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DÉCOUVERTE N°344-345 JANVIER-FÉVRIER 2007 47 48 DÉCOUVERTE N°344-345 JANVIER-FÉVRIER 2007

La conversion kwh/m²
kwh/
/
1850-1950

1750-1850

photovoltaïque 1650-1750

1550-1650

1450-1550

de l’énergie solaire 1350-1450

1250-1350

1150-1250

1050-1150

Parc solaire 950-1050


de 10 MWc installé
à Pocking (Allemagne) 850-950
capable d’alimenter
750-850
3 300 maisons
en électricité. FIGURE 1
Irradiance solaire moyenne annuelle.
Database Meteonorm (www.meteonorm.com) © Meteotest (Bern, Suisse).
© www.martin-bucher.de,
Stuttgart/Germany

Énergie solaire centaines de MW n’occupant que quelques


et modules photovoltaïques km2 au sol. Pour autant faut-il, comme je l’ai
lu, la comparer avec une bande de 100 mètres
Même si l’énergie solaire est maintenant de de large, le long des plages françaises et ten-
mieux en mieux reconnue dans de nombreux ter de démontrer ainsi l’impossibilité du re-
pays et auprès de l’opinion publique, cette re- cours massif à cette énergie ! On peut très
connaissance n’a pas été facile et a dû (et doit bien imaginer de mettre cette bande un peu
DANIEL LINCOT 0a Terre baigne dans l’énergie solaire, une énergie toujours) faire face à de nombreuses opposi- plus loin de la plage et pourquoi pas de la ré-

L
Directeur de recherches tions sur des bases parfois étonnamment ré- partir où cela ne gène pas ! Là encore c’est un
évidente, tellement évidente qu’on l’oublie souvent.
au CNRS ductrices. On reproche par exemple à peu comme si on refusait de manger du pain
Pourtant avec 1,56.1018 kWh/an, l’énergie solaire incidente l’énergie solaire, et à ses modes d’exploitation sous prétexte qu’il a fallu des centaines de
représente plus de 10 000 fois la consommation mondiale directe en électricité en particulier, d’être in- mètres carrés pour le produire.
d’énergie (environ 1,1.1014 kWh ). Il s’agit donc d’une termittente (jour, nuit, saisons), diffuse et non Il est utile d’étayer cette démonstration sur
énergie abondante, renouvelable, qui pourrait parfaitement concentrée, en oubliant que toute notre ali- la base de données concrètes. Dans le cas de
mentation, que le pétrole lui-même, sont la France, la quantité d’énergie reçue en
couvrir la totalité ou une grande part de nos besoins
basés sur ce mode de production énergétique. moyenne par an et par mètre carré varie entre
énergétiques futurs, comme elle l’a fait durant des milliers C’est comme si nous mettions sur le même 1,2 MWh et 1,5 MWh (la puissance lu-
d’années. Dans le contexte actuel de prise de conscience plan, société de consommation oblige, le fait mineuse incidente de référence en plein midi
généralisée des incertitudes énergétiques et de la nécessité de se servir dans un réfrigérateur alimenté au- face au Soleil est de 1 kW/m2). Cette valeur
de lutter contre le réchauffement climatique, un recours massif tomatiquement et celui de produire les ali- varie suivant la localisation géographique
à l’énergie solaire sous toutes ses formes, directes ments eux-mêmes. La question du caractère comme le montre, pour l’Europe la carte ci-
non concentré de cette énergie est aussi mise après (fig. 1). Elle atteint 2,7 MWh dans le
(photovoltaïque, thermique) ou indirectes (éolien, biomasse)
en avant, une centrale électrique de plusieurs Sahara.
doit s’imposer comme une priorité, une évidence.
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Si on considère une option tout à fait Californie, adoptée l’été dernier, autour de
raisonnable de modules photovoltaïques de l’objectif « un million de toits solaires ». La
10 % de rendement électrique, l’énergie pro- puissance normalisée d’un module photo-

1 727,0
duite sera d’environ 130 kWh/an/m2. Pour at- voltaïque s’exprime en Watt crête (noté Wc) et 2 000
teindre la production électrique française correspond à la puissance électrique qu’il
1 750
d’environ 550 TWh/an (1 Tera = 1012) il délivre sous un éclairement solaire normalisé

1 195,0
faudrait donc couvrir environ 5 000 km2 de de 1 kW/m2, correspondant à l’énergie reçue 1 500 FIGURE 3
Évolution de la
surface. Cela peut paraître beaucoup, mais en plein midi face au Soleil par temps clair 1 250 production mondiale de
sait-on que la surface bâtie en France sous la latitude de l’Espagne. À côté des cellules photovoltaïques

759,0
1 000
représentait 10 700 km2 en 1997, et que les in- équipements des toitures, l’installation de cen- (en MWc).

557,8
frastructures routières près de 16 300 km2 et trales photovoltaïques ayant des puissances al- 750 Source : EurObserv'ER,

401,4
288,5
donc que l’équipement d’une fraction de cette lant de la centaine de kWc à quelques MWc se 500 PV News, mars 2006.

199,9
154,9
125,8
surface pourrait produire massivement de développe rapidement (fig. 2).

69,44
69,09

88,6
77,6
250
l’énergie solaire photovoltaïque contraire- La question du coût élevé de l’électricité
ment aux idées reçues. photovoltaïque est aussi souvent avancée, à 0
Ces analyses trouvent leur prolongement juste titre, comme un frein. Cependant ce

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05
19

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dans les programmes ambitieux de « toits coût, aujourd’hui à environ trois euros par
photovoltaïques » en Allemagne ou au Japon, Wc, baisse régulièrement avec l’objectif de
développés avec succès depuis plusieurs an- passer dans quelques années sous la barre sont à la base de ces progrès constants. Dans « Énergie photovoltaïque : une industrie est
nées. Aux États-Unis aussi, les choses évolu- symbolique de un euro par Wc. Les effets ces conditions, la compétitivité de l’énergie née ». Cependant cette progression spectacu-
ent avec par exemple la nouvelle loi en d’échelle et l’amélioration des technologies photovoltaïque, qui pointe déjà dans des pays laire ne doit pas faire oublier que cette puis-
tels que le Japon où l’électricité est chère, est sance, de l’ordre de celle d’une tranche de
un objectif réalisable dans les prochaines an- centrale nucléaire, reste négligeable dans le
nées, en particulier dans un contexte d’aug- paysage énergétique et par rapport aux be-
a) b) mentation des cours du pétrole. L’accélération soins. Une projection des évolutions com-
de ce processus fait l’objet de politiques parées au niveau mondial de l’énergie
volontaristes de nombreux États, accordant à consommée et de l’énergie photovoltaïque
la production d’électricité photovoltaïque, (fig. 4), montre que cette dernière pourrait at-
fournie au réseau électrique, des coûts de teindre 10 à 20 % en 2050 (auxquels il faut
rachat incitatifs. La France, qui revient de ajouter les autres énergies renouvelables). Il
loin, vient récemment, avec la loi de juillet faut donc poursuivre et même amplifier cette
2006, de rejoindre le peloton de tête avec progression. C’est un vrai défi à la fois vital
l’Allemagne, le Japon et l’Espagne, permet- et passionnant.
tant un coût de rachat à 0,55 euros du kWh. Dans la suite de cet article, nous verrons
Ainsi, l’énergie photovoltaïque apparaît, plus en détail l’origine de l’effet photo-
contrairement aux idées reçues, comme une voltaïque, l’état de l’art des technologies et
c) source d’énergie renouvelable incontournable des acteurs, puis nous ouvrirons une fenêtre
et apte à couvrir dans l’avenir une proportion « découverte » avec les perspectives fasci-
significative et croissante des besoins énergé- nantes en matière de recherche et de
tiques, aux cotés d’autres sources d’énergie. développement de cette source d’énergie.
L’évolution de la production annuelle de mod-
FIGURE 2 ules photovoltaïques (fig. 3) connaît une
Exemples d’installations comportant croissance exceptionnelle avec un taux de
La conversion photovoltaïque
des modules photovoltaïques : croissance de 30 à 40 % par an depuis de l’énergie solaire : comment
a) Installation mc-Si. © Fondation Énergies
pour le monde.
plusieurs années, avec en 2005 une produc- ça marche ? Où en est on ?
b) Installation au CIS 50 kWc,45 MWh/an.
tion d’environ 1 800 MWc.
© Würth Solar. C’est donc un domaine industriel en plein Le rayonnement solaire est constitué de
c) Installation mc-Si ,750 kWc. © Photowatt. développement, créateur de milliers d’em- photons dont la longueur d’onde s’étend de
plois, qui faisait titrer à un magazine en 2003 l’ultraviolet (0,2 micron) à l’infrarouge loin-
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GW
10 000 35 000
100 % Capacité de production mondiale Lorsqu’un photon est absorbé, il éjecte un terface entre ces deux zones, qui permet de

Production en TWh en supposant


3500 h pleine puissance par an
1 000 3 500 électron d’un niveau d’énergie inférieur, FIGURE 6 Type N Type P générer un courant électrique dans le cir-
10 % vers un niveau d’énergie plus élevé, créant Approche cuit extérieur (le photo-courant) sous une
100 350 classique : Champ E
ainsi une paire électron-trou, de même én- les jonctions Bande
tension non nulle, dont la puissance est
1%
10 35 ergie électrique (fig. 5). Généralement cette semi- de conduction simplement P = UI ! On obtient alors une
paire électron-trou revient à l’équilibre en conductrices. cellule solaire qui possède une caractéris-
1 Panneaux photovoltaïques 3,5 transformant son énergie électrique en én- tique courant-tension (fig. 7). La puissance
+30 % par an +25 % par an
ergie thermique… le matériau chauffe au maximale est obtenue pour un point partic-
2000 2010 2020 2030 soleil. ulier de la caractéristique, appelé point de
Années I
Récupérer toute ou partie de cette énergie fonctionnement. Le rapport de cette puis-
FIGURE 4 sous forme électrique est justement l’objectif Contact Bande V I sance sur la puissance lumineuse incidente
Prospective d’évolutions comparées des de la conversion photovoltaïque, comment avant interdite définit le rendement de la cellule.
capacités de production d’énergie totale et Contact
faire ? Tout simplement en séparant les paires arrière
La figure 8 montre des cellules au sili-
d’origine photovoltaïque. D’après W. Hoffmann,
« électron-trou » créées et en les forçant à Eg cium à différents stades de leur fabrication.
Solar Energy and Solar Cells, 2006.
Avec l’aimable autorisation d’Elsevier. passer dans un circuit extérieur. Cela a été Il s’agit d’une plaquette, constituée de sili-
rendu possible grâce au fait que les électrons cium, découpée à partir de lingots de
et les trous ont des charges de signes opposés grande taille. La face exposée au Soleil,
tain (2,5 microns), avec une majorité dans le (–q ; +q) et donc que si elles sont soumises à qui apparaît bleutée, est de type n tandis
visible (0,3 micron –violet– à 0,8 micron un champ électrique, les forces qui s’ex- Bande que le volume est de type p. Les photons
de valence
–rouge–) autour d’un pic à 0,45 micron. erceront seront de sens opposé et devraient incidents sont donc absorbés sur toute la
L’énergie totale portée par ce rayonnement permettre la séparation (fig. 5). La clé de l’ef- 1 à 200 microns surface de la plaque. Pour cela une certaine
est de près de 1 360 W/m2 dans l’espace, au fet photovoltaïque, est là ! Et cela marche, épaisseur est nécessaire, d’autant plus
voisinage de la Terre, et de 1 000 W/m2 au grâce aux cellules solaires faites en associant faible que le coefficient d’absorption est
niveau de la Terre, du fait de l’absorption un semi-conducteur de type n et un semi-con- grand. Pour le silicium il faut environ une
dans l’atmosphère. Albert Einstein a décou- ducteur de type p, comme le silicium dopé centaine de microns. Il génère un flux
vert, en travaillant sur l’effet photoélectrique, phosphore et le silicium dopé bore (fig. 6). d’électrons à la surface qui est collecté par
Rendement

Intensité (A)
que la lumière n’avait pas qu’un caractère on- Les niveaux d’énergie impliqués pour l’ab- 14,5 % une grille conductrice déposée sur la sur-
8
dulatoire, mais que son énergie était portée sorption des photons sont le niveau du haut de Contours face et constitue donc le contact avant.
par des particules, les photons, l’énergie d’un la bande de valence et le niveau du bas de la 7 isopuissance À l’arrière, un contact doit aussi être réalisé,
photon étant donnée par la relation : bande de conduction. Ils sont séparés par la 6 P 3,6 W qui consiste en une couche conductrice dé-
P 3,4 W
E = hc / λ, bande d’énergie interdite Eg, caractéristique 5 P 3,2 W posée sur toute la surface. La surface cou-
P 3,0 W
où h est la constante de Max Planck (1858- du matériau semi-conducteur, seuls les pho- P 2,8 W
verte par la grille avant, qui absorbe les
1947), c la vitesse de la lumière et λ la tons d’énergie supérieure à Eg sont absorbés. 4 P 2,6 W photons, doit être minimale tout en
P 2,4 W
longueur d’onde. Un champ électrique très fort est créé à l’in- 3 P 2,2 W assurant une bonne collecte. On prend en-
Ainsi, plus la longueur d’onde est courte, 2
P 2,0 W suite les contacts sur la grille avant et la
P 1,8 W
plus l’énergie du photon est grande. Cette dé- P 1,6 W couche arrière, et la cellule est prête à
1
couverte valut à Albert Einstein (1879-1955) Cell 150 fonctionner en se branchant sur les con-
le prix Nobel en 1905. Électron (-q) 0 tacts. Cependant une cellule délivre seule-
Niveau inoccupé 0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7
Une façon commode d’exprimer cette én- Énergie
Tension (V) ment une puissance de quelques W sous
ergie est justement son analogue électrique : une tension d’environ 0,6 V. Pour obtenir
E = 1,26 / λ, Excitation Retour à l’équilibre FIGURE 7 un générateur plus puissant, on connecte
où si λ est exprimé en micron, E s’exprime Chaleur, lumière,
photosynthèse,
Caractéristique courant-tension les cellules en série, pour augmenter la ten-
alors en électronvolt (noté eV) : 1eV est donc ou… énergie électrique d’une cellule solaire commerciale sion, et en parallèle pour augmenter le
Potentiel
l’énergie d’un électron sous un potentiel d’un Niveau occupé au silicium polycristallin courant. L’ensemble réalisé, après encap-
Photon (E = hν) Trou (+q) (15 cm x 15 cm de 0,2 mm d’épaisseur)
volt. La conversion photovoltaïque est juste- sulation, est appelé alors module photo-
sous éclairement solaire normalisé 1 000 W/m2.
ment la transformation de l’énergie du photon FIGURE 5 voltaïque, dont les dimensions peuvent être
© Photowatt International S.A.
en énergie électrique grâce au processus Processus d’adsorption de la lumière dans un matériau. de l’ordre du mètre carré actuellement. Les
d’absorption de la lumière par la matière. puissances des modules peuvent aller
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La figure 10 montre l’évolution des rende- cium (Si) qui sont à la base actuellement de
jusqu’à 200 Wc. Ces modules sont ensuite as- ments record des principales filières photo- près de 98 % de la production photovoltaïque.
sociés entre eux pour former un champ de voltaïques actuelles. On y trouve les cellules Les cellules peuvent être faites à partir de pla-
modules, constituant une installation photo- au silicium monocristallin et polycristallin, quettes de silicium cristallisé (c-Si) dans deux
voltaïque. Les plus grosses installations peu- les cellules au silicium amorphe, les cellules catégories distinctes, le silicium mono-
vent atteindre aujourd’hui plusieurs MWc. au diséléniure de cuivre et d’indium (CIS), au cristallin (mc-Si) et le silicium polycristallin
L’énergie électrique distribuée est en continu ; tellurure de cadmium (CdTe), mais aussi les (pc-Si), dont le gap est de 1 eV. Le silicium
elle peut être transformée en mode alternatif cellules à base de composés appelés III-V (par monocristallin est plus cher que le poly-
grâce à des onduleurs, et soit utilisée directe- référence à la classification périodique) du cristallin mais permet des rendements plus
ment, soit injectée sur le réseau, cette dernière type GaAs et InP, qui appartiennent à la caté- élevés, avec près de 24,5 % contre 19 % de
option étant largement majoritaire. gorie des cellules à multijonctions. À coté de rendement record sur les cellules de labora-
FIGURE 8 ces filières bien établies, sont apparues de toire. Ces deux filières dominent actuellement
Cellule photovoltaïque silicium 20 cm × 20 cm. nouvelles filières, basées sur l’utilisation de largement le marché (91 % ), avec des
Rendement de conversion 14,75 % Les différentes filières colorants ou de matériaux organiques, qui modules commerciaux présentant des rende-
De gauche à droite : plaque Si après découpe, photovoltaïques n‘en sont donc qu’à leurs balbutiements. Les ments de 12 % à 14 % pour le polycristallin
après texturation, après formation de la jonction
et dépôt du traitement anti-réfléchissant et cellule La figure 9 montre les structures de base des filières Si, CIS et CdTe sont actuellement les (majoritaire) et 15 % à 16 % pour le
finie. principales filières photovoltaïques actuelles, seules utilisées de façon importante. monocristallin (avec cependant des rende-
© CEA, plate-forme RESTAURE cofinancée excepté les cellules organiques sur lesquelles ments de près de 20 % obtenus récemment).
par l’ADEME. nous reviendrons. Les filières silicium Afin de réduire les coûts, se développent des
Dans le paragraphe précédent, nous avons technologies de production ne passant pas par
vu comment à partir du processus élémentaire une étape de découpe des plaquettes, qui con-
d’absorption d’un photon, on pouvait créer somme de la matière et de l’énergie, mais qui
des paires électron-trou dans des cellules, puis utilisent directement le tirage de rubans à par-
les connecter pour faire des modules. Nous tir de bains fondus. Celles-ci sont encore
Cellule au silicium cristallin Cellule au Cu(In,Ga)Se2 avons pris pour exemple les cellules au sili- cependant très en retrait par rapport aux tech-
Contact avant N-ZnO
1-3 microns

Couche
antireflet Spectrolab
150-250 Pm

P-CIGS 36 Multijunction à concentration


N-Si Triple jonction (2 terminaux monolithiques) Spectrolab
Double jonction (2 terminaux monolithiques)
Japan
32 Cellules Si cristallin Energy
Mo Monocristallin
NREL/
Spectrolab
NREL
P-Si Polycristallin NREL
Verre 28 Cellules en couches minces
Cu(In,Ga)Se
2
CdTe
Cellule à double jonction UNSW UNSW
Contact arrière (Ag) 24 Si amorphe (Si:H) stabilisé Spire UNSW

Rendement (%)
NREL
Technologies émergentes UNSW Cu(In,Ga)Se 2
Stanford UNSW
Contact avant Cellules à colorants Spire
UNSW
14x concentration
20 Cellules organiques Georgia Tech NREL
ARCO Georgia Tech Sharp
(technologies variées) Westing- NREL NREL
house Varian
Jonction 1
Cellule au Silicium amorphe 16 University NREL NREL
Courtes longueurs d’ondes No. Carolina So. Florida NREL
1-5 microns

State University Euro-CIS


Solarex ARCO Boeing
Verre 12 Boeing Kodak Boeing
United Solar
Jonction tunnel AMETEK University of
SnO2 Masushita Kodak
1-2 microns

Boeing United Solar Lausanne


N-aSi 8 Monosolar Photon Energy
Boeing RCA Solarex
Jonction 2 Groningen Siemens
i-a Si University University of Princeton
Grandes longueurs d’ondes 4 of Maine RCA
Lausanne
RCA RCA RCA Kodak UCSB
Cambridge
University Linz University
RCA
P-aSi 0
RCA Berkeley Linz
Ag Contact arrière
1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005
FIGURE 9 FIGURE 10
Structure de base des principales filières photovoltaïques actuelles. Rendements photovoltaïques record. Source NREL, www.nrel.gouv.
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Puis est déposée une couche CIGS de type p,


Une autre forme structurale du silicium peut d’environ 1,5 micron, qui absorbe la lumière.
exister, le silicium amorphe, noté a-Si, qui Suit une mince couche de CdS ou de ZnS (de
possède un coefficient d’absorption beaucoup plus en plus) d’environ 50 nm, et enfin une
plus élevé dans le visible (d’un facteur CIGS couche de ZnO de type n, d’environ 1 micron
d’environ 100) que le silicium cristallin, du d’épaisseur, servant aussi de contact avant con-
fait de processus d’absorption des photons ducteur et transparent. Contrairement aux cel-
plus efficaces, dits directs. Cela permet d’en- lules a-Si, l’éclairement est fait par le dessus.
visager la fabrication de cellules à l’aide de Mo Dans le cas du CdTe, une couche de CdS de
couches minces, de l’ordre du micron d’épais- type n est déposée sur du verre/SnO2, puis une
seur, qui permet de réduire significativement couche de CdTe de type p, d’environ 2 mi-
les coûts de production (fig. 9). De plus, le crons, et d’une couche conductrice de carbone
FIGURE 12
a-Si peut être déposé directement à basse tem- Vue, à l’aide d’un microscopie qui sert de deuxième contact.
pérature par un procédé de dépôt chimique en électronique à balayage, des couches Ces résultats, tout à fait remarquables,
phase vapeur assisté par plasma, par décompo- CIGS conduisant à des rendements compte tenu de l’utilisation de couches
sition du silane (SiH4). Sur un substrat de verre de 19,5 %. Avec l’aimable autorisation minces déposées sur verre comme pour le sili-
de vitre, on dépose d’abord une couche du Dr Kannan Ramanathan (NREL). cium amorphe, associées au fait de la possi-
d’oxyde transparent conducteur (0,5 micron), bilité de fabrications de modules de grandes
puis une couche de a-Si de type n, une couche surfaces, ont conduit à l’émergence de ces
de a-Si semi-isolante, dite intrinsèque (au total Deux filières se sont imposées progressive- deux nouvelles filières (environ 2 %). Les
1 micron), et enfin une couche métallique ar- ment, l’une basée sur le tellurure de cadmium modules au CIS, présentant des rendements
FIGURE 11
rière à base d’argent (l’éclairement étant (noté CdTe), et sur les alliages de 11 % à 13 % (les rendements sont un peu
Ligne industrielle de production de cellules réalisé à travers le support de verre). Ces Cu(In,Ga)Se2,(cuivre indium/gallium sele- plus faibles pour CdTe avec environ 8 % à
au silicium à Q.Cells . Source Q.Cells (Allemagne). caractéristiques, permettant d’abaisser signi- nium noté CIGS) appelée filière CIS. Des ren- 9 %) se positionnent au delà des modules au
ficativement les coûts de production, sont à la dements records de 16,5 % pour CdTe et de silicium amorphe et sont comparables, pour le
base de la filière au silicium amorphe. Malgré près de 20 % pour CIS (19,5 %) ont été CIS, aux modules au silicium polycristallin.
nologies classiques (2,9 %). Ces dernières con- des rendements des modules plus faibles que le obtenus (fig.12). Bien que bien moins développées que les
naissent un essor considérable, avec le montage silicium cristallin (6 % à 7 %) cette filière tend Les cellules au CIS sont constituées d’un em- filières au silicium, celles-ci montent néan-
de lignes de production automatisées (fig. 11), à se développer dans un contexte de forte de- pilement d’une couche métallique de molyb- moins en puissance, l’émergence de la filière
qui atteindront 400 MWc par an, au lieu de 20 mande, et se positionne après les filières au sili- dène, de 0,5 micron d’épaisseur, déposée sur industrielle CIS étant plus récente. Elles s’ap-
à 30 MWc il y a quelques années seulement. cium cristallin (4 %). du verre de vitre. Elle sert de contact arrière. puient sur des ruptures potentielles en termes
Des lignes pouvant aller jusqu’au GWc sont La découverte récente d’autres formes struc-
prévues, notamment en Chine, où le photo- turales de silicium entre l’amorphe et le
voltaïque connaît un essor très important. cristallin (polymorphe, microcristallin) et sus-
Il est intéressant de noter que l’industrie ceptibles d’améliorer les rendements des
photovoltaïque, qui utilisait comme source de modules autour de 10 %, constitue une nou-
silicium les rejets de l’industrie électronique, velle base de développement d’une nouvelle
doit maintenant faire face à une pénurie crois- filière couche minces appelée silicium on
sante du fait de l’accroissement de la de- glass.
mande. Cette situation entraîne une mutation FIGURE 13
industrielle avec la mise en place progressive Les filières non silicium : CIS et CdTe Élaboration de cellules au CIS
de filières spécifiques de production de sili- Les recherches se sont aussi portées vers par électrolyse, Chatou, France.
cium photovoltaïque, marquant une nouvelle d’autres matériaux que le silicium, mieux Institut de recherche et de
phase de développement. adaptés à une utilisation en couches minces développement sur l’énergie
L’évolution de cette filière est donc specta- tout en délivrant de hauts rendements. photovoltaïque. (CNRS-EDF-
ENSCP) – Photothèque EDF-
culaire. Elle associe la croissance industrielle
© J.-P. Muller AFP.
à une innovation permanente en matière de
méthodes de fabrication afin d’augmenter les (1) Dans le cas du CdTe, avec Eg =1,5 eV ; dans le cas
rendements et diminuer les coûts. du CIS, gap modulable entre 1 eV et 1,75 eV.
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FIGURE 14
Séquence de fabrication
d’un module au CIS. l’interconnexion monolytique où les cellules instituts ont été créés comme l’Institut na-
Avec l’aimable sont des bandes étroites isolées par gravure, et tional de l’énergie solaire (INES associant
autorisation du Dr Hans connectées en série entre elles par dépôt sélec- CEA-CNRS-région), l’IRDEP associant
W. Schock (HMI, Berlin)
tif des contacts avant (fig. 14, cas du CIS). EDF, CNRS et ENSCP, des plates-formes
Nettoyage du verre de vitre sodocalcique et du Dr Michael Powalla
(ZSW, Allemagne). dédiées comme celle de l’Institut national
d’électronique du solide et des systèmes
DC. pulvérisation cathodique de Mo
Les cellules solaires (INESS avec le CNRS, l’université, la ré-
sur supports souples, une gion) à Strasbourg. De nombreuses équipes
technologie qui se développe universitaires sont aussi associées créant un
Gravure par laser Nd:Yag réseau très riche.
Bien que la majeure partie de la production Le développement du photovoltaïque est
Dépot de Cu(Ga,In)Se2 Mode d’interconnection de cellules solaires soit faite sur des substrats donc pris en charge par des acteurs majeurs au
de verre, commence à se développer une niveau de la scène industrielle mondiale, avec
Module solaire CIGS avec intégration monolithique filière complémentaire, utilisant des supports de grandes entreprises généralistes mais aussi
ZnO (1 μm) souples très minces, soit métalliques de nouveaux venus spécialisés qui peuvent
(quelques dizaines de microns suffisent), soit trouver leur place compte tenu de la jeunesse
CdS (0,05 μm)
CIGS (2 μm) plastiques. L’avantage de ces supports est leur du domaine et de la place de l’innovation
Mo (0.5 μm) poids, plus faible que pour le verre, leur sou- (fig. 15). Il bénéficie aussi du soutien motivé
Dépot couche mince Vitre (2-3 mm)
CdS ou ZnS
plesse d’utilisation, de mise en œuvre et de de centaines d’équipes de recherches
1e gravure transport. Des cellules Si et CIS utilisent déjà académiques.
Gravure 2e gravure cette technologie. Cependant ces substrats en-
mécanique Pulvérisation i-ZnO 3e gravure trainent des contraintes supplémentaires (tem-
radio-fréquence
pératures limitées, déformations) qui doivent
Les perspectives
et ZnO-Al (Ga) par DC
être surmontés. Un avantage majeur réside Les perspectives ouvertes par la conversion
également dans leur coût, potentiellement très photovoltaïque sont très importantes et
faible, qui en font des supports de choix pour variées. C’est un domaine en pleine ébullition
Gravure le futur. tant au niveau industriel qu’au niveau de la
mécanique Encapsulation par polymère EVA recherche, tout d’abord autour de la filière
couverture par une vitre
principale au silicium, mais aussi dans la
mise de contacts Cu-Ni Les acteurs du photovoltaïque filière des couches minces non silicium, puis
Les acteurs industriels du photovoltaïques dans de nouvelles filières exploitant des con-
sont d’abord Japonais et Allemands en co- cepts ou matériaux nouveaux et enfin dans
hérence avec les choix stratégiques faits par l’émergence d’une recherche sur les très hauts
ces pays de s’engager dans le domaine photo- rendements.
de coût de production. Des unités de produc- d’une filière basée sur la sérigraphie, avec des voltaïque (fig. 15). Les Espagnols sont Concernant le silicium, les entreprises en
tion allant de 15 MWc/an à 100 MWc/an sont projets de plusieurs centaines de MW. Ces présents, les Chinois montent en puissance. développement sont méconnaissables d’une
actuellement mises en opération au Japon et méthodes, particulièrement bien adaptées aux Les Américains sont en retrait, mais la situa- année sur l’autre, avec de nouveaux
en Allemagne qui devraient permettre le grandes surfaces sont rendues possibles grâce tion pourrait changer rapidement car les en- équipements, de nouveaux procédés, de nou-
développement de cette production. Notons à la tolérance exceptionnelle du CIS aux dé- treprises commencent à s’y mettre. La France veaux locaux et personnels afin de faire face à
que la filière CIS est étudiée en France, au fauts structuraux et chimiques, contrairement est encore en retrait, avec une seule entreprise l’augmentation de la production (43 % l’an-
sein de l’IRDEP sur la base d’une technologie au silicium. De nombreuses recherches visent apparaissant dans les classements, mais la sit- née dernière). L’automatisation, l’optimisa-
de production du CIS basée sur l’électrolyse à comprendre l’origine des propriétés de ces uation évolue rapidement. Des projets impor- tion des procédés cellules, la mise en place de
(fig. 13), au lieu des technologies classiques matériaux et à les optimiser. tants (industrie & recherche) se développent nouveaux procédés de purification, de tirage
de dépôt à partir de procédés sous vide, qui La séquence de fabrication des modules en dans le domaine autour du CEA, du CNRS et occupent une place importante dans la filière
permettra un nouveau levier pour abaisser le couches minces a-Si, CdTe et CIS diffère d’industriels (EDF, Total, Saint-Gobain) avec silicium cristallin. Beaucoup reste à faire en
coût de production. Dans le même esprit, une complètement de celle des modules classiques le soutien de l’ANR (Agence nationale de la matière de recherche et développement, en
société américaine annonce la mise en place au silicium. Elle est basée sur le principe de recherche), de l’ADEME et des régions. Des particulier dans le domaine des rubans, des
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minescentes organiques, le domaine du photo- Phase 3


voltaïque n’est pas en reste. Les matériaux or-
billes pour c-Si, des couches minces ganiques, moléculaires ou polymériques, à Lumo
pour a-Si et microSi, les multijonc- base de carbone, d’hydrogène et d’azote, sont
I
tions (fig. 9). Dans le domaine des particulièrement intéressants en termes
couches minces à base de CIS les Les seize producteurs de cellules d’abondance, de coût, de poids, de mise en
qui fournissent 84 % du marché (MWc) V
laboratoires de recherche sont mobi- œuvre (il suffit de les appliquer comme les
lisés sur les études visant à compren- 16 premiers 2004 2005 Croissance Pourcentage peintures !). Comme les semi-conducteurs, ils
dre et optimiser les matériaux, les Sharp (Japon) 324,0 428,0 32 % 23,7 possèdent des niveaux d’énergies susceptibles
dispositifs (rendements supérieurs à Q cells (Allemagne) 75,0 165,7 121 % 9,2 d’absorber les photons en créant des paires
Kyocera (Japon) 105,0 142,0 35 % 7,9
20 %, multijonctions), mettre au électron-trou utilisables grâce à des transitions Homo Phase 2 :
Sanyo (Japon) 75,0 125,0 67 % 6,9
point de nouveaux procédés. Une Mitsubishi El (Japon) 65,0 100,0 54 % 5,5
entre les niveaux dits HOMO (Highest occu- matériau actif
voie de recherche à plus long terme Schott Solar (Allemagne) 78,3 95,0 21 % 5,3 pied molecular orbital) et les niveaux dits Phase 1 quelques nanomètres !
vise à réduire l’utilisation de BP Solar 66,1 86,0 30 % 4,8 LUMO (Lowest unoccupied molecular or-
l’indium dans le CIGS en le rem- Suntech Power (Chine) 35,0 82,0 134 % 4,5 bital). En l’absence de séparation, les paires FIGURE 17
plaçant progressivement par des élé- Motech (Taïwan) 35,0 60,0 71 % 3,3 électron-trous peuvent se recombiner en émet- Approche nouvelle :
Shell Solar 72,0 59,0 -18 % 3,3
ments plus abondants par exemple tant des photons de la longueur d’onde corre- photovoltaïque moléculaire.
Isofoton (Espagne) 53,0 53,0 0% 2,9
l’association zinc /étain. Cependant, Deutsche Cell (Allemagne) 28,5 37,5 32 % 2,1
spondante (fluorescence, luminescence,
une ère nouvelle semble se dessiner Photowatt (France) 28,0 32,6 16 % 1,8 existant aussi dans la nature) plutôt qu’en Du fait de la surface développée extrême-
pour le photovoltaïque, marquée par Kaneka (Japon) 17,0 20,8 22 % 1,2 créant de la chaleur. Reste donc à les séparer ment importante, près de 400 cm2 par cen-
la volonté des chercheurs de décou- Ersol (Allemagne) 10,0 20,0 100 % 1,1 efficacement ! Si elles peuvent être séparées et timètre carré de surface projetée pour
vrir de nouveaux systèmes encore Astropower / GE (Etats-Unis) 14,2 18,0 27 % 1,0 transportées vers le circuit extérieur grâce à quelques microns d’épaisseur, le rayon-
moins chers, en jouant sur le coût des Reste du monde 180 283 58 % 15,7 deux phases adjacentes, on obtient alors des nement lumineux traverse plusieurs cen-
matériaux ou en repousser les limites Monde 1 261 1 808 43 % cellules photovoltaïques d’un nouveau type taines de fois la couche moléculaire et peut
en termes de rendements. (fig. 17). donc être complètement absorbé. Le tour est
FIGURE 15
La figure 16 illustre bien la Les seize producteurs de cellules
joué, une cellule solaire complètement nou-
stratégie globale des recherches sur qui font 84 % du marché. © La lettre du Solaire Cythelia, 2006. Les cellules solaires hybrides velle est formée, avec un oxyde poreux, un
le photovoltaïque, elle fait appa- à colorants colorant et un électrolyte. Des rendements de
raître les différentes options et les Utilisées de longue date dans les lasers à près de 11 % ont été ainsi obtenus avec une
perspectives à moyen et long terme. colorants ou les matériaux pour l’optique, l’u- molécule à base de ruthénium(3). Le greffage
Ceux-ci résulteront à la fois d’un Rendement (%) tilisation efficace des molécules de colorants à la surface est assuré par les groupements
abaissement des coûts et d’une aug- 100 organiques dans le domaine du photo- carboxyliques. Cela marche aussi, mais
0,5 Euro/Wp
mentation du rendement, indiqués 90
Limite thermodynamique
voltaïque, fut découverte en 1991 par Michael beaucoup moins bien, avec du jus de myr-
par les flèches pour les différentes 80 Gratzel(2). Dans ce concept révolutionnaire tilles ! Des recherches très dynamiques sont
filières. 70
(fig. 18), les molécules sont greffées à la sur- consacrées à la compréhension de ces cel-
1 Euro/Wp face d’un solide transparent et poreux, comme lules et leur amélioration en jouant sur les
60
l’oxyde de titane, et forment une mono- molécules de colorants, l’électrolyte… Nous
Un saut technologique 50 THR
couche. travaillons par exemple sur des cellules
potentiel en matière 40 Sous l’effet de la lumière, les électrons ex- basées sur du ZnO et de l’éosine, qui sert à
Limite simple jonction
de coûts : 30 cités passent au niveau LUMO dans l’élec- désinfecter les plaies. On peut noter l’analo-
vers des cellules solaires 20 trode transparente de TiO2. Les trous restant gie avec la photosynthèse due à l’absorption
pc-Si mc-Si au niveau HOMO sont ensuite transférés à de la lumière par la chlorophylle qui est un
organiques ? 10 cm
3,5 Euros/Wp l’électrode de SnO2 via un électrolyte con- colorant (des porphyrines de magnésium),
Org ?
0
Alors que l’on utilise de plus en plus 0 200 400 600 tenant des ions iodures, qui servent de médi- l’électron de la LUMO servant à fabriquer
des matériaux organiques dans le do- Euros/m2 ateurs redox. Dans ce concept, ce sont les
maine de l’optoélectronique, avec les molécules de colorants qui jouent le rôle ac-
perspectives d’électronique or- FIGURE 16 tif. Pour compenser l’absorption faible d’une (2)Professeur à l’École polytechnique fédérale de Lausanne.
ganique voire moléculaire, Stratégies de réduction des coûts de l’électricité monocouche, l’idée a été de multiplier la sur- (3) le Ru(4,4’dicarboxy-2,2’-bipyridine)2cis(NCS)2, appelé
l’éclairage à l’aide diodes électrolu- photovoltaïque. Adapté de J.-F. Guillemoles. face interne en utilisant un solide poreux. N3-Dye
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SnO2 SnO2
I-
Ainsi, la découverte des fullerènes a-t-elle Les recherches sont très ouvertes et ex-

O
HO
Électron rapidement « fécondé » d’autres domaines ploratoires en Europe et dans le monde. En

C

O
I3 -

CO
comme le photovoltaïque ! France un réseau Nanorgasol, regroupe dif-

H
Électron
N
N Ainsi les cellules notée P3HT : PCBM, où férentes équipes de recherche (CNRS,
Colorant P3HT représente la phase polymère donneur à Universités, CEA) dans ce domaine. L’INES

COH
Ru2+ NCS- base de polythiophène et PCBM la phase de en a fait un de ses axes de recherche priv-
N

O
N fullerènes modifiés (fig. 19), conduisent-elles ilégiés avec le silicium.
[Ru(dcbpy) 2(SCN)2]
actuellement à des rendements maximum de
Électrolyte NCS-
4 % à 5 %. Il reste beaucoup à faire pour aug-

O
Vers des cellules

HOC
(acétonitrile)
menter ces rendements, augmenter la stabilité
TiO2 ou ZnO des cellules dans le temps, mais la voie est ou- de rendement supérieur
20 nm
FIGURE 18 verte, comme pour les OLED(4), pour faire de à 50 % : pourquoi pas ?
Principe de fonctionnement cette filière une filière photovoltaïque ex-
Distance d’une cellule à colorants. ploitable. Il nous faut enfin parler du « graal » des
0 10 microns recherches dans le domaine du photovoltaïque,
l’obtention de rendements très élevés. Ces
(4) Organic Light-Emitting Diode: diode électroluminescente
organique recherches s’appuient sur l’analyse théorique
des sucres par réactions électrochimiques perposées (par exemple phtalocyanine de
avec le CO2, alors que les trous de l’HOMO cuivre/pérylène, polymère/pérylène), mais les
oxydent l’eau en oxygène. Le photovoltaïque rendements restaient très faibles du fait des
quitte ici les rives de la physique classique capacités réduites de transport dans les Polymère - fullérène
des semi-conducteurs et vogue vers le monde couches. Les choses ont décollé lorsque l’on
de la chimie organique et bio-organique, des a également découvert la possibilité de LUMO
milieux interpénétrés et nanostructurés, les mélanger les deux phases. Au lieu de se LUMO
processus biomimétiques. De nombreuses mélanger complètement comme l’eau et le
études visent à améliorer le rendement et la sirop, les phases accepteur et donneur, se sé-
stabilité de ces dispositifs, appelées cellules parent spontanément (comme l’huile et l’eau), Électrode
HOMO Polymère - polymère
à colorants ou dye cells. Des entreprises elles s’auto-organisent, et forment deux arrière
Électrode HOMO
commencent à s’y intéresser, même si les réseaux interpénétrés, à l’échelle de quelques avant Donneur Accepteur
performances sont encore loin de celles des nanomètres ! On retrouve le même type de
matériaux inorganiques (Si, CdTe, CIS). structure que pour les cellules à
colorants. Dans le cas de polymères, tout se
Les cellules « tout organique » passe comme si on avait deux catégories de
L’autre voie qui soulève également beau- spaghettis intimement mélangées, l’une con- O
Ma 110 °C pendant
coup d’espoirs est celle des cellules dites « duisant les électrons, et l’autre les trous. 60 minutes
O
tout organique », qui commence à poindre son Grâce à la chimie organique, on peut ainsi C6H13
nez dans la course aux rendements. Dans ce imaginer et synthétiser des polymères ayant
cas, on joue sur les propriétés de création de des propriétés accepteur ou donneur con- [ [n
S
paires électron-trous dans des molécules or- trôlables. Par exemple, le même polymère
ganiques ou des polymères et on cherche à sé- poly(p-phenylenevinylene) noté PPV peut
P3HT
parer ces paires en associant un matériau donner le MEH-PPV (donneur) et le CN-PPV Jsc Voc FF EQE n
0,39 nm
accepteur et un matériau donneur, grâce à des (accepteur) permettant d’atteindre un rende- 12,50 0,604 0,594 66 4,5 %
positions différentes des bandes LUMO et ment de 1 % en 1995. Cependant les progrès R. J. Janssen et al. , à paraître PCBM 500 nm
0,46 nm
HOMO comme le montre le schéma (fig. 19). les plus spectaculaires ont été obtenus récem-
Contrairement au cas précédent l’absorption ment, en utilisant comme phase acceptrice, FIGURE 19
se fait en volume du matériau comme pour les des molécules constituées de fullerènes (C60) Cellules Solaires tout organique à réseaux interpénétrés. Avec l’aimable autorisation
semi-conducteurs classiques. Les premiers sur lesquelles des groupements spécifiques du Pr A. Janssen, Technical University, Eidhoven.
travaux utilisaient également des couches su- ont été greffés pour les rendre plus solubles.
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de la conversion photon-électron adaptée au les photons, vers les hautes énergies pour
spectre solaire. Celle-ci montre que le rende- celles qui sont inférieures au gap. Deux pho-
ment maximum théorique est d’environ tons infrarouges donnent alors un photon visi-
85 %... ce qui donne le vertige par rapport aux ble par exemple (principe appelé up
valeurs actuelles d’environ 30 % pour les cel- conversion), ou de collecter l’énergie perdue
lules classiques ! Comment faire pour avancer pour les photons absorbés d’énergie
dans cette voie ? C’est la question qui réunit supérieure au gap. Un photon bleu donnant
aujourd’hui aussi bien des théoriciens, que des deux photons jaunes par exemple (principe ap-
physiciens et chimistes expérimentateurs, afin pelé down conversion)… D’autres possibi-
de proposer des voies et des matériaux suscep- lités existent en créant par exemple des
tibles de permettre d’avancer. niveaux intermédiaires dans la bande interdite,
La réponse est d’une certaine mesure assez ou en collectant directement l’énergie des pho-
simple, il faut convertir le maximum de pho- tons sans perte (dispositifs à porteurs chauds).
tons à une énergie proche de leur énergie pro- Pour cela des matériaux ou des structures
pre. Dans les systèmes à deux niveaux nouvelles sont à inventer, puis à élaborer, qui
classiques que nous avons présentés jusqu’à permettront de « booster » le rendement des
maintenant, les pertes sont considérables, les cellules, même actuelles. On comprend donc
photons d’énergie trop faible, inférieure à la aisément le grand engouement suscité auprès
largeur de bande interdite, ne sont pas ab- des chercheurs. Des projets sont maintenant
sorbés, ils sont perdus. Les photons soutenus en France, comme le projet PV THR
d’énergie supérieure au gap ne transfèrent de l’IRDEP soutenu par l’ANR.
qu’au mieux la valeur de l’énergie du gap, le FIGURE 20
reste est perdu. Par exemple, un photon vert à Une prospective japonaise : l’énergie photovoltaïque à très grande échelle (Very Large Scale Photovoltaics).
2 eV ne va donner au mieux qu’un eV avec
Conclusions Source : Energy from the desert, Feasability of a very large scale photovoltaic generation systems (VLS-PV)
Ed. K. Kurokawa, James & James, 2003.
une cellule au silicium… Une première Le monde de la conversion photovoltaïque,
réponse pour limiter les pertes est connue de aussi bien au niveau de la recherche qu’au
longue date, il suffit d’utiliser des systèmes à niveau de l’industrie connaît depuis quelques
plusieurs niveaux, en empilant des jonctions années une mutation profonde associée à l’in- la raison pour laquelle nous avons insisté sur grande puissance dans certains déserts, no-
possédant des gap décroissants. Dans ce cas le térêt croissant pour l’énergie photovoltaïque. les données quantitatives et l’importance des tamment le désert de Gobi (fig. 20)
rendement peut aller au-delà de la limite de Une industrie majeure est en cours de consti- politiques de soutien de la part de la puissance On pourrait aussi envisager les possibilités
30 %. C’est ce qui est fait actuellement avec tution comme le montre l’analyse de la situa- publique. La France, qui est restée longtemps de développer le photovoltaïque offshore,
les cellules à triple jonctions à base d’arséniure tion et des évolutions. De façon intéressante et sourde au développement de l’énergie photo- comme l’éolien, où une combinaison avec
de gallium, qui atteignent déjà près de 40 % de exemplaire, les possibilités d’innovation sont voltaïque, semble maintenant décidée à s’y l’électrolyse pourrait permettre de produire
rendement sous concentration (× 286). La con- très grandes, portées par le bouillonnement mettre. Nous sommes sans doute à l’aube d’un directement un vecteur énergétique
centration de la lumière augmente encore le des recherches en vue d’améliorer les filières décollement au sein même du marché français, secondaire, comme l’hydrogène. Certaines
rendement. Les cellules en couches minces au existantes, d’en consolider de nouvelles et de lorsque de plus en plus de particuliers com- zones océaniques possèdent en effet des
silicium amorphe ou microcristallin, utilisent préparer les prochaines ruptures, notamment menceront à s’équiper concrètement. niveaux d’ensoleillement comparables aux
aussi des jonctions doubles, voire triples. Des en matière de matériaux et de rendements. Le photovoltaïque sera intégré de plus en zones terrestres les mieux dotées.
recherches sont en cours pour le CIS et le Celles-ci associent des chercheurs de tous plus à la source au niveau de l’architecture, Curieusement les données d’ensoleillement
CdTe. horizons sur des bases pluridisciplinaires, dans la conception de l’habitat individuel ou concernant les zones maritimes et océaniques
À coté de cette voie dite à multijonctions, contrairement à la situation précédente, dans des installations industrielles. Il se dévelop- ne sont pas souvent représentées sur les cartes
difficile à mettre en œuvre technologiquement, un contexte de dynamisme industriel, ce qui pera sur la base d’installations spécifiques de comme l’illustre la figure 1. On peut imaginer
d’autres voies visent plutôt à rester à une seule constitue un creuset pour de nouvelles puissance pouvant aller jusqu’à plusieurs des navires partant collecter et transformer de
jonction. Dans ce cas on cherche à trouver des avancées. MWc. À plus long terme, on peut citer les l’énergie en mer… revenant à la terre ferme,
processus permettant de collecter l’énergie Un élément clé est la capacité de la conver- études prospectives visant à équiper des sites chargés de la précieuse denrée.La réflexion
perdue par des mécanismes spécifiques, op- sion photovoltaïque de contribuer de façon im- isolés à fort ensoleillement comme dans pourrait aussi s’étendre, à plus long terme, à
tiques ou électriques. Dans les mécanismes portante à l’approvisionnement énergétique l’étude japonaise VLS-PV (Very Large Scale des revêtements photovoltaïques au sol pour
optiques, il y a par exemple le fait de convertir dans le futur, et le plus tôt sera le mieux. C’est PV) qui considèrent des installations de des portions de routes, des places. Les pistes
DÉCOUVERTE N°344-345 JANVIER-FÉVRIER 2007 65

ne manquent donc pas, qui ne doivent cepen-

Pour en savoir plus


dant pas nous détourner des efforts à court • SCHEER (Hermann), Le solaire et
terme ! l’économie mondiale, Éditions Acte Sud,
D. L. 2001.
• Agence de l’environnement
Je tiens à remercier tous les collègues et amis qui ont et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) :
permis d’enrichir ce dossier, en particulier
www.ademe.fr
J.F. Guillemoles (IRDEP), H. W. Schock (HMI),
V. Boulanger (Systèmes solaires), A. Ricaud (Cythelia), • Agence internationale de l’énergie :
M. Bucher (Stuttgart), K. Ramanathan (NREL), www.iea.org
R. Janssen (T. U. Eindhoven), C. Jaussaud (CEA- • Institut de recherche et de
Restaure), A. Nozik (NREL), J. Amouroux (ENSCP), développement de l’énergie
J. E. Bourée (Polytechnique), G. Goaer (Photowatt), photovoltaïque (IRDEP) : www.enscp.fr.
B. Dimmler & R. Waechter (Würth Solar), T. Niesen
• Institut national de l’énergie solaire
(Avancis), S. Dietrich (Q-cells), A. Claverie (Ademe),
Y. Maigne (Fondation énergies pour le monde), (INES) : http://www.institut-
A. Jäger-Waldau (JRC-Ispra). solaire.com
• Institut national d’électronique du
solide et des systèmes (INESS) :
http://www-iness.c-strasbourg.fr.
 Daniel Lincot, ingénieur de l’École • National Energy Laboratory :
supérieure de physique et chimie www.nrel.gov/pv
industrielles (ESPCI) est directeur de • PV Status report 2005 :
recherche au CNRS ; il dirige depuis 2001 http://ies.jrc.cec.eu.int/369.html
le laboratoire d’électrochimie et de chimie • Companies : www.photowatt.com,
analytique de l’École nationale supérieure www.wuerth-solar.de, www.q-
de chimie de Paris (ENSCP) associé au cells.com
CNRS et à l’université Pierre-et-Marie-
Curie (UPMC). Le laboratoire Revues
a été pionnier dans les recherches sur la • Systèmes solaires, l’observateur
conversion photovoltaïque depuis les des énergies renouvelables :
années 1975. Daniel Lincot développe www.energies-renouvelables.org
depuis 1978 des travaux sur les cellules • La lettre du solaire, éditée
solaires en couches minces, en particulier par Cythelia : www.cythelia.fr
à base de CuInSe2 (CIS). Il s’intéresse en • Lettre d’information sur le solaire :
particulier à leur élaboration par des Techsol : lettre@tecsol.fr
méthodes non conventionnelles, à partir
de solutions, susceptibles de permettre
des coûts de production très bas. Il a joué
un rôle central dans la création d’une
plate-forme de R&D avec EDF sur le site
de Chatou en 2003, autour de cette
démarche, dans le cadre d’un laboratoire
commun EDF-CNRS-ENSCP, qui s’est
transformé en 2005 en Institut de
recherche et développement de l’énergie
photovoltaïque (IRDEP associant EDF-
CNRS-ENSCP), dont il assure la direction
adjointe. Il a obtenu en 2004 la médaille
d’argent du CNRS.

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