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3.2.

Le traitement des erreurs


Deborah Meunier : Les recherches en acquisition des langues ont montré qu’à chaque stade
de l’apprentissage, les connaissances et les compétences se combinent pour former des
microsystèmes qu’on a appelés « interlangues ». Ces systèmes vont se constituer dans la
communication dès le début de l’apprentissage, et petit à petit, se complexifier.

Dans cette conception, l’erreur est donc normale, et même positive puisqu’elle signifie que
l’interlangue de l’apprenant est en train d’évoluer. Selon la théorie de Pienemann, les progrès
linguistiques suivraient un ordre spécifique, qui serait même peut-être universel.

L’enseignant va donc proposer de nouvelles connaissances, mais si l’apprenant n’est pas prêt
à les intégrer à son interlangue, il ne pourra pas se les approprier. Par contre, l’enseignant
peut favoriser cet apprentissage en stimulant l’apprenant, en le motivant, en travaillant ses
stratégies d’apprentissage, et bien sûr en corrigeant les erreurs pour éviter qu’elles se
« fossilisent ». Car si une erreur n’est pas corrigée à temps, elle risque d’être irrécupérable. Il
ne faut donc ni intervenir trop tôt ni trop tard, mais il faut surtout introduire les données à
plusieurs reprises, dans des contextes différents et de façon de plus en plus complexe. C’est
ce qu’on appelle la « progression en spirale ».

D’ailleurs, quand on regarde les 3 phases de l’acquisition de la langue, on voit tout de suite
que l’erreur fait partie intégrante de l’apprentissage : on a d’abord une phase de simple
imitation « correcte », puis une phase d’appropriation où on généralise de façon abusive, en
faisant des erreurs et enfin une phase d’adaptation du système où on intègre la règle.

La question de la correction en langue étrangère n’est plus envisagée de manière binaire en


opposant une forme incorrecte, une « faute », à une forme correcte. D’ailleurs, on ne parle
plus de « faute » en didactique des langues, mais plutôt d’ « erreur » ; par rapport à la
grammaire, au registre de langue, en fonction du contexte, du niveau de l’apprenant etc.
Dans la perspective communicative, l’erreur est synonyme de progrès, et elle va servir de
matériau d’apprentissage.

On peut distinguer différents types d’erreurs :

1. Les erreurs linguistiques : phonétique (prononcer « chat » au lieu de « ça ») ;


morphologique (une erreur de terminaison, par exemple) ; syntaxique (« *Je suis 17 ans »
pour « J’ai 17 ans ») ; lexicale (* la respectation) ; ou encore discursive (« Je suis malade
*même si j’ai la grippe ») ; pragmatique enfin (« Tu me donnes » pour « Veux-tu bien me
donner ? ») ;

MOOC ULiège « Moi, prof de FLE » © Module 3, Séquence 2, Le traitement des erreurs 1
2. Les erreurs liées à une habileté, de compréhension orale ou d’expression écrite,
sachant qu’il faut distinguer les erreurs qui sont spécifiques à une aptitude, comme
une prononciation difficile ; qui sont conditionnées par une autre aptitude (par
exemple, une prononciation erronée parce que la compréhension est erronée) ; celles
qui sont communes à plusieurs aptitudes (par exemple, les erreurs morphologiques),
mais qui se révèlent davantage à l’oral (qui est plus rapide) ou à l’écrit (qui est plus
contraignant) ; et celles qui sont provoquées par la confusion entre l’oral (par
exemple, la prononciation d’une lettre muette parce qu’on la voit écrite) et l’écrit (par
exemple, le registre de langue) ;
3. Les erreurs qui relèvent de la simple correction et celles, plus problématiques, qui
affectent la communication ;
4. Les erreurs occasionnelles, liées à la fatigue ou au stress ; et les erreurs systématiques.
5. Les erreurs qui sont liées au fonctionnement interne de la langue et les erreurs issues
d’interférences entre différentes langues.

L’enseignant va donc relativiser l’importance de l’erreur par rapport aux besoins


communicatifs et à la situation, mais aussi adapter sa correction au degré de sécurité de
l’apprenant. On ne corrigera pas de la même façon une erreur occasionnelle due au stress et
une erreur systématique qui relève de la compétence.

Autre exemple : si on est dans une table de conversation, l’enseignant évitera de donner
immédiatement un feedback, ou il le fera à postériori. Alors que dans un exercice formel qui
vise l’appropriation d’une règle de grammaire, il corrigera plus systématiquement. À ce
propos, on peut retenir les types d’interventions suivants :

- L’enseignant ignore l’erreur car il juge que ce n’est pas le moment, lors d’un débat par
exemple ;
- Il la signale et attend que l’apprenant réagisse par l’autocorrection ;
- Il reformule en corrigeant lui-même ;
- Il corrige et explique ;
- Il demande de clarifier ;
- Il suggère la forme correcte.

Le feedback le plus courant est la reformulation. Mais le plus efficace est celui de la
suggestion, où on fait émerger la réponse correcte.

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Voici quelques règles à suivre pour savoir dans quelles conditions corriger les erreurs.
D’abord, il faut toujours que l’erreur et sa correction soient une occasion d’apprentissage.
Ensuite, il faudra prendre en compte différents paramètres :

- le type d’activité : si la production orale est spontanée, je n’interromprai pas la prise de


parole à chaque erreur, mais j’en prendrai note et j’y reviendrai plus tard ;
- le niveau de la classe et de l’interlangue des apprenants ;
- la nature de l’erreur et son effet sur la communication ;
- ou encore le profil de l’apprenant, sachant que certains seront plus exigeants et
demandeurs que d’autres.

Il faudra aussi être attentif à la complexité des explications que réclame l’erreur, et au temps
qu’on peut y consacrer au moment où elle se produit. On peut évidemment corriger
directement, mais aussi à la fin d’une leçon ou au cours suivant en y revenant plus
longuement.

Enfin, la correction peut bien sûr venir du professeur, mais elle peut aussi venir des
apprenants et susciter la collaboration. Ils développeront alors leur « compétence
corrective », c’est à dire cette compétence métalinguistique et métacognitive qui permet de
prendre conscience de ses erreurs, de se corriger, et de demander confirmation ou de l’aide à
son interlocuteur.

Je terminerai en ciblant quelques questions clés à se poser :

- Quels sont les effets de la correction de l’erreur sur l’apprentissage (en fonction des
paramètres qu’on a vus) ? Sera-t-elle profitable ?
- Quels sont les effets de la correction sur l’activité en cours ? Est-il judicieux d’interrompre
une table de conversation pour donner mon feedback ?
- Quels sont les effets sur l’apprenant ? Sera-t-il stimulé ou au contraire déstabilisé ?

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