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Isolation thermique à température

ambiante. Transferts de chaleur

par Catherine LANGLAIS


Ingénieur civil des mines
Directrice générale, Saint-Gobain Recherche
Ancien Chef de Service à ISOVER Saint-Gobain
Centre de recherches industrielles de Rantigny
et Sorïn KLARSFELD
Docteur de l’Université de Paris
Ancien chef de laboratoire à Saint-Gobain Recherche

1. Mécanismes des transferts de chaleur .............................................. BE 9 859 - 2


1.1 Hypothèses de base .................................................................................... — 2
1.2 Conduction ................................................................................................... — 2
1.3 Convection naturelle ................................................................................... — 3
1.4 Rayonnement............................................................................................... — 7
1.5 Application aux isolants fibreux................................................................. — 9
1.6 Superisolants. Bases théoriques et expérimentales................................. — 10
2. Performances d’un isolant et facteurs environnants .................... — 12
2.1 Influence de l’humidité................................................................................ — 12
2.2 Vieillissement thermique ............................................................................ — 15
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. BE 9 862

es matériaux isolants modernes sont, dans leur grande majorité, des maté-
L riaux poreux légers, au sein desquels le transfert de chaleur se fait à la fois
par conduction et rayonnement. Le caractère semi-transparent de certains de
ces matériaux, même à la température ambiante, a suscité un grand nombre
d’études et a nécessité une remise en question du traitement traditionnel de ces
matériaux, ainsi qu’une reconsidération de la terminologie utilisée pour décrire
leurs propriétés. Les études de base sur le fonctionnement des isolants ont
porté principalement sur la meilleure compréhension des transferts de chaleur
et de masse par convection naturelle et forcée, et par rayonnement en milieu
poreux semi-transparent. Elles se sont aussi étendues à l’étude de l’influence
des facteurs environnants sur les performances : influence de l’humidité et de la
thermomigration et influence de la diffusion des gaz interstitiels différents de
l’air (vieillissement). Les études commencées initialement en relation avec des
applications spéciales, comme la cryogénie, l’espace, le génie nucléaire, etc.,
ont été progressivement étendues aux produits courants et à des températures
voisines de la température ambiante. Ces connaissances ont permis la modéli-
sation du fonctionnement des isolants et la prévision de leurs performances en
fonction des paramètres thermophysiques les caractérisant et des conditions
d’application. La modélisation a constitué un important levier dans l’améliora-
tion des produits et l’optimisation des conditions d’application.
Pour les notations et symboles le lecteur se reportera au dossier [BE 9 858].

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ISOLATION THERMIQUE À TEMPÉRATURE AMBIANTE. TRANSFERTS DE CHALEUR __________________________________________________________________

1. Mécanismes des transferts phase solide et la résistance thermique de contact entre particules
(granules, fibres, etc.). D’une façon générale, on peut écrire que :
de chaleur λ * = λ g* + λ * (3)
s

avec λ g* et λ *s respectivement les conductions gazeuse et solide à


1.1 Hypothèses de base l’intérieur du matériau poreux qui peuvent être différentes de λg et λs .
Les transferts de chaleur par conduction, convection et rayonne- De nombreuses tentatives de modélisation ont été faites pour le
ment à travers les isolants thermiques sont décrits par les équations calcul de λ * en assimilant le matériau à une structure géométrique
appliquées aux milieux continus suite à l’hypothèse du milieu simple [21] [23] [27].
continu fictif, unique, qui a été adoptée pour les milieux poreux (§ 2,
article [BE 9 858]). ■ À titre d’exemple, trois modèles sont donnés pour illustrer ce
type de démarche :
Les grandeurs physiques associées [champ de température,
de vitesse et de luminance, ainsi que les paramètres thermophy- ● Modèle série (figure 1a ) :
siques (conductivité thermique, chaleur volumique, etc.)] sont des
moyennes macroscopiques effectuées dans le volume élémentaire 1 ξ 1–ξ
--------- = -------- + -------------- (4)
représentatif (VER). On suppose dans tous les cas que les conditions λ* λg λs
de l’équilibre thermodynamique local (ETL) sont remplies.
Cela suppose que la différence de température maximale à l’inté- ● Modèle parallèle (figure 1b ) :
rieur du VER est beaucoup plus petite que la différence de tempé-
λ * = ξ λg + (1 – ξ ) λs (5)
rature à laquelle est soumis l’ensemble du système considéré,
c’est-à-dire :
∆T   ∆T L

Autour d’un point, la température de la matrice solide et celle du Solide Gaz


gaz interstitiel sont égales :
Ts = Tg = <T >
L’isolant est supposé sec, absence d’eau en phase liquide ou de Flux
vapeur, et du point de vue physique et chimique l’isolant est stable, thermique
absence de réactions chimiques ou de diffusion du gaz interstitiel
à travers les parois des cellules si le gaz est différent de l’air.

a modèle série
1.2 Conduction
Le transfert de chaleur s’effectue par conduction pure, dans la
matrice solide et le gaz interstitiel immobile, en absence de
convection naturelle et transfert de chaleur par rayonnement.
Le champ thermique est décrit par l’équation de conservation de
l’énergie : Flux
thermique
∂T
∇ ⋅ ( λ * ∇T ) = ( ρ c p )* --------- (1)
∂t
avec * notation usuelle pour indiquer que la grandeur se rap-
porte à un milieu poreux,
(ρcp )* = ξ (ρcp)g + (1 – ξ ) (ρcp )s (en J · m–3 · K–1) capa-
cité thermique volumique équivalente à pression b modèle parallèle
constante,
(ρcp )g et (ρcp )s capacités thermiques volumiques res-
pectivement du gaz interstitiel et de la matrice solide,
λ * (ou λc ) conductivité thermique équivalente. Flux
P parallèle α ξP thermique
La densité de flux thermique q est exprimée par la loi de gaz-gaz α
Fourier : solide-solide α (1 -- ξP )
q = – λ *∇T (2)
S série
solide-gaz-solide 1 -- α
Dans ce paragraphe λ * est identique à la conductivité en
phase gazeuse et solide, notée λc au paragraphe 1.1 de l’article
ξS
[BE 9 858] selon [7]. Par la suite, le terme de conductivité ther-
mique équivalente, qui désigne ici λ *, sera remplacé pour des
raisons de simplification par celui de conductivité thermique.
c modèle série-parallèle (Willye & Southwick)

La conductivité thermique λ * dépendra des conductivités ther-


miques des deux phases, λs et λg , mais aussi de la morphologie du Figure 1 – Trois modèles simples pour le calcul de la conductivité
milieu poreux : la porosité en particulier, le degré de division de la thermique équivalente

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● Les deux modèles parallèle (P ) et série (S ) expriment les


valeurs extrêmes entre lesquelles doit se situer λ * (figure 2) : λ*
λg λs
-------------------------------------------- < λ * < ξ λ g + ( 1 – ξ ) λ s (6) λs
ξ λs + ( 1 – ξ ) λg

● Modèle série-parallèle (de Willye et Southwick) (figure 1c ) :


Parallèle
λs λg Série
λ * = α [ λ g ξ P + ( 1 – ξ P ) λ s ] + ( 1 – α ) -------------------------------------------------
- (7) λ*
ξS λs + ( 1 – ξS ) λg

Dans le cas de ce modèle, on peut réécrire (7) sous la forme (3)


en mettant : λg
λs λg
λ*
g = αξ P λ g + ( 1 – α ) -------------------------------------------------- (8)
ξS λs + ( 1 – ξS ) λg 0
ξ 1 ξ
λ *s = α ( 1 – ξ P ) λ s
Figure 2 – Encadrement de la valeur de la conductivité thermique
ce qui met en évidence le couplage de λs et λg à l’intérieur d’un équivalente
matériau à deux phases.
La fraction (1 – α ) du volume est affectée par la transmission en
série et la fraction α par celle en parallèle. résultats de mesure obtenus à l’aide de méthodes normalisées
(§ 1.5.1) [11] [12].
ξS , ξP sont les porosités des fractions S et P. Entre α, ξS et ξP
nous avons la relation : La figure 3 représente d’après [21] [23] des ordres de grandeur
des conductivités thermiques des différents types de matériaux
(1 – α ) ξS + αξP = ξ (9) poreux à pression atmosphérique et sous vide et à phase unique,
solide.
(1 – ξP ) α caractérise la continuité de la phase solide et la
résistance de contact entre particules.
En effet, sous vide (λg = 0), ce modèle prévoit : 1.3 Convection naturelle
λ * = α (1 – ξP ) λs (10)
Le transfert de chaleur se fait comme dans le cas précédent (§ 1.2),
En agissant sur α, ξP et ξS le modèle permet de situer λ * dans par conduction, mais en présence des mouvements du gaz inters-
une position intermédiaire entre les valeurs extrêmes λ * P et λ S
*
titiel dus aux différences de température entre face chaude et froide
(figure 2). Bankvall a adapté le modèle série-parallèle aux isolants de l’isolant (convection naturelle). Dans certains cas, le mouvement
fibreux [28]. de l’air interstitiel peut être induit par le mouvement de l’air exté-
Dans la plupart des applications, λ * est calculé à l’aide de rela- rieur limitant un isolant ayant une surface non étanche (convection
tions semi-empiriques, les coefficients étant déterminés à partir de mixte : naturelle et forcée).
Sable humide, verre
Air 1atm = 10--5 Pa

Plexiglas

Bronze

Cuivre
Laiton
Laine
Bois

Eau

10--5 Vide 103

Isolants

Matériaux de
Poudres, construction
Poudres et fibres Poudres, fibres, saturés Matrice métallique
Isolants avec revêtements fibres mousses avec de l’eau saturée avec du liquide
multicouche réfléchissants et mousses et liège ou de l’air ou du gaz

10--5 10--4 10--3 10--2 10--1 1 10 102 103


(W · m--1 · K--1)

Figure 3 – Ordres de grandeur de conductivités thermiques de différents types de matériaux poreux et à phase unique

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La présence des mouvements convectifs conduit à une augmen-


tation du transport de chaleur global et doit être évitée à tout prix
dans l’application des isolants. Y (T ) (W · m--4 · K--2)

109
1.3.1 Équations de base
β( ρcp)g
Hypothèses : g = Y (T )
108 ν
— l’isolant est perméable (à cellules ouvertes) ;
— l’isolant est opaque au rayonnement thermique (absence
de transfert de chaleur par rayonnement) ;
107
— les surfaces délimitant les faces chaude et froide sont iso-
thermes et imperméables ;
— l’isolant considéré est confiné dans un espace de forme
parallélépipédique (couche plane) d’orientation variable (posi- 106
tion horizontale, inclinée ou verticale).

La vitesse de filtration v et la température T satisfont au sys- 105


tème d’équation suivant :
— conservation de la masse :
104
∂ρ
- + ∇ ⋅ (ρ v ) = 0
ξ ------- (11) 100 300 500 700
∂t Température (K)
— conservation de la quantité de mouvements (équation de
Darcy) :
K g  ( cp  )g
v = – ----- ( ∇ ρ – ρg g ) (12) Figure 4 – Variation de la fonction Y = --------------------------------
µ 
avec la température pour le cas de l’air à la pression atmosphérique
— conservation de l’énergie :
(d’après [25])
∂T
∇ ⋅ ( λ *∇ T ) – ∇ ⋅ [ ( ρ c p ) g v T ] = ( ρ c p )* --------- (13)
∂t
— l’équation d’état du gaz : Si le matériau présente une anisotropie simple (stratification due
à un rangement selon un privilégié des particules, comme dans le
ρg (T ) = ρg 0 (T0) [1 – β (T – T0)] (14) cas des fibres minérales), le nombre de Rayleigh de filtration s’écrit
sous la forme :
avec β coefficient d’expansion thermique,
T0 une température de référence. β ( ρ cp )g 4 KV KH
Ra* = g ------------------------- ----------------------------------------------------------------- ∆T d (16)
Le système d’équations (11) à (14) décrit le transfert de chaleur ν  λ H* K V + λ *V K H  2
dans le cas le plus général. Le plus souvent, les équations sont sim-
plifiées par l’introduction d’hypothèses supplémentaires : la prise ■ Allongement ou rapport de forme (pour la couche d’isolant
en considération du régime stationnaire, la constance des coeffi- en position verticale) :
cients par rapport à T sauf la masse volumique ρg (T ) (hypothèse
A = /d (17)
de Boussinesq). Pour la résolution analytique ou numérique des
équations, on pourra se reporter à [29]. ■ Nombre de Nusselt de filtration, moyen :

1.3.2 Nombres sans dimensions associés Nu* = λa* / λ * = f ( Ra*, A, α ... ) (18)
avec  hauteur de l’isolation (pour les cas des couches verticales),
L’analyse dimensionnelle appliquée aux systèmes d’équation (11)
à (14) permet l’introduction des nombres sans dimensions moyens λa* conductivité thermique apparente en présence de
suivants. convection naturelle,
α angle d’inclinaison de la couche.
■ Nombre de Rayleigh de filtration :
Le nombre de Nusselt de filtration, qui est fonction de Ra *, de
β ( ρ cp )g K A, de l’angle d’inclinaison α de la couche, etc., exprime l’augmen-
Ra* = g ------------------------- --------- ∆T d (15)
ν λ* tation du transfert de chaleur global moyen à travers l’isolant due
à la présence de convection naturelle. Il ne peut être qu’égal ou
β ( ρ cp )g
avec Y ( T ) = g ------------------------- fonction qui caractérise le gaz et qui supérieur à 1.
ν dépend de la température moyenne T Nu * = 1 signifie λa* = λ * donc un transfert de chaleur sans
(figure 4), convection naturelle.
K
--------- rapport qui caractérise le matériau
λ* (gaz et matrice solide),
1.3.3 Critères d’apparition et de changement
∆T, T différence de température entre face de régimes des mouvements convectifs
chaude et face froide de l’isolant, (cas des configurations fermées)
d’une part, et température moyenne,
d’autre part, caractérisent les condi- À l’aide des nombres sans dimensions, on peut exprimer sous
tions thermiques d’applications, une forme très générale des critères simples indiquant :
d épaisseur de couche. — soit l’apparition des mouvements convectifs ;

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— soit le changement de régime (transition d’une structure de


l’écoulement à une autre suivie des modifications importantes du
transfert thermique). Liquide Gaz
Dans le cas de couches planes horizontales uniquement (chauf- 1 1
fées par en dessous), l’apparition du mouvement convectif se fait
brusquement à partir d’un certain seuil et en fonction de l’évolution
de l’un des paramètres, par exemple le gradient de température.
Dans tous les autres cas, couches verticales ou inclinées, la
convection naturelle apparaît dès qu’une différence de température,
aussi faible soit-elle, apparaît. Mais au départ, ce mouvement est H H
peu intense et le transfert de chaleur a un caractère pseudoconduc-
tif ; par la suite, il peut s’intensifier jusqu’au moment d’un change-
ment de régime, prévisible par un des critères de transition.

1.3.3.1 Couche horizontale


a régime stationnaire (cellules polyédriques de Bénard)
Il s’agit d’une couche horizontale infinie, chauffée par en des-
sous.
Le critère d’apparition des mouvements convectifs est :

Ra* = Ra c* = 40 (19) t = t1

avec Ra *c nombre de Rayleigh de filtration critique.


Nota : l’apparition d’instabilités thermoconvectives est prévue à partir des équations
(11) à (14) en utilisant la méthode des perturbations dans le cas de l’hypothèse de la théorie
linéaire et celle de Boussinesq [29].

Pour Ra*  Ra *c , l’écoulement est organisé dans une structure t = t1 + 20 min


polyédrique de cellules adjacentes de type Bénard (figure 5) :
— en régime stationnaire, si :

40  Ra*  100

— en régime fluctuant, si : t = t1 + 40 min

100  Ra*  500

Dans une couche horizontale chauffée en dessus, des mouve-


ments convectifs ne peuvent pas apparaître. b régime fluctuant avec formation continue de nouvelles cellules

1.3.3.2 Couche inclinée


Il s’agit d’une couche inclinée infinie, chauffée par en dessous. Figure 5 – Structure des mouvements convectifs dans une couche
horizontale (d’après [29])
■ Pour 0 < α  15 o
l’écoulement est organisé dans une structure
polyédrique, comme dans le cas horizontal, qui change avec l’aug-
mentation de α.
De nombreuses relations similaires sont disponibles dans la
■ Pour α > 15o, on observe : littérature pour décrire la fonction Nu * = f (Ra *, A ).
— une structure unicellulaire stationnaire :
Si Ra */A < 4, Nu ≈ 1, le nombre de Nusselt est très proche de 1
Ra* cos α < Ra *
c = 40 (20) et le transfert de chaleur est quasiment conductif (régime de
conduction) : les isothermes sont parallèles aux parois sauf aux
— une structure sous forme de rouleaux longitudinaux orientés extrémités, le transfert de chaleur se fait par conduction bien que
dans le sens de la pente, en régime stationnaire ou fluctuant : le gaz interstitiel soit en mouvement [31].

Ra* cos α > Ra * La figure 6 représente la corrélation entre Nu * et Ra * pour dif-


c = 40 (21)
férents allongements A.

1.3.3.3 Couche verticale d’allongement /d Ces résultats ont été obtenus par intégration numérique du sys-
tème d’équations (11) à (14) [29].
(gradient de température horizontal)
C’est le cas le plus fréquent dans l’isolation du bâtiment. Pour un isolant fibreux léger (10 kg · m– 3), à température
ambiante, on peut voir d’après la figure 7 que le nombre de Ra *
L’écoulement convectif a une structure unicellulaire, dans toutes en fonction de la différence de température reste dans tous les cas
les conditions, stable, qui présente un caractère de couche limite inférieur à 10. Ce résultat rapporté sur les courbes de la figure 6
aux parois : s’élargissant vers le haut, côté chaud, où le gaz inter- montre que le nombre de Nu * reste très proche de 1. On peut
stitiel monte, et vers le bas, côté froid, où le gaz interstitiel des- conclure que, pour une telle configuration, l’effet de la convection
cend. Le transfert de chaleur global à travers la paroi est représenté naturelle sur le transfert de chaleur global est pratiquement négli-
par la relation suivante [30] : geable.
1/2

 
Ra* Pour plus de détails concernant l’apparition et le changement de
Nu* = 0,51 ------------- (22)
A régime des mouvements convectifs, on pourra se reporter à [23].

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Nu* Ra*
TF = --20 °C
=1
20 d
20 0 °C
= 2,25
d
10 = 4,5
d
10
10 °C
= 10
5 d
= 20
3 d 0
0 1 2 3 4 5 d (m)
2

Température face chaude : 20 °C


1 Température face froide TF : 10 ; 0 ; --20 °C
10 2 3 5 102 2 3 5 103 Ra*
Perméabilité : 3 x 10--8 m2
Vitesse de l’air : 0,2 m/s
Figure 6 – Nombre de Nu * en fonction du nombre Ra *
pour différents allongements [29]
Figure 8 – Variation du nombre Ra * en fonction de l’épaisseur
de l’isolant pour différentes températures de la face supérieure
froide (d’après [32])
Ra*
6
d = 200 mm 30 et 40, une augmentation significative du transfert de chaleur
5 (A = 11) (supérieur à 10 %) n’apparaissent que pour Ra * supérieur à 40.
d = 150 mm
4
(A = 15)
■ Dans le cas d’une configuration ouverte, la convection au sein
3
de l’isolant dépend du champ de température, de vitesse et de pres-
d = 100 mm
(A = 22)
sion dans le comble. La pénétration de l’air ambiant à l’intérieur de
2 l’isolant peut entraîner une augmentation du transfert de chaleur
avant l’apparition de la convection naturelle proprement dite au sein
1
du milieu. L’approche théorique consiste à déterminer les conditions
0 aux limites à l’interface (champs de température et de pression) en
0 20 40 60 80 100 ∆T (°C) fonction des conditions hydrodynamiques de l’air du comble.
Chaque configuration est donc un cas particulier, toutefois les résul-
Caractéristiques de l’isolant : tats ont montré sur différents cas types que la pénétration de l’air au
ρ = 10 kg · m--3 sein de l’isolant ne devient significative que pour des Ra * supé-
KV = 3,5 x 10--9 m2
rieurs à 20. En pratique, cette valeur de 20 n’est atteinte que pour
des isolants très perméables, épais et dans des conditions clima-
KH = 7,2 x 10--9 m2 tiques extérieures très sévères (TF < – 20 oC) (figure 8).
λV = λH = 0,045 W · m--1 · K--1
En ce qui concerne l’influence de la convection forcée sur les
d = 100 ; 150 ; 200 mm ;  = 2,2 m performances de l’isolation, le sujet est d’actualité, en cours
d’étude, mais les résultats disponibles sont plutôt rares. Pour la
Figure 7 – Nombre Ra * en fonction de T pour un isolant fibreux mise au point du modèle tenant compte de la convection forcée
léger à la température ambiante (20 oC) d’une lame d’air ventilée en contact direct avec un matériau iso-
lant, on peut se reporter aux références suivantes [33] [34] [35].
Les résultats théoriques et expérimentaux (mesures in situ ) déjà
1.3.4 Cas de la couche horizontale limitée obtenus [32] ont permis de montrer que la pénétration d’air dans
sur sa face supérieure (froide) par de l’air les isolants légers, côté froid, n’est pas significative pour des
vitesses de l’air couramment rencontrées dans des cavités ventilées
Des études plus récentes ont porté sur des isolants fibreux (inférieures ou égales à 0,5 m/s) à condition que l’élément de cou-
légers utilisés pour l’isolation des combles perdus [32]. verture de toit ou de mur soit étanche à l’air.
Il s’agit d’établir l’influence de la convection naturelle ou forcée
de l’air des combles sur l’apparition de la convection naturelle à
l’intérieur du matériau isolant horizontal : 1.3.5 Commentaires
— soit quand sa face supérieure est couverte par un revêtement Du point de vue pratique, pour éviter complètement (dans le cas
mince, imperméable à l’air (configuration fermée) ; de la couche horizontale) ou réduire au maximum (dans le cas de
— soit quand cette face est libre (configuration ouverte). la couche inclinée ou verticale) les effets nuisibles de la convection
naturelle dans un isolant, il faut tenir compte des critères ci-dessus
■ Dans le cas de la configuration fermée, l’interface fluide-iso- mentionnés : Ra * < 40 et Ra */A < 4 pour avoir Nu * = 1 ou Nu * ≈ 1.
lant n’est pas isotherme du fait de la convection naturelle de l’air du
comble. Le nombre de Rayleigh critique de 40 trouvé précé- Ces deux conditions peuvent être atteintes par deux voies
demment ne s’applique donc plus rigoureusement. Cette non- différentes :
isothermicité entraîne un déclenchement plus précoce de la convec- — en diminuant K par l’augmentation de la masse volumique de
tion au sein de l’isolant. Toutefois, l’expérience et la modélisation l’isolant (diminution de ξ ) ou par l’augmentation de sa surface
(en supposant une distribution périodique de la température froide) volumique (diminution de la dimension moyenne des particules ou
montre que Nu * reste très proche de 1 pour des Ra * compris entre cellules) ;

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Rayonnement thermique L 'ν


0,1 µm à 100 µm

Rayonnement solaire
0,1 µm à 3 µm
n dΩ
104 103 102 101 10 10--1 10--2 10--3
λ (µm) θ

dA
1011 1012 1013 1014 1015 1016 1017 ν (s--1)

Infrarouge Ultraviolet
0,7 µm à 1 000 µm 0,4 µm à 10--2 µm

Visible
0,4 µm à 0,7 µm s ϕ

Figure 9 – Domaine des longueurs d’onde du rayonnement


thermique (d’après [7]) O

Figure 10 – Définition de la luminance monochromatique


— en augmentant l’allongement A (pour le cas de la couche directionnelle
verticale) en diminuant d par l’utilisation d’écrans anticonvectifs
placés parallèlement aux surfaces de l’isolant.
Les calculs et l’expérience ont montré, d’une façon générale, que, avec λ *c identique à λ * désigné au paragraphe 1.2 comme la
autour de la température ambiante, l’augmentation du transfert de conductivité thermique équivalente ; l’utilisation de
chaleur due à la convection naturelle, même pour les isolants de l’indice c dans ce paragraphe est indispensable pour
haute porosité et de faible masse volumique, est pratiquement faire la distinction entre la conductivité thermique de
négligeable dans le cadre des hypothèses prises en compte. conduction λ * et la conductivité thermique de rayon-
c
Néanmoins, il faut rester vigilant à ce mode de transfert qui repré-
sente un danger permanent sur les performances optimales d’une nement λ *r qui est associée au transfert radiatif dans
isolation, la qualité de la mise en œuvre des isolants (absence de certains cas.
défauts d’exécution) reste un facteur déterminant. ● L’équation du transfert radiatif :

1 dL ′ν
2 0
= n ν ( 1 – ων ) L ν [ T ( s ) ]
1.4 Rayonnement ------- ------------- + L ′ν
β ν ds
Le transfert de chaleur par rayonnement fait intervenir l’énergie
ων
+ --------

-  L ′ p ∆ → ∆ dΩ
Ω ν ν i j (26)
du champ électromagnétique dans le domaine de longueurs
d’ondes du rayonnement thermique (figure 9). Cette forme d’éner- avec L′ν ( P, ∆ ) luminance monochromatique (ν ) directionnelle
gie et son interaction avec la matière nécessitent l’introduction de (′), grandeur qui caractérise le champ radiatif en
nouvelles grandeurs, monochromatiques, et en particulier les carac- chaque point (P ) selon la direction du vecteur
téristiques radiatives de la matrice solide [36].
unitaire ∆ (figure 10),
0
L ν [T (P )] luminance monochromatique du corps noir
1.4.1 Équations de base dans le vide (fonction de la température au
point considéré),
Hypothèses : s l’abscisse curviligne.
— la matrice solide est un milieu semi-transparent, homo-
gène, isotrope, non gris, qui absorbe, diffuse et réémet le rayon- Les caractéristiques radiatives sont :
nement thermique ; — l’indice de réfraction monochromatique de la matrice solide
— le gaz interstitiel est considéré comme transparent au nν ;
rayonnement thermique et immobile (absence de convection — les coefficients d’extinction, de diffusion et d’absorption res-
naturelle). pectivement βν , σν , κν ;
— l’albédo monochromatique ων = σν / βν ;
■ Le transfert de chaleur par conduction et rayonnement est régi — la fonction angulaire de diffusion du rayonnement depuis une
par les équations de conservation de l’énergie et du transfert
radiatif. direction ∆ i vers une direction ∆ i [36] : p ν ( ∆ i → ∆ ) .
● L’équation de conservation de l’énergie :
■ À partir du système d’équation (23) à (26) et des conditions aux
∂T frontières, en supposant connues les propriétés thermophysiques,
∇ ⋅ ( q c + q r ) = ( ρ c p )* --------- (23)
∂t conductives et radiatives, du matériau et de ses frontières, on peut
où : calculer le champ thermique, T (P,t ) et le champ de luminance
L′ν ( P ) . Par l’intermédiaire des relations (24) à (25), on peut calculer
qc = – λ *
c ∇T (24)
qc et q r et leur somme, qui représente la densité de flux total :
 

qr = L ′ν ( s, ∆ ) ∆dΩd ν (25)
ν=0 Ω = 4π q = qc + qr

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À partir de q et du gradient de température moyen <|∇T |> 1.4.2.2 Approximation de Rosseland modifiée
auquel est soumis l’isolant, on peut lui associer une conductivité
Elle tient compte de la proximité des frontières et de leurs pro-
thermique apparente définie par la relation :
priétés radiatives :

λ* 4 n 2 σ T 3d
a =  q  <∇T > =  q c + q r <∇T > (27) λ *r = --------------------------------------------------------------
- (33)

 
1 1 3
------- + ------ - – 1 + ----- β R d
Cette relation définit la conductivité thermique apparente telle ε1 ε2 4
qu’elle est déterminée par les méthodes normalisées de mesure [11]
[12]. Cette grandeur est désignée dans la norme [7] sous le nom de avec σ constante de Stefan-Bolzmann,
facteur de transfert (voir § 1.1 et figure 1 de l’article [BE 9858]). ε1, ε2 facteurs d’émission des deux surfaces limitant l’iso-
lant.
Dans le cas le plus général, les équations de conservation de
l’énergie (23) et du transfert radiatif (26) sont couplées par l’inter-
médiaire du champ thermique. Les matériaux isolants légers 1.4.2.3 Approximation de Schuster-Schwarzschild
peuvent être assimilés à des matériaux optiquement épais et les C’est un modèle à deux flux :
transferts par conduction et rayonnement traités séparément.
0
dL ν ( T )
 π ----------------------
∞ -d
dT
Épaisseur optique : elle se définit par le produit entre le coef- λ *r = ------------------------------------------------------------------------------------------------ d ν (34)
ficient d’extinction βν et l’épaisseur totale de l’isolant d :
 
0
1 1 3
-------- + -------- – 1 + ----- ( β ν + 2b ν σ ν )d
d épaisseur de l′isolant εν 1 εν 2 4
τ ν = β ν × d = ------------
- = --------------------------------------------------------------------------------------------------------
1/ β ν libre parcours moyen des photons ν
avec εν 1, εν 2 facteurs monochromatiques d’émission des deux
surfaces limitant l’isolant,
Un matériau est optiquement épais si, τ ν  1, c’est-à-dire si

π
l’épaisseur de l’isolant dépasse largement le libre parcours des 1
bν = ----- p ν ( θ ) sin θ d θ , facteur de rétrodiffusion.
photons. Si τ ≈ 1 le matériau est semi-transparent. 2 π/2

Cette approximation a été appliquée avec beaucoup de succès


Dans un tel cas, q r peut s’exprimer par une relation analogue à au cas des isolants à base de fibres minérales [39].
la loi de Fourier :
q r = – λ *r ∇T (28)
1.4.3 Commentaires
D’après l’équation (34), on voit que λ *r est fonction des proprié-
avec λ *r conductivité thermique de rayonnement (désigné dans
tés radiatives de la matrice solide : le coefficient d’extinction βν , les
la norme [7] sous le nom de radiativité, λr ).
coefficients d’absorption κν , de diffusion σν , βν = κν + σν et de
Dans ce dernier cas, la relation (27) relative aux grandeurs rétrodiffusion bν . Ces grandeurs obtenues par calcul (modèle de
moyennes peut se réécrire sous la forme : Mie de diffusion des ondes électromagnétiques) dépendent :
— de l’indice de réfraction et d’absorption de la matière dont la
q = – λ *a ∇T (29) matrice solide est constituée ;
— des propriétés morphologiques de l’isolant : la porosité ξ (ou
avec λ *a = λ *c + λ *r conductivité thermique apparente masses volumiques de l’isolant et de la matière dont la matrice
somme de la conductivité thermique de solide est constituée) et la surface volumique SV (degré de division
conduction et de rayonnement [38]. décrit par le spectre des diamètres des particules : grains, fibres ou
cellules).
La conductivité thermique de rayonnement n’est pas accessible Pour améliorer l’isolant par rapport au transfert radiatif, il faut
directement par des mesures, mais peut être calculée à partir de augmenter son coefficient d’extinction, βν ce qui entraîne une dimi-
l’équation du transfert radiatif (26) intégrée à l’aide d’hypothèses nution de λ *r . Cette augmentation peut être obtenue par l’intermé-
simplificatrices [36]. diaire des paramètres morphologiques déjà cités : la diminution de
la porosité ξ et l’augmentation de la surface volumique SV . La
composition chimique de la matrice peut, elle aussi, jouer un rôle
1.4.2 Expressions pour le calcul de *r favorable par l’intermédiaire des indices de réfraction n ν et
d’absorption κν [39].
1.4.2.1 Approximation de Rosseland D’après les relations (33) et (34), on remarque que λ * dépend des
Elle est applicable loin des frontières ; c’est un modèle de conditions expérimentales (de l’épaisseur de la couche d’isolant d
diffusion : et de ses facteurs d’émission des frontières ε 1 et ε 2) et ne représente
pas en toute rigueur une propriété intrinsèque du matériau, ce qui



1 d  n ν L ν T ( z )
2 0 justifie la dénomination de conductivité thermique apparente

λ *r = --------- - dν
------- --------------------------------------------- (30) donnée à la somme λ *c + λ *r notée auparavant par λ *a dans la rela-
3 0 βν dT
tion (27).
Pour un milieu gris (nν = n ) :
Dans la suite du texte, les notations λ * et λ *a seront aban-
16 σ n 2 T 3
λ *r = ----------------------------
- (31) données pour des raisons de simplification et nous reviendrons
3 βR à la notation unique λ introduite aux paragraphes 1 et 2 de l’arti-
cle [BE 9 858] pour désigner la conductivité thermique [2].
où :

 -------β1 -------------
∞ 0
1 π dL ν ■ Pour caractériser le comportement thermique d’un isolant, en
-------- = ------------------- - dν (32)
βR 4σT3 0 ν dT régime stationnaire, on mesure dans des conditions normalisées

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une différence de température ∆T entre faces chaude et froide (à


température moyenne associée T ) et une densité de flux thermique
λ* (en 10--3 W.m--1.K--1)

q
. Le rapport ∆T /
q
définit sans aucune ambiguïté la résistance
thermique de l’échantillon mesuré R. Par contre, le passage de R à λ
peut être entaché d’erreurs étant donné que R = f (d ) n’est pas une 50
fonction linéaire de d, dû à la présence du rayonnement thermique
(voir [7] et figure 1 de l’article [BE 9 858]), [24].

45
1.5 Application aux isolants fibreux
Pour illustrer à travers les mécanismes des transferts décrits dans
les paragraphes 1.2 à 1.4 comment agissent les différents para-
mètres qui caractérisent l’isolant et ses conditions d’application sur 40
ses performances thermiques, on a choisi le cas des isolants fibreux.
Ce matériau léger, de haute porosité, représente un cas typique de
transfert simultané, par conduction et rayonnement à la tempéra-
ture ambiante. La connaissance de ces corrélations est à la base de 35
l’optimisation des conditions de production et d’application de ces
matériaux.

1.5.1 Influence des caractéristiques 30


morphologiques sur la conductivité 0 20 40 60 80 100 120
thermique ρ (kg · m–3)

On pourra se reporter à la référence [25]. courbe théorique


résultats expérimentaux

1.5.1.1 Influence de la porosité  (  ) ρ = 10 kg · m–3


La figure 11 représente l’allure type de la courbe expérimentale λ* = 45 x 10--3 W · m--1 · K--1 β = 30,7 m2/kg
λ = f (ρ ) à température moyenne constante (T = 24 oC) et SV (ou d = 80 mm
finesse) donnée.
■ Relation semi-empirique indice de finesse micronaire Sheffield F = 2,9 à 3,1 sous 5 g

La courbe expérimentale de la figure 11 peut être représentée de


Figure 11 – Variation de la conductivité thermique
manière satisfaisante par une relation de la forme :
en fonction de la masse volumique
C
λ * ( ρ ) = A + B ρ + ----- (35)
ρ
où les coefficients A, B et C sont déterminés par régression à partir
λ* (en 10--3 W · m--1 · K--1)

des résultats de mesure de λ * (ρ ). Il est possible d’attribuer une


signification simple à la relation (35) en considérant que chaque
terme représente respectivement A = λ *g ; B ρ = λ *s et C / ρ = λ *r .
Cette décomposition de λ* (ρ ) est représentée qualitativement 40
figure 12 [28] et [37]. La relation semi-empirique (35) met bien en
évidence les différents modes de transfert de chaleur, mais elle
représente une relation figée : les coefficients doivent être détermi-
nés pour chaque température moyenne et chaque type de matériau
30
(en ce qui concerne son degré de finesse ). On peut donner une
signification physique plus précise à ces coefficients tenant compte Gaz λ*
des paramètres dont dépendent λ *g , λ * s et λ r .
* g

■ Relation semi-empirique améliorée : 20


Rayonnement λ*

 
r
T
λ * ( ρ , T ) = 0,2572 T 0,81
+ 0,0527 ρ 0,91 1 + 0,13 -----------
100
10
4σ T 3d (36)
+ -----------------------------------------
 2

----- – 1 + β ρ d
ε Solide λ*
s
0
avec T = ( T 1 + T 2 )/2 température moyenne (T 1 et T 2 étant les 1 0,99 0,98 0,97 ξ
températures des surfaces chaude et
froide limitant l’isolant), 0 20 40 60 80 ρ (kg · m–3)
β coefficient d’extinction moyen.
La courbe de la figure 11 a été calculée à l’aide de la Figure 12 – Décomposition de la courbe  (  ) dans ses trois
relation (36), le coefficient d’extinction, β étant déterminé à partir composantes représentant respectivement  * g ,  s et  *
* r
des résultats de mesure de λ * (ρ,T ). (d’après [28])

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λ* (en 10--3 W · m--1 · K--1)


λ* (en 10--3 W · m--1 · K--1)

55
50
50 λ* = f ( ρ, T )

45

45
40
T (°C)
60
35
40
24
10
40 30 0
--10

1 0,992 0,984 0,976 0,964 ξ


0 20 40 60 80 ρ (kg · m–3)
35
Figure 15 – Conductivité thermique en fonction de la masse
volumique pour différentes températures moyennes d’utilisation

30 1.5.1.2 Influence de la finesse


0 20 40 60 80 100 120 140
ρ (kg · m–3) La figure 13 représente un réseau de courbes λ ( ρ )  T = 24 o C 
calculées à l’aide de la relation (36) en faisant varier β . Il permet de
prévoir, pour l’ensemble des masses volumiques, l’amélioration des
λ* = 45 x 10--3 W · m--1 · K--1 produits avec l’augmentation de la finesse des fibres dont dépend
β ( S V ) . On remarque que cette influence est particulièrement
ρ (kg · m– 3) β (m2/kg) importante pour les produits légers de masse volumique autour de
10 kg · m– 3. La corrélation λ, ξ (ρ ), SV permet l’optimisation de l’iso-
5 60,509
lant en agissant sur ses propriétés morphologiques.
8 38,178
10 30,731 1.5.1.3 Influence de l’anisotropie
12 25,766
L’influence de l’anisotropie géométrique (distribution en masse et
15 20,800 orientation des fibres, c’est-à-dire la texture du matériau) peut être
mise en évidence par des mesures de λ * V et λ H en fonction de la
*
masse volumique (figure 14). Dans tous les cas λ * H > λ V , et cette
*
Figure 13 – Variation de la conductivité thermique en fonction différence augmente avec la masse volumique, cela s’explique par
de la masse volumique et différentes finesses des fibres, calculée une contribution croissante de la conduction en phase solide.
[d’après l’équation (36)]

1.5.2 Influence des conditions d’application

1.5.2.1 Température moyenne d’utilisation


La température moyenne d’utilisation apparaît explicitement
λ* (en 10--3 W · m--1 · K--1)

dans la relation (36). Son influence se manifeste par le déplace-


50 ment des courbes λ * (ρ ) vers le haut avec la croissance de T ,
2,5 % λ*V , λ*H = f (ξ) comme on peut voir sur la figure 15.
λ*H
45
1.5.2.2 Influence de l’épaisseur (l’effet d’épaisseur)

9% L’influence de l’épaisseur sur λ * (ρ ) prévue par la relation (36)


40
est illustrée figure 16 à partir des résultats de mesure. La conduc-
25 % tivité croît avec l’épaisseur et elle atteint un palier au-delà d’une
épaisseur critique qui dépend de ξ (ρ ), de F (SV ) et de la nature de
35 λ*V la matrice solide.

30
1 0,992 0,984 0,976 0,968 ξ 1.6 Superisolants. Bases théoriques
0 20 40 60 80 ρ (kg · m–3) et expérimentales
La valeur de référence pour les isolants thermiques traditionnels
Figure 14 – Conductivité thermique en fonction de la masse
est la conductivité thermique de la couche d’air immobile en
volumique pour deux directions du flux thermique
absence de rayonnement à la pression atmosphérique [40]. La

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D’après la relation (38), λ *g est fonction de Kn, donc du rapport


Lg /dp . En agissant sur la nature du gaz, sur sa pression et la gra-
λ* (en 10--3 W · m--1 · K--1)

55 nulométrie (spectre des diamètres) de la matrice solide, on peut


modifier Kn et, par voie de conséquence, modifier λ * g par rapport
à λg , avec la possibilité théorique d’obtenir λ *
g < λ g et aussi λ* < λg
50 si Kn > 1. Les isolants ayant cette propriété ont été appelés des supe-
risolants pour les différencier des isolants traditionnels.

45 ■ Si Kn  1 ( L p  d p nous avons λ * g ≈ λ g et nous sommes dans


le cas des isolants traditionnels à la pression atmosphérique. Pour
l’air à la température ambiante Lg ≈ 0,07 µm et λ * g ne dépend pas
40 de p. Une possibilité de diminuer λg dans ce cas est de remplacer
l’air interstitiel avec un autre gaz de masse moléculaire plus élevée.
Exemple : les mousses de polyuréthane expansé avec des gaz
35
lourds (R11 ou équivalents).
T = 24 °C
30 ρ = 9 kg · m–3 ■ Si Kn  1 , il en résulte d’après la relation (38) une amélioration
ρ = 10 kg · m–3 potentielle de l’isolant, car dans ce cas λ *g < λ g . Nous sommes en
ρ = 11 kg · m–3 présence d’un transfert d’énergie dit en régime de raréfaction (ou
25 ρ = 12 kg · m–3 effet Smoluchowsky). Trois voies sont possibles pour obtenir ce
régime.
● On augmente Lg en diminuant p pour obtenir Lg ≈ dp ou
0 10 20 30 40 50 60 70 Lg > dp . La transmission de l’énergie d’agitation thermique d’une
Épaisseur (mm) molécule à l’autre est considérablement diminuée suite aux chocs
des molécules contre les parois. La conductivité thermique de
Figure 16 – Variation de la conductivité thermique avec l’épaisseur
l’isolant λ* diminue avec p pour atteindre un palier dû au transfert
de mesure
de chaleur rémanent, par rayonnement et conduction solide. C’est le
cas des isolants à cellules ouvertes sous vide, les fibres de verre ou
les poudres enfermées dans des volumes étanches à l’air.
matrice solide de l’isolant a le rôle de bloquer la convection natu- Exemple : dans le cas d’un isolant fibreux, la conductivité ther-
relle, de diminuer la transmission du rayonnement thermique et mique peut chuter de λ ≈ 0,03 W · m–1 · K–1 à 0,005 W · m–1 · K–1.
d’assurer d’autres propriétés physiques indispensables (propriétés
mécaniques en particulier, etc.). Dans tous les cas, la conductivité ● Tout en restant à la pression atmosphérique, on diminue le dia-
thermique d’un isolant traditionnel sera supérieure à la mètre moyen des pores pour qu’il se rapproche de Lg . C’est le cas
conductivité thermique du gaz interstitiel : des matériaux microporeux ou nanomatériaux qui sont obtenus par
des technologies de fabrication particulièrement sophistiquées.
λ* > λg (37)
Exemple : le gel de silice ou aérogel constitue un tel exemple. Sous
La théorie cinétique des gaz établit une relation entre la forme monolithique, ce matériau de masses volumiques comprises
conductivité thermique du gaz libre λg et celle du même gaz entre 50 et 200 kg · m– 3 présente une porosité ouverte dont les dia-
confiné dans un volume λ *g faisant intervenir le nombre sans mètres des pores se situent entre 10–3 et 10–1 µm. Si on prend :
dimensions de Knudsen : Lg ≈ dp ≈ 0,07 µm, Kn ≈ 1 et d’après (38) :
Kn = Lg /dp
λ*
g = 0,025/ ( 1 + 1,5 × 1 ) ≈ 0, 01 W ⋅ m –1 ⋅ K –1
avec Lg libre parcours moyen des molécules de gaz à la tempé-
rature et à la pression considérées,
Le même effet peut être obtenu à l’aide de produits pulvé-
dp la dimension représentative du volume où le gaz est rulents : poudre de silice ou alumine compactés et opacifiés avec
confiné (diamètre de pore, distance entre particules, des ajouts d’oxydes métalliques.
etc.).
Les conductivités thermiques de ces matériaux isolants, à pression
Entre λg et λ * atmosphérique sont inférieures à la conductivité thermique de l’air.
g nous avons la relation :
● On agit à la fois sur la finesse des particules ou des pores et on
λ*
g = λ g / ( 1 + 2aKn ) (38) diminue en même temps la pression. Les plaques ou poudres
d’aérogel sous vide (10–2 bar) peuvent conduire à de très basses
avec a constante qui dépend de la nature du gaz (pour l’air conductivités thermiques, autour de 0,006 W · m–1 · K–1.
a = 1,5).
La corrélation entre λ * g / λ g , p et dp représentée sur la figure 17
Le libre parcours moyen des molécules dépend de la nature du résume les trois possibilités d’amélioration des isolants pour les-
gaz (diamètre des molécules) et de ses propriétés de transport (vis- quels Kn  1 et λ * g / λ g < 1. On remarque que le phénomène de
cosité, capacité thermique, etc.) ainsi que de la température et de raréfaction commence à des pressions de plus en plus élevées au
la pression du gaz. Pour l’air, Lg peut être calculé en fonction de p fur et à mesure que le diamètre moyen des pores dp diminue. La
et de T par la relation simplifiée : pression atmosphérique (105 Pa) partage le réseau de courbes en
T deux zones mettant en évidence la famille d’isolants microporeux
L g = 2,27 × 10 –5 ----- (39) pour lesquels λ *g / λ g < 1 et p  1 atm ( 10 Pa ).
5
p
Cette relation provient de l’expression de Lg donnée par la théorie Exemple : le plus représentatif des superisolants est l’isolant
cinétique des gaz : multicouche. Il est composé d’une succession d’écrans réflecteurs,
2
L g = 1/ 2 πd p n parallèles entre eux, séparés par des feuilles intercalaires peu
conductrices. L’ensemble, confiné dans un volume étanche, se trouve
avec dp diamètre de la molécule, sous un vide poussé (inférieur à 10 –2 Pa ou 10–7 bar), le transfert de
n = p /kT nombre de molécules par unité de volume. chaleur par conductivité gazeuse et solide étant pratiquement éliminé.

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λ*g
λg 1a
Matrice solide
dp = 103 µm 102 10 1 5
1 Pore fermé
1b
10--1 3 3
4
0,8 Eau liquide
5
2
0,6
10--2

0,4
Figure 18 – Mécanismes élémentaires du transfert de chaleur
et de masse à l’échelle du pore
0,2

0
1 10 102 103 104 105 106 p (Pa)
2. Performances d’un isolant
et facteurs environnants
Figure 17 – Variations relatives de la conductivité gazeuse effective
avec la pression, pour différentes dimensions de pores,
à la température ambiante 2.1 Influence de l’humidité
L’humidité environnante sous forme gazeuse (vapeur d’eau) ou
(0)
liquide (eau de condensation ou d’infiltration accidentelle) peut
pénétrer dans des isolants en service en diminuant leur résistance
Tableau 1 – Conductivités thermiques des isolants thermique nominale, à l’état sec. La détermination des perfor-
mances thermiques des isolants humides est un problème
traditionnels et des superisolants à température ambiante
complexe. S’il est en effet possible de définir une conductivité ther-
mique apparente de milieu humide, la mesure de cette conductivité
Type d’isolant  est très délicate en raison des flux de masse et des phénomènes
(W · m–1 · K–1) de changement de phase venant s’ajouter au transfert de chaleur
simple. Deux démarches sont a priori possibles ; il s’agit :
Isolants à pression atmosphérique
— soit de résoudre les équations complètes de transfert de
Isolant fibreux (gaz interstitiel : air) .................... 0,033 chaleur et de masse et évaluer exactement dans les conditions
d’application données les effets de l’humidité sur le transfert de
Couche d’air calme sans rayonnement (1)......... 0,025 chaleur ;
Isolant cellulaire (gaz interstitiel : CFC 11 ; — soit de choisir une démarche plus pragmatique et définir, en
polyuréthane : ρ ≈ 30 kg · m–3) ........................... 0,020 fonction des conditions d’application, la correction à apporter à la
conductivité thermique à l’état sec.
Isolant microporeux (gaz interstitiel : air ;
Dans les deux cas, il est nécessaire de savoir définir et mesurer
aérogel : ρ ≈ 75 kg · m– 3)..................................... 0,013 la conductivité thermique humide en fonction de la température et
Isolation basse pression (sous vide) de la teneur en eau λ H
* ( T, θ  ) qui apparaît comme paramètre des
équations générales dans le premier cas, ou qui est nécessaire
Isolant fibreux pour la détermination du facteur correctif dans le second cas.
(p ≈ 10–3 bar ; 25  ρ  78 kg · m – 3 ) ................ 0,007
Isolant microporeux 2.1.1 Rôle de l’humidité dans le transfert
(p ≈ 10–3 bar ; aérogel : ρ  75 kg · m – 3 ) ......... 0,005
de chaleur
Isolant multicouche (p ≈ 10–7 bar) ...................... 0,0002 Sur la figure 18 sont énumérés les mécanismes élémentaires du
transfert de chaleur et de masse à l’échelle d’un pore :
(1) Référence.
— conduction dans la matrice solide (1a) et l’air interstitiel
humide (1b) ;
— conduction dans l’eau à la surface de la matrice solide (2) ;
Les écrans sont constitués par des films plastiques (6 à 12 µm) — évaporation et condensation mettant en jeu les chaleurs
métallisés (épaisseur de couche 5 à 30 nm) de type Mylar. Ce type latentes associées aux changements de phase ; l’humidité sous
d’isolant est le plus performant de l’ensemble des isolants thermiques forme d’eau et de vapeur circule à contre-courant sous l’effet du
et autour de la température ambiante sa conductivité thermique peut gradient thermique et des pores capillaires (3) ;
descendre jusqu’à 10–4 à 10–5 W · m–1 · K–1 [41]. — rayonnement (4) ;
— convection naturelle de l’air humide qui sera considérée
Nota : dans les années 1960, la dénomination de superisolant était réservée aux isolants
multicouches sous vide poussé, utilisés tout particulièrement dans le domaine cryogé- comme négligeable (5).
nique. Cette dénomination a été ensuite étendue à tous les isolants ayant λ* < λair .
Pour faciliter la compréhension des phénomènes qui intervien-
Le tableau 1 résume les ordres de grandeur des performances nent, à l’échelle macroscopique, le flux total de chaleur peut être
de l’ensemble des superisolants mentionnés dans ce paragraphe. représenté comme la somme des trois composantes q I , q II et q III :

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avec q I flux de chaleur dû à ∇T avec l’humidité en état d’équili-


bre, c’est-à-dire flux de masse nul ; le transfert de chaleur

Flux thermique q (W · m--2)


est conditionné par la teneur en eau, locale,
q II flux de chaleur et de masse avec déplacement à contre-
courant en phase vapeur et liquide ; le transfert d’humi-
dité s’effectue sous l’action de ∇T et de ∇ θ  tenant
compte des propriétés du matériau,
q III flux de chaleur associé au changement de phase
(évaporation-condensation ; givrage non pris en Humidité
considération dans notre cas). en état
d'équilibre
Du point de vue quantitatif, l’addition de ces trois composantes
conduit à l’écriture de l’expression suivante : A B C Temps

qI q II + q III
Figure 19 – Variation de la densité de flux thermique











q = – λH
* ∇T + g h v + g h
 v  (40) en fonction du temps

avec λ H* ( T, θ  ) (W · m–1 · K–1) conductivité thermique du ma-


tériau humide, Par analogie avec la loi de Fourier, il est alors possible de définir
gv , g (kg · m–2 · s–1) densité de flux de masse en une nouvelle conductivité thermique apparente du matériau
phase vapeur (v ) et liquide (  ), humide :
hv , h (J/kg) enthalpies massiques des phases λ*
ap, H = λ H + ρ  LD Tv
* (44)
vapeur et liquide ;
Selon les matériaux (plus ou moins imperméables à la vapeur)
où : et les conditions expérimentales (méthode stationnaire ou insta-
tionnaire), le terme ρ  LD Tv peut ou non être négligeable devant
g  = ρ  ( D θ  ∇ θ  + D T  ∇T ) + ρ  K  z (41) λ* .
H
avec θ (m3/m3) teneur en eau volumique, Pour un même matériau, la conductivité thermique apparente
T (K) température, mesurée peut ainsi être égale à λ *
ap, H ou
λ H* , ce qui explique en
ρ (kg · m– 3) masse volumique de l’eau, partie la très grande dispersion des valeurs de conductivité ther-
mique des matériaux humides trouvées dans la littérature.
Dθ  , DT  diffusivités massiques isotherme (m2/s) et non
isotherme (m2 · s–1 · K–1) en phase liquide dues
respectivement au ∇ θ  et au ∇T, 2.1.3 Détermination de la conductivité thermique
d’un matériau humide
K (m/s) conductivité hydraulique.
Les méthodes de mesure et les modes de conditionnement des
et : échantillons peuvent être trouvés dans [15] et [52].
g v = ρ  ( D θ v ∇ θ  + D Tv ∇T ) (42) Le principe consiste à se placer dans une configuration fermée
(échantillons ensachés ; surfaces externes imperméables à l’eau et
avec Dθv , DTv diffusivités massiques isotherme (m2/s) et non iso- à la vapeur d’eau) permettant l’utilisation des équations précé-
therme (m2 · s–1 · K–1) en phase gazeuse dues res- dentes.
pectivement au ∇ θ  et au ∇T. La difficulté réside dans le fait que l’application de ∇T modifie
inévitablement la répartition initial de θ  . Toutefois, la variation de
Pour le calcul de g v , g  et de q , il faut connaître les champs
densité de flux thermique en fonction du temps (mesurée dans un
de température et de teneur en eau, ainsi que λ H * et les coefficients
appareil à plaque chaude gardée ou à fluxmètre) a typiquement
de transfert de masse Dij . Pour la résolution rigoureuse de ce type
l’allure représentée sur la figure 19, on distingue :
de problème, il faut prendre en compte les équations de
conservation de l’énergie et de masse qui ne seront pas mention- — une zone initiale A où
q
= Cte : elle correspond à un taux
nées ici. Se reporter à [52] [53] et [54]. d’évaporation constant sur la face chaude et à une distribution
quasi uniforme de la teneur en eau ;
— une zone B de transition ;
2.1.2 Conductivité thermique d’un matériau
— une zone C où l’on atteint un équilibre de teneur en eau, mais
humide avec une distribution non uniforme.
Les équations précédentes permettent de situer du point de vue En principe, λ * peut être évaluée dans la phase A ou C.
H
quantitatif le problème et de mettre en évidence les paramètres qui
interviennent. Elles permettent aussi de préciser la notion de En pratique, pour les matériaux de faible perméabilité à la vapeur
conductivité thermique associée à un matériau humide. d’eau (mousses par exemple), le temps nécessaire pour atteindre
la phase C est très long et les effets des transferts d’humidités sont
Il est en effet possible de montrer qu’en régime stationnaire, en très faibles dans la phase A. La phase A est donc recommandée
supposant le système fermé, g = g v + g  = 0 , l’équation (40) pour la mesure.
peut être réécrite sous la forme : Pour les matériaux de forte perméabilité (laines minérales par
exemple), la phase A est généralement très courte (voire inexis-
q = – ( λH
* + ρ D L ) ∇T (43) tante aux forts ∇T ) et la phase C plus accessible pour la mesure.
 Tv Toutefois, il y a lieu, dans ce cas, d’évaluer la redistribution en eau
avec L = hv – h chaleur latente ou enthalpie de vaporisation. au sein de l’échantillon afin de définir λ H* ( θ ).


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λ*H 3,0 λ*H 12 λ*H 3


35 < λsec < 41 mW · m--1
-1 · K--1
-1
λsec 11 43 < λsec < 112 mW–3· m · K
--1
-1 --1
-1
λsec 2,8 λsec 31 < λsec < 45 mW · m--1
-1
· K--1
-1
12 < ρ < 60 kg · m–3 90 < ρ < 450 kg · m 10 < ρ < 125 kg · m–3
2,6 10
9 2,5
2,4
8
2,2
7
2,0 2
6 Zone A
1,8
5
1,6 4 1,5
1,4 3 Zone C
1,2 2
1,0 1 1,0
0 5 10 15 20 25 30 35 0 4 8 12 16 20 0 2 4 6 8 10 12 14 16
θ (%) θ (%) θ (%)

a polystyrène expansé b vermiculite c laine de verre

En haut de chaque figure sont indiquées les zones de dispersion de masses volumiques et de conductivités thermiques associées prises en considération

Figure 20 – Variation du rapport  H


* /  sec en fonction de la teneur en eau volumique pour trois types différents d’isolants à la température
ambiante

Dans tous les cas, la conductivité λ H * ( θ ) mesurée est identique



dans la phase A ou la phase C. Par contre λ *ap, H est différente, ce Tableau 2 – Le facteur de proportionnalité K H
qui, dans le cas des isolants de forte perméabilité où le terme g v pour différents types d’isolants [52]
est important, peut entraîner des confusions dans les valeurs dites
de conductivité thermique. Teneur massique
La figure 20 représente le rapport λ H * /λ
sec en fonction de la
KH en eau moyenne
Isolant
teneur en eau volumique θ  (en %) pour trois isolants à la tempé- w
rature ambiante. (W · m2 · kg–1 · K–1) (kg · m–3)
Ces courbes ont été tracées à partir de données de la Polystyrène expansé..... 0,00013 <2
littérature [52]. Les valeurs de λ H * ont toutes été mesurées dans la
phase A, sauf pour les laines minérales où les données existent Polystyrène extrudé...... 0,00010 <2
dans la phase A et la phase C. Dans ce dernier cas, le rapport Fibre de cellulose .......... 0,0005 3
λ H* / λ sec est égal à λ *
ap, H / λ sec dans la phase A, d’où une diffé-
rence importante dans les résultats obtenus. Béton léger :
Les zones bleues représentent, dans tous les cas, la dispersion 300 kg · m–3 ................ 0,0009 7
des valeurs trouvées dans la littérature, imputable principalement 600 kg · m–3 ................ 0,0009 < 14
aux variations des caractéristiques intrinsèques des matériaux
souvent non précisées (taille des cellules ou finesse des fibres par
exemple). ■ La détermination des performances thermiques des isolants
humides est délicate ; elle nécessite au préalable une définition cor-
recte de la conductivité thermique apparente en présence d’humi-
2.1.4 Prévision du comportement thermique dité, définition parfois différente selon les auteurs et source
d’un isolant humide d’erreurs et/ou de contradictions (voir à ce sujet [13] [76]).
Comme précisé au début du paragraphe 2, deux démarches sont Il faut également rappeler que les systèmes constructifs doivent
* ( T, θ ) .
possibles une fois connue la conductivité thermique, λ H viser à ce que les isolants restent secs une fois en place.

La résolution complète des équations de conservations d’énergie Les risques de condensation au sein des produits sont fonction
et de masse est rarement praticable car elle nécessite, outre la des conditions de pose ; ils doivent être évités en préconisant,
* , celle des coefficients de transfert de masse. lorsque cela est nécessaire, un pare-vapeur et/ou une étanchéité à
connaissance de λ H l’air côté chaud pour limiter les transferts de vapeur par diffusion
Il existe peut de données sur ces coefficients [55]. et convection. Les conditions d’emploi de ces écrans ont fait l’objet
(0)

L’utilisation de valeurs utiles de conductivité thermique corrigée de nombreuses études [56].


est plus courante. On peut ainsi trouver des formules empiriques Les infiltrations d’eau liquide (eau de pluie) sont parfois
d’obtention des valeurs corrigées de λ *sec en fonction d’une teneur inévitables ; elles sont en général limitées à une faible zone du pro-
en humidité moyenne, choisie par l’utilisateur comme représenta- duit côté froid et sèchent rapidement.
tive du domaine d’application [52] :
Les études in situ montrent que les isolants restent effectivement
λ H* = λ *sec + K H w (45) secs si une pose correcte a été réalisée. Ainsi, les polystyrènes et
les laines minérales, par nature très peu hygroscopiques et
avec w (kg · m– 3) teneur massique en eau, reprenant faiblement l’humidité, conservent leur conductivité mesu-
KH facteur de proportionnalité (tableau 2). rée à l’état sec. Tenant compte des infiltrations accidentelles et des

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teneurs en eau mesurées sur chantier, les normes DIN [14] prévoient
pour ces isolants un facteur correctif sur la conductivité au plus égal

λ (mW · m--1 · K--1)


à 5 %.
30
28
2.2 Vieillissement thermique 26
24 Sortie CFC
1 3
Le vieillissement thermique concerne les isolants plastiques 22
Sortie
alvéolaires à cellules fermées expansées avec des gaz lourds de 20 CO2 Entrée
conductivités thermiques inférieurs à celles de l’air à la pression d'air
18
atmosphérique (§ 1.6). Le cas du polyuréthane constitue l’exemple 2
16
type de ce phénomène. 0,5 1 2 5 10 20 1 2 5 10 20 30
Le vieillissement de l’isolant est fonction de l’évolution de sa (semaines) (ans) Temps
conductivité thermique au cours du temps, λ (t ), due à la modifica-
tion de la composition du mélange gazeux à l’intérieur des cellules,
Figure 21 – Vieillissement d’une mousse de polyuréthane expansée
qui affecte la conductivité thermique du gaz interstitiel, λg (t ). Le
au CFC 11/CO2 . Panneau sous revêtement étanche, d’épaisseur
changement au cours du temps s’explique par :
50 mm (d’après [57])
— la diffusion des gaz dans les deux sens à travers les parois
des cellules et par rapport à l’ensemble de l’isolant ;
— la solubilité du gaz lourd (dissolution/absorption) dans la
matrice solide (parois et squelette des cellules) du milieu cellulaire.
L’évolution de λ (t ), assez rapide dans une première phase après la

p (en 105 Pa)


fabrication, est très lente ensuite (25 ans et plus) et tend vers une 1,4
valeur asymptotique, stable. Total
1,2
Le principal problème posé par le vieillissement thermique est la
prévision de cette évolution, à long terme, qui permet de définir la 1,0 Air (N2 + O2)
conductivité thermique utile de l’isolant. Deux voies sont utilisées
dans ce but : 0,8

— des méthodes expérimentales d’essai, empiriques, de vieillis- 0,6


sement accéléré ;
0,4
— la modélisation rigoureuse du phénomène à partir des lois du CFC 11
transfert de masse par diffusion, tenant compte de la nature 0,2
chimique du polymère, de la morphologie de l’isolant et des carac- CO2
0
téristiques intrinsèques du matériau dont dépendent la diffusion et
0 1 2 3 4 5
l’absorption des gaz dans sa phase solide. Temps (ans)
De nombreuses études ont été effectuées ces vingt-cinq derniè-
res années dans ce domaine. Ces études ont été accélérées suite
Figure 22 – Évolution des pressions partielles des gaz constituant
au Memorandum de Montréal de 1987 qui recommande le rempla-
le mélange dans le vieillissement du polyuréthane expansé
cement progressif et total du CFC 11 par d’autres gaz.
au CFC 11/CO2 sur une période de 5 ans (d’après [57])

2.2.1 Bases physiques


Le vieillissement naturel de l’isolant peut être suivi par des
La figure 21 représente la courbe type de l’évolution dans le mesures successives de conductivité thermique.
temps λ (t ) d’une mousse de polyuréthane expansé au CFC 11/CO2 ,
de 50 mm d’épaisseur sur une période de 30 ans. La courbe Par ailleurs, il est possible de calculer la conductivité thermique
(figure 22) permet de suivre, en parallèle avec la courbe (figure 21), du mélange gazeux, λ (t ) à partir des pressions partielles de chaque
l’évolution dans le temps des pressions partielles moyennes des composant du mélange, λg (pi , t ) (modèle de Lindsay et
composants gazeux du mélange ainsi que sa pression totale sur une Bromley [58]). Le principal but de la modélisation et des calculs
période de 5 ans. théoriques du vieillissement est la détermination de pi (x, t ) pour
chaque gaz constituant du mélange.
On peut distinguer trois phases :
— la pression totale du mélange gazeux reste inférieure à la pres-
sion atmosphérique (105 Pa) suite au refroidissement du produit,
2.2.2 Modélisation du transfert de masse
après sa fabrication, entre la température d’élaboration (≈ 100 oC) Dans le cadre de l’hypothèse du milieu continu fictif (§ 2.3.1.1.7
et la température ambiante ; dans cette phase de quelques semai- de l’article [BE 9 858]) et en supposant que la diffusion de chaque
nes, presque la totalité du CO2 est éliminée par diffusion et sa pres- composant du mélange gazeux est indépendante des autres
sion partielle tend vers 0 ; constituants de ce mélange, le transfert de masse est décrit par la
— la diffusion de l’air extérieur à travers les parois des cellules loi de Fick.
pour atteindre, après une durée d’environ 2 ans, une pression par-
tielle de 105 Pa et, parallèlement, la dissolution progressive du Les pressions partielles de chaque gaz pi (x, t ) proportionnelles
CFC 11 dans l’air ; aux concentrations molaires Ci (x, t ) en fonction du temps et du
point considéré sont données par l’équation :
— la diffusion très lente du CFC 11 à pression partielle constante
de l’air : la pression partielle du CFC 11 passe de 0,32 à 0,28 × 105 Pa ∂p ∂2 p
en 5 ans. ---------i- = D *i --------------i (46)
∂t ∂x 2
Pendant les deux phases, la diffusion du CFC 11 vers l’extérieur
de l’isolant est pratiquement négligeable et la pression totale du avec D*i coefficient de diffusion apparente dans le milieu pour
mélange gazeux atteint 1,3 × 105 Pa. chaque gaz i du mélange.

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être affinée en précisant davantage le mécanisme local de passage


du gaz d’une cellule à l’autre.
pi (en 105 Pa)

Le modèle à couches successives (successive membrane model :


1,2
SMM) permet de lier D *i aux paramètres intrinsèques de la
matière solide et à la morphologie du milieu. Nous avons dans le
1,0 cas de ce modèle :
Di Si Fg
D *i = -----------------------------------
- (49)
0,8 ξ + ( 1 – ξ ) Si

avec S i = C pi /C gi solubilité du gaz i qui s’exprime par le rapport


0,6 des concentrations molaires (mol/m3) dans le
polymère, C pi , et dans le mélange des gaz à
0,4 l’intérieur d’un pore, C gi ,
Di coefficient de diffusion intrinsèque du polymère
0,2 constituant la paroi par rapport au gaz i,
Fg facteur géométrique qui décrit la morphologie
de la mousse.
0
--0,025 --0,015 --0,005 0,005 0,015 0,025 x (m)
2.2.3 Méthodes expérimentales.
Calculs effectués avec D *i = 4,8 x 10--10 m2/s Résultats de mesure et calcul
Mesures : 3h
71 h ■ Toutes les grandeurs qui interviennent dans la relation (49)
178 h peuvent être déterminées à l’aide de méthodes de mesures très
248 h performantes [57] [59].
354 h
● Chromatographie en phase gazeuse : elle permet d’évaluer la
composition, les concentrations et les pressions locales des gaz
Figure 23 – Profil de pression partielle de l’air dans un panneau constituant le mélange en fonction du temps et, également, d’accé-
de polyuréthane vieilli à 70 oC (d’après [57]) der à la détermination de D *i par une méthode d’identification à
partir des profils de pressions pi (x, t ) et de l’équation (46).
● Détermination des isothermes de sorption de la matrice solide :
La solution générale à long terme est donnée par : à partir de cette évaluation, on peut calculer Si et Di .
∞ ● Perméabilité, Pi = Di Si : elle est mesurée sur film de polymère
p i – p 1i 4 ( –1 ) n t
-----------------------
p 0i – p 1i
= -----
π ∑ ------------------- exp – D *i ( 2n + 1 ) 2 π 2 ---------
2n + 1 d2
de même composition chimique que celle de la matrice solide.
n=0 ● Analyse quantitative d’image et méthodes optiques de mesure
pour l’étude de la morphologie des mousses : elles permettent de
( 2n + 1 )πx déterminer les dimensions des cellules, l’épaisseur de membranes
cos --------------------------------- (47)
d (méthodes interférométriques), l’allongement et l’orientation des
cellules, etc.
où p 0i et p 1i expriment les conditions initiales et aux limites du
milieu : ■ À partir des paramètres physiques ainsi obtenus, on peut calculer
d d le vieillissement thermique de l’isolant en fonction du temps et de la
t = 0, p i = p 0i pour – ----- < x < ----- température, comme cela est montré à titre d’exemple sur la
2 2
figure 24. Ce résultat est obtenu pour trois gaz d’expansion diffé-
d rents. Le calcul du vieillissement peut prendre en compte également
p i = p 1i pour x = – -----
2 le cas des isolants dont les propriétés varient dans l’épaisseur
d (masse volumique, morphologie, etc.) ou qui sont revêtus en sur-
p i = p 1i pour x = -----
2 face avec des matériaux d’étanchéité ou de protection.

Dans ce cas à long terme, le nombre sans dimensions de Fourier 2.2.4 Méthodes d’essai
associé au phénomène de diffusion doit être supérieur à 0,2 :
2.2.4.1 Méthode ACERMI
D *i t d2 La prévision de la conductivité thermique à long terme de l’isolant
- > 0,2 ou t > 0,05 ------------
Fo = --------------- est obtenue par une accélération de la diffusion en augmentant la
D *i
 
d 2
-----
2
température de stockage [60]. La méthode de vieillissement accé-
léré prévoit deux phases :
Pour la diffusion à court terme (quelques mois), Fo < 0,2 et la — première phase : stockage du lot d’échantillons à la tempéra-
solution de l’équation (46) est : ture ambiante pour une durée moyenne de 7 semaines ;
— seconde phase : stockage du lot pour une durée de 9 semai-
d d nes à une température contrôlée de 70 oC.
p i – p 1i x – ----- x + -----
2 2
----------------------- = erfc ---------------------------- – ercf ------------------------------ + ... (48) Le lot est suivi dans le temps selon un procédé contrôle-qualité.
p 0i – p 1i 2 ( D *i t ) 2 ( D *i t ) La valeur de palier de la conductivité thermique obtenue après
vieillissement est augmentée à 0,001 W · m–1 · K–1. Les résultats
La figure 23 représente l’évolution dans le temps d’un profil de obtenus ont été confirmés par des mesures de vieillissement natu-
pression partielle de l’air, obtenu à partir de l’équation (48), pour rel à température ambiante sur une durée de plus de 20 ans. La
un panneau de polyuréthane de 50 mm ayant subi un vieillisse- figure 25 présente un exemple de vieillissement accéléré selon la
ment accéléré à 70 oC. La description du transfert de masse peut méthode ACERMI.

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Conductivité thermique (mW · m--1 · K--1)

Mesures de sorption : Chromatographie


24 en phase gazeuse :
- solubilités Si
- coefficient de diffusion
23 - coefficients de diffusion
apparente D * i , d’après
intrinsèque Di
la loi de Fick
22
HCFC 141b

21 HCFC 123 Calcul des autres D *


i

20
CFC 11
19 Chromatographie
Propriétés du
en phase gazeuse :
revêtement :
- perméabilité Ki - concentration initiale
18
du mélange gazeux

17
0 1 000 2 000 3 000 4 000 5 000
Vieillissement à 20 °C (h) Calculs informatiques :
- calcul de la composition du mélange gazeux
a vieillissement à température ambiante en fonction du temps
- calcul de la conductivité thermique du mélange gazeux
en fonction du temps
Conductivité thermique (mW · m--1 · K--1)

- calcul de la conductivité thermique de l’isolant


en fonction du temps
26

25

24 Courbe de vieillissement λ (t)


HCFC 141b
23

22 Figure 26 – Schéma du test numérique de vieillissement d’un isolant


CFC 11
à gaz interstitiel lourd (d’après [57])
21

20 HCFC 123
2.2.4.2 Méthode de la découpe en tranches minces
19
La prévision accélérée du vieillissement du matériau est obtenue
18 par la découpe du panneau initial en tranches minces de
17
10 mm [61]. L’échelle de temps est donnée par l’égalité des nombres
de Fo correspondant, d’une part, à l’épaisseur initiale et, d’autre
0 1 000 2 000 3 000 4 000 5 000
Vieillissement à 70 °C (h) part, à l’épaisseur des tranches : (L1/L2)2 = t 1/t 2 .
L’accélération de la vitesse de diffusion d’un panneau de 50 mm
b vieillissement accéléré à 70 °C
sera ainsi augmentée d’un facteur 25 par découpe en tranche de
10 mm. L’épaisseur de 10 mm représente une limite inférieure
Figure 24 – Vieillissement thermique du polyuréthane expansé indispensable pour conserver la morphologie de l’isolant. Cette
mesuré et calculé pour trois gaz d’expansion CFC 11, HCFC 123, méthode suppose néanmoins une bonne homogénéité de l’isolant.
HCFC 141b, (d’après [59])

2.2.4.3 Méthode du test numérique


Cette méthode [57] [59] suppose la mise au point d’un modèle
de transfert de masse par diffusion et le calcul de λg à partir de
λ (mW · m--1 · K--1)

25 l’évolution des pressions partielles des gaz constituant le mélange


24 interstitiel. Pour être représentatif, l’utilisation du modèle suppose
23 une connaissance complète des paramètres qui caractérise le type
22 de polymère et la morphologie de l’isolant. La mise au point de
méthodes de mesure et d’échantillonnage comme celles mention-
21
nées au § 2.2.3 est indispensable. L’Université de Delft a élaboré
20 une démarche complète de ce type de test qui fonctionne bien et
19 conduit à des bonnes vérifications expérimentales (figure 24).
18 Cette méthode théorique, très souple, permet de changer facile-
0 100 200 300 400
ment tous les paramètres qui caractérisent le vieillissement et
Temps (j)
représente un outil important de travail pour l’optimisation des
vieillissement à température ambiante produits et le remplacement du CFC 11.
vieillissement à 70 °C Le schéma de ce test numérique est décrit sur la figure 26.
Les résultats obtenus par calcul sont vérifiés expérimentalement,
Figure 25 – Vieillissement accéléré d’après la méthode ACERMI.
à court terme, par des mesures de conductivité thermique en fonc-
Variation de la conductivité thermique d’un lot de panneaux
tion de la température (20 et 70 oC), mais ils peuvent facilement
de polyuréthane de masse volumique 32 kg · m– 3 (d’après [60])
être extrapolés à long terme avec une très bonne précision.

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