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Focus Group

Thème : Le culte de la virginité


Année universitaire 2019/2020

Elaboré par : Saadia Merouane


Lamriny Youssra
Nassif Aymen
Encadré par : Pr Barkaoui
Animateurs
Saadia Merouane
Etudiante en M1 Genre, Sociétés et Cultures
Yousra Mrini
Etudiante en M1 Genre, Sociétés et Cultures
Aymen Nassif
Etudiant en M1 Genre, Sociétés et Cultures

Participants
Houssine, 20 ans titulaire d’une licence en étude anglaise.
Lamiaa, 28 ans, cadre au ministère de finance. Master en Audit et contrôle de
gestion.
Sanaa 30 ans licence études économiques.
Fatima, 78 ans, femme au foyer.
Imane, 25 ans 2eme année psychologie.

Date et Heure : 14/12/2019 à 14 h:30.


Dans le cadre du Master Genre, Sociétés et Cultures, nous avons été amenés à
réaliser une recherche académique sous forme d’un focus groupe en relation
avec le genre et les nouvelles perceptions de la femme dans la société
marocaine. Notre choix s’est porté sur la question de la virginité. Un sujet tabou
et polémique provoquant un large débat entre partisans et opposants.

Nous avons tenté de choisir un échantillon de participants assez hétérogène ;


des personnes issues de divers couches sociales avec des niveaux de scolarité
différents ainsi qu’une tranche d’âge différente. Le groupe était plutôt réceptif
aux questionnements et n’ont pas hésité à donner leurs avis ouvertement. En
revanche, la formation de cet échantillon n’était pas sans difficulté. Dans un
souci de composer un groupe hétéroclite avec un cadre de référence et des
courants de pensée différents. Nous avons sollicité la participation de nos
camarades lauréats des Etudes Islamique. Ceux-là ont manifesté de la résistance
à répondre à toutes les questions, certains un refus catégorique d’y participer
pensant que ce sujet est contre la religion.
Avant l’enregistrement, Nous avons commencé par lancer des discussions sur
le couple homme/femme, les relations hors mariage, pour les mettre le groupe
dans le confort de l’échange. Il a suffi d’une seule question ouverte sur la virginité
et certains répondants ont préféré de parler sans être interrompus.

Houssine, 20 ans titulaire d’une licence en étude anglaise.


Quel est votre avis concernant la virginité dans la société marocaine ?
« Pour moi c’est un sujet d’actualité sur les réseaux sociaux, on trouve une
grande contradiction qui différencie les hommes des femmes. Dans notre
société, pour une femme il est obligatoire d’être vierge avant de se marier. En
revanche, pour l’homme ce n’est pas une nécessité. A mon avis il devrait y avoir
aucune distinction. Mieux encore Je pense que la femme est plus cérébrale que
l’homme. »
Pourquoi pensez-vous cela ?
« Je pense que la femme prend son temps à réfléchir avant d’agir plus que
l’homme. Et la preuve c’est qu’elle l’a dépassé dans plusieurs domaines. »
Que pensez-vous des conséquences que les femmes subissent après avoir
dévoilé leur perte de virginité dans un cadre hors mariage ?
« Nos traditions marocaines imposent aux femmes d’être vierges avant le
mariage, par peur du « Hchouma », un construit social qui règne dans tous les
milieux des différentes couches sociales dont on ne comprend pas l’origine.
Alors que les sociétés modernes ont dépassé ce complexe et vivent en harmonie
avec leur corps.
Si nous avons 8 millions de femmes en âge de se marier, c’est essentiellement à
cause de la perte de virginité produite par un manque de sagesse ou bien une
erreur du passé. »
Pourquoi pensez-vous que l’homme revendique la virginité de la femme avant
le mariage ?
« Je vois que le principal prétexte pour protéger la virginité c’est la
religion « l’Islam ». Alors que la religion n’aborde pas le sujet de la virginité dans
les versets coraniques.
C’est nous qu’il l’avons inventée et intégrée dans la tradition. C’est une sorte de
fierté pour l’homme qui flatte son ego d’être le premier dans la vie d’une
femme. »
Càd que si la femme a eu des expériences sexuelles dans sa vie antécédente
c’est que forcément c’est une femme de petite vertu et sans pudeur ?
« Oui exactement c’est ce que j’ai constaté dans la mentalité marocaine. Quant
à moi je ne vois aucune différence entre les expériences féminines ou
masculines. Chacun doit se mêler de sa vie privée.
Personnellement je n’ai aucun problème si je me marie avec une femme non
vierge.
Je pense que ce problème persiste encore dans les milieux ruraux. Dans les
grandes villes soi-disant plus ouverts à la culture occidentale cette question
commence à être dépassée. »
Lamiaa, 28 ans, cadre au ministère de finance. Master en Audit et contrôle de
gestion.
Pourriez-vous clarifier votre position par rapport à la virginité dans la société
marocaine ?
« En ce qui me concerne je suis une femme très conservatrice. Nous vivons dans
une société marocaine dans le fondement sont les préceptes de La religion
islamique. Je refuse catégoriquement que la femme prenne à la légère son
honneur et celui de son entourage. Le monde n’est pas anarchique, c’est un don
naturel qu’on doit conserver en respectant les règles religieuses. On ne doit pas
s’amuser à avoir des relations aléatoires avant de se marier.
Par contre, la science a démontré qu’il existe des femmes sans hymen et ce,
depuis la naissance donc on ne doit pas les blâmer. »
Donc pour vous la virginité est quelque chose de sacré ?
« Oui, mais il faut faire la nuance en prenant en considération les femmes
violées, ou bien celles qui ont subi des accidents. Ou celles qui comme j’ai dit
naissent avec ce défaut. Toute la question repose sur la confiance entre le
couple. Le mari a le droit de savoir et il n’est pas censé la juger négativement
tout en restant compréhensif. »
Donc si j’ai bien compris vous partagez la même position avec les hommes qui
optent pour le divorce le lendemain de la nuit de noce s’ils découvrent que
leurs femmes ne sont pas vierges ?
« Oui, comme vous le savez cette question a été évoquée dans beaucoup
d’œuvres cinématographiques et théâtrales auparavant.
La virginité reste toujours un sujet tabou dans la société marocaine, malgré
qu’on voie l’émergence d’une ouverture d’esprit chez les jeunes marocains.
Je défends la tradition marocaine qui insiste sur la protection de la virginité
féminine. Le mari a le droit d’avoir une femme vierge. »
Est-ce que vous trouvez que la virginité est un signe d’innocence ?
« Non je ne le pense pas, par contre le contraire est un signe d’accusation. »

Sanaa 30 ans licence études économiques


« Je vais essayer de donner mon avis en tant que jeune marocaine qui fait partie
de cette génération. Dans le passé, la vertu d'une femme se mesurait à une
simple membrane vaginale. Des femmes ont été menacées de mort juste parce
qu'elles ont perdu cette membrane cruciale aux yeux de son entourage qui en
quelque sorte représentait l’honneur de la famille.
C'était une grande erreur de la société marocaine de l'époque qui prenait la
virginité comme une évidence, l'insérait dans les traditions et la considérait
comme un péché religieux en cas de perte dans une relation extraconjugale. Je
pense que la virginité est une affaire personnelle qui ne concerne que les
femmes. Je n'encourage pas les femmes à perdre cette virginité, mais
j'encourage l'éducation sexuelle des femmes afin de faire les bons choix qui leur
conviennent, ainsi que de se protéger contre le viol et les problèmes de santé.
Je rejette totalement la réduction des femmes dans une simple tradition, c’est
la masculinité et l'idéologie des hommes injustes qui continuent de stigmatiser
la femme. Pour conclure, je pense que ma valeur se mesure avec des choses plus
importantes telles que ma dignité, mon attitude d'aide envers les gens, ma
mentalité et ma position sociale. »

Fatima, 78 ans, femme au foyer.


Pour vous est ce que la femme doit être obligatoirement vierge pour pouvoir
se marier ?
« Oui, nécessairement. Mais sinon de nos jours on voit que les choses ont
commencé à changer »
Dans votre époque comment on traitait la femme non vierge ?
« Elles étaient maltraitées et battues par leurs maris. On vivait dans une société
d’ignorants ! »
Selon vous la virginité ne pose plus problème aujourd’hui ?
« Actuellement, on ne se rend même pas compte de ce qui se passe entre le mari
et sa femme. Tout se passe dans le secret et la discrétion. »
Dans votre époque, est ce que le rituel appelé « Sarwal » était une pratique
courante?
« Oui en effet, ce rituel était très important après la nuit de noce, on sortait le
pantalon ensanglanté de la jeune mariée et on le faisait circuler dans les rues
pour prouver la pureté et la chasteté de la jeune mariée.
Par contre, les femmes non vierges restaient toujours humiliées dans leur
entourage.»

Connaissez-vous des femmes qui ont vécu cette expérience ?


« Absolument. Lors de la nuit de noce, on était nombreux à se mettre devant la
chambre à coucher, en attendant que le mari nous sorte le « sarwal » sinon on
appelle la famille pour produire un scandale.
Maintenant les choses ont changé. Je préfère l’époque actuel parce que la
femme garde son intimité avec son mari. Elle se protège du regard stigmatisant
de la société. »

Imane , 25 ans 2eme année psychologie

Quand j'ai entendu dire qu'un groupe de discussion avait été créé sur le sujet de
la virginité, je n'ai pas hésité à y participer. C'est un sujet qui hante notre vie
quotidienne, les gens en parlent encore sans en avoir conscience. La question de
la virginité remonte au Moyen Âge et à la civilisation passée. Elle a été définie
comme une membrane dans l’organe génital des femmes et que celles-ci doivent
conserver intacte jusqu’au mariage.
Les femmes non vierges étaient et sont toujours considérées comme des
prostitués, des femmes de petite vertu , non responsables qui ne respectent pas
leur famille et leur futur mari. Je me demande toujours pourquoi les gens
associent la virginité aux femmes seulement ? les hommes ne s'en préoccupent
pas. Au contraire, les hommes exhibent leurs conquêtes sexuelles avec fierté.
Cette attitude est courante dans les sociétés orientales; Devant une femme non
vierge les réactions sont multiples ; du rejet, de la stigmatisation, du
dénigrement et parfois même de la violence physique qui conduit dans de
nombreux cas à des homicides. De plus, ce danger peut toucher des jeunes filles
vierges dont les veines ne produisent pas de sang après la défloration, comme je
l'ai vu dans des feuilletons égyptiens et syriens à la télévision.
En plus de ça, au Maroc les femmes sont censées donner un certificat de virginité
à leur futurs époux afin de l'accepter ainsi que sa famille. C’est un certificat
d’honneur « Alcharaf » qui atteste de la pureté et de la bonne conduite de la
jeune femme sans lequel tous les regards inquisiteurs sont braqués envers elle.
Je déclare que je suis toujours vierge même si je ne veux pas garder cette
membrane et même si je connais mes choix, mais la société marocaine m'a forcé
à être vierge pour protéger mon image familiale ainsi que celle de mon
entourage. J'ai peur du rejet et des critiques de mon futur mari qui peut faire un
grand scandale si je suis plus vierge. Les femmes non vierges se trouvent dans de
gros embarras; des fois elles ont recours à une hyménoplastie juste pour
montrer leur innocence.

Pour conclure, nous devons revoir l’interprétation de notre religion quand il


s'agit de ce sujet. L'Islam a parlé de l'égalité de virginité des hommes et des
femmes. Pour faire une comparaison, les femmes africaines peuvent pratiquer
leur vie sexuelle avant le mariage et ont le droit d'avoir un enfant ; c'est dans
leurs traditions. En Amérique, les femmes non vierges sont considérées comme
inexpérimentées sexuellement. Nous vivons en 2019 et nous allons passer à une
autre décade bientôt. Nous devons nous débarrasser de ces stéréotypes.

Commentaire
Comme vous pouvez le constater à traves cet échange, nous avons posé des
questions directes et sans détour. Certains des participants ont adhéré à notre
vision, d’autres ont été plutôt contre en restant fermes dans leurs positions.
Hommes et femmes ont fourni des opinions contradictoires au sujet de la
virginité, néanmoins le débat était fructueux et positif.
Lors du déroulement du focus groupe, nous avons constaté que les femmes
interviewées parlaient facilement et ouvertement avec les animatrices en se
trouvant plus à l’aise d’aborder un pareil sujet et de partager leur expérience
qu’avec un animateur homme car pour elles, l’homme garde toujours son
jugement péjoratif sur les femmes non vierges, malgré son niveau d’étude
avancé, et même si nous avons introduit cet exercice comme étant une
recherche académique, purement objective.
En soi le débat était interactif, les participants abordaient plusieurs sujets
déviant notre de notre objectif premier, donc nous avons fourni des efforts à
recentrer le débat sur la question sans les réprimer. Le ton du débat était vif et
passionnant notamment entre les personnes qui défendent la virginité et ceux
qui la considère comme un cliché archaïque qui poursuit les femmes jusqu’à
maintenant. En outre, certaines femmes ont été très satisfaites de leur
participation car elles pensent qu’elles ont pu extérioriser leur pensée et leur
sentiment envers cette question sensible.
Par ailleurs nous avons été particulièrement choqué de l’attitude méprisante
d’un étudiant du département d’étude islamique qui a réagi négativement à
notre proposition de participer à ce focus groupe trouvant que cette question
est marginale sans grande importance voire impudique et contre les principes
religieux, en nous disant qu’il vaudrait mieux s’intéresser à des sujets plus
valorisants (l’éducation, la santé, la politique…).
L’échange prenait plutôt le parti de la modernité, de la liberté des corps et du
respect de la vie privée. Presque tous les répondants s’accordaient que la
virginité et le fruit d’un construit social qui avec la mondialisation et l’ouverture
sur les autres cultures commence à se tasser et à prendre du recul. Typiquement
quand Houssine a avancé que la virginité est un sujet archaïque qui se réfère aux
fausses interprétations religieuses, et intégré dans les traditions, d’autre femmes
dans le groupe l’ont approuvé sur cette question. Le groupe en total rejetaient
l’idée que la femme soit minimisée dans un hymen ou un certificat de virginité.
Ils ont aussi pointé du doigt les deux poids et deux mesures quant au regard
porté par la société sur les femmes et les hommes sur cette question. En incitant
à l’élimination de l’injustice sociale qui donne à l’homme la liberté d’avoir des
relations sexuelles hors mariage sous prétexte d’acquisition d’expérience et
d’interdire les femmes d’en avoir.
Tous les répondants partagent le fait que la société magrébine et orientale en
général se trouve dépassée par rapport à l’occident sur la liberté de disposer de
son corps et de l’intimité de la vie privée. Les femmes éprouvent la peur d’être
pointées du regard de la société et d’être humiliées, mais pas seulement les
participants ont dénoncé fortement les cas de meurtre qui ont eu lieu à cause
d’une perte de virginité hors cadre conjugal.
Après avoir entendu et enregistré ces avis, nous avons décidé de faire un
recoupement d’information en se basant sur les constats des sociologues
marocains traitant le sujet de l’inégalité sexuelle. Selon la sociologue marocaine
Nouzha Guessous, également consultante en droits humains des femmes. « Les
femmes sont encore contraintes de subir un test de virginité sous la pression
parentale, familiale ou conjugale. Une pratique socialement construite». En
effet, à travers les différentes réponses nous ne pouvons que constater que la
société a crée une vision idyllique de la virginité faisant fi de la science et de la
modernité. Et que ces pratiques qui relèvent d’une ère révolue trouvent toujours
chez nous un moyen d’exister. Comme ça était évoqué dans les échanges, des
pratiques telle que : « Sarwal » ou la demande du « Certificat de virginité » qui
sont toujours de mise humilient les femmes et les rabaisse à un statut d’objet
aux yeux de la société, et renforce le manque de confiance chez la femme.

Autre sociologue marocaine telle que Marya Khtira avance quant à elle que « Le
changement doit être conduit par les femmes elles-mêmes, notamment celles
qui vivent dans les zones urbaines. Mais avant de leur demander de rejeter les
tests de virginité, je pense qu’il faut avant tout reconsidérer des facteurs
importants, notamment l’éducation » et « qu’accepter ce mythe encourage
l’hypocrisie sociale et la discrimination fondée sur le sexe. »

A travers ce focus groupe, nous avons constaté que les positions restent
diamétralement opposées sur la virginité. Chacun selon son cadre de référence
et son éducation religieuse défend ou rejette la virginité de la femme c’est selon.

En ce qui nous concerne en tant jeunes chercheurs(ses), nous proposons


l’intégration de l’éducation sexuelle comme moyen de subvertir les idées reçues,
comprendre le corps humain et dépassé les stéréotypes et les jugements de
valeur qui réduisent la femme à un bout de chair sanctifié à tort.