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MANUEL DE JAPONAIS CLASSIQUE

Initiation au bungo
Jacqueline Pigeot a notamment publié :

Michiyuki-bun - Poétique de /' itinéraire dans la littérature du Japon ancien


Maisonneuve et Larose, 1 982.

La Littérature japonaise
en collaboration avec Jean-Jacques Tschudin,
Presses universitaires de France, collection « Que sais-je ? », 1 983.

LeChrysanthème solitaire
édition du manuscrit Smith-Lesouëf japonais 96,
introduction et traduction par Jacqueline Pigeot et Keiko Kosugi,
Bibliothèque nationale, 1 984.
(texte japonais et traduction française d'un court roman du xw siècle)

Voyages en d' autres mondes - Récits japonais du xvr siècle


traduits et commentés par Jacqueline Pigeot et Kosugi Keiko
avec la collaboration de Satake Akihiro,
éditions Philippe Picquier /Bibliothèque nationale, 1 993.

Questions de poétique japonaise


Presses universitaires de France, collection « Orientales », 1 997.
Jacqueline Pigeot

MANUEL DE JAPONAIS CLASSIQUE

Initiation au bungo

Ouvrage publié avec le concours de la Fondation


pour /'étude de la langue et de la civilisation japonaises

LANGUES �1 MONDES
L ' ASIATHÈQUE

1 998
Calligraphie de couverture : Toshiko Mori
Couverture : Jean-Marc Eldin
Composition et mise en pages : Stéphanie Geel
Composition du chapitre premier et des annexes : Ludovic Tousch
Photographies de la page 24 : Ludovic Tousch

©Langues & Mondes /L' Asiathèque, 6 rue Christine, 75006 Paris, 1 998.
ISBN : 2 9 1 1 053.46.X.
Sommaire

Avant-propos . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9

I. Définition du bungo.
Phonétique et écriture 13
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

II. Le shûshi-kei et le rentai-kei des mots de qualité et des verbes 25 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

III. Le mizen-kei des verbes et des mots de qualité.


L' auxiliaire de négation -zu (au shûshi-kei et au rentai-kei) . 33 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

IV. Les auxiliaires -mu et -ji . . . 39 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

V. Les auxiliaires -ru et -raru.


Les auxiliaires -su et -sasu . . 47 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

VI. L' auxiliaire d'accompli -tari . . . . . 57 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

VII. Les auxiliaires d ' accompli -tsu et -nu . . . 63 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

VIII. Les auxiliaires de passé. -ki, -kemu et -keri 71 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

IX . L' assertif nari.


Les mots de qualité nominaux (keiyô-dôshi) . . . 81 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

X . Les auxiliaires -beshi e t -maji . . 91 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

XL Les auxiliaires de conjecture - rashi, -nari, -ramu et -meri . 97 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

XII. L'auxiliaire d'accompli -ri.


Les noms de nombre. Les particules ga et no 1 05 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

XIII. La particule -ba après le mizen-kei. La particule - ha après le ren.yô-kei.


L' auxiliaire -mas hi. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1 1 3
.

XIV. Les auxiliaires désidératifs -tashi et -mahoshi.


La particule -namu après le mizen-kei 121 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

XV. L'expression de la politesse. Honorifiques et dépréciatifs . . . . 1 29 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Annexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1 49

Textes en japonais . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151 .

Lexique sélectif. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1 65 .

Principaux termes grammaticaux japonais . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1 67 .

Tableau de conjugaison des keiyô-shi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1 69 .

Tableaux de conjugaison des verbes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1 70 .

Tableau des principaux honorifiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 172


Tableau des auxiliaires (jodôshi) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1 73

Index . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 175
Avant-propos

Le présent ouvrage est un manuel destiné aux personnes qui souhaitent se familiariser avec la
langue classique (bungo ) . Il suppose que l 'utilisateur possède les bases du japonais moderne, tant
pour la grammaire que pour le vocabulaire.

Il ne prétend pas à l'exhaustivité, mais vise à donner les rudiments nécessaires pour accéder aux
ouvrages de référence en japonais (ou en anglais). Les explications grammaticales reprennent dans
leurs grandes lignes celles qui sont proposées dans les manuels japonais à l 'usage des débutants, et
elles se veulent les plus pratiques possible. Elles n'ont aucune ambition théorique.

Conçu pour initier à la lecture des textes, ce manuel part d'exemples concrets, qui sont analysés
sous tous leurs aspects (vocabulaire, morphologie, syntaxe). La progression a été soigneusement
étudiée. L'utilisateur doit donc impérativement suivre l'ordre des chapitres, et ne passer à une
nouvelle leçon que lorsque la précédente a été comprise et assimilée (ce qui suppose sans doute
plusieurs relectures).

La difficulté principale, dans l 'étude du bungo, résidant dans la variété et la complexité des
formes verbales, le plan de cet ouvrage a été conçu en fonction d 'un apprentissage méthodique de la
morphologie des verbes, des mots de qualité et des auxiliaires. Les autres aspects de la langue
(notamment les faits de syntaxe) sont présentés au fur et à mesure de leur apparition dans les énoncés
proposés en exemple. Un index permet de les retrouver aisément et de les relier entre eux.

Pour ce qui est de la terminologie grammaticale, en l ' absence d'un consensus des spécialistes et
enseignants français, nous avons le plus souvent conservé la terminologie japonaise (tout en proposant
des traductions). L' avantage est que l'on ne sera pas dépaysé en passant aux ouvrages de référence en
japonais.

On trouvera à la fin du présent volume :


- le texte en japonais des exemples proposés ;
- un lexique des mots rares ou poétiques (ceux qui ne figurent pas dans les dictionnaires courants
de japonais moderne, ou dont l ' acception a changé au cours des siècles) ;
- une table des principaux termes grammaticaux, avec les kanji ;
- des tableaux de conjugaison ;
- un index grammatical.

On s 'étonnera peut-être que, du chapitre IV au chapitre XIV, les exemples proposés soient des
poèmes (waka). Nous avons pris ce parti pour les raisons suivantes :
- les poèmes sont des énoncés courts, mais complets, qui peuvent se comprendre hors contexte
(même si quelques indications relatives aux circonstances de composition ou à la sensibilité de
l 'époque sont parfois nécessaires) ;
- leurs thèmes étant relativement peu nombreux, le vocabulaire est lui aussi limité ; on s'en rendra
vite compte ;

9
I NI T I AT I O N AU B U N G O

- les poèmes ne comportent ordinairement pas de keigo ( « mots de politesse » ). Or les keigo
sont, en langue classique, très complexes. Leur étude a ainsi pu être reportée au dernier chapitre,
et le problème laissé de côté jusque-là ;
- nous avons aussi pensé que ce choix pourrait éveiller le lecteur à la sensibilité ancienne, et lui
donner un aperçu des images et des thèmes fondamentaux de la littérature classique.

B ien sûr, on a choisi des poèmes d'expression (relativement) simple et directe. Ils sont pour la
plupart tirés du Shinkokin waka-shû (début du xnr siècle), recueil où cette esthétique a été privilé­
giée. Les références à cette anthologie sont indiquées par le sigle ShKKS .
La graphie adoptée reproduit celle de l'édition 1 wanami (collection N ihon koten bungaku taikei).
On pourra se reporter aussi à d' autres éditions, notamment celles des collections Shinchô Nihon
koten shûsei (éd. Shinchôsha) et Nihon koten bungaku zenshû (éd. Shôgakkan), où figurent des
paraphrases des poèmes en langue moderne. Les kanji y sont donnés sous leur forme simplifiée.
Nous proposons une traduction française de chaque poème, mais, s 'agissant d'un manuel de
langue, ces traductions n 'ont aucune prétention « littéraire ». Elles visent à serrer le plus près
possible l 'original.

Ce manuel ne constituant pas une grammaire systématique ni exhaustive, il faudra ensuite recourir
à des ouvrages plus complets. Signalons, en anglais : Tadashi I KEDA , Classical Japanese Grammar
illustrated with Texts (The Tôhô Gakkai, 1975).
La grammaire de Komai et Rohlich intitulée An Introduction to Classical Japanese (éd.
Bonjinsha, 199 1) est claire, mais la progression y est déroutante.

Il existe de très nombreux manuels ou études spécialisées en japonais.

Pour ce qui est des dictionnaires de langue, le Shinchô kokugo jiten (dirigé par Hisamatsu
Sen.ichi, éd. Shinchôsha, 1re éd. 1965) est commode, dans la mesure où il donne à la fois les accep­
tions modernes et anciennes des mots (avec des références précises).

Trois dictionnaires des mots (ou acceptions) anciens, ne donnant donc pas l ' usage actuel, sont à
recommander particulièrement :
- Kogo dai-jiten (Nakada Norio et al. , éd. Shôgakkan, 1 éd. 1983). Il constitue aussi un dic­
re

tionnaire grammatical (tous les auxiliaires, particules, etc., faisant l'objet d' une entrée). Il est
malheureusement très onéreux.
- lwanami kogo jiten ( Ô no Susumu, Satake Akihiro et al. , éd. Iwanami, lre éd. 1974), beaucoup
plus maniable (et beaucoup moins cher), est aussi excellent, bien que moins complet. Il contient
en appendice des rubriques grammaticales très précises.
- Shin meikai kogo jiten (Kindaichi Haruhiko et al. , éd. Sanseidô, 1re éd. 1972).

Les grands textes classiques font l 'objet d'éditions scolaires où figurent toutes les explications
grammaticales utiles. Il en existe plusieurs collections, qu 'on trouvera sans peine aux rayons des
livres scolaires de toutes les librairies japonaises.

10
AVA N T - P R O P O S

M. TE R ADA Akira, linguiste, maître de conférences à l'université du Havre, et Mme TER A DA Sumie,
spécialiste de littérature ancienne, maître de conférences à l ' INALCO, ont bien voulu relire le
manuscrit de ce manuel et me faire des suggestions extrêmement utiles. Qu 'ils trouvent ici
l 'expression de ma vive et amicale gratitude.

Je remercie aussi très sincèrement M. Ludovic TouscH, étudiant de maîtrise à l 'université Paris 7-
Denis Diderot, qui a composé toutes les parties du présent ouvrage comportant des caractères
japonais, avec beaucoup de compétence, de minutie et de dévouement.

11
Conventions et symboles

IZK izen-kei
JDS jodôshi
MZK mizen-kei
RTK rentai-kei
RYK ren.yô-kei
ShKKS Shinkokin waka-shû
SSK shûshi-kei

Le symbole�+� signale un développement concernant


la langue moderne.

L'astérisque * signale une forme non attestée (sauf


dans le tableau des keigo, p. 172).

Une indication entre parenthèses comme (V.4.d) est


à lire de la façon suivante : chapitre V, paragraphe 4,
exemple (d) et commentaire.

Dans tout le cours de l 'ouvrage, les paragraphes


décalés vers la gauche sont ceux qui concernent
directement la question grammaticale faisant l'objet
du chapitre, ou qui traitent d'un point particulière­
ment important.

_J
Chapitre premier

Définition du bungo. Phonétique et écriture

1.1. Qu'entend-on par bungo?

Lisons le texte suivant, où, dans une perspective historique, est précisé le sens de ce terme.
Il est tiré d'un essai de Tanizaki Jun.ichirô (1886-1965), Gendai kôgo-bun no ketten ni tsuite [ À
propos des carences du«style d'écriture moderne reposant sur la langue parlée»], datant de 1929.
Nous reviendrons sur sa graphie. Examinons-en d'abord le contenu.

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-c t: mi iJ iJ � (/) ...... ; mi M h
\.....! 7t t: ': Xï � ; --r: --r: (/) -c

En voici une traduction :


«Le "style [reposant sur la] langue parlée" passe pour une production postérieure à Meij i, mais
il n'en va sans doute pas nécessairement ainsi. Le style du Genji monogatari, par exemple, devait
être à l'époque une espèce de "style [reposant sur la] langue parlée". D'après ce que j'ai appris jadis
à l'école, la scission entre langue parlée et langue écrite dut s'opérer vers la fin de l'époque de
Heian. Ensuite, après une phase de "style mixte mêlé de chinois" [pratiqué] à partir de l'époque de
Kamakura, le style national serait, sous Meij i, avec la restauration du pouvoir monarchique,
retourné à la tradition du style reposant sur la langue parlée. En somme, on peut distinguer grosso
modo trois phases dans le développement du style national, depuis 1' invention des kana : l'époque
de Heian, la période postérieure à Kamakura, et la période postérieure à Meij i.»

13
I N I T I AT I O N AU B U N GO

Comme il apparaît ici, on distingue au Japon différentes catégories de styles : tai �t.. La
première distinction s'opère entre le kokubun OO�, c'est-à-dire ce qui est écrit dans la « langue
nationale » (kokugo OO�) , et ce qui est écrit en chinois (kanbun 5l ::t ). Tanizaki ne parle pas
explicitement du kanbun, dont nous dirons plus loin quelques mots.

Dans le domaine du kokubun, une deuxième distinction doit encore être faite, celle dont traite
Tanizaki : la distinction entre le kôgo-tai (kôgo-bun t1 �X) et le bungo-tai (bungo-bun X�X ).
Le premier est le « style reposant sur la langue parlée », et le deuxième, le « style reposant sur la
langue écrite».

Qu'entend-on concrètement par là?


Tanizaki retrace ici l'histoire de la composition littéraire au Japon depuis le début de l'époque
de Heian (IXe siècle), c'est-à-dire depuis l'époque de l'élaboration des kana, qui permirent de noter
la langue japonaise avec toute l'exactitude requise. Reprenons cette histoire. Grosso modo, lors de
l'époque de Heian, la«langue écrite» (celle qu'utilisaient les fonctionnaires, les érudits, etc.) était
le chinois - un chinois plus ou moins pur, le kanbun. En revanche, la poésie nationale, les romans
(comme le Genji monogatari) ainsi que certains recueils d'anecdotes, les journaux intimes ou les
mémoires des dames étaient écrits dans la langue parlée par l'aristocratie de l'époque.

Mais la langue parlée évolue constamment, alors que, dans l'écrit, la langue a tendance à se
figer : un écart s'est donc creusé dès la fin de l'époque de Heian. Vers l'époque de Kamakura (X1lle
siècle) se constitue une« langue écrite » (que Tanizaki appelle bunshô-go), une sorte de« mélange
du japonais [tel qu'il était parlé et écrit à l'époque de Heian], et d' [emprunts au] chinois» (wakan
konkô-tai ;fu�i� 3t �).C'est cette langue - que l'on peut qualifier de« langue classique» (langue
considérée comme modèle) - qui restera utilisée par les prosateurs jusqu'au début de Meiji. De
son côté, la langue parlée continuait à évoluer, si bien que l'écart avec la « langue écrite » (hungo)
devint considérable. Mais à l'époque de Meiji, dans le mouvement général de réformes et de
modernisation, les écrivains en vinrent à renoncer au hungo, senti comme artificiel : ils se mirent à
écrire sinon dans la langue parlée à leur époque, du moins dans un « style reposant sur la langue
parlée » (kôgo-tai). C'est ce qu'on a appelé genbun itchi €, :1:-it ou « fusion du parlé et de
l'écrit» (vers 1885).

Toutefois, le hungo est loin d'être mort. On en trouve de nombreuses traces sous la plume de
certains écrivains, ainsi que dans des titres de romans, de films, d'articles, etc. D'autre part,
beaucoup de tournures ont subsisté dans la langue moderne. Nous en verrons par la suite des
exemples.
En bref, le statut du bungo dans la production textuelle japonaise ne peut être comparé à celui
de notre «ancien français». Il ne s'agit pas seulement d'une étape dans l'évolution de la langue,
mais d'une langue particulière, qui a dominé dans le domaine de l'écrit jusqu'à la fin du XIXe
siècle, et qui a conservé une place non négligeable jusqu'à la fin de la deuxième guerre mondiale.
C'est par exemple dans cette langue que fut rédigée 1'annonce de la capitulation par l'empereur le
15 août 1945. Jusque dans les années 50, les travaux des universitaires en portaient encore de larges
traces.

Le bungo a cependant connu une évolution, lente, mais certaine. Celui que nous présentons
dans cet ouvrage (comme le font les auteurs des manuels japonais et occidentaux) est le bungo de
l'époque de Heian (qui était donc proche de la langue parlée par l'aristocratie de l'époque). Il a en

14
C H A P I T R E 1

effet toujours été considéré comme la référence suprême et c'est de lui que dérivent les autres
styles. C'est, de surcroît, celui qui est le plus riche et le plus nuancé. Pourtant, il ne faudrait pas
croire qu'il représente l'état le plus ancien de la langue japonaise: à l'époque de Heian, la
phonétique s'était déjà simplifiée et le vocabulaire ainsi que la grammaire avaient évolué par
rapport au japonais archaïque, celui des poèmes du Man.yô-shû.

1.2. La graphie des textes en bungo

Regardons à nouveau le texte de Tanizaki reproduit plus haut. Bien qu'il soit écrit en « langue
parlée », et qu'il s'agisse d'une édition de 1992, sa graphie n'est pas cel le des manuels scolaires
(pour Japonais ou pour étrangers), ni des journaux et revues à grand tirage, ni même de la majorité
des romans contemporains.
On remarque les phénomènes suivants :
- plusieurs kan.Ji ne se présentent pas sous leur forme actuelle (par exemple� ou �) �
- quelques mots ne sont pas notés avec les mêmes kan.Ji que dans les manuels ou les journaux
actuels ( iu i; ) ;
- plusieurs mots aujourd'hui habituel lement notés en kana (vahari, mata, ni oite, wake) sont ici
notés en kan.Ji : respectivement * 7l 1f. i: �" \ -C , ·� �
, ,

- l'usage des kana diffère par endroit de l'usage actuel ( .� (j: h -C , � -J , � -J etc.). Le -:J
,

indiquant le redoublement de la consonne qui suit n'est pas écrit plus petit que les autres (cf.
--r:: lb� t::.. ).
- on note la présence d'un kana aujourd'hui absent du syllabaire enseigné dans les écoles : J;J.
Ces particularités s'expliquent par le fait que ce texte, bien que tiré d'une réédition récente des
oeuvres de Tanizaki, reproduit la première édition, celle de 1929, c'est-à-dire d'une époque
antérieure à la réfonne de l'écriture et de 1 'orthographe mise en vigueur après la guerre. Cette
réforme portait à la fois sur les kana et sur les kan.Ji. Certains écrivains, comme Mishima Yukio, ont
d'ailleurs conservé la graphie ancienne même après la guerre.

a. La réforme a limité l'usage des kan.Ji,


- en imposant les kana pour noter la plupart des mots-outils;
- en réduisant le choix des kanji utilisés pour noter un même mot japonais. Jusque-là, en effet, on
disposait de multiples kanji pour rendre les différentes acceptions d'un même mot. Par exemple,
pour iu : ê , i;, �W .
- en imposant la graphie simplifiée pour certains kan.Ji complexes : kuni il - OO , gaku ,. _?if , tai
U.-1*,etc.
Les kanji non simplifiés sont appelés seiji .if..� « caractères corrects », et les « kanji simplifiés »
ryakuji � � (ou =okuji f� � « caractères courants » ).

b. Pour ce qui est de l'usage des kana, il a été adapté à la prononciation moderne des mots.
L'usage ancien s'explique en effet par la phonétique ancienne, dont nous parlerons dans le
paragraphe suivant.

Avant d'y arriver, précisons que, si la graphie du texte de Tanizaki diffère de cel le des textes
publiés aujourd'hui, elle n'en obéit pas moins à une stricte logique interne. À l'époque où il
l'écrivit, une première réforme de l'orthographe avait en effet été promulguée (en 1900), et

15
I N I T I AT I O N A U B U N GO

renseignement scolaire avait largement répandu la pratique d'une écriture normalisée. Au


contraire, dans les textes anciens régnait une grande liberté. On disposait en effet de plusieurs kana,
au choix, pour noter le même son (c'est en 1900 que les instructions officielles imposeront ceux qui
sont aujourd'hui en usage, les autres étant qualifiés de hentai-gana � f;fï.{FZ � ou « kana de fonne
particulière»). Voir le texte donné en exemple p. 23. L'emploi des okur i-gana était aléatoire, et la
distribution des ka ryl et des kana n'était pas normalisée comme aujourd'hui. On s'en rendra compte
avec les exemples donnés à partir du chapitre TV. De plus, les dakuten iJô ,??, (points indiquant que la
consonne est sonorisée, comme dans t:..', ou utilisés pour rendre le son B, comme dans ti) ainsi que
les handakuten �)�lL�, (ronds indiquant le son P comme dans C:!) n'étaient pas systématiquement
utilisés. À la fin de cet ouvrage, nous donnons les textes anciens d'après les éditions modernes. Il
ne faut pas croire que ces éditions reproduisent telle quelle la graphie, très anarchique, des
manuscrits, ou encore des éditions de 1'époque d'Edo.

1.3. Phonétique et usage des kana

Nous avons relevé dans le texte de Tanizaki certaines « étrangetés » (pour un œil habitué aux
manuels d'aujourd'hui) dans l'utilisation des kana. C'est que Tanizaki respecte l'«usage historique
des kana » rekishi-teki kana-::ukai. Cet usage est fondé sur la prononciation ancienne des mots.
Nous donnerons ici les plus importantes des lois phonétiques d'évolution, qui expliquent les
transformations de la graphie.

1.3.a. La semi-voyelle W

Si on regarde le tableau actuel des kana, on constate que, à la colonne (gy<J) de la semi-voyelle
(ou semi-consonne) W, seuls figurent WA h et WO � . En fait, seul WA correspond à un son
1
effectivement réalisé dans la langue standard , le kana WO servant seulement à noter l'enclitique
prononcée O. 11 n'en allait pas de même dans la langue ancienne, où existaient les sons W E, WI et
WO, ainsi que les kana les transcrivant : 2. , J;J , � . (Il ne semble pas que le son WU ait jamais
existé). Mais une loi d'évolution phonétique veut que, en japonais, sauf devant A, la semi-voyelle
\V tombe, aussi bien à l'initiale qu'à l'intérieur d'un mot. C'est pourquoi on ne distingue plus
dans la langue moderne, ni dans la graphie, WI et I, WE et E, WO et O.

Quelques exemples. L'actuel verbe iru « être » vient d'un ancien wiru, d'où la graphie ;;;, �
figurant dans le texte de Tanizaki. En revanche, les verbes iru « être nécessaire » et iru « tirer à
rare » ont toujours été des verbes iru notés '- \ �. De même, on distinguait ai « l'amour » et llYVi
«l'indigo», etc. Autres exemples de mots dont le moderne 1 vient d'un ancien Wf : inaka (-v1·inaka
cl;J IJ:. Ir·), 1nairu (nzawiru t J;J � ).

Mètne chose pour W E. On distinguait jadis e .Z «la baie»,et we 2.. (aujourd'hui également e)
«la peinture». Koe «la voix» est un ancien kmve :. .à .
Cette évolution explique plusieurs «anomalies» du japonais moderne. Pourquoi un certain nombre
de mots composés sur koe présentent-ils une forme en kowa ? Par exemple kowadaka (ni) « à voix
forte» � koivairo « le timbre de voix ». Deux phénomènes phonétiques sont entrés en jeu. D'une
part, on observe en japonais une « alternance » entre les voyelles E et A, c'est-à-dire qu'un
même mot peut se présenter avec l'une ou l'autre de ces voyelles (souvent A dans les composés) :

16
C H A P I T RE l

cf fune «le bateau» lfimabin «le transport par bateau » � sak e «le saké » / saka::uki « la coupe à
saké » . On avait donc une alternance klnve/kowa. Or, selon la règle ci-dessus énoncée, le W s'est
maintenu devant A, alors qu'il a disparu devant E.

Même chose encore pour WO, qui a donné O. On distinguait dans la langue ancienne oru }.) 6
« tisser » et vvoru � 6 « plier, couper ». Ils sont aujourd'hui homophones et s'écrivent tous les
deux jS 6 . Onna « la femme » vient de vv o nna � k �- , okashii « bizarre », de wokashi �Ir L
(nous reviendrons sur cette finale d'adjectifs en -shi), ao «bleu», de awo 60 1:, etc.

1.3.b. L'aspirée H à l'intérieur d'un mot

Dans la langue standard, le japonais connaît bien sùr l'aspirée à l'initiale d'un mot (cf. hehi «le
serpent », distinct de chi « la crevette » ), ainsi qu'à ! 'intérieur d'un mot composé, à l'initiale du
deuxième élément (cf kawa-ha ha «la largeur de la rivière » ).
En revanche, il n'y a jamais d'aspirée à l'intérieur d'un mot simple (ahiru «le canard» est une
exception mal expliquée).

Or il n'en allait pas de même dans la langue ancienne. Que s'est-il passé ?

� L'aspirée à l'intérieur d'un mot a disparu, sauf devant A, où elle s'est alors
transformée en semi-voyelle pour donner \V A.

Voici quelques exemples illustrant cette évolution :


- devant A : ka/w Ir (j: -+kavva « la rivière » ; ni ha ( .: (j: -+niwa « le jardin » : osoharu
* lJ: � -+o.wwaru «apprendre» : ·wohari � (j: �) -+owari «la fin» (pour ce dernier mot, voir aussi
la règle I.3.a).
- devant 1 : kahi h' U' -+kai«le coquillage» : t suhi nt -J U' ' .: -+/sui ni« finalement» :
- devant U : yuhu v>
) ,;, -+yuu (vû) «le soir» :
- devant E : ihe "'\ "'- -+ ie « la maison » : mahe-+ mae : « devant » : kaheru-+ kaeru « rentrer » :
uhe-+ue «dessus»:
- devant 0 : kaho h' 'l -+kao « le visage » : ohoku t3 'l < -+ooku «beaucoup» (d'où la graphie
moderne ;}) ;}) < et non ;}) 1 < ).

Cette loi phonétique a joué deux fois dans l'évolution d'un mot comme nihohi ' : 'llf
« r odeur», qui a donné le moderne nio i ':;}) \ ' , ou encore dans ihi-1nahashi « l'expression, la
tournure», aujourd'hui 1 ima V1. ashi.

C'est encore cette loi qui explique les « bizarreries» de la conjugaison moderne, pour ceux des
verbes « forts » (go-dan) dont le radical se termine par une voyelle : ka-u, a-u, i-u, onw-u, etc.
Pourquoi ont-i1s un mi::en-kei en WA (kawanai, etc.) ? En fait, comme tous les go- da n , les verbes
de cette catégorie avaient bien un radical consonantique � simplement, la consonne finale du radical
était l'aspirée H, et celle-ci est normalement tombée devant le U de la forme conclusive (shûshi­
kei), devant le I de la forme suspensive (ren.yô-kei), et devant le E de la base dite conditionnelle
(katei-kei). En revanche, devant le A de la base dite négative (nzi::en-kei), l'aspirée a donné W. Les
formes anciennes étaient donc parfaitement cohérentes :

17
I N I T I AT I O N A U B U N GO

omoH-u, omoH-u, omoH-i, omoH-e, alors qu'aujourd'hui le mi=en-kei paraît irrégulier : omo-u,
omoW-a, omo-i, omo-e. L' « usage historique des kana» respecte l'étymologie : Tanizaki écrit par
exemple�--�" , ;� tJ: h--C .

Cette loi explique aussi comment se sont constitués des couples de mots de même famille
comme ue (uhe)«dessus»/ uwagi (uhagi)«vêtement de dessus, veston» ou encore kaeru (kaheru)
«s'en retourner»/ kawasu (kahasu)«échanger». Notons que, dans ces couples, on observe encore
l'alternance E/ A déjà si!:,rnalée (cf l.3.a. ).

1.3.c. Les fricatives sonores DZ et DZ (DJ)

Elle ont disparu de la langue standard. Anciennement (et aujourd'hui encore dans certains
parlers), on distinguait ZU (-9 ) et DZU ( -5 ). Mais les deux sons sont confondus dans la langue
standard. On prononce de la même façon la deuxième sy1 1abe de mi�u « 1 'eau » et de ka=u « le
nombre » � or, si ka=u vi ent bien de ku=u irf , mi=u vient de nzid=u 7-!--1. Ainsi, pour les mots
suivants : 1nad=ushii«pauvre», mud=ukashii«difficile», mad=u«d'abord», sakad=uki«la coupe
à saké».
De même pour DZ (DJ) devant l ( i:J') aujourd'hui confondu avec JI ( l: ) . Dans les mots
suivants, JI est un ancien DJI : aji«le goût» � haji«la honte » � mom{ji«les feuilles d'automne».
Ces mots s'écrivaient donc Jt.> -t)', tJ: t)', th- t)'.

1.3.d. A+U se contractent en Ô

Ainsi dans les mots suivants, où Ô vient d'un ancien AU : yô«la façon de faire », dô«la voie»
(cf le chinois tao), 1nukô « là-bas », hô « la direction », etc. La graphie ancienne reproduit cette
prononciation (cf dans le texte de Tanizaki f' -? , � -? ) . Le mot ô « le roi » est un ancien l'vau
h ') : le W initial est tombé (cf 1.3.a.) et les deux voyelles se sont contractées. De même, pour tô
«la tour» qui est un ancien tahu t::. ..�" : chute de H devant U à l'intérieur d'un mot, et contraction
de AU en Ô. Dans l'expression o-hayô go=aimasu, l'évolution s'est faite comme suit : hayaku --+
hayau (nous reparlerons de la chute de K entre deux voyelles) --+hayô.

Il y a une exception: pour les verbes go-dan à radical en A (anci en AH-; cf I.3.b) comme ka-u
ou a-u, la contraction ne se fait pas.

1.3.e. E+U et E+HU se contractent en YÔ

Ainsi yô :t « la nécessité », myô '*1) « étrange », sont-ils d'anciens eu ;;(. -? , meu n-?. EHU a
également donné YÔ : H est tombé devant U (cf I.3.b. ), puis les deux voyelles se sont contractées.
Yô«la feuille» vient de ehu ;Z ��"; kyô«aujourd'hui », de kehu tt ..�,..

18
C H A P I T RE 1

1.3.f. I+U et I+HU se contractent en YÛ

Yû«l'ami» (cf. yûjin Ïi...À) s'écrivait\'? . Kyû 7L est un ancien kiu �? . Avec la chute de H
devant U à l'intérieur d'un mot, IHU a également donné YÛ. Ainsi kyû ,� «rapide» vient de kihu
�,,.) ._ shû 1fç_ «la collection», de shihu L )
, ,,. ._ .

On trouvera p. le tableau donnant, en résumé, 1 'origine des voyelles longues de la langue


moderne.

1.3.g. Les double5l consonnes KW et GW ont donné respectivement K et G

Le double consonne KW, suivie de A ( < h ), apparaissait dans la prononciation japonaise de


certains mots chinois comme kwa ::fË « la fleur » (cf. mod. kabin« le vase à fleurs » ), kwai %--«la
réunion », kwai 1& « étrange », etc. Shôgatsu «le nouvel an» s'écrivait l� ') <·n-?. KWAU
\ h? a donné KÔ -:. ? (kwau-+kau-+kô). Cf. lt , 71G.

N. B. Au sujet de la prononciation, notons que, dans les écoles et les universités japonaises, on lit
aujourd'hui les textes anciens « à la moderne », sans prononcer, par exemple, les aspirées à
l'intérieur d'un mot, et en faisant les contractions (on lit kyô et non pas kehu).

1.3.h. L'écriture

Pendant longtemps, la graphie en kana a reproduit la prononciation ancienne (celle de l'époque


où ils étaient nés, c'est-à-dire le IXe siècle), même si la prononciation évoluait, parfois assez vite :
il semble que la disparition du W devant I, E et 0 ainsi que la chute de l'aspirée à l'intérieur d'un
mot devant les voyelles autres que A, remontent à la fin de l'époque de Heian. L'usage des kana
conforme à la prononciation ancienne est appelé, nous l'avons dit, « usage historique des kana »
(rekishiteki kana-::ukai & � ff.J b' fct -:J IJ' \' ). Le texte de Tanizaki donné en commençant en est un
bon exemple. Aujourd'hui encore, certaines personnes, dans leur correspondance, écrivent --r-tl- -J
pour -C l J: -J, etc.

« L'usage moderne des kana » (gendai kana-::ukai Jl f� IJ" fct -0 Ir'-') reflète la prononciation
actuelle... non sans quelques flottements, ou aménagements en vue d'une plus grande facilité de
lecture. Le maintien de � pour noter la particule enclitique o (le W étant tombé) en est une preuve.
De même, les enclitiques wa Li et e � conservent-elles la graphie ancienne. À leur propos, on
notera que leur évolution phonétique a suivi la loi qui concerne l'aspirée en milieu de mot (cf.
1.3.b). En effet, les enclitiques n'ont aucune existence indépendante et font corps avec le mot
auquel elles sont attachées. 'J: fct (J: se prononce hanaWA, et -) h""- se prononce umiE.

Pour respecter l'étymologie, on conserve dans certains cas, notamment celui des composés, les
kana t; et -:J, même si, dans la langue standard, ils sont censés se prononcer comme L; et i� .
Ainsi quand CHI ou TSU sont suivis de la même syllabe sonorisée (CHIDZI ou TSUDZU) :
-G t; è , -? -:J < . Ou encore dans les composés : hana-ji« le saignement de nez » s'écrit tj ':t t:)'
pour que le chi « sang » étymologique reste visible. De même conserve-t-on le kana -:J pour des
mots composés comme � 1f < (ki+tsuku) � -0 < « remarquer », ou encore... kana-::ukai

19
I N I T I AT I O N A U B U N GO

(kana+tsukai). En revanche, on écrit saka--::uki � ;?�f � sans se conformer à l'étymologie (--::uki


vient de tsuki«récipient»).

C'est que l'écriture purement phonétique et l'écriture purement étymologique présentent


chacune tellement d'inconvénients que l'usage repose sur un compromis entre les deux.
L'orthographe actuelle du français est le fruit du même compromis �

D'un dictionnaire à l'autre, l'usage varie en fonction des instructions officielles en vigueur au
moment de leur élaboration � on ne s'étonnera donc pas de certaines disparités.
Parmi les dictionnaires bilingues, on notera par exemple Je maintien des doubles consonnes KW
et GW dans le Dictionnaire japonais-français de Cesselin ( 1ère édition 1939, rééd. Meisei-sha,
1 955), un dictionnaire qui reste fort précieux car il donne le nom latin des plantes, des explications
concernant certains objets traditionnels, des proverbes, des expressions idiomatiques... ainsi que
1 'usage ancien de nombreux mots. Par exemple, il faudra chercher gaikoku ( 7� OO) à t:,7Waikoku.

Au Japon, les dictionnaires actuels de kokugo donnent les mots sous leur graphie moderne, mais
certains signalent (en petits caractères) la graphie ancienne.

Par ailleurs, il existe des kogo jilen '5���� ou « dictionnaires des mots anciens », c'est-à­
dire des mots qui soit ont disparu de l'usage moderne, soit ont changé de sens (car le vocabulaire a
évolué, comme dans toutes les langues). Dans ces dictionnaires, les mots sont donnés uniquement
avec leur graphie ancienne : -9:: «la femme» figure à � lv -l:t. .

Dans le présent ouvrage, à partir du chapitre III, les transcriptions en rômaji reproduiront les
graphies anciennes. Si l'on veut chercher le vocabulaire dans un dictionnaire usuel, il faudra donc
penser à transposer en graphie moderne : chercher, par exemple, wiru à iru, ou ahare à aware. Nous
signalerons d'ailleurs le plus souvent la transposition à effectuer.

À ce propos, on notera bien la différence entre bungo ou«langue écrite, style écrit» (avant tout
la grammaire), qui s'oppose à kôgo tJM «langue parlée», et d'autre part kogo '5M ou« langue
ancienne» (principalement le vocabulaire), qui s'oppose à gendai-go JJU��, «langue moderne ».
li y a des dictionnaires de kogo (kogo jiten), et des grammaires de bungo (bungo bunpô), mais pas
l'inverse.

Les problèmes de graphie, déroutants au premier abord, ne présentent pas, en fait, de difficultés
majeures. L'habitude se prend très vite.

1 La« langue standard » (hyôjun-go tJ��B-) est la langue normalisée, commune à tous les Japonais. C'est celle qu'on
enseigne dans les écoles, et qui est utilisée dans les documents officiels, dans la presse, etc. Elle a été fixée, un peu
artificiellement, à l'époque Meiji, à partir de la langue parlée par les personnes cultivées résidant à Edo. Mais, tout
comme le français, le japonais connaît des variantes régionales, tant pour la phonétique que pour le vocabulaire et la
grammaire. Le parler du Kansai, notamment, a derrière lui une longue tradition littéraire. La notion de« langue (ou de
japonais) moderne » (gendai-go JJt {� �! ), qui inclut ces variantes, ainsi que certains archaïsmes, est moins restrictive que
celle de« langue (ou de japonais) standard ».

20
IZ

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I N I T I AT I O N AU B U N GO

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ù
La page ci-contre donne un exemple de graphie :\
._ )j\ 1;�
ancienne (une édition xylographique du XVIIIe tt ': l
siècle). Le texte est tiré de l ' Ise monogatari
9 'j: �
��
[Contes d'Ise ], un classique du Xe siècle (fin du Q

chapitre 8 et début du chapitre 9). �.,.


0 't '-'
À droite, transcription du début du chapitre 9 (; 9
(l igne 3 à 5). On a remplacé les hentai-gana par '\ Q

les kana aujourd'hui en usage, et indiqué les


kanji pour faci liter la compréhension. � �'

-:> i'--- (/)
Traduction : « Il était jadis un homme. Cet i jS î
homme, jugeant que sa personne était inutile, se
dit : "Je ne resterai pas à la capitale ; [j ' irai]
(/) t
-
chercher dans la direction de l'Est une province 1;� }j r--, �

où pouvoir vivre" ; ce disant, i l partit. » te. '-' �


t: � �

-9 fi Â- ....
/"'

*
t: '-' � '-'
� 1:t
:\
._
:\
._

< ,-'-' !to/J


OO

t: t:
t ,-. '� ;jt

t (}
iJ 1:t
t:

22
C H A P I T R E l

23
Les hentai-gana dans le Japon d' auj ourd'hui : j eux graphiques sur des enseignes de restaurants

Kôbe meibutsu tako yaki


« spécialité de Kobe : pieuvre grillée »

chirashi tenpura unagi


« émincés - beignets - anguille »
Chapitre II

Le shûshi-kei et le rentai-kei
des mots de qualité et des verbes

Note préliminaire. Dans ce chapitre, la transcnption en alphabet des proverbes donnés en


exemple repose sur la graphie japonaise moderne ; pour la graphie ancienne, voir p. 1 5 1.

11. 1 . Le shûshi-kei (SSK) des mots de qualité (lœiyô-shi)

Examinons le proverbe suivant :

(a) Tôdai moto kurashi

Ce proverbe signifie : « Le pied du candélabre est obscur. » En effet, le candélabre (sens ancien
de tôdai, qui signifie aujourd'hui « le phare ») diffuse sa lumière alentour, mais pas à sa base.
On emploie ce proverbe pour signifier que, paradoxalement, certains faits sont mieux connus
au dehors que par les personnes directement concernées.

À la différence d ' une phrase de japonais standard, aucun des deux mots nominaux n 'est suivi
d' une particule enclitique (joshi). On dirait en japonais standard tôdai wa moto ga kurai.

� En bungo, ni la particule indiquant le thème (wa) ni la particule indiquant le sujet (ga)


ne sont indispensables.

Le mot de qualité apparaît sous la forme kurashi. En effet,

� si tous les mots de qualité variables (keiyô-shi) à la forme shûshi-kei (SS K : forme
conclusive, celle du dictionnaire) ont en japonais moderne une finale en -1, ils ont en
bungo une finale en -SHI.

En voici d ' autres exemples, encore tirés de proverbes :

(b) Onna wa sangai ni ie nashi

« Dans aucun des trois mondes (qui, pour le bouddhisme, composent la totalité de l ' univers),

la femme n 'est chez elle (littéralement : n 'a de maison). » Concrètement, la femme est toujours
dépendante de quelqu ' un (père, mari, fils).
Ici, la présence de wa s'explique parce qu ' il a une valeur contrastive (la condition féminine est
opposée à la condition masculine).

Nashi correspond à nai en japonais moderne. Même chose dans le proverbe suivant.

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I N I T I AT I O N A U B UN G O

(c) Shinin ni kuchi nashi

« Les morts n 'ont pas de bouche » (ils ne peuvent parler, pour rétablir la vérité) .

(d) lnochi nagakereba haji ooshi

« Quand on vit longtemps, les hontes sont nombreuses. »

Ici encore, aucun des deux noms n 'est suivi d ' une particule indice du sujet.
Ooshi correspond au moderne ôi.
N.B. Nous reviendrons plus loin sur les valeurs de -ba.

(e) Saru mono wa hibi ni utoshi

« Ceux qui p artent vous deviennent de jour en jour indifférents », c 'est-à-dire : « Loin des
yeux, loin du cœur. »
Utoshi : j aponais moderne utoi.
Ici encore, wa a une valeur contrastive.

11.2. Le rentai-kei (RTK) des mots de qualité (keiyô-shi)

Comparons à l ' exemple (d) ci-dessus le proverbe suivant :

(f) Kotoba ooki mono wa shina sukunashi

« Ceux qui parlent beaucoup ne valent pas grand-chose » (shina signifie « la qualité » ).
Sukunashi correspond à sukunai du j aponai s moderne.
Le fait nouveau est la forme que prend ici ooshi (cf. ex. d), à savoir ooki. C ' est que ce mot de
qualité n ' a plus la même place, ni surtout la même fonction que dans l ' exemple (d) : il déter­
mine le nom mono devant lequel il est placé. C ' est ce qu ' on appelle la « forme déterminante »
ou rentai-kei (RTK). É tymologiquement, ce terme signifie « forme (kei) reliée (ren) à un substantif
(taigen) ».

En j aponai s moderne, seuls les « mots de qualité nominaux (keiyô-dôshi) se comportent de


»

façon différente en position finale et en position déterminante : kono hana wa kirei DA (ou DESU)
s ' oppose à kirei NA hana. Mais,

� en bungo, tous les mots de qualité présentent une forme différente selon qu'ils sont en
position finale ou en position déterminante.

La forme rentai-kei des mots de qualité variables (keiyô-shi) est toujours en -KI.

Voici une expression toute faite illustrant ce point :

(g) Tori naki sato no kômori

« Une chauve- souris dans un bourg san s oiseaux. »

26
C H A P I T RE I I

L'expression correspond à peu près à notre proverbe : « Au royaume des aveugles, les borgnes
sont rois. »

Naki est le RTK de nashi vu précédemment. On aurait en japonais moderne tori no nai sato . . .
o u plutôt inai sato (nous reviendrons sur l 'évolution d e l 'emploi d e iru).
N.B. On rencontrera souvent le mot sato, qui, en langue ancienne, désigne tout endroit habité,
par opposition à des lieux déserts.

Voici un autre proverbe :

(h) Shitashiki naka ni mo reigi ari

« Même dans des relations intimes, il y a (= il doit y avoir) de la politesse » ou « L'intimité


n 'exclut pas la politesse. »

Deux points sont à noter : d'abord, la forme ari prise par le verbe. Nous y reviendrons dans un
instant (II. 3).
D 'autre part, la forme shitashiki, RTK du mot de qualité shitashi, japonais moderne shitashii.

IJ@f' Il faut distinguer, en bungo, deux catégories de mots de qualité variables keiyô-shi, là
où le japonais moderne n 'en connaît qu 'une.

La catégorie à laquelle appartient shitashiki - catégorie que nous rencontrons ici pour la première
fois - correspond à un groupe de mots de qualité très nombreux en j aponais moderne, ceux qui se
terminent en -shii (shitashii, muzukashii, atarashii, mezurashii, natsukashii, etc.). Or si, en j aponais
moderne, ces mots de qualité ont la même conj ugaison que les autres, il n 'en va pas de même en
bungo. En effet, alors que pour le premier groupe (par exemple kurai en japonais moderne), au -I de
la conjugaison moderne correspond -SHI en bungo, pour le deuxième groupe, c ' est au -SHII
moderne que correspond -SHI. Au RTK, dans le premier groupe, le -SHI du S S K est remplacé par
-KI, alors que, pour le deuxième groupe, le -KI du RTK s 'ajoute au -SHI du S S K. En bref :

1er groupe 2c groupe

formes modernes -I (kura-i) -SHII (shita-shii)

bungo (shûshi-kei) -SHI (kura-shi) -SHI (shita-shi)


" (rentai-kei) -KI (kura-ki) -SHIKI (shita-shiki)

Les grammairiens japonais désignent ces deux groupes de mots de qualité en faisant référence à
leur type de « conjugaison » (katsuyô) : le premier est appelé -ku katsuyô, et le deuxième -shiku katsuyô.

�f� Les formes modernes sont toutes issues du rentai-kei, le K de ces formes étant tombé entre les
deux voyelles :
kuraki -> kurai shitashiki -> shitashii

27
I N I T I AT I O N A U B U N G O

Les formes anciennes des mots de qualité ont laissé des traces en langue moderne.
Par exemple,
- à côté du j aponais standard yoi, on a yoshi ! « C ' est bien ! bon ! » ;
- à côté de nai, on a :
nashi « néant » (par exemple, quand on remplit un formulaire) ;
nashi ni (ou de) « sans » (forme grammaticalement incorrecte, mais largement usitée) ;
naki-haha « la défunte mère » (naki, toujours au RTK dans ce sens, signifie : « ne pas être,
être mort ») ;
- bien que « bleu » se dise aujourd ' hui aoi, Inoue Yasushi a, en 1960, intitulé u n de ses romans
Aoki ôkami « Le Loup bleu ».

11.3. Le verbe ari

Regardons une fois encore l 'exemple (h). Le verbe au S SK se présente sous la forme ari, qui
correspond à la forme aru du japonais moderne. Voici un autre proverbe où apparaît cette forme :

(i) Un wa ten ni ari

« Notre destin est (entre les mains) du Ciel. »

En revanche, ce même verbe apparaît sous une autre forme dans le proverbe suivant :

U ) Nô aru taka wa tsume o kakusu

« Le faucon qui a des cap acités cache ses griffes », c 'est-à-dire : « L' homme vraiment puissant
n 'étale pas sa force. »

La forme rentai-kei du verbe est donc aru. On remarquera que, dans ce cas encore , c ' est le RTK
qui a donné la forme moderne.

La conj ugaison de ce verbe est particulière, le shûshi-kei en -1 étant exceptionnel pour les verbes.
Les grammairiens j aponais appellent cette conjugaison ra-hen, c 'est-à-dire « conj ugaison irrégulière
(henkaku katsuyô) pour les verbes dont le radical est en - R ». En effet, comme les kana ne permettent
pas d ' isoler les consonnes, on dit ra (ou ra-gyô « colonne RA ») pour R.
Appartiennent à ce groupe d ' autres verbes signifiant « être », comme (w)ori, haberi, ainsi que
des composés de ari (kakari, shikari, signifiant l ' un et l ' autre « être tel », etc . ) .

11.4. La conjugaison des verbes « forts »

Tel était, dans le proverbe (j) , le verbe kakusu. Il a donné en j aponais moderne u n verbe de même
sens et de même forme.
Il est aujourd ' hui classé go-dan, c ' est-à-dire « à cinq degrés », parce que son radical présente,
selon les formes, cinq voyelles thématiques : kakus-U, kakus-A -nai, kakush-1-masu, kakus-E-ba,
kakus- Ô .

28
C H A P I T RE I I

En bungo, on appelle cette catégorie yo-dan ( « à quatre degrés » ) , car les verbes présentent
quatre voyelles thématiques (A, I, U et E). Nous verrons d ' où vient le Ô moderne (cf. IV.2).

Ces verbes ne présentent aucune difficulté :


- ils se sont en général conservés tels quels en japonais moderne ;
- le shûshi-kei et le rentai-kei sont i dentiques.
Nous n 'en dirons donc pas plus.

11.5. La conjugaison des verbes « faibles »

Lisorts le proverbe suivant :

(k) Kakusu yori arawaru

Littéralement : « (Quelque chose) apparaît du fait d 'être caché. » On pourrait dire : « Rien de
tel que de vouloir dissimuler une chose pour qu 'elle se révèle. »
Yori a un sens causal, et correspond à kara ou tame du japonais moderne. Nous le reverrons.

Kakusu, se trouvant ici devant une particule enclitique, est au RTK (cf. plus loin, 11.6) , mais il
présenterait la même forme au S S K (cf. ex. j), car c 'est, nous l ' avons vu, un yo-dan.

Quant au verbe final arawaru (graphie ancienne araharu), il a donné en japonais moderne le verbe
arawareru, verbe classé ichi-dan, parce qu'il n'a qu'« un degré » (une seule voyelle thématique -E) à
toutes les formes (arawarE-ru, arawarE-nai, arawarE-masu, etc.). Ces verbes sont parfois dits « faibles ».

Qu 'en est-il en bungo ?

11.5.1. Les verbes kami ichi-dan et shimo ichi-dan

Comme en japonais moderne, il y a des verbes à radical unique, à « un seul degré » (ichi-dan),
appelés selon les cas kami ichi-dan (radical en -1), ou shimo ichi-dan (radical en -E).

Pourquoi ces termes ? Kami signifie « en haut » et shimo « en bas ». É tant donné que, dans l'ordre
japonais des voyelles, -I vient avant -E, et que, par conséquent, dans le tableau des kana (que tout
Japonais a dans la tête), -1 est écrit au-dessus de -E, les verbes en -1 sont dits kami ichi-dan et les
verbes en -E shimo ichi-dan.

S i les verbes de ce type sont fort nombreux en japonais moderne, il n'en va pas de même en bungo.

Il n ' existe qu 'un seul shimo ichi-dan : keru « donner un coup de pied » , un verbe qui, pour
compliquer les choses, est devenu en japonais moderne un go-dan.
Quant aux verbes kami ichi-dan, il n ' y en a qu ' une quinzaine, dont les plus courants sont : mi-ru
« voir » ; ki-ru « revêtir » ; ni-ru « ressembler à » ; hi-ru « sécher » ; i-ru « tirer à l ' arc » ; (w)i-ru
« être quelque part » ; mochi(w)i-ru « utiliser ».

29
I N I T I AT I O N A U B U N GO

� Comme en japonais moderne, les verbes kami ichi-dan et shimo ichi-dan ont la même
forme au SSK et au RTK.

11.5.2. Les verbes kami ni-dan et shimo ni-dan

La majorité des « verbes faibles » du japonais moderne sont issus de verbes ni-dan du bungo,
c 'est-à-dire de verbes « à deux degrés », présentant, selon les formes, deux voyelles : -I ou -U pour
les kami ni-dan ; -E ou -U pour les shimo ni-dan.

Comment se conjuguent-ils ?

� Les verbes kami ni-dan et shimo ni-dan ont une forme différente au shûshi-kei et au
rentai-kei, mais la voyelle est U dans les deux cas.

Reprenons l ' exemple (k), où figure un shimo ni-dan. Là où on aurait en japonais moderne la
forme araware-ru, on a en bungo la forme arawaru (S SK, graphie ancienne araharu). Quant au
RTK, on a encore en japonais moderne araware-ru, mais, en bungo, on a arawaru-ru (graphie
ancienne araharuru). Le S S K et le RTK sont donc différents, mais dans les deux cas on a la voyelle
-U (la voyelle E apparaissant, comme nous le verrons, dans d 'autres formes).
-

Pour les verbes kami ni-dan, la voyelle -I n ' apparaît pas non plus au S S K ni au RTK.

En résumé :
(kami) (shimo)

japonais moderne (SSK et RTK) okl-ru arawarE-ru

bungo S S K okU araharU


bungo RTK okU-ru araharU-ru

On prendra bien garde à la forme S S K de ces verbes : quand on débute, on « oublie » qu'il peut
s 'agir de verbes faibles, parce que la voyelle -1 ou -E n ' apparaît pas.
Ainsi, la même forme oku peut être le S S K du verbe yo-dan « poser » (comme en japonais
moderne), mais aussi, comme dans le tableau ci-dessus, le S S K du verbe « se lever » Gap. mod.
okiru) ; de même, kaku peut être le SSK du verbe « écrire » (comme en japonais moderne), mais aussi
celui du verbe « suspendre » Gap. mod. kakeru) . Tsuku peut correspondre au japonais moderne tsuku
« atteindre », mais aussi à tsukiru « épuiser » ou à tsukeru « appliquer ».
Aucune règle ne permet de déterminer à quelle conjugaison un verbe appartient : c'est une question
de mémoire. Pour l ' interprétation des formes, le contexte est le seul guide.

Pour finir avec ces verbes, voici un proverbe (calqué sur l'anglais), où le même verbe shimo ni-dan
(j aponais moderne tasukeru) apparaît d ' abord au RTK puis au SSK :

(1) Ten wa mizukara tasukuru mono o tasuku

« Le ciel aide ceux qui s ' aident eux-mêmes », c 'est-à-dire : « Aide-toi, le ciel t 'aidera. »

30
C H A P I T R E I I

11.6. Les verbes irréguliers ku et su

Le japonais moderne a deux verbes irréguliers : kuru « venir » et suru « faire ». Selon le principe
précédemment exposé (11.3), ils sont appelés par les grammairiens respectivement ka-hen et sa-hen.
Les formes du japonais moderne viennent elles aussi du RTK des verbes anciens.
Le S SK de ces verbes est en bungo respectivement ku et su.

Voici deux proverbes où figurent les deux formes de ce dernier verbe :

(m) Doku o motte doku o sei-su

« On maîtrise le poison avec le poison », ce qui rappelle notre expression « combattre le mal
par le mal ».
En japonais moderne, le verbe est sei-suru.
0 motte signifie « au moyen de, avec ».

(n) A n-zuru yori umu ga yasushi

« Accoucher est plus facile qu 'on ne le craint », c ' est-à-dire : « Le moment venu, les choses se
passent mieux qu 'on ne le redoutait » (donc, il ne faut pas s 'inquiéter à l ' avance).
Yasushi (japonais moderne yasui) a le sens de yasashii.
An-zuru vient de an + suru (SSK an-zu).
Umu (verbe yo-dan) est resté inchangé en langue moderne.

Les deux formes anzuru et umu sont des RTK. En effet,

� devant une particule enclitique (ga, o, yori, etc.), le verbe se met toujours au rentai-kei.

Ici, umu ga correspond au moderne umu no ga, umu koto ga « le fait d'accoucher ». En effet,

ll@r en bungo, le RTK suffit pour indiquer que le verbe est nominalisé.

Nous y reviendrons.

Pour finir, voici un tableau récapitulatif des formes vues dans ce chapitre.

31
Tableau de conjugai son des verbes et des mots de qual ité
(shùshi-kei et rentai-k ei )

IJJ �m Verbes
ff� � �ii]
Mots de q u a l ité
Verbes Verbes Verbes
forts fa i bles i rrég u l i ers

D �â 11 $� J:: - $� l' - $� t.J � -fj- �

k u ra i s h ita s h i i yom u a ru m i ru o k i ru u keru k u ru s u ru


Bft' L ' m L L' =±
�ù &;) .Q � .Q � � .Q � lt .Q < .Q 9 .Q

>c�B ? ;! m � ? ;� m ll!H� 7� J:: - $� J:: = � l' = � t.J � -tj- �

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kura s h i shitas h i yom u a ri m i ru oku uku ku su
*� lt Bft' L � L ==
� et,, &;) L) � .Q � < � < < 9

n /v t= � '
k u raki sh itash i ki yom u a ru m i ru o k u ru u ku ru k u ru su ru
il {*
Bg. � mL� =±
� et,' &;) .Q � .Q � < .Q � < .Q < .Q 9 -Q

N . B . * Un seu] verbe l' - $� en X �! : it .Q ( 11 $� en o �g: )


* Pour la conj ugai son irrégulière t- � (deux verbes seu1ement), voir le tableau général des conj ugaisons
C hapitre III

Le mizen-kei des verbes et des mots de qualité


L' auxiliaire de négation -zu
(au shûshi-kei et au rentai-kei)

Note préliminaire. Désormais, les transcriptions en caractères romains reproduiront l' « usage histo­
rique des kana » .

111. 1. La forme négative des verbes

111.1.1. Les verbes yo-dan

Examinons le proverbe suivant :

(a) Oya no kokoro ko shirazu

Le proverbe signifie : « Les sentiments des parents, les enfants les ignorent. » Autrement dit,
les enfants sous-estiment l 'amour des parents.
Comme on l ' a déj à constaté précédemment, on n ' a pas de particule enclitique (joshi) après le
thème de la phrase (kokoro), ni après le sujet du verbe (ko).

La forme verbale correspondant à shira-zu serait en japonais moderne shira-nai. Dans les deux
cas, la forme négative est constituée à partir de la base mizen-kei (MZK) du verbe.
On traduit parfois mizen-kei par « base négative », mais cette base n 'a en elle-même aucune
valeur négative. Le mot japonais mizen signifie « non encore advenu, non réalisé » . Nous verrons
que le MZK apparaît dans des formes qui n 'ont aucune valeur négative.

On constate que, pour shiru, la base MZK est shira- comme en japonais moderne (cf. shira-nai).
De fait, en bungo, la base mizen-kei des verbes est identique à celle du japonais moderne (sauf
pour le verbe irrégulier su/suru, que nous verrons un peu plus bas). C'est-à-dire qu 'elle est en A pour
les verbes yo-dan (go-dan en japonais moderne).
Reprenons la forme shira-zu. On remarquera que là où, en japonais moderne, on recourt à
l ' auxiliaire -nai pour mettre un verbe au négatif, on recourt, en bungo, à l'auxiliaire (jodôshi) -zu.
Voici d'autres expressions présentant des formes similaires :

(b) Wakatake fue ni na raz u

« Les jeunes bambous ne deviennent pas des flûtes », c 'est-à-dire : « On ne fait pas des flûtes
avec de jeunes bambous. » Cf. en français : « C'est dans les vieux chaudrons qu 'on fait les
bonnes soupes. »

33
I N I T I AT I O N A U B U N GO

Nara-zu est la forme négative du verbe naru « devenir ».


Ici encore, le thème de la phrase, wakatake, n 'est pas marqué par la particule enclitique ha/wa.

(c) Atama kakushite shiri kakusazu

« Cacher sa tête, mais ne pas cacher son derrière », c ' est-à-dire prendre une précaution insuf­
fisante.

On notera dès à présent la forme en -te (kakushi-te), construite à partir de la base suspensive
(ren.yô-kei). Celle-ci est en 1 pour les yo-dan, comme celle des go-dan dans la langue moderne.

Par ailleurs, on voit ici que le complément d 'objet n'est pas marqué par la particule wo/o. La
chose est courante en bungo.

111.1.2. Les verbes ichi-dan et ni-dan

Pour les verbes autres que les yo-dan, le processus est le même : l 'auxiliaire -zu s'ajoute à la base
mizen-kei. Ce MZK est en 1 pour les verbes kami ichi-dan et kami ni-dan, en E pour les verbes shimo
ichi-dan et shimo ni-dan. Ces bases sont demeurées identiques en japonais moderne.

(d) Shika wo ohu mono ha yama wo mizu

« Celui qui poursuit un cerf ne voit pas la montagne », soit : « La passion vous met des œillères. »

Ohu a donné le verbe moderne ou (cf. 1.3.b).


Le verbe miru est un kami ichi-dan, donc à radical unique mi- (cf. 11.5. 1 ) .
Mi-zu correspond au moderne mi-nai.

(e) Mekura hebi ni odjizu

« L'aveugle ne craint pas les serpents » (on ne craint pas le danger qu 'on ignore).

On a affaire ici au verbe odzu (kami ni-dan), aujourd' hui désuet (il a été remplacé par osoreru).
Mais la langue moderne en conserve des traces : par exemple l ' adverbe ozuozu « craintive­
ment », ou le nom mono-oji « la timidité ». (Sur la disparition en langue standard de DZ et DJ,
voir 1. 3.c).

(f) Oitaru uma ha michi wo wasurezu

« Le vieux cheval n 'oublie pas son chemin » ( . . . la force de l 'habitude ! ).

Nous laissons pour plus tard la forme oitaru « vieux » (chap. VI).
Wasure-zu vient de wasuru (verbe shimo ni-dan), qui a normalement donné wasureru en
japonais moderne (cf. 11.5 .2).
Le MZK est en E comme en japonais moderne (wasure-nai).

34
C H APIT R E I I I

(g) Nito wo ohu mono ha itto wo mo ezu

« Qui court après deux lièvres n 'en attrape aucun. »

E-zu est la forme négative correspondant au moderne e-nai (verbe eru). Le verbe étant un
shimo ni-dan, la forme shûshi-kei en bungo est u (rentai-kei : uru). Cf. 11.5.2.

�* N.B. On retrouve pour ce verbe, en japonais moderne, l 'alternance U/E du bungo. En effet, d' une
part, employé seul, il apparaît soit sous la forme uru soit sous la forme eru. D ' autre part, quand
il est employé comme auxiliaire ajouté à la base suspensive d ' un autre verbe, avec le sens d' « être
possible », il a la forme uru au positif, mais il devient enai au négatif. Cf. ari-uru (de aru) « cela
peut être » / ari-enai « c 'est impossible ». De même, le ren.yô-kei est e- (cf. ari-e-masu).
Par ailleurs, on remarque que,

� en bungo, mo s'ajoute à wo, au lieu de le remplacer.

111.1.3. Les verbes i rréguliers

- Le verbe ari

Retenons un point très important : en japonais standard, la forme négative du verbe aru est nai,
qui n ' a aucun rapport étymologique (il s'agit à l 'origine du mot de qualité nashi « inexistant »).
Mais, en bungo, le verbe « être » (dont on a vu qu 'il se présentait au shûshi-kei sous la forme
ari), se comporte comme tous les verbes : il a une forme négative construite à partir de son MZK,
c 'est-à-dire ara-zu.
Le MZK en A est celui des yo-dan. En effet,

� le verbe ari et, de façon générale, les verbes appartenant au type dit ra-hen (cf. 11.3),
se conjuguent comme les yo-dan, sauf que leur SSK est en 1.
Voir le tableau p. 17 1 .

- Les verbes irréguliers s u e t ku

Comme en japonais moderne, le MZK de kulkuru « venir » est ko- . On a donc, comme forme
négative, ko-zu (moderne ko-nai).
Pour le verbe correspondant à suru « faire », c'est-à-dire su, le MZK est différent du japonais
moderne (shi-nai). C 'est se- , la forme négative étant donc se-zu.

III. 2. La forme négative des mots de qualité (keiyô-shi)

(h) Ogoru mono hisashikarazu

« Ceux qui s 'enorgueillissent ne durent pas longtemps. » Cette maxime, qui figure déjà dans
le Heike monogatari (Le Dit des Heiké, xrrr-x1vc siècle), met en garde contre l' arrogance.

35
I NI T I AT I O N AU B U N GO

Hisashi (jap. mod. hisashii) , mot de qualité signifiant « long » en parlant du temps, se trouve
ici à la forme négative, forme qui s 'analyse comme suit : MZK hisashikara + zu.

Concernant le mizen-kei des mots de qualité, on peut dire, d ' une façon toute pratique, qu'on le
forme en remplacant le -ki du RTK par -kara- :
hisashi-ki - > hisashi-kara- kura-ki -> kura-kara-

En fait, la forme négative des mots de qualité (kurakarazu, hisashikarazu) s' analyse plus scienti­
fiquement d'une autre façon.
Regardons les formes modernes correspondantes : kuraku-nai, hisashiku-nai. Elles sont formées
en ajoutant à la base en -ku (RYK) le négatif de aru, c 'est-à-dire nai. Eh bien, le principe est le même
en bungo ; seulement, le négatif de ari est, comme nous venons de le voir, non pas nai, mais arazu.
La forme négative de kurashi sera donc kuraku arazu, celle de hisashi : hisashiku arazu. Mais ces
formes sont très souvent contractées, kuraku arazu donnant kurakarazu, et hisashiku arazu donnant
hisashikarazu.
Ce sont ces formes contractées que donnent ordinairement les grammaires, mais on rencontre
fréquemment dans les textes les formes non contractées, notamment quand une particule est
insérée (par exemple kuraku mo arazu ou kuraku ha arazu).

111.3. Le rentai-lœi (RTK) de -zu

La forme négative des verbes et mots de qualité en japonais standard est invariablement en -nai,
que le verbe soit « conclusif » ou qu 'il détermine un nom. À kono kamera wa takaku-nai correspond
takaku-nai kamera. I l n 'en va pas de même en bungo. Nous avons vu dans le chapitre précédent la
différence entre shûshi-kei et rentai-kei : elle s'applique à -zu.
� Le RTK de -zu est -nu.

Précisons que -zu et -nu n 'ont aucun rapport étymologique. On dit que -zu a une « conjugaison
particulière » ( tokus hu katsuyô).

(i) Oya ni ninu ko ha onigo

« Un enfant qui ne ressemble pas à ses parents est un petit monstre (littéralement enfant-ogre). »
C'est une condamnation des enfants dénaturés.

La forme ni-nu est la forme négative du verbe niru (kami ichi-dan, c 'est-à-dire à radical unique
ni-), resté inchangé en japonais moderne. Cf. II. 5. 1 .
Au shûshi-kei, la forme négative est ni-zu, mais devant un nom le verbe est au rentai-kei : on
a donc ni-nu.

Voici un autre proverbe, où apparaît la forme négative, au RTK, d ' un verbe yo-dan.

(j) Saharanu kami ni tatari nashi

« La divinité à laquelle on ne touche pas ne vous frappe pas d'un malheur. »

36
C H A PIT R E I I I

Tatari est un mot difficile à traduire. Il repose sur l ' idée que les kami sont des êtres chargés
d ' un potentiel d 'énergie dangereux, prêt à se décharger ; il vaut donc mieux se tenir à distance.
Le proverbe s 'emploie couramment dans le sens de « N ' éveillez pas le chat qui dort ! » ou de
« Qui s ' y frotte s ' y pique. »
Sahara- est le MZK de saharu (yo-dan), en japonais moderne sawaru.

Dans ces deux exemples, le verbe au RTK détermine un nom. Mais rappelons (cf. II.6) que :

� le RTK ne s'emploie pas seulement devant un nom, mais aussi devant les particules
enclitiques Uoshi) ;
d 'autre part, le RTK peut indiquer que le verbe est nominalisé : on a en ce cas en
japonais standard verbe + mono, ou verbe + koto, ou verbe + no.

Ainsi en va-t-il dans les proverbes suivants :

(k) Ihanu ga hana

Littéralement : « Ne pas parler [est] une fleur », c 'est-à-dire qu 'il y a avantage à se taire.

(1) Shiranu ga hotoke

« Celui qui ne sait pas [est] un buddha », c ' est-à-dire : « Aux innocents les mains pleines. »
Ici, un buddha signifie un bienheureux, à l 'abri du tourment.

(m) Kiku ha ichiji no hadji, kikanu ha isshau no hadji

« Demander (se renseigner) est la honte d ' un moment, ne pas demander est la honte d'une vie. »
Autrement dit, il vaut mieux perdre la face une fois en avouant son ignorance que demeurer
toujours ignorant. N.B. isshau se prononce aujourd'hui isshô (cf. I.3.d).

On aura reconnu que, dans les trois cas ci-dessus, le verbe était un yo-dan.

111.4. Note sur la conjugaison de -zu

Signalons (nous y reviendrons) l 'existence de formes où -zu se combine avec ari. Il existe donc
un RTK -zaru. Cette forme apparaît dans des textes d'un registre particulier. On la trouvera dans le
tableau de conjugaison des jodôshi (p. 173, ligne n° 6) .

111.5. -zu et -nu en japonais moderne

�f� Les formes en -zu n 'ont pas disparu. On distingue deux emplois principaux.

1 . D ' abord, un certain nombre d' adverbes. Ceux-ci sont issus de la forme ren.yô-kei de -zu, qui
est également -zu.

37
I NI T I AT I O N AU B U N GO

En voici quelques échantillons :

omowazu « sans y penser », « involontairement » ;


shirazu shirazu « sans en avoir conscience », « insensiblement » ;
aikawarazu « comme toujours » (littéralement « sans changement ») ;
nokorazu « entièrement » (litt. « sans qu' il en reste ») ;
kanarazu « nécessairement » (l' étymologie est un peu difficile : il s ' agit de la contraction de
kari narazu « [de façon] non provisoire, non temporaire » ; nous reviendrons sur ce narazu au
chapitre IX) ;
tôkarazu « prochainement » (litt. « pas loin ») ;
sukunakarazu « beaucoup » (litt. « pas peu ») ;
ni mo kakawarazu (de kakawaru « concerner ») « en dépit de » ;
towazu littéralement « sans s 'enquérir de », c 'est-à-dire « sans distinguer [entre X et Y] ». Par
exemple, toki to tokoro o towazu : « en n 'importe quel temps et lieu ».

2. On connaît d ' autre part le suspensif -zu en milieu de phrase (cf. kare wa osake mo nomazu,
tabako mo suwanai « il ne boit pas, et il ne fume pas non plus » ).
Par ailleurs, on a la locution -zu ni, qui peut souvent se traduire par « sans que ». Elle peut être
remplacée par -naide (cf. kare wa oto o tatezu ni soto ni deta « il est sorti sans faire de bruit » ).

�+� Quant au RTK -nu, il est conservé dans certaines formes figées comme les suivantes :
aranu utagai « un soupçon inexistant », c 'est-à-dire non fondé ;
hoka naranu + nom : « indubitable » (litt. « qui n 'est pas un autre » ). Cf. hoka naranu kimi da
kara « puisque c 'est bien toi » ;
shiranu (ou, par abréviation, shiran) kao o suru « faire mine de ne pas savoir » (faire l 'innocent) ;
kaeranu tabi « le voyage dont on ne revient pas » (la mort).

On trouve aussi la forme en -nu comme forme négative en position déterminante, dans la langue
écrite moderne.
Enfin, c 'est ce même -nu qui, en s' abrégeant, a donné le -n final de -masen, forme négative de
l ' auxiliaire de politesse masu (cet auxiliaire suit la conjugaison de su « faire » ; son MZK est donc
mase : cf. 111. 1 .3).

Par ailleurs, l 'opposition entre shûshi-kei et rentai-kei ayant pratiquement disparu de la langue
moderne, on peut aussi trouver le RTK -nu en fin de phrase, par exemple dans la formule ka mo
shirenu « il se peut que » au lieu de ka mo shirenai, ou encore -naraneba naranu, plus littéraire que
-naranakereba naranai « il faut ».

Au total, -zu et -nu sont encore largement employés. Des statistiques ont montré que si, dans la
langue parlée, 90% des formes négatives étaient en -nai, dans la langue écrite, en revanche,
-nai n 'intervenait que dans 65 % des cas.

38
C hapitre IV

Les auxiliaires -mu et -ji

Note préliminaire. À partir de la présente leçon, les exemples proposés seront des poèmes (waka).
Les raisons de ce choix sont indiquées dans l ' avant-propos.

On sait qu'un waka ou tanka se compose de cinq vers (ku) comptant respectivement 5, 7, 5, 7 et 7
syllabes. _Pour faciliter la lecture, les cinq ku ont été séparés par un blanc dans le texte japonais
(p. 1 53 et suivantes). Dans la transcription, nous disposons ces vers sur deux lignes, le passage à la
ligne s'effectuant après le troisième ku, coupure qui correspond souvent, dans la poétique de
l 'époque classique, à une articulation sémantique et syntaxique.

La règle veut qu 'on n 'utilise pas de mots d'origine chinoise (kango) dans les waka.

Rappelons que le vocabulaire qui ne figure pas dans les dictionnaires courants est expliqué au fur
et à mesure, et repris dans le lexique (p. 1 65).

IV.1. L'auxiliaire -m ul-n

À la base mizen-kei présentée au chapitre précédent, on peut attacher d ' autres auxiliaires
(jodôshi) que -zu. Ces auxiliaires n 'ont pas tous, loin de là, une valeur négative. Répétons que dans
mizen-kei, parfois traduit par « base négative », mizen signifie « pas encore advenu » (mais qui
pourra l'être). Le MZK n ' a en lui-même aucune valeur négative.

Voyons d 'abord -mul-n.

Précisons pour commencer que les grammaires, et donc notre tableau (p. 1 73 , n° 7), donnent
seulement la forme -mu. Mais, le U étant souvent muet en japonais, surtout en fin de mot, -mu s 'est
prononcé comme une simple nasale, et s 'est écrit -n. Ainsi dans les exemples ci-dessous. Il s ' agit
d ' une simple variante graphique, qui n ' influe en rien sur la valeur et l 'emploi de l 'auxiliaire.

Regardons tout de suite un poème.

Il s ' agit d'un poème de voyage, où le voyageur exprime sa nostalgie de celle qu 'il a quittée. À
l 'arrière-plan se profile la croyance selon laquelle l 'être aimé vous apparaît en rêve si l 'on tourne
son oreiller dans sa direction. Ici, le voyageur ne sait comment s 'orienter dans une lande inconnue
de lui.

39
I NI T I AT I O N AU B U N GO

(a) Kusa-makura musubi sadamen kata shirazu


Narahanu no be no yume no kayohi-dji (ShKKS 1 3 1 5)

« Mon oreiller d 'herbes, j 'ignore la direction où l 'installer après l ' avoir lié :
chemin du rêve dans cette lande que j 'ignore. »

On notera que la deuxième phrase (la deuxième ligne) n ' a pas de verbe principal. Les poètes
ont souvent utilisé ce procédé, qui ne présente pas de difficulté de compréhension.

Nous avons ici plusieurs formes verbales. La moins visible est peut-être kayohi- dans le composé
kayohi-dji « le chemin où [l'on] passe » : il s'agit de la base suspensive (ren.yô-kei RYK) de kayohu
(verbe yo-dan, cf. japonais moderne kayou) « fréquenter ». Nous avons vu (IIl. 1 . 1 , ex. c) que, comme
les verbes go-dan du japonais moderne, les verbes yo-dan du bungo ont le ren.yô-kei en 1.
Le nom -dji (graphie moderne -Ji) « le chemin », s 'emploie dans des composés.
On sait que le vocabulaire japonais contient de nombreux mots composés de ce type, formés avec
le RYK d'un verbe + un nom : cf. nomi-mono « la boisson », de-guchi « la sortie », ne-zake « le saké
[qu 'on prend pour] dormir », etc.

Quant à la forme musubi- , il s ' agit de musubu (conj. yo-dan) au ren.yô-kei (RYK). Le sens du
verbe est « lier », mais il signifie, dans l 'expression kusa-makura musubu, « faire un oreiller
en liant une botte d'herbes ».

Nous connaissons déjà la forme négative shirazu (cf. III. 1 . 1 , ex. a).
Naraha-nu est aussi facilement identifiable : il s ' agit de la forme négative naraha-zu mise au
rentai-kei devant un nom (cf. IIl.3). Le verbe de base est narahu Gap. mod. narau), dont le sens
est ici proche de celui du mot de même racine nareru « connaître (par habitude) ».

On ne s 'étonne pas que les deux noms compléments d'objet (kusa-makura et kata) ne soient
pas suivis de wo (cf. 111. 1 . 1 , ex. c ) .

L a seule nouveauté grammaticale est sadamen.


Cette forme se décompose comme suit : sadame- est le mizen-kei de sadamu (shimo ni-dan, cf.
III. 1 .2), verbe qui a donné en japonais moderne sadameru (verbe ichi-dan) « fixer, établir ».
À cette base est ajouté l 'auxiliaire (jodôshi) -n.

BE Quelle est la valeur de -mul-n ?


Il indique que l 'action exprimée par le verbe est considérée comme virtuelle, éventuelle,
conjecturale (valeur appelée suiryô).

C 'est le cas ici : l' action de fixer la place de l'oreiller n ' est pas encore réalisée (le voyageur
ignore justement où il va bien pouvoir l 'installer). L' usage de cet auxiliaire est général lorsque
l ' action n ' est pas effectivement accomplie. Parfois, cet « aspect » est exprimé en japonais moderne
au moyen de darô, deshô, etc.
Cf. asu ame furamu = jap. mod. ashita ame ga furu deshô.
Mais, comme dans notre poème, il n ' a pas toujours d'équivalent exact en japonais moderne. En
français, il est parfois impossible de le rendre.

40
C H A PITR E I V

Notons encore que, dans le cas présent, sadamen détermine le nom kata : il est donc au rentai-kei.
On voit que -mul-n a la même forme au SSK et au RTK. Ajoutons qu'il est défectif (il ne possède
que trois formes : le S SK, le RTK et l'izen-kei que nous verrons plus loin). Voir tableau p . 1 73, n° 7 .

(b) Yoshino-yama kozo n o shiwori n o michi kahete


Mada minu kata no hana wo tadzunen (ShKKS 86)

Ce poème, dû à S aigyô ( 1 1 1 8- 1 1 90), un grand poète voyageur et amoureux des fleurs, exprime
son goût pour les randonnées sur des chemins inconnus dans les monts de Yoshino (célèbres
pour leurs cerisiers).
« Monts de Yoshino ! Quittant les sentiers marqués [lors de mon passage] l ' année dernière,
j ' irai visiter les fleurs dans une direction que je n ' ai pas encore vue ! »

Ce poème est constitué par une seule phrase.


La première partie se termine sur la forme verbale kahete, une forme en -te à valeur suspensive :
nous aurions la même chose en japonais moderne. Il s'agit du verbe kahu (conj . shimo ni-dan,
jap. mod. kaeru), qui signifie « changer ». (On l ' a rendu ici par « quitter » : le poète décide de
« changer de chemin », donc de « quitter un chemin pour un autre ».)
On voit que, comme les shimo ichi-dan en japonais moderne, le ren.yô-kei des verbes
shimo ni-dan est en E.

Kozo no shiwori no michi : cette succession de no est très fréquente dans les poèmes
classiques. Elle estompe les liens logiques. Les deux noms kozo et shiwori sont des déter­
minants de michi. Kozo est un mot aujourd' hui inusité signifiant « l ' an dernier » (c 'est un mot
purementjaponais, remplacé aujourd'hui par le sino-japonais kyonen). Quant à shiwori, c 'est
un mot rare, désignant les repères qu'on laisse sur un chemin en cassant des branches pour le
baliser en vue d'un prochain passage. (Reste seulement aujourd'hui pour shiori le sens dérivé
de « marque-page », « signet ».)

Passons à la deuxième partie de la phrase. Le verbe qui clôt le poème, tadzune-n, est le verbe
principal. La forme est parallèle à sadame-n de l 'exemple précédent. Tadzune- est le MZK du verbe
tadzunu (conj . shimo ni-dan, jap. mod. tazuneru) « chercher, se mettre en quête de, aller voir, rendre
visite ». Y est ajouté l ' auxiliaire -n, qui est ici au S SK.
Mais ici la valeur de l 'auxiliaire est différente.

� On a affaire à la deuxième valeur de -mul-n : il n'indique pas l'éventualité, mais la


volonté (ishi).

Il correspond exactement au « volitif » moderne (on aurait aujourd'hui tazuneyô). Comme lui, il
indique la volonté du locuteur (1 rc personne du singulier). Il peut aussi indiquer la volonté du locuteur
et d' autres personnes ore personne du pluriel).
Ce volitif pourrait se rendre en français par « Allons voir ! », mais cette forme correspond plutôt,
dans la langue courante, à un pluriel. On pourra donc ici recourir au futur, qui peut en français avoir
cette valeur : « J 'irai voir. »

Le reste est fort simple. La forme minu est le RTK de mi-zu, négatif de miru (cf. 111. 3).

41
I NI T I AT I O N AU B U N GO

(c) Kaheri-kon hodo wo chigiran to omohedomo


Oinuru mi koso sadame-gatakere (ShKKS 888)

Il s ' agit encore du poème d'un voyageur, mais cette fois d'un poème d ' adieu composé au
moment du départ, à l 'intention de l'entourage.
« Je voudrais fixer le moment où je reviendrai ;
mais un vieillard peut difficilement assurer [quoi que ce soit] . »

Laissons jusqu ' à une prochaine leçon (chap. VII) la forme verbale oinuru, littéralement
« v�eilli ». Oinuru mi « une personne vieillie » signifie simplement « un vieillard ».
Examinons les autres formes verbales.

La première partie du poème, une subordonnée, se termine par omohe-domo.


Omohe- est une base izen-kei (IZK), que nous n ' avons pas encore rencontrée. Elle correspond
pour la forme, mais pas pour l 'emploi, à la base dite « conditionnelle » (katei-kei) du japonais
moderne. On voit que,

� comme la base katei-kei des verbes go-dan du japonais moderne, la base izen-kei des
verbes yo-dan du bungo est en E.
Dans les deux cas : omo(h)-u -> omo(h)-e ; shir-u > shir-e ; etc.
-

Mais, attention ! en bungo, cette base n'a rien à voi r avec le conditionnel. /zen signifie
au contraire « déjà réalisé » .

La base izen-kei (IZK) a plusieurs emplois. Ici, elle est suivie de la particule conjonctive
(setsuzoku }os hi) -domo.

� -domo, après la base izen-kei, indique la concession. Il correspond au japonais


moderne no ni après la forme du dictionnaire, ou encore à keredomo (où est justement
conservé ce même -domo). On le rendra en français par « bien que ».

En français, on peut aussi, comme nous l'avons fait ici, recourir à « mais ».

Dans notre poème, le verbe omohu est construit avec to + le volitif chigiran, que nous allons
expliquer. Retenons simplement que, en bungo comme en japonais moderne, le volitif + to omou
exprime la volonté. (Cf. jap. mod. ikô to omou : « je voudrais aller ».)
La forme chigira-n est la forme volitive du verbe chigiru, un verbe yo-dan dont le mizen-kei est
donc en A (cf. 111. 1 . 1 ). Ce verbe, toujours en usage (mais un peu archaïsant), signifie « promettre,
s 'engager », mais on ne peut pas ici le traduire comme cela, car il est accompagné d'un complément :
hodo, un mot dont les sens sont nombreux, mais qui signifie très souvent en langue ancienne, comme
ici, « le moment ». Dans notre poème, le sens est « fixer par serment le moment où . . . ».

L'élément rendu dans la traduction par « où je reviendrai » est la forme verbale kaheri-kon, issue
du verbe composé kaheri-ku « revenir, rentrer » Uaponais moderne kaette kuru). On aura reconnu
dans ko-n le MZK de ku (cf. III 1 3). La valeur de l' auxiliaire -n est ici la virtualité, comme dans le
. .

poème (a) : le voyageur n 'est pas rentré (il n ' est même pas encore parti ! ), et ce retour appartient au
domaine du « non réalisé ». La langue moderne ne rend pas cette nuance (on dirait : kaette kuru toki).

42
C H A P I T R E I V

On relève donc, dans le même poème, les deux valeurs de l 'auxiliaire -mul-n : volonté (chigiran)
et virtualité (kaherikon).

Reste le dernier mot du poème : sadame-gatakere.


Sadame- est le ren.yô-kei du verbe sadamu ( « établir, fixer, assurer » ), que nous avons vu dans
l 'exemple (a). Comme on l ' a dit précédemment (IV. Lb), le RYK des verbes shimo ni-dan est en E.
Si le verbe est au RYK, c 'est parce que lui est affixé le mot de qualité katashi (-gatashi en
composition), qui a donné en japonais moderne katai « dur ». Il signifie aussi « difficile ». Après le
RYK d'un verbe, ce mot de qualité indique que l'action est difficile à accomplir (on emploie plus
couramment -nikui en j aponais parlé).

Mais pourquoi cette forme -gatakere ? C' est la forme izen-kei (IZK) du keiyô-shi, qui s 'obtient
en remplaçant le -ki du RTK (cf. 11.2) par -kere :
kata-ki -> kata-kere tadashi-ki -> tadashi-kere

Les formes obtenues sont identiques aux katei-kei modernes.


Seulement, en japonais moderne, cette base n'apparaît jamais isolément. On ne la trouve que
suivie de -ba. En revanche, comme on le voit ici, l 'IZK des mots de qualité (et des verbes) apparaît
isolément en bungo, dans le cas où figure dans la phrase la particule enclitique (joshi) koso, qui
renforce le sens, insiste (valeur dite kyôi, bien difficile à rendre en français). Nous reviendrons sur
des phénomènes similaires (appelés kakari-musubi), mais retenons d'ores et déjà que :

� koso entraîne la forme izen-kei.

IV.2. Du bungo au japonais moderne

.;f� À la suite d 'une évolution phonétique remontant à l'époque de Heian, le -mul-n final a donné un
simple -u. Dans le cas des verbes yo-dan, on obtenait donc des formes en -au (yoma-mu ->
yoma-u), qui se sont contractées en ô Gap. mod. yomô) , ce, peut-être dès le XVIe siècle (cf. 1.3.d).
D ' où l 'apparition de la « base en 0 » des go-dan actuels. Notons que dans « l'usage historique
des kana », ces formes se notent avec -au (cf. de arau dans le texte de Tanizaki donné au chapitre
premier).
Pour le verbe su « faire », la forme se-mu a donné seu, qui s'est contractée en shiyô (cf. 1.3 .e).
Pour les autres verbes, les volitifs modernes ne correspondent pas à une évolution naturelle des
formes en -mu du bungo. La forme en -mul-n de miru : mimu/min, ne peut en effet donner miyô,
ni ukemu donner ukeyô. On explique les formes actuelles en -yô par une influence (une
« contamination ») de shiyô (verbe su).

Notons que la forme en -n n ' a pas disparu complètement de la langue d 'aujourd ' hui. Dans la
langue écrite, on la trouve notamment dans l'expression : verbe + -n to suru « tenter de » (doa o
hirakan to shita toki « quand il essaya d 'ouvrir la porte » ).
On la trouve aussi dans des locutions comme iwan kata naku « sans qu 'il y ait moyen de le dire »,
« inexprimablement ». Ou encore iwan ya « le dirais-je ? », c 'est-à-dire « il va sans dire », « a
fortiori » (nous reviendrons sur ya interrogatif).

43
I N I T I AT I O N A U B U N G O

IV.3. L'auxiliaire -m uzu

Contentons-nous de le mentionner rapidement.


Il s ' agit, pour l ' emploi, d ' une variante de -mu, que l 'on trouve encore sous la forme -nzu. Voir le
tableau p. 1 7 3 , n ° 8 .

IV.4. L'auxiliaire -ji

Ce Jodôshi ne présente pas de grandes difficultés. Il a les mêmes valeurs que -mu, à cette
différence (il est vrai , capitale) qu'il est négatif :

� -ji exprime l 'éventualité négative ou la volonté négative.

Pas de difficultés non plus pour le conjuguer : il est invariable (et, comme -mu, il est défectif :
les seules formes existantes sont le S S K, le RTK et l ' IZK) . Cf. le tableau p. 1 7 3 , n ° 9.

(d) Tadzune-kite michi wake-waburu hito mo araJi


lkuhe mo tsumore niha no shirayuki (S hKKS 682)

Dans ce poème, un ermite (Jakunen) , qui vit retiré, déplore de ne pas recevoir de visites. C 'est
un thème banal, que nous retrouverons.
« S an s doute n ' y aura-t-il personne qui , me rendant vi site , se fraye avec peine un chemin .
Accumule-toi autant q u e t u voudras, neige blanche d u j ardin ! »

Le poème est constitué de deux phrases indépendantes (mais la deuxième s 'explique par la
première) .

Ara-Ji se décompose en ara-, MZK de ari (japonais moderne aru : cf. III. 1 .3), + l ' auxiliaire -Ji,
indiquant ici une supposition négative : « S ans doute n ' y aura-t-il pas de gens qui . . . » . On dirait
aujourd ' hui hito wa (i)nai darô.
N.B. On rencontre très souvent, non seulement dans la poésie, mais aussi dans la prose, la
particule enclitique (joshi) mo. Il est souvent difficile de la rendre en français. Ici, sa valeur est
de renforcer la négation.

Tadzune-kite « venir rendre visite » ne fait pas difficulté. On dirait en japonais moderne
tazunete kite.
Wake-waburu. Wake- est le RYK de waku (shimo ni-dan, j ap. mod. wakeru) « diviser, sépa­
rer », d ' où « ouvrir, frayer (un chemin) ».
Quant à waburu, il s ' agit du RTK de wabu (kami ni-dan, jap. mod. wabiru) « être triste,
soucieux », « peiner » ; ce verbe, ajouté au RYK d ' un autre verbe (comme ici), indique que
l ' on accomplit l ' action avec peine. Cf. sumi-wabu « avoir du mal à vivre (quelque part) ».

La deuxième p artie du poème consiste en une adresse à la neige (shirayuki est un vocatif). On
rencontre ici pour la première fois un impératif (meirei-kei), celui d ' un verbe yo-dan, tsumoru
« s ' accumuler » : tsumore.

44
C H APIT R E I V

� L'impératif des yo-dan est resté inchangé dans les go-dan de la langue moderne.

lku-he mo : le noyau de cette expression est le classificatif -he Uap. mod. -e) utilisé pour compter
les plis, les couches (de vêtements, de nuages, de neige) accumulés.
Quant à iku-, nous reverrons ce préfixe interrogatif (cf. en japonais moderne ikura, ikutsu, etc.).
Comme en japonais moderne, l 'interrogatif suivi de mo perd sa valeur interrogative et devient un
adverbe ou un pronom indéfini à valeur emphatique (cf. japonais moderne Nihon e wa nankai mo
ikimashita « je suis allé au Japon je ne sais combien de fois [= très souvent] » ).
Ici ikuhe mo signifie donc « en multiples couches ».

(e) Fukuru made nagamureba koso kanashikere


Omohi mo ireji aki no yo no tsuki (ShKKS 4 17)

Ce poème a pour sujet la lune, l 'un des grands thèmes poétiques, le plus souvent lié à
l ' automne. La lune offre u n spectacle merveilleux, mais aussi mélancolique. Aussi la poétesse
dit-elle, non sans aller contre les conventions qui veulent qu 'on aime contempler la lune :
« C 'est bien parce qu'on [la] regarde jusqu 'au cœur de la nuit qu 'on se sent triste.
Je ne m 'en soucierai pas, de la lune d 'automne ! »

Ce poème a la même structure que le précédent : deux propositions indépendantes, dont la


première explique la seconde.

On aura reconnu dans koso kanashikere le phénomène expliqué plus haut (ex. c).
Fukuru made : devant la particule made, le verbe est naturellement au RTK (cf. 11.6).
Fukuru est le RTK du verbe fuku (shimo ni-dan, jap. mod. fukeru) « s'avancer » (littéralement
« s 'approfondir »), en parlant de la nuit.

Nagamure-ba est une forme que nous rencontrons pour la première fois. Elle est composée à partir
de la base izen-kei (IZK) du verbe nagamu (shimo ni-dan, jap. mod� nagameru) « contempler ».

� Pour former l 'IZK des verbes ni-dan, on ajoute -ure au radical (en japonais moderne
on ajoute -ere- pour former le katei-kei).

On a ainsi nagamU (SS K) / nagamUru (RTK) / nagamUre (IZK),


en japonais moderne nagamEru (SS K et RTK) / nagamEre (katei-kei).
Il en va de même pour les kami ni-dan :
on a pour « se lever » okU (SSK) /okUru (RTK) /okUre (IZK).
en japonais moderne oklru (SSK et RTK) /oklre (katei-kei).
Voir le tableau des conjugaisons p. 1 70.

À cette base IZK est ajoutée la particule conjonctive (setsuzoku joshi) -ba. Attention ! en langue
moderne, -ba après la base conditionnelle (katei-kei), exprime l'hypothèse : yome-ba « si on lit ». Mais,

� en bungo, la particule -ba après la base izen-kei indique la cause ou le temps.


Ici, nagamureba exprime la cause : « parce qu 'on regarde ».

45
I N I T I AT I O N A U B U N GO

Dans la deuxième partie du poème, l 'élément nominal aki no yo no tsuki se trouve rejeté après le
verbe, dont il est pourtant le complément d'objet. C'est un phénomène très fréquent en poésie ( . . . et
que l 'on observe aussi dans la langue moderne parlée).

Omohi mo ireJi : il s'agit du verbe composé omohi-iru, qui signifie « s ' intéresser profondément
à, attacher ses pensées à ». Entre les deux parties du verbe est insérée la particule enclitique mo, qui
ici encore a valeur de renforcement.
Omohi est le RYK de omohu ; quant à ire-Ji, il s ' agit du MZK de iru (shimo ni-dan, jap. mod.
ireru), suivi de l ' auxiliaire -Ji, qui indique ici la volonté négative : « je ne veux pas m'y intéresser ».

�+� En japonais moderne, les deux valeurs de -Ji sont assumées par -mai (cf. sô de arumai « il n 'en
est sans doute pas ainsi », dans la première phrase du texte de Tanizaki cité p. 1 3) . Mais elles sont
plus couramment exprimées soit, pour l 'éventualité négative, par -nai darô, soit, pour la volonté
négative, par le volitif (en -ô/-yô) suivi de to wa omowanai. L'expression sake nomaJi pourrait se
rendre par mô sake wa nomumai ou mô sake o nomô to wa omowanai.

Pour finir, vous pouvez analyser par vous-même le poème suivant, à partir de ce que nous avons vu.

(f) Asa-midori fukaku mo aranu awo-yagi ha


Iro kaharaJi to ikaga tanoman (ShKKS 1 253)

Une remarque préliminaire, concernant la graphie japonaise du poème (p. 1 53). On voit que la
dernière syllabe du mot ikaga est notée au moyen d'un crochet. Dans la graphie ancienne, ce
crochet indique la répétition du kana qui précède. Ainsi la graphie de ii à la dernière ligne du
texte de Tanizaki cité au chapitre premier. Ce crochet peut, s ' il en est besoin (comme ici), être
accompagné d 'un dakuten.

Le poème exprime poliment (de façon imagée) les doutes éprouvés par une dame sur la fidélité
de l 'un de ses amants (! 'empereur Gosuzaku, 1 009- 1 045). Celui-ci lui a adressé un poème où
il se comparait à un saule yagi dont les longs rameaux se balancent de droite et de gauche
(image de multiples aventures galantes), mais qui néanmoins reste vert awo (jap. mod. ao),
c 'est-à-dire fidèle. La dame répond :
« Que le saule dont le vert n 'est pas profond
ne changera pas de couleur, comment le croirais-je ? »

Fukaku aranu est la forme négative non contractée (cf. 111.2) du mot de qualité fukashi, mise
au RTK.
L'expression redouble l'idée contenue dans l 'élément asa « pâle » de asa-midori.
Kahara-Ji (de kaharu, conj . yo-dan, moderne kawaru) a une valeur d 'éventualité négative.

Si tanomu (« se fier à », ici « croire avec confiance ») est à la forme en -mul-n, c 'est parce que
l ' action reste virtuelle.

� On rencontre très souvent l 'auxiliaire -m u l- n dans les interrogatives.

Attention ! tanoma-n est au RTK, comme il est de règle après l ' adverbe interrogatif ikaga. C 'est
une autre application du principe du kakari-musubi déjà rencontré (IV. 1 .c ), que nous reverrons.

46
Chapitre V

Les auxiliaires -ru et -raru


Les auxiliaires -su et -sasu

V. 1. Les formes en -ru et -raru ; les formes en -su et -sasu

Les deux paires d 'auxiliaires (jodôshi JDS ) -ru et -raru d' une part, -su et -sasu de l 'autre, ne pré­
sentent pas de difficultés particulières, car elles fonctionnent de façon similaire aux deux paires
correspondantes de la langue moderne : les auxiliaires dits « de passif » -reru et -rareru d ' une part,
les auxiliaires dits « de factitif » -seru et -saseru de l ' autre.
Leurs valeurs sont également fort proches de celles des auxiliaires modernes (cf. V.2 et V.4).

Comme en langue moderne, ces auxiliaires s 'attachent au mizen-kei (MZK) des verbes. Or nous
avons vu (IIl. 1 . 1 et 2) que les bases MZK sont restées inchangées jusqu ' à aujourd'hui (sauf pour le
verbe su/suru).
De même, le choix du IDS au sein de chaque paire est resté fondé sur le même principe : il dépend
de la catégorie du verbe auquel on l'attache. Ainsi on emploie -ru et -su avec les verbes yo-dan,
comme aujourd' hui -reru et -seru avec les go-dan. Et pour tous les autres verbes on emploie -raru et
-sasu, de même qu ' aujourd'hui on recourt à -rareru et -saseru.
Voici un tableau comparatif :

bungo langue moderne

8° ;_4CJl!
yomu yoma-ru yomu yoma-reru
« lire » yoma-su yoma-seru

kiru ki-raru kiru ki-rareru


« revêtir » ki-sasu ki-saseru

« fermer » todji-sasu toji-saseru

shimo,
ichi-dân
nagu nage-raru nage ru nage-rareru
« lancer » nage-sasu nage-saseru

47
I NITI AT I O N AU B U N GO

su se-raru suru sa-reru


« faire » se-sasu sa-seru

ku ko-raru kuru ko-rareru


« venir » ko-sasu ko-saseru

Attention au verbe « faire » sulsuru, dont le MZK diffère entre le bungo et la langue standard.

Pour ce qui est de la conjugaison de ces jodôshi, on sait qu ' en langue moderne tous les verbes
dits passifs et factitifs sont faibles (shimo ichi-dan), quelle que soit la catégorie du verbe de départ.
Par exemple, yomu (verbe go-dan) donnera yoma-reru et yoma-seru, deux verbes shimo ichi-dan.
Or, comme nous l ' avons vu (Il.5.2), la quasi totalité des verbes shimo ichi-dan de la langue
moderne sont issus de shimo ni-dan du bungo. C'est le cas ici. Donc, de même que, par exemple, au
verbe tasukeru de la langue moderne correspond en bungo le verbe tasuku (RTK tasukuru), de même
pour le passif, au yomareru de la langue moderne correspond, en bungo, la forme yomaru (RTK
yomaruru), et ainsi de suite.

� Tous les verbes en -rul·raru et en -su/-sasu se conjuguent comme des shimo ni-dan
(voir le tableau p. 173, n° 1 , 2, 3 et 4).

Comme en langue moderne, d' autres auxiliaires (JDS) peuvent s 'ajouter aux verbes ainsi
obtenus. Ainsi, de même qu ' en langue moderne on forme le « passif négatif » yoma-re-nai, on a, en
bungo, yoma-re-zu. Dans la plupart des poèmes que nous allons proposer en exemple, -ru/-raru et
-sul-sasu seront combinés à d 'autres IDS .

V.2. Valeurs de -ru e t -raru

Comme nous l 'indiquions en commençant, les valeurs de ces JDS ont peu varié, et la plupart se
retrouvent en langue moderne.

� Les grammairiens distinguent quatre valeurs de -ru/-raru :

1) le passif (ukemi),
2) la possibilité (kanô),
3) le respect (sonkei),
4) la spontanéité (jihatsu).

Les trois premières valeurs sont restées fort courantes.

En revanche, la quatrième a presque totalement disparu. En ce cas, le JDS indique que l ' action
se fait toute seule, en dehors de toute volonté. Par exemple, iharu Uap. mod. iwareru) peut signifier
« dire malgré soi, laisser échapper une parole ». Fréquent en bungo, cet emploi n 'est conservé que
résiduellement en langue moderne. On peut citer omowareru : ce verbe peut, certes, avoir une valeur
de passif ( « être considéré comme . . . ») ou de possibilité ( « on peut penser que . . . » ), mais il peut
encore signifier « avoir l'impression que . . . , trouver malgré soi que . . . ».

48
C H A PITRE V

Lisons quelques exemples.

(a) Itsu ka ware mi-yama no sato no sabishiki ni


A ruji to narite hito ni toharen (ShKKS 1 835)

Pour le thème, ce poème dû au moine Jien n ' est pas sans rapport avec le poème d ' un autre
moine, Jakunen, étudié au chapitre précédent (IV.d) : il s'agit encore de l'attrait qu 'exerce la
vie érémitique, mais sans que disparaisse pour autant le désir de recevoir les visites de ceux
qui vous sont chers.
« Quand donc, devenu le maître d'un [ermitage] solitaire, en un bourg de montagne,
recevrai-je la visite des gens [qui me sont chers] ? »

Le poème est constitué par une seule phrase interrogative. Il est lancé par l 'adverbe interrogatif
itsu, qui s'est conservé en langue moderne avec le même sens.
Mais il faut noter un point propre à la langue classique :

� la particule interrogative ka, qui, en langue moderne, est placée à la fin de la phrase,
se met, en bungo, immédiatement après le mot interrogatif.

Ainsi le membre de phrase qui figure dans ce poème : itsu KA hito ni toharen pourrait-il se rendre
en japonais moderne par itsu hito ni tazunerareru no de arô KA .

Il faut donc bien faire attention : en langue moderne, un interrogatif suivi de ka prend la valeur
d ' un adverbe ou pronom indéfini : itsu « quand ? » /itsu ka « un jour »
nani « quoi ? » /nani ka « quelque chose », etc.
Il n 'en va pas de même en bungo, où l 'interrogatif suivi de ka garde sa valeur interrogative.

Le sujet de la phrase est ware, l ' un des nombreux pronoms personnels du bungo (nous
reviendrons sur cette délicate question). Ware est souvent, comme ici, l 'équivalent d ' un
pronom de première personne. En japonais parlé, il est resté utilisé dans certaines expressions
figées ou encore, avec un redoublement de pluriel, wareware, comme pronom de première
personne du pluriel ( « nous » ), avec une valeur quelque peu emphatique.

Le verbe principal est toha-re-n. Il s ' agit du verbe tohu (yo-dan), jap. mod. tou, qui signifie
« demander », mais aussi « rendre visite » (cf. le verbe moderne tazuneru) . Ce verbe est ici au MZK
toh-a-, commme le demande l 'auxiliaire de passif -ru ;
-ru est lui-même au MZK -re-, puisque vient s'y attacher l 'auxiliaire d'éventualité -n. Nous avons
déjà noté l 'usage très fréquent de -ni-mu dans les interrogatives (cf. IV.4.f).
Précisons que ce dernier JDS est lui-même au rentai-kei, en vertu d 'une règle déjà évoquée au
chapitre précédent. Arrêtons-nous y un instant.

V.3. La règle du kakari-musubi

C 'est la règle de « concordance » d'un verbe (ou mot de qualité) avec la particule enclitique
(joshi) située avant lui dans la phrase, et à laquelle il « s 'accroche » (kakaru), « se lie » (musubu).

49
I N I T I AT I O N AU B U N GO

Autrement dit,

� certains joshi entraînent automatiquement une forme particulière : koso entraîne


l'izen-lœi (cf. IV.1.c) ; la particule interrogative ka entraîne le rentai-lœi.

On pourra reprendre, au chapitre IV, l ' analyse de l ' exemple (f) où figure l 'expression ikaga
tanoman. En effet, ikaga étant la contraction de ikani ( « comment ? ») + ka, la règle du kakari­
musubi s' appliquait, le verbe tanoman étant un RTK.

Revenons à notre poème (a).


Nous avons analysé la proposition principale : itsu ka . .. hito ni toharen « quand recevrai-je la
visite des gens ? » Voyons le reste, c 'est-à-dire la proposition enchâssée.

Nari-te (« devenant ») est la forme qui, par contraction, a donné en japonais moderne natte.

� En bungo, les formes constituées par le RYK d 'un verbe + te restent telles quelles, sans
que se produisent les contractions de la langue moderne.

Ainsi yomi-te ne se contracte pas en yonde, ni kaki-te en kaite, mais restent tels quels. En fait, les
contractions se sont produites très tôt dans la langue parlée, mais le bungo ( « langue écrite »)
conserve en principe les formes non contractées.

Sabishiki : on aura reconnu la forme RTK du mot de qualité sabishi Gap. mod. sabishii). Ce
mot de qualité est suivi de la particule ni, comme un nom. C'est que, comme nous l'avons déjà
vu (IIl.3.k,l,m), le RTK d'un mot de qualité ou d'un verbe peut fonctionner comme un
substantif.
Sabishiki est donc interprété comme « la solitude mélancolique » ou « un lieu solitaire (= un
ermitage) ».
Voici un autre exemple de RTK à valeur nominale, tiré d'un poème de notre recueil :
yo no uki mo hito no tsuraki mo shinobu « supporter et la tristesse du monde et la dureté des
gens ». Uki et tsuraki sont deux RTK (respectivement, de ushi « triste » et de tsurashi « dur » ),
fonctionnant comme des noms.

Dans l 'expression sabishiki ni, ni indique le lieu. On aurait en japonais moderne de. Nous
reviendrons sur ni, mais notons déjà que :

� la particule enclitique ni en bungo assume toutes les fonctions aujourd 'hui réparties
entre ni et de ; elle peut donc indiquer le lieu où s'exerce une action, la matière, la
cause, etc.

Relevons enfin un nom très courant en poésie, mi-yama, que l 'on peut traiter comme un
équivalent de yama. À l'origine, mi- n 'était autre que le préfixe honorifique utilisé notamment
pour ce qui touche aux divinités, la montagne étant considérée comme le séjour des kami. Mais
ce sens a été perdu et on a noté mi avec le caractère « profond » (voir le lexique sélectif).
Sato a déjà été vu (II.2.g).

50
C H A P I T R E V

(b) Ware nagara kokoro no hate wo s hiranu kana


Suterarenu yo no mata itohashiki (ShKKS 1764)

Ce poème est lui aussi inspiré par un sentiment religieux, et a pour thème le désir de la retraite ;
mais il exprime u n paradoxe.
« Ah ! bien qu'il s ' agisse de moi-même, je ne comprends pas le fond de mon cœur !
Ce monde que je ne puis rejeter, d ' un autre côté il m 'est odieux ! »

Le poème se compose de deux phrases grammaticalement indépendantes, encore que, pour le


sens , la deuxième explicite la première.

La première phrase se termine par la « particule finale » (shû-joshi) kana (= ka interro­


gatif + na exclamatif). Cette particule, qui s'ajoute soit à un substantif, soit, comme ici, à
la forme RTK d ' un mot variable, a une valeur exclamative (eitan).

Shira-nu est bien sûr le RTK de shira-zu (cf. III. 3).

Ware nagara e s t u n e expression très courante, q u i e s t restée vivante en langue moderne. O n y


retrouve ware, que nous avons vu dans le poème précédent.

Quant à nagara, cette particule conjonctive (setsuzoku joshi) est, en j aponais moderne, couram­
ment employé après le RYK d ' un verbe pour indiquer la concomitance (deux actions se déroulent
simultanément) : rajio o kiki-nagara benkyô o shite imasu ; ou encore, après le RYK d ' u n verbe, un
mot de qualité, un mot nominal, un adverbe, etc . , avec une valeur adversative ou concessive
kanemochi de ari-nagara kuruma mo motte inai ; ou bien, shitsurei nagara, o-ikutsu desu ka ?

Ces emplois sont fort bien attestés en bungo.

Par exemple , la concomitance : kuhi-nagarafumi wo mo yomikeri « il lisait même le texte [ sacré]


en mangeant » (Tsurezure-gusa [Les Heures oisives]).
Ou encore la valeur adversative : hohushi ( = hôshi) [ . . . no] koromo wo ki-nagara kono wokashi
wo nasu « commettre ce crime tout en portant l ' habit de moine » (Jikkin-shô ).
Dan s notre poème, c ' est la valeur adversative (concessive) qu ' a nagara dans l 'expression ware
nagara « bien qu ' [il s ' agisse de] moi ». Cf. encore haru nagara « bien qu ' [on soit] au printemps » ;
sari-nagara ( = sa ari-nagara) « bien qu ' il en soit ain si », « pourtant ».
En outre, -nagara est largement utilisé en bungo pour indiquer un état durable, l ' absence de chan­
gement ; cette valeur est souvent exprimée en langue moderne par no marna. Par exemple
fune-nagara tabi-ne su « dormir en voyage en restant sur ( = sans quitter) le bateau » .

Passons à la deuxième partie d u poème. Du point d e v u e d e la syntaxe, elle présente u ne


particularité. Mais il s ' agit d ' un type de phrase assez courant :

� le sujet est suivi de la particule no, le prédicat (verbe ou mot de qualité) se trouvant à
la forme rentai-kei. Ce type de ph rase a une valeur exclamative, émotive (kandô).

51
I N I T I AT I O N AU B U N G O

Nous retrouverons cette construction. Ici, le poète s 'étonne que le monde (yo) lui soit odieux
(itohashiki, RTK de itohashi, jap. mod. itowashii) alors que, pourtant, « il ne peut l ' aban­
donner ». En effet, dans la forme verbale sute-rare-nu, le JDS -raru (ici au MZK -rare) a valeur
de possibilité.
-nu est bien sûr le RTK de -zu, le RTK étant dû au fait que le verbe détermine yo.
Enfin, notons que mata n ' a pas ici son sens le plus courant de « à nouveau », mais signifie
« d ' un autre côté, par ailleurs » (emploi encore fréquent aujourd' hui).

Lisons un autre poème, simple pour son inspiration comme pour son expression. Il s'agit d ' un
poème de début d ' automne.

(c) Yuhu-gure ha wogi fuku kaze no oto masaru


lma-hata ikani nezame seraren (ShKKS 303)

Encore un poème composé de deux phrases indépendantes.

La première est un simple constat :


« Le soir, le bruit du vent qui souffle dans les roseaux augmente. »
Wogi a donné le moderne ogi (cf. 1.3.a).
Notons que masaru ne signifie pas ici « surpasser », sens le plus fréquent aujourd' hui, mais
« augmenter ».

La deuxième phrase tire la conséquence de la première :


« Combien je vais désormais m'éveiller [en pleine nuit] ! »

L'adverbe interrogatif ikani « comment ? » a ici une valeur exclamative (en français aussi, de
nombreux interrogatifs peuvent prendre cette valeur). On l ' a rendu par « combien ! ».

Nezame, substantif signifiant « le réveil », est le complément du verbe su « faire », l'ensemble


signifiant « s'éveiller » .
Su apparaît ici sous la forme se-rare-n, c 'est-à-dire se- (MZK) + -rare-, c 'est-à-dire -raru au
MZK, puisque suivi du -ni-mu d'éventualité. Attention au verbe su combiné avec le JDS -raru. En
bungo, la forme se-raru est parfaitement régulière : MZK + -raru. En japonais standard, elle est
irrégulière : sa-reru. Ici, la forme se-raru s 'interprète comme ayant valeur de « spontanéité »
(jihatsu), l ' action de s 'éveiller étant involontaire.
Le -n d 'éventualité indique que le poète imagine ce que désormais seront probablement ses nuits.

V.4. Les valeurs de -su et -sasu

Ne revenons pas sur la conjugaison, donnée plus haut (V. 1 ).


La valeur principale de ces deux auxiliaires est le « factitif » (shieki), valeur conservée en langue
moderne.
Ajoutons qu 'ils peuvent aussi exprimer le respect (sonkei), emploi dont on trouve de nombreux
exemples en prose classique (cf. chap. XV).

52
C H A P I T R E V

Lisons deux poèmes.

(d) Iro mienu kokoro no hodo wo shirasuru ha


Tamoto wo somuru namida narikeri

Ce poème, tiré du Senzai-shû, est à la fois simple et subtil . S on thème est celui des larmes
révélatrices d ' un amour passionné.

« Ce qui fait connaître le degré [de passion] d 'un cœur dont les sentiments sont i nvisibles,
ce sont les larmes [de sang] qui teignent la manche ! »

Le thème (le suj et) de la phrase est shirasuru ha.


Shira-suru est le factitif de shiru : shira-su, mis au RTK. Pourquoi ce RTK ? On retrouve ici
l ' emploi rencontré dans l ' exemple (a) et énoncé en 11.6 et 111.3 : le verbe au RTK est nomi­
nalisé et peut donc être suivi d ' une particule, ici ha. On dirait aujourd ' hui shiraseru no wa.

Le complément de shirasurLJ, est kokoro no hodo wo, le nom hodo ayant son sens premier de
« mesure , degré » .

L e déterminant d e kokoro e s t iro mienu.


Mie-nu est bien sûr le RTK de mie-zu (du verbe miyu, conjug. shimo ni-dan, j ap . mod. mieru).

Remarque importante à propos du verbe miyu et des autres verbes ni-dan dont le S S K est en -YU :
alors que les sons (et les kana les transcrivant) ya, yu, yo existent, on n ' a pas de son (ni de kana) *yi
ni *ye. Par conséquent,

� les verbes dont le SSK est en -YU ont un MZK et un RYK en -E (pour les shimo ni-dan)
ou en -1 (pour les kami ni-dan).
miyu -> mie- oboyu -> obae- oyu -> ai-

Le Y n ' apparaît dans aucune des formes modernes, le radical étant invariablement en E (cf. mie-ru,
obae-ru) ou en 1 (cf. oi-ru).

Le mot ira a de multiples nuances. Il signifie ici « l ' apparence, l ' aspect » (cf. en français le
sens de « couleur » dans « sous couleur de . . . » ou « je n 'en ai pas vu la couleur » ). Ira mienu
kokoro signifie donc : « un cœur dont l ' aspect reste invisible, qui ne se révèle pas », c 'est- à­
dire dont les sentiments sont cachés.
Mais le poète exploite néanmoins le sens de « couleur » dans la suite du poème. En effet, ce qui
révèle l ' amour, ce sont les « larmes qui teignent la manche », c ' est-à-dire les l armes de sang.
Tamoto, littéralement « le bas de la manche », est en poésie un simple équivalent de sode
(commode quand le vers demande un mot de trois syllabes . . . ) . On sait que, aussi bien en poésie
que dans la gestuelle du nô, les larmes et la manche sont associées.
Somuru est le RTK de samu (shimo ni-dan, j ap. mod. someru) « teindre ».

Nous réservons pour plus tard l ' expression narikeri (chap. VIII et IX), qui se rendrait en japo­
nais moderne par de aru.

53
I N I T I AT I O N A U B U N G O

Voyons le deuxième et dernier exemple.

(e) Yama-zato ha hito kosaseji to omohanedo


Toharuru koto zo utoku nari-yuku (ShKKS 1 658)

L' auteur est le poète Saigyô, déjà rencontré (IV.b). Quant au thème, nous venons de le voir
dans le présent chapitre (ex. a) : il s'agit du désir secret de l 'ermite de recevoir quelques visites.
« Hameau de montagne : bien que je ne refuse pas qu'on vienne me voir,
les visites se font bien rares ! »

L'idée est simple, mais l 'expression l 'est peut-être un peu moins.

Le poème est lancé par yama-zato ha. Ne revenons pas sur sato.
Comme en langue moderne, ha (wa) indique le thème de la phrase, sans donner au mot une
fonction syntaxique précise, mais ici le sens même du mot suggère que sa valeur doit être
locative : « dans ce hameau de montagne . . . ».

La première partie du poème est une proposition concessive :

� -do après l ' izen-kei a la même valeur concessive que -domo (cf. IV.1.c) il peut se
rendre en français par « bien que ».

Omoha-ne-do est formé à partir du MZK de omohu (jap. mod. omou) . Ce MZK est suivi du
IDS de négation -zu, lui-même à l 'IZK -ne- (voir le tableau des conj ugaisons p. 173, n° 6),
comme le requiert -do. L'ensemble signifie « bien que je ne pense pas ».
Pourtant, on ne traduira pas ainsi l'expression, car le verbe omohu a pour complétive une
proposition dont le verbe est à la forme volitive : kosaseji.

Analysons d ' abord cette forme :


ko- est le MZK de ku « venir » ;
-sase- est le MZK de -sasu factitif (conj . shimo ni-dan). Comme en japonais moderne, le factitif
signifie souvent non pas « faire faire », mais « laisser faire ».
-Ji est l 'auxiliaire (JDS) exprimant la « volonté négative » (cf. IV.4). L'ensemble signifie donc « je
ne veux pas laisser venir les gens ».

Nous avons déjà dit (IV. l .c) que, comme en langue moderne, un volitif suivi de to omou pouvait
se traduire en français par le simple « vouloir » (kaerô to omoimasu « je voudrais rentrer » ).
La particularité de notre poème est que nous avons une double négation. Kosaseji to omohanedo
pourrait se rendre en langue moderne par kite moraitakunai to omou wake de wa nai keredomo,
soit, littéralement : « bien que je ne veuille pas ne pas laisser venir les gens », c 'est-à-dire « bien
que je ne veuille pas interdire les visites » ou « bien que je ne refuse pas qu 'on vienne ». Un
pareil tour peut paraître compliqué, mais il est usité, même en japonais parlé !

La deuxième partie du poème est plus simple : toha-ruru est le RTK (attendu devant le nom
koto) de toha-ru, lui-même passif de tohu (cf. ci-dessus l 'ex. a). Toharuru koto signifie donc
« le fait de recevoir des visites ».

54
CH APITRE V

Utoku est le RYK du mot de qualité utoshi. Ce mot, déjà rencontré (II. 1 .e), a pour sens de base
l 'idée de distance. Ici, les visites sont espacées, rares.
Ce mot de qualité est au RYK, parce que construit avec naru « devenir », exactement comme
en japonais moderne.
Yuku indique que le processus va se poursuivre dans l ' avenir. On dirait aujourd 'hui, plutôt que
nari-yuku, natte yuku.

De façon générale, retenons que beaucoup de verbes employés comme auxiliaires, qui se
construisent en japonais moderne avec les formes en -te, se mettent, en bungo, directement
après le ren.yô-kei. Nous avons déjà rencontré ce phénomène (IV.c) avec la forme kaheri-ku,
japonais moderne kaette kuru.

Un dernier mot concernant le verbe nari-yuku : il est au RTK (le SSK serait d ' ailleurs iden­
tique). En effet, selon la règle du kakari-musubi énoncée en V.3,

� la particule de renforcement zo exige le RTK.

55
Chapitre VI

L' auxiliaire d ' accompli -tari

VI. 1. La notion d'accompli (kan ryô)

La notion d'accompli est très importante dans la grammaire japonaise. Elle correspond à ce qu'on
appelle un aspect de l ' action, par opposition au temps. Les jodôshi (IDS) d' « accompli » (appelés de
« perfectif » par certains grammairiens du japonais) indiquent qu 'un processus est arrivé à son terme,
qu 'une action est accomplie, sans référence au moment où ils se sont déroulés. Souvent est impliqué
l 'état qui en résulte.
En japonais moderne, -ta a souvent cette valeur.
Tsukareta signifie non pas « je me suis fatigué » (dans le passé), mais « je suis (actuellement)
fatigué ». Wakatta signifie que « j ' ai compris » telle chose, et que je la comprends encore. C'est un
fait acquis, et le résultat est là. On voit par cet exemple que le passé composé du français peut avoir
cette valeur.

Par ailleurs, en japonais moderne, -ta peut aussi indiquer un état, sans que cet état résulte néces­
sairement d' une action ou d'un processus.
Futotta hito ne signifie pas « quelqu 'un qui, en tel point du temps, s'est mis à grossir », mais
« quelqu 'un de gros ».
Magatta michi veut dire « un chemin qui tourne, sinueux » (et qui l ' a toujours été) .
On sait que, dans ces cas-là, la forme en -ta est parallèle à certains emplois de la forme dite
« progressive » en -te iru ou en -te aru, qui sont des « présents » :
cf. futotta hito / ano hito wa futotte iru ;
ou encore : akaku nutta kabe « un mur peint en rouge » / kabe wa akaku nutte aru.

VI.2. L'auxiliaire -tari

Le jodôshi -tari (dont le -ta moderne est issu) possède ces valeurs. Comme -ta dans les emplois
signalés plus haut, ou comme -te iru ou -te aru,

� tari peut exprimer :

- l 'accompli (kanryô) ;
- l'état continu (sonzoku), résultant ou non d 'une action ou d'un processus achevés ;
- une action en train de se dérouler ( shinkô).

N.B . La dernière valeur n 'est pas toujours, dans les grammaires, distinguée de la deuxième.

Comme -ta, -te iru et -te aru dans la langue moderne, -tari s'ajoute au ren.yô-kei des verbes.

57
I N I T I AT I O N AU B U N GO

Rappelons à ce propos que le RYK, en bungo, est identique aux formes du japonais moderne (cf.
IV. La et b). Il ne se contracte pas devant T (cf. V. 3.a). Par exemple, là où on dit aujourd'hui hana ga
saita, on écrit en bungo : hana sakitari.

Pour la conjugaison, -tari appartient au type dit ra-hen (conjugaison irrégulière de verbes dont le
radical est en R), c'est-à-dire qu ' il se conjugue comme ari (cf. 111. 1 . 3), dont il est peut-être un
composé. Voir le tableau p. 1 73, n° 1 4.

Avant de lire des poèmes, citons quelques expressions simples :


kare-taru ki « un arbre desséché, sec » : japonais moderne kareta ki ;
to_s hi he-taru hito « des gens âgés » (verbe hu, jap. mod. heru) : toshi o totta hito.

Dans ces deux expressions, -tari indique l'achèvement d'un processus (« se dessécher », « traverser
[les années] ») et le résultat qui en découle.

N.B. Nous avions déjà rencontré un emploi identique dans un proverbe, avec l'expression oi­
taru uma « un vieux cheval » (111. 1 .2, ex. f). Il s' agissait du verbe oyu (conj . kami ni-dan, jap.
mod. oiru) « vieillir ». Rappelons à propos de ce verbe que le RYK des verbes kami ni-dan en
-yu est en 1, car il n 'existe pas de son ni de kana * YI (cf. V.4.d) .

Autre exemple : hanare-taru hama « une plage éloignée » (japonais moderne hanareta hama).
Ici, l 'auxiliaire -tari (comme le moderne -ta) indique un état pur et simple (sonzoku), ne résultant ni
d ' un processus, ni d ' une action (la plage n ' a jamais changé de place).

Lisons d ' abord deux poèmes dus au grand poète Saigyô déjà plusieurs fois rencontré, et dont
notre recueil Shinkokin-shû contient de très nombreuses œuvres ... mais pas celles-ci.

(a) Yomogi wakete aretaru niha no tsuki mireba


Mukashi sumiken hito zo kohishiki (Sanka-shû 34 1 )

« Quand, écartant les armoises, je contemple la lune de ce jardin abandonné,


je rêve à celui qui dut jadis l 'habiter. »

Le poème est constitué par une seule phrase, comportant une proposition
subordonnée (la première ligne). Cette proposition est temporelle (sur
-ba après l ' IZK, voir IV.4.e) .

À l ' intérieur de cette proposition temporelle est incluse l 'expression


yomogi wakete. Nous avons déjà rencontré waku « écarter » (IV.4.d).

Yomogi « l ' armoise » est une plante souvent chantée en poésie pour
évoquer des demeures délabrées ou des jardins abandonnés, envahis par
les herbes.

58
C H A PITRE V I

C 'est une telle situation qu 'évoque précisément la forme verbale aretaru, à analyser comme suit :
are- : RYK de aru (conj . shimo ni-dan, jap. mod. areru) « se dégrader », ou, si l'on peut dire,
« devenir abandonné » ;
-taru (c' est-à-dire le RTK de -tari déterminant niha « jardin ») indique l'état résultant du processus,
c 'est-à-dire « être laissé à l 'abandon ». On aurait aujourd 'hui areta niwa.

Dans la proposition principale, hito est déterminé par mukashi sumiken. Laissons pour plus
tard (chap. VIII) le IDS -ken, ici ajouté au RYK de sumu « habiter ».

Kohishiki est le RTK de kohishi (jap. mod. koishii). Ce mot de qualité, qui n ' a pas d 'équivalent
exact en français, signifie « regretté », « cher », « à qui l'on pense avec émotion » ; ici, le poète
tourne ses pensées avec sympathie vers l ' ancien occupant de ces lieux maintenant livrés aux
herbes folles.
Le RTK est dû à la particule de renforcement zo (cf. V.4.e).

(b) Hana wo miru kokoro ha yoso ni hedatarite


Mi ni tsukitaru ha kimi ga omokage (Sanka-shû 598)

Ce poème est classé parmi les poèmes d ' amour.


« Mon cœur, [à moi] qui regarde les fleurs, est parti ailleurs ;
ce qui reste attaché à mon corps, [c 'est] votre image ! »

L'inspiration est un peu précieuse (le cœur, attiré par les fleurs, s 'est comme envolé . . . ), mais la
grammaire est simple.

Le poème est constitué par deux propositions parallèles, ayant pour sujet respectif kokoro ha
et tsukitaru ha, et reliées par le suspensif -te de hedatarite (on aurait aujourd'hui hedatatte. Cf.
V.3 .a).
Hedataru (verbe yo-dan) signifie « s 'écarter », « s 'éloigner ».

Dans la deuxième proposition, tsukitaru ha s' analyse comme suit :


tsuki- : RYK de tsuku (verbe yo-dan, jap. mod. tsuku) « être attaché » ;
-taru, du JDS -tari, indique ici un état qui dure (sonzoku) « rester attaché ».
L'ensemble est au RTK, ce qui fait que le verbe est nominalisé, comme nous l ' avons déjà vu
(notamment en V.4.d). On aurait en japonais moderne tsuite iru no wa.

Nous reviendrons dans un chapitre ultérieur sur l'expression kimi ga omokage. Kimi, aujour­
d ' hui familier, est en bungo un pronom de 2c ou de 3c personne à valeur honorifique.
Ga correspond ici au moderne no.

Enfin, comme il arrive souvent en poésie (mais aussi dans certains tours de la langue parlée ! ) ,
le verbe final, correspondant à notre verbe « être », est omis (cf. le poème IV.a).

59
I N I T I AT I O N A U B UN G O

Voyons un troisième exemple.

Il s ' agit d ' un poème figurant dans la première anthologie qui nous ait été conservée, le
Man.yô-shû (vmc s . ) . Il connut une telle faveur qu ' il fut repris dans le Shinkokin-shû et dans le
Hyakunin isshu . mais avec une variante textuelle qui supprime les deux formes en -tari.
. .

(c) Haru sugite natsu kitaru rashi shirotahe no


Koromo hoshitari ama no Kaguyama (Man.yô-shû 28)

« On dirait que le printemps a passé et que l 'été est arrivé :


des vêtements de blanche étoffe sont mis à sécher - céleste mont Kaguyama. »

Ce poème, de facture très simple, est un instantané de paysage, une vue du mont Kaguyama,
l ' une des trois collines qui ponctuent la plaine du Yamato. Le nom de ce mont est souvent pré­
cédé, comme ici, de ama no « céleste », car il était considéré comme sacré. Ama est le mot
ancien, aujourd ' hui poétique, pour désigner le ciel (on connaît le nom de la déesse solaire
Ama-terasu-ômikami « la grande déesse qui illumine le ciel » ) .
C e nom propre termine l e poème e t n e porte pas d e marque syntaxique. Il situe l ' ensemble de
la scène.

Le poème se compose de deux phrases indépendantes (la première se terminant avec rashi),
mais la seconde explique la première.

La première phrase commence par l ' élément haru sugite « le printemps étant passé ». On dirait
la même chose en japonais moderne ( . . . en mettant toutefois ga après haru).
Natsu kitaru rashi. Nous reviendrons plus loin (chap. XI) sur rashi, qui a donné le rashii
moderne, et qui signifie « il semble que ».

Arrêtons-nous sur ki-taru, forme rentai-kei (exigée par rashi) de ki-tari :


ki- est le RYK de ku « venir » ;
-tari indique ici l ' état résultant d ' un processus achevé : l ' été est bel et bien arrivé, il est là. On aurait
en langue moderne natsu ga kita rashii ou kite iru rashii.

La deuxième phrase décrit très simplement une scène d ' été : des « vêtements » (koromo : le
mot est encore usité, mais réservé à des emploi s particuliers) de « toile blanche » (shirotahe
est un mot poétique) sont en train de sécher.

Hoshi-tari est composé du RYK de hosu (conj . yo-dan) « mettre à sécher » + -tari qui indique
que l ' état résultant de l ' action se poursuit. Koromo hoshitari se « traduirait » en langue moderne par
fuku ga hoshite aru. On sait en effet que la forme en -te d ' un verbe transitif (comme hosu) suivie de
aru indique l ' état résultant d ' une action (cf. mado ga akete aru « la fenêtre a été, et est encore,
ouverte » ) .

60
C H A PITRE V I

Lisons un dernier poème.

(d) lro fukaku sometaru tabi no kari-goromo


Kaheran made no katami ni mo miyo (ShKKS 895)

Le poète s' adresse à quelqu 'un qui part en voyage et à qui il offre un cadeau d ' adieu.

« Ce vêtement de voyage, teint d' une couleur profonde,


considérez-le comme un souvenir de moi jusqu 'à votre retour ! »

Syntaxiquement, la phrase doit s 'analyser selon le schéma suivant : kari-goromo (WO) katami
NI miyo. Comme en langue moderne, A (wo) B ni miru signifie « considérer A comme B ».

Miru est ici à l 'impératif : miyo. Cette forme n'a pas disparu, mais miro est aujourd' hui plus
courant.
Les impératifs (meirei) du bungo ne présentent pas de difficultés particulières.
Nous nous contentons donc de renvoyer au tableau des conjugaisons (p. 1 70- 1 7 1 ).

Le complément d 'objet dire è t de miyo est kari-goromo, mot composé de kari « chasse » et de
koromo « vêtement » (cf. ex. c ) . Ce mot, qui n 'est plus usité, était l 'équivalent poétique de
kari-ginu « le vêtement de chasse ». En fait, ce vêtement était devenu une tenue ordinaire, l'idée
de chasse ayant disparu . . . comme celle de « fumer » de notre smoking. Voir l 'illustration à la
page suivante.

Ce vêtement « est teint » : some-taru, de somu « teindre » (verbe shimo ni-dan, jap. mod. someru)
+ -tari. Le IDS indique ici, comme dans hoshitari de l'exemple précédent, l'état résultant de l'action.
On dirait aujourd'hui somete aru ou someta [fuku].

Notons que derrière l'expression « couleur profonde » (foncée) se cache l 'idée des « senti­
ments profonds » du donateur (cf. la valeur de iro déjà vue en V.4.d).

Katami, « l 'objet laissé en souvenir », est un mot resté d'usage courant, mais réservé aujour­
d 'hui aux souvenirs laissés par les défunts.

On aura identifié kahera-n :


kahera-, MZK de kaheru « rentrer, revenir » (conj . yo-dan) + -n (ou -mu) d 'éventualité, au
RTK devant la particule made (cf. II.6.n).
Le JDS -n indique que l 'action de rentrer appartient au domaine du « pas encore réalisé », de
ce qui est imaginé à l ' avance.

L'expression kaheran made est reliée au nom katami par no et le détermine donc ; le poète ne
veut pas dire « voyez-y jusqu 'à votre retour un souvenir », mais « voyez-y un souvenir d'avant­
retour ». On ne peut en français rendre convenablement cette nuance.

61
I N I T I AT I O N A U B U N GO

VI.3. Remarques

- L'emploi balancé -tari . . . -tari . , fort usité en langue moderne, mais d 'où la valeur d' accompli
. .

du JDS a disparu, est attesté dès l 'époque de Kamakura.

- Il existe en bungo un autre auxiliaire -tari à ne pas confondre avec celui-ci. Nous y reviendrons
plus loin.

62
C hapitre VII

Les auxiliaires d ' accompli -tsu et -nu

VII. 1. Généralités

Les deux IDS -tsu et -nu peuvent être considérés comme « jumeaux ». En effet, ils s 'attachent l 'un
et l ' autre à la base suspensive (RYK) des verbes, auxiliaires verbaux et mots de qualité ; et surtout, ils
ont les mêmes valeurs.

� La valeur principale de -tsu et de -nu est celle d'accompli (kanryô) : ils indiquent que
l 'action est considérée comme réalisée ou le processus comme achevé, que ce soit dans
le passé, le p résent ou le futur (cf. ce qui a été dit plus haut, en Vl. 1 ).
Une autre valeur est le « renforcement » (kyôi).

Une autre valeur encore, quand ces JDS sont répétés ( . . . -tsu . . . -tsu, ou encore . . -nu, . . . -nu), est
.

le « parallélisme » (heiretsu), comme -tari . . . -tari . en langue moderne.


. .

Mais ces auxiliaires « jumeaux » ne sont pas interchangeables, encore que leur emploi soit distribué
d ' une façon qui n 'est pas toujours claire pour les grammairiens. En effet, on constate que certains
verbes n 'admettent que l ' un d'eux : par exemple, on trouve toujours -tsu avec les verbes miru
« voir », kiku « entendre », ari « être ». Mais d'autres verbes admettent, selon les cas, l ' u n ou l 'autre,
comme iru « entrer ».
Les spécialistes ont recensé les emplois, et proposent, sinon des règles, du moins des tendances.
L'explication la plus pertinente semble être que -nu s'emploie pour indiquer l ' achèvement d ' un
processus involontaire, tandis que -tsu serait plutôt employé pour les verbes indiquant une action.
Nous reviendrons sur ce point à partir des exemples proposés, mais il faut toutefois noter que cette
distinction ne se vérifie pas toujours : ari, qui se construit avec -tsu, n 'exprime pas une action.

Ces deux auxiliaires furent très largement employés à l'époque de Heian, puis ils disparurent
progressivement : -nu, déjà rare à l'époque de Muromachi, était tombé en désuétude à l 'époque d'Edo ;
-tsu disparut progressivement au cours de cette dernière période. En langue moderne, c 'est -ta qui les
a remplacés.

VII.2. L'auxiliai re -tsu

Il suit la conjugaison shimo ni-dan (cf. le tableau p. 1 73, n° 1 2).

N.B. On pense que c 'est le RYK -te de -tsu qui a subsisté dans le -te coordinatif ou suspensif de
la langue moderne (cf. gohan o tabete dekakemashita). Mais ce -te semble avoir très tôt acquis son
indépendance, pour servir de simple particule ajoutée à toutes sortes de mots, y compris des adverbes
(cf. sate « alors »).

63
I NI T I AT I O N AU B UN G O

Lisons un premier exemple.

(a) Tani-gaha no uchi-idzuru nami mo kowe tatetsu


Uguhisu sasohe haru no yama-kaze (ShKKS 1 7 )

Ce poème a pour thème l ' arrivée progressive d u printemps : l a glace des ruisseaux a déjà
fondu, on n 'attend plus que la fauvette (uguhisu).
« Les flots du ruisseau dans le ravin, qui jaillissent, ont fait entendre leur voix.

Invite donc la fauvette [à venir] , brise printanière de la montagne ! »

Narrii, sujet de la première phrase, est déterminé à la fois par le nom tani-gaha no ( « les flots
du torrent ») et par le verbe uchi-idzuru ( « les flots qui jaillissent », car la glace a fondu).
Idzuru est le rentai-kei de idzu « sortir » (conj . shimo ni-dan), verbe qui a donné le moderne
deru. En effet, le I initial a tendance à tomber. Cf. inu -> neru ; imada -> mada. Le I initial
de idzu s'est conservé dans la forme o-ide ni naru.
Le préverbe uchi- (de utsu « frapper »), qui possède de nombreuses valeurs, indique ici la rapi­
dité de l ' action.
Sasohe est l ' impératif de sasohu (verbe yo-dan, mod. sasou). S ur l 'impératif, voir IV.4.d.

Dans la forme tate-tsu (de tatsu, conj. shimo ni-dan, mod. tateru), l ' auxiliaire -tsu indique que le
ruisseau a bel et bien recommencé à murmurer : c 'est chose faite (valeur kanryô). Mais ce n 'est pas
du « passé » : le ruisseau continue à murmurer.
Par opposition à -nu, -tsu indique qu 'élever la voix est à ranger parmi les actions volontaires . . . en
général, car dans le cas d'un ruisseau la chose se discute !

Voyons un autre exemple :

(b) Mie hi-no-be no shimidzu nagaruru yanagi-kage


Shibashi tote koso tachi-domaritsure (ShKKS 262)

Encore un poème de Saigyô.


« Ombrage d ' un saule au bord du chemin, [là où] coule une eau claire :

pour un instant je me suis arrêté. »

Le premier membre de phrase s' achève sur le nom yanagi-kage (= yanagi no kage), qui reste
grammaticalement en suspens. Il peut s 'interpréter comme un complément de lieu.
Ce nom est déterminé d'une part par michi-no-be no . . Dans michi-no-be, on repère l 'élément
-he (-be en composition), qui désigne « le bord » (d 'un chemin, ou de la mer umi-be), mais
aussi les alentours d'un lieu (cf. yama-be « les abords d' une montagne », etc.).
Certaines versions du poème donnent michi no-be ni, le nom étant alors un complément de lieu
de nagaruru.
Yanagi-kage est aussi déterminé par shimidzu nagaruru.
Le verbe est bien sûr le RTK de nagaru (conj . shimo ni-dan, jap. mod. nagareru).
Comme le permet aussi la syntaxe moderne, cette déterminante est reliée de façon très souple
au nom déterminé.

64
C H A PITRE V I I

Analysons le verbe principal tachi-domari-tsure.


Il est constitué par le RYK de tachi-domaru (sans doute prononcé anciennement tachi-tomaru),
verbe yo-dan, jap. mod. tachi-domaru, auquel a été attaché l' auxiliaire -tsu. Cet auxiliaire est lui­
même à la forme IZK - tsure, en raison de la présence de koso (voir IV. 1 .c).

Ici encore, -tsu n 'indique pas le « passé » : le poème est censé avoir été composé pendant la halte.
Il a valeur d' accompli. On pourrait rendre tachi-domaritsure par « me voici arrêté ! ». Remarquons
que le passé composé français peut aussi avoir cette valeur (cf. « je me suis arrêté ici, et j 'y suis
encore » ), à côté de la valeur de passé ( « il y a dix ans, en route pour le Japon, je me suis arrêté deux
jours à Moscou » ).

Reste à expliquer shibashi tote. On rencontre ici pour la première fois la double particule -tote.
Elle est interprétée comme la combinaison du to dit de citation et de -te (nous rappelions plus haut
que cette particule s' attachait à toutes sortes de mots).

� Pour le sens, tote équivaut, selon les cas, à to itte, to omotte, to shite, et prend parfois
une valeur causale (= nanode, yue ni).
•' .-...··- �--···� ··�-

Ici, l 'expression shibashi tote signifie littéralement « me disant : (arrêtons-nous) un instant ! », /


c 'est-à-dire « avec l 'intention de rester un moment ».

VII.3. L'auxiliaire -nu

L' auxiliaire -nu obéit à un type de conjugaison que nous n ' avons pas encore rencontré, et qui est
dit na-gyô henkaku katsuyô (par abréviation, na-hen), c ' est-à-dire « conjugaison irrégulière [de
verbes ou JDS dont le radical se termine] en N ». Cette conjugaison présente la particularité de
combiner certaines formes identiques à celle des yo-dan : MZK en A, RYK en I, MRK (meirei-kei
ou impératif) en E, et d'autres formes identiques à celles des ni-dan : S S K en U, RTK en URU, IZK
en URE (cf. tableau p. 173, n° 1 3).
N.B. Il existe seulement deux verbes obéissant à cette conjugaison : shinu « mourir » (aujour­
d 'hui go-dan) et inu « aller » (ce dernier verbe a disparu de la langue moderne).

Une remarque très importante : il faut se garder de confondre le -nu d 'accompli au SSK
avec la forme -nu RTK de -zu négatif. Comment les distinguer ?

Pour les verbes yo-dan, sa-hen et ka-hen, l'examen de la forme verbale elle-même le permet : -nu
d' accompli s ' ajoutant au RYK, la base du verbe se terminera en ce cas par I (furi-nu, shi-nu, ki-nu),
alors que, s'agissant du RTK de -zu, qui demande le MZK, cette base sera en A pour les yo-dan
(jura-nu), en E pour les sa-hen (se-nu), en 0 pour le verbe ka-hen (ko-nu). Ainsi, ame furl-nu « la
pluie s'est mise à tomber » ne peut être confondu avec ame furA-nu hi « un jour où il ne pleut pas ».
Mais pour les verbes ichi-dan et ni-dan, le MZK et le RYK étant identiques (en 1 pour les kami
ichi-dan et ni-dan, en E pour les shimo ichi-dan et ni-dan), on aura dans les deux cas une forme
identique : mi-nu, oki-nu, uke-nu, etc. En ce cas, il faut regarder la construction de la phrase : si le
verbe détermine un nom (ou si, par exemple, il vient après zo), il s 'agit d'un RTK, donc de -zu ; mais
si le verbe est par exemple le verbe principal au SSK, on aura affaire au -nu d ' accompli - voir un
autre cas plus bas avec l 'exemple (e).

65
I NI T I AT I O N AU B U N GO

Par exemple : kohori ( = kôri) kienu « la glace a fondu » / kienu kohori « la glace qui n ' a pas
fondu ». Nous aurons l'occasion d'y revenir.

Signalons que nous avons déjà rencontré l 'auxiliaire -nu d' accompli dans le chapitre IV, exemple
(c), avec la forme oinuru : il s ' agissait du verbe oyu « vieillir » (kami ni-dan, jap. mod. oiru), dont
le RYK est oi- (cf. Vl.2). Le JDS -nu indique que l ' action de vieillir est achevée et que le résultat est
là. On peut donc traduire oinu par « être vieux ». Dans l'exemple cité, le verbe était au RTK, car il
déterminait mi (oi-nuru mi « un vieillard » ).

Lisons quelques poèmes.

(c) Hakanasa wo hoka ni mo ihaji sakura-bana


Sakite ha chirinu ahare yo-no-naka (ShKKS 1 4 1 )

Ce poème a pour thème le caractère éphémère, la vanité (hakanasa) de ce monde (yo-no-naka),


qu' illustre la chute des fleurs de cerisiers.

« La fragilité, je ne la dirai pas autrement : les fleurs de cerisiers,


dès qu 'elles fleurissent, les voilà tombées. Ah ! ce monde ! »

La première proposition a pour verbe principal iha-ji. S ur cette forme (de ihu, mod. iu), voir
IV.4. Ici, le JDS -Ji indique la volonté négative.

Sakite ha : comme en japonais moderne, la double particule -te ha indique que l'action est
immédiatement suivie d 'une autre, et que le processus se répète. Elle correspond au français
« dès que, à peine . . . ».

Comme dans oi-nu vu plus haut, le IDS -nu dans chiri-nu est combiné à un verbe décrivant un
processus involontaire : qu ' un être humain vieillisse, que des fleurs tombent, cela ne dépend d 'aucune
volonté ... Par ailleurs, ce phénomène est éternel : -nu n 'indique aucunement le passé.

Ahare (mod. aware), souvent employé comme nom, est ici une simple interjection : « ah !
hélas ! ».

(d) Tani-gaha no nagare shi kiyoku suminureba


Kuma naki tsuki no kage mo ukabinu (S hKKS 1 93 1 )

« Comme le cours du ruisseau de montagne est pur et limpide,


le reflet de la lune sans une ombre flotte à la surface. »

Précisons que ce poème descriptif a une valeur symbolique : la clarté de la lune représente le
Buddha qui vient résider dans le cœur des hommes sincères.
Voyons d ' abord la proposition principale, c'est-à-dire la deuxième partie du poème.
Kuma naki signifie « qui est sans recoin [obscur] », et qualifie un endroit parfaitement éclairé.

66
C H APIT R E V I I

(L'expression adverbiale kuma naku est encore utilisée au sens de « sans rien laisser de côté,
totalement ».)

On aura identifié la forme ukabi-nu, où -nu indique, comme souvent, le caractère effectif de l 'état
décrit et donne une impression de réalité, nuance impossible à rendre en français . . . ainsi qu 'en japonais
moderne.

Passons à la proposition subordonnée (c' est-à-dire la première partie du poème). Le sujet


tani-gaha no nagare est suivi de shi. C'est une particule dite de « renforcement » (kyôi), qu 'on
ne peut guère rendre en français. Elle est très couramment employée à l 'époque de Heian.

Sumi-nure-ba présente peut-être quelque difficulté.


Au RYK de sumu (conj . yo-dan, « devenir clair ») vient s'ajouter -nure, forme IZK de -nu : l ' IZK
est exigé par ba, particule indiquant la cause (cf. IV.e). Quelle est ici la valeur de -nu ? Il indique que
le processus de « clarification » est achevé, et que le résultat est là : l 'eau est limpide.

(e) Nagametsuru kehu ha mukashi ni narinu tomo


Nokiba no urne ha ware wo wasuru na (ShKKS 52)

« Même si le jour d 'aujourd' hui (kehu = kyô), où je te contemple, devient du passé,


prunier [proche] de mon auvent, ne m'oublie pas ! »

La poétesse Shokushi naishinnô (t 1 20 1 ) reprend ici un thème souvent chanté, celui de la


crainte d 'être oublié.

En imagination, elle se situe dans le futur, c 'est-à-dire à un moment où le passage du temps se


sera effectivement produit : d'où l 'emploi de -nu avec le verbe naru « devenir » (nari-nu). Ce -nu est
bien le IDS d 'accompli : en effet, s ' il s'agissait du RTK de -zu, la forme serait narAnu ; d 'autre part,
comme nous allons le voir, -tomo se construit avec le SSK des verbes.
Quant à l 'emploi de -tsu comme JDS attaché à nagamu (shimo ni-dan, jap. mod. nagameru), il
indique que l 'action de contempler s 'effectue aujourd' hui réellement.
On observera ici la répartition des deux auxiliaires : -tsu avec le verbe actif nagamu, et -nu avec
le verbe naru qui exprime un processus involontaire.

Deux phénomènes grammaticaux apparaissent ici pour la première fois :

1 . On relève d' abord l 'emploi de la particule conjonctive (setsuzoku joshi) -tomo, pour indiquer
la « concession hypothétique » (katei gyakusetsu jôken), en japonais moderne -temo ou to shite mo.

� La particule -tomo s'ajoute à la forme conclusive (SSK) des verbes et à la base suspensive
(RYK) des mots de qualité. Elle correspond au français « même si » .

On ne confondra pas -tomo avec -domo, qui s'ajoute à la base IZK des verbes ou mots de qualité et
qui indique une simple concession (gyakusetsu jôken), en français « bien que », « alors que ». En effet,
-domo porte sur une situation réelle, alors qu'avec -tomo on est dans le domaine de l 'hypothèse.

67
I N I T I AT I O N AU B U N GO

On comparera :
- kaze ha fuku tomo « même si éventuellement le vent souffle » (jap. mod. fuku to shite mo) et kaze
ha fukedomo « bien que le vent souffle réellement » (j ap. mod. fuku keredomo) ;
- samuku tomo « même s ' il fait froid » (jap. mod. samukutemo) et samukeredo « bien qu' il fasse
froid » (jap. mod. samui keredomo ) .

2. On notera ensuite l 'impératif négatif (kinshi « interdiction ») wasuru na, formé e n ajoutant
la particule finale na au SSK du verbe.
Cette forme n ' a pas disparu de la langue moderne (cf. wasureru na « n ' oublie pas ! » ou sonna
koto o iu na « ne dis pas une chose pareille ! » ).

U n dernier exemple :

(f) Konu hito ni yosohete mitsuru ume no hana


Chirinan nochi no nagusame zo naki (S hKKS 48)

Il s 'agit encore d ' un poème sur le prunier gardien du souvenir. Mais, cette fois-ci, les fleurs de
prunier évoquent le souvenir d'une dame aimée, qui refuse de poursuivre la relation.

« Quand les fleurs de prunier que je regarde en les comparant à celle qui ne vient plus
seront tombées, je n ' aurai plus de consolation. »

Le vocabulaire du poème est on ne peut plus simple. Seul le verbe yosohu (conj . shimo ni-dan,
jap. mod. yosoeru) « comparer », « évoquer une chose à propos d ' une autre », n ' est plus d ' un
usage courant.

Dans la forme mi-tsuru, le IDS -tsu est employé pour indiquer que l ' action de regarder le prunier
en le comparant à la personne aimée est bel et bien effectuée (cf. le poème précédent) .

Dans ko-nu, ko- ne pouvant être que le MZK de ku, -nu ne peut pas être le IDS d ' accompli : il
s ' agit du RTK de -zu (le verbe détermine d 'ailleurs hito).

Mais -nu auxiliaire d'accompli est néanmoins présent dans ce poème. Chiri-na-n se décompose en
effet comme suit :
chiri- : RYK de chiru (verbe yo-dan) ;
-na- : MZK de -nu d ' accompli. Le MZK s 'explique par la présence de l ' auxiliaire -ni-mu indiquant
la virtualité (cf. IV. l ). Ce dernier auxiliaire est lui-même au RTK, chirinan déterminant nochi
« après [que] », rendu ici par « quand » + futur antérieur.

L'association des JDS -nu et -ni-mu, combinés en -nanl-namu, peut paraître paradoxale, puisque
le premier indique que l ' action est envisagée comme réalisée, et -ni-mu, qu 'elle est considérée
comme virtuelle. En fait, cette combinaison (de même que la combinaison parallèle formée avec
-tsu, c ' est-à-dire -tenl-temu) est très fréquente. Elle signifie que l'action, encore virtuelle (elle se
situe dans le futur), est néanmoins considérée par anticipation comme réalisée. Le futur antérieur du
français peut être comparé à cette tournure.

68
C H APIT R E V I I

Ajoutons que cette même combinaison peut aussi concerner la valeur volitive de - ni-mu. En ce
cas, -tenl-temu (plus rarement -nanl-namu), indiquent que l 'action souhaitée, projetée, est si ferme­
ment voulue que la chose est considérée comme déjà faite. Dans ces deux cas, les grammairiens
japonais disent que -nu et -tsu ont une valeur de « renforcement » (kyôi).

Une dernière remarque à propos de notre poème : la particule no relie le groupe de mots hana
chirinan nochi au nom nagusame ; littéralement, si l 'on suivait la syntaxe du poème, il faudrait
dire : « il n ' y aura pas de consolation d ' après la chute des fleurs ». Ce type de construction a
déjà été rencontré (Vl.2.d).

69
C hapitre VIII

Les auxiliaires de passé -ki, -kemu et -keri

VIII.1. L'auxiliaire -ki

Jusqu ' à présent, nous avons examiné divers auxiliaires (jodôshi) exprimant l 'accompli, qui ne
situaient pas l 'action à un moment du temps : passé, présent ou futur.
Mais le bungo dispose aussi d'un auxiliaire indiquant le passé (kako). I l s ' agit de -ki, qui se
suffixe au RYK des verbes, des mots de qualité, ou d 'autres JDS .

S a conjugaison est défective e t irrégulière. Défective, car i l n e possède que quatre formes ; irré­
gulière, car s 'y combinent deux radicaux, l ' un en K et l 'autre en S (voir tableau p. 1 7 3 , n° 1 5) :

MZK -se S SK -ki RTK -shi IZK -shika

On prendra bien garde au fait que, contrairement aux keiyô-shi, c'est le SSK qui est en -ki, et
le RTK en -shi.

Par ailleurs, le MZK n 'est employé que combiné avec -ba (nous verrons au chapitre XII l 'emploi
de -ba après le MZK).

Enfin, on notera que certaines formes verbales ne sont pas usitées ou ont été remplacées par
d ' autres, pour des raisons d 'euphonie. Il s'agit de la combinaison de cet auxiliaire avec les verbes su
« faire » et ku « venir ». En effet *shishi, *kiki, etc. ont paru désagréables à l'oreille, et ne sont pas
employés.

Voici le tableau des formes usitées :

SSK RTK IZK

su shi-ki se-shi se-shika


ku [pas de forme] ko-shi ko-shika
(ki-shi) (ki-shika)

�+� L' auxiliaire -ki a disparu de la langue parlée au cours de l 'époque Muromachi. Il a été remplacé,
dans la langue moderne, par -ta.
Il a toutefois subsisté jusqu'à aujourd' hui dans des tournures figées comme koshi kata « le
passé » (littéralement « le côté qui est venu ») ou arishi hi « les jours passés » (littéralement « les
jours qui ont été » ) .

71
I NI T I AT I O N A U B UN G O

Lisons quelques poèmes.

(a) Omohiki ya wakareshi aki ni meguri-ahite


Mata mo kono yo no tsuki wo min to ha (ShKKS 1 529)

Ce poème est dû à Fujiwara no Shunzei ( 1 1 1 4- 1 204), l ' un des poètes dont le Shinkokin-shû
compte le plus de pièces. Malade, il avait cru ne jamais revoir l'automne, et ce poème chante
sa surprise, étant guéri, de le voir à nouveau l ' année suivante et de pouvoir encore contempler
la lune, l 'une des beautés de cette saison.

« L'"avais-je pensé, que, retrouvant l ' automne à qui j ' avais fait mes adieux,
je verrais à nouveau la lune de ce monde ? »

Le vocabulaire ne présente aucune difficulté. Mais on sera peut-être étonné de l 'expression « la


lune de ce monde » . Le poète suggère sans doute qu ' il pensait mourir, et donc contempler la
lune de l 'autre monde, c ' est-à-dire la lumière du Buddha (cf. le poème VII.d).

La construction du poème comporte une inversion (courante en poésie . . . et dans la langue


parlée) : le verbe omohu est placé non pas après la proposition complétive terminée par to ha,
mais avant.

Pour ce qui est des formes verbales, mi-n va de soi (cf. IV. l ).

L' auxiliaire -ki apparaît dans deux formes verbales : au SSK dans la forme omohi-ki et au RTK
dans la forme wakare-shi. Dans les deux cas la valeur de passé est nette : le poète rappelle la situation
qui était la sienne l ' année précédente.

On notera la présence de la particule (joshi) ya.

� Placé après le SSK, ya indique le doute, l ' interrogation, souvent avec une nuance
émotive (kandô).

Ici le poète s ' écrie : « Vraiment, pouvais-je penser guérir . . ? !


. »

(b) Kohi-dji ni ha mayohi-iraji to omohishi wo


Uki chigiri ni mo hikarenuru kana

Ce poème n 'est pas tiré d'une anthologie impériale, mais du recueil de Kenreimon-in Ukyôdayû
(seconde moitié du x1r siècle) . La poétesse s'étonne de se voir, malgré ses bonnes résolutions,
pri sonnière d ' une liaison amoureu se, ce que condamne le bouddhi sme.

« Alors que j ' avais décidé de ne pas m'égarer sur les chemins de l' amour,
voilà que je suis entraînée par ma triste destinée ! »

72
C HAPITRE V I I I

Commençons par la première partie du poème, qui est une subordonnée. En effet,

� la particule wo peut, en bungo, être utilisée comme une conjonction (setsuzoku joshi) à
valeur adversative, c'est-à-dire signifiant « alors que, bien que » (japonais moderne no
ni). Elle exige le RTK.

On a donc, après omohi- (RYK de omohu), le RTK de -ki, c 'est-à-dire -shi.

Le verbe omohu est normalement construit avec to.

Le verbe de la complétive ira-Ji s 'analyse comme suit :


ira- : MZK de iru « entrer » (mod. hairu).
�+� Attention ! le verbe hairu est un composé : ha(h)i-iru, qui ne s ' est imposé que tardive­
ment. Le verbe ancien est iru, qui s'est d'ailleurs conservé en japonais moderne dans des
expressions très courantes conune iri-guchi « l 'entrée », de-iri « les entrées et sorties », ki
ni iru « plaire », etc.
-Ji : S S K de -Ji, exprimant la volonté négative (cf. IV.4) ; -Ji impose le MZK ira-.

Sur le tour -Ji to omohu « je ne veux pas . . . », « je décide de ne p à s . . . », voir V.4.e.

Le verbe iru est combiné avec le verbe mayohu « errer, se fourvoyer », et, dans un contexte
bouddhique, « être égaré par ses passions ». On dirait en japonais moderne mayotte hairu.

Kohi-dji « le chemin de l ' amour » est un nom composé de kohi-, RYK de kohu (kami ni-dan)
« aimer », qui n ' est plus guère usité, et de chi (en composition -dji) « le chemin ». Nous avons
déjà vu un nom composé de la même façon : kayohi-dji (IV. 1 .a) .

Venons-en à la proposition principale.

D 'abord, le verbe hikarenuru :


hika- : MZK de hiku. Ce MZK est appelé par
-re-, l 'auxiliaire de passif -ru, lui-même au RYK devant
-nuru, l 'auxiliaire -nu d 'accompli mis au RTK devant la particule exclamative kana (cf. V.3.b).

Le complément d'agent de ce verbe passif est uki chigiri ni.


Chigiri « la promesse » signifie par dérivation « le lien », et, au sens bouddhique, « la destinée »
(c 'est-à-dire ces vies antérieures qui déterminent notre condition présente).
Uki est le RTK du mot de qualité ushi « triste », aujourd'hui désuet (sauf dans des expressions
comme ukime « un malheur » ). Il est extrêmement fréquent dans les textes anciens. Nous
l ' avons d ' ailleurs déjà rencontré (V.3.a).

Dans ce poème, on observe parfaitement bien la différence entre le passé -ki et l ' accompli -nu ;
c 'est jadis que la poétesse avait pris une bonne résolution (omohi-shi), mais elle est bel et bien,
aujourd' hui, entraînée (hikare-nuru) par son destin.

73
I N IT I AT I O N AU B U N GO

Voyons un autre poème.

(c) Kimi kon to ihishi yo-goto ni suginureba


Tanomanu mono no kohitsutsu zo huru (ShKKS 1 207)

Ce poème, emprunté au fameux Ise monogatari (Contes d' Ise, xe siècle), exprime les senti­
ments d 'une femme abandonnée par son amant.

Voici la traduction qu' en donne l'auteur de la version française de cet ouvrage, G. Renondeau :
« Comme chaque nuit [où] vous avez dit : je vais venir, a passé [ sans que vous veniez],
je n ' ai plus confiance en vous ; pourtant en vous aimant [toujours] je continue de vivre. »

Ici encore, la première partie du poème est une subordonnée, de structure complexe. Voyons
les verbes.

Suginureba se décompose comme suit :


sugi- est le RYK de sugu, verbe kami ni-dan (jap. mod. sugiru). Ce RYK est exigé par
l 'auxiliaire -nu d 'accompli.
Ce IDS est lui-même à la forme IZK nure- en raison du -ba causal qui lui est suffixé (cf. IV.4.e).

Pour le sens, le verbe sugu est à rapprocher du verbe qui termine le poème : hu (conj . shimo
ni-dan), ici au RTK huru en raison de zo (cf.V.4.e). En effet, ces deux verbes, de même que les
verbes modernes sugiru et heru qui en sont issus, signifient soit que le temps « passe », soit
que l 'on « passe » une période de temps. Ici, suginureba est interprété comme un verbe
intransitif : « les nuits ont passé (sans que vous veniez) », et huru comme un verbe transitif :
« je passe mes jours et mes nuits (à me languir) ». Ce dernier verbe a déjà été vu en VI.2.

Yo-goto ni est le sujet du verbe. Le suffixe goto ni (toujours usité) correspond au français
« chaque ». Cf. hito-goto ni « tout le monde, chacun ».

Dan s la forme ihi-shi, -shi est le RTK de -ki (le verbe détermine yo-goto ni) . Ici, l ' auxiliaire -ki
marque l ' antériorité de la promesse par rapport à chaque nuit d' attente vaine, alors que l ' accompli
-nu dans suginureba indique que le passage du temps est bel et bien réalisé.

Ko-n est, bien évidemment, le volitif de ku « venir » (cf. IV. 1 ).


Sur kimi (sujet de ihishi) , voir VI.2.b.

Dans la deuxième partie du poème, on remarque la présence de deux particules conjonctives


(setsuzoku joshi) encore usitées en langue moderne :
-mono no (ap rès le RTK), qui a une valeur restrictive, concessive : « encore que », « bien
que » (ici rendu par « pourtant ») ;
-tsutsu : ce joshi, placé après le RYK, indique qu 'une action se déroule en même temps
qu'une autre (en langue moderne on utilise plus couramment -nagara).

Kohi- est le RYK du verbe kohu « aimer » rencontré dans l 'exemple (b) .
Tanomu a déj à été rencontré avec un sens identique (IV.f).

74
C H A PITRE V I I I

Encore un poème :

(d) Utata-ne ni kohishiki hito wo miteshi yori


Yume tehu mono ha tanomi-someteki

Ce poème, tiré du Kokin-waka-shû (n° 553) - la première anthologie impériale, début du xc

siècle -, est dû à la poétesse Ono no Komachi, célèbre pour sa poésie amoureuse.

« Depuis que dans un demi-sommeil j ' ai vu celui dont je me languis,


j ' ai commencé à me fier aux rêves ! »

Regardons d' abord la proposition principale, c ' est-à-dire la deuxième partie du poème.

Tehu (à lire chô, cf. 1.3.e) est une forme contractée de to ihu.
On reconnaît donc dans yume tehu mono la tournure emphatique encore largement utilisée en
langue moderne : xxx to iu mono, pour mettre en relief le nom xxx.
Ce nom est ici le complément de tanomi-some-te-ki.
Le verbe est composé de tanomu « faire confiance » et de somu (conj . shimo ni-dan, jap. mod.
someru) « commencer ». (Ce dernier verbe a aujourd'hui été remplacé dans la langue parlée
par hajimeru.)

On décomposera la forme ici présente comme suit :


some- : RYK de somu ;
-te- : RYK de -tsu d'accompli ;
-ki : SSK de -ki de passé.

Dans la subordonnée, mi-te-shi s' analyse de la même façon :


mi- : RYK de miru (conj . kami ichi-dan) ;
-te- : RYK du -tsu d'accompli ;
-shi : RTK de -ki de passé. Ce RTK s 'explique par la particule yori qui le suit (cf. 11.5 .k. et 11.6).

� Yori, dont la valeur fondamentale est la provenance, le point de départ, peut avoir,
comme ici, une valeur temporelle et signifier « depuis que » .

On dirait ici en japonais moderne mite kara.

À propos de -teki, notons que la combinaison d'un auxiliaire de passé et d'un auxiliaire
d ' accompli est très fréquente. Elle confirme que les auxiliaires d 'accompli n'ont pas en eux­
mêmes de valeur de passé : -ki situe l 'action dans le passé, alors que -tsu indique que le
p rocessus est achevé, et que les conséquences en sont encore actuelles.

Il existe une combinaison analogue avec l'auxiliaire d 'accompli -nu : c'est la forme -niki
(RTK -nishi).

75
I NIT I AT I O N AU B UN G O

VIII.2. L'auxiliaire -kemu

� Le JDS -lœmu, qui s 'ajoute au RYK des verbes, mots de qualité et auxiliaires, combine
les valeurs de -ki indiquant le passé, et de -mu indiquant la virtualité. Il exprime donc
une supposition concernant le passé.

Disparu de la langue courante à l 'époque Muromachi, il est aujourd' hui remplacé par le tour -ta
darô.
Il est défectif, et obéit à la conjugaison des yo-dan (voir tableau p. 1 73, n° 17).
Précisons que, comme pour -mu, il existe une variante graphique : -ken .
Nous avons déjà rencontré ce JDS dans l'expression mukashi sumi-ken hito (Vl.2.a) « la personne
qui a dû habiter jadis [ici] ».

Lisons un poème :

(e) Tanabata no ahuse taesenu ama-no-gawa


Ikanaru aki ka watari-somekemu (ShKKS 324)

Comme l 'indique le premier mot, il s'agit d'un poème sur la fameuse fête de Tanabata, d'origine
chinoise, qui célèbre l 'unique rencontre annuelle de deux étoiles, le Bouvier (Kengyû) et la
Tisserande (Shokujo), ordinairement séparées par la Voie Lactée (en japonais ama-no-gawa
« la rivière du ciel » ; sur ama, voir Vl.c). Cette « rencontre » amoureuse (ahuse, jap. mod. ôse,
expression littéraire) aurait lieu la septième nuit du septième mois du calendrier lunaire, c 'est­
à-dire en automne. Notons que, dans la légende chinoise, c 'était la Tisserande qui franchissait la
rivière pour retrouver le Bouvier, mais les rôles furent inversés au Japon, en raison de l 'ancienne
coutume propre à ce pays, qui voulait que les hommes se rendent la nuit chez leur maîtresse.

« La rivière du ciel, où les rencontres de Tanabata jamais ne cessent,


en quel automne [le Bouvier] a-t-il bien pu la franchir pour la première fois ? »

Voyons les verbes : taese-nu est le RTK de taese-zu, taese- étant lui-même le MZK de taesu
(conj . irrégulière dite sa-hen, cf. III. 1 .3). Ce verbe, aujourd' hui inusité, est dérivé du verbe tayu
(shimo ni-dan), qui a donné le moderne taeru, de sens identique, c 'est-à-dire « s 'interrompre ».

Dans le composé watari-some-kemu, on aura reconnu le verbe somu « commencer à », rencontré


dans l 'exemple précédent, ici au RYK. Le IDS -kemu s'explique parfaitement : la poétesse
s 'interroge (ou feint de s ' interroger) sur un fait de la plus haute antiquité ...
Précisons que le verbe est ici au RTK, par « concordance » (kakari-musubi) avec ka (cf. V. 3).

L'interrogation est exprimée à l'aide de l 'adjectif interrogatif ikanaru Uaponais standard dono yô
na, donna) « quel », « quelle sorte de ». Comme il est d'usage en langue classique - nous l ' avons
déjà dit (V.2.a) , l 'interrogatif ka est placé non pas en fin de phrase, mais immédiatement après
-

le groupe de mots sur lequel porte l'interrogation.

76
C H APITR E V I I I

VIII.3. L'auxiliaire keri


-

Cet auxiliaire se suffixe, comme -ki et -kemu, au RYK des verbes, des mots de qualité ou d 'autres
JDS , et, comme eux, il est en relation avec l 'expression du passé.

Il se conjugue sur le modèle de ari (dont il est peut-être un composé), c 'est-à-dire qu' il appartient
au type dit ra-hen. Mais, à l 'époque classique, il ne possède que trois formes (voir tableau p. 173,
n° 1 6) :
SSK -keri RTK -keru IZK -kere

Arrêtons-nous sur cet IZK, qui rappelle l ' IZK en -kere des keiyô-shi, par exemple celui de
kanashi qui est kanashikere (cf. IV.4.e), ou celui de -gatashi, qui est -gatakere (cf. IV. Le). Mais il
ne faut pas les confondre, et on ne peut pas les confondre. Voici pourquoi.

Revenons sur la conjugaison des mots de qualité (cf. tableau p. 1 69). Ceux-ci, pour le MZK, le
RYK et le RTK, ont deux formes parallèles.
L'une est « simple » . Par exemple, pour shiroshi « blanc » (conjugaison -ku katsuyô) :

MZK shiroku RYK shiroku RTK shiroki IZK shirokere

Pour kanashi « triste » (conjugaison -shiku katsuyô) :

MZK kanashiku RYK kanashiku RTK kanashiki IZK kanashikere

Mais il existe une autre série composée à partir de la forme en -ku combinée avec le verbe -ari
(par exemple, pour le MZK, shiroku-ara-, cf. IIl.2). Ces formes se contractent respectivement en
-kara, -kari, -karu. Donc, pour shiroshi :

MZK shirokara- RYK shirokari- RTK shirokaru pas d ' IZK

Pour kanas hi :

MZK kanashikara- RYK kanashikari- RTK kanashikaru pas d ' IZK

C 'est à ces formes « renforcées » que s 'ajoutent la plupart des auxiliaires (par exemple
hisashikara-zu, cf. III.2).
Ainsi, le JDS -keri s'ajoute au RYK en -kari des mots de qualité.
Pour shiroshi, on aura donc shirokari-keri ; pour kanashi, kanashikari-keri. Ces formes, mises à
l ' IZK, donneront respectivement shirokari-kere et kanashikari-kere, qu 'on ne saurait confondre avec
l 'IZK de ce mot de qualité :

IZK shirokere RYK + -keri à l ' IZK : shirokari-kere


IZK kanas hike re RYK + -keri à l ' IZK : kanashikari-kere

77
I N I T I AT I O N AU B UN G O

Revenons à -lœri. Quelles en sont les valeurs ?


L'étymologie du mot, ainsi que sa valeur fondamentale, restent controversées, mais on distingue
deux emplois principaux (d' autres, comme la continuation dans le présent d ' une action ou d ' un état
passés, étant moins fréquents).

� Une première valeur de -keri, la plus fréquente en poésie, est la découverte subite d'une
réalité existante, qui était déjà là dans le passé, mais dont on prend soudain conscience.
Une nuance émotive (eitan) s'y attache.

Cette nuance est difficile à rendre dans notre langue (par un point d'exclamation, peut-être . . . ), et
même en japonais moderne. Aujourd'hui, -ta peut prendre cette valeur : par exemple, quand on trouve
ce qu'on cherchait et qu'on s'écrie : koko ni atta !
C'est cette valeur émotive que possédait -keri dans l'exemple rencontré plus haut (V.6.d). Comme
nous aurons l 'occasion de revoir ce IDS, car il est très fréquent dans le waka, contentons-nous ici de
deux exemples.

(f) Makomo karu Yodo no saha-midzu fukakeredo


Soko made tsuki no kage ha sumikeri (ShKKS 229)

« B ien que l 'eau du marais de Yodo, où l'on fauche la zizanie, soit profonde,
le reflet de la lune garde jusqu 'au fond sa pureté ! »

Ce poème est fort simple et ne comporte qu ' un mot un peu rare : makomo,
une graminée (apparentée à notre zizanie, et utilisée en vannerie) qui pousse
dans les zones marécageuses.

Yodo est un lieu situé au sud de Kyôto.

Attention à fukakere-do : il s' agit de l' IZK du mot de qualité fukashi (cf. ce
que nous disions ci-dessus), forme demandée par -do, particule à valeur
concessive (cf. V.4.e).

Le IDS -keri apparaît dans sumi-keri, formé sur le RYK du verbe sumu « être clair », déjà
rencontré dans un contexte analogue (VIl.3.d).

(g) Yama-kaze h a fukedo fukanedo shiranami no


Yosuru ihane ha hisashikarikeri (ShKKS 72 1 )

« Les rochers que battent les blanches vagues - que le vent des monts souffle ou ne souffle pas -
sont impérissables. »

78
C H A PITRE V I I I

L' analyse est simple. Toute la première partie de l 'unique phrase détermine ihane « les
rochers ».

On aura reconnu deux formes parallèles du verbe fuku (conj . yo-dan) « souffler », avec la
particule -do rencontrée dans le poème précédent. La deuxième forme est négative : fuka­
(MZK du verbe) + -ne- (IZK de -zu).

Yosuru est le RTK de yosu (shimo ni-dan, jap. mod. yoseru) « s ' approcher de », « attaquer ».

Enfin, dans hisashikari-keri, le RYK « renforcé » du mot de qualité hisashi (déjà rencontré en
111.2.h) « qui dure longtemps, pérenne », est combiné avec -keri.

� L'autre valeur principale de -lœri est plus clairement celle de passé (kako).

Ses emplois sont particuliers :

- Il peut s 'agir d'un passé que le locuteur ne connaît pas directement, mais par « ouï-dire »
(denbun). Cet emploi est extrêmement fréquent dans la prose narrative, celle des récits légendaires
ou romanesques.
Nous n 'en verrons pas d 'exemples ici. Mais notons à titre indicatif que la plupart des chapitres
de I'Ise monogatari [Contes d' Ise] commencent par la formule : Mukashi wotoko arikeri « Il était
jadis un homme. » Cf. le passage reproduit p. 22-23.

- Ou bien il s'agit d ' un passé dont le locuteur a fait l 'expérience, et dont il reprend conscience
au moment présent, qu 'il se remémore avec émotion.
Cet emploi (dit kaisô) n 'est pas toujours nettement dégagé dans les grammaires. Nous en verrons
des exemples au chapitre XV.

Remarque

Le JDS -keri, quelle que soit sa valeur, peut se combiner avec d ' autres JDS . On le trouve par
exemple avec le JDS de négation -zu, ce qui donne -zarikeri, ou encore avec les JDS d 'accompli
-nu ou -tsu, ce qui donne respectivement -nikeri ou -tekeri.

79
C hap itre IX

L' assertif nari


Les m ots de qualité nominaux (keiyô-dôshi)

IX.1. De nari à de aru

La forme de aru du japonais moderne est dérivée (malgré les apparences ! ) du IDS nari du
j aponais ancien, ou, plus exactement, nari et de aru ont la même origine.
La forme originelle consiste en la combinaison de la particule (joshi) ni avec le verbe ari. Mais,
ni ari se contractant très souvent en nari, c 'est cette forme contractée qui est donnée dans les
tableaux et les index des grammaires courantes. On constate pourtant que la forme non contractée
apparaît souvent dans les textes, comme nous allons d'ailleurs le voir.
Ni ari connut au cours des siècles l ' évolution suivante : ni se vit renforcé par la particule te (cf.
VIl.2), et cette forme ni te se contracta à son tour en de ; d ' autre part, comme nous l ' avons vu (11.3),
c 'est le RTK de ari, à savoir aru, qui s'est imposé dans la langue moderne.

ni (te) ari -> de aru

Composé à partir de ari, le IDS ni arilnari se conjugue évidemment comme ce verbe (type de
conjugaison dit ra-hen). Voir tableau p. 173, n° 26.

MZK nara RYK nari (ou ni) SSK nari \1

RTK naru IZK nare MRK nare (très rare) \


\
\
Attention ! on ne confondra pas le IDS nari avec le verbe naru « devenir » (conj . yo-dan). Le \
risque vient de ce que, à part le SSK (nari <-> naru) et l ' une des formes du RYK (ni <-> nari),
leurs formes sont identiques.
Comment les distinguer dans les textes ?
Il faut examiner la construction : nari « être » suit immédiatement le nom, alors que naru
« devenir » se construit avec ni ou to (cf. le poème VII.e).

tsuma naru hito « celle qui est (mon) épouse » (verbe nari) ;
tsuma ni naru hito « celle qui deviendra (mon) épouse » (verbe naru).

Le IDS a trois emplois principaux, que nous examinerons successivement.

IX.2. Nari a près un nom

� Placé après un nom, nari a, comme de aru en ja ponais moderne, une valeur assertive
(dantei).

Examinons un premier exemple, qui n ' est pas emprunté au Shinkokin-shû, mais à un recueil
antérieur, le Goshûi-shû.

81
I NI T I AT I O N AU B UN G O

(a) Yo wo sutete yado wo idenishi mi naredomo


Naho kohishiki ha mukashi narikeri

Ce poème reprend le thème, déjà rencontré, de la difficulté d'atteindre un parfait détachement,


même pour quelqu'un qui a fait retraite hors du monde. Le poète Minamoto no Akimoto est
entré en religion (a « quitté sa demeure ») à la mort de l 'empereur Goichijô ( 1 008- 1 036), mais
il garde la nostalgie de l ' époque où il était à son service.

« B ien que je sois quelqu 'un qui, rejetant le monde, a quitté sa demeure,
ce dont je me languis encore, c 'est le passé ! »

Nari apparaît ici deux fois :


- dans l 'expression mi nare-domo. On dirait en japonais moderne mi ( = hito) de aru lœredomo ;
- dans mukashi nari-keri Gap. mod. mukashi de aru yo). Comme nous l ' avons déjà vu (VIll.3), -lœri
apporte une nuance émotive, exclamative.

Notons que la structure de la deuxième partie de ce poème est identique à celle du poème V.d :
RTK + ha . . . narikeri (mod . . . . no wa . . . de aru ou da). En effet, dans la forme kohishiki (de
kohishi), le RTK, comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire, a pour fonction de
nominaliser le mot de qualité. Ici, kohishiki ha signifie « ce dont je me languis » (on aurait en
japonais moderne koishii no wa).

Reste la forme ide-ni-shi, qui détermine mi :


-ide- : RYK de idzu (mod. deru, cf. VII.2.a) ;
-ni- : RYK du IDS -nu d 'accompli ;
-shi : RTK du JDS -ki de passé (sur la combinaison -niki, voir VIII. 1 .d).

Deuxième exemple :

(b) Ahare kimi ikanaru no be no kemuri nite


Munashiki sora no kumo to nariken (ShKKS 82 1 )

La nourrice de l 'empereur Gosuzaku ( 1 009- 1 045), le frère cadet de Goichijô-tennô rencontré


plus haut, déplore sa mort : de lui, il ne reste aucune trace.
« Ah ! mon prince ! de quelle lande étant fumée,
êtes-vous devenu nuage dans le ciel vide ? »

La difficulté, pour traduire ce poème en français, tient au fait que l 'interrogatif ikanaru « quel »
(cf. VIII.2.e) est à relier non pas au verbe principal nariken, mais à nite.

Ce nite est le RYK de nari (ni) renforcé par te (cf. IX. 1 ), qui s 'interprète ici comme un suspensif (cf.
de en lan gue moderne).

N.B. En japonais moderne également, on emploie l 'interrogatif dans les subordonnées. Cf.
nani o tabete sonna ni futotta no deshô ka : littéralement, « mangeant quoi as-tu grossi comme
ça ? » soit : « qu 'as-tu mangé pour grossir comme ça ? »

82
C H A PITR E IX

Revenons à notre poème : ikanaru nobe no kemuri nite signifie littéralement « étant fumée de
quelle lande ? », expression qui fait allusion à l'incinération de l' empereur. Le mot nobe « lande »,
déjà rencontré, peut désigner plus particulièrement un lieu où l 'on brûlait les cadavres, ainsi,
près de la capitale, les landes Toribeno ou Adashino.

On aura identifié la forme nari-ken : le verbe étant construit avec to, il ne peut s'agir que de naru
« devenir ». Ce verbe est au RYK, suivi du IDS -ken, exprimant une conjecture concernant le passé
(cf. VIIl.2).

Lisons un dernier exemple, emprunté au Kokin-shû (n° 1 88).

(c) Hitori nuru toko ha kusa-ba ni aranedomo


A ki kuru yohi ha tsuyukekarikeri

Ce poème a pour thème la mélancolie des nuits d' automne, surtout pour qui ne connaît qu ' un
sommeil soli taire.
« Bien que la couche où je dors solitaire ne soit pas faite d' herbes,
les soirs où vient l ' automne, elle est humide de rosée ! »
Cette rosée, ce sont bien sûr les larmes . . .

Ce poème se compose d 'une proposition concessive ( . . domo), suivie de la principale.


.

Analysons les formes verbales, en gardant ni aranedomo pour la fin.

Attention à nuru ! il ne s'agit pas du verbe yo-dan conservé tel quel en langue moderne, signifiant
« enduire », mais du RTK de nu, conj. shimo ni-dan, qui a donné en jap. mod. neru « dormir ».
Seul le contexte permet d'interpréter correctement. Au sujet de ces formes ambiguës, relire 11.5.2.

Kuru est le RTK de ku « venir » : il détermine yohi (jap. mod. yoi).

Tsuyukekari-keri s 'analyse comme suit :


tsuyukekari- est le RYK « renforcé » du mot de qualité tsuyukeshi (conj . -ku katsuyô) « humide
de rosée ». Tsuyukeshi a disparu de la langue moderne (mais tsuyu « la rosée » est resté bien
vivant). Lui est suffixé -keri (cf. VIIl.3) .

Quant au IDS nari, il apparaît dans la forme ni aranedomo (« bien qu' [il] ne soit pas »), c 'est-à-dire
une forme non contractée (on pourrait très bien avoir naranedomo : le choix est dû à des raisons de
métrique) . Analysons la forme :
ni ara- : MZK de ni arilnari ;
-ne- : IZK du IDS de négation -zu ;
-domo : particule conjonctive de concession .

N.B. Au RTK, on ne confondra pas naru assertif avec un autre naru, résultant de la combinaison
de ni locatif avec ari « être (situé), se trouver (quelque part) ». Ce deuxième naru s 'emploie après
des noms (propres ou communs) désignant des lieux.

83
I NI T I AT I O N AU B U N G O

Ainsi, Kasuga naru Mikasa no yama ne signifie bien sûr pas « le mont Mikasa qui est Kasuga »,
mais « qui est à Kasuga » . Seuls le contexte et le bon sens permettent de distinguer. Ce naru se rend
en japonais moderne non pas par de aru, mais par ni aru.

IX.3. Nari après un verbe au RTK

On connaît, en japonais moderne, les expressions no da, no de aru, qui concluent une phrase,
souvent pour lui donner une valeur explicative.
En bungo, le JDS nari, placé après le RTK d 'un verbe ou d 'un mot de qualité, a une
fonction similaire.

Voyons un exemple.

(d) Matsu hito no fumoto no michi ha taenuran


Nokiba no sugi ni yuki omoru nari (ShKKS 672)

« S ans doute le chemin [que doit prendre] celui que j 'attends, au pied de la montagne, est-il

coupé ;
en effet, sur le cèdre [proche] de l ' avant-toit, la neige s'appesantit. »

Un homme demeurant sur la montagne imagine ce qui se passe en bas.


C'est le IDS -ran, que nous étudierons au chapitre XI, qui indique qu 'il s'agit d 'une supposition.
Tae-nu s 'analyse comme suit :
tae- : RYK du verbe tayu (conj . shimo ni-dan, jap. mod. taeru), déjà rencontré (sur le RYK des
verbes shimo ni-dan en -yu, voir V.4.d) ;
-nu : IDS d'accompli (le fait que le chemin est coupé est imaginé comme réalisé).

La deuxième phrase explique (d'où la présence de nari) sur quoi se fonde cette supposition :
la neige est tombée en abondance.
Omoru est un RTK.

N.B . On ne confondra pas le JDS nari assertif après un verbe avec un autre JDS nari, que nous
examinerons plus loin (chap. XI).

�* En japonais moderne, nari assertif a subsisté par exemple dans la forme naraba (sur le MZK + ba
hypothétique, voir chap. XIII), souvent abrégé en nara : « si [c ']était.. . », « si . . . ». Par exemple,
anata nara(ba) « si j 'étais vous . . . » ; yareru nara(ba) « si tu peux le faire . . . » .

IX.4. Les keiyô-dôshi

En japonais moderne, les keiyô-dôshi (mots de qualité nominaux) présentent la particularité


d' avoir deux formes apparemment sans rapport l'une avec l'autre, selon qu ' ils sont en fonction attri­
butive (ils suivent le nom) ou épithète (ils précèdent le nom).
Kono hito wa rippa DE ARU (DESU) / rippa NA hito

84
C H A PI T R E IX

En bungo, la relation des deux formes est visible :


Kono hito rippa NARI / rippa NARU hito

En fait, les keiyô-dôshi peuvent être considérés comme des mots proches des noms, auxquels est
attaché le JDS assertif nari.

�+� En ce cas,nari a connu une évolution particulière : en position finale, nari a fini par donner de
aru (cf. IX. 1 ), mais en position déterminante (épithète), naru s'est abrégé en na.
L' abrègement de naru en na s 'observe encore dans des expressions comme na no ni « bien qu ' (il)
soit » ou na no de « comme (il) est ». En bungo, on a naru ni, naru nite.
Dans certaines expressions figées, l 'abrègement ne s ' est pas fait : cf. le mot de qualité très usuel
tan-naru « simple », toujours épithète (ex. tan-naru uwasa « une simple rumeur » ) .

Voyons quelques exemples d e keiyô-dôshi e n bungo.

(e) Shidzuka naru akatsuki-goto ni miwataseba


Mada fukaki yo no yume zo kanashiki (ShKKS 1 970)

« Quand, à chaque paisible aurore, je regarde autour de moi,


les rêves de la nuit encore profonde sont bien tristes ! »

Au-delà des apparences, ce poème a une signification bouddhique : il a pour thème une ex­
pression tirée d ' un sûtra, portant sur la méditation matinale. Dans le calme du matin , la sereine
méditation est troublée par la pensée des rêves nocturnes (c 'est-à-dire par la pensée des passions
humaines, qui ne sont qu 'obscurité, « profonde nuit », illusions, songes vains). La conscience
de n 'en être pas débarrassé est attristante.

Tous les mots appartiennent au vocabulaire encore courant aujourd'hui, et les phénomènes
grammaticaux ont déjà été vus.
Shidzuka naru se rendrait en japonais moderne par shizuka na.

Voici encore un poème, très simple :

(f) Hana chirishi niha no konoha mo shigeri-ahite


Ama-teru tsuki no kage zo mare naru (ShKKS 1 86)

Il s ' agit de la simple évocation d'un jardin en été, avec sa végétation luxuriante.
« Les feuillages du j ardin, où sont tombées les fleurs, étant très denses,
la lumière de la lune qui luit dans le ciel est rare (elle filtre à peine). »

Reprenons les mots verbaux :


on aura reconnu dans chiri-shi le RTK du -ki de passé.
Dans shigeri-ahite, remarquons le verbe ahu (au sens premier : « se rencontrer »).
Ahu, ajouté au RYK d 'un autre verbe, indique que l'action est effectuée par plusieurs
agents. C'est une sorte de marque de pluriel.

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I N I T I AT I O N A U B U N G O

Ama-teru est une expression figée signifiant « qui brille au ciel ».

Mare naru est la forme RTK (exigée par zo) du mot de qualité nominal mare nari, toujours vivant
(bien sûr, on aurait aujourd'hui mare de arulda).

Proposons pour finir un poème emprunté à un recueil un peu antérieur au Shinkokin-shû, le


Chôshû eisô de Fujiwara no Shunzei (auteur du poème VIII.a).

(g) Shidzuka naru ihori wo shimete irinureba


Hitokata naranu hikari wo zo miru

Encore un poème sur la retraite loin du monde . . .


« Comme, occupant mon paisible ermitage, j e suis entré [en méditation],
je vois une lumière qui n ' est pas ordinaire. »

Le poète a effectué son « · entrée » en méditation (cf. le IDS d ' accompli -nu dans la forme
verbale iri-nure-ba) ; aussi peut-il affirmer (cf. la particule d 'insistance zo) qu 'il voit une
lumière qui n ' est pas de notre monde, c'est-à-dire la vérité bouddhique (sur cette image, voir
le poème VIII.a).

Nous avons dans cet exemple deux keiyô-dôshi : shidzuka naru, déj à vu dans le poème (e), et
hitokata naranu. Cette dernière forme est constituée à partir de hitokata nari qui signifie « être
normal, ordinaire ». Mais ce mot de qualité est très souvent, comme ici, employé au négatif ( hitokata
narazu).
Ici, la forme négative est au RTK, l'expression déterminant hikari.

�f� Seules les formes négatives de ce mot de qualité ont subsisté en japonais moderne :
- le RYK hitokata narazu, comme adverbe intensif ( « extraordinairement ») ;
- le RTK hitokata naranu (dans le style formel). Cf. hitokata naranu go-kôi « votre parti-
culière bienveillance ».
D ' autres mots de qualité, encore vivants, présentent une forme semblable : par exemple
naminami naranu « peu commun, remarquable ».

IX.5. Le JDS tari

Mentionnons pour finir l 'existence du JDS assertif tari, contraction de to ari (conj . ra-hen, cf.
tableau p. 1 73, n° 27).

Il ne doit pas être confondu avec le IDS -tari d ' accompli déjà étudié (chap. VI). À la différence
de ce dernier, tari assertif se trouve toujours après un nom ou un mot de qualité nominal.
Il est moins usité que nari. On l'emploie seulement après des noms indiquant le statut, la position
ou la qualité d 'une personne :
ani taru hito « celui qui est mon frère ».

86
C H A PITR E IX

On l'emploie aussi pour former des keiyô-dôshi, mais ces derniers sont assez peu nombreux (ce sont
souvent des mots d'origine chinoise, kango) et réservés à certains styles de langue écrite, notamment
le wakan konkô-bun (voir chap. 1. 1 ). On ne les trouve pas dans le waka.
Cf. daudau tari « solennel » ; bakuzen tari « indistinct ».

�* En fonction déterminante, ces keiyô-dôshi se sont parfois conservés tels quels dans la langue
moderne (dans le style soutenu) :
dôdô taru mon-gamae « un portail majestueux » ;
seizen taru machinami « un alignement de maisons régulier ».
Parfois, on trouve à la place de taru la forme to shita :
bakuzen to shita hanashi « des propos vagues ».
En position finale, la forme ancienne tari est toujours remplacée par la forme to shite iru :
kono machinami wa seizen to shite iru.

IX.6. Le iroha uta

Pour clore ce chapitre, lisons un poème parmi les plus connus. Il ne s' agit pas d'un waka, mais
d ' un quatrain, remontant environ à la fin du xc siècle, et appelé, en raison de son premier mot, iroha
uta. Il présente la particularité de comporter tous les signes du syllabaire (au nombre de quarante­
sept), chacun n ' y apparaissant qu'une fois. Seul manque le kana N, la raison en étant sans doute que
les sons N et MU, comme nous l ' avons vu, n 'étaient pas toujours distingués. MU peut donc noter N.
On remarquera aussi qu' il faut parfois restituer les dakuten (lire to comme do, etc . ) : en effet, ils
ne sont pas systématiquement notés dans les textes anciens (cf. 1.2).

Ce poème, largement diffusé comme modèle pour l 'enseignement de l'écriture aux enfants,
devint donc une sorte d'alphabet : l 'ordre des syllabes qu 'il propose fut adopté pendant des siècles
comme ordre normal d ' énumération des lettres (à la manière de notre ABC), avant d 'être remplacé
par l 'ordre le plus « logique » A-I-U-E-0, lui-même d'origine ancienne.
De nos jours encore, la série i-ro-ha reste utilisée, par exemple pour classer des noms dans une
liste, pour numéroter des rubriques dans les dictionnaires, ou encore les rangées de sièges dans
certaines salles de théâtre . . .

Démarquant un texte bouddhique, ce quatrain prône le refus de ce bas monde, considéré comme
illusoire. Il est proche, pour son thème ainsi que pour plusieurs expressions, de certains waka déjà
étudiés.

On trouvera ci-après une calligraphie du texte, ainsi qu 'une transcription donnant les kanji.

Nous nous contenterons d'expliquer le vocabulaire en renvoyant, pour les faits grammaticaux -
qui ont presque tous été déjà vus - aux paragraphes où ils ont été présentés.

87
I NI T I AT I O N AU B UN G O

(h) Iro ha nihohedo chirinuru wo


waga yo tare zo tsune naramu
Uwi no okuyama kehu koete
asaki yume miji wehi mo sezu

«
É tant donné que l 'éclat [des beautés naturelles] , bien qu' il resplendisse, [finalement] se
dissipe,
[en] notre monde, qui serait éternel ?
Franchissant aujourd'hui la profonde montagne des phénomènes,
je ne veux plus contempler de rêves creux, je ne m'enivrerai pas non plus. »

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88
C H A PITR E I X

iro : non pas « la couleur », mais, comme souvent, « l 'éclat », « la brillance », « le charme ».
nihohu (jap. mod. niou) : non seulement « répandre un parfum », mais aussi « resplendir ».
-do : cf. V.4.e.
chiri-nuru : chiru (verbe yo-dan) au RYK + -nu (VII.3). Ce IDS est lui-même au RTK devant la
particule wo, ici employée comme particule conjonctive (setsuzoku joshi) à valeur causale.

� La particule wo, employée comme conjonction, peut avoir ou bien une valeur adversative
(cf. VIII.l.b) ou bien une valeur causale (japonais moderne node) et signifier alors
« étant donné que », « comme ».

waga : possessif à valeur réfléchie « son », « mon », « notre », etc. Nous y reviendrons. Cf. XII.4
et XIII.4.f.
waga yo : « notre monde ». Ce groupe de mots n ' est pas suivi d'une particule casuelle, mais le
contexte lui donne une valeur locative (cf. le poème V.e) .
tare : « qui ? » On prononce aujourd'hui dare.
tsune nara-mu : c 'est une forme du keiyô-dôshi (cf. IX.4) tsune nari « stable », « durable ». Cf.
l ' adverbe moderne tsune ni « constamment », « toujours ».
S ur le JDS -mu dans les interrogatives, voir IV.4.f.
uwi (prononciation moderne : ui) est une notion bouddhique fort complexe. Le mot désigne tous
les phénomènes de ce monde, conditionnés par des causes et des circonstances
particulières, et donc voués à se désagréger, éphémères.
La métaphore ui no okuyama s 'emploie encore au sens de « vicissitudes de la vie ».
koete : de koyu, jap. mod. koeru. S ur le RYK des verbes ni-dan en YU, voir V.4.d.
Il s ' agit de dépasser ce monde illusoire, de s 'en affranchir.
miji : -Ji indique la volonté négative. Cf. IV.4.
S ur la métaphore du rêve, voir le poème IX.e.
wehi : RYK du verbe wehu (conj. yo-dan), qui a donné le moderne you « s 'enivrer » (cf. les règles
d 'évolution phonétique I.3.a et I.3.e).
On a ici la construction RYK + mo + su, toujours en usage. Par exemple : kare wa
watakushi no hanashi o kiki mo shinai.
« S 'enivrer » signifie ici métaphoriquement perdre sa lucidité, s' abandonner aux illusions
du monde.

89
Chapitre X

Les auxiliaires -beshi et -maji

X.1. Le JDS -beshi

Ce JDS est encore largement utilisé dans la langue moderne, avec, dans la plupart des cas, la
valeur d'obligation. Mais ses valeurs sont beaucoup plus nombreuses en bungo.
Voyons d 'abord ses caractéristiques grammaticales.

La conjugaison de -beshi ne présente aucune difficulté : il suit le type de conjugaison des mots
de qualité dit -ku katsuyô (mais il ne possède pas d'impératif). Voir tableau p. 1 7 3 , n° 1 9 .

L a façon dont i l s e suffixe est plus délicate (nous rencontrons c e type d e suffixation pour l a pre­
mière fois). L'auxiliaire -beshi appartient au groupe des JDS qui s'attachent :
- au shûshi-kei des verbes et des JDS (à l 'exception de ceux dont la conjugaison est de type ra­
hen) ;
- au rentai-kei des verbes et JDS de type ra-hen, ainsi que des mots de qualité, aussi bien
keiyô-shi (RTK en -karu) que keiyô-dôshi (RTK en naru).

On aura ainsi : uku-beshi (de uku, « recevoir », verbe shimo ni-dan, jap. mod. ukeru) ; mais
aru-beshi (de ari « être » ), yokaru-beshi (de yoshi « bon » ), shidzuka naru-beshi, etc.

Quelles sont les valeurs de -beshi ?


Elles sont fort diverses, la valeur originelle étant, semble-t-il, une supposition solidement fondée.
En tout cas, la supposition, la conjecture (suiryô) est l 'emploi le plus fréquent dans les textes anciens,
la valeur d 'obligation (gimu) étant plus tardive. Cette valeur n ' est d 'ailleurs pas donnée telle quelle
dans la plupart des grammaires de bungo, qui, en général, énumèrent les emplois suivants (la liste
varie d ' un ouvrage à l 'autre) :

� a) supposition, conjecture (suiryô) Uap. mod. kitto... darô) ;


b) possibilité (kanô) Uap. mod. koto ga dekiru) ;
c) volonté (ishi) Uap. mod. : forme volitive, ou tsumori da) ;
d) vraisemblance, nécessité d 'un processus naturel (tôzen) (jap. mod. hazu da) ;
e) convenance (tekitô) Uap. mod. no ga ii) ;
f) ordre (meirei) Uap. mod. -nasai ; -nakereba naranai).

L'idée d 'obligation se dégage plus ou moins des valeurs c), e) et f).

On remarquera que ces valeurs, souvent difficiles à isoler nettement, correspondent pour la
plupart à celles du français « devoir », dont les nuances, également nombreuses, ne se comprennent
qu' en fonction du contexte, ou, dans la langue parlée, du ton. Par exemple, « il doit venir demain »
peut signifier la supposition, la vraisemblance, la convenance, l 'obligation, etc.

91
I NI T I AT I O N AU B UN G O

Voyons quelques exemples.

(a) Nagamubeki nokori no haru wo kazohureba


Hana to tomo ni mo chiru namida kana (ShKKS 1 42)

À la fin du printemps, le poète déplore sa propre vieillesse :


« Quand je compte les printemps qui me restent [où] je pourrai [les] regarder,
voilà mes larmes qui tombent avec les fleurs ! »

La structure du poème est maintenant familière : la première partie est une subordonnée, la
deuxième, la principale. Cette dernière est constituée par un nom (namida) suivi de l ' excla­
matif kana : la phrase n ' a pas de verbe principal. Cela donne plus de vivacité à l ' expression.

Le nom namida est déterminé par hana to toma ni mo chiru. Dans cette déterminante, on
repère l 'expression to toma ni [mol « en compagnie de », « avec », encore en usage comme
équivalent plus élégant de to issho ni.

Dans la première partie du poème, on aura identifié sans mal kazohure-ba : -ba est ajouté à la
forme IZK du verbe kazohu (conj . shimo ni-dan, jap. mod. kazoeru), et a donc une valeur
temporelle.

L'auxiliaire -beshi, ici au RTK -beki, est ajouté au SSK de nagamu (conj . shimo ni-dan, jap. mod.
nagameru). Il est analysé comme ayant une valeur de possibilité.

(b) !ma yori ha aki-kaze samuku narinubeshi


lkade ka hitori nagaki yo wo nen (ShKKS 457)

Ce poème est dû à un grand poète du vnr siècle, Ô tomo no Yakamochi, qui déplore la mort de
sa femme.

« Désormais, le vent d ' automne va certainement devenir froid.


Comment dormirai-je solitaire durant les longues nuits ? »

Dans la forme nari-nu-beshi, le verbe naru « devenir » est, comme en japonais moderne,
construit avec le RYK d'un mot de qualité : samuku (cf. V.4.e) ;
le JDS d'accompli -nu (chap. VII), dans cet énoncé qui porte sur le futur, indique que ce futur est
envisagé comme réalisé ;
-beshi indique ici que le processus est attendu, parce que naturel ; il s ' inscrit dans l 'ordre des
choses (en automne, le vent « doit » se faire froid). C'est la valeur dite tôzen.

S ur la valeur temporelle de yori, voir VIII. 1 .d.

Passons à la deuxième phrase.

92
C H A PITRE X

lkade est la contraction de l 'adverbe interrogatif ikani « comment ? » renforcé par te (cf.
VII.2) : ikani -> ikanite -> ikade.
La particule interrogative ka suit bien sûr immédiatement le mot interrogatif (cf. V.2.a).

Dans ne-n, on aura identifié -ni-mu d 'éventualité, très fréquent dans les interrogatives (cf.
IV.4.t). Sur le verbe « dormir », revoir IX.2.c. Ici, la forme nen est un RTK, comme il se doit
après ka (cf. V.3).
Notons par ailleurs que ce verbe « dormir » est construit avec wo (la langue moderne possède
aussi cette construction) : l 'élément « les nuits » n 'est pas considéré comme un complément
de temps, mais comme l 'objet du verbe.

(c) /ma ha ware Yoshino no yama no hana wo koso


Yado no mono to mo mirubekarikere (ShKKS 1 465)

Il s' agit d 'une pièce de S hunzei (cf. VIII.a et IX.g), dont le thème est l 'entrée dans un ermitage
sur les monts de Yoshino, célèbres·pour leurs cerisiers (cf. IV.b).

« Maintenant, ces fleurs des monts de Yoshino,


je dois les considérer comme appartenant à mon logis ! »

On retrouve ici la construction A wo B to (ou ni) miru « considérer A comme B » (cf. Vl.2.d).
Mo a valeur de « renforcement ».
Sur le pronom personnel ware, voir V.3 .a.

Voyons -beshi. La forme bekari-kere est con stituée par bekari-, le RYK « renforcé » de beshi,
_
auquel est ajouté le JDS exclamatif -keri (cf.VIIl.3). Ce dernier est ici à la forme IZK à cause de
koso.
Des valeurs différentes peuvent être attribuées à -beshi, selon l 'interprétation qu'on donne à l 'en­
semble du poème : ou bien le poète se résigne à n '�voir d ' autre demeure que ces montagnes perdues
de Yoshino (« il faut bien que je considère Yoshino comme mon logis . . . »), et -beshi traduit une
(triste) nécessité ; ou bien le poète assume volontairement cette situation, et -beshi rend la notion de
volonté ; ou bien le poète, heureux d'avoir choisi cet ermitage, exprime sa joie : « je peux donc
considérer ces fleurs comme m 'appartenant ! », -beshi exprimant alors la possibilité.
Selon les commentateurs japonais, l'une ou l 'autre de ces interprétations est proposée.

Lisons un dernier poème, où notre auxiliaire est attaché à un mot de qualité (au RTK, comme
nous l ' avons indiqué en commençant).

Il s ' agit encore d ' un poème dû à un moine (Jien). L'entrée dans la Voie bouddhique (« la vraie
Voie ») y est comparée à un départ en voyage ; or si, dans la convention littéraire, le voyage
est associé à la nostalgie pour le lieu où l'on vit ordinairement (furusato), ce voyage-ci est
différent.

93

t ______
__ _______________
_
I NI T I AT I O N AU B UN G O

(d) Satori yuku makoto no michi ni irinureba


Kohishikarubeki furusato mo nashi (ShKKS 985)

« Comme me voilà entré dans la vraie Voie que l'on parcourt illuminé,
je n ' ai point de patrie à regretter. »

Le verbe satoru est ici au RYK : on dirait plutôt en langue moderne satotte yuku (cf. V.e). Il
est à prendre au sens bouddhique de « comprendre la vérité » ou, si l ' on veut, « avoir l ' illumi­
nation ».

lri-nure-ba s 'analyse aisément :


iri- : RYK de iru (mod. hairu, cf. VIll.b) ;
-nure : IZK du -nu d 'accompli ; ce JDS indique que l ' action d'entrer dans la Voie est réalisée ;
-ba : conjonction à valeur causale.

Quant au IDS -beshi, il est suffixé au mot de qualité kohishi, déjà rencontré et mis ici au RTK
« renforcé » (cf. VIII. 3).
Quelle est la valeur de -beshi ? Le renonçant bouddhiste ne doit plus regarder en arrière vers ce
monde où il vivait (furusato) : il n ' a rien qu'il « doive » regretter. Ici encore, on peut hésiter entre
les valeurs de volonté ou de convenance.

X.2. -beshi en japonais moderne

�+� -beshi est l'un des jodôshi qui ont le mieux survécu à l 'évolution de la langue ; mais la valeur
d 'obligation est devenue prédominante.

Notons par ailleurs que certains verbes dont la morphologie a évolué ont pourtant gardé leur
forme primitive lorsqu 'ils sont employés avec -beshi. Ainsi le verbe « faire », dont le S S K en
langue moderne est suru, garde-t-il son S SK ancien dans le composé su-beshi (mais on emploie
aussi suru-beshi ! ) .

Pour c e qui est de l a forme conclusive, o n trouve, parallèlement à -beshi, une forme -beki da.
La forme négative -bekarazu est, elle aussi, encore usitée pour exprimer l'interdiction. Cf.
tachiirubekarazu « défense d'entrer ! »

X.3. L'auxiliaire -maji

Le IDS -maji, qui s'attache aux verbes et mots de qualité exactement de la même façon que
-beshi (voir X. 1 ), suit la conjugaison des mots de qualité de type -shiku katsuyô (sans impératif). Voir
le tableau p. 1 7 3 , n° 20.

� -maji a les mêmes valeurs que -beshi, mais marquées négativement : supposition
négative, volonté négative, invraisemblance, ordre négatif c'est-à-dire interdiction
(kinshi).

94
C H A PITRE X

Fréquemment employé en prose, -maji est peu employé en poésie. On n ' en trouve dans le
Shinkokin-shû qu'un seul exemple en tout et pour tout. Le voici - il est un peu difficile :

(e) Omokage no wasurarumajiki wakare kana


Nagori wo hito no tsuki ni todomete (ShKKS 1 1 85)

Ce poème, dû à Saigyô, combine deux thèmes fort courants : le regret des amants d 'avoir à se
quitter le matin venu ; et la lune, que deux amants séparés contemplent en pensant l 'un à
l ' autre. Ce poème est ordinairement compris comme exprimant ce que ressent une femme
après le départ de celui qu 'elle aime.
« Ah ! Voilà une séparation [telle que] je ne pourrai sûrement pas oublier l 'image [de celui que
j 'aime] :
le souvenir [qu 'il me laisse de lui], il l ' a confié à la lune . . »
.

La première partie du poème - la proposition principale - est constituée par un nom (wakare)
suivi de l 'exclamatif kana, comme dans l ' exemple (a) ci-dessus.
La déterminante lui est reliée très librement : « séparation [d' avec quelqu ' un dont] l 'image sera
inoubliable » .
Omokage est un nom qui apparaît très souvent en poésie, souvent lié au thème de la séparation.
Il désigne « l 'image » d'un absent.

Voyons la forme verbale wasura-ru-majiki.


Wasura-ru est constitué à partir d'un verbe wasuru (type yo-dan), qui a assez tôt disparu au profit
du verbe wasuru de type shimo ni-dan (qui a donné le moderne wasureru) . À l 'époque de Heian, on
peut le considérer comme un simple doublet du shimo ni-dan.
Au MZK de ce verbe est attaché le IDS -ru (dit de passif) ; il exprime ici la possibilité (kanô)
(cf.V.2).
Wasura-ru est au S SK, comme l 'exige -maji. Ce IDS -maji est lui-même au RTK, puisqu 'il
détermine wakare. La valeur de -maji est ici la conjecture négative.

La deuxième partie du poème explique la première. C'est une proposition qui s 'achève sur un
suspensif en -te, mais qui est rejetée après la principale. La particule -te établit une relation de
cause à effet entre les deux propositions.

Attention ! no indique ici le sujet (hito) du verbe todomete (nous reviendrons sur cet emploi
au c hapitre XII).
Le sujet est placé après le complément nagori wo, ainsi mis en vedette.

Pour ce qui est du vocabulaire, notons qu 'en poésie ou dans les romans hito désigne souvent
l ' amant ou l'amante.
Le nom nagori signifie littéralement la trace qu 'on laisse derrière soi, donc le souvenir ; le mot
s 'emploie souvent dans le contexte d ' une séparation, d'adieux.

On peut citer la transposition en langue moderne de ce poème (due à Kubota Utsubo) :


Omokage no wasureru koto no dekisô mo nai wakare de aru yo
Wakare o oshimu omoi o, hito ga tsuki ni todomete oite

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I NI T I AT I O N AU B UN G O

X.4. -maji en japonais moderne

�+� Le IDS -maji n ' a pas disparu : il a été conservé sous la forme -mai (invariable), qui indique la
conjecture négative (même sens que nai darô) ou la volonté négative.

Attention à l 'emploi de -mai : il s ' ajoute au S SK des verbes go-dan (cf. nemuru-mai « je ne veux
pas dormir » ) , comme en bungo, mais au MZK des autres verbes et des JDS (cf. nige-mai « je ne
veux pas fuir » , « [il] ne fuira sans doute pas » ; shi-mai « je ne veux pas faire » , « [il] ne fera sans
doute pas » ).

N.B. Arrivés à ce point du manuel, vous disposez de tous les éléments nécessaires pour analyser
les lignes de l' Ise monagatari données au chapitre premier (p. 22-23).

96
C hapitre XI

Les auxiliaires de conjecture -rashi, -nari, -ramu et -meri

XI.1. Généralités

� Les JDS -rashi, -nari, -ramu et -meri ont en commun :

- d 'avoir pour valeur principale la conjecture (nous verrons plus loin quelles nuances les
distinguent) ;
- d 'avoir une conjugaison défective (incomplète) ;
- de se suffixer, comme -beshi et -maji (vus au chapitre précédent), au SSK de la plupart
des verbes et auxiliaires, mais au RTK de ceux qui suivent la conjugaison ra-hen, ainsi
qu'au RTK des mots de qualité (dans le cas des keiyô-shi, ils s 'attachent à la forme
« renforcée » en karu )
-
.

XI.2. Le JDS -rashi

Cet auxiliaire a donné le moderne -rashii indiquant notamment une conjecture fondée sur l ' appa­
rence (cf. chichi wa yorokonde iru rashii) ; mais son histoire est assez complexe. À l'époque de
Heian, -rashi était en effet assez peu utilisé en dehors du waka (beaucoup plus usuels étaient -ramu
et -meri, que nous verrons plus loin). Il disparut ensuite, puis réapparut à l 'époque d 'Edo.

D ' autre part, sa conjugaison connut un sort aventureux et pas toujours très clair. À l 'époque de
Heian, elle est défective : seules sont attestées les formes S SK, RTK et IZK, qui sont le plus souvent
uniformément -rashi (cf. tableau p. 1 73, n° 22). Par ailleurs, les formes RTK et IZK n ' apparaissent
guère que dans les cas de kakari-musubi (cf. V. 3). Mais, par la suite, l 'auxiliaire fut doté d ' une conju­
gaison calquée sur celle des mots de qualité de type -shiku katsuyô : S SK rashi, RTK rashiki, RYK
rashiku.

Comme il a été dit en commençant, -rashi s'ajoute aux verbes, auxiliaires et mots de qualité. À
la différence du rashii moderne, on ne peut pas le trouver directement accolé à un nom.

Attention, en bungo, certaines formes suivies de -rashi peuvent se contracter ; ainsi :

aru-rashi -> arashi ; -karu-rashi -> karashi ; -keru-rashi -> kerashi.

Quelle est la valeur de ce IDS ?

U:� -rashi indique une supposition (suiryô) fondée sur un fait dûment constaté (souvent,
mais pas exclusivement, sur une situation perçue visuellement).

97
I NI T I AT I O N AU B U N G O

On peut le rendre par « [d' après ce qu 'on voit] on dirait que . . . », « il semble que . . . ».

Un premier exemple a déjà été vu (Vl.2.c) avec l'expression natsu kitaru rashi « on dirait que
l ' été est arrivé ». Rappelons que ki-taru est le RTK de ki-tari (le IDS -tari suivant la conjugaison
ra- hen). Dans cet exemple, la conjecture repose bel et bien sur la constatation d ' un fait : si l ' on
suppose que l'été est arrivé, c 'est pour avoir observé que « des vêtements sont mis à sécher ».

Un autre exemple, très simple :

(a) Aki-kaze ni yama tobi-koyuru karigane no


Kowe tohozakaru kumo-gakururashi (Man.yô-shû 2 1 36)

Ce poème a pour thème les oies sauvages (karigane) .

« Le cri des oies sauvages qui, [poussées] par le vent d' automne, franchissent à tire d ' aile les
montagnes,
s 'éloigne : on dirait qu 'elles se cachent dans les nuages. »

La première phrase, qui se conclut avec tohozakaru (jap. mod. tôzakaru), décrit la situation sur
laquelle s 'étaie la supposition exprimée dans la deuxième phrase.

Tobi-koyu (verbe shimo ni-dan) a donné en langue moderne tobikoeru. S ur les verbes shimo ni­
dan au radical en Y, voir V.4.d.

Un mot sur la particule casuelle (kaku joshi) ni (cf. V.3 .a).

� En bungo, l ' une des valeurs de ni est la cause d 'une action ou d 'un état (japonais
moderne ni yotte, no lame ni, etc.).

Ici kaze ni signifie : « sous l'effet du vent, grâce au vent ».

La deuxième phrase est constituée par l 'expression kumo-gakuru-rashi.


Dans kumo-gakuru, on reconnaît le verbe kakuru (conj . shimo ni-dan, jap. mod. kakureru), au
S S K.

XI.3. Le JDS -nari

Tout de suite une mise en garde : il ne faut pas confondre ce JDS avec le nari assertif étudié
au chapitre IX (qui est à l 'origine du moderne de aru). Il s'agit d 'un auxiliaire, aujou rd'hui
disparu, indiquant une supposition (suitei) fondée sur un indice sonore.
Dans le N de nari, il faudrait en effet reconnaître celui de mots comme naru « résonner », ne « le
bruit », etc.

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C H A PITR E X I

� Ce JDS -nari signifie « il semble, d'après ce qu'on entend » ou, par dérivation, « il
semble, d'après ce que l 'on entend dire » ; cette dernière valeur, le « ouï-dire », est
appelée denbun.

-nari est, nous l ' avons dit en commençant, un JDS qui s 'attache au S SK de la plupart des verbes
et auxiliaires (mais au RTK des verbes et JDS de type ra-hen ainsi que des mots de qualité). C 'est
sur ce point qu'on peut le distinguer du nari assertif (qui, rappelons-le, s 'attache au RTK des verbes) . . .
dans les cas d u moins o ù les verbes présentent une forme différente au S S K e t a u RTK. Dans les
autres cas (les verbes yo-dan), c ' est le contexte qui déterminera l ' interprétation.

-nari suit lui-même la conjugaison de type ra-hen (cf. tableau p. 1 73, n ° 24).

Voici un exemple :

(b) Oki-tsu-kaze yoha nifukurashi Naniha-gata


A katsuki kakete nami zo yosunaru (ShKKS 1 595)

Le poème se compose de deux phrases indépendantes, entre lesquelles est inséré le toponyme
Naniwa-gata, qui peut porter sur l'une ou l' autre . . . ou sur l 'une et l' autre. Rappelons que
Naniwa est le site où naîtra au xvr siècle la ville d' Ô saka.

« On dirait que le vent du large souffle au cœur de la nuit - lagune de Naniwa - :


jusqu ' à l ' aurore on entend déferler les vagues. »

Oki-tsu-kaze est une expression toute faite, où oki et kaze sont reliés par tsu, particule de
l 'époque archaïque marquant la détermination ( = no), et qui dès l 'époque de Heian ne s'était
conservée que dans certaines expressions figées. Par exemple, kuni-tsu-kami « les dieux du
pays » ; ama-tsu-kaze « le vent du ciel ». Cf. encore le moderne ma-tsu-ge « les cils »,
littéralement « les poils » (ke) des « yeux » (ma/me).

On retrouve dans fuku-rashi le IDS -rashi exprimant une supposition fondée sur un indice,
indice donné dans la deuxième phrase : le déferlement des vagues.

Kakete signifie « jusqu 'à », comme le moderne ni kakete.


Yosu a déjà été vu dans un contexte analogue (VIII.4.g).

Quant au IDS -nari (ici au RTK -naru à cause de la présence de zo ), il indique que le poète, qui
ne voit pas les vagues, suppose, à les entendre, qu 'elles déferlent.

Encore un poème, où apparaît cette fois l ' autre valeur de nari.

Il s ' agit d ' un waka écrit par l 'une des concubines de l 'empereur Gosuzaku, à la mort de
celui-ci (cf. le poème IX.b). Il fait allusion (comme il est expliqué dans une note préliminaire,
bien utile ! ) au fait que la mère du défunt, déjà entrée en religion, avait alors changé de
retraite.

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(c) Ushi tote ha idenishi ihe wo idenunari


Nado furusato ni wa ga kaheriken (ShKKS 8 1 2)

« Il paraît que, sous le coup du chagrin, [sa mère] a quitté la demeure où elle s'était retirée [du
monde] .
Pourquoi suis-je moi-même revenue dans mon foyer ? »

Le poème se compose de deux phrases indépendantes. Voyons d'abord la première.

La forme idenunari s'analyse comme suit :


ide- : RYK de idzu « quitter » (jap. mod. deru) ;
-nu : le JDS d' accompli au S SK, comme le veut -nari ;
-nari, au S SK.
Le IDS a ici la valeur de ouï-dire.

Quant à ide-ni-shi, on y reconnaît à nouveau le verbe idzu, mais ici avec sa valeur méta­
phorique de « quitter le monde », « entrer en religion » (cf. le poème IX.a) ; le verbe au RYK
est suivi du -nu d'accompli (au RYK -ni-), lui-même suivi du -ki de passé (au RTK -shi,
puisqu'il détermine ihe).
Sur la combinaison -niki (au RTK -nishi) , cf. VIII. 1 .d.

L'explication de la décision de l 'impératrice douairière est donnée dans les premiers mots du
poème. En effet, le mot de qualité ushi (« triste ») est suivi de tote ha - tote étant, rappelons-le,
l'équivalent de to omohite, to ihite (cf. VII.2.b). Ici, l'expression signifie donc littéralement « se
jugeant triste », « se disant triste ».

� Tote, qui indique l 'état d 'esprit dans lequel on accomplit une action, est souvent
expliqué comme une conjonction indiquant la cause : « du fait que », « en raison de . . . ».

Ici, l ' impératrice a agi « en raison de sa tristesse ».

La deuxième phrase exprime le reproche que se fait la concubine impériale de n 'être pas
elle-même entrée en religion.
C'est une interrogative introduite par nado « pourquoi ? ». Attention !

� En bungo, nado n'est pas seulement une particule indiquant qu 'on abrège un énoncé
(cf. en français « etc. »), mais il est employé comme adverbe interrogatif signifiant
« pourquoi ? » ; il est à rapprocher du naze moderne.

Le verbe de la proposition interrogative, comme il est d ' usage, comporte un IDS de supposi­
tion, ici -kenl-kemu (cf. VIIl.2).

Enfin, wa ga.
Wa ga est très courant comme déterminant d 'un nom, à valeur de possessif (cf. IX.6.h) ; nous
y reviendrons (chap. XII).
Mais ici ga indique le sujet du verbe, et wa ga pourrait se rendre par watakushi ga.

1 00
C H APIT R E X I

Cet emploi est rare à l 'époque classique, car ware a peu à peu remplacé wa comme pronom,
ailleurs que dans le possessif waga. Une autre version du poème donne d 'ailleurs ware
kaheriken, c 'est-à-dire qu 'on a le pronom ware, sans particule indiquant le sujet.

XI.4. Le JDS -ramul-ran

Comme -mu, -ramu apparaît avec deux graphies, -ramu ou -ran.


Comme les autres JDS étudiés dans ce chapitre, il est défectif, et ne possède que trois formes (cf.
tableau p. 1 7 3 , n° 2 1 ) :
SSK -ramu RTK -ramu IZK -rame

Sur son mode de suffixation, voir plus haut, XI. 1 .

Quelle est sa valeur ?

� -ramu exprime une conjecture (suiryô) concernant soit l 'existence même d'un fait, soit
les causes d'un fait existant.

Cette deuxième valeur apparaît souvent après des interrogatifs comme ikani « pourquoi ?
comment ? » .

Nous avons déjà rencontré ce JDS dans l'expression miehi ha tae-nu-ran « le chemin est sans
doute coupé » (IX. 3.d). La conjecture portait sur l 'existence d'un fait.

Lisons un poème.

(d) Asagiri ni nurenishi koromo hosazu shite


Hitori ya kimi ga yama-dji koyuran (ShKKS 902)

Dans ce poème très ancien (il figure déjà dans le Man.yô-shû), une femme exprime son
inquiétude à imaginer le voyage qu 'effectue son époux.
« S ans mettre à sécher votre vêtement mouillé par le brouillard du matin,

franchissez-vous seul la montagne ? »

La première proposition s' achève par la forme hosa-zu shite.


L'expression koromo hosu a déjà été vue (Vl.2.c ).
Hosazu est le RYK du négatif hosa-zu.

� Shite est une particule conjonctive ( setsuzoku joshi) qui s'attache au RYK des mots de
qualité et du JDS -zu, avec les valeurs de -te.

C'est-à-dire que, selon les cas, shite indique seulement la coordination, et n ' ajoute aucune
nuance particulière au simple RYK (on dit alors qu 'il assure le rythme de la phrase) ; parfois, en
revanche, il donne au RYK une valeur circonstancielle, indiquant la cause ou la manière. C 'est cette
dernière valeur qu ' apporte shite dans le présent exemple. En ce cas, comme souvent,

101
I NI T I AT I O N AU B UN G O

la combinaison -zu shite correspond au moderne -naide, -nai mama, et peut se rendre par
« sans » .

Voici quelques exemples de shite accolé au RYK d'un mot de qualité :


- Shinto ha (. . .) minami ha umi chikaku shite kudareri (Heike monogatari [Le Dit des Heiké], L. V)
« Pour ce qui est de la nouvelle capitale, au sud, la mer étant proche, [le terrain] descend. »
N.B. Nous verrons le IDS -ri indiquant un état qui dure au chapitre XII.
- Wakaku shite oya ni sakidatsu yori mo urameshiki ha nashi (ibid. L. VI)
« Il n 'est rien de plus regrettable que, jeune, précéder ses parents [dans la mort] . »

Revenons à notre poème.


On aura pu décomposer la forme nure-ni-shi : le verbe nuru « se mouiller » (conj . shimo
ni-dan, jap. mod. nureru), au RYK, est suivi du -nu d' accompli également au RYK ; ce IDS
est lui-même suivi du -ki de passé au RTK (cf. plus haut, dans le poème (c), la forme idenishi).
Dans l 'expression asagiri ni, la particule ni indique la cause (cf. le premier poème vu dans le
présent chapitre).

La forme koyu-ran est aisée à identifier. Nous avons rencontré le verbe koyu plus haut, dans
l ' exemple (a).
Quant à -ran, il exprime la conjecture. Il se trouve dans une proposition où figure ya.

� La valeur de la particule ya se situe à la limite du doute et de l 'interrogation (gimon).


Ya entraîne le RTK (règle du kakari-m usubi).
Les énoncés dubitatifs où figure la combinaison ya . . . + un JDS de conjecture comme
-ramu sont très fréquents.

Ici, la phrase peut en français se rendre soit par « franchissez-vous seul ? », soit par « sans
doute franchissez-vous seul . . . ».

XI. 5. Le JDS -meri

Ce IDS se construit de la même manière que les précédents (cf. XI. l ) et a une conjugaison
défective (type ra-hen). Cf. tableau p. 1 73, n° 23.

Notons que, devant -meri, les RTK des verbes de type ra-hen ainsi que des keiyô-shi (formes en
-karu) se contractent volontiers (phénomène dit onbin ou « adoucissement phonétique » ). Par exemple,

arumeri -> anmeri -> ameri


-karumeri -> -kanmeri -> -kameri

Quelle est la valeur de ce IDS ?

� -meri indique une conjecture (suiry ô) fondée sur une réalité observée visuellement ou
simplement l 'appa rence (cf. jap. mod. yô ni mieru ou -sô de aru). Il est donc proche de
-rashi. Parfois, il semble être utilisé seulement pour atténuer l'expression (enkyoku) .

1 02
C H A PITR E X I

Fort usité à l 'époque de Heian dans la prose, il apparaît peu en poésie. On en trouve un seul
exemple dans le Shinkokin-shû, que voici :

(e) Miru mama ni yama-kaze araku shigurumeri


Miyako mo ima ya yo-samu naruran (ShKKS 989)

« La bise montagnarde [se faisant] violente, il semble que, à vue d'œil (= dans un instant), il
va tomber une averse.
[À] la capitale aussi, maintenant ce doit sans doute être le froid pénétrant de la nuit. . . »

Ce poème est simple (même s ' il passe mal en français).


Comme dans plusieurs exemples déjà rencontrés, il se compose de deux phrases grammaticale­
ment indépendantes.

Devant le IDS -meri, le verbe shiguru « pleuvoir en averse » est au S S K (conj . shimo ni-dan,
jap. mod. shigureru).

Dans la deuxième phrase, -ran est attaché au RTK de nari « assertif » (conj . ra-hen), lui-même
précédé du nom yo-samu (cf. IX.2). Comme shiguru, ce mot évoque la fin de l ' automne.
On note ici encore, comme dans le précédent poème, la présence du couple ya . . . -ramul-ran.
On pourrait avoir en japonais moderne sazo(ya) yosamu de arô.

Grâce à ce poème, on peut saisir la nuance qui sépare -meri et -ran. Dans la première phrase, la
conjecture est fondée sur une observation : la violence du vent fait pressentir la venue de l ' averse.
Dans la deuxième partie, au contraire, tout se passe dans l 'imagination du voyageur.

1 03
�'l.

Le poète Ariwara no Narihira (825-880).


Édition xylographique de l'lse monogatari.
Époque d'Edo (document de l 'auteur).
C h apitre XII

L' auxiliaire d ' accompli -ri


Les noms de nombre
Les particules ga et no

XII. 1. Le JDS -ri

Nous avons déjà étudié plusieurs auxiliaires (jodôshi) indiquant l ' accompli ; tous s ' attachaient à
la forme ren.yô-kei des verbes ou autres mots variables.

� L'auxiliaire -ri, qui indique lui aussi l 'accompli (kanryô), a pour double particularité :
- de ne pouvoir s'attacher qu 'aux verbes de type yo-dan ou sa-hen ;
- de se suffixer à leur forme en E.

Pourquoi dire « la forme en E » ?


C 'est que, pour les verbes yo-dan, on ne sait s'il faut parler d' izen-kei ou de meirei-kei (de forme
identique, en E), et que, pour le verbe su, la forme en E est le mizen-kei. Retenons donc plutôt le
schéma : radical + E + ri. Ainsi :
saku -> sakeri furu -> fureri
yomu -> yomeri su -> seri

Cet auxiliaire est défectif, et il suit la conjugaison ra-hen (cf. tableau p. 173, n ° 25). Il est surtout
employé aux formes S SK et RTK.

Attention ! le RTK est -RU. C 'est-à-dire que les verbes yo-dan ci-dessus donneront sakeru,
fureru, yomeru. Pour le lecteur moderne, ces formes évoquent les potentiels (yomeru « pouvoir lire »,
etc.). C'est là une source de confusion très courante, à laquelle il faut prendre garde.
Par exemple, la forme ancienne tateru correspond au moderne tatte iru « être debout », et non
pas au potentiel de tatsu (on aurait tachiu, RTK tachiuru), ni d ' ailleurs au verbe transitif « dresser »
(on aurait tatsu, RTK tatsuru).

N.B. Les potentiels en -eru ne semblent pas avoir la même étymologie, et leur emploi est apparu
assez tardivement, à l 'époque Muromachi, alors que le IDS -ri d' accompli n 'était plus usité dans la
langue parlée. Cependant, quand Kawabata Yasunari, en 1 960, intitule un de ses romans Nemureru
bijo, il ne veut pas dire « les belles qui peuvent dormir », mais, en recourant à une forme archaïsante,
« les belles endormies ».

Quelle est exactement la valeur de -ri ?


Comme on l ' a dit, il s'agit d ' un IDS d' accompli, très proche de -tari : il signifie que l' action est
déjà réalisée, souvent avec l 'idée que l 'effet s'en fait toujours sentir. Il exprime aussi un état qui se
prolonge.

1 05
I NI T I AT I O N AU B UN G O

En langue moderne, il correspond souvent aux formes progressives (-te iru, -te aru), mais aussi
à -ta.
On trouve dans le ShKKS des expressions comme kumo zo mine ni nokoreru « les nuages restent
sur les cimes » (en japonais moderne kumo ga mine ni nokotte iru). Ou encore : sode ni okeru shira­
tsuyu « la blanche rosée qui est posée sur la manche » (japonais moderne sode ni oite iru tsuyu).
Nous avons également rencontré (Xl.4) la forme kudareri « [le terrain] descend » (jap. mod. hikuku
natte iru).

�+� Le tour A ni okeru B reste employé aujourd ' hui dans le style académique, avec le sens de B qui
«

se trouve dans A ». Cf. Genji monogatari ni okeru oyako kankei « les relations parents-enfants
dans le Genji monogatari ».

Voici quelques poèmes :

(a) Aki wo hete tsuki wo nagamuru mi to nareri


Isodji no yami wo nani nagekuran (ShKKS 1 537)

Dans ce poème du moine Jien, sur le thème de l 'illumination obtenue après de longues années,
nous retrouvons des images déjà rencontrées précédemment (cf. VIII.a).
« Ayant vécu maints automnes, je suis devenu quelqu 'un qui contemple la lune.
Pourquoi déplorerais-je les ténèbres des cinquante années [passées] ? »

Les ténèbres opposées à la lumière de la lune, c 'est l 'illusion, l 'erreur de l 'homme opposées à
l'enseignement salvateur du Buddha, que le poète dit avoir découvert au terme de sa vie.

Le poème se compose de deux phrases grammaticalement indépendantes.

Dans la forme nare-ri (de naru « devenir », construit avec to), -ri indique que le changement
d 'état est bel et bien réalisé (japonais moderne natta).

Mi (« la personne ») est déterminé par nagamuru, RTK de nagamu (jap. mod. nagameru).
He-te vient du verbe hu (jap. mod. heru) « passer (une période de temps) » (cf. VIII. 1 .c). Les
deux verbes sont des shimo ni-dan.

La deuxième partie du poème est peut-être grammaticalement plus délicate. Il s'agit d 'une
phrase interrogative, le mot interrogatif étant nani.

� À côté de sa valeur de pronom interrogatif, conservée en langue moderne (signifiant


« quoi ? » ) , nani est également, en langue classique, un adverbe interrogatif signifiant
« pourquoi ? ».

Nous avons déjà rencontré (Xl.3.c) le composé nani-to, contracté en nado, de même sens.

Nous retrouvons ici le JDS -ran, dont nous avons dit qu'il était fréquent dans les interrogatives
(cf. Xl.4).

1 06
CHA PITR E X I I

Mais il faut nous arrêter sur l 'expression isodji signifiant « cinquante ans » .

XII.2. Les n uméraux

Le japonais moderne dispose, jusqu 'au chiffre 10 compris, de deux séries de numéraux : l ' une
d ' origine purement japonaise (hitotsu, futatsu, etc.), et l 'autre empruntée au chinois (ichi, ni, san,
etc.). Ensuite, on recourt à la série d'origine chinoise (jû-ichi, jû-ni, etc.). Mais il est évident que les
Japonais n 'ont pas attendu les Chinois pour compter au-delà de 1 0. Simplement, les numéraux
indigènes ont été, à partir de 1 1 , peu à peu évincés par ceux empruntés au chinois . . . à quelques
exceptions près, comme hata « vingt », encore vivant dans hatachi « vingt ans (d' âge) » ou hatsuka
(dérivé de hataka) « le 20 du mois ».
Ces numéraux japonais apparaissent très souvent dans les textes anciens . . . et sont les seuls à être
utilisés dans le waka, d 'où sont exclus les mots d'origine chinoise.

Présentons ici les principaux.

- La formation des dizaines :

- 20, nous venons de le voir, se dit hata.


Au-delà, on ajoute le suffixe -so aux chiffres désignant l 'unité (on reconnaîtra dans les numéraux
ci-dessous les radicaux de la série mittsu, yottsu, etc.) :
- 30 : mi-so ;
- 40 : yo-so ;
- 50 : i-so ;
- 60 : mu-so ;
- 70 : nana-so ;
- 80 : ya- so ;
- 90 : *kokono-so (qui ne semble attesté que dans le composé kokono-so-dji).

À ces chiffres, on ajoute souvent le suffixe -chi ou -dji. Par dérivation, les chiffres suivis de -chi
ou -dji indiquent en particulier les années, l ' âge. Il en reste une trace dans le moderne hatachi :
« vingt ans (d'âge) ». D 'où, dans le présent poème, le terme isodji « cinquante » pour « cinquante
années de vie ».

- 1 00 se dit momo ;
- 1 000 : chi ;
- 1 0 000 : yorodzu, qui, par dérivation, signifie aussi « un très grand nombre », « tout ».

�+� Ces chiffres se repèrent encore aujourd 'hui dans certains mots comme misoka, littéralement « le
trentième jour », mais par dérivation « le dernier jour du mois » ; ou encore ômisoka « le grand
trentième jour », c ' est-à-dire le dernier jour du dernier mois de l ' année.
On les retrouve aussi dans des toponymes, par exemple chi « mille » dans Chiba, Chikuma-gawa,
Chiyoda-ku, etc.

Après cet intermède, revenons à notre JDS.

1 07


l ���-----·
I NI T I AT I O N AU B U N G O

XII.3. Le JDS -ri (suite)

Voyons un deuxième poème, où figure d' ailleurs un numéral.

(b) Kumori naku chitose ni sumeru midzu no omo ni


Yadoreru tsuki no kage mo nodokeshi (ShKKS 722)

Dan s ce poème dû à Murasaki Shikibu, l ' auteur du Genji monogatari, nous retrouvons des
images et des expressions déjà rencontrées (VIl.d), mais ici sans connotation bouddhique.
Néanmoins, la description n 'est pas dépourvue d'une signification symbolique : il s'agit d'un
poème faste, célébrant la gloire des Fujiwara et la paix qu 'ils font régner dans le pays.

« S ur la surface des eaux, qui restent transparentes, sans ombre, pour mille années,
le reflet de la lune qui y repose est également paisible. »

Du point de vue grammatical, les deux verbes sume-ru (de sumu) et yadore-ru (de yadoru)
comportent le JDS -ri (au RTK). Dans les deux cas, ce IDS exprime un état qui dure (cf. japonais
moderne : sunde iru, yadotte iru).

Deux mots sont désuets : omo « la surface » (cf. jap. mod. omote) et nodokeshi « calme,
tranquille » (cf. jap. mod. nodoka) .

Dan s chi-tose, on reconnaît le numéral chi « mille », signalé plus haut. Quant à -tose, mot de
même racine que toshi, c 'est un suffixe utilisé pour compter les années (cf. mitose-go « un
enfant de trois ans » ) .

Lisons encore u n poème :

(c) Kore ya mishi mukashi sumiken ato naran


Yomogi ga tsuyu ni tsuki no kakareru (ShKKS 1 680)

Ce poème est dû au moine Saigyô, revenu au temple Miidera, proche de Kyôto, après qu 'un
incendie l 'eut dévasté.

« Ceci, est-ce la trace [du lieu] où j ' ai vécu dans un passé que j ' ai connu ?
[Le reflet de] la lune est posé sur la rosée de l' armoise . . . »

Le poème se compose de deux propositions indépendantes.

La première est une interrogative, comme l 'indique la présence de la particule ya - particule


qui a d'ailleurs une valeur plus émotive que vraiment interrogative (cf. XI.4.d). Rappelons
qu 'en milieu de phrase, avec une valeur interrogative - comme ici ya entraîne le RTK (phé­
-

nomène du kakari-musubi, cf. V.3).


Nara-n, forme constituée par le MZK de nari (cf. chap. IX) suivi du IDS -n à valeur
conjecturale (cf. IV. l ), est donc au RTK.

1 08
C H A PITR E X I I

La forme sumi-ken détermine ato : littéralement « la trace [du lieu où] j ' ai dû vivre ». On y
reconnaît le JDS -ken marquant une supposition portant sur un fait passé (cf. VIII.2).

Quant à mi-shi, c ' est le RYK du verbe miru « voir », suivi du JDS -ki de passé (cf. VIIl. 1 ),
lui-même au RTK puisqu 'il détermine mukashi. Notons qu 'ici miru a perdu sa valeur originelle
de « voir » : il signifie « faire l 'expérience de, vivre quelque chose ». Notre traduction « un passé
que j ' ai connu » tente de rendre cette expression.

La deuxième phrase est plus délicate.


L'image, quelque peu fantasmagorique - la lune se reflète dans la rosée qui couvre l'armoise -,
est analogue à celle que nous avons déjà vue dans un autre poème de S aigyô (VI.a) . La lune
éclaire un lieu abandonné, livré aux herbes folles.

La forme verbale kakare-ru est constituée par la forme en E du verbe kakaru « être accroché à »,
avec le IDS -ri indiquant ici un état qui dure (japonais moderne : kakatte iru).

-ri est au RTK. En effet, du point de vue de la syntaxe, on a affaire à une phrase d'un type
particulier :

� Une indépen dante dont le sujet est suivi de la particule no et dont le prédicat (verbe
ou mot de qualité) est au RTK possède une valeu r émotive (kandô-bun).

Nous avons déjà rencontré une phrase analogue (V. 3 .b).


On remarque que, dans cette phrase, l 'emploi de no et de ga est l 'inverse de l 'emploi moderne,
ga étant ici la marque du déterminant nominal : yomogi ga tsuyu « la rosée de l 'armoise », et
no la marque du sujet : tsuki no kakareru « la lune est accrochée à la rosée ».
Il faut préciser ces points.

XII.4. Les particules casuelles (kaku-joshi) no et ga

En japonais moderne, la répartition des emplois entre no et ga est assez claire : no est d' abord
une particule de détermination, reliant un déterminant souvent nominal à un déterminé nominal (par
exemple nihongo no hon) ; no peut marquer, selon les cas, la possession (watashi no pen), la matière
(kin no yubiwa), le temps (haru no hana), etc. Quant à ga, il indique le déterminant du verbe,
c'est-à-dire son sujet grammatical (ame ga futte iru). Mais cette répartition est assez tardive (époque
Muromachi). Comment les choses se passaient-elles dans la langue ancienne ?

À l 'origine, les deux particules avaient pour fonction essentielle de relier un déterminant nominal
à un nom. Ainsi, dans l 'exemple (c), « la rosée de l' armoise » se dit yomogi GA tsuyu mais no peut
. . .

assumer la même fonction : on trouve dans le même Shinkokin-shû un poème (n° 1 59) où figure
l 'expression yamabuki no hana NO tsuyu « la rosée des fleurs de corète » .

O n voit que l 'usage paraît assez flottant, mais i l faut retenir l e point suivant :
� ga assumait dans la langue ancienne plusieurs fonctions aujourd'hui réservées à no.

1 09

l
I NI T I AT I O N AU B U N G O

Qu 'en est-il de l 'indice du sujet ? Rappelons d'abord que fondamentalement, en japonais, le sujet
n ' a pas besoin d'être signalé par une particule. L'absence de toute marque caractérise même le sujet
(cf. 11. 1 ) .
L'emploi actuel d e g a comme indice d u sujet est dérivé d e son emploi ancien comme marque du
déterminant nominal, au terme d ' un processus peu clair, sur lequel nous n 'insisterons pas. Mais il
faut noter que, pour marquer le sujet, no concurrençait ga, comme on vient de le voir dans
l 'exemple (d) : tsuki no kakareru, et comme il apparaissait aussi dans le poème (e) du chapitre X. Il en
reste d ' ailleurs des traces en langue moderne : no peut indiquer le sujet dans des propositions déter­
minantes ; par exemple, watakushi no kaita tegami « la lettre que j 'ai écrite » .

Donc, ga et no semblent avoir rempli des fonctions analogues. Mais cela ne veut pas dire qu 'ils
aient été interchangeables.
Comment se répartissaient leurs emplois ? Il est difficile de répondre simplement à la question,
c ar cette répartition, qui a d 'ailleurs évolué au long de la période ancienne, n ' est pas toujours claire
même pour les spécialistes. Il n 'est donc pas question d 'entrer ici dans le détail.
Nous nous bornerons à des indications concernant les principaux emplois de ga, la particule la
plus déroutante pour le lecteur moderne. (Nous avons très souvent rencontré no, sans que son emploi
fasse problème.)

Principaux emplois de ga

Notons pour commencer que les emplois de ga sont beaucoup plus restreints que ceux de no.

- Ga peut indiquer, comme aujourd' hui, le sujet du verbe. Cf. XI, poèmes (c) et (d).
Les spécialistes ont observé que ga apparaissait plutôt dans un groupe de mots limité, ou dans
des propositions subordonnées, et non pas pour indiquer le sujet d' une longue phrase dans son entier.
(N.B . On a d ' ailleurs fait la même observation pour no indiquant le sujet. . . ) .

- Ga indique aussi le déterminant d' un nom pour signifier l 'appartenance, la possession, parti­
culièrement quand le « possesseur » est un être animé : une plante, comme dans l 'exemple (c)
ci-dessus, un animal, et surtout un être humain.
Cf. plus haut, VI.b : kimi ga omokage « votre image » , ou encore l 'exemple (d) du présent
chapitre : kimi ga yo « le règne du prince » .
Il en reste des traces en langue moderne, par exemple dans le possessif waga « de moi, mon » ,
composé d'un pronom wa (cf. ware) et de la particule ga. Waga est resté dans des expressions figées,
encore usitées : cf. waga kuni « mon (notre) pays » . Mais, attention !

� Dans les textes anciens waga n 'est pas un possessif de première personne, mais un
réfléchi pouvant renvoyer à n'importe quelle personne (= jibun no).

Donc, si le sujet est à la troisième personne, waga devra être traduit par « son ». Par exemple :
kita no kata ha (. . .) WAGA wotoko no warusa kokoro-uku oboekeri (Kokon chomon-jû, § 3 1 9)
« La personne [du pavillon] du nord (= l 'épouse) ressentait tristement la laideur de SON mari. »
N.B . Sur kokoro-uku, voir VIII.b et XV.f.52.
Oboyu signifie ici « ressentir » .
Sur le JDS -keri narratif, voir VIII. 3.

1 10
C H APITR E X I I

On trouve aussi ga employé avec une ellipse du nom déterminé, comme une sorte de pronom
possessif (cf. no en japonais moderne : kore wa watakushi no desu « c ' est le mien »). Par exemple,
dans le Man.yô-shû, la phrase Kono uta Kakinomoto no Hitomaro ga nari « Ce poème est de
Kakinomoto no Hitomaro. »
Notons à propos du nom de ce poète que, à l ' époque ancienne, le patronyme et le nom personnel
étaient souvent reliés entre eux par no (jamais par ga). Cf. Fujiwara no S hunzei.

- N ' oublions pas que, en bungo, un verbe au RTK peut fonctionner comme un nom. Ga après un
RTK peut indiquer que ce RTK nominalisé détermine le nom qui suit. Il ne s ' agit pas là de
« possession », et cet emploi est réservé à la détermination de noms indiquant une émotion : hitori
kaheru ga sabishisa « la mélancolie de rentrer seul ».

- On remarque aussi l 'emploi de ga après des chiffres :


gonen ga aida « pendant une durée de cinq ans » ;
shijûnen ga saki « il y a quarante ans » ;
hyaku-ki bakari ga naka ni kakomarete « encerclé au milieu d 'environ cent cavaliers »
(N. B . -ki est un spécificatif pour les cavaliers) ;
san ga ni « les deux tiers » (littéralement : « deux de trois » ).

�+� L'expression moderne man ga ichi, littéralement « un sur dix mille », dans une proposition
exprimant la condition, au sens de « si jamais, si par miracle », en garde la trace.
Cf. man ga ichi jishin ga attara « si j amais il y avait un tremblement de terre ».

- On trouve aussi ga indiquant le déterminant dans des toponymes. Par exemple :


Seki-ga-hara « La Lande de la barrière » (où Tokugawa leyasu remporta sa fameuse victoire en
1 600) ;
Kasumi-ga-seki « La B arrière de la brume », quartier de Tôkyô ;
Ama-ga-saki « Le Cap de la nonne », ville proche d ' Ô saka ;
Tsuru-ga-oka « La Colline aux grues », à Kamakura.

- Ga est utilisé pour indiquer le déterminant de mots-outils comme tame « pour », gotoku
« comme », etc.
Cf. kimi ga tame « pour toi » ; wa ga gotoku « comme moi ».

N.B. Gotoku est le RYK, employé adverbialement, de gotoshi « être semblable à » (jap. mod. no
yô de aru). Gotoshi est mis au nombre des JDS (cf. tableau p. 1 73, n° 28), mais il se construit avec
des noms ou des pronoms auxquels il est relié au moyen de ga ou de no, ou encore avec des verbes
au RTK auxquels il est relié par ga.
Par exemple : fuukau (mod. fûkô) ha atakamo we (mod. e) no gotoshi « le paysage est tout à fait
semblable à une peinture ». Ou encore une maxime empruntée aux Entretiens de Confucius :
sugitaru ha naho oyobazaru ga gotoshi « passer [la mesure] , c 'est comme ne pas l'atteindre » (c 'est­
à-dire « l ' excès en tout est un défaut » ).
Ce IDS est toujours employé.

111

l
I N I T I AT I O N AU B U N GO

Pour finir, proposons un dernier exemple, où nous retrouverons plusieurs points expliqués dans
ce chapitre. Il s'agit. . . de l 'hymne national japonais, qui n'est autre qu 'une variante d ' un poème du
Kokin waka-shû (début du xc siècle) adopté pour ce nouveau rôle à l 'ère Meiji. On l 'appelle le
Kimigayo.

(d) Kimi ga yo ha chiyo ni yachiyo ni sazareishi no


Ihaho to narite koke no musu made

« Que le règne du Prince (= de l'empereur) [se prolonge] pour mille générations, huit mille
-générations, jusqu 'à ce que les cailloux
deviennent rocher et que la mousse s'y forme ! »

Le sujet de la phrase est kimi ga yo où l 'on reconnaît le ga possessif.


Signalons que, dans le Kokin waka-shû, le début du poème n ' est pas kimi ga yo ha, mais waga
kimi ha (« Que mon prince [vive] ! »), expression où l'on trouve le possessif waga rencontré
plus haut.
Nous avons vu que kimi, aujourd' hui très familier, était à l'époque ancienne hautement honori­
fique et renvoyait notamment à l'empereur (cf. IX. b).
On a ici côte à côte le même mot yo pris dans deux sens différents : « génération » dans les
expressions chiyo et yachiyo, et, au sens dérivé, « règne » dans l'expression kimi ga yo .

Dans les formes chi-yo, ya-chi-yo, on aura reconnu le numéral chi « mille ». À propos de « huit
mille », signalons que, dans le Japon primitif, huit, huit cents et huit mille signifiaient simplement
« un grand nombre ».

La particule ni qui suit chiyo et yachiyo reste en suspens. La phrase n' a pas de verbe principal.
Il faut suppléer un verbe comme « se prolonger », « durer ». Un commentateur propose, en
japonais moderne, tsuzuite itadakitai.

La suite du poème - une proposition subordonnée temporelle - évoque des durées géolo­
giques ! Sazare-ishi désigne des cailloux minuscules ; ihaho (prononciation moderne iwao, cf.
I.3.b) est un doublet de iha « rocher ».

Les deux no indiquent respectivement le sujet de naru (sazareishi no) et celui de musu (koke no).

1 12
C hapitre XIII

La particule -ba après le mizen-kei


La p articule -ha après le ren.yô-kei
L' aux iliaire -mashi

XIII.1. La particule -ba après l eo


Nous connaissons bien la particule conjonctive (setsuzoku joshi) -ba utilisée après l' izen-kei (cf.
IV.4.e, etc.). Nous avions noté qu 'elle indiquait le temps ou la cause et correspondait au français
« quand, comme », à la différence de -ba dans les formes modernes constituées à partir du katei-kei,
qui ont une valeur conditionnelle.
Par exemple, en l �ngue moderne, a ::._ba signifie « s 'il y a � mais, e1!J!.Yngo, cette forme se traduit
.

�. ·

par « quand, comme 1_1 X�a ».


Comment forme-t-on une proposition conditionnelle (katei jôken) en bungo ?

� Pour former une conditionnelle, on recourt à la particule -ha ajoutée au mizen-kei. tj

Le mot mizen signifie, rappelons-le, « non encore réalisé » : on est bien dans le monde de
l' hypothèse.

Voyons un premier exemple, tiré non pas du Shinkokin-shû, mais du Kokin-shû (n° 1 45).

(a) Natsu-yama ni naku hototogisu kokoro araba


Mono-omohu ware ni kowe na kikase so

« Coucou qui chantes dans les monts de l 'été, si tu as du cœur,


ne me fais pas entendre ta voix, à moi qui suis plongé dans la méditation ! »

Le vocabulaire de ce poème est très simple.


Signalons seulement que, dans mono-omohu, mono n ' a pas de valeur précise ; le verbe mono­
omohu signifie « être plongé dans ses pensées, méditer », souvent avec une nuance de tristesse.
Quant au coucou, il a été parfois conçu en Chine, puis au Japon, comme un oiseau venu du
monde des morts, dont le chant éveille donc la mélancolie. C'est pourquoi le locuteur, sans
doute un ermite, le prie de ne pas ajouter à sa propre tristesse.

Du point de vue grammatical, rappelons, à propos de natsu-yama ni, que l 'emploi de ni est très
large en bungo (cf. V.3.a) : on dirait aujourd'hui natsu no yama de.

Ara-ba est formé à partir du MZK de ari. C'est donc un conditionnel : « si tu as (du cœur, de la
compassion) ».

1 13
I N I T I AT I O N AU B U N G O

Avec kowe na kikase so « ne fais pas entendre ta voix ! », on a affaire à une forme non encore
rencontrée. Il s ' agit de l'expression de l'interdiction (kinshi).

� En bungo, l 'interdiction peut s'exprimer par le tour : na + RYK + so.

Le RYK est ici celui de kika-su, factitif de kiku « faire entendre » (cf. V.4). On aurait de même,
par exemple, na yaki so « ne fais pas brûler ! » ; na wasure so « n ' oublie pas ! »
Notons que, dans le cas des deux verbes irréguliers ku et su, on forme cet impératif négatif non
pas avec le RYK, mais avec le MZK : na ko so « ne viens pas ! » ; na se so « ne fais pas ! »

Voyons un autre poème.

(b) Sakura-bana sakaba madzu min to omohu ma ni


Hi-kazu henikeri haru no yama-zato (ShKKS 80)

Comme avec le poème précédent, nous sommes dans la montagne. En altitude, la floraison des
cerisiers est plus tardive, et le poème a pour sujet l' attente de cette floraison.
« Tandis que je me disais : "si les cerisiers fleurissent, j ' irai tout de suite les voir ! ",
voilà que des jours et des jours ont passé : bourg de montagne au printemps. »

Pas de difficultés de vocabulaire.


Pour ce qui est des formes verbales, sakaba est un conditionnel, puisque saka- est un MZK.

Mi-n est le volitif de miru (cf. IV. 1 ).


On aura sans peine analysé he-ni-keri : he- est le RYK de hu Uap. mod. heru) déjà plusieurs
fois rencontré ; -ni- est le RYK du -nu d ' accompli ; -keri a une valeur exclamative.

Comme dans le poème Vl.c, le groupe nominal situant l'énoncé dans le lieu et le temps (haru
no yama-zato) est rejeté, sans particule casuelle, à la fin du poème.

Un dernier exemple.

(c) Yoshino-yama yagate ideji to omohu mi wo


Hana chirinaba to hito ya matsuran (S hKKS 1 6 17)

Nous retrouvons les cerisiers, ceux des fameux monts de Yoshino. Saigyô, à la différence des
courtisans qui ne s'y rendent que pour une excursion, désire y installer durablement son
ermitage.
« Moi qui n ' ai pas l'intention de quitter tout de suite les monts de Yoshino,
les gens [pourtant] ne m' attendraient-ils pas, [en se disant] : "si les fleurs sont tombées, [il
reviendra]" ? »

Tous les mots sont bien connus. Attention seulement à yagate, qui signifie aujourd' hui
« bientôt », mais voulait dire en langue ancienne « tout de suite ».

1 14

------ - - �
C H A PITR E X I I I

Quant à mi « la personne », il renvoie ici au locuteur et peut se rendre par « moi ».

A nalysons les trois verbes.


Dan s ide-Ji, ide- est le MZK de idzu « sortir », « quitter » Uap. mod. deru), suivi de
-Ji indiquant la « volonté négative ». Le tour : volitif + to omo( h)u a déjà été vu plusieurs fois,
y compris dans le poème (b) ci-dessus (pour -Ji + to omohu, cf. VIIl.b).
Le verbe matsu-ran est formé avec le IDS de conjecture -ran. Nous l ' avons étudié (XI.4), ainsi
que la combinaison ya . . . -ramul-ran (XI.4.d), rendue en français par une interrogative négative.

Quant à chiri-na-ba, on y reconnaît le RYK de chiru, suivi de l'auxiliaire d' accompli -nu,
lui-même mis au MZK en raison de la présence de -ba. Pourquoi le IDS -nu ? L'action est hypothé­
tique, mais elle est envisagée par anticipation comme achevée, nuance qui se rendrait en japonais
moderne par chitta naraba, ou chitte shimattara.
La combinaison -naba est usuelle.

Dernier point, concernant la syntaxe : le to qui suit hana chirinaba est la particule de « citation »,
et il faut suppléer après elle un verbe comme omohite ( « se disant que . . . ») ou ihite (« disant que . . . » ).
L'omission de omohite ou ihite après to est très fréquente, en prose comme en poésie.

�+� Il reste des traces de MZK + -ba en langue moderne. Il s'agit d 'expressions figées comme iwaba
« pour ainsi dire ». On connaît aussi naraba (de nari), littéralement « si [c ']est », utilisé aujour­
d ' hui soit après un nom : anata ga kashikoi onna naraba « si tu étais une fille intelligente » ; soit
après un verbe : sake o yosu naraba « si tu cessais de boire » ; soit encore après un mot de
qualité : karada ga warui naraba « si tu n 'es pas en forme ».
Dans la langue courante, on abrège naraba en nara.

XIII.2. La particule -baya après le mizen-lœi

En français, une proposition conditionnelle, énoncée sur un certain ton, et éventuellement


accompagnée d 'une interjection, peut exprimer le souhait. Par exemple : « Ah ! si je trouvais ce
livre ! » Un peu de la même façon,

� la particule -ha après le MZK, suivie de la particule émotive ya, exprime le souhait
(ganbô).

Un célèbre roman de la fin du xr siècle est intitulé Torikahebaya « Ah si je pouvais les


intervertir ! », expression traduisant le souhait d'un père qui voudrait changer le sexe de ses enfants,
son fils étant efféminé et sa fille « garçon manqué ».
On rend -baya en langue moderne par le désidératif en -tai.
---- ------------ -------------

Voici un premier poème, d ' une très grande simplicité, mais qui serait à lire symboliquement : dû
à l 'empereur retiré Gotoba ( 1 1 80- 1 239), il exprimerait son désir de voir le trône recouvrer tout son
éclat.

1 15
I NI T I AT I O N AU B U N G O

(d) Nagamebaya Kamidji no yama ni kumo kiete


Yuhube no sora ni iden tsuki-kage (ShKKS 1 875)

« Ah ! si je la contemplais, la clarté de la lune qui, les nuées du mont Kamidji s 'étant dissipées,
paraîtrait dans le ciel du soir ! »
Le poète souhaite voir la lune paraître, apparition qui reste du domaine de l 'éventualité,
comme le signale le JDS -n dans ide-n.

Selon un tour déjà rencontré (cf. VIII.a), le verbe principal nagamebaya est placé en tête, son
complément tsuki-kage étant rejeté à la fin.

Par ailleurs, rappelons que (comme en langue moderne), le MZK des verbes shimo ni-dan est en E.
Il ne faut pas le confondre avec l'IZK en URE. Nagame-ba (MZK + ba) « si je contemplais » ne doit
pas être confondu avec nagamure-ba (IZK + ba) « comme, quand je contemple » (cf. IV.4.e).

Lisons un autre poème.

(e) Haruka naru iha no hazama ni hitori wite


Hitome omohade mono-omohabaya (ShKKS 1 099)

Dans ce poème, encore dû à Saigyô, nous retrouvons les thèmes des poèmes (a) et (c)
ci-dessus : la méditation solitaire dans les montagnes.
« Ah ! si seulement, installé seul dans le creux d'un rocher écarté,
sans me soucier du regard des hommes, je méditais ! »

Bien sûr, iha se lit aujourd 'hui iwa, et wite (de wiru « être, demeurer quelque part » ) , ite.
Haruka naru est un keiyô-dôshi dont le SSK est haruka nari (cf. IX.4). Il a donné en japonais
moderne haruka na « lointain, retiré, écarté ».
Hazama désigne un espace étroit entre deux choses, ici une anfractuosité du rocher.
L'expression mono-omohu a été vue dans le poème (a).
Omaha-baya est un désidératif : « ah ! si je méditais ! », c 'est-à-dire « je voudrais méditer ».
Reste à expliquer omoha-de, c'est-à-dire le MZK de omohu suivi de -de.

XIll.3. La particule -de après le MZK

1
c:
La particule conjonctive -de, ajoutée au MZK, permet de former un « suspensif
négatif » (cf. les formes modernes en -naide ) .
...>
.

Dans le poème (e), omoha-de correspond au moderne omowa-naide « sans penser à », « sans me
soucier de ».
Voici quelques expressions tirées de poèmes :
- la lune apparaît « sans être embrumée » kumorade ;
- on peut voir la lune « sans l' attendre » matade ;
- passer la nuit « sans voir de rêve » yume ha mide ;
- le soir tombe « sans que personne soit venu » hito ha kode.

1 16

1
j
C H A PI T R E X I I I

XIII.4. La particule -ha après le RYK

Dans les cas que nous venons d 'examiner, la proposition hypothétique (conditionnelle) se
construisait à partir d 'un verbe (éventuellement accompagné d 'un JDS , comme chiri-na-ba dans le
poème c). Mais on peut aussi construire une proposition hypothétique à partir d ' un mot de qualité
(keiyô-shi).
En ce cas, une façon de procéder consiste à ajouter -ba au MZK (en -kara- ). Par exemple : fuka­
shi « profond » > [kano kaha no] fukakara-ba « si [cette rivière] est profonde ».
-

Mais on trouve fréquemment dans les textes une autre forme, ou plutôt deux autres formes fort
proches l ' �me de l'autre, constituées à partir de la forme en -ku des keiyô-shi. Par exemple, à côté de
fukakara-ba, on trouve fukaku-ba etfukaku-ha.

Pourquoi deux formes ? Dans la plupart des éditions de l 'époque d 'Edo ou de l'époque moderne,
jusqu'à ces dernières années, on lit -ku-ba, cette forme étant analysée comme le MZK du mot de
qualité suivi de -ba hypothétique. C 'est la forme que donne par exemple le tableau de conjugaison
des keiyô-shi reproduit p. 1 69.
Mais on admet aujourd' hui que la prononciation ancienne (antérieure à l'époque d'Edo) n 'était
pas -kuba mais -kuha. (On sait en effet que, dans les manuscrits anciens, les dakuten ne sont en
général pas notés. Cf. I.2. La lecture des textes anciens suppose donc une part de restitution. Or il
semblerait que -kuba soit une reconstitution erronée de -kuha, à partir de la prononciation plus
tardive. ) Quoi qu 'il en soit, on ne s 'étonnera pas de trouver, selon les manuels de bungo ou les
éditions des textes, un flottement entre -kuba et -kuha. On peut considérer que ces deux formes sont
de simples variantes.

Mais retenons qu ' aujourd' hui l 'analyse suivante s'est imposée :

� Pour former une conditionnelle avec un mot de qualité (keiyô-shi), on ajoute ha au


ren.yô-kei en -ku.

}
On aura donc des conditionnelles comme : takaku ha « si c 'est grand » ; ureshiku ha « si [tu] es
heureux ».
On sait qu 'en langue moderne aussi wa peut avoir une valeur conditionnelle, mais dans un cas
particulier : après un verbe ou un mot de qualité à la forme en - te. Par exemple tabete wa ikenai « si
tu manges, ça n 'ira pas », d'où « il ne faut pas manger ».

Voici un poème qui serait dû à un grand poète du vur s., Yamabe no


Akahito. Il figure dans le Shûi-shû (n° 837).

(f) Kohishiku ha katami ni semu to waga yado ni


Uweshi aki-hagi ima sakari nari

« Ce lespédèze automnal que j 'ai planté dans mon logis en me disant :


" si je me languis d 'elle, j 'en ferai un souvenir", maintenant est en
pleine floraison. »

1 17

l
I NI T I AT I O N AU B UN G O

Le poème n ' est pas très difficile à comprendre, si l 'on voit bien que toute la première partie
détermine aki-hagi (« lespédèze d' automne »), qui est le sujet de la phrase.
Le « verbe » principal est nari assertif, dont on remarquera dans le texte japonais la graphie,
courante dans les textes anciens.

Le verbe uwe-shi est formé avec le RYK du verbe uu (conj . shimo ni-dan, jap. mod. ueru). Sur
la semi-voyelle W, absente devant U et présente devant E, voir I.3.a.
Au RYK uwe- est attaché l' auxiliaire de passé -ki, au RTK devant aki-hagi, que le verbe
détermine.

Le début du poème est un peu délicat.


La proposition kohishiku ha katami ni semu to est à comprendre comme si un verbe omohite
suivait to (cf. ci-dessus, ex. c). D 'où notre traduction « en me disant. . . ».
Se-mu est une forme volitive, construite à partir du verbe su (cf. IV. 1 ) : « ayant l 'intention de
faire [du lespédèze] un souvenir ». L'amant s 'était dit qu'en regardant le lespédèze il ferait
surgir devant ses yeux l 'image de l ' absente.
Cela, si « elle lui manquait ». Le mot de qualité kohishi implique en effet une séparation. Le
sens exact serait « dont on se languit » (cf. les poèmes VI. a et VIIl.d).

Donc, kohishiku (RYK) ha peut se rendre par « si elle me manque, si je m'ennuie d'elle ».

Lisons un autre poème.

(g) Yama-zato ni kiri no magaki no hedatezu ha


Wochikata-bito no sode ha mitemashi (ShKKS 495)

Ce poème est mis dans la bouche de quelqu 'un qui, dans un hameau de montagne, cherche en
vain à apercevoir un ami qui s'éloigne en agitant sa manche en signe d ' adieu.

« Si, dans ce hameau de montagne, une barrière de brume ne nous séparait pas,
je verrais la manche de celui qui est [déjà] loin. »

Le seul mot aujourd' hui désuet est wochikata-bito .


Wochikata signifie : « au loin ». Wochikata-bito (prononciation moderne ochikatabito ) , dont le
sens premier était « quelqu 'un qui est au loin », prit par dérivation le sens de « voyageur ».

La première partie du poème est une proposition subordonnée dont le sujet est magaki no.

Hedate-zu ha vient du verbe hedatsu (conj . shimo ni-dan, jap. mod. hedateru) « séparer ». Il est
au MZK, puisque suivi de -zu, le JDS -zu étant lui-même au RYK devant -ha. L'ensemble est un
conditionnel (irréel) : « si elle ne séparait pas ». On voit ici que :

� l'emploi de ha après le RYK pour former une proposition conditionnelle vaut également
pour le JDS de négation -zu.

1 18
C H A PI T R E X I I I

Pour former une conditionnelle à valeur négative ( « si . . . ne pas » ), on peut donc recourir, à côté
de -zara-ba (MZK « renforcé » de -zu + ba), à -zu-ha (RYK + ha). Par exemple, « si je ne rencontre
pas » peut se dire aha-zara-ba ou aha-zu-ha.

N.B . Dans les textes imprimés, cette forme est souvent notée -zuba (cf. la graphie du poème
adoptée dans l 'édition que nous suivons, reproduite en annexe). Mais il semble que, comme nous le
disions plus haut à propos des mots de qualité, la prononciation ancienne était ha (-zuha).

Le verbe principal de notre poème est mitemashi, constitué par :


mi- : RYK de miru « voir » ;
-te : MZK de -tsu marquant l' accompli ;
-mashi : un auxiliaire marquant l 'hypothèse, que nous rencontrons pour la première fois, et que nous
allons expliquer.

XIII.5. Le JDS -mashi

L'auxiliaire -mashi, qui s'ajoute au MZK des verbes, auxiliaires et mots de qualité, indique une
supposition (kasô), une hypothèse (suiryô) qui vont contre la réalité (irréel). Il peut aussi exprimer,
mais nous n 'en parlerons pas ici, le désir (kibô) et la volonté (ishi).
Auxiliaire défectif, il se conj ugue comme suit à l ' époque classique (cf. tableau p. 173, n° 1 0) :

MZK mashika SSK mashi RTK mashi IZK mashika

Précisons que -mashi, quand il se combine avec un keiyô-shi ou avec le IDS -zu de négation, s 'at­
tache à leur MZK « renforcé ». On obtient donc, pour les mots de qualité, des formes en -kara-mashi
(par exemple ureshikaramashi « je serais heureux »). Avec -zu, on a -zara-mashi (par exemple omo­
hazaramashi « je ne penserais pas » ).

Voici un premier exemple, tiré du Kokin-shû (n° 1 4) :

(h) Uguhisu no tani yori idzuru kowe naku ha


Haru kuru koto wo tare ka shiramashi

Le sens est limpide :


« S ' il n ' y avait pas la voix de la fauvette venue de la vallée,
qui saurait que le printemps vient ? »

La première partie du poème est une conditionnelle, formée avec le RYK du mot de qualité
nashi, suivi de ha, noté -ba dans l'édition reproduite en annexe (cf. XIIl.4).
Selon une construction déjà rencontrée (VII.a), uguhisu no détermine non pas le mot qui suit
immédiatement, mais kowe Gap. mod. koe).

La deuxième partie du poème est une interrogative, dont le verbe est à la forme hypothétique :

shira-mashi, formé à partir du MZK de shiru.

1 19

l ��-----
I NI T I AT I O N AU B UN G O

Le pronom interrogatif tare (jap. mod. dare, cf. IX.6.h) est, comme il est de règle en langue
ancienne, immédiatement suivi de ka, qui en langue moderne terminerait la phrase (cf. V.2.a).
Rappelons que le verbe est alors mis au RTK (ici shiramashi).

Voyons un dernier poème.

(i) Tsuyu no inochi kienamashikaba kaku bakari


Furu shira-yuki wo nagamemashi yaha (ShKKS 1 579)

Le poète, qui est gravement malade, s'exclame :


« Si ma vie [fragile comme] la rosée avait disparu,
contemplerais-je ainsi la neige blanche qui tombe ? »

Le verbe de la proposition conditionnelle, kienamashikaba, est formé, comme il est normal, avec
le MZK suivi de -ba, mais ce MZK est celui de . . . mashi. On voit que mas hi est ici utilisé dans les
deux propositions, la subordonnée et la principale. Cette construction -mashikaba . . . -mashi est
usuelle.
Par exemple : toha-re-mashika-ba . . . kotahe-mashi « si j 'étais interrogé . . . je répondrais ».

Kie-na-mashika-ba s ' analyse donc comme suit :


kie- : RYK de kiyu (mod. kieru ; sur les radicaux en Y, cf. V.4.d) ;
-na- : MZK de -nu d ' accompli ;
-mashika- : MZK de mashi.

La combinaison -na-mashi est usuelle (on a signalé en XIII. 1 .c. la compatibilité de l ' accompli et
de l'hypothèse). Un commentateur moderne transpose cette expression en kiete shimatta naraba. Il
existe aussi des combinaisons parallèles avec d'autres IDS d'accompli, par exemple -tsu, ce qui donne
-te-mashi, comme nous l'avons vu à l'instant dans le poème (g), ou encore tari -> tara-mashi.

Dans la proposition principale, nous retrouvons -mas hi (nagame-mashi « je contemplerais » ) .


Cette forme est suivie de yaha, une particule interrogative, mais qui est utilisée lorsque
l ' interrogation est rhétorique (ici, l ' interrogation « contemplerais-je ? » sous-entend une
réponse négative et équivaut à « je ne contemplerais certainement pas . . . »). C 'est ce qu'on
appelle un hango.

Par ailleurs, notons que kaku est un adverbe démonstratif ( « ainsi ») extrêmement usité, qui a
donné le moderne kô (kaku -> kau -> kô).

Bakari a pour sens le plus fréquent en langue ancienne non pas « seulement », mais
« environ », la notion fondamentale étant celle de degré. Ici, bakari n ' a pas une valeur très
nette : kaku bakari est rendu dans les transpositions modernes du poème par kono yô ni. En
forçant la valeur, on pourrait traduire par « autant que cela ».

1 20
C hapitre XIV

Les auxiliaires désidératifs -tashi et -mahoshi


La particule -namu après le mizen-kei

XIV.1. L'expression du souhait : kôgo et bungo

En japonais moderne, il y a deux auxiliaires exprimant le souhait (désidératifs ou optatifs).


D ' une part, -tai est utilisé dans une proposition indépendante ou principale lorsque le locuteur
exprime son désir d 'accomplir telle ou telle action : kanojo ni aitai « je voudrais la rencontrer ». On
l 'emploie aussi dans certaines propositions (déterminantes, interrogatives, etc.) quand le sujet du
verbe est autre que le locuteur : nihongo o yaritai gakusei no kazu ga fuete kimashita « le nombre
des étudiants qui veulent faire du japonais a augmenté ». Hormis dans les propositions de ce type,
on recourt à -tagaru.
En revanche, lorsque le locuteur souhaite que l 'action soit accomplie par un autre que lui-même,
il utilise le tour -te hoshii. Cf. kanojo ni atte hoshii « je voudrais qu'il (ou tu) la rencontre(s) ».

En bungo, une telle distinction n 'existe pas. La répartition des emplois de -tashi et de -mahoshi
(le premier ayant donné le -tai moderne, le deuxième étant de même racine que hoshii) est une
question d'époque et de style.
De plus, le souhait (ganbô ou kibô) est très souvent exprimé en bungo non pas au moyen de l ' un
ou l 'autre de ces IDS , mais au moyen de la particule -namu. Examinons ces trois moyens d'expression.

XIV.2. Le JDS -tashi

L'auxiliaire moderne -tai est directement issu de -tashi, et tous deux se construisent de la même
façon : ils s ' ajoutent au RYK des verbes (ou d ' un autre JDS).
La conjugaison de -tashi est celle des mots de qualité de type -ku katsuyô (cf. tableau p. 1 73, n ° 1 8).
Cet auxiliaire est apparu à la fin de l 'époque de Heian, et n ' a guère été utilisé en poésie. Donnons
donc deux exemples tirés de textes en prose de l'époque médiévale :

(a) Kataki ni ahute koso shinitakere. Akusho ni ochite ha shinitakarazu. (Heike monogatari [Le
� - - ·
--
D it des Heiké], L.IX)

Des soldats, entraînés par leur chef sur un chemin de montagne escarpé, protestent :
« C'est en affrontant l 'ennemi que nous voulons mourir. Nous ne voulons pas mourir en chutant
dans un endroit périlleux (litt. mauvais). »

Dans les deux cas, -tashi est ajouté au RYK de shinu, la forme de base étant donc shini-tashi.
Dan s la première phrase, -tashi est lui-même à l ' IZK en raison de la présence de koso.
D an s la deuxième phrase, -zu est ajouté au MZK « renforcé » de -tashi (-takara-, cf. VIIl.3).
On dirait en langue moderne : shinitai . . . shinitakunai.

121

l
I NI T I AT I O N AU B UN G O

N.B. La forme ahute est dérivée de ahite (ahu « rencontrer » au RYK + -te). C ' est le phéno­
mène du onbin ou << adoucissement phonétique », qui a varié selon les époques et les régions
(en japonais standard, a(h)ite a donné atte) . La question du onbin est assez complexe. Nous y
reviendrons au chapitre XV.

(b) Ihe ni aritaki ki ha matsu sakura (Tsurezure-gusa [Les Heures oisives])

« Les arbres qu 'on souhaite avoir (littéralement « être ») chez soi : un pin, un cerisier. »

/ On ne pourrait employer ici -tai en langue moderne. Il faudrait atte hoshii, car le locuteur désire
n
, on pas être lui-même dans la maison, mais que les arbres y soient.
iJ

XI�3. Le JDS -mahoshi

Ce JDS est bien plus ancien que -tashi (mais il sera supplanté par ce dernier), et il est d ' un usage
plus large. Comme -tashi, il s'emploie quel que soit le sujet de l ' action souhaitée (le locuteur ou
quelqu ' un d 'autre).
Il s'ajoute au MZK des verbes ou d'autres JDS.
On ne le trouve jamais après un nom, à la différence de hoshii en japonais moderne.
Il suit la conjugaison des mots de qualité de type -shiku katsuyô (voir tableau p. 1 7 3 , n° 1 1 ) .

(c) Ayaniku ni kikamahos�iki ha hototogisu


Shinoburu hodo no hatsune narikeri

Ce poème est tiré du Shoku-gosen-shû (n° 164). Il traite d ' un sujet très commun, le désir
d'entendre le « premier chant » (hatsune), si délicat, du petit coucou du Japon (hototogisu).

« Ce que je voudrais entendre, à contretemps,


c 'est, à l 'époque où le coucou retient [encore sa voix], son premier chant. »

Syntaxiquement, la phrase est fort simple : elle obéit au schéma A ha . B nari (en japonais
. .

moderne A wa B de aru). Cf. notamment les poèmes V.d et IX.a.


. . .

Kika-mahoshiki est le désidératif de kiku, mis au RTK pour le nominaliser (cf. jap. mod. kikitai
no wa).
Ayaniku ni est un adverbe aujourd'hui désuet (ainiku, qui en est dérivé, a un sens un peu
différent) . Il signifie « de façon qui ne convient pas, malencontreusement, à contretemps ». Ici,
il exprime l 'idée que malheureusement ce souhait ne peut maintenant se réaliser.

Dans le verbe principal nari-keri, on reconnaît le JDS -keri émotif, maintes fois rencontré.

Hodo a ici son sens le plus fréquent dans les textes anciens : « le moment » (cf. IV. 1 .c). Nous
l ' avons rendu par « à l 'époque », mais le texte dit « de l 'époque », hodo déterminant hatsune.

1 22
C H APITRE X I V

Attention à shinoburu : il s ' agit du RTK de shinobu, aujourd'hui verbe go-dan, mais qui était
anciennement un kami ni-dan. Il signifie « cacher, retenir, atténuer pour ne pas rendre percep­
tible » .
Le verbe shinobu n'a pas de complément exprimé, mais il s ' agit bien sûr de la voix du coucou,
comme l 'explicite, immédiatement après, le mot hatsune.
Signalons qu' il existe un nom shinobi-ne, terme poétique où l ' on retrouve le ne de hatsu-ne,
pour désigner le chant encore faible du coucou, avant la pleine saison (ou encore, s' agissant
d'un être humain, les gémissements que l ' on dissimule).

Un autre poème.

(d) !ma ha tada hito wo wasururu kokoro koso


Kimi ni narahite shiramahoshikere

Ce poème, tiré du Shin-goshûi-shû (n° 1 227), aurait été composé pour exprimer les sentiments
d ' une femme séparée de son amant, visiblement à cause d 'une trahison de ce dernier. Elle
voudrait, à son tour, oublier . . .
« Désormais, je voudrais uniquement savoir [ce qu'est] un cœur oublieux (littéralement « qui
oublie les gens » ) , en prenant modèle sur vous. »

Le vocabulaire est on ne peut plus simple. Deux remarques seulement à ce propos.

- Dans les dictionnaires de langue moderne, on distingue deux verbes narau, notés avec des
kanji différents : « apprendre » et « imiter » . Mais il s ' agit originellement du même verbe,
l ' apprentissage reposant sur l 'imitation.

- Tada est ici employé pour renforcer l 'idée de volonté. Il a une valeur analogue quand il
est employé avec l 'impératif.

Shira-mahoshikere est constitué par le MZK de shiru, suivi de -mahoshi, lui-même à l 'IZK après
koso. Dans ce cas, on emploierait en japonais moderne -tai (shiritai), puisque c'est le locuteur qui
désire savoir.

XIV.4. La particule namul nan


- -

Le désir peut, en bungo, s 'exprimer d'une autre façon.

� Lorsque le locuteur souhaite qu 'une action soit accomplie par un tiers (jap. mod. -te
hoshii), on recourt volontiers à la particule invariable (shû-joshi) -namu (notée aussi
-nan), que l 'on attache au MZK d 'un verbe ou d 'un JDS.

Ce tour a totalement disparu de la langue moderne, mais il était fort usité en langue ancienne.
En français, on peut le rendre par « je voudrais que » + verbe au subjonctif, ou, plus simplement,
par « que » + verbe au subjonctif (cf. « Ah ! qu 'il vienne vite ! » ).

1 23

l
I NI T I AT I O N AU B U N G O

Voyons un premier exemple.

(e) Wagimoko ga tabi-ne no koromo usuki hodo


Yokite fukanan yoha no yamakaze (ShKKS 92 1 )

Le thème de ce waka apparaît souvent en poésie : il s ' agit de l 'inquiétude pour une personne
chère partie en voyage.
« Comme le vêtement de [ = qui couvre] ma mie dans le sommeil du voyage est mince,
que le vent de la montagne, cette nuit, souffle en [!']épargnant ! »

La première partie du poème est une subordonnée, hodo étant employé comme conjonction
(setsuzoku joshi). En effet, hodo a ici un sens différent de celui du poème (c) cité plus haut.
Dérivée du sens initial de « degré », sa valeur correspond un peu ici à celle du français
« mesure » dans l ' expression « dans la mesure où », renvoyant à la cause Gap. mod. kara, yue
ni). Bref, on peut en ce cas t raduire hodo (ni) par « du fait que, comme ». C 'est une valeur
très fréquente, à retenir.

Wagimoko est u n mot archaïque signifiant « mon épouse », « ma mie » (pour les curieux,
indiquons-en l 'étymologie : waga « ma » + imo « sœur », d 'où « épouse » + ko « jeune fille »).
Tabi-ne no koromo signifie littéralement « le vêtement du sommeil de voyage ».
On remarquera la répartition des emplois de ga et no dans cette chaîne de déterminants : ga est
employé après wagimoko parce que ce déterminant, indiquant le possesseur, est un être animé
(cf. XIl.4).
Usuki est évidemment le RTK du mot de qualité usushi (jap. mod. usui). Cette forme est exigée
par la présence de hodo .

Passons à la principale.
Yoki-te est la forme en -te du verbe yoku (conj . kami ni-dan ou encore yo-dan), verbe qui a été
remplacé en langue moderne par yokeru (conj. shimo ichi-dan ; nous avons déjà rencontré
quelques verbes qui avaient ainsi changé de conjugaison). Le sens est resté le même : « éviter ».

Dans la forme fuka-nan, la particule -nan indique que le locuteur ( lrc personne) souhaite qu 'un
autre (le vent) accomplisse l ' action (souffler de telle ou telle façon) .

Lisons un autre poème, dont le thème est fort proche.

(f) Tamaboko no michi no yamakaze samukaraba


Katami-gatera ni kinan to zo omohu (ShKKS 857)

Une note en prose introduisant le poème dit que celui-ci accompagnait le don d'un vêtement à
un voyageur en partance. Nous retrouvons donc le thème d 'un poème précédemment étudié
(Vl.d), où figurait déjà le mot katami.

« Si le vent de la montagne, sur le chemin, est froid,


je voudrais que vous mettiez [ce vêtement], en même temps qu 'il sera un souvenir [de moi] . »

1 24
C H APITRE X I V

Passons sur l 'expression tamaboko no, une sorte de qualificatif poétique (makura-kotoba) du
mot michi, dont le sens est obscur.

On aura sans peine identifié samukara-ba : MZK « renforcé » de samushi + -ba, qui a donc
valeur conditionnelle (cf. XIII. 1 et 4).

Dans l 'expression ki-nan to zo omohu, le désidératif ki-nan (de kiru « revêtir », verbe kami ichi­
dan), qui à lui seul exprime le souhait et signifie « que vous revêtiez ! », est renforcé par to omohu
« je voudrais que ».
Zo ajoute encore une nuance d ' insistance.

L'expression la plus délicate est ici -gatera (encore usitée), car elle n ' a pas d 'équivalent exact
en français. C 'est une particule qui, ajoutée à un nom (comme ici) ou à un verbe au RYK,
indique la simultanéité de deux actions, ou la superposition de deux notions.
Cf. kare wa yôji-gatera Kyôto e asobi ni itta « il est allé à Kyôto en profitant de ses affaires
pour se distraire », « il a combiné affaires et distraction ».
Dans notre poème, le vêtement associera la fonction utilitaire et la valeur sentimentale de
souvenir offert par un ami.

Un autre exemple, dans lequel -nan est suffixé à un verbe accompagné d ' un IDS :

(g) Morokoshi mo ame ga shita ni zo ari to kiku


Teru hi no moto wo wasurezaranan . (ShKKS 87 1 )
----- -

C e poème, lui aussi, s'adresse à un voyageur, mais à u n voyageur lointain : l e moine Jôji, qui
·
en 1 072 se rendit en Chine où il mourut. sa mère, inconsolable de son départ, lui dit :

« J 'entends dire que la Chine elle aussi se trouve sous le ciel.


Ah ! que tu n 'oublies [donc] pas le pays où se lève le soleil resplendissant ! »

Morokoshi est un des noms donnés anciennement à la Chine.

Ame ga shita est une expression figée signifiant « sous le ciel » (parfois, mais pas ici, « l 'em­
pire »). Ame, doublet de ama (cf. VI.2.c ; IX.4.f) , est l 'équivalent japonais de ten « le ciel ».
Ga indique le déterminant (cf. XII.4) ; mais ame no shita est plus fréquent.

Bien que zo entraîne en principe le RTK (V.4.e), on a ici le SSK ari, exigé par le to de
«citation ».

Dans la deuxième phrase, relevons hi no moto, une expression poétique pour désigner le Japon.
C'est la traduction japonaise de Nihon : « l 'origine du soleil », c 'est-à-dire « le pays où le soleil
se lève » (les kango ne sont pas admis dans le waka).

Teru « briller » a déjà été rencontré (IX.4.f).

1 25

l
I NI T I ATI O N AU B UN G O

Quant à la forme wasure-zara-nan, elle s 'analyse comme suit :


wasure- : MZK de wasuru (shimo ni-dan) ;
C.-zara- : MZK « renforcé » de -zu ;
-nan : particule indiquant le souhait (optatif).
Ici encore, l 'emploi de -nan implique deux personnes différentes : le locuteur (la mère) qui
souhaite que l ' autre (son fils) accomplisse l' action (ne pas oublier).
La forme wasure-zara-nan permet de préciser un point important. Comme dans le cas des mots
de qualité, c ' est aux formes « renforcées » de -zu (MZK : -zu + ara, etc.) que se suffixent la plupart
des JDS et particules (voir ces formes sur le tableau p. 1 7 3 , n° 6). Nous avons d'ailleurs déjà
rencontré -zara-ba (XIII.4.g).

Un dernier exemple fera prendre conscience d'un fait important.

(h) Yakazu tomo kusa ha moenan Kasuga-no wo


Tada haru no hi ni makasetaranan (ShKKS 78)

On est cette fois loin de la thématique du voyage.


Le poème, qui évoque la célèbre « lande de Kasuga », à Nara, fait référence à la pratique du
brûlis, consistant à mettre le feu aux herbes sèches pour que la végétation repousse plus
vigoureuse au printemps suivant.

« Même si on ne [la] brûle pas, l'herbe [à nouveau] poussera sans doute ; cette lande de Kasuga,
qu 'on la confie simplement au soleil printanier ! »

Le poème se compose de deux phrases syntaxiquement indépendantes.

On aura identifié sans mal yaka-zu et -tomo (on aurait en japonais moderne yakanakutemo).
Cf. VII.3.e.

Examinons les deux autres verbes, dont les finales se ressemblent fort : moe-nan et makase­
tara-nan. Mais cette ressemblance est trompeuse. En fait, seul le deuxième verbe comporte bien la
particule désidérative -nan. La forme s 'analyse comme suit :
makase- : RYK de makasu (conj . shimo ni-dan, japonais moderne makaseru) « confier » ;
-tara- : MZK du JDS -tari, indiquant une action arrivée à son terme (cf. Vl. 1 ) ;
-nan : particule à valeur désidérative, portant sur une action accomplie par un tiers : « je voudrais
que l 'on confie (la lande au soleil) ».

Notons qu 'on peut hésiter sur la valeur de tada : soit il renforce l 'idée de souhait (cf. plus haut,
ex. d) ; soit il a un sens restrictif et se rend par « simplement » (qu 'on se contente de laisser la
lande au soleil ! ) . C'est l ' interprétation courante.

Et moe-nan ? Hors contexte, on pourrait voir ici aussi le désidératif -nan, moe- étant alors le
MZK de moyu, verbe shimo ni-dan Gap. mod. moeru) signifiant « germer, pousser » (à ne pas
confondre avec son homophone « brûler », le poète jouant sans doute ici sur cette homo­
phonie ! ). On traduirait alors : « Que l ' herbe pousse ! »

1 26
C H APITRE X I V

Mais le contexte montre qu' une autre interprétation de cette forme rend le sens plus cohérent :

L(, '. )
moe- : RYK (et non MZK) de moyu ;
-na- : MZK du IDS -nu d ' accompli ;
-n : S S K du IDS -mu/-n d 'éventualité.
Nous avon s déj à eu l ' occasion de dire que cette combinaison -nan, indiquant une éventualité
considérée comme certaine, était fréquente (cf. VII.3.f).
)
IV
� Il faut donc se garder de confondre les deux finales -namul-nan. Dans un cas on a
MZK + -namul-nan (désidératif) ; dans l 'autre, RYK + na + -mul-n (éventuel).

Pour les verbes dont le RYK et le MZK diffèrent, la forme obtenue est facile à analyser. Par
exemple on ne peut pas confondre kaze fukAnan « que le vent souffle ! » avec kaze fuklnan « le vent
soufflera sans doute ».
Mais pour les verbes ichi-dan et ni-dan, dont le MZK et le RYK sont identiques, seul le contexte
permet de trancher.
Par exemple, dans le poème (f) ci-dessus, la forme ki-nan aurait très bien pu s ' analyser comme
ki-na-n avec un -n à valeur éventuelle. Kinan to zo omohu signifierait alors « je pense que vous
mettrez sans doute ce vêtement ». Seul le contexte indique que le locuteur souhaite que son ami le
mette.

Remarque importante

Il existe un troisième -namul-nan.

C 'est une particule (kakari-joshi) de « renforcement » (kyôi), souvent intraduisible en français.


Cette particule apparaît très fréquemment dans les textes de prose, notamment dans le style parlé.
Elle se place après des noms (suivis ou non d ' une particule casuelle), des pronoms, des adverbes, ou
encore après des verbes ou des mots de qualité (au RTK ou au RYK, ou encore à la forme en -te) .
Elle entraîne le RTK (kakari-musubi).

Voici quelques exemples :

- Après un nom + une particule casuelle.


Waga ihe ni ikken shi-men no DAU (= dô) WO NAMU tatetaru (Konjaku monogatari [Histoires
qui sont maintenant du passé], XXIV, 5)
« J ' ai construit dans ma demeure un pavillon à quatre faces [larges] de six pieds [chacune]. »
(traduction Bernard Frank)
N.B. Le ken est une mesure de longueur équivalant à 1 ,82 mètres, soit six de nos anciens pieds.
Dans tate-taru, on a reconnu le JDS -tari au RTK.

- Après un verbe au RYK.


Hito no kokoro mo ito tanomoshi-ge ni ha MIEZU NAMU ari-keru (Kagerô nikki).
« Ses sentiments à lui, de son côté, ne me semblaient pas du tout dignes de confiance. »
N.B. S ur l'emploi de hito, voir X.3.e.

1 27

l
I NITIATION AU B UN G O

S ur le suffixe -ge indiquant l' apparence, voir XV.g.64.


La forme miezu arikeru est la forme non contractée de miezarikeru. Le IDS -keri se suffixe en
effet aux formes « renforcées » de -zu (cf. XIV.4.g). Mais, comme nous le signalions à propos des
mots de qualité (IIl.2), les formes « renforcées » apparaissent souvent sans contraction, précisément
dans le cas où on insère une particule.

- Après un mot de qualité au RTK (nominalisé).


Kokoro-yurubi NAKI NAMU wabishikarikeru (ibid.).
« N ' avoir aucun [moment de] délassement, voilà qui était bien pénible. »
N.B . Yurubi = jap. mod. yurumi.
Naki = nai no wa.

1 28
Chapitre XV

L'expression de la politesse
Honorifiques et dépréciatifs

XV.1. Généralités

La langue du waka est une langue à part, dans la mesure où elle n 'exprime pas (sauf exception)
le rang ni les relations socio-affectives qui situent les uns par rapport aux autres locuteur, inter­
locuteur et tierce(s) personne(s).
D ' autre part, elle se situe dans un registre neutre.
Mais il n ' en va pas de même dans la prose, où rangs et relations interpersonnelles s 'expriment
par un jeu de procédés linguistiques, et où le registre du discours (neutre ou poli) apparaît nettement
dans la langue elle-même . . . tout comme dans la langue parlée moderne.

En fait, l 'expression de la politesse (teinei-go) ainsi que le système d'opposition entre honori­
fiques (sonkei-go) et dépréciatifs (kenjô-go) ne sont pas fondamentalement différents du japonais
moderne.
Mais quelques différences sont à observer dans l 'usage des keigo.

- En principe, le locuteur se situe aujourd'hui systématiquement dans une position « inférieure »


par rapport à son interlocuteur, et n 'emploie pas de dépréciatifs à propos de ce dernier. Il n 'en allait
pas de même dans le Japon ancien, où la hiérarchie sociale était plus strictement prise en compte.
Un noble, objectivement « supérieur », pouvait employer pour lui-même des honorifiques, et utiliser
des dépréciatifs pour s' adresser à (ou parler de) personnes de condition nettement « inférieure »
(paysans, domestiques, etc.).

- D 'autre part, la palette des honorifiques et des dépréciatifs était beaucoup plus diversifiée que
dans le japonais moderne.

Avant d ' analyser un texte en prose, qui donnera un exemple concret de l'usage de divers moyens
d 'expression, posons quelques généralités.

XV.2. Le vocabulaire

- S 'agissant des noms, un certain nombre de mots spécifiques sont utilisés pour désigner les
réalités concernant l'empereur. Il s'agit là d'un vocabulaire très particulier, mais qui apparaît fréquem­
ment dans les textes anciens, dans la mesure où une grande part d ' entre eux (notamment à l 'époque
de Heian) font référence à la Cour.
Par exemple : gugo « le repas » de l 'empereur ;
gyokô « le voyage » de l 'empereur.

1 29
I N I T I AT I O N A U B UN G O

- Pour les verbes, on peut remplacer un verbe neutre par un honorifique ou par un dépréciatif,
comme en japonais moderne (cf. iulossharulmôsu).
On trouvera un tableau des verbes les plus couramment utilisés à la p. 1 72.

- S 'agissant des pronoms, il faut noter que certains peuvent indifféremment être utilisés pour
plusieurs « personnes », s ' ils renvoient à des individus placés au même rang.
Par exemple, onore est un dépréciatif, qui peut être utilisé soit pour la première personne (« je »)
soit pour une deuxième personne ( « toi ») s 'il s' agit d ' un individu de rang « inférieur ».

Onore hitori makaru « J 'irai seul. » (Yamato monogatari)


Onore ha, wonna nareba . . . kore yori idzuchi he mo ike « Comme tu es une femme, [pars] d 'ici
et va où tu veux ! » (Heike monogatari, L. IX)

De même ware, qui ordinairement renvoie à la première personne (cf. V.a ou XIII.a), peut aussi
être utilisé pour une deuxième personne « inférieure ».

Ware ha, kyau ( = kyô) no hito ka « Toi, es-tu quelqu' un de la capitale ? » ( Uji shûi monogatari)

Attention ! onore, ainsi que ware, peuvent aussi, sans nuance dépréciative, être employés comme
réfléchis renvoyant au sujet, quelle que soit la personne, comme le moderne jibun.

lyashikaranu wotoko, WARE yori masaritaru hito omohi-kakete . . .


« Un homme qui n 'était pas de rang vil, s'éprenant d ' une personne qui était [d' un rang] plus
élevé que LUI . . . » (Ise monogatari)

Nous avons vu qu'il en allait de même pour le possessif waga (XII.4 ).

XV.3. Les préfixes honorifiques

Des préfixes honorifiques sont réservés aux dieux, à la famille impériale ou aux très grands
seigneurs. Par exemple :

mi- (cf. mi-kuruma « la voiture » de l' empereur, ou encore mi-kado « la porte » du Palais
impérial, d ' où le Palais impérial, d'où l'empereur lui-même) ;
gyo- (cf. gyoei « une composition poétique » de l 'empereur).

Les préfixes go-, o-, toujours employés dans la langue moderne, l'étaient déjà en bungo .
É taient également largement usités les préfixes on- et ohon-.

Précisons que tous ces préfixes honorifiques sont notés au moyen d ' un unique caractère : �p .
On ne sait pas toujours, aujourd' hui, comment ce caractère se lisait dans tel cas particulier. Aussi
les éditeurs et commentateurs japonais s' abstiennent-ils le plus souvent de mettre des furigana.

1 30
C H APIT R E X V

XV.4. Les formes verbales

Comme en langue moderne, on peut donner à n 'importe quel verbe une valeur honorifique en
recourant à divers procédés. Les plus importants en bungo sont les suivants.

- Comme en japonais moderne, on peut mettre le verbe à la forme dite « passive » au moyen des
JDS -ru ou -raru.

- On peut aussi, à la différence du japonais moderne, recourir au « factitif » (IDS -su ou -sasu).
Ce IDS est très souvent combiné avec un autre élément honorifique (voir plus bas).

- On peut encore donner à un verbe une valeur honorifique ou dépréciative en utilisant certains
verbes honorifiques ou dépréciatifs comme auxiliaires verbaux (hojo-dôshi), attachés au RYK des
verbes. On trouvera les principaux dans le tableau p. 1 72, où les verbes susceptibles d 'être employés
comme auxiliaires sont marqués d ' un astérisque * .
Notons que souvent ces verbes perdent alors leur valeur originelle. Par exemple, le dépréciatif
mausu (mod. môsu) perd sa valeur de « dire » dans une expression comme kanji-mausu « il fut ému
(de l 'attitude des nobles du Palais, ses supérieurs) » (Jikkin-shô).

Notons enfin que tous ces procédés peuvent se combiner, ce qui donne des formes longues
(majestueuses ?) et complexes. Nous en verrons un certain nombre dans le texte analysé plus bas.

XV.5. Le registre « poli »

Comme dans la langue moderne, le locuteur peut, indépendamment des relations hiérarchiques
entre les personnes (y compris lui-même), s'exprimer dans un registre plus ou moins poli (teinei).
Ainsi aujourd'hui le choix entre irassharu et irasshaimasu ne tient pas à la distance entre le
locuteur et celui à qui (ou dont) il parle - cette distance reste la même - mais au niveau de politesse
du discours. De même, quand le sujet grammatical du verbe est une chose (donc située hors de
l 'échelle sociale), le locuteur choisit par exemple entre aru, arimasu ou gozaimasu, selon qu ' il s' agit
d ' une conversation familière ou polie.

En bungo, deux verbes équivalant à ari (et qui peuvent être utilisés comme auxiliaires après un
RYK) sont d ' un usage très courant dans le registre « poli » : haberi et saburahu. Par conséquent ni
haberi et ni saburahu sont des équivalents polis de ni ari ( = nari) assertif (cf. jap. mod. de
gozaimasu). On les verra employés dans le texte qui suit.
Notons que haberi a disparu de la langue parlée dès l'époque médiévale.
Quant à saburahu, il a subi une évolution phonétique assez complexe. On peut dire grossièrement
qu ' à partir de la fin de Heian il s 'est abrégé en saurau (prononcé sôrô) dans le langage masculin. On
connaît aussi, à partir du xvc siècle environ, des formes samurahu (langue des femmes) ou soro
(langue épistolaire).

* *
*

131
I NI T I AT I O N AU B UNGO

Voici, à titre d ' exemple, une page d ' un grand classique, le Makura no sôshi. C 'est l 'œuvre de Sei
Shônagon, qui, dans les dernières années du :XC siècle, fut dame d ' honneur à la Cour de l 'impératrice
Teishi, épouse de l 'empereur Ichijô. Elle éprouvait pour sa maîtresse une profonde vénération.
Dans le passage suivant, où elle relate un épisode de sa vie, elle est le locuteur-narrateur. Un
deuxième personnage, le « capitaine de la garde du corps » , dialogue avec elle ; sont en outre
évoquées à l ' arrière-plan d 'une part l 'impératrice, de l 'autre, les dames de la Cour. Nous allons voir
comment les keigo traduisent le statut de ces divers personnages ainsi que leurs relations mutuelles.
On se reportera, pour les verbes et auxiliaires verbaux, au tableau donné en annexe (p. 1 72).
On constatera par ailleurs que la prose des dames de cette époque est fort souple, pleine
d 'ellipses, et que la syntaxe n ' a pas une rigueur absolue. C 'est ce qui en fait le charme, mais n 'est
pas sans présenter quelques difficultés pour le lecteur d ' aujourd'hui.

Nous examinerons le texte phrase par phrase, en donnant une traduction qui s ' appuie sur celle
d ' André Beaujard (Notes de Chevet, Gallimard, 1 966, § 66), non sans y apporter plusieurs modifi­
cations, par souci de rendre plus exactement la structure de la phrase japonaise, ou pour corriger
quelques inadvertances.

Nous suivons le texte de l'édition Matsuo Satoshi et N agai Kazuko, coll. « Nihon koten bungaku
zenshû », éd. S hôgakkan, § 1 46. Comme pour de nombreuses œuvres classiques, on observe des
variantes d 'une édition à l 'autre, chacune s ' appuyant sur un manuscrit différent. La version éditée
par Matsuo et Nagai est fort proche de celle qu ' a traduite Beaujard.
Comme le veut l'usage actuel pour les publications scolaires ou destinées au grand public, les
éditeurs ont ajouté des signes de ponctuation et des crochets (guillemets), tous signes absents des
manuscrits anciens. Par ailleurs, notre édition présente l'inconvénient (l 'avantage ?) de donner les
kanji simplifiés. Elle comporte une transposition en langue moderne.

(a) Ko-tono nado ohashimasade, yo-no-naka ni koto ide-ki, mono-sawagashiku narite, miya
1 2 3 4 5

mata uchi ni mo irasetamahazu, Koichideu to ihu tokoro [ni] ohashimasu ni, nani tomo naku
6 7 8 9

utate arishikaba, hisashiu sato ni witari.


10 11 12 13 14

Le défunt Seigneur e t d' autres encore n ' étant plus là, i l s e produisit dans l e monde [bien] des
événements, et beaucoup d'agitation ; tandis que Son Altesse [l' impératrice] , de son côté, ne
venait plus au Palais et habitait Koichijô, il s' était passé certaines choses désagréables [pour
moi] , si bien que je restai longtemps chez moi.

1 . Le défunt (ko-) Seigneur (tono) est le grand chancelier (kanpaku) Fujiwara no Michitaka
(953-995), père de l ' Impératrice. « Les autres » (nado) auraient peut-être été victimes de l 'épi­
démie qui sévit en 995.

1 32
C H APITRE X V

2. Ohashi-masa-de : on a ici, s ' agissant de ce très haut personnage, un double honorifique : le verbe
ohasu « être » (ici, « être en vie ») et l 'auxiliaire -masu. Ce dernier est en effet un sonkei-go et non,
comme aujourd' hui, un teinei-go.
Le verbe est au MZK et suivi de -de (sur ce « suspensif négatif », cf. XIIl.3).

3 . Le verbe composé ide-ku, formé avec ide-, RYK de idzu (jap. mod. deru) + ku (jap. mod.
kuru), signifie « se produire ». Cf. en japonais moderne le nom deki-goto : « événement » . Ici,
le R YK ideki a une valeur suspensive.

4. Mono est ici utilisé comme préfixe : il donne au keiyô-shi (ou au verbe) qui le suit une
nuance d ' indétermination.
Le verbe narite n ' a pas de sujet exprimé. Il s'agit du « monde », c ' est-à-dire, dans ce contexte,
de la Cour.

5 . Miya, qui désigne étymologiquement la résidence d ' un être de condition supérieure (sanc­
tuaire d ' un dieu, palais de l 'empereur ou d 'un prince impérial, etc.), s 'emploie par dérivation
comme titre pour les membres de la famille impériale. Il est ici rendu par « Son Altesse ».

6. Uchi peut, selon le contexte, désigner le Palais impérial. Sans doute l 'impératrice était-elle
empêchée de venir au Palais à cause du deuil familial qui la rendait « impure ».

7 . Ira-se-tamaha-zu est encore un double honorifique : -se- est le RYK de -su, JDS indiquant le
factitif, mais qui pouvait être employé, nous l ' avons dit, comme honorifique.
L' auxiliaire honorifique -tamahu est l 'un des plus usités. Attention ! à côté de ce tamahu honorifique
(conj . yo-dan) existe un -tamahu dépréciatif (conj. shimo ni-dan) ;
-zu est un RYK à valeur suspensive.

8. Le palais de Koichideu (Koichijô) n ' a pas été identifié avec certitude. Rappelons cependant
que les avenues est-ouest de Kyôto, ville construite en damier, portaient des numéros, la
« Première » (lchi-jô) étant au nord, à la hauteur du Palais impérial, et la neuvième (Ku-jô)
étant la plus méridionale.
Nous avons, en suivant d ' autres versions du texte, suppléé ni après tokoro .

9. Nous retrouvons le composé ohashi-masu (cf. note 2). Ohasu signifie ici « venir ».
À propos du ni qui suit ce verbe, précisons que :

� la particule ni, employée comme conjonction (setsuzoku joshi), peut avoir non
seulement la valeur concessive du moderne noni ( « bien que » ) , mais aussi une valeur
circonstancielle très générale (« tandis que, alors que, comme » ).

En fait, c ' est tout le début de la phrase qui constitue la circonstancielle marquée par ni, cette longue
subordonnée se décomposant en propositions parallèles : ohashimasade. . . ideki. . . narite . . .
irasetamahazu . . . Pour alléger la traduction, on a coupé la phrase en faisant des trois premières sus­
pensives une indépendante.

1 0. L'un des sens de utate, mot aujourd' hui désuet, est « désagrément, peine ».

1 33

��------
I NITIATION AU B UN G O

L'expression nan(i) to (mo) naku « sans [savoir] quoi, sans [pouvoir dire] quoi » (ici rendue
par « certains ») est encore d'un usage très courant. Elle indique que le locuteur ne peut pas
(ou ne veut pas) préciser de quoi il s' agit.

1 1 . Dans ari-shika-ba, le RYK de ari est suivi du JDS -ki de passé (cf. VIIl. l ), lui-même mis à la
forme IZK ; -ba a donc une valeur causale.
-shika-ba fait de tout ce qui précède une subordonnée causale expliquant ce qui s'est produit anté­
rieurement à la situation exprimée dans la principale (sato ni witari).
La première subordonnée marquée par ni (cf. note 9) dépend elle-même de cette causale en -ba. Par
souci de clarté dans l 'expression française, la phrase a été redécoupée.
Comme plus haut ideki ou narite, le verbe ari-shika-ba ne comporte aucune marque de politesse. Sei
se tient dans le registre « neutre », car elle ne s' adresse pas directement à un interlocuteur précis.

1 2. Hisashiu (prononcer hisashû ; cf. I.3.f) est la forme « adoucie » (par le phénomène du
onbin, cf. XIV.2.a) de hisashiku. En japonais standard, ces formes n 'ont guère survécu que
devant gozaimasu, mais elles restent vivantes dans certains dialectes.

1 3 . Dans ce contexte, sato .désigne la demeure privée (située très probablement en ville), par
opposition au Palais où Sei se rend pour son service. C 'est un emploi fort courant.

1 4. (w)i-tari est composé à partir du RYK de (w)iru. En bungo, ce verbe ne signifie pas seulement « être
quelque part », mais « demeurer » (sans bouger), parfois (nous le verrons plus bas) « être assis ».
Pas de keigo, puisque le sujet est le locuteur, qui décrit les événements dans un registre neutre (cf.
note 1 1 ).

(b) 0-mahe watari no obotsukanasa ni zo, naho e kakute ha arumajikarikeru.


15 16 17 1 8 19 20

[Cependant] , comme je ne savais pas ce que Son Altesse [l'impératrice] devenait, je ne pouvais
malgré tout rester plus longtemps ainsi.

1 5. 0-mahe est un des titres renvoyant à une personne de haut rang. Ce mot pouvait aussi être
employé comme pronom de 2e personne, avec une nuance de déférence (à la différence de
l'usage moderne, où omae est très familier).

1 6. Watari, qui signifie au sens propre « les environs de », s 'emploie aussi pour atténuer
l'expression quand on désigne des personnes, un peu comme en français « de son côté », pour
dire « lui ».

17. Obotsukanasa signifie « l 'inquiétude que cause l ' absence de nouvelles ».


Sur ni, voir XI.2.a.
Dans la traduction, ce complément nominal est rendu par une subordonnée causale.

1 8. e est à relier à aru-majikari-keru (pour cette forme, voir note 20).

1 34
C H AP IT R E X V

� L'adverbe e, devant un verbe mis à une forme négative, indique l 'impossibilité. Par
exemple, e ihazu « [on] ne peut pas dire ».
Il s'agit à l'origine du RYK de u (mod. eru) « obtenir », « pouvoir » (cf. 111.1.2.g).

19. Dans kaku-te on reconnaît l 'adverbe démonstratif kaku « ainsi » (XIII.5.i) renforcé par la
particule -te (VIl.2).
Il est suivi de ha contrastif qui, comme en langue moderne, est souvent appelé par les formes
négatives.

20. Aru-majikari-keru : cette forme combine le RTK de ari avec -maji (cf. X.3) qui a ici,
comme souvent, la valeur de « possibilité négative », c'est-à-dire l 'impossibilité (impossibilité
matérielle ou, comme ici, inconvenance). Il est donc redondant par rapport à e- .
-maji est lui-même au RYK (forme « renforcée » -majikari-) puisqu' il est suivi du JDS -keri.

Deux remarques sur cette forme verbale :


- Le verbe ari, rappelons-le, peut en bungo s'employer dans le sens de « se trouver [dans un
lieu, dans une situation] », même quand le sujet est un être animé. Il est plus abstrait que
(w)iru, rencontré plus haut (cf. note 1 4).
- Le IDS -keri a ici une valeur que nous avons déjà mentionnée (VIII . 3), et qui est très fréquente
dans les textes narratifs : il indique le passé. Cependant -lœri n 'est pas une simple marque tem­
porelle : la narratrice se remémore (valeur dite kaisô) avec émotion son état d'esprit à l'époque.

(c) Sa-chuujau ohashite monogatari shitamahu. « Kehu ha, miya ni mawiritareba, imijiku mono
21 22 23 24 25 26 27 28 29

koso ahare naritsure. Nyoubau no sauzoku, mo, karaginu nado no wori ni ahi, tayumazu
30 31 32 33 34

wokashiute mo saburahu kana.


35 36 37

Le capitaine [de la garde du corps, section] de gauche vint et me fit ce récit : Je suis allé
aujourd' hui au palais [de /'Impératrice], et tout avait [là-bas] un charme pénétrant. Les
costumes que portaient les dames - leurs traînes, leurs manteaux à la chinoise étant
appropriés à la saison -, n' avaient rien perdu de leur élégance.

2 1 . On n ' a pas identifié avec certitude ce « capitaine » (transcription moderne : chûjô) .

2 2 . Ohasu a ici l e sens de « venir » (cf. note 9). La narratrice emploie u n verbe honorifique, puisque
le sujet du verbe est une personne d 'un rang élevé (cf. en langue moderne irassharu).

23 . Monogatari su a ici son sens, très fréquent à l 'époque, de « converser », « raconter » à un


interlocuteur. Du sens d'« histoire » (que l'on raconte), monogatari a pris par dérivation celui
de « roman ».

1 35
I NI T I AT I O N AU B U N GO

24. Pour les mêmes raisons que celles indiquées à la note 22, la narratrice emploie ici un honori­
fique : le RYK du verbe su est suivi de l ' auxiliaire verbal -tamahu (cf. note 7).

25. À partir de Kehu h a (et jusqu 'au § g inclus : texte japonais, ligne 1 2) , sont rapportés les
propos du capitaine, en italique dans la traduction. Sur /œhu, voir 1.3.e.

26. S ur miya, voir la note 5.

27. Comme dans la suite du texte, le locuteur (le capitaine) emploie, pour les actions qu 'il a lui­
même accomplies, des formes neutres, sans honorifiques ni dépréciatifs.
Analysons mawiri-tare-ba.
Mawiri est le RYK de mawiru (conj . yo-dan), qui dans d'autres cas peut s 'employer avec le même
sens (« aller ») et la même valeur dépréciative que le moderne mairu. Mais ici, ce n ' est pas le cas :
le choix du verbe s 'explique par le fait que le capitaine est allé à la résidence de l 'impératrice, l 'un
des sens de mawiru étant « se rendre chez un grand personnage ».
Le verbe mawiru est ici au RYK, puisque suivi de -tare- (IZK de -tari). Ce dernier ID S indique que
l ' action d' « aller » est présentée comme accomplie : le capitaine va décrire ce qui s 'est passé après
son arrivée.
-ba, que le traducteur a rendu par un simple « et », marque une subordination. Il a après l ' IZK une
valeur temporelle : « comme j 'étais arrivé au palais . . . ».

28. Imijiku est le RYK, utilisé adverbialement, du mot de qualité imiji (conj . -shiku katsuyô).
Signifiant originellement « sacré, redoutable », imiji s'était banalisé et était très fréquemment
utilisé dans le sens d ' « extraordinaire ». Le RYK adverbial avait fini, comme nos adverbes
« sacrément » ou « terriblement », par être utilisé comme un simple intensif. On peut le
traduire par « extrêmement », « très ». Il est parfois « adouci » en imijiu (cf. note 1 2).
Le traducteur ne l ' a pas rendu. L'adverbe porte ici sur le mot de qualité nominal (keiyô-dôshi)
ahare nari.

29. Mono a ici un sens très vague : « les choses », donc « tout ».

30. Ahare est l 'un des mots clés de la sensibilité de cette époque. À la différence de son
acception moderne (« triste », « pitoyable »), il s'applique à toutes sortes d'impressions, pourvu
qu 'elles soient « pénétrantes ». On peut souvent le rendre par « touchant », « émouvant ».

3 1 . Dans la forme nari-tsure, on aura reconnu l 'assertif nari (cf. IX.4) et le IDS -tsu (cf. VIl.2),
qui a ici valeur de renforcement (kyôi). L'IZK s 'explique par la présence de koso, qui lui aussi
« renforce » l ' expression.

32. Nyoubau (transcription moderne nyôbô) n'a pas le sens actuel d ' « épouse ». Le mot désignait
les dames en fonction au Palais impérial ou dans la résidence d'un noble.

1 36
C H APITR E X V

33. Le mot sauzoku serait aujourd'hui


lu shôzoku.

Syntaxiquement, les deux termes mo


et karaginu, qui désignent des pièces
du vêtement, ne sont pas sur le même
plan que sauzoku. Ce dernier est le
thème de la phrase, le prédicat étant
tayumazu wokashiute mo saburahu
kana. On aurait en langue moderne
shôzoku wa.

La proposition mo, karaginu nado no


wori ni ahi est une proposition en­
châssée, une incise, dont le sujet est
indiqué par no (cf. XIl.4) ; on aurait
en j aponais moderne mo ya karaginu
nado ga kisetsu ni atte. . .
Wori Uap. mod. ori), « moment »,
peut être pris au sens de « saison ».

34. Tayuma-zu, RYK du négatif de tayumu « se relâcher, être négligent », est rendu dans la
traduction par « ne pas perdre » : les dames ont conservé, même hors du Palais impérial, une
tenue stricte.

35. Wokashiute est une forme « adoucie » (onbin) de wokashikute. Wokashi est aussi un mot
clé de la sensibilité de l 'époque. Il ne signifie pas, comme le moderne okashii, « bizarre », « co­
mique » , mais « plaisant », « piquant », « charmant » (un peu comme omoshiroi aujourd'hui).
Attention ! en j aponais moderne, okashikute mo aurait une valeur concessive. Ce n 'est pas le
cas ici (la forme concessive serait wokashiku tomo. Cf. VII.3.e). Mo n ' a qu'une valeur d'« insis­
tance ». Il est explétif, et les traductions en japonais moderne ne le rendent pas. Il faut donc
relier wokashiute à saburahu.

36. Saburahu est ici employé comme verbe de « politesse » (teinei-go) : il ne se réfère pas au sujet
du verbe (un être inanimé : les costumes), mais il donne à l ' expression un tour poli, par opposition
au simple ari. La conversation entre Sei et le capitaine se situe dans un registre poli (on dirait par
exemple aujourd'hui okashû gozaimashita, plus poli que okashikatta) .

37. La phrase se termine par la « particule finale » (shû-joshi) kana, à valeur exclamative
(eitan). Cf. V.3 . b. Kana était d ' un emploi très courant dans la conversation, comme yo en
langue moderne (nous le retrouverons dans la suite du texte).

1 37
I NITI ATION AU B UN G O

(d) Misu no soba no akitaru yori mi-iretsureba, hachi ku nin bakari wite, ki-kuchiba no
38 39

karaginu, usu-iro no mo, shiwon, hagi nado, wokashiu wi-namitaru kana.


40

Le store était ouvert d' un côté ; comme je regardais par là à l' intérieur, [je vis que] huit ou
neuf dames étaient gracieusement assises côte à côte, [vêtues] de manteaux chinois couleur de
feuille morte, de traînes violet clair, [d' habits couleur] d' aster ou de lespédèze.

38. Cette première proposition retient l 'attention pour la syntaxe.


Mais examinons d' abord le verbe mi-ire-tsure-ba. Le verbe mi-iru (shimo ni-dan) n ' a pas été
conservé en japonais standard ; il signifie « regarder à l ' intérieur » . Pour comprendre la
situation, il faut savoir qu ' à l'époque, et dans ce milieu, les femmes restaient toujours séparées
des hommes, dissimulées au moins par un fin store de roseaux translucide (misu). Par ailleurs,
dans cette scène, elles se tiennent probablement à l ' intérieur, tandis que le capitaine reste sur
la galerie extérieure du pavillon.
Grammaticalement, -tsure- (IZK du IDS -tsu) indique que l ' action de regarder à l 'intérieur est
réalisée.
Pour la valeur de -ba, voir note 27.

Or donc, le capitaine « regarde par le côté du store, [légèrement] ouvert ». Aki-taru vient de
aku (conj . yo-dan) « être ouvert », -tari indiquant un état qui dure.

On attendrait akitaru misu no soba yori miiretsureba « comme je regardais par le côté du store,
qui était entrouvert . . . ». Mais le verbe akitaru, bien qu' il détermine soba, est rejeté après le
nom, et inséré entre ce nom et la particule yori (« par » ) . L' autre déterminant (misu no) est
placé, normalement, avant soba. Quant au nom déterminé (soba), il est suivi de no.
Voici le schéma de ce type de construction extrêmement fréquent (et que l 'on peut encore
trouver dans des textes modernes) :

ter déterminant + nom + no + 2e déterminant ( + éventuellement 3e déterminant) - le


dernier étant au RTK - + particule (si nécessaire) + verbe.

Ou, si l 'on veut : Dé 1 + N + no + Dé 2 (+ Dé 3) au RTK (+ particule) + verbe.

Voici quelques exemples. Le dernier déterminant est noté en capitales :

( 1 ) Ohoki-naru kura no ARU wo akete . . . « ouvrant un grenier qui était grand et qui était
[là] . . . » En français, les deux déterminants (ohoki-naru et aru) ont été j uxtaposés et reliés par
« et » . Mais on peut aussi parfois faire comme Beaujard dans notre phrase de départ, c 'est­
à-dire couper après le dernier déterminant, et reprendre ensuite le nom par un pronom. Cela
permet de conserver l 'ordre des mots. On aurait ici : « Un vaste grenier se trouvait là ; l 'ou­
vrant . . . »

1 38
C H APIT R E X V

Deux curieuses écartent le misu.


Édition xylographique de l'Ise monogatari. Époque d'Edo (document de l'auteur).

(2) Kuroki uma no TAKUMASHIKI ni nori . . . « montant sur un cheval noir et vigoureux ».

(3) Wakaki wonna n o shini-te FUSHI-TARU ari « il y avait une jeune femme morte, couchée
[là] ». (N.B . fusu « être étendu » ) Dans cet exemple, il y a deux déterminants après le nom.
.

Par ailleurs, il n ' y a pas de particule entre le dernier déterminant (fushitaru) et le verbe (ari),
puisque le nom déterminé (wonna) est le sujet de ce verbe ari, et que le sujet n ' exige pas de
particule.

39. Remarquons que le verbe wite (cf. note 1 4) ne comporte aucun keigo. C'est que les dames (qui
en sont le sujet) ne sont pas d ' un rang notablement inférieur ni notablement supérieur à celui des
deux interlocuteurs.
Par ailleurs, le verbe wiru réapparaît à la fin de la phrase dans le composé wi-namu (cf. note 40),
mais Beaujard ne l'a traduit qu ' une fois.

40. Nous n 'insisterons pas sur les pièces du vêtement ni sur les couleurs.
Au sujet de wokashiu (forme « adoucie » de wokashiku), voir les notes 1 2 et 35.
Il n'y a pas de verbe moderne *i-namu, namu ayant été remplacé par narabu. On dirait ici
inarande iru, ou narande suwatte iru. Mais le verbe namu a subsisté dans certains composés
comme namiki « une rangée d'arbres » .

1 39
I N I T I AT I O N AU B UN G O

La syntaxe de cette phrase est assez lâche. Si l 'on suit la ponctuation de notre édition de
référence, ainsi que la transposition en japonais moderne qui y figure, wokashiu est u n adverbe
qui porte sur winamitaru (cf. la traduction de Beaujard « gracieusement assises côte à côte »).
En ce cas, le groupe de noms karaginu, mo, shiwon, hagi nado reste en l ' air (Beaujard a dû
suppléer « vêtues de »). Mais d ' autres éditeurs interprètent différemment : ils mettent une
virgule non pas après nado, mais après wokashiu, qui devient u n suspensif. La phrase peut
alors se rendre littéralement ainsi : « les dames étaient assises côte à côte, leurs manteaux
chinois, leurs traînes ( . . . ) étant gracieux. » Certaines variantes d 'autres manuscrits semblent
confirmer cette dernière interprétation.
Quoi qu' il en soit, on tient ici un bon exemple de syntaxe très floue, trait qui caractérise la
littérature féminine de cette époque . . . On voit aussi que des interprétations diverses peuvent
être données aux textes.

(e) 0-mahe no kusa no ito takaki wo, "nado ka, kore ha shigerite haberu. Harahasete koso"
41 42 43 44 45 46

to ihitsureba, "tsuyu okasete goranzemu tote, kotosara ni" to, saishau no kimi no kowe nite
47 48

irahetsuru nari. Wokashiku mo oboetsuru kana.


49 50

Comme l'herbe de Son jardin était très haute, je dis : "Pourquoi [laisse-t-on] croître cette
herbe ? On devrait la faire ôter !" Alors on me répondit - c'était la voix de dame Saishô - :
"[L' Impératrice la laisse] à dessein, pour admirer la rosée qui s'y pose !" J' ai trouvé cela
délicieux !

4 1 . Les commentateurs semblent se partager sur l 'interprétation du mot o-mahe, le sens de la


phrase restant d ' ailleurs le même. Ou bien il s 'agit du titre donné à l 'Impératrice (cf. note 1 5),
et en ce cas le mot « jardin », impliqué par « les herbes », reste sous-entendu. Ou bien mahe
signifie « le jardin devant un pavillon », et il est précédé du préfixe o- honorifique, puisqu ' il
s 'agit du jardin de l 'impératrice. Ce genre d'ambiguïtés (en était-ce pour les lecteurs du
temps ?) est fréquent dans les textes de l 'époque de Heian.
Kusa no est le sujet de takaki (cf. XII.4 ).

\Y·
(i

\�- V
-. _ 42. Ito est u n adverbe extrêmement fréquent. C 'est un intensif, correspondant à « très »,
« beaucoup ».

43. S ur la particule wo employée comme conjonction à valeur causale, voir IX.6.h.

44. À partir de nado ka et jusqu' à harahasete koso, on a affaire à un discours dans le discours :
le capitaine rapporte ce qu ' il « a dit » (ihi-tsure-ba) aux dames du palais.

1 40
C H APIT R E X V

La première phrase de ce discours dans le discours est une interrogative lancée par nado
« pourquoi » (cf. XI.3.c). La particule ka est bien sûr placée immédiatement après le mot
interrogatif (cf. V.2.a) .

45. L a phrase s e termine, comme i l est normal après l e ka interrogatif, par un RTK, celui d e haberi.
Ce dernier est un auxiliaire verbal « poli », qui a la même valeur que saburahu rencontré plus haut
(cf. note 36). On dirait aujourd'hui : dô shite shigette iru no de gozaimasu ka.

46. Harahasete koso est une phrase très elliptique, comme on en prononce dans la conversation.
Haraha-se-te est le factitif du verbe harahu (conj . yo-dan, jap. mod. harau), qui signifie
« 4ébarrasser », « enlever [ce qui gêne] ».
Le -te reste en suspens, koso indiquant précisément que quelque chose est à sous-entendre.
Mais ce qui est à sous-entendre dépend du contexte. Ici on aurait par exemple yokarame « ce
serait bien ». Pensons à une expression française comme « et si tu lui en parlais . . . », qui peut
aussi impliquer « ce serait bien ».
Ces expressions elliptiques sont très courantes sous la plume des femmes de cette époque, qui
donnent l 'impression de reproduire telle quelle la langue de la conversation ordinaire.

47. De tsuyu okasete à kotosara ni, le capitaine rapporte la réponse des dames à sa remarque.
L'élément principal en est kotosara ni, c 'est-à-dire une proposition constituée par un adverbe,
le verbe étant sous-entendu : « exprès » doit se comprendre « elle le fait exprès ».
Le motif pour lequel l 'Impératrice ne fait pas soigner le j ardin est donné dans la proposition
précédente : goran-zemu tote. La particule tote peut se lire comme to omohite ou to ihite (cf.
VII.2.b) ; avec le volitif (ici -mu), elle indique le souhait (cf. IV. l .c) : « voulant admirer », d'où,
« pour admirer ».
Goran est resté vivant comme honorifique de miru koto. Ici, on a le verbe goran-zu, le S initial
de su « faire » se transformant en Z après une nasale (cf. 11. 6.n). Goran-zemu en est le volitif.
Oka-se-te est bien sûr le factitif de oku : « laisser se déposer » (on dit tsuyu oku « la rosée se
dépose »).
Le traducteur a modifié la syntaxe. Une traduction littérale serait : « pour, laissant déposer la
rosée, [l '] admirer ».

48. Nite est la particule ni indiquant le moyen, renforcée par -te (cf. plus haut, note 1 9) ; elle
a donné par contraction le moderne de. /
\ f}
1

L'auteur dit donc « on me répondit avec la voix de . . . ». Ce tour peut paraître un peu alambiqué,
mais il révèle que, le capitaine ne voyant pas clairement les dames (il a dû refermer le store),
il a entendu la réponse avant de pouvoir identifier qui l'avait prononcée.

49. Irahe-tsuru est formé à partir de irahe-, RYK de irahu (conj . shimo ni-dan) « répondre ».
Ce verbe a été remplacé par kotaeru.
-tsuru, RTK de -tsu, indique simplement, comme ailleurs dans notre texte, que l ' action a bel
et bien eu lieu.
S ur nari en fin de phrase, après un verbe au RTK, voir IX.3.

50. Oboe- est le RYK du verbe oboyu (conj . shimo ni-dan ; sur les shimo ni-dan en YU, voir
V.4.d). Ce verbe a donné le verbe moderne oboeru, mais ses acceptions en bungo sont bien plus

141
I N I T I ATI O N AU B U N G O

nombreuses. Le sens premier, celui qui apparaît ici, est « avoir le sentiment, l 'impression
que . . . » , « ressentir comme . . . » . Cf. la citation du Kokon chomon-jû en XII.4. On pourrait
transposer wokashiku mo oboetsuru kana en langue moderne par omoshiroku kanjita koto desu
yo.
S ur kana, voir note 37.
S ur mo explétif renforçant l 'expression, voir note 35.

(f) "On-satowi, ito kokoro-ushi. Kakaru tokoro ni swnahi sesasetamahamu hodo ha, imijiki koto
51 52 53 54

ari tomo, kanarazu saburahubeki mono ni oboshimesaretaru kahi mo naku" nado, amata ihitsuru,
55 56 57 58 59

"katari-kikasetatematsure" to nanmeri kashi.


61 60

Plusieurs [des dames me) dirent : "Il est bien triste que [Sei Shônagon] reste chez elle. En un
moment où [l' Impératrice) demeure dans une pareille retraite, c ' est bien la peine qu' Elle la
considère comme une de celles qui ne devraient pas manquer de se tenir à Ses côtés, alors
même qu' il leur arriverait quelque chose d' extraordinaire . . . " , ce qui semblait vouloir dire :
"Racontez [tout) à [Sei Shônagon] :'

Ce paragraphe contient peu de vocabulaire et de phénomènes grammaticaux nouveaux. On se


reportera, le cas échéant, à l 'index et au lexique.
Mais la phrase est assez longue et sinueuse. Il faut d'abord avoir en tête que le capitaine
rapporte les propos des dames, avec un bref commentaire. Le traducteur l ' annonce en tête du
paragraphe, mais, dans le texte japonais, cela n 'est dit, bien sûr, que vers la fin de la phrase
(nado amata ihitsuru). Jusqu' à nado, tout est du discours rapporté.
D 'autre part, les dames parlent de deux personnes, Sei et l 'impératrice, sans les nommer. Seul
l'emploi d'honorifiques différents, ainsi que le contexte, permettent de les identifier.

5 1 . Le préfixe on- (lecture conjecturale, cf. XV.3) est honorifique : le contexte indique qu ' il
s ' agit du séjour chez elle de Sei, envers qui les dames témoignent ainsi une certaine déférence.
Le nom sato-wi « le fait de rester chez soi » se comprend aisément à partir de ce que nous
avons dit de sato et de (w)iru (notes 1 3 et 1 4).

52. S ur ito, voir note 42.


Nous avons déjà rencontré le mot de qualité ushi. Il est ici précédé de kokoro, qui est utilisé
comme une sorte de préfixe qui s ' adjoint à des mots de qualité indiquant des sensations ou des
sentiments (cf. en jap. mod. kokoro-gurushii, kokoro-zuyoi, etc.).

53. La proposition qui s'ouvre avec kakaru tokoro ni est une subordonnée temporelle (sur hodo
signifiant « le moment » , voir IV. 1 .c ).

1 42
C H APIT R E X V

Kakaru est un adjectif démonstratif très fréquemment utilisé. Il est formé de kaku (cf. XIII.5.i)
+ aru, ces deux éléments étant contractés. Il signifie littéralement « qui est ainsi », « cette sorte
de » (japonais moderne kono yô na ou konna). Ne pas le confondre avec le verbe kakaru !

54. L'expression sumahi se-sase-tamaha-mu est formée du substantif sumahi « la demeure » (tou­
jours vivant en japonais moderne) et du verbe su, l 'ensemble signifiant simplement « demeurer
(quelque part) ». En fait, cette expression équivaut au verbe sumu. Certains manuscrits donnent
d ' ailleurs ici suma-se-tamaha-mu.
Qu ' il s 'agisse de ce verbe sumu ou de sumahi su, l 'honorifique employé est le même. On a en fait
recouru à un double honorifique : le « factitif » (de sumu ou de su) + tamahu (cf. note 7). Le double
honorifique étant réservé à de très hauts personnages, on comprend que le sujet du verbe est
l ' Impératrice.
On peut s 'étonner de la présence du JDS -mu d'éventualité, alors que l ' Impératrice réside bel et bien
dans « un tel endroit », mais l ' auxiliaire élargit le point de vue : il s'agit non seulement du cas
présent, mais aussi de toute circonstance semblable.

55. À partir de imijiki, commence un membre de phrase qui détermine mono, ce mot étant à
prendre au sens de « une personne » (traduction française : « une de celles qui . . . » ) .
Imijiki a été v u plus haut (note 28).
-tomo est bien connu (cf. VII.3.e).
Quant à la forme saburahu-beki, il s' agit du verbe saburahu, à prendre dans son sens premier
de « se tenir auprès d ' une personne de rang supérieur, être au service de quelqu 'un ».
Le verbe est au SSK devant -beshi. L'interprétation de ce IDS est évidente, eu égard à la
présence de kanarazu : il s ' agit de l ' obligation.

56. Oboshi-mesa-re-taru est encore un double, ou même un triple honorifique, ce qui indique que le
sujet est toujours l ' Impératrice :
- le verbe obosu est en lui-même un honorifique de omohu ;
- l ' auxiliaire verbal -mesu a une valeur honorifique ;
- -re- (RYK de -ru, JDS dit « de passif ») a lui aussi une valeur honorifique.
Le RYK -re- est dû à la présence de -tari, ce JDS indiquant une action qui dure : on décrit l ' état
d'esprit de l 'Impératrice, la façon dont elle considère habituellement Sei.
Ce verbe est ici construit avec ni : [X wo] Y ni obosu (ou, bien sûr, omohu) « considérer X comme Y ».
Cf. une construction analogue avec miru en Vl.2.d.
On dirait en langue moderne X o Y to omou.

57. L'expression kahi (mo) nashi a subsisté en langue moderne : miru kai ga nai « cela ne vaut
pas la peine de [le] voir ». Ici, les dames blâment Sei : ça ne valait pas la peine que l 'impé­
ratrice la considère comme une personne sûre, puisqu 'elle fait défection.
Comme plus haut, on voit que la phrase se termine par un RYK ( naku) à valeur suspensive,
tour courant dans la langue parlée ancienne (ou moderne).

58. À retenir, car extrêmement fréquent, l 'emploi de nado pour clore une citation.

� Nado indique que les propos ne sont pas rapportés littéralement. À la diffé rence du
japonais standard, le to de citation est alors très souvent omis.

1 43
I NI T I AT I O N AU B UN G O

59. Très fréquent aussi, l 'adverbe amata, qui n 'est pas courant en japonais moderne. Il signifie
« beaucoup » et équivaut à ôzei ou à takusan. Il est rendu dans la traduction par « plusieurs ».

L'analyse de la forme ihi-tsuru va de soi . . . mais il faut voir que le rentai-kei nominalise le
verbe : on aurait en japonais moderne itta no wa (cf. 111.3 .k et m).
En fait, on peut considérer que tout le long membre de phrase que nous venons de lire (depuis
on-satohi) fonctionne comme le complément du verbe ihitsuru, ce dernier (un RTK) étant
lui-même le sujet de nanmeri (sur cette forme de nari, voir note 60).
On a donc le schéma suivant : « le fait qu 'elles me dirent : "il est bien triste que . . . ", c 'était
sans doute . . . »

60. S ur nanmeri, contraction de naru-meri, voir XI.5. Naru est le RTK du JDS nari assertif (cf.
chap. IX).
Cette forme verbale est renforcée par kashi, particule très couramment employée en fin de
phrase, avec une valeur d ' insistance (japonais standard yo ).

Nari est ici précédé du to de citation. On a en fait ici une expansion (assez longue ! ) du schéma
habituel : A (ha) .. . B na.ri « A est B », l'élément B étant ici une citation, comme le montre la
présence de to .
. . . nado ihitsuru (ha) . . . to nari signifie littéralement : « le fait de dire [X] , c ' est dire [Y] » (donc
« cela revient à dire » ou, comme a fait le traducteur, « cela veut dire » ) .
Pour faire passer e n français cette longue phrase, o n a légèrement modifié la construction :
« Les dames me dirent . . . , ce qui semblait vouloir dire . . . »

6 1 . Reste la forme katari-kikase-tatematsure.


Katari-kikasu est un verbe composé un peu redondant signifiant « raconter et faire entendre ( =
dire) ». Kikasu est le factitif de kiku.
Le verbe est accompagné de l 'auxiliaire verbal dépréciatif tatematsuru « diriger l ' action vers un
supérieur » (japonais moderne ageru).
La forme est elle-même un impératif. En somme, les dames chargent le capitaine de transmettre un
message à Sei, traitée comme « supérieure ».
On voit que les dames s' adressent au capitaine sans employer d 'honorifique, avec un simple
impératif, comme on fait avec un égal ou un inférieur (japonais moderne o-hanashi môshiagEYO).
Faut-il croire qu 'elles lui ont réellement parlé de cette façon ? S ans doute pas. N 'oublions pas que
cette phrase n ' a pas été réellement prononcée : c 'est l 'interprétation que le capitaine donne au dis­
cours des dames.

(g) Mawirite mitamahe. Aharege naru tokoro no sama kana. Rodai no mahe ni uweraretarikeru
62 63 64 65 66 67

boutan no karameki wokashiki koto » nado notamahu.


68 69

1 44
C H APIT R E X V

Allez donc voir au Palais ! Que /' aspect de ce lieu [donne] une impression de charme
pénétrant ! Les pivoines qu' on a plantées devant la terrasse, qu' elles sont ravissantes, avec
leur allure à la chinoise ! me dit [le capitaine].

Cette phrase est la dernière du discours que le capitaine tient à la narratrice, discours qui a
débuté au § c. L'expression nado notamahu « il me dit que . . . », sur laquelle nous reviendrons,
c lôt l 'ensemble des paragraphes c, d, e , f et g (soit les lignes 4 à 12 du texte japonais).

62. Mawirite mi-tamahe. Dans cette courte phrase adressée par le capitaine à Sei S hônagon, le
verbe mawiru a le même sens que plus haut (cf. note 27).

63. Le capitaine situe Sei au-dessus de lui-même, et emploie donc l 'auxiliaire honorifique -tamahu
(voir note 7). Il est ici à l 'impératif.
On sait que seule cette forme impérative a survécu. Mais sa valeur honorifique est aujourd' hui consi­
dérablement atténuée.

64. Ahare-ge naru. Au nom ahare rencontré plus haut (voir note 30) est ajouté le suffixe -ge.

� Le suffixe -ge indique l 'apparence, l'impression produite. Il s'attache à un nom ou au


RYK d'un verbe, ou, le plus souvent, au radical d'un mot de qualité (keiyô-shi).
Il est principalement utilisé avec nari, en tant que keiyô-dôshi. r-
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Sur les keiyô-dôshi, voir IX.4. Voici quelques exemples (voir aussi la phrase du Kagerô nikki
citée à la fin du chapitre XIV) :
- kurushi-ge nari ( = kurushisô ni mieru) « cela paraît pénible » ;
- osoroshi-ge naru bushi-domo ( = osoroshisô na bushi-domo) « des guerriers à l' aspect
redoutable » ;
- chikara mo na-ge nite . . . (= chikara mo nai yôsu de . . . ) « semblant sans force . . . ».
N.B . Nage est construit à partir de nashi. Nite est le RYK de nari, renforcé par te.
Dans le texte de Sei, ahare-ge naru tokoro pourrait se traduire par « un lieu qui donne une
impression de charme ».

�+� Extrêmement courant dans les textes anciens, ce suffixe est devenu d ' un usage assez rare
en japonais parlé. Signalons cependant une expression figée, très usuelle : nani-ge naku
« sans avoir l ' air de rien », « mine de rien ».

65. Sama signifie « l ' allure », « l ' aspect » (cf. jap. mod. arisama, yôsu) .
La phrase n ' a pas de verbe, et kana lui donne un ton exclamatif. Il est impossible de la traduire
littéralement en français. On pourrait la rendre approximativement par « Ah ! l ' aspect de ce
lieu au charme pénétrant ! »

66. La phrase suivante, elle aussi, est exclamative (c 'est koto qui, comme en langue moderne,
lui donne cette valeur).

1 45
I NI T I AT I O N AU B UN G O

Le sujet boutan est marqué par no (cf. XIl.4 ).


La fleur ici appelée boutan (donc avec un 0 long) se dit aujourd'hui botan. La pivoine fut
importée de Chine (son nom même est chinois, et on ne la chante pas dans les waka). Quant à
rodai, une « terrasse sans toit », c 'est un élément de l 'architecture à la chinoise. Le j ardin avait
donc un cachet exotique.

67. Uwe-rare-tari-keru est une forme où sont associés trois JDS .


Le S S K d u verbe est uu (conj. shimo ni-dan, j ap. mod. ueru). Sur c e verbe, voir XIII.4.f.
-rare- est le RYK du IDS -raru de passif ;
-tari- est le RYK de -tari, ce JDS indiquant que le résultat de l'action dure encore (les pivoines
ont été plantées, et le restent) ;
-keru est le RTK de keri, qui indique ici le passé : le capitaine se remémore le spectacle des
pivoines, qu ' il a contemplé ce matin-là (cf. ci-dessus, note 20).

68. Dans la proposition exclamative boutan no karameki wokashiki koto, il y a deux prédicats.
On a déjà vu le mot de qualité wokashi (note 35).
Kara-meki est le RYK (suspensif) d'un verbe karameku (yo-dan) formé à partir de Kara, l ' un
des noms qui désignaient la Chine (les Chinois étaient appelés Karahito ) Nous avons .

d' ailleurs vu plus haut (§ c) les kara-ginu ou « manteaux chinois (à la chinoise) ».


Ici, ce nom est suivi de l ' auxiliaire verbal -meku, que l'on accole à un nom, à un adverbe, ou
au radical d'un mot de qualité pour indiquer l ' allure, la façon d 'être d 'une personne ou d 'une
chose. Par exemple : ima-meku « être à la mode d' aujourd'hui ». Il est toujours utilisé.

69. Le paragraphe se conclut avec nado notamahu, qui, comme nous l'avons signalé plus haut,
reprend l 'ensemble du discours du capitaine.
Sur nado, voir la note 5 8 .

Notamahu est un honorifique signifiant « dire » (Sei place au-dessus d'elle l e capitaine, sujet du
verbe). Ce verbe correspond au moderne ossharu.
É tymologiquement, c 'est la contraction d' une forme nori-tamahu, où l'on reconnaît l'auxiliaire
honorifique -tamahu. Cet auxiliaire est ajouté au RYK d ' un verbe noru, lui-même équivalent hono­
rifique de ihu (mais qui, seul, ne s'emploie guère qu 'à propos de divinités ou de l 'empereur).
L'honorifique notamahu, senti comme un verbe simple, est extrêmement fréquent. Il faut y prendre
garde : souvent, le no- de notamahu échappe à l ' attention !

(h) « Isa, hito no nikushi to omohitarishikaba. Mata kikinikuku haberishikaba » to irahekikoyu.


70 71 72 73 74

« Oiraka ni mo » tote warahitamahu.


75 76

« Non, répondis-je. Comme les gens m'ont trouvée détestable, [et] que, de mon côté, j ' ai
trouvé [ce jugement] désagréable à entendre . . .
- [Soyez] généreuse ! » [répliqua] le capitaine en riant.

1 46
C H A P ITR E X V

70. Isa est un adverbe de négation, équivalent au iie moderne. Mais il peut aussi exprimer l'hé­
sitation (jap. mod. saa). Dans le cas présent, l ' interprétation varie selon les commentateurs.
Le traducteur a inclus ici l'incise : « répondis-je », qui traduit to irahekikoyu, expression qui
apparaît plus loin dans le texte, à la fin de la réplique de Sei. Nous y reviendrons (note 74).

7 1 . On a ici le premier de deux verbes à l'lZK suivi de -ba, cette particule conjonctive ayant
donc u ne valeur causale. Les commentateurs font remarquer que cette succession de deux
verbes en -ba n ' est pas très naturelle . . . Les deux subordonnées causales, qui restent en
suspens, expliquent le refus de Sei d' aller voir l 'Impératrice, refus exprimé par isa.
Voyons la forme omohi-tari-shika-ba. Elle comporte à la fois le JDS d 'accompli -tari (au
RYK), indiquant un état qui dure, et le IDS -ki (à la forme IZK -shika) indiquant le passé Gap.
mod. omotte ita node).
Comme le capitaine, Sei n 'utilise pas de keigo pour ce verbe, dont le sujet (marqué par no) est
« les gens », c ' est-à-dire les dames.
Nikushi, mot qui réapparaîtra peu après, correspond ici au moderne nikurashii.

72. S ur la valeur de mata, voir V.3.b.

73. L'expression kiki-nikuku haberi-shika-ba pourrait se rendre en japonais moderne par kiki-zurô
gozaimashita node.
Le mot de qualité nikushi, ajouté au RYK d'un verbe, signifie que l'action est « pénible », « désa­
gréable » (moderne tsurai, en composition -zurai).
Comme dans la phrase (e) (cf. note 45), l 'emploi de haberi, au lieu du simple ari, place le discours
dans un registre poli vis-à-vis de l ' interlocuteur, quel que soit le sujet du verbe (ici, l 'opinion des
dames).
Pour la finale -shikaba, voir la note 7 1 .

74. La forme irahe-kikoyu est composée à partir du verbe irahu (cf. note 49), au RYK.
L' auxiliaire verbal kikoyu, dépréciatif, indique que c ' est le locuteur qui accomplit l'action à l 'adresse
de son interlocuteur, mis ici dans une situation de « supérieur » (ce système est généralisé dans la
langue moderne). On dirait aujourd' hui o-kotae môshiageru.

75. La réponse du capitaine est fort elliptique : elle consiste simplement dans l 'expression
oiraka ni mo, c 'est-à-dire un keiyô-dôshi signifiant « serein », « qui n 'est pas susceptible » (donc
« généreux » ). On pourrait presque dire « cool » . . .
Ce keiyô-dôshi, après lequel on attend une forme de nari (= ni ari) (cf. IX.4), est simplement
suivi de ni (la particule mo étant explétive). C 'est un genre d'expression très fréquent dans la
prose de l ' époque : la suite, c 'est-à-dire une forme du verbe ari, reste sous-entendue. Ici, ce
serait l ' impératif are. L'expression oiraka ni are (= oiraka nare) peut être rendue en langue
moderne par nonbiri shite irasshai.
Notons d' ailleurs que, en japonais moderne aussi, ces ellipses sont usuelles dans la
conversation : shizuka ni peut signifier « soyez discrets ! », « ne faites-pas de bruit ! ».
Dans la conversation française, on emploie également ce genre de tours où le verbe reste
sous-entendu. Par exemple, à l ' adresse d ' un enfant : « allons, sage ! » Pareilles ellipses sont
très fréquentes dans la prose de cette époque. Attention ! une phrase se terminant par ni ne
correspond pas toujours à un impératif.

1 47
76. Comme nous l'avons déjà vu à plusieurs reprises, tote sous-entend un verbe « dire » (dans
la traduction, « répliqua » ).

Dans la forme warahi-tamahu, l 'auxiliaire verbal honorifique (cf. note 7 ) indique que le sujet (ici,
le capitaine) est placé par le locuteur en position de « supérieur ».
Dans les trois dernières lignes du texte, seul le contraste entre le dépréciatif [irahe]-kikoyu d'une part,
et, de l ' autre, les honorifiques notamahu et [warahi]-tamahu permet d'attribuer chaque réplique à une
personne déterminée (le locuteur-narrateur ou son interlocuteur).

Avec ce texte, on aura saisi quelques particularités de la prose de Heian, notamment le naturel des
phrases, proches de la langue parlée, c'est-à-dire à la syntaxe souple et comportant de nombreuses
ellipses.

Quant aux honorifiques, ils sont souvent déterminants pour comprendre quel est le sujet des verbes,
quelle est la personne dont on parle.
Ici, les personnages sont clairement désignés au début de la scène : l ' Impératrice, c 'est-à­
dire miya au § a et omahe au § b, le capitaine sa-chuujau au § c, les dames nyoubau dans ce même
§ c, Saishô no kimi au § e. Mais, dans le cours du texte, ces « sujets » ne sont repris par aucun
pronom : seul l 'emploi (ou l 'absence) d ' honorifiques (et bien sûr le contexte, qui dans certains textes
peut d ' ailleurs n 'être pas parfaitement clair) permet de situer les acteurs.

Ici, on a une échelle à quatre degrés :


- l 'impératrice : doubles ou triples honorifiques ;
- le capitaine, quand Sei parle de lui, ou Sei, quand le capitaine lui parle : honorifiques « simples » ;
- les dames de la cour : pas d 'honorifique ;
- la narratrice, ainsi que le capitaine quand lui-même se fait « narrateur » : pas d 'honorifique,
ou des dépréciatifs.

D'une façon plus nette encore que dans la langue moderne, les honorifiques ne sont pas des enjoli­
vements superflus : ils jouent un rôle essentiel dans l 'expression linguistique.

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1 64
Lexique sélectif

Pour les mots honorifiques, dépréciatifs et les mots de politesse, voir le tableau p. 1 72 .

ahare N.> r;t n 1 ) ah ! hélas ! 2 ) caractère poignant des choses Vll .c. IX.b. XV.c.
A "'
-ah u c:J ,�, [fai re] ensemble IX.f.

ama. ame � le C iel Vl.c. Vl l l .e. IX.f. XIV. g .

ayaniku ni &;) t-> t = < 1= à contretemps ; malencontreusement XIV.c.

chigiri � �) 1 ) serment 2) destin IV.c. Vll l . b.

chitose =f- � · =f- � m i l le années Xl l . b.

-dji � [en composition) chemi n IV.a. Vll l . b . Xl . d .

haberi i�PJ [dépréciatif. mot de pol itesse) XV.e. XV. h .

hatsune fJJ :g- premier chant XIV.c.

hazama �� rai espace resserré Xl l l .e.

h ikazu B� de nombreux jours Xll l . b .

h isashi � L durable 111.h. Vl l l . g . XV.a.

hodo �� 1 ) degré 2 ) moment IV.c. V.d. XIV.e. XV.f.


3) comme 4) tandis que
ihaho iA rocher Xl l .d .

i hane �Hi rocher Vl l l .g .

i mahata � �� désormais V.c.

i m iji 1, \ ;;. L: redoutable, terrible, extraordi naire XV.c. XV.f.

i rahu � ..
l=l ,�, répondre XV.e. XV. h .

ito L ' C: très XV.e.

idzu te -:5 (cf. de ru en langue moderne) VI I . a. I X . a . X l . c . Xll l . h .

kakaru WT .{-, tel XV.f.

kaku(te) M < ( -C ) ainsi Xll l .i. XV. b.

karigane Ri oie sauvage XI.a.

kata jj direction IV. a et b.

kikoyu OO � [dépréciatif] XV. h .

kim i � 1 ) prince 2 ) vous Vl . b. Vl l l .c. IX.b. Xl.d. Xll . d . XIV.d .

kohishi �L dont on se languit. cher VI .a. IX.a. X.d. Xl l l .f.

koh u � ,5, se languir de. aimer Vll l .c.

kozo B'F � l'année dernière IV. b.

kumogakuru � B� .{-i se cacher dans les nuages XI.a.

masaru i� � -Q s'intensifier V.c.


mi � corps, personne Vl.b. IX.a. XII.a. Xll l.c.
mich inobe li 0) il le bord du chemi n Vll . b.
m iyama m llJ • ;� L.l.J la montagne profonde V.a.
n i kushi M L détestable XV.h .

1 65
no be tHI l ande IV.a. IX.b.
nodokeshi � Ill L calme Xll . b.

nokiba ff � extrémité de l'auvent. avant-toit Vll .e. IX.d.


� ..
notamahu là ,:>, [honorifique] XV. g .

oboshimesu ,�, L B 9 [honorifique] XV.f.

oboyu Jt rP ressentir. avo i r l ' i mpression que XV.e.

odzu «n -:5 redouter 1 1 1 .e.

oh asu S l;t 9 [honorifique] XV.a. et c.

o-mahe iftfl flj 1 ) Son Altesse 2 ) vous XV. b.

orna iii surface Xl l . b .

omoru � -@ se fai re lourd IX. d .

oyu � rP v ie i l l i r 1 1 1 .f. IV.c.

saburahu ill ,5, [dépréciatif. mot de pol itesse) XV.c. et f.

sahamidzu �' 71< l'eau de l'étang Vl l l .f.

sa ma fl aspect XV. g .

sazareishi � :fi" cai llou Xll .d.

sato I 1 ) hameau 2) résidence privée 1 1 . g . V.a. et e . XI I I . b et g . XV. a et f.

shibashi '9 L un moment Vl l . b.

shirotahe 8� étoffe blanche Vl .c.

shiwori tt tJT L) branche cassée pour marquer le chem i n IV. b.

somu M �' commencer Vl l l . d . et e .

tabine tliU� sommeil en voyage XIV.e.

tamahu � ,5, [honorifique] XV. a, g, h.

tanomu *li �' avoir confiance IV.f. Vl l l .c et d.

tohu �jj ,5, rendre visite V.a. et e.

tsuyukesh i li ft L humide de rosée IX.c.

ushi � L triste V l l l . b . Xl.c. XV.f.

wa . ware � - tt 1 ) soi-même 2 ) moi-même V.a. et b. Vl l .e. X.c. Xl.c. XI I I .a. et f.

wagi moko â �* -T- ma mie XIV.e.

wiru 15 -@ être installé quelque part Xl l l .e. XV.a. et d .

wochi katabito � 1J À voyageur Xl l l . g .

wokash i � h' L piquant, charmant XV.c. et d.

y a do m logis I X . a . X.c. X l l l .f.

yo 1 ) fü 2) i-t 1 ) monde 2) règne V. b. VI I I .a. IX.a. Xll .d .

yoha �* le cœur de la n u it Xl . b. XIV.e.

yosohu :fi -f ,5, rapprocher, comparer Vll .f.

1 66
Principaux termes grammaticaux japon ais

dantei WJT}E
denbun i� fm
dôshi it.J�iil
eitan �Pl
e n kyoku �EtB
ganbô -�
gyô fi
i:;; :.n:
hango J.X. ij JJ

heiretsu ��lj
hojo-dôshi �mWJ lt.J�fil
ishi
izen-kei
jihatsu §�
jodôshi WJ it.J�iil
joshi WJ�iil
ka(gyô)-hen(kaku katsuyô) :h fi��;5m
kakari-musubi i�*â rJ
kako ��
kaku josh i �WJ�iil
kami ichi-dan ..t - �9:
kami ni-dan ..t =$9:
ka nô iiJ 1î�
kanryô :7ï; 7
katei {& )E
keigo ��g
keiyô-dôshi m�lt.i��
keiyô-shi ff���iil
�ifi.��=.n:
kenjô-go � � jjJJ

kibô
kinshi
-ku katsuyô ? 55 m
kyôi �l�
meirei $�
meishi � �iil
mizen-kei *�ff�
na(gyô )-h en(kaku katsuyô) -r fi��;5m

1 67
onbin �œ
ra(gyô)-hen(kaku katsuyô) 7 fi��;!m
rentai-kei ili* ff�
renyô-kei il ffl ff�
sa(gyô )-hen(kaku katsuyô) -iffi��;! m
shieki ilf�
-shiku katsuyô � ? ;!m
shimo ichi-dan l' - i9:
shimo ni-dan l' = t9:
shinkô iifi
shûshi-kei � Jt ff�
son kei-go !J��g
sonzoku 1-î*ft
suiryô m;_
taigen i* �
teinei-go T� � :il n
o

tôzen 3 9Jt
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uchikeshi n ;�
u kemi ��
yo-dan � t9:

1 68
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171
Principaux KEIGO (époques Heian et Chûsei)

H O N O RI F I Q U ES N E U T R ES D É P R É C IAT I FS H O N O R I F I Q U ES N E UTRES D É P R É C IAT I FS


!J � �â � Mi �! � � �â � Mi �!
( 1., ' i; � L � -@ ) ÊTRE ( cB -@ ) C cf3 M 2- f = tcJ -@ ) ENTENDRE ( ? fJ\ fJ{ ? )
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(J) t.: * {, \ ,5, � * BT Clt!l) , honorifique, a toutes sortes de sens : voir, convoquer, prendre, manger,
'§' ,5, ( l!!I ) * rit) � rP <=) boire, revêtir, prendre un véhicule.

* indique que le verbe peut être employé comme auxiliaire après le :il ffl � d'un autre verbe.
* Ces deux verbes sont principalement util isés comme teineigo "mot pol i "
< l!!I ) indique un yo-dan < -tt ) indique un sa-hen
Les verbes entre parenthèses sont l e s équivalents modernes.
<=) indique un ni-dan <7) indique un ra-hen

1
M i1J �iil ;! m �
Mode de suffixation Conjugai so n Type de conjug. Va leur
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ii i:i * � ff� � m ff� � lt. M � i* ff� 2 � ff� $ 1J- ff� ;5 m � ��
* 1 .Q n n .... .Q .Q � .Q n ..... n J: l' = . . . . . ... .....
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11 °* I� L °* f� L < °* f� L < °* I� L °* r� L � °* f� L lt n 0 tf� .� �iîJ :,., ? ;! m 1a �
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27 f::. L) t::. i; f::. L) .. C f::. L) t::. � t::. ;h, t::. ;h, ff� � i1J �ii] ?r 1J ;5
28 :::: c L :::: c < :::: c < :::: c L :::: c � 0 0 ff� � �iiJ ? ;! m l± ;)t • 1JIJ �
• Mode de sut1ixation particulier
Index

accompli (kanryô) VI passim, VII passim, XIl. 1 , XV.c.27 .


adoucissement phonétique (onbin) Xl.5, XIV.2.a, XV.a. 1 2, XV.b. 2 8 , XV.c.35, XV.d.40.
ari II.3, 111. 1 .3, IV.4.d, XIII. 1 .a, XV.a. 1 1 , XV. b.20.
auxiliaires (jodôshi JDS) III à XV passim.

-ba (après IZK) IV.4.e, VI.2.a, VII.3.d, VIII. 1 .c, X.2.d, XV.a. 1 1 , XV.c.27 ,
XV.h.7 1 e t 73.
-ba (après MZK) XIII. 1 et 3, XIII.5.i, XIV.4.f.
bakari XIII.5.i.
bases voir mizen-kei, ren .yô-kei, izen-kei.
-baya (après MZK) XIII.2.
-beshi X. l, XV.f.55.

conditionnelles XIII passim.


conjecture (suiryô) IV. 1 et 4, V.3.c, IX.2.d, X . 1 et 3, XI passim, XIll.5.
conjonctions voir « particules conjonctives » .

dakuten 1.2, IV.4.f, IX.6, XIII.4.


-de (après MZK) XIII.3, XV.a.2.
dépréciatifs (kenjô-go) XV passim.
déterminant voir rentai-kei.
-do V.4.e, VIII.3.f et g, IX.6.h.
-domo IV. l .c, IX.2.c.

e- (+ négatif) XV.b. 1 8.
émotif, exclamatif (eitan) V.3 . b, VIII.3, XIII. 3.c, XV.c. 37, voir kana.
éventualité (suiryô) voir (< conjecture » .

factitif (shieki) V.4, XV.4, XV.e.47 .

ga II. 1 , Vl.2.b, Xl. 3.c , XI.4.d, XIl.4, XIV.4.e et g.


-gatashi IV. 1 .
-gatera XIV.4.f.
-ge XV.g.64.
go-dan II.4.
gotoshi XII.4.
gyô ( « colonne » des kana) 1.3.a, 11.3.

ha 11. 1 , VII. 3.c, VIIl. 3.g, XIIl.4, XIII.5.h, XV.b. 1 9.


hango XIII.5.i.

175
I NI T I AT I O N AU B UN G O

heiretsu (parallélisme) VII. 1 .


honorifiques (sonkei-go) V.2 et 4, XV passim.

ikaga, ikani(te), ikade, ikanaru IV.4.f, V.3.c, VIII.2.e, IX.2.b, X. 1 .b.


impératif (meirei) IV.4.d, VI.2.d, VII.2.a, X. 1 , XV.f.6 1 , XV.g.63.
interdiction (kinshi) VII.3 .e, X.3, XIII. 1 .a.
interrogatives IV.4.f, V.2.a, VIII. 1 .a, VIIl.2.e, X. 1 .b, XI.3.c, XI.4.d,
XII. 1 .a, XIl.3.c, XIII. 1 .c, XIll.5 .h, XV.e.44.
iroha-uta IX.6.
ishi voir « volonté » .
IZK (izen-kei) IV. Le, IV.4.e, Vlll. 3, voir -ba, -do, -domo, koso.

IDS (jodôshi) voir « auxiliaires » .


-Ji IV.4, V.4.e, Vll.3 .c, VIII. L b , IX.6.h, XIII. Le.
jihatsu voir « spontanéité » .
jodôshi (JDS) voir « auxiliaires » .
}os hi (particule) 11.6, voir ha, ga, no, ni, yori, wo, etc., et setsuzoku joshi.

ka V.2.a, V.3, VIII.2.e, X. Lb, XIII.5.h, XV.e.44 et 45.


ka[gyô]-he n[kaku kats uyô] II.6 et voir ku.
kakari-musubi IV. 1 .c, IV.4.f, V. 3, XI.4.d, XIV.4.remarque.
kako voir « passé » .
kami ichi-dan II.5. 1 , V.4.d.
kami ni-dan 11.5.2, V.4.d.
kana (particule) V.3.b, VIII. Lb, X. l .a, X.3.e, XV.c.37, XV.e.50, XV.g.65.
ka nô voir « possibilité » .
kanryô voir « accompli » .
kas hi XV.f. 60.
katei-kei IV. Le, XIII. L
keigo voir « politesse (mots de) » .
keiyô-dôshi 11.2, IX.4, IX.6.h, XIII.2.e.
keiyô-shi 11. 1 et 2, 111.2, IV. 1 .c, IY.4.f, VID.3, IX.2.c, XIll.4, XIll.5.h.
-kemul-ken VIIl. 2, IX. Lb, Xll. 3.c.
kenjô-go voir « dépréciatifs » .
-keri VIII.3, IX.2.c, X. 1 .c, XII.4, XIV.3.c, XV.b.20, XV.g.67.
-ki VIII. 1 , IX. La, IX.4.f, XI.3 .c, IX.4.d, XII. 3.c, XIII.4.f,
XV.a. 1 1 .
kimi VI.2.b, VIll. 1 .c, XIV.3.d.
kinshi voir « interdiction » .
koso IV. l .c, IV.4.e, VII.2.b, X. 1 .c, XIV.3 .d, XV.c.3 1 , XV.e.46.
ku ( « venir » ) II.6, III. 1 .3, V.4.e, XIII. 1 .a.
-ku katsuyô 11.2, VIII.3.

-mahoshi XIV.3.
-maji X.3, XV.b. 20.
-mas hi XIIl. 5.

1 76
I N DE X

meirei voir « impératif ».


-meri XI.5, XV.f.60.
mo III. 1 .2 (g), IV.4.d, e et f, XV.c.35, XV.e.50.
mono no VIII. l .c.
mots de qualité voir keiyô-shi et keiyô-dôshi.
mots de politesse (keigo) voir « politesse (mots de) ».
-mul-n IV. l , IV.4.f, V.2.a, VI.2.d, VIlI. l .c, IX.6.h, X. l .b, XII.3.c,
XIII. l .b, XIII.4.f, XV.e.47, XV.f. 54.
MZK (mizen-kei) ID passim, IY. l , IV et V passim, Xill. l , 2, 3 et 5, XIY.3 et 4.
-mzu IV.3.

-n voir -mu.
na, na . . . so VII.3.e, XIII. 1 .a.
nado XI.3.c, XV.e.44, XV.f.58, XV.g.69.
nagara V.3 . b.
na{gyô] -hen{kaku katsuyô] VII.3.
-namul-nan (après RYK) VII.3.f, XIV.4.h.
-namul-nan (après MZK) XIV.4.e, f, g et h.
namu (après toutes sortes de mots) XIV.4.remarque.
na ni XII. 1 . a.
nari (assertif) IX passim, XI.5 .e, XII.3.c, XIII.4.f, XIV.2.c., XV.2,
XV.e.49, XV.f. 60.
-nari (conjecture) Xl.3.
ni- voir nari et -nu.
ni (particule), nite V. 3.a, Vl.2.d, VIII. 1 .b, XI.2.a, XI.4.d, XIII. l .a, XV.a.9,
XV.e.48, XV.f.56.
-niki VIII. l .d, IX.2.a, XI. 3.c, XI.4.d.
no IV. 1 .b, V.3 . b, X. 3.e, XII.3.c, XII.4, XIIl.4.g, XV.d.38,
XV.e.4 1 , XV. g.66.
-nu (RTK de - zu) IIl.3, VII.3.
-nu (SSK du IDS d 'accompli) VII. 1 et 3, VIII. 1 .b, IX. 1 .a, IX.3.d, IX.4.g, X. 1 .b et d,
Xl.3.c, XIII. 1 .c, XIIl.5.i, XIV.4.h.
numéraux XII.2, XII.3.b et d.

onbin voir « adoucissement phonétique ».

particules enclitiques voir joshi.


particules conjonctives (setsuzoku joshi) voir -ba, de, -do, -domo, nagara, ni, nite, shite, to, -tomo,
-tsutsu, wo.
passé (kako) VIII passim, XV.b.20.
passif (ukemi) V. l , 2 et 3, VIII. Lb, XV.f.56, XV.g.67.
politesse (mots de) (keigo) XV passim.
possibilité (kanô) V.2, X. 1 , X.3.e.
pronoms personnels XV.2, voir kimi, ware.

ra[gyô]-hen[kaku katsuyô] II. 3, III. 1 . 3, VI.2, IX. l, X. l, XI. l .

1 77

-
I NI T I AT I O N AU B UN G O

-ramul-ran IX.3.d, Xl.4, XI.5.e, XII. 1 .a, XIIl. 1 .c.


-raru, -ru V. 1 , 2 et 3, V.4.e, VIII. 1 . b, X.3.e, XV.4.
-rashi XI. 1 et 2, XI. 3.b.
rekishi-teki kana-zukai 1.3.h.
respect (sonkei) V.2 et 4, XV passim.
RTK (rentai-kei) déterminant 11.2 à 6, 111. 3 , IV.4.f, V.3 . a et b, Vl.2.b, IX.2.a, IX.3 .d,
X. 1 , XI. 1 , XI.4.d, XIl.3.c, XIII.5, XIY.3.c, XIY.4.remarque,
XV.d. 38, XV.e.45, XV.f. 59.
RYK (ren.yô-kei) suspensif 111. 1 . 1 (c), IV. 1 .a et b, V. 3, V.4.d et e, VI.2, XIII. La,
Xlll.4, XV.a.9.
-ri Xll. 1 et 3 .

sa{gyô]-hen[kaku katsuyô] 11.6, Vlll.2.e, Xll. 1 .


-sasu V.4, XV.f.54.
setsuzoku joshi voir << particules conjonctives » .
shi (particule) VII.3.d.
shieki voir « factitif » .
-shiku katsuyô 11.2, VIII.3.
shimo ichi-dan 11.5. 1 .
shimo ni-dan 11.5.2, V.4.d.
shite (particule) XI.4.d.
sonkei voir « respect » .
souhait (kibô, ganbô) XIV passim.
SSK (shûshi-kei) forme conclusive 11. 1 , VII.3.e, X. 1 , XI. 1 , XIV. 3.g.
spontanéité (jihatsu) V.2, V.3 .c.
-su V.4, XIII. l , XV.a.7, XV.e.46, XV.f.54.
su (« faire » ) 11.6, 111. 1 .3, V. 1 , XV.f.54.
suiryô voir « conjecture » .

tada XIV.3.d, XIV.4.h.


tare IX.6. h, XIIl.5.h.
-tari (accompli) VI passim, XIV.4.h, XV.c.27 , XV.d.40, XV.f.56,
XV.g.67 , XV.h.7 1 .
tari (as sertit) IX.5.
-tashi XIV. 1 et 2.
-te 111. 1 . 1 (c), IV. Lb, V.3, VI.2.b, Vll.2, VII.3 .c, IX. 1 , X.3.e,
XV.b. 1 9, XV.e.48 .
-teki VIII. 1 .d.
-temul-ten VII.3.f.
to IV.4.f, V.2.a, V.4.e, VIII. 1 .a et b, X. l .c, XII. 1 .a,
XIII. 1 .c, XIll.4.f, XIV.4.f et g.
-tomo VII.3.e, X IV .4. h , XV.f.55.
-tote VIl.2.b, XI.3.c, XV.e.47, XV.h.76.
-tsu (auxiliaire) VII. 1 et 2, VIII. 1 .d, XIII.4.g, XV.c.3 1 , XV.d.38, XV.e.49.
tsu (particule) XI.3.b.
-tsutsu VIII. 1 .c.

1 78
I N D E X

uchi­ VII.2.a.
ukemi voir « passif ».

volonté (ishi) IV. Lb et c, IV.4, V.4.e, X. 1 et 3.

ya IV.2, VIIl. 1 .a, Xl.4.d, Xl.5.e, XII.3.c, XIII. 1 .c.


yaha XIII.5.i.
yo-dan 11.4, III. 1 . 1 , IV. l .a, XIl. 1 .
yori 11.5.k, VIII. 1 .d, X. l .b, XIII.5.h, XV.d.38.

wa (particule) voir ha.


wa (pronom), ware V.3 .b, VII.3.e, X. l .c, Xl.3.c, XIIl. 1 .a, XV. 2.
waga IX.6.h, XII.4, XIII.4.f.
wo III. L l (c) et L2 (g), VIII. Lb, IX.6.h, X. Le, XV.e.43.

zo V.4.e, VII.3 .f, IX.4.e et f, XIV.4.f et g.


-zu III passim, IV. 1 .a, IV.4.f, VII.3.f, VIII. 3.g, IX.2.c, XI.4.d,
XIV.2.a, XIV.4. g et h, XV.a.7, XV.c.34.
-zuha (-zuba) XIII.4.g.

1 79
Langues & Mondes / L' Asiathèque

COLLECTION « CONNAÎTRE LE JAPON »

Manuel de japonais volume 1 , accompagné d'un coffret de cinq cassettes, par Kunio Kuwae.

Manuel de japonais volume 2, par Kunio Kuwae.

Invitation au japonais, par Jean Matthieu et Colette Batsch.

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par Yaeko S . Habein et Gerald B. Mathias, traduit de l ' anglais par Bénédicte Niogret.

Hiragana-katakana, le complément des kanji dans le système d'écriture japonais, manuel pratique,
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pour la partie japonaise.

Artisan et inconnu, la beauté dans /' esthétique japonaise, par Sôetsu Yanagi, texte adapté par
Bernard Leach, traduit de l ' anglais par Mathilde Bellaigue.

Le Jeu de /' indulgence, étude de psychologie fondée sur le concept japonais d' amae, par Takeo Doi,
traduit du japonais par Dale Saunders.

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par Tomiko Asabuki, traduit du japonais par Claude Peronny et Chiharu Tanaka.

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