gestion et dans les documents
communiqués aux actionnaires sur le patrimoine de la société, sa situation
financière et ses résultats.

Le C.A.C. doit établir un rapport qui porte à la connaissance des dirigeants :

 Les contrôles et vérifications effectués


 Les modifications éventuelles à apporter à des postes des états de synthèse
 Les irrégularités et inexactitudes découvertes
 Les conclusions
 Tous les faits délictueux dont il a eu connaissance
Pour exercer cette mission le C.A.C. doit être parfaitement informé des affaires
sociales. C’est la raison pour laquelle, il doit être :
 Convoqué aux assemblées d’actionnaires
 Convoqué aux réunions du conseil d’administration et du directoire qui
arrêtent les comptes de l’exercice écoulé
 Disposer, suffisamment de temps à l’avance, des comptes et documents
qui seront soumis aux actionnaires lors de l’assemblée générale
 Les dirigeants doivent tenir à la disposition du C.A.C. au siège social :
- L’inventaire, le compte du résultat et le bilan 60 jours au moins
avant la convocation de l’A.G. annuelle
- Les états de synthèse et le rapport sur les opérations de l’exercice
par le conseil d’administration ou le directoire 60 jours au moins
avant la tenue de l’A.G.

Le C.A.C. peut se faire assister par des collaborateurs. Lorsque la société contrôlée fait partie
d’un groupe de sociétés, la mission du C.A.C. peut être étendue à la société- mère et aux
filiales.

Le C.A.C. en exerçant son contrôle ne refait pas la comptabilité, il procède par « sondage ».

Les dirigeants sociaux commettraient un délit en mettant volontairement obstacle à la


mission du C.A.C. (Art. 406).

Le droit d’information accordé au C.A.C. est corroboré par un pouvoir d’investigation, qui lui
permet de rechercher, tant auprès des différents organes de la société contrôlée, qu’auprès
des personnes physiques et morales distinctes de la société mais ayant des liens avec elle,

77
les informations complémentaires dont il a besoin pour mener à bien sa mission. Le secret
professionnel ne peut être opposé au C.A.C. sauf par les auxiliaires de justice (Art. 168)

Les pouvoirs du C.A.C. sont d’ordre public, ils ne peuvent être restreints par une clause des
statuts. Ils sont également généraux (le contrôle peut porter sur tous les documents qu’il
estime utile à l’exercice de sa mission) et permanents (le C.A.C. n’a ni date ni délai à
respecter pour l’exercice de sa mission. Les contrôles se font à toute période et tout au long
de l’exercice social)

Les C.A.C. doivent exercer leur contrôle dans l’intérêt de tous les actionnaires et respecter le
secret professionnel (Art. 177).

Cependant, cette mission ne doit comporter aucune immixtion dans la gestion. Le C.A.C. n’a
pas à juger de l’opportunité des opérations accomplies par les dirigeants, il doit seulement
vérifier leur régularité.

Par ailleurs, le commissaire aux comptes a un devoir d’alerte. Il est tenu d’informer les
dirigeants des faits de nature à compromettre la continuité de l’exploitation sociale. Cette
alerte doit être déclenchée par lettre recommandée avec accusé de réception dans laquelle,
il invite les dirigeants à prendre les mesures nécessaires pour remédier à la situation.

Sous-section III : Les assemblées d’actionnaires

L’assemblée générale des actionnaires, est l’organe le plus haut dans la hiérarchie des
organes sociaux. C’est l’assemblée générale qui nomme le conseil d’administration ou le
conseil de surveillance et le commissaire aux comptes.

D’après l’Art. 107 de la loi sur les S.A., il existe deux types d’assemblées : les assemblées
générales qui regroupent l’ensemble des actionnaires et les assemblées spéciales qui ne
réunissent que les titulaires d’une même catégorie d’actions.

Les assemblées générales à leur tour, peuvent être des assemblées générales ordinaires ou
extraordinaires.

Cependant, toutes les assemblées obéissent à des règles qui leurs sont communes et se
distinguent les unes par rapport aux autres par des règles spécifiques.

Paragraphe I : les règles communes à toutes les assemblées

Ces règles sont inhérentes à la tenue et aux délibérations des assemblées d’actionnaires.

A- La tenue des assemblées

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L’assemblée ne peut pas se réunir spontanément, elle doit être convoquée au préalable.
D’après l’Art. 116 l’assemblée générale ou spéciale ( Art.116 bis) est convoquée par le
conseil d’administration ou le conseil de surveillance et à défaut par le C.A.C., les
liquidateurs, un mandataire désigné par le président du tribunal statuant en référé à la
demande, soit de tout intéressé en cas d’urgence, soit d’un ou plusieurs actionnaires
réunissant au moins 1/10 du capital social, ou encore par les actionnaires majoritaires en
capital ou en droits de vote, après une offre publique d’achat ou d’échange ou après une
cession d’un bloc de titres modifiant le contrôle de la société.

La convocation doit comprendre l’ordre du jour de la réunion, c'est-à-dire, la liste des


questions sur lesquelles l’assemblée est appelée à délibérer. Cette exigence se justifie par le
fait qu’il faut permettre aux actionnaires de réfléchir aux questions qui seront débattues,
afin de pouvoir voter en toute connaissance de cause. L’assemblée ne peut valablement
délibérer que sur les points inscrits à l’ordre du jour. Toutefois, un ou plusieurs actionnaires
représentant au moins 5% du capital social ont la faculté de requérir l’inscription d’un ou
plusieurs projets de résolutions à l’ordre du jour.

D’après l’Art.122 de la loi 17-95 les convocations aux assemblées sont faites par avis inséré
dans un journal d’annonces légales. Cependant, si toutes les actions sont nominatives, la
convocation sera faite dans les conditions prévues par les statuts. Entre la date de la
convocation et le jour de la réunion, il doit s’écouler un délai minimum de 15 jours sur
première convocation et 8 jours sur convocation suivante.

Ce délai a été institué pour permettre aux actionnaires de prendre leurs dispositions pour
assister à l’A.G. L’avis de convocation indique, le cas échéant, les conditions et les modalités
de vote par correspondance. Toute assemblée irrégulièrement convoquée peut être
annulée.

Sauf clause contraire des statuts, les A.G. se tiennent au siège social ou dans tout autre lieu
de la ville du siège social indiqué dans la convocation.

Les statuts peuvent exiger la détention d’un nombre minimum d’actions pour participer aux
A.G.O. sans que celui-ci puisse être supérieur à dix.

Un actionnaire peut se faire représenter par un autre actionnaire ou un membre de sa


famille ou par une personne morale ayant pour objet la gestion de portefeuilles de valeurs
mobilières.

A chaque assemblée est tenue une feuille de présence qui est signée par les actionnaires
présents ou représentés, ce document permet de constater le nombre de participants pour
déterminer si le quorum est atteint. Lorsque les actionnaires sont réunis, ils procèdent à la
désignation du bureau de l’assemblée. Ledit bureau se compose de trois membres, un
79
président, qui est généralement le président du conseil d’administration ou du conseil de
surveillance, ou en son absence, la personne désignée par les statuts, et de deux scrutateurs
qui sont choisis parmi les actionnaires qui disposent du plus grand nombre d’actions par eux
même, ou à titre de mandataires. Le bureau ainsi désigné nomme un secrétaire, qui peut
être actionnaire et qui est chargé de rédiger le procès-verbal de la réunion. Ce procès-verbal
est signé par les membres du bureau et par le secrétaire.

B- Les délibérations

L’assemblée ne pourra valablement délibérer que si elle est suffisamment représentative de


la volonté des actionnaires et d’une fraction minimum du capital social. Le quorum et la
majorité varient suivant la nature de l’assemblée. Ils sont déterminés par la loi. Le vote a lieu
généralement à main levée. Les statuts peuvent prévoir que sont réputés présents pour le
calcul du quorum et de la majorité, les actionnaires qui participent à l’assemblée par des
moyens de visioconférence ou par tout autre moyen équivalent permettant leur
identification. Dans toutes les assemblées, le quorum est calculé sur l’ensemble des actions
composant le capital social ou la catégorie d’actions intéressées, déduction faite
éventuellement de celles qui sont privées du droit de vote en vertu de dispositions légales
ou statutaires.

Pour le calcul de la majorité, chaque action donne droit à une voix et un actionnaire a autant
de voix qu’il possède d’actions : c’est la règle de la proportionnalité du vote en nombre
d’actions. L’actionnaire doit exercer son vote en toute liberté, toute clause portant atteinte
au libre exercice du vote est nulle.

Paragraphe II : Règles particulières aux différentes assemblées d’actionnaires

A- Les assemblées générales :

On distingue deux types d’assemblées générales : les assemblées générales ordinaires et les
assemblées générales extraordinaires.

1°) Les assemblées générales ordinaires :

 Attributions :

L’assemblée générale ordinaire est appelée à prendre toutes les décisions qui n’entraînent
pas une modification des statuts. D’après l’Art.115 de la loi 17-95 l’A.G.O. doit se réunir au
moins une fois par an, dans les six mois de la clôture de l’exercice, sous réserve de
prolongation de ce délai une seule fois et pour la même durée, par ordonnance du président
du tribunal statuant en référé, à la demande du conseil d’administration ou du conseil de
surveillance, pour l’exercice des attributions suivantes :

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 Ecouter le rapport de gestion présenté par le conseil d’administration ou le directoire,
sur l’activité de la société pendant l’exercice écoulé.
 Recevoir les états de synthèse annuels des dirigeants.
 Entendre le rapport du commissaire aux comptes sur l’accomplissement de sa mission et
ses conclusions.
 Approuver les comptes de l’exercice.
 Statuer sur l’affectation des résultats
 Se prononcer sur les mandats des administrateurs ou des membres du conseil de
surveillance et du commissaire aux comptes.

 Délibérations :

D’après l’article 111 de la loi sur la S.A. l’A.G.O. ne délibère valablement sur première
convocation que si les actionnaires présents ou représentés possèdent au moins le quart des
actions ayant le droit de vote. Sur deuxième convocation aucun quorum n’est requis.

Elle statue à la majorité des voix dont disposent les actionnaires présents ou représentés.

2°) Les assemblées générales extraordinaires :

a- Attributions :

L’A.G.E. est la seule habilité à modifier les statuts dans toutes leurs dispositions, aucun autre
organe n’est compétent pour le faire. Toute clause contraire est réputée non écrite. A ce
titre l’A.G.E. peut procéder :

 Changement de la dénomination sociale.


 Modification du capital social, soit dans le sens de l’augmenter ou de le diminuer.
 Transfert du siège social dans une autre province ou préfecture.
 Modification de l’objet social.
 Modification de la forme de la société.
 Décider la dissolution de la société.
Cependant, la compétence de l’A.G.E. connaît une double limitation :
- Elle ne peut pas augmenter les engagements des actionnaires, sous
réserve des opérations résultant d’un regroupement d’actions
régulièrement effectué.
- Elle ne peut changer la nationalité de la société.

b- Délibérations :

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L’A.G.E. ne délibère valablement que si les actionnaires présents ou représentés possèdent
au moins, sur première convocation, la moitié, et sur deuxième convocation, le quart des
actions ayant le droit de vote. A défaut de ce dernier quorum, la deuxième assemblée peut
être prorogée à une date postérieure de deux mois au plus à celle à laquelle elle avait été
convoquée. Elle statue à la majorité des deux tiers des voix des actionnaires présents ou
représentés.

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