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Les effets du contrat de vente en Droit marocain à l’aune du Droit de l’Ohada

Le contrat de vente est une convention par laquelle l’une des parties (le vendeur) s’oblige à livrer une chose et
l’autre partie (l’acheteur), à la payer. Une des particularités du contrat de vente, est que celui-ci est
synallagmatique, c'est-à-dire qu’il fait naître des droits et des obligations à l’égard des deux parties. Le contrat
de vente a pour objet le transfert de propriété d’une chose (matérielle ou immatérielle) en échange du
versement d’un prix.
Elle peut être faite par acte authentique ou sous seing privé », l’acte authentique étant celui rédigé par un
officier public (par exemple, un notaire), l’acte sous seing privé étant celui réalisé par toute autre personne (par
exemple un particulier ou une personne morale, comme une société).Dans la vie de tous les jours, on conclue
très régulièrement des contrats de vente, parfois sans même s’en rendre compte, comme lorsque l’on achète
son pain à la boulangerie. Sans toujours le réaliser, on reconnait avoir des droits et des obligations envers son
cocontractant. Ainsi l’existence du contrat est-elle importante, puisqu’en cas de non-respect du contrat, la
partie lésée pourra demander la réparation du préjudice causé, souvent au travers de dommages et intérêts.
D’abord la vente est considérée comme un contrat synallagmatique (bilatéral), un contrat commutatif,
consensuel, translatif et onéreux.

La vente organise le transfert d’un bien en contre partie d’un prix, l’Art. 478 du D.O.C.2. L’importance de la
prestation de chaque partie est connue au jour de la conclusion du contrat, par opposition au contrat de vente
aléatoire. L’intérêt de la distinction, c’est que la théorie de la lésion reste valable pour ce type de contrats. Or
dans le contrat aléatoire, l’aléa chasse la lésion.
L’Art. 488 du D.O.C. « La vente est parfaite entre les parties, dès qu'il y a consentement des contractants, l'un
pour vendre, l'autre pour acheter, et qu'ils sont d'accord sur la chose, sur le prix et sur les autres clauses du
contrat ». Donc le consentement à lui seul suffit. Malheureusement, nous assistons de plus en plus à une
renaissance de formalisme direct et indirect. Le formalisme direct subordonne à la validité d’un contrat de
vente au respect de certaines formes, écrit, sous-seing privé, mentions obligatoires des clauses légales.
Le contrat de vente emporte le transfert de propriété d’un bien. De ce fait il se distingue du bail et du prêt où le
transfert n’est que temporaire.
Les caractéristiques de la vente nous amènent à donner la définition que le contrat de vente est parfait entre
les parties et la propriété est acquise de droit à l’acheteur à l’égard du vendeur dès qu’il est convenu de la
chose et du prix, quoi que la chose n’est pas encore livrée ni le prix payé.

Cette définition met en lumière deux principaux effets du contrat de vente : Le Transfert de propriété et des
risques.

Plan :

Introduction

I. Les effets du contrat de vente en Droit Marocain.


1. L’effet translatif de propriété.
2. Le transfert des risques.
II. Les effets du contrat de vente en Droit de l’Ohada.
1. Le transfert de propriété.
2. Le transfert des risques.
I. Les effets du contrat de vente en Droit Marocain

Il résulte des articles 491 et 492 du D.O.C que le consentement des parties transfère à l’acquéreur
immédiatement et la propriété de la chose ainsi vendue et les risques de cette chose. Mais transfert de
propriété et transfert de risque ne sont pas toujours liés les parties peuvent en effet déroger à la règle en fixant
le jour auquel se transfère la propriété et les risques. Elles peuvent même dissocier du transfert de la propriété
le transfert des risques convenus, donc que les deux transferts ne se réaliseront pas en même temps par
exemple : le transfert de propriété au jour de l’échange du consentement et le transfert des risques au jour de
la délivrance et cela peut se pratiquer en fait.

1. L’effet translatif de propriété

En matière de vente le D.O.C rappelle le principe de transfert consensuel dans l’article 491 au terme de cet
article « l’acheteur acquiert de plein droit la propriété de la chose vendue dès que le contrat est parfait par le
consentement des parties » cet effet translatif est dit solo consensus. Ainsi la vente n’est pas seulement un
contrat consensuel qui se forme entre les parties par le seul échange de leur consentement mais elle produit
automatiquement et immédiatement par ce seul échange de consentement et donc sans aucune formalité le
transfert de la propriété de la chose vendue. Le droit de la propriété se transmet ainsi indépendamment de la
chose, le transfert de la propriété s’opère solo consensus tandis que la livraison de la chose est une obligation
qui pèse sur le vendeur.

il y a des cas où ce principe ne joue pas :

 le droit de réflexion de l’acheteur : L’acheteur peut examiner si la chose à livrer correspond à


ce qu’il a commandé par exemple : la vente à l’essai n’est définitivement conclue que si
l’essai est satisfaisant. Juridiquement elle est toujours présumée faite sous conditions
suspensives. Il en est de même de la vente sous réserve d’agrément ou d’agréage c’est la
vente à goûter l’analyse des textes législatifs est délicate on peut y avoir une promesse
unilatérale se transformant en vente par l’agréage qui équivaudrait à une levée de l’option.
 2- le droit de réflexion du vendeur : C’est la vente à réméré selon l’article 585 du D.O.C, la
faculté de rachat ou vente à réméré est un pacte par lequel le vendeur se réserve de
reprendre la chose vendue moyennant la restitution du prix. Quant aux mécanismes le D.O.C
envisage nettement la vente à réméré comme une vente sous condition résolutoire. Jusqu’à
l’exercice du réméré par le vendeur l’acquéreur est propriétaire du bien et peut librement
exercer ses droits sur la chose sous réserve de ce qui est établit à l’article 595. Or aux termes
de l’article 595 « le vendeur à réméré peut exercer son action contre un second acquéreur
quand même la faculté de rachat n’aurait pas été déclarée dans le second contrat »
2. Le transfert des risques

Le principe de base en matière de vente est que le transfert des risques suit le transfert de propriété. Devenait
propriétaire dès la formation du contrat de vente réalisée par l’échange des consentements l’acheteur aura à
supporter dès ce moment et sauf convention contraire des parties les risques des pertes et de détérioration de
la chose vendue. Devenue sa propre chose alors même que cette chose ne lui a pas encore été livrée et ne se
trouve pas sous sa surveillance. L’acheteur supporte la force majeure telle est la règle posée par l’article 493
aux termes duquel « la chose vendue est au risque de l’acheteur même avant la délivrance sauf les conventions
des parties ». Ainsi par exemple si la chose périt après le transfert de propriété l’acquéreur doit malgré tout en
payer le prix. La même solution est admise par le code civil français dans son article 1138 dans son alinéa 2. La
solution ainsi retenue par les législateurs marocains et français est à juste raison critiquée par la doctrine qui
propose de retarder ce transfert des risques jusqu’au moment de la livraison c’est la solution retenue
notamment par la convention de Vienne du 18 avril 1980 sur la vente internationale de marchandises.

il y a des cas où ce principe ne joue pas :

 vente de chose de genre : L’article 494 énumère un certain nombre de vente où la date de transfert
des risques est retardée à la charge du vendeur alors même que la chose vendue est déjà au pouvoir
de l’acheteur. Aux termes de ce texte « lorsque la vente est faite à la mesure, à la jauge, au compte, à
l’essai, sur dégustation ou sur simple description tant que les choses n’ont pas été comptés, mesurés,
jaugés, essayés, dégustés ou examinés et agréés par l’acheteur ou son représentant elles sont aux
risques du vendeur alors même qu’elles se trouvent déjà aux pouvoirs de l’acheteur ».
 2- vente de chose à transporter : Selon l’article 496 tant que l’acquéreur n’a pas encore reçu la chose
vendue les risques de cette dernière demeurent à la charge du vendeur.
 3- vente de chose future : De même d’après l’article 497 « en cas de vente de fruit sur l’arbre, de
produits d’un potagère ou d’une récolte pendante les fruits et les légumes sont aux risques du
vendeur jusqu’au moment de leur complète maturation».

II. Les effets du contrat de vente en Droit de l’Ohada

1. Le transfert de propriété

L’article 277 de l’Acte uniforme relatif au droit commercial général indique que c’est la prise de livraison qui
opère transfert à l'acheteur de la propriété des marchandises vendues. Le principe est donc celui du transfert
de propriété à la prise de livraison des marchandises, à moins que les parties en aient convenus autrement.

Le législateur OHADA s’écarte donc du principe de transfert de propriété solo consensus, lequel s’appliquait
pourtant dans la plupart des Etats membres de l’OHADA avant l’entrée en vigueur de l’Acte uniforme relatif au
droit commercial général. Le principe du transfert de propriété solo consensus veut que le transfert de
propriété s’opère immédiatement et de plein droit à l’acquéreur du seul fait de la formation du contrat , le
transfert de propriété se réalisant donc par le seul fait de l’échange des consentements et à l’instant même où
celui-ci s’opère.

Le transfert de propriété solo consensus n’est toutefois pas sans risque pour les tiers et pour l’acheteur. Les
tiers risquent, en effet, de ne pas être avertis du transfert de propriété et d’acquérir des droits de la part du
vendeur alors même que celui-ci n’est plus propriétaire des marchandises. L’acheteur, quant à lui, doit
supporter le risque de perte ou de détérioration d’une chose dont il n’est pas encore en possession.
Par ailleurs, la vente commerciale se caractérise par des besoins de souplesse, de rapidité et de sécurité,
lesquels s’accommodent mal de l’imprévision quant au moment du transfert de propriété qui découlent du
principe du transfert solo consensus.

Compte tenu de ces difficultés, le législateur OHADA a préféré adopter la règle selon laquelle le transfert de
propriété a lieu au moment de la livraison effective de la chose. La question de la détermination du moment où
s’opère le transfert de propriété est essentielle, notamment pour les créanciers du vendeur puisque c’est à
partir de cette date que les biens vendus sortent du patrimoine du vendeur.

A cet égard, le législateur OHADA indique que l’acheteur et le vendeur peuvent prévoir que la prise de livraison
des marchandises a lieu soit au moment du retirement de la marchandise par le vendeur, soit au moment de la
remise des marchandises au transporteur, soit au moment de la mise à disposition des marchandises par le
vendeur.

Les parties peuvent donc prévoir que la prise de livraison s’opère par le retirement de la marchandise. La
propriété de celles-ci est donc transférée à l’acheteur dès le retirement.

Le transport des marchandises vendues présente, quant à lui, la particularité d’introduire une troisième
personne dans la transaction, à savoir le transporteur. Compte tenu de cela, on peut s’interroger sur le
moment précis où s’opèrera le transfert de propriété. Faut-il ou non considérer que la prise de possession des
marchandises par le transporteur pour le compte de l’acheteur vaut livraison au sens de l’article 277 de l’Acte
uniforme relatif au droit commercial général ? Si oui, cela signifie que le transfert de propriété s’opérera à un
moment où l’acheteur n’a pas encore la possession matérielle de la marchandise.

Or, une telle solution semble en contradiction avec les termes de l’article 277 de l’Acte uniforme relatif au droit
commercial général qui entendent situer le transfert de propriété au moment de la prise de livraison des
marchandises par l’acheteur. Il y a donc lieu de considérer que le transfert de propriété ne se produit que
lorsque l’acheteur est en mesure d’entrer matériellement en possession de la marchandise, ou à tout le moins,
d’avoir la maîtrise des moyens de cette prise de possession en ce compris l’organisation du transport.

Enfin, les parties peuvent prévoir que la prise de livraison a lieu par la mise à disposition des marchandises par
le vendeur. Des difficultés peuvent toutefois se produire lorsque le vendeur se heurte à l’inertie de l’acheteur
qui ne procède pas au retirement dans les délais convenus. Dans ce cas, il y a lieu de considérer qu’ayant
procédé à la livraison des marchandises dans le respect des obligations contractuelles prévues par les parties,
le vendeur en a également transféré la propriété.

Une telle solution semble être confirmée par l’article 271 de l’Acte uniforme relatif au droit commercial général
qui prévoit que, si l’acheteur tarde à prendre livraison des marchandises, le vendeur est tenu d’en assurer
la conservation. Or, le droit de conservation ne peut s’exercer que pour autant que le vendeur n’ait plus la
qualité de propriétaire des marchandises mais uniquement celle de simple possesseur pour le compte de
l’acheteur.

1. Le transfert de risque

Parallèlement à ce transfert de propriété, la vente réalise également un transfert des risques du vendeur à
l'acheteur. Cette question est importante puisqu'elle détermine qui du vendeur ou de l'acheteur devra
supporter les conséquences d'une perte fortuite, totale ou partielle des marchandises vendues entre le
moment de la conclusion du contrat et celui de la prise de possession.

A cet égard, l'Acte uniforme relatif au droit commercial général prévoit que le transfert de risques a lieu au
moment du transfert de propriété, soit en principe, au moment de la prise de livraison par l'acheteur des
marchandises. Il ressort de ce principe que la charge des risques en cas de perte ou de détérioration des
marchandises est intimement liée à la possession matérielle des marchandises. C'est donc en principe lors de la
livraison que la charge des risques passe du vendeur à l'acheteur. Cette solution s'explique par le fait que le
législateur OHADA a estimé qu'il convenait de faire peser les risques sur le cocontractant qui est le plus à
même de prévenir le sinistre et de prendre les mesures conservatoires destinées à sauvegarder les
marchandises.

Toutefois, l'Acte uniforme relatif au droit commercial général prévoit des aménagements à ce principe lorsque
le contrat de vente commerciale implique un transport de marchandise. Dans ce cas, les risques seront
transférés à l'acheteur à partir de la remise des marchandises au premier transporteur. Il résulte de ce qui
précède que, sauf stipulations contraires, tous les dommages causés aux marchandises postérieurement à ce
moment devront être supportés par l'acheteur.

Par ailleurs, lorsque les marchandises sont vendues en cours de transport, le législateur OHADA prévoit que les
risques sont transférés à l'acheteur dès la conclusion du contrat de vente. Cependant, si au moment de la
conclusion du contrat, le vendeur avait connaissance ou aurait dû avoir connaissance de la perte ou de la
détérioration des marchandises, il devra supporter seul la charge de ces risques s'il n'en a pas informé
l'acheteur.