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Maria Valtorta

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Introduction

Je tiens à vous présenter ici une figure assez extraordinaire du mysticisme chrétien : il s'agit de Maria
Valtorta.
Maria Valtorta est une italienne, née à Naples en 1897 et décédée en 1961 alors âgée de 64 ans. Son père
était sous-officier de cavalerie et sa mère professeur de Français.

En 1924, Maria s'engage dans L'Action catholique. En 1925, elle s'offre à L'Amour miséricordieux
(Références biographiques provenant de la toile) puis en 1931, elle se donne au Seigneur comme victime
expiatoire pour les péchés des hommes.

Comme de grands mystiques ou sublimes stigmatisées, la santé de Maria se détériore. À partir du Ier avril
1934, elle demeure définitivement clouée au lit.

De 1943 à 1947, elle reçoit la visite du Seigneur Jésus-Christ dans sa chambre qui lui dictera 15 000 pages
manuscrites relatant sa vie et ses actes dans des détails circonstanciés exceptionnels.

Il est sidérant de comparer les versions développées de Maria Valtorta à celles synthétiques proposées dans
les Quatre Évangiles.

Les Faits principaux de la vie publique du Christ s'enrichissent de détails, de perceptions, de prolongements
narratifs qui ne sauraient venir d'une âme imaginative. C'est certainement sous l'égide de Jésus que Maria a
été choisie pour être le calame du Rédempteur, le secrétaire zélé et obéissant du Fils de Dieu.

Le fait relaté y est considérablement amplifié, y est explicité avec des lumières nouvelles rendant plus
accessibles encore les Actes du Fils.

Je vais vous proposer à suivre des fragments comparatifs. Il est à considérer que jamais Maria ne contredit

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en quoi que ce soit les passages du Nouveau Testament. Elle ne fait que fortifier, qu'accroître la Parole et les
Actes de Jésus-Christ, notre sauveur.

Franck Lozac‟h

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TOME I

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L'Annonciation

Voici ce que je vois : Marie, une très jeune adolescente - quinze ans au plus à la voir - est dans une petite

pièce rectangulaire. Une vraie chambre de jeune fille.

Contre le plus long des deux murs, se trouve le lit : une couchette basse, sans rebords couverte de nattes ou

de tapis. On les dirait étendus sur une table ou une claie à roseaux. Ils sont en effet rigides et ne forment pas

de courbes comme il arrive sur nos lits. Sur l'autre mur, une étagère avec une lampe à huile, des rouleaux de

parchemin, un travail de couture soigneusement plié que l'on dirait de la broderie. À côté, vers la porte qui

est ouverte sur le jardin, mais couverte d'un rideau qu'un vent léger remue, est assise sur un tabouret bas la

Vierge.

Elle file du lin très blanc et doux comme de la soie. Ses petites mains, un peu moins claires que le lin, font

tourner agilement le fuseau. Le petit visage, jeune est si beau, si beau, légèrement courbé, avec un léger

sourire, comme si elle caressait ou suivait quelque douce pensée.

Un profond silence, dans la petite maison et le jardin. Une paix profonde, tant sur le visage de Marie que

dans son environnement. La paix et l'ordre. Tout est propre et en ordre et le milieu très humble en son aspect

et dans l'ameublement, presque comme une cellule, a quelque chose d'austère et en même temps de royal à

cause de la netteté et du soin avec lequel sont disposées les étoffes sur le lit, les rouleaux, la lumière, le petit

broc de cuivre près de la lumière et, avec dedans un faisceau de branches fleuries, branches de pêchers ou de

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poiriers, je ne sais, mais ce sont certainement des arbres à fruit avec des fleurs légèrement rosées.

Marie se met à chanter à voix basse et puis elle élève un peu la voix. Ce n'est pas du grand "chant", mais

c'est déjà une voix qui vibre dans la petite pièce et où on sent vibrer son âme, Je ne comprends pas les

paroles, c'est certainement de l‟hébreu. Mais comme elle répète fréquemment : "Jéhovah" je comprends qu'il

s'agit de quelque chant sacré, peut-être un psaume. Peut-être Marie se rappelle les cantiques du Temple et ce

doit être un doux souvenir car elle pose sur son sein les mains qui tiennent le fil et le fuseau et elle lève la

tête en l'appuyant en arrière sur le mur ; son visage brille de vives couleurs et ses yeux, perdus dans je ne sais

quelle douce pensée, sont rendus plus luisants par des pleurs retenus mais qui les font paraître plus grands.

Et pourtant ses yeux rient, sourient à une pensé qu'ils suivent et l'abstraient de ce qui l'entoure. Le visage de

Marie émerge du vêtement blanc et très simple, rosé et encadré par les tresses qu'elle porte comme une

couronne autour de la tête. On dirait une belle fleur.

Le chant se change en une prière : "Seigneur, Dieu Très-Haut, ne tarde pas d'envoyer ton Serviteur pour

apporter la paix sur la terre. Suscite le temps favorable et la vierge pure et féconde pour l'avènement de ton

Christ. Père, Père Saint, accorde à ta servante d'offrir sa vie dans ce but. Accorde-moi de mourir après avoir

vu ta Lumière et ta Justice sur la terre et d'avoir vu, accomplie, la Rédemption. O Père Saint envoie à la terre

ce qui a fait soupirer les Prophètes. Envoie à ta servante le Rédempteur. Qu'à l'heure où se terminera ma

journée s'ouvre pour moi ta demeure parce que ses portes auront déjà été ouvertes par ton Christ, pour tous

ceux qui ont espéré en Toi. Viens, viens, ô Esprit du Seigneur.

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Viens vers tes fidèles qui t'attendent. Viens, Prince de la Paix !..." Marie reste ainsi hors d'elle-même...

Le rideau remue plus fort, comme si quelqu'un, par derrière faisait un courant d'air ou le secouait pour

l'écarter. Et une lumière blanche de perle, associée à l'argent pur, rend plus clairs les murs légèrement jaunes,

plus vives les couleurs des étoffes, plus spirituel le visage levé de Marie. Dans la lumière, et sans que la

tenture soit écartée sur le mystère qui s'accomplit - même elle ne remue plus : elle pend absolument rigide

contre les montants, comme si c'était un mur qui isole l'intérieur de l'extérieur - dans cette lumière se prosterne

l'Archange.

Il doit nécessairement prendre un aspect humain. Mais cet aspect transcende l'humain. De quelle chair est

formée cette figure très belle et fulgurante ? De quelle substance Dieu l'a-t-elle matérialisée pour la rendre

sensible aux sens de la Vierge ? Seul Dieu peut posséder ces substances et s'en servir si parfaitement. C'est

un visage, c'est un corps, ce sont des yeux, une bouche, des cheveux et des mains comme les nôtres, mais ce

n'est pas notre opaque matière. C'est une lumière qui a pris la couleur de la chair , des yeux, de la chevelure,

des lèvres, une lumière qui se meut et sourit et regarde et parle.

"Salut, Marie, pleine de Grâce, salut !" La voix est un doux accord comme de perles qui tombent sur un

métal précieux.

Marie tressaille et baisse les yeux. Et elle tressaille davantage quand elle voit cette créature de lumière

agenouillée à un mètre environ de distance d'elle, les mains croisées sur la poitrine la regardant avec un

infini respect.

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Marie se dresse debout et se serre contre le mur. Elle devient pâle, puis rouge. Son visage exprime

étonnement, effarement. Elle serre inconsciemment les mains sur son sein, en les cachant sous ses longues

manches. Elle se courbe presque pour cacher le plus possible son corps. Une attitude de suave pudeur.

"Non. Ne crains pas. Le Seigneur est avec Toi ! Tu es bénie entre toutes les femmes."

Mais Marie continue à craindre. D'où est venu cet être extraordinaire ? Est-ce un envoyé de Dieu ou du

Trompeur ?

"Ne crains pas, Marie !" répète l'Archange. "Je suis Gabriel, l'Ange de Dieu. Le Seigneur m'a envoyé vers

Toi. Ne crains pas parce que tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Et maintenant, tu vas concevoir dans ton sein

et enfanteras un Fils et tu Lui donneras comme nom "Jésus". Il sera grand, on l'appellera le Fils du Très-

Haut (et il le sera en réalité) et le Seigneur Dieu Lui donnera le trône de David son père et il régnera

éternellement sur la maison de Jacob et son Règne n'aura jamais de fin. Comprends, ô sainte Vierge, aimée

du Seigneur, sa Fille bénie, appelée à être la Mère de son Fils, quel Fils tu engendreras."

"Comment cela peut-il se faire si je ne connais point d'homme ? Est-ce que le Seigneur Dieu n'accueille pas

l'offrande de sa servante et ne me veut pas vierge par amour pour Lui ?"

"Non, ce ne sera pas par œuvre d'homme que tu seras Mère, ô Marie. Tu es l'éternelle Vierge, la Sainte de

Dieu. L'Esprit Saint descendra sur Toi et la puissance du Très-Haut te couvriras de son ombre. Pour cela, on

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appellera Saint celui qui naîtra de toi, Saint et Fils de Dieu. Tout est possible au Seigneur notre Dieu.

Élisabeth, stérile, a conçu dans sa vieillesse un fils qui sera le Prophète de ton Fils, celui qui Lui préparera le

chemin. Le Seigneur lui a enlevé son opprobre et son souvenir restera parmi les peuples uni à ton nom,

comme le nom de sa créature à celui de ton Saint, et jusqu'a la fin des siècles les nations vous proclameront

bienheureuses pour la grâce du Seigneur venue jusqu'à vous et jusqu'à toi spécialement, venue aux nations

par ton intermédiaire. Élisabeth en est à son sixième mois et le poids qu'elle porte fait monter en elle la joie

et la fera monter davantage quand elle connaîtra ta propre joie. Rien n'est impossible à Dieu, Marie, pleine

de Grâce. Que dois-je dire à mon Seigneur ? Ne te laisse pas troubler par aucune pensée. Le Seigneur

veillera sur tes intérêts si tu te fies à Lui. Le monde, le Ciel, l'Éternel attendent ta parole !"

Marie, croisant à son tour ses mains sur sa poitrine et se courbant en une profonde inclination dit : "Voici la

servante du Seigneur. Qu'il me soit fait selon sa parole."

L'Ange étincelle de joie. Il adore, parce que certainement il voit l'Esprit de Dieu s'abaisser sur la Vierge,

toute courbée dans son consentement. Puis il disparaît, sans remuer la tenture qu'il laisse tirée sur le Mystère

saint.

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L’Annonciation

26 Le sixième mois, l'ange Gabriel, par Dieu,

Dans une ville de Galilée appelée

Nazareth fut donc envoyé 27 à une vierge

Fiancée à un homme qui s'appelait Joseph

De la maison de David ; le nom de la vierge

Était Marie. 28 Entrant chez elle, il dit : "Salut,

Comblée de grâce ! (Car) le Seigneur est avec toi."

29 Et à cette parole, elle fut toute troublée

Parce qu'elle ne demandait ce que pouvait être

Cette salutation, 30 Et l‟ange lui dit : "Sois

Sans crainte, Marie puisque tu as trouvé grâce

Auprès de Dieu. 31 Et voici que tu concevras

Tu enfanteras un fils, tu l'appelleras

Du nom de Jésus.32 Il sera grand et sera

Appelé Fils du Très-Haut Et le Seigneur Dieu

Lui donnera le trône de David, son père,

33 Et il règnera sur la maison de Jacob

Pour tous les siècles, et son règne n‟aura pas de fin."

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34 Marie dit à l‟ange : "Comment cela sera-t-il,

Puisque je ne connais pas d'homme ? 35 Et, répondant

L‟ange lui dit : "L'Esprit Saint surviendra sur toi,

Alors la puissance du Très-Haut te prendra

Sous son ombre ; et c‟est pourquoi l‟être saint qui naîtra

Sera appelé Fils de Dieu. 36 Et ta parente,

Elizabeth, voici a conçu elle aussi

Un fils dans sa vieillesse. Ce mois est le sixième

Elle qu‟on appelait stérile ; 37 rien n'est impossible

De la part de Dieu." 38 Marie dit : "Je suis l'esclave

Du Seigneur, et qu'il m‟advienne selon ta parole !"

Et l‟ange la quitta.

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La Visitation

Je suis dans un pays montagneux. Ce ne sont pas de hautes montagnes, mais ce ne sont plus des collines.

Elles ont déjà des cimes et des gorges de vraies montagnes comme on en voit sur notre Apennin tosco-

ombrien. La végétation est drue et magnifique. Il y a en abondance des eaux fraîches qui conservent vertes

les prairies et productifs les vergers peuplés de pommiers, de figuiers avec, autour des maisons, des vignes.

Ce doit être le printemps car les grappes sont déjà grosses comme des grains de vesce et les pommiers

commencent à ouvrir leurs bourgeons qui maintenant paraissent verts, sur les branches supérieures des

figuiers il y a des fruits qui sont déjà bien formés. Ensuite les prés ne sont que tapis moelleux aux mille

couleurs. Les troupeaux sont en train d'y paître, ou bien ils se reposent, taches blanches sur l'émeraude de

l'herbe.

Marie gravit, avec sa monture, un chemin en assez bon état qui doit être la principale voie d'accès. Elle

monte, parce que le pays dont l'aspect est assez régulier est situé plus haut. Celui qui me renseigne

habituellement me dit : "Cet endroit, c'est Hébron." Vous me parliez de montagne. Mais je ne suis pas fixée,

je ne sais si "Hébron" désigne tout le pays ou l'agglomération. Je n'en dis donc que ce que j'en sais.

Voilà que Marie entre dans la cité. C'est le soir : des femmes sur les portes observent l'arrivée de l'étrangère

et en parlent entre elles. Elles la suivent de l‟œil et ne se rassurent qu'en la voyant s'arrêter devant une des

plus belles maisons située au milieu du pays. Devant se trouve un jardin puis, en arrière et autour, un verger

bien entretenu. Vient ensuite une vaste prairie qui monte et descend suivant le relief de la montagne pour

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aboutir à un bois de haute futaie; ensuite j'ignore ce qu'il y a. La propriété est entourée d'une haie de ronces

et de rosiers sauvages. Je ne distingue pas bien ce qu'ils portent. La fleur et le feuillage de ces buissons se

ressemblent beaucoup et tant que le fruit n'est pas formé sur les branches, il est facile de se tromper. Sur le

devant de la maison, sur le côté donc qui fait face au pays, la propriété est entourée d'un petit mur blanc sur

lequel courent des branches de vraies roses, pour l'instant sans fleurs, mais déjà garnis de boutons. Au centre,

une grille de fer qui est fermée. On se rend compte que c'est la maison d'un notable du pays ou d'un habitant

assez fortuné, Tout, en effet, indique sinon la richesse, au moins l'aisance certainement. Il y a beaucoup

d'ordre.

Marie descend de sa monture et s'approche de la grille. Elle regarde à travers les barreaux et ne voit

personne. Alors elle cherche à manifester sa présence. Une petite femme qui, plus curieuse que les autres l'a

suivie, lui indique un bizarre agencement qui sert de clochette. Ce sont deux morceaux de métal fixés sur un

axe. Quand on remue l'axe avec une corde, ils battent l'un contre l'autre en faisant un bruit qui imite celui

d'une cloche ou d'un gong.

Marie tire la corde, mais si gentiment que l'appareil tinte légèrement et personne ne l'entend. Alors, la

femme, une petite vieille, tout nez et menton et entre les deux une langue qui en vaut dix, s'accroche à la

corde et tire, tire, tire. Un vacarme à réveiller un mort. "C'est cela qu'il faut faire. Autrement comment

pouvez-vous faire entendre ? Sachez qu' Élisabeth est vieille, et aussi Zacharie. Et à présent il est muet et

sourd par-dessus le marché. Les domestiques sont aussi vieux, le savez-vous ? N'êtes-vous jamais venue ?

Connaissez-vous Zacharie ? Vous êtes..."

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Pour délivrer Marie de ce déluge de renseignements et de questions, survient un petit vieux qui boîte. Ce doit

être un jardinier ou un agriculteur, car il a en mains un sarcloir et, attachée à la ceinture, une serpette. Il

ouvre et Marie entre en remerciant la petite vieille mais... hélas ! sans lui répondre. Quelle déception pour la

curieuse !

À peine à l'intérieur, Marie dit : "Je suis Marie de Joachim et d'Anne, de Nazareth. Cousine de vos maîtres."

Le petit vieux s'incline et salue et se met à crier : "Sara ! Sara !" Il rouvre la grille pour faire rentrer l'âne

resté dehors parce que Marie, pour se défaire de la petite vieille importune, s'est glissée vite, vite, à l'intérieur

et que le jardinier, aussi rapide qu'elle, a fermé la grille, au nez de la commère et, tout en faisant entrer la

monture, il dit : "Ah ! grand bonheur et grande peine en cette maison ! Le Ciel a donné un fils à la stérile,

que le Très-Haut en soit béni ! Mais Zacharie est revenu, il y a sept mois, muet de Jérusalem. Il se fait

comprendre par signes ou en écrivant. Vous l'avez peut-être appris ? La patronne vous a tant désirée au

milieu de cette joie et de cette peine ! Souvent elle parlait de vous avec Sara et disait : "Si j'avais encore ma

petite Marie avec moi ! Si elle avait encore été au Temple ! J'aurais demandé à Zacharie de l'amener. Mais

maintenant le Seigneur l'a voulue comme épouse à Joseph de Nazareth. Elle seule pouvait me donner du

réconfort dans cette peine et m'aider à prier Dieu, car elle est si bonne, et au Temple tout le monde la pleure.

À la dernière fête, quand je suis allée avec Zacharie la dernière fois à Jérusalem pour remercier Dieu de

m'avoir donné un fils, j'ai entendu ses maîtresses me dire : 'Le Temple semble avoir perdu les chérubins de la

Gloire depuis que la voix de Marie ne résonne plus en ces murs'. " Sara ! Sara ! Ma femme est un peu

sourde, mais viens, viens que je te conduise."

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Au lieu de Sara, voilà, en haut d'un escalier au flanc d'un côté de la maison, une femme d'âge plutôt avancé,

déjà toute ridée avec des cheveux très grisonnants. Ses cheveux devaient être très noirs parce que très noirs

sont encore ses cils et ses sourcils et qu'elle était très brune, le teint de son visage l'indique clairement.

Contrastant étrangement avec sa vieillesse évidente, sa grossesse est déjà très apparente, malgré l'ampleur de

ses vêtements. Elle regarde en faisant signe de la main. Elle a reconnu Marie. Elle lève les bras au ciel avec

un : "Oh !" étonné et joyeux et se hâte, autant qu'il lui est possible, à la rencontre de Marie. Marie aussi

toujours réservée dans sa démarche se met à courir agile comme un faon et elle arrive au pied de l'escalier en

même temps qu'Élisabeth. Marie reçoit sur son cœur avec une vive allégresse sa cousine qui pleure de joie

en la voyant.

Elles restent embrassées un instant et puis Élisabeth se détache de l'étreinte avec un : "Ah !" où se mêlent la

douleur et la joie et elle porte la main sur son ventre grossi. Elle penche son visage, pâlissant et rougissant

alternativement. Marie et le serviteur tendent les mains pour la soutenir parce qu'elle vacille comme si elle se

sentait mal. Mais Élisabeth, après être restée une minute comme recueillie en elle-même, lève un visage

tellement radieux qu'il semble rajeuni. Elle regarde Marie avec vénération en souriant comme si elle voyait

un ange et puis elle s'incline en un profond salut en disant : "Bénie es-tu parmi toutes les femmes ! Béni le

Fruit de ton sein ! (elle prononce ainsi deux phrases bien détachées). Comment ai-je mérité que vienne à

moi, ta servante, la Mère de mon Seigneur ? Voilà qu'au son de ta voix l'enfant a bondi de joie dans mon

sein, et lorsque je t'ai embrassée, l'Esprit du Seigneur m'a dit les très hautes vérités dans les profondeurs de

mon cœur. Bienheureuse es-tu d'avoir cru qu'à Dieu serait possible même ce qui ne semble pas possible à

l'esprit humain ! Bénie es-tu parce que, grâce à ta foi, tu feras accomplir les choses qui t'ont été prédites par

le Seigneur et les prophéties des Prophètes pour ce temps-ci ! Bénie es-tu pour le Salut que tu as engendré

pour la descendance de Jacob ! Bénie est-tu pour avoir apporté la Sainteté à mon fils qui, je le sens, bondit

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comme une jeune chevrette pour la joie qu'il éprouve, en mon sein ! C'est qu'il se sent délivré du poids de la

faute, appelé à être le Précurseur, sanctifié avant la Rédemption par le Saint qui croît en toi !"

Marie, avec deux larmes, qui comme des perles descendent de ses yeux qui rient vers sa bouche qui sourit, le

visage levé vers le ciel et les bras levés aussi, dans la pose que plus tard, tant de fois aura son Jésus, s'écrie :

"Mon âme magnifie son Seigneur" et elle continue le cantique comme il nous a été transmis. À la fin, au

verset : "Il a secouru Israël son serviteur... etc." elle croise les mains sur sa poitrine, s'agenouille, prosternée

jusqu'à terre en adorant Dieu.

Le serviteur s'était respectueusement éclipsé quand il avait vu qu'Élisabeth ne se sentait plus mal et qu'elle

confiait ses pensées à Marie. Il revient du verger avec un vieillard imposant aux cheveux blancs et à la barbe

blanche, qui de loin, avec de grands gestes et des sons gutturaux, salue Marie.

"Zacharie arrive" dit Élisabeth en touchant à l'épaule la Vierge absorbée dans sa prière. "Mon Zacharie est

muet. Dieu l'a puni de n'avoir pas cru. Je t'en parlerai plus tard, mais maintenant, j‟espère le pardon de Dieu

puisque tu es venue, toi la Pleine de Grâce."

Marie se lève et va à la rencontre de Zacharie et s'incline devant lui jusqu'à terre. Elle embrasse le bord du

vêtement blanc qui le couvre jusqu'à terre. Il est très ample ce vêtement et attaché à la taille par un large

galon brodé.

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Zacharie par gestes souhaite la bienvenue, et ensemble ils rejoignent Élisabeth. Ils entrent tous dans une

vaste pièce très bien disposée. Ils y font asseoir Marie et lui font servir une tasse de lait qu'on vient de traire -

il écume encore - avec des petites galettes.

Élisabeth donne des ordres à la servante, finalement apparue avec les mains enfarinées et des cheveux encore

plus blancs, qu'ils ne le sont en réalité à cause de la farine dont ils sont saupoudrés. Peut-être était-elle en

train de faire le pain. Elle donne aussi à un serviteur, que j'entends appeler Samuel, l'ordre de porter le coffre

de Marie dans une chambre qu'elle lui indique. Tous les devoirs d'une maîtresse de maison à l'égard de son

hôte.

Marie répond entre temps aux questions que lui fait Zacharie en écrivant avec un stylet sur une tablette

enduite de cire. Je comprends, par les réponses, qu'il lui parle de Joseph, et qu'il lui demande comment elle

se trouve épousée. Mais je comprends aussi que Zacharie n'a eu aucune lumière surnaturelle sur l'état de

Marie et sa condition de Mère du Messie. C'est Élisabeth qui, approchant de son mari et lui mettant

affectueusement une main sur l'épaule comme pour une chaste caresse, lui dit : "Marie est mère, elle aussi.

Réjouis-toi de son bonheur." Mais elle n'ajoute rien. Elle regarde Marie et Marie la regarde mais ne l'invite

pas à en dire plus, et elle se tait.

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La Visitation

39 En ces jours-là, Marie

Partit et se rendit avec empressement

Vers la montagne, vers une ville de Juda ;

Alors, entrée dans la maison de Zacharie,

Elle salua Élisabeth.

41 Elizabeth

Entendit la salutation de Marie et

L‟enfant tressauta dans son ventre, Élisabeth

Fut remplie de l‟Esprit Saint, 42 elle poussa un grand cri

Et dit : "Bénie es-tu entre les femmes, béni

Le fruit de ton ventre ! 43 Et d‟où m'est-il donné

Que vienne vers moi la mère de mon Seigneur ?44 Car,

Vois-tu, dès que la voix de ta salutation

Est arrivée à mes oreilles a tressailli

D‟allégresse l'enfant dans mon sein. 45 Bien-heureuse

Est celle qui a cru en l‟accomplissement

De ce qui lui avait été dit de la part

Du Seigneur !"

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La naissance du Baptiste

Au milieu des choses repoussantes que nous offre à cette heure le monde, voilà que descend du Ciel - et je ne
sais pas comment cela peut-il arriver, puisque je suis comme un fétu de paille que le vent soulève, dans ces
heurts continuels avec la méchanceté humaine, si opposée à tout ce qui vit en moi - descend du Ciel cette
vision de paix.

C'est encore et toujours la maison d'Élisabeth. Par une belle soirée d'été encore éclairée par le soleil
couchant et où déjà l'arc de la lune semble une virgule d'argent posée sur une immense draperie d'azur foncé.

Les rosiers répandent leur forte odeur et les abeilles font leurs derniers vols, gouttes d'or bourdonnantes dans
l'air tranquille et chaud du soir. Des prés il arrive une forte odeur de foin séché au soleil, une odeur de pain,
dirait-on, de pain chaud sorti du four, Peut-être vient-elle aussi des nombreux linges étendus à sécher un peu
partout et que Sara est en train de plier.

Marie se promène lentement, donnant le bras à sa cousine. Tout doucement elles montent et descendent sous
la tonnelle à demi éclairée.

Marie a l‟œil à tout, et tout en s'occupant d'Élisabeth, elle voit que Sara s'emploie à replier une longue pièce
de toile qu'elle a enlevée de dessus une haie. "Attends-moi, assieds-toi là" dit-elle à sa parente et elle s'en va
aider la vieille servante en tirant sur la toile pour défaire les plis et en la pliant avec soin. "Elle se ressent
encore du soleil, elle est chaude dit-elle avec un sourire. Et pour faire plaisir à la femme, elle ajoute : "Cette
toile, depuis ton blanchissage est devenue belle comme elle ne l'a jamais été. Il n'y a que toi pour faire si bien
les choses."

Sara s'en va toute fière avec sa charge de toile parfumée.

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Marie retourne vers Élisabeth et lui dit : "Encore quelques pas. Ça te fera du bien." Mais, puisque Élisabeth
ne voudrait pas bouger, elle lui dit : "Allons seulement voir si les colombes sont toutes dans leurs nids et si
l'eau de leur baignoire est propre, puis, nous revenons à la maison."

Les colombes doivent être les préférées d'Élisabeth. Quand elles sont devant la petite tour rustique, les
colombes sont déjà toutes rassemblées : les femelles sur les nids, les mâles immobiles devant elles, mais en
voyant les deux femmes, ils roucoulent encore pour les saluer, Élisabeth en est toute émue. La faiblesse due
à son état la domine et lui inspire des craintes qui la font pleurer . Elle s'appuie sur sa cousine : "Si j'allais
mourir... mes pauvres colombes ! Toi tu ne restes pas. Si tu restais à la maison, il ne m'importerait pas de
mourir. J'ai eu la plus grande joie qu'une femme puisse avoir, une joie que je ne m'étais résignée à ne jamais
connaître. Et même de la mort je ne pourrai me plaindre au Seigneur. Lui, qu'Il en soit béni, m'a comblée de
ses bontés. Mais il y a Zacharie... et il y aura l'enfant. L'un vieux et qui se trouverait comme perdu dans un
désert, sans sa femme. L'autre pauvre petit et qui serait comme une fleur destinée à mourir de froid parce
qu'il n'aurait pas sa maman. Pauvre bébé sans les caresses de sa mère !..."

"Mais pourquoi cette tristesse ? Dieu t'a donné la joie d'être mère et Il ne te l'enlèvera pas quand elle est à
son comble. Le petit Jean aura tous les baisers de sa maman et Zacharie tous les soins de son épouse fidèle,
jusqu'à la vieillesse la plus avancée. Vous êtes deux branches du même arbre. L'une ne mourra pas en
laissant l'autre à sa solitude."

"Tu es bonne et tu me réconfortes. Mais moi, je suis tellement vieille pour avoir un fils. Et maintenant que le
moment de le mettre au monde est venu, j'ai peur."

"Oh ! non, Jésus est ici ! Il ne faut pas avoir peur là où Jésus se trouve. Mon Enfant a allégé ta souffrance, tu
l'as dit, quand il était comme un bouton, tout juste formé. Maintenant qu'il se développe de plus en plus et
qu'il est déjà en moi comme un être bien vivant - je sens battre son petit cœur tout près de ma poitrine et j'ai
l'impression d'avoir un petit oiseau au nid par le battement léger de son petit cœur - maintenant il t'épargnera

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tout danger. Tu dois avoir foi."

"Oui, j'ai foi, mais si je venais à mourir ... n'abandonne pas tout de suite Zacharie. Je sais que tu penses à ta
maison, mais reste encore un peu pour aider mon homme dans les premiers jours de deuil."

"Je resterai pour jouir de ta joie et de la sienne et je ne partirai que lorsque tu seras forte et joyeuse. Mais,
tiens-toi tranquille, Élisabeth, tout ira bien. Ta maison ne manquera de rien à l'heure de ta souffrance.
Zacharie sera servi par la plus affectueuse servante, tes fleurs seront soignées et tes colombes aussi, et tu
retrouveras les unes et les autres joyeuses et belles pour fêter le joyeux retour de leur maîtresse. Rentrons
maintenant, je te vois pâlir ..."

Oui, il me semble que ma souffrance redouble. Peut-être l'heure est-elle venue. Marie, prie pour moi."

"Je t'aiderai par ma prière, jusqu'au moment où ta peine s'épanouira en joie."

Les deux femmes rentrent lentement à la maison.

Élisabeth se retire dans son appartement. Marie, adroite et prévoyante, donne des ordres, prépare tout ce qu'il
est possible de prévoir et réconforte Zacharie inquiet.

Dans la maison où l‟on veille cette nuit et où on entend les voix étrangères des femmes qu'on a appelées à
l'aide, Marie reste vigilante, comme un phare dans une nuit de tempête. Toute la maison gravite autour d'elle.
Et elle, douce et souriante, veille à tout. Elle prie, quand elle n'est pas appelée par une chose ou une autre,
elle se recueille dans la prière. Elle est dans la pièce où on se rassemble toujours pour le repas et pour le
travail. Et, avec elle, se trouve Zacharie qui pousse des soupirs et circule, inquiet. Ils ont déjà prié ensemble,
puis Marie a continué de prier. Même à présent que le vieillard, fatigué a pris un siège et s'est assis près de la

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table et se tait tout songeur, elle prie. Et, quand elle le voit dormir pour de bon, la tête sur les bras croisés qui
s'appuient sur le table, elle délace ses sandales pour faire moins de bruit et chemine les pieds nus, Elle fait
moins de bruit qu'un papillon tournoyant dans une pièce. Elle prend le manteau de Zacharie et le pose sur lui
si délicatement qu'il continue à dormir dans la tiédeur de la laine qui le défend de la fraîcheur de la nuit,
entrant par bouffées par la porte souvent ouverte. Puis elle revient prier. Et toujours avec plus d'âme, elle
prie à genoux, les bras étendus, lorsque les cris de la malade se font plus perçants.

Sara entre et lui fait signe de sortir. Marie sort déchaussée dans le jardin. "La maîtresse vous désire." dit-elle.

"Je viens" et Marie longe la maison, monte l'escalier ...On dirait un ange blanc qui tourne dans la nuit
tranquille et constellée d'étoiles. Elle entre chez Élisabeth.

"Oh ! Marie ! Marie ! Quelle douleur ! Je n'en puis plus. Marie ! Quelle souffrance il faut endurer pour être
mère !"

Marie la caresse affectueusement et lui donne un baiser.

"Marie ! Marie ! Laisse-moi mettre la main sur ton sein !"

Marie prend les deux mains ridées et gonflées et se les pose sur l'abdomen arrondi en les tenant pressées de
ses mains lisses et légères. Et elle parle doucement, maintenant qu'elles sont seules : "Jésus est là qui se rend
compte et voit. Confiance, Élisabeth. Son cœur saint bat plus fort parce qu'il travaille en ce moment pour ton
bien. Je le sens palpiter comme si je le tenais entre mes mains. Je comprends les paroles que par ses
battements l'Enfant me dit. Il me dit en ce moment : "Dis à la femme qu'elle ne craigne pas. Encore un peu
de douleur. Et puis, au lever du soleil, au milieu de tant de roses qui attendent pour s'ouvrir sur leur tige ce
rayon matinal, sa maison aura sa rose la plus belle et ce sera Jean mon Précurseur."

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Élisabeth pose aussi son visage sur le sein de Marie et pleure doucement.

Marie reste ainsi quelque temps parce qu'il lui semble que la douleur s'endort, se relâche et se calme. Elle fait
signe à tous de rester tranquilles. Elle reste debout, blanche et toute belle dans le faible rayonnement de la
lampe à huile, comme un ange qui veille sur la souffrance. Elle prie. Je la vois remuer les lèvres, Mais,
même si je ne les voyais pas remuer, je comprendrais qu'elle prie par l'expression extasiée de son visage.

Le temps passe et la douleur reprend Élisabeth. Marie l'embrasse de nouveau. Elle descend, rapide, dans le
rayon de lune et court voir si le vieillard dort encore. Il dort et gémit tout en rêvant. Marie a un geste de pitié.
Elle se remet à prier.

Le temps passe, le vieillard se réveille et jette un regard étonné comme s'il se souvenait mal pourquoi il se
trouve là. Puis, il se rappelle, il a un geste et une exclamation gutturale. Puis il écrit : "N'est-il encore pas

né ?" Marie fait signe que non. Zacharie écrit : "Quelle douleur ! Ma pauvre femme ! En sortira-t-elle sans
mourir ?"

Marie prend la main du vieil homme et le rassure : "À l'aube, sous peu, le bambin sera né. Tout ira bien.
Élisabeth est forte. Comme il va être beau, ce jour - puisqu'il va bientôt faire jour - où ton enfant verra la
lumière ! Le plus beau jour de ta vie ! Ce sont de grandes grâces que le Seigneur te réserve pour toi, et ton
enfant en est l'annonciateur."

Zacharie secoue la tête tristement et montre sa bouche muette. Il voudrait dire tant de choses et ne le peut.

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Marie comprend et répond : "Le Seigneur te donnera une joie complète. Crois en Lui complètement, espère
infiniment, aime totalement. Le Très-Haut t'exaucera au-delà de ce que tu espères. Il veut cette foi totale
pour laver ta défiance passée. Dis en ton cœur, avec moi : "Je crois" Dis-le à chaque battement de ton cœur.
Les trésors de Dieu s‟ouvrent pour qui croit en Lui et en sa puissante bonté.

La lumière commence à pénétrer par la porte entr'ouverte. Marie l'ouvre. L'aube répand une lumière blanche
sur la terre humide. Il y a une forte odeur de terre et de verdure humides. On entend les premiers pépiements
des oiseaux qui s'appellent d'une branche à l'autre.

Le vieil homme et Marie vont sur le seuil de la porte. Ils sont pâles après une nuit sans sommeil et la lumière
de l'aube les fait encore plus pâles. Marie remet ses sandales, va au pied de l'escalier et écoute. Quand une
femme se montre, elle fait un signe et revient. Rien encore.

Marie va dans une pièce et revient avec du lait chaud qu'elle donne à boire au vieillard. Elle va voir aux
colombes. Elle revient pour disparaître dans cette pièce. Peut-être est-ce la cuisine, Elle fait un tour,
surveille. Elle semble avoir eu un sommeil merveilleux tant elle est vive et tranquille.

Zacharie fait les cent pas, nerveux, monte et descend à travers le jardin. Marie le regarde avec pitié. Puis elle
entre de nouveau dans la même pièce, et agenouillée près de son métier, elle prie de toute son âme, parce que
les plaintes de la malade se font plus déchirantes. Elle se courbe jusqu'à terre pour prier l'Éternel. Zacharie
rentre et la voit prosternée ainsi et il pleure, le pauvre vieux. Marie se relève et le prend par la main. Elle
semble être la mère de cette vieillesse désolée et verse sur elle le réconfort.

Ils se tiennent ainsi, l'un près de l'autre dans le soleil qui rosit l'air du matin et c'est ainsi que les rejoint la
nouvelle joyeuse : "Il est né ! Il est né ! Un garçon ! Heureux père ! Un garçon, frais comme une rose, beau
comme le soleil, fort et vigoureux et bon comme sa mère. Joie à toi, père béni par le Seigneur qu'un fils t'a

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été donné pour que tu l'offres à son Temple. Gloire à Dieu qui a accordé une postérité à cette maison !
Bénédiction à toi et au fils qui est né de toi ! Puisse sa descendance perpétuer ton nom dans les siècles des
siècles à travers les générations et les générations et qu'elle conserve toujours l'alliance du Seigneur Éternel."

Marie, avec des larmes de joie, bénit le Seigneur. Et puis les deux reçoivent le petit, apporté au père pour
qu'il le bénisse. Zacharie ne va pas trouver Élisabeth. Il reçoit le bambin qui crie comme un perdu, mais ne
va pas trouver sa femme.

C'est Marie qui y va, portant affectueusement le bébé qui se tait tout à coup, à peine Marie l'a-t-elle pris dans
ses bras. La commère qui la suit remarque le fait. "Femme" dit-elle à Élisabeth, "ton enfant s'est tu tout d'un
coup quand Elle l'a pris. Regarde comme il dort tranquille. Et Dieu sait s'il est remuant et fort. Maintenant,
regarde, on dirait une petite colombe."

Marie met la créature près de la mère et la caresse en remettant en ordre ses cheveux gris. "La rose est née."
lui dit-elle doucement. "Et tu es en vie. Zacharie est heureux."

"Il parle ?"

"Pas encore, mais espère dans le Seigneur. Repose-toi, maintenant. Je resterai avec toi."

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Naissance de Jean Baptiste et visite des voisins

57 Quant à Élisabeth, le temps fut révolu


Où elle devait enfanter, elle donna naissance
À un fils. 58 Ses voisins et ses parents apprirent
Que le Seigneur avait fait éclater pour elle
Sa miséricorde, et ils s'en réjouissaient
Avec elle.

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La Nativité de Jésus

Je vois encore l'intérieur de ce pauvre refuge pierreux où, partageant le sort des animaux, Marie et Joseph
ont trouvé asile.

Le petit feu sommeille ainsi que son gardien. Marie soulève doucement la tête de sa couche, et regarde. Elle
voit Joseph, la tête inclinée sur la poitrine, comme s'il réfléchissait, et elle pense que la fatigue a triomphé de
sa bonne volonté de rester éveillé. Elle sourit, d'un bon sourire. Faisant moins de bruit que ne peut en faire
un papillon qui se pose sur une rose, elle s'assied, puis s'agenouille. Elle prie avec un sourire radieux sur le
visage. Elle prie, les bras étendus non pas précisément en croix, mais presque, les paumes dirigées vers le
haut et en avant, et elle ne paraît pas fatiguée de cette pose pénible. Puis, elle se prosterne, le visage contre le
foin, dans une prière encore plus profonde. Une prière prolongée.

Joseph s'éveille. Il voit le feu presque mort et l'étable presque dans les ténèbres. Il jette une poignée de
brindilles et la flamme se réveille. Il y ajoute des branches plus grosses, puis encore plus grosses car le froid
doit être piquant, le froid de la nuit hivernale et tranquille qui pénètre partout dans ces ruines. Le pauvre
Joseph tout près comme il l'est de la porte - appelons ainsi l'ouverture que son manteau essaye d'obstruer -
doit être gelé. Il approche les mains près de la flamme, défait ses sandales et approche ses pieds. Il se
chauffe. Quand le feu est bien pris, et que sa clarté est assurée, il se tourne. Il ne voit rien, pas même cette
blancheur du voile de Marie qui traçait une ligne claire sur le foin obscur. Il se lève et lentement s'approche
de la couchette.

"Tu ne dors pas, Marie ?" demande-t-il. Il le demande trois fois, jusqu'à ce qu'elle en prenne conscience et
réponde : "Je prie."
"Tu n'as besoin de rien ?"
"Non, Joseph."
"Essaie de dormir un peu, de reposer au moins."
"J'essaierai, mais la prière ne me fatigue pas."
"Adieu, Marie."

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"Adieu, Joseph."

Marie reprend sa position. Joseph pour ne plus céder au sommeil s'agenouille près du feu et il prie. Il prie
avec les mains qui lui couvrent le visage. Il ne les enlève que pour alimenter le feu et puis il revient à sa
brûlante prière. A part les crépitements du bois et le bruit du sabot de l'âne, qui de temps en temps frappe le
sol, on n'entend rien.

Un faisceau de lumière lunaire se glisse par une fissure du plafond et semble une lame immatérielle d'argent
qui s'en va chercher Marie. Il s'allonge peu à peu à mesure que la lune s'élève dans le ciel et l'atteint
finalement. Le voilà sur la tête de l'orante. Il la nimbe d'une blancheur éclatante.

Marie lève la tête comme pour un appel du ciel et elle s'agenouille de nouveau. Oh ! comme c'est beau ici !
Elle lève sa tête qui semble resplendir de la lumière blanche de la lune, et elle est transfigurée par un sourire
qui n'est pas humain. Que voit-elle ? Qu'entend-elle ? Qu'éprouve-t-elle ? Il n'y a qu'elle qui pourrait dire ce
qu'elle vit, entendit, éprouva à l'heure fulgurante de sa Maternité. Je me rends seulement compte qu'autour
d'elle la lumière croit, croit, croit. On dirait qu'elle descend du Ciel, qu'elle émane des pauvres choses qui
l'environnent, qu'elle émane d'elle surtout.

Son vêtement, d'azur foncé, a à présent la couleur d'un bleu d'une douceur céleste de myosotis, les mains et
le visage semblent devenir azurés comme s'ils étaient sous le feu d'un immense et clair saphir. Cette couleur
me rappelle, bien que plus légère, celle que je découvre dans la vision du saint Paradis et aussi celle de la
vision de l'arrivée des Mages. Elle se diffuse surtout toujours plus sur les choses, les revêt, les purifie, leur
communique sa splendeur.

La lumière se dégage toujours plus du corps de Marie, absorbe celle de la lune, on dirait qu'elle attire en elle
tout ce qui peut arriver du ciel. Désormais, c'est elle qui est la Dépositaire de la Lumière, celle qui doit
donner cette Lumière au monde. Et cette radieuse, irrésistible, incommensurable, éternelle, divine Lumière
qui va être donnée au monde, s'annonce avec une aube, une diane, un éveil de la lumière, un chœur d'atomes

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lumineux qui grandit, s'étale comme une marée qui monte, monte en immenses volutes d'encens, qui descend
comme un torrent, qui se déploie comme un voile...

La voûte, couverte de fissures, de toiles d'araignées, de décombres en saillie qui semblent miraculeusement
équilibrées, noire, fumeuse, repoussante, semble la voûte d'une salle royale. Chaque pierre est un bloc
d'argent, chaque fissure une clarté opaline, chaque toile d'araignée un baldaquin broché d'argent et de
diamants. Un gros lézard, engourdi entre deux blocs de pierre, semble un collier d'émeraude oublié là, par
une reine ; une grappe de chauve-souris engourdies émettent une précieuse clarté d'onyx. Le foin qui pend de
la mangeoire la plus haute n'est plus de l'herbe : ce sont des fils et des fils d'argent pur qui tremblent dans
l'air avec la grâce d'une chevelure flottante.

La mangeoire inférieure, en bois grossier, est devenue un bloc d'argent bruni. Les murs sont couverts d'un
brocart où la blancheur de la soie disparaît sous une broderie de perles en relief. Et le sol... qu'est-ce
maintenant le sol ? Un cristal illuminé par une lumière blanche. Les saillies semblent des roses lumineuses
jetées sur le sol en signe d'hommage ; et les trous, des coupes précieuses, d'où se dégagent des arômes et des
parfums.

Et la lumière croît de plus en plus. L'œil ne peut la supporter. En elle, comme absorbée par un voile de
lumière incandescente, disparaît la Vierge... et en émerge la Mère.

Oui, quand la lumière devient supportable pour mes yeux, je vois Marie avec son Fils nouveau-né dans ses
bras. Un petit Bébé rose et grassouillet qui s'agite et se débat avec ses mains grosses comme un bouton de
rose et des petits pieds qui iraient bien dans le cœur d'une rose ; qui vagit d'une voix tremblotante
exactement comme celle d'un petit agneau qui vient de naître, ouvrant la bouche, rouge comme une petite
fraise de bois, montrant sa petite langue qui bat contre son palais couleur de rose; qui remue sa petite tête si
blonde qu'on la croirait sans cheveux, une petite tête ronde que la Maman soutient dans le creux de l'une de
ses mains pendant qu'elle regarde son Bébé et l'adore, pleurant et riant tout ensemble et qu'elle s'incline pour
y déposer un baiser, non pas sur la tête innocente, mais sur le milieu de la poitrine sous lequel se trouve le
petit cœur, qui bat, qui bat pour nous... là où un jour sera la blessure. Elle la panse d'avance, cette blessure,
sa Maman, avec son pur baiser d'Immaculée.

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Le bœuf éveillé par la clarté se dresse avec un grand bruit de sabots et il mugit. L'âne relève la tête et brait.
C'est la lumière qui les réveille, mais j'aime penser qu'ils ont voulu saluer leur Créateur pour eux-mêmes et
pour tous les animaux.

Joseph aussi, qui comme extasié priait avec autant d'intensité qu'il s'était abstrait de tout ce qui l'entourait, se
secoue et entre ses doigts dont il se couvre le visage, il voit filtrer la lumière étrange. Il découvre le visage,
lève la tête, se retourne. Le bœuf debout, lui cache Marie, mais elle l'appelle : "Joseph, viens."

Joseph accourt et devant le spectacle s'arrête comme foudroyé de révérence, il va tomber à genoux là où il se
trouve. Mais Marie insiste : "Viens, Joseph." Elle appuie la main gauche sur le foin et tenant de la main
droite l'Enfant qu'Elle serre sur son cœur, elle se lève et se dirige vers Joseph qui marche hésitant, pris entre
le désir d'avancer et la peur d'être irrespectueux.

Au pied de la couche les deux époux se rencontrent et se regardent en pleurant de bonheur.

"Viens" dit Marie "offrons Jésus au Père."


Pendant que Joseph s'agenouille, elle, debout, entre les deux poutres qui soutiennent la voûte, élève sa
Créature entre ses bras et dit : "Me voici. C'est pour Lui, ô Dieu, que je te dis cette parole. Me voici pour
faire ta volonté. Et avec Lui, moi, Marie et Joseph mon époux. Voici tes serviteurs, Seigneur. Que soit
accomplie par nous, à toute heure et en toute occasion, ta volonté pour ta gloire et ton amour." Puis Marie se
penche et dit : "Prends, Joseph" et Elle offre l'Enfant.

"Moi ! À Moi ! Oh ! Non ! Je ne suis pas digne !" Joseph est tout effrayé, anéanti à l'idée de devoir toucher
Dieu.

Mais Marie insiste en souriant : "Tu en es bien digne. Personne ne l'est plus que toi. C'est pour cela que Dieu
t'a choisi. Prends-le, Joseph, et tiens-le pendant que je cherche les langes."

Joseph, rouge comme la pourpre, avance les bras et prend le petit bourgeon de chair qui crie parce qu'il a
froid. Quand il l'a entre les bras, il ne persiste pas dans l'intention de le tenir par respect éloigné de lui. Il le
serre contre son cœur et éclatant en sanglots : "Oh ! Seigneur ! Mon Dieu !" et il se penche pour baiser ses

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petits pieds et les sent glacés. Alors, il s'assoit sur le sol, le serre sur son sein. Avec son habit marron, avec
ses mains il s'ingénie à le couvrir, à le réchauffer, à le défendre contre la bise nocturne. Il voudrait bien aller
du côté du feu, mais là il y a un courant d'air qui entre par la porte. Mieux vaut rester où il est. Il vaut mieux
même aller entre les deux animaux qui les protégeront du courant d'air et donneront un peu de chaleur. Il va
se mettre entre le bœuf et l'âne avec les épaules tournées vers la porte, penché sur le Nouveau-né pour lui
faire de sa poitrine une niche dont les parois sont une tête grise aux longues oreilles et un grand museau
blanc aux naseaux fumants et aux bons yeux humides.

Marie a ouvert le coffre et en a tiré les linges et les langes. Elle est allée près du feu pour les réchauffer. La
voilà qui va vers Joseph et enveloppe le Bébé dans les linges tiédis, puis elle protège la petite tête avec son
voile. "Où allons-nous le mettre maintenant ?" dit-elle.

Joseph regarde autour, réfléchit... "Attends" dit-il. "Poussons plus loin les deux animaux et leur foin. Tirons
en bas le foin de la mangeoire qui est plus haut et mettons-le ici à l'intérieur. Le bord de cette mangeoire le
protégera de l'air, le foin lui fera un oreiller et le bœuf par son souffle le réchauffera un peu." Et Joseph se
met à l'ouvrage, pendant que Marie berce son Petit en le serrant sur son cœur et en appuyant sa joue sur la
petite tête pour la réchauffer.

Joseph ravive le feu sans épargner le bois pour faire une belle flamme. Il réchauffe le foin et peu à peu le
sèche et le met sur le sein pour l'empêcher de refroidir. Puis, quand il en a assez amoncelé pour faire un
petit matelas à l'Enfant, il va à la mangeoire et l'arrange pour en faire un berceau. "C'est prêt." dit-il.
"Maintenant il faudrait bien une couverture pour empêcher le foin de le piquer, et pour le couvrir..."

"Prends mon manteau." dit Marie.

"Tu auras froid."

"Oh ! cela ne fait rien ! La couverture est trop rugueuse. Le manteau est doux et chaud. Je n'ai pas du tout
froid. Mais que Lui ne souffre plus."

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Joseph prend l'ample manteau de moelleuse laine bleue sombre et l'arrange en double sur le foin, avec un
pli qui penche hors de la crèche. Le premier lit du Sauveur est prêt.

Et la Mère, de sa douce démarche ondoyante, le porte et le dépose, le recouvre avec le pli du manteau
qu'elle amène aussi autour de la tête nue qui enfonce dans le foin, à peine protégé des piqûres par le mince
voile de Marie. Il ne reste à découvert que le petit visage gros comme le poing, et les deux, penchés sur la
crèche, radieux, le regardent dormir son premier sommeil. La chaleur des langes et du foin a arrêté ses
pleurs et apporté le sommeil au doux Jésus.

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La visite des Mages

21 Quand Jésus fut né à Bethléem de Judée,


Dans les jours du roi Hérode, voici que des mages
Du levant se présentèrent à Jérusalem
Et dirent : “ Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?
Puisque nous avons vu son étoile au Levant,
Et nous sommes venus nous prosterner devant lui. ”

À cette nouvelle, le roi Hérode fut troublé,


Et tout Jérusalem avec lui. 4 Rassemblant
Tous les grands prêtres ainsi que les scribes du peuple,
Il leur demanda où devait naître le Christ.
5 Ils lui dirent : “ À Bethléem de Judée, ainsi
C‟est écrit par le prophète :

6 Et toi, Bethléem,
Terre de Juda, tu n‟es certainement pas
Le moindre des chefs-lieux de Juda ; c‟est de toi
Qu‟un chef sortira qui fera paître mon peuple,
Israël. ”

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7 Alors Hérode appelant les mages
En secret, se fit préciser par eux le temps
Où l‟étoile était apparue. 8 Les envoyant
À Bethléem, il dit : “ Allez vous renseigner
Exactement sur l‟enfant, et quand vous saurez,
Annoncez-le moi pour que moi aussi je vienne
Me prosterner devant lui. ”

9 Or, après avoir


Entendu le roi, ils s‟en allèrent et voilà :
L‟étoile qu‟ils voyaient au Levant les précédait,
Et elle vint se placer au-dessus de l‟enfant.
À la vue de l‟étoile, d‟une fort grande joie
Ils se réjouirent. 11 Et, entrés dans la maison
Ils virent l‟enfant avec Marie, sa mère, tombèrent
Prosternés devant lui, et ouvrant ses trésors
Ils lui présentèrent en dons de l‟or, de l‟encens,
Et de la myrrhe.

12 Avertis de ne pas retourner


En songe vers Hérode, c‟est par un autre chemin
Qu‟ils se retirèrent dans leur pays.

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L’Adoration des bergers

Plus tard je vois une vaste étendue de campagne. La lune est au zénith et elle cingle tranquille dans un ciel
tout constellé. Les étoiles paraissent des clous de diamant enfoncés dans un immense baldaquin de velours
bleu foncé. Et la lune rit au milieu avec sa figure toute blanche d'où descendent des fleuves de lumière
laiteuse qui donnent une teinte blanche au paysage. Les arbres dépouillés de leur feuillage se détachent plus
grands et sombres sur cette blancheur, pendant que les murets qui surgissent çà et là ressemblent à du lait
caillé. Une maisonnette, dans le lointain, semble être un bloc de marbre de Carrare.

Sur ma droite, je vois une sorte de hangar qui est construit partie en maçonnerie, partie en bois. De là, sort de
temps en temps un bêlement intermittent et bref. Ce doit être des brebis qui rêvent ou qui croient l'aube
proche à cause du clair de lune. C'est une clarté, excessive même, tant elle est intense, et qui s'accroît comme
si l'astre s'approchait de la terre ou étincelait par suite d'un mystérieux incendie.

Un berger s'avance sur le seuil. Il lève le bras à hauteur du front pour ménager ses yeux et regarde en l'air. Il
semble impossible qu'on doive s'abriter de la clarté de la lune, mais elle est si vive qu'elle éblouit, en
particulier celui qui sort d'un enclos, d'ordinaire ténébreux. Tout est calme, mais cette clarté est étonnante.
Le berger appelle ses compagnons. Ils vont tous à la porte. Un tas d'hommes hirsutes, de tous âges. Il y a des
adolescents et d'autres qui déjà blanchissent. Ils commentent le fait étrange et les plus jeunes ont peur,
spécialement un garçon d'une douzaine d'années qui se met à pleurer, s'attirant les moqueries des plus vieux.

"De quoi as-tu peur, sot que tu es ?" lui dit le plus vieux." Tu ne vois pas que l'air est tranquille ? Tu n'as
jamais vu un clair de lune ? Es-tu toujours resté sous la robe de la maman comme un poussin sous la poule
couveuse ? Mais, tu en verras des choses ! Une fois j'étais allé vers les monts du Liban, plus loin encore. Je
montais. J'étais jeune et la marche ne me fatiguait pas. J'étais riche aussi à cette époque... Une nuit, je vis une
lumière telle que je pensai qu'Élie allait revenir avec son char de feu. Le ciel était tout embrasé. Un vieux - le

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vieux c'était lui - me dit : "Un grand événement va bientôt se produire dans le monde. Et pour nous ce fut un
événement : l'arrivée des soldats de Rome. Oh ! tu en verras si tu vis..."

Mais le pastoureau ne l'écoute plus. Il semble n'avoir plus peur. En effet, il quitte le seuil et s'esquive de
derrière les épaules d'un berger musclé derrière lequel il s'était réfugié et sort dans le parc qui se trouve
devant le hangar. Il regarde en l'air et marche comme un somnambule ou comme s'il était hypnotisé par
quelque chose qui le captive totalement. À un moment il crie : "Oh !" et reste comme pétrifié, les bras
légèrement ouverts. Les autres se regardent, étonnés.

"Mais qu'a donc ce sot ?" dit quelqu'un.

"Demain je le ramène à sa mère. Je ne veux pas d'un fou pour garder les brebis" dit un autre.

Et le vieux qui a parlé précédemment dit alors : "Allons voir avant de juger. Appelez aussi les autres qui
dorment et prenez des bâtons. Il y a peut-être une mauvaise bête ou des malandrins..."

Ils rentrent, ils appellent les autres bergers et sortent avec des torches et des matraques. Ils rejoignent
l'enfant.

"Là, là" murmure-t-il en souriant. "Au-dessus de l'arbre regardez cette lumière qui arrive. On dirait qu'elle
s'avance sur un rayon de lune. La voilà qui approche. Comme elle est belle !"

"Moi, je ne vois qu'une clarté un peu vive."

"Moi aussi."

"Moi aussi." disent les autres.

"Non. Je vois quelque chose qui ressemble à un corps" dit un autre en qui je reconnais le berger qui a donné
le lait à Marie.

"C'est un... c'est un ange !" crie l'enfant. "Le voilà qui descend et s'approche... Par terre ! À genoux devant

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l'Ange de Dieu !"

Un "oh !" prolongé et respectueux s'élève du groupe des bergers qui tombent le visage contre terre et
paraissent d'autant plus frappés par l'apparition qu'ils sont plus âgés. Les plus jeunes sont à genoux et
regardent l'ange qui s'approche toujours plus, et s'arrête en l'air déployant ses grandes ailes, blancheur de
perles dans la blancheur lunaire qui l'enveloppe, au-dessus du mur d'enceinte.

"Ne craignez pas, je ne vous porte pas malheur. Je vous apporte la nouvelle d'une grande joie pour le peuple
d'Israël et pour tous les peuples de la terre." La voix angélique, c'est une harpe harmonieuse qui accompagne
des voix de rossignols.

"Aujourd'hui, dans la cité de David, est né le Sauveur." À ces mots, l'ange ouvre plus grandes ses ailes et les
agite comme par un tressaillement de joie et une pluie d'étincelles d'or et de pierres précieuses paraît s'en
échapper. Un véritable arc-en-ciel qui dessine un arc de triomphe au-dessus du pauvre parc.

"...le Sauveur qui est le Christ." L'ange brille d'une lumière plus éclatante. Ses deux ailes, maintenant
arrêtées et tendues vers le ciel semblent deux voiles immobiles sur le saphir de la mer, deux flammes qui
montent ardentes.

"...Christ, le Seigneur !" L'ange replie ses ailes de lumière et s'en couvre comme d'un survêtement de
diamant sur un habit de perles, il s'incline comme pour adorer avec les bras serrés sur le cœur et le visage qui
disparaît, incliné comme il est sur la poitrine, dans l'ombre du haut des ailes repliées. On ne voit plus qu'une
forme allongée et lumineuse, immobile pendant la durée d'un Gloria.

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Mais voici qu'il bouge. Il rouvre les ailes et lève son visage où la lumière s'épanouit en un sourire
paradisiaque et il dit : "Vous le reconnaîtrez à ces signes : dans une pauvre étable, derrière Bethléem, vous
trouverez un bébé enveloppé dans des langes couché dans une mangeoire d'animaux, parce que pour le
Messie, il n'y a pas eu de toit dans la cité de David." En disant cela, l'ange devient grave, même triste.

Mais des Cieux arrive une foule - oh ! quelle foule ! - une foule d'anges qui lui ressemblent, une échelle
d'anges qui descendent dans l'allégresse, éclipsent la lune par leur lumière paradisiaque. Ils se rassemblent
autour de l'ange annonciateur, en agitant leurs ailes, en répandant des parfums, en une harmonie musicale où
toutes les voix les plus belles de la création se retrouvent, mais portées à la perfection de leur sonorité. Si la
peinture est l'effort de la matière pour devenir lumière, ici la mélodie est l'effort de la musique pour exprimer
aux hommes la beauté de Dieu, et entendre cette mélodie c'est connaître le Paradis, où tout est harmonie de
l'amour qui de Dieu se donne, se répandant pour réjouir les bienheureux et retourner de ceux-ci à Dieu et Lui
dire : "Nous t'aimons !"

Le "Gloria" angélique se répand en ondes de plus en plus étendues sur la campagne tranquille, ainsi que la
lumière. Les oiseaux unissent leurs chants pour saluer cette lumière précoce et les brebis leurs bêlements
pour ce soleil anticipé, comme si les animaux qui saluaient leur Créateur, venu au milieu d'eux pour les
aimer comme Homme et en plus comme Dieu.

Le chant décroît, et la lumière aussi pendant que les anges remontent aux Cieux... Les bergers reviennent à
eux-mêmes.

"As-tu entendu ?"

"Allons-nous voir ?"

"Et les animaux ?"

"Oh ! il ne leur arrivera rien. Allons pour obéir à la parole de Dieu."

"Mais, où aller ?"

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"N'a-t-il pas dit qu'il était né aujourd'hui et qu'il n'avait pas trouvé de logement à Bethléem ?" Et le berger
qui a donné le lait c'est lui qui parle maintenant. "Venez, je sais. J'ai vu la femme et elle m'a fait de la peine.
Je lui ai indiqué un endroit pour elle, parce que je pensais bien qu'elle ne trouverait pas de logement, et à
l'homme je lui ai donné du lait pour elle. Elle est si jeune et si belle. Elle doit être bonne comme l'ange qui
nous a parlé. Venez, venez. Allons prendre du lait, des fromages, des agneaux et des peaux tannées de
brebis. Ils doivent être très pauvres et... qui sait quel froid pour Celui que je n'ose nommer ! Et penser que
j'ai parlé à la Mère comme à une pauvre épouse ! ..."

Ils vont au hangar et en sortent, peu après, portant qui des récipients de lait, qui des fromages ronds
enveloppés dans des filets de sparterie, qui des paniers avec un agneau bêlant, qui des peaux de brebis
apprêtées.

"Moi je porte une brebis qui a eu un agneau il y a un mois. Son lait est excellent. Il pourra leur être utile si la
femme en manque. Elle me semblait une bambine, et si pâle ! ... Un teint de jasmin, au clair de lune" dit le
berger du lait. Et il les conduit.

Ils s'en vont éclairés par la lune et des torches après avoir fermé le hangar et l'enceinte. Ils vont par les
sentiers champêtres, à travers des haies de ronces dépouillées par l'hiver. Ils font le tour de Bethléem et
arrivent à l'étable non par le chemin qu'avait suivi Marie, mais en sens contraire. Ainsi ils ne passent pas
devant les grottes mieux aménagées mais trouvent immédiatement le refuge qu'ils cherchent. Ils
s'approchent.

"Entre !"

"Moi, je n'ose pas."

"Entre, toi."

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"Non."

"Regarde au moins."

"Toi, Lévi qui as vu l'ange le premier, cela veut dire que tu es plus bon que nous, regarde." Vraiment ils
l'avaient d'abord traité de fou... mais maintenant il leur est utile que le gamin ose ce que eux n'osent pas.

L'enfant hésite mais se décide ensuite. Il s'approche du refuge, écarte un peu le manteau... et s'arrête en
extase.

"Que vois-tu ?" lui demandent-ils anxieux à voix basse.

"Je vois une femme toute jeune et belle et un homme penché sur une mangeoire et j'entends... j'entends un
bébé qui pleure et la femme lui dit d'une voix... oh ! quelle voix !"

"Que dit-elle ?"

"Elle dit : "Jésus, mon tout petit ! Jésus, amour de ta Maman ! Ne pleure pas, mon petit Enfant !"

Elle dit : "Oh ! si je pouvais te dire : 'Prends le lait, mon tout petit ! ' Mais je ne l'ai pas encore ! " Elle dit :
"Tu as si froid, mon amour ! Le foin te pique. Quelle douleur pour ta Maman de t'entendre pleurer ainsi !
Sans pouvoir te soulager." Elle dit : "Dors, ma petite âme ! Mon cœur se fend de t'entendre et de voir tes
larmes." Elle l'embrasse et réchauffe ses petits pieds avec ses mains. Elle est penchée abaissant ses mains sur
la mangeoire.

"Appelle ! Montre que tu es là !"

"Moi non. Vous plutôt qui nous avez conduit et la connaissez."

Le berger ouvre la bouche et se borne à un soupir bruyant.

Joseph se retourne et vient à la porte. "Qui êtes-vous ?"

"Des bergers. Nous vous apportons de la nourriture et de la laine. Nous venons adorer le Sauveur."

"Entrez."

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Ils entrent dans l'étable qui s'éclaire à la lumière des torches. Les vieux poussent les jeunes devant eux.

Marie se retourne et sourit : "Venez !" dit-elle. "Venez !" et elle les invite de la main et par son sourire et elle
prend le garçon qui a vu l'ange et l'attire à elle, tout près de la crèche. Et l'enfant regarde, radieux.

Les autres, invités aussi par Joseph, s'avancent avec leurs cadeaux, et avec des paroles brèves, émues, les
déposent aux pieds de Marie. Ils regardent le petit Bébé qui pleure doucement et ils sourient, émus et
heureux.

L'un d'eux plus hardi dit : "Prends, Mère, elle est soyeuse et propre. Je l'avais préparée pour le bambin qui va
bientôt naître chez nous, mais je te la donne. Mets ton Fils dans cette laine, elle sera douce et chaude." Et il
offre une peau de brebis, une très belle peau avec une longue toison de laine toute blanche.

Marie soulève Jésus et l'en enveloppe. Elle le montre aux bergers qui, à genoux sur la litière du sol, le
regardent extasiés.

Ils se font plus hardis et l'un d'eux propose : "Il faudrait Lui donner une gorgée de lait ou mieux de l'eau et
du miel. Mais nous n'avons pas de miel. On en donne aux tout petits. J'ai sept enfants, je suis au courant... "

"Voilà du lait. Prends, Femme. "

"Mais il est froid. Il faut du chaud. Où est Élie ? C'est lui qui a la brebis."

Élie doit être l'homme au lait, mais il n'est pas là. Il s'est arrêté dehors et regarde par une fente et il est perdu
dans l'obscurité de la nuit.

"Qui vous a amenés ici ?"

"Un ange nous a dit de venir et Élie nous a conduits. Mais où est-il à présent ?"

Un bêlement de la brebis le trahit.

42
"Avance, on demande de toi."

Il entre avec la brebis, intimidé d'être le plus remarqué.

"C'est toi ?" dit Joseph qui le reconnaît. Et Marie lui sourit en disant : "Tu es bon."

Ils traient la brebis, et trempant l'extrémité d'un linge dans le lait chaud et écumeux, Marie baigne les lèvres
du Petit qui suce cette douceur crémeuse. Ils sourient tous, et plus encore lorsque avec le coin de la toile
encore entre les lèvres, Jésus s'endort dans la tiédeur de la laine.

"Mais vous ne pouvez rester ici. Il fait froid et humide. Et puis... avec cette odeur d'animaux ! Ça ne va pas...
et ça ne va pas pour le Sauveur."

"Je le sais." dit Marie avec un grand soupir. "Mais il n'y a pas de place pour nous à Bethléem."

"Prends courage, ô Femme. Nous allons te chercher une maison."

"Je vais en parler à ma patronne" dit l'homme au lait, Élie. "Elle est bonne. Elle vous accueillera, dut-elle
vous céder sa pièce. Dès qu'il va faire jour, je lui en parle. Elle a sa maison toute pleine, mais elle vous
donnera une place."

"Pour le Petit au moins. Moi et Joseph, n'importe si nous restons encore par terre. Mais pour le Petit..."

"Ne soupire pas, Femme, j'y pense. Je raconterai à beaucoup de gens ce qui nous a été dit. Vous ne
manquerez de rien. Pour le moment, prenez ce que notre pauvreté peut vous donner. Nous sommes des
bergers..."

"Nous sommes pauvres, nous aussi" dit Joseph. "Et ne pouvons vous dédommager."

"Oh ! nous ne voulons pas ! Même si vous le pouviez nous ne le voudrions pas ! Le Seigneur nous a déjà
récompensés. La paix, il l'a promise à tout le monde. Les anges disaient : "Paix aux hommes de bonne

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volonté". Mais à nous, il l'a déjà donnée car l'ange a dit que cet Enfant, c'est le Sauveur, le Christ, le
Seigneur. Nous sommes pauvres et ignorants, mais nous savons que les Prophètes disent que le Sauveur sera
le Prince de la Paix et à nous il a dit d'aller l'adorer. Ainsi il nous a donné sa paix. Gloire à Dieu au plus haut
des Cieux et gloire à celui qui est son Christ ! Et toi, sois bénie, Femme qui l'as engendré ! Tu es Sainte
puisque tu as mérité de le porter ! Commande-nous, comme une Reine, car nous serons contents de te servir.
Que pouvons-nous faire pour toi ?"

"Aimer mon Fils, et avoir toujours dans le cœur vos pensées de maintenant."

"Mais pour toi, tu ne désires rien ? Tu n'as pas de parents à qui faire savoir que ton Fils est né ?"

"Oui, j'en aurais. Mais ils ne sont pas près d'ici. Ils sont à Hébron..."

"J'y vais moi." dit Élie. "Qui sont-ils ?"

"Zacharie, le prêtre, et Élisabeth ma cousine."

"Zacharie, oh ! Je le connais bien. En été je vais sur ces montagnes où il y a de riches et beaux pâturages et
je suis l'ami de son berger. Quand je vais te savoir arrangée, je vais chez Zacharie."

"Merci, Élie."

"De rien. C'est grand honneur pour moi, pauvre berger, d'aller parler au prêtre et de lui dire : "Le Sauveur est
né."

"Non. Tu lui diras : "Marie de Nazareth, ta cousine, a dit que Jésus est né, et de venir à Bethléem."

"C'est ainsi que je dirai."

"Dieu t'en récompense, je me souviendrai de toi, de vous tous..."

"Tu parleras à ton Enfant de nous ?"

"Oui."

"Je suis Élie."

"Moi Lévi."

"Moi Samuel."
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"Moi Jonas."

"Moi Isaac."

"Moi Tobie."

"Moi Jonathas."

"Et moi Daniel."

"Et Siméon, moi."

"Et moi, mon nom est Jean."

"Moi je m'appelle Joseph et mon frère Benjamin, nous sommes jumeaux."

"Je me rappellerai vos noms."

"Il nous faut partir... Mais nous reviendrons... Et nous t'en amènerons d'autres pour adorer ! ..."

"Comment revenir au parc en laissant ce Petit ?"

"Gloire à Dieu qui nous l'a montré !"

"Fais-nous baiser son habit." dit Lévi avec un sourire d'ange.

Marie lève doucement Jésus et, assise sur le foin, présente aux baisers, les pieds minuscules, enveloppés d'un
linge. Ceux qui ont de la barbe se l'essuient d'abord. Tous, presque, pleurent et quand ils doivent partir, ils
sortent à reculons, laissant leur cœur près de la crèche...

La vision se termine ainsi pour moi : Marie assise sur la paille avec l'Enfant sur son sein et Joseph qui
accoudé au bord de la crèche, regarde et adore.

45
Naissance de Jésus et visite des bergers

2 1 Or donc,
En ces jours-là, parut un édit de César
Auguste de recenser le monde entier, 2 (Aussi)
Ce premier recensement eut lieu pendant que
Quirinius était gouverneur de Syrie.

3 Tout le monde allait se faire recenser, chacun


Dans sa ville. 4 Et Joseph monta de Galilée,
Quittant la ville de Nazareth, vers la Judée,
Vers la ville de David qui s‟appelle Bethléem,
Car il était de la maison, de la lignée
De David, 5 pour ne faire inscrire* avec Marie,
Sa fiancée, qui était enceinte.

6 C'est pendant
Qu‟ils étaient là que le moment d‟enfanter vint
Pour elle. 7 Elle enfanta son fils, le premier né.
Alors elle l‟emmaillota et elle le coucha
Dans une mangeoire parce qu'il n‟y avait pas
De place pour eux à l'hôtellerie.

8 Au pays
Il y avait des bergers qui vivaient aux champs
Et passaient les veilles de la nuit à veiller
Sur leur troupeau.9 L‟Ange du Seigneur fut près deux
Alors la gloire du Seigneur les enveloppa
De sa clarté, ils furent d'une grande frayeur

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Saisis. 10 L‟ange leur dit : " Soyez sans crainte, voici
Je vous annonce la bonne nouvelle d‟une joie
Immense, qui sera pour tout le peuple : 11 Aujourd‟hui
Il est né pour vous, dans la ville de David,
Un Sauveur qui est Christ Seigneur. 12 Voici pour vous
Le signe : (ainsi) vous trouverez un nouveau-né
Emmailloté et couché dans une mangeoire."

*recenser

13 Soudain se joignit à l‟ange une multitude


De l‟armée céleste qui louait Dieu et disait :

14 "Gloire à Dieu au plus haut, et sur terre paix aux hommes,


Qui ont sa faveur !"

15 Quand les anges les eurent quittés


Pour le ciel, les bergers disaient* entre eux : "Passons
Donc jusqu‟à Bethléem, et voyons cette chose
Qui est arrivée et que le Seigneur nous a
Fait connaître." 16 Ils vinrent en hâte, ils trouvèrent Marie
Et Joseph, et le nouveau-né dans la mangeoire
Couché. 17 Ayant vu, ils firent connaître la chose
Qui leur avait été dite de cet enfant, 18 tous ceux
Qui les entendirent allaient en s'émerveillant
De ce que leur disaient les bergers. 19 Elle, Marie
Gardait avec soin toutes ces choses, dans son cœur
Les repassant. 20 Et les bergers s'en retournèrent,
Glorifiant, louant Dieu pour tout ce qu'ils avaient
Entendu et vu, selon ce qui leur avait
Été annoncé.

47
Présentation de Jésus au Temple

Je vois partir d'une petite maison très modeste un couple de personnes. D'un petit escalier extérieur descend
une très jeune mère avec, entre ses bras, un bébé dans un lange blanc.

Je reconnais, c'est notre Maman. C'est toujours elle, pâle et blonde, agile et si gentille en toutes ses
démarches. Elle est vêtue de blanc, avec un manteau d'azur pâle qui l'enveloppe. Sur la tête un voile blanc.
Elle porte son Bébé avec tant de précautions. Au pied du petit escalier, Joseph l'attend auprès d'un âne gris.
Joseph est habillé de marron clair, aussi bien pour l'habit que pour le manteau. Il regarde Marie et lui sourit.
Quand Marie arrive près de l'âne, Joseph se passe la bride sur le bras gauche, et prend pour un moment le
Bébé qui dort tranquille pour permettre à Marie de mieux s'installer sur la selle. Puis, il lui rend Jésus et ils
se mettent en marche.

Joseph marche à côté de Marie en tenant toujours la monture par la bride et en veillant qu'elle marche droit
et sans trébucher. Marie tient Jésus sur son sein et, par crainte que le froid ne puisse Lui nuire, elle étend sur
Lui un pli de son manteau. Ils parlent très peu, les deux époux, mais ils se sourient souvent.

La route qui n'est pas un modèle du genre se déroule à travers une campagne que la saison a dépouillée.
Quelque autre voyageur se rencontre avec les deux ou les croise, mais c'est rare.

Puis voici des maisons qui se découvrent et des murs qui enserrent une ville. Les deux époux entrent par une
porte, puis commence le parcours sur le pavé très disjoint de la ville. La marche devient beaucoup plus
difficile, soit à cause du trafic qui fait arrêter l'âne à tout moment, soit parce que sur les pierres et les
crevasses qui les interrompent il a de continuelles secousses qui dérangent Marie et l'Enfant.

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La route n'est pas plane : elle monte bien que légèrement. Elle est étroite entre les hautes maisons aux
entrées aussi étroites et basses et aux rares fenêtres sur la rue. En haut, le ciel se montre avec tant de
morceaux d'azur de maison à maison ou de terrasse à terrasse. En bas sur la rue, il y a des gens qui crient et
croisent, d'autres personnes à pied ou à âne, ou conduisant des ânes chargés et d'autres, en arrière d'une
encombrante caravane de chameaux. À un certain endroit passe avec beaucoup de bruits de sabots et d'armes
une patrouille de légionnaires romains qui disparaissent derrière une arcade qui enjambe une rue très étroite
et pierreuse.

Joseph tourne à gauche et prend une rue plus large et plus belle. J'aperçois l'enceinte crénelée que je connais
déjà tout au fond de la rue.

Marie descend de l'âne près de la porte où se trouve une sorte d'abri pour les ânes. Je dis "abri" parce que
c'est une espèce de hangar ou mieux d'abri couvert jonché de paille avec des piquets munis d'anneaux pour
attacher les quadrupèdes. Joseph donne quelque argent à un garçon qui est accouru, pour acheter un peu de
foin et il tire un seau d'eau è un puits rudimentaire situé dans un coin, pour la donner à l'âne.

Puis, il rejoint Marie et ils entrent tous deux dans l'enceinte du Temple. Ils se dirigent d'abord vers un
portique où se trouvent ces gens que Jésus fustigea plus tard vigoureusement : les marchands de tourterelles
et d'agneaux et les changeurs. Joseph achète deux blanches colombes. Il ne change pas d'argent. On se rend
compte qu'il a déjà ce qu'il faut.

Joseph et Marie se dirigent vers une porte latérale où on accède par huit marches, comme on dirait qu'ont
toutes les portes, en sorte que le cube du Temple est surélevé au-dessus du sol environnant. Cette porte a un
grand hall comme les portes cochères de nos maisons en ville, pour en donner une idée, mais plus vaste et
plus décoré. La il y a à droite et à gauche deux sortes d'autels c'est-à-dire deux constructions rectangulaires
dont au début je ne vois pas bien à quoi elles servent. On dirait des bassins peu profonds car l'intérieur est
plus bas que le bord extérieur surélevé de quelques centimètres.

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Je ne sais si c'est Joseph qui a appelé : voilà qu'accourt un prêtre. Marie offre les deux pauvres colombes et
moi qui comprends leur sort, je détourne mon regard. J'observe les ornements du très lourd portail, du
plafond, du hall. Il me semble pourtant voir, du coin de l‟œil, que le prêtre asperge Marie avec de l'eau, Ce
doit être de l'eau, car je ne vois pas de tache sur son habit. Puis, Marie, qui, en même temps que les colombes
avait donné au prêtre une petite poignée de monnaie (j'avais oublié de le dire), entre avec Joseph dans le
Temple proprement dit, accompagnée par le prêtre.

Je regarde de tous côtés. C'est un endroit très orné. Sculptures à têtes d'anges avec rameaux et ornements
courent le long des colonnes, sur les murs et le plafond. Le jour pénètre par de longues et drôles fenêtres,
étroites, sans vitres naturellement et disposées obliquement sur le mur. Je suppose que c'est pour empêcher
d'entrer les averses.

Marie s'introduit jusqu'à un certain endroit, puis s'arrête. À quelques mètres d'elle il y a d'autres marches et
au-dessus une autre espèce d'autel au-delà duquel il y a une autre construction.

Je m'aperçois que je croyais être dans le Temple et au contraire j'étais au-dedans des bâtiments qui entourent
le Temple proprement dit, c'est-à-dire le Saint, et au-delà duquel il semble que personne, en dehors des
prêtres, ne puisse entrer. Ce que je croyais être le Temple n'est donc qu'un vestibule fermé qui, de trois côtés,
entoure le Temple où est renfermé le Tabernacle. Je ne sais si je me suis très bien expliquée, mais je ne suis
pas architecte ou ingénieur.

Marie offre le Bébé, qui s'est éveillé et tourne ses petits yeux innocents tout autour, vers le prêtre, avec le
regard étonné des enfants de quelques jours. Ce dernier le prend sur ses bras et le soulève à bras tendus, le
visage vers le Temple en se tenant contre une sorte d'autel qui est au-dessus des marches. La cérémonie est
achevée. Le Bébé est rendu à sa Mère et le prêtre s'en va.

50
Il y a des gens, des curieux qui regardent. Parmi eux se dégage un petit vieux, courbé qui marche
péniblement en s'appuyant sur une canne, Il doit être très vieux, je dirais plus qu'octogénaire. Il s'approche de
Marie et lui demande de lui donner pour un instant le Bébé. Marie le satisfait en souriant.

C'est Siméon, j'avais toujours cru qu'il appartenait à la caste sacerdotale et au contraire, c'est un simple
fidèle, à en juger du moins par son vêtement. Il prend l'Enfant, l'embrasse. Jésus lui sourit avec la
physionomie incertaine des nourrissons. Il semble qu'il l'observe curieusement, parce que le petit vieux
pleure et rit à la fois et les larmes font sur sa figure des dessins emperlés en s'insinuant entre les rides et
retombant sur la barbe longue et blanche vers laquelle Jésus tend les mains : C'est Jésus, mais c'est toujours
un petit bébé et, ce qui remue devant lui, attire son attention et lui donne des velléités de se saisir de la chose
pour mieux voir ce que c'est. Marie et Joseph sourient, et aussi les personnes présentes qui louent la beauté
du Bébé.

J'entends les paroles du saint vieillard et je vois le regard étonné de Joseph, l'émotion de Marie, les réactions
du petit groupe des personnes présentes, les unes étonnées et émues aux paroles du vieillard, les autres prises
d'un fou rire. Parmi ces derniers se trouvent des hommes barbus et de hautains membres du Sanhédrin qui
hochent la tête. Ils regardent Siméon avec une ironique pitié. Ils doivent penser que son grand âge lui a fait
perdre la tête. Le sourire de Marie s'éteint en une plus vive pâleur, lorsque Siméon lui annonce la douleur.
Bien qu'elle sache, cette parole lui transperce l'âme. Marie s'approche davantage de Joseph pour trouver du
réconfort ; elle serre passionnément son Enfant sur son sein et, comme une âme altérée, et le boit les paroles
d'Anne qui, étant femme, a pitié de la souffrance de Marie et lui promet que l'Éternel adoucira l'heure de sa
douleur en lui communiquant une force surnaturelle : "Femme, Celui qui a donné le Sauveur à son peuple ne
manquera pas de te donner son ange pour soulager tes pleurs. L'aide du Seigneur n'a pas manqué aux grandes
femmes d'Israël et tu es bien plus que Judith et que Yaël. Notre Dieu te donnera un cœur d'or très pur pour
résister à la mer de douleur par quoi tu seras la plus grande Femme de la création, la Mère. Et toi, Petit,
souviens-toi de moi à l'heure de ta mission."

51
Ici s'arrête pour moi la vision.

52
Présentation de Jésus au Temple

22 Et quand ce fut le jour


De les purifier, selon la loi de Moïse,
Pour le présenter au Seigneur, ils l‟emmenèrent
À Jérusalem 23 selon qu‟il est dans la Loi
Du Seigneur écrit : " Tout mâle premier-né sera
Consacré au Seigneur, 24 pour offrir en sacrifice
Selon ce qui est dit dans la Loi du Seigneur :
(Ou) une paire de tourterelles ou deux petits
De colombes.

25 Et voici qu'il y avait un homme


À Jérusalem, son non était Syméon.
Cet homme était juste et pieux ; or, il attendait
La consolation d‟Israël et l‟Esprit Saint
Était sur lui. 26 Il avait été averti
Par l'Esprit qu‟il ne verrait pas la mort avant
D'avoir vu le Christ du Seigneur. 27 Et par l‟Esprit,
Il vint dans le Temple, or les parents amenaient
L'enfant Jésus pour faire à son égard selon
La coutume imposée par la Loi, 28 dans ses bras
Il le reçut, bénit Dieu et dit :

Le Nunc dimitis.

29 "Maintenant,
Ô Maître, renvoie ton esclave en paix selon
Ta parole, 30 puisque mes yeux ont vu ton salut,
31 Que tu as préparé en face de tous les peuples,

53
Lumière qui se révèlera aux nations, gloire
De ton peuple Israël.

Prophétie de Syméon.

33 Et son père et sa mère


Étaient étonnés de ce qu‟on disait de lui.
34 Syméon les bénit et il dit à Marie,
Sa mère : "Vois ; car cet enfant est là pour la chute
Et pour le relèvement (aussi) de beaucoup
En Israël et il doit être un signe en lutte
À la contradiction - 35 et toi-même, une épée
Te transpercera l‟âme, pour que de biens des cœurs
Les raisonnements ne dévoilent.

Prophétie d‟Anne.

36 Il y avait
Une prophétesse Anne (la) fille de Phamonel,
De la tribu d‟Aser. En âge, elle était fort
Avancée. 37 Depuis sa virginité, après
Avoir habité avec son époux pendant
Sept ans, elle était restée veuve, alors âgée
De quatre-vingt-quatre ans, elle ne s‟écartait pas
Du Temple, et rendait un culte à Dieu nuit et jour
Par des jeûnes et des prières, 38 Et au même moment,
Survenant, elle remerciait Dieu et elle parlait

54
De l‟enfant à tous ceux espérant le rachat
De Jérusalem.

Vie cachée de Jésus à Nazareth.

39 Et lorsqu‟ils eurent achevé


Tout selon la Loi du Seigneur, ils retournèrent
En Galilée dans leur ville, Nazareth. 40 L‟enfant
Croissait et se fortifiait et se remplissait
De sagesse. La grâce de Dieu était sur lui.

55
La fuite en Égypte

C'est la nuit. Joseph dort sur sa couchette dans sa chambre minuscule. Un sommeil tranquille de qui se
repose de beaucoup de travail accompli honnêtement et soigneusement.

Je le vois dans l'obscurité de la pièce, à peine amoindrie par un filet de lumière lunaire qui entre par la fente
de la fenêtre à peine entrebâillée mais pas fermée complètement, comme si Joseph avait chaud dans ce petit
local, ou comme s'il voulait avoir ce petit filet de lumière pour pouvoir se régler sur l'aube et se lever
promptement. Il repose sur un côté, et dans son sommeil sourit à je ne sais quelle vision, qu'il a, à un songe.
Mais le sourire se change en effroi. Il soupire profondément comme s'il avait un cauchemar et s'éveille en
sursaut.

Il s'assied sur le lit, se frotte les yeux et regarde autour de lui. Il regarde vers la petite fenêtre d'où vient le
filet de lumière, La nuit est profonde, mais il saisit le vêtement étendu au pied du lit, et toujours assis sur le
lit l'enfile sur la tunique blanche aux manches courtes qu'il a sur la peau. Il écarte les couvertures, met les
pieds à terre et cherche ses sandales. Il les enfile et les lace. Il se lève et se dirige vers la porte en face de son
lit, pas celle qui est sur le côté du lit et qui conduit à la pièce où furent accueillis les Mages. Il frappe
doucement, à peine un tic-tic, avec l'extrémité des doigts.

Il doit comprendre qu'on l'invite à entrer, car il ouvre précautionneusement la porte et la referme sans bruit.
Avant de se diriger vers la porte, il a allumé une petite lampe à huile à une seule flamme et s'éclaire avec
elle. Il entre, dans une chambre un peu plus grande que la sienne et où se trouve une couchette basse près
d'un berceau. Il y a déjà une veilleuse allumée dont la petite flamme qui tremble dans un coin semble une
petite étoile lumineuse faible et dorée qui permet de voir sans gêner le sommeil de qui dort.

56
Mais Marie ne dort pas. Elle est agenouillée près du berceau dans son vêtement clair et elle prie, veillant
Jésus qui dort tranquillement. Jésus qui a l'âge où je l'ai vu dans la vision des Mages. Un enfant d'un an
environ, beau, rose et blond avec sa jolie petite tête aux cheveux bouclés enfoncée dans l'oreiller et une main
fermée sous la gorge.

"Tu ne dors pas ?" demande Joseph à voix basse, étonné. "Pourquoi ? Jésus n'est pas bien ?"

"Oh, non ! Il est bien. Je prie. Mais je dormirai après. Pourquoi es-tu venu, Joseph ?" Marie parle en restant à
genoux comme elle était.

Joseph parle à voix très basse pour ne pas éveiller le Bébé mais avec animation.

"Il faut partir tout de suite d'ici, mais tout de suite. Prépare le coffre et un sac avec tout ce que tu peux y
mettre. Je préparerai le reste. J'emporterai le plus de choses possible... À l'aube nous fuyons. Je le ferais
encore plus tôt, mais je dois parler à la propriétaire de la maison..."

"Mais pourquoi cette fuite ?"

"Je t'expliquerai après, c'est pour Jésus. Un ange me l'a dit : "Prends l'Enfant et la Mère et fuis en Égypte."
Ne perds pas de temps. Je vais préparer tout ce que je puis."

Pas besoin de dire à Marie de ne pas perdre de temps. Dès qu'elle a entendu parler d'un ange, de Jésus et de
fuir, elle a compris qu'il y a danger pour sa Créature et a bondi debout plus pâle avec son visage de cire, en
portant angoissée une main sur son cœur. Elle a commencé à marcher, rapide et légère, à ranger les
vêtements dans le coffre et dans un grand sac qu'elle a étendu sur son lit encore intact, Elle est angoissée
mais elle ne perd pas la tête, elle fait les choses avec empressement mais aussi avec ordre. De temps en
temps en passant près du berceau, elle regarde le Bébé qui dort, sans savoir.

57
"As-tu besoin d'aide ?" demande de temps à autre Joseph en passant la tête à la porte entrebâillée.

"Non, merci." répond toujours Marie.

Seulement quand le sac est plein et il doit être lourd, elle appelle Joseph pour qu'il l'aide à le fermer et à
l'enlever du lit. Mais Joseph ne veut pas qu'on l'aide et se débrouille seul en prenant le long paquet et en le
portant dans sa petite pièce.

"Est-ce que je dois prendre les couvertures de laine ?" demande Marie.

"Prends le plus possible, car le reste nous le perdrons. Mais prends tout ce que tu peux. Ce sera utile parce
que... parce que nous devons rester loin longtemps, Marie !..." Joseph est très triste en disant cela.

Et pour Marie on peut penser ce qu'il en est. Elle plie en soupirant ses couvertures et celles de Joseph, qui les
lie avec une corde.

"Nous laisserons les courte-pointes et les nattes, dit-il en ficelant les couvertures. Même si je prends trois
ânes, je ne peux trop les charger. Nous avons à parcourir une longue et pénible route, en partie à travers les
montagnes et en partie dans le désert. Couvre bien Jésus. Les nuits seront tellement froides dans les
montagnes et le désert. J'ai pris les cadeaux des Mages qui nous seront utiles là-bas. Tout ce que j'ai, je le
dépense pour acheter les deux ânes. Nous ne pouvons pas les renvoyer et je dois payer comptant. Je vais sans
attendre l'aube. Je sais où les trouver. Toi, finis de tout préparer." et il sort.

Marie recueille encore quelque objet, puis après avoir observé Jésus, elle sort et revient avec des petits
vêtements qui paraissent encore humides, peut-être lavés de la veille. Elle les plie, les enroule dans un linge
et les met avec le reste. Plus rien. Elle se tourne et voit dans un coin un petit jouet de Jésus : une petite brebis
taillée dans le bois. Elle la prend en sanglotant et l'embrasse. Le bois porte les traces des petites dents de
Jésus et les oreilles de la brebis sont toutes mordillées. Marie caresse cet objet sans valeur, taillé dans un
morceau de bois blanc, mais de si grand prix pour elle parce que il lui dit l'affection de Joseph pour Jésus et
lui parle de son Bébé. Elle le joint aux autres objets sur le coffre fermé. Maintenant il n'y a vraiment plus
rien. Jésus seulement dans son berceau. Marie pense qu'il faudrait bien préparer le Bébé. Elle va au berceau
et le remue un peu pour réveiller le Petit. Mais il gémit un instant, se retourne et continue de dormir. Marie

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caresse doucement les boucles de ses cheveux. Jésus ouvre sa petite bouche pour bailler. Marie se penche et
le baise sur la joue. Jésus achève de se réveiller. Il ouvre les yeux. Il voit la Maman et sourit et tend ses
mains vers son sein.

"Oui, amour de ta Maman. Oui, le lait. Avant l'heure habituelle... Mais tu es toujours prêt à sucer ta Maman,
mon saint petit agneau !"

Jésus rit et joue en agitant ses petits pieds hors des couvertures agitant les bras avec une de ces joies
enfantines, si charmantes à voir. Il appuie ses pieds contre l'estomac de sa Maman, se courbe et appuie sa
tête blonde sur son sein. Puis il se rejette en arrière et rit en saisissant les cordons qui ferment le vêtement de
Marie et en essayant de l'ouvrir. Dans sa chemisette de lin, il apparaît très beau, grassouillet, rose comme
une fleur.

Marie se penche et restant ainsi en travers du berceau dont elle se fait une protection, elle pleure et rit à la
fois, pendant que le Bébé babille avec ces paroles - qui n'en sont pas - de tous les bébés et où on distingue
nettement "Maman". Il la regarde étonné de la voir pleurer. Il étend la main vers les larmes claires qui
sillonnent les joues de Marie et la mouille en faisant des caresses. Puis dans cette délicieuse attitude, il
s'appuie de nouveau sur le sein maternel, se serre tout contre en le caressant de sa petite main.

Marie baise sa chevelure, le prend, s'assied et l'habille. Voilà : le petit vêtement de laine est enfilé et ses
pieds ont chacun des sandales minuscules. Elle lui donne le lait et Jésus suce avidement le bon lait de sa
Maman. Quand il lui semble qu'à droite il n'en vient plus qu'un peu, il s'en va chercher à gauche et rit, et ce
faisant il regarde par en dessous sa Maman. Puis il s'endort, la tête sur le sein de Marie, sa petite joue rose et
ronde contre le sein blanc et arrondi de sa Mère.

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Marie se relève, doucement et le dépose sur la courte pointe de son lit. Elle le couvre de son manteau. Elle va
au berceau et plie les petites couvertures. Elle se demande si elle doit prendre aussi le petit matelas. Il est si
petit ! Elle peut le prendre, Elle le met, avec l'oreiller, près des objets qui sont déjà sur le coffre ; et elle
pleure sur le berceau vide, pauvre Maman, persécutée dans sa Créature !

Joseph revient : "Es-tu prête ? Jésus l'est-il aussi ? As-tu pris ses couvertures, sa petite couchette ? Nous ne
pouvons emporter le berceau, mais au moins qu'il ait son petit matelas, le pauvre Petit qu'ils cherchent à faire
mourir !"

"Joseph !" Elle pousse un cri pendant qu'elle s'accroche au bras de Joseph.

"Oui, Marie, à le faire mourir ! Hérode veut sa mort... parce qu'il en a peur ... pour son pouvoir royal, il a
peur de cet Innocent, ce fauve immonde. Que fera-t-il quand il apprendra qu'il est en fuite, je ne sais. Mais
nous serons loin alors. Je ne crois pas qu'il se vengera en le cherchant jusqu'en Galilée. Déjà il serait trop
difficile de découvrir que nous sommes Galiléens et encore moins de Nazareth, et qui nous sommes,
exactement. À moins que Satan ne l'aide pour le remercier d'être pour lui un serviteur dévoué. Mais... si cela
arrivait... Dieu nous aidera de son côté. Ne pleure pas Marie. Te voir pleurer m'afflige bien plus que de
devoir partir pour l'exil. "

"Pardonne-moi, Joseph ! Ce n'est pas pour moi que je pleure; ni pour le peu de bien que je perds. C'est pour
toi... Tu as déjà dû tellement te sacrifier ! Et maintenant tu vas te trouver sans clients, sans maison ! Combien
je te coûte, Joseph !"

"Combien ? Non, Marie. Tu ne me coûtes pas. Tu me consoles. Toujours. Ne pense pas à demain. Nous
avons les richesses des Mages. Elles nous aideront pour les premiers temps. Puis, je trouverai du travail. Un
ouvrier honnête et capable se débrouille, tout de suite. Tu as vu ici. Je n'arrivais pas à trouver du temps pour
tout faire."

"Je sais, mais qui te guérira de ta nostalgie ?"

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"Et toi, qui te guérira de la nostalgie de la maison qui t'est si chère ?"

"Jésus. En le possédant j'ai encore ce que j'ai eu là-bas."

"Et moi, possédant Jésus, je possède la patrie que j'espérais retrouver il y a quelques mois. Je possède mon
Dieu. Tu vois que je n'ai rien perdu de ce qui par-dessus tout m'est cher. Il nous suffit de sauver Jésus et
alors tout nous reste. Même si nous ne devions plus voir ce ciel, ces campagnes et celles plus chères de la
Galilée, nous aurions tout parce que nous l'avons, Lui. Viens, Marie, l'aube commence à poindre il est temps
de saluer notre hôtesse et de charger nos affaires. Tout ira bien."

Marie se lève obéissante. Elle s'enveloppe dans son manteau pendant que Joseph fait un dernier paquet qu'il
emporte en sortant.

Marie soulève délicatement le Bébé, l'enveloppe dans un châle et le serre sur son cœur. Elle regarde les murs
qui l'ont abritée des mois durant et les effleure de la main. Bienheureuse maison qui as mérité d'être aimée et
bénie par Marie ! Elle sort. Elle traverse la petite pièce qui était celle de Joseph, elle entre dans l'autre pièce.
La propriétaire, toute en larmes, l'embrasse et la salue. Soulevant un coin du châle, elle baise au front le
Bébé qui dort tranquille. Ils descendent le petit escalier extérieur.

Il y a une première clarté de l'aube qui permet tout juste de distinguer les objets. Dans cette pénombre on
aperçoit les trois montures. La plus robuste porte les charges. Les autres ont la selle. Joseph s'applique à bien
disposer le coffre et les paquets sur le bât du premier âne. Je vois empaquetés et posés sur le haut du sac les
outils de charpentier. De nouveau, adieux et larmes, puis Marie monte sur son âne pendant que la
propriétaire tient Jésus à son cou et le baise une dernière fois avant de le rendre à sa Mère, Joseph aussi
monte en selle après avoir attaché son âne à celui qui porte les bagages pour être libre de tenir l'ânon de
Marie.

61
La fuite commence pendant que Bethléem, qui rêve encore à la scène fantasmagorique des Mages, dort
tranquillement, inconsciente de ce qui l'attend.

C'est la fin de la vision.

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Fuite en Égypte et massacre des Innocents

13 Et voilà
Qu‟un Ange du Seigneur, quand ils se retirèrent
Apparut en songe à Joseph et dit ceci :
“ Lève-toi, prends l‟enfant et sa mère, en Égypte
Fuis, et restes-y jusqu‟à ce que je te parle.
Car Hérode va rechercher l‟enfant pour le prendre. ”

14 Ainsi lui, se leva, prit de nuit l‟enfant


Et sa mère, et il se retira en Égypte.
Il y fit jusqu‟à la mort d‟Hérode, pour remplir
Cette parole du Seigneur par le prophète,
Qui dit ceci :
D‟Égypte, j‟ai appelé mon fils.

Or Hérode, voyant qu‟il avait été joué


Par les mages entra en fureur et envoya
Tuer de Bethléem, de tout son territoire
Tous les garçons âgés de moins de deux années
D‟après la durée qu‟il s‟était fait préciser
Par les mages. 17 Alors fut remplie cette parole
Du Prophète Jérémie qui dit :

18 Une voix
Est entendue dans Rama, sanglots, longue plainte,
C‟est Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas
Être consolée car ils ne sont plus.

63
La discussion de Jésus avec les Docteurs au Temple

Je vois Jésus. C'est un adolescent. Vêtu d'une tunique qui me semble de lin blanc et lui descend jusqu'aux
pieds. Il se drape par-dessus dans une étoffe rectangulaire d'un rouge clair. Il est tête nue avec des cheveux
longs qui lui descendent à moitié des oreilles, plus foncés que lorsque je l'ai vu plus petit. C'est un garçon
robuste, très grand pour son âge, mais dont le visage est vraiment enfantin.

Il me regarde et me sourit en me tendant les mains. Un sourire pourtant qui ressemble déjà à celui que je Lui
vois adulte : doux et plutôt sérieux. Il est seul. Je ne vois rien d'autre en ce moment. Il est appuyé à un petit
mur au-dessus d'une ruelle toute en montées et descentes, pierreuse avec au milieu un creux qui, par temps
de pluie, se transforme en ruisseau. Pour l'heure il est à sec car la journée est belle.

Il me semble de m'approcher aussi du muret et de regarder à l'entour et en bas comme fait Jésus. Je vois un
groupe de maisons rassemblées sans alignement. Il y en a de hautes, de basses et orientées dans tous les sens.
Cela ressemble - la comparaison est pauvre mais assez juste - à une poignée de cailloux blancs jetés sur un
terrain sombre. Les rues et ruelles apparaissent comme des veines au milieu de cette blancheur. Ça et là des
arbres sortent d'entre les murs. Beaucoup sont en fleurs et beaucoup couverts de feuilles nouvelles. Ce doit
être le printemps.

À gauche, par rapport à moi qui regarde, il y a une grande agglomération, disposée sur trois rangées de
terrasses couvertes de bâtiments, et puis des tours, des cours et des portiques au centre desquels se dresse un
bâtiment plus haut, majestueux, très riche, à coupoles rondes qui brillent au soleil comme si elles étaient
couvertes de métal, cuivre ou or. Le tout est entouré d'une muraille crénelée, de créneaux à la façon de M
comme si c'était une forteresse. Une tour plus haute que les autres à cheval sur une rue plutôt étroite et qui
est en saillie domine nettement cette vaste agglomération. On dirait une sentinelle sévère.

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Jésus regarde fixement cet endroit, puis il se retourne appuyant de nouveau le dos au muret comme il était
d'abord, puis il regarde un petit monticule qui est en face de l'agglomération, un monticule couvert de
maisons jusqu'à la base et ensuite dénudé. Je vois qu'une rue se termine là avec un arceau au-delà duquel il
n'y a plus qu'une rue pavée de pierres quadrangulaires, irrégulières et mal assemblées. Elles ne sont pas
exagérément grandes comme les pierres des routes consulaires romaines. Elles ressemblent plutôt aux pierres
classiques des vieux trottoirs de Viareggio (je ne sais s'ils existent encore) mais mal assemblées. Une
mauvaise route. Le visage de Jésus devient tellement sérieux que je me mets à chercher sur ce monticule la
cause de cette mélancolie. Mais je ne trouve rien de spécial. C'est une hauteur dénudée. C'est tout. En
revanche, je perds Jésus. En effet, quand je me retourne, il n'est plus là. Et je m'assoupis avec cette vision.

...Quand je me réveille, avec au cœur le souvenir de cette vision, après avoir retrouvé un peu de forces et de
calme, car tout le monde dort, je me trouve dans un endroit que je n'ai jamais vu. Il y a des cours, des
fontaines, des maisons, ou plutôt des pavillons que des maisons. Cela semble être en effet plutôt des
pavillons que de maisons. Il y a là une foule nombreuse, habillée à l'ancienne mode hébraïque et beaucoup
de cris. En regardant autour de moi, je me rends compte que je suis à l'intérieur de cette agglomération que
Jésus regardait. Je vois en effet la muraille crénelée qui l'entoure, la tour qui fait sentinelle et l'imposant
bâtiment qui se dresse au centre et sur lequel s'appuient les portiques très beaux et vastes où se trouve une
foule occupée qui à une chose, qui à une autre.

Je me rends compte que je me trouve dans l'enceinte du Temple de Jérusalem. Je vois des pharisiens en
longs vêtements flottants, des prêtres vêtus d'habits de lin avec une plaque de métal précieux au sommet de
la poitrine et sur le front et d'autres points qui luisent ça et là sur les vêtements très amples et blancs que
retient à la taille une ceinture de grand prix. Puis, il y en a d'autres, moins chamarrés qui doivent encore
appartenir à la caste sacerdotale et qui sont entourés de disciples plus jeunes. Je vois que ce sont des docteurs
de la Loi.

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Je me trouve égarée au milieu de tous ces personnages, ne sachant pas bien ce que j'ai à faire là dedans. Je
m'approche d'un groupe de docteurs où a débuté une discussion théologique. Une grande foule s'en approche
aussi.

Parmi les "docteurs" il y a un groupe à la tête duquel se trouve un certain Gamaliel avec un autre, âgé et
presque aveugle, que soutient Gamaliel au cours de la discussion. Celui-là, je l'entends appeler Hillel (je
mets l'H parce que je vois qu'il y a une aspiration au début du nom), il semble le maître ou le parent de
Gamaliel parce que ce dernier le traite avec confiance et respect en même temps. Le groupe de Gamaliel a
des vues plus larges, alors qu'un autre groupe, et c'est le plus nombreux, est dirigé par un certain Sciammaï et
est caractérisé par une intransigeance haineuse et rétrograde que l'Évangile met si bien en lumière.

Gamaliel, entouré d'un groupe important de disciples, parle de la venue du Messie. S'appuyant sur la
prophétie de Daniel, il soutient que le Messie doit être déjà né. En effet, depuis une dizaine d'années environ,
les soixante-dix semaines indiquées par la prophétie sont accomplies, à dater du décret de reconstruction du
Temple. Sciammaï le combat en affirmant que s'il est vrai que le Temple a été reconstruit, il n'est pas moins
vrai que l'esclavage d'Israël n'a fait que croître et que la paix qu'aurait dû apporter avec lui Celui que les
Prophètes appellent "le Prince de la paix" est bien loin d'exister dans le monde et spécialement à Jérusalem
opprimée par un ennemi qui ose pousser sa domination jusqu'à l'enceinte du Temple dominée par la Tour
Antonia remplie de légionnaires romains, prêts à apaiser avec leur épée tout soulèvement patriotique.

La discussion, pleine d'arguties, tire en longueur : chaque maître fait étalage d'érudition pas tant pour vaincre
son rival que pour s'imposer à l'admiration des auditeurs. Cette intention est évidente.

Du groupe serré de ses fidèles sort une fraîche voix d'enfant : "C'est Gamaliel qui a raison."

Mouvement de la foule et du groupe des docteurs. On cherche l'interrupteur. Mais pas besoin de le chercher ;
il ne se cache pas. Il se manifeste et s'approche du groupe des "rabbi". Je reconnais mon Jésus adolescent. Il
est sûr de Lui et franc, avec des yeux intelligents qui étincellent.

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"Qui es-tu ?" Lui demande-t-on.

"Un fils d'Israël venu accomplir ce que la Loi ordonne."

La réponse hardie et sûre d'elle-même le rend sympathique et Lui vaut des sourires d'approbation et de
bienveillance. On s'intéresse au petit Israélite.

"Comment t'appelles-tu ?"

"Jésus de Nazareth."

La bienveillance s'atténue dans le groupe de Sciammaï. Mais Gamaliel, plus bienveillant, poursuit le
dialogue en même temps que Hillel. Ou plutôt c'est Gamaliel qui, respectueusement, dit au vieillard :
"Demande quelque chose à l'enfant."

"Sur quoi fondes-tu ta certitude ? " demande Hillel. (Je mets les noms en tête des réponses pour abréger et
rendre plus clair).

Jésus : "Sur la prophétie qui ne peut faire erreur sur l'époque et les signes qui l'ont accompagnée quand ce
fut le moment de sa réalisation. C'est vrai que César nous domine. Mais le monde était tellement paisible et
la Palestine si calme quand expirèrent les soixante-dix semaines qu'il fut possible à César d'ordonner un
recensement dans ses domaines. Il ne l'aurait pas pu s'il y avait eu la guerre dans l'Empire et des
soulèvements en Palestine. Comme ce temps était accompli, ainsi va se terminer l'autre intervalle de temps
de soixante-deux semaines plus une depuis l'achèvement du Temple, pour que le Messie soit consacré et que
se réalise la suite de la prophétie pour le peuple qui ne l'a pas accepté. Pouvez-vous avoir des doutes ? Ne
vous rappelez-vous pas de l'étoile que virent les Sages d'Orient et qui alla justement se poser dans le ciel de
Bethléem de Juda et que les prophéties et les visions, depuis Jacob et par la suite, indiquent ce lieu comme
destiné à accueillir la naissance du Messie, fils du fils du fils de Jacob, à travers David qui était de

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Bethléem ? Ne vous rappelez-vous pas Balaam ? "Une Étoile naîtra de Jacob." Les Sages d'Orient, auxquels
la pureté et la foi gardaient ouverts les yeux et les oreilles, ont vu l'Étoile et compris son nom : "Messie" et
ils sont venus adorer la Lumière allumée dans le monde."

Sciammaï, le regard livide : "Tu dis que le Messie est né au temps de l'Étoile à Bethléem Ephrata ?"

Jésus : "Je le dis."

Sciammaï : "Alors il n'existe plus. Tu ne sais pas, Enfant, qu'Hérode fit tuer tous les garçons de un jour à
deux ans de Bethléem et des environs ? Toi qui connais si bien les Écritures, tu dois aussi savoir cela : "Un
cri s'est élevé... C'est Rachel qui pleure ses enfants. Les vallées et les collines de Bethléem qui ont recueilli
les pleurs de Rachel mourante sont restées remplies de ces pleurs, et les mères l'ont répété sur leurs fils
massacrés. Parmi elles, il y avait certainement aussi la Mère du Messie."

Jésus : "Tu te trompes, vieillard. Les pleurs de Rachel se sont changés en hosanna, parce que là où elle avait
mis au jour "le fils de sa douleur", la nouvelle Rachel a donné au monde le Benjamin du Père céleste, le Fils
de sa droite, Celui qui est destiné à rassembler les peuples sous son sceptre et à le libérer de la plus terrible
servitude."

Sciammaï : "Et comment, s'il a été tué ?"

Jésus : "N'as-tu pas lu, en parlant d'Élie ? Il fut enlevé dans un char de feu Et le Seigneur Dieu ne pourra pas
avoir sauvé son Emmanuel pour qu'il fût le Messie de son peuple ? Lui qui a ouvert la mer devant Moïse
pour qu'Israël rejoignit à pieds secs son territoire, II n'aura pas pu ordonner à ses anges de sauver son Fils,
son Christ, de la férocité de l'homme ? En vérité je vous le dis : le Christ vit et il est parmi vous et quand sera
venue son heure, il se manifestera dans sa puissance." Jésus, en disant ces paroles que je souligne, a dans la
voix un éclat qui remplit l'espace. Ses yeux brillent encore davantage et comme mus par le pouvoir et la
promesse, il tend le bras et la main droite comme pour un serment. C'est un enfant, mais il est solennel
comme un homme.

Hillel : "Enfant, qui t'a enseigné ces paroles ?"

Jésus : "L'Esprit de Dieu. Je n'ai pas de maître humain. C'est la parole de Dieu que vous entendez par mes
lèvres."

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Hillel : "Viens, parmi nous, que je te voie de près, ô Enfant ! Mon espérance se ravive au contact de ta foi et
mon âme s'illumine au soleil de la tienne."

Et on fait asseoir Jésus sur un siège élevé entre Gamaliel et Hillel et on Lui apporte des rouleaux pour qu'il
les lise et les explique. C'est un examen en règle. La foule se presse et écoute.

La voix enfantine de Jésus lit : "Console-toi, ô mon peuple. Parlez au cœur de Jérusalem, consolez-la car son
esclavage est fini... Voix de quelqu'un qui crie dans le désert : préparez les chemins du Seigneur.... Alors
apparaîtra la gloire du Seigneur...".

Sciammaï: "Tu le vois. Nazaréen ! Ici on parle d'esclavage fini. Jamais comme à présent nous sommes
esclaves. Ici on parle d'un précurseur. Où est-il ? Tu radotes !"

Jésus: "Je te dis que c'est à toi plus qu'aux autres que t'invite le Précurseur. À toi et à tes semblables.
Autrement tu ne verras pas la gloire du Seigneur et tu ne comprendras pas la parole de Dieu, parce que la
bassesse, l'orgueil, la dissimulation t'empêcheront de voir et d'entendre."

Sciammaï: "C'est ainsi que tu parles à un maître ?"

Jésus: "C'est ainsi que je parle, ainsi que je parlerai jusqu'à la mort. Car au-dessus de mon intérêt il y a celui
du Seigneur et l'amour pour la Vérité dont je suis le Fils. Et j'ajoute pour toi, ô rabbi, que l'esclavage dont
parle le Prophète et dont je parle Moi aussi, n'est pas celui que tu crois, et la royauté n'est pas celle à laquelle
tu penses. Mais au contraire, c'est par les mérites du Messie que l'homme sera libéré de l'esclavage du Mal
qui le sépare de Dieu et le caractère du Christ s'imprime sur les esprits libérés de tout joug et soumis à son
règne éternel. Toutes les nations inclineront la tête, ô race de David, devant le Germe né de toi et devenu
l'arbre qui couvre toute la terre et s'élève jusqu'au Ciel. Au Ciel et sur la terre toute bouche louera son Nom
et tout genou fléchira devant le Consacré de Dieu, le Prince de la paix, celui qui enivrera de Lui-même toute
âme fatiguée et rassasiera toute âme affamée, le Chef, le Saint qui conclura une alliance entre la terre et le
Ciel. Non pas comme celle qui fut conclue avec les Pères d'Israël quand Dieu les fit sortir d'Égypte, en les
traitant encore comme des serviteurs, mais en gravant la pensée de la Paternité céleste dans les esprits des

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hommes avec la Grâce nouvellement versée en eux par les mérites du Rédempteur par qui tous les bons
connaîtront le Seigneur, et le Sanctuaire de Dieu ne sera plus abattu ni détruit."

Sciammaï : "Mais ne blasphème pas, Enfant ! Rappelle-toi Daniel. Il dit qu'après la mort du Christ, le
Temple et la Cité seront détruits par un peuple et un chef qui viendra pour cela. Et Toi, tu soutiens que le
Sanctuaire de Dieu ne sera plus abattu ! Respecte les Prophètes !"

Jésus : "En vérité je te dis qu'il y a Quelqu'un qui est plus que les Prophètes et tu ne le connais pas, ni ne le
connaîtras pas parce qu'il te manque de vouloir le connaître. Et je t'affirme que tout ce que j'ai dit est vrai. Il
ne connaîtra plus la mort, le vrai Sanctuaire, mais comme Celui qui le sanctifie, il ressuscitera pour la vie
éternelle et à la fin des jours du monde, il vivra au Ciel."

Hillel : "Écoute, Enfant. Aggée dit : " ...II viendra le Désiré des Nations. Grande sera la gloire de cette maison
et de cette dernière plus que de la première." Il veut peut-être parler du même sanctuaire

que Toi ?"

Jésus : "Oui, Maître, c'est cela qu'il veut dire. Ta droiture t'achemine vers la Lumière et Moi je te dis : quand
le Sacrifice du Christ sera accompli, la paix viendra vers toi parce que tu es un Israélite sans malice."

Gamaliel : "Dis-moi, Jésus. La paix dont parlent les Prophètes, comment peut-on l'espérer si la guerre vient
détruire ce peuple ? Parle et éclaire-moi aussi."

Jésus : "Ne te souviens-tu pas. Maître, de ce que dirent ceux qui furent présents la nuit de la naissance du
Christ ? Que les troupes angéliques chantèrent : "Paix aux hommes de bonne volonté." Mais la volonté de ce
peuple n'est pas bonne et il n'aura pas la paix. Il méconnaîtra son Roi, le Juste, le Sauveur parce qu'il attend
un roi revêtu de la puissance humaine alors que Lui est le Roi de l'esprit. Ce peuple ne l'aimera pas, parce
que le Christ prêchera ce qui ne plaît pas à ce peuple. Le Christ ne combattra pas des ennemis pourvus de
chars et de cavalerie, mais les ennemis de l'âme qui inclinent vers des jouissances infernales le cœur de
l'homme créé pour le Seigneur. Et cela, ce n'est pas la victoire qu'Israël attend de Lui. Il viendra, Jérusalem,

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ton Roi monté sur " l'ânesse et l'ânon", c'est à dire les justes d'Israël et les gentils. Mais l'ânon, je vous le dis,
lui sera plus fidèle et le suivra précédant l'ânesse et grandira sur la route de la Vérité et de la Vie. Israël, à
cause de sa volonté mauvaise, perdra la paix et souffrira en elle-même, pendant des siècles, ce qu'il a fait
souffrir à son Roi réduit par eux à être l'Homme des Douleurs dont parle Isaïe."

Sciammaï : "Ta bouche profère à la fois des enfantillages et des blasphèmes, Nazaréen. Réponds : et où est
le Précurseur ? Quand l'avons-nous eu ?"

Jésus : "Il existe. Malachie ne dit-il pas : "Voici que j'envoie mon ange préparer devant Moi le chemin et
immédiatement viendra à son Temple le Dominateur que vous cherchez et l'Ange du Testament que vous
désirez ardemment " ? Donc, le Précurseur précède immédiatement le Christ. Il est déjà là, comme le Christ.
S'il y avait des années entre celui qui prépare le chemin au Seigneur et le Christ, tous les chemins
s'encombreraient et dévieraient. Dieu le sait et il a décidé que le Précurseur précède d'une seule heure le
Maître. Quand vous verrez ce Précurseur, vous pourrez dire : "La mission du Christ est commencée." À toi
je dis : le Christ ouvrira beaucoup d'yeux et beaucoup d'oreilles quand Il viendra par ces chemins. Mais ce ne
sont pas les tiens ni ceux de tes semblables, car vous lui donnerez la mort en échange de la Vie qu'il vous
apporte. Mais quand, plus grand que ce Temple, plus haut que le Tabernacle enfermé dans le Saint des
Saints, plus haut que la Gloire que soutiennent les Chérubins, le Rédempteur sera sur son trône et sur son
autel, la malédiction pour les déicides et la vie pour les gentils couleront de ses mille et mille blessures. Car
Lui, ô maître toi qui l'ignores, n'est pas, je le répète, Roi d'une domination humaine, mais d'un Royaume
spirituel, et ses sujets seront uniquement ceux qui par leur amour sauront renaître en leur esprit et comme
Jonas, après une première naissance, renaître sur d'autres rivages : "ceux de Dieu" à travers la régénération
spirituelle qui viendra par le Christ qui donnera la vraie vie à l'humanité."

Sciammaï et son entourage : "Ce Nazaréen est Satan !"

Hillel et les siens : "Non. Cet enfant est un Prophète de Dieu. Reste avec nous, Petit. Ma vieillesse
transmettra ce qu'elle sait à ton savoir et tu seras Maître du Peuple de Dieu."

71
Jésus : "En vérité, je te dis que si beaucoup étaient comme toi, le salut arriverait à Israël. Mais mon heure
n'est pas venue. Les voix du Ciel me parlent et, dans la solitude je dois les recevoir jusqu'à ce que mon heure
arrive. Alors, avec mes lèvres et mon sang, je m'adresserai à Jérusalem, et mon sort sera celui des Prophètes
lapidés et assassinés par elle. Mais, au-dessus de mon être, il y a celle du Seigneur Dieu, auquel je soumets
Moi-même pour qu'il fasse de Moi l'escabeau de sa gloire, en attendant que Lui fasse du monde un escabeau
pour les pieds du Christ. Attendez-Moi à mon heure. Ces pierres entendront de nouveau ma voix et frémiront
à ma dernière parole. Bienheureux ceux qui, en cette voix, auront écouté Dieu et croiront en Lui par son
entremise. À ceux-là le Christ donnera son Royaume dont votre égoïsme rêve qu'il sera tout humain alors
qu'il est céleste. Pour l'avènement de ce Royaume, Moi, je dis: "Voici ton serviteur, Seigneur, venu pour
faire ta Volonté. Réalise-la entièrement, car je brûle de l'accomplir."

Et ici se termine la vision de Jésus avec son visage enflammé d'ardeur spirituelle, tourné vers le ciel, les bras
ouverts, debout au milieu des docteurs stupéfaits.

72
Jésus parmi les docteurs

41 Et ses parents se rendaient à Jérusalem


Chaque année pour la fête de Pâque. 42 Lorsqu‟il eut
Douze ans, comme c‟était la coutume pour la fête
Ils y montèrent, 43 une fois les jours accomplis
Comme ils s‟en retournaient, l‟enfant Jésus resta
À Jérusalem à l‟insu de ses parents.
44 Croyant qu‟il était dans la caravane, ils firent
Une journée de chemin, ils le recherchaient
Parmi leurs parents et connaissances.45 Et toujours
À sa recherche, et pourtant ne le trouvant pas
Ils s'en retournèrent à Jérusalem.

46 Au bout,
De trois jours, ils le trouvèrent dans un Temple, assis
Au milieu des docteurs. Et il les écoutait,
Et il les interrogeait. 47 Tous ceux qui l‟entendaient
Étaient en extase devant son intelligence
Et ses réponses.48 En le voyant, ils furent frappés
D‟étonnement, et sa mère lui dit : "Mon enfant,
Pourquoi nous as-tu fait cela ? Ton père et moi,
Vois ! Nous te cherchons tourmentés." 49 Et il leur dit :
"Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas
Que je dois être aux affaires de mon Père ? " 50 Et eux
Ne comprirent pas la parole qui leur avait dite.

73
TOME II

74
Baptême de Jésus au Jourdain

Je vois une plaine inhabitée et sans végétation. Il n'y a pas de champs cultivés, quelques rares plantes
formant çà et là des touffes, comme des familles de végétaux là où le sol a un peu de profondeur et se trouve
moins aride. Remarquez que ce terrain aride et inculte est à ma droite alors que le Nord se trouve derrière
moi, et se prolonge pour moi dans la direction du Sud.

À gauche, en revanche, je vois un fleuve aux berges plutôt basses qui coule lentement lui aussi du Nord au
Sud. D'après le mouvement très lent de l'eau, je comprends que son lit n'a pas une pente très forte et que ce
fleuve coule dans une sorte de dépression de la plaine. Le courant est à peine suffisant pour empêcher la
stagnation de l'eau et la formation d'un marécage. L'eau n'a pas de profondeur : c'est un point où l'on aperçoit
le fond. J'estime qu'il n'y a pas plus d'un mètre de profondeur, un mètre et demi au maximum. Large comme
l'Arno vers S. Minato-Empoli : je dirais vingt mètres. Mais je n'ai pas le coup d‟œil et mes estimations sont
approximatives. Pourtant l'eau est d'un azur légèrement vert à proximité des berges où l'humidité du sol
entretient une bande verte touffue qui réjouit l‟œil fatigué de cette morne étendue de pierres et de sable qui
s'étend indéfiniment en avant.

Cette voix intérieure dont je vous ai expliqué que j'entends m'expliquer ce que je dois remarquer et savoir,
m'avertit que je vois la vallée du Jourdain. Je l'appelle vallée, parce que c'est l'appellation habituelle de la
place où coule un fleuve, mais ici, il me paraît inexact de lui donner ce nom parce que une vallée suppose
des collines et dans le voisinage je n'en vois pas trace, En résumé, je me trouve près du Jourdain, et l'espace
désolé que j'aperçois sur ma droite est le désert de Juda.

Si parler de désert est juste pour désigner ce lieu inhabité et sans trace du travail de l'homme, il convient
moins à l'idée que nous nous faisons du désert. Ici, pas de dunes du désert comme nous le concevons, mais

75
seulement une terre dénudée parsemée de pierres et de débris, comme sont les terrains d'alluvion après une
crue.

Dans le lointain, des collines. Et puis, près du Jourdain une grande paix, une ambiance spéciale qui dépasse
celle d'un paysage ordinaire, quelque chose qui rappelle ce qu'on ressent sur les bords du lac Trasimène.
C'est un lieu qui évoque des vols angéliques et des voix célestes. Je ne sais pas bien exprimer ce que
j'éprouve, mais j'ai le sentiment de me trouver dans un lieu qui parle à l'esprit.

Pendant ces observations, je vois la scène envahie par les gens le long - par rapport à moi - de la rive droite
du Jourdain. Il y a beaucoup d'hommes et une grande variété d'habillements. Quelques-uns semblent des
gens du peuple, d'autres des riches, il y en a assez, plusieurs paraissent des pharisiens, avec leurs vêtements
ornés de franges et de galons.

Au milieu, debout sur un rocher un homme que je reconnais du premier coup pour le Baptiste bien que ce
soit la première fois que je le vois. Il parle à la foule et je vous assure que sa prédication manque plutôt de
douceur. Jésus a appelé Jacques et Jean "les fils du tonnerre", mais alors quel nom donner à ce fougueux
orateur ? On pourrait pour Jean-Baptiste parler de coup de foudre, d'avalanche, de tremblement de terre, tant
il est impétueux et sévère dans son discours et ses gestes.

Il parle de la venue du Messie et exhorte les auditeurs à préparer leurs cœurs en les débarrassant de ce qui les
encombre et en redressant leurs pensées. Mais c'est un parler frénétique et rude : Le Précurseur n'a pas la
main légère de Jésus pour soigner les blessures des cœurs. C'est un médecin qui les met à nu, fouille et taille
sans pitié.

Pendant que je l'écoute - je ne rapporte pas ses paroles, parce que ce sont celles des Évangélistes mais qui
dévalent en un discours torrentiel - je vois s'avancer le long d'un sentier le long de la bordure herbeuse et

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ombragée qui côtoie le Jourdain, mon Jésus. Ce chemin de campagne, plutôt sentier que chemin, semble
dessiné par les caravanes et les voyageurs qui pendant des années et des siècles l'ont parcouru pour arriver à
un point où le fond du lit se relève et permet de passer à gué. Le sentier continue sur l'autre rive du fleuve et
se perd dans la verdure de l'autre berge.

Jésus est seul. Il marche lentement et en avançant il arrive derrière Jean. Il avance sans bruit, tout en écoutant
la voix tonnante du Pénitent du désert, comme si Jésus était aussi une des nombreuses personnes qui
venaient vers Jean pour se faire baptiser et se préparer à la purification pour la venue du Messie. Rien ne
distingue Jésus des autres gens. Il semble un homme du peuple pour son vêtement, un seigneur pour la
beauté de ses traits, mais aucun signe divin ne le distingue de la foule.

Cependant on dirait que Jean sent une particulière émanation spirituelle. Il se retourne et identifie tout de
suite la source de cette émanation. Il descend vivement du rocher qui lui servait de chaire et s'en, va d'un air
dégagé vers Jésus qui est arrêté à quelques mètres d'un groupe et s'appuie au tronc d'un arbre.

Jésus et Jean se fixent un moment. Jésus, avec son regard d'azur, si doux. Jean avec son œil sévère, très noir,
plein d'éclairs. Les deux, vus rapprochés, sont l'antithèse l'un de l'autre. Tous les deux grands - c'est leur
unique ressemblance - ils sont différents pour tout le reste. Jésus blond, aux longs cheveux peignés, au teint
blanc ivoire, aux yeux d'azur, au vêtement simple, mais majestueux. Jean, hirsute aux cheveux noirs qui
retombent à plat sur les épaules et taillés en escalier, avec une barbe noire coupée à ras qui lui couvre
presque tout le visage qui n'empêche pas de découvrir ses joues creusées par le jeûne, des yeux noirs
fiévreux, la peau bronzée par le soleil et les intempéries et le poil épais qui la couvre, demi nu avec son
vêtement de peau de chameau retenu à la taille par une ceinture de peau et qui lui couvre le torse, descendant
à peine au dessous de ses flancs amaigris et laissant à droite les côtes découvertes, les côtes sur lesquelles se
trouve, unique tissu, la peau tannée par l'air : en vis-à-vis, on dirait un sauvage et un ange.

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Jean, après avoir fixé sur Lui son regard pénétrant, s'écrie : "Voici l'Agneau de Dieu. Comment peut-il se
faire que mon Seigneur vienne vers moi ?"

Jésus répond tranquillement : "C'est pour accomplir le rite de pénitence."

"Jamais, Seigneur. C'est moi qui dois venir à Toi pour être sanctifié, et c'est Toi qui viens vers moi ?"

Et Jésus, en lui mettant une main sur la tête, parce que Jean s'était incliné devant Jésus, lui répond : "Permets
que tout se fasse comme je veux, pour que s'accomplisse toute justice et que ton rite achemine les hommes
vers un plus haut mystère et qu'il leur soit annoncé que la Victime est dans ce monde."

Jean l'observe avec un œil dont une larme adoucit le regard, et le précède vers la rive. Jésus enlève son
manteau et sa tunique, gardant une sorte de caleçon court et descend dans l'eau où se trouve déjà Jean. Jean
le baptise en Lui versant sur la tête de l'eau du fleuve, avec une sorte de tasse suspendue à sa ceinture et qui
semble être une coquille ou une demi calebasse séchée et vidée.

Jésus est proprement l'Agneau, Agneau dans la blancheur de sa chair, la modestie de ses traits, la douceur de
son regard.

Pendant que Jésus remonte sur la rive, et qu'après s'être vêtu; il se recueille en prière, Jean le montre à la
foule et témoigne de l'avoir reconnu au signe que l'Esprit de Dieu lui avait indiqué et qui désignait
infailliblement le Rédempteur.

Mais je suis polarisée par le spectacle de Jésus qui prie et je ne vois plus que cette figure lumineuse qui se
détache sur le fond vert de la rive.

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Baptême de Jésus

13 Alors survient Jésus venant de Galilée


Au Jourdain près de Jean pour être baptisé
Par lui.

14 Mais celui-ci voulait l‟en empêcher :


“ J‟ai besoin d‟être baptisé par toi, c‟est toi
Qui viens vers moi ? ”

15 Et répondant, Jésus lui dit :


Pour l‟instant, laisse ; il convient que nous remplissions
Ainsi toute justice.” Et il le laissa faire.

16 Sitôt baptisé, Jésus remonta des eaux


Et voilà que les cieux s‟ouvrirent ; il vit l‟Esprit
De Dieu descendre, comme une colombe, et venir
Sur lui.

Et voilà que des cieux, une voix dit :


“ Celui-ci est mon Fils, le Bien-aimé, qui a
Toute ma faveur. ”

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Jésus tenté par le Diable au désert

Je vois la solitude pierreuse déjà vue à ma gauche dans la vision du Baptême de Jésus au Jourdain.
Cependant, je dois y avoir pénétré profondément, parce que, en fait, je ne vois plus le beau fleuve aux eaux
lentes et azurées ni la veine verte qui le côtoie sur ses deux rives, alimentée par cette artère aquatique. Ici,
rien que la solitude, des pierres, une terre brûlée, réduite à l‟état de poussière jaunâtre qu‟à chaque instant le
vent soulève en petits tourbillons. On dirait le souffle d‟une bouche fiévreuse tant ils sont secs et brûlants,
torturants aussi pour la poussière qu‟ils entraînent avec eux dans le nez et la gorge. Çà et là, très rares, des
petits buissons épineux dont on ne sait comment ils peuvent résister dans cette désolation. On dirait quelques
rares touffes de cheveux sur le crâne d‟un homme chauve. Au-dessus, un ciel impitoyablement azuré ; en bas
le sol aride, autour, des rochers et le silence. C‟est tout ce que je vois comme nature.

Un énorme rocher forme un embryon de grotte. Assis sur une roche traînée à l‟intérieur, Jésus se tient adossé
à la paroi. Il s‟y repose du soleil brûlant. Celui qui m‟avertit intérieurement m‟indique que cette roche sur
laquelle il est assis lui sert aussi d‟agenouilloir et d‟oreiller quand il prend quelques heures de repos, enroulé
dans son manteau, à la lueur des étoiles et dans l‟air froid de la nuit. De fait, là tout près, se trouve la besace
que je lui ai vu prendre à son départ de Nazareth. C‟est tout son avoir et comme elle est flasque, je
comprends qu‟elle est vide du peu de nourriture qu‟y avait mise Marie.

Jésus est très maigre et pâle. Il est assis avec les coudes appuyés sur les genoux et les avant-bras portés en
avant, les mains jointes avec les doigts entrelacés. Il médite. De temps à autre il lève son regard et le
promène alentour et regarde le soleil presque au zénith dans le ciel azuré. De temps en temps et en particulier
après avoir regardé les alentours et levé les yeux vers la lumière du soleil, il ferme les yeux et s‟appuie sur le
rocher qui lui sert d‟abri, comme pris de vertige.

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Je vois apparaître l‟horrible gueule de Satan. Il ne se présente pas sous la forme où nous nous le représentons
avec cornes, queue, etc. etc. On dirait un Bédouin enveloppé dans son habit et son manteau qui semble un
domino de mascarade. Sur la tête, le turban dont les pans lui descendent jusqu‟aux épaules pour les abriter,
et sur les côtés du visage, de sorte que de ce dernier on ne voit qu‟un triangle étroit, très brun avec des lèvres
minces et tordues, des yeux très noirs et renfoncés, d‟où sortent des éclairs magnétiques. Deux pupilles qui
te pénètrent jusqu‟au fond du cœur où on ne lit rien, ou une seule parole : mystère. Le contraire de l'œil de
Jésus qui vous fascine lui aussi par ses effluves magnétiques qui vous pénètrent jusqu‟au cœur mais où on lit
aussi que dans son cœur il n‟y a que bonté et amour pour toi. L'œil de Jésus est pour l‟âme une caresse. L'œil
de Satan est un double poignard qui vous perce et vous brûle.

Il s‟approche de Jésus : "Tu es seul ?"


Jésus le regarde sans répondre.
"Comment es-tu arrivé ici ? Tu t‟es perdu ?"
Jésus le regarde de nouveau et se tait.
"Si j‟avais de l‟eau dans ma gourde, je t‟en donnerais. Mais je n‟en ai pas. Mon cheval est crevé et je me
dirige à pied vers le gué. Là je boirai et je trouverai quelqu‟un qui me donne un pain. Je connais la route.
Viens avec moi, je te conduirai. "
Jésus ne lève plus les yeux.
"Tu ne réponds pas ? Sais-tu que si tu restes ici tu vas mourir ? Déjà le vent se lève. Il va y avoir la tempête.
Viens. "

Jésus serre les mains dans une muette prière.


"Ah ! C‟est donc bien toi ? Depuis le temps que je te cherche ! Et maintenant, cela fait si longtemps que je
t‟observe. Depuis le moment où tu as été baptisé. Tu appelles l‟Éternel ? Il est bien loin. Maintenant tu es sur
terre et au milieu des hommes. Et chez les hommes, c‟est moi qui suis roi. Pourtant, tu me fais pitié et je
veux t‟aider parce que tu es bon et que tu es venu te sacrifier, pour rien. Les hommes te haïront à cause de ta
bonté. Ils ne comprennent que or et mangeaille et jouissance. Sacrifice, souffrance, obéissance sont pour eux
des paroles mortes, plus mortes que cette terre-ci et ses alentours. Ils sont plus arides encore que cette

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poussière. Il n‟est que le serpent pour se cacher ici en attendant de mordre et aussi le chacal pour te mettre en
pièces. Allons, viens. Ils ne méritent pas que l‟on souffre pour eux. Je les connais mieux que toi."

Satan s‟est assis en face de Jésus, Il le fouille de son regard terrible, et sourit de sa bouche de serpent. Jésus
se tait toujours et prie mentalement.

"Tu te défies de moi. Tu as tort. Je suis la sagesse de la terre. Je puis te servir de maître pour t‟aider à
triompher. Vois : l‟important, c‟est de triompher. Puis, quand on s‟est imposé au monde et quand on l‟a
séduit, alors on le mène où l‟on veut. Mais d‟abord, il faut être comme il leur plaît, comme eux, les séduire
en leur faisant croire que nous les admirons et que nous les suivons dans leurs pensées.

Tu es jeune et beau. Commence par la femme. C‟est toujours par elle qu‟on doit commencer. Je me suis
trompé en amenant la femme à la désobéissance. J‟aurais dû la conseiller d‟une autre manière. J‟en aurais
fait un meilleur instrument et j‟aurais vaincu Dieu. J‟ai été trop pressé. Mais Toi ! Je t‟enseigne car il y a eu
un jour où je t‟ai regardé avec une joie angélique et un reste de cet amour est demeuré en moi. Mais Toi,
écoute-moi et profite de mon expérience. Donne-toi une compagne, où Toi, tu ne réussiras pas, elle réussira.
Tu es le nouvel Adam : Tu dois avoir ton Ève.

Et puis, comment peux-tu comprendre et guérir les maladies des sens, si tu ne sais pas ce que c‟est. Ne sais-
tu pas que la femme est le noyau d‟où naît la plante de la passion et de l‟orgueil ? Pourquoi l‟homme veut-il
régner ? Pourquoi veut-il être riche, puissant ? Pour posséder la femme. Elle est comme l‟alouette. Elle a
besoin d‟un scintillement qui l‟attire. L‟or et la domination sont les deux faces du miroir qui attire les
femmes et la cause des maux du monde. Regarde : derrière mille délits d‟apparences diverses il y en a neuf
cent, au moins, qui ont leur racine dans la faim de la possession de la femme ou dans la volonté d‟une
femme brûlée d‟un désir que l‟homme ne satisfait pas encore ou ne satisfait plus. Va vers la femme si tu
veux savoir ce qu‟est la vie et après, seulement tu sauras soigner et guérir les maux de l‟humanité.

Elle est belle, tu sais, la femme ! Il n‟est rien de plus beau au monde. L‟homme possède la pensée et la force.
Mais la femme ! Sa pensée est un parfum, son contact est caresse de fleurs. Sa grâce est un vin enivrant, sa
faiblesse est comme un écheveau de soie ou les boucles frisées d‟un bébé entre les mains de l‟homme. Sa
caresse est une force qui se communique à la nôtre et l‟enflamme. La souffrance disparaît, et la fatigue, et les

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soucis quand il se pose auprès d'une femme. Elle est entre nos bras comme un bouquet de fleurs.

Mais, imbécile que je suis ! Tu as faim et je te parle de femme. Ta vigueur est épuisée. Pour cette raison, ce
parfum de la terre, cette fleur de la création, ce fruit qui donne et suscite l‟amour te parait sans valeur. Mais
regarde ces pierres, comme elles sont rondes et polies, dorées sous les rayons du soleil couchant. Ne dirait-
on pas des pains ? Toi, Fils de Dieu, Tu n‟as qu‟à dire : " Je le veux ", pour qu‟elles deviennent un pain
odorant, comme celui qu‟à cette heure les ménagères tirent du four pour le repas de la famille. Et ces acacias
si arides, si Tu le veux, ne peuvent-ils pas se couvrir de fruits délicieux, de dattes sucrées comme le miel ?
Rassasie-toi, Fils de Dieu. Tu es le Maître de la terre. Elle se penche pour se mettre à tes pieds et apaiser ta
faim.

Tu vois comme tu pâlis et chancelles, rien qu‟à entendre parler de pain. Pauvre Jésus ! Es-tu affaibli au point
de ne plus pouvoir commander au miracle ? Veux-tu que je le fasse pour Toi ? Je ne suis pas à ton niveau,
mais je puis faire quelque chose. Je me priverai pendant un an de ma force, je la rassemblerai toute, mais je
veux te servir parce que Tu es bon et que je me souviens toujours que Tu es mon Dieu, même si maintenant
j‟ai démérité de te donner ce nom. Aide-moi de ta prière pour que je puisse... "

"Tais-toi. Ce n‟est pas seulement de pain que vit l‟homme, mais de toute parole qui vient de Dieu."
Le démon a un sursaut de rage. Il grince des dents et serre les poings, mais il se maîtrise et ses dents se
desserrent pour ébaucher un sourire.

"Je comprends. Tu es au-dessus des nécessités de la terre et cela te dégoûte de te servir de moi. Je l‟ai mérité.
Mais, viens alors et vois ce qui se passe dans la Maison de Dieu. Vois comme les prêtres aussi ne se refusent
pas à composer entre l‟esprit et la chair, parce que, enfin ce sont des hommes et pas des anges. Accomplis un
miracle spirituel. Je te porte sur le pinacle du Temple et là-haut, Tu te transfigures en une merveilleuse
beauté. Ensuite, appelle les cohortes angéliques et dis leur de te faire de leurs ailes entrelacées une estrade
pour tes pieds et de te faire descendre ainsi dans la cour principale. Qu‟ils te voient et se rappellent qu‟il y a
un Dieu. De temps à autre, ces manifestations sont nécessaires parce que l‟homme a une mémoire si courte,
spécialement pour ce qui est spirituel. Tu sais comme les anges seront heureux de te donner où poser ton
pied et une échelle pour que tu descendes ! "

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"Ne mets pas à l‟épreuve le Seigneur ton Dieu" a-t-il été dit."

"Tu comprends que même ton apparition ne changerait pas les choses et que le Temple continuerait d‟être
marché et corruption. Ta divine sagesse le sait, que les cœurs des ministres du Temple sont un nid de vipères
qui s‟entre dévorent pour arriver au pouvoir. Il n‟y a pour les dompter que la puissance humaine.

Alors, viens. Adore-moi. Je te donnerai la terre. Alexandre. Cyrus, César, tous les plus grands conquérants
du passé, ou encore vivants seront semblables à de vulgaires chefs de caravanes par rapport à Toi qui auras
tous les royaumes de la terre sous ton sceptre et avec les royaumes toutes les richesses, toutes les splendeurs
de la terre, et femmes, et chevaux et soldats et temples. Tu pourras élever partout ton Signe quand Tu seras
le Roi des Rois et le Seigneur du monde. Alors, Tu seras obéi et respecté par le peuple et le sacerdoce.
Toutes les castes t‟honoreront et Te serviront parce que Tu seras le Puissant, l‟unique, le Seigneur.

Adore-moi un seul instant ! Enlève-moi la soif que j‟ai d‟être adoré ! C‟est elle qui m‟a perdu. Mais elle est
restée en moi et me brûle. Les flammes de l‟Enfer sont fraîcheur de l‟air au matin, en comparaison de cette
ardeur qui me brûle au dedans. C‟est mon enfer, cette soif. Un instant, un seul instant, ô Christ, Toi qui es
bon ! Un instant de joie pour l‟Éternel Torturé ! Fais-moi éprouver ce que veut dire être Dieu et je te serai
dévoué, obéissant comme un esclave pour toute la vie, pour toutes tes entreprises. Un instant ! Un seul
instant, et je ne te tourmenterai plus !" Et Satan se jette à genoux, suppliant.

Jésus s‟est mis debout, au contraire. Plus amaigri après ces jours de jeûne, il semble encore plus grand. Son
visage est terrible de sévérité et de puissance. Ses yeux sont deux saphirs qui jettent des flammes. Sa voix est
un tonnerre qui se répercute dans la cavité du rocher et se répand sur les roches et la terre désolée, quand il
dit : "Va-t‟en Satan. Il est écrit : „Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et serviras Lui seul‟"

Satan avec un cri déchirant de damné et de haine inexprimable, saute debout, terrible à voir dans sa fureur,
dans sa personnalité toute fumante. Et puis il disparaît avec un nouveau hurlement de malédiction.

Jésus s‟assied, fatigué en appuyant sa tête en arrière contre le rocher. Il paraît à bout. Il sue. Mais des êtres
angéliques viennent de leurs ailes renouveler l‟air dans la chaleur étouffante de la grotte, la purifiant et la

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rafraîchissant. Jésus ouvre les yeux et sourit. Je ne le vois pas manger. On dirait qu‟il se nourrit du parfum
du Paradis et en sort revigoré.

Le soleil disparaît au couchant. Jésus prend la besace vide et, accompagné par les anges qui volant au-dessus
de Lui, lui font une douce lumière, pendant que la nuit tombe très rapidement, il se dirige vers l‟Est ou plutôt
vers le Nord Est. Il a repris son expression habituelle, sa démarche assurée. Il lui reste seulement comme
souvenir de son jeûne prolongé un aspect plus ascétique avec son visage amaigri et pâle et ses yeux ravis
dans une joie qui n‟est pas de cette terre.

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Tentation au désert

4 1 Alors Jésus fut conduit


Au désert par l‟Esprit afin d‟être tenté
Par le diable. 2 Il eut faim après avoir jeûné
Quarante jours et quarante nuits.

3 S‟avançant
Le tentateur lui dit : “ Si tu es Fils de Dieu, dis
Que ces pierres soient des pains. ”

Mais répondant, il dit :


“ Il est écrit : ce n‟est pas seulement de pain
Que vivra l‟homme, mais de toute parole qui sort
Par la bouche de Dieu.”

5 Or le diable le prend
Avec lui dans la ville sainte, il le plaça
Sur le pignon du Temple, 6 il lui dit : “Si tu es
Fils de Dieu, jette-toi en bas ; il est écrit :
À ses anges, il donnera des ordres pour toi
Et sur leurs mains ils t‟élèveront afin que
Ton pied ne heurte pas de pierre.”

7 Jésus lui dit :


“ Il est encore écrit : Tu ne tenteras pas
Le Seigneur ton Dieu.”

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8 Encore le diable le prend
Avec lui dans une montagne très élevée
Et il lui montre tous les royaumes du monde
Et leur gloire, il lui dit : 9 “Je te le donnerai,
Tout cela, si tu tombes, devant moi, prosterné.”
10 Jésus lui dit : “ Va-t‟en, Satan, il est écrit :
C‟est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras,
À lui seul tu rendras un culte.”

11 Alors le diable
Le laisse, et voilà que des anges à son service
S‟approchèrent.

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Jésus aux noces de Cana

Les noces de Cana : Je vois une maison, une vraie maison orientale : un cube blanc plus large que haut, avec
de rares ouvertures, surmontée d'une terrasse qui sert de toit et est entourée d'un muret de un mètre environ
et ombragée par une tonnelle de vigne qui grimpe jusque là et étend ses rameaux au delà du milieu de cette
terrasse ensoleillée.

Un escalier extérieur monte le long de la façade au niveau d'une porte qui s'ouvre à mi-hauteur de la façade.
Au-dessous, il y a au niveau du sol des portes basses et rares, pas plus de deux de chaque côté, qui donnent
accès dans des pièces basses et sombres. La maison s'élève au milieu d'une espèce de cour plutôt une
pelouse, au centre de laquelle se trouve un puits. Il y a des figuiers et des pommiers. La maison donne sur la
route sans être à bord de route. Elle est un peu en retrait et un sentier traverse la pelouse jusqu'à la route qui
semble être une maîtresse route.

On dirait que la maison est à la périphérie de Cana : maison de paysans propriétaires qui vivent au milieu de
leur petit domaine. La campagne s'étend au delà de la maison avec ses lointains de tranquille verdure. Il fait
un beau soleil et l'azur du ciel est très pur. Au début, je ne vois rien d'autre. La maison est solitaire.

Puis je vois deux femmes avec de longs vêtements et un manteau qui sert aussi de voile. Elles avancent sur
la route et puis sur le sentier. L'une plus âgée, sur les cinquante ans, en habits foncés de couleur fauve
marron, comme de laine naturelle. L'autre est en vêtements plus clairs, avec un habit d'un jaune pâle et un
manteau azur. Elle semble avoir à peu près trente-cinq ans. Elle est très belle, svelte et elle a une contenance
pleine de dignité bien que toute gentillesse et humilité. Quand elle est plus proche, je remarque la couleur
pâle du visage, les yeux azurés et les cheveux blonds qui apparaissent sur le front, sous le voile. Je reconnais
Marie la Très Sainte. Qui est l'autre, brune et plus âgée, je ne sais. Elles parlent entre elle et la Madone
sourit. Quand elles sont tout à côté de la maison, quelqu'un sûrement chargé de guetter les arrivées, avertit et
à leur rencontre arrivent des hommes et des femmes, tous en habit de fête. Tout le monde leur fait fête et

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surtout à Marie la Très Sainte.

L'heure semble matinale, je dirais vers les neuf heures peut-être plus tôt, car la campagne a encore cet aspect
de fraîcheur des premières heures du jour avec la rosée qui rend l'herbe plus verte et la pelouse qui n'est pas
empoussiérée. La saison me paraît printanière car l‟herbe des prés n'est pas brûlée par le soleil d'été et dans
les champs, les blés sont en herbe, sans épis, tout verts. Les feuilles du figuier et du pommier sont vertes et
encore tendres mais je ne vois pas de fleurs sur le pommier et je ne vois pas de fruits, ni sur le pommier ni
sur le figuier ni sur la vigne. C'est que le pommier a déjà fleuri depuis peu, mais les petits fruits ne se voient
pas encore. Marie, très fêtée et accompagnée par un homme âgé qui doit être le propriétaire, monte l'escalier
extérieur et entre dans une grande salle qui paraît occuper tout ou en grande partie, l'étage.

Je crois comprendre que les pièces du rez-de-chaussée sont les vraies pièces d'habitation, les dépenses, les
débarras et les celliers et que l'étage est réservé à des usages spéciaux : fêtes exceptionnelles ou à des travaux
qui demandent beaucoup de place ou à l'emmagasinage des produits agricoles. Pour les fêtes on la débarrasse
et on l'orne, comme aujourd'hui de branches vertes, de nattes, de tables garnies.

Au centre, il y en a une très riche, avec dessus déjà ; des amphores et des plats garnis de fruits. Le long du
mur, à ma droite une autre table garnie mais moins richement. À ma gauche une sorte de longue crédence
avec dessus des plats de fromages et d'autres aliments qui me semblent des galettes couvertes de miel et de
friandises. Par terre, toujours à ma gauche d'autres amphores et six grands vases en forme de brocs de cuivre,
plus ou moins. Pour moi ce serait des jarres.

Marie écoute avec bienveillance ce que tous lui disent puis gentiment quitte son manteau et aide à terminer
les préparatifs pour la table. Je la vois aller et venir rangeant les lits de table, redressant les guirlandes de
fleurs, donnant meilleur aspect aux coupes de fruits;veillant à ce que les lampes soient garnies d'huile. Elle
sourit et parle très peu et à voix très basse. Par contre, Elle écoute beaucoup et avec combien de patience.

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Un grand bruit d'instruments de musique (peu harmonieux, en vérité) se fait entendre sur la route. Tout le
monde, à l'exception de Marie, court dehors. Je vois entrer l'épouse toute parée et heureuse, entourée des
parents et des amis, à côté de l'époux qui est accouru à sa rencontre le premier.

Ici il se produit un changement dans la vision :

Je vois, au lieu de la maison, un pays. Je ne sais si c'est Cana ou une autre bourgade voisine. Je vois Jésus
avec Jean et un autre qui pourrait être Jude Thaddée, mais pour ce second, je pourrais me tromper. Pour
Jean, je ne me trompe pas. Jésus est vêtu de blanc et a un manteau azur foncé. En entendant le bruit de la
musique, le compagnon de Jésus demande un renseignement à un homme du peuple et en fait part à Jésus. "
Allons faire plaisir à ma Mère." dit Jésus en souriant et il se met en route à travers les champs avec ses deux
compagnons dans la direction de la maison. J'ai oublié de dire mon impression que Marie est ou parente ou
très amie des parents de l'époux car je les vois en grandes confidences.

Quand Jésus arrive, le veilleur habituel prévient les autres. Le maître de maison, en même temps que son
fils, l'époux, et que Marie, descend à la rencontre de Jésus et le salue respectueusement. Il salue aussi les
deux autres et l'époux fait la même chose. Mais, ce qui me plaît, c'est le salut plein d'un amoureux respect de
Marie à son Fils et réciproquement. Pas d'épanchements, mais un tel regard accompagne les paroles de la
salutation : "La paix avec Toi", et un tel sourire qui vaut cent baisers et cent embrassements. Le baiser
tremble sur les lèvres de Marie, mais Elle ne le donne pas. Elle pose seulement sa petite main blanche sur
l'épaule de Jésus et effleure une boucle de sa longue chevelure. Une caresse d'une pudique énamourée.

Jésus monte à côté de sa Mère, suivi des deux disciples et du propriétaire et il entre dans la salle de réception
où les femmes s'occupent à ajouter des sièges et des couverts pour les trois hôtes qu'on n'attendait pas, me
semble-t-il. Je dirais que la venue de Jésus était incertaine et celle de ses deux compagnons absolument
imprévue.

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J'entends distinctement la voix pleine, virile; très douce du Maître dire en entrant dans la salle : " La paix soit
dans cette maison, et la bénédiction de Dieu sur vous tous." Salut cumulatif à toutes les personnes présentes
et plein de majesté. Jésus domine tout le monde par sa stature et son aspect. C'est l'hôte et inattendu, mais il
semble le roi de la fête, plus que l'époux, plus que le maître de maison. Tout en restant humble et
condescendant, c'est Lui qui en impose.

Jésus prend place à la table centrale, avec l'époux, l'épouse, les parents des époux et les amis plus influents.
Aux deux disciples, par respect pour le Maître, on donne des sièges à la même table.
Jésus tourne le dos au mur où sont les jarres. Il ne les voit donc pas, ni non plus l'affairement du majordome
autour des plats de rôti qu'on amène par une trappe auprès des crédences.

J'observe une chose. Sauf les mères des époux et Marie, aucune femme ne siège à cette table, Toutes les
femmes se trouvent, et elles font un grand bruit, à la table le long du mur. On les sert après les époux et les
hôtes de marque. Jésus est près du maître de maison et a en vis-à-vis Marie qui est à côté de l'épouse. Le
repas commence, et je vous assure que l'appétit ne manque pas et encore moins la soif. Deux mangent et
boivent peu, ce sont Jésus et sa Mère, qui aussi parle très peu. Jésus parle un peu plus. Mais tout en parlant
peu, il n'est, dans sa conversation, ni renfrogné ni dédaigneux. C'est un homme courtois, mais pas bavard.
Quand on l'interroge, il répond, s'intéresse à ce qu'on Lui dit et donne son avis, mais ensuite se recueille en
Lui-même comme quelqu'un habitué à la méditation. Il sourit mais ne rit jamais. S'il entend quelque
plaisanterie trop aventurée, il fait celui qui n'entend pas. Marie se nourrit de la contemplation de son Jésus et
aussi Jean qui est au bout de la table et reste suspendu aux lèvres de son Maître.

Marie s'aperçoit que les serviteurs parlotent avec le majordome et que celui-ci est gêné et Elle comprend
qu'il y a quelque chose de désagréable. "Fils" dit-elle doucement en attirant l'attention de Jésus avec cette
parole, "Fils, ils n'ont plus de vin."

"Femme, qu'y a-t-il, désormais entre Moi et Toi ?" Jésus en disant cette phrase sourit encore plus doucement

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et Marie sourit, comme deux qui savent une vérité qui est leur joyeux secret que tous les autres ignorent.

Marie ordonne aux serviteurs : "Faites ce que Lui vous dira. " Marie a lu dans les yeux souriants de son Fils
l'assentiment, voilé d'un grand enseignement pour tous les "appelés."

Et Jésus ordonne aux serviteurs : "Emplissez d'eau les cruches."

Je vois les serviteurs emplir les jarres de l'eau apportée du puits. (J'entends le grincement de la poulie qui
monte et descend le seau qui déborde). Je vois le majordome qui se verse un peu de ce liquide avec un regard
de stupeur, qui ressaie avec une mimique d'un plus grand étonnement et le goûte. Il parle au maître de
maison et à l'époux son voisin.

Marie regarde encore son Fils et sourit ; puis recevant un sourire de Lui, incline la tête en rougissant
légèrement. Elle est heureuse.

Dans la salle passe un murmure. Les têtes se tournent vers Jésus et Marie. On se lève pour mieux voir. On va
vers les jarres. Un silence, puis un chœur de louanges à Jésus.

Mais Lui se lève et dit une seule parole : "Remerciez Marie" et puis il quitte le repas. Sur le seuil il répète :
"La paix à cette maison et la bénédiction de Dieu sur vous" et il ajoute : "Mère, je te salue.

92
Les Noces de Cana

2 1 Et le troisième jour, il y eut une noce


À Cana de Galilée, la mère de Jésus
Y était. 2 Jésus fut invité à la noce
Avec ses disciples. 3 Le vin venant à manquer,
La mère de Jésus lui dit : "Ils n'ont pas de vin."
4 Et Jésus lui dit : "Que me veux-tu, femme ? Mon heure
N'est pas encore arrivée." 5 Sa mère aux servants
Dit : " Faites tout ce qu'il vous dira."

6 Il y avait
Là pour les purifications des juifs, six jarres
De pierre, contenant chacune deux ou trois mesures.

7 Jésus dit aux servants : "Remplissez d'eau ces jarres."


Ils les remplirent jusqu'au bord, 8 Il leur dit : "Puisez
Maintenant, et portez-en au chef du festin."

Et ils en portèrent ; 9 quand le chef eut goûté l'eau


Devenue vin (il ne savait pas d'où cela
Venait les servants le savaient eux qui avaient
Puiser l'eau), le chef appelle le marié 14 et dit :
"Tout le monde sert d'abord le bon vin, quand les gens
Sont ivres, le moins bon. Et toi tu as gardé
Le bon vin jusqu'à présent."

11 Tel fut le premier


Des signes de Jésus ; il le fit à Cana

93
De Galilée, et il manifesta sa gloire
Et ses disciples crurent en lui.

12 Il descendit
Après quoi à Capharnaüm avec sa mère,

Ses frères et ses disciples, et ils n'y demeurèrent


Que quelques jours.

94
Jésus chasse les marchands du Temple

Je vois Jésus qui entre avec Pierre, André, Jean et Jacques, Philippe et Barthélemy dans l'enceinte du
Temple. Il y a une très grande foule qui y entre et qui en sort. Pèlerins qui arrivent par bandes de tous les
coins de la ville.

Du haut de la colline sur laquelle le Temple est construit, on voit les rues de la ville, étroites et sinueuses, qui
fourmillent de passants. Il semble qu'entre le blanc cru des maisons se soit étendu un ruban mouvant de mille
couleurs. Oui, la cité a l'aspect d'un jouet bizarre fait de rubans multicolores entre deux alignements de
maisons blanches et qui convergent tous vers le point où resplendissent les coupoles de la Maison du
Seigneur.

Puis, à l'intérieur, c'est une vraie foire. Plus aucun recueillement dans le lieu saint. On court, on appelle, on
achète des agneaux, on crie et on maudit à cause du prix exagéré, on pousse les pauvres bêtes bêlantes dans
des parcs. Ce sont de rudimentaires enclos délimités par des cordes et des pieux, aux entrées desquelles se
tient le marchand ou éventuellement le propriétaire qui attend des acheteurs. Coups de bâtons, bêlements,
jurons, réclamations, insultes pour les valets peu pressés de rassembler et d'enclore les animaux ou pour les
acheteurs qui lésinent sur le prix ou qui s'éloignent, insultes plus fortes pour les gens prévoyants qui ont
amené l'agneau de chez eux.

Autour des comptoirs de change, autre vacarme. Je ne sais si c'est toujours ainsi ou à l'occasion de la Pâque ;
on se rend compte que le Temple fonctionnait comme la Bourse ou le marché noir : La valeur des monnaies
n'était pas fixée. Il y avait le cours légal qui était certainement déterminé, mais les changeurs en imposaient
un autre, en s'appropriant un pourcentage arbitraire pour le change. Et je vous assure qu'ils s'y entendaient
pour étrangler les clients !... Plus un client était pauvre, plus il venait de loin, plus on le dépouillait. Les
vieux plus que les jeunes, ceux qui arrivaient d'au-delà de la Palestine plus que les vieux.

95
De pauvres petits vieux regardaient et regardaient encore leur pécule mis de côté, avec combien de peine,
tout le long de l'année, l'enlevaient de leur sein et l'y remettaient cent fois en tournant autour des changeurs
et finissaient enfin par revenir au premier qui se vengeait de leur éloignement temporaire en augmentant
l'agio du change... Et les grosses pièces quittaient, au milieu des soupirs les mains du propriétaire pour passer
dans les griffes de l'usurier en échange de monnaie plus légère. Puis, pour le choix, une nouvelle tragédie de
comptes et de soupirs devant les marchands d'agneaux qui aux petits vieux, à moitié aveugles, colloquaient
les agneaux les plus chétifs.

Je vois revenir deux petits vieux, lui et elle, qui poussent un pauvre agnelet que les sacrificateurs ont dû
trouver défectueux. Plaintes, supplications, impolitesses, grossièretés se croisent sans que le vendeur s'en
émeuve.

"Pour ce que vous voulez payer, galiléens, c'est déjà trop beau ce que je vous ai donné. Allez-vous-en ! ou
ajoutez cinq autres deniers pour en avoir un plus beau !"

"Au nom de Dieu ! Nous sommes pauvres et vieux ! Veux-tu nous empêcher de faire la Pâque, la dernière,
peut-être ? Est-ce que ce que tu nous as pris ne suffit pas pour une petite bête ?"

"Faites place, crasseux.Voici que vient à moi Joseph l'Ancien. Il m'honore de sa préférence. Dieu soit avec
toi ! Viens, choisis !"

Il entre dans l'enclos et prend un magnifique agneau, celui qu'on appelle Joseph l'Ancien ou Joseph
d'Arimathie. Il passe avec un riche habit, tout fier, sans un coup d‟œil aux pauvres qui gémissent à la porte et
même à l'entrée de l'enclos. Il les bouscule, pour ainsi dire, en sortant avec l'agneau gras qui bêle.

Mais Jésus aussi est maintenant tout près. Lui aussi a fait son achat et Pierre, qui probablement a payé pour
Lui, tire derrière lui un agneau convenable. Pierre voudrait aller tout de suite vers le lieu où l'on sacrifie.
Mais Jésus tourne à droite vers les deux petits vieux effarés, en larmes, indécis que la foule bouscule et que
le vendeur insulte.

96
Jésus, si grand que la tête des deux vieux lui arrive à la hauteur du cœur met une main sur l'épaule de la
femme et demande : "Pourquoi pleures-tu, femme ?"

La petite vieille se retourne et voit cet homme grand et jeune, solennel en son bel habit blanc et son manteau
couleur de neige tout neuf et propre. Elle doit le prendre pour un docteur à cause de son habit et de son
aspect et, stupéfaite, car les docteurs et les prêtres ne font aucun cas des gens et ne protègent pas les pauvres
contre la rapacité des marchands, elle dit les raisons de leur chagrin.

Jésus se retourne vers l'homme aux agneaux : "Change cet agneau à ces fidèles. Il n'est pas digne de l'autel
comme il n'est pas digne que tu profites de deux pauvres vieux parce que faibles et sans défense."

"Et Toi, qui es-tu ?"


"Un juste."
"Ton parler et celui de tes compagnons indiquent que tu es galiléen. Peut-il jamais y avoir un juste
en Galilée ?"
"Fais ce que je te dis et sois juste, toi."
"Écoutez ! Écoutez le galiléen défenseur de ses pairs ! Il veut nous faire la leçon, à nous qui sommes du
Temple !" L'homme rit et se moque contrefaisant l'accent galiléen qui est plus chantant et plus doux que
celui de Judée, au moins à ce qu'il me semble.
Des gens font cercle et d'autres marchands et changeurs prennent la défense de leur complice contre Jésus.
Parmi les assistants deux ou trois rabbins ironiques. L'un d'eux demande : "Es-tu docteur ?" Sur un ton qui
ferait perdre patience à Job.
"Tu l'as dit."
"Qu'enseignes-tu ?"
"Voici ce que j'enseigne : rendre la Maison de Dieu, maison de prière et non pas place d'usuriers et de
marchands. Voilà mon enseignement." Jésus est terrible. Il semble l'archange mis sur le seuil du Paradis
perdu. Il n'a pas aux mains d'épée flamboyante, mais ses yeux irradient la lumière et foudroient les moqueurs
et les sacrilèges.

97
À la main, il n'a rien. Seule sa sainte colère. Et avec elle, cheminant rapide et imposant au milieu des
comptoirs, il éparpille les monnaies méticuleusement rangées selon leur valeur, renverse tables petites et
grandes et tout tombe avec fracas sur le sol avec grand bruit de métaux qui rebondissent et de bois bousculés
avec cris de colère, d'effarement et d'approbations. Puis il arrache des mains des gardiens de bestiaux des
cordages qui attachaient bœufs ; brebis et agneaux ; il en fait un martinet très dur dont les nœuds coulants
assemblent les lanières. Il se lève, le fait tournoyer et l'abaisse sans pitié. Oui, je vous l'assure, sans pitié.

La grêle imprévue s'abat sur les têtes et les échines. Les fidèles s'esquivent, admirant la scène. Les
coupables, poursuivis jusqu'en dehors de l'enceinte se sauvent à toutes jambes, laissant par terre l'argent et en
arrière les bêtes de toutes tailles, dans une grande confusion de jambes, de cornes, d'ailes. C'est à qui court,
s'échappe en volant. Les mugissements, les bêlements, les roucoulements des colombes et des tourterelles en
même temps que les rires et les cris des fidèles derrière les usuriers en fuite dépassent jusqu'au lamentable
chœur des animaux qu'on égorge certainement dans un autre coin.

Des prêtres accourent, en même temps que des rabbins et de pharisiens. Jésus est encore au milieu de la cour,
revenant de sa poursuite. Il a encore en main le martinet.

"Qui es-tu ? Comment te permets-tu de faire cela, en troublant les cérémonies prescrites ? De quelle école
proviens-tu ? Pour nous, nous ne te connaissons pas. Nous ne savons pas qui tu es."

"Je suis Celui qui peut. Je peux tout. Détruisez seulement ce Temple vrai, et Je le ressusciterai pour donner
louange à Dieu. Je ne trouble pas, Moi, la sainteté de la Maison de Dieu ni les cérémonies. Mais c'est vous
qui la troublez en permettant que dans sa demeure s'installent les usuriers et les mercantis. Mon école c'est
l'école de Dieu ; la même école qui fut celle de tout Israël par la bouche de l'Éternel qui parlait à Moïse.
Vous ne me connaissez pas ? Vous me connaîtrez. Vous ne savez pas d'où je viens. Vous le saurez."

98
Et se tournant vers le peuple sans plus s'occuper des prêtres dominant l'entourage par sa taille, revêtu de son
habit blanc, le manteau ouvert et flottant en arrière des épaules, les bras étendus comme un orateur au
moment le plus pathétique de son discours il dit :

"Écoutez, vous d'Israël ! Dans le Deutéronome il est dit : "Tu établiras des juges et des magistrats à toutes les
portes... et ils jugeront le peuple avec justice, sans partialité à l'égard de personne. Tu n'auras pas d'égards
particuliers pour quiconque. Tu n'accepteras pas de cadeaux, car les cadeaux aveuglent les sages et troublent
les paroles des justes. Tu suivras avec justice le juste sentier pour vivre et posséder la terre que le Seigneur
ton Dieu t'aura donnée. "

Écoutez, vous d'Israël ! Dans le Deutéronome il est dit : "Les prêtres et les lévites et tous ceux de la tribu de
Lévi n'auront aucun partage ni hérédité avec le reste d'Israël, parce qu'ils doivent vivre avec le sacrifice du
Seigneur et avec les offrandes que l'on fait à Lui ; ils n'auront aucune part avec ce que leurs frères possèdent,
parce que le Seigneur est leur héritage."

Écoutez, vous d'Israël ! Dans le Deutéronome il est dit : "Tu ne prêteras à intérêt à ton frère, ni argent, ni
grain, ni quelque autre chose. Tu pourras prêter à intérêt à l'étranger ; au contraire, à ton frère tu prêteras sans
intérêt ce dont il a besoin."

C'est cela qu'a dit le Seigneur. Maintenant vous voyez que c'est sans justice à l'égard du pauvre que les juges
siègent en Israël. Ce n'est pas en faveur du juste mais de celui qui est fort que l‟on penche. Être pauvre, être
peuple, cela veut dire subir l'oppression. Comment le peuple peut-il dire : "Celui qui nous juge est juste" s'il
voit que seuls les puissants sont respectés et écoutés, tandis que le pauvre ne trouve personne qui veuille
l'entendre ? Comment le peuple peut-il respecter le Seigneur s'il voit que ne le respectent pas ceux qui en ont
plus que d'autres le devoir ? Est-ce respecter le Seigneur que de violer son commandement ? Et pourquoi,
alors, en Israël ont-ils des propriétés et reçoivent-ils des cadeaux des publicains et des pécheurs, qui agissent
ainsi pour avoir la bienveillance des prêtres, et ceux-ci l'acceptent pour avoir un coffret bien garni ?

99
C'est Dieu qui, est l'héritage de ses prêtres. Pour eux, Lui, le Père d'Israël est plus Père qu'aucun autre père
ne l'a jamais été, et Il pourvoit à leur nourriture comme il est juste. Mais, pas plus qu'il ne soit juste. Il n'a
promis aux serviteurs de son Sanctuaire ni richesses ni propriétés. Pendant l'éternité, ils auront le Ciel pour
récompenser leur justice, comme l'ont Moïse et Élie, et Jacob et Abraham. Mais sur cette terre ils ne doivent
avoir qu'un vêtement de lin et un diadème d'or incorruptible : pureté et charité. Le corps doit être le serviteur
de l‟esprit qui est le serviteur du Dieu, Vrai. Ce n'est pas le corps qui doit dominer l'esprit et s'opposer à
Dieu. On m'a demandé de quelle autorité Je fais cela. Et eux, de quelle autorité profanent-ils le
commandement de Dieu et permettent-ils, à l'ombre des murs sacrés, l'usure au détriment des frères d‟Israël
venus pour obéir au commandement de Dieu ? On m'a demandé de quelle école Je viens et J'ai répondu : "De
l'école de Dieu." Oui, Israël, Je viens te ramener à cette école sainte et immuable.

Qui veut connaître la Lumière, la Vérité, la Vie, qui veut entendre la voix de Dieu parlant à son peuple, qu'il
vienne à Moi. Vous avez suivi Moïse à travers les déserts, ô vous d'Israël. Suivez-moi, que je vous conduise,
à travers un désert bien plus triste, vers la vraie Terre bienheureuse, à travers la mer qui s'ouvre au
commandement de Dieu, c'est vers elle que je vous entraîne : Relevant mon Signe, je vous guéris de tout
mal.

L'heure de la Grâce est venue. Ils l'ont attendue, les Patriarches, et ils sont morts en l'attendant. Ils l'ont
prédite, les Prophètes, et ils sont morts avec cette espérance. Ils l'ont rêvée les justes, et ils sont morts
réconfortés par ce rêve. Maintenant, elle s'est levée.
Venez. "Le Seigneur va juger son peuple et faire miséricorde à ceux qui le servent", comme Il l'a promis par
la bouche de Moïse."

Les gens qui font cercle autour de Jésus sont restés, bouche bée à l'écouter. Puis, ils commentent la parole du
nouveau Rabbi et interrogent ses compagnons.
Jésus se dirige vers une autre cour séparée de celle-ci par un portique. Ses amis le suivent, et la vision prend
fin.

100
Les vendeurs chassés du Temple

12 Puis
Jésus entra dans le Temple de Dieu, alors
Il chassa tous ceux qui vendaient et achetaient
Dans le Temple ; c‟est alors qu‟il renversa les tables
Des changeurs, et les sièges de ceux qui vendaient
Les colombes. 13 Il leur dit ceci : “ Il est écrit
Ma maison s‟appellera maison de prière,
Vous, vous en faites une caverne de brigands.”

14 Des aveugles et des boiteux vers lui dans le Temple


S‟avancèrent ; il les guérit. En voyant les choses
Merveilleuses qu‟il avait produites, et les enfants
Qui criaient dans le Temple et disaient : “ Hosanna
Au Fils de David ! ”, les grands prêtres avec les scribes
S‟indignèrent et lui dirent :

“ Tu entends ce qu‟ils disent ? ”


Jésus leur dit : “ Oui, ne l‟avez-vous jamais lu :
Par la bouche des tout petits, et des nourrissons
Tu t‟es formé une louange ?”

17 Et, les quittant,


Sortant de la ville, pour aller à Béthanie,
Il y passa la nuit.

101
La pêche miraculeuse

Jésus dit à Simon : "Appelle les deux autres. Nous allons sur le lac jeter le filet."

"Maître, j'ai les bras rompus d'avoir jeté et relevé le filet toute la nuit, et pour rien. Le poisson est au fond et
qui sait où."

"Fais ce que je te dis, Pierre. Écoute toujours Celui qui t'aime."

"Je ferai ce que tu dis par respect pour ta parole" et il appelle à haute voix les commis et aussi Jacques et
Jean. "Nous allons la pêche. Le Maître le veut." Et pendant qu'ils s'éloignent, il dit Jésus : "Pourtant, Maître,
je t'assure que ce n'est pas l'heure favorable. À cette heure les poissons, qui sait où ils sont à se reposer !..."

Jésus assis à la proue sourit et se tait.

Ils font un arc de cercle sur le lac, et puis, jettent le filet. Quelques minutes d'attente et puis la barque est
secouée étrangement, attendu que sous le soleil déjà haut sur l'horizon le lac est lisse comme du verre fondu.

"Mais ce sont les poissons, Maître !" dit Pierre, les yeux écarquillés.

Jésus sourit et se tait.

"Hissez ! hissez !" ordonne Pierre aux commis. Mais la barque penche du côté du filet. "Ohé ! Jacques ! Jean !
Vite ! Venez ! Avec les rames ! Vite !"

102
Ils accourent et les efforts des mariniers réussissent à hisser le filet sans abîmer la proie.

Les barques accostent. Elles sont exactement l'une contre l'autre. Un panier, deux, cinq, dix. Ils sont tous
remplis d'une proie stupéfiante et il y a encore tant de poissons qui frétillent dans le filet : argent et bronze
vivants qui s'agitent pour échapper à la mort. Alors il n'y a plus qu'une solution : renverser dans le fond de la
barque ce qui reste dans le filet. On le fait et alors c'est tout un frémissement de vies qui agonisent. Les
pécheurs ont les pieds dans cette surabondance, jusqu'au dessus de la cheville et les barques s'enfoncent au
delà de la ligne de flottaison à cause de la charge excessive.

"À terre ! Virez ! Faites force de voiles ! Attention au fond ! Préparez les perches pour empêcher le heurt. Il
y a trop de poids !"

Tant que dure la manœuvre, Pierre ne réfléchit pas. Mais une fois débarqué, il ouvre les yeux et comprend. Il
est tout effrayé "Maître Seigneur ! Éloigne-toi de moi ! Je suis un homme pécheur Je ne suis pas digne d'être
auprès de Toi !" Il est à genoux sur la grève humide.

Jésus le regarde et sourit. "Lève-toi ! Suis-moi ! Je ne te lâche plus. Désormais tu seras pêcheur d'hommes et
avec toi, tes compagnons que voici. Ne craignez plus rien, je vous appelle. Venez !"

"Tout de suite, Seigneur. Vous autres, occupez-vous des barques, portez tout à Zébédée et à mon beau-frère.
Allons, tous pour Toi, Jésus ! Que l'Éternel soit béni pour ce choix."

Et la vision prend fin.

103
Appel aux quatre premiers disciples

5 1 Or donc, comme la foule le serrait de près


Pour écouter la parole de Dieu tandis
Qu‟il était au bord du lac de Guennérareth,
Debout, 2 il vit deux barques arrêtés sur le bord
Du lac. Et les pécheurs en étaient descendus,
Ils lavaient leurs filets, 3 Étant monté dans un
Des bateaux qui étaient à Simon, il pria
Celui-ci de s‟éloigner un peu de la terre
Et s'étant assis, du bateau il enseignait
Les foules.

4 Quand il eut cessé de parler il dit


À Simon : "Avance en eau profonde et lâchez
Vos filets pour la pêche." 5 Répondant, Simon dit :

6 "Chef, nous nous sommes fatigués toute la nuit


Sans rien prendre, mais sur ta parole, je vais lâcher
Les filets." Ainsi l‟ayant fait, ils capturèrent
Une multitude grande de poissons ; les filets
Se déchiraient. 7 Ils firent signe à leurs associés
Dans l'autre bateau de venir pour les aider.
Ils vinrent et on remplit les deux bateaux, au point
Qu'ils s'enfonçaient.

8 À cette vue, Simon-Pierre


Tomba aux genoux de Jésus, en disant : "Sors
D'auprès de moi, Seigneur, je suis un homme pécheur !"

104
9 Car l'effroi l‟avait envahi lui et tous ceux
Qui étaient avec lui à cause de cette pêche
De poissons qu‟il avait faite; 10 de même Jacques et Jean,
Fils de Zébédée, qui étaient les compagnons
De Simon. Jésus dit à Simon : " Sois sans crainte ;
Car ce sont des hommes que tu prendras désormais."
10 Ayant ramené les bateaux à terre, laissant tout
Ils le suivirent.

105
Appel de Matthieu parmi les disciples

Ils sont arrivés sur la place. Jésus va tout droit au comptoir de la gabelle où Matthieu est en train de faire ses
comptes et de vérifier les monnaies qu'il répartit par catégories en les mettant dans des sacs de diverses
couleurs qu'il place dans un coffre de fer que deux serviteurs attendent de transporter autre part. À peine
l'ombre projetée par la grande taille de Jésus s'allonge sur le comptoir, Matthieu lève la tête pour voir celui
qui vient payer en retard. Pierre, en attendant, dit à Jésus le tirant par la manche : "Il n'y a rien à payer,
Maître. Que fais-tu ?"

Mais Jésus ne s'en occupe pas. Il fixe Matthieu qui, tout de suite s'est levé par respect. Un second regard
pénétrant. Mais ce n'est pas, comme l'autrefois, le regard du juge sévère. C'est un regard d'appel affectueux.
Il l'enveloppe, le pénètre d'amour. Matthieu devient rouge. Il ne sait que faire, que dire...

"Matthieu, fils d'Alphée, l'heure est sonnée. Viens. Suis-Moi !" lui déclare Jésus majestueusement.

"Moi ? Maître, Seigneur ! Mais sais-tu qui je suis ? C'est pour Toi, pas pour moi, que je le dis..."

"Viens, suis-Moi, Matthieu, fils d'Alphée" répète Jésus plus doucement.

"Oh ! comment puis-je avoir trouvé grâce près de Dieu ? Moi... Moi..."

"Matthieu, fils d'Alphée, j'ai lu dans ton cœur. Viens, Suis-Moi." La troisième invitation est une caresse.

"Oh ! tout de suite, mon Seigneur !" et Matthieu, en pleurant, sort de derrière le comptoir sans plus s'occuper
de ramasser les pièces de monnaies éparses, de fermer le coffre. Rien.

"Où allons- nous, Seigneur ? demande-t-il quand il est près de Jésus. Où me conduis-tu ?"

"Dans ta maison. Veux-tu donner l'hospitalité au Fils de l'homme ?"

"Oh !... mais... mais que vont-ils dire ceux qui te haïssent ?"

106
"Moi, j'écoute ce qu'on dit au Ciel, et là, on dit : "Gloire à Dieu pour un pécheur qui se sauve !", et le Père

dit : "Éternellement la Miséricorde se lèvera dans les Cieux et se répandra sur la terre et puisque Je t'aime
d'un amour éternel, d'un amour parfait, voici qu'aussi, à ton égard J'use de miséricorde". Viens. Et par ma
venue, en plus du cœur, que ta maison soit sanctifiée."

"Je l'ai déjà purifiée par l'espérance que j'avais dans l'âme... mais que mon esprit ne pouvait admettre qu'elle
fût vraie... Oh ! moi avec tes saints..." et il regarde les disciples.

"Oui, avec mes amis. Venez. Je vous unis. Et soyez frères." Les disciples sont tellement stupéfaits qu'ils
n'ont pas encore trouvé manière de dire une parole. Ils ont cheminé en groupe, derrière Jésus et Matthieu, sur
la place toute ensoleillée, et maintenant absolument déserte, par un bout de route qui brûle dans un soleil
éblouissant. Il n'y a personne dans les rues. Mais seulement le soleil et la poussière.

Ils entrent dans la maison. Une belle maison avec une large entrée qui donne sur la rue. Une jolie cour
ombragée et fraîche, au delà de laquelle on en voit une grande organisée en jardin.

"Entre, mon Maître ! Apportez de l'eau et des boissons."

Les serviteurs accourent avec tout ce qu'il faut.

Matthieu sort pour donner des ordres, pendant que Jésus et les siens se rafraîchissent. Puis, il revient. "Viens
maintenant, Maître. La salle est plus fraîche... Maintenant des amis vont venir ... Oh ! je veux que ce soit
grande fête ! C'est ma régénération... C'est ma... ma circoncision vraie, celle-là... Tu m'as circoncis le cœur

107
par ton amour ...Maître, ce sera la dernière fête... Mainte- nant, plus de fêtes pour le publicain Matthieu. Plus
de fêtes de ce monde... Seulement la fête intérieure, celle d'être racheté et de te servir... d'être aimé de Toi...
Combien j'ai pleuré... Combien ces derniers mois... Cela fait presque trois mois que je pleure... Je ne savais
comment faire... je voulais venir ...Mais, comment venir vers Toi, Saint, avec mon âme souillée ?"

"Tu l'as lavée par ton repentir et par ta charité. Pour Moi et pour le prochain. Pierre ? Viens ici."

Pierre qui n'a pas encore parlé, tant il est ébahi, s'avance. Les deux hommes, âgés tous les deux, petits,
trapus, sont en face l'un de l'autre, et Jésus est entre eux deux, souriant, beau.

"Pierre, tu m'as demandé tant de fois qui était l'inconnu de la bourse apportée par Jacques. Le voici : il est
là."

"Qui ? Ce vol... Oh ! pardon, Matthieu ! Mais qui pouvait penser que c'était toi, toi, vraiment. qui nous
désespérais par ton usure, que tu fusses capable de t'arracher chaque semaine un morceau de ton cœur pour
donner cette riche obole ?"

"Je le sais. Je vous ai injustement taxés. Mais, voici que je m'agenouille devant vous tous et que je vous dis :
ne me chassez pas ! Lui m'a accueilli. Ne soyez pas plus sévères que Lui."

Pierre, qui a Matthieu à ses pieds, le relève d'un seul coup, rudement, affectueusement : "Debout, debout ! Pas
à moi, ni aux autres. Ce n'est qu'à Lui qu'il faut demander pardon. Nous... allons, nous sommes tous plus ou
moins voleurs comme toi... Oh ! je l'ai dit ! Maudite langue ! Mais moi, je suis fait comme ça : ce que je
pense, je le dis, ce que j'ai sur le cœur, je l'ai sur les lèvres. Viens, que nous fassions un pacte d'affectueuse
paix." et il embrasse Matthieu sur les joues.

108
Les autres aussi le font avec plus ou moins d'affection. Je dis cela, car André est retenu par sa timidité, et
Judas Iscariote est glacial. On dirait qu'il embrasse un tas de reptiles, tant son accolade est détachée et brève.

Matthieu sort, entendant du bruit.

"Pourtant, Maître, dit Judas Iscariote, il me semble que cela n'est pas prudent. Déjà les pharisiens d'ici
t'accusent, et Toi... Voilà un publicain parmi les tiens ! Un publicain après une prostituée !... As-tu décidé ta
ruine ? S'il en est ainsi, dis-le car..."

"Que nous filions, pas vrai ?" dit Pierre ironique.

109
Appel de Lévi

13 Et il sortit de nouveau le long de la mer.


Toute la foule vint à lui. Il leur enseignait
14 Et, en passant, il vit Lévi, le fils d‟Alphée,
Assis au bureau du péage. Et il lui dit :
“ Suis-moi.” Et se levant, il le suivit.

110
Incise

Je me permets ici d'ajouter un passage inconnu des miracles accomplis par Jésus-Christ.
Cet épisode n'a jamais été évoqué dans les Quatre Évangiles et moins encore dans Les Actes des Apôtres.

L'extraordinaire de la situation y est admirablement décrit.


Je laisse évidemment au lecteur le droit d'intégrer ce passage ou de le refuser et de le mépriser comme une
imposture.

111
Jésus fait le miracle de la lame brisée à la Porte des poissons

Je vois Jésus qui va tout seul sur un chemin ombragé, on dirait dans une fraîche petite vallée bien arrosée. Je
dis une petite vallée car elle est encaissée entre deux élévations du sol et au centre passe un petit cours d'eau.

Le lieu est désert, à l'heure matinale. Le jour doit à peine pointer, une belle journée tranquille du
commencement de l'été, et à part les chants des oiseaux dans les arbres - ce sont surtout des oliviers
principalement sur la colline de gauche, alors que l'autre plus dépouillée, a des arbustes bas : lentisques,
acacias épineux, agaves, etc..- à part ces chants et le triste roucoulement des tourterelles sauvages qui font
leurs nids dans les creux d'une colline, plus aride, on n'entend rien. Le petit torrent lui-même, dont les eaux
peu abondantes coulent au centre de son lit, semble ne faire aucun bruit et s'en va, réfléchissant dans ses
eaux la verdure qui l'entoure et lui donne une couleur d'émeraude foncée.

Jésus franchit un petit pont primitif : un tronc à moitié équarri, jeté sur le torrent, sans garde fou, sans rien
pour se protéger, et il continue son chemin sur l'autre rive.

Maintenant, on voit des murs et des portes et des marchands de légumes et de victuailles qui se pressent aux
portes encore fermées pour entrer dans la ville. Les ânes braient et se bagarrent, Les propriétaires eux-mêmes
ne plaisantent pas. Insultes et même coups pleuvent non seulement sur les échines des ânes, mais aussi sur
les têtes des hommes.

Deux hommes en viennent sérieusement aux mains à cause de l'âne de l'un d'eux, qui s'est servi dans le
panier de laitues de l'autre, et en a mangé beaucoup ! Ce n'est peut-être qu'un prétexte pour rallumer une
ancienne querelle. De fait on sort de dessous les vêtements deux coutelas, courts et larges comme la main :
c'est semble-t-il des dagues courtes mais bien affilées. Elles brillent au soleil. Cris des femmes, brouhaha des
hommes. Mais personne n'intervient pour séparer les deux qui se préparent à un duel rustique.

112
Jésus, qui s'avançait, méditatif, lève la tête, voit la scène et à pas très rapides accourt entre les deux.
"Arrêtez, au Nom de Dieu !" ordonne-t-il.

"Non ! Je veux en finir avec ce chien maudit !"

"Moi aussi ! Tu nous tiens par la frange ? Je te ferai une frange avec tes entrailles."

Les deux tournent autour de Jésus, le bousculant, l'insultant pour qu'il ne les sépare plus, cherchant à
s'atteindre sans y réussir parce que Jésus, avec des mouvements de son manteau dévie les coups et leur
bouche la vue. Il en a même le manteau lacéré. La foule crie : "Dégage-toi, Nazaréen et tire-toi de là." Mais
Lui ne bouge pas et tâche de les calmer, recommandant l'esprit à Dieu. Inutile ! La colère rend fous les deux
combattants.

Jésus va faire un miracle. Il ordonne une dernière fois : "Je vous commande d'arrêter."

"Non ! Éloigne-toi ! Va ton chemin, chien de Nazaréen !" Alors Jésus étend les mains, avec son aspect de
puissance fulgurante. Il ne dit pas une seule parole, mais les lames tombent en morceaux par terre comme
des lames de verre qu'on aurait heurtées contre un rocher.

Les deux regardent les poignées courtes qui leur restent entre les mains. La stupeur fait tomber la colère. La
foule aussi crie stupéfaite.

"Et maintenant ? demande Jésus avec sévérité. Où est votre force ?"

113
Jusqu'aux soldats, de garde à la porte, accourus aux derniers cris regardent avec stupeur et l'un d'eux se
penche pour ramasser des morceaux des lames et les essaie sur l'ongle, ne pouvant croire que c'est de l'acier.

"Et maintenant ? répète Jésus. Où est votre force ? Sur quoi basez-vous votre droit ? Sur ces morceaux de
métal qui maintenant ne sont plus que des débris dans la poussière ? Sur ces morceaux de métal qui n'avaient
d'autre force que celle du péché de colère contre un frère, vous dépouillant par ce péché de toute bénédiction
de Dieu et par conséquent de toute force ? Oh ! malheureux ceux qui se basent sur des moyens humains pour
vaincre, et ignorent que ce n'est pas la violence mais la sainteté qui rend victorieux sur terre et au-delà ! Car
Dieu est avec les justes.

Écoutez tous, vous d'Israël, et vous aussi soldats de Rome. La Parole de Dieu parle pour tous les fils
d'hommes ; et ce ne sera pas le Fils de l'homme qui la refusera aux Gentils.

Le second des commandements du Seigneur est celui de l'amour du prochain. Dieu est bon et veut la
bienveillance parmi ses fils. Celui qui manque de bienveillance pour son prochain ne peut se dire fils de
Dieu et ne peut avoir Dieu avec lui. L'homme n'est pas un animal sans raison qui attaque et comme ayant
droit à une proie. L'homme a une raison et une âme. Par la raison, il doit savoir se conduire en homme. Par
l'âme il doit savoir se conduire en saint. Celui qui n'agit pas ainsi se met au-dessous des animaux. Il s'abaisse
jusqu'à embrasser les démons, car il leur livre son âme par le péché de colère. Aimez. Je ne vous dis pas
autre chose. Aimez votre prochain comme le Seigneur Dieu d'Israël le veut. Ne soyez pas du sang de Caïn.
Et pourquoi l'êtes-vous ? Pour un peu d'argent, vous qui pouviez être homicides. D'autres pour un lopin de
terre. Pour une meilleure place. Pour une femme. Que sont toutes ces choses ? Éternelles ? Non, elles durent
moins que la vie qui n'est qu'un instant de l'éternité. Et que perdez-vous en les recherchant ? La paix
éternelle qui est promise aux justes et où le Messie vous conduira ensemble à son Royaume. Venez sur le
chemin de la Vérité. Suivez la Voix de Dieu. Aimez-vous. Soyez honnêtes. Soyez continents. Soyez
humbles et justes. Allez et méditez."

114
"Qui es-tu, Toi qui dis de semblables paroles et dont la volonté brise les épées ? Un seul fait ces choses : le
Messie. Même Jean le Baptiste n'est pas plus que Lui. Es-tu peut-être le Messie ?" se demandent trois ou quatre
qui sont là.

"Je le suis."

"Toi ! Es-tu celui qui guérit les maladies et prêche Dieu en Galilée ?"

"Je le suis."

"J'ai une vieille maman qui meurt, sauve-la !"

"Et moi, tu vois ? Je suis en train de perdre mes forces par les souffrances. J'ai des enfants encore tout petits.
Guéris-moi !"

"Rentre à ta maison. Ta mère ce soir te préparera le repas. Et toi, sois guéri, Je le veux !"

La foule pousse un cri. Puis, elle demande : "Ton Nom ! Ton Nom !"

"Jésus de Nazareth."

"Jésus ! Jésus ! Hosanna ! Hosanna !" La foule est en allégresse. Les ânes peuvent faire ce qu'ils veulent.
Personne n'en a plus cure. Des mères accourent de l'intérieur de la ville, on se rend compte que le bruit du
miracle s'est répandu. Elles lèvent leurs bébés. Jésus les bénit et sourit. Il cherche à fendre la foule, le cercle
des gens qui l'acclament pour entrer dans la cité et aller où il veut. Mais la foule ne veut rien savoir : "Reste
avec nous ! En Judée ! En Judée ! Nous sommés fils d'Abraham, nous aussi !" crie-t-elle.

"Maître ! - C'est Judas qui arrive vers Lui - Maître tu m'as devancé. Mais qu'arrive-t-il ?"

"Le Rabbi a fait un Miracle ! Pas en Galilée, ici, c'est ici avec nous que nous le voulons."

"Tu le vois, Maître ? Tout Israël t'aime et il est juste que tu restes ici aussi. Pourquoi t'en aller ?"

"Je ne me dérobe pas, Judas. Je suis venu exprès seul pour que la rudesse des disciples galiléens ne heurte
pas la susceptibilité juive. Je veux rassembler toutes les brebis d'Israël sous le sceptre de Dieu."

"C'est pour cela que je t'ai dit : "prends-moi." Je suis juif et je sais comment prendre mes concitoyens. Tu
resteras donc à Jérusalem ?"

115
"Peu de jours. Pour attendre un disciple juif, lui aussi. Puis j'irai à travers la Judée..."

"Oh ! je viendrai avec Toi. Je t'accompagnerai. Tu viendras dans mon pays, Je te conduirai à ma maison. Tu
viendras, Maître ?"

"Je viendrai... Du Baptiste, toi qui es juif et vis près des puissants, ne sais-tu rien ?"

"Je sais qu'il est encore en prison, mais qu'ils veulent le libérer car la foule menace de se révolter si on ne lui
rend pas son Prophète. Tu le connais ?"

"Je le connais."

"Tu l'aimes ? Que penses-tu de lui ?"

"Je pense qu'il n'y a eu personne de plus grand que lui qui est semblable à Élie."

"Le considères-tu vraiment comme le Précurseur ?"

"Oui, il l'est. C'est l'étoile du matin qui annonce le soleil. Heureux ceux qui se sont préparés à la venue du
soleil à travers sa prédication."

"Il est très sévère, Jean."

"Pas plus pour les autres que pour lui."

"C'est vrai, mais il est difficile de le suivre dans sa pénitence Toi, tu es plus bon et il est facile de t'aimer."

"Et pourtant..."

"Et pourtant, Maître ?"

"Et pourtant comme on le hait pour son austérité, on me haïra pour ma bonté, parce que l'une et l'autre
annoncent Dieu, et Dieu est haï par les méchants. Mais il est dit qu'il en sera ainsi. Comme il me précède
dans la prédication, ainsi il me précèdera dans la mort. Malheur pourtant aux assassins de la Pénitence et de
la Bonté."

"Pourquoi, Maître, ces tristes pressentiments ? La foule t'aime tu le vois..."

"Parce que la chose est certaine. La foule humble, oui, elle m'aime. Mais la foule n'est pas toute humble ni
composée d'humbles. Mais mon pressentiment n'est pas tristesse. C'est la vision tranquille de l'avenir et
116
l'adhésion à la volonté du Père qui m'a envoyé pour cela. Et c'est pour cela que je suis venu. Nous voilà au
Temple. Moi je vais au Bel Midrash, pour enseigner les foules. Reste si tu veux."

"Je resterai à tes côtés. Je n'ai qu'un seul but : te servir et te faire triompher."

Ils entrent au Temple et tout se termine.

117
TOME III

118
La samaritaine Fotinaï

"Je m'arrête ici. Allez en ville. Achetez tout ce qu'il faut pour le repas. Nous mangerons ici."

"Nous y allons tous ?"

"Oui, Jean. C'est bien que vous alliez en groupe."

"Et Toi? Tu restes seul... Ils sont samaritains..."

"Ce ne seront pas les pires parmi les ennemis du Christ. Allez, allez. Je prie, en vous attendant, pour vous et
pour eux."

Les disciples s'en vont à regret et à trois ou quatre reprises ils se retournent pour regarder Jésus qui s'est assis
sur un muret exposé au soleil près du bas et large bord d'un puits. Un grand puits, presque une citerne,
tellement il est large. En été il doit être ombragé par de grands arbres, maintenant dépouillés. On ne voit pas
l'eau, mais le terrain, près du puits, montre clairement qu'on a puisé de l'eau à cause des petites mares et des
empreintes circulaires laissées par les brocs humides. Jésus s'assied et médite, dans son attitude ordinaire, les
coudes appuyés sur les genoux et les mains jointes en avant, le corps légèrement incliné et la tête penchée
vers la terre. Puis il sent un bon petit soleil qui le réchauffe et il laisse glisser son manteau de dessus sa tête
et de ses épaules tout en le gardant encore replié sur sa poitrine.

Il lève la tête pour sourire à une bande de moineaux querelleurs qui se disputent une grosse mie de pain
perdue par quelque personne près du puits. Mais les oiseaux s'enfuient à l'arrivée d'une femme qui vient au
puits avec une amphore vide qu'elle tient par une anse de la main gauche, pendant que sa main droite écarte
avec surprise son voile pour voir quel est l'homme assis là. Jésus sourit à cette femme sur les trente-cinq à
quarante ans, grande, aux traits fortement dessinés, mais beaux. Elle a, dirions-nous, le type presque

119
espagnol avec son teint olivâtre, les lèvres très rouges et plutôt épaisses, des yeux démesurément grands et
noirs sous des sourcils très touffus et les tresses couleur de jais que l'on voit sous le voile léger. Même les
formes, qui tendent à l'embonpoint, présentent nettement le type oriental légèrement adouci comme celui des
femmes arabes. Elle est vêtue d'une étoffe à rayures multicolores, serrée à la ceinture, tendue sur les hanches
et la poitrine grassouillettes, et retombant ensuite en une sorte de volant ondulant jusqu'à terre. Quantité de
bagues et de bracelets aux mains grassouillettes et brunes et aux poignets que l'on voit sous les manches de
lin. Au cou un lourd collier d'où pendent des médailles, je dirais des amulettes car il y en a de toutes les
formes. De pesantes boucles d'oreilles descendent jusqu'au cou et brillent sous le voile.

"La paix soit avec toi, femme. Me donnes-tu à boire ? J'ai beaucoup marché et j'ai soif."

"Mais, n'es-tu pas juif ? Et tu me demandes à boire, à moi samaritaine. Qu'est-il donc arrivé ?

"Sommes-nous réhabilités ou est-ce vous qui êtes humiliés ? Sûrement un grand évènement est survenu si un
juif parle poliment à une samaritaine. Je devrais cependant te dire : 'Je ne te donne rien pour punir en Toi
toutes les insultes que depuis des siècles les juifs nous adressent'."

"Tu as bien parlé. Un grand évènement est survenu et pour cela beaucoup de choses sont changées et un plus
grand nombre changeront. Dieu a fait un grand don au monde et pour cela beaucoup de choses sont
changées. Si tu connaissais le don de Dieu et quel est Celui qui te dit : "Donne-moi à boire", peut-être toi-
même, tu Lui aurais demandé à boire et Lui t'aurait donné de l'eau vive. "

"L'eau vive est dans les veines de la terre, et ce puits la possède. Mais il est à nous." La femme est railleuse
et présomptueuse.

"L'eau appartient à Dieu. Comme la bonté appartient à Dieu. Comme la vie appartient à Dieu. Tout
appartient à un Dieu Unique, femme. Et tous les hommes viennent de Dieu : les samaritains comme les juifs.
Ce puits n'est-il pas celui de Jacob ? Et Jacob n'est- il pas le chef de notre race ? Si par la suite une erreur
nous a séparés, cela ne change rien à notre origine."

"Notre erreur, n'est-ce pas ?" demande la femme agressive.

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"Ni la nôtre, ni la vôtre. Erreur de quelqu'un qui avait perdu de vue la Charité et la Justice. Moi, je ne
t'attaque pas et je n'attaque pas ta race. Pourquoi veux-tu être agressive ?"

"Tu es le premier juif que j'entends parler ainsi. Les autres... Mais, pour revenir au puits, oui, c'est celui de
Jacob et il a une eau si abondante et si claire que nous de Sychar nous la préférons aux autres fontaines.

Mais il est très profond. Tu n'as pas d'amphore ni d'outre. Comment pourrais-tu donc atteindre pour moi l'eau
vive ? Es-tu plus que Jacob, notre saint Patriarche, qui a trouvé cette veine abondante, pour lui, ses enfants,
ses troupeaux et nous l'a laissée en souvenir de lui et comme cadeau ?"

"Tu l'as dit. Mais qui boit de cette eau aura encore soif. Moi, au contraire, j'ai une eau telle que celui qui
l'aura bue ne sentira plus la soif. Mais elle n'appartient qu'à Moi et je la donnerai à qui me la demande. Et en
vérité je te dis que celui qui aura de l'eau que je lui donnerai, aura toujours en lui la fraîcheur et n'aura plus
soif, car mon eau deviendra en lui une source intarissable, éternelle."

"Comment ? Je ne comprends pas. Es-tu un mage ? Comment un homme peut-il devenir un puits ? Le
chameau boit et fait une provision d'eau dans le creux de son ventre. Mais ensuite il la consomme et elle ne
lui dure pas toute sa vie. Et tu dis que ton eau dure toute la vie ?"

"Davantage encore : elle jaillira jusqu'à la vie éternelle. En celui qui la boit elle jaillira jusqu'à la vie éternelle
et donnera des germes de vie éternelle, car c'est une source de salut."

"Donne-moi de cette eau s'il est vrai que tu la possèdes. Je me fatigue à venir jusqu'ici. Si je l'ai, je n'aurai
plus soif et je ne deviendrai jamais malade ni vieille."

"Il n'y a que cela qui te fatigue ? Rien d'autre ? Et tu n'éprouves pas d' autre besoin que de puiser pour boire,
pour ton misérable corps ? Penses-y. Il y a quelque chose qui est plus que le corps: c'est l'âme. Jacob n'a pas
seulement donné de l'eau du sol, pour lui et pour les siens. Mais il s'est préoccupé de se procurer pour lui et
de donner la sainteté, l'eau de Dieu."

121
"Vous nous dites : païens, vous... Si c'est vrai ce que vous dites, nous ne pouvons pas être saints..." La
femme a perdu son ton impertinent et ironique et elle est soumise et légèrement confuse.

"Même un païen peut être vertueux. Et Dieu, qui est juste, le récompensera pour le bien qu'il aura fait. Ce ne
sera pas une récompense parfaite, mais, je te le dis, entre un fidèle souillé d'une faute grave et un païen sans
faute, Dieu regarde avec moins de rigueur le païen. Et pourquoi, si vous savez être tels, ne venez-vous pas au
Vrai Dieu ? Comment t'appelles-tu ? "

"Fotinaï."

"Eh bien, réponds-moi, Fotinaï. Ne souffres-tu pas de ne pouvoir aspirer à la sainteté parce que tu es
païenne, comme tu dis, parce que tu es dans les nuées d'une antique erreur, comme Moi je dis ? "

"Oui, que j'en souffre. "

"Et alors, pourquoi ne vis-tu pas au moins en païenne vertueuse ?"

"Seigneur !… "

"Oui, peux-tu le nier ? Va appeler ton mari et reviens avec lui."

"Je n'ai pas de mari... " La confusion de la femme grandit.

"Tu as bien dit. Tu n'as pas de mari. Tu as eu cinq hommes et maintenant tu as avec toi quelqu'un qui n'est
pas ton mari. Était-ce nécessaire, cela ? Même ta religion ne conseille pas l'impureté. Le Décalogue, vous
l'avez, vous aussi. Pourquoi alors, Fotinaï, vis-tu ainsi ? Ne te sens-tu pas lasse d'être la chair de tant
d'hommes, au lieu d'être l'honnête épouse d'un seul ? N'as-tu pas peur de ta vieillesse, quand tu te trouveras
seule avec tes souvenirs ? Avec tes regrets ? Avec tes peurs ? Oui, même celles-là. La peur de Dieu et des
spectres.

Où sont tes enfants ?"

La femme baisse complètement la tête et ne parle pas.

"Tu ne les as pas sur la terre. Mais leurs petites âmes, auxquelles tu as interdit de voir la lumière du jour,
t'adressent des reproches. Toujours. Bijoux... beaux vêtements... riche maison... table bien garnie... Oui.

122
Mais le vide, les larmes et la misère intérieure. Tu es une délaissée, Fotinaï. Et ce n'est qu'avec un repentir
sincère, moyennant le pardon de Dieu et par conséquent de tes enfants que tu peux devenir riche. "

"Seigneur, je vois que tu es un prophète, et j'ai honte..."

"Et à l'égard du Père qui est aux Cieux, tu n‟éprouvais pas cette honte, quand tu faisais le mal? Ne pleure pas
de découragement devant l'Homme... Viens ici, Fotinaï, près de Moi. Je te parlerai de Dieu. Peut-être tu ne
Le connaissais pas bien. Et c'est pour cela, certainement pour cela, que tu as tant erré. Si tu avais bien connu
le vrai Dieu, tu ne te serais pas ainsi avilie. Lui t'aurait parlé et t'aurait soutenue..."

"Seigneur, nos pères ont adoré sur cette montagne. Vous dites que c‟est seulement à Jérusalem que l'on doit
adorer. Mais, tu le dis : il n'y a qu'un seul Dieu. Aide-moi à voir où et comment je dois adorer..."

"Femme, crois-moi. Bientôt viendra l'heure où ce ne sera ni sur la montagne de Samarie ni à Jérusalem que
sera adoré le Père. Vous adorez Celui que vous ne connaissez pas. Nous adorons Celui que nous
connaissons, car le salut vient des juifs. Je te rappelle les Prophètes. Mais l'heure viendra. Déjà elle est
commencée où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, non plus suivant les rites antiques
mais avec le rite nouveau où il n'y aura plus de sacrifices, ni d'hosties d'animaux consumés par le feu. Mais
le sacrifice éternel de l'Hostie Immaculée brûlée par le Feu de la Charité. Culte spirituel dans un Royaume
spirituel. Et il sera compris de ceux qui savent adorer en esprit et en vérité. Dieu est Esprit. Ceux qui
l'adorent doivent l'adorer spirituellement."

"Tu as de saintes paroles. Moi, je sais, car nous aussi nous savons quelque chose, que le Messie est sur le
point de venir. Le Messie, Celui qu'on appelle aussi "le Christ". Quand il sera venu, il nous enseignera toutes
choses. Tout près d'ici se trouve aussi celui qu'on dit être son Précurseur. Et beaucoup vont l'écouter. Mais il
est si sévère !... Toi, tu es bon... et les pauvres âmes n'ont pas peur de Toi. Je pense que le Christ sera bon.
On l'appelle le Roi de la Paix. Tardera-t-il beaucoup à venir ? "

123
"Je t'ai dit que son temps est déjà présent."

"Comment le sais-tu ? Tu es peut-être son disciple ? Le Précurseur a beaucoup de disciples. Le Christ aussi
en aura."

"C'est Moi, qui te parle, qui suis le Christ Jésus."

"Toi!... Oh!..." La femme, qui s'était assise près de Jésus, se lève et va s'enfuir.

"Pourquoi t'enfuis-tu, femme ?"

"C'est que je suis horrifiée de me mettre près de Toi. Tu es saint..."

"Je suis le Sauveur. Je suis venu ici - ce n'était pas nécessaire - parce que je savais que ton âme était lasse
d'être errante. Tu as la nausée de ta nourriture... Je suis venu te donner une nourriture nouvelle et qui
t'enlèvera nausée et fatigue... Voici mes disciples qui reviennent avec mon pain. Mais déjà je suis nourri de
t'avoir donné les premières miettes de ta rédemption."

Les disciples lorgnent plus ou moins discrètement la femme, mais personne ne parle. Elle s'en va sans plus
penser à l'eau ni à son amphore.

"Voici, Maître." dit Pierre. "Ils nous ont bien traités. Il y a du fromage, du pain frais, des olives et des pommes.
Prends ce que tu veux. Cette femme a bien fait de laisser son amphore. Nous aurons plus vite fait qu'avec nos
petites gourdes. Nous boirons et nous les remplirons sans avoir à demander autre chose aux samaritains, et sans
les côtoyer aussi à leurs fontaines. Tu ne manges pas ?

Je voulais trouver du poisson pour Toi, mais il n 'yen a pas. Peut-être cela t'aurait-il plu davantage.

Tu es fatigué et pâle."

"J'ai une nourriture que vous ne connaissez pas. Ce sera mon repas. Je serai bien restauré."

124
Les disciples se regardent entre eux, s'interrogeant du regard. Jésus répond à leurs muettes interrogations :
"Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé pour achever l‟œuvre qu'Il désire que
j'accomplisse. Quand le semeur jette la semence, peut-il dire qu'il a déjà tout fait pour dire qu'il a la récolte ?
Non, certainement pas, combien il a encore à faire pour dire : "Voici que mon travail est achevé ! Et jusqu'à
cette heure, il lie peut se reposer. Regardez ces champs sous le gai soleil de la sixième heure. Il y a seulement
un mois, et même moins, la terre était nue, sombre parce que les pluies l'avaient battue. Maintenant, regardez.
Des tiges innombrables de blé, qui viennent de percer, d'un vert très tendre qui dans cette grande lumière
semble encore plus clair, la couvrent, pour ainsi dire, d'un voile léger presque blanc. C'est la moisson future et
vous dites en la voyant : "Dans quatre mois, c'est la récolte. Les semeurs engageront des moissonneurs, parce
que si un semeur suffit pour ensemencer, il faut un grand nombre d'ouvriers pour moissonner. Semeurs et
moissonneurs sont heureux ; Celui quia semé un petit sac de grains et qui doit maintenant préparer ses
greniers pour la récolte, aussi bien que ceux qui, en quelques jours, gagnent de quoi vivre pendant quelques
mois." Dans le champ de l'esprit, aussi, ceux qui moissonnent ce que j'ai semé se réjouissent avec Moi et
comme Moi, parce que je leur donnerai mon salaire et ce qu'il leur est dû. Je leur donnerai de quoi vivre dans
mon Royaume éternel. Vous, vous n'avez qu'à moissonner ; le travail le plus dur, c'est Moi qui l'ai fait. Et
pourtant je vous dis : "Venez faire la moisson dans mon champ. Je suis heureux de vous voir chargés des
gerbes de ma. récolte. Quand j'aurai semé tout mon grain, inlassablement, partout, et que vous aurez fait la
récolte, alors sera accomplie la volonté de Dieu et je m'assiérai au banquet de la céleste Jérusalem." Voici
qu'arrivent les samaritains avec Fotinaï. Usez de charité envers eux. Ce sont des âmes qui viennent à Dieu."

125
La révélation du Sauveur du monde aux Samaritains

4 1 Quand le Seigneur sut que les Pharisiens


Avaient entendu dire que Jésus faisait plus
De disciples, et qu'il en baptisait plus que Jean,
2 Pourtant ce n'était pas Jésus qui baptisait
Lui-même, mais ses disciples - 3 il quitta la Judée
Et il s'en alla de nouveau en Galilée.
4 Or il lui fallait traverser la Samarie.

5 Alors il vint dans une ville de Samarie


Appelée Sychar, près du domaine que Jacob
Avait donné à Joseph, son fils. 6 Se trouvait
Là la Source de Jacob.

Jésus, fatigué
Du voyage, était assis à même la Source.
C'était environ la sixième heure. 7 Une femme
De Samarie vient pour puiser de l'eau. Jésus
Lui dit : "Donne-moi à boire." 8 Ses disciples étaient
En effet partis à la ville pour acheter
Des provisions. 9 La femme samaritaine lui dit :
"Comment ! Toi qui es juif, tu me demandes à boire,
À moi qui suis femme samaritaine ! " Car les Juifs
N'ont pas en effet avec les Samaritains
De relations. 10 Jésus répondit et lui dit
Ceci : "Si tu savais le don de Dieu, qui est
Celui qui te dit : donne-moi à boire, c'est toi
Qui l'en aurait prié et il t'aurait donné

126
De l'eau vive ". Elle lui dit : "Tu n'as rien pour puiser
Seigneur, le puits est profond. Comment l'aurais-tu
Cette eau vive ? 12 Serais-tu plus grand que notre père
Jacob, toi, qui nous a donné ce puits, y a bu
Lui, ses fils et ses bêtes ?"

13 Or Jésus répondit
Et lui dit : "Quiconque boit cette eau aura
Encore soif, 14 celui qui boira de l'eau que moi
Je lui donnerai n'aura donc plus jamais soif ;
L'eau que je lui donnerai deviendra en lui
Une source d'eau qui jaillira pour la vie
Éternelle."

15 La femme lui dit : "Donne-la-moi


Seigneur cette eau, et ainsi je n'aurais plus soif,
Je n'aurais plus à me rendre ici pour puiser."

16 Il lui dit : "Va, appelle ton mari et viens


Ici. 17 Mais la femme répondit, et elle dit :
"Je n'ai pas de mari" . Jésus lui dit : " Tu as
Bien dit : "Je n'ai pas de mari, 18 car tu as eu
Cinq maris, et maintenant celui que tu as
N'est pas ton mari ; en cela tu as dit vrai."

19 La femme lui dit : "Je vois que tu es un prophète,


Seigneur !...20 Pourtant nos pères ont sur cette montagne
Adoré, vous, vous dites que c'est à Jérusalem
Qui est le Lieu où il faut adorer." 21 Et Jésus
Lui dit : "Crois-moi bien, femme, elle vient, l'heure où ce n'est
Ni sur cette montagne, ni à Jérusalem

127
Que vous adorerez le Père. 22 Vous adorez,
Vous, ce que vous ne connaissez pas ; pourtant nous,
Nous adorons ce que nous connaissons. Des Juifs
Vient le Salut, 23 elle vient l'heure, - et c'est maintenant
Où les véritables adorateurs adoreront
Le Père, en esprit et en vérité, tels sont,
En effet, les adorateurs que le Père cherche
24 Dieu est esprit, ceux qui adorent doivent adorer
En esprit et en vérité."

25 La femme lui dit :


"Je sais que le Messie, celui qu'on nomme Christ
Doit venir, aussi quand il viendra, celui-là,
Il nous annoncera toutes choses." 26 Or Jésus
Lui dit : "Je le suis, moi qui te parle."

27 Là-dessus
Vinrent ses disciples, ils étaient étonnés
De ce qu'il parlait avec une femme ; aucun
Pourtant ne dit : "Que lui veux-tu ? " Ou : "Avec elle
Pourquoi parles-tu ? " 28 La femme laissa donc sa cruche
Et s'en alla à la ville, et elle dit aux gens :
29 "Venez donc pour voir un homme qui m'a dit en tout
Ce que j'ai fait. Mais ne serait-il pas le Christ ?"
30 Ils sortirent de la ville, ils venaient vers Jésus.
31 Les disciples entre temps le priaient en disant :
"Rabbi, mange." 32 Mais il leur dit : "Moi, j'ai à manger
Une nourriture que vous ne connaissez pas,
Vous." 33 Alors les disciples se disaient entre eux :
"Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger ?"
34 Et Jésus leur dit : "Mon aliment, c'est de faire

128
La volonté de Celui, qui m'a envoyé
Et d'accomplir son oeuvre. 35 Ne dites-vous pas, vous :

Encore quatre mois et la moisson vient ? Voici


Que je vous dis : Levez les yeux, voyez les champs
Sont blancs pour la moisson.36 Aussi le moissonneur
Va recevoir un salaire, (il va) amasser
Du fruit pour la vie éternelle, et le semeur
Pourra se réjouir avec le moissonneur.
37 C'est en cela que le proverbe est véridique :
Autre est le semeur, autre est le moissonneur.38 Moi,
Je vous ai envoyés moissonner là où vous,
Vous n'avez pas peiné ; et d'autres ont peiné
Et c'est vous qui profitez de leur peine."

39 Beaucoup
De Samaritains de cette ville crurent en lui
Pour la parole de cette femme qui témoignait :
"Il m'a dit en tout ce que j'ai fait."

40 Et vers lui
Vinrent les Samaritains, ils le prièrent chez eux
De demeurer, et il y demeura deux jours.
41 Et c'en un bien plus grand nombre qu'ils crurent à cause
De sa parole à lui, 42 ils disaient à la femme :
"Ce n'est plus à cause de tes dires que nous croyons ;
Nous avons entendu nous-mêmes et nous savons
Qu'il est vraiment le Sauveur du monde."

129
Les habits neufs et le vin nouveau

"C'est vrai. Une autre question, Maître. Pourquoi les disciples de Jean font-ils de grands jeûnes et pas les
tiens ? Nous ne disons pas que tu ne dois pas manger. Même le prophète Daniel fut saint aux yeux de Dieu,
tout en étant un grand de la cour de Babylone, et Toi tu es plus que lui. Mais eux..."

"Bien souvent, ce qu'on n'obtient pas par le rigorisme, on l'obtient par la cordialité. Il y a des êtres qui ne
viendraient jamais au Maître, et c'est le Maître qui doit aller à eux. D'autres viendraient au Maître, mais ils
ont honte d'y aller parmi la foule. Vers eux aussi le Maître doit aller. Et puisqu'ils me disent : "Sois mon hôte
pour que je puisse te connaître" j'y vais, en tenant compte non pas de la jouissance d'une table opulente, ni
des conversations qui pour Moi sont tellement pénibles, mais encore et toujours de l'intérêt de Dieu. Ceci
pour Moi. Et puisque souvent au moins une des âmes que j'aborde de cette façon se convertit, et toute
conversion est une fête nuptiale pour mon âme, une grande fête à laquelle prennent part tous les anges du
Ciel et que bénit le Dieu éternel, ainsi mes disciples, les amis de Moi-l'Epoux, jubilent avec l'Époux leur
Ami. Voudriez-vous voir les amis dans la douleur pendant que Moi je jubile ? Pendant que je suis avec eux ?
Mais le temps viendra où ils ne m'auront plus. Et alors ils feront de grands jeûnes. À temps nouveaux,
nouvelles méthodes. Jusqu'à hier : auprès du Baptiste, c'était la cendre de la Pénitence. Aujourd'hui, dans
mon aujourd'hui, c'est la douce manne de la Rédemption, de la Miséricorde, de l'Amour. Les méthodes
anciennes ne pourraient se greffer sur mon action, comme mes méthodes n'auraient pu être mises en œuvre
alors, hier seulement, car la Miséricorde n'était pas encore sur la terre, maintenant, elle y est. Non plus le
Prophète, mais le Messie à qui tout a été remis par Dieu, est sur la terre. À chaque temps les choses qui lui
sont utiles. Personne ne coud un morceau d'étoffe neuve sur un vieux vêtement, parce qu'autrement, surtout
au moment du lavage, l'étoffe neuve se rétrécit et déchire l'étoffe vieille et la déchirure s'élargit encore. De la
même façon, personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres parce que autrement le vin fait éclater
les outres incapables de supporter le bouillonnement du vin nouveau et celui-ci se répand hors des outres
qu'il a crevées. Mais le vin vieux qui a déjà travaillé, on le met dans de vieilles outres, et le vin nouveau dans
des outres neuves. Car une force doit s'équilibrer avec une autre qui doit lui être égale. Il en est ainsi
maintenant. La force de la nouvelle doctrine impose des méthodes nouvelles pour sa diffusion. Et Moi, qui
sais, je les emploie."

130
"Merci, Seigneur. Maintenant nous sommes contents. Prie pour nous. Nous sommes de vieilles outres.
Pourrions-nous résister à ta force ?"

"Oui, parce que le Baptiste vous a tannés et parce que ses prières, unies aux miennes, vous donneront cette
possibilité. Partez avec ma paix et dites à Jean que je le bénis."

"Mais... selon Toi, vaut-il mieux pour nous rester avec le Baptiste ou avec Toi ?"

"Tant qu'il y a du vin vieux, il est plus agréable de le boire parce qu'il flatte davantage le palais. Plus tard...
parce que l'eau malsaine qui se trouve partout vous dégoûtera, vous aimerez le vin nouveau."

"Crois-tu que le Baptiste sera repris ?"

"Certainement. Je lui ai déjà envoyé une mise en garde. Allez, allez. Jouissez de votre Jean tant que vous le
pouvez et faites-lui plaisir. Après, vous m'aimerez, Moi. Et cela vous sera pénible aussi... car personne, après
avoir goûté le vin vieux ne désire tout de suite le vin nouveau. Il dit : "Le vin vieux était meilleur." Et en
effet, j'aurai une saveur spéciale qui vous paraîtra âpre. Mais vous vous habituerez à la longue à cette saveur
vitale. Adieu, amis. Dieu soit avec vous."

131
Discussion sur le jeûne

33 Alors
Ils lui diront ceci : "Les disciples de Jean
Jeûnent fréquemment et ils font des prières,
Et pareillement aussi ceux des Pharisiens,
Mais les tiens mangent et boivent !"

34 " Est-ce que vous pouvez


Faire jeûner les compagnons de l‟époux pendant,
Que l‟époux ne trouve avec eux ? leur dit Jésus
Viendront des jours...et lorsque l‟époux leur sera
Enlevé, alors ils jeûneront, en ces jours."
36 Et il leur disait encore une parabole :
37 "Personne ne déchire une pièce d‟un manteau neuf
Pour rapiécer un vieux manteau ; car autrement
On déchirera le neuf et la pièce prise
Au neuf ne s'accordera pas au vieux.

Et personne
Ne met du vin nouveau dans des outres vieilles, certes,
Car du moins le vin nouveau crèvera les outres,
Il ne répandra, les outres seront perdues.
38 Ainsi le vin nouveau, c‟est dans des outres neuves
Qu'il faut le mettre. 39 Et personne après avoir bu
Du vin vieux, ne veut du nouveau. En effet
On dit : "C'est le vieux qui est bon."

132
L’élection des douze apôtres

Il y a une aube qui blanchit les montagnes et semble adoucir cette pente sauvage où l'on n'entend que le bruit
du torrent qui écume tout au fond, bruit qui, répercuté par les montagnes remplies de cavernes, produit une
rumeur particulière. Là, à l'endroit où ont fait halte les disciples, il n'y a que quelque timide bruissement dans
les frondaisons et les plantes : des premiers oiseaux qui se réveillent, des derniers animaux nocturnes qui
regagnent leurs tanières. Une bande de lièvres ou de lapins sauvages, qui sont en train de ronger un bas
buisson de mûres, s'enfuient effrayés par la chute d'une pierre. Puis ils reviennent timidement, levant les
oreilles pour entendre le moindre bruit et, voyant que tout est tranquille, reviennent à leur buisson. La rosée
humecte tous les feuillages, toutes les pierres, et le bois exhale une forte odeur de mousse, de menthe et de
marjolaine.

Un rouge-gorge descend jusqu'au bord d'une caverne dont une pierre qui fait saillie sert de toit et, remuant la
tête, bien droit sur ses pattes soyeuses, tout prêt à s'enfuir, il regarde à l'intérieur, regarde par terre, murmure
ses "cip cip" interrogateurs et... gourmands des miettes de pain qui sont par terre, mais il ne se décide à
descendre que lorsqu'il se voit devancé par un gros merle qui avance en sautant de biais, amusant avec son
air de gamin et son profil de vieux notaire auquel il ne manque que les lunettes pour être au complet. Alors
le rouge-gorge descend aussi et se met derrière le hardi monsieur qui de temps à autre enfonce son bec jaune
dans la terre humide en quête de... archéologie comestible et puis s'en va après un "ciop" ou un bref
sifflement tout à fait polisson. Le rouge-gorge se gave de miettes et reste stupéfait quand il voit que le merle,
entré tranquillement dans la caverne silencieuse, en sort avec une croûte de fromage qu'il bat et rebat sur une
pierre pour la mettre en morceau et s'en faire un copieux repas. Puis il retourne à l'intérieur, jette un regard
furtif et, ne trouvant plus rien, fait un beau sifflement moqueur et s'envole pour finir son chant à la cime d'un
rouvre qui plonge sa tête dans l'azur du matin. Le rouge-gorge s'envole aussi à cause d'un bruit qu'il entend
venir de l'intérieur de la caverne... et il reste sur une petite branche qui pend dans le vide.

133
Jésus s'avance sur le seuil et émiette du pain en appelant tout doucement les oiseaux par un sifflement
modulé qui imite bien le cri de plusieurs petits oiseaux. Puis il s'écarte et s'en va plus haut, s'arrêtant contre
une paroi rocheuse pour ne pas effrayer ses amis qui descendent vivement : d'abord le rouge-gorge et puis
d'autres de différentes espèces. J'aime à penser, parce que j'en ai l'expérience, que les animaux, même les
plus méfiants, s'approchent de ceux en qui par instinct ils sentent non des ennemis mais des protecteurs.
L'immobilité de Jésus ou son regard font qu'après peu de temps les oiseaux sautent à quelques centimètres de
Jésus. Le rouge-gorge, maintenant rassasié, vole au-dessus du rocher auquel s'appuie Jésus, s'agrippe à un
petit brin de clématite et se balance au-dessus de la tête de Jésus avec le désir de descendre sur sa tête blonde
ou sur son épaule. Le repas est fini. Le soleil dore la cime des montagnes et puis les plus hautes branches des
bosquets pendant que la vallée est encore toute entière plongée dans la pâle lumière de l'aube. Les oiseaux
s'envolent, satisfaits et rassasiés, vers le soleil et chantent à pleins gosiers.

"Et maintenant allons réveiller mes autres fils." dit Jésus. Il descend parce que sa grotte est la plus élevée. Et,
allant d'une grotte à l'autre, il appelle par leur nom les douze dormeurs.

Simon, Barthélemy, Philippe, Jacques, André répondent tout de suite. Matthieu, Pierre et Thomas sont plus
lents à répondre. Et alors que Jude Thaddée va à la rencontre de Jésus dès qu'il le voit sur le seuil, déjà prêt
et bien éveillé, l'autre cousin et ainsi que l'Iscariote et Jean dorment à poings fermés si bien que Jésus doit les
secouer sur leur lit de feuilles pour qu'ils se réveillent.

Jean, appelé le dernier, dort si profondément qu'il ne se rend pas compte de Celui qui l'appelle. Dans les
nuées du sommeil à moitié interrompu, il marmotte : "Oui, maman, je viens tout de suite..." Mais ensuite il
se tourne. Jésus sourit, s'assied sur le lit de feuilles ramassées dans le bois, il s'incline et baise sur la joue son
Jean qui ouvre les yeux et reste immobile comme une statue en voyant là Jésus. Il s'assied tout d'un coup et
dit : "Tu as besoin de moi ? Me voici."

134
"Non, je t'ai éveillé comme tous les autres. Mais tu m'as pris pour ta maman. Alors je t'ai donné un baiser
pour faire comme les mères."

Jean n'a que ses sous-vêtements car il a mis son habit et son manteau pour couvertures. Il s'attache au cou de
Jésus et il s'y réfugie, la tête entre l'épaule et la joue en disant : "Oh ! Tu es bien plus que la mère, Toi ! Je
l'ai quittée pour Toi, mais Toi, je ne te quitterais pas pour elle ! Elle m'a enfanté à la terre, mais Toi, tu
m'enfantes au Ciel. Oh ! je le sais !"

"Que sais-tu de plus que les autres ?"

"Ce que m'a dit le Seigneur dans cette grotte. Vois-tu, je ne suis jamais venu te trouver et je pense que les
compagnons ont dit que c'était indifférence et orgueil. Mais, ce qu'ils pensent ne m'importe pas. Je sais que
tu connais la vérité. Je ne suis pas venu vers Jésus-Christ, le Fils de Dieu Incarné, mais vers ce que tu es au
sein du Feu qu'est l'Amour Éternel de la Trinité Très Sainte, sa Nature, son Essence, son Essence véritable -
oh ! je ne sais dire tout ce que j'ai pourtant compris dans cette grotte noire, obscure qui est devenue pour moi
tellement pleine de lumières, dans cette froide caverne où j'ai été brûlé d'un feu qui n'avait pas de forme,
mais qui est descendu au fond de mon être et l'a enflammé d'un doux martyre, dans cet antre sans voix mais
qui m'a chanté des vérités célestes - mais, ce que tu es, Seconde Personne de l'ineffable Mystère qui est Dieu
et que je pénètre, car Il m'a aspiré à Lui et je l'ai eu toujours avec moi. Et tous mes désirs, tous mes pleurs,
toutes mes demandes, je les ai versés en ton sein divin, Verbe de Dieu. Et il n'y a jamais eu de parole, parmi
celles si nombreuses que j'ai entendues de Toi, aussi vaste que celle que tu m'as dite ici, Toi, Dieu Fils ; Toi,
Dieu comme le Père ; Toi, Dieu comme l'Esprit Saint ; Toi qui es le pivot de la Triade. ..oh ! peut-être je
blasphème ! mais c'est ainsi qu'il me semble parce que, s'il n'y avait pas Toi, Amour venu du Père et Amour
qui retourne au Père, voilà qu'il manquerait l'Amour, le Divin Amour, et la Divinité ne serait plus Trine et il
Lui manquerait l'attribut qui convient le plus à Dieu: son amour ! Oh ! j'ai tant ici. Mais c'est comme de l'eau
qui bouillonne contre une écluse et qui ne peut sortir... il me semble mourir , tant est violent et sublime le
tumulte qui m'est descendu dans le cœur du moment où je t'ai compris... mais pour rien au monde je ne
voudrais en être libéré... Fais-moi mourir de cet amour, mon doux Dieu !" Jean sourit et pleure, haletant,

135
enflammé par son amour, abandonné sur la poitrine de Jésus, comme si la flamme l'épuisait. Et Jésus le
caresse, brûlant d'amour à son tour.

Jean se ressaisit sous un flot d'humilité qui le fait supplier : "Ne dis pas aux autres ce que je t'ai dit.
Certainement, eux aussi ont su vivre de Dieu comme j'ai vécu pendant ces jours. Mais laisse sur mon secret
la pierre du silence."

"Sois tranquille, Jean. Personne ne connaîtra tes noces avec l'Amour. Habille-toi. Viens. Nous devons
partir."

Jésus sort sur le sentier où déjà se trouvent les autres. Les visages ont un aspect plus vénérable, plus
recueilli. Les plus âgés semblent des patriarches. Les jeunes ont quelque chose de mûr, de digne
qu'auparavant la jeunesse cachait. L'Iscariote regarde Jésus avec un timide sourire sur son visage marqué par
les larmes. Jésus le caresse en passant. Pierre... ne parle pas. Et c'est si étrange chez lui que cela étonne plus
que tout autre changement. Il regarde attentivement Jésus, mais avec une dignité nouvelle qui semble lui
agrandir le front aux tempes un peu dégarnies et rendre plus sévère l‟œil où jusqu'alors il y avait une lueur de
malice. Jésus l'appelle près de Lui et le tient tout proche, en attendant Jean qui sort finalement. Je ne sais dire
si son visage est plus pâle ou plus rouge, mais il y brille une flamme qui ne change pas la couleur mais
pourtant est visible. Tous le regardent.

"Viens ici, Jean, près de Moi et toi aussi, André, et toi, Jacques de Zébédée. Puis toi Simon, puis toi
Barthélemy, Philippe et vous, mes frères et Matthieu. Judas de Simon, ici, en face de Moi. Thomas, viens ici.
Assoyez-vous. Je dois vous parler."

Ils s'assoient, tranquilles comme des enfants, tous un peu absorbés dans leur monde intérieur et pourtant
attentifs à Jésus comme ils ne l'ont jamais été.

136
"Savez-vous ce que je vous ai fait ? Vous le savez tous. Votre âme, l'a dit à votre raison. Mais l'âme, qui ces
jours a été reine, a enseigné à la raison deux grandes vertus : l'humilité et le silence, fils de l'humilité et de la
prudence qui sont les filles de la charité.

Il y a seulement huit jours, vous seriez venus proclamer, comme de braves enfants qui veulent étonner et
dépasser le rival, vos prouesses, vos nouvelles connaissances. Maintenant, vous vous taisez. D'enfants, vous
êtes devenus des adolescents. Maintenant, vous savez qu'avec cette proclamation, vous pourriez mortifier le
compagnon qui peut-être a moins reçu de Dieu, et vous vous taisez. Vous êtes, en outre, comme des jeunes
filles qui ne sont plus impubères. Il est né en vous une sainte pudeur sur les métamorphoses que vous a
révélées le mystère nuptial des âmes avec Dieu. Ces cavernes, le premier jour vous ont paru froides, hostiles,
repoussantes... maintenant vous les regardez comme des chambres nuptiales, parfumées et lumineuses. En
elles, vous avez connu Dieu. Auparavant vous saviez quelque chose de Lui, mais vous ne le connaissiez pas
dans l'intimité qui de deux fait un seul. Parmi vous, il y a des hommes depuis longtemps mariés, d'autres qui
ont eu avec les femmes des rapports trompeurs, quelques-uns qui, pour des causes diverses, sont chastes.
Mais ceux qui sont chastes savent maintenant ce qu'est l'amour parfait comme le savent ceux qui sont
mariés. Et même je peux dire que personne, comme celui qui ignore le désir de la chair, ne sait ce qu'est
l'amour parfait. Car Dieu se révèle aux vierges dans toute sa plénitude pour la joie qu'Il éprouve de se donner
à celui qui est pur en retrouvent quelque chose de Lui-même, très Pur, dans la créature pure de la luxure et
pour compenser ce qu'elle se refuse par amour pour Lui.

En vérité, je vous dis qu'à cause de l'amour que j'ai pour vous et à cause de la sagesse que je possède, si je
n'avais pas le devoir d'accomplir l‟œuvre du Père, je voudrais vous garder ici, et rester avec vous, isolés,
certain qu'ainsi je ferais de vous, et promptement, de grands saints, sans plus de défaillances, de défections,
de chutes, de ralentissements, de retours en arrière. Mais, je ne puis pas. Je dois aller, vous devez aller. Le
monde nous attend, le monde profané et profanateur qui a besoin de maîtres et de rédempteurs. J'ai voulu
vous faire connaître Dieu pour que vous l'aimiez beaucoup plus que le monde, qui avec toutes ses affections
ne vaut pas un seul sourire de Dieu. J'ai voulu vous faire méditer sur ce qu'est le monde et sur ce qu'est Dieu
pour vous faire désirer ce qui est le meilleur. En ce moment, vous n'aspirez qu'à Dieu. Oh ! si je pouvais

137
vous fixer à cette heure, à cette aspiration ! Mais le monde nous attend. Et nous allons vers le monde qui
nous attend. Au nom de la sainte Charité : comme Elle m'a envoyé au monde, ainsi je vous envoie par mon
ordre au monde. Mais, je vous en conjure ! Comme on garde une perle en son écrin, gardez en votre cœur le
trésor de ces jours où vous vous êtes regardés, soignés, relevés, revêtus, unis à Dieu. Et comme les pierres de
témoignage élevées par les Patriarches en souvenir des alliances avec Dieu, conservez et gardez ces précieux
souvenirs en votre cœur.

À partir d'aujourd'hui, vous n'êtes plus mes disciples préférés mais les apôtres, les chefs de mon Église. De
vous viendront, au cours des siècles, toutes ses hiérarchies et on vous appellera maîtres, ayant pour Maître
votre Dieu en sa triple puissance, sagesse, charité. Je ne vous ai pas choisis parce que vous étiez les plus
méritants, mais pour un ensemble complexe de causes qu'il n'est pas nécessaire que vous connaissiez
maintenant. Je vous ai choisis à la place des bergers qui sont mes disciples depuis l'époque où j'étais un bébé
vagissant. Pourquoi l'ai-je fait ? Parce que c'était bien de le faire. Parmi vous, il y a des galiléens et des juifs,
des savants et des ignorants, des riches et des pauvres. Tout cela au point de vue du monde. Afin qu'on ne
dise pas que j'ai préféré une seule catégorie. Mais vous ne suffirez pas pour tout ce qu'il y a à faire. Ni
maintenant, ni plus tard.

Vous n'avez pas tous, présent à la mémoire, un passage du Livre. Je vous le rappelle. Au second livre des
Paralipomènes, au vingt neuvième chapitre, on raconte comment Ezéchias, roi de Juda, fit purifier le
Temple. Après qu'il fut purifié, il fit faire des sacrifices pour le péché, pour le royaume, pour le sanctuaire et
pour Juda et après on commença l'offrande individuelle. Mais comme les prêtres ne suffisaient pas pour les
immolations, on appela à l'aide les lévites, consacrés par un rite plus court que les prêtres.

C'est ce que je ferai. Vous êtes les prêtres, préparés par de longs soins par Moi, Pontife Éternel. Mais vous
ne suffisez pas au travail toujours plus grand des immolations individuelles au Seigneur leur Dieu. Je vous
associe donc les disciples qui restent disciples. Ceux qui nous attendent au pied de la montagne, ceux qui
déjà sont plus élevés, ceux qui sont répandus sur la terre d'Israël et qui seront ensuite disséminés en tous les
points de la terre. À eux seront donnés des fonctions de même importance parce que la mission est unique,

138
mais leur classement sera différent aux yeux du monde, non pas aux yeux de Dieu auprès de Qui réside la
justice. Ainsi le disciple obscur, ignoré des apôtres et de ses confrères, qui vivra saintement en conduisant à
Dieu les âmes, sera plus grand que l'apôtre renommé qui n'a d'apôtre que le nom, et qui rabaisse sa dignité
d'apôtre en poursuivant des buts humains.

Les devoirs des apôtres et des disciples seront toujours ceux des prêtres et des lévites d'Ezéchias : pratiquer
le culte, abattre les idolâtries, purifier les cœurs et les lieux, prêcher le Seigneur et sa Parole. Il n'est pas sur
la terre de fonction plus sainte, ni de dignité plus élevée que la vôtre. Mais c'est pour cela que je vous ai dit :
"Écoutez-vous, examinez-vous." Malheur à l'apôtre qui tombe ! Il entraîne avec lui beaucoup de disciples et
eux entraînent un nombre bien plus grand de fidèles. C'est la ruine qui grossit toujours plus comme une
avalanche ou comme le cercle qui s'étend sur le lac à la suite des pierres jetées au même point.

Serez-vous tous parfaits ? Non. L'esprit qui vous anime durera-t-il ? Non. Le monde lancera ses tentacules
pour étrangler votre âme. Ce sera la victoire du monde, fils de Satan pour les cinq dixièmes, esclave de Satan
pour encore trois dixièmes, indifférent à Dieu pour les deux dixièmes qui restent, victoire qui éteindra la
lumière dans le cœur des saints. Défendez vous-mêmes par vous-mêmes contre vous, contre le monde, la
chair, le démon. Mais surtout défendez-vous de vous-mêmes. Soyez en garde, ô fils, contre l'orgueil, la
sensualité, la duplicité, la tiédeur, l'assoupissement spirituel, contre la cupidité ! Quand l‟être inférieur élève
la voix et pleurniche sous prétexte de cruautés à son détriment, faites le taire en disant : "Pour un instant de
privation que je te donne, je te procure, et pour l'éternité, le banquet extatique que tu as eu dans la caverne à
la fin de la lune de Scebat."

Allons. Allons à la rencontre des autres qui en grand nombre attendent ma venue. Ensuite j'irai pour
quelques heures à Tibériade, et vous, en parlant en public de Moi, vous irez m'attendre au pied de la
montagne sur la route directe de Tibériade à la mer. Je viendrai là et monterai pour prêcher. Prenez les sacs
et les manteaux. Le séjour est terminé et l'élection est faite."

139
L’élection des douze apôtres

10 1 Alors, appelant à lui ses douze disciples


Il leur donna pouvoir sur les esprits impurs
Pour les chasser, pour soigner toute maladie,
Toute langueur.

2 Voici les noms des douze apôtres :


D‟abord Simon appelé Pierre, avec son frère
André ; Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean ;
3 Philippe et Barthélemy ; Thomas et Matthieu
Le percepteur ; Jacques, (le) fils d‟Alphée et Thaddée,
4 Simon le Cananéen ainsi que Judas l‟Iscariote,
Et c‟est celui-là même qui allait le livrer.

140
Le Sermon sur la montagne. "Vous êtes le sel de la terre."

Or donc, écoutez, et vous, et vous : apôtres et disciples. Vous, apôtres, avez déjà entendu ces idées. Mais
maintenant, vous les comprendrez plus profondément. Vous, disciples, vous ne les avez pas entendues, ou
d'une manière fragmentaire. Il faut les graver dans vos cœurs, car je vais me servir toujours plus de vous
puisque le troupeau du Christ ne cesse d'augmenter, car le monde vous assaillira toujours plus, le nombre des
loups allant croissant contre Moi, le Pasteur, et contre mon troupeau. Je veux vous mettre entre les mains les
armes qu'il faut pour défendre la Doctrine et mon troupeau. Ce qui suffit au troupeau ne suffit pas à vous,
petits bergers. S'il est permis aux brebis de faire des erreurs en broutant des herbes qui rendent le sang amer
et exaspèrent les désirs, il ne vous est pas permis à vous de commettre les mêmes erreurs en amenant un
troupeau nombreux à sa ruine. Réfléchissez que là où se trouve un berger idolâtre les brebis périssent
empoisonnées ou assaillies par les loups.

Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde. Mais si vous manquez à votre mission, vous deviendrez
un sel insipide et inutile. Rien ne pourra plus vous rendre la saveur si Dieu n'a pu vous la donner si, en ayant
reçu le don, vous lui avez fait perdre sa saveur en le diluant dans les eaux fades et souillées de l'humanité, en
l'adoucissant avec la douceur corrompue des sens, en mêlant au sel pur de Dieu des déchets et des déchets
d'orgueil, de convoitise, de gourmandise, de luxure, de colère, de paresse, de sorte que l'on a un grain de sel
pour sept fois sept grains de chaque vice. Votre sel alors n'est qu'un mélange de pierraille où se trouve perdu
le pauvre grain de sel, de pierraille qui grince sous les dents, qui laisse dans la bouche un goût de terre et
rend la nourriture répugnante et désagréable. Il n'est même plus bon pour des usages inférieurs car un savoir
pétri des sept vices nuirait même aux missions humaines. Et alors le sel n'est bon qu'à être jeté et à être foulé
aux pieds insouciants des hommes. Que de peuple, que de peuple pourra ainsi piétiner les hommes de Dieu !
Car ces appelés auront permis au peuple insouciant de les piétiner, car ils ne sont plus la substance vers
laquelle on accourt pour trouver la saveur de choses nobles, célestes, mais ils seront uniquement : des
déchets.

141
Vous êtes la lumière du monde. Vous êtes comme ce sommet qui a été le dernier à perdre le soleil et le
premier à recevoir la lumière argentée de la lune. Celui qui se trouve en haut brille, et on le voit car l‟œil,
même le plus distrait, se pose parfois sur les hauteurs. Je dirais que l‟œil matériel, dont on dit qu'il est le
miroir de l'âme, reflète le désir de l'âme, le désir souvent inaperçu, mais toujours vivant tant que l'homme
n'est pas un démon, le désir des hauteurs, des hauteurs où la raison place instinctivement le Très-Haut. Et en
cherchant les Cieux il lève, au moins quelquefois dans le courant de la vie, l‟œil vers les hauteurs.

Je vous prie de vous rappeler ce que tous nous faisons, depuis la plus tendre enfance, en entrant à Jérusalem.
Où se précipitent les regards ? Vers le mont Moriahque couronne le triomphe de marbre et d'or du Temple. Et
quand nous sommes dans son enceinte ? Nous regardons les coupoles précieuses qui resplendissent au soleil.
Que de beautés il y a dans l'enceinte sacrée, répandues dans ses atriums, dans ses portiques et ses cours ! Mais
l‟œil s'élance vers le haut. Je vous prie encore de vous souvenir de nos voyages. Où va notre œil, comme pour
oublier la longueur du chemin, la monotonie, la fatigue, la chaleur, ou la boue ? Vers les cimes, même si elles
sont peu élevées, même si elles sont lointaines. Et comme nous sommes soulagés de les voir apparaître, quand
nous sommes dans une plaine uniformément plate ! y a-t-il de la boue en bas ? En haut c'est la pureté. y a-t-il
une chaleur étouffante en bas ? En haut c'est la fraîcheur. L'horizon est-il limité en bas ? Là-haut il s'étend
sans limites. Et, rien qu'à les regarder, il semble que le jour soit moins chaud, la boue moins gluante, la
marche moins triste. Et puis, si une cité brille au sommet d'une montagne, voilà qu'alors il n'est pas d'yeux qui
ne l'admirent. On dirait même qu'une localité sans importance s'embellit si on la place, presque aérienne, au
sommet d'une montagne. Et c'est pour cela que dans la religion vraie et celles qui sont fausses, toutes les fois
qu'on l'a pu, on a construit les temples sur un lieu élevé et, s'il n'y avait pas de colline ou de montagne, on leur
a fait un piédestal de pierre en construisant à force de bras la plate-forme sur laquelle on placerait le temple.
Pourquoi agit-on ainsi ? Parce qu'on veut que l'on voie le temple pour qu'il rappelle par sa vue la pensée vers
Dieu.

J'ai dit également que vous étiez une lumière. Celui qui le soir allume une lampe dans la maison,

où la met-il ? Dans un trou, sous le four ? Dans la grotte qui sert de cave ? Ou renfermée

ans un coffre ? Ou encore simplement et seulement la cache-t-il sous un boisseau ? Non,

142
parce qu'alors il serait inutile de l'allumer. Mais il place la lampe sur le haut d'une console ou bien il l'accroche
son porte-lampe pour qu'étant placée en haut elle éclaire toute la pièce et illumine tous les habitants qui s
trouvent. Mais cela, précisément parce que ce que l'on place en hauteur est chargé de rappeler Dieu et de donner
lumière, doit être à la hauteur de son devoir.

Vous qui devez rappeler le Vrai Dieu, faites alors en sorte de ne pas avoir en vous le paganisme aux sept
éléments. Autrement vous deviendriez des hauts-lieux profanes avec des bois sacrés, dédiés à tel ou tel dieu
et vous entraîneriez dans votre paganisme ceux qui vous regardent comme des temples de Dieu. Vous devez
porter la lumière de Dieu. Une lampe sale, une lampe qui n'est pas garnie d'huile, fume et ne donne pas de
lumière, elle sent mauvais et n'éclaire pas. Une lampe cachée derrière un tube de quartz sale ne crée pas la
gracieuse splendeur, ne crée pas le brillant jeu de la lumière sur le minéral propre, mais elle languit derrière
le voile de fumée noire qui rend opaque son abri diamantin.

La lumière de Dieu resplendit là où se trouve une volonté diligente pour enlever chaque jour les scories que
produit le travail lui-même, avec les contacts inévitables, les réactions, les déceptions. La lumière de Dieu
resplendit quand la lampe est garnie d'un liquide abondant d'oraison et de charité. La lumière de Dieu se
multiplie en d'infinies splendeurs quand s'y trouvent les perfections de Dieu dont chacune suscite dans le
saint une vertu qui s'exerce héroïquement si le serviteur de Dieu tient le quartz inattaquable de son âme à
l'abri de la noire fumée de toutes les mauvaises passions fumeuses. Quartz inattaquable. Inattaquable ! (Jésus
parle d'une voix de tonnerre dans cette conclusion et la voix résonne dans l'amphithéâtre naturel.) Dieu seul a
le droit et le pouvoir de rayer ce cristal, d'y écrire son Nom très saint avec le diamant de sa volonté. Alors ce
Nom devient un ornement qui multiplie les facettes de surnaturelle beauté sur le quartz très pur.

Mais si l'imbécile serviteur du Seigneur, en perdant le contrôle de lui-même et la vue de sa mission toute
entière et uniquement surnaturelle, laisse marquer sur ce cristal de faux ornements, des égratignures et non
des gravures, des chiffres mystérieux et sataniques tracés par la griffe de feu de Satan, alors non, la lampe
admirable n'a plus sa splendide et toujours intacte beauté, mais elle se lézarde et se ruine, étouffant la
flamme sous les débris du cristal éclaté ou, si elle ne se lézarde pas, produit un amas de signes d'une nature

143
non équivoque sur lesquels sa suie se dépose, s'insinue et corrompt.

Malheur ! Trois fois malheur aux pasteurs qui perdent la charité, qui se refusent de monter jour après jour
pour faire monter le troupeau qui attend leur ascèse pour monter. Je les frapperai en les faisant tomber de
leur place et en éteignant toute leur fumée.

Malheur ! Trois fois malheur aux maîtres qui repoussent la Sagesse pour se saturer d'une science souvent
contraire, toujours orgueilleuse, parfois satanique parce qu'elle les réduit à leur humanité car - écoutez bien
et retenez - alors que le destin de tout homme est de devenir semblable à Dieu par la sanctification qui fait de
l'homme un fils de Dieu, le maître, le prêtre devrait dès cette terre en posséder déjà l'aspect, le seul, celui de
fils de Dieu. Il devrait avoir l'aspect d'une créature toute âme et toute perfection. Il devrait avoir, pour aspirer
vers Dieu ses disciples. Anathème aux maîtres chargés d'assurer l'enseignement surhumain qui deviennent
des idoles de savoir humain.

Malheur ! Sept fois malheur à ceux, parmi mes prêtres, dont l'esprit est mort, qui sont devenus insipides,
dont la chair souffre d'une tiédeur maladive, dont le sommeil est rempli d'apparitions hallucinantes de tout ce
qui existe, sauf le Dieu Un et Trin ; plein de toutes sortes de calculs, sauf le désir surnaturel d'augmenter les
richesses des cœurs et de Dieu. Ils vivent, ensevelis dans leur humanité, mesquins, engourdis, entraînant
dans leurs eaux mortes ceux qui les suivent croyant qu'il sont la "vie". Malédiction de Dieu sur ceux qui
corrompent mon petit troupeau, mon troupeau aimé. Ce n'est pas à ceux qui périssent par suite de votre
indolence, ô serviteurs défaillants du Seigneur, mais à vous que je demanderai des comptes et que
j'imposerai une punition, pour toute heure et pour tout temps gâchés pour tout le mal qui a pu survenir ou en
résulter.

Rappelez-vous ces paroles. Et maintenant, allez. Je monte sur la cime. Mais vous, dormez. Demain, pour le
troupeau, le Pasteur ouvrira les pâturages de la Vérité."

144
Sel de la terre et lumière du monde

13 “ Vous êtes, vous,


Le sel de la terre. Mais si le sel s‟affadit,
Avec quoi sera-t-il salé ? Il n‟est plus bon
À rien qu‟à être jeté dehors, piétiné
Par les hommes.

14 Vous êtes, vous, la lumière du monde.


Une ville ne se peut cacher quand elle est
Située sur une montagne. 15 Personne n‟allume
Une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais bien
Sur le lampadaire, et elle brille dans la maison
Pour tous.

16 Que brille votre lumière devant les hommes


Afin qu‟ils voient vos belles œuvres et glorifient
Votre père qui est dans les cieux.

145
Le sermon sur la montagne, les Béatitudes, première partie

Dieu ne vous fait pas violence dans votre pensée ni non plus dans votre sanctification. Vous êtes libres. Mais
Il vous rend la force. Il vous délivre de la domination de Satan. À vous de reprendre le joug infernal, ou de
mettre à votre âme des ailes d'ange. Tout dépend de vous pour me prendre comme frère pour que je vous
guide et vous nourrisse d'une nourriture immortelle.

"Comment conquérir Dieu et son Royaume en suivant une autre voie plus douce que la voie sévère du Sinaï
?" dites-vous. Il n'y a pas d'autre chemin, il y a celui-ci. Mais cependant ne le regardons pas sous le jour de la
menace, mais sous le jour de l'amour. Ne disons pas : "Malheur si je ne fais pas ceci !" en restant tremblants
dans l'attente du péché, de n'être pas capable de ne pas pécher. Mais disons : "Bienheureux serai-je si je fais
ceci" et avec un élan de joie surnaturelle, joyeux, élançons-nous vers ces béatitudes, qui naissent de
l'observation de la Loi comme les roses naissent dans un buisson épineux.

Bienheureux si je suis pauvre en esprit, car alors le Royaume des Cieux est à moi !

Bienheureux si je suis doux, parce que j'aurai la Terre en héritage !

Bienheureux si je suis capable de pleurer sans me révolter, car je serai consolé !

Bienheureux si plus que du pain et du vin qui rassasient la chair, j'ai faim de justice. La Justice me
rassasiera !

Bienheureux si je suis miséricordieux, car je profiterai de la divine miséricorde !

Bienheureux si je suis pur de cœur, car Dieu se penchera sur mon cœur pur, et moi je Le verrai !

Bienheureux si j'ai l'esprit de paix, car Dieu m'appellera son fils, car je serai dans la paix et dans l'amour, et
Dieu est l'Amour qui aime celui qui est semblable à Lui !

Bienheureux si, par fidélité à la justice, je suis persécuté parce que pour me dédommager des persécutions

146
de la terre, Dieu me donnera le Royaume des Cieux !

Bienheureux si on m'outrage et si on m'accuse à tort pour savoir être ton fils, ô Dieu! Ce n'est pas la
désolation mais la joie que cela doit m'apporter, car cela me mettra au niveau de tes meilleurs serviteurs, les
Prophètes, qui furent persécutés pour la même raison et avec lesquels je crois fermement que je partagerai la
même récompense, grande, éternelle, dans le Ciel qui m'appartient !"

Regardons ainsi le chemin du salut à travers la joie des saints.

"Bienheureux serai-je si je suis pauvre en esprit."

Oh ! fièvre satanique des richesses à quels délires tu conduis les hommes ! Les riches, les pauvres. Le riche
qui vit pour son or, idole infâme de son esprit en ruines. Le pauvre qui vit de la haine qu'il a pour le riche qui
possède l'or, et même s'il ne se rend pas matériellement homicide, il proclame ses anathèmes contre les
riches, leur souhaitant toutes sortes de maux. Il ne suffit pas de ne pas commettre le mal, il faut encore ne pas
désirer le faire. Celui qui maudit en souhaitant malheurs et mort ne diffère pas beaucoup de celui qui tue
matériellement, car il a en lui le désir de voir périr celui qu'il hait. En vérité je vous dis que le désir n'est
qu'un acte que l'on retient, comme le fruit d'une conception déjà formé mais non expulsé. Le désir mauvais
empoisonne et corrompt, car il dure davantage que l'acte violent. Il s'enracine plus profondément que l'acte
lui-même.

Celui qui est pauvre en esprit, s'il est matériellement riche ne pèche pas à cause de l'or, mais avec son or il
réalise sa sanctification parce qu'il en fait de l'amour. Aimé et béni, il est semblable à ces sources qui sauvent
les voyageurs dans les déserts et qui se donnent sans avarice, heureuses de pouvoir se donner pour soulager
ceux qui désespèrent. S'il est réellement pauvre, il est joyeux dans sa pauvreté et trouve son pain agréable. Il
est joyeux car il échappe à la fièvre de l'or, son sommeil ignore les cauchemars et il se lève bien reposé pour
se mettre tranquillement à son travail qui lui est léger parce qu'il le fait sans avidité et sans envie.

147
L'homme peut être riche matériellement avec l'or, moralement par ce qu'il affectionne. Sous le nom d'or, on
comprend non seulement les ressources pécuniaires, mais les maisons, les champs, les bijoux, les meubles,
les troupeaux, tout ce qui en somme donne l'aisance à la vie. Les richesses morales consistent dan s: les liens
de parenté ou de mariage, les amitiés, les richesses intellectuelles, les charges publiques. Comme vous le
voyez, pour la première catégorie le pauvre peut dire : "Oh ! pour moi, il me suffit de ne pas envier celui qui
possède et je me contente de la situation qui m'est imposée" ; pour la seconde, celui qui est pauvre doit
encore se surveiller car le plus misérable des hommes peut devenir coupable si son esprit n'est pas détaché.
Celui qui s'attache immodérément à quelque chose, celui-là pèche.

Vous direz : "Mais alors, nous devons haïr le bien que Dieu nous a accordé ? Mais alors, pourquoi
commande-t-Il d'aimer le père, la mère, l'épouse, les enfants et pourquoi dit-Il : 'Tu aimeras ton prochain
comme toi-même ?" Il faut distinguer. Nous devons aimer le père, la mère, l'épouse et le prochain, mais dans
la mesure que Dieu nous a fixée : "comme nous-mêmes". Tandis que Dieu doit être aimé par-dessus tout et
avec tout nous-mêmes. Nous ne devons pas aimer Dieu comme nous aimons ceux qui nous sont les plus
chers : celle-ci parce qu'elle nous a allaités, cette autre parce qu'elle dort sur notre poitrine et qu'elle nous
donne des enfants, mais nous devons l'aimer avec tout nous-mêmes : c'est-à-dire avec toute la capacité
d'aimer qui existe dans l'homme : amour de fils, amour d'époux, amour d'ami et oh! ne vous scandalisez pas !
amour de père. Oui, pour les intérêts de Dieu, nous devons avoir le même soin qu'un père a pour ses enfants
pour lesquels il veille avec amour sur ses biens et les développe, et s'occupe et se préoccupe de sa croissance
physique et culturelle et de sa réussite dans le monde.

L'amour n'est pas un mal et ne doit pas devenir un mal. Les grâces que Dieu nous accorde ne sont pas un mal
et ne doivent pas devenir un mal. Elles sont amour. C'est par amour qu'elles sont données. C'est avec amour
qu'il faut user de ces richesses d'affections et de biens que Dieu nous accorde. Et seul celui qui ne s'en fait
pas des idoles, mais des moyens pour servir Dieu dans la sainteté, montre qu'il n'a pas d'attachement
coupable pour ces biens. Il pratique alors la sainte pauvreté d'esprit qui se dépouille de tout pour être plus
libre de conquérir le Dieu Saint, Suprême Richesse. Conquérir Dieu, c'est-à-dire posséder le Royaume des
Cieux.

148
"Bienheureux serai-je si je suis doux."

Cela peut sembler contraster avec les exemples de la vie journalière. Ceux qui manquent de douceur
semblent triompher dans les familles, dans les villes et les nations. Mais est-ce un vrai triomphe ? Non. C'est
la peur qui en apparence tient soumis ceux qui sont accablés par un despote, mais en réalité, ce n'est qu'un
voile qui cache le bouillonnement de la révolte contre le tyran. Ils ne possèdent pas les cœurs de leurs
familiers, ni de leurs concitoyens, ni de leurs sujets ceux qui sont coléreux et dominateurs. Ils ne soumettent
pas les intelligences et les esprits à leurs enseignements ces maîtres du "je l'ai dit et je l'ai dit". Mais ils ne
forment que des autodidactes, des gens qui recherchent une clef qui puisse ouvrir les portes closes d'une
sagesse ou d'une science dont ils soupçonnent l'existence et qui est opposée à celle qu'on leur impose.

Ils n'amènent pas à Dieu ces prêtres qui ne vont pas à la conquête des esprits avec une douceur patiente,
humble, aimante, mais qui semblent des guerriers armés qui se lancent à l'attaque, tant ils marchent avec
violence et intransigeance contre les âmes... Oh! pauvres âmes ! Si elles étaient saintes, elles n'auraient pas
besoin de vous, prêtres, pour rejoindre la Lumière. Elles l'auraient déjà en elles. Si elles étaient justes, elles
n'auraient pas besoin de vous, juges, pour être retenues par le frein de la justice. Elles l'auraient déjà en elles.
Si elles étaient saines, elles n'auraient besoin de personne pour les soigner. Soyez donc doux. Ne mettez pas
les âmes en fuite. Attirez-les par l'amour, car la douceur c'est de l'amour tout comme la pauvreté d'esprit.

Si vous êtes doux vous aurez la Terre en héritage. Vous amènerez à Dieu ce domaine qui appartenait à Satan.
En effet votre douceur, qui est aussi amour et humilité, aura vaincu la Haine et l'Orgueil en tuant dans les
âmes le roi abject de l'orgueil et de la haine, et le monde vous appartiendra et donc appartiendra à Dieu, car
vous serez les justes qui reconnaissent Dieu comme le Maître absolu de la création, à qui on doit donner
louange et bénédiction et rendre tout ce qui Lui appartient.

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"Bienheureux serai-je si je sais pleurer sans me révolter."

La douleur existe sur la terre, et la douleur arrache des larmes à l'homme. La douleur n'existait pas. Mais
l'homme l'a apportée sur la terre, et par la dépravation de son intelligence s'efforce de la faire croître, de
toutes les façons. Il y a les maladies, les malheurs qu'amènent la foudre, la tempête, les avalanches, les
tremblements de terre, mais voilà que l'homme pour souffrir et surtout pour faire souffrir - car nous
voudrions que ce soit non pas nous, mais les autres qui pâtissent des moyens étudiés pour faire souffrir -
voilà que l'homme invente des armes meurtrières toujours plus terribles et des tortures morales toujours plus
astucieuses. Que de larmes l'homme arrache à l'homme à l'instigation de son roi secret, Satan ! Et pourtant,
en vérité je vous dis que ces larmes n'amoindrissent pas l'homme mais le perfectionnent.

L'homme est un enfant distrait, un étourdi superficiel, un être d'intelligence tardive jusqu'à ce que les larmes
en fassent un adulte, réfléchi, intelligent. Seuls ceux qui pleurent ou qui ont pleuré savent aimer et
comprendre. Aimer les frères qui pleurent comme lui, les comprendre dans leurs douleurs, les aider avec une
bonté qui a éprouvé comme cela fait mal d'être seul quand on pleure. Et ils savent aimer Dieu, car ils ont
compris que tout est douleur excepté Dieu, parce qu'ils ont compris que la douleur s'apaise si on pleure sur le
cœur de Dieu, parce qu'ils ont compris que les larmes résignées qui ne brisent pas la foi, qui ne rendent pas
la prière aride, qui ne connaissent pas la révolte, changent de nature, et de douleur deviennent consolation.

Oui. Ceux qui pleurent en aimant le Seigneur seront consolés.

"Bienheureux serai-je si j'ai faim et soif de justice."

Du moment où il naît jusqu'au moment où il meurt, l'homme est avide de nourriture. Il ouvre la bouche à sa
naissance pour saisir le tétin, il ouvre les lèvres pour absorber de quoi se restaurer dans les étreintes de
l'agonie. Il travaille pour se nourrir. La terre est pour lui comme un sein gigantesque auquel il demande
incessamment sa nourriture pour ce qui meurt. Mais, qu'est l'homme ? Un animal ? Non, c'est un fils de
Dieu. En exil pendant des années plus ou moins nombreuses, mais sa vie n'est pas finie quand il change de

150
demeure.

Il y a une vie à l'intérieur de la vie comme dans une noix il y a le cerneau. Ce n'est pas la coque qui est la
noix, mais c'est le cerneau intérieur qui est la noix. Si vous semez une coque de noix, rien ne pousse, mais si
vous semez la coque avec la pulpe, il naît un grand arbre. Il en est ainsi de l'homme. Ce n'est pas la chair qui
devient immortelle, c'est l'âme. Et il faut la nourrir pour l'amener à l'immortalité à laquelle, par amour, elle
peut amener la chair dans la résurrection bienheureuse. La nourriture de l'âme, c'est la Sagesse et la Justice.
On les absorbe comme un liquide et une nourriture fortifiants. Et plus on s'en nourrit, plus augmente la sainte
avidité de posséder la Sagesse et de connaître la Justice. Mais il viendra un jour où l'âme insatiable de cette
sainte faim sera rassasiée. Ce jour viendra. Dieu se donnera à son enfant, il l'attachera directement à son sein,
et l'enfant au Paradis se rassasiera de la Mère admirable qui est Dieu Lui-même et ne connaîtra jamais plus la
faim mais se reposera bienheureux sur le sein divin. Aucune science humaine n'atteint cette science divine.
La curiosité de l'intelligence peut être satisfaite, mais pas les besoins de l'esprit. Et même à cause de la
différence de saveur, l'esprit éprouve du dégoût et détourne sa bouche du tétin amer, préférant souffrir de
faim qu'absorber une nourriture qui n'est pas venue de Dieu.

N'ayez aucune crainte, vous qui êtes assoiffés ou affamés de Dieu ! Restez fidèles et vous serez rassasiés par
Celui qui vous aime.

"Bienheureux serai-je si je suis miséricordieux."

Qui, d'entre les hommes, peut dire : "Je n'ai pas besoin de miséricorde"? Personne. Or si dans l'ancienne Loi
il est dit : "Oeil pour oeil et dent pour dent" pourquoi ne devrait-on pas dire dans la nouvelle : "Qui aura été
miséricordieux trouvera miséricorde" ? Tous ont besoin de pardon.

Eh bien ! ce n'est pas la formule et la forme d'un rite, qui ne sont que des symboles extérieurs accordés à

151
l'opaque esprit humain, qui obtiennent le pardon. Mais c'est le rite intérieur de l'amour, ou encore de la
miséricorde. Que si on a imposé le sacrifice d'un bouc ou d'un agneau et l'offrande de quelques pièces de
monnaie, cela fut fait parce qu'à la base de tout mal on trouve encore toujours deux racines : la cupidité et
l'orgueil. La cupidité est punie par la dépense qu'il faut faire pour l'offrande, l'orgueil par la confession
publique du rite : "Je célèbre ce sacrifice parce que j'ai péché." Et cela se fait aussi pour annoncer les temps
et les signes des temps, et le sang répandu est la figure du Sang qui sera répandu pour effacer les péchés des
hommes.

Bienheureux donc celui qui sait être miséricordieux pour ceux qui sont affamés, nus, sans toit, pour ceux
encore plus misérables qui sont ceux qui ont un mauvais caractère qui fait souffrir ceux qui le possèdent et
ceux qui vivent avec eux. Ayez de la miséricorde. Pardonnez, compatissez, secourez, instruisez, soutenez.
Ne vous enfermez pas dans une tour de cristal en disant : "Moi, je suis pur, et je ne descends pas parmi les
pécheurs". Ne dites pas : "Je suis riche et heureux et je ne veux pas entendre parler des misères d'autrui."
Pensez que plus vite que la fumée que disperse un grand vent votre richesse peut se dissiper et aussi votre
santé, votre aisance familiale. Et rappelez-vous que le cristal fait office de loupe et que ce qui serait passé
inaperçu en vous mêlant à la foule, vous ne pourrez plus le tenir caché si vous vous établissez dans une tour
de cristal, seuls, séparés, éclairés de tous côtés.

Miséricorde pour accomplir un sacrifice secret, continuel, saint d'expiation et obtenir miséricorde.

"Bienheureux serai-je si j'ai le cœur pur."

Dieu est Pureté. Le Paradis est le Royaume de la Pureté. Rien d'impur ne peut entrer au Ciel où est Dieu. Par
conséquent, si vous êtes impurs, vous ne pourrez entrer dans le Royaume de Dieu. Mais, oh ! joie ! Joie
anticipée que Dieu accorde à ses fils ! Celui qui est pur possède dès cette terre un commencement de Ciel,
car Dieu se penche sur celui qui est pur, et l'homme qui vit sur la terre voit son Dieu. Il ne connaît pas la
saveur des amours humaines mais il goûte, jusqu'à l'extase, la saveur de l'amour divin. Il peut dire : "Je suis

152
avec Toi et Tu es en moi. Je te possède donc et je te connais comme l'époux très aimable de mon âme." Et
croyez que celui qui possède Dieu subit, inexplicables à lui-même, des changements substantiels qui le
rendent saint, sage, fort. Sur ses lèvres s'épanouissent des paroles, et ses actes possèdent une puissance qui
n'est pas de la créature, mais de Dieu qui vit en elle.

Qu'est la vie de celui qui voit Dieu ? Béatitude. Et vous voudriez vous priver d'un pareil don par une fétide
impureté ?

"Bienheureux serai-je si j'ai un esprit pacifique."

La paix est une des caractéristiques de Dieu. Dieu n'est que dans la paix. Car la paix est amour alors que la
guerre est haine. Satan, c'est la Haine. Dieu, c'est la Paix. Personne ne peut se dire fils de Dieu et Dieu ne
peut reconnaître pour son fils un homme qui a un esprit irascible et toujours prêt à déchaîner des tempêtes.
Non seulement, mais de même ne peut se dire fils de Dieu celui qui, ne déchaînant pas personnellement des
tempêtes, ne contribue pas par sa grande paix à calmer les tempêtes suscitées par d'autres. Le pacifique
répand la paix même s'il se tait. Maître de lui-même et J'ose dire maître de Dieu, il la porte comme une
lampe porte sa lumière, comme un encensoir répand son parfum, comme une outre porte son liquide, et il
produit la lumière parmi les nuées fumantes des rancœurs. Il purifie l'air des miasmes des aigreurs, il calme
les flots furieux des procès par cette huile suave qu'est l'esprit de paix qui émane des fils de Dieu.

Faites que Dieu et les hommes puissent vous appeler ainsi.

"Bienheureux serai-je si je suis persécuté pour mon amour de la Justice."

L'homme est tellement satanisé qu'il hait le bien partout où il se trouve, qu'il hait celui qui est bon, comme si
celui qui est bon, jusque par son silence, l'accusait et lui faisait des reproches. En effet la bonté de quelqu'un
fait paraître encore plus noire la méchanceté du méchant. En effet la foi du vrai croyant fait ressortir encore

153
plus vivement l'hypocrisie du faux croyant. En effet, il ne peut pas ne pas être détesté par ceux qui sont
injustes, celui qui par sa manière de vivre témoigne sans cesse en faveur de la justice. Et alors, voilà qu'on se
déchaîne contre ceux qui aiment la justice.

Ici, aussi, c'est comme pour les guerres. L'homme progresse dans l'art satanique de persécuter plus qu'il ne
progresse dans l'art saint de l'amour. Mais il ne peut que persécuter ce dont la vie est brève. L'éternel qui est
dans l'homme échappe aux pièges et acquiert ainsi une vitalité plus vigoureuse du fait de la persécution. La
vie s'enfuit par les blessures qui saignent ou pour les privations qui épuisent celui qui est persécuté, mais le
sang fait la pourpre du futur roi et les privations sont autant d'échelons pour s'élever jusqu'aux trônes que le
Père a préparés pour ses martyrs, auxquels sont réservés les sièges royaux du Royaume des Cieux.

"Bienheureux serai-je si on m'outrage et me calomnie."

Ne faites que ce qui peut mériter que votre nom soit inscrit dans les livres célestes, là où ne sont pas notés les
noms d'après les mensonges des hommes et les louanges décernées à ceux qui les méritent le moins. Mais
où, par contre, sont inscrites avec justice et amour les oeuvres des bons pour qu'ils puissent recevoir la
récompense promise à ceux qui sont bénis de Dieu.

Jusqu'à présent on a calomnié et outragé les Prophètes. Mais quand s'ouvriront les portes des Cieux, comme
des rois imposants, ils entreront dans la Cité de Dieu et ils seront salués par les anges, chantant de joie. Vous
aussi, vous aussi, outragés et calomniés pour avoir appartenu à Dieu, aurez le triomphe céleste et quand le
temps sera fini et le Paradis rempli, alors toute larme vous sera chère parce que par elle vous aurez conquis
cette gloire éternelle qu'au nom du Père je vous promets.

Allez. Demain je vous parlerai encore. Que restent seulement les malades pour que je les secoure dans leurs
peines. Que la paix soit avec vous, et que la méditation du salut par le moyen de l'amour vous mette sur la
route qui aboutit au Ciel."

154
Les béatitudes Matthieu 5 1-12

5 1 Voyant
Les foules, il monta dans la montagne, ses disciples
Quand il se fut assis, s‟avancèrent vers lui.
2 Ouvrant la bouche, il les enseignait en disant :
3 “ Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, le règne
Des cieux est à eux ”. 4 Heureux les doux, de la terre
Ils hériteront. 5 Heureux ceux qui sont en deuil,
Ils seront consolés. 6 Heureux ceux qui ont faim
Et soif de justice, car ils seront rassasiés.
7 Heureux les miséricordieux, ils obtiendront
La miséricorde. 8 Heureux ceux qui ont le cœur
Purifié, ils verront Dieu. 9 Heureux ceux qui font
Œuvre de paix, parce qu‟ils seront appelés
Fils de Dieu. 10 Heureux ceux qui sont persécutés
À cause de la justice, car le règne des cieux
Est à eux.

11 Heureux lorsqu‟on vous insultera,


Lorsqu‟on vous persécutera et qu‟on dira
Faussement contre vous toutes sortes de mal,
À cause de moi, (heureux) serez-vous.

12 Soyez
Dans la joie et exultez, car votre salaire
Est grand dans les cieux. Et l‟on a persécuté
Ainsi les prophètes d‟avant vous.

155
La maison bâtie sur le roc

Jésus, debout sur un rocher, parle à une foule nombreuse. C'est un endroit alpestre. Une colline solitaire entre
deux vallées. Le sommet de la colline est en forme de joug ou plutôt en forme de bosse de chameau, de sorte
qu'à peu de mètres de la cime elle offre un amphithéâtre naturel où la voix résonne avec netteté comme dans
une salle de concert très bien construite.

La colline n'est qu'une fleur. Ce doit être la belle saison. Les moissons des plaines commencent à prendre
une couleur blonde et seront bientôt prêtes pour la faux. Au nord une montagne élevée resplendit avec son
névé au soleil. Immédiatement au-dessous, à l'orient, la mer de Galilée paraît un miroir brisé dont les
innombrables éclats semblent des saphirs embrasés par le soleil. Elle éblouit avec son scintillement azur et or
sur lequel ne se reflète que quelques nuages floconneux qui traversent un ciel très pur et les ombres mobiles
de quelques voiles. Ce doit être encore les premières heures de la matinée car l'herbe de la montagne a
encore quelques diamants de rosée disséminés parmi les tiges. Au-delà du lac de Génésareth il y a des
plaines éloignées qui par l'effet d'un léger brouillard, peut-être la rosée qui s'évapore, semblent prolonger le
lac mais avec des teintes d'opale veinée de vert, et plus loin encore une chaîne de montagnes dont la côte très
capricieuse fait penser à un dessin de nuages sur un ciel serein.

Certains sont assis sur l'herbe ou sur des pierres, d'autres sont debout. Le collège apostolique n'est pas au
complet. Je vois Pierre et André, Jean et Jacques, et j'entends qu'on appelle les deux autres Nathanaël et
Philippe. Puis, il y en a un autre qui est ou qui n'est pas dans le groupe. C'est peut-être le dernier arrivé : ils
l'appellent Simon. Les autres ne sont pas là, à moins que je ne les distingue pas au milieu de la foule
nombreuse.

Le discours est déjà commencé depuis un moment. Je comprends qu'il s'agit du sermon sur la montagne.
Mais les béatitudes sont déjà énoncées. Je dirais même que le discours approche de sa fin car Jésus dit :

156
"Faites ceci et vous en serez grandement récompensés, car le Père qui est aux Cieux est miséricordieux avec
les bons et sait rendre au centuple. Je vous dis donc..."

Un grand mouvement se produit dans la foule qui se trouve vers le sentier conduisant au plateau. Les gens
les plus proches de Jésus se retournent. L'attention se détourne. Jésus cesse de parler et tourne son regard
dans la même direction que les autres. Il est sérieux et beau dans son habit bleu foncé, avec les bras croisés
sur la poitrine et le soleil qui effleure son visage avec le premier rayon qui passe au-dessus du pic oriental de
la colline.

"Faites place, plébéiens" crie une coléreuse voix d'homme. "Faites place à la beauté qui passe"... quatre jolis
cœurs tout pomponnés s'avancent et l'un est certainement un romain car il porte la toge. Ils portent en
triomphe sur leurs mains croisées pour faire un siège Marie de Magdala, encore grande pécheresse.

Elle rit de sa bouche très belle, elle rejette en arrière sa tête à la chevelure d'or toute en tresses et boucles
retenues par des épingles précieuses et par une lame d'or parsemée de perles qui enserre le sommet du front
comme un diadème et d'où descendent de légères boucles pour voiler ses yeux splendides rendus encore plus
grands et plus séduisants par un savant artifice. Le diadème, ensuite, disparaît derrière les oreilles sous la
masse des tresses qui retombent sur le cou très blanc et découvert. Et même... le découvert va bien au-delà
du cou. Les épaules sont découvertes jusqu'aux omoplates et la poitrine beaucoup plus encore. Son vêtement
est retenu aux épaules par deux chaînettes d'or. Les manches sont inexistantes. Le tout est recouvert, si l'on
peut dire, par un voile qui sert uniquement à mettre la peau à l'abri du bronzage. Le vêtement est très léger et
la femme se jetant, comme elle fait, par cajolerie, sur l'un ou l'autre de ses adorateurs, semble se jeter nue sur
eux. J'ai l'impression que le romain est le préféré, car c'est à lui que s'adressent de préférence les sourires et
les coups d‟œil et il reçoit plus souvent la tête sur son épaule.

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"Voilà, la déesse est satisfaite." dit le Romain. "Rome a donné une monture à la nouvelle Vénus et là se
trouve l'Apollon que tu as voulu voir. Charme-le donc... mais laisse-nous aussi quelques bribes de tes
charmes."

Marie rit et d'un mouvement agile et provocant se jette à terre découvrant ses pieds chaussés de sandales
blanches avec des boucles d'or et une partie de la jambe. Puis couvrant le tout, le vêtement très ample, de
laine fine comme le voile et très blanc, retenu à la taille, mais très bas à la hauteur des hanches, par une
ceinture à boucles d'or dénouées. Et la femme se dresse comme une fleur de chair, une fleur impure, éclose
par un sortilège sur le plateau vert où se trouvent quantité de muguets et de narcisses sauvages.

Elle est belle plus que jamais. La bouche petite et pourpre semble un œillet qui se détache sur la blancheur
d'une dentition parfaite. Le visage et le corps pourraient satisfaire le peintre ou le sculpteur le plus difficile
tant pour les teintes que pour les formes. Large de poitrine avec des hanches bien proportionnées, avec une
taille naturellement souple et fine en comparaison de la poitrine et des hanches, elle semble une déesse
comme l'a dit le Romain, une déesse sculptée dans un marbre légèrement rosé sur lequel l'étoffe légère se
tend sur les côtés pour retomber ensuite en plis nombreux sur le devant. Tout est étudié pour plaire.

Jésus la regarde fixement, et elle soutient effrontément son regard en riant et en se tournant légèrement à
cause des chatouilles que le Romain, lui fait en passant sur ses épaules et sur son sein découverts un brin de
muguet cueilli dans l'herbe. Marie, avec un courroux étudié et faux, relève son voile en disant : "Respecte
ma candeur" ce qui fait éclater les quatre en un bruyant éclat de rire.

Jésus continue de la fixer. Quand le bruit des éclats de rire s'atténue, comme si l'apparition de la femme avait
rallumé la flamme du discours qui tombait, Jésus reprend la parole et ne la regarde plus. Mais il regarde ses
auditeurs qui paraissent agités et scandalisés par cette aventure.

158
Jésus reprend : "J'ai dit d'être fidèles à la Loi, humbles, miséricordieux, d'aimer non seulement les frères nés
des mêmes parents mais tous ceux qui sont pour vous des frères parce qu'ils ont la même origine humaine. Je
vous ai dit que le pardon est plus utile que la rancœur, qu'il vaut mieux compatir que d'être inexorables. Mais
maintenant je vous dis qu'on ne doit pas condamner si on n'est pas exempt du péché qui nous porterait à
condamner. Ne faites pas comme les scribes et les pharisiens qui sont sévères avec tout le monde, mais pas
avec eux-mêmes. Ils appellent impur ce qui est extérieur et peut ne souiller que l'extérieur, et ils accueillent
l'impureté au plus profond de leur sein, dans leur cœur.

Dieu n'est pas avec ceux qui sont impurs, car l'impureté corrompt ce qui est la propriété de Dieu : les âmes,
et surtout les âmes des petits qui sont les anges répandus sur la terre. Malheur à ceux qui leur arrachent les
ailes avec la cruauté de fauves démoniaques et qui jettent dans la boue ces fleurs du Ciel en leur faisant
connaître le goût de la matière ! Malheur !... Il vaudrait mieux qu'ils meurent brûlés par la foudre plutôt que
d'arriver à un tel péché !

Malheur à vous, riches et jouisseurs ! Car c'est justement parmi vous que fermente la plus grande impureté à
laquelle l'oisiveté et l'argent servent de lit et d'oreiller ! Maintenant, vous êtes repus. La nourriture des
concupiscences vous arrive jusqu'à la gorge et vous étrangle. Mais vous aurez faim, une faim redoutable et
que rien ne rassasiera ni n'adoucira pendant l'éternité. Maintenant vous êtes riches. Que de bien vous
pourriez faire avec votre richesse ! Mais vous en faites un mal pour vous et pour les autres. Vous connaîtrez
une pauvreté atroce un jour, lequel n'aura pas de fin. Maintenant vous riez. Vous vous prenez pour des
triomphateurs. Mais vos larmes rempliront les étangs de la Géhenne et elles ne s'arrêteront plus.

Où se niche l'adultère ? Où se niche la corruption des jeunes filles ? Qui a deux ou trois lits de débauche, en
plus de son lit d'époux, et sur lesquels il répand son argent et la vigueur d'un corps que Dieu lui a donné sain
pour qu'il travaille pour sa famille et non pour qu'il s'épuise en débauches dégoûtantes qui le mettent au-
dessous d'une bête immonde ? Vous avez appris qu'il a été dit : "Ne commets pas l'adultère." Mais Moi, je
vous dis que celui qui aura regardé une femme avec un désir impur, que celle qui est allée vers un homme
avec un désir impur, avec cela seulement, a déjà commis l'adultère en son cœur. Aucune raison ne justifie la

159
fornication, Aucune. Ni l'abandon et la répudiation d'un mari. Ni la pitié envers une femme répudiée. Vous
n'avez qu'une seule âme. Quand elle est engagée avec une autre par un pacte de fidélité, qu'elle ne mente pas,
autrement ce beau corps avec lequel vous péchez ira avec vous, âmes impures, dans des flammes qui ne
s'éteindront pas. Mutilez-le plutôt, mais ne le tuez pas pour toujours par la damnation. Redevenez hommes,
vous, les riches, sentines vermineuses du vice, redevenez hommes pour ne pas inspirer le dégoût au Ciel..."

Marie, au commencement, a écouté avec un visage qui était un poème de séduction et d'ironie, éclatant de
temps à autre en rires méprisants. Sur la fin du discours elle devient rouge de colère. Elle comprend que,
sans la regarder, c'est à elle que Jésus parle. Sa colère s'enflamme toujours plus. Elle se révolte et à la fin elle
n'y résiste plus. Elle s'enveloppe méprisante dans son voile et, suivie par les regards de la foule qui la
méprise et par la voix de Jésus qui la poursuit, elle se sauve à toutes jambes sur la pente en laissant des
morceaux de vêtements aux chardons et aux églantiers qui sont aux bords du sentier. Elle rit de rage et de
mépris.

Jésus reprend : "Vous êtes indignés de cet événement. Cela fait deux jours que notre refuge, bien au-dessus
de la boue, est troublé par le sifflement de Satan. Ce n'est donc plus un refuge, et nous allons le quitter. Mais
je veux terminer pour vous ce code du "plus parfait" dans cette ampleur de lumière et d'horizon. Ici,
réellement, Dieu apparaît dans sa majesté de Créateur et, en voyant ses merveilles, nous pouvons croire
fermement que le Maître c'est Lui et non pas Satan. Le Malin ne pourrait même pas créer un brin d'herbe.
Mais Dieu peut tout. Que cela nous réconforte. Mais vous êtes maintenant tous au soleil. Et cela vous gêne.
Dispersez-vous alors sur les pentes. Il y a de l'ombre et de la fraîcheur. Prenez votre repas, si vous voulez. Je
vous parlerai du même sujet. Plusieurs raisons nous ont retardés. Mais ne le regrettez pas. Ici, vous êtes avec
Dieu."

La foule crie : "Oui, oui, avec Toi" et les gens s'en vont sous les bosquets épars du côté de l'orient de façon
que le versant de la colline et les branches les abritent du soleil déjà trop chaud.

Entre temps, Jésus dit à Pierre de démonter la tente.

160
"Mais... nous partons réellement ?"

"Oui."

"Parce qu'elle est venue, elle ? ..."

"Oui, mais ne le dis à personne et surtout pas au Zélote. Il en resterait affligé à cause de Lazare. Je ne puis
permettre que la parole de Dieu soit exposée au mépris des païens..."

"Je comprends, je comprends..."

"Alors, comprends aussi une autre chose."

"Laquelle, Maître ?"

"La nécessité de se taire en certains cas. Je me fie à toi. Tu m'es si cher mais tu es aussi d'une impulsivité qui
te fait faire des observations blessantes."

"Je comprends... tu ne veux pas à cause de Lazare et de Simon..."

"Et pour d'autres encore."

"Tu penses qu'il y en aura aujourd'hui ?"

"Aujourd'hui, demain et après-demain et toujours. Et il sera toujours nécessaire de surveiller l'impulsivité de


mon Simon de Jonas. Va, va faire ce que je t'ai dit."

Pierre s'en va, en appelant à son aide ses compagnons. L'Iscariote est resté pensif dans un coin. Jésus
l'appelle par trois fois parce qu'il n'entend pas. À la fin, il se retourne : "Tu me veux, Maître ?" demande-t-il.

"Oui, va toi aussi prendre ta nourriture et aider tes compagnons."

"Je n'ai pas faim. Ni Toi non plus."

"Moi non plus, mais pour des motifs opposés. Tu es troublé, Judas ?"

"Non, Maître. Fatigué..."

"Maintenant nous allons sur le lac, et puis en Judée, Judas. Et chez ta mère. Je te l'ai promis..."

Judas se sent mieux. "Tu viens bien avec moi seul ?"

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"Mais certainement. Aime-moi bien, Judas. Je voudrais que mon amour fût en toi au point de te préserver de
tout mal."

"Maître... je suis un homme. Je ne suis pas un ange. J'ai des moments de fatigue. Est-ce un péché d'avoir
besoin de dormir ?"

"Non, si tu dors sur ma poitrine. Regarde là les gens, comme ils sont heureux et comme il est gai d'ici, le
paysage. Cependant la Judée aussi doit être très belle au printemps."

"Très belle, Maître. Seulement, là-bas sur les montagnes qui sont plus élevées qu'ici, le printemps est plus
tardif. Mais les fleurs sont très belles. Les pommeraies sont une splendeur. La mienne, grâce aux soins de
maman, est une des plus belles. Et quand elle s'y promène avec des colombes qui lui Courent après pour
avoir du grain, crois bien que c'est une vue apaisante pour le cœur."

"Je le crois. Si ma Mère n'est pas trop fatiguée, j'aurais plaisir à l'amener chez la tienne. Elles s'aimeraient,
car elles sont bonnes toutes les deux." Judas, séduit par cette idée, redevient tranquille. Il oublie son manque
d'appétit et sa fatigue et court vers ses compagnons en riant joyeusement. Grand comme il est, il défait sans
fatigue les nœuds les plus élevés et il mange son pain et ses olives, joyeux comme un enfant. Jésus le regarde
avec compassion et puis se dirige vers ses apôtres.

"Voici du pain, Maître, et un œuf. Je me le suis fait donner par ce riche habillé de rouge. Je lui ai dit : "Tu es
heureux d'écouter. Lui parle et il est épuisé. Donne-moi un de tes œufs. Cela fera plus de bien à Lui qu'à toi"

"Mais, Pierre !"

"Non, Maître ! Tu es pâle comme un bébé qui suce un sein épuisé, et tu es en train de devenir maigre comme
un poisson après les amours. Laisse-moi faire ; je ne veux pas avoir de reproches à me faire. Maintenant, je
vais le mettre dans cette cendre chaude. Ce sont les branchages que j'ai brûlés. Tu vas le boire. Je ne sais
combien de temps il y a... combien de jours ? Des semaines certainement qu'on ne mange que du pain et des

162
olives et un peu de lait... Hum ! On dirait qu'on se purge. Et Toi, tu manges moins que tous et tu parles pour
tous. Voici l‟œuf. Bois-le tant qu'il est tiède. Cela te fera du bien."

Jésus obéit et voyant que Pierre ne mange que du pain, il lui demande : "Et toi ? Les olives ?"

"Chut ! Elles vont me servir après. Je les ai promises."

"À qui ?"

"À des enfants. Pourtant, s'ils ne se tiennent pas tranquilles jusqu'à la fin, je mange les olives et je leur donne
les noyaux, c'est-à-dire des claques."

"Mais, très bien !"

"Hé ! je ne les donnerai jamais. Mais si on ne fait pas ainsi ! J'en ai tant reçu, moi aussi, et si on avait dû me
donner toutes celles que je méritais pour mes gamineries, j'aurais dû en recevoir dix fois plus ! Mais cela fait
du bien. C'est parce que j'en ai reçu que je suis ainsi."

Tout le monde rit de la sincérité de l'apôtre. "Maître, je voudrais te dire qu'aujourd'hui c'est vendredi et que
ces gens... je ne sais s'ils pourront se procurer des vivres à temps pour demain ou regagner leurs maisons" dit
Barthélemy.

"C'est vrai ! C'est vendredi !" disent plusieurs.

"Peu importe. Dieu y pourvoira, mais nous le leur dirons." Jésus se lève et va à sa nouvelle place au milieu
de la foule éparse parmi les bosquets. "En premier lieu, je vous rappelle que c'est vendredi. Maintenant je
vous dis que ceux qui craignent de ne pouvoir regagner à temps leurs maisons ou n'arrivent pas à croire que
Dieu donnera demain la nourriture à ses fils, peuvent se retirer tout de suite pour que la nuit ne les surprenne
pas en route."

163
Sur toute la foule, une cinquantaine de personnes se lèvent. Les autres restent où elles sont.

Jésus sourit et commence à parler. "Vous avez appris qu'il a été dit autrefois : "Ne commets pas l'adultère".
Ceux parmi vous, qui m'ont entendu dans d'autres endroits, savent que plusieurs fois j'ai parlé de ce péché.
Parce que, faites bien attention, ce péché n'intéresse pas une seule personne, mais intéresse deux ou trois
personnes. Et je m'explique. Celui qui commet l'adultère pèche pour lui-même, il pèche pour sa complice, il
pèche en portant au péché la femme ou le mari trahi qui peuvent en arriver au désespoir ou à pécher eux-
mêmes. Ceci pour le péché consommé. Mais je vous dis en plus. Je vous dis : "Non seulement le péché
consommé, mais le désir de le consommer est déjà péché." Qu'est-ce que l'adultère ? C'est le désir fiévreux
de celui ou de celle qui n'est pas à nous. On commence à pécher par le désir, on continue par la séduction, on
complète par la persuasion, l'acte couronne le tout.

Comment commence-t-on ? Généralement par un regard impur. Et cela nous ramène à ce que je disais
auparavant. L‟œil impur voit ce qui est caché à celui qui est pur, et par l‟œil, la soif entre dans le gosier, la
faim dans le corps, la fièvre dans le sang. Soif, faim, fièvre charnelle. C'est le commencement du délire. Si
l'autre, la personne regardée est honnête, celui qui délire reste seul à se retourner sur des charbons ardents,
ou bien il en arrive à calomnier pour se venger. Si elle est malhonnête, elle se fait complice du regard et alors
commence la descente vers le péché. Aussi je vous dis : "Celui qui regarde une femme en la désirant, a déjà
commis l'adultère car dans sa pensée il a déjà commis l'acte qu'il désire. Plutôt que cela, si ton œil droit est
pour toi occasion de scandale, arrache-le et jette-le loin de toi. Mieux vaut pour toi être borgne que de
tomber pour toujours dans les ténèbres infernales. Et si ta main droite a péché, coupe-la et jette-la. Il vaut
mieux pour toi avoir un membre de moins plutôt que de tomber tout entier dans l'enfer. Il est vrai qu'il est dit
que ceux qui sont difformes ne peuvent servir Dieu dans le Temple. Mais après la vie, ceux qui sont
difformes de naissance, s'il sont saints ou ceux qui le sont par vertu, deviendront plus beaux que des anges et
serviront Dieu en l'aimant dans la joie du Ciel.

Il a été dit aussi : "Que celui qui renvoie sa femme lui donne un libellé de divorce". Mais c'est une chose à
réprouver. Elle ne vient pas de Dieu. Dieu dit à Adam : "C'est la compagne que j'ai faite pour toi. Croissez et

164
multipliez-vous sur la terre, remplissez-la et soumettez-la à votre pouvoir." Et Adam, rempli d'une
intelligence supérieure car le péché n'avait pas encore troublé sa raison sortie parfaite de Dieu, s'écria :
"Voilà enfin l'os de mes os et la chair de ma chair. On l'appellera Virago, c'est-à-dire un autre moi-même
parce qu'elle est tirée de l'homme. Pour ce motif, l'homme laissera son père et sa mère et les deux seront une
seule chair." Et avec l'éclat d'une splendeur accrue, l'éternelle Lumière approuva avec un sourire ce qu'avait
dit Adam et qui devint la loi première, irréformable. Maintenant, si à cause de la dureté toujours plus grande
de l'homme, le législateur humain dut faire une nouvelle loi; si à cause de l'inconstance croissante de
l'homme, il dut mettre un frein et dire : "Si pourtant tu l'as répudiée, tu ne peux la reprendre", cela n'efface
pas la loi première, authentique, née au Paradis Terrestre et approuvée par Dieu.

Moi, je vous dis : "Quiconque renvoie sa propre femme, excepté le cas de l'adultère bien établi, l'expose à
l'adultère." Parce que, en effet, que fera dans quatre-vingt-dix pour cent des cas la femme répudiée ? Elle
fera un second mariage. Avec quelles conséquences ? Oh ! il y en aurait à dire sur ce sujet ! Ne savez-vous
pas que vous pouvez provoquer des incestes involontaires avec cette manière d'agir ? Que de larmes versées
pour une luxure ! Oui. Une luxure. Cela n'a pas d'autre nom. Soyez francs. On peut tout surmonter quand
l'esprit est droit. Mais tout se prête à motiver les satisfactions de la sensualité quand l'esprit est luxurieux.
Frigidité de la femme, lourdeur, inaptitude aux affaires, humeur grincheuse, amour du luxe, on peut tout
surmonter, même les maladies, même l'irascibilité, si on s'aime saintement. Mais comme après quelque
temps on ne s'aime plus comme au premier jour, voilà qu'alors on regarde comme impossible ce qui est plus
que possible et l'on jette une pauvre femme à la rue et on l'envoie à sa perdition. Commet l'adultère celui qui
répudie sa femme, et celui qui l'épouse après la répudiation. Seule la mort rompt le mariage. Souvenez-vous-
en. Et si vous avez fait un choix malheureux, portez-en les conséquences comme une croix. Vous serez deux
malheureux mais saints, vous ne ferez pas de vos enfants des êtres plus malheureux, ces innocents qui ont
davantage à souffrir de ces situations difficiles. L'amour de vos enfants devrait vous faire réfléchir cent et
cent fois, même dans le cas de la mort du conjoint. Oh ! si vous savez vous contenter de ce que vous avez eu
et auquel Dieu a dit : "Cela suffit" ! Si vous saviez, vous veufs et vous veuves, voir dans la mort non pas un
amoindrissement mais une élévation à une perfection de procréateurs ! Être mère, même pour la mère
défunte. Être père, même pour le père disparu. Avoir deux âmes en une, recueillir l'amour des enfants sur les
lèvres refroidies de la personne qui meurt et dire : "Pars en paix, sans crainte pour ceux qui sont venus de toi.
Je continuerai à les aimer, pour toi et pour moi, de les aimer deux fois, je serai père et mère, et l'infortune de

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l'orphelin ne pèsera pas sur eux. Ils ne connaîtront pas la jalousie naturelle de l'enfant du conjoint remarié
pour celui ou celle qui prend la place sacrée d'une mère, d'un père appelés par Dieu à une autre demeure."

Fils, mon enseignement arrive à sa fin, comme va vers sa fin le jour qui déjà décline, avec le soleil, vers
l'occident. De cette rencontre sur la montagne, je veux que vous vous rappeliez les paroles. Gravez-les dans
vos cœurs. Relisez-les souvent. Qu'elles soient pour vous un guide perpétuel. Et par-dessus tout soyez bons
avec ceux qui sont faibles. Ne jugez pas pour n'être pas jugés. Souvenez-vous qu'il pourrait arriver le
moment où Dieu vous rappellerait : "C'est ainsi que tu as jugé. Tu savais donc que c'était mal. Tu as donc
commis le péché en sachant bien ce que tu faisais. Maintenant subis ta peine."

La charité est déjà une absolution. Ayez la charité en vous, pour tous et à tout propos. Si Dieu vous donne
tant de secours pour vous garder droits, ne vous enorgueillissez pas. Mais cherchez à monter , si longue que
soit l'échelle de la perfection, et tendez la main à ceux qui sont fatigués, ignorants, à ceux qui sont victimes
de subites déceptions. Pourquoi regarder avec tant d'attention le fétu dans l‟œil de ton frère si tu ne te soucies
pas d'abord d'enlever la poutre qui est dans le tien ? Comment peux-tu dire à ton prochain : "Laisse-moi
enlever ce fétu de ton œil" alors que t'aveugle la poutre qui est dans le tien ? Ne sois pas hypocrite, fils.
Enlève d'abord la poutre que tu as dans le tien et alors tu pourras enlever le fétu à ton frère sans l'abîmer
complètement.

Évitez aussi l'imprudence comme le manque de charité. Je vous ai dit : "Tendez la main à ceux qui sont
fatigués, ignorants, victimes de déceptions imprévues." Mais, si c'est charité d'instruire les ignorants,
d'encourager ceux qui n'en peuvent plus, de donner de nouvelles ailes à ceux qui pour de multiples raisons
ont brisé les leurs, c'est une imprudence de dévoiler les vérités éternelles à ceux qui sont infectés par le
satanisme. Ils s'en empareront pour jouer aux prophètes, pour se glisser parmi les simples, pour corrompre,
détourner, souiller de manière sacrilège les choses de Dieu. Respect absolu, savoir parler et savoir se taire,
savoir réfléchir et savoir agir, voilà les vertus du vrai disciple pour faire des prosélytes et servir Dieu. Vous
avez une raison et, si vous êtes justes, Dieu vous donnera toutes ses lumières pour guider encore mieux votre
raison. Pensez que les vérités éternelles ressemblent à des perles. On n'a jamais vu jeter des perles aux

166
pourceaux qui préfèrent des glands et de puantes eaux de vaisselle aux perles précieuses. Ils les piétineraient
sans pitié et après, furieux d'avoir été trompés, ils se retourneraient contre vous pour vous mettre en pièces.
Ne donnez pas les choses saintes aux chiens. Ceci pour maintenant et pour plus tard.

Je vous ai parlé longuement, mes fils. Écoutez mes paroles. Celui qui les écoute et les met en pratique est
comparable à un homme réfléchi qui, voulant construire une maison, choisit un terrain rocheux. Certes il
peinera pour faire les fondations. Il lui faudra travailler avec le pic et le ciseau, se durcir les mains et se
fatiguer les reins. Mais ensuite il pourra couler la chaux dans les fentes de la roche et y poser les briques
serrées comme dans une muraille de forteresse et la maison s'élèvera solide comme une montagne. Que
viennent les intempéries, les ouragans, que les pluies fassent déborder les fleuves, que les vents soufflent,
que les flots la frappent, la maison résistera à tout. Ainsi en est-il de celui dont la foi a de solides fondations.
Au contraire, celui qui écoute sans se laisser pénétrer et ne s'efforce pas de graver mes paroles dans son cœur
parce qu'il sait que pour cela il devrait se donner de la peine, éprouver de la souffrance, extirper trop de
choses, celui-là est semblable à celui qui par paresse et sottise construit sa maison sur le sable. Sitôt que
viennent les intempéries, la maison vite construite aussi vite s'écroule et l'imbécile regarde désolé les
décombres et l'anéantissement de son capital. Et ici, il ne reste qu'une ruine qu'on peut réparer en faisant des
frais et en se donnant du mal. Mais pour l'édifice d'un esprit qui s'est écroulé parce qu'il était mal bâti, il ne
reste plus rien pour la reconstruction. Dans l'autre vie, pas de construction. Malheur à celui qui n'a que des
décombres à présenter !

J'ai fini. Maintenant je descends vers le lac et je vous bénis au nom du Dieu Un et Trin. Que ma paix soit
avec vous."

Mais la foule crie : "Nous venons avec Toi. Laisse-nous venir ! Personne n'a des paroles comme les

tiennes !"

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Et ils se mettent à suivre Jésus qui descend non pas du côté par où il est monté, mais par le côté opposé et
s'en va directement vers Capharnaüm. La descente est plus abrupte, mais beaucoup plus rapide, et ils ont vite
fait d'arriver au pied de la montagne qui débouche dans une plaine verte et fleurie.

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Les malédictions

24 "Malheur à vous,
Les riches, vous avez eu votre consolation
25 Et malheur à vous les repus de maintenant
Vous aurez faim. Malheur, vous riez maintenant,
Car vous connaîtrez le deuil et les larmes 26 Malheur,
Quand tous les hommes diront du bien de vous. C'est bien
De cette manière, en effet qu‟avec les faux
Prophètes leurs pères agissaient.

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La parabole du Semeur

Écoutez, et peut-être vous comprendrez mieux comme peuvent être différents les fruits d'un même travail.

Un semeur s'en alla semer. Ses champs étaient nombreux et de différentes valeurs. Certains étaient un
héritage de son père et la négligence y avait laissé proliférer les plantes épineuses. D'autres, c'était lui qui les
avait acquis : il les avait achetés tels quels à un homme négligent et les avait laissés dans cet état. D'autres
encore étaient coupés de routes car cet homme aimait le confort et il ne voulait pas faire beaucoup de chemin
pour aller d'une pièce à l'autre. Enfin il y en avait quelques-uns, les plus proches de la maison auxquels il
avait consacré tous ses soins pour avoir une vue agréable devant sa demeure. Ces derniers étaient bien
débarrassés des cailloux, des ronces, du chiendent et d'autres encore.

L'homme prit donc son sac de grains de semence, les meilleurs des grains, et il commença l'ensemencement.
Le grain tomba dans la bonne terre ameublie, labourée, propre, bien fumée des champs les plus proches de la
maison. Il tomba sur les champs coupés de chemins et de sentiers, en y amenant de plus la crasse de
poussières arides sur la terre fertile. Une autre partie tomba sur les champs où l'ineptie de 1'homme avait
laissé proliférer les plantes épineuses. Maintenant la charrue les avait bousculées, il semblait qu'elles
n'existaient plus, mais elles étaient toujours là parce que seul le feu, la radicale destruction des mauvaises
plantes les empêche de renaître. Le reste de la semence tomba sur les champs achetés depuis peu et qu'il
avait laissés comme ils étaient sans les défricher en profondeur, sans les débarrasser de toutes les pierres
répandues dans le sol qui y faisait un pavage où les racines tendres ne pouvaient pénétrer. Et puis, après
avoir tout emblavé, il revint à la maison et dit : "Oh ! c'est bien ! Maintenant je n'ai plus qu'à attendre la
récolte." Et puis il se délectait parce qu'au fil des jours il voyait lever épais le grain dans les champs proches
de la maison, et cela poussait... oh ! le soyeux tapis ! et puis les épis... oh ! quelle mer ! puis les blés
blondissaient et chantaient, en battant épi contre épi, un hosanna au soleil L'homme disait : "Tous les autres

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champs vont être comme ceux-ci ! Préparons les faux et les greniers. Que de pain ! Que d'or !" Et il se
délectait...

Il coupa le grain des champs les plus proches et puis passa à ceux hérités de son père, mais laissés sans
culture. Et il en resta bouche bée. Le grain avait abondamment poussé car les champs étaient bons et la terre,
amendée par le père, était grasse et fertile. Mais sa fertilité avait agi aussi sur les plantes épineuses,
bousculées mais toujours vivaces. Elles avaient repoussé et avaient formé un véritable plafond de ramilles
hérissées de ronces au travers duquel le grain n'avait pu sortir qu'avec quelques rares épis. Le reste était mort
presque entièrement, étouffé.

L'homme se dit : "J'ai été négligent à cet endroit, mais ailleurs il n'y avait pas de ronces, cela ira mieux." Et il
passa aux champs récemment acquis. Sa stupeur fit croître sa peine. Maigres et maintenant desséchées les
feuilles du blé gisaient comme du foin sec répandu de partout. Du foin sec. "Mais comment ? Mais

comment ?" disait l'homme en gémissant. "Et pourtant, ici il n'y a pas d'épines ! Et pourtant la semence était la
même ! Et pourtant le blé avait poussé épais et beau ! On le voit aux feuilles bien formées et nombreuses.
Pourquoi alors tout est-il mort sans faire d'épis ?" Et avec douleur il se mit à creuser le sol pour voir s'il
trouvait des nids de taupes ou autres fléaux. Insectes et rongeurs non, il n'y en avait pas. Mais, que de pierres,
que de pierres ! Un amas de pierraille. Les champs en étaient littéralement pavés et le peu de terre qui les
recouvrait n'était qu'un trompe-l‟œil. Oh ! s'il avait creusé le terrain quand c'était le moment ! Oh ! s'il avait
creusé avant d'accepter ces champs et de les acheter comme un bon terrain ! Oh ! si au moins, après avoir fait
l'erreur de les acheter au prix proposé sans s'assurer de leur qualité, il les avait améliorés en se fatiguant ! Mais
désormais c'était trop tard et les regrets étaient inutiles.

L'homme se releva humilié et il se rendit aux champs qu'il avait coupés de petits chemins pour sa
commodité... Et il déchira ses vêtements de douleur. Ici, il n'y avait rien, absolument rien... La terre foncée
du champ était couverte d'une légère couche de poussière blanche... L'homme tomba sur le sol en gémissant :
"Mais ici, pourquoi ? Ici il n'y a pas d'épines ni de pierres, car ce sont nos champs. L'aïeul, le père, moi-
même, nous les avons toujours possédés et pendant des lustres et des lustres nous les avons rendus fertiles.

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J'y ai ouvert les chemins, j'ai enlevé de la terre aux champs, mais cela ne peut les avoir rendus stériles à ce
point..." Il pleurait encore quand une réponse à ses plaintes douloureuses lui fut donnée par une bande de
nombreux oiseaux qui s'abattaient des sentiers sur le champ et du champ sur les sentiers pour chercher,
chercher, chercher des graines, des graines, des graines... Le champ, devenu un canevas de sentiers sur les
bords desquels était tombé du grain, avait attiré une foule d'oiseaux qui avaient mangé d'abord le grain
tombé sur les chemins et puis celui du champ jusqu'au dernier grain.

Ainsi l'ensemencement, le même pour tous les champs, avait donné ici le cent pour un, ailleurs soixante,
ailleurs trente, ailleurs rien. Entende qui a des oreilles pour entendre. La semence, c'est la Parole : elle est la
même pour tous. Les endroits où elle tombe : ce sont vos cœurs. Que chacun en fasse l'application et
comprenne. La paix soit avec vous."

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Parabole du semeur

Il disait : “ Voilà le semeur


Est sorti semer. 4 Et de ses semences, les unes
Sont tombées le long du chemin ; et les oiseaux
Sont venus et les ont dévorées. 5 Or parmi
La rocaille, d‟autres sont tombées, elles n‟avaient pas
Beaucoup de terre, et elles ont levé aussitôt,
Faute d‟avoir beaucoup de terre, 6 le soleil
S‟étant levé, elles ont alors été brûlées
N‟ayant pas de racine, elles ont séché. 7 Parmi
Les épines d‟autres sont tombées et les épines
Ont monté et les ont étouffées. 8 D‟autres sont
Tombées dans la bonne terre et elles ont donné
Du fruit, celle-ci cent et celle-là soixante,
Celle-la trente. 9 Que celui qui a des oreilles
Entende ! ”

173
La parabole du bon grain et de l’ivraie

« En cette belle période où les grains forment l'épi, je veux vous proposer une parabole empruntée au grain.
Écoutez.

Le Royaume des Cieux est semblable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Mais, pendant
que 1'homme et ses serviteurs dormaient, son ennemi est arrivé et a semé des graines d'ivraie sur les sillons
et puis s'en est allé. Personne, au début, ne s'aperçut de rien. L'hiver arriva avec les pluies et le givre. Arriva
la fin du mois de Tébeth et le grain germa, le vert tendre des petites feuilles qui pointaient à peine. Elles
paraissaient toutes égales dans leur enfance innocente. Vint le mois de Scebat et puis d'Adar. Les plantes se
formèrent et les épis formèrent leurs grains. On vit alors que le vert n'était pas que du grain mais qu'il y avait
aussi de l'ivraie bien enroulée avec ses vrilles fines et tenaces sur les tiges du blé.

Les serviteurs du maître allèrent à la maison et lui dirent : "Seigneur, quelles graines as-tu semées ? Ce
n'était pas des graines de choix qui n'étaient pas mélangées à d'autres semences ?"

"Mais si, certainement. J'en ai choisi les grains, tous de même qualité. Et j'aurais bien vu s'il y avait eu
d'autres semences."

"Et pourquoi alors tant d'ivraie a-t-il poussé parmi ton grain ?" Le maître réfléchit et puis il dit : "C'est un
ennemi qui m'a fait cela pour me faire du tort." Les serviteurs demandèrent alors : "Veux-tu que nous allions
parmi les sillons et que patiemment nous dégagions les épis de l'ivraie en arrachant ce dernier ? Commande,
et nous le ferons."

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Mais le maître répondit : "Non. Vous pourriez, en le faisant, arracher aussi le grain et presque certainement
abîmer les épis encore tendres. Laissez-les ensemble jusqu'à la moisson. Alors je dirai aux moissonneurs : '
Fauchez tout ensemble ; puis, avant de lier les gerbes, maintenant que la sécheresse a rendu friables les
vrilles de l'ivraie, et que les épis serrés sont plus robustes et plus durs, séparez l'ivraie du grain." et faites-en
des bottes à part. Vous les brûlerez ensuite et cela fera une fumure pour le sol. Quant au bon grain, vous le
porterez dans les greniers et il servira à faire du pain excellent, pour la honte de l'ennemi qui n'aura gagné
que d'être méprisable à Dieu à cause de sa méchanceté."

Maintenant, réfléchissez entre vous que de fois et de quelle abondance sont les semailles de l'Ennemi dans
vos cœurs. Et comprenez comme il faut veiller avec patience et constance pour faire en sorte que peu d'ivraie
se mélange au grain choisi. Le sort de l'ivraie, c'est de brûler. Voulez-vous brûler ou devenir citadins du
Royaume ? Vous dites que vous voulez être citadins du Royaume. Eh bien, sachez l'être. Le bon Dieu vous
donne la Parole. L'ennemi veille pour la rendre nuisible, car la farine de grain mélangée à la farine d'ivraie
donne un pain amer et nocif pour les intestins. Sachez, par votre bonne volonté, s'il y a de l'ivraie dans votre
âme, la mettre à part pour la jeter, pour n'être pas indignes de Dieu. Allez, fils, la paix soit avec vous.

Les gens se dispersent lentement. Dans le jardin il ne reste que les huit apôtres et en plus Élie, son frère, sa
mère et le vieil Isaac qui se nourrit l'âme à regarder son Sauveur.

« Venez autour de Moi et écoutez. Je vous explique le sens complet de la parabole qui a encore deux aspects
en plus de celui que j'ai dit à la foule.

Dans son sens universel, la parabole a cette explication : le champ, c'est le monde. La bonne semence, ce
sont les fils du Royaume de Dieu semés par Dieu dans le monde en attendant d'arriver à leur fin et d'être
coupés par la Faucheuse et amenés au Maître du monde pour qu'Il les mette dans ses greniers. L'ivraie ce
sont les fils du Malin répandus, à leur tour, sur le champ de Dieu dans l'intention de faire de la peine au
Maître du monde et de nuire aussi aux épis de Dieu. L'Ennemi de Dieu les a, par un sortilège, semés exprès,
car vraiment le diable dénature l'homme jusqu'à en faire une créature qui soit sienne et il la sème pour
corrompre les autres qu'il n'a pas pu asservir autrement. La moisson, ou mieux la formation des gerbes et

175
leur transport dans les greniers, c'est la fin du monde et ce sont les anges qui en sont chargés. Il leur a été
ordonné de rassembler les créatures après la fauchaison et de séparer le grain de l'ivraie et de même que dans
la parabole on brûle cette dernière, ainsi seront brûlés dans le feu éternelles damnés, au Jugement Dernier.

Le Fils de l'homme les enverra pour enlever de son Royaume tous les artisans de scandale et d'iniquité. Car
alors le Royaume se trouvera sur la terre et au Ciel et aux citoyens du Royaume sur la terre seront mêlés de
nombreux fils de l'Ennemi. Ceux-ci atteindront, comme il est dit aussi par les Prophètes, la perfection du
scandale et de l'abomination dans toute leur activité terrestre et donneront de terribles ennuis aux fils de
l'esprit. Dans le Royaume de Dieu, aux Cieux, on aura déjà expulsé ceux qui sont corrompus, car la
corruption n'entre pas au Ciel. Donc, les anges du Seigneur en passant la faux dans les rangs de la dernière
récolte, faucheront et sépareront le grain de l'ivraie et jetteront cette dernière dans la fournaise ardente où il
n'y a que pleurs et grincements de dents, et emmèneront au contraire les justes, le grain de choix, dans la
Jérusalem éternelle où ils brilleront comme des soleils dans le Royaume de Celui qui est mon Père et le
vôtre.

Voilà le sens général. Mais pour vous, il y en a encore un autre qui répond à des questions que plusieurs fois
et spécialement depuis hier soir vous vous posez. Vous vous demandez : "Mais, dans la masse des disciples,
il peut donc y avoir des traîtres ?" et en votre cœur vous frémissez d'horreur et de peur. Il peut y en avoir. Il y
en a certainement.

Le Semeur répand le bon grain. Dans ce cas, plus que répandre on pourrait dire : "choisit", car le Maître, que ce
soit Moi ou que ce soit le Baptiste, avait choisi ses disciples. Comment alors se sont- ils dévoyés ? Non, ce n'est
pas cela qu'il faut dire. Je me suis mal exprimé en parlant de "semence" pour les disciples. Vous pourriez mal
comprendre. Je vais dire alors "champ". Autant de disciples autant de champs, choisis par le Maître pour former
l'aire du Royaume de Dieu, les biens de Dieu. Sur eux le Maître se fatigue pour les cultiver afin qu'ils donnent
le cent pour cent. Tous les soins. Tous. Avec patience. Avec amour. Avec sagesse. Avec fatigue. Avec
constance. Il voit aussi leurs mauvaises tendances, leur aridité et leur avidité. Il voit leurs entêtements et leurs

176
faiblesses. Mais il espère, il espère toujours, et fortifie son espérance par la prière et la pénitence, car il veut les
amener à la perfection.

Mais les champs sont ouverts. Ce ne sont pas des jardins bien clos, entourés de murailles épaisses, dont le
maître est le seul propriétaire et où il puisse seul entrer. Ils sont ouverts, placés au centre du monde, parmi le
monde. Tous peuvent s'en approcher, tous peuvent y pénétrer. Tous et tout. Oh ! il n‟y a pas seulement
l'ivraie comme mauvaise semence ! L'ivraie : pourrait être le symbole de la légèreté amère de l‟esprit du
monde. Mais voilà qu'y naissent, jetées par l'ennemi. toutes les autres semences. Voici les orties. Voici le
chiendent. Voici la cuscute. Voici les liserons. Voici enfin la ciguë et les poisons. Pourquoi ? Pourquoi ?
Que sont-ils ? Les orties : les esprits piquants, indomptables qui blessent par surabondance de venin et qui
donnent tant de désagrément. Le chiendent : les parasites qui épuisent le maître et qui ne savent
qu'importuner et sucer, profitant de son travail et faisant du tort aux personnes de bonne volonté qui
tireraient réellement un plus grand fruit si le maître n'était pas troublé et dérangé par les soins qu'exige le
chiendent. Les liserons inertes qui ne s'élèvent de terre qu'en profitant des autres. La cuscute : tourment sur
le chemin déjà pénible du maître et pour les disciples fidèles qui le suivent. Ils s'accrochent, s'enfoncent,
déchirent, griffent, apportent méfiance et souffrance. Les poisons : les criminels parmi les disciples, ceux qui
en arrivent à trahir et à éteindre la vie comme la ciguë et les autres plantes toxiques. Avez-vous jamais vu
comme elle est belle, avec ses petites fleurs qui deviennent des petites boules blanches, rouges, bleu violet ?
Qui dirait que cette corolle étoilée, blanche ou à peine rosée avec son petit cœur d'or, qui dirait que ces
coraux multicolores si semblables aux autres baies qui font les délices des oiseaux et des enfants peuvent,
arrivés à maturité, donner la mort ? Personne. Et les innocents se jettent dessus. Ils les croient bons comme
eux-mêmes... ils les cueillent et en meurent. Ils les croient tous bons comme eux ! Oh ! quelle vérité qui
élève le maître et condamne celui qui le trahit ! Comment ? La bonté ne désarme pas ? Elle ne rend pas le
malveillant inoffensif ? Non. Elle ne le rend pas tel, car 1'homme tombé et devenu la proie de l'Ennemi est
insensible à tout ce qui est supérieur. Tout ce qui est supérieur change pour lui d'aspect. La bonté devient une
faiblesse qu'il est permis de piétiner et qui exacerbe sa malveillance comme, chez un fauve, la volonté
d'égorger est exacerbée par l'odeur du sang. Et même le maître est toujours un innocent... et il laisse le traître
l'empoisonner car il ne peut penser qu'un homme puisse être le meurtrier de celui qui est innocent. Chez les
disciples, les champs du Maître, viennent les ennemis. Ils sont si nombreux. Le premier c'est Satan. Les
autres, ses serviteurs, à savoir les hommes, les passions, le monde et la chair. Voilà, voilà que le disciple ils

177
l'atteignent plus facilement parce qu'il ne reste pas tout près du Maître, mais il se tient en équilibre entre le
Maître et le monde. Il ne sait pas, il ne veut pas se séparer de ce qui est monde, chair, passion et démon, pour
être tout entier à celui qui l'amène à Dieu. Sur lui ils répandent leurs semences le monde, la chair, les
passions, le démon. L'or, la puissance, la femme, l'orgueil, la peur d'être mal jugé par le monde, l'esprit
d'utilitarisme. "Les grands sont les plus forts. Voici que je les sers pour les avoir comme amis" Et on devient
criminel et on se damne pour ces misérables choses !...

Pourquoi le Maître qui voit l'imperfection du disciple, même s'il ne veut pas se rendre à la pensée : "Celui-ci
me donnera la mort", ne l'exclut-il pas immédiatement de sa suite ? C'est ce que vous vous demandez. Parce
qu'il est inutile de le faire. S'il le faisait, cela ne l'empêcherait pas de l'avoir comme ennemi, doublement
ennemi et plus acharné, par la rage ou la douleur d'être découvert ou d'être chassé. La douleur, oui, Car
parfois le disciple mauvais ne se rend pas compte qu'il est tel. Le travail du démon est tellement subtil qu'il
ne le remarque pas. Il devient un démon sans soupçonner qu'il subit cette transformation. La rage. Oui. La
rage d'être connu pour ce qu'il est quand il n'est pas inconscient du travail de Satan et de ses adeptes : les
hommes qui tentent celui qui est faible par ses faiblesses, pour enlever du monde le saint qui les offense à
cause de leur méchanceté qu'ils comparent à sa bonté. Et alors le saint prie et s'abandonne à Dieu. "Que soit
fait ce que Tu permets qu'on fasse." dit-il. Il ajoute seulement cette réserve : "Pourvu que cela serve à ton
but." Le saint sait que l'heure viendra où la mauvaise ivraie sera séparée de sa moisson. Par qui ? Par Dieu
Lui-même qui ne laisse pas faire au-delà de ce qui est utile au triomphe de sa volonté d'amour. »

« Mais si tu admets que c'est toujours Satan et ses adeptes... il me semble que la responsabilité du disciple en
est diminuée. » dit Mathieu.

« Ne le pense pas. Si le Mal existe, le Bien aussi existe et il y a dans l'homme le discernement, et avec lui la
liberté. »

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« Tu dis que Dieu ne laisse pas faire au-delà de ce qui est utile au triomphe de sa volonté d'amour. Donc
cette erreur est utile s'Il la permet et elle sert au triomphe de la volonté divine. » ajoute l'Iscariote.

« Et tu conclus, comme Mathieu, que cela justifie le crime du disciple. Dieu avait créé le lion sans férocité et
le serpent sans venin. Maintenant, l'un est féroce, l'autre est venimeux. Mais Dieu les a séparés de l'homme
pour cette raison. Médite sur cela et fais-en l'application. Rentrons. Le soleil est déjà fort, trop fort comme
pour un commencement d'orage, et vous êtes fatigués par une nuit sans sommeil. »

Élie dit : « La maison a en haut une pièce grande et fraîche. Vous pourrez y reposer. »

Ils montent par l'escalier extérieur. Mais seuls les disciples s'étendent sur les nattes pour se reposer. Jésus
sort sur la terrasse ombragée dans un coin par un rouvre très haut et il s'absorbe dans ses pensées.

179
Parabole de l’ivraie

24 Et il leur proposa une autre


Parabole : le royaume des Cieux est semblable
À l‟homme qui a semé de la bonne semence
Dans son champ. 25 Pourtant pendant que les gens dormaient,
Son ennemi est venu, et il a semé
De l‟ivraie au milieu du blé et est parti.
26 Lorsque l‟herbe a germé et fait du fruit, l‟ivraie
Aussi s‟est montrée. 27 Or les esclaves du maître
S‟approchant, lui dirent : “ Seigneur, n‟est-ce pas
De la bonne semence que tu as dans ton champ
Semée ? Mais d‟où provient cette ivraie ? ”

28 Il leur dit :
“ Un ennemi a fait cela.” Et les esclaves
Lui disent : “ Veux-tu que nous allions la récolter ? ”
29 Il leur dit : “ Non ! De peur qu‟en récoltant l‟ivraie,
Vous me déraciniez le blé en même temps
Qu‟elle. 30 Laissez-les croître ensemble jusqu‟à la moisson.
Au moment de la moisson, aux moissonneurs
Je dirai : “ Récoltez d‟abord l‟ivraie ; en bottes
Liez-la pour la brûler ; ramassez le blé
Dans mon grenier.”

180
La tempête apaisée

Une barque à voile pas excessivement grande mais pas petite. C'est une barque de pêche sur laquelle peuvent
aisément se mouvoir cinq ou six personnes. Elle fend les eaux d'un lac d'une couleur bleu intense.

Jésus dort à la poupe. Il est vêtu de blanc comme à l'ordinaire. Il a la tête posée sur le bras gauche, et sous
son bras et sa tête il a mis son manteau gris-bleu replié plusieurs fois. Il est assis, pas allongé, sur le fond de
la barque et appuie sa tête sur la tablette qui se trouve à l'extrémité de la poupe. Je ne sais pas le nom que lui
donnent les marins. Il dort tranquillement. Il est fatigué. Il est tranquille.

Pierre est au gouvernail, André s'occupe des voiles, Jean et deux autres dont je ne sais qui ils sont, remettent
en ordre amarres et filets au fond de la barque, comme s'ils avaient l'intention de se préparer à pêcher, peut-
être pendant la nuit. Je dirais que le jour décline car le soleil descend déjà à l'occident. Les disciples ont tous
remonté leurs tuniques pour être plus libres dans leurs mouvements et pour aller d'un endroit à l'autre de la
barque en passant par-dessus les rames, les sièges, les paniers et les filets sans être gênés par leurs
vêtements. Ils ont tous enlevé leurs manteaux. Je vois le ciel s'obscurcir et le soleil qui se cache derrière des
nuages d'orage débouchés à l'improviste de derrière la pointe d'une colline. Le vent les pousse rapidement
vers le lac. Le vent pour l'instant est en haut et le lac est encore tranquille. Seulement il prend une teinte plus
sombre et se plisse en surface. Ce ne sont pas encore des vagues mais déjà l'eau commence à remuer.

Pierre et André observent le ciel et le lac et se disposent à manœuvrer pour accoster. Mais le vent s'abat sur
le lac, et en quelques minutes, tout bouillonne et écume. Les flots qui s'entrechoquent et heurtent le bateau,
l'élèvent, l'abaissent, le retournent en tous sens, empêchent la manœuvre du gouvernail comme le vent gêne
celle de la voile qu'il faut carguer.

181
Jésus dort. Ni les pas, ni les voix excitées des disciples, ni non plus le sifflement du vent et le choc des
vagues contre les flancs du bateau et la proue ne l'éveillent. Ses cheveux flottent au vent et il reçoit quelques
embruns. Mais Lui dort. Jean va de la proue à la poupe et le couvre de son manteau qu'il a tiré de dessous
une tablette. Il le couvre avec un délicat amour.

La tempête devient de plus en plus brutale. Le lac est noir comme si on y avait versé de l'encre, strié par
l'écume des vagues. La barque engloutit de l'eau et se trouve poussée au large par le vent. Les disciples suent
à la manœuvre et pour écoper l'eau que les vagues projettent. Mais cela ne sert à rien. Eux maintenant
pataugent dans l'eau qui leur arrive à mi-jambe et la barque ne cesse de s'alourdir.

Pierre perd son calme et sa patience. Il donne le gouvernail à son frère, et en titubant va vers Jésus qu'il
secoue vigoureusement. Jésus s'éveille et lève la tête.

"Sauve-nous, Maître, nous périssons !", lui crie Pierre (il lui faut crier pour se faire entendre).

Jésus regarde son disciple fixement, il regarde les autres et puis il regarde le lac : "As-tu foi que je puisse
vous sauver ?"

"Vite, Maître", crie Pierre, alors qu'une vraie montagne d'eau, partant du milieu du lac se dirige rapidement
sur la pauvre barque. On dirait une trombe tant elle est élevée et effrayante.

Les disciples qui la voient venir s'agenouillent et s'agrippent où et comme ils peuvent, persuadés que c'est la
fin.

182
Jésus se lève, debout sur la tablette de la proue. Sa figure blanche se détache sur la tempête livide. Il étend
les bras vers la lame et dit au vent : "Arrête et tais-toi" et à l'eau : "Calme-toi. Je le veux."

Alors l'énorme vague se dissout en écume qui retombe sans dégâts. Un dernier rugissement qui s'éteint en un
murmure, comme était le sifflement du vent qui se change en un soupir. Et sur le lac pacifié revient la
sérénité du ciel et l'espérance et la foi dans le cœur des disciples.

La majesté de Jésus je ne puis la décrire. Il faut la voir pour la comprendre. Et je la goûte en mon intime, car
elle m'est toujours présente et je revois comme était tranquille le sommeil de Jésus et comme était puissant
son empire sur les vents et les flots.

183
La tempête apaisée

23 Et quand il fut monté


Dans le bateau, le suivirent ses disciples. 24 Voilà
Qu‟il y eut une grande secousse dans la mer
De sorte que le bateau était recouvert
Par les vagues. 25 Mais Lui cependant dormait. S‟étant
Avancés, ils l‟éveillèrent en disant : “ Seigneur,
Sauve-nous nous périssons ! ”

26 Il leur dit : “ Pourquoi


Êtes-vous craintifs, gens de peu de foi ? ” Alors
Il se leva, menaça les vents et la mer
Il se fit un grand calme.

27 Les hommes furent étonnés :


“ Quel est celui-là ? Même les vents et la mer
Lui obéissent.”

184
Les possédés géraséniens

Tout le monde s'écarte du flanc de la montagne parce que des pierres et de la terre roulent et bondissent sur
la pente, et on regarde étonné.

"Voici, voici ! Là-bas ! Deux hommes.. complètement nus...qui viennent vers nous en gesticulant. Des
fous..."

"Ou des possédés" répond Jésus à l'Iscariote qui le premier a vu les deux possédés venir vers Jésus.

Ils doivent être sortis de quelque caverne dans la montagne. Ils crient. Le plus rapide à la course se précipite
vers Jésus. Il semble un étrange gros oiseau plumé tant il est rapide, ramant avec ses bras comme si c'était des
ailes. Il s'abat aux pieds de Jésus en criant : "Te voilà ici, Maître du monde ? Qu'ai-je à faire avec Toi, Jésus,
Fils du Dieu Très-Haut ? Est-elle déjà venue l'heure de notre châtiment ? Pourquoi es-tu venu nous tourmenter
avant le temps ?" L'autre possédé, soit que sa langue soit liée, soit que le démon le paralyse, ne fait que se jeter
à plat ventre par terre et pleurer et puis, s'étant assis, il reste comme inerte, jouant avec des cailloux et avec ses
pieds nus. Le démon continue de parler par la bouche du premier qui se tord par terre dans un paroxysme de
terreur. On dirait qu'il veut réagir et ne peut qu'adorer, attiré et repoussé en même temps par la puissance de
Jésus. Il crie : "Je t'en conjure, au nom de Dieu, cesse de me tourmenter. Laisse-moi partir !"

"Oui, mais hors de celui-ci. Esprit immonde, sors de ces hommes et dis ton nom."

"Légion c'est mon nom, car nous sommes nombreux. Nous les possédons depuis des années et par eux nous
brisons cordes et chaînes et il n'est pas de force d'homme qui puisse résister

À cause de nous ils sont une terreur et nous nous servons d'eux pour que les gens te blasphèment. Nous nous
vengeons sur eux de ton anathème. Nous abaissons l'homme au-dessous de la bête fauve pour qu'on se

185
moque de Toi. Il n'est pas de loup, de chacal ou d'hyène, pas de vautour ni de vampire semblables à ceux que
nous tenons. Mais ne nous chasse pas. L'enfer est trop horrible !..."

"Sortez ! Au nom de Jésus, sortez !" Jésus a une voix de tonnerre, et ses yeux dardent des éclairs.

"Laisse-nous au moins entrer dans ce troupeau de porcs que tu as rencontré."

"Allez."

Avec un cri bestial, les démons quittent les deux malheureux et, à travers un tourbillon de vent qui fait
ondoyer les chênes comme des herbes, ils s'abattent sur les porcs très nombreux. Les animaux se mettent à
courir comme des possédés à travers les chênes avec des cris vraiment démoniaques. Ils se heurtent, se
blessent, se mordent, et enfin se précipitent dans le lac lorsque, arrivés à la cime de la haute falaise, ils n'ont
plus pour refuge que l'eau qu'elle domine. Pendant que les gardiens, bouleversés et désolés, hurlent
d'épouvante, les bêtes, par centaines, avec des bruits sourds se précipitent dans les eaux tranquilles où ils
produisent des tourbillons d'écume. Ils coulent, reviennent en surface, se retournent montrant leurs panses
rondes ou leurs museaux pointus avec des yeux terrifiés et finalement se noient.

Les bergers courent en criant vers la ville. Les apôtres, arrivés sur le lieu du désastre, reviennent en disant :
"Il n'y en a pas eu un seul de sauvé ! Tu leur as rendu un bien mauvais service !"

Jésus calmement répond : "Mieux vaut que périssent deux milliers de porcs qu'un seul homme. Donnez un
vêtement à ces gens-là. Ils ne peuvent pas rester ainsi."

Le Zélote ouvre un sac et donne un de ses vêtements. Thomas donne le second. Les deux hommes sont
encore un peu étourdis, comme s'ils sortaient d'un lourd sommeil plein de cauchemars.

186
"Donnez-leur de la nourriture. Qu'ils recommencent à vivre en hommes."

Pendant que les deux mangent le pain et les olives qu'on leur a donnés et boivent à la gourde de Pierre, Jésus
les observe.

À la fin ils parlent : "Qui es-tu ?" dit l'un.

"Jésus de Nazareth."

"Nous ne te connaissons pas" dit l'autre.

"Votre âme m'a connu. Levez-vous maintenant et rentrez chez vous."

"Nous avons beaucoup souffert, je crois, mais je ne me rappelle pas bien. Qui est celui-là ?" demande celui
que le démon faisait parler et il montre son compagnon.

"Je ne sais pas. Il était avec toi."

"Qui es-tu ? Et pourquoi es-tu ici ?" demande-t-il à son compagnon.

272> Celui qui était comme muet et qui est encore le plus inerte, dit : "Je suis Démétrius. C'est Sidon, ici ?"

"Sidon est au bord de la mer, homme. Ici, tu es au-delà du lac de Galilée."

"Et pourquoi suis-je ici ?"

Personne ne peut donner de réponse. Voilà que les gens arrivent suivis des gardiens. Ils semblent apeurés et
curieux. Quand ensuite ils voient les deux possédés habillés, leur stupeur augmente.

187
"Celui-ci c'est Marc de Giosia !... Et celui-là le fils du marchand païen !…"

"Cet autre, c'est Celui qui les a guéris et qui a fait périr nos porcs, car les démons qui étaient entrés en eux
les ont affolés" disent les gardiens.

"Seigneur, tu es puissant, nous le reconnaissons. Mais tu nous as déjà fait trop de mal ! Un dommage de
plusieurs talents. Va-t‟en, nous t'en prions, que ta puissance ne fasse pas écrouler la montagne pour la
plonger dans le lac. Va-t‟en..."

"Je m'en vais. Je ne m'impose à personne.", et Jésus revient sur par le chemin déjà fait, sans discuter. Vient,
derrière les apôtres, le possédé qui parlait. Derrière, à distance, plusieurs habitants de la ville, pour voir s'il
part réellement.

Ils suivent à nouveau le sentier rapide et reviennent à l'embouchure du petit torrent, près des barques. Les
habitants restent sur la berge à regarder. Le possédé délivré descend derrière Jésus.

Dans les barques, les garçons sont épouvantés. Ils ont vu la pluie de porcs qui tombaient dans le lac et
regardent encore les corps qui surnagent toujours plus nombreux, toujours plus gonflés avec leurs panses
arrondies à l'air et leurs courtes pattes raidies fixées comme des pieux sur une masse de lard.

"Mais qu'est-ce qui est arrivé ?" demandent-ils.

"Nous allons vous le dire. Maintenant détachez les amarres et partons... Où, Seigneur ?" dit Pierre.

"Dans le golfe de Tarichée."

L'homme qui les a suivis, maintenant qu'il les voit monter dans les barques, dit en suppliant: "Prends-moi
avec Toi, Seigneur."

188
"Non, rentre chez toi. Les tiens ont le droit de t'avoir. Parle leur des grandes choses que t'a faites le Seigneur
et comment Il a eu pitié de toi. Cette région a besoin de croire. Allume les flammes de la foi par
reconnaissance pour ton Seigneur. Va. Adieu."

"Réconforte-moi au moins par ta bénédiction, que le démon ne me reprenne pas."

"Ne crains pas. Si tu ne le veux pas, il ne reviendra pas. Mais je te bénis. Va en paix."

Les barques s'éloignent de la rive en direction est-ouest. Alors seulement, pendant qu'elles fendent les flots
où flottent les cadavres des porcs, les habitants de la cité qui n'a pas voulu Le Seigneur quittent la berge et
s'en vont.

189
Les démoniaques gadaréniens

28 Et quand il fut sur l‟autre rive,


Au pays des gadaréniens, vinrent au-devant
De lui deux démoniaques qui sortaient des tombeaux
Ils étaient terribles et personne ne parvenait
À passer par ce chemin. 29 Voici qu‟ils se mirent
À crier : “ Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Viens-tu
Jusqu‟ici pour nous tourmenter avant le temps
30 Il y avait loin d‟eux un troupeau de nombreux
Cochons en train de paître. Les démons le priaient
En disant ceci : “ Si tu nous chasses, envoie-nous
Dans le troupeau de cochons. ” 31 Il leur dit : “ Allez. ”
Ceux-ci sortirent et s‟en allèrent dans les cochons.
32 Voici que tout le troupeau s‟élançant du haut
De l‟escarpement dans la mer, et ils moururent
Dans les eaux.

33 Les gardiens s‟enfuirent et s‟en allèrent


À la ville, ils racontèrent tout, y compris
L‟affaire des démoniaques. Au-devant de Jésus
Voici que toute la ville sortit, ils le virent
Et ils le prièrent de quitter leur territoire.

190
Résurrection du fils de la veuve de Naïm

Naïm devait avoir une certaine importance au temps de Jésus. La ville n'est pas grande, mais bien construite,
enfermée dans l'enceinte de ses murs, elle s'étend sur une colline basse et riante, un contrefort du petit
Hermon, dominant de haut une plaine très fertile qui oblique vers le nord-ouest.

On y arrive, en venant d'Endor, après avoir traversé un cours d'eau qui est certainement un affluent du
Jourdain. Pourtant, de cet endroit, on ne voit plus le Jourdain, et pas davantage sa vallée, parce que des
collines le cachent en faisant vers l'est un arc en forme de point d'interrogation.

Jésus s'y rend par une grand-route qui unit la région du lac à l'Hermon et à ses pays. Derrière Lui marchent
de nombreux habitants d'Endor qui n'arrêtent pas de parler entre eux.

La distance qui sépare le groupe apostolique des murs est maintenant très courte : deux cents mètres, au
maximum. La grand-route entre directement dans la ville par une porte qui est ouverte en grand, car c'est
plein jour. On peut voir ce qui arrive immédiatement après les murs. C'est ainsi que Jésus, qui parlait avec
ses apôtres et le nouveau converti, voit venir, dans un grand bruit de pleureuses et un semblable apparat
oriental, un cortège funèbre.

« Nous allons voir, Maître ? » disent plusieurs. Et déjà parmi les habitants d'Endor, plusieurs se sont
précipités pour voir.

« Allons-y » dit Jésus par condescendance.

« Oh ! ce doit être un enfant car tu vois combien de fleurs et de rubans il y a sur la litière ? » dit Judas de
Kériot à Jean.

191
« Ou bien c'est une vierge » répond Jean.

« Non, c'est sûrement un jeune garçon à cause des couleurs qu'ils ont mises et puis, il n'y a pas de myrtes... »
dit Barthélemy.

Le cortège funèbre sort des murs. Ce qu'il y a sur la litière que les porteurs tiennent bien haut sur leurs
épaules, il n'est pas possible de le voir. On devine le corps étendu dans ses bandelettes et couvert d'un drap,
seulement par la forme qu'il dessine et on se rend compte que c'est un corps qui a déjà atteint son
développement complet car il est aussi long que la litière.

À côté une femme voilée, que soutiennent des parents ou des amies, chemine en pleurant. Ce sont les seules
vraies larmes dans cette comédie larmoyante. Quand un porteur rencontre une pierre, un trou, une bosse de la
route, cela donne une secousse à la litière et la mère gémit : « Oh ! non ! Allez doucement ! Il a tant souffert,
mon petit ! » et elle lève une main tremblante pour caresser le bord de la litière. Elle ne saurait faire plus et,
dans cette impuissance, elle baise les voiles qui flottent et les rubans que le vent soulève parfois et qui
viennent effleurer la forme immobile.

« C'est la mère » dit Pierre ému et dans son œil fin et bon brille une larme. Mais il n'est pas le seul à avoir les
larmes aux yeux devant ce déchirement : Le Zélote, André, Jean et jusqu'au toujours jovial Thomas ont dans
les yeux la lueur d'une larme. Tous, tous sont profondément émus. Judas Iscariote murmure : « Si c'était

moi ! Oh ! ma pauvre mère... »

Jésus a dans les yeux une douceur intolérable, tant elle est profonde. Il se dirige vers la litière.

192
La mère sanglote plus fort car le cortège tourne en direction du tombeau déjà ouvert. Voyant que Jésus va
toucher la litière, elle l'écarte violemment. Qui sait ce qu'elle peut craindre dans son délire ? Elle crie : « Il
est à moi ! » et elle regarde Jésus avec des yeux hagards.

« Je le sais, mère. Il est à toi. »

« C'est mon fils unique ! Pourquoi la mort pour lui, pour lui qui était bon et qui m'était si cher, ma joie de
veuve ? Pourquoi ? » La foule des pleureuses fait retentir plus haut ses cris funèbres et rétribués pour faire
écho à la mère qui continue : « Pourquoi lui et pas moi ? Ce n'est pas juste que celle qui a engendré voit périr
son fruit. Le fruit doit vivre, car autrement, car autrement à quoi servent ces entrailles qui se déchirent pour
mettre au monde un homme ? » et elle se frappe le ventre, féroce et désespérée.

« Ne fais pas ainsi ! Ne pleure pas, mère » Jésus lui prend les mains dans une étreinte puissante et les retient
de sa main gauche pendant qu'avec la droite il touche la litière en disant aux porteurs : « Arrêtez-vous et
posez-la à terre. »

Les porteurs obéissent et descendent le brancard qui reste soutenu par ses quatre pieds.

Jésus saisit le drap qui couvre le mort et le rejette en arrière, découvrant la dépouille. La mère crie sa douleur
en appelant le nom de son fils, je crois : « Daniel ! »

Jésus, qui tient toujours les mains de la mère dans la sienne, se redresse, imposant par l'éclat de son regard,
avec son visage des miracles les plus puissants et, abaissant sa main droite, il ordonne avec toute la
puissance de sa voix : « Jeune homme ! Je te le dis : lève-toi ! »

193
Le mort, comme il est, avec ses bandelettes, se lève pour s'asseoir sur la litière et, appelle : « Maman ! » il
l'appelle avec la voix balbutiante et effrayée d'un enfant terrorisé.

« Il est à toi, femme. Je te le rends au nom de Dieu. Aide-le à se débarrasser du suaire. Et soyez heureux. »

Et Jésus va se retirer. Mais, oui ! La foule le bloque à la litière sur laquelle la mère s'est penchée et où elle
s'embrouille au milieu des bandelettes pour faire vite, vite, vite, pendant que les lamentations de l'enfant ne
cessent d'implorer : « Maman ! Maman ! »

Le suaire est enlevé, les bandelettes sont enlevées, la mère et le fils peuvent s'embrasser et ils le font sans
tenir compte du baume et qu'ensuite la mère essuie du cher visage, des chères mains, avec les bandelettes
elles-mêmes. Puis, n'ayant rien pour l'habiller, la mère quitte son manteau et l'en revêt, et tout permet de le
caresser...

Jésus la regarde... il regarde ce groupe affectueux serré contre les bords de la litière qui maintenant n'est plus
funèbre et il pleure. Judas Iscariote voit ces larmes et demande : « Pourquoi pleures-tu, Seigneur ? »

Jésus tourne vers lui son visage et dit : « Je pense à ma Mère... » Cette brève conversation ramène l‟attention
de la femme vers son Bienfaiteur. Elle prend son fils par la main et le soutient. En effet il est comme
quelqu'un dont le corps supporte un reste de torpeur. Elle s'agenouille en disant : « Toi aussi, mon fils, bénis
ce Saint qui t'a rendu à la vie et à ta mère » et elle se penche pour baiser le vêtement de Jésus pendant que la
foule chante l'hosanna à Dieu et à son Messie, désormais connu pour ce qu'il est. En effet les apôtres et les
habitants d'Endor se sont chargés de dire qui a accompli le miracle.

194
Toute la foule maintenant s'écrie : « Que soit béni le Dieu d'Israël ! Que soit béni le Messie, son Envoyé !
Que soit béni Jésus, fils de David ! Un grand Prophète s'est élevé parmi nous ! Dieu a vraiment visité son
peuple ! Alléluia ! Alléluia ! »

Finalement Jésus peut se dégager de l'étreinte et entrer dans la ville. La foule le suit et le poursuit, exigeante
dans son amour.

Un homme accourt et le salue profondément. « Je te prie de rester sous mon toit. »

« Je ne peux. La Pâque m'interdit toute halte sauf celles qui sont fixées d'avance. »

« Dans quelques heures, ce sera le crépuscule et c'est vendredi… »

« Justement je dois, avant le crépuscule, avoir achevé mon étape.

Je te remercie tout de même, mais ne me retiens pas. »

« Mais, je suis le chef de la synagogue. »

« Et avec cela, tu veux dire que tu en as le droit. Homme : il suffisait que je m'attarde une heure et cette mère
n'aurait pas recouvré son fils. Je vais où d'autres malheureux m'attendent. Ne retarde pas leur joie par
égoïsme. Je viendrai certainement une autre fois et je resterai avec toi à Naïm plusieurs jours. Pour l'instant,
laisse-moi aller. »

L'homme n'insiste plus. Il dit seulement : « C'est dit. Je t'attends. »

« Oui. La paix soit avec toi et avec les habitants de Naïm. À vous aussi d'Endor, paix et bénédiction.
Retournez à vos maisons. Dieu vous a parlé par le miracle. Faites qu'il arrive en vous, à force d'amour, autant
de résurrections au Bien qu'il y a de cœurs. »

195
Un dernier chœur d'hosannas, puis la foule laisse aller Jésus qui traverse en diagonale la ville et sort dans la
campagne, vers Esdrelon.

196
Résurrection du fils de la veuve de Naïm

11 Vers une ville appelée


Naïm, ensuite il fit route. Aussi ses disciples
Et une foule nombreuse allaient avec lui.
12 Et lorsqu'il fut près de la Porte de la fille,
Voilà qu‟on emportait un mort, un fils unique
Dont la mère était veuve, Il y avait alors
Une foule considérable de gens de la ville
Avec elle. 13 La voyant, le Seigneur eut pitié
D‟elle et lui dit : "Ne pleure pas."14 Et, s'avançant,
Il toucha le cercueil, les porteurs s‟arrêtèrent.
Et il dit : "Jeune homme, je te le dis : Lève-toi !
15 Le mort se dressa, sur son séant et se mit
À parler. Puis Jésus le rendit à sa mère.

16 La crainte les prit tous et ils glorifiaient Dieu


En disant ceci : "Un grand prophète s‟est levé
Parmi nous, Dieu a visité son peuple !" Alors
Cette parole se répandit à son sujet
Dans la Judée entière et toute la contrée.

197
Le mauvais riche et le pauvre Lazare

Et maintenant que vous avez séparé les besoins du corps de ceux de l'âme par un acte d'amour envers
l'enfant, écoutez la parabole que j'ai pensée pour vous.

Il y avait une fois un homme très riche. Les plus beaux vêtements étaient pour lui. Et il se pavanait dans ses
habits de pourpre et de byssos sur les places publiques et dans sa maison. Ses concitoyens le respectaient
comme le plus puissant du pays et des amis flattaient son orgueil pour en tirer profit. Les appartements
étaient ouverts tous les jours pour de magnifiques festins où la foule des invités, tous riches et donc pas
besogneux, se pressaient et flattaient le mauvais riche. Ses banquets étaient renommés pour l'abondance des
mets et des vins exquis.

Mais, dans la même cité, il y avait un mendiant, un grand mendiant. Grand dans sa misère comme l'autre
était grand dans sa richesse. Mais sous la croûte de la misère humaine du mendiant Lazare était caché un
trésor encore plus grand que la misère de Lazare et que la richesse du mauvais riche. Et c'était la sainteté
vraie de Lazare. Il n'avait jamais transgressé la Loi, même par besoin et surtout il avait obéi au
commandement de l'amour de t Dieu et du prochain. Lui, comme font toujours les pauvres, se tenait à la
porte des riches pour demander l'obole et ne pas mourir de faim. Et il allait chaque soir à la porte du mauvais
riche dans l'espoir d'avoir au moins des restes des pompeux banquets servis dans les salles richissimes.

Il s'allongeait sur le chemin près de la porte et attendait patiemment. Mais si le riche s'apercevait de sa
présence, il le faisait chasser, parce que ce corps couvert de plaies, mal nourri, en lambeaux étaient un
spectacle trop affligeant pour ses invités. Le riche parlait ainsi. En réalité, c'était parce que la vue de la
misère et de la bonté de Lazare était pour lui un reproche continuel. Plus compatissants que lui étaient ses
chiens bien nourris, qui portaient des colliers précieux. Ils s'approchaient du pauvre Lazare et léchaient ses
plaies, glapissant de joie à cause de ses caresses et qui venaient lui apporter des restes des riches tables.

198
Ainsi, grâce à ces animaux, Lazare survivait malgré l'absence de nourriture car pour ce qui était de l'homme,
il serait mort puisqu'il ne lui permettait même pas de pénétrer dans les salles après le repas pour ramasser les
débris tombés des tables.

Un jour Lazare mourut. Personne ne s'en aperçut sur la terre, personne ne le pleura. Au contraire, ce jour-là
et par la suite, le riche se réjouit de ne plus voir sur son seuil cette misère qu'il appelait "opprobre", Mais au
Ciel, les anges s'en aperçurent. À son dernier soupir, dans sa tanière froide et nue étaient présentes les
cohortes célestes qui dans un éblouissement de lumières recueillirent son âme et la portèrent avec des chants
d'hosanna dans le sein d'Abraham.

Il se passa quelque temps et le riche mourut. Oh ! quelles funérailles fastueuses ! Toute la ville, déjà
informée de son agonie et qui se pressait sur la place où s'élevait sa demeure pour se faire remarquer comme
amie du personnage, par curiosité, par intérêt de la part des héritiers, s'unit au deuil, les cris s'élevèrent
jusqu'au ciel et avec les cris de deuil les louanges mensongères pour le "grand", le "bienfaiteur", le "juste"
qui était mort.

La parole de l'homme peut-elle changer le jugement de Dieu ? L'apologie humaine peut-elle changer ce qui
est écrit dans le livre de la Vie ? Non, elle ne le peut. Ce qui est jugé est jugé, et ce qui est écrit est écrit. Et
malgré ses funérailles solennelles, le mauvais riche eut l'esprit enseveli dans l'enfer.

Alors, dans cette horrible prison, buvant et mangeant le feu et les ténèbres, trouvant haine et torture de tous
côtés et à tout instant de cette éternité, il éleva son regard vers le Ciel. Vers le Ciel qu'il avait vu dans une
lueur fulgurante, pendant un atome de minute et dont la beauté indicible qui lui restait présente était un
tourment parmi les tourments atroces. Et il vit là-haut Abraham. Lointain mais lumineux, bienheureux... et
dans son sein, lumineux et bienheureux lui aussi, était Lazare, le pauvre Lazare, auparavant méprisé,
repoussant, miséreux, et maintenant ?... Et maintenant beau de la lumière de Dieu et de sa sainteté, riche de l'
amour de Dieu, admiré non par les hommes, mais par les anges de Dieu.

199
Le mauvais riche cria en pleurant : "Père Abraham, aie pitié de moi ! Envoie Lazare car je ne puis espérer
que tu le fasses toi-même, envoie Lazare tremper dans l'eau l'extrémité de son doigt et la poser sur ma langue
pour la rafraîchir car je souffre affreusement dans cette flamme qui me pénètre sans arrêt et me brûle !"

Abraham répondit : "Souviens-toi, fils, que tu as eu tous les biens pendant ta vie, alors que Lazare eut tous
les maux. Lui a su de son mal faire un bien, alors que de tes biens, tu n'as su faire que le mal. Il est donc
juste que lui soit consolé et que toi tu souffres. De plus il n'est plus possible de le faire. Les saints sont
répandus sur la surface de la terre pour que les hommes en tirent avantage. Mais quand, malgré ce voisinage,
1'homme reste tel qu'il est - dans ton cas : un démon - il est inutile ensuite de recourir aux saints. Maintenant
nous sommes séparés. Les herbes dans le champ sont mélangées, mais après la fauchaison, on sépare les
mauvaises des bonnes. Il en est ainsi de vous et de nous. Nous avons été ensemble sur la terre, et vous nous
avez chassés, tourmentés de mille manières, vous nous avez oubliés, n'observant pas la loi d'amour.
Maintenant nous sommes séparés. Entre vous et nous il y a un tel abîme que ceux qui voudraient passer d'ici
vers vous ne le peuvent pas, ni vous qui êtes là-bas ne pouvez franchir l'abîme effroyable pour venir vers
nous."

Le riche, pleurant plus fort cria : " Au moins, ô père saint, envoie, je t'en prie, Lazare à la maison de mon
père. J'ai cinq frères. Je n'ai jamais compris l'amour, même entre parents, mais maintenant je comprends
quelle chose terrible c'est de ne pas être aimé. Et puisque ici, où je suis, c'est la haine, maintenant j'ai
compris, pendant cet atome de temps que mon âme a vu Dieu, ce que c'est que l'Amour. Je ne veux pas que
mes frères souffrent les mêmes peines que moi. Je suis épouvanté pour eux à la pensée qu'ils mènent la
même vie que moi. Oh ! envoie Lazare leur faire connaître le lieu où je suis et pour quel motif j'y suis et leur
dire que l'enfer existe et que c'est quelque chose d'atroce et que celui qui n'aime pas Dieu et son prochain va
en enfer. Envoie-le! Qu'ils pourvoient à temps et ne soient pas contraints de venir ici, dans ce lieu d'éternels
tourments."

Mais Abraham répondit : "Tes frères ont Moïse et les Prophètes. Qu'ils les écoutent."

200
Et en gémissant en son âme torturée le mauvais riche répondit: "Oh ! père Abraham ! Un mort leur fera
davantage impression... Écoute-moi ! Aie pitié !"

Mais Abraham dit : "S'ils n'ont pas écouté Moïse et les Prophètes, ils ne croiront pas davantage quelqu'un qui
ressuscitera pour une heure d'entre les morts pour leur dire des paroles de Vérité. Et d'ailleurs, il n'est pas
juste qu'un bienheureux quitte mon sein pour aller recevoir des offenses des fils de l'Ennemi. Pour lui, le
temps des injures est passé. Maintenant il est dans la paix et y reste sur l'ordre de Dieu qui voit l'inutilité
d'une tentative de conversion près de ceux qui ne croient même pas à la parole de Dieu et ne la mettent pas
en pratique."

Cette parabole a un sens si clair qu'il ne faut pas l'expliquer. Ici, vraiment a vécu, en conquérant la sainteté le
nouveau Lazare, mon Jonas, dont la gloire près de Dieu est évidente dans la protection qu'il donne à celui qui
espère en lui. Vers vous, oui, Jonas peut venir comme protecteur et ami, et y viendra si vous êtes toujours
bons. Je voudrais, et je vous dis ce que je lui ai dit au printemps dernier, je voudrais pouvoir vous venir en
aide à tous, même matériellement, mais je ne puis, et j'en souffre. Je ne peux que vous montrer le Ciel. Je ne
peux que vous enseigner la grande sagesse de la résignation en vous promettant le futur Royaume. N'ayez
jamais de haine, pour aucune raison. La Haine est puissante dans le monde, mais la Haine a toujours une
limite. L'Amour n'a pas de limite pour sa puissance ni dans le temps. Aimez donc, pour que l'Amour vous
défende et vous réconforte sur la terre et vous récompense au Ciel. Il vaut mieux être Lazare que le mauvais
riche, croyez-le. Arrivez à le croire et vous serez bienheureux.

Ne voyez pas dans le châtiment qu'ont subi ces champs une parole de haine, même si les faits pouvaient
justifier cette haine. N'interprétez pas mal le miracle. Je suis l'Amour et je n'aurais pas frappé. Mais puisque
l'Amour ne pouvait faire plier le riche cruel, je l'ai abandonné à la Justice et elle a exercé la vengeance du
martyre de Jonas et de ses frères. Quant à vous, tirez l'enseigne- ment de ce miracle: la Justice est toujours en
éveil, même si elle paraît absente et Dieu, étant le Maître de toute la création, peut se servir, pour l'exercer,

201
des êtres les plus petits comme les chenilles et les fourmis pour mordre le cœur de celui qui fut cruel et avide
et le faire mourir en vomissant le poison qui l'étrangle.

Je vous bénis maintenant. Mais je prierai pour vous à chaque nouvelle aurore. Et toi, père, n'aie plus de souci
pour l'agneau que tu me confies. Je te le ramènerai de temps en temps pour que tu puisses te réjouir en le
voyant croître en sagesse et en bonté sur le chemin de Dieu. Il sera ton agneau de cette pauvre Pâque, le plus
agréable des agneaux présentés à l'autel de Jéhovah. Jabé, salue ton vieux père et puis viens vers ton
Sauveur, vers ton bon Berger. La paix soit avec vous !"

"Oh ! Maître ! Bon Maître ! Te quitter !..."

"Oui, c'est pénible. Mais il ne serait pas bien que le surveillant vous trouve ici. Je suis venu à cet endroit
exprès pour vous éviter des punitions. Obéissez pour l'amour de l'Amour qui vous donne ce conseil."

Les malheureux se lèvent, les larmes aux yeux, et ils vont vers leur calvaire. Jésus les bénit encore, et puis, la
main de l'enfant dans la sienne, avec l'homme d'Endor de l'autre côté, il retourne par le chemin déjà fait à la
maison de Michée, rejoint par André et Jean qui, après leur service de garde, retrouvent leurs frères.

202
Le mauvais riche et le pauvre Lazare

19 Or il y avait un homme riche


Vêtu de pourpre et de lin fin qui festoyait
Chaque jour splendidement. 20 Un pauvre du nom
De Lazare gisait près de son portail, couvert
D'ulcères, 21 Il aurait voulu de ce qui tombait
De la table du riche se rassasier…Bien plus,
Les chiens même venaient lécher ses ulcères.

22 Or donc
Le pauvre mourut, et dans le sein d'Abraham
Il fut emporté par les anges. Le riche aussi
Mourut, et il fut enseveli.

23 "Dans l‟Hadès,
Levant les yeux, il se trouvait dans les tortures,
Il voit Abraham de loin, Lazare dans son sein.
24 Et il s‟écria : Père Abraham, aie pitié
De moi, et envoie Lazare pour tremper le bout
De son doigt dans l'eau pour se rafraîchir la langue,
Parce que je suis tourmenté dans cette flamme.

Alors Abraham dit : 25 " Mon enfant, souviens-toi :


Tu as reçu tes biens pendant ta vie, Lazare
Pareillement les maux ; et maintenant ici,
Il est consolé, et toi, tu en tourmenté.

203
26 Pourtant ce n‟est pas tout car entre nous et vous
Un grand abîme a été établi de sorte
Que ceux qui voudraient passer d'ici à chez vous
Ne le puissent pas, pour qu‟on ne traverse pas
Non plus de là-bas à chez nous.

27 Alors il dit :
Je te prie, Père, de l‟envoyer dans la maison
De mon père, 28 parce que j‟ai cinq frères ; qu‟il leur porte
Son témoignage pour qu‟ils ne s‟en viennent pas eux
Aussi dans ce lieu de la torture.29 Et Abraham
De dire ceci : Ils ont Moïse et les Prophètes
Qu'ils les écoutent. 30 Mais il dit : Non, père Abraham,
Mais si quelqu‟un de chez les morts va les trouver,
Ils se repentiront.31 Il lui dit : du moment
Qu'ils n‟ont pas écouté Moïse et les Prophètes
Même si quelqu'un d‟entre les morts ressuscite,
Ils ne seront pas convaincus."

204
Le Pater

"Écoutez. Quand vous priez dites ainsi : "Notre Père qui es aux Cieux, que soit sanctifié ton Nom, que vienne

ton Royaume sur la terre comme il l‟est dans le Ciel, et que sur la terre comme au Ciel soit faite ta volonté.
Donne-nous aujourd‟hui notre pain quotidien, remets-nous nos dettes comme nous les remettons à nos
débiteurs. Ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du Malin."

Jésus s‟est levé pour dire la prière et tous l‟ont imité, attentifs, émus.

"Il ne faut pas autre chose, mes amis. Dans ces mots est renfermé comme en un cercle d‟or tout ce qu‟il faut
à l‟homme pour l‟esprit, pour la chair et le sang. Avec cela demandez ce qui est utile à celui-là ou à ceux-ci.
Et si vous faites ce que vous demandez, vous acquerrez la vie éternelle. C‟est une prière si parfaite que les
vagues des hérésies et le cours des siècles ne l‟entameront pas. Le christianisme sera morcelé par la morsure
de Satan et beaucoup de parties de ma chair mystique seront détachées, séparées, formant des cellules dans
le vain désir de se créer un corps parfait comme le sera le Corps mystique du Christ, c‟est-à-dire formé de
tous les fidèles unis dans l‟Église apostolique qui sera, tant que la terre existera, l‟unique véritable Église.
Mais ces petits groupes séparés, privés par conséquent des dons que je laisserai à l‟Église Mère pour nourrir
mes enfants, garderont toujours le titre d‟églises chrétiennes à cause de leur culte pour le Christ et, au sein de
leur erreur, elles se souviendront toujours qu‟elles sont venues du Christ. Eh bien, elles aussi prieront avec
cette prière universelle. Rappelez-vous-en. Méditez-la continuellement. Appliquez-la à votre action. Il ne
faut pas autre chose pour se sanctifier. Si quelqu‟un était seul, dans un milieu païen, sans églises, sans livres,
il aurait déjà tout ce que l‟on peut savoir en méditant cette prière et dans son cœur une église ouverte pour la
dire. Il aurait une règle de vie et une sanctification assurée.

205
"Notre Père".

Je l‟appelle "Père". C‟est le Père du Verbe, c‟est le Père de Celui qui s‟est incarné. C‟est ainsi que je veux
que vous, vous l‟appeliez parce que vous êtes un avec Moi, si vous demeurez en Moi. Il fut un temps où
l‟homme devait se prosterner pour soupirer au milieu des craintes de l‟épouvante : "Dieu !" Celui qui ne
croit pas en Moi ni dans ma parole est encore dans cette crainte paralysante... Observez l‟intérieur du
Temple. Non seulement Dieu, mais aussi le souvenir de Dieu est caché aux yeux des fidèles par un triple
voile. Séparation par la distance, séparation par les voiles, tout a été pris et appliqué pour dire à celui

qui prie : "Tu es fange. Lui est Lumière. Tu es abject. Lui est Saint. Tu es esclave. Lui est Roi."

Mais maintenant !... Relevez-vous ! Approchez-vous ! Je suis le Prêtre Éternel. Je puis vous prendre par la
main et vous dire : "Venez." Je puis saisir les rideaux du vélarium et les ouvrir, ouvrant tout grand
l‟inaccessible lieu fermé jusqu‟à maintenant. Fermé ? Pourquoi ? Fermé à cause de la Faute, oui, mais encore
plus étroitement fermé par la pensée avilie des hommes. Pourquoi fermé si Dieu est Amour, si Dieu est Père
? Je peux, je dois, je veux vous conduire non pas dans la poussière mais dans l‟azur; non pas au loin, mais
tout près ; non pas comme esclaves, mais comme fils sur le cœur de Dieu. "Père ! Père !" dites cette parole et
ne vous lassez pas de la dire. Ne savez-vous pas que chaque fois que vous la dites, le Ciel rayonne de la joie
de Dieu ? Ne diriez-vous que ce mot, avec un amour véritable, vous feriez déjà une prière agréable au
Seigneur. "Père ! Mon père !" disent les petits à leur père. C‟est la parole qu‟ils disent la première : "Mère,
père". Vous êtes les petits enfants de Dieu. Je vous ai engendrés du vieil homme que vous étiez. Ce vieil
homme, je l‟ai détruit par mon amour, pour faire naître l‟homme nouveau, le chrétien. Appelez donc du nom
que les petits connaissent le premier le Père Très Saint qui est aux Cieux.

"Que soit sanctifié ton Nom".

Oh ! Nom, plus que tout autre, saint et suave, Nom que la terreur du coupable vous a appris à voiler sous un
autre nom. Non, plus Adonaï, plus. C‟est Dieu. C‟est le Dieu qui dans un excès d‟amour a créé l‟humanité.
Que l‟Humanité de l‟avenir, avec les lèvres purifiées par le bain que je prépare, l‟appelle de son Nom, se

206
réservant de comprendre avec la plénitude de la sagesse le sens de cet Incompréhensible lorsque, fondue
avec Lui, l‟Humanité avec les meilleurs de ses enfants, sera élevée jusqu‟au Royaume que je suis venu
fonder.

"Que vienne ton Règne sur la terre comme au Ciel".

Désirez de toutes vos forces cet avènement. Ce serait la joie sur la terre, s‟il venait.

Le Règne de Dieu dans les cœurs, dans les familles, entre les citoyens, entre les nations. Souffrez, prenez de
la peine, sacrifiez-vous pour ce Règne. Que la terre soit un miroir qui reflète en chacun la vie des Cieux. Il
viendra. Un jour tout cela viendra. Des siècles et des siècles de larmes et de sang, d‟erreurs, de persécutions,
de brouillard traversé d‟éclairs de lumière qu‟irradiera le Phare mystique de mon Église - si elle est une
barque qui ne sombrera pas, elle est aussi un rocher qui résistera aux vagues et elle tiendra bien haut la
Lumière, ma Lumière, la Lumière de Dieu - tout cela précédera le moment où la terre possèdera le Royaume
de Dieu. Ce sera alors comme le flamboiement d‟un astre qui, après avoir atteint la perfection de son
existence, se désagrège, fleur démesurée des jardins éthérés pour exhaler dans une rutilante palpitation son
existence et son amour aux pieds de son Créateur. Mais cela viendra. Et ensuite, ce sera le Royaume parfait,
bienheureux, éternel du Ciel.

"Et que sur la terre comme au Ciel soit faite ta volonté".

L‟anéantissement de la volonté propre au profit de celle d‟un autre ne peut se produire que lorsqu‟on a
atteint le parfait amour pour cette créature. L‟anéantissement de la volonté propre au profit de celle de Dieu
ne peut se produire que quand on a atteint la perfection des vertus théologales à un degré héroïque. Au Ciel,
où tout est sans défauts, s‟accomplit la volonté de Dieu. Sachez, vous, fils du Ciel, faire ce que l‟on fait au
Ciel.

207
"Donne-nous notre pain quotidien".

Quand vous serez au Ciel, vous ne vous nourrirez que de Dieu. La béatitude sera votre nourriture. Mais, ici-bas,
vous avez encore besoin de pain. Et vous êtes les petits enfants de Dieu. Il est donc juste de dire : "Père, donne-
nous le pain". Avez-vous peur qu‟Il ne vous écoute pas ? Oh ! non ! Réfléchissez : supposez que l‟un de vous
ait un ami et qu‟il s‟aperçoive qu‟il manque de pain pour rassasier un autre ami ou un parent arrivé chez lui à la
fin de la seconde veille. Il va trouver l‟ami son voisin et lui dit : "Ami, prête-moi trois pains, car il m‟est arrivé
un hôte et je n‟ai rien à lui donner à manger." Peut-il s‟entendre répondre de l‟intérieur de la maison : "Ne
m‟ennuie pas car j‟ai déjà fermé la porte et bloqué les battants, et mes enfants dorment déjà à mes côtés. Je ne
peux me lever et te donner ce que tu veux" ? Non. S‟il s‟est adressé à un véritable ami et qu‟il insiste, il aura ce
qu‟il demande. Il l‟aurait même s‟il s‟était adressé à un ami pas très bon. Il l‟aurait à cause de son insistance car
celui auquel il demande ce service, pour n‟être plus importuné, se hâterait de lui en donner autant qu‟il en veut.

Mais vous, quand vous priez le Père, vous ne vous adressez pas à un ami de la terre, mais vous vous tournez
vers l‟Ami Parfait qui est le Père du Ciel. Aussi, je vous dis : "Demandez et l‟on vous donnera, cherchez et
vous trouverez, frappez et l‟on vous ouvrira." En effet, à qui demande on donne, qui cherche finit par
trouver, à qui frappe on ouvre la porte. Qui, parmi les enfants des hommes, se voit présenter une pierre, s‟il
demande du pain à son propre père ? Qui se voit donner un serpent à la place d‟un poisson grillé ? Il serait
un criminel le père qui agirait ainsi à l‟égard de ses enfants. Je l‟ai déjà dit et je le répète pour vous
encourager à des sentiments de bonté et de confiance. De même donc que quelqu‟un dont l‟esprit est sain ne
donnerait pas un scorpion à la place d‟un œuf, avec quelle plus grande bonté Dieu ne vous donnera-t-Il pas
ce que vous demandez ! Puisqu‟Il est bon, alors que vous, plus ou moins, vous êtes mauvais. Demandez
donc avec un amour humble et filial votre pain au Père.

208
"Remets-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs".

Il y a les dettes matérielles et les dettes spirituelles. Il y a encore les dettes morales. C‟est une dette
matérielle, l‟argent ou la marchandise qu‟on vous a prêtés et qu‟on doit rendre. C‟est une dette morale,
l‟estime que l‟on exige sans réciprocité, et l‟amour que l‟on veut mais que l‟on ne donne pas. C‟est une dette
spirituelle, l‟obéissance à Dieu, de qui on exigerait beaucoup, quitte à Lui donner bien peu, et l‟amour qu‟on
doit avoir pour Lui. Mais Il nous aime et doit être aimé comme on aime une mère, une épouse, un fils de qui
on exige tant de choses. L‟égoïste veut avoir et ne donne pas. Mais l‟égoïste est aux antipodes du Ciel. Nous
avons des dettes envers tout le monde. De Dieu au parent, de celui-ci à l‟ami, de l‟ami au prochain, du
prochain au serviteur et à l‟esclave, car tous sont des êtres comme nous. Malheur à qui ne pardonne pas ! Il
ne sera pas pardonné. Dieu ne peut pas, par justice, remettre ce que l‟homme Lui doit à Lui Très Saint si
l‟homme ne pardonne pas à son semblable.

"Ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du Malin".

L‟homme qui n‟a pas éprouvé le besoin de partager avec nous le souper de la Pâque m‟a demandé, il y a
moins d‟un an : "Comment ? Tu as demandé de ne pas être tenté et d‟être aidé dans la tentation contre elle-
même ?" Nous étions nous deux, seuls... et j‟ai répondu.

Une autre fois, nous étions quatre dans un endroit isolé, et j‟ai répondu de nouveau. Mais il n‟était pas
encore satisfait, car dans un esprit compliqué, il faut d‟abord ouvrir une brèche en démolissant la forteresse
perverse de sa suffisance. Et, pour cette raison, je le dirai encore une fois, dix, cent fois jusqu‟à ce que tout
soit accompli.

Mais vous qui n‟êtes pas cuirassés par des doctrines malheureuses et des passions plus malheureuses encore,
veuillez prier ainsi. Priez avec humilité pour que Dieu empêche les tentations. Oh ! l‟humilité ! Se connaître
pour ce que l‟on est ! Sans s‟avilir, mais se connaître. Dire : "Je pourrais céder même s‟il me semble que je
ne le puisse pas car je suis, pour moi-même, un juge imparfait. Par conséquent, mon Père, délivre-moi, si

209
possible, des tentations en me tenant tellement proche de Toi afin de ne pas permettre au Malin de me nuire."
Car, souvenez-vous-en, ce n‟est pas Dieu qui porte au Mal, mais c‟est le Mal qui tente. Priez le Père pour
qu‟Il soutienne votre faiblesse au point qu‟elle ne puisse être induite en tentation par le Malin.

J‟ai dit, mes bien-aimés. C‟est ma seconde Pâque au milieu de vous. L‟an dernier nous avons seulement
ensemble rompu le pain et partagé l‟agneau. Cette année, je vous donne la prière. J‟aurai d‟autres dons pour
mes autres Pâques parmi vous afin que, quand je serais allé là où me veut le Père, vous ayez un souvenir de
Moi, l‟Agneau, dans toute fête de l‟agneau mosaïque.

Levez-vous et partons. Nous rentrerons en ville à l‟aurore. Ou plutôt : demain, toi Simon, et toi mon frère (il
indique Jude), vous irez prendre les femmes et l‟enfant. Toi, Simon de Jonas, et vous autres, resterez avec
Moi jusqu‟à ce qu‟ils reviennent. Ensuite nous irons ensemble à Béthanie."

Ils descendent jusqu‟à Gethsémani où ils rentrent à la maison pour se reposer.

210
La vraie prière, Le Pater

7 “ Dans vos prières


Ne rabâchez pas comme les païens. Ils croient
Qu‟avec leur bavardage, ils seront exaucés.
8 Ne leur ressemblez pas ; votre Père sait de quoi
Vous avez besoin, avant que vous lui ayez
Demandé. 9 Vous, vous prierez ainsi :

Notre père
Qui es dans les cieux, que sanctifié soit ton Nom,
10 Que vienne ton règne, que soit faite ta volonté,
Sur la terre comme au ciel. 11 Donne-nous aujourd‟hui
Notre pain de la journée, 12 remets-nous nos dettes
Comme nous, nous avons remis à nos débiteurs,
Et ne nous fais donc pas entrer en tentation.
Délivre-nous du mauvais.

14 “ Si vous remettez
Aux hommes leurs fautes, votre Père Céleste à vous
Aussi, vous remettra, 15 si vous ne remettez pas
Aux hommes, votre Père non plus ne remettra pas
Vos fautes.

211
Le Fils prodigue

Écoutez. C'est une belle parabole qui vous guidera par sa lumière dans tant de cas.

Un homme avait deux fils. L'aîné était sérieux, travailleur, affectueux, obéissant. Le second était intelligent
plus que son aîné, qui en vérité était un peu borné et se laissait guider pour n'avoir pas à se donner la peine
de décider par lui-même ; mais il était aussi par contre, rebelle, distrait, ami du luxe et du plaisir, dépensier et
paresseux. L'intelligence est un grand don de Dieu, mais c'est un don dont il faut user sagement. Autrement
c'est comme certains remèdes qui employés indûment ne guérissent pas mais tuent. Le père suivait son droit
et son devoir en le rappelant à une vie plus sage, mais c'était sans résultat, sauf d'essuyer des réponses
méchantes et de voir son fils se durcir dans ses idées mauvaises.

Enfin, un jour, après une dispute plus envenimée, le cadet dit : "Donne-moi ma part des biens. Ainsi je
n'entendrai plus tes reproches ni les plaintes du frère. Chacun sa part et que tout soit fini."

"Prends garde" répondit le père "tu seras bientôt ruiné. Que feras-tu, alors ? Réfléchis que je ne serai pas
injuste en ta faveur et que je ne reprendrai pas la plus petite somme à ton frère pour te la donner."

"Je ne te demanderai rien. Sois tranquille. Donne-moi ma part." Le père fit estimer les terres et les objets
précieux. Après avoir constaté que l'argent et les bijoux avaient autant de valeur que les terres, il donna à
l'aîné les champs et les vignes, les troupeaux et les oliviers, et au cadet il donna l'argent et les bijoux que le
cadet vendit tout de suite pour avoir tout en argent. Cela fait, en peu de jours, il s'en alla dans un pays
lointain où il vécut en grand seigneur, dépensant ce qu'il avait en bombances de toutes sortes, se faisant
passer pour un fils de roi car il avait honte de dire : "Je suis un campagnard", reniant ainsi son père. Festins,
amis et amies, vêtements, vins, jeux... vie dissolue... Il vit bien vite s'épuiser ses réserves et arriver la misère.
Et avec la misère, pour l'alourdir, il survint dans le pays une grande disette qui fit fondre le reste de ses
ressources. Il aurait voulu aller trouver son père, mais il était orgueilleux et ne s'y décida pas. Il alla alors

212
trouver un homme riche du pays qui avait été son ami dans l'abondance et il le pria en disant : "Prends-moi
parmi tes serviteurs en souvenir des profits que je t'ai procurés". Voyez comme l'homme est sot ! Il préfère
se mettre sous le joug d'un maître au lieu de dire à son père : "Pardon ! Je me suis trompé !" Ce jeune avait
appris tant de choses inutiles avec son intelligence éveillée, mais il n'avait pas voulu apprendre le dicton de
l'Ecclésiastique : "Comme il est infâme, celui qui abandonne son père, et comme Dieu maudit celui qui
tourmente sa mère". Il était intelligent, mais il n'était pas sage.

L'homme à qui il s'était adressé, en échange de tout ce dont il avait profité au détriment du jeune imbécile, mit
ce sot à la garde des porcs. Il était en effet dans un pays païen où il y avait beaucoup de porcs. II l'envoya donc
faire paître dans ses possessions les troupeaux de porcs. Crasseux, en lambeaux, puant, affamé - car la
nourriture était mesurée pour tous les serviteurs et surtout pour les plus bas placés et lui, étranger, gardien de
porcs et méprisé, il rentrait dans cette catégorie - il voyait les porcs se rassasier de glands et il soupirait : "Si je
pouvais au moins m'emplir le ventre de ces fruits ! Mais ils sont trop amers ! La faim elle-même ne me les fait
pas trouver bons." Et il pleurait en pensant aux riches festins de satrape qu'il avait fait peu de temps avant, au
milieu des rires, des chants, des danses... et puis il pensait aux honnêtes repas abondants de sa maison lointaine,
aux portions que le père faisait pour tous impartialement, ne gardant pour lui que la plus petite, heureux de voir
le sain appétit de ses fils... et il pensait aussi aux portions que ce juste faisait pour ses serviteurs, et il soupirait :
"Les domestiques de mon père, même les plus bas placés ont du pain en abondance... et moi, ici, je meurs de
faim..."

Un long travail de réflexion, une longue lutte pour briser l'orgueil... Enfin vint le jour où, revenu à l'humilité et
à la sagesse, il se leva et dit : "Je vais trouver mon père ! C'est une sottise cet orgueil qui me tient captif. Et de
quoi ? Pourquoi souffrir en mon corps et plus encore en mon cœur, alors que je peux obtenir le pardon et le
soulagement ? Je vais trouver mon père. C'est dit. Que lui dirai-je ? Mais me voici, dans cette abjection, dans
ces ordures, mordu par la faim ! Je lui dirai : 'Père, j'ai péché contre le Ciel et contre toi, je ne suis plus digne
d'être appelé ton fils ; traite-moi donc comme le dernier de tes serviteurs, mais, tolère-moi sous ton toit. Que je
te vois passer...' Je ne pourrai lui dire : '...parce que je t'aime'. Il ne le croirait pas. Mais ma vie le lui dira, et lui
le comprendra et, avant de mourir, il me bénira encore... Oh ! je l'espère, parce que mon père m'aime." Et
revenu le soir au pays, il prit congé du maître et, mendiant le long du chemin, il revint à sa maison. Voici les

213
champs paternels... et la maison... et le père qui dirigeait les travaux, vieilli, amaigri par la souffrance, mais
toujours bon... Le coupable, en voyant cette ruine dont il était la cause, s'arrêta intimidé... mais le père, tournant
son regard, le vit et courut à sa rencontre, car il était encore loin. Après l'avoir rejoint, il lui jeta les bras autour
du cou et l'embrassa. Le père était le seul à avoir reconnu son fils dans ce mendiant humilié et lui seul avait eu
pour lui un mouvement d'amour.

Le fils, serré entre ses bras, la tête sur les épaules de son père, murmura au milieu de ses sanglots : "Père,
permets-moi de me jeter à tes pieds". "Non, mon fils ! Pas à mes pieds, sur mon cœur qui a tant souffert de
ton absence et qui a besoin de revivre en sentant ta chaleur sur ma poitrine." Et le fils, pleurant plus fort, lui
dit : "Oh ! mon père ! J'ai péché contre le Ciel et contre toi. Je ne suis pas digne que tu m'appelles : fils. Mais
permets-moi de vivre parmi tes serviteurs, sous ton toit, te voyant et mangeant ton pain, en te servant, en
buvant ta respiration. Avec chaque bouchée de pain, avec chacune de tes respirations, se refera mon cœur si
corrompu et il deviendra honnête..."

Mais le père, le tenant toujours embrassé, le conduisit vers les serviteurs qui s'étaient rassemblés à distance
et qui observaient et il leur dit : "Vite, apportez ici le plus beau vêtement et des bassines d'eau parfumée,
lavez-le, parfumez-le, habillez-le, mettez-lui des chaussures neuves et un anneau au doigt. Puis prenez un
veau gras et tuez-le. Et qu'on prépare un banquet. Car mon fils était mort, et maintenant il est ressuscité, il
était perdu et il est retrouvé. Je veux que lui aussi retrouve son simple amour de petit enfant. Il faut que je lui
donne mon amour et que la maison soit en fête pour son retour. Il doit comprendre qu'il est toujours pour
moi le dernier-né, tel qu'il était dans son enfance lointaine, quand il marchait à mes côtés me rendant
heureux par son sourire et son babil." Et les serviteurs firent tout cela.

Le fils aîné était dans la campagne et il ne sut rien jusqu'à son retour. Le soir, en revenant à la maison, il la
vit toute illuminée et il entendit le son des instruments et le bruit des danses venir de l'intérieur. Il appela un
serviteur qui courait affairé et lui dit : "Qu'est-ce qui arrive ?" Et le serviteur répondit : "Ton frère est revenu
! Ton père a fait tuer le veau gras parce qu'il a reçu le fils sain et guéri de son grand mal, et il a commandé un
banquet. On n'attend que toi pour commence." Mais l'aîné, en colère parce qu'il lui paraissait injuste de tant

214
fêter son cadet qui, outre qu'il était le plus jeune avait été mauvais, ne voulut pas entrer et même il allait
s'éloigner de la maison.

Mais le père, quand il en fut averti, courut dehors et le rejoignit, essayant de le convaincre et le priant de ne
pas assombrir sa joie. L'aîné répondit à son père : "Et tu veux que moi je n'en sois pas fâché ? Tu es injuste et
méprisant à l'égard de ton aîné. Moi, dès que j'ai pu travailler, je t'ai servi, et cela fait bien des années. Je n'ai
jamais transgressé tes ordres, ni même négligé tes désirs. Je suis toujours resté près de toi et je t'ai aimé pour
deux, pour guérir la blessure que t'avait faite mon frère. Et tu ne m'as même pas donné un chevreau pour
faire la fête avec des amis. Et lui qui t'a offensé, qui t'a abandonné, qui a été paresseux et dissipateur et qui
revient poussé par la faim, tu l'honores, et pour lui tu as tué le veau le plus beau. Est-ce que cela vaut la
peine d'être travailleurs et sans vices ! Cela, tu ne devais pas me le faire !' Le père lui dit alors en le serrant
contre son cœur : "Oh ! mon fils ! Et tu peux croire que je ne t'aime pas parce que je n'étends pas un voile de
fête sur tes actions ? Tes actions sont saintes par elles-mêmes, et le monde te loue pour elles. Mais ton frère,
au contraire, a besoin d'être relevé dans l'estime du monde et dans sa propre estime. Et tu crois que je ne
t'aime pas parce que je ne te donne pas une récompense visible ?

Mais matin et soir, à chacune de mes respirations et de mes pensées, tu es présent à mon cœur et à chaque
instant je te bénis. Tu as la récompense continuelle d'être toujours avec moi et tout ce qui est à moi est à toi.
Mais il était juste de faire un banquet et de festoyer ton frère qui était mort et qui est ressuscité au Bien, qui
était perdu et qui est revenu à notre amour." Et l'aîné se rendit à ces raisons.

C'est ce qui arrive, mes amis, dans la Maison du Père. Et qui se reconnaît dans la situation du cadet de la
parabole, qu'il pense aussi que s'il l'imite dans son retour au Père, le Père lui dit : "Non pas à mes pieds, mais
sur mon cœur qui a souffert de ton absence et qui maintenant est heureux de ton retour." Que celui qui se
trouve dans la situation de l'aîné et sans faute à l'égard du Père, ne soit pas jaloux de la joie paternelle, mais
qu'il y prenne part en donnant son amour à son frère racheté.

J'ai dit

215
Le fils perdu et le fils fidèle : "L'enfant prodigue".

11 Il dit
Encore : "Un homme avait deux fils 12 et le plus jeune
Dit à son père : Donne-moi ma part de fortune,
Père, qui me revient. Il leur partagea son bien.
Peu de jours après, ramassant tout, le fils jeune
Partit pour un pays lointain et dissipa
Son bien en vivant dans l‟inconduite.

14 Quand il est
Tout dépensé, survint une famine sévère
Dans ce pays, et il commença à manquer.
15 Il alla s‟attacher à l‟un des citoyens
Du pays qui l'envoya paître ces cochons
Dana ses champs* 16 Il aurait bien voulu se remplir
Le ventre de caroubes que mangeaient les cochons,
Personne ne lui en donnait, 17 Revenant à lui,
Il dit : Mais combien de mercenaires de mon père
Ont du pain en surabondance, et moi je suis
Ici à périr de faim ! 18 Je veux donc partir,
Aller vers mon père et lui dire : contre le Ciel
Et envers toi, Père, j'ai péché. 19 D‟être appelé
Ton fils, je ne suis plus digne. Ainsi traite-moi
Comme l‟un de tes mercenaires, 20 Or il partit
Et vint vers son père.

Et il était encore loin,


Lorsque son père le vit et fut pris de pitié
216
Il courut se jeter à son cou, le couvrant
De baisers.21 Et le fils lui dit : "Contre le Ciel
Et envers toi, Père, j'ai péché. D‟être appelé
Ton fils, je ne suis plus digne. 22 À ses esclaves
Le Père dit : apportez la plus belle robe
Vite, et l‟en revêtez, mettez-lui un anneau
Au doigt et des chaussures aux pieds. 23 Et amenez
Le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons,
24 Car mon fils que voilà était mort, il est
Revenu à la vie ; car il était perdu,
Il est retrouvé. Ils se mirent à festoyer.
25 Son fils aîné était aux champs. À son retour
Quand il fut près de la maison, il entendit
De la musique et des danses, 26 appelant à lui
Un des serviteurs, il lui demanda alors
Ce que cela pouvait bien être. 27 Celui-ci
Lui dit : C‟est ton frère qui est arrivé, ton père
A tué le veau gras, car il l‟a recouvré
En bonne santé. 28 Or il se mit en colère,
Il ne voulut pas entrer, et son père sortit
L‟en prier. 29 Mais répondant il dit à son père :
Voilà tant d‟années que je te suis asservi,
Je n‟ai jamais transgressé un seul de tes ordres
Et à moi, tu n‟as jamais donné un chevreau
Pour festoyer avec mes amis ; 30 quand ton fils
Que voilà revint après avoir dévoré
(Tout) ton bien avec des prostituées, tu fais
Tuer pour lui le veau gras.

31 "Alors il lui dit :


Mais toi, mon enfant, tu es toujours avec moi,

217
Tout ce qui est à moi est à toi. 32 Il fallait
Bien festoyer et se réjouir car ton frère
Que voilà était mort, et il a repris vie.
Et il était perdu, et il est retrouvé !"

218
La parabole des dix vierges

En présence des paysans de Giocana, d'Isaac et de nombreux disciples, des femmes, parmi lesquelles Marie
Très Sainte et Marthe et de beaucoup de gens de Béthanie, Jésus parle. Tous les apôtres sont présents.
L'enfant, assis en face de Jésus, ne perd pas une parole. Le discours est commencé depuis peu, car il arrive
encore des gens...

Jésus dit : "...et c'est à cause de cette crainte que je vois si vive chez plusieurs, que je veux vous proposer
aujourd'hui une douce parabole. Douce pour les hommes de bonne volonté, amère pour les autres. Mais ces
derniers ont le moyen de supprimer cette amertume. Qu'ils deviennent, eux aussi, des gens de bonne volonté
et le reproche que la parabole fait naître dans leur conscience cessera d'exister.

Le Royaume des Cieux est la maison des épousailles qui s'accomplissent entre Dieu et les âmes. Le moment
où l'on y entre, c'est le jour des épousailles.

Écoutez donc. Chez nous, c'est une coutume que les jeunes filles escortent l'époux qui arrive, pour le
conduire au milieu des lumières et des chants vers la maison nuptiale avec sa douce épouse. Le cortège
quitte la maison de l'épouse qui, voilée et émue, se dirige vers le lieu où elle sera reine, dans une maison qui
n'est pas la sienne mais qui devient sienne à partir du moment où elle s'unit à son époux. Alors le cortège des
jeunes filles, des amies de l'épouse la plupart, accourent à la rencontre de ces deux heureux pour les entourer
d'un cercle de lumières.

Or il arriva dans un pays que l'on fit des noces. Pendant que les époux, avec leurs parents et amis, s'en
donnaient à cœur joie dans la maison de l'épouse, dix jeunes filles se rendirent à leur place dans le vestibule

219
de la maison de l'époux, prêtes à sortir à sa rencontre quand le bruit lointain des cymbales et des chants
viendrait les avertir que les époux avaient quitté la maison de l'épouse pour venir à celle de l'époux. Mais le
banquet, dans la maison des noces, se prolongeait et la nuit survint. Les vierges, vous le savez, gardent
toujours leurs lampes allumées pour ne pas perdre de temps au dernier moment. Or, parmi ces dix vierges
qui avaient leurs lampes allumées et qui éclairaient bien, il y en avait cinq sages et cinq sottes. Les sages,
pleines de prudence, s'étaient munies de petits vases pleins d'huile pour pouvoir remplir les lampes si la
durée de l'attente était plus longue que prévu, alors que les sottes s'étaient bornées à bien remplir leurs petites
lampes.

Les heures passèrent, l'une après l'autre. Conversations gaies, bonnes histoires, plaisanteries charmaient
l'attente. Mais après cela, elles ne surent plus que dire ni que faire. Ennuyées, ou simplement fatiguées, elles
s'assirent plus à leur aise avec leurs lampes allumées toutes proches et tout doucement elles s'endormirent.
Minuit arriva et on entendit un cri : "Voici l'époux, allez à sa rencontre !" Les dix vierges sursautèrent en
entendant l'ordre, prirent les voiles et les guirlandes, se coiffèrent et coururent vers la table où étaient les
lampes. Cinq d'entre elles étaient en train de languir... La mèche, que l'huile ne nourrissait plus, toute
consumée, fumait avec des éclairs de plus en plus faibles, prête à s'éteindre au moindre souffle d'air. Les cinq
autres, au contraire, garnies par les vierges prudentes avant leur sommeil, avaient une flamme encore vive
qui se raviva davantage quand on ajouta de l'huile dans le réservoir de la lampe.

"Oh !" dirent les sottes suppliantes, "Donnez-nous un peu de votre huile, car autrement nos lampes vont
s'éteindre, rien qu'à les prendre. Les vôtres sont déjà belles !..." Mais les prudentes répondirent : "Dehors
souffle le vent de la nuit, et la rosée tombe à grosses gouttes. Il n'y a jamais assez d'huile pour faire une
flamme robuste qui puisse résister au vent et à l'humidité. Si nous vous en donnons, il arrivera que nos
lumières vacilleront elles aussi. Et bien triste serait le cortège des vierges sans les palpitations des petites
flammes ! Allez, courez chez le marchand le plus proche, priez-le, frappez à sa porte, faites-le lever pour
qu'il vous donne de l'huile." Et elles haletantes, froissant leurs voiles, tachant leurs vêtements, perdant les
guirlandes, en se heurtant et en courant, suivirent le conseil de leurs compagnes.

220
Mais, pendant qu'elles allaient acheter de l'huile, voilà qu'apparaît au fond de la rue l'époux accompagné de
l'épouse. Les cinq vierges, qui étaient munies des lampes allumées, allèrent à leur rencontre et, au milieu
d'elles, les époux entrèrent dans la maison pour la fin de la cérémonie, lorsque les vierges auraient escorté en
dernier lieu l'épouse jusqu'à la chambre nuptiale. La porte fut close après l'entrée des époux et qui se trouvait
dehors, dehors resta. Ce fut le sort des cinq sottes qui, arrivées enfin avec leur huile, trouvèrent la porte
verrouillée et frappèrent inutilement en se blessant les mains et en criant d'une voix gémissante : "Seigneur,
Seigneur, ouvre-nous ! Nous faisons partie du cortège des noces. Nous sommes les vierges propitiatoires,
choisies pour apporter honneur et fortune à ton mariage." Mais l'époux, du haut de la maison, quitta pour un
instant les invités plus intimes auxquels il faisait ses adieux pendant que l'épouse entrait dans la chambre
nuptiale, et leur dit : 'En vérité je vous dis que je ne vous connais pas. Je ne sais pas qui vous êtes. Vos
visages n'étaient pas en fête autour de mon aimée. Vous êtes des usurpatrices. Restez donc hors de la maison
des noces." Et les cinq sottes, en pleurant, s'en allèrent par les rues noires, avec leurs lampes désormais
inutiles, leurs vêtements fripés, leurs voiles arrachés, leurs guirlandes défaites ou perdues...

Et maintenant vous comprenez la parole renfermée dans la parabole. Je vous ai dit au début que le Royaume
des Cieux est la maison des épousailles qui s'accomplissent entre Dieu et les âmes. Aux noces célestes sont
appelés tous les fidèles, car Dieu aime tous ses enfants. Les uns plus tôt, les autres plus tard se trouvent au
moment des épousailles et c'est un sort heureux que d'y être arrivé.

Mais écoutez encore. Vous savez que les jeunes filles considèrent comme un honneur et une heureuse
fortune d'être appelées comme servantes autour de l'épouse. Voyons dans notre cas ce que représentent les
personnages et vous comprendrez mieux. L'Époux, c'est Dieu. L'épouse, c'est l'âme d'un juste qui, après
avoir passé le temps des fiançailles dans la maison du Père, c'est-à-dire sous la protection de la doctrine de
Dieu et dans l'obéissance à cette doctrine, en vivant selon la justice, se trouve amenée dans la maison de
l'Époux pour les noces. Les servantes-vierges sont les âmes des fidèles qui, grâce à l'exemple laissé par
l'épouse, cherchent à arriver au même honneur en se sanctifiant. Pour l'épouse, le fait d'avoir été choisie par
l'époux à cause de ses vertus, est le signe qu'elle était un exemple vivant de sainteté. Les jeunes filles sont en
vêtements blancs, propres et frais, en voiles blancs, couronnées de fleurs. Elles ont dans les mains des
lampes allumées. Les lampes sont bien propres, avec la mèche nourrie de l'huile la plus pure afin qu'elle ne

221
soit pas malodorante.

En vêtements blancs. La justice pratiquée avec fermeté donne des vêtements blancs et bientôt viendra le jour
qu'ils seront parfaitement blancs, sans même le plus lointain souvenir d'une tache, d'une blancheur
surnaturelle, d'une blancheur angélique.

En vêtements nets. Il faut, par l'humilité, tenir toujours net le vêtement. Il est si facile de ternir la pureté du
cœur, et celui qui n'est pas pur en son cœur ne peut voir Dieu. L'humilité est comme l'eau qui lave.
L'humble, parce que son œil n'est pas obscurci par la fumée de l'orgueil, s'aperçoit tout de suite qu'il a terni
son vêtement. Il court vers son Seigneur et Lui dit : "J'ai perdu la netteté de mon cœur. Je pleure pour me
purifier. Je pleure à tes pieds. Et Toi, mon Soleil, blanchis mon vêtement par ton pardon bienveillant, par ton
amour paternel !"

En vêtements frais. Oh ! La fraîcheur du cœur ! Les enfants la possèdent par suite d'un don de Dieu. Les
justes la possèdent par un don de Dieu et par leur propre volonté. Les saints la possèdent par un don de Dieu
et par une volonté allant jusqu'à l'héroïsme. Mais les pécheurs, dont l'âme est en loques, brûlée,
empoisonnée, salie ne pourront-ils alors jamais plus avoir un vêtement frais ? Oh ! oui, qu'ils peuvent l'avoir.
Ils commencent à l'avoir du moment où ils se regardent avec mépris, ils l'augmentent quand ils ont décidé de
changer de vie, le perfectionnent quand par la pénitence ils se lavent, se désintoxiquent, se soignent, refont
leur pauvre âme. Avec l'aide de Dieu qui ne refuse pas son secours à qui demande son aide sainte, par leur
propre volonté portée à un degré qui dépasse l'héroïsme, car en eux il n'y a pas lieu de protéger ce qu'ils
possèdent, mais de reconstruire ce qu'ils ont abattu, donc effort double et triple et septuple et enfin par une
pénitence inlassable, implacable à l'égard du moi qui était pécheur, ils ramènent leur âme à une nouvelle
fraîcheur enfantine, rendue précieuse par l'expérience qui fait d'eux des maîtres pour ceux qui autrefois
étaient comme eux, c'est-à-dire pécheurs.

222
En voiles blancs. L'humilité ! J'ai dit : "Quand vous priez ou faites pénitence, faites en sorte que le monde ne
s'en aperçoive pas." Dans les livres sapientiaux, il est dit : "Il n'est pas bien de révéler le secret du Roi."
L'humilité est le voile blanc que l'on met pour le défendre sur le bien que l'on fait et sur le bien que Dieu
nous accorde. Ne pas se glorifier de l'amour privilégié que Dieu nous accorde, ne pas chercher une sotte
gloire humaine. Le don serait tout de suite enlevé. Mais le chant intérieur du cœur à son Dieu : "Mon âme te
glorifie, ô Seigneur... parce que Tu as tourné ton regard vers la bassesse de ta servante."

Jésus s'arrête un instant et jette un regard vers sa Mère qui rougit sous son voile et s'incline profondément
comme pour remettre en place les cheveux de l'enfant assis à ses pieds, mais en réalité pour cacher l'émotion
de son souvenir...

Couronnée de fleurs. L'âme doit tresser sa guirlande quotidienne d'actes de vertu, car en présence du Très-
Haut, rien ne doit rester de vicieux et rien ne doit rester d'un aspect négligé. Guirlande quotidienne, ai-je dit,
car l'âme ne sait pas quand Dieu-Époux lui apparaîtra pour lui dire : "Viens." Il ne faut donc pas se lasser de
renouveler la couronne. N'ayez pas peur. Les fleurs perdent leur fraîcheur, mais les fleurs des couronnes
vertueuses ne la perdent pas. L'ange de Dieu, que chaque homme a à côté de lui, recueille ces guirlandes
quotidiennes et les apporte au Ciel et on en fera un trône au nouveau bienheureux quand il entrera comme
épouse dans la maison nuptiale.

Elles ont leurs lampes allumées. À la fois pour honorer l'Époux et pour se guider en chemin. Comme elle
est brillante la foi et quelle douce amie elle est ! Elle donne une flamme qui rayonne comme une étoile, une
flamme qui rit car elle est tranquille dans sa certitude, une flamme qui rend lumineux même l'instrument qui
la porte. Même la chair de l'homme que nourrit la foi semble, dès cette terre, devenir plus lumineuse et plus
spirituelle, exempte d'un vieillissement précoce. Car celui qui croit se laisse guider par les paroles et les
commandements de Dieu pour arriver à posséder Dieu, sa fin, et par conséquent il fuit toute corruption, il n'a
pas de troubles, de peurs, de remords, il n'est pas obligé de faire des efforts pour se rappeler ses mensonges
ou pour cacher ses mauvaises actions, et il se conserve beau et jeune de la belle incorruptibilité des saints.
Une chair et un sang, un esprit et un cœur nets de toute luxure pour conserver l'huile de la foi, pour donner

223
une lumière sans fumée. Une volonté constante pour nourrir toujours cette lumière. La vie de chaque jour
avec ses déceptions, ses constatations, ses contacts, ses tentations, ses frictions, tend à diminuer la foi. Non !
Cela ne doit pas arriver. Allez chaque jour aux sources de l'huile suave, de l'huile de la sagesse, de l'huile de
Dieu.

Une lampe peu alimentée peut s'éteindre au moindre vent, peut être éteinte par la lourde rosée de la nuit. La
nuit... L'heure des ténèbres, du péché, de la tentation vient pour tous. C'est la nuit de l'âme. Mais si elle se
remplit, elle-même, de foi, sa flamme ne peut être éteinte par le vent du monde ni par le brouillard de la
sensualité.

Pour conclure, vigilance, vigilance, vigilance. L'imprudent qui ose dire : "Oh ! Dieu viendra à un moment où
j'aurai encore la lumière en moi", qui se met à dormir au lieu de veiller, à dormir dépourvu de ce qu'il faut
pour se lever promptement au premier appel, qui attend le dernier moment pour se procurer l'huile de la foi
ou la mèche résistante de la bonne volonté, court le risque de rester dehors à l'arrivée de l'Époux. Veillez
donc avec prudence, avec constance, avec pureté, avec confiance pour être toujours prêts à l'appel de Dieu
car en réalité vous ne savez pas quand Il viendra.

Mes chers disciples, je ne veux pas vous amener à avoir peur de Dieu, mais plutôt à avoir foi en sa bonté.
Aussi bien vous qui restez que vous qui partez, pensez que, si vous faites ce que firent les vierges sages,
vous serez appelés non seulement à escorter l'Époux mais, comme pour la jeune Esther, devenue épouse à la
place de Vasti, vous serez choisis et élus comme épouses car l'Époux aura "trouvé en vous toute grâce et
toute faveur, au-dessus de tout autre." Je vous bénis, vous qui partez. Portez en vous et apportez à vos
compagnons ces paroles que je vous ai adressées. La paix du Seigneur soit toujours avec vous."

Jésus s'approche des paysans pour les saluer encore, mais Jean d'Endor lui glisse à l'oreille : "Maître,
maintenant Judas est là..."

"Peu importe. Accompagne-les jusqu'au char et fais ce que je t'ai dit."

224
L'assemblée se disperse lentement. Plusieurs parlent à Lazare... Et ce dernier se tourne vers Jésus qui, ayant
quitté les paysans, revient de ce côté, et dit : "Maître, avant de nous quitter, parle-nous encore... C'est ce que
veulent les cœurs de Béthanie."

"La nuit descend, mais tranquille et sereine. Si vous voulez vous réunir sur les foins fauchés, je vous parlerai
avant de quitter ce pays ami. Ou bien demain, à l'aurore parce qu'est arrivée l'heure de se séparer."

"Plus tard ! Ce soir !" crient-ils tous.

"Comme vous voulez. Partez, à présent. Au milieu de la première veille je vous parlerai"...

225
Parabole des dix vierges

25 1 Alors le royaume
Des Cieux ressemblera à dix jeunes vierges qui,
Prenant leurs lampes, sortirent au-devant de l‟époux.
2 Cinq d‟entre elles étaient belles et cinq étaient prudentes.
3 Les folles en prenant leur lampe n‟avaient pas pris d‟huile
Avec elles 4 mais les prudentes avaient pris de l‟huile
Dans les fioles avec leurs lampes. 5 Or l‟époux tardait,
Toutes s‟assoupirent et s‟endormirent.

6 Au milieu
De la nuit, il y eut un cri : Voilà l‟époux !
Sortez au-devant de lui. 7 Alors se levèrent
Les jeunes filles et elles garnirent leurs lampes. 8 Les folles
Dirent ceci aux prudentes : donnez-nous de votre huile
Parce que nos lampes s‟éteignent. 9 Or les prudentes
Répondirent : cela ne suffirait pas pour nous.
Allez chez les marchands et achetez-vous en.

10 Et tandis qu‟elles s‟en allaient pour en acheter,


Vint l‟époux, et celles qui étaient prêtes avec lui
Entrèrent dans la salle des noces. Et on ferma
La porte. 11 Puis viennent aussi les autres jeunes filles,
Qui disent : Seigneur, Seigneur, ouvre-nous. 12 Répondant,
Il dit : je ne vous connais pas, en vérité,
Je vous le dis. 13 Veillez donc, car vous ne savez
Ni le jour ni l‟heure.

226
Les noces royales

Mais, écoutez, et vous comprendrez mieux comment les inquiétudes, les richesses et les ripailles empêchent
d'entrer dans le Royaume des Cieux.

Un jour, un roi fit les noces de son fils. Vous pouvez imaginer quelle fête il y eut dans le palais du roi. C'était
son unique fils et, arrivé à l'âge voulu, il épousait son aimée. Celui qui était père et roi voulut que tout fût
joie autour de la joie de son aimé devenu finalement l'époux de la bien-aimée. Parmi les nombreuses fêtes
nuptiales, il fit aussi un grand repas. Et il le prépara à loisir, veillant sur chaque détail pour que ce fût Une
réussite magnifique, digne des noces du fils du roi.

Au moment voulu, il envoya ses serviteurs dire à ses amis et à ses alliés et aussi aux principaux grands de
son royaume que les noces étaient fixées pour tel soir et qu'ils étaient invités, qu'ils vinssent pour faire un
digne entourage au fils du roi. Mais amis, alliés et grands du royaume n'acceptèrent pas l'invitation.

Alors le roi, pensant que les premiers serviteurs ne s'étaient pas expliqués comme il faut, en envoya encore
d'autres chargés d'insister et de dire : "Mais venez ! Nous vous en prions. Maintenant tout est prêt. La salle
est préparée. Des vins précieux ont été apportés de partout et déjà dans les cuisines on a amené les bœufs et
les animaux gras pour qu'on les cuise. Les esclaves pétrissent la farine pour faire des desserts et d'autres
pilent les amandes dans les mortiers pour faire des friandises très fines auxquelles ils mélangent les arômes
les plus rares; Les danseuses et les musiciens les plus distingués ont été engagés pour la fête. Venez donc
pour ne pas rendre inutile tant de préparatifs."

Mais les amis, les alliés et les grands du royaume ou bien refusèrent, ou bien dirent : "Nous avons autre
chose à faire" ou bien ils firent semblant d'accepter l'invitation mais ensuite se rendirent à leurs affaires, les
uns à leurs champs, les autres à leurs commerces ou à d'autres choses encore moins nobles. Enfin il y en eut

227
qui, ennuyés par tant d'insistance, prirent les serviteurs du roi et les tuèrent pour les faire taire, parce qu'ils
insistaient: "Ne refuse pas cela au roi parce qu'il pourrait t'en arriver malheur."

Les serviteurs revinrent vers le roi et lui rapportèrent tout ce qui s'était passé. Le roi, enflammé d'indignation,
envoya ses troupes punir les assassins de ses serviteurs et châtier ceux qui avaient méprisé son invitation, se
réservant de récompenser ceux qui avaient promis de venir. Mais, le soir de la fête, à l'heure fixée, il ne vint
personne. Le roi indigné appela ses serviteurs et leur dit : "Qu'il ne soit pas dit que mon fils reste sans
personne pour le fêter en cette soirée de ses noces. Le banquet est prêt, mais les invités n'en sont pas dignes.
Et pourtant le banquet nuptial de mon fils doit avoir lieu. Allez donc sur les places et les chemins, mettez-
vous aux carrefours, arrêtez les passants, rassemblez ceux qui s'arrêtent et amenez-les ici. Que la salle soit
pleine de gens qui fassent fête à mon fils."

Les serviteurs s'en allèrent. Sortis dans les rues, répandus sur les places, envoyés aux carrefours, ils
rassemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, bons ou mauvais, riches ou pauvres, et les amenèrent à la demeure
du roi, leur donnant les moyens pour être dignes d'entrer dans la salle du banquet. Puis ils les y conduisirent
et, comme le roi le voulait, elle fut pleine d'un public joyeux.

Mais le roi entra dans la salle pour voir si on pouvait commencer les festivités et il vit un homme qui, malgré
les moyens que fournissaient les serviteurs, n'était pas en habits de noces. Il lui demanda : "Comment se fait-
il que tu sois entré ici sans les vêtements de noces ?" Et il ne sut que répondre car en effet il n'avait pas
d'excuses. Alors le roi appela ses serviteurs et leur dit: "Saisissez-le, attachez-lui les pieds et les mains et
jetez-le hors de ma demeure dans la nuit et la boue gelée. Là il sera dans les larmes et les grincements de
dents comme il l'a mérité pour son ingratitude et l'offense qu'il m'a faite, et à mon fils plus qu'à moi, en
entrant avec un habit pauvre et malpropre dans la salle du banquet où ne doit entrer que celui qui est digne
d'elle et de mon fils."

228
Comme vous le voyez, les soucis du monde, la cupidité, la sensualité, la cruauté attirent la colère du roi, font
en sorte que ceux qui sont pris par tous ces embarras n'entrent jamais plus dans la maison du Roi. Et vous
voyez aussi comment même parmi ceux qui sont invités, par bienveillance à l'égard de son fils, il y en a qui
sont punis.

Combien il y en a au jour d'aujourd'hui sur cette terre à laquelle Dieu a envoyé son Verbe !

Les alliés, les amis, les grands de son peuple, Dieu les a vraiment invités par l'intermédiaire de ses serviteurs
et les fera inviter d'une manière pressante à mesure que l'heure de mes Noces approchera. Mais ils
n'accepteront pas l'invitation parce que ce sont de faux alliés, de faux amis et qu'ils ne sont grands que de
nom car ils sont pleins de bassesse. (Jésus élève de plus en plus la voix et ses yeux, à la lueur du feu qui a été
allumé entre Lui et les auditeurs pour éclairer la soirée où manque encore la lune qui est en décroissance et
se lève plus tard ; ses yeux jettent des éclairs de lumière comme s'ils étaient deux pierres précieuses.) Oui, ils
sont pleins de bassesse et, à cause de cela, ils ne comprennent pas que c'est pour eux un devoir et un honneur
d'accepter l'invitation du Roi.

Orgueil, dureté, luxure dressent un mur dans leurs cœurs. Et, dans leur méchanceté, ils me haïssent et ne
veulent pas venir à mes noces. Ils ne veulent pas venir. Ils préfèrent aux noces les tractations avec une
dégoûtante politique, avec l'argent encore plus dégoûtant, avec la sensualité qui est tout ce qu'il y a de plus
dégoûtant. Ils préfèrent le calcul astucieux, la conjuration, la conjuration sournoise, le piège, le crime.

Moi, je condamne tout cela au nom de Dieu. On hait pour cette raison la voix qui parle et les fêtes auxquelles
elle invite. Dans ce peuple on peut chercher ceux qui tuent les serviteurs de Dieu : les Prophètes qui sont les
serviteurs jusqu'à ce jour ; mes disciples qui sont les serviteurs à partir de ce jour. En ce peuple on peut
trouver ceux qui essayent de tromper Dieu et qui disent : "Oui, nous venons" mais qui pensent en leur for
intérieur : "Jamais de la vie !" Il y a tout cela en Israël.

229
Et le Roi du Ciel, pour donner aux noces de son Fils un digne apparat, enverra chercher aux carrefours des
gens qui ne sont ni des amis, ni des grands, ni des alliés, mais qui sont simplement le peuple qui y circule.
Déjà - et par ma main, par ma main de Fils et de serviteur de Dieu - le rassemblement est commencé.

Ils viendront qui qu'ils soient... Et déjà ils sont venus. Et Moi je les aide à se faire propres et beaux pour la
fête des noces. Mais il s'en trouvera, oh ! pour leur malheur il y en aura qui profiteront même de la
magnificence de Dieu, qui leur donne parfums et vêtements royaux pour les faire paraître ce qu'ils ne sont
pas: riches et dignes, il y en aura qui profiteront indignement de toute cette bonté pour séduire, pour gagner...
Individus aux âmes farouches, enlacés par le poulpe répugnant de tous les vices... et qui soustrairont parfums
et vêtements pour en tirer un gain illicite, s'en servant non pour les noces du Fils, mais pour leurs noces avec
Satan.

Eh bien cela arrivera car nombreux sont ceux qui sont appelés mais peu nombreux ceux qui, pour savoir
rester fidèles à l'appel, arrivent à être choisis. Mais il arrivera aussi qu'à ces hyènes, qui préfèrent la
putréfaction à une nourriture vivante, sera infligé le châtiment d'être jetés hors de la salle du Banquet dans
les ténèbres et la boue d'un marais éternel où retentit l'horrible rire de Satan chaque fois qu'il triomphe d'une
âme et où résonnent éternellement les pleurs désespérés des idiots qui suivirent le Crime au lieu de suivre la
Bonté qui les avait appelés.

230
Parabole du festin nuptial Matthieu 22 1-14

22 1 Et prenant la parole, Jésus


Leur dit de nouveau en paraboles : 2 “ Le royaume
Des Cieux est semblable à un roi qui fit des noces
Pour son fils. 3 Il envoya ses esclaves appeler
Les invités. Ils ne voulurent pas venir.
4 Il envoya encore d‟autres esclaves, et dit :
“ Dites aux invités : voici que j‟ai apprêté
Mon déjeuner, mes taureaux et mes bêtes grasses
Sont égorgés et tout est prêt : venez aux noces.
5 Mais eux, négligeant l‟invitation, s‟en allèrent,
Qui à son champ, qui à son négoce, 6 et les autres
Se saisissant de ses esclaves, les outragèrent
Et les tuèrent. 7 Le roi pris de colère et,
Envoyant ses armées, il fit périr alors
Ces meurtriers, il incendia leur ville. 8 Il dit
À ses esclaves : la noce est prête ; les invités
N‟étaient pas dignes. 9 Rendez-vous donc sur les chemins,
Appelez aux noces tous ceux que vous trouverez.

10 Ces esclaves sortirent sur les chemins, rassemblant


Tous ceux qu‟ils trouvèrent, mauvais et bons ; et la salle
Fut remplie de convives.

11 Entrant pour observer


Les convives, le roi vit un homme qui n‟était pas
Là revêtu d‟un vêtement de noce. 12 Alors
Il lui dit : “ Mon ami, comment es-tu entré
En ce lieu sans avoir de vêtement de noce ? ”

231
Celui-ci resta bouche close. 13 Et le roi dit
Aux serviteurs ceci : “ Liez-lui pieds et mains
Et jetez-le dans les ténèbres, du dehors ;
Là seront les sanglots, les grincements de dents.
14 Il y a beaucoup d‟appelés et peu d‟élus. ”

232
TOME IV

233
La parabole de la brebis perdue

Jésus parle à la foule. Monté sur le bord planté d'arbres d'un torrent, il parle à une foule nombreuse répandue
dans un champ dont le blé est coupé et qui présente l'aspect désolant des chaumes brûlés par le soleil.

C'est le soir. Le crépuscule descend, mais déjà la lune monte. Une belle et claire soirée d'un début d'été. Des
troupeaux rentrent au bercail et le tintement des sonnailles se mêle au chant perçant des grillons ou des
cigales, un grand : gri, gri, gri...

Jésus prend la comparaison des troupeaux qui passent. Il dit : "Votre Père est comme un berger attentif. Que
fait le bon pasteur ? Il cherche de bons pâturages pour ses brebis, où il n 'y pas de ciguë ni de plantes
dangereuses, mais des trèfles agréables, des herbes aromatiques et des chicorées amères mais bonnes pour la
santé. Il cherche une place où se trouve en même temps que la nourriture, de la fraîcheur, un ruisseau aux
eaux limpides, des arbres qui donnent de l'ombre, où il n'y a pas d'aspics au milieu de la verdure. Il ne se
soucie pas de trouver des pâturages plus gras parce qu'il sait qu'ils cachent facilement des serpents aux
aguets et des herbes nuisibles, mais il donne la préférence aux pâturages de montagne où la rosée rend
l'herbe pure et fraîche, mais que le soleil débarrasse des reptiles, là où l'on trouve un bon air que remue le
vent et qui n'est pas lourd et malsain comme celui de la plaine. Le bon pasteur observe une par une ses
brebis. Il les soigne si elles sont malades, les panse si elles sont blessées. À celle qui se rendrait malade par
gloutonnerie, il élève la voix, à celle qui prendrait du mal à rester dans un endroit trop humide ou trop au
soleil, il dit d'aller dans un autre endroit. Si une est dégoûtée, il lui cherche des herbes acidulées et
aromatiques capables de réveiller son appétit et les lui présente de sa main en lui parlant comme à une
personne amie.

234
C'est ainsi que se comporte le bon Père qui est aux Cieux avec ses fils qui errent sur la terre. Son amour est
la verge qui les rassemble, sa voix leur sert de guide, ses pâturages c'est sa Loi, son bercail le Ciel.

Mais voilà qu'une brebis le quitte. Combien il l'aimait ! Elle était jeune, pure, candide comme une nuée
légère dans un ciel d'avril. Le berger la regardait avec tant d'amour en pensant à tout le bien qu'il pouvait lui
faire et à tout l'amour qu'il pourrait en recevoir. Et elle l'abandonne.

Le long du chemin qui borde le pâturage, un tentateur est passé. Il ne porte pas une casaque austère, mais un
habit aux mille couleurs. Il ne porte pas la ceinture de peau avec la hache et le couteau suspendus, mais une
ceinture d'or d'où pendent des sonnettes au son argentin, mélodieux comme la voix du rossignol, et des
ampoules d'essences enivrantes... Il n'a pas le bourdon avec lequel le bon pasteur rassemble et défend les
brebis, et si le bourdon ne suffit pas, il est prêt à les défendre avec sa hache ou son couteau et même au péril
de sa vie. Mais ce tentateur qui passe a dans les mains un encensoir tout brillant de pierres précieuses d'où
s'élève une fumée qui est à la fois puanteur et parfum, qui étourdit comme éblouissent les facettes des bijoux,
oh ! combien faux ! Il va en chantant et laisse tomber des poignées d'un sel qui brille sur le chemin obscur...

Quatre-vingt-dix-neuf brebis le regardent sans bouger.

La centième, la plus jeune et la plus chère, fait un bond et disparaît derrière le tentateur. Le berger l'appelle,
mais elle ne revient pas. Elle va, plus rapide que le vent, rejoindre celui qui est passé et, pour soutenir ses
forces dans sa course, elle goûte ce sel qui pénètre au-dedans et la brûle d'un délire étrange qui la pousse à
chercher les eaux noires et vertes dans l'obscurité des forêts. Et, dans les forêts, à la suite du tentateur, elle
s'enfonce, elle pénètre, monte et descend et elle tombe... une, deux, trois fois. Et une, deux, trois fois, elle
sent autour de son cou l'embrassement visqueux des reptiles, et assoiffée, elle boit des eaux souillées, et
affamée, elle mord des herbes qui brillent d'une bave dégoûtante.

235
Que fait pendant ce temps le bon pasteur ? Il enferme en lieu sûr les quatre-vingt-dix-neuf brebis fidèles et
puis se met en route et ne s'arrête pas jusqu'à ce qu'il trouve des traces de la brebis perdue. Puisqu'elle ne
revient pas à lui, qui confie au vent ses appels, il va vers elle. Il la voit de loin, enivrée et enlacée par les
reptiles, tellement ivre qu'elle ne sent pas nostalgie du visage qui l'aime, et elle se moque de lui. Et il la
revoit, coupable d'être entrée comme une voleuse dans la demeure d'autrui, tellement coupable qu'elle n'ose
plus le regarder... Et pourtant le pasteur ne se lasse pas... et il va. Il la cherche, la cherche, la suit, la harcèle.
Il pleure sur les traces de l'égarée ; lambeaux de toison ; lambeaux d'âme ; traces de sang ; délits de toutes
sorte ; ordures ; témoignages de sa luxure. Il va et la rejoint.

Ah ! je t'ai trouvée, mon aimée ! Je t'ai rejointe ! Que de chemin j'ai fait pour toi ! Pour te ramener au bercail.
Ne courbe pas ton front souillé. Ton péché est enseveli dans mon cœur. Personne, excepté moi qui t'aime, ne
le connaîtra. Je te défendrai contre les critiques d'autrui, je te couvrirai de ma personne pour te servir de
bouclier contre les pierres des accusateurs. Viens. Tu es blessée ? Oh ! montre-moi tes blessures. Je les
connais, mais je veux que tu me les montres, avec la confiance que tu avais quand tu étais pure et quand tu
me regardais moi, ton pasteur et ton dieu, d'un oeil innocent. Les voilà. Elles ont toutes un nom. Oh ! comme
elles sont profondes ! Qui te les a faites si profondes ces blessures au fond du cœur ? Le Tentateur, je le sais.
C'est lui qui n'a ni bourdon ni hache mais qui blesse plus profondément avec sa morsure empoisonnée et,
après lui, ce sont les faux bijoux de son encensoir, qui t'ont séduite par leur éclat... et qui étaient un soufre
infernal qui se produisait à la lumière pour te brûler le cœur. Regarde combien de blessures, combien de
toison déchirée, combien de sang, combien de ronces !

Oh ! pauvre petite âme illusionnée ! Mais dis-moi : si je te pardonne, tu m'aimeras encore ? Mais dis-moi : si
je te tends les bras, tu t'y jetteras ? Mais dis-moi : as-tu soif d'un amour bon ? Et alors : viens et reviens à la
vie. Reviens dans les pâturages saints. Tu pleures. Tes larmes mêlées aux miennes lavent les traces de ton
péché, et Moi, pour te nourrir, puisque tu es épuisée par le mal qui t'a brûlée, je m'ouvre la poitrine, je
m'ouvre les veines et je te dis : "Nourris-toi, mais vis !"

236
Viens que je te prenne dans mes bras. Nous irons plus rapidement aux pâturages saints et sûrs. Tu oublieras
tout de cette heure de désespoir et tes quatre-vingt-dix-neuf sœurs, les bonnes, jubileront pour ton retour. Je
te le dis, ma brebis perdue, que j'ai cherchée en venant de si loin, que j'ai retrouvée, que j'ai sauvée, qu'on fait
une plus grande fête parmi les bons pour une brebis perdue qui revient que pour les quatre-vingt-dix-neuf
justes qui ne se sont pas éloignées du bercail."

Jésus ne s'est jamais retourné pour regarder vers le chemin qui se trouve derrière Lui et par lequel est arrivée,
dans la pénombre du soir, Marie de Magdala, encore très élégante, mais habillée, du moins, et couverte d'un
voile foncé qui cache ses traits et ses formes. Mais, quand Jésus arrive à ces paroles : "Je t'ai trouvée, mon
aimée", Marie passe la main sous son voile et pleure doucement et sans arrêt. Les gens ne la voient pas car
elle est au-delà du talus qui borde le chemin. Il n'y a pour la voir que la lune désormais haute, et l'esprit de
Jésus...

Qui me dit. "Le commentaire est dans la vision, mais je t'en parlerai encore. Maintenant repose-toi, car c'est
l'heure. Je te bénis, Maria fidèle."

237
La brebis égarée

12 Que vous ensemble ? Si un homme


À cent brebis et qu‟une vienne à s‟égarer
Ne laissera-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf
Sur les montagnes afin d‟aller à la recherche
De l‟égarée ? 13 S‟il lui arrive de la trouver,
En vérité, je vous dis qu‟il s‟en réjouit
Plus que des quatre-vingt-dix-neuf qui ne sont pas
Égarées. 14 De même, ce n‟est pas la volonté
De votre Père qui est dans les cieux que périsse
Un seul de ces petits.

238
Parabole du trésor caché

Jésus se trouve sur le chemin qui du lac de Méron va vers celui de Galilée. Il y a avec Lui le Zélote et
Barthélemy, et ils semblent attendre près d'un torrent, réduit à un filet d'eau qui pourtant nourrit des plantes
touffues, les autres qui arrivent de deux côtés différents.

La journée est torride, et pourtant beaucoup de gens ont suivi les trois groupes qui ont dû prêcher à travers
les campagnes en ache- minant les malades vers le groupe de Jésus et en parlant de Lui à ceux qui sont en
bonne santé. Un grand nombre de miraculés forment un groupe heureux assis parmi les arbres, et en eux la
joie est telle qu'ils ne sentent même pas l'ennui de la chaleur, de la poussière, de la lumière éblouissante,
toutes choses qui ne mortifient pas qu'un peu tous les autres.

Quand le groupe dirigé par Jude Thaddée arrive le premier près de Jésus, apparaît avec évidence la fatigue
de ceux qui le forment et de ceux qui le suivent. En dernier lieu vient le groupe dirigé par Pierre où se
trouvent beaucoup de gens de Corozaïn et de Bethsaïda.

"Nous avons travaillé, Maître, mais il faudrait qu'il y ait plusieurs groupes... Tu vois. Aller au loin, ce n'est
pas possible à cause de la chaleur. Et alors, comment faire ? On dirait que le monde s'agrandisse au fur et à
mesure que nous travaillons davantage, en éparpillant les pays et en allongeant les distances. Je ne m'étais
jamais rendu compte que la Galilée était si grande. Nous n'en travaillons qu'un coin, tout juste un coin, et
nous n'arrivons pas à l'évangéliser, tant elle est vaste et si nombreux sont ceux qui ont besoin de Toi et qui te
désirent" soupire Pierre.

"Ce n'est pas que le monde s'agrandisse, Simon" répond le Thaddée. "C'est que s'étend la notoriété de notre
Maître."

239
"Oui, c'est vrai. Regarde combien de gens. Certains nous suivent depuis ce matin. Aux heures les plus
chaudes, nous nous sommes réfugiés dans un bois, mais même maintenant que le soir approche, la marche
est pénible. Et ces pauvres gens sont beaucoup plus loin de leurs maisons que nous. Si cela continue
d'augmenter ainsi, je ne sais pas comment nous ferons...", dit Jacques de Zébédée.

"En octobre les bergers viendront aussi." dit André pour le réconforter.

"Hé ! oui ! Les bergers, les disciples, c'est bien ! Mais ils ne servent que pour dire : "Jésus est le Sauveur. Il
est ici". "Rien de plus." répond Pierre.

"Mais, au moins, les gens sauront où le trouver. Maintenant, au contraire ! Nous venons ici, et eux accourent
ici ; pendant qu'ils viennent ici, nous allons ailleurs et eux doivent nous courir après. Et avec des enfants et
des malades, ce n'est pas bien pratique."

Jésus parle : "Tu as raison, Simon-Pierre. J'ai Moi aussi compassion de ces âmes et de ces foules, Pour
beaucoup, ne pas me trouver à un moment donné, ce peut être une cause irréparable de malheur. Regardez
comme ils sont las et troublés ceux qui n'ont pas encore la certitude de ma Vérité, et comme ils sont affamés
ceux qui ont déjà goûté ma parole et ne savent plus s'en passer, et nulle autre parole ne les contente plus. Ils
semblent des brebis sans berger qui errent ici et là sans trouver quelqu'un pour les conduire et les nourrir. J'y
pourvoirai, mais vous, vous devez m'aider. De toutes vos forces spirituelles, morales et physiques. Ce n'est
plus en groupes nombreux, mais deux par deux que vous devez savoir aller. Et j'enverrai deux par deux les
meilleurs des disciples. C'est que la moisson est vraiment grande. Oh ! cet été, je vous préparerai à cette
grande mission. Pour Tamuz, nous serons rejoints par Isaac avec les meilleurs disciples. Et je vous
préparerai. Vous n'y suffirez pas encore, car si la moisson est vraiment grande, les ouvriers en revanche sont
peu nombreux, Priez donc le Maître de la terre qu'il envoie beaucoup d'ouvriers à sa moisson."

240
"Oui, mon Seigneur. Mais cela ne changera pas beaucoup la situation de ceux qui te cherchent", dit Jacques
d'Alphée.

"Pourquoi, mon frère ?"

"Parce qu'ils ne cherchent pas seulement la doctrine et la parole de Vie, mais aussi la guérison de leurs
langueurs, de leurs maladies, de toutes leurs infirmités que la vie ou Satan apportent à la partie inférieure ou
supérieure de leur être, et cela, il n 'y a que Toi qui puisses le faire, parce qu'en Toi il y a la Puissance."

"Ceux qui sont un avec Moi arriveront à faire ce que je fais et les pauvres seront secourus dans toutes leurs
misères. Mais vous n'avez pas encore en vous ce qu'il faut pour le faire. Essayez de vous surpasser vous-
mêmes, de fouler vos tendances humaines pour faire triompher l'esprit. Assimilez non seulement ma parole
mais son esprit, c'est-à-dire sanctifiez-vous par elle et ensuite vous pourrez tout. Et maintenant allons leur
dire ma parole puisqu'ils ne veulent pas s'en aller sans que je leur aie donné la parole de Dieu. Et ensuite
nous retournerons à Capharnaüm. Là aussi il y a des gens qui attendent..."

"Seigneur, mais est-ce vrai que Marie de Magdala t'a demandé pardon dans la maison du pharisien ?"

"C'est vrai, Thomas."

"Et tu le lui as donné ?" demande Philippe.

"Je le lui ai donné."

"Mais tu as mal fait !" s'écrie Barthélemy.

"Pourquoi ? Elle avait un repentir sincère et méritait le pardon."

"Mais tu ne devais pas le lui donner dans cette maison, publiquement..." Lui reproche l'Iscariote.

241
"Mais je ne vois pas en quoi je me suis trompé."

"En ceci : tu sais ce que sont les pharisiens, combien d'arguties ils ont en tête, comme ils te surveillent,
comme ils te calomnient, comme ils te haïssent. Il y en avait un, à Capharnaüm, qui était un ami et c'était
Simon. Et tu appelles dans sa maison une prostituée pour profaner sa maison et scandaliser l'ami Simon."

"Je ne l'ai pas appelée, Moi. Elle y est venue. Ce n'était pas une prostituée, c'était une repentie. Cela change
beaucoup. Si on n'avait pas de dégoût de l'approcher avant et de toujours la désirer, même en ma présence,
maintenant qu'elle n'est plus une chair mais une âme, on ne doit pas avoir de dégoût de la voir entrer pour
s'agenouiller à mes pieds et pleurer, en s'accusant, s'humiliant dans une humble confession publique que
renferment ces pleurs. Simon le pharisien a eu sa maison sanctifiée par un grand miracle : "la résurrection
d'une âme". Sur la place de Capharnaüm, il y a maintenant cinq jours, il me demandait : "Tu as fait ce seul
miracle ?" et il répondait lui-même : "Certainement pas" et il avait un grand désir d'en voir un. Je le lui ai
donné. Je l'ai choisi pour être le témoin, le paranymphe de ces fiançailles de l'âme avec la Grâce. Il doit en
être fier."

"Au contraire, il en est scandalisé. Peut-être tu as perdu un ami."

"J'ai trouvé une âme. Cela vaut la peine de perdre l'amitié d'un homme, sa pauvre amitié d'homme, pour
rendre à une âme l'amitié avec Dieu."

"C'est inutile. Avec Toi, on ne peut obtenir une réflexion humaine. Nous sommes sur la terre, Maître !
Rappelle-le-toi. Et ce sont les lois et les idées de la terre qui prédominent. Tu agis suivant la méthode du
Ciel, tu te meus dans ton Ciel que tu as dans le cœur, tu vois tout à travers les clartés du Ciel. Mon pauvre
Maître ! Comme tu es divinement incapable de vivre parmi nous qui sommes pervers !" Judas l'Iscariote
l'embrasse, admiratif et désolé, disant pour terminer : "Et je m'en afflige, parce que tu te crées tant d'ennemis

242
par excès de perfection."

"Ne t'en afflige pas, Judas. Il est écrit qu'il en est ainsi. Mais comment sais-tu que Simon est offensé ?"

"Il n'a pas dit qu'il est offensé, mais à Thomas et à moi, il a fait comprendre que ce n'est pas une chose à
faire. Tu ne devais pas l'inviter dans sa maison, où il n'entre que des personnes honnêtes."

"Bien ! Pour l'honnêteté des gens qui vont chez Simon, n'en parlons pas." dit Pierre.

"Et je pourrais dire que la sueur des prostituées a coulé plusieurs fois sur le dallage, sur les tables, et ailleurs
chez Simon le pharisien" dit Mathieu.

"Mais pas publiquement", réplique l'Iscariote.

"Non, avec une hypocrisie attentive à le cacher."

"Tu vois qu'il change alors."

"C'est un changement aussi l'entrée d'une prostituée qui entre pour dire : "Je laisse mon péché infâme" au
lieu de celle qui entre pour dire : "Me voici à toi pour accomplir ensemble le péché."

"Mathieu a raison" disent-ils tous.

"Oui il a raison. Mais eux ne pensent pas comme nous et il faut en venir à des compromis avec eux, s'adapter
à eux pour les avoir comme amis."

"Cela jamais, Judas. En matière de vérité, d'honnêteté, de conduite morale, il n'y a pas d'adaptation ni de
compromis" dit Jésus d'une voix de tonnerre. Et il termine : "Du reste, je sais que j'ai bien agi, et en vue du
bien. Cela suffit. Allons congédier ces gens fatigués."

243
Et il s'en va vers ceux qui, éparpillés sous les arbres, regardent dans sa direction, anxieux de l'entendre.

"La paix à vous tous qui, pendant des stades et à la canicule, êtes venus entendre la Bonne Nouvelle. En
vérité je vous dis que vous commencez à comprendre ce qu'est le Royaume de Dieu, combien précieuse est
sa possession et combien il est heureux de lui appartenir. Et pour vous toute fatigue perd la valeur qu'elle a
pour les autres, parce que l'âme commande en vous et dit à la chair : "Réjouis-toi que je t'accable. C'est pour
ton bonheur que je le fais. Quand tu seras réunie à moi, après la résurrection finale, tu m'aimeras dans la
mesure où je t'ai piétinée et tu verras en moi ton second sauveur." N'est-ce pas ce que dit votre esprit ? Mais
bien sûr qu'il le dit ! Vous maintenant vous basez vos actions sur l'enseignement de mes paraboles lointaines.
Mais maintenant je vous donne d'autres lumières pour vous rendre toujours plus énamourés de ce Royaume
qui vous attend et dont la valeur est sans mesure.

Écoutez : Un homme était allé par hasard dans un champ pour prendre du terreau et le porter dans son jardin.
Voilà qu'en creusant avec fatigue la terre dure, il trouve sous une couche de terre un filon de métal précieux.
Que fait alors cet homme ? Il recouvre de terre sa découverte. Il n'hésite pas à travailler davantage encore,
car la découverte en vaut la peine. Et puis, il va chez lui, rassemble toutes ses richesses en argent et en
objets, et ces derniers il les vend pour avoir beaucoup d'argent. Puis il va trouver le propriétaire du champ et
lui dit : "Ton champ me plaît. Combien en veux-tu ?" "Mais il n'est pas à vendre." dit l'autre. Mais l'homme
offre une somme toujours plus forte, disproportionnée avec la valeur du champ et il finit par décider le
propriétaire qui pense : "Cet homme est fou ! Mais puisqu'il l'est, j'en profite. Je prends la somme qu'il
m'offre. Ce n'est pas de l'usure, puisque c'est lui qui veut me la donner. Avec elle je m'achèterai au moins
trois autres champs, et plus beaux." et il vend, convaincu d'avoir fait une affaire merveilleuse. Mais, au
contraire, c'est l'autre qui fait une bonne affaire, car il se prive d'objets qu'un voleur peut emporter ou que
l'on peut perdre ou consommer, et il se procure un trésor qui, parce qu'il est vrai, naturel, est inépuisable.
Cela vaut donc la peine qu'il sacrifie ce qu'il a pour cette acquisition, en restant pendant quelque temps avec
la seule possession du champ, mais en réalité il possède pour toujours le trésor qui y est caché.

244
Vous, vous l'avez compris et vous faites comme l'homme de la parabole. Quittez les richesses éphémères
pour posséder le Royaume des Cieux. Vous les vendez aux imbéciles de ce monde, les leur cédez, acceptez
qu'on se moque de vous pour ce qui, aux yeux du monde, paraît une sotte manière d'agir. Agissez ainsi,
toujours, et un jour votre Père qui est dans les Cieux, avec joie vous donnera votre place dans le Royaume.

Retournez dans vos maisons avant que vienne le sabbat et, pendant le jour du Seigneur, pensez à la parabole
du trésor qu'est le Royaume céleste. La paix soit avec vous."

Les gens s'éparpillent lentement sur les routes et les sentiers de campagne pendant que Jésus s'en va en
direction de Capharnaüm dans le soir qui descend.

Il y arrive en pleine nuit. Ils traversent en silence la ville silencieuse au clair de la lune qui est la seule lampe
qui existe pour les ruelles obscures et mal pavées. Ils entrent en silence dans le petit jardin à côté de la
maison, croyant que tout le monde est au lit.

Mais, au contraire, une lampe luit dans la cuisine et trois ombres, rendues mobiles par le mouvement de la
flamme, se projettent sur le muret blanc du four qui est tout près.

"Il y a des gens qui t'attendent, Maître. Mais cela ne peut pas aller ainsi ! Maintenant je vais leur dire que tu
es trop fatigué. Monte sur la terrasse en attendant."

"Non, Simon. Je vais à la cuisine. Si Thomas a retenu ces personnes, c'est signe qu'il y a un motif sérieux."

Mais, pendant ce temps, ceux qui sont à l'intérieur ont entendu le chuchotement et Thomas, le propriétaire de
la maison, vient sur le seuil.

245
"Maître, il y a la dame habituelle. Elle t'attend depuis hier au coucher du soleil. Elle est avec un serviteur" et
puis, à voix basse : "Elle est très agitée. Elle pleure sans arrêt..."

"C'est bien. Dis-lui devenir en haut. Où a-t-elle dormi ?"

"Elle ne voulait pas dormir, mais finalement elle s'est retirée pour quelques heures vers l'aube, dans ma
chambre. Le serviteur, je l'ai fait dormir dans un de vos lits."

"C'est bien, il y dormira encore cette nuit et toi, tu dormiras dans le mien."

"Non, Maître. J'irai sur la terrasse, sur des nattes. Je dormirai aussi bien."

Jésus monte sur la terrasse. Voilà Marthe qui monte, elle aussi. "La paix à toi, Marthe."

Un sanglot Lui répond.

"Tu pleures encore ? Mais n'es-tu pas heureuse ?" De la tête Marthe fait signe que non. "Mais pourquoi,
donc? …"

Une longue pause, pleine de sanglots. Enfin, dans un gémissement : "Depuis plusieurs soirs, Marie n'est plus
revenue. Et on ne la trouve pas. Ni moi, ni la nourrice, ni Marcelle, ne la trouvons... Elle était sortie en
commandant le char. Elle était très bien mise... Oh ! elle n'avait pas voulu remettre mon vêtement !... Elle
n'était pas à moitié nue, elle en a encore de ceux-ci, mais elle était très provocante dans ce... Et elle avait pris
avec elle or et parfums... et elle n'est plus revenue. Elle a renvoyé le serviteur aux premières maisons de
Capharnaüm en disant. "Je reviendrai avec une autre compagnie." Mais elle n'est plus revenue. Elle nous a
trompés ! Ou bien elle s'est sentie seule, peut-être tentée... ou il lui est arrivé malheur... Elle n'est plus
revenue..." Et Marthe se glisse à genoux, en pleurant la tête appuyée sur l'avant bras qu'elle amis sur un tas
de sacs vides.

Jésus la regarde et dit lentement, avec assurance, dominateur : "Ne pleure pas. Marie est venue à Moi il y a
trois soirs. Elle m'a parfumé les pieds, elle a mis à mes pieds tous ses bijoux. Elle s'est consacrée ainsi, et

246
pour toujours, en prenant place parmi mes disciples. Ne la dénigre pas en ton cœur. Elle t'a surpassée."

"Mais où, où est alors ma sœur ?" crie Marthe en relevant son visage bouleversé. "Pourquoi n'est-elle pas
revenue à la maison ? Elle a peut-être été attaquée ? Elle a peut-être pris une barque et elle s'est noyée ?
Peut-être un amant qu'elle a repoussé l'a enlevée ? Oh ! Marie ! Ma Marie ! Je l'avais retrouvée et je l'ai tout
de suite perdue !" Marthe est vraiment hors d'elle. Elle ne pense plus que ceux qui sont en bas peuvent
l'entendre. Elle ne pense plus que Jésus peut lui dire où est sa sœur. Elle se désespère sans plus réfléchir à
rien.

Jésus la prend par les poignets et la force à rester tranquille, à l'écouter, la dominant de sa haute taille et de
son regard magnétique. "Assez ! Je veux que tu aies foi en mes paroles. Je veux que tu sois généreuse. Tu as
compris ?" Il ne la laisse que quand Marthe s'est un peu calmée.

"Ta sœur est allée goûter sa joie, s'entourant d'une solitude sainte, parce qu'elle a en elle la pudeur super-
sensible de ceux qui sont rachetés. Je te l'ai dit à l'avance. Elle ne peut supporter le regard doux, mais
inquisiteur des parents sur son nouveau vêtement d'épouse de la Grâce. Et ce que je te dis est toujours vrai.
Tu dois me croire."

"Oui, Seigneur, oui. Mais ma Marie a été trop, trop au pouvoir du démon. Il l'a reprise tout d'un coup, il..."

"Il se venge sur toi de la proie qu'il a perdue pour toujours. Dois-je donc voir que toi, la courageuse, tu
deviens sa proie pour une frayeur folle et sans raison d'être ? Dois-je voir qu'à cause d'elle qui maintenant
croit en Moi, tu perds la belle foi que je t'ai toujours connue ? Marthe ! Regarde-moi bien. Écoute-moi.
N'écoute pas Satan. Ne sais-tu pas que quand il est obligé d'abandonner sa proie par une victoire que Dieu
remporte sur lui, il se met tout de suite à agir, cet inlassable bourreau des êtres, cet inlassable voleur des
droits de Dieu, pour trouver d'autres proies ? Ne sais-tu pas que ce sont les tortures d'une tierce personne, qui
résiste aux assauts parce qu'elle est bonne et fidèle, qui affermissent la guérison d'un autre esprit ? Ne sais-tu
pas que rien n'est isolé de tout ce qui arrive et existe dans la création, mais que tout suit une loi éternelle de

247
dépendances et de conséquences qui fait qu'une action de quelqu'un a des répercussions naturelles et
surnaturelles très étendues ? Tu pleures ici, toi tu connais ici le doute atroce et tu restes fidèle à ton Christ
même à cette heure de ténèbres. Là-bas, dans un endroit voisin que tu ne connais pas, Marie sent se
dissoudre le der- nier doute sur l'infinité du pardon qu'elle a obtenu. Ses pleurs se changent en sourire et ses
ombres en lumière. C'est ton tourment qui l'a conduite là où se trouve la paix, là où les âmes se régénèrent
auprès de la Génératrice sans tache ; auprès de celle qui est tellement Vie qu'elle a obtenu de donner au
monde le Christ qui est la Vie. Ta sœur est chez ma Mère ! Oh ! ce n'est pas la première qui rentre sa voile
dans ce port paisible après que le doux rayon de la vivante Étoile Marie l'a appelée sur ce sein d'amour, par
l'amour muet et actif de son Fils ! Ta sœur est à Nazareth."

"Mais comment y est-elle allée, ne connaissant pas ta Mère, ta maison ?.. Seule... Pendant la nuit... Ainsi...
Sans moyens... Avec ce vêtement... Un si long chemin... Comment ?"

"Comment ? Comme 1'hirondelle fatiguée va au nid natal traversant mers et montagnes, triomphant des
tempêtes, des nuages et des vents contraires. Comme vont les hirondelles aux lieux de leur hivernage, par un
instinct qui les guide, par une tiédeur qui les invite, par le soleil qui les appelle. Elle aussi est accourue vers
le rayon qui l'appelle... vers la Mère universelle. Et nous la verrons revenir à l'aurore, heureuse... sortie pour
toujours des ténèbres, avec une Mère à son côté, la mienne, et pour n'être jamais plus orpheline. Peux-tu
croire cela ?"

"Oui, mon Seigneur." Marthe est comme fascinée. En effet Jésus a été un dominateur. Grand, debout, et
pourtant légèrement incliné au-dessus de Marthe agenouillée, il a parlé lentement d'un ton pénétrant, comme
pour passer dans la disciple bouleversée. Peu de fois je l'ai vu avec cette puissance pour persuader par sa
parole quelqu'un qui l'écoute. Mais à la fin, quelle lumière, quel sourire sur son visage !

Marthe le reflète par un sourire et une lumière plus apaisée sur son propre visage.

248
"Et maintenant va te reposer, en paix." Et Marthe Lui baise les mains et descend rassérénée…

249
Misère des foules

35 Jésus parcourait toutes les villes et les bourgs


Il enseignait dans leurs synagogues, proclamait
La bonne nouvelle du règne et guérissait
Toute maladie et toute langueur.

36 Voyant
Les foules, il s‟émut car elles étaient excédées
Et rejetées comme des brebis qui n‟ont pas
De berger. 37 Il dit à ses disciples : “ Quelle moisson
Et si peu d‟ouvriers ! 38 Priez le Seigneur de la moisson
De dépêcher des ouvriers à sa moisson.”

Parabole du trésor et de la perle

44 “ Or le royaume des Cieux est comme un trésor


Caché dans un champ. Et l‟homme qui l‟a trouvé
Le recache, et dans sa joie, il s‟en va, il vend
Ce qu‟il a et achète le champ.

45 “ Le royaume
Des Cieux est encore semblable à un négociant
Qui cherche de belles perles. 46 Alors ayant trouvé
Une perle de grand prix, il s‟en va et vend
Ce qu‟il a et l‟achète.

250
La parabole des pêcheurs

Jésus commence à parler : "Des pêcheurs prirent le large et jetèrent à la mer leurs filets et après le temps
nécessaire les tirèrent à bord. C'est avec beaucoup de fatigue qu'ils accomplissaient ainsi leur travail par
ordre d'un maître qui les avait chargés de fournir sa ville de poissons de premier choix en leur disant aussi :
"Pour les poissons nuisibles ou de mauvaise qualité, ne les transportez même pas à terre. Rejetez-les à la
mer. D'autres pêcheurs les prendront. Comme ils travaillent pour un autre patron, ils les porteront à sa ville
parce que là on consomme ce qui est nuisible et ce qui rend de plus en plus horrible la ville de mon ennemi.
Dans la mienne : belle, lumineuse, sainte, il né doit entrer rien de malsain."

Une fois le filet tiré à bord, les pêcheurs commencèrent le triage. Les poissons étaient abondants, d'aspect, de
grosseur et de couleurs différents. Il y en avait de bel aspect mais dont la chair était pleine d'arêtes, d'un goût
détestable dont la panse était remplie de boue, de vers, d'herbes en décomposition qui augmentaient le goût
détestable de la chair des poissons. D'autres, au contraire, avaient un aspect désagréable, une gueule qui
semblait le visage d'un criminel ou d'un monstre de cauchemar, mais les pêcheurs savaient que leur chair est
exquise. D'autres, parce qu'ils étaient insignifiants, passaient inaperçus. Les pêcheurs travaillaient,
travaillaient. Les paniers étaient déjà remplis de poissons exquis, et dans le filet il y avait des poissons
insignifiants. "Maintenant, cela suffit. Les paniers sont pleins. Jetons tout le reste à la mer." dirent de
nombreux pêcheurs. Mais l'un d'eux qui avait peu parlé, alors que les autres vantaient ou tournaient en
ridicule les poissons qui leur tombaient entre les mains, resta à fouiller dans le filet et parmi le menu fretin
découvrit encore deux ou trois poissons qu'il mit par-dessus les autres dans les paniers. "Mais, que fais-tu ?"
demandèrent les autres. "Les paniers sont pleins, superbes. Tu les abîmes en mettant par-dessus, de travers,
ce pauvre poisson-là. On dirait que tu veuilles le faire passer pour le plus beau." "Laissez-moi faire. Je
connais cette espèce de poissons et je sais quel profit et quel plaisir ils donnent."

251
C'est la parabole qui se termine avec la bénédiction du patron au pêcheur patient, connaisseur et silencieux
qui a su distinguer dans la masse les meilleurs poissons.

Maintenant écoutez l'application que j'en fais. Le maître de la cité belle, lumineuse, sainte, c'est le Seigneur.
La cité, c'est le Royaume des cieux. Les pêcheurs, mes apôtres. Les poissons de la mer, l'humanité où se
trouvent toutes sortes de personnes. Les bons poissons, les saints.

Le maître de la cité affreuse, c'est Satan. La cité horrible, l'Enfer. Ses pêcheurs le monde, la chair, les
passions mauvaises incarnées dans les serviteurs de Satan, soit spirituels c'est-à-dire les démons, soit
humains qui sont les corrupteurs de leurs semblables. Les mauvais poissons, l'humanité indigne du Royaume
des Cieux, les damnés.

Parmi ceux qui pêchent des âmes pour la Cité de Dieu, il y aura toujours ceux qui rivaliseront avec le savoir
patient du pêcheur qui sait persévérer dans la recherche, justement dans les couches de l'humanité où ses
autres compagnons plus impatients ont enlevé seulement ce qui paraissait bon à première vue. Et il y aura
aussi malheureusement des pêcheurs qui, étant distraits et bavards, alors que le triage demande attention et
silence pour entendre la voix des âmes et les indications surnaturelles, ne verront pas les bons poissons et les
perdront. Et il y en aura qui, par trop d'intransigeance, repousseront aussi les âmes qui ne sont pas parfaites
extérieurement mais excellentes pour tout le reste.

Que vous importe si un des poissons que vous capturez pour Moi, montre les signes des luttes passées,
présente les mutilations produites par tant de causes, si elles ne blessent pas son esprit ? Que vous importe si
un de ceux-ci, pour se délivrer de l'Ennemi, s'est blessé et se présente avec ces blessures, si son intérieur
manifeste la claire volonté de vouloir appartenir à Dieu ? Âmes éprouvées, âmes sûres. Plus que celles qui
sont comme des enfants sauvegardés par les langes, le berceau, la mère et qui dorment rassasiés et bons ou
sourient tranquilles, mais qui pourtant par la suite, avec la raison et l'âge et les vicissitudes de la vie qui se
présentent, pourront donner de douloureuses surprises de déviations morales.

252
Je vous rappelle la parabole de l'enfant prodigue. Vous en entendrez d'autres parce que je m'efforcerai
toujours à faire pénétrer en vous la rectitude du discernement dans la manière d'examiner les consciences et
de choisir le mode de guider les consciences qui sont uniques et chacune, par conséquent, a sa façon
spéciale de sentir et de réagir devant les tentations et les enseignements. Ne croyez pas qu'il soit facile de
faire le tri des âmes. C'est tout le contraire. Cela exige un œil spirituel tout éclairé par la lumière divine, cela
exige une intelligence pénétrée par la divine Sagesse, cela exige la possession de vertus à un degré héroïque
et avant toutes choses la charité. Cela exige la capacité de se concentrer dans la méditation car toute âme
est un texte obscur qu'il faut lire et méditer. Cela exige une union continuelle avec Dieu en oubliant tous les
intérêts égoïstes. Vivre pour les âmes et pour Dieu. Surmonter les préventions, les ressentiments, les
antipathies. Être doux comme des pères et de fer comme les guerriers. Doux pour conseiller et redonner du
courage. De fer pour dire : "Cela n'est pas permis et tu ne le feras pas" ou : "cela est bon à faire et tu le
feras." Parce que, pensez-y bien, beaucoup d'âmes seront jetées dans les marais infernaux. Mais il n 'y aura
pas que des âmes de pécheurs. Il y aura aussi des âmes de pêcheurs évangéliques : celles d‟entre elles qui
auront failli à leur ministère en contribuant à la perte de beaucoup d'esprits.

Un jour viendra, le dernier jour de la terre, le premier de la Jérusalem complète et éternelle, où les anges,
comme les pêcheurs de la parabole, sépareront les justes des mauvais pour qu'au commandement inexorable
du Juge les bons aillent au Ciel et les mauvais au feu éternel. Et alors sera connue la vérité en ce qui
concerne les pêcheurs et ceux qu'ils auront péchés, les hypocrisies tomberont et le peuple de Dieu apparaîtra
tel qu'il est avec ses chefs et ceux qu'ils auront sauvés. Nous verrons alors que tant de ceux qui sont
extérieurement les plus insignifiants ou extérieurement les plus malmenés, sont les splendeurs du Ciel et que
les pêcheurs tranquilles et patients sont ceux qui ont fait davantage et qui resplendissent maintenant de
pierres précieuses pour tous ceux qu'ils auront sauvés.

La parabole est dite et expliquée."

"Et mon frère ?!… Oh ! mais !…" Pierre le regarde, le regarde... puis regarde Marie-Magdeleine...

"Non, Simon. Pour elle, je n'ai aucun mérite. Le Maître seul a agi." dit André avec franchise.

"Mais les autres pêcheurs, ceux de Satan, ils prennent donc les restes ?" demande Philippe.

253
"Ils essaient de prendre les meilleurs, les âmes capables d'un plus grand prodige de la Grâce et ils se servent
des hommes eux- mêmes pour le faire, en plus de leurs tentations. Il y en a tant dans le monde qui, pour un
plat de lentilles, renoncent à leur droit d'aînesse !"

"Maître, tu disais l'autre jour qu'il y en a beaucoup qui se laissent séduire par les choses du monde. Ce
seraient encore ceux qui pêchent pour Satan ?" demande Jacques d'Alphée.

"Oui, mon frère. Dans cette parabole, 1'homme se laisse séduire par la richesse qui pouvait lui donner
beaucoup de jouissances en perdant tout droit au Trésor du Royaume. Mais en vérité je vous dis que sur cent
hommes il n'y en a qu'un tiers qui sait résister à la tentation de l'or ou à d'autres séductions et de ce tiers il n'y
en a que la moitié qui sache le faire d'une manière héroïque. Le monde meurt asphyxié parce qu'il s'enserre
volontairement dans les liens du péché. Il vaut mieux être dépouillé de tout que d'avoir des richesses
dérisoires et illusoires. Sachez agir comme des bijoutiers avisés. Quand ils savent que dans un endroit on a
pêché une perle rarissime, ils ne se soucient pas de garder dans leurs coffres-forts quantité de petits bijoux,
mais ils liquident tout pour acheter cette perle merveilleuse."

"Mais alors pourquoi Toi-même fais-tu des différences dans les missions que tu donnes aux personnes qui te
suivent, et pourquoi nous dis-tu que nous les missions nous devons les regarder comme un don de Dieu?
Alors il faudrait aussi renoncer à ces missions parce que ce sont des choses insignifiantes par rapport au
Royaume des Cieux." dit Barthélemy.

"Ce ne sont pas des choses insignifiantes : ce sont des moyens. Ce seraient des choses sans importance ou,
pour mieux dire, ce seraient des fétus de paille souillés s'ils devenaient un but humain dans la vie. Ceux qui
manœuvrent pour avoir un poste dans un but humain intéressé, font de ce poste, même s'il est saint, un fétu
de paille souillé. Mais faites-en une acceptation obéissante, un devoir joyeux, un holocauste total, et vous en
ferez une perle rarissime. La mission est un holocauste, si on l'accomplit sans réserves, c'est un martyre,
c'est une gloire. Elle fait couler larmes, sueur et sang, mais elle forme la couronne d'une royauté éternelle."

"Tu sais vraiment répondre à tout !"

254
"Mais m'avez-vous compris ? Comprenez-vous ce que je vous dis par des comparaisons trouvées dans les
choses de chaque jour, éclairées pourtant par une lumière surnaturelle qui en fait une explication pour des
choses éternelles ?"

"Oui, Maître."

"Rappelez-vous alors la méthode pour instruire les foules. Car c'est un des secrets des scribes et des rabbis :
le souvenir. En vérité je vous dis que chacun de vous, instruit de la sagesse qui assure la possession du
Royaume des Cieux, est semblable à un père de famille qui sort de son trésor les choses utiles pour sa
famille en utilisant les choses anciennes ou les nouvelles dans l'unique but de procurer le bien-être à ses
propres enfants. La pluie s'est arrêtée. Laissons les femmes en paix et allons chez le vieux Tobie qui va
ouvrir les yeux de son esprit sur les choses de l'au-delà. La paix à vous, femmes."

255
Parabole du filet

47 Le royaume des Cieux


Est semblable à une senne lancée dans la mer,
Et qui ramasse de tout. 48 Quand elle est remplie,
On la ramène sur le rivage, on s‟assoit
Et on récolte dans des vases ce qu‟il y a
De bon mais ce qui est mauvais, on le rejette.
49 Et il en sera ainsi à la fin des mondes :
Les anges sortiront et ils sépareront
Les mauvais des justes, 50 ils les jetteront
Dans le feu de la fournaise ; là, il y aura
Les sanglots et les grincements de dents.

256
La drachme perdue

Les gens affluent dans la rue. Jésus commence à parler : "Une femme avait dix drachmes dans sa bourse
Mais alors qu'elle faisait un mouvement, la bourse tomba de son sein, en s'ouvrant, et les pièces tombèrent
par terre. Elle les ramassa avec l'aide des voisines présentes et les compta. Il y en avait neuf. La dixième était
introuvable. Comme le soir était proche et que la lumière manquait, la femme alluma la lampe, la posa par
terre et, ayant pris un balai se mit à balayer attentivement pour voir si la pièce avait roulé loin de l'endroit où
elle était tombée. Mais la drachme ne se trouvait pas. Les amies s'en allèrent, lassées de chercher. La femme
déplaça alors le coffre, l'étagère, un autre coffre lourd, remua les amphores et les cruches placées dans la
niche du mur. Mais la drachme ne se trouvait pas. Alors elle se mit à quatre pattes et chercha dans le tas de
balayures, placé auprès de la porte de la maison, pour voir si la drachme avait roulé hors de la maison en se
mélangeant aux épluchures de légumes. Et elle trouva enfin la drachme toute sale, presque enfouie dans les
balayures qui étaient retombées sur elle.

La femme, pleine de joie, la prit, la lava, l'essuya. Elle était plus belle qu'auparavant, maintenant. Et elle la
montra aux voisines appelées de nouveau à grands cris, celles qui s'étaient retirées après les premières
recherches, en leur disant : "Voilà ! Vous voyez ? Vous m'avez conseillée de ne pas me fatiguer davantage,
mais j'ai persisté et j'ai retrouvé la drachme perdue. Réjouissez-vous donc avec moi qui n'ai pas eu la douleur
de perdre un seul de mes trésors." Votre Maître aussi, et avec Lui ses apôtres, fait comme la femme de la
parabole. Il sait qu'un mouvement peut faire tomber un trésor. Toute âme est un trésor et Satan, qui hait
Dieu, provoque les mauvais mouvements pour faire tomber les pauvres âmes. Il y en a qui dans la chute
s'arrêtent près de la bourse, c'est-à-dire vont à peu de distance de la Loi de Dieu qui garde les âmes sous la
protection des commandements. Et il y en a qui vont plus loin, c'est-à-dire s'éloignent davantage encore de
Dieu et de sa Loi. Il y en a enfin qui roulent jusque dans les balayures, les ordures, la boue. Et là elles
finiraient par périr et être brûlées dans les feux éternels, comme les immondices que l'on brûle dans des
endroits spéciaux.

257
Le Maître le sait et il cherche inlassablement les pièces perdues. Il les cherche partout, avec amour. Ce sont
ses trésors, et il ne se fatigue pas, ni ne se laisse dégoûter par rien. Mais il fouille, il fouille, remue, balaie
jusqu'à ce qu'il trouve. Et lorsqu'il a trouvé, il lave par son pardon l'âme retrouvée, et il appelle ses amis : le
Paradis tout entier et tous les bons de la terre, et dit : "Réjouissez- vous avec Moi, parce que j'ai trouvé ce qui
s'était égaré et c'est plus beau qu'auparavant car mon pardon en a fait quelque chose de nouveau."

En vérité je vous dis qu'il y a grande fête au Ciel et que les anges de Dieu et les bons de la terre se
réjouissent pour un pécheur qui se convertit. En vérité je vous dis qu'il n'y a rien de plus beau que les larmes
du repentir. En vérité je vous dis que seuls les démons ne savent pas, ne peuvent pas se réjouir pour cette
conversion qui est un triomphe de Dieu. Et je vous dis aussi que la manière dont un homme accueille la
conversion d'un pécheur donne la mesure de sa bonté et de son union à Dieu.

La paix soit avec vous."

Les gens comprennent l'instruction et regardent Marie-Magdeleine venue s'asseoir à la porte avec le petit
bébé dans les bras, peut-être pour se donner une contenance. Les gens s'éloignent lentement et il ne reste que
la maîtresse de la petite maison et sa mère, arrivée avec les enfants. Il manque Benjamin encore à l'école.

258
La drachme perdue

8 Quelle femme, si elle a dix drachmes, qu'elle perde une drachme


N'allume pas une lampe et ne balaie la maison.
Et ne cherche avec soin jusqu'à ce qu‟elle la trouve ?
9 Quand elle l‟a trouvée, elle convoque ses amies
Et ses voisines et elle dit : Réjouissez-vous
Avec moi parce que je l'ai trouvée, la drachme
Que j'avais perdue ! 10 Et ainsi, je vous le dis,
Que pour un seul pécheur qui se repent, il naît
De la joie devant les anges de Dieu."

259
Instructions aux apôtres pour le début de l’apostolat

Jésus regarde, un par un, ses douze et c'est comme s'il regardait à douze reprises la même page et y lisait à
douze reprises la parole qui y est inscrite : incompréhension. Il sourit et poursuit.

"J'ai donc décidé de vous envoyer pour pénétrer plus avant et plus à fond que je ne pourrais le faire, Moi tout
seul. Cependant entre ma manière d'évangéliser et la vôtre, il y aura des différences imposées par la
prudence, dont je dois user pour ne pas vous exposer à de trop grandes difficultés, à des dangers trop sérieux
pour votre âme et aussi pour votre corps, et pour ne pas nuire à mon œuvre. Vous n'êtes pas encore assez
formés pour pouvoir aborder n'importe qui sans dommage pour vous ou pour lui, et vous êtes encore moins
héroïques, au point de défier le monde par l'Idée en allant au devant des vengeances du monde.

Aussi dans vos tournées, vous n'irez pas me prêcher parmi les gentils et n'entrerez pas dans les villes de
samaritains, mais vous irez vers les brebis perdues de la maison d'Israël. Il y a encore tant à faire parmi elles,
car en vérité je vous dis que les foules qui vous paraissent si nombreuses autour de Moi sont la centième
partie de celles qui, en Israël, attendent encore le Messie et ne le connaissent pas et ne savent pas qu'il est
vivant. Portez-leur la foi et la connaissance de ma personne. Sur votre chemin, prêchez en disant : "Le
Royaume des Cieux est proche." Que ce soit la base de ce que vous annoncez. Appuyez sur elle votre
prédication. Vous avez tant entendu parler par Moi du Royaume ! Vous n'avez qu'à répéter ce que je vous ai
dit. Mais l'homme, pour être attiré et convaincu par les vérités spirituelles, a besoin de douceurs matérielles
comme s'il était un éternel enfant qui n'étudie pas une leçon et n‟apprend pas un métier s'il n'est pas alléché
par une douceur de la mère ou d'une récompense du maître d'école ou du maître d'apprentissage. Moi, afin
que vous ayez le moyen que l'on vous croie et qu'on vous recherche, je vous accorde le don du miracle..."

Les apôtres, sauf Jacques d'Alphée et Jean, bondissent debout, criant, protestant, s'exaltant, chacun suivant
son tempérament.

260
Réellement, pour se pavaner à l'idée de faire un miracle, il n'y a que l'Iscariote qui, avec l'inconscience d'une
accusation fausse et intéressée, s'écrie : "Il était temps pour nous de le faire pour que nous ayons un
minimum d'autorité sur les foules !"

Jésus le regarde, mais ne dit rien. Pierre et le Zélote qui sont en train de dire : "Non, Seigneur ! Nous ne
sommes pas dignes d'une si grande chose ! Cela revient aux saints", interloquent Judas auquel Le Zélote dit :
"Comment te permets-tu de faire un reproche au Maître, homme sot et orgueilleux ?" et Pierre : "Le
minimum ? Et que veux-tu faire de plus que le miracle ? Devenir Dieu, toi aussi ? As-tu la même
démangeaison que Lucifer ?"

"Silence." intime Jésus, et il poursuit : "Il y a une chose qui est plus que le miracle et qui convainc également
les foules et avec plus de profondeur et de durée : une vie sainte. Mais, vous en êtes encore loin et toi, Judas,
plus loin que les autres. Mais laissez-moi parler, car c'est une longue instruction.

Allez donc, guérissant les infirmes, purifiant les lépreux, ressuscitant les morts du corps et de l'esprit, car le
corps et l'esprit peuvent être également infirmes, lépreux, morts. Et vous aussi sachez comment on s'y prend
pour opérer le miracle : par une vie de pénitence, une prière fervente, un désir sincère de faire briller la
puissance de Dieu, une humilité profonde, une charité vivante, une foi enflammée, une espérance qui ne se
trouble pas pour les difficultés d'aucune sorte. En vérité, je vous dis que tout est possible à celui qui possède
en lui ces éléments. Même les démons s'enfuiront au Nom du Seigneur prononcé par vous, si vous avez en
vous ce que j'ai dit. Ce pouvoir vous est donné par Moi et par notre Père. Il ne s'achète pas à prix d'argent.
Seule notre volonté l'accorde et seule une vie juste le maintient. Mais comme il vous est donné gratuitement,
donnez-le gratuitement aux autres, à ceux qui en ont besoin. Malheur à vous, si vous rabaissez le don de
Dieu en le faisant servir à remplir votre bourse. Ce n'est pas votre puissance, c'est la puissance de Dieu.
Usez-en, mais n'en faites pas votre propriété en disant : "Elle m'appartient." Comme elle vous est donnée,
elle peut vous être enlevée. Il y a un instant Simon de Jonas a dit à Judas de Simon : "As-tu la même
démangeaison que Lucifer ?" Il a donné une juste définition. Dire : "Je fais ce que Dieu fait parce que je suis
comme Dieu" c'est imiter Lucifer. Et son châtiment est connu. Comme est connu ce qui arriva aux deux du

261
paradis terrestre qui mangèrent le fruit défendu, à l'instigation de l'Envieux qui voulait mettre des autres
malheureux en son Enfer, en plus des anges rebelles qui déjà y étaient, mais aussi par leur démangeaison
personnelle de parfait orgueil. L'unique fruit de ce que vous faites, qu'il vous est permis de prendre, ce sont
les âmes que, par le miracle, vous conquerrez au Seigneur et qui doivent Lui être données. Voilà votre
argent, rien d'autre. Dans l'autre vie vous jouirez de ce trésor.

Allez sans richesses. Ne portez sur vous ni or, ni argent, ni pièces ni monnaie dans vos ceintures, pas de sacs
de voyage avec deux ou plusieurs vêtements, ni sandales de rechange, ni bâton de voyage, ni armes. Car,
pour le moment, vos visites apostoliques seront courtes, et à chaque veille de sabbat nous nous retrouverons
et vous pourrez changer vos vêtements humides de sueur sans avoir à emporter de vêtements de rechange.
Pas besoin de bâton car le chemin est plus doux et ce qui sert sur les collines et les plaines est bien différent
de ce qui sert dans les déserts et sur les hautes montagnes. Pas besoin d'armes. Elles sont bonnes pour les
hommes qui ne connaissent pas la sainte pauvreté et qui ignorent le divin pardon. Mais vous n'avez pas de
trésors à garder et à défendre des voleurs. Le seul à craindre, l'unique larron pour vous, c'est Satan. Et lui se
vainc par la constance et la prière, pas avec les épées et les poignards. Si l'on vous offense, pardonnez. Si on
vous dépouille de votre manteau, donnez aussi votre vêtement. Restez même tout à fait nus par douceur et
détachement des richesses, vous ne scandaliserez pas les anges du Seigneur, ni non plus l'infinie chasteté de
Dieu, car votre charité vêtirait d'or votre corps nu, la douceur ferait office de ceinture et le pardon à l'égard
du voleur vous donnerait un manteau et aussi une couronne royale. Vous seriez donc mieux vêtus qu'un roi.
Et non pas d'étoffes corruptibles, mais de matière incorruptible.

N'ayez pas de préoccupations pour votre nourriture. Vous aurez toujours ce qui convient à votre condition et
à votre ministère car l'ouvrier mérite la nourriture qu'on lui apporte. Toujours. Si les hommes n'y
pourvoyaient pas, Dieu pourvoirait aux besoins de son ouvrier. Je vous ai déjà montré que, pour vivre et
pour prêcher, il n'est pas nécessaire d'avoir le ventre plein de la nourriture que l'on a ingurgitée. C'est la
destinée des animaux immondes dont là mission est celle de s'engraisser pour qu'on les tue et qu'ils
engraissent les hommes. Mais vous, vous ne devez engraisser votre esprit et celui des autres que de
nourritures qui apportent la sagesse. Et la Sagesse se dévoile à un esprit que n'obscurcit pas l'excès de
nourriture et à un cœur qui se nourrit de choses surnaturelles. Vous n'avez jamais été aussi éloquents

262
qu'après votre retraite sur la montagne. Et vous ne mangiez alors que l'indispensable pour ne pas mourir. Et
pourtant, à la fin de la retraite, vous étiez forts et joyeux comme jamais. N'est-ce pas vrai, peut-être ?

Dans toute ville ou localité où vous entrerez, informez-vous qu'il y ait qui mérite de vous accueillir. Non
parce que vous êtes Simon ou Judas ou Barthélemy ou Jacques ou Jean et ainsi de suite, mais parce que vous
êtes les envoyés du Seigneur. Quand bien même vous seriez des rebuts, des assassins, des voleurs, des
publicains, maintenant repentis et à mon service, vous méritez le respect parce que vous êtes mes envoyés. Je
dis plus encore. Je dis : malheur à vous si vous vous présentez comme mes envoyés et si vous êtes
intérieurement abjects et insatanisés. Malheur à vous ! L'enfer c'est encore peu pour récompenser votre
duperie. Mais même si vous étiez ouvertement des envoyés de Dieu et secrètement des rebuts, des
publicains, des voleurs, des assassins, ou même si les cœurs avaient des soupçons à votre égard, presque une
certitude, on doit encore vous donner honneur et respect parce que vous êtes mes envoyés. L‟œil, de
l'homme doit dépasser l'intermédiaire, et voir l'envoyé et le but, voir Dieu et son œuvre au-delà de
l'intermédiaire trop souvent défectueux. Ce n'est que dans les cas de fautes graves qui blessent la foi des
cœurs, que Moi présentement, puis mes successeurs, devront décider de couper le membre corrompu. En
effet il n'est pas permis qu'à cause d'un prêtre qui est un démon, les âmes des fidèles se perdent. Il ne sera
jamais permis, pour cacher les plaies qui naîtraient dans le corps apostolique, de permettre qu 'y restent des
corps gangrenés qui éloignent les fidèles par leur aspect répugnant et les empoisonnent par leur puanteur
démoniaque.

Vous prendrez donc des renseignements sur la famille dont la vie est la plus correcte, là où les femmes
savent rester à part, et où les mœurs sont intègres. Vous entrerez là et y demeurerez jusqu'à votre départ de la
localité. N'imitez pas les faux-bourdons qui, après avoir sucé une fleur, passent à une autre plus nourrissante.
Vous, que vous soyez pris en charge par des gens qui vous offrent bon gîte et bonne table, ou par une famille
qui n'est riche que de vertus, restez où vous êtes. Ne cherchez jamais ce qui est le mieux pour le corps qui
périt, mais au contraire donnez-lui toujours ce qu'il y a de pire, en réservant tous les droits à l'esprit. Et, je
vous le dis parce qu'il est bien que vous le fassiez, donnez, dès que vous pouvez le faire, la préférence aux
pauvres pour votre séjour. Pour ne pas les humilier, en souvenir de Moi qui suis et reste pauvre, et qui me
fais gloire d'être pauvre, et aussi parce que les pauvres sont souvent meilleurs que les riches. Vous trouverez

263
toujours des pauvres qui sont justes alors que vous aurez rarement l'occasion de trouver un riche sans
injustice. Vous n'avez donc pas l'excuse de dire : "Je n'ai trouvé de bonté que chez les riches" pour justifier
votre désir de bien-être.

En entrant dans une maison, saluez avec mon salut qui est le plus doux qui soit. Dites : "La paix soit avec
vous, la paix soit dans cette demeure" ou bien : "Que la paix vienne dans cette maison." En effet, vous,
envoyés de Jésus et de la Bonne Nouvelle, vous portez avec vous la paix, et votre venue daris un endroit est
pour y apporter la paix. Si la maison en est digne, la paix viendra et demeurera en elle ; si elle n'en est pas
digne, la paix reviendra vers vous. Cependant, efforcez-vous d'être pacifiques pour que vous ayez Dieu pour
Père. Un père aide toujours. Et vous, aidés par Dieu, ferez et ferez bien toutes choses.

Il peut arriver aussi, et même certainement il arrivera, qu'il y aura une ville ou une maison qui ne vous
recevra pas, où les gens ne voudront pas écouter vos paroles, vous chasseront, vous tourneront en dérision ou
même vous poursuivront à coups de pierres comme des prophètes ennuyeux. Et alors vous aurez plus que
jamais besoin d'être pacifiques, humbles, doux, dans votre manière de vivre. Autrement, en effet, la colère
prendra le dessus et vous pécherez en scandalisant ceux que vous devez convertir et en augmentant leur
incrédulité. Alors que si vous acceptez avec paix l'offense de vous voir chassés, ridiculisés, poursuivis, vous
convertirez par la plus belle prédication : la prédication silencieuse de la vraie vertu. Vous retrouverez un
jour les ennemis d'aujourd'hui sur votre chemin, et ils vous diront : "Nous vous avons cherchés, parce que
votre manière d'agir nous a persuadés de la Vérité que vous annoncez. Veuillez nous pardonner et nous
accueillir comme disciples. Car nous ne vous connaissions pas, mais maintenant nous vous connaissons pour
saints et, si vous êtes saints, vous devez être les envoyés d'un saint, et nous croyons maintenant en Lui."
Mais en sortant de la ville ou de la maison où vous n'avez pas été accueillis, secouez jusqu'à la poussière de
vos sandales pour que l'orgueil et la dureté de ce lieu ne s'attache même pas à vos semelles. En vérité je vous
dis : "Au jour du Jugement, Sodome et Gomorrhe seront traitées moins durement que cette ville."

Voici que je vous envoie comme des brebis parmi les loups. Soyez donc prudents comme les serpents et
simples comme les colombes. Car vous savez comment le monde, qui en vérité compte plus de loups que de

264
brebis, agit même avec Moi qui suis le Christ. Moi, je puis me défendre par ma puissance, et je le ferai
jusqu'à ce que ce soit l'heure du triomphe temporaire du monde. Mais vous, vous n'avez pas cette puissance,
et vous avez besoin d'une plus grande prudence et de simplicité. Donc plus de sagacité pour éviter
présentement les prisons et les flagellations. En vérité vous, pour le moment, malgré vos protestations que
vous voudriez donner votre sang pour Moi, vous ne supportez même pas un regard ironique ou coléreux.
Puis viendra le temps où vous serez forts comme des héros contre toutes les persécutions, plus forts que des
héros, d'un héroïsme inconcevable pour le monde, inexplicable, et qu'on qualifiera de ''folie". Non, ce ne sera
pas de la folie ! Ce sera l'identification de l'homme avec l'Homme-Dieu, par la force de l'amour, et vous
saurez faire ce que j'aurai déjà fait. Pour comprendre cet héroïsme, il faudra le voir, l'étudier et le juger d'un
point de vue ultra-terrestre. Car c'est une chose surnaturelle qui dépasse toutes les limites de la nature
humaine. Mes héros seront des rois, des rois de l'esprit, éternellement rois et héros…

En ce temps-là, ils vous arrêteront en mettant la main sur vous, ils vous traîneront devant les tribunaux,
devant les chefs et les rois pour qu'ils vous jugent et vous condamnent pour ce qui est un grand péché, aux
yeux du monde, d'être les serviteurs de Dieu, les ministres et les tuteurs du Bien, les maîtres des vertus. Et à
cause de cela vous serez flagellés et punis de mille façons jusqu'à subir la mort. Et vous rendrez témoignage
de Moi devant les rois, les présidents de tribunaux, les nations, confessant par votre sang que vous aimez le
Christ, le Vrai Fils du Vrai Dieu. Quand vous serez dans leurs mains, ne vous mettez pas en peine de ce que
vous devez répondre et de ce que vous aurez à dire. N'ayez alors aucune peine sauf l'affliction à l'égard des
juges et des accusateurs que Satan dévoie au point de les rendre aveugles pour la Vérité. Les paroles à dire
vous seront données à ce moment-là. Votre Père vous les mettra sur les lèvres, parce que, alors, ce ne sera
pas vous qui parlerez pour convertir à la Foi et professer la Vérité, mais ce sera l'Esprit de votre Père qui
parlera en vous.

Alors le frère donnera la mort à son frère, le père à son fils, les fils se dresseront contre leurs parents et les
feront mourir. Non, ne vous évanouissez pas et ne vous scandalisez pas ! Répondez-moi. Pour vous, quel est
le plus grand crime : de tuer un père, un, frère, un enfant ou Dieu Lui-même ?"

265
"Dieu, on ne peut le tuer" dit sèchement Judas Iscariote.

"C'est vrai. C'est un Esprit qu'on ne peut saisir" confirme Barthélemy. Et les autres, tout en se taisant, sont du
même avis.

"Moi, je suis Dieu et Chair" dit calmement Jésus.

"Personne ne pense à te tuer" réplique l'Iscariote.

"Je vous en prie: répondez à ma question."

"Mais il est plus grave de tuer Dieu ! Cela s'entend !"

"Eh bien : Dieu sera tué par l'homme, dans sa Chair d'Homme-Dieu et dans l'âme de ceux qui tueront
l'Homme-Dieu. Donc, comme on arrivera à ce crime sans que son auteur en éprouve de l'horreur, on en
arrivera pareillement au crime des pères, des frères, des fils, contre les fils, les frères, les pères. Vous serez
haïs de tous, à cause de mon Nom, mais celui qui aura persévéré jusqu'à la fin sera sauvé. Et quand ils vous
persécuteront dans une ville, fuyez dans une autre, non par lâcheté, mais pour donner le temps à l'Église du
Christ qui vient de naître, d'arriver à l'âge, non plus d'un bébé faible et incapable, mais à l'âge de la majorité
où elle sera capable d'affronter la vie et la mort sans craindre la Mort. A ceux auxquels l'Esprit conseillera de
fuir, qu'ils fuient. Comme j'ai fui quand j'étais tout petit. En vérité, dans la vie de mon Église se répéteront
toutes les vicissitudes de ma vie d'homme. Toutes. Depuis le mystère de sa formation à l'humilité des
premiers temps, jusqu'aux troubles et aux embûches qu'amènera la férocité des hommes, jusqu'à la nécessité
de fuir pour continuer à exister, depuis la pauvreté, et le travail assidu, jusqu'à beaucoup d'autres choses que
je vis actuellement, que je souffrirai par la suite, avant d'arriver au triomphe éternel. Pour ceux, au contraire,
auxquels l'Esprit conseille de rester, qu'ils restent, car s'ils tombent morts, ils vivront et seront utiles à
l'Église. Car c'est toujours bien ce que l'Esprit de Dieu conseille.

En vérité je vous dis que vous ne finirez pas, vous et vos successeurs, de parcourir les rues et les villes
d'Israël avant que vienne le Fils de l'Homme. Car Israël, à cause de son redoutable péché, sera dispersé
comme la balle saisie par un tourbillon, et répandu sur toute la terre. Et des siècles et des millénaires, l'un
après l'autre et davantage se succéderont avant qu'il soit de nouveau rassemblé sur l'aire d'Arauna le
Jébuséen. Toutes les fois qu'il essaiera, avant l'heure marquée, il sera de nouveau pris par le tourbillon et

266
dispersé, parce qu'Israël devra pleurer son péché pendant autant de siècles qu'il y a de gouttes qui pleuvront
des veines de l'Agneau de Dieu immolé pour les péchés du monde. Et mon Église devra aussi elle, qui aura
été frappée par Israël en Moi et en mes apôtres et disciples, ouvrir ses bras de mère et chercher à rassembler
Israël sous son manteau comme une poule le fait avec ses poussins qui se sont écartés. Quand Israël sera tout
entier sous le manteau de l'Église du Christ, alors je viendrai.

Mais cela c'est l'avenir. Parlons des temps qui ne vont pas tarder de venir.

Rappelez-vous que le disciple n'est pas plus que le Maître, et le serviteur plus que le Maître qui commande.
Il suffit pas conséquent au disciple d'être comme le Maître et c'est déjà un honneur immérité, et le serviteur
comme celui qui le commande et c'est déjà de la bonté surnaturelle de vous accorder qu'il en soit ainsi.

S'ils ont appelé Belzébuth le Maître de maison, comment appelleront-ils ses serviteurs ? Et les serviteurs
pourront-ils se révolter si le Maître ne se révolte pas, ne hait, ni ne maudit, mais calme dans sa justice
continue ses œuvres, en remettant le jugement à un autre moment quand... après avoir tout essayé pour les
persuader, il aura constaté en eux l'obstination dans le Mal ? Non. Les serviteurs ne pourront pas faire ce que
leur Maître ne fait pas, mais plutôt l'imiter en pensant qu'eux sont aussi des pécheurs, alors que Lui était sans
péché.

Ne craignez donc pas ceux qui vous appelleront : "démons", Il arrivera un jour où la vérité sera connue et on
verra alors qui était le "démon". Vous ou eux. Il n'y a rien de caché qui ne doive être révélé, ni rien de secret
qui ne doive être connu.

Ce que je vous dis maintenant dans l'obscurité et en secret, car le monde n'est pas digne de connaître toutes
les paroles du Verbe, n'en est pas encore digne et ce n'est pas l'heure de le dire aussi aux indignes, vous,
quand ce sera l'heure que tout doive être connu, dites-le en plein jour, criez du haut des toits ce que

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maintenant je vous dis tout bas m'adressant davantage à votre âme qu'à votre oreille. Car alors le monde aura
été baptisé par le Sang et Satan aura contre lui un étendard grâce auquel le monde pourra, s'il le veut,
comprendre les secrets de Dieu, alors que Satan ne pourra nuire qu'à ceux qui désirent la morsure de Satan et
la préfèrent à mon baiser. Mais huit parties du monde sur dix ne voudront pas comprendre. Seule la minorité
voudra savoir tout pour suivre tout ce qu'est ma Doctrine. Peu importe. Comme on ne peut séparer ces deux
parties saintes de la masse injuste, prêchez aussi du haut des toits ma Doctrine, prêchez-la du haut des
montagnes, sur les mers sans bornes, dans les entrailles de la terre. Quand bien même les hommes ne
l'écouteraient pas, les divines paroles seront recueillies par les oiseaux et les vents, les poissons et les flots, et
les entrailles de la terre en garderont l'écho pour le dire aux sources, aux minéraux, aux métaux, et tous en
jouiront car eux aussi ont été créés par Dieu pour servir d'escabeau à mes pieds et être une joie pour mon
cœur. " Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l'âme, mais craignez seulement celui
qui peut envoyer votre âme à la perdition et, au Jugement Dernier, la réunir au corps ressuscité pour les jeter
dans les feux de l'Enfer. Ne craignez pas. Est-ce que peut-être on ne vend pas deux passereaux pour un sou ?
Et pourtant, sans la permission du Père, pas un d'eux ne tombera malgré tous les pièges de l'homme. Ne
craignez donc pas. Vous êtes connus de mon Père. Il connaît le nombre de cheveux que vous avez sur la tête.
Vous avez plus de valeur qu'un grand nombre de passereaux !

Et je vous dis que celui qui me reconnaîtra devant les hommes, je le reconnaîtrai, Moi, devant mon Père qui
est aux Cieux, Mais celui qui me reniera devant les hommes, Moi aussi, je le renierai devant mon Père.
Reconnaître, ici, veut dire suivre et mettre en pratique ; renier veut dire abandonner mon chemin par lâcheté,
par la triple concupiscence, ou par un calcul mesquin, par affection humaine envers un des vôtres qui m'est
opposé. Parce que cela se produira.

Ne pensez pas que je sois venu établir la concorde sur la terre et à travers la terre. Ma Paix est plus élevée
que les paix faites par calcul pour se tirer d'affaire jour après jour. Je ne suis pas venu apporter la paix mais
le glaive. Le glaive tranchant pour couper les lianes qui retiennent dans la boue et ouvrir les chemins aux
vols du surnaturel. Je suis donc venu séparer le fils du père, la fille de la mère, la bru de la belle-mère. Car je
suis celui qui règne et qui a tous les droits sur ses sujets. Car personne n'est plus grand que Moi quand il
s'agit des droits sur les affections. Car c'est en Moi que tous les amours se centralisent et se subliment : Moi

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je suis Père, Mère, Époux, Frère, Ami et je vous aime comme tel, et comme tel je dois être aimé. Et quand je
dis : "Je veux", il n'y a pas de lien qui puisse résister et la créature est mienne. C'est Moi qui l'ai créée avec le
Père, c'est par Moi-même que je la sauve et Moi j'ai le droit de la posséder.

En vérité, les ennemis de l'homme ce sont les hommes, en plus des démons; et les ennemis de l'homme, du
chrétien, ce seront ceux de sa famille par leurs lamentations, leurs menaces ou leurs supplications. Qui donc
désormais aimera son père et sa mère plus que Moi, n'est pas digne de Moi, qui aime son fils ou sa fille plus
que Moi, n'est pas digne de Moi. Celui qui ne prend pas sa croix quotidienne, complexe, faite de résignation,
de renoncement, d'obéissance, d'héroïsme, de douleurs, de maladies, de luttes, de tout ce que manifeste la
volonté de Dieu ou une épreuve qui vient de l'homme, et ne me suit pas avec elle, n'est pas digne de Moi.
Celui qui tient compte de la vie de la terre plus que de la vie spirituelle, perdra la vraie Vie. Celui qui aura
perdu la vie de la terre par amour pour Moi la retrouvera, éternelle et bienheureuse.

Celui qui vous reçoit, Me reçoit. Celui qui me reçoit, reçoit Celui qui m'a envoyé. Celui qui reçoit un
prophète en tant que prophète, recevra une récompense proportionnée à la charité qu'il donne au prophète.
Celui qui reçoit un juste en tant que juste, recevra une récompense proportionnée à la charité qu'il donne au
juste. Et cela parce que celui qui, dans un prophète reconnaît un prophète, c'est signe qu'il est prophète lui
aussi, c'est-à-dire très saint, parce que l'Esprit de Dieu le tient dans ses bras ; et celui qui aura reconnu un
juste comme juste, prouve que lui-même est juste, car les âmes qui se ressemblent se reconnaissent. À
chacun donc il sera donné selon sa justice.

Mais à qui aura donné même un seul calice d'eau pure à un de mes serviteurs, fût-il même le plus petit - et
sont des serviteurs de Jésus tous ceux qui le prêchent par une vie sainte, et peuvent l'être les rois comme les
mendiants, les sages comme ceux qui ne savent rien, les vieillards comme les tout petits, car à tous les âges
et dans toutes les classes on peut être mes disciples - qui donc aura donné à un de mes disciples ne serait ce
qu'un calice d'eau en mon nom et parce que c'est mon disciple, en vérité je vous dis qu'il ne perdra pas sa
récompense.

269
J'ai parlé. Maintenant prions et allons à la maison. Vous partirez à l'aube et ainsi : Simon de Jonas avec Jean,
Simon le Zélote avec Judas Iscariote, André avec Mathieu, Jacques d'Alphée avec Thomas, Philippe avec
Jacques de Zébédée, Jude, mon frère, avec Barthélemy. Ainsi pour cette semaine. Puis je vous donnerai un
nouvel ordre. Prions."

Et ils prient à haute voix...

270
Discours apostolique Matthieu 10, 1-42

10 1 Alors, appelant à lui ses douze disciples


Il leur donna pouvoir sur les esprits impurs
Pour les chasser, pour soigner toute maladie,
Toute langueur.

2 Voici les noms des douze apôtres :


D‟abord Simon appelé Pierre, avec son frère
André ; Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean ;
3 Philippe et Barthélemy ; Thomas et Matthieu
Le percepteur ; Jacques, (le) fils d‟Alphée et Thaddée,
4 Simon le Cananéen ainsi que Judas l‟Iscariote,
Et c‟est celui-là même qui allait le livrer.

5 Or ces douze, Jésus les envoya en mission


Avec les prescriptions suivantes :

“ Ne prenez pas
La voie des nations, n‟entrez pas dans une ville
De Samaritains ; 6 Mais allez vers les brebis
Perdues de la maison d‟Israël. 7 Proclamez
Où vous passez que le royaume des cieux vient.
8 Soignez les malades et ressuscitez les morts,
Purifiez les lépreux et chassez les démons.
Vous avez reçu gratuitement, donnez donc
Gratuitement. 9 Et ne vous procurez ni or
Ni argent, ni monnaie, pour vos ceintures. 10 (De même)
Pas de besace pour le chemin, ni deux tuniques,
Ni chaussures, ni bâton ; car l‟ouvrier a droit

271
À sa nourriture. 11 En quelque ville ou village
Que vous entriez, cherchez-y quelqu‟un de digne
Et demeurez là jusqu‟à ce que vous partiez.
Et en entrant dans la maison, saluez-la.
Si la maison en est digne, que votre paix vienne
Sur elle ; si elle n‟en est pas digne, que votre paix
Retourne vers vous.

14 Si on ne vous accueille pas,


Si on n‟écoute pas vos paroles, en sortant
Hors de cette maison ou bien de cette ville
Secouez la poussière de vos pieds.

15 Oui, le jour
Du jugement, en vérité je vous le dis,
Pour le pays de Sodome, de Gomorrhe, se
Plus supportable que pour cette ville.

16 “ Et voilà
Je vous envoie comme des brebis au milieu
De loups. Soyez donc sensés comme les serpents
Et purs comme les colombes.

272
Les missionnaires seront persécutés

17 “ Ainsi méfiez-vous
Des hommes : car ils vous livreront aux sanhédrins,
Ils vous fouetteront dans leurs synagogues. 18 Devant
Des gouverneurs, des rois, vous serez amenés
À cause de moi, en témoignage devant eux
Et les nations.

19 Mais lorsque l‟on vous livrera


Ne vous inquiétez pas de ce que vous direz
Ni comment, car ce que vous direz vous sera
Donné en cette heure-là ; 20 puisque ce n‟est pas vous
Qui parlerez, mais c‟est l‟Esprit de votre Père
Qui parlera en vous.

21 Et le frère livrera
Son frère à la mort, le père son enfant ; (alors)
Les enfants se dresseront contre les parents
Et les mettront à mort.

22 Vous serez détestés


De tous à cause de moi. Celui qui tiendra
Jusqu‟à la fin sera sauvé.

23 Dans telle ville,


Quand ils vous poursuivront, fuyez donc dans une autre.
Je vous le dis, en vérité, vous n‟aurez pas
Fini avec les filles d‟Israël que le Fils
De l‟homme viendra.

273
24 “ Ainsi le disciple n‟est pas
Au-dessus de son maître, ni l‟esclave au-dessus
De son seigneur. 25 Il suffit au disciple d‟être
Comme son maître, à l‟esclave comme son seigneur.
Mais qu‟ils ont traité de Béelzéboul le maître
De la maison, que ne diront-ils pas des gens
De sa maison !

Parler ouvertement et sans crainte

26 Ne les craignez pas ; il n‟y a


Rien de voilà qui ne doive être dévoilé
Et rien de secret qui ne doive être connu.
Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le
En pleine lumière, et ce que vous entendez
À l‟oreille, proclamez-le donc sur les terrasses.
27 Ne craignez pas ceux qui tuent le corps
Sans pouvoir tuer la vie. 28 Mais craignez plutôt
Celui qui ne peut perdre et le corps et la vie
Dans la Géhenne.

29 Et ne vendons pas pour un son


Deux moineaux ? Or pas un d‟entre eux ne tombe à terre
À l‟insu de votre père.

30 Même les cheveux


De votre tête, sont tous comptés. 31 Ne craignez pas :
Vous valez plus que beaucoup de moineaux.

274
32 “ Quiconque
M‟avouera devant les hommes, je l‟avouerai donc
Moi aussi devant mon Père qui est dans les cieux ;
33 Mais celui qui me renie devant les hommes, moi
Aussi je le renierai devant mon Père
Qui est dans les cieux.

Jésus cause de dissensions

34 “ Ne croyez pas que je sois


Venu mettre la paix sur terre ; je ne suis pas
Venu mettre la paix, mais le sabre. 35 Et je suis
Venu diviser l‟homme d‟avec son père, la fille
D‟avec sa mère, la bru d‟avec sa belle-mère.
Et l‟homme aura aussi pour ennemis les gens
De sa maison.

Se renoncer pour suivre Jésus

37 Qui aime père ou mère plus que moi


N‟est pas digne de moi, et qui aime fils ou fille
Plus que moi n‟est pas digne de moi. 38 À ma suite,
Qui ne prend pas sa croix n‟est pas digne de moi.
Qui trouve sa vie, la perdra ; qui perd sa vie
À cause de moi la trouvera.

275
Conclusion du discours apostolique

40 Qui vous accueille,


M‟accueille, et qui m‟accueille accueille celui qui m‟a
Envoyé.

41 Qui accueille un prophète en tant que


Prophète recevra donc un salaire de prophète ;
Qui accueille un juste en tant que juste recevra
Un salaire de juste.

42 Quiconque donnera à boire


Une coupe d‟eau fraîche, à l‟un de ces petits,
Seulement, je vous le dis, il ne perdra pas
Son salaire, en vérité.

276
Es-tu le Messie ?

"Que vouliez-vous me demander ?" demande Jésus après les échanges de salutations avec les deux austères
personnages.

"Parle, Manaën, toi qui sais tout, et Lui es plus attaché" dit l'un des deux.

"Voici, Maître. Tu dois être indulgent si, par trop d'amour, les disciples arrivent à se méfier de Celui qu'ils
croient opposés à leur maître ou désireux de le supplanter. C'est ce que font les tiens et de même ceux de
Jean. C'est une jalousie compréhensible qui montre tout l'amour des disciples pour leurs maîtres. Quant à
moi, je suis impartial, et eux qui sont avec moi peuvent le dire, car je te connais et je connais Jean ; et je
vous aime avec justice, au point que t'aimant Toi, pour ce que tu es, j'ai préféré faire le sacrifice de rester
près de Jean parce que je le vénère, lui aussi, pour ce qu'il est, et actuellement parce qu'il est plus en danger
que Toi. Maintenant, à cause de cet amour qu'attisent par leur rancœur les pharisiens, eux sont arrivés à
douter que tu es le Messie. Et ils l'ont avoué à Jean, croyant lui faire plaisir en lui disant : "Pour nous, c'est
toi qui es le Messie. Il ne peut y avoir quelqu'un de plus saint que toi." Jean a commencé par leur faire des
reproches en les appelant blasphémateurs et puis, après les reproches, avec plus de douceur, il leur a expliqué
tout ce qui te désigne comme le vrai Messie. Enfin, voyant qu'ils n'étaient pas encore persuadés, il a pris
deux d'entre eux, ceux-ci, et leur a dit : "Allez le trouver et dites-lui en mon nom : 'Es-tu celui qui doit venir,
ou devons-nous en attendre un autre ?' " Il n'a pas envoyé les disciples autrefois bergers, car eux croient et il
n'aurait servi à rien de les envoyer. Mais il a choisi parmi ceux qui doutent pour qu'ils t'approchent et que
leurs paroles dissipent les doutes de ceux qui sont comme eux. Je les ai accompagnés pour pouvoir te voir.
J'ai parlé. Toi, maintenant, apaise leurs doutes."

"Mais ne nous crois pas hostiles, Maître ! Les paroles de Manaën pourraient te le faire penser. Nous... nous...
Nous connaissons depuis des années le Baptiste et nous l'avons toujours vu saint, pénitent, inspiré. Toi...

277
nous ne te connaissons que par les paroles d'autrui. Et tu sais ce qu'est la parole des hommes... Elle crée et
détruit renommée et louange par le contraste entre ceux qui exaltent et ceux qui dénigrent, comme un nuage
se forme et se dissipe par l'effet de deux vents contraires."

"Je sais, je sais. Je lis dans votre esprit, et vos yeux lisent la vérité dans ce qui vous entoure, de même que
vos oreilles ont entendu mon entretien avec la veuve. Cela suffirait pour vous persuader. Mais je vous dis :
observez ce qui m'entoure. Ici, il n'y a pas de riches ni de jouisseurs, il n'y a pas de personnes scandaleuses.
Mais des pauvres, des malades, des israélites honnêtes qui veulent connaître la Parole de Dieu. Et rien
d'autre. Celui-ci, celui-là, cette femme, et puis cette fillette, et ce vieillard sont venus ici malades et
maintenant ils sont en bonne santé. Interrogez-les et ils vous diront ce qu'ils avaient et comment je les ai
guéris, et comme ils sont maintenant. Faites, faites. Moi, pendant ce temps, je parle avec Manaën" et Jésus
va se retirer.

"Non, Maître. Nous ne doutons pas de tes paroles. Donne-nous seulement une réponse à apporter à Jean,
pour qu'il voie que nous sommes venus et pour qu'il puisse se baser sur elle pour persuader nos
compagnons."

"Allez rapporter ceci à Jean : "Les sourds entendent, cette fillette était sourde et muette. Les muets parlent, et
cet homme était muet de naissance. Les aveugles voient."

"Homme, viens ici. Dis-leur ce que tu avais dit." s‟exprima Jésus en prenant un miraculé par le bras.

Celui-ci dit : "Je suis maçon, et il m'est tombé sur la figure un seau plein de chaux vive. Elle m'a brûlé les
yeux. Depuis quatre ans j'étais dans les ténèbres. Le Messie a humecté mes yeux desséchés avec sa salive et
ils sont redevenus plus frais que quand j'avais vingt ans. Qu'il en soit béni."

278
Jésus reprend : "Et avec les aveugles, les sourds, les muets guéris, se redressent les boiteux et courent les
estropiés. Voilà ce vieillard qui était tout à l'heure déformé et qui maintenant est droit comme un palmier du
désert et agile comme une gazelle. Se guérissent les maladies les plus graves. Toi, femme, qu'avais-tu ?"

"Un mal au sein pour avoir trop donné de lait à des bouches voraces et le mal, avec le sein, me rongeait la
vie. Maintenant, regardez." et elle entrouvre son vêtement, montrant son sein intact et elle ajoute : "Ce n'était
qu'une plaie et ma tunique encore couverte de pus le montre. Maintenant je m'en vais à la maison mettre un
vêtement propre. Je suis forte et heureuse. Alors que seulement hier j'étais mourante, amenée ici par des gens
charitables, et si malheureuse... à cause des enfants qui allaient être sans mère. Louange éternelle

au Sauveur !"

"Vous entendez ? Et vous pouvez interroger le chef de la synagogue de cette ville sur la résurrection de sa
fille et, en allant à Jéricho, passez par Naïm. Informez-vous au sujet du jeune homme ressuscité en présence
de toute la ville et au moment où on allait le mettre au tombeau. Vous pourrez ainsi rapporter que les morts
ressuscitent. Que beaucoup de lépreux sont guéris, vous pouvez le savoir dans de nombreuses localités
d'Israël, mais si vous voulez aller à Sicaminon, cherchez-en parmi les disciples et vous en trouverez
plusieurs. Dites donc à Jean que les lépreux sont purifiés. Et dites, puisque vous le voyez, que la Bonne
Nouvelle est annoncée aux pauvres. Et bienheureux celui qui ne sera pas scandalisé à mon sujet. Dites cela à
Jean. Et dites-lui que je le bénis avec tout mon amour."

"Merci, Maître. Bénis-nous aussi avant notre départ."

"Vous ne pouvez partir par cette chaleur. Soyez donc mes hôtes jusqu'au soir. Vous vivrez pendant un jour la
vie de ce Maître qui n'est pas Jean, mais que Jean aime parce qu'il sait qui il est. Venez à la maison. Il y fait
frais et je vous restaurerai. Adieu, mes auditeurs. La paix soit avec vous." et après avoir congédié les foules,
il rentre à la maison avec les trois hôtes...

279
...Je ne sais pas ce qu'ils disent pendant ces heures de chaleur étouffante. Ce que je vois maintenant, ce sont
les préparatifs du départ des deux disciples pour Jéricho. Il semble que Manaën reste car on n'a pas amené
son cheval avec les deux ânes robustes devant l'ouverture du mur de la cour. Les deux envoyés de Jean,
après plusieurs inclinations au Maître et à Manaën, montent en selle et se retournent encore pour regarder et
saluer jusqu'à ce qu'un détour de la route les dérobe à la vue.

Beaucoup de gens de Capharnaüm se sont rassemblés pour voir ce départ, car la nouvelle de la venue des
disciples de Jean et la réponse que leur a faite Jésus ont fait le tour du pays et je crois aussi des autres pays
voisins. Je vois des personnes de Bethsaïda et de Corozaïn, qui se sont présentées aux envoyés de Jean en
demandant de ses nouvelles et en lui envoyant leurs salutations - ce sont peut-être d'anciens disciples du
Baptiste - qui restent maintenant en groupe avec des gens de Capharnaüm pour commenter. Jésus, avec à son
côté Manaën, va rentrer dans la maison en parlant. Mais les gens se pressent autour de Lui, curieux
d'observer le frère de lait d'Hérode et ses manières pleines de respect pour Jésus et ils désirent parler avec le
Maître.

Il y a aussi Jaïre, le chef de synagogue mais, grâce à Dieu, il n'y a pas de pharisiens. C'est justement Jaïre qui
dit : "Jean sera content ! Non seulement tu lui as envoyé une réponse exhaustive mais aussi, en les retenant,
tu as pu les instruire et leur montrer un miracle."

"Et puis, quel miracle !" dit un homme. "J'avais amené exprès ma fillette aujourd'hui pour qu'ils la voient.
Elle n'a jamais été aussi bien et, pour elle, c'est une joie de venir trouver le Maître. Vous avez entendu, hein ?
sa réponse ? "Je ne me souviens pas de ce que c'est que la mort. Mais je me souviens qu'un ange m'a appelée
en me faisant passer à travers une lumière de plus en plus vive au bout de laquelle était Jésus. Et comme je
l'ai vu alors, avec mon esprit qui revenait en moi, je ne le vois plus maintenant. Vous et moi, en ce moment,
nous voyons l'Homme, mais mon esprit a vu le Dieu renfermé dans l'Homme." Et comme elle est devenue
bonne, depuis lors ! Elle l'était bonne, mais maintenant c'est vraiment un ange. Ah ! pour moi, que tous
disent ce qu'ils veulent, il n'y a de saint que Toi !"

280
"Mais Jean aussi est saint." dit quelqu'un de Bethsaida.

"Oui, mais il est trop sévère."

"Il ne l'est pas davantage pour les autres que pour lui-même."

"Mais il ne fait pas de miracles et l'on dit qu'il jeûne pour être comme un mage."

"Et pourtant il est saint" la discussion s'étend dans la foule. Jésus lève la main et l'étend avec le geste
habituel qu'il a quand il réclame le silence et l'attention parce qu'il veut parler. Le silence se fait tout de suite.
Jésus dit : "Jean est saint et grand. Ne regardez pas ses manières de faire ni l'absence de miracles. En vérité
je vous le dis : "C'est un grand du Royaume de Dieu." C'est là qu'il apparaîtra dans toute sa grandeur.

Plusieurs se lamentent de ce qu'il était et est sévère jusqu'à paraître dur. En vérité je vous dis que lui a fait un
travail de géant pour préparer les voies du Seigneur, et celui qui travaille ainsi n'a pas de temps à perdre en
mollesses. Ne disait-il pas lui, quand il était le long du Jourdain, les paroles où Isaïe l'annonce, lui et le
Messie : "Toute vallée sera comblée, toute montagne sera abaissée, les voies tortueuses seront redressées et
les voies raboteuses aplanies." et cela pour préparer les voies au Sauveur et Roi ? Mais, en vérité, il a fait,
lui, plus que tout Israël pour me préparer la route ! Et qui doit abattre les montagnes et combler les vallées,
redresser les chemins et rendre douces les montées pénibles, ne peut que travailler avec rudesse. C'est qu'il
était le Précurseur et il ne me devançait que de quelques lunes et il fallait que tout soit fait avant que le Soleil
soit haut sur le jour de la Rédemption. Ce jour est arrivé, le Soleil monte pour resplendir sur Sion et de là sur
tout le monde. Jean a préparé la route, comme il le devait. Qu'êtes-vous allés voir dans le désert ? Un roseau
que le vent courbe dans toutes les directions ? Mais qu'êtes-vous allés voir ? Un homme vêtu souplement ?
Mais ces gens habitent les maisons des rois, enveloppés de vêtements souples et servis avec respect par mille
serviteurs et courtisans, courtisans eux aussi d'un pauvre homme. Ici, il y en a un. Demandez-lui s'il n'a pas
de dégoût pour la vie de cour et de l'admiration pour le rocher solitaire et rugueux sur lequel en vain se ruent
la foudre et la grêle et sur lequel luttent les vents imbéciles pour l'arracher alors qu'il reste solide avec l'élan
de toutes ses parties vers le ciel, avec sa pointe qui d'en haut prêche la joie tant elle est élancée, pointue
comme une flamme qui s'élève.

281
Voilà ce qu'est Jean. C'est ainsi que le voit Manaën car il a compris la vérité de la vie et de la mort, et il voit
la grandeur là où elle se trouve, même si elle se cache sous des apparences sauvages.

Et vous, qu'avez-vous vu en Jean quand vous êtes allés le voir ? Un prophète ? Un saint ? Je vous le dis : il est
plus qu'un prophète. Il est plus que beaucoup de saints, plus que des saints car c'est lui dont il est écrit : "Voici
que J'envoie devant vous mon ange pour préparer ton chemin devant Toi."

Réfléchissez. Vous savez que les anges sont de purs esprits créés par Dieu à sa ressemblance spirituelle,
servant de lien entre l'homme : perfection de la création visible et matérielle, et Dieu : perfection du Ciel et
de la Terre, Créateur du Royaume spirituel et du règne animal. Dans l'homme, même le plus saint, il y a
toujours la chair et le sang pour mettre un abîme entre lui et Dieu. Et l'abîme s'approfondit par suite du péché
qui alourdit même ce qu'il y a de spirituel dans l'homme. Voici alors que Dieu crée les anges, créatures qui
atteignent le sommet de l'échelle de la création comme les minéraux en marquent la base, les minéraux, la
poussière qui forme la terre, les matières inorganiques en général. Purs miroirs de la Pensée de Dieu,
flammes qui s'appliquent à agir par amour, prêts pour comprendre, empressés d'agir, libres dans leur volonté
comme nous, mais d'une volonté toute sainte qui ignore les révoltes et l'entraînement du péché. Voilà ce que
sont les anges adorateurs de Dieu, ses messagers auprès des hommes, nos protecteurs, qui nous donnent la
Lumière qui les enveloppe et le Feu qu'ils recueillent de leur adoration.

Jean est appelé : "ange" par la parole prophétique. Eh bien, je vous le dis : "Parmi ceux qui sont nés de la
femme, il ne s'en est jamais levé un plus grand que Jean Baptiste." Et pourtant le plus petit du Royaume des
Cieux sera plus grand que lui-homme. Car quelqu'un du Royaume des Cieux est fils de Dieu et non fils de la
femme. Tendez donc tous à devenir citoyens du Royaume.

Que vous demandiez-vous l'un à l'autre ?"

"Nous disions : "Mais est-ce que Jean sera dans le Royaume ? Et comment y sera-t-il ?""

282
"Lui, en son esprit est déjà du Royaume et il y sera après la mort comme un des soleils les plus brillants de
l'éternelle Jérusalem. Et cela à cause de la Grâce qui, en lui, est sans défaut et à cause de sa propre volonté.
Car il a été et il est violent même avec lui-même, pour une fin sainte...À partir du Baptiste le Royaume des
Cieux appartient à ceux qui savent le conquérir par la force opposée au Mal et ce sont les violents qui le
conquièrent. Car maintenant, on connaît ce qu'il faut faire et tout est donné pour cette conquête. Ce n'est plus
le temps où ne parlaient que la Loi et les Prophètes. Eux ont parlé jusqu'à Jean. Maintenant c'est la Parole de
Dieu qui parle et elle ne cache pas un iota de ce qu'il faut savoir pour cette conquête. Si vous croyez en Moi,
vous devez donc voir Jean comme l'Élie qui doit venir. Qu'entende qui a des oreilles pour entendre.

Mais, à qui comparerai-je cette génération ? Elle est semblable à celle que décrivent ces garçons qui, assis
sur la place, crient à leurs compagnons : "Nous avons joué et vous n'avez pas dansé ; nous avons entonné des
lamentations et vous n'avez pas pleuré." De fait, est venu Jean qui ne mange ni ne boit, et cette génération

dit : "Il peut agir ainsi, car il a le démon qui l'aide." Le Fils de l'homme est venu, qui mange et boit, et ils
disent : "C'est un gros mangeur et un buveur, ami de publicains et de pécheurs." Ainsi la Sagesse voit ses fils
lui rendre justice ! En vérité je vous le dis que seuls les tout petits savent reconnaître la vérité parce qu'il n'y
a pas de malice en eux."

"Tu as bien parlé, Maître." dit le chef de la synagogue. "Voilà pourquoi ma fille, encore sans malice, te voit
tel que nous n'arrivons pas à te voir. Et pourtant cette ville et celles voisines voient déborder sur elles ta
puissance, ta sagesse et ta bonté et, je dois le reconnaître, elles ne progressent qu'en méchanceté à ton égard.
Elles ne se repentent pas et le bien que tu leur donnes produit une fermentation de haine envers Toi."

"Comment parles-tu, Jaïre ? Tu nous calomnies ! Nous sommes ici parce que fidèles au Christ" dit quelqu'un
de Bethsaïda.

"Oui. Nous. Mais combien sommes-nous ? Moins de cent sur trois villes qui devraient être aux pieds de
Jésus. Parmi ceux qui manquent, et je parle des hommes, la moitié est hostile, un quart indifférent, l'autre je

283
veux penser qu'il ne peut pas venir. N'est-ce pas une faute aux yeux de Dieu ? Et est-ce qu'Il ne punira pas
toute cette rancœur et cet entêtement dans le mal ? Parle Toi, Maître, qui sais et qui, si tu te tais, c'est à cause
de ta bonté mais pas parce que tu ignores. Tu es généreux et on prend cela pour de l'ignorance et de la
faiblesse. Parle donc, et que ta parole puisse secouer au moins les indifférents, puisque les méchants ne se
convertissent pas mais deviennent toujours plus méchants."

"Oui, c'est une faute et elle sera punie. Car le don de Dieu ne doit jamais être méprisé ni servir à faire du
mal. Malheur à toi, Corozaïn, malheur à toi Bethsaïda, vous qui faites un mauvais usage des dons de Dieu !
Si à Tyr et à Sidon il y avait eu les miracles produits parmi vous déjà depuis longtemps, vêtus de cilice et
couverts de cendre, ses habitants auraient fait pénitence et seraient venus à Moi. Aussi je vous dis que pour
Tyr et Sidon on usera d'une plus grande clémence que pour vous le jour du Jugement. Et toi, Capharnaüm, tu
crois que seulement pour m'avoir donné l'hospitalité tu seras exaltée jusqu'au Ciel ? Tu descendras jusqu'à
l'enfer. Car si à Sodome avaient été faits les miracles que je t'ai donnés, elle serait encore florissante, parce
qu'elle aurait cru en Moi et se serait convertie, Aussi il y aura plus de clémence pour Sodome au jour du
Jugement dernier, parce qu'elle n'a pas connu le Sauveur et sa Parole et par conséquent sa faute est moins
grande, que pour toi qui as connu le Messie et entendu sa parole et ne t'es pas convertie. Cependant, puisque
Dieu est juste, pour ceux de Capharnaüm, de Bethsaïda et de Corozaïn qui ont cru et se sanctifient en
obéissant à ma parole, on usera d'une grande miséricorde. Car il n'est pas juste que les justes soient englobés
dans la ruine des pécheurs. Pour ce qui concerne ta fille, Jaïre, et la tienne, Simon, et ton enfant, Zacharie, et
tes petits-enfants, Benjamin, je vous dis qu'eux qui sont sans malice voient déjà Dieu. Et vous voyez comme
leur foi est pure et travaille en eux, unie à la sagesse céleste et au désir de charité que les adultes ne
possèdent pas."

Et Jésus, levant les yeux vers le ciel qui s'assombrit vers le soir, s'écrie : "Je te remercie, ô Père, Seigneur du
Ciel et de la Terre, d'avoir caché ces choses aux sages et aux savants et de les avoir révélées aux petits. C'est
ainsi, Père, parce que c'est ainsi qu'il t'a plu de le faire. Tout m'a été remis par mon Père, et personne ne le
connaît en dehors du Fils et de ceux auxquels le Fils aura voulu le révéler. Et Moi, je l'ai révélé aux petits,
aux humbles, aux purs, car Dieu se communique à eux, et la vérité descend comme une semence sur les
terres libres, et sur elle le Père fait pleuvoir ses lumières pour qu'elle s'enracine et produise une plante. En

284
vérité le Père prépare ces esprits de ceux qui sont petits par l'âge ou par leur volonté pour qu'ils connaissent
la vérité et que j'aie la joie de leur foi."

285
Question de Jean-Baptiste et témoignage que lui rend Jésus

18 Alors les disciples de Jean lui annoncèrent


Tout cela, et appelant deux de ses disciples
19 Il les envoya pour dire au Seigneur : "Es-tu
Celui qui doit venir, devons-nous en attendre
Un autre ? 20 Arrivés près de lui, ces hommes dirent :
"Jean le Baptiste nous a envoyés pour te dire :
Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous
Un attendre un autre ?"

21 À cette heure-là, il guérit


Beaucoup de gens de maladies et de fléaux
D‟esprits mauvais, à beaucoup d‟aveugles, il rendit
La vue. 22 Répondant, il dit : "Allez annoncer
À Jean ce que vous avez pu voir et entendre
Les aveugles recouvrent la vue, les boiteux marchent
Les lépreux sont purifiés et les sourds entendent,
Les morts se relèvent et la bonne nouvelle est
Annoncée aux pauvres, 23 et heureux celui pour qui
Je ne serai pas une raison de scandale !"

24 Or les envoyés de Jean une fois partis,


Jésus commença à dire aux foules au sujet
De Jean : "Pourquoi êtes-vous dans le désert
Sortis ? Pour contempler un roseau agité
Par le vent…25 Pourquoi êtes-vous sortis ? Pour voir
Un homme vêtu de vêtements douillets ?…Voici
Que ceux qui ont des habits magnifiques et vivent

286
Dans les délices se trouvent dans les palais royaux.
26 Pourquoi êtes-vous sortis ? Pour voir un prophète ?…
Oui, je vous le dis, plus qu‟un prophète. 27 C‟est Celui
Dont il est écrit :

Voici en avant de toi


Que j‟envoie mon messager, il préparera
Ton chemin, devant toi.

28 "Je vous le dis : De ceux


Qui sont nés de femmes, il n‟en est pas de plus grand,
Que Jean, le plus petit au royaume de Dieu
Est plus grand que lui. 29 Et tout le peuple qui a
Écouté, même les publicains justifiaient
Dieu, et ils se faisaient baptisés du baptême
De Jean, 30 pourtant les Pharisiens et les légistes
Rejetaient le dessein de Dieu à leur égard
Puisqu'ils ont refusé de se faire baptiser
Par lui.

Jugement de Jésus sur sa génération.

31 " À qui donc puis-je assimiler les hommes


De cette génération et à qui sont-ils
Semblables ? 32 Ils sont semblables à des enfants qui sont
Assis sur une place s‟interpellant les uns
Les autres disant ceci :

Nous vous avons joué


De la flûte, vous n'avez pas dansé ! Nous nous sommes
Lamentés, vous n'avez pas pleuré !

287
33 " En effet
Jean le Baptiste est venu, il ne mangeait pas
De pain, il ne buvait pas de vin, et vous dîtes :
Il a un démon ! 34 Le Fils de 1‟homme est venu,
Qui mange et boit, et vous dîtes : voilà un glouton
Et un ivrogne, un ami des publicains et
Des pécheurs ! Mais la Sagesse par tous ses enfants
A été justifiée. " [ - - - - - -]

288
Prédication de Jésus

"Au nom de Dieu, quitte les pupilles et la langue de cet homme ! Je le veux ! Délivre de toi cette créature ! Il
ne t'est plus permis de la tenir. Va-t-en !" crie Jésus qui tend les mains en commandant.

Le miracle commence par un hurlement de rage du démon et se termine par un cri de joie de celui qui a été
délivré qui crie : "Fils de David ! Fils de David ! Saint et Roi !"

"Comment fait-il pour savoir qui est celui qui l'a guéri ?" demande un scribe.

"Mais tout cela, c'est de la comédie ! Ces gens sont payés pour la faire !" dit un pharisien en haussant les
épaules.

"Mais par qui ? S'il est permis de vous le demander" interroge Jaïre.

"Même par toi."

"Et dans quel but ?"

"Pour rendre célèbre Capharnaüm."

"Ne rabaisse pas ton intelligence en disant des sottises et ne souille pas ta langue par des mensonges. Tu sais
que ce n'est pas vrai, et tu devrais comprendre que tu dis une sottise. Ce qui est arrivé ici est arrivé dans
beaucoup d'endroits en Israël. Alors partout il y en a qui paie ? En vérité je ne savais pas qu'en Israël le petit
peuple était très riche ! Parce que vous, et avec vous tous les grands, vous ne payez certainement pas pour
cela. Alors c'est le petit peuple qui paie, lui qui est le seul qui aime le Maître."

289
"Tu es chef de la synagogue et tu l'aimes. Ici, il y a Manaën et, à Béthanie, il y a Lazare de Théophile. Ceux-
ci ne sont pas du petit peuple."

"Mais ils sont honnêtes, et moi aussi et nous n'escroquons personne, en rien, Et encore moins dans les choses
de la foi. Nous autres, nous ne nous le permettons pas car nous craignons Dieu et nous avons compris que ce
qui plaît à Dieu c'est l'honnêteté."

Les pharisiens tournent le dos à Jaïre et s'en prennent aux parents de l'homme guéri : "Qui vous a dit de venir
ici ?"

"Qui ? Beaucoup de gens, déjà guéris ou leurs parents."

"Mais, que vous ont-ils donné ?"

"Donné ? L'assurance que Lui l'aurait guéri."

"Mais était-il vraiment malade ?"

"Oh ! Esprits sournois ! Vous croyez que tout ceci est une feinte ? Allez à Gadara et, si vous ne croyez pas,
informez-vous du malheur de la famille Anna d'Ismaël"

Les gens de Capharnaüm, indignés, manifestent bruyamment alors que des galiléens, venus des environs de
Nazareth, disent : "Et pourtant, c'est le fils du menuisier Joseph !"

Les habitants de Capharnaüm, fidèles à Jésus, crient : "Non. C'est celui qu'il se dit et que l'homme guéri
appelé : "Fils de Dieu et Fils de David."

"Mais n'exaltez pas davantage le peuple avec vos affirmations !" dit un scribe avec mépris.

"Et qui est-il alors, selon vous ?"

"Un Belzébuth !"

290
"Oh ! Langues de vipères ! Blasphémateurs ! Possédés ! Cœurs aveugles ! Notre ruine ! Même la joie du
Messie, vous voudriez nous l'enlever, hein ? Usuriers ! Cailloux arides !" Un beau vacarme !

Jésus, qui s'était retiré à la cuisine pour boire un peu d'eau, se présente sur le seuil juste à temps pour
entendre, une fois encore, la sotte accusation que ressassent les pharisiens : "Ce n'est qu'un Belzébuth,
puisque les démons Lui obéissent. Le grand Belzébuth son père, l'aide et il ne chasse les démons que par
l'influence de Belzébuth, prince des démons."

Jésus descend les deux marches du seuil et s'avance tout droit, sévère et calme en s'arrêtant justement en face
du groupe scribo-pharisaïque, En les fixant d'un regard perçant il dit : "Même sur la terre, nous voyons qu'un
royaume divisé en factions opposées devient intérieurement faible qu'on attaque facilement et que les états
voisins dévastent pour en faire leur esclave. Sur la terre aussi, nous voyons qu'une cité divisée en factions
contraires perd sa prospérité, et il en est de même d'une famille dont les membres sont divisés entre eux par
la haine. Elle s'effrite et devient un émiettement qui ne sert à personne et qui fait rire ses concitoyens. La
concorde n'est pas seulement un devoir, mais une habilité, car elle garde les hommes indépendants, forts et
aimants. C'est à cela que devraient réfléchir les patriotes, les gens de la même cité ou les membres d'une
même famille quand, par le désir d'un intérêt particulier, ils se trouvent portés à des séparations et à des
vexations qui sont toujours dangereuses parce qu'elles opposent les groupes les uns aux autres et détruisent
les affections.

C'est cette habileté, en fait, que mettent en œuvre ceux qui sont les maîtres du monde. Observez Rome dans
son indéniable puissance, si pénible pour nous. Elle domine le monde, mais elle est unie dans un même
dessein, une seule volonté : "dominer". Même parmi eux, il y aura certainement des divergences, des
antipathies, des révoltes. Mais cela reste au fond. À la surface c'est un seul bloc, sans failles, sans
turbulences. Ils veulent tous la même chose et réussissent parce qu'ils la veulent. Et ils réussiront tant qu'ils
voudront la même chose.

Regardez cet exemple humain d'une habile cohésion et pensez : si ces enfants du siècle sont ainsi, qu'est-ce
que ne sera pas Satan ? Eux, pour nous, sont des satans, mais leur satanicité de païens n'est rien en

291
comparaison du satanisme parfait de Satan et de ses démons. Là, dans ce royaume éternel, sans siècles, sans
fin, sans limite de ruse et de méchanceté, là où on jouit de nuire à Dieu et aux hommes et où leur respiration
est de nuire, leur douloureuse jouissance, unique, atroce avec une perfection maudite, s'est opérée la fusion
des esprits unis dans une seule volonté : "nuire"

Maintenant si, comme vous voulez le soutenir pour faire douter de Ma puissance, Satan est celui qui m'aide
parce que Moi je suis un Belzébuth inférieur, n'arrive-t-il pas que Satan est en désaccord avec lui-même et
avec ses démons s'il chasse ceux-ci de ses possédés ? Et s'il y a désaccord, son royaume pourra-t-il jamais
durer ? Non, cela n'est pas. Satan est tout ce qu'il y a de plus fourbe et ne se nuit pas à lui-même, Lui vise à
étendre et non pas à réduire son royaume dans les cœurs. Sa vie, c'est de "dérober, nuire, mentir, blesser,
troubler". Dérober les âmes à Dieu et la paix aux hommes. Nuire aux créatures du Père en Lui donnant un
grand chagrin. Mentir pour dévoyer. Blesser pour jouir, Troubler parce qu'il est le Désordre. Et il ne peut
changer, Il est éternel en son être et dans ses méthodes.

Mais répondez à cette question : si Moi je chasse les démons au nom de Belzébuth, au nom de qui vos fils
les chassent-ils ? Vous voudrez reconnaître alors qu'eux aussi sont des Belzébuth ? Maintenant, si vous le
dites, eux verront en vous des calomniateurs. Et si leur sainteté est telle qu'ils ne réagissent pas à
l'accusation, vous vous jugerez par vous-mêmes en avouant qu'il y a beaucoup de démons en Israël, et Dieu
vous jugera au nom des fils d'Israël accusés d'être des démons. Car, d'où que vienne le jugement, eux, au
fond, seront vos juges, là où le jugement n'est pas suborné par des influences humaines.

Si, ensuite, comme il est vrai, je chasse les démons par l'Esprit de Dieu, c'est donc la preuve qu'est arrivé à
vous le Royaume de Dieu et le Roi de ce Royaume. Ce Roi a une puissance telle qu'aucune force opposée à
son Royaume ne peut lui résister. C'est pour cela que j'attache et contrains ceux qui sont les usurpateurs des
fils de mon Royaume à sortir des endroits qu'ils occupent et à me rendre leur proie pour que j'en prenne
possession. Est-ce que par hasard ce n'est pas ce que fait quelqu'un qui veut entrer dans une maison habitée
par un homme fort pour lui enlever ses biens, bien ou mal acquis ? C'est ainsi qu'il fait, Il entre et le ligote et,
après l'avoir fait, il peut piller la maison. Moi, je ligote l'ange des ténèbres qui a pris ce qui m'appartient et je

292
lui enlève le bien qu'il m'a dérobé, Et Moi seul je peux le faire, parce que je suis le seul Fort, le Père du
siècle à venir, le Prince de la Paix."

"Explique-nous ce que tu veux dire quand tu dis : "Père du siècle à venir." Crois-tu vivre jusqu'au nouveau
siècle et, plus sottement encore, penses-tu créer le temps ? Toi, pauvre homme ? Le temps appartient à
Dieu.", demande un scribe.

"Et c'est toi, scribe, qui me le demandes ? Ne sais-tu donc pas qu'il y aura un siècle qui aura un
commencement et qui n'aura pas de fin, et qui sera le mien ? C'est en lui que je triompherai, rassemblant
autour de Moi ceux qui sont ses fils et eux vivront éternellement comme ce siècle que j'aurai créé, et déjà je
suis en train de le créer en mettant l'esprit en valeur, au-dessus de la chair et au. dessus du monde et au-
dessus des enfers que je chasse parce que je peux tout.

Pour ce motif, je vous dis que celui qui n'est pas avec Moi est contre Moi et que celui qui ne rassemble pas
avec Moi, disperse. Parce que je suis Celui qui suis. Et celui qui ne croit pas à cela, qui est déjà prophétisé,
pèche contre l'Esprit Saint dont la parole a été dite par les prophètes, et qui n'est ni mensonge ni erreur, et qui
doit être crue sans résistance.

Parce que je vous le dis : tout sera pardonné aux hommes, tout péché et tout blasphème, parce que Dieu sait
que l'homme n'est pas seulement esprit mais chair, et chair tentée qui est soumise à des faiblesses imprévues.
Mais le blasphème contre l'Esprit ne sera pas pardonné. Qui aura parlé contre le Fils de l'homme sera encore
pardonné parce que la pesanteur de la chair qui enveloppe ma Personne et enveloppe l'homme qui parle
contre Moi, peut encore induire en l'erreur. Mais celui qui aura parlé contre l'Esprit Saint ne sera pas
pardonné ni dans cette vie, ni dans la vie future, parce que la Vérité est ce qu'elle est : nette, sainte,
indéniable et exprimée à l'esprit d'une manière qui ne conduit pas à l'erreur, en ce sens que commettent
l'erreur ceux qui volontairement veulent l'erreur. Nier la Vérité dite par l'Esprit Saint, c'est nier la Parole de

293
Dieu et l'Amour que cette parole a donné par amour pour les hommes. Et le péché contre l'Amour n'est pas
pardonné.

Mais chacun donne les fruits de son arbre. Vous donnez les vôtres et ce ne sont pas de bons fruits. Si vous
donnez un arbre bon pour qu'il soit planté dans le verger, il donnera de bons fruits, mais si vous donnez un
arbre mauvais, mauvais sera le fruit qu'on cueillera sur lui, et tout le monde dira: "C'est arbre n'est pas bon."
Car c'est à ses fruits que l'on reconnaît l'arbre.

Et vous, comment croyez-vous pouvoir bien parler, vous qui êtes mauvais ? Car la bouche parle de ce qui
remplit le cœur. Et c'est de la surabondance de ce que nous avons en nous que proviennent nos actes et nos
paroles. L'homme bon tire de son bon trésor des choses bonnes, L'homme mauvais tire de son trésor des
choses mauvaises. Il parle, il agit d'après ce qu'il a en son intérieur.

Et en vérité, je vous dis que la paresse est une faute, mais mieux vaut ne rien faire que de faire des choses
mauvaises. Et je vous dis aussi qu'il vaut mieux se taire que de tenir des propos oiseux et méchants. Même si
le silence est oisiveté, pratiquez-le plutôt que de pécher par la langue. Je vous assure que de toute parole dite
par oisiveté, on demandera aux hommes de se justifier au jour du Jugement, et je vous dis que les hommes
seront justifiés par les paroles qu'ils auront dites et que c'est par leurs paroles qu'ils seront condamnés.
Attention, par conséquent, vous qui en dites tant qui sont plus qu‟oiseuses, parce que non seulement elles
sont oiseuses, mais font du mal, et dans le but d'éloigner les cœurs de la Vérité qui vous parle."

Les pharisiens se consultent avec les scribes, et puis tous ensemble, faisant semblant d'être polis, ils
demandent : "Maître, il est plus facile de croire à ce que l'on voit. Donne-nous donc un signe pour que nous
puissions croire que tu es ce que tu dis être."

294
"Est-ce que vous vous rendez compte qu'en vous se trouve le péché contre l'Esprit Saint qui a indiqué à
plusieurs reprises que je suis le Verbe Incarné ? Verbe et Sauveur, venu au temps marqué, précédé et suivi
par des signes prophétiques, opérant ce que dit l'Esprit."

Ils répondent : "Nous croyons à l'Esprit, mais comment pouvons-nous croire en Toi si, de nos yeux, nous ne
voyons pas un signe ?"

"Comment alors pouvez-vous croire à l'esprit dont les actions sont spirituelles si vous ne croyez pas aux
miennes qui sont sensibles pour vos yeux ? Ma vie en est pleine. Cela ne suffit pas encore ? Non. Je réponds
Moi-même que non. Ce n'est pas suffisant. À cette génération adultère et perverse qui cherche un signe, il ne
sera donné qu'un signe : celui du prophète Jonas. En effet, comme Jonas est resté trois jours dans le ventre de
la baleine, ainsi le Fils de l'homme restera trois jours dans les entrailles de la terre. En vérité, je vous dis que
les Ninivites ressusciteront le jour du Jugement avec tous les hommes et ils se lèveront contre cette
génération et la condamneront. Car ils ont fait pénitence à la voix du prophète Jonas et vous pas. Et ici il y a
quelqu'un qui est plus que Jonas. Et ainsi ressuscitera et se dressera contre vous la Reine du Midi et elle vous
condamnera, parce qu'elle est venue des confins de la terre pour entendre la Sagesse de Salomon. Et ici, il y
a quelqu'un qui est plus que Salomon."

"Pourquoi dis-tu que cette génération est adultère et perverse ? Elle ne l'est pas plus que les autres. Il y a les
mêmes saints qu'il y avait dans les autres. La société d'Israël n'a pas changé. Tu nous offenses."

"C'est vous qui vous offensez de vous-mêmes en nuisant à vos âmes, car vous les éloignez de la Vérité, et du
Salut par conséquent. Mais je vais vous répondre quand même. Cette génération n'est sainte que dans ses
vêtements et son extérieur. Intérieurement elle n'est pas sainte. Il y a en Israël les mêmes noms pour
désigner1es mêmes choses, mais il n'y a pas la réalité des choses. Ce sont les mêmes coutumes, les mêmes
vêtements et les mêmes rites, mais il leur manque l'esprit. Vous êtes adultères parce que vous avez répudié le
mariage spirituel avec la Loi divine, et dans une seconde union adultère, vous avez épousé la loi de Satan.

295
Vous n'êtes circoncis que dans un membre caduc. Le cœur n'est plus circoncis. Et vous êtes mauvais parce
que vous vous êtes vendus au Mauvais. J'ai parlé."

"Tu nous offenses trop, mais pourquoi, s'il en est ainsi, ne délivres-tu pas Israël du démon pour qu'il
devienne saint ?"

"Israël en a-t-il la volonté ? Non. Ils l'ont, ces pauvres qui viennent pour être délivrés du démon parce qu'ils
le sentent en eux comme un fardeau et une honte. Vous vous ne ressentez pas cela. Et c'est inutilement que
vous en seriez délivrés, parce que, n'ayant pas la volonté de l'être, vous seriez tout de suite repris et d'une
manière encore plus forte. Quand un esprit immonde est sorti d'un homme, il erre dans des lieux arides pour
chercher du repos et ne le trouve pas. Notez qu'il ne s'agit pas de lieux matériellement arides. Ils sont arides
parce qu'ils lui sont hostiles en ne l'accueillant pas, comme la terre aride est hostile à la semence. Alors

il dit : "Je reviendrai à ma maison d'où j'ai été chassé de force et contre ma volonté. Et je suis certain qu'il
m‟accueillera et me donnera le repos." En effet, il revient vers celui qui lui appartenait et souvent il le trouve
disposé à l'accueillir parce que, je vous le dis en vérité, que l'homme a plutôt la nostalgie de Satan que celle
de Dieu, et si Satan ne s‟empare pas de ses membres par une autre possession, il se lamente. Il s'en va donc,
et il trouve la maison vide, balayée, ornée, parfumée par la pureté. Alors il va prendre sept autres démons
parce qu'il ne veut plus la perdre et, avec ces sept esprits pires que lui, il y entre et s'y établissent tous. Et ce
second état de quelqu'un qui s'est converti une première fois et qui s'est perverti une seconde fois est pire que
le premier. Car le démon peut apprécier à quel point cet homme est affectionné à Satan et ingrat envers Dieu
et parce qu'aussi Dieu ne revient pas là où on a piétiné ses grâces, et ceux qui ont déjà éprouvé une
possession rouvrent leurs bras à une possession plus forte. La rechute dans le satanisme est pire qu'une
rechute dans une phtisie mortelle déjà guérie une première fois. Elle n'est plus susceptible d'amélioration ni
de guéri- son. Ainsi en sera-t-il aussi de cette génération qui, convertie par le Baptiste, a voulu de nouveau
être pécheresse parce qu'elle est affectionnée au Mauvais et non pas à Moi."

Une rumeur qui ne vient pas d'une approbation ou d'une protestation court à travers la foule qui se presse
maintenant si nombreuse que la rue est pleine outre le jardin et la terrasse. Il y a des gens à cheval sur le

296
muret, d'autres qui sont sur le figuier du jardin et sur les arbres des jardins voisins, car tout le monde veut
entendre la discussion entre Jésus et ses ennemis. La rumeur, comme un flot qui arrive du large au rivage,
arrive de bouche en bouche jusqu'aux apôtres qui sont le plus près de Jésus, c'est-à-dire Pierre, Jean, le
Zélote et les fils d'Alphée. Les autres, en effet, sont les uns sur la terrasse, les autres dans la cuisine, sauf
Judas Iscariote qui est sur la route, parmi la foule.

Et Pierre, Jean, le Zélote et les fils d'Alphée saisissent cette rumeur et disent à Jésus : "Maître, il y a ta Mère
et tes frères. Ils sont là dehors, sur la route, et ils te cherchent car ils veulent te parler. Donne l'ordre à la
foule de s'écarter pour qu'ils puissent venir vers Toi, parce que c'est sûrement un motif important qui les a
amenés jusqu;ici pour te chercher."

Jésus lève la tête et voit, derrière les gens, le visage angoissé de sa Mère qui lutte pour ne pas pleurer
pendant que Joseph d'Alphée lui parle tout excité, et il voit les signes de dénégation de sa Mère, répétés,
énergiques, malgré l'insistance de Joseph. Il voit aussi le visage embarrassé de Simon (d‟Alphée) qui est
visiblement affligé, dégoûté... Mais Jésus ne sourit pas et ne donne pas d'ordre. Il laisse l'Affligée à sa
douleur et ses cousins là où ils sont.

Il abaisse les yeux sur la foule et, répondant aux apôtres qui sont près de Lui, il répond aussi à ceux qui sont
loin et qui essaient de faire valoir le sang plus que le devoir. "Qui est ma Mère ? Qui sont mes frères ?" Il
tourne son regard sévère, dans son visage qui pâlit à cause de la violence qu'il doit se faire pour placer le
devoir au-dessus de l'affection et du sang et pour désavouer le lien qui l'attache à la Mère, pour servir le Père
et il dit, en désignant d'un large geste la foule qui s'empresse autour de Lui, à la lumière rouge des torches et
à celle argentée de la lune presque pleine : "Voici ma mère et voici mes frères. Ceux qui font la volonté de
Dieu sont mes frères et mes sœurs, ils sont ma mère. Je n'en ai pas d'autres. Et les miens seront tels si les
premiers et avec une plus grande perfection que tous les autres ils feront la volonté de Dieu jusqu'au sacrifice
total de toute autre volonté ou voix du sang et des affections."

297
La foule fait entendre un murmure plus fort, comme celle d'une mer soudain soulevée par le vent.

Les scribes se mettent à fuir en disant : "C'est un possédé. Il renie jusqu'à son sang !"

Les parents avancent en disant : "C'est un fou ! Il torture jusqu'à sa Mère !"

Les apôtres disent : "En vérité cette parole est toute héroïsme !"

La foule dit : "Comme il nous aime !"

À grand-peine, Marie avec Joseph et Simon fendent la foule. Marie n'est que douceur, Joseph absolument
furieux, Simon embarrassé. Ils arrivent près de Jésus. Et Joseph l'attaque tout de suite : "Tu es fou ! Tu
offenses tout le monde. Tu ne respectes pas même ta Mère. Mais, maintenant, je suis ici, moi, et je t'en
empêcherai. Est-il vrai que tu vas comme ouvrier çà et là ? Et alors, si c'est vrai, pourquoi ne travailles-tu pas
dans ta boutique pour nourrir ta Mère ? Pourquoi mens-tu en disant que ton travail c'est la prédication,
paresseux et ingrat que tu es, si ensuite tu vas travailler pour de l'argent dans une maison étrangère ?
Vraiment, tu me sembles possédé par un démon qui te fait divaguer. Réponds !" Jésus se retourne et prend
par la main le petit Joseph, l'approche près de Lui et le lève en le prenant par dessous les bras et dit : "Mon
travail a été de donner à manger à cet innocent et à ses parents et de les persuader que Dieu est bon, Il a été
de prêcher à Corozaïn l'humilité et la charité. Et pas seulement à Corozaïn, mais aussi à toi, Joseph, frère
injuste. Mais Moi, je te pardonne parce que je sais que tu as été mordu par les dents de serpent. Et je te
pardonne aussi à toi, Simon inconstant. Je n'ai rien à pardonner à ma Mère ni à me faire pardonner par elle
parce qu'Elle juge avec justice. Que le monde fasse ce qu'il veut. Moi, je fais ce que Dieu veut et, avec la
bénédiction du Père et de ma Mère, je suis heureux plus que si le monde entier m'acclamait roi selon le
monde. Viens, Mère, ne pleure pas. Eux ne savent pas ce qu'ils font. Pardonne-leur."

"Oh ! mon Fils ! Je sais. Tu sais. Il n'y a rien d'autre à dire..."

"Il n'y a rien d'autre à dire aux gens que ceci : "Allez en paix."

Jésus bénit la foule puis, tenant Marie de la main droite et de la gauche l'enfant, il se dirige vers l'escalier et
le monte le premier.

298
Jésus et Béelzéboul

22 On lui présenta un homme


Aveugle et muet. Il le soigna, le muet
Parlait et voyait. 23 Et toutes les foules, hors d‟elles,
Disaient : “ Ne serait-il pas le fils de David ? ”
24 Or, en entendant cela, les Pharisiens dirent :
“ Mais c‟est par Béelzéboul, le chef des démons
Qu‟il chasse les démons ! ”

25 Il savait leurs pensées,


Il dit : “ *Tout royaume divisé contre lui-même
Se détruit, toute ville ou maison divisée
Contre elle-même ne tiendra pas. 26 Si le Satan chasse
Le Satan, il est donc divisé contre lui-même.

Comment se maintiendra son royaume ? 27 Et si moi,


Par Béelzéboul, je chasse les démons,
Vos fils, par qui les chassent dont-ils ? Voilà pourquoi
Eux seront vos juges. 28 Si c‟est par l‟Esprit de Dieu
Que je chasse les démons, le règne de Dieu
Est près de vous.

29 Ou bien, comment quelqu‟un peut-il


Entrer dans la maison de celui qui est fort
Et s‟emparer de ses affaires, s‟il n‟a d‟abord
Lié celui qui est fort ? Alors il mettra
Sa maison au pillage.

299
30 “ Qui n‟est pas avec moi
Est contre moi, qui n‟amasse pas avec moi
Disperse. 31 C‟est pourquoi je vous dis que tout péché
Ou blasphème sera remis aux hommes, le blasphème
Contre l‟Esprit ne sera pas remis.

31 Celui
Qui dit une parole contre le Fils de l‟homme,
Elle lui sera remise, celui qui en dit une
Contre l‟Esprit saint, elle ne lui sera remise
Ni dans cet âge-ci ni dans l‟autre.

* Il leur dit.

Les paroles font juges du cœur

33 Ou bien faites
L‟arbre bon et son fruit sera bon ; ou bien faites
L‟arbre pourri et son fruit sera pourri. Au
Fruit, on reconnaît l‟arbre.

34 Comment pouvez-vous dire


De bonnes choses * engeance de vipères, mauvais
Que vous êtes ? Ce que dit la bouche vient du trop plein
Du cœur.

35 Ainsi l‟homme bon de son bon trésor,


Tire du bon ; l‟homme mauvais, de son mauvais
Trésor, tire du mauvais.

300
36 Or, je vous le dis,
Toute parole oiseuse que les hommes auront
Dites, ils en rendront compte au jour du Jugement ;
37 Ainsi par tes paroles tu seras justifié,
Par tes paroles, tu seras condamné. ”

Le signe de Jonas

38 Alors
Quelques uns des scribes et des Pharisiens lui dirent
À part : “ Nous voudrions voir un signe de toi,
Maître. ”

39 Il leur répondit : “ Une génération


Mauvaise et adultère recherche un signe ! … De signe,
Il ne lui en sera donc pas donné, sinon
Celui du prophète Jonas. 40 De même, en effet,
Que Jonas a été dans le ventre du monstre
Trois jours et trois nuits, le Fils de l‟homme dans le cœur
De la terre sera trois jours et trois nuits.

41 Alors
Les hommes de Ninive, lors de ce Jugement
Se dresseront avec cette génération,
Ils la condamneront, car ils se repentirent
À la proclamation de Jonas ; il y a
Ici plus que Jonas !

42 La Reine du Midi
Se lèvera, lors de ce Jugement, avec

301
Cette génération, elle la condamnera
Car elle est venue pour écouter la sagesse
De Salomon, des extrémités de la terre ;
Il y a ici plus que Salomon !*

Retour offensif de l’esprit immonde

43 Ainsi
Lorsque l‟esprit impur sort de l‟homme, il parcourt
Des lieux arides à la recherche du repos
Et n‟en trouve pas.

44 Il dit : “ Je retournerai
Dans ma maison d‟où je suis sorti ”. Quand il vient,
Il la trouve vacante, balayée et en ordre.
45 Or il va prendre avec lui sept autres esprits
Plus mauvais que lui, puis ils viennent habiter là,
Et le dernier état de cet homme devient pire
Que le premier. Il en sera également
De cette génération mauvaise ! ”

La vraie parenté de Jésus

46 Il parlait
Encore aux foules, voilà que sa mère et ses frères
Étaient dehors, cherchant à lui parler.

47 Quelqu‟un
Lui dit ceci : “ Voilà que ta mère et tes frères
Sont dehors et cherchent à te parler. ”

302
48 A celui
Qui le lui disait, il répondit : “ Mais qui est
Ma mère ? Et qui sont mes frères ? ” 49 Et tendant la main
Vers ses disciples, il dit ceci : “ Voilà ma mère
Et mes frères ! Car celui qui fait la volonté
De mon Père qui est dans les cieux, c‟est lui qui est
Mon frère, et ma sœur, et ma mère. ”

303
La mort de Jean-Baptiste

Jésus est en train de guérir des malades, sans autre assistance que celle de Manaën. Ils sont dans la maison
de Capharnaüm, dans le jardin ombragé à cette heure matinale. Manaën n'a plus de précieuse ceinture ni de
lame d'or au front. Son vêtement est retenu serré par un cordon de laine et son couvre-chef par une bande
étroite de toile. Jésus est tête nue comme toujours quand il est à la maison.

Après avoir fini de guérir et de consoler les malades, Jésus monte avec Manaën dans la chambre du haut et
ils s'assoient tous les deux sur Je bord de la fenêtre qui regarde la colline, parce que le côté du lac est tout
inondé par le soleil, encore bien chaud bien que la canicule soit passée depuis quelque temps.

"D'ici peu les vendanges vont commencer." dit Manaën,

"Oui, et puis les Tabernacles vont arriver et l'hiver sera vite là, Toi, quand comptes-tu partir ?"

"Hum !... Moi je ne partirais jamais... Mais je pense au Baptiste, Hérode est un faible. Quand on a su
l'influencer en bien, il ne devient pas bon, il reste au moins… non sanguinaire. Mais peu nombreux sont ceux
qui lui donnent de bons conseils. Et cette femme !… Cette femme !… Mais je voudrais rester ici jusqu'au
retour de tes apôtres. Non pas que je présume beaucoup de moi… mais je vaux encore quelque chose… bien
que mon crédit soit très diminué depuis qu'ils ont compris que je suis les chemins du Bien. Mais cela ne
m'importe pas. Je voudrais avoir le vrai courage de tout abandonner pour te suivre complètement, comme
ces disciples que tu attends, Mais y réussirai-je jamais ? Nous qui ne sommes pas du peuple, nous hésitons
davantage à te suivre, pourquoi ?"

"Parce que pour vous retenir, vous avez les tentacules des pauvres richesses."

"À vrai dire je sais aussi que certains qui ne sont pas riches, à proprement parler, mais savants ou en passe de
le devenir, eux aussi ne viennent pas."

304
"Eux aussi ont les tentacules des pauvres richesses qui les retiennent. On n'est pas riche seulement d'argent.
Il y a aussi la richesse du savoir. Peu de gens arrivent à reconnaître comme Salomon : "Vanité des vanités.
Tout n'est que vanité", reprise et amplifiée non seulement matériellement mais en profondeur dans le
Cioelet. As-tu cette pensée présente à l'esprit ? La science humaine est vanité, car augmenter seulement le
savoir humain "c'est fatigue et affliction de l'esprit et qui développe la science développe aussi les ennuis."
En vérité je te dis qu'il en est ainsi, Et je dis aussi qu'il n'en serait pas ainsi si la science humaine était
soutenue et consolidée par la sagesse surnaturelle et le saint amour de Dieu. Le plaisir est vanité parce qu'il
ne dure pas, mais se dissipe rapidement après avoir brûlé en laissant cendres et vide, les biens accumulés par
des industries variées sont vanité pour l'homme qui meurt et qui les laisse à d'autres et qu'avec ses biens il ne
peut repousser la mort. La femme, vue en tant que femme et désirée comme telle, est vanité. On en conclut
que l'unique chose qui ne soit pas vanité, c'est la sainte crainte de Dieu et l'obéissance à ses commandements,
c'est-à-dire la sagesse de l'homme qui n'est pas seulement chair mais possède la seconde nature : la
spirituelle. Qui sait conclure ainsi et vouloir, sait se détacher de tout tentacule de pauvre possession et aller
librement à la rencontre du Soleil.

"Je veux me rappeler ces paroles. Combien tu m'as donné en ces jours ! Maintenant je peux aller dans les
laideurs de la Cour, qui ne paraît lumineuse qu'aux sots, qui paraît puissante et libre et n'est que misère,
prison et ténèbre, et y aller avec un trésor qui me permettra d'y vivre mieux en attendant le mieux. Mais
arriverai-je jamais à ce mieux qui consiste à t'appartenir totalement ?"

"Tu y arriveras."

"Quand ? L'an prochain ? Ou plus tard ? Ou quand la vieillesse me rendra sage ?"

"Tu y arriveras en atteignant la maturité d'esprit et la perfection du vouloir dans le déroulement de quelques
heures."

Manaën le regard pensif, interrogateur... Mais il ne demande pas autre chose.

Un silence. Puis Jésus dit : "As-tu jamais approché Lazare de Béthanie ?"

305
"Non, Maître. Je peux dire que non. Que s'il y a eu quelque rencontre, cela ne peut s'appeler amitié. Tu sais...
Hérode avec moi, et Hérode contre lui... Donc..."

"Lazare maintenant te verrait au-delà des choses, en Dieu. Tu dois chercher à t'en approcher comme
condisciple."

"Je le ferai, si tu le veux..."

Des voix de gens agités se font entendre dans1e jardin. Ils demandent avec anxiété : "Le Maître ! Le Maître !
Est-il ici ?"

La voix chantante de la maîtresse de maison leur répond : "Il est dans la chambre du haut. Qui êtes-vous ?
Des malades ?"

"Non, des disciples de Jean et nous voulons Jésus de Nazareth."

Jésus se présente à la fenêtre en disant : "La paix soit à vous... Oh ! C'est vous ? Venez ! Venez !"

Ce sont les trois bergers : Jean, Matthias et Siméon. "Oh! Maître !" disent-ils en levant la tête et en montrant
un visage affligé. Même la vue de Jésus ne les rassérène pas.

Jésus quitte la pièce en allant à leur rencontre sur la terrasse. Manaën le suit. Ils se rencontrent justement là
où l'escalier débouche sur la terrasse ensoleillée.

Les trois s'agenouillent en baisant le sol. Et puis Jean dit, au nom de tous : "C'est l'heure de nous recueillir,
Seigneur, parce que nous sommes ton héritage" et des larmes descendent sur le visage du disciple et de ses
compagnons.

Jésus et Manaën poussent un seul cri : "Jean !?"

306
"On l'a tué..."

La parole tombe comme si c'était un énorme fracas qui couvre toute rumeur du monde. Et pourtant elle a été
dite très doucement. Mais elle pétrifie celui qui la dit et ceux qui l'entendent. Il semble que la terre, pour la
recueillir et pour frémir d'horreur, suspende toute rumeur tant il y a un moment de silence profond et de
profonde immobilité chez les animaux, dans les frondaisons, dans l'air. Suspendu le roucoulement des
colombes, coupée la flûte d'un merle, rendu muet le chœur des passereaux, et comme si s'était brisé tout d'un
coup son organe, une cigale qui stridule se tait à l'improviste pendant que s'arrête le vent qui caressait les
pampres et les feuilles, en faisant un bruit qui imite le froissement de la soie et le grincement des pieux.

Jésus devient d'une pâleur d'ivoire alors que ses yeux se dilatent en s'humectant de larmes. Il ouvre les bras
en parlant, et sa voix est profonde par l'effort qu'il fait pour la rendre assurée : "Paix au martyr de la justice et
à mon Précurseur." Puis il croise les bras et recueille son esprit et certainement il prie, en s'unissant à l'Esprit
de Dieu et à celui du Baptiste.

Manaën n'ose pas faire un geste. Au contraire de Jésus, il a vivement rougi et il a eu un mouvement de
colère. Puis il s'est raidi, et tout son trouble se manifeste par le mouvement mécanique de sa main droite qui
tiraille le cordon de son vêtement et de sa main gauche qui, involontairement, cherche le poignard... et
Manaën secoue la tête en se plaignant de la faiblesse de son esprit qui ne se souvient pas qu'il s'est désarmé
pour être "le disciple de Celui qui est doux, auprès de Celui qui est doux."

Jésus rouvre sa bouche et ses yeux. Son visage, son regard, sa voix ont repris la majesté divine qui Lui est
habituelle. Il ne Lui reste qu'une tristesse grave que tempère la paix. "Venez. Vous allez me raconter. À
partir d'aujourd'hui vous êtes miens."

Et il les conduit dans la pièce dont il ferme la porte laissant les rideaux à demi-fermés pour tempérer la
lumière et créer une atmosphère de recueillement autour de leur douleur et de la beauté de la mort du

307
Baptiste, pour mettre une séparation entre cette perfection de vie et le monde corrompu. "Parlez" commande-
t-il.

Manaën semble pétrifié. Il est près du groupe mais ne dit pas un mot. "C'était le soir de la fête... L'événement
était imprévisible... Deux heures seulement auparavant, Hérode s'était entretenu avec Jean et l'avait congédié
avec bienveillance... Et peu, peu avant qu'arrivât... l'homicide, le martyre, le crime, la glorification, il avait
envoyé au prisonnier un serviteur avec des fruits glacés et des vins rares. Jean nous avait distribué ces
choses... Lui n'a jamais changé son austérité... Il n'y avait que nous parce que, grâce à Manaën, nous étions
au palais pour servir aux cuisines et aux écuries. Et c'était une faveur qui nous permettait de voir toujours
notre Jean... Nous étions aux cuisines, Jean et moi, pendant que Siméon surveillait les serviteurs de l'écurie
pour qu'ils traitassent avec soin les montures des hôtes... Le palais était plein de grands, de chefs militaires et
de seigneurs de Galilée. Hérodiade s'était enfermée dans ses appartements à la suite d'une violente scène
entre elle et Hérode, survenue le matin..."

Manaën interrompt : "Mais quand la hyène est-elle venue ?"

"Deux jours avant. On ne l'attendait pas... Elle avait dit au monarque qu'elle ne pouvait vivre loin de lui et
être absente le jour de sa fête. Vipère et magicienne comme toujours, elle avait fait d'Hérode un jouet... Mais
le matin de ce jour Hérode, bien que déjà ivre de vin et de luxure, avait refusé d'accorder à la femme ce
qu'elle demandait à grands cris... Et personne ne pensait que c'était la vie de Jean !...

Elle était restée dans ses appartements, dédaigneuse. Elle avait renvoyé les mets royaux envoyés par Hérode
dans de la vaisselle précieuse. Elle avait gardé seulement un plateau précieux plein de fruits, et en échange
elle avait donné pour Hérode une amphore de vin drogué,.. Drogué... Ah ! Ivre comme il l'était, sa nature
vicieuse suffisait bien pour le pousser au crime !

Par ceux qui faisaient le service de la table nous avons su, qu'après la danse des mimes de la cour ou plutôt
au milieu, Salomé avait fait irruption en dansant dans la salle du banquet, et les mimes, devant la princesse,

308
s'étaient plaquées contre les murs. La danse était parfaite, nous a-t-on dit, lubrique et parfaite. Digne des
hôtes... Hérode... Oh ! peut-être un nouveau désir d'inceste fermentait en son intérieur !... Hérode, à la fin de
cette danse dit, enthousiasmé, à Salomé : "Tu as bien dansé ! Je jure que tu as mérité une récompense. Je jure
que je te la donnerai. Je jure que je te donnerai tout ce que tu peux me demander. Je le jure en présence de
tous. Et une parole de roi est fidèle, même sans serments. Demande donc ce que tu veux."

Et Salomé, feignant l'embarras, l'innocence et la modestie, s'enveloppant de ses voiles, avec une moue
pudique, après tant d'impudicité, dit : "Permets-moi. ô grand, de réfléchir un moment. Je vais me retirer et
puis je reviendrai, parce que ta faveur m'a troublée"... et elle se retira pour aller trouver sa mère.

Selma m'a dit qu'elle entra en riant et en disant : "Mère, tu as gagné. Donne-moi le plateau." Hérodiade, avec
un cri de triomphe, ordonna à l'esclave de remettre à sa fille le plateau qu'elle avait conservé auparavant, en
disant : "Va, et reviens avec la tête haïe et je t'habillerai de perles et d'or." Et Selma, horrifiée, obéit...

Salomé rentra en dansant dans la salle et, en dansant, alla se prosterner aux pieds du roi, Elle dit : "Sur ce
plateau que tu as envoyé à ma mère, pour marquer que tu l'aimes et que tu m'aimes, je veux la tête de Jean.
Et puis je danserai encore, puisque cela te plaît tant. Je danserai la danse de la victoire parce que j'ai vaincu !
Je t'ai vaincu, roi ! J'ai vaincu la vie et je suis heureuse !" Voilà ce qu'elle a dit et que nous a répété un
échanson ami.

Et Hérode se troubla, pris entre deux décisions : être fidèle à sa parole, être juste. Mais il ne sut pas être
juste, car c'est un injuste. Il fit signe au bourreau qui était derrière le siège royal, et celui-ci, ayant pris des
mains de Salomé le plateau qu'elle présentait, descendit de la salle du festin vers les pièces du bas. Nous le
vîmes, Jean et moi, traverser la cour... et peu après nous entendîmes le cri de Siméon : "Assassins !" et puis
nous le vîmes repasser avec la tête sur le plateau... Jean, ton Précurseur était mort..."

309
"Siméon, peux-tu me dire comment il est mort ?" demande Jésus après un moment.

"Oui. Il était en prière... Il m'avait dit auparavant : "D'ici peu les deux envoyés vont revenir et ceux qui ne
croient pas croiront. Mais, cependant, rappelle-toi que si je ne vivais plus à leur retour, comme quelqu'un qui
est près de la mort, je te dis encore pour que tu le leur redises : 'Jésus de Nazareth est le vrai Messie'. " Il
pensait toujours à Toi... Le bourreau entra. Je criai à haute voix. Jean leva la tête et le vit, Il se leva et dit :
"Tu ne peux que m'enlever la vie. Mais la vérité qui dure, c'est qu'il n'est pas permis de faire le mal." Et il
allait me dire quelque chose quand le bourreau fit tournoyer sa lourde épée, pendant que Jean était debout, et
la tête tomba du buste avec un grand flot de sang qui rougit sa peau de chèvre et rendit blanc comme de la
cire le visage maigre où les yeux restèrent vivants, ouverts, accusateurs. Elle roula à mes pieds... Je tombai
en même temps que son corps, évanoui par le trop de douleur... Après... après… Après qu'Hérodiade l'eut
lacérée, la tête fut jetée aux chiens. Mais nous la recueillîmes promptement et nous l'attachâmes avec le tronc
dans un voile précieux. De nuit nous avons recomposé le corps et nous l'avons transporté hors de
Machéronte. Nous l'avons embaumé dans un bosquet d'acacias tout près de là dès le lever du soleil avec
l'aide d'autres disciples... Mais il fut encore pris pour être de nouveau lacéré. Car elle ne peut le détruire et
elle ne peut lui pardonner... Et ses esclaves, craignant d'être mis à mort, ont été plus féroces que des chacals
pour nous enlever cette tête. Si tu avais été là, Manaën..."

"Si j'y avais été... Mais c'est sa malédiction, cette tête... Cela n'enlève rien à la gloire du Précurseur même si
le corps est incomplet. N'est-ce pas, Maître ?"

"C'est vrai. Même si les chiens l'avaient détruit, sa gloire n'aurait pas changé."

"Et sa parole n'a pas changé, Maître. Ses yeux, bien que blessés, lacérés, disent encore : "Cela ne t'est pas
permis." Mais nous l'avons perdu !" dit Mathias.

"Et maintenant nous sommes à Toi, parce que c'est ce que lui a dit, en disant aussi que tu le sais déjà."

"Oui. Depuis des mois vous m'appartenez. Comment êtes-vous venus ?"

310
"À pied, par étapes. Long, pénible le chemin, sous le soleil brûlant et parmi les sables brûlants, encore plus
brûlant par la douleur. Il y a environ vingt jours que nous marchons..."

"Maintenant vous allez vous reposer."

Manaën demande : "Dites : est-ce que Hérode ne s'est pas étonné de mon absence ?"

"Si. Il a été d'abord inquiet, puis furieux mais passée sa fureur, il a dit : "Un juge de moins." C'est ce que
nous a rapporté l'échanson ami."

Jésus dit : "Un juge de moins ! Il a Dieu pour juge et cela lui suffit. Venez où nous dormons. Vous êtes
fatigués et poussiéreux, vous trouverez des vêtements et des sandales de vos compagnons. Prenez-les,
changez-vous. Ce qui appartient à l'un, appartient à tous. Toi, Mathias, qui es grand, tu peux prendre l‟un de
mes vêtements. Puis nous pourvoirons. Dans la soirée, puisque c'est la veille du sabbat, mes apôtres
viendront. La semaine prochaine Isaac viendra avec ses disciples, puis viendront Benjamin et Daniel, après
les Tabernacles, Élie, Joseph et Lévi viendront aussi. Il est temps qu'aux douze s'unissent les autres. Allez
maintenant vous reposer."

Manaën les accompagne et puis revient. Jésus reste avec Manaën. Il s'assied, pensif, visiblement attristé, la
tête inclinée sur la main, le coude appuyé sur le genou pour le soutenir. Manaën est assis près de la table et
ne bouge pas. Mais il est sombre. Son visage est une tempête.

Longtemps après, Jésus lève la tête, le regarde et demande : "Et toi ? Que vas-tu faire maintenant ?"

"Je ne le sais pas encore... Le projet de rester à Machéronte est fini. Mais je voudrais encore rester près de la
cour, pour savoir... et ainsi pouvoir te protéger."

"Il te conviendrait mieux de me suivre sans atermoiement. Mais je ne te force pas. Tu viendras quand sera
détruit, molécule après molécule, le vieux Manaën."

311
"Je voudrais aussi enlever cette tête à cette femme. Elle n'est pas digne de la posséder..."

Jésus esquisse un pâle sourire et dit franchement : "Et puis, tu n'es pas encore mort aux richesses humaines,
mais tu m'es quand même cher. Je sais que je ne te perds pas, même si j'attends. Je sais attendre..."

"Maître, je voudrais te donner ma générosité pour te consoler... parce que tu souffres. Je le vois."

"C'est vrai. Je souffre. Beaucoup ! Beaucoup !..."

"Seulement pour Jean ? Je ne crois pas. Tu le sais en paix."

"Je le sais en paix et je le sens tout près."

"Et alors ?"

"Et alors !... Manaën, qu'est-ce que l'aube précède ?"

"Le jour, Maître. Pourquoi le demandes-tu ?"

"Parce que la mort de Jean précède le jour où je serai le Rédempteur. Et ce qu'il y a d'humain en Moi frémit à
cette pensée... Manaën, je vais sur la colline. Toi reste pour recevoir ceux qui viennent, pour secourir ceux
qui sont déjà venus. Reste jusqu'à mon retour. Puis... tu feras ce que tu voudras. Adieu."

Et Jésus quitte la pièce. Il descend doucement l'escalier, traverse le jardinet, par derrière, il prend un sentier
au milieu des jardins abandonnés et des vergers d'oliviers, de pommiers, de vignes et de figuiers. Il remonte
la pente d'une petite colline d'où il disparaît à ma vue.

312
Exécution de Jean le Baptiste

3 Hérode avait arrêté Jean,


Il l‟avait fait enchaîner et emprisonner
À cause d‟Hérodiade, la femme de Philippe,
Son frère ; 4 car Jean lui disait : “ Tu n‟as pas le droit
De l‟avoir. ” 5 Pourtant tout en voulant le tuer,
Il craignait la foule qui tenait pour un prophète
Jean.

6 Quand ce fut l‟anniversaire d‟Hérode, la fille


d‟Hérodiade dansa en public et elle plut
À Hérode. 7 Alors il jura de lui donner
Ce qu‟elle demanderait.

8 Elle, poussée par sa mère :


“ Donne-moi, dit-elle la tête de Jean
Le Baptiste sur un plat ”. 9 Bien qu‟attristé, le roi
À cause des serments et des convives donna
L‟ordre qu‟on la lui donne. 10 Alors il envoya
Décapiter Jean dans sa prison, 11 et la tête
Fut décapitée sur le plat(eau) à la fillette
Qui l‟apporta à sa mère. 12 Alors s‟avançant
Ses disciples prirent le corps et l‟ensevelirent,
Puis ils vinrent informer Jésus.

313
La première multiplication des pains

C'est toujours le même endroit. Seulement le soleil ne vient plus de l'orient en filtrant à travers le fourré qui
borde le Jourdain en ce lieu sauvage près de l'endroit où les eaux du lac débouchent dans le lit du fleuve,
mais il arrive, pareillement oblique, du couchant, pendant qu'il descend dans une gloire de rouge, en rayant
le ciel de ses derniers rayons. Et sous l'épais feuillage, la lumière est très adoucie et tend vers les teintes
paisibles du soir. Les oiseaux, enivrés du soleil qu'ils ont eu tout le jour, de la nourriture abondante qu'ils ont
prise dans les campagnes voisines, se livrent à une bacchanale de trilles et de chants au sommet des arbres.
Le soir tombe avec les pompes finales de la journée. Les apôtres le font remarquer à Jésus qui donne
toujours son enseignement d'après les exemples qui se présentent à Lui.

"Maître, le soir approche, l'endroit est désert, éloigné des maisons et des villages, ombreux et humide. Sous
peu, ici il ne sera plus possible de nous voir ni de marcher. La lune se lève tard. Renvoie le peuple pour qu'il
aille à Tarichée ou aux villages du Jourdain pour acheter de la nourriture et chercher un logement."

"Il n'est pas nécessaire qu'ils s'en aillent. Donnez-leur à manger, ils peuvent dormir ici comme ils ont dormi
en m'attendant."

"Il ne nous reste que cinq pains et deux poissons, Maître, tu le sais."

"Apportez-les-moi."

"André, va chercher l'enfant. C'est lui qui garde la bourse. Il y a peu de temps il était avec le fils du scribe et
deux autres, occupé à se faire des couronnes de fleurs en jouant au roi." André y va vivement et aussi Jean et
Philippe se mettent à chercher Margziam dans la foule toujours en déplacement. Ils le trouvent presque en
même temps, avec son sac de vivres en bandoulière, un long sarment de clématite enroulé autour de la tête et
une ceinture de clématite de laquelle pend, en guise d'épée, une massette dont la garde est la massette

314
proprement dite, la lame sa tige. Avec lui, il y en a sept autres pareillement chamarrés, et ils font un cortège
au fils du scribe, un enfant très grêle, avec l‟œil très sérieux de qui a tant souffert qui, plus fleuri que les
autres, tient le rôle de roi.

"Viens, Margziam. Le Maître te demande !"

Margziam plante là ses amis et s'en va rapidement, sans même enlever ses... ornements floraux, mais les
autres le suivent aussi et Jésus est vite entouré d'une couronne d'enfants enguirlandés. Il les caresse pendant
que Philippe sort du sac un paquet avec du pain, au milieu duquel sont enveloppés deux gros poissons : deux
kilos de poissons, un peu plus. Insuffisants même pour les dix-sept, ou plutôt les dix-huit avec Manaën, de la
troupe de Jésus. On apporte ces vivres au Maître.

"C'est bien. Maintenant apportez-moi des paniers. Dix-sept, un pour chacun. Margziam donnera la nourriture
aux enfants ..."

Jésus regarde fixement le scribe qui est toujours resté près de Lui et lui demande : "Veux-tu donner, toi
aussi, la nourriture aux affamés ?"

"Cela me plairait, mais moi aussi j'en suis démuni."

"Donne la mienne. Je te le permets."

"Mais... tu as l'intention de rassasier presque cinq mille hommes, et en plus les femmes et les enfants, avec
ces deux poissons et ces cinq pains ?"

"Sans aucun doute. Ne sois pas incrédule. Celui qui croit, verra s'accomplir le miracle."

"Oh ! alors, je veux bien distribuer la nourriture, moi aussi !"

"Alors, fais-toi donner un panier, toi aussi."

Les apôtres reviennent avec des paniers et des corbeilles larges et peu profonds, ou bien profonds et étroits.
Et le scribe revient avec un panier plutôt petit. On se rend compte que sa foi ou son manque de foi lui a fait
l‟a fait choisir comme le plus grand possible.

315
"C'est bien. Mettez tout ici devant et faites asseoir les foules en ordre, en rangs réguliers, autant que
possible."

Et pendant cette opération, Jésus élève les pains avec les poissons par-dessus, les offre, prie et bénit. Le
scribe ne le quitte pas un instant des yeux. Puis, Jésus rompt les cinq pains en dix-huit parts et de même les
deux poissons en dix-huit parts. Il met un morceau de poisson, un bien petit morceau, dans chaque panier et
fait des bouchées avec les dix-huit morceaux de pain. Chaque morceau en plusieurs bouchées. Elles sont
nombreuses relativement : une vingtaine, pas plus. Chaque morceau est placé dans un panier, après avoir été
fragmenté, avec le poisson.

"Et maintenant prenez et donnez à satiété. Allez. Va, Margziam, le donner à tes compagnons."

"Oh ! comme c'est lourd !" dit Margziam en soulevant son panier et en allant tout de suite vers ses petits
amis. Il marche comme s'il portait un fardeau.

Les apôtres, les disciples, Manaën, le scribe le regardent partir ne sachant que penser... Puis ils prennent les
paniers, et en secouant la tête, se disent l'un à l'autre : "Le gamin plaisante ! Ce n'est pas plus lourd qu'avant."
Le scribe regarde aussi à l'intérieur et met la main pour tâter au fond du panier parce qu'il n'y a plus
beaucoup de lumière, là, sous le couvert où Jésus se trouve, alors que plus loin, dans la clairière, il fait
encore assez clair. Mais pourtant, malgré la constatation, ils vont vers les gens et commencent la
distribution. Ils donnent, ils donnent, ils donnent. Et de temps à autre, ils se retournent, étonnés, de plus en
plus loin, vers Jésus qui, les bras croisés, adossé à un arbre, sourit finement de leur stupeur.

La distribution est longue et abondante... Le seul qui ne manifeste pas d'étonnement c'est Margziam qui rit,
heureux de remplir de pain et de poisson les mains de tant de pauvres enfants. Il est aussi le premier à revenir
vers Jésus, en disant : "J'ai tant donné, tant, tant !... car je sais ce que c'est que la faim ..." et il lève son visage
qui n'est plus émacié qu'en un souvenir maintenant disparu cependant il pâlit, en écarquillant les yeux... Mais
Jésus le caresse et le sourire revient, lumineux, sur ce visage enfantin qui, confiant, s'appuie contre Jésus,

316
son Maître et Protecteur.

Tout doucement les apôtres et les disciples reviennent, rendus muets par la stupeur. Le dernier, le scribe qui
ne dit rien. Mais il fait un geste qui est plus qu'un discours : il s'agenouille et baise la frange du vêtement de
Jésus.

"Prenez votre part, et donnez-m'en un peu. Mangeons la nourriture de Dieu."

Ils mangent en effet du pain et du poisson, chacun selon son appétit... Pendant ce temps, les gens, rassasiés,
échangent leurs impressions. Même ceux qui sont autour de Jésus se risquent à parler en regardant Margziam
qui, en finissant son poisson, plaisante avec les autres enfants.

"Maître, demande le scribe, pourquoi l'enfant a-t-il tout de suite senti le poids, et nous pas ? J'ai même fouillé
à l'intérieur. Il n'y avait toujours que ces quelques bouchées de pain et cet unique morceau de poisson. J'ai
commencé à sentir le poids en allant vers la foule, mais si cela avait pesé pour la quantité que j'ai donné, il
aurait fallu un couple de mulets pour le transport, non plus le panier, mais un char complet chargé de
nourriture. Au début, j'y allais doucement... puis je me suis mis à donner, à donner, et pour ne pas être
injuste, je suis revenu vers les premiers en faisant une nouvelle distribution parce qu'aux premiers j'avais
donné peu de chose. Et pourtant, il y en a eu assez."

"Moi aussi, j'ai senti que le panier devenait lourd pendant que j'avançais, et tout de suite j'ai donné
abondamment, car j'ai compris que tu avais fait un miracle." dit Jean.

"Moi, au contraire, je me suis arrêté et me suis assis, pour renverser sur mon vêtement le fardeau et me
rendre compte... Alors j'ai vu des pains et des pains, et j'y suis allé." dit Manaën.

"Moi, je les ai même compté pour ne pas faire piètre figure. Il y avait cinquante petits pains. Je me suis dit :
"Je vais les donner à cinquante personnes, et puis je reviendrai." Et j'ai compté. Mais, arrivé à cinquante, il y
avait toujours le même poids. J'ai regardé à l'intérieur. Il y en avait encore tant. Je suis allé de l'avant et j'en ai

317
donné par centaine. Mais cela ne diminuait jamais." dit Barthélemy.

"Moi, je le reconnais, je n'y croyais pas. J'ai pris dans mes mains les bouchées de pain et ce petit morceau de
poisson et je les regardais en disant : "À quoi cela va servir ? Jésus a voulu plaisanter !..." et je les regardais, je
les regardais, restant caché derrière un arbre, espérant et désespérant de les voir croître. Mais c'était toujours la
même chose. J'allais revenir quand Mathieu est passé et m'a dit : "Tu as vu comme ils sont

beaux ?"

"Quoi ?" ai-je dit.

"Mais les pains et les poissons !... "

"Tu es fou ? Moi, je vois toujours des morceaux de pain."

"Va les distribuer avec foi, et tu verras. J‟ai jeté dans le panier ces quelques bouchées et je suis allé avec
réticence… Et puis… pardonne-moi, Jésus car je suis pécheur !", dit Thomas.

"Non, tu es un esprit du monde. Tu raisonnes comme les gens du monde."

"Moi aussi, Seigneur, alors", dit l‟Iscariote. "Au point que j‟ai pensé donner une pièce avec le pain en
pensant : "Ils mangeront ailleurs." J‟espérais t‟aider à faire meilleure figure. Que suis-je donc, moi ? Comme
Thomas ou davantage ?"

"Bien plus que Thomas, tu es "monde."

"Mais pourtant j‟ai pensé faire l‟aumône pour être Ciel ! C‟étaient mes deniers à moi…"

"Aumône à toi-même et à ton orgueil et non pas à Dieu. Ce dernier n‟en a pas besoin et l‟aumône à ton
orgueil est une faute, pas un mérite."

Judas baisse la tête et se tait.

"Moi de mon côté, dit Simon le Zélote, je pensais que cette bouchée de poisson, ces bouchées de pain, il me
318
fallait les fragmenter pour qu‟elles suffisent. Mais je ne doutais pas qu‟elles auraient suffit pour le nombre et
la valeur nutritive. Une goutte d‟eau, donnée par Toi, peut être plus nourrissante qu‟un banquet."

"Et vous, que pensiez-vous ?" demande Pierre aux cousins de Jésus.

"Nous nous rappelions Cana… et nous ne doutions pas" dit sérieusement Jude.

"Et toi, Jacques, mon frère, tu n‟as pensé qu‟à cela ?"

"Non. J‟ai pensé que c‟était un sacrement. Comme tu m‟en as parlé… Est-ce ainsi ou je me trompe ?"

Jésus sourit : "Oui et non. À la vérité de la puissance d‟une goutte d‟eau, exprimée par Simon, il faut ajouter
ta pensée pour une figure lointaine. Mais ce n‟est pas encore un sacrement."

Le scribe garde une croûte entre ses doigts.

"Qu‟en fais-tu ?"

"Un… souvenir."

"Je la garde moi aussi. Je la mettrai au cou de Margziam dans un sachet.", dit Pierre.

"Moi, je la porterai à notre mère." dit Jean.

"Et nous ? Nous avons tout mangé…" disent les autres, mortifiés.

"Levez-vous. Faites de nouveau le tour avec les paniers, recueillez les restes. Séparez les gens les plus
pauvres d‟avec les autres et amenez-les-moi ici, avec les paniers. Et puis vous, mes disciples, allez tous vers
les barques et prenez le large pour aller à la plaine de Génésareth. Je vais congédier les gens après avoir fait
une distribution aux plus pauvres et puis je vous rejoindrai."

Les apôtres obéissent... et reviennent avec douze paniers combles de restes, et suivis d'une trentaine de
mendiants ou de personnes très misérables.

"C'est bien. Allez."

319
Les apôtres et ceux de Jean saluent Manaën et s'en vont avec un peu de regret de quitter Jésus. Mais ils
obéissent. Manaën attend, pour quitter Jésus, que la foule, aux dernières lueurs du jour, s'en aille vers les
villages ou cherche une place pour dormir parmi les joncs hauts et secs. Puis il fait ses adieux. Avant lui s'en
est allé le scribe, un des premiers même, parce que, avec son petit garçon, il a suivi les apôtres.

Lorsque tout le monde est parti ou s'est endormi, Jésus se lève, bénit les dormeurs et à pas lents se dirige vers
le lac, vers la péninsule de Tarichée élevée de quelques mètres comme si c'était une avancée de colline dans
le lac. Lorsqu'il en a rejoint le pied, sans entrer dans la ville, mais en la côtoyant, il gravit le monticule et
s'installe sur un rocher, pour prier, face à l'azur et à la blancheur du clair de lune dans la nuit sereine.

320
Première multiplication des pains

13 L‟ayant appris
Jésus se retira en bateau vers un lieu
Désert, à l‟écart. Mais les foules l‟apprirent, à pied
Depuis les villes, elles le suivirent. 14 En débarquant
Il vit une foule nombreuse, il eut pitié
D‟eux et guérit leurs infirmes.

15 Or, le soir venu,


Les disciples s‟approchèrent et lui dirent ceci :
“ Le lieu est désert, et l‟heure est passée, renvoie
Les foules pour qu‟elles s‟en aillent dans les bourgs acheter
À manger. ”

16 Jésus leur dit : “Elles n‟ont pas besoin


De s‟en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger.”
17 Mais ils lui disent : “ Nous n‟avons ici que cinq pains
Et deux poissons. ” 18 Et il dit : “ Apportez-les moi
Ici.” 19 Il donna l‟ordre aux foules de l‟étendre
Et ayant pris les cinq pains et les deux poissons
Regardant au ciel, il dit la bénédiction,
Il rompit les pains et les donna aux disciples
Qui les donnèrent aux foules. 20 Tous en mangèrent et furent
Rassasiés, et l‟on enleva ce qui restait
Des morceaux : douze couffins pleins ! 21 Or ceux qui mangèrent
Étaient environ cinq mille hommes, sans compter femmes
Et enfants.

321
Jésus marche sur les eaux

La soirée est avancée. Il fait presque nuit car on voit à peine sur le sentier qui grimpe sur un coteau où l'on
voit ça et là des arbres qui me semblent être des oliviers mais étant donné le peu de lumière, je ne puis
l'assurer. En somme, ce sont des arbres de taille moyenne, avec une épaisse frondaison et tordus comme le
sont d'ordinaire les oliviers.

Jésus est seul, habillé de blanc avec son manteau bleu foncé. Il monte et s'enfonce parmi les arbres. Il
chemine d'un pas allongé et tranquille, sans hâte, mais à cause de la longueur de ses foulées il fait, sans se
presser, beaucoup de chemin. Il marche jusqu'à ce qu'il rejoigne une sorte de balcon naturel d'où la vue
s'étend sur le lac tout à fait paisible sous la lumière des étoiles dont les yeux de lumière fourmillent
maintenant dans le ciel. Le silence enveloppe Jésus de son embrassement reposant. Il le détache des foules et
de la terre et les Lui fait oublier, en l'unissant au ciel qui semble s'abaisser pour adorer le Verbe de Dieu et le
caresser de la lumière de ses astres.

Jésus prie dans sa pose habituelle : debout et les bras en croix. Il a derrière Lui un olivier et paraît crucifié
sur ce fût obscur. La frondaison le dépasse de peu, grand comme il est, et remplace, par une parole qui
convient au Christ, l'inscription de la croix. Là-bas : "Roi des Juifs." Ici : "Prince de la paix." L'olivier
pacifique s'exprime bien pour qui sait entendre. Jésus prie longuement, puis il s'assied sur le balcon qui sert
de base à l'olivier, sur une grosse racine qui dépasse et il prend son attitude habituelle : les mains jointes et
les coudes sur les genoux. Il médite. Qui sait quelle divine conversation il échange avec le Père et l'Esprit en
ce moment où il est seul et peut être tout à Dieu. Dieu avec Dieu !

Il me semble que plusieurs heures passent ainsi car je vois les étoiles se déplacer et plusieurs sont déjà
descendues à l'occident.

322
Justement pendant qu'un semblant de lumière, ou plutôt de luminosité parce que cela ne peut encore
s'appeler lumière, se dessine à l'extrême horizon du côté de l'orient, un frisson de vent secoue l'olivier. Puis,
c'est le calme. Puis, il reprend plus fort. Avec des pauses syncopées, il devient de plus en plus violent. La
lumière de l'aube qui commençait à peine, est arrêtée dans sa progression par une masse de nuages noirs qui
viennent occuper le ciel, poussée par des rafales de vent toujours plus fortes. Le lac aussi a perdu sa
tranquillité. Il me semble qu'il va subir une bourrasque comme celle que j'ai déjà vue dans la vision de la
tempête. Le bruissement des feuilles et le grondement des flots remplissent maintenant l'espace, il y a un
moment si tranquille.

Jésus sort de sa méditation. Il se lève. Il regarde le lac. Il y cherche, à la lumière des étoiles qui restent et de
l'aube malade, et il voit la barque de Pierre qui avance péniblement vers la rive opposée, mais n'y arrive pas.
Jésus s'enveloppe étroitement dans son manteau dont il relève le bord, qui traîne et qui le gênerait dans la
descente, sur sa tête, comme si c'était un capuchon, et il descend rapidement, non par la route qu'il avait
suivie mais par un sentier rapide qui rejoint directement le lac. Il va si vite qu'il semble voler.

Il parvient à la rive fouettée par les vagues qui font sur la grève une bordure bruyante et écumeuse. Il
poursuit rapidement son chemin comme s'il ne marchait pas sur l'élément liquide tout agité, mais sur un
plancher lisse et solide. Maintenant Lui devient lumière. Il semble que le peu de lumière qui arrive encore
des rares étoiles qui s'éteignent et de l'aube orageuse se concentre sur Lui et elle forme une sorte de
phosphorescence qui éclaire son corps élancé. Il vole sur les flots, sur les crêtes écumeuses, dans les replis
obscurs entre les vagues, les bras tendus en avant avec son manteau qui se gonfle autour des joues et qui
flotte, comme il peut, serré comme il est autour du corps, avec un battement d'ailes.

Les apôtres le voient et poussent un cri d'effroi que le vent apporte à Jésus.

« Ne craignez pas. C'est Moi.» La voix de Jésus, malgré le vent contraire, se répand sans difficulté sur le lac.

323
« Est-ce bien Toi, Maître ? » demande Pierre. « Si c'est Toi, dis-moi de venir à ta rencontre en marchant
comme Toi sur les eaux. »

Jésus sourit : « Viens » dit-il simplement, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde de marcher
sur l'eau. Et Pierre, demi-nu comme il est avec une courte tunique sans manches, fait un saut par-dessus bord
et va vers Jésus.

Mais, quand il est à une cinquantaine de mètres de la barque et à peu près autant de Jésus, il est pris par la
peur. Jusque-là, il a été soutenu par son élan d'amour. Maintenant l'humanité a raison de lui et... il tremble
pour sa vie. Comme quelqu'un qui se trouve sur un sol qui se dérobe ou sur des sables mouvants, il
commence à chanceler, à s'agiter, à s'enfoncer. Plus il s'agite et tremble de peur, plus il s'enfonce.

Jésus s'est arrêté, et le regarde. Sérieux, il attend mais il ne lui tend même pas la main. Il garde ses bras
croisés. Il ne fait plus un pas et ne dit plus un mot.

Pierre s'enfonce. Disparaissent les chevilles, puis les jambes, puis les genoux. Les eaux arrivent à l'aine, la
dépassent, montent vers la ceinture. La terreur se lit sur son visage. Une terreur qui paralyse aussi sa pensée.
Ce n'est plus qu'une chair qui a peur de se noyer. Il ne pense même pas à se jeter à l'eau. À rien. Il est hébété
par la peur.

Finalement, il se décide à regarder Jésus. Et il suffit qu'il le regarde pour que son esprit commence à
raisonner, à saisir où se trouve le salut. « Maître, Seigneur, sauve-moi. »

Jésus desserre ses bras et, comme s'il était porté par le vent et par l'eau, il se précipite vers l'apôtre et lui tend
la main en disant : « Oh ! Homme de peu de foi. Pourquoi as-tu douté de Moi ? Pourquoi as-tu voulu agir

324
tout seul ? »

Pierre, qui s'est agrippé convulsivement à la main de Jésus, ne répond pas. Il le regarde pour voir s'il est en
colère, il le regarde avec un reste de peur qui se mêle au repentir qui s'éveille. Mais Jésus sourit et le tient
étroitement par le poignet jusqu'à ce que, après avoir rejoint la barque, ils en franchissent le bord et y entrent.
Et Jésus commande : « Allez à la rive. Lui est tout trempé. » Et il sourit en regardant le disciple humilié.

Les vagues s'apaisent pour faciliter l'abordage et la ville, vue l'autre fois du haut d'une colline, apparaît au-
delà de la rive.

La vision s'arrête ici.

325
Jésus marche sur la mer

16 Le soir
Venu, ses disciples descendirent à la mer
Et, 17 montés dans un bateau, de l'autre côté,
De la mer à Capharnaüm, ils s'en allaient.

Déjà, l'obscurité était venue, Jésus


Ne les avait pas encore rejoints, 18 et la mer
S'agitait du souffle d'un grand vent.19 Or après
Avoir ramé vingt-cinq ou trente stades, ils voient
Jésus marcher sur la mer et se rapprocher
Du bateau, et ils eurent peur. 20 Mais il leur dit :
"C'est moi ; n'ayez pas peur." 24 Ils allaient donc le prendre
Dans le bateau, aussitôt le bateau toucha
Terre au lieu où ils allaient.

326
Renoncer pour suivre Jésus

Jésus se dirige vers le Temple. Il est précédé par les disciples en groupes, et suivi par les femmes disciples
en groupe : sa Mère, Marie de Cléophas, Marie Salomé, Suzanne, Jeanne de Chouza, Élise de Béthsur,
Annalia de Jérusalem, Marthe et Marcelle. Marie de Magdala n'est pas là. Autour de Jésus, les douze apôtres
et Margziam.

Jérusalem est dans la pompe de ses jours de solennité. Des gens sur toutes les routes, et de toutes les régions.
Cantiques, discours, murmures de prières, imprécations des âniers, quelques pleurs de bébés et, au-dessus de
tout cela, un ciel clair qui se montre entre les maisons et un soleil qui descend joyeux pour raviver les
couleurs des vêtements, pour embraser les couleurs mourantes des tonnelles et des arbres que l'on aperçoit ça
et là au-delà des murs des jardins clos ou des terrasses.

Parfois Jésus croise des personnes de sa connaissance et le salut est plus ou moins respectueux selon
l'humeur de celui qu'il croise. C'est ainsi qu'est profond, mais condescendant, celui de Gamaliel. Ce dernier
regarde fixement Etienne, qui lui sourit du groupe des disciples, et qu'après s'être incliné devant Jésus,
Gamaliel appelle à part et lui dit quelques mots, après quoi Etienne revient dans son groupe. Plein de
vénération est le salut du vieux chef de la synagogue Cléophas d'Emmaüs, qui se dirige avec ses concitoyens
vers le Temple. Dur comme une malédiction la réponse au salut de Jésus des pharisiens de Capharnaüm.

De la part des paysans de Giocana, conduits par l'intendant, c'est un prosternement dans la poussière de la
route pendant qu'ils baisent les pieds de Jésus. La foule s'arrête pour observer avec étonnement ce groupe
d'hommes qui. à un carrefour se précipitent en criant aux pieds d'un homme jeune qui n'est pas un pharisien
ni un scribe renommé, qui n'est pas un satrape ni un courtisan puissant, et quelqu'un demande qui c'est. Et un
chuchotement se répand : "C'est le Rabbi de Nazareth, celui dont on dit qu'il est le Messie."

327
Prosélytes et gentils l'entourent alors avec curiosité, poussant le groupe contre le mur, créant un
encombrement dans la toute petite place, jusqu'à ce qu'un groupe d'âniers les disperse en maudissant
l'obstruction. Mais la foule, sans tarder, se rassemble de nouveau, séparant les femmes des hommes,
exigeante, brutale dans ses manifestations qui sont encore de la foi. Tout le monde veut toucher les
vêtements de Jésus, Lui dire un mot, l'interroger. Et c'est un effort inutile parce que leur hâte elle-même, leur
anxiété, leur agitation pour passer aux premiers rangs, en se repoussant mutuellement, fait que personne n'y
réussit, et même les questions et les réponses se fondent en une rumeur inintelligible.

Le seul qui s'arrache à la scène, c'est le grand-père de Margziam, qui a répondu par un cri au cri de son petit-
fils et, tout de suite après avoir vénéré le Maître, a serré sur son cœur son enfant et se tenant ainsi, appuyé
sur les talons, les genoux à terre, l'a assis sur son sein, l'admire et le caresse avec des larmes et des baisers
joyeux, le questionne et l'écoute. Le vieillard est déjà au Paradis, tant il est heureux.

Les soldats romains accourent, croyant qu'il y a quelque rixe et se font un passage. Mais, quand ils voient
Jésus, ils ont un sourire et se retirent tranquillement, se bornant à conseiller à ceux qui sont là de laisser libre
l'important carrefour. Et Jésus obéit de suite, profitant de l'espace libre qu'ont fait les Romains qui le
précèdent de quelques pas comme pour Lui ouvrir le chemin, en réalité pour revenir à leur poste de garde car
la garnison romaine est très renforcée, comme si Pilate savait qu'il y a du mécontentement dans la foule et
comme s'il craignait un soulèvement dans ces jours où Jérusalem est remplie d'hébreux venus de toute part.

Et il est beau de le voir aller précédé du détachement romain comme un roi dont on dégage la route pendant
qu'il se rend à ses propriétés. Il a dit, tout en se déplaçant, à l'enfant et au vieillard : "Restez ensemble et
suivez-moi" et à l'intendant : "Je te prie de me laisser tes hommes. Ils seront mes hôtes jusqu'au soir."

L'intendant répond avec déférence : "Qu'il en soit en tout comme tu veux" et il s'en va seul après un profond
salut.

328
Il est désormais près du Temple, et le fourmillement de la foule, réellement comme des fourmis près de la
fourmilière, est encore plus dense, lorsqu'un paysan de Giocana crie : "Voici le maître !" et, imité par les autres,
il tombe à genoux pour le saluer. Jésus reste debout au milieu du groupe des paysans parce qu'ils étaient serrés
autour de Lui, et il tourne son regard vers le point indiqué. Il rencontre le regard d'un pharisien richement vêtu,
qui n'est pas nouveau pour moi, mais je ne sais pas où je l'ai vu. Le pharisien Giocana est avec d'autres de sa
caste : un tas d'étoffes précieuses, de franges, de boucles, de ceintures, de phylactères, tout cela plus ample que
d'ordinaire. Giocana regarde attentivement Jésus : un regard de pure curiosité mais pourtant pas irrévérencieux.
Il a même un salut plutôt empesé : il incline tout juste la tête. Mais c'est toujours un salut auquel Jésus répond
avec déférence. Et même deux ou trois autres pharisiens saluent pendant que d'autres regardent avec mépris ou
font semblant de regarder ailleurs, et un seul lance une insulte. C'est sûr car je vois que ceux qui entourent Jésus
sursautent, et même Giocana se retourne tout d'un coup pour foudroyer du regard l'insulteur, un homme plus
jeune que lui, aux traits marqués et durs.

Quand on les a dépassés et les paysans osent parler, l'un d'eux dit : "C'est Doras, Maître, celui qui t'a
maudit."

"Laisse-le faire. J'ai vous qui me bénissez." dit calmement Jésus.

Appuyé, avec d'autres, à une archivolte, se trouve Manaën, et comme il voit Jésus, il lève les bras avec une
exclamation de joie : "C'est une agréable journée, puisque je te trouve !" et il vient vers Jésus, suivi de ceux
qui l'accompagnent. Il le vénère sous l'archivolte ombragée où les voix résonnent comme sous une coupole.

Juste au moment où il le vénère, passent tout près du groupe apostolique les cousins Simon et Joseph avec
d'autres nazaréens... et ils ne saluent pas... Jésus les regarde avec tristesse mais ne dit rien. Jude et Jacques,
excités, se parlent entre eux. Et Jude s'enflamme d'indignation et puis il part en courant, sans que son frère
puisse le retenir. Mais Jésus le rappelle d'un si impérieux : "Jude, viens ici !" que le fils agité d'Alphée
revient en arrière...

329
"Laisse-les faire. Ce sont des semences qui n'ont pas encore senti le printemps. Laisse-les dans l'obscurité de
la motte rétive. Je les pénétrerai quand même, même si la motte devient de la jaspe qui enveloppe la
semence. Je le ferai au moment voulu."

Mais plus forts que la réponse de Jude d'Alphée, résonnent les pleurs de Marie d'Alphée, désolée. La longue
plainte d'une personne humiliée...

Mais Jésus ne se retourne pas pour la consoler bien que cette plainte résonne nettement sous l'archivolte qui
lui fait de multiples échos. Il continue de parler avec Manaën qui lui dit : "Ceux qui sont avec moi, sont des
disciples de Jean. Ils veulent, comme moi, t'appartenir."

"La paix soit aux bons disciples. Là, en avant, ce sont Mathias, Jean et Siméon, avec Moi pour toujours. Je
vous accueille comme je les ai accueillis parce que m'est cher tout ce qui me vient du saint Précurseur."

Et, après avoir rejoint l'enceinte du Temple, Jésus donne des ordres à l'Iscariote et à Simon le Zélote pour les
achats d'usage et les offrandes d'usage. Puis il appelle le prêtre Jean et dit : "Toi qui appartiens à ce lieu, tu
t'occuperas d'inviter quelque lévite que tu sais digne de connaître la Vérité. Car vraiment, cette année, je puis
célébrer une fête joyeuse. Jamais plus il n'y aura un jour aussi doux..."

"Pourquoi, Seigneur ?" demande le scribe Jean.

"Parce que je vous ai autour de Moi, tous, présents visiblement ou spirituellement."

"Mais toujours nous y serons ! Et avec nous beaucoup d'autres" affirme avec véhémence l'apôtre Jean et tous
font chorus.

330
Jésus sourit et se tait pendant que le prêtre Jean va en avant avec Etienne dans le Temple pour exécuter
l'ordre. Jésus lui crie par derrière : "Rejoignez-nous au Portique des Païens."

Ils entrent et presque aussitôt rencontrent Nicodème qui fait un profond salut, mais ne s'approche pas de
Jésus. Pourtant il échange avec Jésus un sourire entendu et paisible.

Pendant que les femmes s'arrêtent à l'endroit qui leur est permis, Jésus, avec les hommes, se rend à la prière à
l'endroit réservé aux hébreux, et puis il revient, après avoir accompli tous les rites, pour retrouver ceux qui
l'attendent au Portique des Païens.

Les portiques très vastes et très élevés sont remplis d'une foule qui écoute les instructions des rabbins. Jésus
se dirige vers l'endroit où il voit arrêtés les deux apôtres et les deux disciples envoyés en avant. Tout de suite
on fait cercle autour de Lui, et aux apôtres et disciples s'unissent aussi d'autres personnes nombreuses qui
étaient ça et là dans la cour de marbre remplie de gens. La curiosité est telle que certains élèves des rabbins,
je ne sais si c'est spontanément ou envoyés par les maîtres, s'approchent du cercle qui se serre autour de
Jésus.

Jésus demande à brûle-pourpoint : "Pourquoi vous pressez-vous autour de Moi ? Dites-le. Vous avez des
rabbis connus et sages, bien vus de tout le monde. Moi, je suis l'Inconnu et le Mal vu. Pourquoi alors venez-
vous à Moi ?"

"Parce que nous t'aimons" disent certains, et d'autres : "Parce que tu as des paroles différentes des autres", et
d'autres encore : "Pour voir tes miracles" et "Parce que nous avons entendu parler de Toi" et "Parce que Toi
seul as des paroles de vie éternelle et des œuvres qui correspondent aux paroles" et enfin : "Parce que nous
voulons nous unir à tes disciples."

331
Jésus regarde les gens au fur et à mesure qu'ils parlent comme s'il voulait les transpercer par le regard pour
lire leurs impressions les plus cachées, et certains, ne résistant pas à ce regard, s'éloignent ou bien se cachent
derrière une colonne ou des gens plus grands qu'eux.

Jésus reprend : "Mais savez-vous ce que cela veut dire et ce que cela impose de venir derrière Moi ? Je vais
répondre à ces seules paroles, parce que la curiosité ne mérite pas qu'on lui réponde et parce que celui qui a
faim de mes paroles me donne, en conséquence, son amour et désire s'unir à Moi. Car, parmi ceux qui ont
parlé, il y a deux groupes : les curieux, dont je ne m'occupe pas, les volontaires que j'instruis, sans feinte, de
la sévérité de cette vocation.

Venir à Moi comme disciple, cela veut dire renoncer à tous les amours pour un seul amour : le mien. Amour
égoïste pour soi-même, amour coupable pour les richesses, pour la sensualité ou la puissance, amour honnête
pour l'épouse, amour saint pour la mère, le père, amour affectueux des fils et des frères ou pour les fils et les
frères, tout doit céder à mon amour, si on veut être mien. En vérité je vous dis que plus libres que les oiseaux
qui planent dans les cieux doivent être mes disciples, plus libres que les vents qui parcourent les espaces sans
que personne les retienne, personne ni rien. Libres, sans lourdes chaînes, sans lacets d'amour matériel, sans
même les fils d'araignée fins des plus légères barrières. L'esprit est comme un papillon délicat enfermé dans
un lourd cocon de chair, et son vol peut s'alourdir ou s'arrêter tout a fait, par l'action d'une iridescente et
impalpable toile d'araignée, l'araignée de la sensualité, du manque de générosité dans le sacrifice. Moi, je
veux tout, sans réserve. L'esprit a besoin de cette liberté de donner, de cette générosité de donner, pour
pouvoir être certain de ne pas rester pris dans la toile d'araignée des affections, des coutumes, des réflexions,
des peurs, tendues comme les fils de cette araignée monstrueuse qu'est Satan, voleur des âmes.

Si quelqu'un veut venir à Moi et ne hait pas saintement son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et
ses sœurs, et jusqu'à sa vie, il ne peut être mon disciple. J'ai dit : "hait saintement". Vous, dans votre cœur,
vous dites : "La haine, Lui l'enseigne, n'est jamais sainte. Lui, donc se contredit." Non. Je ne me contredis
pas. Je dis de haïr la pesanteur de l'amour, la passion chamelle de l'amour pour le père et la mère, l'épouse et
les enfants, les frères et les sœurs, et la vie elle-même mais, d'autre part, j'ordonne d'aimer avec la liberté

332
légère, qui est le propre des esprits, les parents et la vie. Aimez-les en Dieu et pour Dieu, ne faisant jamais
passer Dieu après eux, vous occupant et vous préoccupant de les amener là où le disciple est arrivé, c'est-à-
dire à Dieu Vérité. Ainsi vous aimerez saintement les parents et Dieu, en conciliant les deux amours et en
faisant des liens du sang non pas un poids mais une aile, non pas une faute, mais la justice. Même votre vie,
vous devez être prêts à la haïr pour me suivre. Hait sa vie celui qui, sans peur de la perdre ou de la rendre
humainement triste, la consacre à mon service. Mais ce n'est qu'un semblant de haine. Un sentiment qui est
appelé de manière incorrecte : "haine", par la pensée de l'homme qui ne sait pas s'élever, de l'homme
uniquement terrestre, de peu supérieur à la brute. En réalité cette haine apparente qui est le refus des
satisfactions sensuelles à l'existence, pour donner une vie toujours plus grande à l'esprit, c'est de l'amour.
C'est de l'amour, le plus élevé qui existe, le plus béni.

Ce refus des basses satisfactions, cette interdiction de la sensualité des affections, ce risque des reproches et
des commentaires injustes, des punitions, des répudiations, des malédictions et, peut-être des persécutions,
est une suite de peines. Mais il faut les embrasser et se les imposer comme une croix, un gibet sur lequel on
expie toutes les fautes passées pour aller justifiés vers Dieu, et par lequel on obtient de Dieu toute grâce
vraie, puissante, sainte, pour ceux que nous aimons. Celui qui ne porte pas sa croix et ne me suit pas, celui
qui ne sait pas le faire, ne peut pas être mon disciple.

Pensez-y donc beaucoup, beaucoup, vous qui dites : "Nous sommes venus parce que nous voulons nous unir
à tes disciples". Ce n'est pas de la honte, mais de la sagesse, de se peser, de se juger, d'avouer à soi-même et
aux autres: "Je n'ai pas l'étoffe d'un disciple". Et quoi ? Les païens ont, à la base de l'un de leurs
enseignements, la nécessité de "se connaître soi-même", et vous, Israélites, pour conquérir le Ciel, vous ne
sauriez pas le faire ?

Car, rappelez-le vous toujours, bienheureux ceux qui viendront à Moi. Mais, plutôt que de venir pour me
trahir Moi et Celui qui m'a envoyé, il vaut mieux ne pas venir du tout et rester les fils de la Loi comme vous
l'avez été jusqu'à présent.

333
Malheur à ceux qui, ayant dit : "Je viens", nuisent au Christ en trahissant l'idée chrétienne, en scandalisant
les petits, les gens honnêtes ! Malheur à eux ! Et pourtant il y en aura et toujours il y en aura !

Imitez donc celui qui veut construire une tour. Il commence par calculer attentivement les dépenses
nécessaires et il compte son argent pour voir s'il a de quoi la terminer pour qu'après avoir fait les fondations
il ne doive pas suspendre les travaux parce qu'il n'a plus d'argent. En ce cas, il perdrait aussi ce qu'il
possédait avant, en restant sans tour et sans talents et en échange il s'attirerait les moqueries du peuple qui
dirait : "Il a commencé à construire sans pouvoir finir. Maintenant, il peut s'emplir l'estomac avec les ruines
de sa construction inachevée."

Imitez encore les rois de la terre, en faisant servir les pauvres événements du monde à un enseignement
surnaturel. Eux, quand ils veulent faire la guerre à un autre roi, examinent tout avec calme et attention, le
pour et le contre, ils réfléchissent pour voir si l'intérêt de la conquête vaut le sacrifice de la vie des sujets, ils
étudient s'il est possible de conquérir ce lieu, si leurs troupes, inférieures de moitié en nombre à celles de leur
rival, même si elles sont plus combatives, peuvent vaincre, et pensant avec justesse qu'il est improbable que
dix mille viennent à bout de vingt mille, avant que se produise la rencontre ils envoient au rival une
ambassade avec de riches présents, et apaisant le rival déjà inquiet des mouvements de troupes de l'autre, le
désarment par des témoignages d'amitié, font disparaître ses soupçons et font avec lui un traité de paix, en
vérité toujours plus avantageux qu'une guerre, aussi bien humainement que spirituellement.

Ainsi vous devez agir avant de commencer la nouvelle vie et se mettre contre le monde. Parce que voici ce
qu'implique d'être mes disciples : aller contre le tourbillonnement et la violence de l'entraînement du monde,
de la chair, de Satan. Et si vous ne vous sentez pas le courage de renoncer à tout par amour pour Moi, ne
venez pas à Moi, parce que vous ne pouvez pas être mes disciples."

"C'est bien. Ce que tu dis est vrai" admet un scribe qui s'est mêlé au groupe. "Mais si nous nous dépouillons
de tout, avec quoi allons-nous te servir ensuite ? La Loi a des commandements qui sont comme de la

334
monnaie que Dieu donne à l'homme pour que, en s'en servant, il se procure la vie éternelle. Tu dis :
"Renoncez à tout" et tu indiques le père, la mère, les richesses, les honneurs. Dieu a pourtant donné ces
choses et nous a dit, par la bouche de Moïse, de s'en servir saintement pour paraître juste aux yeux de Dieu.
Si tu nous enlèves tout, qu'est-ce que tu nous donnes ?"

"Le véritable amour, je l'ai dit, ô rabbi. Je vous donne ma doctrine qui n'enlève pas un iota à la Loi ancienne,
mais au contraire la perfectionne."

"Alors, nous sommes tous des disciples égaux parce que nous avons tous les mêmes choses."

"Nous les avons tous, selon la Loi mosaïque. Pas tous selon la Loi perfectionnée par Moi selon l'Amour.
Mais tous n'atteignent pas, dans cette Loi, la même somme de mérites. Même parmi les disciples qui
m'appartiennent, tous n'arriveront pas à avoir une égale somme de mérites et certains, parmi eux, non
seulement n'auront pas cette somme, mais perdront aussi leur unique monnaie : leur âme."

"Comment ? À qui on a donné davantage, il restera davantage. Tes disciples, ou mieux tes apôtres, te suivent
dans ta mission et sont au courant de tes façons de faire, ils ont reçu énormément, tes disciples effectifs ont
beaucoup reçu, moins ceux qui ne sont disciples que de nom, rien ceux qui, comme moi, ne t'écoutent que
par hasard. Il est évident que les apôtres recevront énormément au Ciel, beaucoup les disciples effectifs,
moins ceux qui ne le sont que de nom, rien ceux qui sont comme moi."

"Humainement c'est évident, et c'est mal aussi humainement. Car tous ne sont pas capables de faire fructifier
les biens qu'ils ont reçus. Écoute cette parabole et pardonne-moi si je développe trop ici mon enseignement.
Mais Moi je suis l'hirondelle de passage et je ne séjourne que peu de temps dans la Maison du Père, car je
suis venu pour le monde entier et ce petit monde du Temple de Jérusalem ne veut pas que je suspende mon
vol et que je reste là où la gloire de Dieu m'appelle."

335
"Pourquoi dis-tu cela ?"

"Parce que c'est la vérité."

Le scribe regarde autour de lui, et puis il baisse la tête. Que ce soit la vérité, il le voit écrit sur trop de visages
de membres du Sanhédrin, de rabbis et de pharisiens qui ont grossi de plus en plus le groupe qui entoure
Jésus. Visages bleus de rage ou rouges de colère, regards qui équivalent à des paroles de malédiction et
crachats empoisonnés, rancœur qui fermente de tous côtés, désir de brutaliser le Christ, qui reste seulement
un désir par peur de la foule qui entoure le Maître, dévouée et prête à tout pour le défendre, peur aussi peut-
être d'être punis par Rome qui est bienveillante envers le doux Maître galiléen.

336
Renoncer pour suivre Jésus

37 Qui aime père ou mère plus que moi


N‟est pas digne de moi, et qui aime fils ou fille
Plus que moi n‟est pas digne de moi. 38 À ma suite,
Qui ne prend pas sa croix n‟est pas digne de moi.
Qui trouve sa vie, la perdra ; qui perd sa vie
À cause de moi la trouvera.

337
La parabole des talents

Jésus se remet calmement à exposer sa pensée par la parabole : "Un homme, qui était sur le point de faire un
long voyage et de s'absenter pour longtemps, appela tous ses serviteurs et leur confia tous ses biens. À l'un il
donna cinq talents d'argent, à un autre deux talents d'argent, à un troisième un seul talent d'or. À chacun
selon sa situation et son habileté. Et puis il partit.

Maintenant le serviteur qui avait reçu cinq talents d'argent s'en alla faire valoir habilement ses talents et,
après quelque temps, ceux-ci lui en rapportèrent cinq autres. Celui qui avait reçu deux talents fit la même
chose et il doubla la somme qu'il avait reçue. Mais celui auquel le maître avait donné davantage, un talent
d'or pur, paralysé par la peur de ne pas savoir faire, par celle des voleurs, de mille choses chimériques et
surtout par la paresse, fit un grand trou dans la terre et y cacha l'argent de son maître.

De nombreux mois passèrent, et le maître revint. Il appela tout de suite ses serviteurs pour qu'ils lui
rendissent l'argent donné en dépôt. Celui qui avait reçu cinq talents d'argent se présenta et il dit : "Voici, mon
seigneur. Tu m'en as donné cinq. Comme il me semblait qu'il était mal de ne pas faire fructifier l'argent que
tu m'avais donné, je me suis débrouillé et je t'ai gagné cinq autres talents. Je n'ai pas pu faire davantage...".
"C'est bien, très bien, serviteur bon et fidèle. Tu as été fidèle pour le peu, actif et honnête. Je te donnerai de
l'autorité sur beaucoup de choses. Entre dans la joie de ton maître."

Puis celui qui avait reçu deux talents se présenta et dit : "Je me suis permis d'employer tes biens dans ton
intérêt. Voici les comptes qui montrent comment j'ai employé ton argent. Tu vois ? Il y avait deux talents
d'argent, maintenant il y en a quatre. Es-tu content. mon seigneur ?" Et le maître fit au bon serviteur la même
réponse qu'au premier.

338
Arriva en dernier celui qui, jouissant de la plus grande confiance de son maître, avait reçu le talent d'or. Il le
sortit de sa cachette et il dit : "Tu m'as confié la plus grande valeur parce que tu sais que je suis prudent et
fidèle, comme moi je sais que tu es intransigeant et exigeant, et que tu ne supportes pas des pertes pour ton
argent mais en cas de perte, tu t'en prends à celui qui est près de toi. Car, en vérité, tu moissonnes où tu n'as
pas semé et tu récoltes où tu n'as rien répandu, ne faisant pas cadeau de la moindre pièce de monnaie à ton
banquier ou à ton régisseur, pour aucune raison. Il te faut autant d'argent que tu en réclames. Or moi,
craignant de diminuer ce trésor, je l'ai pris et l'ai caché. Je ne me suis fié à personne ni non plus à moi-même.
Maintenant, je l'ai déterré et je te le rends. Voici ton talent."

"Ô serviteur injuste et paresseux ! En vérité, tu ne m'as pas aimé puisque tu ne m'as pas connu et que tu n'as pas
aimé mon bien-être, ayant laissé mon argent improductif. Tu as trahi l'estime que j'avais eue pour toi et c'est toi-
même qui te contredis, t'accuses et te condamnes. Tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé, que je récolte
où je n'ai rien répandu. Et pourquoi alors n'as-tu pas fait en sorte que je puisse moissonner et récolter ? C'est
ainsi que tu réponds à ma confiance ? C'est ainsi que tu me connais ? Pourquoi n'as-tu pas porté mon argent aux
banquiers pour qu'à mon retour je le retire avec les intérêts ? Je t'avais instruit avec un soin particulier dans ce
but et toi, paresseux et imbécile, tu n'en as pas tenu compte. Que te soit donc enlevé le talent et tout autre bien,
et qu'on le donne à celui qui a les dix talents."

"Mais lui en a déjà dix alors que celui-ci reste sans rien..." lui objecta-t-on.

"C'est bien. À celui qui possède et le fait fructifier, il sera donné encore davantage et au point qu'il
surabonde. Mais à celui qui n'a pas parce qu'il n'a pas la volonté d'avoir, on enlèvera ce qui lui a été donné.
Quant au serviteur inutile qui a trahi ma confiance et a laissé improductifs les dons que je lui avais fait, qu'on
l'expulse de ma propriété et qu'il s'en aille pleurer et se ronger le cœur."

Voilà la parabole. Comme tu le vois, ô rabbi, à qui avait reçu le plus il est resté le moins, car il n'a pas su
mériter de conserver le don de Dieu. Et il n'est pas dit qu'un de ceux dont tu dis qu'ils ne sont disciples que
de nom ayant par conséquent peu de chose à faire valoir et même de ceux qui, comme tu dis, m'entendent
par hasard et qui n'ont comme unique capital que leur âme, n'arrive pas à avoir le talent d'or et même ce qu'il

339
aura rapporté, qu'on aura enlevé à quelqu'un qui avait davantage reçu. Infinies sont les surprises du Seigneur
parce qu'innombrables sont les réactions de l'homme. Vous verrez des païens arriver à la vie éternelle et des
samaritains posséder le Ciel, et vous verrez des Israélites purs et qui me suivent perdre le Ciel et l'éternelle
Vie."

340
La parabole des talents
Évangile selon Matthieu 24, 14-30

14 “ Et c‟est comme un homme qui,


Partant en voyage, a appelé ses esclaves
Et leur a confié ses biens. 15 A l‟un il donna
Cinq talents, l‟autre deux, et à l‟autre un seul,
À chacun selon sa capacité, alors
Il partit.

Très vite, 16 celui qui savait reçu


Les cinq talents alla les faire valoir, alors
Il en gagna cinq autres. 17 Celui des deux talents,
De même, en gagna deux autres. 18 Celui qui avait
Reçu un talent s‟en alla creuser la terre
Et cacher l‟argent de son maître.

19 Longtemps après
Vient le seigneur de ces esclaves, et avec eux
Il règle ses comptes. 20 Alors s‟avançant, celui
Qui avait reçu les cinq talents présenta
Cinq autres talents, en disant : c‟est cinq talents,
Seigneur, que tu m‟avais confiés, alors voici
Cinq autres talents que j‟ai gagnés. Son Seigneur
Lui déclara ceci : 21 C‟est bien ! Esclave bon
Et fidèle, sur peu tu as donc été fidèle
Sur beaucoup je t‟établirai. Et dans la joie
De ton seigneur, entre. 22 S‟avançant aussi, celui

341
Des deux talents dit : Seigneur, c‟est bien deux talents
Que tu m‟avais confiés : voici que j‟ai gagné
Deux autres talents. 23 Son seigneur lui déclara :
C‟est bien ! Esclave bon et fidèle ; car sur peu,
Tu as été fidèle, et je t‟établirai
Sur beaucoup. Entre dans la joie de ton Seigneur.
24 S‟avançant aussi, celui qui avait perçu
Un talent dit ceci : je savais que tu es
Un homme dur, Seigneur, et ainsi tu moissonnes
Où tu n‟as pas ensemencé et tu ramasses
Où tu n‟as rien répandu, 25 alors pris de peur,
Je suis allé cacher ton talent dans la terre.
Vois, tu as là ce qui est à toi. 26 Répondant,
Son Seigneur lui dit : mauvais esclave, paresseux !
Tu savais que je moissonne là où je n‟ai pas
Ensemencé, que je ramasse là où je n‟ai pas
Répandu. 27 Il te fallait mettre mon argent
Chez les banquiers, et en revenant moi j‟aurais
Trouvé ce qui est à moi avec intérêt.
28 Enlevez-lui donc son talent et donnez-le
À celui qui a les dix talents. 29 Car on donnera
À celui qui a, ainsi il aura en plus ;
Mais celui qui n‟a pas, on lui enlèvera
Même ce qu‟il a. 30 Jetez-le dans les ténèbres
Du dehors, l‟esclave inutile ; et là seront
Les sanglots et les grincements de dents.

342
La parabole des ouvriers de la onzième heure

Que dites-vous ? Parlez. Vous dites qu'il est tard ? Non. Écoutez une parabole.

Un maître sortit au point du jour pour engager des travailleurs pour sa vigne et il convint avec eux d'un
denier pour la journée.

Il sortit de nouveau à l'heure de tierce et, réfléchissant que les travailleurs engagés étaient peu nombreux,
voyant d'autre part sur la place des travailleurs désœuvrés qui attendaient qu'on les embauche, il les prit et il
leur dit : " Allez à ma vigne, et je vous donnerai ce que j'ai promis aux autres." Et ils y allèrent.

Il sortit à sexte et à none et il en vit d'autres encore et il leur dit : "Voulez-vous travailler dans mon domaine
? Je donne un denier par jour à mes travailleurs." Ces derniers acceptèrent et ils y allèrent.

Il sortit enfin vers la onzième heure et il en vit d'autres qui paressaient au coucher du soleil. "Que faites-
vous, ainsi oisifs ? N'avez-vous pas honte de rester à rien faire pendant tout le jour ?" leur demanda-t-il.
"Personne ne nous a embauchés pour la journée. Nous aurions voulu travailler et gagner notre nourriture,
mais personne ne nous a appelés à sa vigne."

"Eh bien, je vous embauche pour ma vigne. Allez et vous aurez le salaire des autres." Il parla ainsi, car c'était
un bon maître et il avait pitié de l'avilissement de son prochain.

343
Le soir venu et les travaux terminés, l'homme appela son intendant et lui dit : "Appelle les travailleurs, et
paie-leur leur salaire selon ce que j'ai fixé, en commençant par les derniers qui sont les plus besogneux,
n'ayant pas eu pendant la journée la nourriture que les autres ont eue une ou plusieurs fois et qui, même par
reconnaissance pour ma pitié, ont travaillé plus que tous. Je les ai observés : renvoie-les, pour qu'ils aillent
au repos qu'ils ont bien mérité et pour jouir avec les leurs du fruit de leur travail." Et l'intendant fit ce que le
maître ordonnait en donnant à chacun un denier.

Vinrent en dernier ceux qui travaillaient depuis la première heure du jour. Ils furent étonnés de ne recevoir,
eux aussi, qu'un seul denier, et ils se plaignirent entre eux et à l'intendant qui leur dit : "J'ai reçu cet ordre.
Allez vous plaindre au maître et pas à moi." Ils s'y rendirent et ils dirent : "Voilà, tu n'es pas juste ! Nous
avons travaillé douze heures, d'abord à la rosée et puis au soleil ardent et puis de nouveau dans l'humidité du
soir, et tu nous a donné le même salaire qu'à ces paresseux qui n'ont travaillé qu'une heure !... Pourquoi

cela ?" Et l'un d'eux, surtout, élevait la voix en se déclarant trahi et indignement exploité.

"Ami, en quoi t'ai-je fait tort ? De quoi ai-je convenu avec toi à l'aube ? Une journée de travail continu pour
un denier de salaire. N'est-ce pas ?"

"C'est vrai. Mais tu as donné la même chose à ceux qui ont si peu travaillé…"

"N'as-tu pas accepté ce salaire qui te paraissait convenable ?"

"Oui, j'ai accepté, parce que les autres donnaient encore moins."

"As-tu été maltraité ici par moi ?"

"Non, en conscience, non."

"Je t'ai accordé un long repos pendant le jour et la nourriture, n'est-ce pas ? Je t'ai donné trois repas. Et on
n'était pas convenu de la nourriture et du repos. N'est-ce pas ?"

"Oui, ils n'étaient pas convenus."

"Pourquoi alors les as-tu acceptés ?"

344
"Mais... Tu as dit : 'Je préfère agir ainsi pour que vous ne soyez pas trop lassés en revenant chez vous'. Et
cela nous semblait trop beau... Ta nourriture était bonne, c'était une économie, c'était..."

"C'était une faveur que je vous faisais gratuitement et personne ne pouvait y prétendre.

N'est-ce pas ?"

"C'est vrai."

"Je vous ai donc favorisés. Pourquoi vous lamentez-vous ? C'est moi qui devrais me plaindre de vous qui,
comprenant que vous aviez affaire à un bon maître, vous travailliez nonchalamment alors que ceux qui
étaient venus après vous, avec le bénéfice d'un seul repas, et les derniers sans repas, travaillaient avec plus
d'entrain faisant en moins de temps le même travail que vous avez fait en douze heures. Je vous aurais trahis
si, pour payer ceux-ci, je vous avais enlevé la moitié de votre salaire. Pas ainsi. Prends donc ce qui te revient
et va-t‟en. Voudrais-tu venir chez moi pour m'imposer tes volontés ? Moi, je fais ce que je veux et ce qui est
juste. Ne sois pas méchant et ne me porte pas à l'injustice. Je suis bon."

Ô vous tous qui m'écoutez, je vous dis en vérité que Dieu le Père propose à tous les hommes les mêmes
conditions et promet un même salaire. Celui qui avec zèle se met au service du Seigneur sera traité par Lui
avec justice, même s'il n'a pas beaucoup travaillé à cause de l'imminence de sa mort. En vérité je vous dis
que ce ne sont pas toujours les premiers qui seront les premiers dans le Royaume des Cieux, et que là-haut
on verra de ceux qui étaient les derniers devenir les premiers et d'autres qui étaient les premiers être les
derniers. Là on verra beaucoup d'hommes, qui n'appartiennent pas à Israël, plus saints que beaucoup d'Israël.
Je suis venu appeler tout le monde, au nom de Dieu. Mais si les appelés sont nombreux, peu nombreux sont
les choisis, car peu nombreux sont ceux qui veulent la Sagesse.

345
Parabole des ouvriers envoyés à la vigne

20 1 “ Le royaume des Cieux


Est semblable à un maître de maison qui est
Sorti de l‟aube pour embaucher des ouvriers
Pour sa vigne. 2 Il convint avec les ouvriers
D‟un denier pour la journée et les envoya
À sa vigne. 3 Quand il sortit vers la troisième heure
Il en vit d‟autres qui se tenaient sur la place
Publique, oisifs. 4 Et à ceux-là, il dit : “ Allez
Vous aussi, à la vigne, et je vous donnerai
Ce qui est juste.” 5 Ils y allèrent. Puis il sortit
Encore vers la sixième et vers la neuvième heure,
Il fit de même. 6 Vers la onzième heure, il sortit
Et il en trouva d‟autres qui se tenaient là.
Et il leur dit : “ Pourquoi vous êtes-vous tenus
Ici toute la journée oisifs ? 7 Ils lui disent :
“ C‟est que personne ne nous a embauchés ”. “ Allez
Leur dit-il, vous aussi à la vigne. ”

8 Le soir venu,
Le Seigneur de la vigne dit à son intendant :
“ Appelle les ouvriers et en commençant
Par les derniers, jusqu‟aux premiers, paie-les.

346
9 Étant
Venus, ceux de la onzième heure reçurent chacun
Un denier. 10 Et étant venus, les premiers crurent
Qu‟ils recevraient davantage ; et ils reçurent eux
Aussi, chacun un denier.

11 Et le recevant,
Ils murmuraient contre le maître de maison,
12 En disant ceci : “ Ces derniers n‟ont fait qu‟une heure,
Tu les as fait nos égaux, à nous qui avons
Porté le poids du jour et la chaleur brûlante.

13 Mais répondant à l‟un d‟eux, il dit : mon ami,


Je ne te lèse en rien. N‟est-ce pas d‟un denier
Que nous sommes convenus ? 14 Prends donc ce qui est
À toi, va-t-en. Je veux donner à ce dernier
Autant qu‟à toi. 15 Est-ce que je n‟ai pas le droit
De faire ce que je veux de mon bien ? Ou as-tu
L‟œil mauvais parce que je suis bon ? 16 C‟est ainsi
Que les derniers seront premiers, et les premiers
Derniers. (Car il y a beaucoup d‟appelés, mais peu
D‟élus.”)

347
La mère cananéenne

Mais voilà qu'accourt une femme qui n'est pas de la maison, une pauvre femme en pleurs,
honteuse... Elle marche courbée, presque en rampant et, arrivée près du groupe au milieu duquel se
trouve Jésus, elle se met à crier : "Aie pitié de moi, ô Seigneur, Fils de David ! Ma fillette est toute
tourmentée par le démon qui lui fait faire des choses honteuses. Aie pitié parce que je souffre tant et
que je suis méprisée par tous à cause de cela. Comme si ma fille était responsable de faire ce qu'elle
fait… Aie pitié, Seigneur, Toi qui peux tout. Élève ta voix et ta main et commande à l'esprit impur
de sortir de Palma. Je n'ai que cette enfant et je suis veuve…Oh ! ne t‟en va pas ! Pitié !…"

En effet Jésus qui a fini de bénir les membres de la famille et qui a réprimandé les adultes d'avoir parlé de sa
venue - et eux s'excusent en disant : "Nous n'avons pas parlé, crois-le, Seigneur !" - s'en va montrant une
dureté inexplicable envers la pauvre femme qui se traîne sur les genoux en tendant des bras suppliants,
haletante alors qu'elle dit : "C'est moi, moi qui t'ai vu hier pendant que tu passais le torrent, et j'ai entendu
qu'on te disait : "Maître." Je vous ai suivis parmi les buissons et j'ai entendu leurs conversations. J'ai compris
qui tu es... Et ce matin, je suis venue alors qu'il faisait encore nuit, pour rester ici sur le seuil comme un petit
chien jusqu'au moment où Sara s'est levée et m'a fait entrer. Oh ! Seigneur, pitié ! Pitié ! D'une mère et d'une
petite !"

Mais Jésus marche rapidement, sourd à tout appel. Ceux de la maison disent à la femme : "Résigne-toi ! Il ne
veut pas t'écouter. Il l'a dit : c'est pour ceux d'Israël qu'il est venu..."

Mais elle se lève, à la fois désespérée et pleine de foi, et elle répond : "Non. Je le prierai tant qu'il
m'écoutera." Et elle se met à suivre le Maître ne cessant de crier ses supplications qui attirent sur le seuil des
maisons du village tous ceux qui sont éveillés et qui, comme ceux de la maison de Jonas, se mettent à la
suivre pour voir comment la chose va finir.

348
Les apôtres pendant ce temps se regardent entre eux étonnés et ils murmurent : "Pourquoi agit-il ainsi ? Il ne
l'a jamais fait !..." Et Jean dit : "À Alexandroscène il a pourtant guéri ces deux."

"C'étaient des prosélytes, pourtant" répond le Thaddée.

"Et celle qu'il va guérir maintenant ?"

"Elle est prosélyte, elle aussi" dit le berger Anna.

"Oh ! mais que de fois il a guéri aussi des gentils ou des païens ! La petite romaine, alors ? ..." dit André
désolé, qui ne sait pas se tranquilliser de la dureté de Jésus envers la femme cananéenne.

"Je vais vous dire ce qu'il y a" s'exclame Jacques de Zébédée. "C'est que le Maître est indigné. Sa patience
est à bout, devant tant d'assauts de la méchanceté humaine. Ne voyez-vous pas comme il est changé ? Il a
raison ! Désormais il ne vase donner qu'à ceux qu'il connaît. Et il fait bien !"

"Oui. Mais en attendant, elle nous suit en criant, avec une foule de gens à sa suite. Lui, s'il veut passer
inaperçu, a trouvé moyen d'attirer l'attention même des arbres..." bougonne Matthieu.

"Allons Lui dire de la renvoyer... Regardez ici le beau cortège qui nous suit ! Si nous arrivons ainsi sur la
route consulaire, nous allons être frais ! Et elle, s'il ne la chasse pas, ne va pas nous lâcher..." dit le Thaddée
fâché, qui de plus se retourne et dit à la femme : "Tais-toi et va-t-en !" Et ainsi fait Jacques de Zébédée. Mais
la femme ne s'impressionne pas des menaces et des injonctions et continue de supplier.

"Allons le dire au Maître, qu'il la chasse, Lui, puisqu'il ne veut pas l'écouter, Cela ne peut pas durer ainsi !" dit
Matthieu, alors qu'André murmure : "La pauvre !" et Jean ne cesse de répéter : "Moi, je ne comprends pas...
Moi, je ne comprends pas..." Il est bouleversé, Jean, de la façon d'agir de Jésus.

Mais désormais, en accélérant leur marche, ils ont rejoint le Maître qui s'en va rapidement comme si on le
poursuivait. "Maître ! Mais renvoie cette femme ! C'est un scandale ! Elle crie derrière nous ! Elle nous fait

349
remarquer de tout le monde ! La route se remplit toujours plus de passagers... et beaucoup la suivent. Dis-lui
qu'elle s'en aille."

"Dites-le-lui, vous. Moi, je lui ai déjà répondu."

"Elle ne nous écoute pas. Allons ! Dis-le-lui, Toi. Et avec sévérité."

Jésus s'arrête et se retourne. La femme prend cela pour un signe de grâce, et elle hâte le pas, elle élève le ton
déjà aigu de sa voix et son visage pâlît car son espoir grandit.

"Tais-toi, femme, et retourne chez toi ! Je l'ai déjà dit : "Je suis venu pour les brebis d'Israël". Pour guérir les
malades et rechercher celles d'entre elles qui sont perdues. Toi, tu n'es pas d'Israël."

Mais la femme est déjà à ses pieds et les baise en l'adorant et en tenant serrées ses chevilles, comme si elle
était une naufragée qui a trouvé un rocher où se réfugier, et elle gémit : "Seigneur, viens à mon secours ! Tu
le peux, Seigneur. Commande au démon, Toi qui es saint... Seigneur, Seigneur, tu es le Maître de tout, de la
grâce comme du monde. Tout t'est soumis, Seigneur. Je le sais. Je le crois. Prends donc ce qui est en ton
pouvoir et sers-t-en pour ma fille."

"Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants de la maison et de le jeter aux chiens de la rue."

"Moi, je crois en Toi. En croyant, de chien de la rue je suis devenue chien de la maison. Je te l'ai dit : je suis
venue avant l'aube me coucher sur le seuil de la maison où tu étais, et si tu étais sorti de ce côté là, tu aurais
buté contre moi. Mais tu es sorti de l'autre côté et tu ne m'as pas vue. Tu n'as pas vu ce pauvre chien
tourmenté, affamé de ta grâce, qui attendait pour entrer en rampant où tu étais, pour te baiser ainsi les pieds,
en te demandant de ne pas le chasser..."

350
"Il n'est pas bien de jeter le pain des enfants aux chiens." répète Jésus.

"Mais pourtant les chiens entrent dans la pièce où le maître mange avec ses enfants, et ils mangent ce qui
tombe de la table, ou les restes que leur donnent les gens de la maison, ce qui ne sert plus. Je ne te demande
pas de me traiter comme une fille et de me faire asseoir à ta table : Mais donne-moi, au moins, les miettes..."
Jésus sourit. Oh ! comme son visage se transfigure dans ce sourire de joie !…

Les gens, les apôtres, la femme, le regardent avec admiration... sentant que quelque chose va arriver.

Et Jésus dit : "Oh ! femme ! Grande est ta foi. Et par elle tu consoles mon esprit. Va donc, et qu'il te soit fait
comme tu veux. Dès ce moment, le démon est sorti de ta petite. Va en paix. Et comme de chien perdu tu as
su vouloir être chien domestique, ainsi sache à l'avenir être fille, assise à la table du Père. Adieu."

"Oh ! Seigneur ! Seigneur ! Seigneur !... Je voudrais courir pour voir ma Palma chérie... Je voudrais rester
avec Toi, te suivre ! Béni ! Saint !"

"Va, va, femme. Va en paix."

Et Jésus reprend sa route alors que la cananéenne, plus agile qu'une enfant, s'éloigne en courant, suivie de la
foule curieuse de voir le miracle...

"Mais pourquoi, Maître, l'as-tu faite tant prier pour ensuite l'écouter ?" demande Jacques de Zébédée.

"À cause de toi et de vous tous. Cela n'est pas une défaite, Jacques. Ici, je n'ai pas été chassé, ridiculisé,
maudit... Que cela relève votre esprit abattu. J'ai déjà eu aujourd'hui ma nourriture très douce. Et j'en bénis
Dieu. Et maintenant allons trouver cette autre qui sait croire et attendre avec une foi assurée."

"Et mes brebis, Seigneur ? Bientôt je devrai prendre une autre route que la tienne pour aller à ma pâture..."

Jésus sourit, mais ne répond pas.

351
Il est beau d'aller, maintenant que le soleil réchauffe l'air et fait resplendir comme des émeraudes les feuilles
nouvelles des bois et les herbes des prairies, changeant en chaton tout calice de fleur à cause des gouttes de
rosée qui brillent dans les pétales multicolores des fleurettes des champs. Et Jésus va, souriant. Et les
apôtres, qui ont subitement repris courage, le suivent en souriant...

352
Guérison de la fille d’une Cananéenne

21 Alors sortant
De là, Jésus se retira dans la province
De Tyr et de Sidon. 22 Une Cananéenne,
Voici sortit de ce territoire et se mit
À crier ceci : “ Aie pitié de moi, Seigneur,
Fils de David ! ma fille souffre d‟un démon
Cruellement ! ”

23 Jésus ne lui répondit pas


Un mot. S‟avançant, ses disciples le priaient
En disant : “ Renvoie-la, car elle crie derrière nous ”.
24 Et il répondit : “ Je n‟ai été envoyé
Qu‟aux brebis perdues de la maison d‟Israël ”.
25 Mais elle vint se prosterner devant lui et dit :
“ Seigneur, secours-moi ! ” 26 Il répondit ceci :
“ Ce n‟est pas bien de prendre le pain des enfants
Et de le jeter aux petits chiens. ”

27 Elle dit : “ Oui,


Seigneur, pourtant les petits chiens mangent des miettes
Qui tombent de la table de leur Seigneur. ”

28 Alors
Jésus lui répondit : “ Ô femme, ta foi est grande,
Qu‟il te soit fait comme tu veux. ” Sa fille sur l‟heure
Fut guérie.

353
La dernière place au banquet

Prenez toujours comme règle de conduite cela : quand on vous invite à un banquet de noces, choisissez
toujours la dernière place. Double honneur vous en reviendra quand le maître vous dira : "Ami,
avance."Honneur de mérite et honneur d'humilité. Alors que... Ô triste moment pour un orgueilleux d'avoir la
honte de s'entendre dire : "Va là-bas, au fond, car il y a quelqu'un qui est plus que toi". Et faites la même
chose dans le banquet secret de votre esprit pour les noces avec Dieu. Qui s'humilie sera exalté, et qui
s'exalte sera humilié.

Ismaël, ne me hais pas parce que Moi je te soigne. Moi, je ne te hais pas. Je suis venu pour te guérir. Tu es
plus malade que cet homme. Tu m'as invité pour te donner du lustre à toi-même et satisfaire tes amis.
Souvent tu invites, mais par orgueil et pour ton plaisir. Ne le fais pas. N'invite pas les riches, les parents, les
amis. Mais ouvre ta maison, ouvre ton cœur aux pauvres, aux mendiants, aux estropiés, aux boiteux, aux
orphelins et aux veuves. Ils ne te donneront en échange que des bénédictions. Mais Dieu les changera pour
toi en grâces. Et à la fin. ..oh ! à la fin, quel sort bienheureux pour tous les miséricordieux qui seront
récompensés par Dieu à la résurrection des morts !

Malheur à ceux qui caressent seulement une espérance de profit et puis ferment leur cœur au frère qui ne
peut plus servir. Malheur à eux ! Je ferai les vengeances de ceux qui ont été abandonnés."

"Maître... je... je veux te satisfaire. Je prendrai encore ces enfants."

"Non."

"Pourquoi ?"

"Ismaël ?!…"

354
Ismaël baisse la tête. Il veut faire l'humble. Mais c'est une vipère à laquelle on a pressé le venin et elle ne
mord plus parce qu'elle sait qu'elle n'en a plus, mais pourtant elle attend le moment de mordre...

Eléazar essaie de ramener la paix en disant : "Bienheureux ceux qui prennent part au banquet de Dieu dans
leur esprit et dans le Royaume éternel. Mais crois-le, Maître, c'est la vie qui nous apporte des obstacles. Les
charges... les occupations..."

Jésus dit la parabole du banquet et pour finir : "Les charges... les occupations, as-tu dit. C'est vrai. C'est pour
cela que je t'ai dit, au commencement de ce banquet, que mon Royaume se conquiert par des victoires sur
soi-même et non par des victoires sur des champs de bataille. La place au grand Banquet est pour ces
humbles de cœur qui savent être grands par leur fidèle amour qui ne mesure pas le sacrifice et qui surmonte
tout pour venir à Moi. Même une heure suffit pour changer un cœur. Pourvu que ce cœur le veuille. Et il
suffit d'une parole. Je vous en ai tant dit. Et je regarde... Dans un cœur va naître une plante sainte. Dans les
autres, des ronces pour Moi et, dans ces ronces, des aspics et des scorpions. Peu importe. Je vais droit mon
chemin. Qui m'aime me suive. Je vais en appelant à ma suite. Que ceux qui ont le cœur droit viennent à Moi.
Je vais en instruisant. Que ceux qui cherchent la justice s'approchent de la Fontaine. Pour les autres... pour
les autres c'est le Père Saint qui les jugera.

Ismaël, je te salue. Ne me hais pas. Réfléchis. Et rends-toi compte que j'ai été sévère par amour, non par
haine. Paix à cette maison et à ceux qui l'habitent, paix à tous si vous la méritez."

355
Sur le choix des places

7 Il disait
Ensuite une parabole pour les invités,
Remarquant qu'ils choisissaient les premiers divans,
Il leur disait : 8 " Tu es invité à des noces,
Ne va pas t'étendre sur le premier divan
De peur que quelqu'un de plus estimé que toi
N'ait été aussi invité, 9 et que celui
Qui vous a invités, toi et lui ne s'en viennent
Te dire : Cède-lui la place. Car tu te mettrais,
Plein de honte, à aller occuper la dernière place.
10 Quand tu es invité, à la dernière place
Va t'étendre pour que celui qui t'a invité
A son arrivée vienne te dire : Mon ami,
Monte plus haut. Alors il y aura pour toi
De l'honneur, à la face de ceux qui sont à table
Avec toi, 11 parce que quiconque s'élève sera
Abaissé, quiconque s'abaisse, sera élevé."

Sur le choix des invités.

12 Et il disait encore à celui qui l'avait


Invité : " Tu fais un déjeuner ou tu fais
Un dîner, n'appelle ni tes amis ni tes frères
Ni tes parents ni de riches voisins de peur
Qu'eux aussi ne t'invitent à leur tour et te rendent
La pareille.13 Lorsque tu fais une réception,
Invite des pauvres, des infirmes, des boiteux.

356
14 Heureux seras-tu de ce qu'ils n'ont pas de quoi
Te rendre ! Et lors de la résurrection des justes
Cela te sera rendu."

Sur les invités qui se dérobent.

15 Or l'un des convives,


À ces mots, lui dit : " Heureux celui qui prendra
Son repas dans le royaume de Dieu ! " 16 Il lui dit
Ceci : " Un homme faisait un grand dîner auquel
Il invita beaucoup de monde. 17 Il envoya
Son enclave à l'heure du dîner afin de dire
Aux invités : Venez, parce que maintenant
C'est prêt.18 Et tous d'un commun accord, n'excusèrent.

Le premier lui dit : j‟ai acheté une terre.


Il me faut aller la voir ; je t'en prie, tiens-moi
Pour excusé. 19 Un autre dit : j'ai acheté
Cinq paires de bœufs, aussi je vais les essayer
Je t'en prie, tiens-moi pour excusé. 20 Et un autre
Dit : Je viens de me marier, je ne puis venir.
21 "Et à son retour, l'esclave annonça cela
À son Seigneur. Le maître de maison alors
Pris de colère dit à son enclave : dans les places
Et les rues de la ville, sors vite et fais entrer
Ici les pauvres et les infirmes, et les aveugles
Et les boiteux. 22 L'esclave dit : ce que tu as,
Seigneur commandé est fait, il y a encore
De la place. 23 Et le Seigneur dit à l'esclave : sors
Dans les chemins et le long des clôtures, et force

357
Les gens à entrer, que ma maison se remplisse.
24 Je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient
Été invités ne goûtera mon dîner."

358
Le figuier stérile

Écoutez cette parabole. On pourrait l'intituler : "La parabole du bon cultivateur".

Un riche avait une grande et belle vigne dans laquelle se trouvaient des figuiers de différentes qualités. À la
vigne était préposé un de ses serviteurs, vigneron expérimenté et qui connaissait la taille des arbres à fruits. Il
faisait son devoir par amour pour son maître et pour les arbres. Tous les ans, le riche, à la belle saison, venait
à plusieurs reprises à sa vigne pour voir mûrir les raisins et les figues et les goûter, les cueillant sur les arbres
de ses propres mains. Un jour donc, il se dirigea vers un figuier qui donnait des fruits d'excellente qualité,
l'unique arbre de cette qualité qui existât dans la vigne. Mais ce jour aussi, comme les deux années
précédentes, il le trouva tout en feuilles et sans aucun fruit. Il appela le vigneron et lui dit : "C'est la
troisième année que je viens chercher des fruits sur ce figuier et je ne trouve que des feuilles. On voit que cet
arbre a fini de fructifier. Coupe-le donc. Il est inutile qu'il soit ici à occuper une place, et prendre ton temps,
pour ne rien rapporter. Scie-le, brûle-le et nettoie le terrain de ses racines et mets à sa place une nouvelle
plante. D'ici quelques années elle donnera des fruits." Le vigneron, qui était patient et aimant, répondit : "Tu
as raison. Mais laisse-moi encore faire cette année. Je ne vais pas le scier, mais au contraire, avec encore
plus de soin, je vais bêcher tout autour, y mettre du fumier, et l'émonder. Qui sait s'il ne va pas encore
donner des fruits ? Si après ce dernier essai il ne donne pas de fruit, j'obéirai à ton désir et je le couperai."

Corozaïn c'est le figuier qui ne donne pas de fruit. Je suis le bon Cultivateur, et le riche impatient c'est vous.
Laissez faire le bon Cultivateur."

"C'est bien. Mais ta parabole ne conclut pas. Le figuier, l'année suivante, a-t-il donné de fruit ?" demande le
Zélote.

359
"Il n'a pas fait de fruit et on l'a coupé. Mais le cultivateur a été justifié d'avoir coupé une plante encore jeune
et florissante parce qu'il avait fait tout son devoir. Moi aussi je veux être justifié pour ceux auxquels je dois
appliquer la hache et que je dois enlever de ma vigne, où se trouvent des arbres stériles et empoisonnés, nids
de serpents, qui absorbent les sucs nutritifs, parasites, plantes vénéneuses qui gâtent leurs condisciples ou
leur nuisent, ou encore qui pénètrent par leurs racines nuisibles pour proliférer sans être appelés, dans ma
vigne, rebelles à toute greffe, entrés seulement pour espionner, dénigrer, stériliser mon champ. Ceux- là, je
les couperai quand tout aura été tenté pour les convertir. Et pour l'instant, avant d'employer la hache, j'essaie
les cisailles et la serpette de l'émondeur, et j'élague et je greffe... Oh ! ce sera un travail dur, pour Moi qui le
fais, pour ceux qui le subiront. Mais il faut le faire, pour que l'on puisse dire au Ciel : "Il a tout fait, mais eux
sont devenus toujours plus stériles et plus mauvais, plus il les a émondés, greffés, déchaussés, fumés, suant à
force de fatigues et pleurant des larmes de sang... Nous voici au village, allez tous en avant chercher un
logement. Toi, Judas de Kériot, reste avec Moi."

Ils restent seuls, et dans la pénombre du soir ils avancent l'un près de l'autre dans le plus grand silence.

Enfin Jésus dit, comme s'il se parlait à Lui-même : "Et pourtant, même si on est tombé dans la disgrâce de
Dieu en contrevenant à sa Loi, on peut toujours redevenir ce qu'on était, en renonçant au péché..."

Judas ne répond rien.

Jésus reprend : "Et si on a compris qu'on ne peut avoir le pouvoir de Dieu, parce que Dieu n'est pas là où se
trouve Satan, on peut facilement y remédier en préférant ce que Dieu accorde à ce que veut notre orgueil."

Judas se tait.

Ils sont déjà à la première maison du village. Jésus, comme s'il se parlait toujours à Lui-même, dit : "Et
penser que j'ai souffert une dure pénitence pour qu'il se repente et revienne à son Père..."

360
Judas sursaute, lève la tête, le regarde... mais ne dit rien.

Jésus aussi le regarde... et puis il demande : "Judas, à qui je parle ?"

"À moi, Maître. C'est à cause de Toi que je n'ai plus de pouvoir. Car tu me l'as enlevé pour en donner
davantage à Jean, à Simon, à Jacques, à tous, excepté à moi. Tu ne m'aimes pas, voilà ! Et je finirai par ne
pas t'aimer et par maudire l'heure où je t'ai aimé, en me ruinant aux yeux du monde pour un roi qui ne sait
pas combattre, qui se laisse dominer même par la plèbe. Ce n'est pas ce que j'attendais de Toi !"

"Ni Moi non plus de toi. Mais je ne t'ai jamais trompé, Moi. Et je ne t'ai jamais contraint. Pourquoi donc
restes-tu à mes côtés ?"

"Parce que je t'aime. Je ne peux plus me séparer de Toi. Tu m'attires et me dégoûtes. Je te désire comme l'air
pour respirer et... tu me fais peur. Ah ! je suis maudit ! Je suis damné ! Pourquoi tu ne chasses pas le démon,
Toi qui le peux ?" Le visage de Judas est livide et bouleversé, fou, apeuré, haineux. ...Il rappelle déjà, bien
que faiblement, le masque satanique de Judas du Vendredi Saint.

Et le visage de Jésus rappelle le Nazaréen flagellé qui, assis dans la cour du Prétoire sur un baquet renversé,
regarde ceux qui se moquent de Lui avec toute sa pitié pleine d'amour. Il parle, et il semble qu'il y ait déjà un
sanglot dans sa voix : "Pourquoi n'y a-t-il pas de repentir en toi, mais seulement de la haine contre Dieu,
comme si c'était Lui qui était coupable de ton péché."

Judas dit entre ses dents une vilaine imprécation...

361
"Maître, nous avons trouvé. Cinq dans un endroit, trois dans un autre, deux dans un troisième et un
seulement dans deux autres. Il n'a pas été possible de faire mieux." disent les disciples.

"C'est bien ! Moi, je vais avec Judas de Kériot." dit Jésus.

"Non. Je préfère être seul. Je suis inquiet. Je ne te laisserais pas reposer..."

"Comme tu veux,.. Alors j'irais avec Barthélemy. Vous vous ferez ce que vous voudrez. En attendant, allons
où il y a le plus de place, pour pouvoir souper ensemble."

362
Parabole du figuier stérile

6 Il disait cette parabole : "Quelqu‟un avait


Un figuier planté dans sa vigne. Aussi il vint
Y chercher du fruit et n‟en trouva pas. 7 Il dit
Au vigneron : voilà trois années que je viens
Chercher du fruit sur ce figuier sans en trouver,
Coupe-le ; pourquoi donc encombre-t-il la terre ?

Mais celui-ci répondant, lui dit : laisse-le,


Seigneur encore cette année, le temps que je creuse
Autour et que je mette du fumier. 9 Peut-être
Fera-t-il du fruit à l‟avenir… Sinon, certes
Tu le couperas."

363
Pierre devient chef des Apôtres

"Mais les gens, vous qui les approchez si familièrement plus que Moi, et sans la crainte que je peux leur
inspirer, que disent-ils que je suis ? Et comment définissent-ils le Fils de l'homme ?"

"Certains disent que tu es Jésus, c'est-à-dire le Christ, et ce sont les meilleurs. D'autres t'appellent Prophète,
d'autres seulement Rabbi, et d'autres, tu le sais, te disent fou et possédé."

"Quelques-uns pourtant se servent pour Toi du nom que tu te donnes et ils t'appellent : "Fils de l'homme"

"Et certains aussi disent que cela ne peut-être, parce que le Fils de l'homme c'est une chose bien différente.
Et cela n'est pas toujours négation car, au fond, ils admettent que tu es plus que Fils de l'homme : tu es le Fils
de Dieu. D'autres, au contraire, disent que tu n'es même pas le Fils de l'homme, mais un pauvre homme que
Satan agite ou que bouleverse la folie. Tu vois que les opinions sont nombreuses et toutes différentes" dit
Barthélemy.

"Mais pour les gens, qu'est-ce donc que le Fils de l'homme ?"

"C'est un homme où sont toutes les vertus les plus belles de l'homme, un homme qui réunit en lui-même
toutes les qualités requises d'intelligence, de sagesse, de grâce, dont nous pensons qu'elles étaient en Adam
et certains, à ces qualités, ajoutent celle de ne pas mourir. Tu sais que déjà circule le bruit que Jean Baptiste
n'est pas mort, mais seulement transporté ailleurs par les anges et qu'Hérode, pour ne pas se dire vaincu de
Dieu, et plus encore Hérodiade, ont tué un serviteur et, après l'avoir décapité, ont présenté comme le cadavre

364
du Baptiste le corps mutilé du serviteur. Les gens racontent tant de choses ! Ainsi plusieurs pensent que le
Fils de l'homme est Jérémie ou bien Élie, ou l'un des Prophètes et même le Baptiste en personne, en qui
étaient grâce et sagesse et qui se disait le Précurseur du Christ. Le Christ : l'Oint de Dieu. Le Fils de

l'homme : un grand homme né de l'homme. Un grand nombre ne peut admettre, ou ne veut pas admettre, que
Dieu ait pu envoyer son Fils sur la terre. Tu l'as dit hier : "Ne croiront que ceux qui sont convaincus de
l'infinie bonté de Dieu". Israël croit davantage dans la rigueur de Dieu que dans sa bonté..." dit encore
Barthélemy.

"Oui. En effet ils se sentent si indignes qu'ils jugent impossible que Dieu soit assez bon pour envoyer son
Verbe pour les sauver. Ce qui fait obstacle à leur croyance c'est la dégradation de leurs âmes." confirme le
Zélote, et il ajoute : "Tu dis que tu es le Fils de Dieu et de l'homme. En effet, en Toi, se trouve toute grâce et
toute sagesse comme homme. Et je crois réellement que quelqu'un qui serait né d'Adam en état de grâce
t'aurait ressemblé pour la beauté, l'intelligence et toute autre qualité. Et en Toi brille Dieu pour la puissance.
Mais qui peut le croire de ceux qui se croient dieux et qui mesurent Dieu sur eux-mêmes, dans leur orgueil
démesuré ? Eux, les cruels, les haineux, les rapaces, les impurs, ils ne peuvent certainement pas penser que
Dieu ait poussé sa douceur jusqu'à se donner Lui-même pour les racheter, son amour pour les sauver, sa
générosité pour se livrer à l'homme, sa pureté pour se sacrifier parmi nous. Ils ne le peuvent pas, eux qui sont
si impitoyables et pointilleux pour rechercher et punir les fautes."

"Et vous, qui dites-vous que je suis ? Dites-le vraiment d'après votre jugement, sans tenir compte de mes
paroles et de celles d'autrui. Si vous étiez obligés de me juger, qui diriez-vous que je suis ?"

"Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant" s'écrie Pierre en s'agenouillant, les bras tendus en haut, vers Jésus
qui le regarde avec un visage tout lumineux et qui se penche afin de le relever pour l'embrasser en disant :

"Tu es bienheureux, ô Simon, fils de Jonas ! Car ce n'est pas la chair ni le sang qui te l'ont révélé, mais mon
Père qui est dans les Cieux. Dès le premier jour que tu es venu vers Moi, tu t'es posé cette question, et parce
que tu étais simple et honnête, tu as su comprendre et accepter la réponse qui te venait du Ciel. Tu n'avais

365
pas vu les manifestations surnaturelles comme ton frère et Jean et Jacques. Tu ne connaissais pas ma sainteté
de fils, d'ouvrier, de citoyen comme Jude et Jacques, mes frères. Tu n'as pas profité d'un miracle et tu ne m'as
pas vu en accomplir, et je ne t'ai pas donné de signe de ma puissance comme je l'ai fait et comme l'ont vu
Philippe, Nathanaël, Simon le Cananéen, Thomas, Judas. Tu n'as pas été subjugué par ma volonté comme
Mathieu le publicain. Et pourtant tu t'es écrié : "Il est le Christ !" Dès la première heure que tu m'as vu, tu as
cru et jamais ta foi n'a été ébranlée.

C'est pour cela que je t'ai appelé Céphas, et pour cela c'est sur toi, Pierre, que j'édifierai mon Église et les
puissances de l'Enfer ne prévaudront pas contre elle. C'est à toi que je donnerai les clefs du Royaume des
Cieux. Et tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les Cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre
sera délié dans les Cieux, ô homme fidèle et prudent dont j'ai pu éprouver le cœur. Et ici, dès cet instant, tu
es le chef auquel il faut donner l'obéissance et le respect comme à un autre Moi-même. Et c'est tel que je le
proclame devant vous tous." Si Jésus avait écrasé Pierre sous une grêle de reproches, les pleurs de Pierre
n'auraient pas été aussi forts. Il pleure et éclate en sanglots, le visage sur la poitrine de Jésus. Des pleurs qui
n'auront leur égal que dans ceux incoercibles de sa douleur d'avoir renié Jésus. Maintenant ce sont des pleurs
faits de mille sentiments humbles et bons... Un peu encore de l'ancien Simon le pêcheur de Bethsaïda qui, à
la première annonce de son frère, avait dit en riant : "Le Messie t'apparaît !... Vraiment !" incrédule et
plaisant - mais un peu de l'ancien Simon s'effrite sous ces pleurs pour faire apparaître, sous la couche mince
de son humanité, toujours plus nettement le Pierre, Pontife de l'Église du Christ.

Quand il lève son visage, timide, confus, il ne sait faire qu'un geste pour dire tout, pour promettre tout, pour
se donner tout entier à son nouveau ministère : celui de jeter ses bras courts et musclés au cou de Jésus et de
l'obliger à se pencher pour l'embrasser, en mêlant ses cheveux et sa barbe un peu hérissés et grison- nants,
aux cheveux et à la barbe soyeux et dorés de Jésus, le regardant ensuite d'un regard adorant, affectueux,
suppliant de ses yeux un peu bovins, luisants et rougis par les larmes qu'il a versées, en tenant dans ses mains
calleuses, larges; épaisses, le visage ascétique du Maître penché sur le sien, comme si c'était un vase d'où
coulait une liqueur vivifiante... et il boit, boit, boit douceur et grâce, sécurité et force, de ce visage, de ces
yeux, de ce sourire...

366
Ils se séparent enfin, reprenant leur route vers Césarée de Philippe et Jésus dit à tous : "Pierre a dit la vérité.
Beaucoup en ont l'intuition, vous vous la connaissez. Mais vous, pour l'instant, ne dites à personne ce qu'est
le Christ, dans la vérité complète qui vous est connue. Laissez Dieu parler dans les cœurs comme il parle
dans le vôtre. En vérité je vous dis que ceux qui, à mes affirmations et aux vôtres apportent la foi parfaite et
le parfait amour, arrivent à savoir le vrai sens des mots : "Jésus, le Christ, le Verbe, le Fils de l'homme et de
Dieu."

367
Profession de foi et Primauté de Pierre

13 Jésus interrogeant
Était venu dans la région de Césarée
De Philippe, ses disciples aussi : “ Au dire des gens,
Qui est le fils de l‟homme ? ” 14 Et ils dirent : “ Pour les uns :
Jean le Baptiste ; et pour les autres : Élie, pour les autres :
Jérémie ou l‟un des prophètes. ”

15 Et il leur dit :
“ Et vous, que dites-vous que je suis ? ” 16 Simon Pierre
Lui dit : “ Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant ! ”
17 Lui répondant, Jésus lui dit : “ Heureux es-tu,
Simon Bar-Toma, car ce ne sont pas la chair
Et le sang qui t‟ont révélé cela ; mais c‟est
Mon Père qui est dans les cieux ! 18 Et moi je te dis
Que tu es Pierre, et sur ce roc je bâti
Mon église, et les portes de l‟Hadès contre elle
Ne prévaudront pas. 19 Je te donnerai les clefs
Du royaume des cieux, et ce que tu lieras
Sur la terre se trouvera lié dans les cieux,
Ce que tu délieras sur la terre, dans les cieux
Se trouvera délié.” 20 Puis il enjoignit
Aux disciples de ne dire à personne que lui
Était le Christ.

368
Le signe de Jonas

La ville doit être de construction récente comme Tibériade et Ascalon. Construite Sur un plan incliné que
domine une forteresse hérissée de tours, entourée de murailles cyclopéennes, défendue par des fossés
profonds dans lesquels descend en partie l'eau de deux ruisseaux qui, après s'être presque réunis en formant
un angle, s'éloignent ensuite en s'écoulant, l'un au-dehors de la ville et l'autre vers l'intérieur. De belles rues,
des places, des fontaines, une présentation des constructions à la mode de Rome, disent qu'ici aussi
l'obéissance servile des Tétrarques s'est manifestée en piétinant tout respect pour les usages de la Patrie.

La ville, sans doute parce qu'elle est un nœud de grandes routes qu'empruntent les caravanes qui vont à
Damas, Tyr, Séphet ou Tibériade, comme l'indiquent à toutes les portes les plaques indicatrices, est remplie
de gens en mouvement, piétons, cavaliers, caravanes d'ânes et de chameaux se croisent dans les rues larges
et bien tenues, et des groupes de commerçants ou de désœuvrés stationnent sur les places, sous les portiques,
près des habitations luxueuses, peut-être y a-t-il aussi des Thermes, pour parler affaires ou pour passer le
temps dans des bavardages sans importances.

"Sais-tu où nous pourrons les trouver ?" demande Jésus à Pierre.

"Oui. Ceux que j'ai interrogés m'ont dit que les disciples du Rabbi ont l'habitude de se réunir pour les repas
dans une maison de fidèles israélites près de la citadelle. Et ils me l'ont décrite. Je ne puis me tromper : une
maison d'Israël même dans son aspect extérieur, avec une façade sans fenêtres extérieures, avec un haut
portail muni d'une ouverture, et sur le côté du mur une petite fontaine et les hautes murailles du jardin qui se
prolongent dans de petites ruelles, et une terrasse élevée sur un toit rempli de pigeons."

"C'est bien. Alors, allons-y"...

Ils traversent toute la ville jusqu'à la citadelle. Ils arrivent à la maison qu'ils cherchent et frappent. À
l'ouverture se présente le visage ridé d'une petite vieille.

369
Jésus s'avance, salue : "La paix soit avec toi, femme. Les disciples du Rabbi sont-ils revenus ?"

"Non, homme. Ils sont du côté de la "Grande Source" avec d'autres, venus de plusieurs pays de l'autre rive
pour chercher justement le Rabbi. Ils sont tous à l'attendre. Es-tu aussi de ceux-là ?"

"Non. Je cherchais les disciples."

"Alors, regarde : tu vois cette route qui est presque en face de la fontaine ? Prends-la et monte jusqu'à ce que
tu arrives à une haute muraille de pierre d'où il sort de l'eau dans une sorte de vasque et qui forme après un
petit ruisseau. Tu les trouveras tout près, Mais tu viens de loin ? Veux-tu te rafraîchir, entrer ici pour les
attendre ? Si tu veux, je vais appeler mes maîtres. Ce sont de bons israélites, tu sais ? Et ils croient au
Messie. Disciples seulement pour l'avoir vu une fois à Jérusalem, au Temple. Mais maintenant les disciples
du Messie les ont instruits sur Lui, et ont fait des miracles ici, parce que..."

"C'est bien, brave femme. Je reviendrai plus tard avec les disciples. La paix à toi. Retourne à tes
occupations." dit Jésus avec bonté mais aussi avec autorité pour arrêter ce flot de paroles.

Ils se remettent en marche, et les plus jeunes des apôtres rient de bon cœur de la scène de la femme et font
même sourire Jésus.

"Maître." dit Jean "elle paraissait être la "Grande Source" ne te semble-t-il pas ? Ses paroles sortaient à flots
continus, et elle a fait de nous autant de vasques qui débordent en ruisseaux de paroles..."

"Oui. J'espère que les disciples n'auront pas fait de miracle sur sa langue... Ce serait le cas de dire : vous avez
fait trop de miracle" dit le Thaddée qui, contrairement à son habitude, rit de bon cœur.

"Le plus beau c'est quand elle va nous voir revenir, et qu'elle verra que c'était le Maître ! Qui arrivera à la
faire taire ?" demande Jacques de Zébédée.

"Non, au contraire elle restera muette de stupeur" dit Mathieu en prenant part aux commentaires des jeunes.

"J'en louerai le Très-Haut si la stupeur lui paralyse la langue. C'est sans doute parce que je suis presque à
jeun, mais ce qu'il y a de certain, c'est que le tourbillon de ses paroles m'a fait tourner la tête" dit Pierre.

"Et comme elle criait ! Est-elle peut-être sourde ?" demande Thomas.

"Non. Elle nous croyait sourds." dit l'Iscariote.

370
"Laissez-la tranquille, la pauvre vieille ! Elle était bonne et croyante. Son cœur est généreux comme sa
langue." dit Jésus mi-sérieux.

"Oh ! alors ! mon Maître, cette vieille est héroïque tant elle est généreuse." dit Jean en riant de bon cœur.

La paroi rocheuse et calcaire est déjà visible et déjà on entend le murmure de l'eau qui retombe dans la
vasque.

"Voici le ruisseau. Suivons-le... Voilà la fontaine... et là... Benjamin ! Daniel ! Abel ! Philippe ! Hermastée !
Nous sommes ici ! Le Maître est là !" crie Jean à un important groupe d'hommes qui sont rassemblés autour
de quelqu'un qu'on ne voit pas.

"Tais-toi, garçon, ou tu ressembleras, toi aussi, à cette vieille poule." conseille Pierre.

Les disciples se sont retournés et ils ont vu. Voir et se précipiter en sautant en bas de la terrasse a été une
seule chose. Je vois, maintenant que le groupe se disloque, qu'aux nombreux disciples, anciens désormais,
sont mêlés des habitants de Cédès et aussi du village du sourd-muet. Ils doivent avoir pris des chemins plus
directs car ils sont arrivés avant le Maître. La joie est grande, Beaucoup de questions et de réponses aussi.
Jésus patiemment écoute et répond jusqu'à ce que, avec deux autres, s'amène le maigre et souriant Isaac
chargé de provisions.

"Allons à la maison hospitalière, mon Seigneur, et là tu nous diras ce que nous n'avons pas pu dire, parce que
nous, nous ne le savions même pas. Ceux-ci, les derniers venus - et il sont avec nous depuis quelques heures
- veulent savoir ce qu'est pour Toi le signe de Jonas que tu as promis de donner à la génération perverse qui
te persécute." dit Isaac.

"Je l'expliquerai tout en marchant..." Aller ! Ce n'est pas facile ! Comme si une odeur de fleurs s'était
répandue dans l'air et que de nombreuses abeilles fussent accourues vers elle, de tous côtés accourent des
gens pour se réunir à ceux qui sont autour de Jésus.

371
"Ce sont nos amis" explique Isaac, "Des gens qui ont cru et qui t'attendaient..."

"Des gens qui, de ceux-ci et de lui spécialement, ont eu des grâces" crie quelqu'un de la foule en montrant
Isaac.

Isaac rougit et, comme pour s'excuser, il dit : "Moi, je suis le serviteur. Lui est le Maître. Vous qui attendez,
voici le Maître Jésus !"

Alors oui ! Le coin tranquille de Césarée, un peu excentrique, confiné comme il l'est à la périphérie, devient
plus agité qu'un marché, et plus bruyant. Hosanna ! Acclamations ! Supplications ! Il y a de tout. Jésus
avance très lentement, enserré par cette tenaille d'amour. Mais il sourit et bénit. Si lentement que certains ont
le temps de s'éloigner vivement pour répandre la nouvelle et pour revenir avec des amis ou des parents, en
tenant des enfants à bout de bras pour qu'ils puissent arriver sans dommage jusqu'à Jésus qui les caresse et
les bénit.

Ils arrivent ainsi à la maison d'où ils étaient venus et ils frappent. La vieille servante de tout à l'heure entend
les voix et elle ouvre sans hésitation. Mais... elle voit Jésus au milieu de la foule qui l'acclame, et elle
comprend... Elle tombe parterre en gémissant : "Pitié, mon Seigneur. Ta servante ne t'avait pas reconnu et ne
t'a pas vénéré !"

"Il n'y a pas de mal, ô femme. Tu ne connaissais pas l'homme, mais tu croyais en Lui. C'est cela qu'il faut
pour être aimé de Dieu. Lève-toi et conduis-moi à tes maîtres."

La petite vieille obéit, tremblante de respect. Mais elle voit les maîtres anéantis eux aussi par le respect,
écrasés contre le mur, au fond de l'entrée un peu obscure. Elle les montre : "Les voici."

"La paix à vous et à cette maison. Que le Seigneur vous bénisse pour votre foi dans le Christ et pour votre
charité envers ses disciples" dit Jésus en allant à la rencontre des deux petits vieux conjoints, ou bien frère et
sœur.

372
Ils le vénèrent, l'accompagnent dans la vaste véranda où, sous un lourd voile, de nombreuses tables ont été
préparées. La vue s'étend sur Césarée et sur les montagnes qui sont par derrière et sur les côtés. Les pigeons
croisent leurs vols de la terrasse au jardin rempli de plantes et de fleurs.

Pendant qu'un vieux serviteur ajoute des places, Isaac explique : "Benjamin et Anne accueillent non
seulement nous, mais ceux qui viennent à ta recherche. Ils le font en ton Nom."

"Que chaque fois le Ciel les bénisse."

"Ah ! nous avons les moyens et nous n'avons pas d'héritiers. À la fin de notre vie, nous adoptons comme
héritiers les pauvres du Seigneur" dit simplement la petite vieille.

Et Jésus lui met la main sur sa tête blanchie en disant : "Et cela te rend mère plus que si tu avais conçu sept
et sept fois. Mais maintenant permettez-moi d'expliquer ce qu'ils désiraient savoir, pour pouvoir congédier
ensuite les habitants et nous asseoir à table."

La terrasse est envahie par les gens et il en entre toujours et ils se pressent dans les endroits.. libres. Jésus est
assis au milieu d'une couronne d'enfants qui le regardent extasiés, de leurs yeux innocents. Il tourne le dos à
la table et il sourit à ces enfants, même en abordant ce sujet sérieux. Il semble lire sur les visages innocents
les mots de la vérité dont on Lui demande l'explication.

"Écoutez. Le signe de Jonas que j'ai promis aux méchants, et que je vous promets aussi à vous, non que vous
soyez mauvais, mais au contraire pour que vous puissiez arriver à la perfection de la foi quand vous le verrez
accompli, le voici. Comme Jonas resta trois jours dans le ventre du monstre marin et puis fut rendu à la terre
pour convertir et sauver Ninive, il en sera de même pour le Fils de l'homme. Pour calmer les vagues d'une
grande tempête satanique, les grands d'Israël croiront utile de sacrifier l'Innocent. Ils ne feront qu‟accroître
leurs périls, parce qu'en plus de Satan qui les trouble, ils auront Dieu pour les punir après leur crime. Ils
pourraient vaincre la tempête de Satan en croyant en Moi, mais ils ne le font pas parce qu‟ils voient en Moi

373
la raison de leurs troubles, de leurs peurs, de leurs dangers et un démenti à leur sainteté qui n'est pas sincère.
Mais, quand ce sera l'heure, le monstre insatiable qu'est le ventre de la terre qui engloutit tout homme qui
meurt, se rouvrira pour rendre la Lumière au monde qui l'a reniée.

Voici donc : de même que Jonas fut pour les Ninivites un signe de la puissance et de la miséricorde du
Seigneur, ainsi le Fils de l'homme le sera pour cette génération. Avec la différence que Ninive s'est convertie
alors que Jérusalem ne se convertira pas, car elle est pleine de la génération mauvaise dont j'ai parlé. Aussi la
Reine du Midi se lèvera au Jour du Jugement contre les hommes de cette génération et la condamnera. Car
elle est venue, à son époque, des confins de la terre pour entendre la sagesse de Salomon, tandis que cette
génération qui me possède au milieu d'elle ne veut pas m'entendre et me persécute et me chasse comme un
lépreux et un pécheur, Moi qui suis beaucoup plus que Salomon. Les Ninivites aussi se lèveront au Jour du
Jugement contre la génération mauvaise qui ne se convertit pas au Seigneur son Dieu, eux qui se sont
convertis à la prédication d'un homme. Moi, je suis plus qu'un homme, fût-il même Jonas ou quelque autre
Prophète.

Je donnerai donc le signe de Jonas à qui demande un signe sans équivoque possible. C'est un et un signe que
je donnerai à ceux qui ne veulent pas courber leur front arrogant devant les preuves déjà données de vies qui
reviennent grâce à ma volonté. Je donnerai tous les signes. Et celui d'un corps décomposé qui redevient
vivant et intact, et celui d'un Corps qui par Lui-même se ressuscite parce qu'à son Esprit est donné tout
pouvoir. Mais ce ne seront pas des grâces. Elles ne rendront pas moins accablante la situation, ni ici, ni dans
les livres éternels. Ce qui est écrit est écrit Et comme des pierres pour une prochaine lapidation, les preuves
s'accumuleront. Contre Moi, pour me nuire sans y réussir. Contre eux, afin de les faire passer pour l'éternité
sous la condamnation de Dieu, réservée aux incrédules pervers.

Voilà le signe de Jonas dont j'ai parlé. Avez-vous autre chose à demander ?"

"Non, Maître. Nous le rapporterons au chef de notre synagogue qui était très près de la vérité dans son
jugement sur le signe promis."

374
"Mathias est un juste. La vérité se révèle aux justes comme elle se révèle à ces innocents qui mieux que tout
autre savent qui je suis. Avant de vous congédier, permettez-moi d'entendre louer la miséricorde de Dieu par
les anges de la terre. Venez, enfants."

Les enfants, qui étaient restés tranquilles avec peine, accourent vers Lui.

"Dites-moi, enfants sans malice, pour vous quel est mon signe ?"

"Que tu es bon."

"Que tu fais guérir maman par ton Nom."

"Que tu aimes bien tout le monde."

"Que tu es beau, pas comme peut l'être un homme."

"Que tu rends bon même celui qui était mauvais comme mon père."

Chaque petite bouche d'enfant annonce une douce particularité de Jésus et révèle les peines que Jésus a
changées en sourires.

Mais le plus gentil de tous est un petit de quatre ans qui grimpe sur les genoux de Jésus et se serre à son cou
en disant : "Ton signe, c'est que tu aimes bien tous les enfants et que les enfants t'aiment bien. Ils t'aiment
ainsi..." et il ouvre ses petits bras grassouillets, et il rit, pour se serrer de nouveau au cou de Jésus en frottant
sa petite joue d'enfant à la joue de Jésus, qui l'embrasse en demandant : "Mais pourquoi m'aimez-vous bien si
vous ne m'avez jamais vu auparavant ?"

"Parce que tu sembles l'ange du Seigneur."

"Tu ne l'as jamais vu, mon petit..." dit en souriant Jésus pour l'éprouver.

L'enfant reste un moment interdit, mais ensuite il rit en montrant ses petites dents, et il dit : "Mais mon âme
l'a bien vu ! Maman dit qu'elle est en moi, et elle est ici, et Dieu la voit, et l'âme a vu Dieu et les anges, et
elle les voit. Et mon âme te connaît parce que tu es le Seigneur."

375
Jésus le baise au front en disant : "Que par ce baiser la lumière croisse dans ton intelligence." et il le dépose
par terre, et l'enfant court en sautant vers son père en tenant sa main appliquée sur le front, à l'endroit où il a
reçu le baiser, et il crie : "À maman, à maman ! Qu'elle mette son baiser au même endroit que le Seigneur et
que la voix lui revienne et qu'elle ne pleure plus."

On explique à Jésus que c'est une épouse qui a un mal à la gorge, qui désire le miracle et qui n'a pas été
guérie par les disciples qui n'ont pu atteindre ce mal tant il est profond.

"Elle sera guérie par le plus petit disciple, son petit garçon. Va en paix, homme. Et aie la foi comme ton fils."
dit Jésus en congédiant le père du petit.

Il embrasse les autres enfants qui sont restés, voulant avoir le même baiser sur le front, et il congédie les
habitants. Il reste les disciples et les gens de Cédès et de l'autre localité.

Pendant que l'on s'occupe des vivres, Jésus commande le départ pour le lendemain de tous les disciples qui
le précéderont à Capharnaüm pour s'unir à d'autres venus d'autres lieux. "Vous prendrez ensuite avec vous
Salomé, les épouses et les filles de Nathanaël et de Philippe, et Jeanne et Suzanne à mesure que vous irez
vers Nazareth. Là, vous prendrez ma Mère et la mère de mes frères et vous les accompagnerez à Béthanie,
dans la maison où se trouve Joseph, sur les terres de Lazare. Nous viendrons par la Décapole."

"Et Margziam ?" demande Pierre.

"J'ai dit : "Précédez-moi à Capharnaüm". Je n'ai pas dit : "Allez". Mais de Capharnaüm, on pourra prévenir
les femmes de notre arrivée, de façon qu'elles soient prêtes quand nous irons à Jérusalem par la Décapole.
Margziam, qui est maintenant un jeune homme, ira avec les disciples en accompagnant les femmes..."

376
"C'est que... je voulais amener aussi ma femme à Jérusalem, la pauvre. Elle l'a toujours désiré et... elle n'était
jamais venue car moi, je ne voulais pas d'ennuis... Mais je voudrais lui faire plaisir, cette année. Elle est si
bonne !"

"Mais oui, Simon. Raison de plus pour que Margziam aille avec elle. Nous ferons le voyage lentement et
nous nous retrouverons là- bas…"

Le vieux maître de maison dit : "Si peu de temps chez moi ?"

"Père, j'ai encore beaucoup à faire, et je veux être à Jérusalem au moins huit jours avant la Pâque. Rends-toi
compte que la première phase de la lune d'Adar est terminée..."

"C'est vrai. Mais je t'ai tant désiré !… De t'avoir, il me semble que je suis dans la Lumière du Ciel... et la
lumière doit s'éteindre à ton départ."

"Non, père. Je te la laisserai dans le cœur, et à ta femme. À toute cette maison hospitalière."

Ils s'assoient aux tables, et Jésus fait l'offrande et il bénit la nourriture que le serviteur distribue ensuite aux
différentes tables.

377
Le signe de Jonas

38 Alors
Quelques-uns des scribes et des Pharisiens lui dirent
À part : “ Nous voudrions voir un signe de toi,
Maître. ”

39 Il leur répondit : “ Une génération


Mauvaise et adultère recherche un signe ! … De signe,
Il ne lui en sera donc pas donné, sinon
Celui du prophète Jonas. 40 De même, en effet,
Que Jonas a été dans le ventre du monstre
Trois jours et trois nuits, le Fils de l‟homme dans le cœur
De la terre sera trois jours et trois nuits.

41 Alors
Les hommes de Ninive, lors de ce Jugement
Se dresseront avec cette génération,
Ils la condamneront, car ils se repentirent
À la proclamation de Jonas ; il y a
Ici plus que Jonas !

42 La Reine du Midi
Se lèvera, lors de ce Jugement, avec
Cette génération, elle la condamnera
Car elle est venue pour écouter la sagesse
De Salomon, des extrémités de la terre ;
Il y a ici plus que Salomon !

378
Jésus blâme Pierre

Jésus, les bras croisés, les a écouté parler en les regardant à tour de rôle. Maintenant il fait signe qu'il va
parler et il dit : « Le Fils de l'homme sera livré aux mains des hommes parce qu'il est le Fils de Dieu, mais
parce qu'il est aussi le Rédempteur de l'homme. Et il n'y a pas de rédemption sans souffrance. Ma souffrance
atteindra le corps, la chair et le sang, pour réparer les péchés de la chair et du sang. Elle sera morale pour
réparer les péchés de l'âme et des passions. Elle sera spirituelle pour réparer les fautes de l'esprit. Elle sera
complète. Aussi, à l'heure fixée, je serai pris dans Jérusalem, et après avoir beaucoup souffert, de la part des
Anciens et des Grands Prêtres, des scribes et des pharisiens, je serai condamné à une mort infamante. Et
Dieu laissera faire parce qu'il doit en être ainsi, car je suis l'Agneau qui expie pour les péchés du monde
entier. Et dans une mer d'angoisse, que partagera ma Mère et quelques autres personnes, je mourrai sur le
gibet. Trois jours après, par ma seule volonté divine, je ressusciterai pour une vie éternelle et glorieuse
comme Homme et je serai de nouveau Dieu au Ciel avec le Père et l'Esprit. Mais auparavant je devrai
souffrir toutes sortes d'opprobres et avoir le cœur transpercé par le Mensonge et la Haine. »

Un chœur de cris scandalisés s'élève dans l'air tiède et parfumé du printemps.

Pierre, le visage effrayé, et scandalisé lui aussi, prend Jésus par le bras et l'amène un peu à part en Lui disant
doucement à l'oreille : « Oh ! Seigneur ! Ne dis pas cela. Ce n'est pas bien. Tu vois ? Eux se scandalisent. Tu
tombes dans leur estime. Pour aucune raison tu ne dois permettre cela ; mais aussi, une pareille chose ne
t'arrivera jamais. Pourquoi donc l'envisager comme vraie ? Tu dois monter toujours davantage dans l'estime
des hommes si tu veux t'affirmer, et tu dois terminer, peut-être, par un dernier miracle comme celui de
réduire en cendres tes ennemis. Mais ne jamais t'avilir et te rendre pareil à un malfaiteur que l'on punit. » Et
Pierre paraît un maître ou un père affligé qui fait des reproches pleins d'un amour angoissé à un fils qui a dit
une sottise.

379
Jésus, qui s'était un peu penché pour écouter le murmure de Pierre, se redresse sévère, avec des éclairs dans
les yeux, mais des éclairs de courroux, et il crie fort pour que tous entendent et que la leçon serve à tous : «
Va loin de Moi, toi qui en ce moment es un satan qui me conseille de manquer à l'obéissance envers mon
Père ! C'est pour cela que je suis venu ! Non pour les honneurs ! Toi, en me conseillant l'orgueil, la
désobéissance, la dureté sans charité, tu tentes de m'amener au mal. Va ! Tu es pour Moi un scandale ! Tu ne
comprends pas que la grandeur réside non dans les honneurs mais dans le sacrifice et que ce n'est rien de
paraître un ver pour les hommes si Dieu nous regarde comme des anges ? Toi, homme sot, tu ne comprends
pas ce qui est grandeur pour Dieu et raison de Dieu et tu vois, juges, entends, parles, avec ce qui est de
l'homme. »

Le pauvre Pierre reste anéanti sous ce reproche sévère ; il s'écarte mortifié et il pleure... et ce ne sont pas les
larmes de joie de quelques jours auparavant, mais les larmes de désolation de quelqu'un qui comprend qu'il a
péché et qu'il a fait souffrir celui qu'il aime. Et Jésus le laisse pleurer. Il se déchausse, relève le vêtement et
passe à gué le ruisseau. Les autres l'imitent en silence. Personne n'ose dire un seul mot. En arrière de tous, se
trouve le pauvre Pierre qu'Isaac et le Zélote essaient en vain de consoler, André se retourne plusieurs fois
pour le regarder, et puis il murmure quelque chose à Jean qui est tout affligé. Mais Jean secoue la tête en
signe de refus.

Alors André se décide. Il court en avant, rejoint Jésus, l'appelle doucement avec une crainte visible :

« Maître ! Maître !... »

Jésus le laisse appeler plusieurs fois. À la fin, il se retourne, l'air sévère et il demande : « Que veux-tu ? »

« Maître, mon frère est affligé... il pleure... »

« Il l'a mérité. »

« C'est vrai, Seigneur. Mais lui, c'est toujours un homme... Il ne peut pas toujours bien parler. »

380
« En effet aujourd'hui il a très mal parlé. » répond Jésus. Mais il est déjà moins sévère et un éclair souriant
adoucit son œil divin.

André s'enhardit et prolonge sa plaidoirie en faveur de son frère : « Mais tu es juste et tu sais que c'est son
amour pour Toi qui l'a fait errer ... »

« L'amour doit être lumière et non pas ténèbres. Il l'a rendu ténèbres et s'en est enveloppé l'esprit. »

« C'est vrai, Seigneur. Mais les bandes on peut les enlever quand on veut. Ce n'est pas comme d'avoir l'esprit
ténébreux. Les ban- des, c'est l'extérieur. L'esprit, c'est l'intérieur, le noyau vivant... L'intérieur de mon frère
est bon. »

« Qu'il enlève alors les bandes qu'il s'est mises. »

« Certainement il le fera, Seigneur ! Il y est déjà occupé. Retourne-toi et regarde comme il est défiguré par
les larmes que tu ne consoles pas. Pourquoi es-tu si sévère avec lui ? »

« C'est parce qu'il a le devoir d'être "le premier" comme je lui ai fait l'honneur de l'être. Celui qui reçoit
beaucoup doit donner beaucoup... »

« Oh ! Seigneur ! C'est vrai, oui. Mais ne te souviens-tu pas de Marie de Lazare ? De Jean d'Endor ?
D‟Aglaé ? De la Belle de Corozaïn ? De Lévi ? À eux tu as tout donné... et eux ne t'avaient donné que
l'intention de se racheter... Seigneur !... Tu m'as écouté pour la Belle de Corozaïn et pour Aglaé... Ne
m'écouterais-tu pas pour ton et mon Simon qui a péché par amour pour Toi ? »

Jésus abaisse ses yeux sur le doux qui se fait audacieux et pressant en faveur de son frère, comme il le fut,
silencieusement, pour Aglaé et la Belle de Corozaïn, et son visage resplendit de lumière : « Va appeler ton
frère » dit-il « et amène-le ici. »

« Oh ! merci, mon Seigneur ! J'y vais... » et il s'éloigne, en courant rapide comme l'hirondelle.

« Viens, Simon. Le Maître n'est plus en colère contre toi. Viens, il veut te le dire. »

381
« Non, non. Moi, j'ai honte... Il y a trop peu de temps qu'il m'a fait des reproches... Il me veut pour m'en faire
encore... »

« Comme tu le connais mal ! Allons, viens ! Tu crois que je pourrais t'amener pour te faire encore

souffrir ? Si je n'étais pas certain que c'est une joie qui t'attend, je n'insisterais pas. Viens. »

« Mais que vais-je Lui dire ? » dit Pierre en se mettant en route un peu à regret, freiné par ses sentiments
humains, excité par son esprit qui ne peut se passer de la condescendance de Jésus et de son amour. « Que
vais-je Lui dire ? » continue-t-il à demander.

« Mais rien ! Montre-lui ton visage, et cela suffira. » dit André pour encourager son frère.

Tous les disciples, à mesure que les deux les dépassent, regardent les deux frères et sourient, comprenant ce
qui arrive.

Ils rejoignent Jésus. Mais Pierre s'arrête au dernier moment. André ne fait pas d'histoires. En le poussant
énergiquement comme il le fait à la barque pour la pousser au large, il le pousse en avant. Jésus s'arrête...
Pierre lève son visage;.. Jésus abaisse le sien... Ils se regardent... Deux grosses larmes roulent sur les joues
toutes rougies de Pierre...

« Viens ici, grand enfant irréfléchi, que je te serve de père en essuyant ces larmes. » dit Jésus, et il lève la
main sur laquelle est encore la marque du coup de pierre de Giscala, et il essuie avec les doigts ces deux
larmes.

382
« Oh ! Seigneur ! M'as-tu pardonné ? » demande Pierre en tremblant, en prenant la main de Jésus dans les
siennes et en le regardant avec deux yeux de chien fidèle qui veut se faire pardonner par son maître fâché.

« Je ne t'ai jamais condamné... »

« Mais avant... »

« Je t'ai aimé. C'est amour de ne pas permettre qu'en toi prennent racine des déviations de sentiment et de
sagesse. Tu dois être le premier en tout, Simon-Pierre. »

« Alors... alors tu m'aimes bien encore ? Tu me veux encore ? Ce n'est pas que je veuille la première place,
tu sais ? Il me suffit même d'avoir la dernière, mais être avec Toi, à ton service... et mourir à ton service,
Seigneur, mon Dieu ! »

Jésus lui passe son bras autour des épaules et le serre tout contre Lui. Alors Simon, qui n'a pas quitté l'autre
main de Jésus, la couvre de baisers... heureux. Et il murmure : « Combien j'ai souffert !... Merci, Jésus. »

« Remercie ton frère, plutôt. Et sache à l'avenir porter ton fardeau avec justice et héroïsme. Attendons les
autres. Où sont-ils ? »

Ils se sont arrêtés où ils étaient quand Pierre a rejoint Jésus, pour laisser au Maître la liberté de parler à son
apôtre mortifié. Jésus leur fait signe d'avancer. Et avec eux, se trouvent quelques paysans qui avaient laissé
leur travail dans les champs pour venir interroger les disciples.

Jésus a toujours la main sur l'épaule de Pierre et il dit : « Par ce qui est arrivé, vous avez compris que c'est
une chose sévère que d'être à mon service. C‟est à lui que j‟ai adressé le reproche, mais il était pour tous,

383
parce que les mêmes pensées étaient dans la plus grande partie de vos cœurs, ou bien formées ou en germe.
De cette façon je les ai brisées, et celui qui les cultive encore montre qu'il ne comprend pas ma Doctrine, ma
Mission, ma Personne.

Je suis venu pour être le Chemin, la Vérité et la Vie. Je vous donne la Vérité par ce que j'enseigne. Je vous
aplanis le Chemin par mon sacrifice, je vous le trace, je vous l'indique. Mais la Vie, je vous la donne par ma
mort. Et souvenez-vous que quiconque répond à mon appel et se met dans mes rangs pour coopérer à la
rédemption du monde doit être prêt à mourir pour donner aux autres la Vie. Ainsi quiconque veut venir à ma
suite doit être prêt à se renoncer, à renier son vieux lui-même avec ses passions, ses tendances, ses habitudes,
ses traditions, ses pensées, et me suivre avec son nouveau lui-même.

Que chacun prenne sa croix comme Moi je la prendrai. Qu'il la prenne même si elle lui semble trop
infamante. Qu'il laisse le poids de sa croix écraser son lui-même humain pour libérer son lui-même spirituel,
auquel la croix ne fait pas horreur mais au contraire est un point d'appui et un objet de vénération, car l'esprit
sait et se souvient. Et qu'il me suive avec sa croix. Est-ce qu'à la fin du chemin l'attendra la mort
ignominieuse comme elle m'attend ? Il n'importe. Qu'il ne s'afflige pas, mais au contraire qu'il se réjouisse,
car l'ignominie de la terre se changera en une grande gloire au Ciel, alors que ce sera un déshonneur d'être
lâche en face des héroïsmes spirituels, Vous ne cessez de dire que vous voulez me suivre jusqu'à la mort.
Suivez-moi alors, et je vous conduirai au Royaume par un chemin âpre mais saint et glorieux, au terme
duquel vous conquerrez la Vie qui ne change pas pour l'éternité. Cela sera "vivre". Suivre, au contraire, les
chemins du monde et de la chair, c'est "mourir". De cette façon si quelqu'un veut sauver sa vie sur la terre il
la perdra, tandis que celui qui perdra sa vie sur la terre à cause de Moi et par amour pour mon Évangile, la
sauvera. Mais réfléchissez : à quoi servira à l'homme de gagner le monde entier si ensuite il perd son âme ?

Et encore gardez-vous bien, maintenant et à l'avenir, d'avoir honte de mes paroles et de mes actions. Cela
aussi serait "mourir". En effet celui qui aura honte de Moi et de mes paroles au milieu de cette génération
sotte, adultère et pécheresse, dont j'ai parlé, et espérant en tirer protection et avantages La flattera en me
reniant, Moi et ma Doctrine, et en jetant les paroles qu'il a eues dans les gueules immondes des porcs et des

384
chiens pour avoir en récompense des excréments en guise de paiement, celui-là sera jugé par le Fils de
l'homme quand il viendra dans la gloire de son Père et avec les anges et les saints pour juger le monde. Lui
alors rougira de tous ces adultères et fornicateurs, de ces lâches et de ces usuriers et il les chassera de son
Royaume, parce qu'il n'y a pas de place dans la Jérusalem céleste pour les adultères, les lâches, les
fornicateurs, les blasphémateurs et les voleurs. Et en vérité je vous dis qu'il y a ici certains de ceux qui sont
présents parmi ceux et celles qui sont mes disciples qui ne goûteront pas la mort avant d'avoir vu se fonder le
Royaume de Dieu, avec son Roi qui aura reçu la couronne et l'onction. »

Ils reprennent leur marche en parlant avec animation pendant que le soleil descend lentement dans le ciel...

385
Première annonce de la Passion

31 Ensuite il se mit
À leur enseigner que le Fils de l'homme devait
Souffrir énormément, être par les anciens
Rejeté, par les grands prêtres et les scribes (aussi)
Être tué, trois jours après ressusciter
32 C'est ouvertement qu'il disait la chose. Aussi,
Pierre le prit à part et il le réprimanda.

33 Mais lui se retournant et voyant ses disciples,


Réprimanda Pierre et il dit : "Va-t‟en, arrière
De moi, Satan ! Car tes pensées ne sont pas celles
De Dieu, mais celles des hommes."

Conditions pour suivre Jésus

34 Appelant à lui
La foule avec ses disciples, il leur dit ceci :
"Si quelqu'un veut venir à ma suite, que lui-même
Se renie, qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive.
35 Car celui qui veut sauver sa vie la perdra,
Celui qui perdra sa vie à cause de moi
Et de l'Évangile la sauvera. 36 Quel profit,
En effet, y a-t-il pour un homme à gagner
Le monde entier et apporter un préjudice
À sa vie. 37 Que peut, en effet, donner un homme
En échange de sa vie ? 38 Celui qui aura

386
Eu à rougir de moi, de mes paroles aussi
Dans cette génération (qui est) adultère
Et pécheresse, le Fils de l'homme rougira donc
De lui lorsqu'il viendra dans la gloire de son Père
Avec les saints anges."

387
La Transfiguration

Je suis avec mon Jésus sur une haute montagne. Avec Jésus, il y a Pierre, Jacques et Jean. Ils montent encore
plus haut et le regard se porte vers des horizons ouverts dont une belle et tranquille journée permet de voir
nettement les détails jusque dans les lointains.

La montagne ne fait pas partie d'un ensemble montagneux comme celui de la Judée, elle s'élève isolée et, par
rapport à l'endroit où nous nous trouvons, elle a l'orient en face, le nord à gauche, le sud à droite et en arrière
à l'ouest la cime qui dépasse encore de quelques centaines de pas.

Elle est très élevée et l'œil peut découvrir un large horizon. Le lac de Génésareth semble un morceau de ciel
descendu pour s'encadrer dans la verdure, une turquoise ovale enserrée dans des émeraudes de différentes
teintes, un miroir qui tremble et se ride sous un vent léger et sur lequel glissent, avec l'agilité des mouettes,
les barques aux voiles tendues, légèrement penchées vers l'onde azurine, vraiment avec la grâce du vol d'un
alcyon qui survole l'eau à la recherche d'une proie. Puis, voilà que de l'immense turquoise sort une veine,
d'un bleu plus pâle là où la grève est plus large, et plus sombre là où les rives se rapprochent et où l'eau est
plus profonde et plus sombre à cause de l'ombre qu'y projettent les arbres qui croissent vigoureux près du
fleuve qui les nourrit de sa fraîcheur. Le Jourdain semble un coup de pinceau presque rectiligne dans la
verdure de la plaine. Des petits villages sont disséminés à travers la plaine des deux côtés du fleuve.
Quelques-uns sont tout juste une poignée de maisons, d'autres sont plus vastes, avec déjà des airs de villes.
Les grand-routes sont des lignes jaunâtres dans la verdure. Mais ici, du côté de la montagne, la plaine est
beaucoup mieux cultivée et plus fertile, très belle. On y voit les diverses cultures avec leurs différentes
couleurs riant au beau soleil qui descend du ciel serein. Ce doit être le printemps, peut-être mars, si je tiens
compte de la latitude de la Palestine, car je vois les blés déjà grands, mais encore verts, qui ondulent comme
une mer glauque, et je vois les panaches des plus précoces parmi les arbres à fruits qui étendent des nuées
blanches et rosées sur cette petite mer végétale, puis les prés tout en fleurs avec le foin qui a déjà poussé,
dans lesquelles brebis qui paissent semblent des tas de neige amoncelée un peu partout sur la verdure.

388
Tout à côté de la montagne, sur des collines qui en forment la base, des collines basses et de peu d'étendue,
se trouvent deux petites villes, l'une vers le sud et l'autre vers le nord. La plaine très fertile s'étend
particulièrement et avec plus d'ampleur vers le sud.

Jésus, après un court arrêt à l'ombre d'un bouquet d'arbres, qu'il a certainement accordé par pitié pour Pierre
qui dans les montées fatigue visiblement, reprend l'ascension. Il va presque sur la cime, là où se trouve un
plateau herbeux que limite un demi-cercle d'arbres du côté de la côte.

"Reposez-vous, amis, je vais là-bas pour prier" et il montre de la main un énorme rocher, un rocher qui
affleure de la montagne et qui se trouve par conséquent non vers la côte mais vers l'intérieur, vers le sommet.

Jésus s'agenouille sur l'herbe et appuie sa tête et ses mains au rocher, dans la pose qu'il aura aussi dans sa
prière au Gethsémani. Le soleil ne le frappe pas, car la cime Lui donne de l'ombre. Mais le reste de
l'emplacement couvert d'herbe est tout égayé par le soleil jusqu'à la limite de l'ombre du bouquet d'arbres
sous lequel se sont assis les apôtres.

Pierre enlève ses sandales, en secoue la poussière et les petits cailloux et il reste ainsi, déchaussé, ses pieds
fatigués dans l'herbe fraîche, presque allongé, la tête sur une touffe d'herbe qui dépasse et lui sert d'oreiller.

Jacques l'imite, mais pour être plus à l'aise, il cherche un tronc d'arbre pour s'y appuyer le dos couvert de son
manteau.

389
Jean reste assis et observe le Maître. Mais le calme de l'endroit, le petit vent frais, le silence et la fatigue
viennent aussi à bout de lui, et sa tête tombe sur la poitrine et les paupières sur ses yeux. Aucun des trois ne
dort profondément, mais ils sont sous le coup de cette somnolence estivale qui les étourdit.

Ils sont éveillés par une clarté si vive qu'elle fait évanouir celle du soleil et qui se propage et pénètre jusque
sous la verdure des buissons et des arbres sous lesquels ils se sont installés.

Ils ouvrent leurs yeux étonnés et ils voient Jésus transfiguré. Il est maintenant tel que je le vois dans les
visions du Paradis, naturellement sans les Plaies et sans la bannière de la Croix, mais la majesté du visage et
du corps est pareille, pareille en est la clarté et pareil le vêtement qui est passé d'un rouge foncé à un tissu
immatériel de diamant et de perles qui est son vêtement au Ciel. Son visage est un soleil qui émet une
lumière sidérale, mais très intense, et ses yeux de saphir y rayonnent. Il semble encore plus grand, comme si
sa gloire avait augmenté sa taille. Je ne saurais dire si la clarté, qui rend phosphorescent même le plateau,
provient toute entière de Lui ou bien si à sa clarté propre se mélange toute celle qu'a concentrée sur son
Seigneur toute la lumière qui existe dans l'Univers et dans les Cieux. Je sais que c'est quelque chose
d'indescriptible.

Jésus est maintenant debout, je dirais même qu'il est au-dessus de la terre car entre Lui et la verdure du pré il
y a une sorte de vapeur lumineuse, un espace fait uniquement de lumière et sur lequel il semble qu'il se
dresse. Mais elle est si vive que je pourrais me tromper et l'impossibilité de voir le vert de l'herbe sous les
pieds de Jésus pourrait venir de cette lumière intense qui vibre et produit des ondes, comme on le voit
parfois dans les incendies. Des ondes, ici, d'une couleur blanche incandescente. Jésus reste le visage levé
vers le ciel et il sourit à une vision qui le transporte.

Les apôtres en ont presque peur, et ils l'appellent, car il ne leur semble plus que ce soit leur Maître tant il est
transfiguré. "Maître ! Maître !" appellent-ils doucement mais d'une voix angoissée.

390
Lui n'entend pas.

"Il est en extase, dit Pierre tout tremblant. Que peut-il bien voir ?"

Les trois se sont levés. Ils voudraient s'approcher de Jésus, mais ils ne l'osent pas.

La lumière augmente encore avec deux flammes qui descendent du ciel et se placent aux côtés de Jésus.
Quand elles sont arrêtées sur le plateau, leur voile s'ouvre et il en sort deux personnages majestueux et
lumineux. L'un est plus âgé, au regard perçant et sévère et avec une longue barbe séparée en deux. De son
front partent des cornes de lumière qui m'indiquent que c'est Moïse. L'autre est plus jeune, amaigri, barbu et
poilu, à peu près comme le Baptiste auquel je dirais qu'il ressemble pour la taille, la maigreur, la
conformation et la sévérité. Alors que la lumière de Moïse est d'une blancheur éclatante comme celle de
Jésus, surtout pour les rayons du front, celle qui émane d'Élie ressemble à la flamme vive du soleil.

Les deux Prophètes prennent une attitude respectueuse devant leur Dieu Incarné et bien que Jésus leur parle
familièrement ils n'abandonnent pas leur attitude respectueuse. Je ne comprends pas un mot de ce qu'ils
disent.

Les trois apôtres tombent à genoux, tremblants, le visage dans les mains. Ils voudraient regarder, mais ils ont
peur. Finalement Pierre parle : "Maître, Maître ! Écoute-moi." Jésus tourne les yeux en souriant vers son
Pierre qui s'enhardit et dit : "C'est beau d'être ici avec Toi, Moïse et Élie... Si tu veux, nous faisons trois
tentes pour Toi, pour Moïse et pour Élie, et nous nous tiendrons ici pour vous servir..."

Jésus le regarde encore et il sourit plus vivement. Il regarde aussi Jacques et Jean, d'un regard qui les
embrasse avec amour. Moïse aussi et Élie regardent fixement les trois. Leurs yeux étincellent. Ce doit être
comme des rayons qui pénètrent les cœurs.

391
Les apôtres n'osent pas dire autre chose. Effrayés, ils se taisent. Ils semblent un peu ivres et comme
stupéfaits. Mais quand un voile qui n'est pas un nuage ni du brouillard, qui n'est pas un rayon, enveloppe et
sépare les Trois glorieux derrière un écran encore plus brillant que celui qui les entourait déjà et les cache à
la vue des trois, une Voix puissante et harmonieuse vibre et remplit d'elle-même tout l'espace, les trois
tombent le visage contre l'herbe.

"Celui-ci est mon Fils Bien-Aimé, en qui Je me suis complu. Écoutez-le."

Pierre, en se jetant à plat ventre, s'écrie : "Miséricorde pour moi, pécheur ! C'est la Gloire de Dieu qui
descend !" Jacques ne souffle mot. Jean murmure avec un soupir, comme s'il allait s'évanouir : "Le Seigneur
parle !"

Personne n'ose relever la tête, même quand le silence est redevenu absolu. Ils ne voient donc pas non plus le
retour de la lumière à son état naturel de lumière solaire pour montrer Jésus resté seul et redevenu le Jésus
habituel dans son vêtement rouge. Il marche vers eux en souriant, il les secoue, les touche et les appelle par
leurs noms.

"Levez-vous ! C'est Moi. Ne craignez pas." dit-il, car les trois n'osent pas lever le visage et invoquent la
miséricorde de Dieu sur leurs péchés, craignant que ce soit l'Ange de Dieu qui veut les montrer au Très-
Haut.

"Levez-vous, donc. Je vous le commande." répète Jésus avec autorité. Eux lèvent le visage et ils voient Jésus
qui sourit.

392
"Oh ! Maître, mon Dieu !" s'écrie Pierre. "Comment ferons-nous pour vivre auprès de Toi, maintenant que
nous avons vu ta Gloire ? Comment ferons-nous pour vivre parmi les hommes et nous, hommes pécheurs,
maintenant que nous avons entendu la Voix de Dieu ?"

"Vous devrez vivre auprès de Moi et voir ma gloire jusqu'à la fin. Soyez-en dignes car le temps est proche.
Obéissez au Père qui est le mien et le vôtre. Retournons maintenant parmi les hommes, parce que je suis
venu pour rester parmi eux et les amener à Dieu. Allons. Soyez saints en souvenir de cette heure, soyez forts
et fidèles. Vous aurez part à ma gloire la plus complète. Mais ne parlez pas maintenant de ce que vous avez
vu, à personne, pas même à vos compagnons. Quand le Fils de l'homme sera ressuscité d'entre les morts, et
retourné dans la gloire de son Père, alors vous parlerez. Parce qu'alors il faudra croire pour avoir part à mon
Royaume."

393
La transfiguration

28 Environ
Huit jours après ces paroles, prenant avec lui
Pierre et Jean et Jacques, Il monta dans la montagne
Pour prier. 29 Il priait, l‟aspect de son visage
Devint autre, ses habits devinrent d‟une blancheur
Étincelante. 30 Et voici que deux hommes parlaient
Avec lui : c‟était Moïse et Élie 31 qui, en gloire
Apparus, parlaient de son départ qu'il allait
Accomplir à Jérusalem. 32 Pierre avec ceux
Qui étaient avec lui, alourdis de sommeil,
Se réveillèrent, ils virent sa gloire et les deux hommes
Qui se tenaient avec lui. 33 Or, comme ceux-ci
Se séparaient de lui, Pierre dit à Jésus : " Chef,
Il est bon que nous soyons ici ; faisons donc
Trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une
Pour Élie." Il ne savait pas ce qu'il disait.

34 Comme il disait cela, advint une nuée


Et elle les prenait sous son ombre ; ils eurent peur
En pénétrant dans la nuée. 35 De la nuée
Advint une voix qui disait : "Celui-ci est
Mon fils, l'Élu : écoutez-le !" 36 Et quand advint
La voix, Jésus se trouva seul, et eux gardèrent
Le silence, et ils n'annoncèrent à personne rien
En ces jours-là, de ce qu'ils avaient vu.

394
Le plus grand dans le Royaume des Cieux

Le petit Benjamin de Capharnaüm

Moi, je supprime la limite du "parmi nous" et j'élargis la question aux limites du monde entier, présent et
futur, et je réponds : Le plus grand dans le Royaume des Cieux, c'est le plus petit parmi les hommes, c'est-à-
dire celui que les hommes considèrent comme "le plus petit". Celui qui est simple, humble, confiant,
ignorant, par conséquent l'enfant, ou celui qui sait se refaire une âme d'enfant. Ce n'est pas la science, ni la
puissance, ni la richesse, ni l'activité, même si elle est bonne, qui vous rendront "le plus grand"dans le
Royaume bienheureux. Mais d'être comme des tout petits par l'amour, l'humilité, la simplicité, la foi.

Observez comme m'aiment les enfants et imitez-les. Comme ils croient en Moi, et imitez-les. Comme ils se
souviennent de ce que je dis, et imitez-les. Comme ils font ce que j'enseigne, et imitez-les. Comme ils ne
s'enorgueillissent pas de ce qu'ils font, et imitez-les. Comme ils n'ont pas de jalousie pour Moi ni pour leurs
compagnons, et imitez-les. En vérité je vous dis que, si vous ne changez pas votre manière de penser, d'agir
et d'aimer, et si vous ne vous refaites pas sur le modèle des tout petits, vous n'entrerez pas dans le Royaume
des Cieux. Eux savent ce que vous savez, ce qu'il y a d'essentiel dans ma doctrine. Mais avec quelle
différence ils pratiquent ce que j'enseigne ! Vous, vous dites pour toute bonne action que vous

accomplissez : "J'ai fait", L'enfant dit : "Jésus, je me suis souvenu de Toi aujourd'hui, et à cause de Toi j'ai
obéi, j'ai aimé, j'ai contenu un désir de me battre... et je suis content parce que Toi, je le sais, tu sais quand je
suis bon et tu en es content." Et encore considérez les enfants quand ils agissent mal, Avec quelle humilité ils
me l'avouent : " Aujourd'hui j'ai été méchant. Et cela me déplaît parce que je t'ai donné de la douleur." Ils ne
cherchent pas d'excuses. Ils savent que je sais, ils croient, ils souffrent de ma douleur.

395
Oh ! ils sont chers à mon cœur, les enfants, en qui il n'y a pas d'orgueil, pas de duplicité, pas de

luxure ! Moi, je vous le dis : devenez semblables à des petits, si vous voulez entrer dans mon Royaume.
Aimez les petits comme l'exemple angélique que vous pouvez encore avoir. Vous devriez être comme des
anges. Pour vous excuser, vous pourriez dire : "Nous ne voyons pas les anges." Mais Dieu vous donne les
enfants comme modèles et eux, vous les avez parmi vous. Et si vous voyez un enfant abandonné
matériellement, ou abandonné moralement, et qui peut périr, accueillez-le en mon Nom, parce qu'eux sont
très aimés de Dieu. Et quiconque accueille un enfant en mon Nom, m'accueille Moi-même, parce que je suis
dans l'âme des enfants, qui est innocente. Et celui qui m'accueille, accueille Celui qui m'a envoyé, le
Seigneur Très-Haut.

Et gardez-vous de scandaliser un de ces petits dont l‟œil voit Dieu. On ne doit jamais donner de scandale à
personne. Mais malheur, trois fois malheur, à celui qui déflore la candeur ignorante des enfants ! Laissez-les
anges, le plus que vous pouvez. Trop répugnants sont le monde et la chair pour l'âme qui vient des Cieux ! Et
l'enfant, par son innocence, est encore tout âme. Respectez l'âme de l'enfant et son corps lui-même, comme
vous respectez un lieu sacré. Sacré est aussi l'enfant car il a Dieu en lui, En tout corps se trouve le temple de
l'Esprit, mais le temple de l'enfant est le plus sacré et le plus profond, et il est au-delà du double Voile. Ne
remuez même pas les voiles de la sublime ignorance de la concupiscence par le vent de vos passions. Je
voudrais un enfant dans toute famille, au milieu de toute réunion de personnes, pour qu'il serve de frein aux
passions des hommes.

L'enfant sanctifie, restaure et rafraîchit par le seul rayonnement de ses yeux sans malice. Mais malheur à
ceux qui enlèvent sa sainteté à l'enfant par leur scandaleuse manière d'agir ! Malheur à ceux qui par leur
conduite licencieuse transmettent leur malice aux enfants ! Malheur à ceux qui par leurs propos et leur ironie
blessent la foi que les enfants ont en Moi ! Il vaudrait mieux qu'à tous ceux-là on attache à leur cou une
meule de moulin, et qu'on les jette à la mer pour qu'ils s'y noient avec leurs scandales. Malheur au monde
pour les scandales qu'il donne aux innocents ! Car, s'il est inévitable qu'il arrive des scandales, malheur à
l'homme qui les provoque par sa faute !

396
Personne n'a le droit de faire violence à son corps et à sa vie, car la vie et le corps viennent de Dieu, et Lui
seul a le droit d'en prendre une partie ou le tout. Pourtant je vous dis que si votre main vous scandalise, il
vaut mieux que vous la coupiez, que si votre pied vous porte à donner du scandale, il est bien que vous le
coupiez. Il vaut mieux pour vous entrer manchots ou boiteux dans la Vie que d'être jetés au feu éternel avec
les deux mains et les deux pieds. Et s'il ne suffit pas d'un pied ou d'une main coupés, faites couper aussi
l'autre main ou l'autre pied, pour ne plus donner de scandale et pour avoir le temps de vous repentir avant
d'être jetés là où le feu ne s'éteint pas et ronge comme un ver pour l'éternité. Et si c'est votre œil qui est pour
vous occasion de scandale, arrachez-le. Il vaut mieux être borgne que d'être dans l'enfer avec les deux yeux.
Avec un seul œil ou même sans aucun, arrivés au Ciel, vous verrez la Lumière, alors qu'avec les deux yeux
scandaleux, vous verrez dans l'enfer les ténèbres et l‟horreur. Et rien d'autre. Rappelez-vous tout cela. Ne
méprisez pas les petits, ne les scandalisez pas, ne vous moquez pas d'eux. Ils sont plus que vous, car leurs
anges ne cessent de voir Dieu qui leur dit les vérités qu'ils doivent révéler aux enfants et à ceux qui ont un
cœur d'enfant.

Et vous, comme des enfants, aimez-vous entre vous, sans disputes, sans orgueil. Restez en paix entre vous.
Ayez un esprit de paix pour tous. Vous êtes frères, au nom du Seigneur, et non pas ennemis. Il n'y a pas, il ne
doit pas y avoir d'ennemis pour les disciples de Jésus. L'unique Ennemi, c'est Satan. Pour lui, soyez des
ennemis implacables, entrez en lutte contre lui et contre les péchés qui amènent Satan dans les cœurs. Soyez
infatigables dans le combat contre le mal quelque soit la forme qu'il prenne.

397
Le scandale

5 Quiconque
Accueille un enfant comme celui-ci, c‟est moi
Qu‟il accueille. 6 Pourtant quiconque scandalise un seul
De ces petits qui croient en moi, il serait mieux
Pour lui qu‟on le suspende à une meule d‟âne
Autour du cou, ou qu‟on le noie en pleine mer
Dans les profondeurs. 7 Malheur pour le monde à cause
Des scandales ! Certes, c‟est une nécessité
Qu‟arrivent les scandales. Pourtant malheur à l‟homme
Par qui vient le scandale. 8 Si ta main ou ton pied
Te scandalise, retranche-le et jette-le
Loin de toi. Mieux vaut pour toi entrer dans la vie
Estropié ou boiteux, qu‟être au feu éternel
Jeté avec tes deux mains, ou bien tes deux pieds.

10 Gardez-vous de mépriser un de ces petits


Car je vous dis que les anges dans les cieux
Regardent constamment la Face de mon Père
Qui est dans les cieux.”

398
La seconde multiplication des pains

Je vois un endroit qui n'est certainement pas une plaine. Ce n'est pas non plus la montagne. Il y a des
montagnes à l'orient, mais elles sont un peu loin. Puis il y a une petite vallée et des hauteurs plus basses et
plates; des plateaux herbeux. Il semble que ce soit les premières pentes d'un groupe de collines. Le terrain est
plutôt aride et sans arbres. Il y a une herbe courte et rare, disséminée sur un terrain caillouteux. Çà et là
quelques rares touffes de buissons épineux. Du côté de l'occident, l'horizon s'élargit vaste et lumineux. Je ne
vois pas autre chose comme nature. il fait encore jour mais je dirais que le soir commence, car l'occident est
rouge à cause du crépuscule alors que les monts du côté de l'orient sont déjà violets dans la lumière qui
devient crépusculaire. Un commencement de crépuscule qui rend plus sombres les failles profondes, et
presque violettes les parties plus élevées.

Jésus est debout sur un gros rocher et il parle à une foule très nombreuse répandue sur le plateau. Les
disciples l'entourent. Lui, encore plus haut sur son rustique piédestal, domine une foule de gens de tous âges
et de toutes conditions qui l'entourent.

Il doit avoir accompli des miracles car je l'entends dire : "Ce n'est pas à Moi mais à Celui qui m'a envoyé que
vous devez offrir louange et reconnaissance. Et la louange, ce n'est pas celle qui sort comme un souffle des
lèvres distraites. Mais c'est celle qui monte du cœur et qui est le véritable sentiment de votre cœur. Celle-la
est agréable à Dieu. Que ceux qui sont guéris aiment le Seigneur d'un amour de fidélité, et que l'aiment les
parents de ceux qui sont guéris. Du don de la santé retrouvée ne faites pas un mauvais usage. Plus que des
maladies du corps, ayez peur des maladies du cœur. Et n'ayez pas la volonté de pécher. Car tout péché est
une maladie. Et il y en a qui sont tels qu'ils peuvent donner la mort. Maintenant donc vous tous, qui à cette
heure vous vous réjouissez, ne détruisez pas par le péché la bénédiction de Dieu. Votre joie tarirait car les
mauvaises actions enlèvent la paix, et là où il n 'y a pas de paix, il n'y a pas de joie. Mais soyez saints, soyez
parfaits comme votre Père le veut. Il le veut parce qu'Il vous aime, et à ceux qu'il aime, il veut donner un
Royaume. Mais dans son Royaume saint n'entrent que ceux que la fidélité à la Loi rend parfaits. La paix de
Dieu soit avec vous."

399
Jésus se tait. il croise les bras sur la poitrine et, les bras ainsi croisés, il observe la foule qui est autour de
Lui. Puis il regarde tout autour. Il lève les yeux vers le ciel serein qui devient toujours plus sombre à mesure
que la lumière décroît. Il réfléchit. Il descend de son rocher. Il parle aux disciples : "J'ai pitié de ces gens. Ils
me suivent depuis trois jours. Ils n'ont plus de provisions avec eux. Nous sommes loin de tout village. Je
crains que les plus faibles souffrent trop, si Moi je les renvoie sans les nourrir."

"Et comment veux-tu faire, Maître ? Tu le dis : nous sommes loin de tout village. Dans ce lieu désert, où
trouver du pain ? Et qui nous donnerait assez d'argent pour en acheter pour tout le monde ?"

"N'avez-vous rien avec vous ?"

"Nous avons quelques poissons et quelques morceaux de pain : les restes de notre nourriture, Mais cela ne
suffit pour personne. Si tu les donnes à ceux qui sont les plus proches, cela va faire du grabuge. Tu nous en
prives et tu ne fais du bien à personne." C'est Pierre qui parle.

"Apportez-moi ce que vous avez." Ils apportent un petit panier avec à l'intérieur sept morceaux de pain. Ce
ne sont même pas des pains entiers. Il semble que ce soit de gros morceaux coupés dans de grandes miches.
Ensuite les poissons petits, c'est une poignée de pauvres bestioles roussies.

"Faites asseoir cette foule par groupes de cinquante et qu'ils restent tranquilles et silencieux, s'ils veulent
manger."

Les disciples, les uns montant sur des pierres, les autres circulant parmi les gens, se donnent du mal pour
mettre l'ordre réclamé par Jésus. À force d'insister ils y réussissent. Quelque enfant pleurniche parce qu'il a
faim et sommeil, quelque autre parce que, pour le faire obéir, la mère ou quelque autre parent lui a
administré une gifle.

Jésus prend les pains, pas tous naturellement : deux à la fois, un dans chaque main, les offre et puis les pose
et le bénit. Il prend les petits poissons. Il y en a si peu qu‟ils tiennent tous dans le creux de ses longues
mains. Il les offre eux aussi et puis les pose et les bénit aussi.

400
"Et maintenant prenez, faites le tour de la joule et donnez abondamment à chacun."

Les disciples obéissent.

Jésus, debout, blanche silhouette qui domine tout ce peuple assis en larges groupes qui couvrent tout le
plateau, observe et sourit.

Les disciples vont et vont, toujours plus loin. Ils donnent et donnent encore. Et le panier est toujours plein de
nourriture. Les gens mangent, alors que le soir descend et il y a un grand silence et une grande paix.

401
Seconde multiplication des pains

32 Jésus appela à lui


Ses disciples et dit : “ J‟ai pitié de cette foule,
Car voilà déjà trois jours qu‟ils restent avec moi,
Et ils n‟ont pas de quoi manger. Je ne veux pas
Les renvoyer à jeun de peur qu‟ils ne défaillent
En chemin. ”

33 Les disciples lui disent : “ Où trouver


Dans un désert assez de pains pour rassasier
Une telle foule ? 34 Et Jésus leur dit : “ Combien
De pains avez-vous ? ”, “ Sept avec quelques petits
Poissons ”, dirent-ils.

35 Il ordonna à la foule
De s‟étendre par terre, 36 et il prit les sept pains
Et les poissons, et rendant grâces, il les rompit ;
Il les donnait aux disciples, les disciples aux foules.
37 Et ils mangèrent tous, ils furent rassasiés.
Or ce qui restait des morceaux, on l‟enleva :
Sept corbeilles pleines ! 38 Quant aux mangeurs, ils étaient
Quatre mille, sans compter femmes et enfants.
Il renvoya les foules, entra dans le bateau,
Puis il vint dans le territoire de Magadan.

402
Le pain du ciel

Jésus en tête, par derrière le cortège des autres, ils vont à la belle synagogue de Capharnaüm et Jésus, salué
par Jaïre, y entre et il ordonne que toutes les portes restent ouvertes pour que ceux qui n'arrivent pas à entrer
puissent l'entendre de la rue et de la place qui sont à côté de la synagogue.

Jésus va à sa place, dans cette synagogue amie, de laquelle aujourd'hui sont absents heureusement les
pharisiens, peut-être déjà partis en grande pompe pour Jérusalem. Et il commence à parler.

"En vérité je vous dis : vous me cherchez non pas pour m'entendre ni pour les miracles que vous avez vus,
mais pour ce pain que je vous ai donné à manger à satiété et sans frais. Les trois quart d'entre vous c'est pour
cela qu'ils me cherchaient, et par curiosité, venant de toutes parts de notre Patrie. Il manque donc à la
recherche l'esprit surnaturel, et reste dominant l'esprit humain avec ses curiosités malsaines, ou pour le
moins d'une imperfection infantile, non pas simple comme celle des tout petits, mais diminuée comme
l'intelligence d'un esprit obtus. Et avec la curiosité, il reste la sensualité et un sentiment vicié. La sensualité
qui se cache, subtile comme le démon dont elle est la fille, derrière des apparences et des actes qui sont bons
en apparence, et le sentiment vicié qui est simplement une déviation morbide du sentiment et qui, comme
tout ce qui est "maladie", ressent le besoin et le désir des drogues qui ne sont pas la simple nourriture, le bon
pain, la bonne eau, l'huile pure, le, premier lait qui suffit pour vivre, pour bien vivre. Le sentiment vicié veut
les choses extraordinaires pour en être remué et pour éprouver le frisson qui plaît, le frisson maladif des
paralysés qui ont besoin de drogues pour éprouver des sensations qui leur donnent l'illusion d'être intègres et
virils. La sensualité qui veut satisfaire sans fatigue la gourmandise, dans ce cas, avec du pain qui n'a pas
coûté de sueurs, puisque Dieu l'a donné par bonté.

Les dons de Dieu ne sont pas l'ordinaire, ils sont l'extraordinaire. On ne peut y prétendre, ni se livrer à la
paresse en disant : "Dieu me les donnera." Il est dit : "Tu mangeras ton pain mouillé par la sueur de ton

403
front" c'est-à-dire le pain gagné par le travail. Si Celui qui est Miséricorde a dit : "J'ai pitié de ces foules qui
me suivent depuis trois jours et n'ont plus rien à manger et qui pourraient tomber en route avant d'avoir
atteint Ippo sur le lac, ou Gamala, ou d'autres villes", et a pourvu à leurs besoins, il n'est pourtant pas dit
qu'on doive le suivre pour ce motif. C'est pour bien davantage qu'un peu de pain, destiné à devenir ordure
après la digestion, que l'on doit me suivre. Ce n'est pas pour la nourriture qui emplit le ventre, mais pour
celle qui nourrit l'âme, car vous n'êtes pas seulement des animaux qui doivent brouter et ruminer, ou fouiller
avec le groin et s'engraisser. Mais vous êtes des âmes ! C'est cela que vous êtes ! La chair c'est le vêtement,
l'être c'est l'âme. C'est elle qui est immortelle, La chair, comme tout vêtement, s'use et finit, et ne mérite pas
qu'on s'en occupe comme si c'était une perfection à laquelle il faut donner tous ses soins.

Cherchez donc ce qu'il est juste de se procurer, non ce qui est injuste. Cherchez à vous procurer non la
nourriture qui périt, mais celle qui dure pour la vie éternelle. Celle-là, le Fils de l'homme vous la donnera
toujours, quand vous la voudrez. Car le Fils de l'homme a à sa disposition tout ce qui vient de Dieu et peut
vous le donner; Lui est Maître, et Maître magnanime, des trésors de Dieu Père qui a imprimé sur Lui son
sceau pour que les yeux honnêtes ne soient pas confondus. Et si vous avez en vous la nourriture qui ne périt
pas, vous pourrez faire les œuvres de Dieu, étant nourris de la nourriture de Dieu."

"Que devons-nous faire pour faire les œuvres de Dieu ? Nous observons la Loi et les Prophètes. Nous
sommes donc déjà nourris de Dieu et nous faisons les œuvres de Dieu."

"C'est vrai. Vous observez la Loi, ou plutôt vous "connaissez" la Loi. Mais connaître n'est pas pratiquer.
Nous connaissons, par exemple, les lois de Rome et pourtant un israélite fidèle ne les pratique pas autrement
que dans les formules qui lui sont imposées par sa condition de sujet. Pour le reste nous, je parle des
israélites fidèles, nous ne pratiquons pas les usages païens des Romains tout en les connaissant. La Loi que
vous tous connaissez et les Prophètes devraient en effet vous nourrir de Dieu et vous donner par conséquent
la capacité de faire les œuvres de Dieu. Mais pour faire cela, elles devraient être devenues une seule chose
avec vous, comme l'air que vous respirez et la nourriture que vous assimilez, qui se changent tous les deux
en vie et en sang. Alors qu'ils restent étrangers, tout en étant dans votre maison, comme peut l'être un objet

404
de la maison qui vous est connu et utile, mais qui s'il venait à manquer ne vous enlèverait pas l'existence.
Alors que... Oh ! essayez un peu de ne pas respirer pendant quelques minutes, essayez de rester sans
nourriture pendant des jours et des jours... et vous verrez que vous ne pouvez vivre. Ainsi devrait se ressentir
votre moi de la dénutrition et de son asphyxie de la Loi et des Prophètes, puisque vous les connaissez mais
ne les assimilez pas et qu'ils ne deviennent pas une seule chose avec vous. C'est cela que je suis venu
enseigner et donner : le suc, l'air de la Loi et des Prophètes, pour rendre le sang et la respiration à vos âmes
qui meurent de faim et d'asphyxie. Vous ressemblez à des enfants qu'une maladie rend incapables de savoir
ce qui peut les nourrir. Vous avez des provisions de nourriture, mais vous ne savez pas qu'elles doivent être
mangées pour se changer en une chose vitale, et qu'elles deviennent vraiment nôtres, par une fidélité vraie et
pure à la Loi du Seigneur qui a parlé à Moïse et aux Prophètes pour vous tous. Venir donc à Moi pour avoir
l'air et le suc de la Vie éternelle, c'est un devoir. Mais ce devoir présuppose en vous une foi. Car si quelqu'un
n'a pas la foi, il ne peut croire à mes paroles, et s'il ne croit pas il ne vient pas me dire : "Donne-moi le vrai
pain". Et s'il n'a pas le vrai pain, il ne peut pas faire les œuvres de Dieu n'ayant pas la capacité de les faire.
Par conséquent pour être nourris de Dieu et pour faire l'œuvre de Dieu, il est nécessaire que vous fassiez
l'œuvre-base qui est celle-ci : croire en Celui que Dieu a envoyé."

"Mais quels miracles fais-tu donc pour qu‟il nous soit possible de croire en Toi comme en un envoyé de
Dieu et pour qu'on puisse voir sur Toi le sceau de Dieu ? Que fais-tu que déjà, sous une forme plus modeste,
n'aient pas fait les Prophètes ? Moïse t'a même surpassé, puisque non pas une seule fois mais pendant
quarante années il a nourri nos pères d'une nourriture merveilleuse. C'est écrit que nos pères, pendant
quarante années, mangèrent la manne dans le désert et il est dit par conséquent que Moïse leur donna à
manger du pain venu du ciel, lui qui pouvait."

"Vous êtes dans l'erreur. Ce n'est pas Moïse, mais c'est le Seigneur qui a pu faire cela. Et dans l'Exode on lit :
"Voici : Je ferai pleuvoir du pain du ciel. Que le peuple sorte et qu'il recueille ce qui suffit pour chaque jour,
et qu'ainsi Je me rende compte si le peuple marche selon ma Loi. Et le sixième jour qu'il en ramasse le
double par respect pour le septième jour, le sabbat." Et les hébreux virent le désert se recouvrir chaque matin
de cette chose minuscule qui ressemble à ce qui est pilé dans le mortier, et au grésil, semblable à la graine de
coriandre, et au bon goût de fleur de farine mélangée à du miel." Ce n'est donc pas Moïse, mais le Seigneur

405
qui a procuré la manne. Dieu qui peut tout. Tout. Punir et bénir, enlever et accorder. Et Moi, je vous le dis,
que des deux choses, Il préfère bénir et accorder plutôt que punir et enlever.

Moïse, comme il est dit dans l'Ecclésiastique, était "cher à Dieu et aux hommes, sa mémoire était bénie, car
il était rendu par Dieu semblable aux saints dans leur gloire, grand et terrible pour les ennemis, capable de
susciter les prodiges et mettre fin à eux, glorieux en présence des rois, son ministre en présence du peuple, il
avait vu la gloire de Dieu et entendu la voix du Très-Haut, il était le gardien des préceptes et de la Loi de vie
et de science." Aussi Dieu, comme dit la Sagesse, par amour pour Moïse, nourrit son peuple avec le pain des
anges, et lui envoya du ciel un pain déjà fait, sans fatigue, un pain délicieux et d'une douce saveur. Et -
souvenez bien de ce que dit la Sagesse - et puisqu'il venait du ciel, de Dieu, et qu'il montrait la douceur
divine envers ses fils, il avait pour chacun le goût que chacun voulait, et procurait à chacun les effets qu'il
désirait, étant utile aussi bien au tout petit, à l'estomac encore imparfait, qu'à l'adulte à l'appétit et à la
digestion vigoureux, qu'à la fillette délicate et qu'au vieillard décrépit. Et même, pour montrer que ce n'était
pas œuvre d'homme, il renversa les lois des éléments car il résistait au feu, ce pain mystérieux qui, au lever
du soleil, fondait comme du givre. Ou plutôt : le feu - c'est toujours la Sagesse qui parle - oublia sa propre
nature par respect pour l‟œuvre de Dieu son Créateur et pour les besoins des justes de Dieu, de sorte qu'alors
qu'il a l'habitude de s'enflammer pour tourmenter, ici il se fit doux pour faire du bien à ceux qui faisaient
confiance au Seigneur. Alors c'est pour cela, qu'en se transformant de toutes manières, il servit à la grâce du
Seigneur, leur nourrice à tous, selon les besoins de celui qui priait le Père éternel, pour que ses fils bien-
aimés apprennent que ce n'est pas la reproduction des fruits qui nourrit les hommes, mais que c'est la parole
du Seigneur qui conserve ceux qui croient en Dieu. En effet le feu ne consumait pas, comme il le pouvait, la
douce manne, même pas si la flamme était haute et puissante, alors que suffisait à la fondre le doux soleil du
matin, afin que les hommes se rappellent et qu'ils apprennent que les dons de Dieu doivent être recherchés
dès le commencement du jour et de la vie, et que pour les avoir, il faut devancer la Lumière et se lever pour
louer l'Éternel dès la première heure du matin.

C'est cela que la manne enseignait aux hébreux, et Moi, je vous le rappelle parce que c'est un devoir qui dure
et durera jusqu'à la fin des siècles. Cherchez le Seigneur et ses dons célestes, sans paresser jusqu'aux heures
tardives du jour ou de la vie. Levez-vous pour le louer avant même que le loue le soleil levant, et nourrissez-

406
vous de sa parole qui consacre et préserve et conduit à la Vie vraie. Ce n'est pas Moïse qui vous a donné le
pain du Ciel mais, en vérité, Celui qui l'a donné, c'est le Père Dieu, et maintenant, en vérité, c'est mon Père
qui vous donne le vrai Pain, le Pain nouveau, le Pain éternel qui descend du Ciel, le Pain de miséricorde, le
Pain de Vie, le Pain qui donne au monde la Vie, le Pain qui rassasie toute faim et enlève toute langueur, le
Pain qui donne à celui qui le prend la Vie éternelle et l'éternelle joie."

"Donne-nous, ô Seigneur, ce pain et nous ne mourrons plus."

"Vous mourrez comme tout homme meurt, mais vous ressusciterez pour la Vie éternelle si vous vous
nourrissez saintement de ce Pain, parce qu'il rend incorruptible celui qui le mange. Pour ce qui est de vous, il
sera donné à ceux qui le demandent à mon Père avec un cœur pur, une intention droite, et une sainte charité.
C'est pour cela que j'ai enseigné à dire : "Donne-nous le Pain quotidien." Mais pour ceux qui s'en nourriront
indignement, il deviendra un grouillement de vers d'enfer, comme les paniers de manne conservés contre
l'ordre reçu. Et ce Pain de santé et de vie deviendra, pour eux, mort et condamnation. Car le plus grand
sacrilège sera commis par ceux qui mettront ce Pain sur une table spirituelle corrompue et fétide, et le
profaneront en le mêlant à la sentine de leurs inguérissables passions. Mieux vaudrait pour eux ne l'avoir
jamais pris !"

"Mais où est ce Pain ? Comment le trouve-t-on ? Quel nom a-t-il ?"

"Moi, je suis le Pain de Vie. C'est en Moi qu'on le trouve. Son nom est Jésus. Qui vient à Moi n'aura plus
faim, et celui qui croit en Moi n'aura plus jamais soif, parce que les fleuves célestes se déverseront en lui,
éteignant toute ardeur matérielle. Je vous l'ai dit, désormais. Vous m'avez connu désormais, et pourtant vous
ne croyez pas. Vous ne pouvez croire que tout ce qui est, est en Moi. Et pourtant, il en est ainsi. C'est en Moi
que sont tous les trésors de Dieu. C'est à Moi qu'est donné tout ce qui appartient à la terre, et sont donc
réunis en Moi les Cieux glorieux et la terre militante, et jusqu'à la peineuse et expectante masse de ceux qui
sont morts dans la grâce de Dieu sont en Moi, car en Moi et pour Moi est tout pouvoir. Et Moi, je vous le

407
dis : tout ce que le Père me donne viendra à Moi. Et je ne chasserai pas celui qui vient à Moi car je suis
descendu du Ciel pour faire non pas ma volonté mais la volonté de Celui qui m'a envoyé. Et la Volonté de
mon Père, du Père qui m'a envoyé la voici : que je ne perde aucun de ceux qu'Il m'a donnés, mais que je les
ressuscite au dernier jour. Maintenant la Volonté du Père qui m'a envoyé est que quiconque connaît le Fils et
croit en Lui ait la Vie éternelle et que je puisse le ressusciter au Dernier Jour, en le voyant nourri de la Foi en
Moi et marqué de mon sceau."

Il se fait un bourdonnement qui n'est pas discret dans la synagogue et au-dehors à cause des paroles
nouvelles et hardies du Maître. Et Lui, après avoir un moment repris haleine, tourne ses yeux étincelants de
ravissement là où on murmure davantage et ce sont précisément les groupes où il y a des juifs. Il
recommence à parler.

"Pourquoi murmurez-vous entre vous ? Oui, je suis le Fils de Marie de Nazareth, fille de Joachim de la race
de David, vierge consacrée au Temple, et puis épousée par Joseph de Jacob, de la race de David. Vous avez
connu, beaucoup d'entre vous, les justes qui donnèrent la vie à Joseph, menuisier de race royale, et à Marie,
vierge héritière de souche royale. Cela vous fait dire : "Comment celui-ci peut-il se dire descendu du Ciel ?"
et le doute naît en vous. Je vous rappelle les Prophètes sur l'Incarnation du Verbe. Et je vous rappelle
comment, plus pour nous israélites que pour tout autre peuple, il est de foi que Celui que nous n'osons pas
appeler ne peut pas se donner une Chair selon les lois humaines et de plus selon les lois d'une humanité
déchue. Le Très Pur, l'Incréé, s'Il s'est mortifié jusqu'à se faire Homme pour l'amour de l'homme, ne pouvait
choisir qu'un sein de Vierge plus pur que les lys pour revêtir de Chair sa Divinité. Le Pain descendu du Ciel
au temps de Moïse a été placé dans l'arche d'or, recouverte du Propitiatoire, veillée par les chérubins,
derrière les voiles du Tabernacle. Et avec le Pain était la Parole de Dieu. Et il était juste qu'il en fût ainsi,
parce que le plus grand respect doit être donné aux dons de Dieu et aux tables de sa très Sainte Parole. Mais
alors, qu'est-ce qui aura été préparé par Dieu pour sa propre Parole et pour le vrai Pain qui est venu du Ciel ?
Une arche plus inviolée et plus précieuse que l'arche d'or, couverte du précieux Propitiatoire de sa pure
volonté d'immolation, veillée par les chérubins de Dieu, voilée d'une candeur virginale, d'une humilité
parfaite, d'une charité sublime, et de toutes les vertus les plus saintes.

408
Et alors ? Vous ne comprenez pas encore que ma Paternité est au Ciel et que par conséquent c'est de là que je
viens ? Oui, je suis descendu du Ciel pour accomplir le décret de mon Père, le décret de salut des hommes
selon ce qui a été promis au moment même de la condamnation et répété aux Patriarches et aux Prophètes.
Mais cela, c'est la foi. Et la foi est donnée par Dieu à ceux qui ont une âme de bonne volonté. Aussi personne
ne peut venir à Moi, s'il n'est pas conduit à Moi par mon Père, qui le voit dans les ténèbres, mais avec un vrai
désir de la lumière. Il est écrit dans les Prophètes : "Ils seront tous instruits par Dieu." Voilà, c'est dit. C'est
Dieu qui leur apprend où ils doivent aller pour être instruits par Dieu. Tout homme donc qui, au fond de
son esprit droit, a entendu parler Dieu, a appris de mon Père à venir vers Moi."

"Et qui veux-tu qui ait entendu Dieu, ou vu son Visage ?" demandent plusieurs qui commencent à montrer
des signes d'irritation et de scandale. Et ils finissent par dire : "Tu délires ou tu es illusionné."

"Personne n'a vu Dieu excepté celui qui est de Dieu. Celui-là a vu le Père et c'est Moi qui suis Celui-là. Et
maintenant écoutez le Credo de la Vie future sans lequel on ne peut se sauver.

En vérité, en vérité je vous dis que celui qui croit en Moi a la Vie éternelle. En vérité, en vérité je vous dis
que je suis le Pain de la Vie éternelle.

Vos pères, dans le désert, ont mangé la manne et ils sont morts, car la manne était une nourriture sainte mais
temporelle et elle donnait la vie pour autant qu'il était nécessaire d'arriver à la Terre Promise par Dieu à son
peuple. Mais la Manne que je suis n'aura pas de limites de temps ni de puissance. Non seulement elle est
céleste, mais elle est divine, et elle produit ce qui est divin : l'incorruptibilité, l'immortalité de ce que Dieu a
créé à son image et à sa ressemblance. Elle ne durera pas quarante jours, quarante mois, quarante années,
quarante siècles. Mais elle durera tant que durera le Temps, et elle sera donnée à tous ceux qui ont pour elle
une faim sainte et agréable au Seigneur, qui se réjouira de se donner sans mesure aux hommes pour lesquels
Il s'est incarné pour qu'ils aient la Vie qui ne meurt pas.

409
Moi, je puis me donner, je puis me transsubstantier par amour pour les hommes, de sorte que le pain
devienne Chair et que la Chair devienne Pain, pour la faim spirituelle des hommes qui sans cette Nourriture
mourraient de faim et de maladies spirituelles. Mais si quelqu'un mange de ce Pain avec justice, il vivra
éternellement. Le pain que je donnerai, ce sera ma Chair immolée pour la Vie du monde; ce sera mon Amour
répandu dans les maisons de Dieu pour que viennent à la table du Seigneur ceux qui sont aimants ou
malheureux et qu'ils trouvent un réconfort pour leur besoin de se fondre en Dieu et un soulagement pour
leurs peines."

"Mais comment peux-tu nous donner ta Chair à manger ? Pour qui nous as-tu pris ? Pour des fauves
sanguinaires ? Pour des sauvages ? Pour des homicides ? Nous avons de la répugnance pour le sang et le
crime."

"En vérité, en vérité je vous dis que bien des fois l'homme est plus qu'un fauve et que le péché rend plus que
sauvage, que l'orgueil donne une soif homicide, et que ce n'est pas à tous ceux qui sont présents que
répugneront le sang et le crime. Et même dans l'avenir l'homme sera tel parce que Satan, la sensualité et
l'orgueil, en font une bête féroce. Et c'est pour satisfaire un besoin plus grand que jamais que vous devez et
que l'homme devra se guérir lui-même des germes terribles par l'infusion du Saint.

En vérité, en vérité je vous dis que si vous ne mangez pas la Chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez
pas son Sang, vous n'aurez pas en vous la Vie. Celui qui mange dignement ma Chair et qui boit mon Sang a
la Vie éternelle et je le ressusciterai au Dernier Jour. Car ma Chair est vraiment une Nourriture et mon
Sang un Breuvage. Celui qui mange ma Chair et qui boit mon Sang reste en Moi, et je reste en lui. Comme le
Père vivant m'a envoyé, et que je vis par le Père, de même ce lui qui me mange vivra lui aussi par Moi et ira
où je l'envoie, et il fera ce que je veux et il vivra avec austérité comme homme, et sera ardent comme un
séraphin, et il sera saint, car pour pouvoir se nourrir de ma Chair et de mon Sang, il s'interdira les fautes et
il vivra en s'élevant pour finir son ascension aux pieds de l'Éternel."

410
"Mais celui-là est fou ! Qui peut vivre de cette façon ? Dans notre religion il n'y a que le prêtre qui doive se
purifier pour offrir la victime. Ici Lui veut faire de nous autant de victimes de sa folie. Cette doctrine est trop
pénible et ce langage est trop difficile ! Qui peut l'écouter et le pratiquer ?" murmurent ceux qui sont
présents et plusieurs sont des disciples réputés tels.

Les gens se dispersent en commentant, et très réduits apparaissent les rangs des disciples quand restent seuls
dans la synagogue le Maître et les plus fidèles. Je ne les compte pas, mais je dis qu'on arrive à peu près à une
centaine. Il doit donc y avoir eu une forte défection même dans les rangs des anciens disciples depuis
longtemps au service de Dieu. Parmi ceux qui sont restés, il y a les apôtres, le prêtre Jean et le scribe Jean,
Étienne, Hermas, Timon, Hermastée, Agape, Joseph, Salomon, Abel de Bethléem de Galilée, et Abel le
lépreux de Corozaïn avec son ami Samuel, Élie (celui qui renonça à ensevelir son père pour suivre Jésus),
Philippe d'Arbela, Aser et Ismaël de Nazareth, et en plus d'autres dont je ne connais pas les noms. Tous
ceux-ci parlent doucement en commentant la défection des autres et les paroles de Jésus qui reste pensif, les
bras croisés, appuyé à un haut pupitre.

"Et vous vous scandalisez de ce que je vous ai dit ? Et si je vous disais que vous verrez un jour le Fils de
l'homme monter au Ciel où il était auparavant et s'asseoir à côté du Père ? Et qu'avez-vous compris, absorbé,
cru, jusqu'à présent ? Et avec quoi avez-vous écouté et assimilé ? Seulement avec ce qui est humain ? C'est
l'esprit qui vivifie et a de la valeur. La chair ne sert à rien. Mes paroles sont esprit et vie, et c'est avec
l'esprit qu'il faut les écouter et les comprendre pour en avoir la vie. Mais il y en a beaucoup parmi vous dont
l'esprit est mort parce qu'il est sans foi. Beaucoup d'entre vous ne croient pas vraiment, et c'est inutilement
qu'ils restent près de Moi. Ils n'en auront pas la Vie, mais la Mort.

Car ils y restent, comme je l'ai déjà dit, ou par curiosité ou par affection humaine, ou pire, pour des fins
encore plus indignes. Ils n'ont pas été amenés ici par le Père en récompense de leur bonne volonté, mais par
Satan. Personne, en vérité, ne peut venir à Moi, si cela ne lui est pas accordé par le Père. Allez-vous-en aussi,
vous qui restez difficilement parce que vous avez honte, humainement, de m'abandonner, mais qui avez

411
honte encore davantage de rester au service de quelqu'un qui vous semble "fou et dur". Allez. Il vaut mieux
que vous soyez loin pour nuire."

Et plusieurs autres se retirent des disciples, parmi lesquels le scribe Jean et Marc, le gérasénien possédé,
guéri en envoyant les démons dans les porcs. Les disciples bons se consultent et courent après ceux qui ont
abandonné, en essayant de les arrêter. Dans la synagogue il y a maintenant Jésus, le chef de la synagogue, et
les apôtres...

Jésus se tourne vers eux qui, mortifiés, restent dans un coin, et il dit : "Voulez-vous vous en aller, vous

aussi ?" Il le dit sans amertume et sans tristesse. Mais avec beaucoup de sérieux.

Pierre dans un élan douloureux Lui dit : "Seigneur, et où veux-tu qu'on aille ? Vers qui ? Tu es notre vie et
notre amour. Toi seul as les paroles de Vie éternelle. Nous savons que tu es le Christ, le Fils de Dieu. Si tu
veux, chasse-nous. Mais nous, pour ce qui est de nous, nous ne te quitterons pas, pas même... pas même si tu
ne nous aimais plus..." et Pierre pleure sans bruit, avec de grosses larmes... André aussi, Jean, les deux fils
d'Alphée, pleurent ouvertement, et les autres pâles ou rouges, par suite de l'émotion, ne pleurent pas, mais
souffrent visiblement.

"Pourquoi devrais-je vous chasser ? N'est-ce pas Moi qui vous ai choisis vous douze ?"

Jaïre prudemment, s'est retiré pour laisser Jésus libre de réconforter ou de réprimander ses apôtres. Jésus, qui
remarque sa retraite silencieuse, dit, en s'assoyant accablé, comme si la révélation qu'il fait Lui coûtait un
effort supérieur à ce qu'il peut faire, épuisé comme il l'est, dégoûté, endolori : "Et pourtant, l'un de vous est
un démon."

412
La parole tombe lente, effrayante, dans la synagogue, où il n'y a que la lumière des nombreuses lampes qui
soit joyeuse... et personne n'ose rien dire. Mais ils se regardent l'un l'autre, avec un frisson de peur et en se
posant une question angoissée, et par une question encore plus angoissée et intime, chacun s'examine lui-
même...

Personne ne bouge pendant un moment. Et Jésus reste seul sur son siège, les mains croisées sur les genoux,
la tête baissée. Il la lève enfin et il dit : "Venez. Je ne suis pourtant pas un lépreux ! Ou bien vous me croyez
tel ?.."

Alors Jean s'avance rapidement et s'enlace à son cou en disant : "Avec Toi, alors, dans la lèpre, mon seul
amour. Avec Toi, dans la condamnation. Avec Toi, dans la mort, si tu crois que cela t'attende..." et Pierre
rampe à ses pieds, il les Lui prend et les pose sur ses épaules en sanglotant : "Presse-moi, foule-moi aux
pieds ! Mais ne me fais pas penser que tu te méfies de ton Simon."

Les autres voyant que Jésus caresse les deux premiers s'avancent et le baisent sur ses vêtements, sur ses
mains, sur ses cheveux... Seul l'Iscariote ose le baiser au visage.

Jésus se lève tout à coup, et semble le repousser brusquement tant son mouvement est imprévu,

et il dit : "Allons à la maison. Demain soir, à la nuit, nous partirons en barques pour Ippo. "

413
Discours dans la synagogue de Capharnaüm

22 Or le lendemain,
La foule qui était restée de l'autre côté
De la mer avait bien vu qu'il n'y avait eu
Là qu'une barque et que Jésus n'y était pas
Entré avec ses disciples, que seuls ses disciples
Étaient partis. 23 Cependant s'en vinrent des barques
De Tibériade, près de l'endroit où l'on avait
Mangé après que le Seigneur eut rendu grâce.

Quand la foule vit que Jésus n'était pas là,


Ni ses disciples non plus, alors elle monta
Dans les barques et vint à Capharnaüm chercher
Jésus. 25 Et l'ayant trouvé de l'autre côté
De la mer, ils lui dirent : "Rabbi, mais quand es-tu
Arrivé ici ? "

26 Et Jésus leur répondit :


"En vérité, en vérité je vous le dis :
Vous me cherchez, non parce que vous avez vu
Des signes, mais parce que vous avez pu manger
Des pains et vous avez pu être rassasiés.
27 Travaillez à acquérir non la nourriture
Qui périt, mais la nourriture qui pour la vie
Éternelle demeure. C'est celle que le Fils de l'homme
Vous donnera ; parce que c'est lui que le Père,
Dieu a marqué d'un sceau."

414
28 Et ils lui dirent ceci :
"Pour les œuvres de Dieu, que devons nous donc faire
Comme travail ? " 29 Jésus répondit et leur dit :
"L'œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui
Qu'il a envoyé."

30 Ils lui dirent donc : "Quel signe


Fais-tu pour que nous voyions et que nous croyions
Toi ? À quoi travailles-tu ? 31 Nos pères ont mangé
La manne au désert, selon qu'il se trouve écrit :
"Il leur a donné à manger un pain venu
Du ciel."

32 Alors Jésus leur dit : "En vérité,


En vérité, je vous le dis, (non) ce n'est pas
Moïse qui vous donna le pain qui vient du ciel,
Mais c'est mon Père qui vous le donne le pain qui vient
Du ciel, le véritable ; 33 car le pain de Dieu, c'est
Celui qui descendu du ciel et donne la vie
Au monde." 34 Ils lui dirent : "Seigneur, donne-nous toujours
Ce pain-là."

35 Jésus leur dit : "Moi, je suis le pain


De vie ; celui qui vient vers moi n'aura pas faim,
Et celui qui croit en moi n'aura jamais soif.
36 Mais je vous l'ai dit : vous m'avez vu et pourtant
Vous ne croyez pas. 27 Tout ce que le Père me donne
Arrivera vers moi, celui qui vient vers moi,
Je ne le jetterai pas dehors, 38 car je suis
Descendu du ciel, non pour faire ma volonté
À moi, mais la volonté de Celui

415
Qui m'a envoyé. De tout ce qu'il m'a donné,
Que je ne perde rien, que je le ressuscite
Au dernier jour.40 Puisque telle est la volonté
De mon Père. Que quiconque voit le Fils et croit
En Lui, ait la vie éternelle, qu'au dernier Jour
Je le ressuscite.

41 Pourtant les juifs murmuraient


À son sujet car il avait dit : "Moi, je suis
Le pain descendu du ciel" . Ainsi ils disaient :
"Mais n'est-ce point là Jésus, le fils de Joseph
Dont nous connaissons le père et la mère ? Comment
Dit-il maintenant : "Je suis descendu du ciel ?"
43 Jésus répondit et il leur dit : "Entre vous
Ne murmurez pas. 44 Nul ne peut venir à moi
Si le Père qui m'a envoyé, ne l'attire ; moi
Je le ressusciterai donc au dernier Jour.

45 Il se trouve écrit dans les Prophètes : Tous seront


Instruits par Dieu. Quiconque a entendu le Père
Et a reçu son enseignement vient vers moi.
46 Non que personne ait vu le Père, sinon celui
Qui vient d'auprès de Dieu, et il a vu le Père.
47 En vérité, en vérité, je vous le dis
Celui qui croit a la vie éternelle.

48 Moi, je suis
L e pain de vie. 49 Vos pères ont mangé au désert
La manne, ils sont morts. 50 Tel est le pain qui descend
Du ciel, et que celui qui en mange ne meurt pas.

416
51 Moi, je suis le pain, le pain vivant descendu
Du ciel, celui qui mange de ce pain vivra
À jamais ; et le pain que moi je donnerai,
C'est ma chair, pour la vie du monde."

52 Pourtant les Juifs


Disputaient entre eux : "Comment, disaient-ils, cet homme
Peut-il nous donner sa chair à manger ? "

53 Jésus
Leur dit ceci : "En vérité, en vérité
Je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair
Du Fils de l'homme, si vous ne buvez pas son sang,
Vous n'aurez pas la vie en vous. 54 Mais qui consomme
Ma chair et boit mon sang a la vie éternelle,
Et moi, je le ressusciterai au dernier Jour.
55 Car ma chair est la vraie nourriture et mon sang
Est une vraie boisson. 56 Et celui qui consomme
Ma chair et boit mon sang demeure, en moi et moi
En lui.57 De même que le Père, qui est vivant
M'a envoyé et que moi je vis par le Père,
Celui qui me consomme vivra, aussi, par moi,
Lui. 58 C'est le pain descendu du ciel. Il n'est pas
Comme celui qu'ont mangé les pères, ils sont morts.
Celui qui consomme ce pain vivra à jamais" .

59 Et voilà ce que dit Jésus, en enseignant


En synagogue, à Capharnaüm.

60 Or beaucoup
De ses disciples, après l'avoir entendu, dirent

417
"Ce langage est pur. Qui peut l'entendre ? " 61 Mais, sachant
En lui-même que murmuraient ses disciples, Jésus
Leur dit : "Cela vous scandalise ? 62 Si donc vous voyiez
Le Fils de l'homme monter où il était avant !

63 C'est l'esprit qui fait vivre, la chair ne sert de rien ;


Moi, les paroles que je vous ai dites sont esprit
Et elles sont vie. 64 Pourtant il en est parmi vous
Qui ne croient pas ! " Car Jésus savait en effet
Dès le commencement ceux qui n'avaient pas foi
Et celui qui le livrerait.

65 Et il disait :
"Voilà pourquoi je vous disais que nul ne peut
Venir vers moi, si cela ne lui a été
Donné par le Père."

66 À partir de ce moment,
Beaucoup de ses disciples se retournèrent et cessèrent
D'aller avec lui.

418
Le divorce

« Pourquoi me suivez-vous ? »

« Parce que tu es le Maître et que nous voulons être éclairés sur un point obscur de la Loi. »

« Il n'y a pas de points obscurs dans la Loi de Dieu. »

« En elle, non. Mais, hé ! hé !... Mais sur la Loi sont venues les "ajoutés" comme tu dis, hé ! hé !... et ils ont
créé l'obscurité. »

« De la pénombre, tout au plus. Et il suffit de tourner son intelligence vers Dieu pour la dissiper. »

« Ce n'est pas tout le monde qui sait le faire. Nous, par exemple, nous restons dans la pénombre. Tu es le
Rabbi, hé ! hé ! Aide-nous donc. »

« Que voulez-vous savoir ? »

« Nous voulions savoir s'il est permis à l'homme de répudier pour un motif quelconque sa propre femme.
C'est une chose qui arrive souvent, et chaque fois cela fait du bruit où cela arrive. Les gens s'adressent à nous
pour savoir si cela est permis et nous répondons suivant les cas. »

« En approuvant le fait accompli quatre-vingt dix fois sur cent. Pour les dix pour cent que vous n'approuvez
pas, il s'agit des pauvres ou de vos ennemis. »

« Comment le sais-tu ? »

« Parce qu'il en arrive ainsi dans toutes les choses humaines. Et j'ajoute une troisième classe : celle où si le
divorce était permis, il se justifierait davantage, celle des cas pénibles, tels qu'une lèpre incurable, une
condamnation à vie, ou une maladie honteuse... »

« Alors, pour Toi, ce n'est jamais permis ? »

« Ni pour Moi, ni pour le Très-Haut, ni pour aucune âme droite. N'avez-vous pas lu que le Créateur, au
commencement des jours, a créé l'homme et la femme ? Et qu'il les créa mâle et femelle. il n‟avait pas

419
besoin de le faire. S'il l'avait voulu, il aurait pu, pour le roi de la Création, fait à son image et à sa
ressemblance, créer un autre mode de procréation et il aurait été également bon, tout en étant différent de
tout autre moyen naturel. Et il dit : "C'est pour ce motif que l'homme quittera son père et sa mère et s'unira
avec la femme, et les deux seront une seule chair." Dieu les a donc unis en une seule unité. ils ne sont donc
plus "deux" chairs mais "une" seule. Ce que Dieu a uni, parce qu'il a vu que c'était "une chose bonne", que
l'homme ne le sépare pas, parce que si cela arrivait, ce ne serait plus une chose bonne. »

«Mais pourquoi alors Moïse a-t-il dit : "Si un homme a pris une femme mais qu'elle n'a pas trouvé grâce à
ses yeux pour quelque chose de honteux, il lui écrira un libelle de répudiation, le lui remettra en mains
propres et la renverra de sa maison"? »

« Il l'a dit à cause de la dureté de votre cœur. Pour éviter par un ordre des désordres trop graves : C'est pour
cela qu'il vous a permis de répudier vos femmes. Mais au commencement il n'en a pas été ainsi. Car la
femme est plus qu'une bête laquelle, selon les caprices de son maître ou les libres circonstances naturelles,
est soumise à tel ou tel mâle, chair sans âme qui s'accouple pour la reproduction. Vos femmes ont une âme
comme vous, et il n'est pas juste que vous la piétinez sans compassion. S'il est dit dans sa condamnation :
"Tu seras soumise au pouvoir de ton mari et lui te dominera" cela doit se produire selon la justice et non
selon la tyrannie qui lèse les droits d'une âme qui est libre et digne de respect.

Vous, en répudiant alors que ce n'est pas permis, vous offensez l'âme de votre compagne, la chair jumelle qui
s'est unie à la vôtre, le tout qu'est la femme que vous avez épousée en exigeant son honnêteté, alors que vous,
parjures, vous allez vers elle, déshonorés, diminués, parfois corrompus, et vous continuez de l'être en
profitant de toute occasion pour la blesser et donner libre cours à vos passions insatiables. Vous faites de vos
femmes des prostituées ! Pour aucun motif vous ne pouvez vous séparer de la femme qui vous est unie selon
la Loi et la Bénédiction. Ce n'est que dans le cas où la grâce vous touche, quand vous comprenez que la
femme n'est pas un objet que l'on possède mais une âme et que par conséquent elle a des droits égaux aux
vôtres d'être reconnue comme faisant partie intégrante de l'homme et non pas comme son objet de plaisir, et
c'est seulement dans le cas où votre cœur est assez dur pour ne pas épouser une femme après en avoir joui

420
comme d'une prostituée, seulement pour faire disparaître le scandale de deux personnes qui vivent ensemble
sans la bénédiction de Dieu sur leur union que vous pouvez renvoyer une femme. C'est qu'alors il ne s'agit
pas d'union mais de fornication, et qui souvent n'est pas honorée par la venue des enfants supprimés contre
nature ou éloignés comme déshonorants.

Dans aucun autre cas, dans aucun autre. Car si vous avez des enfants illégitimes d'une concubine, vous avez
le devoir de mettre fin au scandale en l'épousant si vous êtes libres. Je ne m'arrête pas à l'adultère consommé
au détriment d'une femme ignorante. Pour lui, il y a les pierres de la lapidation et les flammes du Schéol.
Mais pour celui qui renvoie sa propre épouse légitime parce qu'il en est las et qui en prend une autre, il n'y a
qu'un jugement : c'est un adultère. Et aussi celui qui prend une femme répudiée car si l'homme s'est arrogé le
droit de séparer ce que Dieu a uni, l'union matrimoniale continue aux yeux de Dieu et est maudit celui qui
passe à une seconde femme sans être veuf. Et maudit celui qui, après avoir répudié sa femme, après l'avoir
abandonnée aux craintes de l'existence qui la font consentir à de nouvelles noces pour avoir du pain, la
reprend si elle reste veuve du second mari. Car bien qu'étant veuve, elle a été adultère par votre faute et vous
redoubleriez son adultère.

Avez-vous compris, ô pharisiens qui me tentez ? » Ceux-ci s'en vont penauds, sans répondre.

« L'homme est sévère. S'il était à Rome, il verrait pourtant fermenter une boue encore plus fétide » dit un
romain.

Certains hommes de Gadara murmurent aussi : « C'est une chose difficile que d'être homme s'il faut être
aussi chaste !... »

Et certains disent plus haut : « Si telle est la situation de l'homme par rapport à la femme, il vaut mieux ne
pas se marier. »

421
Et les apôtres aussi tiennent ce raisonnement alors qu'ils reprennent le chemin vers la campagne, après avoir
quitté les gens de Gadara. Judas en parle d'un air méprisant. Jacques en parle avec respect et réflexion. Jésus
répond à l'un et à l'autre : « Ce n'est pas tous qui comprennent cela, ni qui le comprennent comme il faut.

Certains, en effet, préfèrent le célibat pour être libres de satisfaire leurs vices. D'autres c'est pour éviter la
possibilité de pécher, en n'étant pas de bons maris. Mais il y en a seulement quelques-uns auxquels il est
accordé de comprendre la beauté d'être exempts de sensualité et même d'un désir honnête de la femme. Et ce
sont les plus saints, les plus libres, les plus angéliques sur la terre. Je parle de ceux qui se font eunuques pour
le Royaume de Dieu. Parmi les hommes, il y en a qui naissent tels; d'autres que l'on rend tels. Les premiers
sont une monstruosité qui doit susciter la compassion, pour les seconds c'est un abus condamnable. Mais il y
a enfin la troisième catégorie : celle des eunuques volontaires qui sans se faire violence, et par conséquent
avec un double mérite, savent adhérer à la demande de Dieu et vivent comme des anges pour que l'autel
délaissé de la terre ait encore des fleurs et de l'encens pour le Seigneur. Ces derniers refusent de satisfaire la
partie inférieure de leur être pour faire grandir la partie supérieure, par laquelle ils fleurissent au Ciel dans
les parterres les plus proches du trône du Roi. Et en vérité je vous dis que ce ne sont pas des mutilés, mais
des êtres doués de ce qui manque à la plupart des hommes. Non pas les objets d'un mépris imbécile, mais
plutôt d'une grande vénération. Que le comprenne celui qui doit le comprendre et le respecte, s'il le peut. »

Ceux qui sont mariés parmi les apôtres chuchotent entre eux. « Qu'avez-vous ? » demande Jésus.

« Et nous ? » dit Barthélemy au nom de tous. « Nous ne savions pas cela et nous avons pris femme. Mais il
nous plairait d'être comme tu dis... »

« Il ne vous est pas défendu de l'être désormais. Vivez dans la continence en voyant dans votre compagne
une sœur, et vous en aurez grand mérite aux yeux de Dieu. Mais hâtez le pas pour être à Pella avant la

pluie. »

422
Question sur le divorce

19 1 Quand Jésus eut achevé


Ces discours, il quitta la Galilée et vint
Dans le territoire de la Judée, au-delà
Du Jourdan. 2 Et des foules nombreuses le suivirent,
Là, il les guérit.

3 Des Pharisiens s‟approchèrent


Vers lui, pour le mettre à l‟épreuve et dirent : “ Est-il
Permis de répudier pour n‟importe quel motif
Sa femme ? ”

4 Répondant, il dit : “ N‟avez-vous pas lu


Que le Créateur, dès le commencement, mâle
Et femelle Il les fit, et à cause de cela
Dit : L‟homme abandonnera ses père et mère
Et il s‟attachera à sa femme, et les deux
Deviendront une seule chair. 6 Et c‟est pourquoi
Ils ne seront plus deux, mais une seule chair.
Que l‟homme ne sépare pas ce que Dieu a uni. ”

7 Ils lui dirent : “ Pourquoi Moïse a-t-il commandé


De donner une lettre de séparation
Avant de renvoyer ? ”

8 Il dit : “ Moïse, à cause


De votre dureté vous a autorisé
De renvoyer vos femmes, mais au commencement

423
Il n‟en a pas été ainsi : 9 car je vous dis
Que celui qui - sauf pour cas de fornication -
Renvoie sa femme et se marie avec une autre
Est adultère.”

424
La continence volontaire

10 Les disciples lui disent : “ Mieux vaut


Ne pas se marier si telle est la condition
De l‟homme avec la femme. ”

11 “ Tous ne comprennent pas


Cette parole, leur dit-il, mais ceux-là à qui
Seulement cela est donné. 12 Car il y a,
En effet, des eunuques qui sont nés tel du ventre
De leur mère, et il y a des eunuques qui ont
Été rendus eunuques par les hommes, il y a
Des eunuques qui se sont rendus eunuques eux-mêmes
À cause du royaume des Cieux. Que celui
Qui peut comprendre comprenne ! ”

425
Le nombre des élus

Un autre de Rama demande : "Seigneur, sont-ils peu nombreux ceux qui se sauvent ?"

"Si l'homme savait se conduire avec respect envers lui-même et avec un amour respectueux pour Dieu, tous
les hommes se sauveraient comme Dieu le désire. Mais l'homme n'agit pas ainsi. Et comme un sot il s'amuse
avec le clinquant au lieu de prendre l'or véritable. Soyez généreux dans votre recherche du Bien. Cela vous
coûte ? C'est en cela que réside le mérite. Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite. L'autre, large et
attirante, c'est une séduction de Satan pour vous dévoyer. Celle du Ciel est étroite, basse, nue et sévère. Pour
y passer il faut être agile, léger, sans faste et sans matérialité. Il faut être spirituel pour pouvoir le faire.
Autrement, quand sera venue l'heure de la mort, vous n'arriverez pas à la franchir. Et en vérité on en verra
beaucoup qui chercheront à entrer sans pouvoir y réussir tant la matérialité les rend obèses, tant les pompes
mondaines les rendent compliqués, tant les raidit la croûte du péché, tant l'orgueil qui est leur squelette les
rend incapables de se plier. Et alors le Maître du Royaume viendra fermer la porte, et alors ceux qui sont
dehors, ceux qui n'auront pas pu entrer au moment voulu, en restant dehors frapperont à la porte en criant:
"Seigneur, ouvre-nous ! Nous sommes là aussi". Mais Lui dira : "En vérité, Je ne vous connais pas, et Je ne
sais pas d'où vous venez."

Et eux : "Mais comment ? Tu ne te souviens pas de nous ? Nous avons mangé et bu avec Toi et nous t'avons
écouté quand Tu enseignais sur nos places." Mais Lui répondra : "En vérité Je ne vous reconnais pas. Plus Je
vous regarde et plus vous m'apparaissez comme rassasiés de ce que J'ai déclaré nourriture impure. En vérité
plus Je vous scrute et plus Je vois que vous n'êtes pas de ma famille. En vérité, voici, maintenant Je vois de
qui vous êtes les fils et les sujets : de l'Autre. Vous avez pour père Satan, pour mère la Chair, pour nourrice
l'Orgueil, pour serviteur la Haine pour trésor vous avez le péché, les vices sont vos pierres précieuses Sur
votre cœur est écrit 'Égoïsme'. Vos mains sont souillées des vols faits aux frères. Hors d'ici ! Loin de Moi.
vous tous, artisans d'iniquité." Et alors, alors que des profondeurs des deux viendront étincelants de gloire,

426
Abraham, Isaac, Jacob, et tous les prophètes et les justes du Royaume de Dieu, eux, ceux qui n'auront pas eu
amour mais égoïsme, pas le sacrifice mais la mollesse, seront chassés au loin, relégués là où les pleurs sont
éternels et où il n'y a que terreur. Et ceux qui seront ressuscités glorieux, venus de l'orient et de l'occident, du
nord et du midi, se rassembleront à la table nuptiale de l'Agneau, le Roi du Royaume de Dieu. Et on verra
alors que beaucoup qui paraissaient les "plus petits" dans l'armée de la terre seront les premiers dans la
population du Royaume. Et de même aussi on verra que tous les puissants d'Israël ne seront pas tous
puissants au Ciel, et que tous ceux que le Christ a choisis pour être ses serviteurs n'ont pas su mériter d'être
choisis pour la table nuptiale. Mais aussi on verra que beaucoup que l'on croyait "les premiers" seront non
seulement derniers, mais ne seront même pas derniers. Car nombreux sont ceux qui sont appelés, mais peu
nombreux sont ceux qui de leur élection ont su se faire une vraie gloire."

427
La porte étroite
Le rejet des Juifs infidèles et l’appel des païens

22 Il cheminait par villes et villages


Enseignant et faisant route vers Jérusalem.
23 Quelqu‟un lui dit : Seigneur, est-ce que les sauvés
Seront peu nombreux ? Et il lui dit : "Pour entrer
Par la porte étroite, luttez parce que beaucoup
Chercheront à entrer et n‟y parviendront pas,
Je vous le dis."

25 Dès que le maître de maison


Se sera levé et aura fermé la porte
Et que, restés dehors vous vous serez mis
À frapper à la porte en disant : "Ouvre-nous
Seigneur, il vous dira : je ne sais d'où vous êtes.
Et vous vous mettrez à dire : Nous avons mangé,
Bu devant toi, tu as enseigné sur nos places.

Alors il vous dira : je ne sais d‟où vous êtes.


Écartez-vous de moi, ouvriers d'injustice,
Vous tous ! Là seront les sanglots, les grincements
De dents quand vous verrez Abraham, Isaac
Jacob, tous les prophètes, au royaume de Dieu,
Et vous chassés dehors. 29 Et on arrivera
Du levant, du couchant, du nord, du midi,
On se mettra à table au royaume de Dieu.

428
30 Et voilà qu'il y a des derniers qui seront
Premiers, et Il y a des premiers qui seront
Derniers.

429
Parabole de l'intendant fidèle

Mais écoutez une parabole et vous verrez que les riches aussi peuvent se sauver tout en étant riches, ou
réparer leurs erreurs passées en usant bien des richesses même si elles ont été mal acquises. Car Dieu, le Très
Bon, laisse toujours de nombreux moyens à ses fils pour qu'ils se sauvent.

Il y avait donc un riche qui avait un intendant. Certains qui étaient ses ennemis parce qu'ils enviaient sa
bonne situation, ou bien très amis du riche et par conséquent soucieux de son bien-être, accusèrent
l'intendant devant son maître. "Il dissipe tes biens, ou bien il se les approprie, ou bien il néglige de les faire
fructifier. Fais attention ! Défends-toi !"

Le riche, après avoir entendu ces accusations répétées, commanda à l'intendant de comparaître devant lui. Et
il lui dit : "On m'a dit de toi telle et telle chose. Pourquoi donc as-tu agi de cette façon ? Rends-moi compte
de ta gestion, car je ne te permets plus de t'en occuper. Je ne puis me fier à toi et je ne puis donner un
exemple d'injustice et de laisser faire qui encouragerait les autres serviteurs à agir comme tu as agi. Va et
reviens demain avec toutes les écritures, pour que je les examine afin de me rendre compte de l'état de mes
biens avant de les confier à un nouvel intendant." Et il renvoya l'intendant qui s'en alla préoccupé se disant
en lui-même : "Et maintenant ? Comment vais-je faire maintenant que le maître m'enlève l'intendance ? Je
n'ai pas d'économies parce que, persuadé comme je l'étais de l'échapper belle, je dépensais tout ce que je
prenais. M'embaucher comme paysan sous un maître, cela ne me va pas car je ne suis plus habitué au travail
et alourdi par la bonne chère. Demander l'aumône, cela me va encore moins. C'est trop humiliant ! Que

faire ?"

En réfléchissant longuement, il trouva un moyen de sortir de sa pénible situation. Il dit ! "J'ai trouvé ! De la
même façon que je me suis assuré jusqu'à présent une existence confortable, désormais je vais m'assurer des

430
amis qui me reçoivent par reconnaissance lorsque je n'aurai plus l'intendance. Celui qui rend service a
toujours des amis. Allons donc rendre service pour que l'on me rende service, et allons-y de suite avant que
la nouvelle se répande et qu'il soit trop tard."

Il alla chez plusieurs débiteurs de son maître, et il dit au premier : "Combien dois-tu à mon maître pour la
somme qu'il t'a prêtée au printemps il y a trois ans ?"

Et l'autre répondit : "Cent barils d'huile pour la somme et les intérêts."

"Oh ! mon pauvre ! Toi, avec tant d'enfants, toi, avec des enfants malades, devoir tant donner ?! Mais ne t'a-
t-il pas donné pour une valeur de trente barils ?"

"Si. Mais j'étais dans un besoin pressant, et lui me dit: 'Je te le donne, mais à condition que tu me donnes ce
que la somme te rapportera en trois ans'. Elle m'a rapporté une valeur de cent barils, et je dois les donner."

"Mais c'est un usurier ! Non. Non. Lui est riche et tu as à peine de quoi manger. Lui a peu de famille, et toi
une famille si nombreuse. Écris que cela t'a rapporté cinquante barils et n'y pense plus. Je jurerai que c'est
vrai, et tu en profiteras."

"Mais tu ne me trahiras pas ? S'il vient à savoir ?"

"Penses-tu ? Je suis l'intendant et ce que je jure est sacré. Fais comme je te dis, et sois heureux."

L'homme écrivit, signa et il dit : "Sois béni ! Mon ami et mon sauveur ! Comment t'en récompenser ?"

"Mais en aucune façon ! Mais si à cause de toi je devais souffrir et être chassé tu m'accueillerais par
reconnaissance."

"Mais bien sûr ! Bien sûr ! Tu peux y compter."

L'intendant alla trouver un autre débiteur auquel il tint à peu près le même discours. Celui-ci devait rendre

431
cent boisseaux de grain car pendant trois années la sécheresse avait détruit ses récoltes et il avait dû
emprunter au riche pour nourrir sa famille.

"Mais tu n'y penses pas : doubler ce qu'il t'a donné ! Refuser le blé ! Exiger le double de quelqu'un qui a faim
et a des enfants, alors que les vers attaquent ses réserves trop abondantes ! Écris quatre-vingts."

"Mais s'il se souvient qu'il m'en a donné vingt et puis vingt et puis dix ?"

"Mais que veux-tu qu'il se rappelle ? C'est moi qui te les ai donnés, et moi je ne veux pas m'en souvenir. Fais,
fais ainsi et tire-toi d'affaire. Il faut de la justice entre pauvres et riches ! Pour moi, si j'étais le patron, je n'en
réclamerais que cinquante, et peut-être même, je t'en ferais cadeau."

"Tu es bon. Si tout le monde était comme toi! Souviens-toi que ma maison est pour toi une maison amie."

L'intendant alla chez les autres avec la même méthode, se déclarant prêt à souffrir pour remettre les choses
en place avec justice. Et promesses d'aides et de bénédictions plurent sur lui. Rassuré 516> pour l'avenir, il
s'en alla tranquillement trouver le maître qui, de son côté, avait filé l'intendant et découvert son jeu. Il le loua
pourtant en disant : "Ta manière d'agir n'est pas bonne et je ne l'approuve pas. Mais je loue ton adresse. En
vérité, en vérité, les enfants du siècle sont plus avisés que ceux de la Lumière."

Et ce que disait le riche, Moi aussi, je vous le dis : "La fraude n'est pas belle, et pour elle je ne louerai
jamais personne. Mais je vous exhorte à être au moins comme les enfants du siècle, avisés avec les moyens
du siècle, pour les faire servir de monnaie pour entrer dans le Royaume de la Lumière." C'est-à-dire, avec
les richesses terrestres, moyens injustement répartis et employés pour acquérir un bien-être passager, sans
valeur dans le Royaume éternel, faites-vous-en des amis qui vous en ouvriront les portes. Faites du bien avec
les moyens dont vous disposez, restituez ce que vous ou d'autres de votre famille, ont pris indûment,
détachez-vous de l'affection maladive et coupable pour les richesses. Et toutes ces choses seront comme des

432
amis qui à l'heure de la mort vous ouvriront les portes éternelles et vous recevront dans les demeures
bienheureuses.

Comment pouvez-vous exiger que Dieu vous donne ses biens paradisiaques, s'il voit que vous ne savez pas
faire bon usage même des biens terrestres ? Voulez-vous, supposition impossible, qu'il admette dans la
Jérusalem céleste des éléments dissipateurs ? Non, jamais. Là-haut on vivra dans la charité et la générosité et
la justice. Tous pour Un et tous pour tous. La Communion des Saints est une société active et honnête, c'est
une société sainte. Et il n'y a personne qui puisse y entrer, s'il s'est montré injuste et infidèle.

Ne dites pas : "Là-haut nous serons fidèles et justes car là-haut nous aurons tout sans crainte d'aucune sorte".
Non. Qui est infidèle dans les petites choses serait infidèle même s'il possédait le Tout et qui est injuste dans
les petites choses est injuste dans les grandes. Dieu ne confie pas les vraies richesses à celui qui dans
l'épreuve terrestre montre qu'il ne sait pas user des richesses terrestres. Comment Dieu pourrait-Il vous
confier un jour au Ciel la mission de soutenir vos frères sur la Terre quand vous avez montré que vous ne
savez que soutirer et frauder ou conserver avidement ? Il vous refusera donc votre trésor, celui qu'il vous
avait réservé, pour le donner à ceux qui ont su être avisés sur la Terre, en faisant servir à des oeuvres justes
et saines ce qui est injuste et malsain.

Personne ne peut servir deux maîtres. Car il appartiendra à l'un ou à l'autre, ou bien il haïra l'un ou l'autre.
Les deux maîtres que l'homme peut choisir sont Dieu ou Mammon. Mais si vous voulez appartenir au
premier, vous ne pouvez revêtir les uniformes, écoutez la voix, employer les moyens du second. »

433
L’intendant infidèle

16 1 Et il disait aussi aux disciples : "Il était


Un homme riche qui avait un gérant, celui-ci
Lui fut dénoncé comme dissipant ses biens.

2 L'appelant, il lui dit : Qu'est-ce que j'entends dire


De toi ? 3 Rends compte de ta gestion, tu ne peux plus
Gérer. 3 Le gérant se dit en lui-même : que faire
Car mon seigneur me retire la gestion ? Bêcher,
Je n'en ai pas la force ; mendier ? mais j‟aurais honte…
4 Je sais ce que je vais faire lorsque je serai
Relevé de cette gestion pour qu'on m'accueille
Dans d‟autres maisons.

5 Alors appelant à lui


L'un après l‟autre, les débiteurs de son seigneur
Il dit au premier : Mais combien à mon seigneur
Dois-tu ? Celui-ci dit : 6 cent baths d'huile. Il lui dit :
Prends donc ton billet, assieds-toi et écris vite
Cinquante. 7 Puis il dit à un autre : et toi combien
Dois-tu ? Il dit cent kors de blé. Et il lui dit :
Prends ton billet, écris : quatre-vingts.

8 Le Seigneur
Loua le gérant malhonnête d‟avoir agi
De façon prudente. Les fils de ce monde-ci
Sont bien plus prudents que les fils de la lumière.

434
Le bon emploi de l’argent.

9 "Moi, je vous dis : Faites-vous ainsi des amis


Avec le Mammon de la malhonnêteté,
Pour que lorsqu‟il viendra à faire défaut, ceux-ci
Vous accueillent dans les tentes éternelles.10 Car qui est
Fidèle en petit est aussi fidèle en grand.
11 Si donc vous ne vous êtes pas montrés fidèles
Dans le malhonnête Mammon, qui vous confiera
Le bien véritable ? 12 Si dans le bien étranger
Vous n‟étiez pas fidèles, qui vous donnera le vôtre ?

13 "Aucun domestique ne peut servir deux seigneurs :


(Ou bien) il haïra et il aimera l'autre ;
Il s‟attachera à l‟un et méprisera
L‟autre. Vous ne pouvez donc servir Dieu et Mammon."

435
TOME VI

436
Parabole des deux fils et la volonté du père

Puis Jésus parle :

"La paix soit avec vous. À vous tous qui m'entourez, je veux proposer une parabole et que chacun en
recueille l'enseignement et la partie qui lui convient davantage.

Écoutez : un homme avait deux fils. S'étant approché du premier, il lui dit : "Mon fils, viens travailler
aujourd'hui dans la vigne de ton père". C'était une grande marque d'honneur de son père ! Il jugeait le fils
capable de travailler là où jusqu'alors c'était le père qui avait travaillé. C'était signe qu'il voyait en son fils de
la bonne volonté, de la constance, des capacités, de l'expérience, et de l'amour pour le père. Mais le fils, un
peu distrait par des choses du monde, craignant de paraître un serviteur - Satan use de ces mirages pour
éloigner du bien - craignant des moqueries et peut-être aussi des représailles des ennemis de son père, qui
n'osaient pas lever la main sur lui mais qui auraient eu moins d'égards pour le fils, répondit : "Je n'y vais pas.
Je ne désire pas y aller." Le père alla alors trouver l'autre fils pour lui dire ce qu'il avait dit au premier. Et le
second fils répondit aussitôt : "Oui, père, j'y vais tout de suite."

Pourtant qu'arriva-t-il ? Le premier fils avait l'âme droite. Après un moment de faiblesse dans la tentation, de
révolte, il se repentit d'avoir déplu à son père, et sans rien dire il s'en alla à la vigne. Il travailla tout le jour
jusque tard dans la soirée. Il revint satisfait à la maison avec dans le cœur la paix du devoir accompli. Le
second, au contraire, menteur et faible, sortit de la maison, c'est vrai, mais ensuite il perdit son temps à flâner
dans le village, à faire des visites inutiles à des amis influents dont il espérait tirer du profit. Et il disait dans
son cœur : "Le père est vieux et il ne sort pas de la maison. Je lui dirai que j'ai obéi, et il le croira..."

437
Mais le soir venu pour lui aussi, il revint à la maison, son aspect las d'homme oisif, ses vêtements sans faux
plis, le manque d'assurance du salut donné au père qui l'observait et le comparaît avec l'aîné, qui était revenu
fatigué, sale, mal peigné, mais joyeux et sincère avec son regard franc, humble et bon, qui, sans vouloir se
vanter du devoir accompli, voulait pourtant dire au père : "Je t'aime et avec vérité, tellement que pour te faire
plaisir, j'ai vaincu la tentation", parlaient clairement à l'intelligence du père, qui embrassa son fils fatigué en
lui disant : "Tu es béni parce que tu as compris l'amour !"

En effet qu'en pensez-vous ? Lequel des deux avait aimé ? Certainement Vous dites : "Celui qui avait fait la
volonté de son père." Et qui l'avait faite ? Le premier ou le second fils ? "

"Le premier." répond la foule unanime.

"Le premier. Oui. En Israël aussi, et vous vous en lamentez, ce ne sont pas ceux qui disent : "Seigneur !
Seigneur !" en se frappant la poitrine sans avoir au cœur un vrai repentir de leurs péchés - et c'est si vrai que
leur cœur devient de plus en plus dur - ce ne sont pas ceux qui observent les rites avec ostentation pour qu'on
les appelle saints, mais dans la vie privée sont sans charité et sans justice; ce ne sont pas eux, qui se
révoltent, en vérité, contre la Volonté de Dieu qui m'envoie et qui l'attaquent comme si c'était la volonté de
Satan, et cela ne sera pas pardonné ; ce ne sont pas eux qui sont les saints aux yeux de Dieu. Mais ce sont
ceux qui, en reconnaissant que Dieu fait bien tout ce qu'il fait, accueillent l'Envoyé de Dieu et écoutent ses
paroles pour savoir mieux faire, toujours mieux ce que veut le Père, qui sont saints et chers au Très-Haut.

En vérité je vous le dis : les ignorants, les pauvres, les publicains, les courtisanes passeront avant beaucoup
de ceux que l'on appelle "maîtres", "puissants", "saints", et entreront dans le Royaume de Dieu. Et ce sera
justice. En effet Jean est venu vers Israël pour le conduire sur les chemins de la Justice, et une trop grande
partie en Israël ne l'a pas cru, l'Israël qui se donne à lui-même les titres de "docte et saint", mais les
publicains et les courtisanes ont cru en lui. Et Moi je suis venu, et les doctes et les saints ne me croient pas,
mais croient en Moi les pauvres, les ignorants, les pécheurs. Et j'ai fait des miracles, et à ces miracles ils

438
n'ont même pas cru, et il ne leur est pas venu le repentir de ne pas croire en Moi. Au contraire leur haine est
venue sur Moi et sur ceux qui m'aiment.

Eh bien je dis : "Bienheureux ceux qui savent croire en Moi, et faire cette volonté du Seigneur en laquelle se
trouve le salut éternel". Augmentez votre foi et soyez constants. Vous posséderez le Ciel parce que vous
aurez su aimer la Vérité.

Allez. Dieu soit avec vous, toujours."

Il les bénit et les congédie, et puis, à côté de Nicodème, il va vers la maison du disciple pour y rester pendant
la grosse chaleur...

439
Parabole des deux fils

28 “ Que vous ensemble ? Car un homme avait deux enfants.


S‟avançant vers le premier, il dit : “ Mon enfant,
Va-t-en aujourd‟hui pour travailler à la vigne. ”
29 Et répondant, celui-ci dit : je ne veux pas,
S‟étant repenti, il y alla. 30 S‟avançant
Vers le second, il lui dit la même chose. L‟autre
Répondit : “ J‟y vais, Seigneur, il n‟y alla pas. ”

31 “ Lequel des deux a fait la volonté du père ? ”


Ils disent : “ Le premier ”. Et Jésus leur dit ceci :
“ En vérité, je vous dis que les publicains,
Et les prostituées au royaume de Dieu
Vous précèdent. 32 Car Jean est venu dans un chemin
De justice vers vous, et vous ne l‟avez pas cru ;
Les publicains et les prostituées l‟ont cru.
Et vous, voyant cela vous ne vous êtes pas
Davantage repentis pour enfin croire en lui !

440
La foi qui déplace les montagnes

Là aussi on est en pleine moisson. Il vaudrait mieux dire : on était... maintenant les faux ne servent plus car il
n'y a plus un seul épi dans ces champs encore plus proches du rivage de la Méditerranée que ceux de
Nicodème. En effet Jésus n'est pas allé à Arimathie mais dans le domaine que Joseph possède dans la plaine,
du côté de la mer, et qui, avant la moisson, devait être une autre petite mer d'épis tant il est étendu.

Une maison large, basse, toute blanche se trouve là, au milieu des champs moissonnés. Une maison de
campagne, mais bien tenue. Ses quatre aires sont remplies de quantité de gerbes, disposées en faisceaux
comme font les soldats avec leurs armes quand ils font la pause au camp. Des nombreux chars amènent ce
trésor des champs aux aires, et des hommes nombreux les déchargent et les mettent en tas. Joseph va d'une
aire à l'autre et veille à ce que tout soit fait et bien fait.

Un paysan, du haut d'un tas de gerbes amoncelées sur un char, annonce : "Nous avons fini, maître. Tout le
grain est sur tes aires. C'est le dernier char de la dernière pièce."

"C'est bien. Décharge les gerbes et puis dételle les bœufs et conduis-les aux abreuvoirs et aux étables. Ils ont
bien travaillé et mérité leur repos. Vous aussi vous avez bien travaillé et mérité le repos. Mais la dernière
fatigue sera légère car, pour des bons cœurs, la joie d'autrui est un soulagement. Maintenant nous allons faire
venir les fils de Dieu pour leur donner le don du Père. Abraham, va les appeler" dit-il ensuite en s'adressant à
un patriarche qui est peut-être le premier des serviteurs paysans de ce domaine de Joseph.

Je le pense, en voyant le respect évident des autres serviteurs pour ce vieillard qui ne travaille pas mais qui
surveille et donne des conseils pour aider le maître.

441
Et le vieillard s'en va... Je le vois qui se dirige vers une construction vaste et très basse, plus semblable à un
hangar qu'à une maison, pourvue de deux portails gigantesques qui montent jusqu'à la gouttière. Je pense que
c'est une sorte de magasin où l'on abrite les chars et tout l'attirail agricole. Il entre à l'intérieur et en sort suivi
d'une foule hétérogène de tous les âges... et de toutes les misères... Il y a des êtres efflanqués mais sans
disgrâces physiques, et il y a des estropiés, des aveugles, des manchots, des yeux malades... Beaucoup de
veuves entourées de nombreux orphelins et aussi des femmes dont le mari est malade, tristes, abattues,
décharnées à cause des veilles et des sacrifices qu'elles font pour soigner le malade.

Ils avancent avec cet aspect particulier des pauvres qui se rendent là où ils vont recevoir des bienfaits :
regards timides, embarras de pauvres honnêtes, et pourtant un sourire qui affleure par dessus la tristesse que
des jours de douleur ont imprimée sur les pâles visages et pourtant une petite étincelle triomphale, une sorte
de réponse à l'acharnement du destin dans la longue série des jours tristes, un défi : "Pour nous aussi, c'est un
jour de fête. Aujourd‟hui, c'est fête, réjouissance, et soulagement pour nous !"

Les petits écarquillent les yeux devant les tas de gerbes plus hauts que la maison, et en les montrant disent à
leurs mères : "Pour nous ? Oh ? c'est beau !" Les vieillards murmurent : "Que le Bénit bénisse celui qui a
pitié !" Les mendiants, les estropiés, les aveugles, les manchots, ceux qui ont les yeux malades : "Nous
aurons du pain, nous aussi, sans devoir tendre la main !" Et les malades à leurs parents : "Au moins nous
pourrons nous soigner en sachant que vous ne souffrirez pas pour nous. Les remèdes nous feront du bien,
maintenant." Et les parents aux malades : "Vous voyez ? Maintenant vous ne direz plus que nous jeûnons
pour vous laisser une bouchée de pain. A présent, soyez donc heureux !..." Et les veuves aux orphelins :
"Mes enfants, il faudra bénir beaucoup le Père des cieux qui vous tient lieu de père et le bon Joseph qui est
son administrateur. Maintenant nous ne vous entendrons plus pleurer de faim, ô fils qui n'avez que vos mères
pour vous donner de l'aide... Les pauvres mères qui n'ont de riche que leur cœur..."

442
C'est un chœur et un spectacle réjouissant, mais qui fait venir aussi les larmes aux yeux...

Joseph, qui a devant lui ces malheureux, se met à parcourir les rangs, appelant les gens un par un, leur
demandant combien ils sont dans la famille, de quand date le veuvage, ou la maladie, et le reste... et il prend
note. Et pour chaque cas il commande aux paysans serviteurs : "Donnes-en dix." "Donnes-en trente."

"Donnes-en soixante" dit-il après avoir entendu un vieillard à moitié aveugle qui vient à lui avec dix-sept
petits-enfants, tous au-dessous de douze ans, enfants de ses enfants, morts l'un pendant la moisson de l'année
précédente, l'autre en enfantant... "et, dit le vieillard, le mari s'est consolé en se remariant au bout d'un an, me
laissant les cinq fils en me disant qu'il s'en serait occupé. Jamais d'argent par contre !... Maintenant ma
femme est morte, et je suis seul... avec eux..."

"Donnes-en soixante au vieux père. Et toi, père. Reste pour que je te donne des vêtements pour les petits."

Le serviteur fait remarquer que s'il en donne soixante chaque fois, il n'y aura pas assez de grain pour tout le
monde.

"Et où est ta foi ? Est-ce pour moi, peut-être, que j'entasse les gerbes et que je les distribue ? Non. Pour les
fils les plus chers au Seigneur. Le Seigneur, Lui-même, pourvoira à ce qu'il y en ait assez pour tous" répond
Joseph au serviteur.

"Oui, maître. Mais le nombre, c'est le nombre..."

"Mais la foi, c'est la foi. Et moi, pour te montrer que la foi peut tout. j'ordonne de doubler la mesure déjà
donnée aux premiers. Qui a eu dix en ait dix autres, et qui vingt, vingt autres, et qu'on en donne cent vingt au
vieillard. Fais ! Faites !"

443
Les serviteurs haussent les épaules et obéissent.

Et la distribution continue au milieu de l'étonnement joyeux des bénéficiaires qui se voient donner une
mesure dépassant leurs plus folles espérances.

Et Joseph en sourit, caressant les petits qui s'affairent à aider leurs mères, ou aide les estropiés à faire leur
petit tas, aide les vieux trop chancelants pour le faire, ou les femmes trop affaiblies. Il fait mettre de côté
deux malades pour les faire bénéficier d'autres secours, comme il a fait pour le vieillard aux dix-sept petits-
enfants. Les tas qui étaient plus hauts que la maison sont maintenant très bas, presque au sol. Mais tous ont
eu leur part, et abondamment. Joseph demande : "Combien de gerbes reste-t-il encore ?"

"Cent douze, maître." disent les serviteurs après avoir compté les gerbes qui restent.

"Bien. Vous en prendrez..." Joseph parcourt la liste des noms qu'il a relevés et puis il dit : "Vous en prendrez
cinquante. Vous les emporterez pour la semence car c'est une semence sainte, et que le reste soit donné aux
chefs de familles à raison d'une gerbe par tête. Ils sont exactement soixante-deux ici."

Les serviteurs obéissent. Ils portent les cinquante gerbes et donnent le reste. Maintenant les aires n'ont plus
les gros tas d'or, mais par terre il y a soixante-deux tas de tailles différentes. Leurs propriétaires s'affairent à
les lier et à les charger sur des carrioles primitives, ou sur des ânes qu'ils sont allés détacher d'une palissade à
l'arrière de la maison.

Le vieil Abraham, qui a parlé avec les principaux des paysans serviteurs, s'avance avec eux vers le maître
qui leur demande : "Eh bien ? Vous avez vu ? Il y en a eu pour tous et il en restait !"

444
"Mais, maître, ici il y a un mystère ! Nos champs ne peuvent pas donner le nombre de gerbes que tu as
distribuées. Je suis né ici et j'ai soixante-dix-huit ans. Je fais la moisson depuis soixante-six ans. Et je sais.
Mon fils avait raison. Sans un mystère, nous n'aurions pas pu donner autant !..."

"Mais nous les avons pourtant bien données, Abraham. Tu étais à côté de moi. Les gerbes ont été données
par les serviteurs. Il n'y a pas de sortilège, ce n'est pas une irréalité. Les gerbes, on peut encore les compter.
Elles sont encore là, bien que séparées en tant de parties."

"Oui, maître. Mais... il n'est pas possible que les champs en aient donné autant !"

"Et la foi, mes fils ? Et la foi ? Qu'en faites-vous ? Le Seigneur pouvait-il démentir son serviteur qui
promettait en son Nom et pour une fin qui était sainte ?"

"Alors tu as fait un miracle ?!" disent les serviteurs déjà prêts pour l'hosanna.

"Je ne suis pas un homme à faire des miracles, moi. Je suis un pauvre homme. C'est le Seigneur qui a agi. Il
a lu dans mon cœur et II y a vu deux désirs : le premier était de vous amener à ma propre foi. Le second était
de donner tant, tant, tant à mes frères malheureux. Dieu a consenti à mes désirs... et Il a agi... Que Lui en soit
béni !" dit Joseph en s'inclinant respectueusement comme s'il était devant un autel.

"Et son serviteur avec Lui." dit Jésus qui jusqu'alors était resté caché au coin d'une maisonnette entourée
d'une haie, four ou pressoir, et qui maintenant apparaît ouvertement sur l'aire où se trouve Joseph.

"Mon Maître et mon Seigneur !!" s'écrie Joseph en tombant à genoux pour vénérer Jésus.

445
"La paix à toi. Je suis venu pour te bénir au nom du Père, pour récompenser ta charité et ta foi. Je suis ton
hôte. ce soir. Veux-tu ?"

"Oh ! Maître ! Tu me le demandes ? Seulement... Seulement, ici, ]e ne pourrai te faire honneur... Je suis au
milieu des serviteurs et des paysans... dans ma maison de campagne... Je n'ai pas de nappes fines je n'ai pas
de majordomes ni de serviteurs qualifiés... Je n‟ai pas de mets raffinés... Je n'ai pas de vins choisis... Je n‟ai
pas d'amis . Ce sera une bien pauvre hospitalité... Mais tu m'excuseras. Pourquoi, Seigneur, ne m'as-tu pas
fait prévenir ? J'aurais pourvu à tout... Mais. Avant-hier. Hermas avec les siens était ici... Je m'en suis même
servi pour prévenir ceux auxquels je voulais donner, rendre, ce qui appartient à Dieu... Mais, il ne m'a rien
dit, Hermas ! Si j'avais su !... Permets-moi. Maître, de donner des ordres que je cherche à y remédier...
Pourquoi souris-tu ainsi ?" demande Joseph, finalement. Il est tout sens dessus dessous a cause de la joie
imprévue et de la situation que lui juge... désastreuse.

"Je souris pour tes tracas inutiles. Mais, Joseph, que cherches-tu ! Ce que tu as ?"

"Ce que j'ai ? Je n'ai rien."

"Oh ! comme tu es homme maintenant ! Pourquoi n‟es-tu plus le Joseph spirituel d'il y a un instant, quand tu
parlais en sage ? Quand tu promettais avec assurance à cause de ta foi, et pour donner la foi ?"

"Oh ! Tu as entendu ?"

"J'ai entendu et vu. Joseph. Cette haie de lauriers est très pratique pour voir que ce que j'ai semé n'est pas
mort en toi, et c‟est pour cela que je te dis que tu te donnes des tracas inutiles. Tu n‟as pas de majordomes ni
de domestiques qualifiés ? Mais ou la charité s'exerce il y a Dieu. Et où il y a Dieu. il y a ses anges. Et quels
majordomes veux-tu avoir qui soient plus capables qu‟eux ? Tu n'as pas de mets ni de vins recherchés ? Et
quelle nourriture veux-tu me donner et quelle boisson plus recherchée que l'amour que tu as eu pour eux et
que celui que tu as pour Moi ? Tu n'as pas d'amis pour me faire honneur ? Et eux ? Quels amis plus chers
que les pauvres et les malheureux pour le Maître qui a nom Jésus ? Allons.

446
Joseph ! Même si Hérode se convertissait et m'ouvrait ses appartements pour me recevoir et me faire
honneur dans un palais purifié, et s'il y avait avec lui, pour m'honorer, les chefs de toutes les castes, je
n'aurais pas une cour plus choisie que celle-là à laquelle je veux Moi aussi dire une parole et faire un cadeau.
Permets-tu ?"

"Oh ! Maître ! Mais tout ce que tu veux, je le veux ! Commande."

"Dis-leur qu'ils se réunissent, ainsi que les serviteurs. Pour nous il y aura toujours un pain... Il vaut mieux
qu'ils écoutent ma parole que courir ça et là affairés en pauvres soins."

Les gens s'entassent, empressés, étonnés...

Jésus parle : "Ici vous avez déjà appris que la foi peut multiplier le grain quand ce désir vient d'un désir
d'amour. Mais ne bornez pas votre foi aux besoins matériels. Dieu a créé le premier grain de froment et,
depuis lors, le froment a épié pour fournir le pain des hommes. Mais Dieu a créé aussi le Paradis qui attend
ses habitants. Et il a été créé pour ceux qui vivent dans la Loi et restent fidèles malgré les épreuves
douloureuses de la vie. Ayez foi, et vous réussirez à vous garder saints avec l'aide du Seigneur, tout comme
Joseph a réussi à vous distribuer le grain en double mesure pour vous rendre deux fois heureux et confirmer
ses serviteurs dans la foi. En vérité, en vérité je vous dis que si l'homme avait foi dans le Seigneur, et s'il
agissait pour un juste motif, les montagnes elles-mêmes, enracinées dans le sol par leurs viscères de roches,
ne pourraient résister et, sur l'ordre de celui qui a foi dans le Seigneur, elles se déplaceraient. Avez-vous foi
en Dieu ?" demande-t-il en s'adressant à tous.

"Oui, ô Seigneur !"

"Qui est Dieu pour vous ?"

"Le Père très Saint, comme les disciples du Christ l'enseignent."

447
"Et le Christ, qui est-il pour vous ?"

"Le Sauveur, le Maître, le Saint !"

"Cela seulement ?"

"Le Fils de Dieu. Mais il ne faut pas le dire car les pharisiens nous persécutent si nous le disons."

"Mais vous, vous croyez qu'il l'est ?"

"Oui, ô Seigneur."

"C'est bien, croissez dans votre foi. Même si vous vous taisez, les pierres, les arbres, les étoiles, le sol, toutes
les choses, proclameront que le Christ est le vrai Rédempteur et Roi. Ils le proclameront à l'heure de son
élévation, quand Lui sera dans la pourpre très sainte et avec la couronne de la Rédemption. Bienheureux
ceux qui sauront le croire dès maintenant, et le croiront davantage à ce moment-là, et auront foi dans le
Christ et par conséquent la vie éternelle. L'avez-vous cette foi inébranlable dans le Christ ?"

"Oui, ô Seigneur. Apprends-nous où Il est, et nous le prierons d'augmenter notre foi pour être heureux ainsi."
Et la dernière partie de la prière, la font non seulement les pauvres, mais aussi les serviteurs, les apôtres et
Joseph.

"Si vous avez de la foi gros comme une graine de moutarde, et si cette foi qui est une perle précieuse vous la
gardez dans votre cœur, sans vous la faire enlever par aucune chose humaine, ou surhumaine et mauvaise,
vous pourriez tous même dire à ce mûrier puissant qui ombrage le puits de Joseph : "Déracine-toi et
transplante-toi dans les flots de la mer."

"Mais le Christ, où est-Il ? Nous l'attendions pour être guéris. Les disciples ne nous ont pas guéris, mais ils
nous ont dit : "Lui le peut." Nous, nous voudrions guérir pour travailler" disent les hommes malades ou
handicapés.

448
"Et croyez-vous que le Christ le puisse ?" demande Jésus en faisant signe à Joseph de ne pas dire que le
Christ c'est Lui.

"Nous le croyons. Lui est le Fils de Dieu. Il peut tout."

"Oui. Il peut tout... et il veut tout !" crie Jésus en étendant avec autorité le bras droit et en l'abaissant comme
pour jurer. Et il termine par un cri puissant : "Et qu'il en soit ainsi, pour la gloire de Dieu !"

Et il va s'en aller vers la maison. Mais ceux qui ont été guéris, une vingtaine, crient, accourent, et l'enserrent
dans un emmêlement de mains tendues pour le toucher, le bénir, chercher ses mains, ses vêtements, pour le
baiser, le caresser. Ils l'isolent de Joseph, de tout le monde...

Et Jésus sourit, caresse, bénit... Il se dégage lentement et, encore poursuivi, il disparaît dans la maison alors
que les hosannas s'élèvent dans le ciel qui prend des couleurs violacées au commencement du crépuscule.

449
Puissance de la foi

Et les Apôtres dirent au Seigneur :


"Ajoute-nous de la foi. 6 Et le Seigneur dit :
"Si vous aviez gros comme un grain de sénevé
Vous diriez à ce mûrier : déracine-toi
Et plante-toi dans la mer, et il vous aurait
Obéi !

450
Jésus au banquet du synhédriste et pharisien

Jésus se dresse debout, et tenant ses mains appuyées sur le bord de la table, il commence ses invectives :
"Vous autres pharisiens, vous lavez l'extérieur de la coupe et du plat, et vous vous lavez les mains et les pieds,
comme si le plat et la coupe, les mains et les pieds devaient entrer dans votre esprit que vous aimez proclamer
pur et parfait. Mais ce n'est pas vous, mais Dieu qui doit le proclamer. Eh bien sachez ce que Dieu pense de
votre esprit. Lui pense qu'il est rempli de mensonge, de souillure et de violence, il est plein de méchanceté et
rien de ce qui vient de l'extérieur ne peut corrompre ce qui est déjà corruption."

Il détache sa main droite de la table et involontairement commence à faire des gestes alors qu'il continue :
"Mais Celui qui a fait votre esprit comme Il a fait votre corps, ne peut-Il pas exiger, au moins dans une égale
mesure, pour l'intérieur le respect que vous avez pour l'extérieur ? Ô sots qui changez les deux valeurs et en
intervertissez l'importance, mais est-ce que le Très-Haut ne voudra pas pour l'esprit un soin plus grand, lui
qu'il a fait à sa ressemblance et qui par la corruption perd la vie éternelle, que pour la main ou le pied dont la
saleté peut être lavée facilement et qui, même s'ils restaient sales n'auraient pas d'influence sur la pureté
intérieure ? Et est-ce que Dieu peut se préoccuper de la propreté d'une coupe ou d'un plateau alors que ce
sont des choses sans âmes et qui ne peuvent avoir de l'influence sur votre âme ?

Je lis ta pensée, Simon Boetos. Non. Elle ne s'impose pas. Ce n'est pas par souci de santé, pour protéger la
chair, la vie, que vous prenez ces soins, que vous pratiquez ces purifications. Le péché charnel, et aussi les
péchés de gourmandise, d'intempérance, de luxure, sont plus nuisibles à la chair qu'un peu de poussière sur
les mains ou sur un plat. Et pourtant vous les pratiquez sans vous préoccuper de protéger votre existence et
de sauvegarder votre famille. Et vous faites des péchés de plusieurs espèces car, outre la contamination de
l'esprit et de votre corps, le gaspillage de substance, le manque de respect pour les vôtres, vous offensez le
Seigneur par la profanation de votre corps, temple de votre esprit, où devrait se trouver le trône de l'Esprit
Saint; et vous offensez aussi le Seigneur par le péché que vous faites en estimant qu'il vous revient de vous

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protéger des maladies qui viendraient d'un peu de poussière, comme si Dieu ne pouvait intervenir pour vous
protéger des maux physiques si vous recourez à Lui avec un esprit pur.

Mais Celui qui a créé l'intérieur n'a-t-Il pas peut-être créé l'extérieur et réciproquement ? Et n'est-ce pas
l'intérieur qui est le plus noble et qui porte davantage l'empreinte de la divine ressemblance ?

Faites alors des œuvres qui soient dignes de Dieu et non pas des mesquineries qui ne s'élèvent pas au-dessus
de la poussière pour laquelle et de laquelle elles sont faites, de la pauvre poussière qu'est l'homme considéré
comme créature animale, fange qui a reçu une forme et qui redevient poussière que disperse le vent des
siècles. Faites des œuvres qui demeurent, qui soient des œuvres royales et saintes, des œuvres couronnées
par la divine bénédiction. Faites des œuvres de charité et faites l'aumône, soyez honnêtes, soyez purs dans
vos œuvres et dans vos intentions et, sans recourir à l'eau des ablutions, tout sera pur en vous.

Mais que vous croyez-vous ? Que vous êtes en règle parce que vous payez les dîmes sur les épices ? Non.
Malheur à vous, ô pharisiens, qui payez les dîmes de la menthe et de la rue, de la moutarde et du cumin, du
fenouil et des autres herbes, et qui négligez ensuite la justice et l'amour de Dieu. Payer les dîmes est un
devoir et il faut le faire, mais il y a des devoirs plus élevés et eux aussi il faut les accomplir. Malheur à celui
qui observe les choses extérieures et néglige celles intérieures basées sur l'amour de Dieu et du prochain.
Malheur à vous, pharisiens, qui aimez les premières places dans les synagogues et dans les assemblées et qui
aimez à être honorés sur les places publiques et qui ne pensez pas à faire des œuvres qui vous donnent une
place au Ciel et qui vous méritent le respect des anges. Vous êtes semblables à des tombeaux cachés qui
passent inaperçus pour celui qui les frôle et n'en éprouve pas de dégoût, mais qui serait dégoûté s'il pouvait
voir ce qu'ils renferment. Dieu pourtant voit les choses les plus secrètes et ne se trompe pas quand Il vous
juge."

Il est interrompu par un docteur de la Loi, qui lui aussi se lève pour le contredire : "Maître, en parlant ainsi,
tu nous offenses nous aussi ; et cela ne te convient pas parce que nous ensuite nous devons te juger."

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"Non. Pas vous. Vous ne pouvez pas me juger. Vous êtes ceux qu'on juge et non pas ceux qui jugent, et
Celui qui vous juge c'est Dieu. Vous pouvez parler, émettre des sons avec vos lèvres. Mais même la voix la
plus puissante n'arrive pas aux Cieux et ne parcourt pas toute la terre. Après un peu d'espace, c'est le
silence... et après un peu de temps, c'est l'oubli. Mais le jugement de Dieu c'est une voix qui demeure et n'est
pas sujette à l'oubli. Des siècles et des siècles se sont écoulés depuis que Dieu a jugé Lucifer et qu'il a jugé
Adam, mais la voix de ce jugement ne s'éteint pas, mais les conséquences de ce jugement existent. Et si
maintenant je suis venu rapporter la Grâce aux hommes, par l'intermédiaire du Sacrifice parfait, le jugement
sur l'acte d'Adam reste ce qu'il est et il sera toujours appelé "Faute d'origine". Les hommes seront rachetés,
lavés par une purification supérieure à toute autre. Mais ils naîtront avec cette marque, car Dieu a jugé que
cette marque doit