Vous êtes sur la page 1sur 9

Cours N°1

Ouvrabilité de béton autoplaçant

1. Introduction

Bétons autoplaçants (BAP), autonivelant ou plus généralement «bétons fluides » est un


béton très fluide qui s’écoule sous son propre poids et se met en place sans vibration, sans
ségrégation et sans ressuage [Khayat, 1999].

Le concept de béton autoplaçant, pour les applications horizontales, a été introduit


pour la première fois à la fin des années 1980 par des chercheurs de l’Université de Tokyo. En
raison des volumes croissants d’armatures avec la petites sections de béton et une réduction
de la main d’œuvre qualifiée.

1.1 Les avantages socio-économiques :

- Optimisation du rendement des chantiers et des usines de préfabrication.


- Augmentation des cadences de production et gain de temps.
- Suppression des opérations coûteuses en mains-d’oeuvre qualifiées pour le
compactage du béton, le talochage et le ragréage des surfaces.
- Économie sur le coût global d’un projet.

1.2 Les avantages techniques :

- Bon remplissage des coffrages et enrobage des armatures adéquat sans vibration.
- Facilité de coulage dans des endroits confinés et/ou difficiles d’accès.
- Possibilité de confectionner des structures de géométrie complexe et/ou fortement
ferraillées.
- Meilleures performances et durabilité grâce à leur grande compacité.
- Propriétés mécaniques analogues ou supérieures à celles du béton vibré.
- Amélioration des qualités esthétiques des parements et des surfaces.
- Mise en place aisée par pompage.

1.3 Les inconvénients :

Contrairement au béton ordinaire, les BAP exigent une quantité importante d’éléments
fins (ciment, et fines minérale et adjuvants ayant pour conséquence directe, un cout du
matériau plus élevé.

2 Constituant d'un BAP :

2.a Un volume de pâte élevé :

Il est connu que les frottements intergranulaires diminuent l’ouvrabilité des bétons (Kennedy,
40). Afin de permettre une bonne déformabilité des BAP et un remplissage correct des
1
coffrages, un volume important de pâte doit être maintenu. Son rôle est de couvrir la surface
des granulats afin de diminuer les frictions entre les particules et favoriser la dispersion des
granulats. Selon l’AFGC (AFGC, 08), ce volume doit être compris entre 330 et 400 l/m3.

2.b Une quantité de fines (< 125 μm) élevée


Afin d’assurer une ouvrabilité suffisante et une résistance à la ségrégation et au ressuage
limitée, les BAP intègrent dans leurs formulations une certaine quantité de fines de l’ordre de
500 kg/m3 (AFGC, 08). La partie liante des BAP est constituée d’un mélange de ciment et
d’addition telle que le filler calcaire, la cendre volante ou le laitier granulé, etc

Fig.1 Comparaison entre une composition de BAP et celle d’un BV (Okamura, 2003)

 Les cendres volantes :

Les cendres volantes (CV) sont les pouzzolanes artificielles (sous-produit industriel)
les plus utilisées. Ce sont de fines particules provenant de la combustion du charbon dans les
centrales thermiques produisant l’électricité. Les cendres volantes peuvent améliorer la
fluidité des systèmes cimentaire, car leur forme sphérique permet de réduire les frottements
entre les grains de ciment .

 Laitier granulé de hauts fourneaux :

Les laitiers granulés des hauts fourneaux qui sont composés essentiellement de silicates,
d’aluminosilicates de calcium et d’autres bases. Ils proviennent de la fusion du minerai de fer dans
un haut fourneau et sont obtenus par refroidissement rapide à l’eau pour former des particules
vitreuses granulées (Melo et Nduigui, 2005), Le laitier granulé procure au matériau des
performances mécaniques et une durabilité accrues (Duval, 92 ; Behim, 05), c’est pourquoi
les ciments au laitier sont particulièrement indiqués pour les bétons soumis à des ambiances
agressives.

2
 La fumée de silice

La fumée de silice est un sous-produit de la fabrication du silicium, de différents


alliages de ferrosilicium ou de zirconium. Elle est essentiellement composée de silice vitreuse
et sa teneur en SiO2 varie selon le type d’alliage produit. Plus la teneur en silicium de
l’alliage est élevée plus la teneur en SiO2 est élevée. Les particules amorphes de fumée de
silice se présentent sous forme de sphères ayant des diamètres compris entre 0,03 μm et 0,3
μm (le diamètre moyen est de 0.1 μm), elles sont 100 fois plus fines que les particules de
ciment.
L’incorporation de la fumée de silice a une influence sur l’écoulement des pâtes.

 Fillers (calcaire et siliceux)

Ce sont des poudres de roche (calcaire ou siliceuse) obtenue par broyage et/ou
sélection, dont les caractéristiques sont définies par la norme NF P18-508 et 509 (NF P18-
508, 12 ; NF P18-509, 12) respectivement pour les fillers calcaires et siliceux. La demande en
eau des fines siliceuse telles que le quartz est supérieure à celle des fillers calcaires d’usage
plus courant dans les bétons. Ceci est dû à la forme anguleuse des particules de quartz.

 Superplastifiants

Les superplastifiants réagissent avec les particules du ciment et les additions


minérales. Lorsque l’on introduit un superplastifiant dans une suspension cimentaire, les
polymères viennent se fixer à la surface des particules solides du mélange par adsorption.
Cette adsorption s’effectue sur les phases hydratées du ciment (Bonneau, 97).

3. Principes de formulation des BAP :

La méthode de formulation des bétons autoplaçants proposées dans la littérature sont issues
d’une ou de plusieurs des approches et sont toutes basées sur les constats suivants :

- lors de l’écoulement en milieu confiné, ce sont les gros gravillons qui sont les plus
sensibles aux phénomènes de blocage. Le formulateur devra donc chercher à en diminuer le
volume tout en gardant à l’esprit qu’un minimum de gravillons est nécessaire pour minimiser
la demande en pâte, à étalement constant.

- Afin d’obtenir une ouvrabilité suffisante, la pâte doit être suffisamment fluide. Cette
fluidité peut être obtenue en jouant sur le rapport eau sur liant ou sur le dosage en
superplastifiant. Une augmentation de la teneur en eau conduit à une chute de la résistance
mécanique qui peut être incompatible avec le cahier des charges mais diminue également la
viscosité de la pâte. Ceci augmente les risques de ségrégation des gravillons et donc le
blocage. Au contraire une variation du dosage en superplastifiant a peu d’influence sur la
viscosité mais un surdosage peut entraîner des problèmes de ressuage.

- Le formulateur doit donc établir un équilibre entre le rapport eau sur liant et le dosage
en superplastifiant pour avoir une pâte fluide mais qui reste suffisamment visqueuse et
homogène.
Il peut également utiliser un agent de viscosité pour limiter les problèmes de ressuage et de
ségrégation.

3
- La formulation peut être établie selon les procédures suivantes :
Une combinaison initiale de liants est à priori fixée (par exemple 70% de ciment et 30% de
fillers calcaire). Quand plusieurs additions minérales sont disponibles le choix est gouverné
par les expériences locales et/ou par des spécifications spéciales. Par exemple, si l’on
recherche une croissance de la résistance au delà de 28 jours, les cendres volantes sont
préférables.
- Le dosage de saturation en superplastifiant est déterminé pour la combinaison de liants
choisie. Il est possible que cette quantité de superplastifiant puisse conduire à un béton très
visqueux, dans ce cas la moitié de la quantité du superplastifiant est choisie.
- La demande en eau du liant est mesurée en présence du superplastifiant. C’est une
façon de mesurer la compacité, qui nécessite l’application du modèle de suspension solide.
- le dosage en superplastifiant est ajusté de façon à obtenir l’étalement désiré (ou seuil
de cisaillement). On peut noter que cela n’influe pas beaucoup sur la viscosité plastique. A ce
niveau, le béton obtenu répond aux exigences en matière de seuil de cisaillement (l’étalement)
et de viscosité plastique.
- La résistance à la compression du béton est mesurée (si le temps le permet) ou bien
estimée à l’aide d’une formule empirique.

4- Ouvrabilité des BAP:

4.1 Essai d’étalement:

L'essai d'étalement s'est imposé comme l'essai le plus facile à réaliser, il permet de
mesurer la consistance d'un béton. Cet essai s'effectue comme un essai d'affaissement au cône
d'Abrams (Figure I-1). L’essai est consiste à mesurer, une fois le béton étalé, le diamètre final
sur deux lignes perpendiculaires et à prendre la moyenne La fluidité des BAP peut être
caractérisée par la mesure de l’étalement au cône d’Abrams (essai d’étalement ou slump
flow).
Des valeurs cibles de l’ordre de 600 à 750 mm correspondent à l’étalement moyen conseillé
d’un BAP.
Des observations complémentaires peuvent aider à appréhender certaines propriétés à l'état
frais des bétons autoplaçants :
- Un ressuage peut être détecté si de l'eau est présente en grande quantité sur les bords de la
galette,
- En traçant à la truelle des lignes dans la galette, on peut vérifier si le béton se referme bien,
Ce qui est synonyme de bon comportement.
- La fluidité du béton peut être évaluée en mesurant les temps de passage du béton aux
diamètres 50 et 60 cm durant un écoulement au cône.
- Une forme bombée de la galette traduit un effet de voute, ce qui peut nuire à l'homogénéité
du béton

4
Fig 2 Mésure détalement au cône d'Abrams

4.2 Essai de la boite en L:

La mobilité du BAP en milieu confiné et son aptitude à traverser une zone fortement armée,
sont mesurées avec l’essai de la boîte en forme de L. Cet essai permet de vérifier que la mise
en place du béton ne sera pas contrariée par des blocages de granulats en amont des
armatures.

La méthode consiste à remplir de BAP la partie verticale d’une boîte en forme de L, puis en
levant une trappe (séparant les parties verticale et horizontale de la boîte) de laisser le béton
s’écouler dans la partie horizontale à travers des armatures de diamètre 12 mm (ferraillage

complexe : 3 barres distantes de 41 mm, ou simple : 2 barres distantes de 59 mm). Après


écoulement du béton, on mesure la différence de hauteur dans les parties verticale (H1 côté
trappe) et horizontale (H2). Le résultat de l’essai s’exprime par le taux de remplissage H2/H1
qui traduit la capacité à circuler en milieu confiné. Une valeur de ce rapport supérieure à 0,8
traduit un bon écoulement du BAP. Cet essai est utilisé pour la formulation des BAP. _Norme
d’essai : NF EN 12350-10

5
Fig 3 Essai de la boite en L

4.3 l’essai de stabilité au tamis

Résistance à la ségrégation et stabilité du mélange.

Cet essai permet d’évaluer le risque de ségrégation « statique » et d’étudier le ressuage du


BAP, qui doit être stable et conserver une composition homogène sous l’effet de la gravité.

Il consiste à déverser une quantité de béton sur un tamis (de maille 5 mm) avec une hauteur de
chute de 50 cm. Au bout de 15 min, on pèse le volume de laitance qui a traversé le tamis.

Le pourcentage en masse de laitance passée à travers le tamis, par rapport à la masse de


l’échantillon initial, exprime la stabilité du béton. Ce rapport doit être compris entre 10 % et
20 %. Plus il est faible, plus le béton est stable. Au-delà de 20 %, le béton présente un risque
de ségrégation. Cet essai permet l’optimisation d’une formulation de BAP.

6
Fig 4 Essai de stabilité au tamis

5 CLASSIFICATION DES BAP:

Les BAP font l’objet de 3 classes spécifiques pour caractériser leurs propriétés à l’état frais.

5.1 Classes de consistance

La consistance des BAP peut être spécifiée par plusieurs types de classes :

- classes d’étalement au cône d’Abrams ;

- classes de viscosité apparente : t500 ;

- classe de viscosité apparente : entonnoir en V.

En France, c’est la classe d’étalement au cône d’Abrams qui est essentiellement utilisée et
l’on distingue 3 classes de consistance (SF1, SF2, SF3).

7
Tableau 1 classe de la consistance

5.2 Classes d’aptitude à l’écoulement

L’écoulement du BAP est spécifié par 2 types de classes : _boîte en L ; _étalement à l’anneau.
En France, c’est l’essai de la boîte en L qui est le plus utilisé.

5.3 Classes de résistance à la ségrégation

Elle est spécifiée à l’aide de l’essai de stabilité au tamis.

8
Tableau 1 Catégories de BAP