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3’:HIKMRH=XUXXU\:?d@g@d@q@k"; CHERHAL
JEANNE
FRANÇAISE
CHANSON

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DU 21 AU 27 SEPTEMBRE 2019

DURÉE, RESPECT
SUCCÈS,
LA GRANDE
SOPHIE
L’invité

Superficiel ? Inclassable, plutôt ! Adoubé


monsieur Patrimoine, l’animateur se révèle
en chevalier des vieilles pierres, gardien
avisé de la beauté et du savoir-faire.

Stéphane
Bern
Propos recueillis par Yasmine Youssi Fera-t-on un jour le tour des mille et vait de tout dans la bibliothèque familiale, où mon frère et
Photo Patrick Swirc pour Télérama une facettes de Stéphane Bern ? Pas sûr. moi avions le droit de nous servir à notre guise. Nous
Plus de trente ans après ses débuts, il ­devions lire un livre par semaine et en faire le résumé. Il y
continue de prendre son public par sur­ avait aussi les exercices familiaux : réciter les capitales du
prise, adulé par les uns, agaçant les autres, mais défiant tou­ monde, les départements français, la liste des présidents
jours quiconque de pouvoir le ranger dans une case. Com­ depuis la IIIe République. Quand j’ai publié mon premier
ment, en effet, appréhender cet érudit de 55 ans néanmoins ouvrage, mon père m’a rendu son exemplaire corrigé.
capable de s’adresser au plus grand nombre ? Ce monar­ J’avais 26 ans. Ça vous remet à votre place.
chiste viscéralement attaché aux valeurs de la République ?
Cet amoureux du patrimoine, nostalgique du « monde N’était-ce pas Elle a certes été dure, stricte, souvent ac­
d’hier » mais dénué de toute forme de conservatisme ? trop rigide, comme compagnée de claques. Je dis à mon
Son parcours est tout aussi insaisissable. D’abord étu­ éducation ? père qu’avec ça je gagnerais des millions
À lire diant en école de commerce, on l’a découvert dans les an­ ­aujourd’hui devant les tribunaux ! Mais
y nées 1980 au service du comte de Paris, puis journaliste ès je suis reconnaissant à mes parents de cette éducation. Elle
Sauvons notre maisons royales, présentateur d’émissions consacrées aux a été un viatique pour la vie, me permettant d’être aussi à
patrimoine, stars, animateur cool et branché sur Canal+, avant qu’il ne l’aise à l’usine, lorsque j’y ai travaillé, qu’avec la reine d’An­
de Stéphane Bern, trouve ses marques dans le service public, sur France Inter gleterre. La culture est restée pour moi une gourmandise.
éd. Plon, d’abord, puis France Télévision, où ses émissions d’histoire
240 p., 17 €. divisent encore. Le voilà depuis peu mandaté par le chef de Pourquoi l’avez- Comme je parlais de l’histoire des famil­
l’État pour sauver le patrimoine. Le lien entre tout cela ? vous longtemps les royales, le milieu m’a collé cette éti­
À voir Rester fidèle à ses rêves d’enfant et à ce besoin de raconter caché à l’antenne ? quette injuste de chroniqueur mondain.
Journées des histoires pour les partager avec le plus grand nombre, Faut-il en vouloir aux gens de vous aimer
européennes à défaut d’avoir pu le faire avec ses parents. Un désir inas­ pour une chose ou pour une autre ? Non. Je suis apparu aux
du patrimoine, souvi auquel il donne à chaque fois une nouvelle forme. yeux de mes collègues comme un personnage futile, ce qui
les 21 et 22 m’a donc protégé parce que ça ne gène personne. Jean d’Or­
septembre, Comment Il y avait chez nous le culte du livre. Ma messon et moi partagions une même passion pour cette
journeesdupatri­ votre culture mère racontait toujours qu’elle oubliait l­égèreté qui passe pour de la superficialité, et qui est en fait
moine.culture. s’est-elle de nous nourrir parce qu’elle relisait La la politesse du désespoir. Ce n’est pas innocent si je fais par­
gouv.fr construite ? Comédie humaine, de Balzac. On trou­ tie des amoureux de Proust, et me retrouve dans les livres ☞

4 Télérama 3636 18 / 09 / 19
1963
Naissance à Lyon.
1998-2003
Sagas, sur TF1.
2000-2011
Le Fou du roi,
sur France Inter.
2003-2006
20h10 pétantes,
sur Canal+.
2007
Secrets d’Histoire,
sur France
Télévisions.
2011
À la bonne heure,
sur RTL.
2017
Nomination
à la tête
de la mission
Patrimoine
en péril.
L’invité Stéphane Bern, Monsieur Patrimoine
☞ de l’Autrichien Joseph Roth. Le monde qu’il décrit — celui de pas dire aux gens de protéger leur patrimoine dans mes
l’Empire austro-hongrois — est porteur de ces valeurs d’hier émissions, et ne rien faire. J’en ai parlé avec le candidat
dans lesquelles j’ai été éduqué et dont je vois le crépuscule. Macron comme avec d’autres. Une fois élu, il m’a deman-
Cela me terrifie parce que quand il n’y a plus la culture, plus dé si j’étais prêt à mettre en œuvre ce que nous avions évo-
ce savoir commun, de quoi peut-on on parler ensemble ? qué. Je n’avais pas le droit de me dérober.

Vous ne vous Je lis pratiquement tout, parfois des Votre proximité Mais je ne couche pas avec lui ! Et je
retrouvez choses très bien comme le roman avec le chef n’épargne personne. D’ailleurs, on a sur-
pas dans l’art d’Alexis Michalik, Loin, ou le Kaiser de l’État ne tout entendu mes coups de gueule à son
d’aujourd’hui ? Karl de Raphaëlle Bacqué. Mais j’en décrédibilise- égard ou contre son gouvernement. Je
suis resté à Thomas Mann, et pour t-elle pas votre suis bénévole, refusant de coûter un cen-
beaucoup à la littérature du XIXe siècle. Cet été, j’ai adoré action ? time aux Français. D’où ma liberté.
la romancière anglaise Elizabeth von Arnim, dont le pre-
mier livre, Elizabeth et son jardin allemand, paraît à la fin N’était-ce pas C’est une administration lourde et sclé-
du XIXe. Ou encore Eça de Queiroz, le Flaubert portugais. au ministère rosée. Plus vous montez dans les éche-
Sa saga, Les Maia, est un monument. Sinon, un peu de la Culture lons, plus vous êtes confronté à des
comme autrefois avec la Bible, je lis chaque soir un para- de mener fonctionnaires hors sol. Non seule-
graphe de Saint-Simon avant de dormir. cette mission ? ment ils ne veulent rien faire, mais ils
ne veulent pas qu’un autre fasse à leur
place. Ce qui est détestable. J’ai rencontré une centaine de
« Quand il n’y a plus la culture, personnes pour ma mission, parmi lesquelles des Archi-
plus ce savoir commun, tectes des bâtiments de France (ABF), des Architectes en
chef des Monuments historiques (ACMH), des conserva-
de quoi peut-on parler teurs du patrimoine. Ils avaient des idées formidables
ensemble ? Cela me terrifie. » mais n’en avaient jamais parlé à leur ministre ! Sur le ter-
rain, j’ai étroitement travaillé avec les Directions régio-
nales des affaires culturelles (les Drac) qui sont ultra com-
Et le théâtre ? L’année de mes 8 ans, mon père m’a for- pétentes. L’idée a été de créer une plateforme numérique
On vous cé à sortir pour « aller chez M. Jourdain », où tout le monde peut indiquer les monuments à protéger,
retrouvera sur disait-il. Et j’ai découvert Louis Seigner propriétaires ou promeneurs. Comme dit Victor Hugo,
scène en octobre… dans Le Bourgeois gentilhomme, à la « la beauté appartient à tout le monde ». Je crois encore à
Comé­die-Française. Un éblouissement. l’utilité de ce ministère à condition qu’il influence les
Les mots tout d’un coup étaient portés. Tout s’éclairait : je choses, donne le mouvement. Franck Riester est un
comprenais les ridicules de notre monde. Après ça, je suis homme subtil qui a raison de reprendre à son compte tout
allé chaque mercredi au Français. J’ai longtemps hésité à ce que nous faisons avec la Fondation du patrimoine.
monter sur scène par respect pour le théâtre. Mais c’est tel-
lement merveilleux d’être un autre quand on ne s’aime pas Où en est-on au Nous avons sauvé cent cinquante mo-
soi-même. Dans mon métier, il m’est demandé de donner bout de deux ans ? numents grâce au Loto du patrimoine,
de la voix. Le théâtre exige le contraire : de la retenue. J’in- et j’en remercie les Français. Celui-ci a
terpréterai à partir du mois d’octobre un texte de Diane Du- rapporté 22 millions, auxquels s’ajoute le mécénat. J’ai dû
cret autour des derniers mots des grandes personnalités. Il me battre pour récupérer les taxes que l’État voulait pré-
À voir s’agit d’une interrogation métaphysique sur la mort. lever sur l’argent récolté. C’est légal mais pas moral.
Vous n’aurez pas Comme pour un bon film, plus on se rapproche de la fin,
le dernier mot, plus on a envie que ça dure encore un peu. Ces deux Depuis cette loi, l’avis des ABF n’est plus
de Diane Ducret, dernières années, que consultatif. Une catastrophe pour
mis en scène par D’où vient On se construit toujours contre ou avec. on a vu aussi la loi les sites naturels et les quartiers insa-
Jérémie Lippmann, votre goût Pour la génération de mes parents, il logement Élan lubres. Il suffira de dire d’une ruine « c’est
avec Stéphane du patrimoine ? fallait du confortable, du pop. On avait être votée… un taudis, je suis obligé de le détruire ».
Bern, Théâtre des poufs, des meubles en Formica. Bien sûr il est plus coûteux de restaurer,
Montparnasse, Cet environnement ne me convenait pas, je le trouvais que de permettre à des promoteurs de reconstruire. De plus,
Paris 14e. laid : à l’époque, je n’aimais que le Louis XVI. Mes grands- les ABF protégeaient les maires. Quand quelqu’un souhaitait
theatremont­ parents maternels, luxembourgeois, m’ont donné le goût faire une véranda immonde dans un site classé, l’édile le lui
parnasse.com de l’histoire. Alors, quand on voyageait dans la 404 fami- refusait en s’abritant derrière l’avis des ABF. Désormais, les
liale, je suppliais mes parents de s’arrêter dès qu’il y avait maires sont en première ligne. S’ils disent non, ils perdent un
À découvrir un château à visiter. Le patrimoine me permettait d’étan- électeur. En disant oui, ils enlaidissent leur village.
Collège royal cher ma soif de beauté.
militaire de Comment Pour plaire aux maires justement, à qui
Thirons-Gardais, Pourquoi Je pensais avoir une certaine expertise, expliquer qu’un l’on a retiré tant de dotations publiques.
restauré par avoir accepté ayant fait mon propre laboratoire de gouvernement qui Si certains sont conscients qu’il faut
Stéphane Bern, de mener l’ancien collège royal militaire de Thi- se mobilise pour ­sauver les centres-bourgs, d’autres bâ-
collegeroyal- la mission sur ron-Gardais, dans le Perche, que j’ai en- le patrimoine ait tissent à tour de bras des lotissements
thirongardais.com le patrimoine ? tièrement restauré. Et puis je ne peux fait voter cette loi ? parce que ça rapporte à la commune. ☞

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L’invité Stéphane Bern, Monsieur Patrimoine
Écologie et Oui ! Les défenseurs du patrimoine ici. Mes grands-parents, des gens humbles, modestes, tra-
patrimoine comme les écologistes aspirent à un vailleurs — lui était artisan horloger —, avaient d’emblée
sont-ils cadre de vie harmonieux et suppor- compris qu’on pouvait s’élever socialement par la culture.
compatibles ? table. Je suis pour les énergies renouve- Ils ont échappé par miracle aux persécutions nazies et à la
lables, à condition qu’elles s’intègrent à déportation. Je ne méprise pas mes racines. Au contraire,
l’environnement. Qu’on ne m’accuse pas de fossiliser la j’assume tous ces héritages divers et multiples. Mais je re-
France, je veux juste protéger ce qui attire 90 millions de fuse qu’on me renvoie toujours à ça. Élevé avec des valeurs
touristes annuels. Assignons au patrimoine de nouvelles républicaines, je suis anti-communautariste : je ne vote pas
vocations contemporaines : créons-y des espaces de cowor- en fonction de mes origines, ni de mes orientations
king, transformons-les en hôtels trois étoiles aux prix mo- sexuelles. Mais on me les rappelle toujours. Pourquoi être
dérés. Si on met le patrimoine sous cloche, on le tue. systématiquement ramené à quelque chose qui ne dépend
pas de vous ? C’est injuste. Du coup, les Juifs m’en veulent
Faut-il voir Celui de notre faillite. Notre-Dame a ré- parce qu’ils pensent que je n’assume pas mon judaïsme.
un symbole dans sisté aux guerres, aux révolutions. Pas à Mais j’appartiens à qui je veux, et d’abord à moi-même.
l’incendie notre folie contemporaine, ni à notre ar-
de Notre-Dame ? rogance. Nous n’avons pas été capables Comment avez- Vers moins de culture. Je constate une
d’assurer sa sécurité. Elle vaut mieux vous vu évoluer le orientation vers cette télévision de la
que nos petits arrangements. On oppose souvent les pierres monde de la télé ? méchanceté gratuite, du tacle perma-
et les hommes. Or cinq cent mille personnes travaillent dans nent, liée à la société du buzz. On ne
le patrimoine. C’est autant que l’agriculture en ce qui vend plus de papier mais du clic. Un buzz équivaut à un
concerne le PIB. J’y vois aussi un autre symbole : la dispari- clic, et un clic à un euro.
té entre ce qui est fait pour Paris, et ce qu’on fait pour la
France. On me laisse trouver 20 millions pour les petites À la télé, on vous Les enfants n’apprennent plus l’histoire
églises, les ponts, les fours à pain. Pour Notre-Dame et le reproche de ne de façon chronologique, ni à travers les
Grand-Palais, l’argent afflue. Tant mieux ! Mais il est scanda- raconter l’histoire gens illustres. J’assume, dans mes émis-
leux de ne pas donner autant pour les autres. Ne pourrait- qu’à travers sions, de la réincarner dans des person-
on trouver de nouvelles sources financières ? Une taxe de les puissants. nages de chair et de sang qui, au fond,
50 cents par nuit d’hôtel rapporterait plusieurs centaines de partagent nos passions humaines
millions d’euros. Je repose aussi la question de la contribu- — l’amour, la gloire, la fortune : les trois rêves de l’humanité.
tion volontaire des visiteurs des cathédrales. Nous sommes Cela ne nous empêche pas de raconter l’histoire des peuples
le seul pays où l’accès leur est gratuit. Pourquoi ? Parce que qui souffrent, des guerres et des révolutions.
le bras de fer se poursuit depuis la loi de 1905. Vous nous avez
pris nos édifices, dit l’Église ? Eh bien débrouillez-vous ! Peut-on encore J’essaye ! Mais par qui va-t-on être jugé ?
rire de tout Le problème est là. Oui, on peut rire de
Pourquoi êtes- Le geste ne me pose pas problème. On à la radio ? tout, mais je ne supporte plus d’être cri-
vous contre un doit juste restaurer Notre-Dame telle tiqué par @jemefousdetagueule23. Les
geste architectural qu’elle a été classée. Sinon, cela voudrait gens qui vous insultent sur Twitter doivent avoir le courage
à Notre-Dame ? dire que le classement ne vaut que pour de dire qui ils sont. Je serais d’avis d’y lever l’anonymat.
nous, pauvres propriétaires, ou pour les
collectivités territoriales. Pas pour l’État. Idem pour l’inique N’était-il pas Les attaques homophobes m’ont blessé
loi d’exception. La Fenice, à Venise, a été reconstruite avec choquant de vous jusqu’à ce que je décide, après mon arri-
ce type de dérogations. Résultat, le directeur est toujours en entendre appeler vée sur Canal+, que ce que l’on balançait
procès avec la Cour européenne de justice. Je souhaite bonne « La Bern » aux sur moi m’était égal. D’ailleurs, je suscite
chance au général Georgelin. Grosses têtes ? plutôt l’affection. Jean-Paul Guerlain,
l’héritier des parfums, qui s’est illustré
Quelle vision de Je vois le décalage entre les villes et les par des propos racistes sur les Noirs, est le seul qui m’ait trai-
la France avez- campagnes, et je comprends le mouve- té de « sale pédé » dans un dîner officiel. « Ce que les autres te
vous après l’avoir ment des Gilets jaunes à cette aune-là. reprochent, cultive-le parce que c’est toi », disait Cocteau.
tant parcourue ? Dans le Perche, je n’ai pas de réseau, pas
de 4G, pas de services publics. Les mo- Est-ce pour cela Je sentais surtout que ça pouvait aider.
numents sont abandonnés. Conséquence ? Dans ce vieux que vous avez Les lettres reçues ensuite, de jeunes no-
pays colbertiste et centralisateur, beaucoup ont le sentiment posé en une de tamment, me l’ont confirmé. J’ai été le
Stéphane Bern que Paris les a laissés tomber. Cela entraîne des votes pour Paris Match avec premier garçon à le faire. Le numéro
sera invité à le Rassemblement national, alors qu’il n’y a pas un étranger votre compagnon ? s’est vendu à neuf cent mille exem-
Télérama dialogue à la ronde dans certains villages. Réhabiliter notre patri- plaires. Ces gestes symboliques sont
le 23 septembre moine est une solution politique à ce sentiment d’abandon. souvent plus forts que les discours. Mais cette couverture
au Théâtre a eu un effet que je n’avais pas escompté : ruiner ma vie pri-
du Rond-Point, Le patrimoine Ce n’est pas vrai ! L’histoire de ma fa- vée. C’est violent pour l’autre d’être ainsi exposé.
Paris 8e. Infos touche à nos mille paternelle s’inscrit dans celle de
et réservations racines. Pourquoi l’intégration. À la fin du XIXe siècle, mes De quoi Du regard des autres et du qu’en-dira-
theatre­ n’aimez-vous pas arrière-grands-parents, Juifs polonais, avez-vous fini t-on. J’essaye de vivre libre dans mes
durondpoint.fr parler des vôtres ? ont fui les pogroms et se sont installés par vous libérer ? contradictions permanentes •

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Du 21 au 27 septembre 2019 Sommaire

4
Fidèles à nos rêves
En couverture, deux artistes exem­plai­
res. Intègres. Valeureuses. Courageuses.
Autant d’adjectifs qui aujour­d’hui suin­
teraient presque l’ennui… Sauf que les
chanteuses Jeanne Cherhal et La
Grande Sophie sont aussi des créatrices
accomplies, sachant se renouveler tout
en affrontant leur âge — la quarantaine
pour l’une, la cinquantaine pour
l’autre — sans plier aux dictatures de la
séduction et de l’image. Stéphane Bern
aussi, notre invité, souvent moqué
pour sa fascination des rois et reines, té­
moigne dans son parcours d’une au­
thentique passion pour la cul­ture et le
patrimoine, au service d ­ uquel il fait

22
merveille. Rester fidèle à ses rê­ves, ses
idéaux d’enfant est-il la mar­que des vé­
ritables artistes ? À 83 ans, c’est ce que
fait contre rumeurs et rancœurs Woo­
Sur dy Allen, dont nous avons aimé le déli­
Télérama.fr cieux dernier film. Et la flamboyante
romancière i­rlandaise E ­ dna O’Brien
aussi, qui, à 88 ans, a su se mettre dans
la peau des adolescen­tes nigérianes
kidnappées par la secte islamiste Boko
Haram dans un ahurissant roman, al­
lant jusqu’en Afrique pour mieux les
jean-françois ROBERT Pour Télérama | Patrick Swirc pour Télérama | Fabrice Picard pour Télérama | Robert Frank « Les Américains »

comprendre, et parfaire son amour de


l’écriture… Le photographe suisse Ro­

32
bert Frank, à qui nous rendons hom­
mage, avait même perfectionnisme.
Même fidélité à sa ­vocation.
— Fabienne Pascaud

Couverture SUR TÉLÉRAMA.FR 32 Hommage Critiques


La Grande Sophie À lire dans la zone abonnés Le photographe Robert Frank 51 Le rendez-vous
et Jeanne Cherhal Olivier Roellinger appelle 34 La télé drague les jeunes Portrait de la jeune fille en feu,
Photo à une « révolution délicieuse » Pourquoi des chaînes comme un film de Céline Sciamma
Jean-François LCI ou Arte cherchent à 52 Cinéma
Robert Magazine collaborer avec les youtubeurs 61 Les films d’août
pour Télérama 4 L’invité 38 La romancière Edna O’Brien 62 Musiques
Stéphane Bern A 88 ans, elle publie un livre 68 Livres
maquillage et
coiffure : Audrey Loy 13 Premier plan puissant : le combat 74 Arts
et Gloria Abbondanza.
Stylisme : Pauline La fin de « l’ubérisation » ? d’une Nigériane enlevée 78 Scènes
Mosconi.
14 Qui ? Comment ? Pourquoi ? par Boko Haram 81 Enfants
18 Coup de maître
Stephan Eicher Autrement Télévision
20 Temps forts sur Télérama.fr 41 Penser 83 Le meilleur de la semaine télé
Ce numéro comporte :
une couverture spécifique et appel Nocifs, les pesticides ? Laissez-moi aimer, sur Arte
« Paris-ÎDF » pour les
abonnés et les kiosques de Deux enquêtes montrent 94 Programmes
Paris-ÎDF et une couverture
nationale. Posés sur la 4e de Le dossier comment l’agro-industrie et commentaires
couverture pour les abonnés
de la France Métropolitaine : 22 Woody Allen s’explique organise la désinformation
un encart Radio France pour
une partie des abonnés ÎDF, Hollywood le rejette depuis 44 Voyager Radio
un encart Rendez-vous de
l’histoire pour les dép. 75, #MeToo, mais l’Europe lui reste C’est à Davos, en Suisse, 150 Le meilleur de la semaine radio
18, 28, 36, 37, 41, 45 et une
partie des abonnés ÎDF, toujours fidèle que Robert Louis Stevenson Une vie, une œuvre : Sonia
un encart Le Un pour une
partie des abonnés en a conçu L’Île au trésor Delaunay, sur France Culture
aléatoire. Edition régionale,
Télérama+Sortir, pages 28 La chanson de belle façon 46 Découvrir 155 Les programmes
spéciales, foliotée de 1 à 72,
jetée pour les kiosques des Jeanne Cherhal et La Grande Dans le Var, une abbaye
dép. 75, 77, 78, 91, 92, 93,
94, 95, posée sur la 4e de Sophie se sont imposées sur à l’acoustique exceptionnelle ; 160 Talents
couverture pour les abonnés
des dép. 75, 78, 92, 93, 94. la scène française. Rencontre belote et rebelote au Bauhaus… 163 Mots croisés

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réserve d’homologation.
Premier plan

Un livreur effectue
une course. Le Sénat
de Californie a voté
le 10 septembre
une loi requalifiant
les travailleurs
uberisés en salariés.

La roue tourne enfin ?


Par Olivier Tesquet

Au mitan des années 1990, l’essayiste américain de précaires pourront enfin faire valoir leur droit à un salaire
minimum, une assurance chômage et une organisation syn-
Jeremy Rifkin pronostiquait dans un best-seller dicale. Que le berceau de la Silicon Valley, rongé par une pau-
mondial la fin du travail. Depuis dix ans, les « pla- vreté endémique, se positionne ainsi en faveur de la justice
sociale est bien le signe d’une crise de foi profonde et d’un
teformes » — une terminologie molle désignant malaise grandissant. Et une très bonne nouvelle. « L’écono-
les industries offrant leurs services contre la récupération des mie de l’innovation est un nouveau féodalisme », a ainsi décla-
données de leurs clients — s’acharnent surtout à le disloquer. ré Anthony Rendon, un élu démocrate de Los Angeles, in-
Il y a donc quelque chose de rassurant à voir le xxe siècle se quiet de voir des pans entiers de la population réduits en
rappeler au bon souvenir des Netflix, Uber, Google et autres : servage. Mais la route est encore longue : le directeur juri-
le 10 septembre, le Sénat de Californie a voté une loi requali- dique d’Uber a immédiatement fait savoir que l’entreprise ne
fiant les travailleurs « uberisés » en salariés. Au-delà des chauf- serait pas concernée, au motif que le travail des chauffeurs
Bryan Derballa

feurs privés, le texte concernerait un million d’auto-entrepre- « n’est pas le cœur de [son] activité ». Elle vient pourtant de lan-
neurs, prisonniers des applications de services (coursiers, cer son programme Pro, un « système de fidélité » accessible
ouvriers du bâtiment ou promeneurs de chiens). Si le texte aux chauffeurs les mieux notés, qui leur offre divers privi-
est approuvé par la Chambre des représentants, ces cohortes lèges à condition… d’effectuer toujours plus de courses •

Télérama 3636 18 / 09 / 19 13
QUI? COMMENT? POURQUOI?

REPÉRÉ Âge 28 ans. installée dans l’appartement du Queens


Profession Romancier. où j’habitais étudiant. Lorsque j’ai réalisé
Actualité La traduction de son premier qu’un seul personnage ne suffirait pas à
roman, Les Altruistes 1, une comédie développer tous les thèmes que je souhai-
grinçante qui met en scène une famille tais aborder (les relations entre les géné-
juive et dysfonctionnelle de la classe rations, la transmission, l’identité…),
moyenne américaine, les Alter : le père, toute une famille s’est peu à peu consti-
la mère et leurs deux grands enfants. tuée autour d’elle. Et le roman d’appren-
Ascendants Né lui-même « dans une fa- tissage est devenu un roman familial. »
mille dans laquelle les romans faisaient Observations Ce n’est pas en écrivant
tout naturellement l’objet de conversa- mais en se relisant qu’il a constaté que
tions quotidiennes », Andrew Ridker a son livre se tenait à la croisée de trois
grandi à Boston, puis dans le Midwest, veines romanesques américaines tradi-
avant de s’installer à New York pour tionnelles : « Le roman juif, incarné par
achever ses études. Et entreprendre, à Malamud, Roth ou Bellow… ; le roman
25 ans, l’écriture de ce premier roman. comique et satirique ; enfin le roman so-
Signes particuliers Si les Alter n’ont rien cial, qui s’attache non seulement aux
en commun avec sa famille, l’inspira- personnages et à leurs émotions, mais

ANDREW
tion autobiographique est pourtant capture aussi l’époque. » Un cocktail sa-
présente : « J’ai commencé avec le person- voureux. — Nathalie Crom

RIDKER
nage de Maggie, la fille : je lui ai donné 1 Traduit de l’anglais (États-Unis) par
mon âge, mon parcours scolaire, je l’ai Olivier Deparis, éd. Rivages, 460 p., 23€.

VIVEMENT DEMAIN

Jane Birkin vient de mettre


la dernière main au deuxième tome
de son journal intime, Post-scriptum,
qui sortira le 23 octobre chez
Fayard. Elle a commencé à tenir
un journal à l’âge de 11 ans et aura
rempli pendant des décennies
des dizaines de cahiers. Ce volume

JÉRÔME BONNET POUR TÉLÉRAMA | CLÉMENT OUBRERIE/LES ARÈNES BD | RICHARD DUMAS


retrace sa vie, après sa rupture
avec Gainsbourg.
QUELS SECRETS LIVRERONT LES ARCHIVES DE L’ARMÉE ?
La République finira-t-elle par retirer nier, Emmanuel Macron a reconnu la tué ? A priori non. Sa veuve, disparue
l’une des épines qu’elle s’est plantée responsabilité de la France dans sa en janvier, avait déjà eu accès à ces do-
dans le pied depuis plus de soixante mort. Quatre ans plus tôt, son prédé- cuments, sans en apprendre davantage
ans ? Les archives publiques concer- cesseur avait admis qu’Audin ne s’était (alors que d’autres pièces, possible-
nant Maurice Audin sont déclassifiées. pas évadé comme l’assuraient les mili- ment majeures, restent encore au se-
Enfin. En soi, l’annonce ne surprend taires, mais qu’il était bel et bien mort cret, notamment celles détenues par la
pas : elle s’inscrit dans la lente recon- pendant sa détention. Une thèse que famille du général Massu, qui dirigeait
naissance de la responsabilité de l’État les historiens, Pierre Vidal-Naquet en alors les opérations contre le FLN à Al-
dans l’assassinat de ce jeune mathéma- tête, défendaient depuis toujours. Dé- ger). Mais sur la mécanique politique et
ticien, communiste, militant de l’indé- sormais donc, ils pourront aussi consul- militaire qui a abouti au crime, les his-
pendance algérienne, qui a disparu à ter les archives de l’État. Saura-t-on toriens devraient en apprendre davan-
Alger en juin 1957, juste après son arres- pour autant par qui, quel jour et com- tage. Ce qui est essentiel.
tation par l’armée française. L’an der- ment précisément Maurice Audin fut — Valérie Lehoux

14 Télérama 3636 18 / 09 / 19
L’ICoNIQUE MARQUIS
DU punk français
En 2017, Marquis de Sade, formation
phare d’une cold wave à la française,
créait l’événement en se reformant,
trente-cinq ans après sa dissolution, le
temps d’un concert magique à Rennes.
Son rock sombre et littéraire, nourri
du Velvet Underground, n’avait pas
pris une ride. A 61 ans, Philippe Pascal,
au physique de comédien expression-
niste et au chant torturé, semblait plus
raccord que jamais avec le lyrisme et
la gravité de ses chansons. Après la
brouille avec ses complices (notam-
ment Frank Darcel, qui aiguilla les dé-
buts d’Etienne Daho), il avait pour­
suivi un temps à la tête du groupe
Marc Seberg (au quasi-tube L’Eclaircie),
avant de s’éclipser, comme pour lais-
ser le mythe Marquis de Sade (les
­albums Dantzig Twist et Rue de Siam)
nourrir nostalgie et respect. Car Mar-
quis de Sade fut l’un des rares groupes
hexagonaux à supporter la comparai-
son avec les modèles anglo-saxons et
allemands ( Joy Division, Talking
Heads, Neu !…). La présence magné-
tique et théâtrale de Pascal, à la ges-
tuelle mécanique, contribuait large-
ment à sa singularité. Il y a deux ans
donc, on le redécouvrait enfin prêt à
reprendre les choses là où il les avait
À gauche : une laissées. Réconcilié avec ses cama-
planche de Voltaire rades, il venait d’enregistrer de nou-
(très) amoureux.
Ci-dessous : veaux titres dans un studio new-yor-
Philippe Pascal avait kais. Ce seront, hélas, les derniers.
cofondé Marquis Philippe Pascal est mort brutalement,
de Sade, groupe
mythique de cold à 63 ans, chez lui le 12 septembre.
wave en France. — Hugo Cassavetti

En BD, c’est
la fête à voltaire
Hasard éditorial —  nul anniversaire, que tentera de réhabiliter le philo-
de sa naissance ou de sa mort, n’est à sophe. Clément Oubrerie a choisi, lui,
­fêter —, François-Marie Arouet se voit de mettre en scène un Voltaire (très)
célébré par deux bandes ­dessinées. amoureux (éd. Les Arènes). Au fil de
Dans Voltaire, le culte de l’ironie (éd. Cas- deux volumes, dont le second vient de
terman), Jean-Michel Beuriot et Phi- paraître, il fait passer son personnage
lippe Richelle retracent la vie de l’au­ de jupon en jupon. Le cœur du vif-
teur de Candide, roturier méprisé par argent — qui se dit déjà, à 40 ans, « vieil-
la noblesse, esprit piquant souvent em- lard cacochyme » — bat fort pour la ma-
bastillé. Le procédé narratif n’est pas thématicienne et physicienne Émilie
original (le héros vieillissant se raconte du Châtelet. Des couleurs vives, un trait
à un biographe), et le dessin reste assez fantaisiste, parfois explosif, dans de
classique. Mais on suit avec intérêt le pleines pages oniriques, font de Vol-
­récit de l’affaire La  Barre, un jeune taire une figure virevoltante et atta-
hom­me supplicié pour blasphème, chante. — Laurence Le Saux

Télérama 3636 18 / 09 / 19 15
Qui ? Comment ? Pourquoi ?

Décryptage

Il était Fou de musique La guerre


de la
Figure culte du rock indé méconnue ­Satan, Casper le fantôme… En dépit
du grand public, Daniel Johnston est d’une schizophrénie maniaco-dé-
pour la première fois mis en lumière pressive qui lui vaut de nombreux sé-

VOD est
en 1992, quand Kurt Cobain arbore le jours à l’hôpital, Johnston sort une
T-shirt de son album Hi, How Are You trentaine de disques. En 2004, dix-
aux MTV Awards. D’autres fans presti- huit musiciens — Tom Waits, Mercury

déclarée
gieux se déclareront ensuite, de Sonic Rev… — reprennent ses chansons pour
Youth à Lana Del Rey, en passant par une compilation. L’année suivante, il
le créateur des Simpson, Matt Groe- est au cœur d’un docu primé à Sun-
ning. Mais ce génie tourmenté restera dance. Ses dessins sont exposés à la
dans l’ombre. Fou des Beatles, né en Biennale du Whitney Museum, à New Le 1er novembre, Apple lancera dans 150 pays, dont la France,
1961 en Californie, il passe son temps York. M ­ alade, il avait arrêté les sa plateforme de vidéo en ligne par abonnement, Apple TV+.
à dessiner et à bidouiller des cassettes concerts en 2017. Une crise cardiaque Un premier concurrent de poids pour Netflix, le numéro
maison, pleines de mélodies lo-fi im- l’a emporté le 11 septembre, à 58 ans. un mondial du secteur avec 152 millions d’abonnés, et pour
parables, comme le poignant Story of Depuis, les hommages affluent sur Amazon Prime Video, avant l’arrivée annoncée, le 12 novembre
an Artist, plus tard utilisé dans une Twitter, de Beck à Judd Apatow. Lui aux États-Unis (et au printemps 2020 en Europe ), du
pub Apple. Il y raconte, sans filtre, sa qui se rêvait rock star ne connut qu’un mastodonte Disney+. Le marché est, il est vrai, prometteur :
vie chez ses parents ultra cathos et ses succès d’estime, mais quel succès. l’institut Digital TV Research prévoit un milliard d’abonnés
obsessions, son amour de lycée, — Isabelle Vatan aux services de vidéos en ligne d’ici à 2024.

Des prix cassés


4,99 dollars par mois, 4,99 euros chez nous, avec une se-
maine d’essai gratuit : c’est le prix qu’il faudra acquitter pour
bénéficier d’Apple TV+. Une pierre dans le jardin de Netflix
qui, au printemps, a fait le choix d’augmenter ses tarifs pour
financer ses milliards de dollars d’investissements dans les
contenus. S’abonner à Apple TV+ reviendra presque deux
fois moins cher que le forfait de base de Netflix (Disney +, lui,
coûtera 6,99 dollars). Et un an d’abonnement sera offert
pour tout achat d’un produit Apple (iPhone, iPad, Mac, etc.).

Un catalogue en construction
Steven Spielberg, J.J. Abrams ou encore M. Night Shyama-
lan : ils vont produire ou réaliser des programmes inédits
pour Apple TV+. Une douzaine de séries ont été mises en
chantier. Mais peu d’entre elles seront mises en ligne dès le
1er novembre. Deux bandes-annonces ont été dévoilées :
See, une dystopie avec le musculeux Jason Momoa (alias
Khal Drogo dans Game of Thrones), et For All Mankind, une
uchronie qui part du postulat que les Russes ont été les pre-
miers à poser le pied sur la Lune. Est également attendu le
club de lecture de la populaire Oprah Winfrey.

Les ficelles de la télé de papa


Netflix a fondé une partie de son succès sur la mise à dispo-
sition de tous les épisodes d’une série dès le premier jour de
son lancement. Apple TV+ fait le pari inverse : un épisode par
semaine, et basta ! Le but est d’empêcher les utilisateurs de
Michael Stravato/The New York Times/REA

profiter de leur semaine d’essai gratuit pour dévorer une sai-


son entière et se désabonner. Apple TV+ pourra ainsi mieux
étaler dans le temps le peu de contenus dont elle dispose
pour ses débuts. Disney+, pourtant plus riche en pro-
grammes, a choisi le même rythme de diffusion hebdoma-
daire pour ses séries inédites. Une stratégie qui ne manque
pas d’ironie : les firmes high-tech de la nouvelle économie
numérique retrouvent-elles ainsi les recettes de la bonne
vieille télé de papa, celle des feuilletons dont on attendait fé-
Les mélodies de Daniel Johnston, schizophrène, étaient très appréciées de grands musiciens. brilement la suite pendant sept jours ? — Samuel Douhaire

16 Télérama 3636 18 / 09 / 19
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Coup de maître

Stephan Eicher
Déchaîné en paix

Comme s’il voulait rattraper le temps


perdu. Ces six années sans disque — au-
tant dire sans existence médiatique —,
pendant lesquelles un conflit financier
avec son label l’avait obligé à rester loin
des studios… Aujourd’hui qu’il remet le
turbo, on ne l’arrête plus : en moins
d’un an, l’Helvète distingué aura sorti
deux albums. Le premier, en février, re-
prenait ses standards accompagnés par
une fanfare cuivrée. Le second, en
cette rentrée, dévoile quatorze titres
inédits, écrits au cours de son long pur-
gatoire discographique (dont près de la
moitié avec le vieux complice Philippe
Djian). Ce disque, il l’a intitulé Homeless
Songs — comprenez : « chansons sans
domicile fixe ». Parce que, pendant
longtemps, elles ne trouvèrent pas de
producteur pour les abriter. Il faut dire
qu’elles sortent des standards du mar-
ché : certaines sont très courtes et trop
dépouillées pour attirer l’attention des
radios ; d’autres s’avèrent à l’inverse
bien trop longues pour intégrer leurs
playlists. Sans parler de ses cinq textes
en dialecte bernois, que seul un public
d’initiés comprendra…
Mais pourquoi Eicher a-t-il conçu un
album à ce point anticommercial ?
Peut-être, justement, parce qu’il vou-
lait défier une industrie qui ne lui don-
nait plus voix au chapitre. Ou bien
parce que, libéré de toute contrainte, il
s’y est exprimé pleinement. Toujours
est-il que l’homme qui collectionnait
les tubes carrés et un peu secs à la char-
nière des décennies 1980 et 1990 fait
montre, à 58  ans, d’une superbe et
d’une liberté qu’on ne lui soupçonnait
pas. L’air de mousquetaire qu’il affiche
désormais lui sied à merveille : sans al-
ler jusqu’à dégainer un procès, le d’Ar-
tagnan de la chanson a fini par pouvoir
changer de maison de disques 1. La pu-
blication de ses refrains, jadis en déshé-
rence et toujours viscéralement vaga-
bonds, scelle sa plus jolie victoire.
Par Valérie Lehoux
1 Il est passé de Barclay à Polydor, deux
labels d’Universal Music France.
photo
benoît peverelli Homeless Songs, Polydor, z.

18 Télérama 3636 18 / 09 / 19
votre artiste
Écoutez ce que vous voulez,
où vous voulez, comme vous voulez. votre chambr
votre soirée
votre maison
votre patio
votre chanso
votre cuisine
votre podcas
votre album
votre bureau
votre fiction
fiction
votre émissio
votre voix
votre musiqu
Un son remarquable.
A votre mesure.
Appel

500 signatures pour notre indépendance


« Nous, lecteurs du Monde, de Courrier international, de Télérama ou de La Vie ; Matthieu Pigasse et, d’autre part, les personnels du groupe,
citoyens soucieux de la liberté de la presse, apportons notre qui avaient ensuite validé leur arrivée. Parce qu’elle
soutien aux équipes éditoriales et aux salariés engagés pérennise l’esprit de ce pacte, la mise en place d’un droit
dans la défense d’une valeur inaliénable : l’indépendance d’agrément à l’égard de tout nouvel actionnaire est
de leur journal. Nous ne sommes pas toujours d’accord une pièce indispensable de ce modèle : elle permettra
avec le contenu de ces journaux, mais le Groupe Le Monde au pôle d’indépendance du Groupe Le Monde, qui réunit
est aujourd’hui à un tournant de son histoire. Alors les sociétés de journalistes, de personnels, de lecteurs
que la presse est la proie de jeux d’influence et d’appétits et de fondateurs, de se prononcer, à l’avenir, sur l’entrée
industriels, le modèle de liberté éditoriale et de au capital de tout nouvel actionnaire majeur. En cette
développement économique incarné par ce groupe est époque où même les faits sont contestés, la liberté
menacé. Ce modèle est fondé sur le pacte d’actionnaires et l’indépendance de la presse sont des biens publics
noué en 2010 entre, d’une part, Pierre Bergé, Xavier Niel, plus précieux que jamais. »

Pierre Arditi / Paul Auster / Robert Badinter / Pénélope Bagieu / Josiane Balasko / Russell Banks / Laurent Bayle / Emmanuelle Béart / Alex Beaupain / Charles Berling
Jean Blaise / David Bobée / Christian Boltanski / Pascal Boniface / Patrick Bouchain / Patrick Boucheron / William Boyd / Rachida Brakni / Rony Brauman
Stéphane Braunschweig / Peter Brook / Sophie Calle / Camille / Emmanuel Carrère / Barbara Cassin / Philippe Caubère / Hélène Cixous / Jean-Pierre Dardenne
Marie Darrieussecq / Geneviève Delaisi de Parseval / Raymond Depardon / Jérôme Deschamps / Philippe Descola / Arnaud Desplechin / Marc Dugain / Annie Ernaux
Arlette Farge / Aurélie Filippetti / Thierry Frémaux / Nicole Garcia / Thierry Garrel / Julie Gayet / José-Manuel Gonçalvès / Robert Guédiguian / Pierre Henry
Nicolas Hulot / Isabelle Huppert / Yves Jeuland / Paul Jorion / Jean Jouzel / Étienne Klein / Rem Koolhaas / Julia Kristeva / Frédéric Krivine / Bernard Lahire
Bruno Latour / Georges Lavaudant / Bernard Lavilliers / Frédéric Lenoir / Jean-Xavier de Lestrade / Vincent Lindon / Stéphane Lissner / Ken Loach / Manon Loizeau
Édouard Louis / Vincent Macaigne / Frank Madlener / Aïssa Maïga / Macha Makeïeff / Olivier Mantei / Tonie Marshall / Marie Masmonteil / Annette Messager
Catherine Millet / Ariane Mnouchkine / Gérard Mordillat / François Morel / Edgar Morin / Pap Ndiaye / Christophe Nick / Pierre Nora / Stanislas Nordey
Jean-Michel Othoniel / Mona Ozouf / Rithy Panh / Michelle Perrot / Renzo Piano / Thomas Piketty / Denis Podalydès / Joël Pommerat / Sabine Prokhoris / Olivier Py
Jean-Michel Ribes / Catherine Ringer / Marie-Monique Robin / Pierre Rosanvallon / Jean-Pierre Rosenczveig / Éric Ruf / Céline Sciamma / Alain Tasma / Sylvie Testud
Philippe Torreton / Jean-Robert Viallet / Jean-Pierre Vincent / André Wilms / Lambert Wilson / Frederick Wiseman / Roschdy Zem / Suite sur Télérama.fr

Temps forts sur Télérama.fr

Réservé à nos abonnés

La « révolution délicieuse »
Du chef Olivier Roellinger
Par Virginie Félix
On connaît le chef étoilé,
l’alchimiste des épices mariant
subtilement dans ses plats
la Bretagne et l’ailleurs. Mais
Olivier Roellinger est aussi un
homme de conviction et de
Patrick Dewaere, gueule d’ange et éternel rebelle,
à l’affiche combats, engagé sur le terrain
dans trois films restaurés qui ressortent en salles du bien manger pour tous.
Il l’a prouvé ces dernières années
L’histoire d’un hymne Miriam Makeba, Pata Pata en mettant sa notoriété
mais pas que ça  Cinéma Scarlett Johansson au service de causes aussi
essentielles que la sauvegarde
fait l’événement au Festival de Toronto des ressources marines ou
avec Jojo Rabbit, étrange fantaisie antinazie la lutte contre la privatisation
du vivant par les grands
Festival de Deauville American Skin, planche semenciers. Face à l’urgence,
de salut ou ultime crash pour Nate Parker ? écologique, sociale mais aussi
sanitaire, et parce que l’avenir
Rentrée radio RTL passe à l’offensive sur de la planète se joue en grande
le numérique  Séries Nouvelle saison, finale, partie dans nos assiettes,
cet humaniste en quête du goût
adaptation… De The Crown à Breaking Bad, perdu a pris la plume pour
10 séries qui repartent pour un tour en appeler à une « révolution
Gaumont

délicieuse » […]
Lire la suite sur Télérama.fr

20 Télérama 3636 18 / 09 / 19 Télérama, courrier des lecteurs. 8, rue Jean-Antoine-de-Baïf, 75212 Paris Cedex 13. courrier@telerama.fr
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le dossier
À l’ombre
wOOdy allen de #metoo
I
Toujours accusé l est là avant l’heure, en avance sur son programme.
d’agression sexuelle Woody Allen ne perd pas de temps et, en retour, le
temps l’oublie un peu : il n’a pas beaucoup changé
par sa fille adoptive, ­depuis sa dernière apparition à l’écran, dans son film
l’octogénaire est renié à sketchs To Rome with Love, en 2012. C’est bien lui,
aussi, cette manière d’égrener des considérations
par plusieurs ­désespérées sur un ton calme et courtois, presque enjoué :
de ses acteurs, rejeté « Je serai peut-être déjà mort quand on cessera de m’accuser de
fautes que je n’ai pas commises. » Sur les accusations dont il fait
par Hollywood… l’objet, il n’en dira pas davantage. Au fond, la vie a donné rai-
Mais l’Europe lui reste son au pessimisme radical qui domine son œuvre, comédies
comprises. Peut-être en conçoit-il une joie secrète, para-
fidèle : alors qu’il revient doxale, et le sentiment d’avoir raison depuis toujours.
en grande forme Comme le documentariste qu’il jouait dans Crimes et dé-
lits (1989), lâché par tous à la fin, le voilà en disgrâce durable
avec Un jour de pluie en son pays, à 83 ans, pour la dernière ligne droite de sa car-
à New York, rière. Amazon a cassé son contrat et enterré, aux États-Unis,
Un jour de pluie à New York, financé par la plateforme — mais
à l’affiche ici, il a déjà qui sort enfin en France et dans plusieurs pays, plus d’un an
tourné le film après sa livraison. La jeune star de ce film, Timothée Chala-
met, a regretté publiquement de l’avoir tourné et a reversé
suivant en Espagne. son cachet à une fondation pour défendre les femmes
contre le harcèlement. « Je ne lui en veux pas, il était en cam-
pagne pour les Oscars », dit le cinéaste. D’autres acteurs et
actrices ont exprimé le même désaveu, comme Jessica
Chastain ou Greta Gerwig — alors que Scarlett Johansson le
Par Louis Guichard défend. Même la critique dite intellectuelle a cessé, outre-
Photos Jean-François Robert Atlantique, de louer son travail : le New York Times et le
pour Télérama Washington Post ont ­accablé Wonder Wheel en 2017. Dernier
rebondissement g ­ ênant, son nom est apparu parmi ceux ☞

Télérama 3636 18 / 09 / 19 23
le dossier Woody Allen s’explique

☞ des fréquentations supposées (comme Bill Clinton ou le restera une possibilité de réaliser des films, je privilégierai le
prince Andrew) du milliardaire Jeffrey Epstein, suicidé en cinéma, mon mode d’expression naturel. » Il vient ainsi
prison le 10 août dernier et accusé de pédophilie à grande d’achever le tournage d’une nouvelle « comédie roman-
échelle… Dans ce contexte, aucune perspective de finance- tique » (dit-il) en Espagne, à Saint-Sébastien, produite avec
ment ou de distribution de ses films n’existe aujourd’hui des capitaux espagnols. La distribution, cosmopolite, réu-
pour le cinéaste en Amérique du Nord. nit Sergi López et Louis Garrel, mais aussi l’Américaine Gi-
Un ingrédient terriblement ironique de la situation na Gershon, l’Autrichien Christoph Waltz et, en vedette,
reste l’identité de celui qui a le plus contribué, au cours des une actrice espagnole, Elena Anaya. « La seule contrainte
dernières années, à ce bannissement : le propre fils de que m’impose mon financier, Mediapro 1, est de travailler avec
Woody Allen, Ronan Farrow, 31 ans, journaliste à l’origine des comédiens européens. Cela m’oblige à être plus vigilant sur
des révélations sur Harvey Weinstein, et donc, indirecte- la diction et la prononciation, à reprendre davantage les ac-
ment, du mouvement #MeToo. Car la nouvelle donne a fait teurs que je ne le fais aux États-Unis. Mais c’est tout. »
ressurgir une vieille affaire : les accusations, datant des an- Ne pas croire que cette délocalisation relève du pis-aller
nées 1990, d’agression sexuelle par Woody Allen de la sœur ou du dernier recours. Le même groupe espagnol avait dé-
de Ronan, Dylan — alors âgée de 7 ans —, la fille adoptive de jà financé les glorieux Vicky Cristina Barcelona (2008) et Mi-
Mia Farrow et du cinéaste. Et ces accusations, réitérées en nuit à Paris (2011), son plus grand succès en salles aux États-
2018 par l’intéressée, bien que classées deux fois sans suite, Unis. En réalité, le premier tournage européen de Woody
expertises à l’appui, par deux juges, dans deux États, ont Allen remonte à une quinzaine d’années : « J’avais alors du
rappelé au monde entier le scandale qui les avait précé- mal à réunir les fonds pour Match Point. Des Anglais m’ont
dées : la liaison, révélée en 1992, de Woody Allen et de
Soon-Yi Previn, autre fille adoptive de Mia Farrow — et du

« En Europe, les gens sont plus


chef d’orchestre André Previn —, de trente-cinq ans sa ca-
dette. Mais cette histoire-là, si horrible fût-elle pour la

sensés qu’en Amérique, moins


grande actrice, alors muse et compagne officielle de Woo-
dy Allen, ne relevait nullement des tribunaux. Soon-Yi Pre-

moutonniers. Il y a davantage
vin était majeure. Elle est devenue depuis, et restée,
l’épouse de Woody Allen et la mère de leurs deux enfants

de discernement chez vous. »


adoptifs. Acerbe, Ronan Farrow a tweeté au printemps
2018 : « Dans la famille, la Fête des pères est aussi celle des
beaux-frères. » Moses, autre fils adoptif du couple Farrow-
Allen, assure, lui, que l’actrice a toujours manipulé Dylan
contre son père. Aujourd’hui, comme pour rappeler sa sta-
bilité privée, le cinéaste aime à dire régulièrement « mon proposé de le financer, à condition que je le tourne en Angle-
épouse et moi » quand il évoque son quotidien. terre. Finalement, le film a été aimé dans le monde entier, et
Dans la seule actualité judiciaire de Woody Allen, c’est j’ai enchaîné avec d’autres productions européennes. En Amé-
donc lui le plaignant : ses avocats et ceux d’Amazon négo- rique, les financiers du cinéma veulent toujours lire le scéna-
cient toujours le montant de l’indemnité (entre 50 et rio, donner ou imposer leur avis sur les choix des acteurs. Ici,
100 millions de dollars) que la plateforme devra lui verser, ils acceptent d’être avant tout des banquiers. Ils me laissent
en compensation des films prévus pour les années à venir travailler comme je l’entends et réceptionnent le film terminé :
et qu’il ne pourra donc pas tourner. Non seulement il se dit ce à quoi aspirent tous les artistes. » Entre Woody Allen et
confiant quant à l’issue de l’affaire, mais il se sent peu af- l’Europe, l’histoire d’amour n’a pas encore tourné au vi-
fecté dans sa vie sociale par le rejet d’une partie du monde naigre : « Les gens y sont plus sensés qu’en Amérique, dit-il,
du cinéma américain : « De toute façon, je n’ai jamais été du moins moutonniers. Il y a davantage de discernement chez
genre à déjeuner ou à dîner avec mes acteurs. Je les vois pour vous. » La France, en particulier, est depuis des décennies
travailler, de façon extrêmement cordiale, mais, ensuite, cha- le territoire où ses films rayonnent le plus. L’Homme irra-
cun rentre chez soi. » Bien sûr, précise-t-il, Diane Keaton fait tionnel, avec Joaquin Phoenix, presque ignoré aux États-
exception. C’est « l’amie d’une vie », l’anticonformiste bo- Unis, a encore frôlé, ici, le million d’entrées, en 2015.
hème, elle aussi à l’écart du showbiz. Elle l’a toujours dé- Mais après ces deux mois passés en Europe, il ne pense
fendu, fut sa compagne dans les années 1970 et sa première qu’à rentrer à Manhattan et à attaquer la post-production,
muse. Elle remporta l’oscar de la meilleure actrice, en 1978, lui qui s’est toujours présenté comme un « monstre d’habi-
pour Annie Hall, et remplaça Mia Farrow à la dernière mi- tudes ». Tous les matins, il écrit, sauf quand il tourne. La ré-
nute dans Meurtre mystérieux à Manhattan (1993), tourné daction de ses Mémoires touche à sa fin et, contrairement
juste après le scandale Soon-Yi… aux rumeurs, il affirme qu’il trouvera sans difficulté un édi-
Révélant une endurance et une détermination insoup- teur américain. Mais la plupart du temps, il travaille à un
çonnées, Woody Allen n’a pas envisagé une seconde de À voir scénario, chez lui, seul : « Le plus difficile est de réfléchir, de
mettre un terme à sa carrière de réalisateur, même quand concevoir, d’accoucher les idées. C’est parfois harassant. En-
tout le monde le disait fini, il y a un an et demi, après l’échec
commercial de Wonder Wheel et le regain d’opprobre. « La
b
Un jour de pluie
suite, quand il s’agit de décliner l’histoire en scènes, en dialo-
gues, tout devient exaltant : je peux écrire jusqu’à la fin de
seule chose qui pourrait me conduire à arrêter serait de ne à New York, l’après-midi sans m’en rendre compte. Je suis alors pressé d’ex-
plus trouver de financement. L’envie et l’inspiration sont tou- de Woody Allen, pédier le déjeuner. » Le début de soirée est consacré à la gym-
jours là. Si je n’obtenais plus l’argent nécessaire, alors j’écri- en salles. Lire nastique et à la pratique de la clarinette — son hobby depuis
rais et mettrais en scène des pièces de théâtre. Mais tant qu’il critique page 54. des décennies. Puis dîner au restaurant, en famille ou avec ☞

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Cedex 13 – Siren n° 493 455 042 – RCS Paris – Immatriculation ORIAS n° 08 045 100 • Crédit photo : © Roman Jehanno. • Conception : Insign. • Réf : AP GROUPE EN 2019. • Merci à Carmen, Élise, Mathieu,
professeurs des écoles, d’avoir prêté leur visage à notre campagne de communication.
le dossier Woody Allen s’explique

☞ des proches. Il rentre vers 22h30 et regarde à la télévision la traits de films, l’incitent à aller voir telle pièce de théâtre. Le
fin d’un match de base-ball, de basket, ou les informations… scénario d’Un jour de pluie… attendait depuis quelques an-
Le cinéma en salles ? « Impossible ou presque, désormais, de nées les interprètes adéquats. Le héros étudiant, en particu-
voir des classiques à New York. Je guette toujours les nouveaux lier, double évident (et totalement idéalisé) de Woody Allen
films signés Martin Scorsese et Paul Thomas Anderson, mais dans sa vingtaine, qui porte même ses emblématiques
ils n’en sortent un que tous les trois ans… » vestes en tweed. « Pour moi, diriger des acteurs, c’est avant
Puisqu’il semble peu attiré par le cinéma contemporain, tout les choisir. Une fois que j’ai saisi leur manière d’être et de
on lui demande, alors, comment il s’y prend pour toujours parler, je les rencontre pour confirmer mon intuition. Ensuite,
identifier les jeunes acteurs les plus talentueux du moment nous passons beaucoup de temps sur les costumes, les acces-
— comme le trio d’Un jour de pluie à New York, Timothée Cha- soires, les silhouettes. Mais sur le plateau, mes indications sont
lamet, Elle Fanning et Selena Gomez. Woody Allen recon- discrètes et portent essentiellement sur les intonations. »
naît qu’il est bien entouré : ses collaborateurs les plus Woody Allen acteur ? Son âge lui interdit, dit-il, de s’offrir
proches et les plus fidèles attirent son attention sur les nou- à l’avenir un premier rôle, comme il le fit si souvent jadis : « À
veaux talents en vue, lui transmettent des vidéos, des ex- moins d’avoir la beauté de Cary Grant, resté intéressant à regar-
der jusqu’au seuil de la vieillesse, il faut
savoir s’effacer du cadre. Dommage, car
je représentais un gain de temps sur les
plateaux : je jouais, dès la première prise,
exactement comme je l’espérais en tant
que metteur en scène ! » Pour le reste, la
nostalgie le laisse tranquille : « Vivre
dans le passé est un piège. Chez moi, vous
ne trouverez aucun vieux scénario, au-
cune photo de mes films, pas la moindre
affiche. Alors que je connais des réalisa-
teurs qui gardent tout, y compris les ar-
ticles de presse et les critiques, et jusqu’aux
feuilles de service quotidiennes des tour-
nages… » Woody Allen, lui, assure
même qu’il ne visionne plus jamais ses
films, une fois qu’ils sont terminés : « Ce
serait un supplice, je ne verrais que mes
erreurs, je voudrais tout refaire. »
Il y a longtemps qu’il a renoncé à si-
gner des films dramatiques, comme le
bergmanien Une autre femme (1988),
conscient que le marché et les finan-
ciers les refuseraient. La comédie so-
phistiquée et les histoires d’amour
(souvent désastreuses) restent le cœur
de son travail d’auteur, avec des allu-
sions plus ou moins discrètes à sa bio-
graphie : un homme trahissant une
femme pour une autre, tel est le sché-
ma de ses deux derniers opus. D’après
lui, il manquera toujours à sa filmogra-
phie un chef-d’œuvre : « J’aurais aimé
laisser mieux que des réussites ou des
­demi-réussites. La Grande Illusion, de
Jean Renoir, ou Citizen Kane, d’Orson
Welles, c’est tout de même autre chose…
Mais je n’ai pas ça en moi. » À l’évidence, il n’est pas le mieux

« Vivre dans le passé est un piège.


placé pour juger de films qu’il connaît moins que ses mil-
lions d’admirateurs reconnaissants, de plusieurs généra-

Chez moi, vous ne trouverez


tions, dont il a profondément marqué l’imaginaire. « Man-
hattan [1979] ou Zelig [1983], je ne m’en souviens même plus.

aucune photo de mes films, pas


Régulièrement, des inconnus m’abordent en citant par cœur
une de mes répliques de cinéma d’il y a quarante ans. Ils

la moindre affiche. »
croient me faire plaisir, et je donne le change, mais, la plupart
du temps, je ne sais même pas de quoi ils me parlent ! » •
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Musique La Grande Sophie et Jeanne Cherhal  en tête à tête

La chanson

«
de belle façon À votre avis, pourquoi vous a-t-on réunies ? »
L’air un peu hésitant, la grande brune se lance :
« Parce qu’on sort un album en même temps ? »
Exact, mais pas suffisant. « Parce qu’on a dé-
marré par la scène, et pas par le disque ou la té-
lé-réalité ? » D’accord, mais encore ? D’une voix
timide, l’autre lâche : « Parce qu’on a développé une estime
mutuelle qui ne se dément pas ? » Silence. Assises aux deux
bouts du grand canapé noir, les deux femmes se sourient.
Touchantes dans la vie par leur discrétion, autant qu’elles
peuvent l’être sur scène par leur fantaisie et leur créativité.
Leur liberté à faire vibrer la chanson française de leurs voix
souples, aux sons du jazz, du rock, de la pop, sans jamais
perdre de vue l’importance cardinale du propos.
Pendant l’heure qui vient, nous allons les faire réagir à ce
qu’elles n’avaient encore jamais réalisé : la similarité de leur
démarche artistique et de leur courage. Tout ce qui, dans un
monde de zapping permanent, leur vaut la fidélité du public
et l’estime de leurs pairs. En 2010, alors qu’elles figuraient
parmi Les Françoises (super groupe éphémère formé au
Printemps de Bourges en 2010 1), Sophie signait une chan-
son pour Françoise Hardy ; elle a récidivé l’an passé avec Le
Large, clipé par François Ozon. « Sophie a des mélodies ma-
giques, inspirées, jamais fabriquées, explique l’égérie des six-
ties. Des textes originaux, sensibles, profonds, intelligents »
— et dire qu’elle est réputée pour la dureté de ses jugements.
Jeanne, elle, a écrit quatre fois pour Johnny Hallyday, no-
tamment Un dimanche de janvier, sur la manifestation qui
avait suivi les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Ca-
cher. « Travailler pour une telle voix était un plaisir et un défi. »
Ces deux autrices, compositrices, productrices et inter-
prètes auront su émerger dans un univers largement mascu-
Dès leurs débuts dans les troquets, lin, sans aide particulière. Trajectoires exemplaires. Encore
elles avaient la foi. Depuis, une fois, elles s’apprêtent à marquer la saison musicale.
A priori, leurs nouveaux disques n’ont rien en commun :
elles ont imposé leur audace scénique celui de La Grande Sophie est porté par une production
et la puissance de leur musique… teintée d’électro ; celui de Jeanne Cherhal se gorge de
cuivres et de gospel. Sauf que l’un et l’autre déroulent un
Jeanne Cherhal et La Grande Sophie, même fil rouge : l’âge. La cinquantaine pour Sophie, la qua-
deux artistes aussi discrètes rantaine pour Jeanne. « Tu te souviens, s’amuse l’aînée, on a
décroché nos premières Victoires de la musique en même
qu’authentiques, se dévoilent. temps. Je suis plus lente que toi au démarrage ! » Sophie rit

Par Valérie Lehoux


Photos Jean-François Robert
pour Télérama

28 Télérama 3636 18 / 09 / 19
Jeanne Cherhal
et La Grande Sophie
sortent chacune un
album dans lequel elles
explorent la rudesse
du temps qui passe.

franchement. En 2005, elle était sacrée Révélation scène et


Jeanne, Révélation du public. À vrai dire, ces filles de milieu
modeste avaient, depuis longtemps déjà, trouvé dans la
musique le meilleur moyen d’aller vers le monde. « J’ai gran-
di tout près des usines de Fos-sur-Mer, raconte La Grande So-
phie, entre une mère infirmière et un père sidérurgiste, mais
surtout syndicaliste. La maison était remplie des dossiers de
salariés qu’il défendait aux prud’hommes, des tracts et des
banderoles qu’il fabriquait pour les manifs. Moi, j’étais une en-
fant solitaire, qui ne pensait qu’à rêver. » Ceux qui la côtoient
aujourd’hui jurent qu’elle n’a pas changé. « Là où nous vi-
vions, il n’y avait pas de cinéma et j’en souffrais un peu. Ma
mère m’a inscrite au conservatoire. Mais quand à 9 ans j’ai
voulu apprendre le piano, on m’a dit que j’étais trop vieille
( Jeanne s’étouffe dans un « quoi ? ! » de stupéfaction). Mes
parents m’ont consolée : “Ce n’est pas grave, prends la guitare.
Tu pourras l’emmener partout et jouer avec tes copains.” Avec
le recul, je me demande si le conservatoire m’avait vraiment re-
fusée, ou si ce ne sont pas plutôt mes parents qui n’avaient pas
les moyens nécessaires pour un piano. » Toujours est-il qu’à
12 ans Sophie montait un groupe avec son petit frère ; et que
l’année suivante, elle profitait de la première Fête de la mu-
sique pour donner un concert dans la cour du collège. L’ado
mal dans sa peau, complexée par sa taille, va peu à peu com-
prendre que la musique permet d’aller vers les autres. « Au
lycée, puis aux Beaux-Arts de Marseille, dès que je prenais ma
guitare, quelqu’un venait me voir. Ce fut salvateur, déclen-
cheur de toutes mes rencontres. Sans la musique, je serais res-
tée dans mon coin. » Et Jeanne, malicieuse, de pointer : « Tu
vois, tes parents ont eu raison de ne pas t’acheter de piano ! »
Les siens (père plombier, mère au foyer) l’ont fait ; et
c’est au fond la même histoire qui s’est déroulée à l’autre
bout de la France : « Le piano était un peu pourri, récupéré
chez mon cousin, mais il est arrivé à point : j’avais 12 ou 13 ans,
je commençais à m’ennuyer dans mon village près de Nantes.
Je me suis mise à jouer d’oreille et à reprendre des tubes, avec
mes sœurs. Je suis aussi devenue la chanteuse d’un groupe de
bal ! » Quelques encablures plus loin, chacune décrochera
le bac et s’installera en cité U. Classique. Ce qui l’est moins,
c’est leur envie de chanter, qui n’aura cessé de grandir. Ir-
répressible : Sophie fait la manche aux terrasses marseil-
laises ; Jeanne se présente dans un café nantais, qui orga-
nise des scènes ouvertes. « Ils m’ont proposé de revenir pour
un concert entier sauf que le jour J… il n’y avait personne !
Juste les quatre bénévoles de l’association. » Qu’importe : à
partir de cet instant, elle recommencera partout où elle le
pourra, son petit clavier sous le bras.
Et n’allez pas leur parler de galère. « Je gagnais à peine de
quoi manger, mais j’étais tellement dans le plaisir que tout m’al-
lait très bien », assure la Nantaise. Sophie — qui entre-temps ☞

29
Musique La Grande Sophie et Jeanne Cherhal  en tête à tête

ont vécu leurs drames. On en perçoit


« La cinquantaine est les traces dans les plis de leurs mots.
un point de bascule pour Chansons de femmes parfois meur-
tries, qui toujours se relèvent. Au
une femme ; le corps fond, le seul point sur lequel elles dif-
se transforme. Je n’ai pas fèrent, c’est l’expression de leur fémi-
nisme. Jeanne l’assume clairement
honte de le chanter. » dans ses textes (Le Tissu, Merci,
Femmes debout…), mais aussi sur sa
La Grande Sophie
dernière pochette, où elle pose au na-
turel, l’aisselle non épilée, en signe
☞ a quitté le Sud pour Paris — joue le soir dans les bars, et en- À écouter d’affranchissement. Chez Sophie, point d’affichage. Celle
chaîne les petits boulots en journée pour se payer un appar- a qui reconnaît être la première femme de sa famille à faire le
tement… insalubre. « Oui, j’avais une allergie à cause des Cet instant, métier de son choix ne mêle guère ses convictions à ses
champignons sur les murs, et je trimbalais seule ma guitare et La Grande Sophie, chansons. Heureusement qu’une indiscrétion nous en
ma grosse caisse dans le métro. Et alors ? J’apprenais mon mé- Polydor. avait dit plus sur ses engagements… « Dois-je vraiment en
tier et je chantais. J’étais heureuse ! » Leurs petites consœurs L’An 40, parler ? Je le fais à titre privé. » Tous les quinze jours, elle se
ultra connectées d’aujourd’hui, qui communiquent comme Jeanne Cherhal, rend à la Halte des femmes, lieu d’accueil de jour où
elles respirent, imaginent-elles à quel point ces deux-là se Barclay, sortie viennent en majorité des migrantes. « Certaines ont passé la
sont démenées ? « Je fabriquais mes tracts avec de la colle et le 20 septembre. nuit en dortoir, d’autres dans la rue. Là-bas, elles peuvent se
des ciseaux, raconte encore Sophie. Je les photocopiais, puis laver, se reposer. Je leur propose un petit atelier d’écriture :
je les distribuais moi-même. » Sa camarade sourit : « Moi, je ré- elles se présentent, disent d’où elles viennent, parfois même ex-
digeais ma propre newsletter que je postais à ceux qui me lais- pliquent leurs recettes de cuisine préférées. Nous chantons
saient leur adresse à la fin des concerts. » Depuis, Facebook et tout cela ensemble. Ces femmes ont des parcours terribles.
Instagram ont tout changé. Elles s’y sont mises. Sans s’y Quand je pense que j’ai une chanson qui s’appelle Du courage…
perdre. Jeanne a « tout coupé » pendant un an, pour se Je ne sais pas où elles trouvent le leur. »
concentrer sur son disque ; Sophie, qui pourtant confesse Jeanne l’a écoutée avec attention avant de souffler un
une appétence pour les réseaux, s’étonne d’y voir partout la « c’est super », et Sophie a baissé les yeux. Sur le grand cana-
loi du chiffre (« Les compteurs de vues ou de “like” sont deve- À voir pé noir, plus personne ne dit mot. Il est temps d’éteindre le
nus des gages de crédibilité »). Surtout, elle souligne une autre La Grande Sophie magnéto et de laisser nos chanteuses retourner à leur dis-
mutation de l’époque : la dictature de l’image. « Elle prime en tournée à partir crétion. En s’éloignant doucement, on les surprendra en
sur presque tout. Désormais, une image forte, qui raconte une du 5 octobre, train de rire, soulagées sans doute que l’exercice de l’inter-
histoire, peut séduire le public… quelle que soit la musique qui à l’Olympia view soit terminé ; libres de repartir vers la création. Plus
va avec. Les jeunes chanteurs ont totalement intégré cela. » le 12 décembre. tard, l’une de leurs réflexions nous reviendra en tête :
Chez elles, la longévité marque l’intégrité : aucune des Jeanne Cherhal « Quand des gens me reconnaissent dans la rue, je rougis plus
deux n’a jamais joué sur la séduction ni ne s’est inventé de en tournée à partir qu’eux. » Laquelle a dit cela ? Les deux auraient pu. Femmes
personnage fracassant pour capter l’attention. Elles ont du 9 novembre, et artistes si attachantes, et infiniment respectables •
juste réalisé ce qu’il y a de plus difficile : écrire et compo- aux Folies-Bergère 1 Avec Camille, Olivia Ruiz, Emily Loizeau et Rosemary Standley
ser de (très) belles chansons. Les dernières évoquent donc le 3 décembre. (de Moriarty).
leur âge, et sans surprise, celle qui est
née avant l’autre entretient à ce jour
le rapport le plus douloureux au « Je gagnais à peine
temps qui passe. « La cinquantaine est
un point de bascule pour une femme ; le
de quoi manger à mes
corps, le visage se transforment. Je n’ai débuts, mais j’étais tant
pas honte de le chanter, au contraire,
cela m’aide à l’accepter. Les chansons
dans le plaisir que tout
sont aussi faites pour cela : surmonter m’allait très bien. »
les épreuves. » Ces deux grandes pu-
Jeanne Cherhal
diques n’en diront rien ici, mais elles

30 Télérama 3636 18 / 09 / 19
Ses clichés d’Américains ont fait de
Robert Frank une icône de la nouvelle
photographie d’après guerre. « Frank,
tu as l’œil », lui disait Jack Kerouac,
son ami de la beat generation.

E
n 1955, le photographe suisse Robert Frank
— qui vient de disparaître à Inverness, en Nou-
velle-Écosse, à l’âge de 94 ans — commence
sa carrière par un premier coup d’éclat : il dé-
croche aux États-Unis la bourse de la Fonda-
tion Guggenheim. C’est la première fois
qu’elle est décernée à un Européen. Son projet est allé-
chant. « Je veux révéler la nature de la civilisation américaine
qui se répand partout sur la planète », déclare-t-il à l’époque.
Avec les 2 500 dollars qui lui sont alloués, somme énorme
à l’époque, il achète une Ford d’occasion, et prend la route
sans but précis, dans l’esprit libre de la beat generation. Sur
les vingt-sept mille clichés qu’il engrange au cours de deux
années de vadrouille, traversant d’est en ouest le pays, il en
sélectionne quatre-vingt-trois pour un livre que seul un
jeune éditeur français, Robert Delpire (1926-2017), accepte
de publier en 1958, à Paris. Un bide. Frank parvient alors à
convaincre Jack Kerouac (1922-1969) d’en écrire la préface
pour une nouvelle édition. Sorti un an plus tard aux États-
Unis, l’ouvrage connaît un énorme succès. « Je ne pensais
À lire pas, écrit le poète, qu’on pouvait saisir avec des photos des
Robert Frank, choses que les mots sont incapables d’exprimer. […] Qui
éd. Actes Sud, n’aime pas ses images n’aime pas la poésie, compris ? Qui
coll. Photo poche, n’aime pas la poésie retourne chez lui pour voir à la télé des
144 p., 13 €. cow-boys aux grands chapeaux cramponnés à de braves che-
Les Américains, vaux. Robert Frank, suisse, discret, avec ce petit appareil
éd. Delpire, qu’il manie d’une seule main, a tiré de l’Amérique un poème
180 p., 35 €. triste qu’il a coulé dans la pellicule. Et voilà maintenant mon
Les éditions Steidl message : “Frank, tu as l’œil”. »
ont publié Et quel œil ! Best-seller (huit cent mille exemplaires à ce
l’intégralité jour), Les Américains est la bible de la nouvelle photogra-
de son œuvre : phie de l’après-guerre. Robert Frank y rompt avec tous les
www.steidl.de. codes de la « bonne image ». Il ne se soucie pas de tech-
nique, de netteté. Il photographie parfois en contre-jour,
souvent à la volée, sans cadrer. De sa longue virée dans
l’Amérique profonde ou dans ses métropoles, il rapporte
des scènes loufoques, étranges ou tristes : une voiture de
luxe en Californie, protégée par une bâche qui évoque un

L’œil de
linceul, un juke-box dans un bar, une jeune fille craquante
au regard absent dans un ascenseur de Miami… Ses en-
chaînements d’images ont la spontanéité du be-bop ou de
l’expressionnisme abstrait de Jackson Pollock qui

l’ Amérique
triomphent alors. Frank traduit en images l’air du temps,
la volonté de briser les carcans de l’ancien monde, ses
états d’âme, ses angoisses face à une société américaine
matérialiste et consumériste. Devenu une célébrité dès
1959, il remise son Leica dans un placard, et se reconvertit
dans le cinéma. « Assez de guetter, de chasser, d’attraper
parfois l’essence de ce qui est noir, de ce qui est blanc, de sa-
voir où est le bon Dieu. Je fais (désormais) des films. Mainte-
nant, je parle aux gens qui bougent dans mon viseur. Pas
simple et pas spécialement réussi. » Ainsi était Frank, d’une
Par Luc Desbenoit sincérité absolue, ne perdant jamais de vue ce qu’il recher-
chait… mais que recherchait-il ?

32 Télérama 3636 18 / 09 / 19
Le photographe Robert Frank Hommage

Dans un livre de la collection Photo poche (éd. Actes Sud), il Au cinéma, Frank tourne d’abord Pull My Daisy (1959), avec
retrace sa biographie de façon laconique. 1924 : « J’ai grandi à ses amis de la beat generation Allen Ginsberg (1926-1997) et
Zurich » ; 1947 : « Je pars pour l’Amérique. Comment peut-on être Jack Kerouac. En 1972, il réalise un documentaire sur les Rol-
suisse ? » Issu d’une famille juive allemande aisée, exilée à Bâle, ling Stones, Cocsuker Blues. Sexe, drogue, alcool… Les
le jeune homme avait mené en Suisse une existence tran- images sont crues, compromettantes. Les Stones mettent
quille. Trop. Rêvant de liberté, de succès, des États-Unis, il leur veto à la sortie du film, autorisé à être projeté une fois
s’embarque pour « un simple voyage » qui se prolongera toute par an. Il réalise dans la foulée des œuvres expérimentales
sa vie. La découverte du Nouveau Monde l’enthousiasme : qui fourmillent d’idées, d’images audacieuses. « Il n’y a pas
« J’ai l’impression d’être dans un film », écrit-il à ses parents. « Les d’instant décisif. Il faut le créer […] chercher… expliquer… fouil-
portes s’ouvrent toutes seules. […] Les Américains se lavent les ler… regarder… juger… effacer… faire semblant… déformer…
dents avec des brosses électriques… » « Seul compte le moment mentir… juger… enregistrer… pleurer… chanter… espérer…
présent. Les gens ne se soucient pas du lendemain ; les contacts crier… courir… ramper… tendre à la vérité… » Il se remet aussi
sont faciles. On est immédiatement accepté. » Mais au bout de à la photo par intermittence. Sur ses négatifs, il écrit « soap »
quelques mois, il déchante — « pour les personnes âgées qui (savon), « blind » (aveugle), « love » (amour), « faith » (foi), puis
n’ont pas beaucoup de dollars, la situation est épouvantable. les rephotographie accrochés sur un fil comme des vête-
Vieux, jeune, homme ou femme, ici, c’est chacun pour soi ». ments en train de sécher. Il y rappelle aussi ses drames per-
Frank multiplie d’abord les allers-retours entre l’Europe et les Page de gauche : trois sonnels : la mort de sa fille, en 1974, dans un accident d’avion,
photos de la série
États-Unis. Avec sa première femme, Mary, et leurs deux en- « Les Américains » : et celle de son fils, qui disparaît vingt ans plus tard, après
fants, il voyage en Suisse, à Paris, en Espagne, au Pérou. À Pa- Elevator, Miami Beach ; avoir été enfermé dans un asile psychiatrique.
ris, il fixe le mur de la prison de la Santé éclairé sur le côté par Parade, Hoboken, Frank partageait sa vie avec June, artiste sculptrice, entre
New Jersey ; Rodeo,
une lumière qui évoque la liberté. À Londres, il capte les fi- Detroit, Michigan. « la civilisation » à New York et « la nature sauvage » dans sa ca-
nanciers de la City, aussi sinistres que des croque-morts. Ses Ci-dessous : bane sur l’île du Cap-Breton, au Canada. « Dans mes images,
images affirment une vision tragique de l’existence. Il dit sa Robert Frank assurait-il, je ne parle que de la personne que je connais le
chez lui à New York,
« vérité intérieure », une nouvelle manière de photographier photographié mieux : moi. » C’était noir, désespéré, parfois éclairé d’une
qui trouvera son plein épanouissement avec Les Américains. par Jim Goldberg. lueur d’espoir. Au cas où Dieu existerait •
robert frank, les américains/Steidl | Jim Goldberg/Magnum Photos

Télérama 3636 18 / 09 / 19 33
ÉCRANS

«
LA FIN DU MÉPRIS ?
Il n’y a pas si longtemps, les youtubeurs étaient Je vais voir ce que je peux faire, mais je ne vous
reçus avec sarcasme par Thierry Ardisson garantis rien, il n’est pas à l’aise pour répondre
aux médias. » Câline Trbic, l’attachée de
ou Léa Salamé. Aujourd’hui, des chaînes comme presse des plus gros youtubeurs français, en-
LCI ou Arte cherchent à collaborer avec des stars voie invariablement ce message aux rédac-
tions désireuses d’interviewer Norman,
du Web. Objectif : conquérir un public rajeuni. Squeezie, Natoo ou Cyprien. La formule sert souvent de pré-
ambule à un « non » définitif, symptomatique de l’extrême
méfiance des youtubeurs envers les journalistes. ☞

34 Télérama 3636 18 / 09 / 19
PUBLICITÉ

Voir en Grandland X avec Opel


Cela fait plusieurs années que Caroline Sinno a choisi
Opel. « Si j’apprécie les SUV aux lignes agressives, je suis
plus attirée par les designs épurés comme celui de l’Opel
Grandland X. Ici, il n’y a pas de fioritures : son élégance
est indéniable et son style urbain est également au ren-
dez-vous. » La sportive apprécie le confort à toute épreuve
du véhicule, et notamment le coffre spacieux d’une capacité
de 1 600 litres, qui s’ouvre « avec un simple mouvement
du pied ». « C’est très pratique pour moi lorsqu’il faut

©Hamdi Ben Lagha


charger la voiture. Je ne suis plus obligée de poser mon
matériel par terre pour ouvrir mon coffre. » Côté sécurité,
la taille de l’Opel Grandland X procure à Caroline Sinno
un sentiment de sécurité pour une conduite fluide : « Grâce
Caroline Sinno, à cet habitacle très spacieux, je peux sans aucun problème
prendre la route pour de longs trajets. » Autant de bonnes
une aventurière raisons de vivre ses aventures à bord de son Crossover.
« Mon Opel Grandland X est à la fois mon vestiaire itiné-
en Opel Grandland X rant, mais aussi, à bien des égards, une seconde maison. »

De compétition en compétition, Caroline Sinno est deve- Une montagne d’équipements


nue l’escaladeuse sur blocs naturels la plus reconnue Sièges ventilés certifiés AGR, hayon électrique, capteurs
de sa génération, n’hésitant pas à se confronter anticollision avec freinage d’urgence automatique... les
à ses homologues masculins. La jeune femme accomplit nombreux équipements ultra-sophistiqués lui apportent une
ses exploits avec l’aide de son Opel Grandland X, totale satisfaction. « Ce que j’aime également dans
qui l’accompagne d’aventure en aventure. le Grandland X, c’est l’aide au stationnement avancée.
Grâce à sa caméra 360°, je peux plus facilement
Il y a deux types d’escaladeurs sur blocs : ceux qui évoluent appréhender mon environnement. » Et de poursuivre :
en intérieur, sur des structures artificielles et ceux qui « J’apprécie également et particulièrement les phares
préfèrent grimper en pleine nature, sur des sites rocheux. LED adaptatifs directionnels AFL […]. Cela améliore
Caroline Sinno appartient à cette dernière catégorie, grandement la visibilité de nuit lorsque je rentre de zones
elle pour qui les noms de « Miroir aux Vanités » et autres faiblement éclairées ou encore dans les virages. » De quoi
« Insoutenable légèreté de l’Autre », n’évoquent pas des titres rassurer la sportive et lui permettre, en toute sérénité,
de contes de fée, mais des noms de blocs de la forêt de penser à ses futures compétitions…
de Fontainebleau. Autant de rochers qu’elle s’est appropriés
avec une facilité déconcertante.

L’appel de l’aventure
« Pour ceux qui, comme moi, pratiquent l’escalade en milieu
naturel, ce n’est pas la compétition qui compte. Nous sommes
plus attirés par la performance sportive, le dépassement
de soi et, surtout, le fait d’être en pleine nature », souligne
Caroline Sinno. Elle est ainsi parvenue à gravir des blocs
de plus en plus ardus, telle l’ascension d’un 8B, toujours
en forêt de Fontainebleau. « C’est une difficulté rarement
grimpée par une femme. Je peux dire que je suis l’une
des pionnières à ce niveau », confie celle qui enchaîne
les performances de la Bretagne à l’Italie, en passant
par le Nevada et les Grisons des Alpes suisses. Désormais,
©Hamdi Ben Lagha

Caroline Sinno est une aventurière accomplie, qui s’élance


de compétition en compétition à bord d’un précieux allié :
« J’aime prendre le volant de mon Opel Grandland X
et parcourir de beaux paysages montagneux ou désertiques Opel Grandland X à partir de 26 900 €. Modèle présenté : Opel Grandland
X Ultimate 2.0 Diesel, 177ch BVA8 avec options (roues présentées non dis-
qui me rappellent un peu le Western. […] Avoir une voiture ponibles) au prix tarif de 42 700 €, tarif au 12/07/2019. Conso mixte gamme
dite ‘utile’ c’est bien, mais si l’on peut concilier cet aspect Grandland X (l/100km) : 4.1/5.8 et CO2 (g/km) : 106/132 (NEDC).
avec le plaisir de conduite, c’est encore mieux. Et là, Opel
a su me procurer les deux ! »
ÉCRANS LA TÉLÉ FAIT LES YEUX DOUX AUX youtubeurs

qu’il ne faut rien attendre des médias traditionnels, que par


ailleurs ils désertent. La réaction est si virulente que les vi-
déastes de Mamytwink les somment dans une vidéo de ne
pas dénigrer la journaliste de LCI à l’origine du sujet polé-
mique. « Notre but n’était pas de lancer une campagne de har-
cèlement, même si nos images avaient été instrumentalisées. »
Certaines chaînes ont néanmoins compris la nécessité
Par Pablo Maillé, Pauline Vallée d’investir ce nouveau média pour (re)conquérir ces jeunes
et Constance Vilanova qui les délaissent. M6 ouvre la voie en 2012 en lançant la
Illustration Hector de la Vallée chaîne humoristique Golden Moustache aux côtés de créa-
pour Télérama teurs comme Julien Josselin, Davy Mourier ou Adrien Mé-
nielle. Deux ans plus tard, Canal+ lui emboîte le pas et ra-
chète un autre poids lourd de l’humour youtubesque, la
☞ Retour en arrière. En 2010, aux balbutiements de YouTube chaîne Studio Bagel. Certains de ses membres, comme
en France, les rédactions des médias traditionnels s’inté- Monsieur Poulpe ou Alison Wheeler, débarquent la même
ressent à la plateforme mais pas vraiment aux créateurs. année sur le petit écran.
Quelques années plus tard, la donne change. Elles se La perméabilité entre les deux mondes ne se traduit pas
penchent sur les vidéastes, mais uniquement sous l’angle uniquement par des opérations de rachat. Les projets réali-
de leur popularité et de l’argent qu’ils génèrent. Les you- sés en commun se multiplient aussi. Dernier en date, Le vor-
tubeurs défilent alors sur les plateaux face à des présenta- tex, une émission de vulgarisation scientifique réalisée par
teurs qui ne voient dans leur activité de vidéaste ni un mé- quatre youtubeurs et coproduite par Arte. « C’était pour nous
tier pérenne, ni un métier tout court. Au mieux une l’opportunité de proposer une nouvelle approche de la vulgari-
passerelle vers la télévision. Témoin de cette vision arro- sation et de s’adresser à public qui ne serait pas venu jusqu’à
gante, Thierry Ardisson, qui sous les néons criards du pla- nous par les voies classiques », résume le chargé de produc-
teau de Salut les Terriens lance au youtubeur superstar tion de la chaîne culturelle, Victor Quattrochi. De YouTube à
Squeezie : « C’est devenu un métier, donc, en 2017, de regar- la télé, les références culturelles, le ton ou encore l’organisa-
der des jeux vidéo et de les commenter ? tion de travail diffèrent pourtant radi-
Est-ce que manger des pizzas, c’est de- calement. Rien d’insurmontable, as-
venu un métier ? » Même discours mé- « Je n’en connais sure-t-il. « Nous montons et éditons les
prisant que celui tenu, deux ans plus
tôt, par Léa Salamé face à la youtu-
aucun qui ait vidéos autrement. Au début, je trouvais
que celles fournies par les youtubeurs
beuse Natoo sur le plateau d’On n’est abandonné YouTube manquaient de respirations, mais finale-
pas couché : « Vous n’allez pas faire des
blagues sur YouTube jusqu’à 50 ans ?! »
pour la télé. » ment elles fonctionnent très bien ainsi.
De notre côté, nous leur avons peut-être
Rien d’étonnant donc si les youtu- Perrine Signoret, journaliste appris à expliquer davantage, afin que le
beurs ne prennent plus le risque de se visionnage ne soit pas trop abrupt. » Per-
À voir faire sniper en direct, d’autant qu’ils ception plus mitigée de Léo Grasset (de
Frames Web peuvent sans danger gérer leur communication depuis la chaîne DirtyBiology), lanceur du projet et participant de la
Video Festival, leur canapé via les réseaux sociaux. première heure. La carte blanche que leur fait miroiter Arte ?
4e édition En 2019, la situation a évolué. Dans les chaînes, la condes- Un leurre. Les vidéastes doivent réécrire entièrement cer-
du festival le plus cendance n’est plus de mise, mais la méconnaissance de l’uni- tains scripts s’ils ne veulent pas que la chaîne suspende son
important de vers des youtubeurs persiste. « Elles ne comprennent toujours financement. « J’accepte les compromis et les discussions, justi-
la création vidéo pas l’intérêt d’engager des journalistes spécialisés YouTube pour fie le vulgarisateur. Mais il faut que cela se fasse avec quelqu’un
diffusée sur en parler, explique Perrine Signoret, journaliste pour Nume- qui connaisse son sujet. » Pas encore complètement gagné,
Internet, les 21 rama, qui suit l’actualité youtubesque depuis cinq ans. Elles donc. Avant lui, Hugo « Décrypte » Travers avait travaillé avec
et 22 septembre les confient à des rédacteurs généralistes qui ne maîtrisent pas la LCI pour la présidentielle de 2017 en fournissant une chro-
à Avignon (84). plateforme. » Cercle vicieux : la méconnaissance des journa- nique vidéo hebdomadaire à la chaîne d’info. « C’était vrai-
framesfestival.fr. listes attise la défiance des vidéastes envers les médias et, en ment la collaboration parfaite. J’avais une totale liberté sur tous
ricochet, celle de leur jeune communauté. Et parfois, ça dé- les sujets et ils n’en ont refusé aucun », explique ce jeune étu-
Télérama prolonge rape. Le 20 juin sur LCI, une journaliste présente un sujet sur diant à Sciences Po. Comme quoi, à condition de garder la
le Frames Festival le « tourisme noir », qui consiste, en gros, à favoriser ­Auschwitz main sur le contenu, la collaboration des youtubeurs avec les
à Paris avec plutôt que Saint-Raphaël pour ses vacances. Afin d’illustrer chaînes semble possible, d’autant qu’elle leur permet de tra-
une soirée 100 % son propos, elle utilise les images du « blogueur Mamytwink vailler avec plus de moyens.
youtubeurs, qui partage ses bons plans vacances à Tchernobyl ». Sauf que… La télé va-t-elle finir par absorber les youtubeurs ? Si les
vendredi 11 octobre, Mamytwink n’est pas un blogueur mais une chaîne YouTube collaborations se multiplient, ces électrons libres profondé-
à 20 heures, à la comptabilisant plus d’un million d’abonnés tenue par un ment attachés au format Web ne semblent pas encore so-
Maison de la trio de vidéastes. Plus gênant, les séquences utilisées par la lubles dans le PAF. « Je n’en connais aucun qui ait abandonné
poésie, Paris 3e. chaîne d’info proviennent de leur premier documentaire : YouTube pour la télé », confirme Perrine Signoret. « Yo Netflix
Infos et une vidéo fouillée d’une heure trente sur Tchernobyl qui n’a France, ça vous chaufferait de bosser ensemble ? Moi oui »,
réservation  : rien à voir avec le tourisme noir. Tollé des youtubeurs, mais twittait Léo Grasset fin juillet en interpellant directement la
maisondela surtout de leurs jeunes communautés, pour qui ce détour- plateforme. Preuve que leur appétit de nouveaux formats
poesieparis.com nement d’images constitue une preuve supplémentaire ne se limite plus à la télé de papa •

36 Télérama 3636 18 / 09 / 19
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Livres Edna O’Brien, un roman ahurissant

Comme
une jeune
fille
en enfer
À Londres, où elle conquit dans les taines refusèrent ensuite de retrouver leur famille et leur li-
berté. L’héroïne de Girl est une résistante qui met tout en
années 1950 sa liberté, la romancière œuvre pour échapper à ses bourreaux. Lors de ses récents
irlandaise Edna O’Brien évoque séjours au Nigeria, Edna O’Brien en a rencontré de sem-
blables, « qui ne peuvent plus jamais sourire ni danser après
le défi fou de son dernier livre : revivre les abominations subies, mais gardent une puissance de liber-
le combat d’une Nigériane qui s’est té chevillée au corps ». Pour ne pas trahir ces jeunes filles dont
elle s’est sentie solidaire jusqu’à en perdre le sommeil, après
arrachée des griffes de Boko Haram. avoir découvert leur existence dans des articles de presse, la
romancière les a rejointes en Afrique. Là-bas, l’octogénaire
a consigné dans une centaine de carnets tout ce qu’elle
voyait, ce qu’elle entendait, même le silence. Pas à pas, elle
Par Marine Landrot a recueilli le récit de ces femmes, souvent accompagnées de
Photo Sophia Spring bébés nés de leurs viols en captivité, jusqu’à ce que leur his-

L
toire devienne partie intégrante d’elle-même. Pour conjurer
sa peur et régler son cerveau sur la fréquence la plus juste,
a lecture de Girl est une marche chancelante elle a puisé dans les écrits de Joseph Conrad et de J.M. Coet-
au bord d’un précipice, agitée par deux élans zee « pour la puissance de saturation de leur prose », ainsi que
contradictoires. Si éprouvante qu’elle exige de Claude Lévi-Strauss, « expert de toutes formes d’oppres-
des haltes précipitées, pour pouvoir respirer. sion ». Encore aujourd’hui, quand Edna O’Brien évoque le
Si terrifiante qu’elle appelle une course effré- sort « terrifiant, cruel, barbare » de ces filles saccagées, son
née, pour sortir du cauchemar. regard se perd, et revient embué de larmes. Elle ne parvient
À 88 ans, Edna O’Brien gravit l’étroit escalier de sa maison pas à comprendre pourquoi, « parmi le flot d’atrocités qui
londonienne avec la même impressionnante ambivalence. coule sous nos yeux tous les jours, celui-là fut un raz-de-marée »
S’arrêtant longuement à chaque marche pour reprendre pour elle. « Depuis, je suis tombée gravement malade, et je ne
son souffle et vous inviter, dans un infime filet de voix, à vis plus que pour accompagner ce livre. »
presser le pas pour l’attendre là-haut, dans son bureau, sur À l’évidence, un fil solide est tendu entre son premier
un coussin de soie, au milieu de milliers de livres. Puis met- ­roman, The Country Girls (Les Filles de la campagne, 1960),
tant fin à cette parenthèse suspendue pour surgir, éner- ­interdit par l’Église catholique de son Irlande natale pour
gique, flamboyante, pressée de vous raconter comment lui ­immoralité, et son ultime œuvre, au titre épuré de Girl. Pour
est venue l’idée de se mettre dans la peau d’une adoles- parvenir à cette abstraction générique du sexe féminin,
cente nigériane kidnappée, séquestrée, puis violée, par les ­Edna O’Brien aura parcouru un chemin de soixante ans. Que
membres de la secte islamiste Boko Haram. ­révèle ce jeu de piste autour du mot « girl », qui apparaît dans
La même collision de forces opposées l’a secouée trois autres titres de ses livres ? La trajectoire d’une femme
lorsqu’elle s’est attelée à l’écriture de ce roman ahurissant, entière, intrépide, résolument libre,
le plus fort qu’elle ait jamais publié. À maintes reprises, elle À lire avec assez d’audace pour faire face aux
a dû s’arrêter, paralysée par l’horreur de son sujet. À chaque u frilosités des différentes époques,
fois, une force impérieuse est venue à son secours, générée Girl dénon­cer la « dangereuse confusion
par ces phrases de son ami Samuel Beckett dans L’Innom- traduit de l’anglais entre la foi et la peur », et tracer sa route
mable, qu’elle se répétait comme un mantra : « Il faut conti- (Irlande) par Aude de ­ féministe joyeuse. Elle choque
nuer, je ne peux pas continuer, je vais donc continuer. » de Saint-Loup et l’Irlan­de étriquée des années 1960, en
Edna O’Brien a consacré ces trois dernières années à l’ef- Pierre-Emmanuel osant décrire le désir sexuel des filles
froyable destin des lycéennes du Nigeria qui, en 2015, furent Dauzat, éd. de la campagne (The Country Girls), et
enlevées par des djihadistes pour devenir leurs esclaves Sabine Wespieser, afficher sa vie de femme divorcée avec
sexuelles, et dont l’endoctrinement fut parfois tel que cer- 250 p., 21 €. deux enfants. Dans les années 1970,

38 Télérama 3636 18 / 09 / 19
Edna O’Brien :
« La folie m’a toujours
guettée. (…)
Si j’étais une femme
normale, je n’aurais
jamais écrit. »

par la seule force des mots. Si j’étais une


femme normale, je n’aurais jamais
écrit. » Pour cela, il faut de la solitude,
amie difficile à garder, quand on est
sollicitée de toutes parts comme Edna
l’a toujours été, depuis son installation
à Londres au début des années 1950.
La liste des célébrités qu’elle a fré-
quentées clignote dans son autobio-
graphie  1 : Paul McCartney, Marilyn
Monroe, Marguerite Dπuras, Robert
Mitchum, Marlon Brando, Jackie Onas-
sis, Peter Brook, Gloria Steinem, Jack
Nicholson, Marianne Faithfull, tous
ont goûté sa joie de vivre.
Parmi eux, son compatriote Samuel
Beckett, qu’elle aurait « tant voulu avoir
pour père », et dont elle affiche plu-
sieurs photos chez elle. Elle se sou-
vient de la première fois qu’elle l’a croi-
sé, dans une fête du Swinging London.
Elle avait passé la soirée à chercher en
vain le courage de lui adresser la parole.
Et le lendemain matin, qui voit-elle,
­assis sur la banquette d’en face, dans
une rame de métro de la Piccadilly
Line ? Il la reconnaît, lui sourit, lui
­propose de boire un verre. Tous deux
restent muets comme des carpes der-
rière leur café. Le courant est passé. Ils
demeureront amis pour toujours.
­Samuel Beckett jouera du Schubert sur
le piano d’Edna, il s’amusera avec ses
elle publie un récit de la répression que son père alcoolique enfants, réclamera que l’aîné lui lise les lignes de la main. La
et sa mère très pieuse tentèrent d’exercer sur son activité dernière fois qu’elle le verra, peu avant sa mort, ils parleront
d’écrivaine (A Pagan Place), ainsi qu’une rêverie érotique cimetières. Edna lui dira qu’une tombe l’attend en Irlande,
écrite sous LSD (Night). Et les années 1980 la rapprochent et Sam s’exclamera, horrifié : « Tu y retournes ? » Oui, Edna y
d’une sœur de cœur nommée Virginia Woolf, dont elle ­retournera, « pour écouter les oiseaux, dans ce paysage d’éter-
convoque ce qu’elle a de plus « enfoui et inatteignable » dans nité ». Mais pas avant, parce qu’elle trouve son pays natal
une pièce de théâtre (Virginia) au bord de la folie. trop étouffant et cancanier. Et que, même si « l’Angleterre est
« Madness », le mot est lâché. Edna O’Brien le prononce en train de perdre la tête », on y trouve de délicieux sponge
en détachant distinctement les syllabes, avec un mélange cakes à l’orange, dont elle tient à vous glisser une part dans
d’effroi et de tendresse. « La folie m’a toujours guettée. J’ai re- votre sac, au moment de vous dire au revoir •
çu un don : savoir canaliser ma sauvagerie intérieure, calmer 1 Fille de la campagne. Mémoires, éd. Sabine Wespieser (2013) et
ma ­turbulence incessante, tempérer mon irrégularité d’esprit, au Livre de Poche.

Télérama 3636 18 / 09 / 19 39
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Penser

Voyager

Découvrir

La plaie des champs Une brochette d’hommes bien pei-


gnés, cigarette au bec, se réunissent à
l’agence de publicité Sterling Cooper.
Le patron d’une grande marque de ta-
Dans les prés, dans le sang, les pesticides bac s’offusque, entre ses quintes de
sont partout. Et mortels ? Deux enquêtes toux, qu’on lui interdise désormais de
dire que ses cigarettes sont « inoffen-
racontent comment l’agro-industrie organise sives ». « Alors, on va faire quoi ? On a
la désinformation. Au mépris de notre santé. déjà fondé notre propre centre de re-
cherche tabacologique pour faire cesser
les rumeurs de maladie ! » Cette scène ☞

Télérama 3636 18 / 09 / 19 41
Penser autrement

☞ de la série télévisée Mad Men raconte trace extrêmement persistante dans nelle, logique et scientifique envisa-
avec brio l’organisation du déni et de l’environnement. Ils contaminent geable. Comment expliquer, alors,
la désinformation sur les dangers de la de façon permanente et chronique que l’Agence nationale de sécurité sa-
cigarette par l’industrie du tabac dans toute forme de vie dans les champs et nitaire de l’alimentation, de l’environ-
les années 1960. Un demi-siècle plus à proximité. En un quart de siècle, la nement et du travail (Anses), qui
tard, les firmes agrochimiques qui pro- biomasse d’insectes volants d’Europe délivre en France les autorisations
duisent les pesticides « ont repris et occidentale a ainsi chuté de 75 %. Les de mise sur le marché des produits
amélioré le manuel de “fabrique du insectes disparaissent « à une cadence chimiques, ait attendu si longtemps
doute” constitué par Philip Morris et défiant tout ce qui s’est produit depuis la pour stopper les néonics ? Pourquoi
consorts », écrit le journaliste Sté- grande extinction de la fin du crétacé, il n’interdit-elle pas les SDHI ? Pour les
phane Foucart dans son dernier ou- y a soixante-cinq millions d’années », deux auteurs, la réponse est sans
vrage,  Et le monde devint silencieux : rappelle Stéphane Foucart. Ce qui fait appel : parce qu’une inquiétante
comment l’agrochimie a détruit les in- selon lui de l’effondrement de la biodi- porosité existe entre le monde des
sectes. Ils en ont même « porté l’efficaci- versité environnementale le plus régulateurs et l’industrie.
té à des sommets jamais atteints ». Un grave danger auquel l’humanité doive Cités par les deux journalistes, les
constat partagé par son confrère Fa- faire face — avec le réchauffement cli- noms des acteurs qui travaillent à tour
brice Nicolino dans Le crime est matique — notamment parce qu’il me- de rôle pour les agences publiques et
presque parfait : l’enquête choc sur les nace la sécurité alimentaire : au- pour les géants industriels donnent le
pesticides et les SDHI [ou inhibiteurs de jourd’hui, les trois quarts des tournis. S’ajoute à cet étrange « tour-
la succinate déshydrogénase, ndlr], principales cultures agricoles vi- nez manège » le fait que l’Anses fonde
un livre publié lui aussi à la rentrée. vrières (plus d’un tiers des surfaces ses propres diagnostics sur des
C’est une « machine de guerre politique agricoles du monde) dépendent des études… fournies par les centres de re-
incroyable » que décrivent les deux au- abeilles et des pollinisateurs. cherche créés par les industriels qui
teurs à propos d’une industrie qui ins-   Et le monde devint silencieux  ras- ont eux-mêmes produit ces pesti-
trumentalise la science, l’expertise et semble plusieurs études permettant cides ! Des travaux truffés de sérieuses
les agences réglementaires tout en de faire un lien entre l’accélération du irrégularités dans les protocoles (péri-
subvertissant les règles de la démocra- déclin des abeilles domestiques et des mètres d’étude trop restreints, champs
tie. Et cette machine, il est urgent d’en pollinisateurs et la mise sur le marché témoins biaisés par l’utilisation
brider les effets destructeurs sur l’agri- des néonicotinoïdes. Malgré ces d’autres insecticides, non-prise en
culture et la qualité de notre alimenta- études, deux cent quatre-vingt-cinq compte des effets cocktail, etc.), et qui
tion, ajoutent-ils, sur des tons d’ail- « néonics » sont encore en circulation permettent aux producteurs de pesti-
leurs différents — Foucart avec la sur le marché européen, après que les cides concernés d’alimenter le doute
froide rigueur de l’enquête, Nicolino trois principaux ont été retirés en 2018. sur la dangerosité de leurs produits
dans un style plus militant. « Dans le La France les a tous interdits, la même tout en détournant l’attention vers
domaine des SDHI, comme dans celui année, mais avec des dérogations pos- des  « causalités alternatives ». « C’est
des pesticides, reculer c’est mourir, sibles au cas par cas jusqu’en 2020. En toute la beauté de la campagne de désin-
lâche celui-ci dans son dernier cha- 2019, onze substances actives de SDHI formation de l’industrie agrochimique,
pitre. Et j’entends continuer à vivre. » ont pour leur part été autorisées alors écrit Stéphane Foucart : avoir réussi à
Au centre de ces ouvrages, deux ca- que, selon Fabrice Nicolino, « tout ce faire d’un problème majeur un pro-
tégories de pesticides : les SDHI et les qui respire est menacé directement », blème comme un autre. »
néonicotinoïdes. Les premiers sont hommes compris. Les interrogations Pour consolider « la fabrique du
utilisés sur « près de 80 % des surfaces de et les constats des deux essais sont si doute », l’industrie agrochimique fi-
blé, presque autant d’orge, sur des alarmants que la fin des pesticides nance aussi massivement quantité de
arbres fruitiers, les tomates, les pommes semble la seule perspective ration- sujets de recherche susceptibles de
de terre », explique Fabrice Nicolino,
par ailleurs président de l’associa-
tion  Nous voulons des coquelicots.

« On ne pourra plus


Particulièrement puissants, ces fongi-
cides s’attaquent à la fonction respira-
toire que possèdent notamment les

sauver tout ce qui


champignons : la succinate déshydro-
génase (SDH). Les néonicotinoïdes
font, eux, partie d’une nouvelle géné-

faisait la beauté du
ration d’insecticides commercialisée
depuis le début des années 1990 : le
produit n’est plus épandu dans les

monde, mais on peut


champs, les semences sont directe-
ment enrobées d’une résine gorgée
d’un toxique très efficace qui agit sur

sauver beaucoup. »
le système nerveux des insectes.
L’usage massif, préventif et systé-
matique de ces pesticides laisse une Fabrice Nicolino

42 Télérama 3636 18 / 09 / 19
faire vivre les idées qui servent ses inté- À lire
rêts — non sans donner son avis sur les Et le monde devint
résultats attendus. Devant composer silencieux :
avec le manque chronique de moyens comment
financiers, certains chercheurs se ré- l’agrochimie
solvent à profiter de ces financements, a détruit les
même si cela permet à ladite industrie insectes,
« d’apparaître aux yeux du public comme de Stéphane
soucieuse du bien public et de s’attirer les Foucart, éd. du
bonnes grâces de chercheurs dont la pa- Seuil/Le Monde,
role pèse dans le débat public », note Sté- 336 p., 20 €.
phane Foucart. Comme celle du tabac, Le crime est
l’industrie de l’agrochimie transforme presque parfait :
ainsi la science, lui impose son propre l’enquête choc
agenda, et fait « du plus bel instrument sur les pesticides
de la conquête de la vérité le supplétif du et les SDHI,
marketing et des relations publiques ». de Fabrice Nicolino,
Cette désinformation massive est si éd. Les Liens qui
efficace que des sommités mondiales libèrent, 253 p.,
voient leur propre parole occultée et fort loin. Face à une industrialisation de dans le livre de Stéphane Foucart sur 20 €.
minimisée. Fabrice Nicolino raconte l’agriculture qui nous a conduits dans leur toxicité. « S’il est considéré comme
qu’il a fallu des mois à l’Anses, et sur- une impasse, nous avons le droit et le plus problématique pour l’économie, en À voir
tout la publication d’une tribune devoir de dire que le chemin qui a été termes d’emplois et de commerce inter- Le Festival Allez
dans Libération, pour qu’elle réponde choisi n’est pas le bon et qu’il faut en trou- national, de retirer des pesticides dan- savoir, dont le
à des scientifiques dénonçant la dange- ver un autre, vite. » Il y a urgence, « de- gereux que de les laisser sur le marché, thème est « En finir
rosité des SDHI. « Les agents publics de bout ! », apostrophe-il à la fin de l’intro- alors l’Europe les laissera », prédit le avec la nature ? »,
notre protection ont violé le serment de duction de son ouvrage… journaliste. Conclusion : « Il faut sortir se déroulera du
fidélité à la société qui est au départ de « Il est peut-être trop tard, à moins la question des pesticides du seul champ 25 au 29 septembre,
tout service public »,  écrit-il avant de d’un sursaut », prévient de son côté scientifique. » Car cette question dé- organisé par
prôner la dissolution de cette agence et Stéphane Foucart. « À titre individuel et passe la seule écologie. L’enjeu est po- l’EHESS et la Ville
la reconstruction d’une structure indé- professionnel, j’informe en écrivant des litique — il renvoie aux aspirations ul- de Marseille. Près
pendante des pouvoirs industriels sur livres et des articles. Mais après, il faut times de la cité et aux moyens mis en de cinquante
les ruines de la première. Mais com- voter. » Voter… donc miser sur le pou- œuvre pour leur donner corps. Pro- manifestations,
ment sensibiliser les citoyens à cette voir de la politique, sans oublier pour mouvoir une agriculture industriali- tables rondes,
urgence ? « Nous sommes face à une si- autant que la percée écologiste aux sée et consommatrice d’intrants films, spectacles
tuation d’urgence démocratique, mo- élections européennes de mai 2019 n’a chimi­ques est une décision politique et performances,
rale et politique », affirme Nicolino. pas empêché, deux mois plus tard, et non technique — un choix qui fa- balades,
Dans un monde où l’urbanisation est l’un des comités techniques de l’Union çonne nos territoires et privilégie le expositions…
galopante, la population mondiale européenne de renvoyer à 2021 l’exa- court terme et les intérêts individuels pour rencontrer
semble de moins en moins en prise men de mesures pour protéger les pol- ou sectoriels devant les intérêts collec- et débattre avec
avec ce qui se passe dans les cam- linisateurs… « Nos politiques ne per- tifs. Est-ce vraiment celui que nous des chercheurs,
pagnes. Elle est aussi plus jeune et n’a çoivent pas la gravité de la situation. voulons faire ? — Fanny Arlandis des écrivains,
pas connu le monde tel qu’il était avant Beaucoup pensent que si les choses vont Illustrations Ben Boothman des artistes qui
les pesticides. Finira-t-elle par oublier ? mal il sera possible à un moment de faire pour Télérama s’efforcent de
Et quelle posture adopter, lorsqu’on en sorte que tout redevienne comme penser la nature
est un journaliste spécialisé sur le sujet, avant », analyse Foucart. Or les pro- autrement. Gratuit.
face à l’urgence ? « Mon livre remplit blèmes sont trop vastes pour que l’on www.allez-savoir.fr
mon devoir d’humain et de citoyen, puisse évaluer les répercussions en
poursuit l’auteur du Crime est presque cascade à moyen et long terme. « Les
parfait, qui souhaite que son enquête responsables envisagent notre relation
constitue « un point d’appui pour lutter à l’environnement comme ils envisagent
contre l’ignorance ». Car c’est notre atti- notre relation à l’économie : tout peut
tude individuelle et collective qui doit être négocié et tout peut être réversible ! »
changer, suggère-t-il : « On ne pourra Aujourd’hui, le curseur de toute poli-
plus sauver tout ce qui faisait la beauté tique publique est sa capacité à géné-
du monde, c’est vrai, mais on peut sauver rer, ou non, de la croissance. Même
beaucoup si on fait face aujourd’hui avec l’activité scientifique est analysée au
vigueur et énergie. » Deux idées se dé- prisme de la rentabilité. Ce qui expli-
gagent : le rassemblement des forces et querait que l’Autorité européenne de
la désobéissance civile. « Il faudrait que sécurité des aliments (Aesa) n’inter-
la société civile se dresse pour réclamer dise pas les pesticides alors qu’elle
des comptes. Et cette révolte devra aller partage le constat alarmant qui est fait

Télérama 3636 18 / 09 / 19 43
VOYAGER AUTREMENT

Mener grand train l’on peut apercevoir une biche, puis séjournera dans les années  1890, y
s’élève au-dessus du lac de Davos, invente la pratique du ski alpin ; et

à Davos
dont la couleur vert émeraude serait quelques décennies de plus pour
un mystère s’il n’était dissipé par un entrer dans « l’âge d’or » des sanato-
stand de pédalos jaune vif. riums, immortalisé par La Montagne
La famille Stevenson, venue là sur magique, de Thomas Mann.
Réputée pour la pureté de son air le conseil de médecins d’Édimbourg L’hôtel Belvédère est aujourd’hui
et son époustouflant panorama, qui redoutaient que l’hiver écossais
ne soit fatal à l’écrivain de 30  ans,
encore une des institutions de la
ville : sa façade a l’air tout droit sortie
la petite ville des Grisons a stimulé pose ses malles au Grand Hôtel Bel- d’un film de Wes Anderson et dans
Robert Louis Stevenson pour védère, dans le quartier anglais de la
ville. Ouvert cinq ans plus tôt, l’éta-
un couloir du rez-de-chaussée des
documents d’archives rappellent les
la rédaction de son Île au trésor. blissement s’adresse exclusivement séjours de ses illustres hôtes. C’est là
aux visiteurs britanniques. Tous que Stevenson commencera l’une de
Quand Stevenson (1850-1894) arriva recherchent ses équipements haut SHUTTERSTOCK/NIXKI | COLLECTION DAGLI ORTI/AURIMAGES

pour la première fois à Davos, en no- de gam me, jusqu’ici inexistants à


vembre 1880, accompagné de sa Davos — bains chauds et toilettes mu-
femme, Fanny, du fils de celle-ci, nies de chasses d’eau. « Ce n’est pas le
Lloyd, et de leur skye-terrier, Woggs, Kamtchatka cette fois, juste le toit des
Le train rouge il fallait huit longues heures en traî- Alpes », écrit Stevenson à sa belle-fille
du Bernina Express
passe par Davos neau pour remonter la val lée du deux jours après son arrivée. Bien
et va jusqu’en Italie, Prättigau depuis Landquart. Aujour- que la ville soit déjà pourvue d’une
traversant les Alpes d’hui, un petit train rouge parcourt patinoire et organise à l’occasion des
suisses orientales.
Robert Louis les 1 000  mètres de dénivelé qui sé- courses de luge, en 1880 Davos n’est
Stevenson parent les deux villes en un peu plus pas encore Davos et Stevenson y fait
a écrit à Davos d’une heure. Il dépasse de beaux cha- figure de pionnier : il faudra attendre
un chapitre
par jour de son plus lets de bois sombre aux balcons fleu- dix ans pour qu’Arthur Conan Doyle,
célèbre roman. ris, traverse une forêt de conifères où le père de Sherlock Holmes, qui y

44 Télérama 3636 18 / 09 / 19
ses deux cures d’altitude. S’il r­ efuse
de prendre des bains de soleil sur la Alpages à la page
terrasse comme cela lui est recom-
mandé, il se plie pour le reste aux Population 10 937 habitants (Davos).
bons conseils de son pneumologue, S’y rendre Paris-Zurich à partir
le Dr Carl Rüedi, une sommité régio- de 52 € A/S avec Air France
nale, à l’anglais parfait : douches + Zurich-Landquart/Landquart-
froides, promenades quotidiennes, Davos en train. On peut aussi
régime à base de lait et de viande rallier directement Davos
rouge, pas de tabac… Et surtout ne par le train en 6h35 au départ
pas travailler plus de trois heures par de Paris, à partir de 78,51 € A/S.
jour. Est-ce grâce à cette discipline Avant de partir myswitzerland.com
que lors de son deuxième séjour à Point de chute À l’hôtel Davoserhof,
­Davos, l’hiver suivant l’écrivain, tou- situé à cinq minutes de la gare
jours accompagné de « Bluidy Jack », Davos-Platz et des remontées
nom qu’il donne à son mal, a réussi à mécaniques pour le Jakobshorn.
écrire un chapitre par jour de son Chambres traditionnelles,
premier roman, L’Île au trésor, qui de- petit déjeuner copieux.
La ville de Davos
vait le rendre célèbre ? Il loge cette est désormais À partir de 107 € la chambre
fois au chalet Am Stein, à l’orée du vil- connue dans double. Tél. : + 41 81 417 63 00.
lage, sur la promenade du quartier le monde entier Du beau, du bon Au restaurant
pour abriter, depuis
anglais, et se rend régulièrement à 1971, le Forum Panorama de l’hôtel Schatzalp,
l’hôtel Buol mitoyen pour ­rédiger sa économique pour sa terrasse ensoleillée.
correspondance. On peut au- mondial. On y sert de bonnes soupes
L’hôtel Schatzalp
jourd’hui repérer l’emplacement de était à l’époque (notamment du goulash)
ces deux  lieux disparus grâce à de l’écrivain et de grands classiques
l’église anglaise voisine, construite allemand Thomas de la région (viande des
Mann (1875-1955)
un an après le départ de Stevenson. un sanatorium de Grisons, rösti, fondue et strudel
Du balcon de son chalet, l’écri- luxe : il lui a inspiré aux pommes). L’intérieur
vain avait vue sur la vallée scintil- La Montagne de cet ancien sanatorium a été
magique.
lante et les sommets enneigés : le Rä- Le lac de Davos, magnifiquement restauré.
tikon, le Piz d’Aela, le Corn da à 1 559 mètres Trois choses à faire
Tinizong et le Piz Mit­gel. Pour Ste- d’altitude. Ouvert 1 Se promener sur le Thomas-
à la baignade
venson, celle-ci a d’abord un effet en été, gelé en hiver. Mann-Weg, qui part de l’hôtel
oppressant sur son imagination, Schatzalp, pour apercevoir des
comme il s’en plaint à sa famille — de écureuils. Certains sont moins
riches Écossais, qui ont contribué à farouches que d’autres et
l’invention des phares. Mais très vite viennent manger dans la main
on le sent séduit par les lieux, les ba- (se munir d’un sachet de noix).
lades en traîneau dans la forêt — et 2 Visiter le musée Kirchner. Le
même les promenades depuis le célèbre peintre expressionniste
­c halet en direc­t ion du sanatorium allemand Ernst Ludwig Kirchner
Schatzalp, qui surplombe la ville. Il (1880-1938) s’est installé à Davos
Shutterstock/Dmitry Eagle Orlov | Photo12/Alamy | Shutterstock/ArdeaA

découvre aussi la luge, qu’il prati­ pour raisons de santé en 1917,


que le matin avec son beau-fils mais et s’est par la suite énormément
­aussi de nuit, tout seul. inspiré des paysages mais aussi
L’air et la lumière de Davos ne l’ont de la vie rurale de la région.
­pas guéri, sinon du s­ yn­drome de la Ici est rassemblée la plus grande
page blanche : « Les mots se mirent à collection de ses peintures.
cou­ler aussi simplement que si je faisais Kirchner est enterré au cimetière
la causette près du feu. » L’histoire du juif de Davos, un « cimetière forêt »
roman a en soi peu à voir avec le pano- classé monument national.
rama alpin, et c’est sans doute pour- www.kirchnermuseum.ch
quoi si Thomas Mann est aujourd’hui 3 Boire un verre au Jatzhütte,
incontournable à Davos les traces de pour un apéro après le ski.
Stevenson y sont beaucoup plus dis- Ouvert l’hiver seulement,
crètes. Mais, sans le savoir, le jeune ce bar-restaurant perché
écrivain bourlingueur, qui devait mou- à 2 560 mètres d’altitude
rir quatorze ans plus tard sur une des surplombe la vallée. Mémorable
îles Samoa, dans le Pacifique, inaugu- notamment pour le Jacuzzi
rait là une longue tradition littéraire. accessible depuis la terrasse.
— Isabelle Mayault www.jatzhuette.ch

Télérama 3636 18 / 09 / 19 45
Découvrir autrement
L’abbaye
du Thoronet,
une qualité sonore
exceptionnelle dont
personne n’a percé
le mystère…

Sacrée acoustique

Ébahis par l’abbaye


C’est une église qui chante. Dans l’ar- la nef ? le chœur ?). La résonance pou-
rière-pays varois, l’abbaye du Thoro- vant durer jusqu’à douze secondes, il
net, construite entre 1160 et 1230 et est inutile de chanter à pleine voix pour
classée depuis 1840, bénéficie d’une que le son remplisse l’espace. Ce qui
des plus belles acoustiques au monde. impose une discipline aux chanteurs
Une singularité que les spécialistes — s’accorder lentement et à l’unisson —,
peinent à expliquer. Est-ce parce que et dessert certains instruments tel le
l’édifice, qui exprime l’essence même piano, alors que d’autres, comme le
de l’art cistercien (dénuement ex- violoncelle, s’en trouvent magnifiés.
trême, pureté des lignes, simplicité de C’est en tenant compte de ces particu-
volumes), est totalement dépouillé larités que l’abbaye accueille chaque
d’ornements — sculptures, tableaux… — année en juillet un festival de mu-
et n’oppose donc aucun obstacle au siques anciennes, et, dans la foulée, un
son ? Ou bien les proportions de l’abba- cycle de concerts organisé par Les Voix
tiale, calculées selon le nombre d’or, animées qui s’achèvera ce 6 octobre
ou « divine proportion », en seraient- avec des volutes polyphoniques, sur
elles la cause ? Reste que le son se ré- des musiques de Josquin, Compère,
verbère d’un endroit à l’autre du bâti- Mouton, Lassus… — Sophie Berthier
ment au point d’empêcher de localiser • www.le-thoronet.fr/Actualites/
précisément son origine (le transept ? Les-Voix-Animees3

Bonne idée

Liberté, égalité, sororité


Depuis le 2 septembre, les élèves de quatre
nouveaux collèges de Seine-Saint-Denis (93)
passent quotidiennement sous des frontons
gravés des noms de femmes capables
de leur inspirer le meilleur : l’avocate
Gisèle Halimi (à Aubervilliers), les
chanteuses Aretha Franklin (à Drancy)
et Miriam Makeba (à Aubervilliers),
et l’anthropologue Françoise Héritier
(à Noisy-le-Sec). Car chacune a, à sa manière,
Alexandre Minard

marqué les esprits et fait progresser les


mentalités, donc la société. — S.Be.

46 Télérama 3636 18 / 09 / 19
présente

20h de direct, 18 destinations, 5 continents :

Avec les créations de Marc-Antoine Coulon


Diffusion sur les 9 chaînes de à partir de 5h00.

Illustrations : Marc-Antoine Coulon

Avec le soutien de et la participation de

En partenariat avec et
Découvrir autrement

Martelles en tête
Surfeurs d’eau douce
Plonger dans la vallée du
Le banquet de Clermont Grésivaudan, près de Grenoble,

Ripailles chez les Auvergnats


c’est découvrir qu’il n’y a toujours
pas le feu au lac des Martelles
mais qu’une vague de 1,30 mètre
La capitale de l’Auvergne a faim ! Elle in- froma­ges d’Auvergne, variétés locales de hauteur se forme régulièrement
vite donc à se mettre à table pour la pre- de pommes et pansettes de Gerzat (de à la surface de l’eau, pour le plus
mière édition de son Etonnant Festin. la famille des tripoux) cohabiteront grand bonheur des surfeurs.
Une journée appétissante pour le corps avec bolinhos de bacalhau portugais, Car il s’agit là, au pied des
et l’esprit car c’est à ciel ouvert que se empanadas et barbecue argentins, montagnes, de la première vague
mêleront musiques, échoppes, ateliers gözleme turcs et phô vietnamiens. Au- à surf flottante de France.
culinaires et agricoles, pique-nique tant de traditions importées par les ou- Le dispositif a été mis au point
sous les arbres et dégustations. La ma- vriers immigrés à la grande époque in- par la société Exoloisirs, qui a déjà
nifestation a été conçue comme un re- dustrielle. Et une façon conviviale de implanté le téléski nautique sur
pas du dimanche. « Notre ville se réuni- découvrir sous un autre jour la cuisine onze sites hexagonaux, permettant
ra comme une famille élargie ou une quotidienne de cette ville creuset, ainsi la pratique de différents sports
bande d’amis », explique son organisa- riche de sa diversité. de glisse écologiques en eaux
teur Eric Roux. Mi-banquet, mi-mar- — Estérelle Payany douces, tels le wakeboard, le
ché donc, Etonnant Festin reflétera la • L’Etonnant Festin, dimanche kneeboard ou le wakeskate. — S.Be.
pluralité gastronomique mé­con­nue de 22 septembre, 10h-18h, Jardin Lecoq, • www.exoloisirs.com/fr/content/
Clermont-Ferrand. Saucisse au chou et Clermont-Ferrand (63). exo-38-vague-a-surf (31 € l’heure de surf).

Jeu édité par


Cinqpoints.
Le Bauhaus
a encore une
carte à jouer.

atouts design
Une belote Bauhaus ?
Quels as, ces artistes du Bauhaus. Leur
école, fondée en Allemagne il y a un
siècle, fait encore parler d’elle jusque
dans un jeu de cartes dessiné par l’ate-
lier de design graphique Cheeri. Les
couleurs primaires et les formes
simples évoquent le goût constructi-
viste des années 1920 : cœur en demi-
cercles et triangles, trèfle un peu carré,
carreau rouge et noir… Le valet, la
dame et le roi subissent le même traite-
ment, qui les change en pimpants ta-
bleaux quasi abstraits. On aurait
presque pu les habiller en bourgeois
ou en prolétaires de la République de
Weimar. Une idée de l’éditeur Cinq-
points, spécialisé dans les jeux et les ar-
ticles de papeterie inspirés de l’archi-
tecture. Il propose aussi crayon,
bloc-notes ou boucles d’oreilles façon
cinqpoints

Bauhaus. Bien joué. — Xavier de Jarcy


• 12,50 €. cinqpoints.com ;
cheeriparis.com

48 Télérama 3636 18 / 09 / 19
DANS LE CADRE DES JOURNÉES EUROPÉENNES DU PATRIMOINE
© 1923 – Fondation Jérôme Seydoux-Pathé – Succession René Clair

Séances découvertes de films


de patrimoine Pathé
Projections gratuites sur réservation.
Programme complet sur cinemaspathegaumont.com et l’application mobile.

Dimanche 22 septembre
Agendadesévénements

DANS TOUTE LA FRANCE LYON – OPÉRA DE LYON MONTFORT L’AMAURY


18e Fête du cinéma d’animation Guillaume Tell – Opéra Les journées Ravel
| Du 1er au 31 oct. | Rens.: 09 81 48 08 13 | Du 5 au 17 oct. | Rens.: 04 69 85 54 54 | Du 5 au 13 oct. | Rens. Rés.: 01 34 86 96 10
|www.fete-cinema-animation.fr |www.opera-lyon.com |www.lesjourneesravel.com

CÔTES D’ARMOR MOUANS-SARTOUX MANOSQUE


33e Festival de Lanvellec et du Trégor 32e Festival du Livre de Mouans-Sartoux Les Correspondances de Manosque – La Poste
Festival de musique ancienne | Du 4 au 6 oct. | Rens.: 04 92 28 45 60 Festival littéraire
| Du 4 au 20 oct. | Rens. Rés.: 02 96 35 13 72 |www.lefestivaldulivre.fr | Du 25 au 29 sept. | Rens.: 04 92 75 67 83
|www.festival-lanvellec.fr |www.correspondances-manosque.org

NANCY MULHOUSE – S.N. LA FILATURE ELBEUF – CIRQUE-THÉÂTRE


Nancy Jazz Pulsations On s’en va de Krzysztof Warlikowski Le Temps des Créations
| Du 9 au 19 oct. Théâtre 4 spectacles circassiens
| nancyjazzpulsations.com | Les 11 et 12 oct. | Rens.: 03 89 36 28 28 | Du 27 sept. au 9 nov. | Rens.: 02 32 13 10 50
|www.lafilature.org |www.cirquetheatre-elbeuf.com
Cinéma | musiques | livres | scènes | arts | Enfants

Le rendez-vous
critique

« Portrait de la jeune fille en feu »,


de Céline Sciamma
L’éclosion de l’amour entre deux femmes, une peintre
et son modèle, en 1770. Le désir, la création, l’émancipation,
Lilies Films

filmés avec autant d’élégance que de lyrisme.


le rendez-vous

Portrait de la jeune fille sentiment fort, plus ou moins conscient


et réprimé. Enflammé, sensible, tout

en feu
aussi romantique que charnel, Portrait
de la jeune fille en feu retrace une très
Céline Sciamma belle histoire d’amour, vécue dans la
pure intensité du présent, mais aussi
La main tâtonne, effleure dame de compagnie et de promenade, ravivée par le souvenir.

b le papier vierge. Puis se


lance, traçant au fusain les
contours. Gestes sensuels. Ce sont
observera à la dérobée son modèle,
pour réaliser de tête le portrait.
Cette commande byzantine oriente
Le film est classique dans sa forme,
mais moderne sur le fond. Tant sur la
représentation, au sens propre et figu-
les premiers plans. « Prenez le temps le film vers un jeu de regard palpitant, ré, des femmes (nul homme ou
de me regarder », annonce le profes- indissociable ici du désir qui circule. presque à l’horizon du film) que sur
seur, qui pose pour ses élèves. Cette La réalisatrice, Céline Sciamma, dif- leur combat, d’aujourd’hui et de jadis,
femme, Marianne, qui se tient fière et fère d’abord de manière astucieuse la réalisatrice décrit une forme de so-
droite, est une artiste peintre du l’apparition d’Héloïse. Il faut attendre lidarité féminine, de sororité. Insu-
xviiie siècle. Soudain déstabilisée par la vingtième minute pour la voir surgir. laire, le film reste concentré sur un in-
la présence dans son champ de vision Elle est de dos, entièrement couverte. solite trio. Car, à la présence de
d’une peinture sortie de la remise Elle avance à vive allure. On la suit. Sa Marianne et d’Héloïse, il faut ajouter
sans qu’on l’ait prévenue, elle se re- capuche tombe, découvrant ses che- celle de Sophie (Luàna Bajrami), la
mémore son origine. Des années au- veux blonds, puis enfin, au bout d’une jeune servante, qui n’est en rien sou-
paravant, la voilà qui débarque sur course qui tend vers l’envol, elle se mise et qui est leur égale. À travers ce
une île bretonne pour y faire le por- tourne, révélant enfin dans le vent son personnage secondaire mais essentiel,
trait d’une jeune femme, Héloïse. visage plein. Première offrande, mais volontaire, qui mène avec naturel au
Celle-ci a dû quitter le couvent pour le contact est difficile. Au début, le thème de l’avortement et de la fai-
épouser un homme, contre sa volon- peintre et son modèle sont sur leurs seuse d’anges, se dessine l’image sym-
té. Comme c’est la tradition, elle doit gardes, Héloïse surtout, qui reste dis- bolique d’une société plus juste.
poser pour offrir la toile à son futur tante, hiératique. Une connivence Portrait de la jeune fille en feu dissi-
mari. Mais elle ne le veut pas. Sa mère s’installe néanmoins, les deux femmes mule en vérité un double portrait.
(Valeria Golino), avec laquelle la se rapprochent, lentement mais sûre- Pour la réalisatrice, il s’agit aussi de fil- Adèle Haenel et
Noémie Merlant,
peintre s’entretient, a imaginé un ment. Il y a dans cette lenteur même mer l’acte de création et donc aussi la une parfaite
subterfuge : Marianne servira de la naissance et l’épanouissement d’un créatrice, dans sa quête de sincérité et alchimie.

Lilies Films

52 Télérama 3636 18 / 09 / 19 t On aime un peu…  y … beaucoup  u … passionnément  r … pas du tout
cette semaine, nous sommes…
de justesse par rapport à son ressenti. | France (2h00)
À travers le face-à-face de Marianne | Scénario :
avec son modèle se crée un jeu d’in- C. Sciamma.

Charmés Embrasés
fluence et de reflets, qui est aussi celui Image : Claire
de tout metteur en scène avec ses ac- Mathon. Avec
teurs. Un lien où le rapport de pouvoir Noémie Merlant,
et de séduction est mouvant, où le mo-
dèle peut lui aussi être libre et récla-
Adèle Haenel,
Luàna Bajrami,
74
mer le respect (celui d’être « bien » re- Valeria Golino.
gardé). Lorsque l’on sait l’amour qui a
R. Dufy, Fête nautique au Havre, 1925 (détail) © MAM/Roger-Viollet © ADAGP, Paris 2019 | R. Dumas | f. Renoust @ Didier Jeunesse, paris, 2019 | J. Miglio - Gravier Productions - Perdido | N. Turner | S. Cummiskey 2019

lié durant dix ans Céline Sciamma et


Adèle Haenel, on imagine qu’il y a là
les clefs d’un hommage intime, mais
qui reste protégé par la fiction en cos-
tumes. Toujours élégant dans le dévoi-
lement du sentiment, de l’âme et des
corps, le film excelle à marier pudeur
et volupté, à l’image de cette séquence
lumineuse de nu dans le lit, où un mi-
62
roir posé sur le sexe d’Héloïse permet Un peintre, sa ville natale, et la mer. L’album posthume de Rachid Taha,
à Marianne de faire son autoportrait. Avec Raoul Dufy au Havre, on prend un fracas réjouissant de guitares
Lyrique sans l’appui d’une mu- la mesure des évolutions de l’artiste. western et de violonades orientales.
sique envahissante, épuré dans ses

Secoués Éblouis
décors, Portrait de la jeune fille en feu
se montre de plus en plus vibrant, à
mesure que grandit, par paliers, la
passion entre les deux héroïnes. Les
regards fuyants, les gestes trahissant
54
un trouble, la respiration qui s’em-
balle, tout cela est minutieusement
décrit, dépeint par touches vives,
mordantes, veloutées. La confronta-
tion des deux actrices offre une alchi-
mie parfaite. Adèle Haenel illustre à
merveille le conflit intérieur d’une
femme tiraillée entre la docilité et
son désir d’émancipation. Noémie
Merlant, de tous les plans ou presque,
illumine le film par sa rigueur créative 81
et sa grâce conquérante. Il y a en effet Récit sensible de la dislocation d’une Coup de jeune pour Woody Allen,
de quoi tomber amoureux, ou amou- famille, Ce que diraient nos pères avec le vivace et émouvant
reuse. — Jacques Morice s’ouvre malgré tout à la lumière. Un jour de pluie à New York.

Regards fatals Saisis Séduits


« Ils prennent, au milieu d’un profond silence, un sentier
en pente, escarpé, obscur, enveloppé d’un épais
brouillard. Ils n’étaient pas loin d’être à la surface
79
de la terre, ils touchaient au bord lorsque, craignant
qu’Eurydice ne lui échappe et impatient de la voir,
son amoureux époux tourne les yeux et aussitôt elle
est entraînée en arrière ; elle tend les bras, cherche
son étreinte, et veut l’étreindre elle-même, l’infortunée
ne saisit que l’air impalpable… » Héloïse lit à haute voix
ce passage des Métamorphoses, d’Ovide, consacré
à la malédiction qui frappe Eurydice et Orphée.
Céline Sciamma met en parallèle le destin d’Héloïse
et celui d’Eurydice, à travers un échange de regards
lui aussi fatidique. En recourant à ce mythe, qui fait 68
l’objet d’une peinture de Marianne, la réalisatrice Dans Ordinary People, Diana Evans Katie Mitchell ajoute une touche de
suggère plusieurs conceptions de l’amour – impulsif, trouve des accents tolstoïens pour fantaisie au visionnaire et transgenre
raisonné ou sublimé par l’acte créatif… scruter l’Angleterre d’aujourd’hui. Orlando, de Virginia Woolf.

Télérama 3636 18 / 09 / 19 53
cinéma

Un jour de pluie à New York


de la fac, elle a obtenu un entretien Timothée Chalamet,
avec un fameux cinéaste new-yor­ dernier en date
à endosser
Woody Allen kais. Mais le moment venu rien ne la veste en tweed
se passe com­m e prévu. Le grand de Woody Allen.
Le week-end en amoureux ne se passe pas comme prévu… À sa maîtrise homme (Liev Schreiber), passable­
habituelle, le cinéaste ajoute une émotion et un charme juvénile réjouissants. ment torturé, pro­pose à l’étudiante
de visionner ­sur-le-champ son nou­
Un couple à l’assaut de la ­travers la personnalité de Gatsby (Ti­ veau film, qu’il ­voudrait détruire.

b
Jessica Miglio - Gravier Productions - Perdido

grande ville et à l’épreuve de mothée Chalamet) : l’étudiant frêle Gatsby attend son amoureuse, s’in­
ses tentations : voilà qui nous n’aime que les vieux films, les endroits quiète, devient ­jaloux… Le program­
ramène à l’aube du cinéma, à L’Aurore rétros, les jours de pluie et il préfère me touristique du jeune couple s’en
de Murnau (1927). Les amants de l’épo­
que en sortaient unis comme ­jamais.
Gershwin au hip-hop…
Et donc Gatsby, installé en toute
trouve irrémédiablement perturbé.
L’ivresse que procure Un jour de
,
On aime un peu
Près d’un siècle après, a fortiori sous désinvolture (ses parents sont très pluie à New York est d’abord celle de la
le regard de Woody Allen, on sait
d’avance que l’issue sera plus com­
riches) sur un campus de la côte Est,
se réjouit de faire découvrir, le temps
dérive. Chacun de son côté  —  puis­
qu’ils ne parviennent plus à se rejoin­
N
Beaucoup
plexe… La vraie surprise : le charme d’un week-end, Manhattan, où il a dre  — Gatsby et Ashleigh se laissent
incroyablement juvénile de cette
coméd­ie écrite et réalisée par un ciné­
grandi, à sa petite amie, Ashleigh
(Elle Fanning), native de l’Arizona.
happer par le flux du hasard. Pour lui,
il s’agit d’éviter les connaissances de
B
Passionnément
aste de 83 ans. Que l’on reconnaît à L’occasion vient d’elle : pour le journal sa famille, qui donne une fête le soir-

54 Télérama 3636 18 / 09 / 19
.
On n’aime pas
Cinéma TS PRODUCTIONS
PRESENTE

même. Le cache-cache qui en découle, Kusama : Infinity


notamment dans les salles égyptiennes Heather Lenz
d’un musée, atteste la grande forme
burlesque de Woody Allen. Pour la Elle est célébrée dans le
jeune fille, tout est neuf et exaltant. De
bar en taxi, voici qu’elle se retrouve en n monde entier comme la
Dame aux pois. Une artiste
présence d’un acteur vedette (Diego radicale et singulière au bord de la
Luna) aussi magnétique qu’entrepre- ­folie, auteure de tableaux hypno­
nant : lorsqu’elle se présente à lui, elle tiques et d’installations éblouis-
doit même regarder deux fois sa pro­ santes en miroir. Mais qui est réelle-
pre pièce d’identité pour se rappeler ment la plasticienne japonaise Yayoi
comment elle se nomme. Kusama, âgée de 90 ans ? Avec déli­
La ronde des rencontres et des catesse et empathie, la réalisatrice
­évitements brille d’une telle maîtrise Heather Lenz a remonté le cours de
qu’elle pourrait suffire. Mais le film son histoire, plongeant dans son
­recèle davantage : une émotion ténue, ­e nfance  —  éducation conservatrice
authentique, que le cinéaste semblait dans un petit village ­japonais —, com­
avoir renoncé à poursuivre depuis me dans ses années new-yorkaises
longtemps déjà. Gatsby tombe ainsi (1958-1975). Elle réussit un documen-
sur Chan (Selena Gomez), petite sœur taire classique dans sa forme, mais
d’une de ses ex. Elle a mûri, manie d’une richesse folle. Au fil des inter-
une ironie sophistiquée qui perce à views de galeristes, de conservateurs
jour son interlocuteur à chaque ins- ou d’amis, se dessine le portrait d’une
tant. Elle lui reproche légèrement artiste viscérale. Une pionnière pillée
de l’avoir ignorée naguère, traitée par ses pairs (parmi lesquels Andy War­
comme une enfant. Dans l’apparte- hol), avec l’assentiment d’un monde
ment de ses parents, en bordure de de l’art d’une féroce misogynie. Ce qui
Central Park, où elle passe se changer, n’avait jamais été reconnu.
Gatsby se met au piano en l’attendant, — Yasmine Youssi
joue et chante un air triste, tandis que | Documentaire américain (1h16).
la pluie gifle les vitres. C’est un mo-
ment ineffable et magique comme la Ma folle semaine
naissance des sentiments. Un grand avec Tess
moment de cinéma. Steven Wouterlood A compter du 3361
Le prénom Gatsby, chargé d’une ré-
férence écrasante au roman de F. Scott Adaptation du roman jeu- 1/2 hauteur PP : 85,5 X 272
Fitzgerald, acquiert subtilement sa
pertinence. D’abord à travers la démy- n nesse d’Anna Woltz, ce pre-
mier long métrage se dé-
thification de la grande bourgeoisie roule dans un décor singulier : l’île de
new-yorkaise et le récit haut en cou- Terschelling, au large des Pays-Bas. Courir, servir, sourire…
leur de la naissance d’un empire par la Avec une grande délicatesse, le ciné­
Pas toujours évident
mère du héros. Puis un autre thème aste néerlandais relate les vacances
poignant, partagé avec Gatsby le Ma­ d’un garçon de 11 ans (promenades à quand on a 17 ans.
gnifique, affleure : le temps. Les trois vélo, dégustation de croquettes de
personnages principaux constatent poisson), marquées par la rencontre
qu’ils ont déjà changé, en quelques an- avec une jeune fille du coin, à la re-
nées ou saisons, voire en un jour. Une cherche de son père. UNE COMÉDIE MUSICALE
urgence et une exigence de vérité Il signe un récit d’apprentissage
grandissent au fil de leurs déambula- ­lumineux, dans le sillage des contes
DOCUMENTAIRE DE
tions. Dépassant le format de la comé- estivaux de Guillaume Brac (Un mon­ JACQUES DESCHAMPS
die romantique, qu’il respecte par ail- de sans femmes), entre robinsonnade CÉLINE LOISEAU, MILÉNA POYLO & GILLES SACUTO MARIE-JEANNE SERERO AGNÈS BRUCKERT
PRODUIT MUSIQUE
PAR ORIGINALE MONTAGE

IMAGE OCTAVIO ESPIRITO SANTO AIP BENOIT CHABERT D’HIÈRES FRANCIS WARGNIER EMMANUEL CROSET
SON
MONTAGE
SON MIXAGE

leurs, Woody Allen déploie, dans la et questionnement existentiel : le hé- ADELINE RAIBON
ASSISTANTE
RÉALISATEUR ELSA BOUTAULT CARADEC
DIRECTRICE
DE PRODUCTION DELPHINE PASSANT DIRECTRICE
DE POST PRODUCTION
UNE
AVEC AUVERGNE-RHÔNE-ALPES CINÉMA PARTICIPATION DE LA RÉGION AUVERGNE-RHÔNE-ALPES DE FRANCE TÉLÉVISIONS
TS PRODUCTIONS EN COPRODUCTION AVEC LA

dernière partie, un sens aigu de l’éphé- ros, benjamin de la famille, s’impose


PRODUCTION

ET DU CENTRE NATIONAL DU CINÉMA ET DE L’IMAGE ANIMÉE SOUTIEN DE LA RÉGION ÎLE-DE-FRANCE VENTES INTERNATIONALES JOUR2FÊTE
AVEC LE DISTRIBUTION ET

mère. Les horloges de New York sem­ des « entraînements à la solitude » pour
blent surveiller cette magnifique jeu- le jour où ses proches disparaîtront.
nesse et lui adresser de doux mais Superbement filmés, les paysages
solennels avertissements. ­cô­tiers inhabités disent à merveille
— Louis Guichard l’en­trée dans l’adolescence, âge de
| A Rainy Day in New York, États-Unis tous les possibles. — Nicolas Didier AU CINÉMA
(1h32) | Scénario : W. Allen. Avec Timothée | Pays-Bas (1h23) | Avec Sonny Coops Van
Chalamet, Elle Fanning, Selena Gomez Utteren, Josephine Arendsen, Jennifer LE 25 SEPTEMBRE
Lire aussi p. 22. Hoffman, Julian Ras | + 8 ans.
« UN FILM FASCINANT »
TÉLÉRAMA Cinéma

« UN APPEL À LA RÉSISTANCE »
LE MONDE

« UN WESTERN SOUS ACIDE.


IMPRESSIONNANT »
LES INROCKS

« UN BRÛLOT POLITIQUE
INDISPENSABLE DANS
LE BRÉSIL DE BOLSONARO »
KONBINI

Comme un préambule aux Gilets jaunes, l’égalité des chances au cœur des discussions.

Nous le peuple
Claudine Bories et Patrice Chagnard

En 2018, des citoyens lambda planchent sur un projet de constitution.


Mais sont ignorés par les politiques. Un documentaire qui tombe à pic.

Nous, le peuple. Eux, les tion ne convainc pas toujours. Les

, élites, les élus, les techno- idées qui viennent de la base sont dis-
crates de la politique… Au- cutées dans le cadre d’ateliers consti-
tour de ce divorce, les auteurs de ce do- tuants, organisés parallèlement au
cumentaire ont saisi des images projet de loi constitutionnelle sur le-
révélatrices de la société française quel travaillait alors l’actuel gouver-
UN F I L M DE
d’avant le mouvement des Gilets jaunes. nement. Mais qu’est-ce qu’une Consti-
K L E B ER M END O NÇ A FILHO ET JU LIA N O DORN E LLE S Entre janvier et juillet 2018, ils ont ren- tution et que peut-on proposer, en
contré, en banlieue parisienne, des ly- tant que citoyen, pour la réécrire ?
AVE C L A PA RTICIPAT ION SPÉCIALE DE
SONIA BRAGA ET U DO KIE R céens, des femmes regroupées dans Faute de clarifier ces enjeux, les réali-
une association et des hommes empri- sateurs laissent planer un malenten-
sonnés à Fleury-Mérogis. Anticipant du. La ministre de la Justice, Nicole
sur les cahiers de doléances qui ont Belloubet, est présentée comme la
nourri le Grand Débat national, les voix fossoyeuse du dialogue avec le peuple.
qui s’élèvent parlent, pêle-mêle, des Or, à l’Assemblée nationale, elle ne
services publics défaillants, de l’égalité semble tout simplement pas parler
des chances menacée, et s’unissent de la même chose que les citoyens
pour exprimer un désir de justice. Mais dans leurs ateliers. Cette impression
ces représentants du peuple auront le de flou ne retire heureusement rien à
plus grand mal à être pris en considéra- l’importance des paroles qui s’élèvent,
tion par leurs dirigeants… par-delà tous les barreaux.
Si la preuve est faite du terrible car- — Frédéric Strauss
can de la hiérarchie, la démonstra- | Documentaire français (1h39).

Le Chardonneret
John Crowley

Du gros roman de Donna deux-là ne puissent vivre pleinement

, Tartt, paru en 2013, on re-


trouve les belles inventions
leur attirance mutuelle, lestée à jamais
par la tragédie... Mais, hormis
EXNIHILO - LES FILMS DU PAROTIER

littéraires. Par exemple, qu’un enfant quelques scènes intenses, sur


pris dans le chaos d’un attentat contre deux heures et demie de mélodrame,
un musée de New York dérobe instinc- le réalisateur John Crowley (Boy  A)
tivement le tableau précieux qu’il re- n’apporte qu’une sage mise en images
gardait avec sa mère, tuée, elle, sur le à ce scénario qui semblait tendre les
coup. Ou que, des années après, ce bras à Hollywood. — Louis Guichard
COPYRIGHT PHOTO : © 2019 VICTOR JUCÁ / CINEMASCÓPIO - CRÉDITS NON CONTRACTUELS

garçon retrouve une fille, présente | États-Unis (2h29) | Avec Ansel Elgort,
aussi lors de l’explosion, et que ces Nicole Kidman.

Télérama 3636 18 / 09 / 19
© 2018 CINEMASCÓPIO – SBS PRODUCTIONS –ARTE FRANCE CINÉMA
Cinéma

Edith, en chemin vers son rêve Les Fleurs amères


Simon Hunter Olivier Meys

Edith, 83 ans, n’a pas atten- tard », le réalisateur exalte l’effort, le Lina laisse son mari et son

portrait de
la jeune fille
, du la vieillesse pour que sa dépassement et le volontarisme,
vie tourne au naufrage. Elle contre le matérialisme de notre vallée
n’a pas aimé son mari, disparu récem- de larmes. Résultat : un scénario cou-
, petit garçon en Chine pour
émigrer en Europe. Objec-
tif : décrocher un bon travail et un
en feu ment ; elle a remisé ses désirs pour su de fil blanc (l’amitié inattendue bon salaire pour financer la construc-
de Céline vivre une vie terne de contraintes et entre Edith et son jeune sherpa) et de tion d’une maison au pays. Mais en
Sciamma de renoncements. Avant d’échouer bons sentiments. Restent la beauté France, la jeune femme, sans permis
dans une maison de retraite, la vieille des Highlands et la réjouissante rugo- de séjour, se fait exploiter par ses
dame décide d’accomplir un vieux sité de l’accent écossais. compatriotes. Pour mieux gagner sa
rêve : l’ascension du mont Suilven, en — Mathilde Blottière vie, elle devient prostituée, sans
Écosse. Un jeune homme du coin va | Royaume-Uni (1h37) | Avec Sheila l’avouer à sa famille…
l’y aider. Sur l’air du « jamais trop Hancock et Kevin Guthrie. Le réalisateur a une solide expé-
rience de documentariste. D’où son
Trois Jours et une vie habileté à filmer sur le vif et avec flui-
Nicolas Boukhrief dité ses personnages dans les rues du
13e arrondissement de Paris, à créer,
Dans un village des Ar- heure du film, plus tendue : dans une aussi, de belles scènes de groupe qui

, dennes belges, un enfant dis- ambiance chabrolienne —  que San-


paraît… Nicolas Boukhrief drine Bonnaire sait parfaitement sug-
adapte un roman de Pierre Lemaitre à gérer —, le poids du secret, la peur du
sonnent toujours juste. Très convain-
cant pendant une heure, le film perd,
hélas, de sa force dans la dernière
la demande de celui-ci, qui a aussi qu’en dira-t-on et les médiocres chan- partie, plus ouvertement fictionnelle
écrit le scénario. Pas de suspense, ni tages petits-bourgeois finissent par et plus mélo, quand Lina retourne
de révélation fracassante : d’emblée, engendrer une famille monstrueuse. dans sa région natale de Dongbei et
on sait que l’enfant a perdu la vie, et Une autre sorte de prison, à vie. doit assumer les conséquences de ses
on connaît le (tout jeune) responsable — Guillemette Odicino mensonges. — Samuel Douhaire
de sa mort accidentelle. Ce qui | France (2h) | Avec Sandrine Bonnaire, | Belgique (1h36) | Avec Qi Xi, Wang Xi,
compte, c’est l’après, la deuxième Pablo Pauly, Charles Berling. Zeng Meihuizi.

« FORMIDABLE OLIVIER GOURMET »


TÉLÉRAMA

ANGERS LOCARNO
PRIX DU PUBLIC SÉLECTION OFFICIELLE

OLIVIER GOURMET

UN FILM DE

ANTOINE RUSSBACH

AU CINÉMA LE 25 SEPTEMBRE

Télérama 3636 18 / 09 / 19
Cinéma

Ad Astra
Ad Astra est un voyage intérieur autant
qu’interstellaire. En voix off, on peut
James Gray entendre les pensées de Roy, homme
peu fait pour le monde ordinaire,
Dans le futur, un astronaute part à la recherche de son père sur Neptune. fuyant les autres, toujours attiré « par
De la SF en apesanteur, où l’introspection l’emporte sur l’action. la sortie ». Un héros ambivalent, qui
semble inébranlable, physiquement
Après The Lost City of Z (2016), paravant, au cours d’une expédition et mentalement — son sang-froid ex-

n James Gray poursuit ses qui avait pour objectif de découvrir ceptionnel ne cesse d’être contrôlé
grands voyages, cette fois une potentielle vie extraterrestre. Le par le biais d’un étonnant test
vers les confins du système solaire. périple de Roy se fait en plusieurs express  — mais qui s’interroge lui-
Dans un avenir présenté comme étapes. Avant de pouvoir approcher même sur son détachement et sur ce
proche, Roy (Brad Pitt), astronaute Neptune, il se rend d’abord sur la Lune père qu’il vénère et maudit à la fois.
d’élite, a pour mission de trouver une en navette, comme un passager prend Cette part d’introspection distingue le
solution aux multiples explosions et in- aujourd’hui le train ou l’avion. Sur film, en apesanteur, où la méditation
cendies qui menacent la planète et se- place, il circule dans des galeries l’emporte sur les scènes d’action, peu
raient dus à des rayons cosmiques marchandes comme il y en a sur Terre. nombreuses —  l’une, terrifiante,
Un Brad Pitt émanant de Neptune. Précisément la Ces visions d’anticipation, fluides, montre une attaque de singes de labo-
fascinant pour une
singulière odyssée planète où son père, lui aussi astro- baignent dans un calme qui rend les ratoire enragés.
de l’espace. naute, a été porté disparu seize ans au- situations très vraisemblables. C’est après la Lune, en allant sur
Mars puis sur Neptune, que les obs-
tacles se dressent, humains ou non.
Voir cette séquence foudroyante, où
Roy, armé d’un bouclier improvisé,
traverse à grande vitesse une pluie de
pierres carboniques —  les anneaux de
Neptune. Le dessein de l’astronaute a
changé, entre-temps. Il a appris que
son père est sans doute toujours vi-
vant et qu’il représente un danger pos-
sible. A la fois obéissant et méfiant,
soutenu et traqué, Roy se retrouve de
plus en plus isolé dans sa quête. Par
son refus du spectaculaire, par sa ré-
flexion sur le legs paternel parfois
trop explicite, le film prend le risque
de décevoir. Il n’empêche que l’odys-
sée, visuellement inspirée et servie
par un Brad Pitt fascinant, témoigne
d’une singularité poétique dans sa

A NEW REGENCY - PLAN B ENTERTAINMENT - KEEP YOUR HEAD - RT FEATURES - MADRIVER PICTURES
manière d’illustrer le long chemin me-
nant de la fusion à la séparation.
— Jacques Morice
| États-Unis (2h04) | Scénario : J. Gray et
Ethan Gross. Avec Brad Pitt, Tommy Lee
Jones, Liv Tyler.

De sable et de feu
Souheil Ben barka

L’Espagnol Domingo Badia y

; Leblich (1767-1818) se fit pas-


ser pour un prince syrien
pour espionner le sultan du Maroc.
L’Anglaise Esther Stanhope (1776-1839)
devint la reine de Palmyre. En mêlant
de façon très romanesque ces deux
destins qui le sont déjà beaucoup, le
réalisateur signe un roman-photo dis-
trayant, mais souvent kitsch. — F.Str.
| Maroc (1h55) | Avec Rodolfo Sancho,
Carolina Crescentini, Imanol Arias.

58 Télérama 3636 18 / 09 / 19
Cinéma

Lucky Day
Roger Avary

Scénariste des premiers Ta-

; rantino (Reservoir Dogs, Pulp


Fiction), réalisateur de la
meilleure adaptation, à ce jour, de Bret
Easton Ellis (Les Lois de l’attraction,
2002), Roger Avary a vu sa fulgurante
carrière réduite à néant à la suite d’un
accident de voiture dans lequel il tua
son passager avant d’écoper d’un an de
prison. Dans les tiroirs depuis des
lustres, cette suite de son premier film,
Killing Zoe (1994), tente de remettre son
auteur sur les rails du succès. Avec son
esthétique chic et choc, son alternance
de mièvrerie et de gore, sa distribution
catastrophique et son intrigue déjà vue
(un braqueur en quête de rédemption),
cette comédie policière ringarde et ar-
Sur fond d’arts forains et de tauromachie, un hymne à la liberté et à la révolution. tificiellement déjantée est, hélas, un
naufrage. — Jérémie Couston

Inédit
| France-Canada (1h35) | Avec Luke Bracey,
Nina Dobrev, Crispin Glover.

Fleuron du Cuba castriste en 1963, El Otro Cristóbal avait disparu, victime Sur Télérama.fr
CLIN D’ŒIL,
d’un litige entre procucteurs. L’œuvre folle et poétique refait surface. le blog de Pierre
Murat consacré
L’histoire a tout d’extraordinaire : reprendre les commandes de au cinéma.
au début des années 1960, Fidel toutes les opérations, sur terre
Castro rêve d’un grand film comme en enfer. Sous ces cieux
sur Cuba qui ferait l’événement agités, un prisonnier nommé
au Festival de Cannes ; Che
Guevera lui souffle le nom
Cristóbal (notre compatriote
Jean Bouise !) va mettre sa récente
SON
Institut Supérieur des Techniques du Son
d’Armand Gatti et voilà El Otro liberté au service d’une révolution
Cristóbal en compétition sur la épique et poétique, où l’on
Croisette, en mai 1963. Mais après
ces débuts en fanfare, tout s’arrête
croisera un orgue et un pistolet
« qui fait de la neige », avant le FORMATION
AUX MÉTIERS
d’un coup. Le Guépard, de bombardement d’étoiles…
Visconti, gagne la Palme d’or, Qu’importe si l’on se perd
et la carrière du candidat cubain dans ce chaos cubain, le spectacle

DU SON
se termine avant d’avoir est superbe et d’une richesse
commencé : victime d’un litige époustouflante. Les arts forains
entre ses producteurs cubains sont convoqués, comme la
et français, le film événement tauromachie sous l’influence Diplôme visé par l’État à BAC +3
est mis sous scellés. En 2017, de Picasso. Les écrans de contrôle
Armand Gatti meurt, à 93 ans. du ciel évoquent une installation
Aujourd’hui, son Cristóbal renaît vidéo qui annoncerait l’ère des
et sort au cinéma. Inespéré. télécommunications et du virtuel.
Cette incroyable destinée Gatti, qui n’avait alors réalisé que
semble pourtant presque L’Enclos (primé à Cannes, lui, en
raisonnable, comparée au film fou 1961), a un rapport très peu formel
que l’on découvre. Au son d’une avec le cinéma : il utilise la caméra
partition fiévreuse de Gilberto comme un relais de l’imagination.
Valdés, qui aimait mélanger Il en tire une liberté unique. Et c’est
rythmes cubains et transe la liberté qu’il célèbre, dans ce film
africaine, nous entrons au ciel, qui s’élève au-dessus des enjeux

TOUS LES MERCREDIS


Réunion et visite
ED Distribution

où le dictateur Anastasio, qui vient politiques avec un sens visionnaire des studios à 15h
de mourir avec la discrétion de l’éternité. — Frédéric Strauss
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Agendadesévénements

ALBI – SCÈNE NATIONALE LILLE – RÉGION TOURCOING – LE FRESNOY


Dom Juan de L. Brethome et P. Sire Les Toiles dans la ville Panorama 21, Les revenants – Exposition
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|www.sn-albi.fr |www.leprato.fr

AMBRONAY – CENTRE CULTUREL TOURS – THÉÂTRE OLYMPIA NÉRAC – ESPACE D’ALBRET


40e Festival d’Ambronay L’Île des esclaves de J. Vincey – Théâtre Les Rencontres Chaland
Musique baroque et métissée | Du 25 sept. au 5 oct. | Rens.: 02 47 64 50 50 Bande dessinée, concert, live, rencontres
| Du 12 sept. au 6 oct. | Rens.: 04 74 38 74 04 |www.cdntours.fr | Les 5 et 6 oct. | Rens.: 05 53 65 27 75
|www.ambronay.org |www.rencontres.yveschaland.com

LYON – MAISON DE LA DANSE LA ROCHELLE SAINT-ÉTIENNE – LA COMÉDIE


A Love Supreme d’A. Teresa De Keersmaeker 10e Festival Ecran vert Candide de Voltaire, mise en scène
et S. Sanchis Festival du film éco-citoyen A. Meunier – Théâtre
| Du 1er au 3 oct. | Rens. : 04 72 78 18 00 | Du 23 au 29 sept. | Rens.: 07 81 18 28 68 | Du 2 au 11 oct. | Rens.: 04 77 25 14 14
|www.maisondeladanse.com |www.festivalecranvert.fr |www.lacomedie.fr
Août les films du mois

du 1er au 31 Août 2019 .


On n’aime pas
,
On aime un peu
N
Beaucoup
B
Passionnément

Affaire Pasolini (L’) de David Grieco



Avec Massimo Ranieri et Libero De Rienzo (TRA 3632)
C’est quoi cette mamie ?! de Gabriel Julien-Laferrière

Avec Chantal Ladesou et Julie Gayet (TRA 3630-3631)
Déserteur (Le) de Maxime Giroux

Avec Martin Dubreuil et Romain Duris (TRA 3632)
Fast & Furious : Hobbs & Shaw de David Leitch

Avec Dwayne Johnson et Jason Statham (TRA 3630-3631)
Frankie d’Ira Sachs

Avec Isabelle Huppert et Jérémie Renier (TRA 3633)
Gangster, le flic et l’assassin (Le) de Lee Won-tae

Avec Ma Dong-seok et Kim Mu-yeol (TRA 3630-3631)
Haut perchés d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau

Avec Manika Auxire et Geoffrey Couët (TRA 3632)
Intouchable. Harvey Weinstein (L’) d’Ursula Macfarlane

Film documentaire (TRA 3630-3631)
Je promets d’être sage de Ronan Le page

Avec Pio Marmaï et Léa Drucker (TRA 3630-3631)
Late Night de Nisha Ganatra

Avec Emma Thompson et Mindy Kaling (TRA 3632)
Ma famille et le loup d’AdriÀ GarcÍa

Avec Carmen Maura et Enzo Ingignoli (TRA 3632)
Mystère des pingouins (Le) d’Hiroyasu Ishida

Animation (TRA 3630-3631)
Never Grow Old D’Ivan Kavanagh

Avec Emile Hirsch et John Cusack (TRA 3630-3631)
Nomades d’Olivier Coussemacq

Avec Jamil Idrissi et Jalila Talemsi (TRA 3630-3631)
Nuits magiques de Paolo VirzÌ

Avec Mauro Lamantia et Giovanni Toscano (TRA 3630-3631)
Perdrix d’Erwan Le Duc

Avec Swann Arlaud et Maud Wyler (TRA 3630-3631)
Playmobil, le film de Lino Disalvo

Animation (TRA 3630-3631)
Reza d’Alireza Motamedi

Avec Alireza Motamedi et Sahar Dolatshahi (TRA 3632)
Roubaix, une lumière d’Arnaud Desplechin

Avec Roschdy Zem et Léa Seydoux (TRA 3632)
Scary Stories d’André Øvredal

Avec Zoe Margaret Colletti et Michael Garza (TRA 3632)
Thalasso de Guillaume Nicloux
• •
Avec Michel Houellebecq et Gérard Depardieu (TRA 3632)
Vie scolaire (La) de Grand Corps Malade et Mehdi Idir

Avec Zita Hanrot et Liam Pierron (TRA 3633)
Vif-argent de Stéphane Batut

Avec Judith Chemla et Thimotée Robart (TRA 3633)
Une fille facile de Rebecca Zlotowski

Avec Mina Farid et Zahia Dehar (TRA 3633)
Une grande fille de Kantemir Balagov

Avec Viktoria Miroshnichenko et Vasilisa Perelygina (TRA 3630-3631)

Invitation pour le film Alice et le


sorties Alice et le maire
Un film de Nicolas Pariser

Le maire de Lyon, Paul Théraneau, va mal.


Il n’a plus une seule idée. Après trente ans
maire, sortie au cinéma le 2 oct. de vie politique, il se sent complètement
vide. Pour remédier à ce problème, on
Pour participer, inscrivez-vous décide de lui adjoindre une jeune et brillante
philosophe, Alice Heimann. Un dialogue
sur sorties.telerama.fr se noue, qui rapproche Alice et le maire
* Offre réservée aux abonnés dans la limite des places disponibles. et ébranle leurs certitudes.

Télérama 3636 18 / 09 / 19 61
musiques L’An 40
Chanson
Jeanne Cherhal

a
Ne pas trop dévoiler d’emblée. D’abord,
c’est le piano, compagnon attendu,
qui nous guide dans un prélude don-
nant à l’ensemble son titre, L’An 40, et
son thème — comment se situer dans la
vie, quand on a depuis peu franchi la
quarantaine. Cinq ans et demi déjà
que Jeanne Cherhal n’avait pas sorti de
disque. Ce sixième s’ouvre sur un titre
sage, qui à la fois nous rassure (son tou-
cher de piano, son écriture maligne, sa
voix claire sont bien là) et nous in-
quiète : réussira-t-elle à grandir, en
continuant de creuser le sillon d’un
classicisme qu’elle affectionne ?
Dès la deuxième chanson, l’entrée
en jeu d’une chorale gospel et d’une
rythmique très terrienne impose
souffle et puissance. Et les suivantes ne
font qu’accentuer cette sensation d’es-
pace, nous entraînant dans un tourbil-
lon de cuivres, des envolées de piano et
de voix. Explosion sensorielle et so-
nore, un brin vintage, épique et magné-
tique : musicalement, cet album de

Je suis africain
Jeanne Cherhal est le plus ample de la
rentrée française. Il est aussi comme
Monde un torrent, qui charrie ses cailloux plus
Rachid Taha ou moins lourds à porter : Cherhal
chante les doutes s’emparant de l’es-
Débordant de niaque, le rockeur mêle guitares western et guembri gnawa prit et du corps quand rien ne devrait
sur cet album posthume poignant, où il chante en français, arabe et anglais. les justifier (Fleur de peau, Le Feu aux
joues), la conscience quasi chama-
a « derviche » avec « bakchich », « bouche » Rachid Taha, mort nique des ancêtres (Racines d’or),
Avouons-le : cet album posthume, né avec (française de) « souche ». Chante en septembre 2018, l’ivresse de la grande ville (Fausse Pari-
nous embrase
après un voyage au Mali et publié un an aussi, dans un arabe bien râpeux, « Je une dernière fois. sienne), le feu de l’amour physique
après la mort de Rachid Taha, ne nous suis parti, je ne reviendrai plus » (Aïta), (Soixante-neuf, qui s’ajoute à de précé-
inspirait pas confiance. La faute no- en réponse amère au Ya Rayah de Dah- dentes chansons érotiques), le souve-
tamment au morceau-titre dévoilé cet mane El Harrachi et sa promesse du re- nir entêtant d’un disparu (Ton souvenir
été, dont le refrain mollasson à l’huma- tour. Produit par Toma Feterman (La me prend ce soir), le vertige de l’accou-
nisme bon teint laissait craindre un Caravane passe), le mélange corsé de chement (César). De l’art de dire les
mordant émoussé. C’était compter guitares western, de cuivres plaintifs et autres à travers une expérience per-
sans la niaque naturelle du rockeur, qui de violonades orientales joue à plein. sonnelle. En guise de clôture, la chan-
revient au galop sur des chansons jubi- L’Afrique noire, elle, pulse dans les vi- teuse ose même évoquer les obsèques
latoires comme Minouche, Andy Waloo, brations soukouss, les notes boisées du de Jacques Higelin (Un adieu), façon
Striptease ou Like a Dervish. Ironique et balafon ou les cordes âpres du guembri pour elle de lui parler encore. Et pour
­bluesy sous la cuirasse rock’n’roll, Ra- gnawa. Une dernière fois, Taha brûle ceux qui, comme nous, n’assistèrent
chid le marlou africain y convoque les par ses racines et nous embrase. Puis pas à la cérémonie du Cirque d’hiver,
Sur Télérama.fr
figures de son panthéon, de Khalil Gi- tire sa révérence sur le chaâbi hol- Pop secrète, de communier avec l’insondable senti-
bran à Bo Diddley, de Nelson Mandela lywoodien d’un poignant Happy End. la chronique ment de perte. — Valérie Lehoux
à Jacques Derrida. En français ou in en- — Anne Berthod musique de | Barclay.
François Gorin
glish, il joue avec les mots, faisant rimer | Believe/Naïve. Lire aussi page 28.

62 Télérama 3636 18 / 09 / 19 e On aime un peu…  z … beaucoup  a … passionnément  r … pas du tout
Musiques

Concert On était un peu sceptique en synthétique au groove vicieux


mettant les pieds à leur concert, (Do it Again jouant à cache-cache
à l’automne dernier. Même s’ils avec Get Yourself High…) : les frères
ont longtemps fait la course chimiques ont retrouvé les clés
en tête, à coups d’albums et de de la pharmacie ! À l’exemple de leur
concerts telluriques, mixant visuel montrant une créature
rock hallucinogène et breakbeats menaçante coiffée d’un ridicule
tapageurs, Ed Simon et Tom couvre-chef (la couronne
Rowlands, les deux faux frères d’Angleterre ?), ils mêlent la joie
de The Chemical Brothers, ont-ils à l’inquiétude, et font preuve d’une
encore quelque chose à nous dire irrépressible envie de tout casser.
après presque trente ans d’activité ? Un concert politique à l’heure du
On se posait d’autant plus la Brexit ? Évidemment. Mais jamais
question que leur huitième album, sermonneur ni trop fléché. Comme
Born in the Echoes (2015) avait aux premiers temps des raves,
déçu et qu’on ne connaissait alors danser ensemble, sur fond d’acid
du dernier, No Geography, que le techno et d’électro-funk tonifiants,
Dans un fracas synthétique roboratif single Free Yourself. Mais c’est résister. — Erwan Perron
au groove vicieux, les Chemical on le pressent dès les premiers | Le 15 novembre à La Seine musicale,
Brothers font de la résistance. morceaux accouplés dans un fracas Boulogne-Billancourt (92), a.

C’est dans l’air Playing the Room


Jazz
Avishai Cohen & Yonathan Avishai
Bonne nouvelle. Tandis que l’écorchée Shannon Wright
s’adoucit, Anna Ternheim renoue avec l’éclat pop. a ment attentif à la justesse de son propos.
ECM fête cette année son demi-siècle Dans Playing The Room, ses affinités
En 2007, Shannon Wright publiait le bien nommé Let d’existence. Un événement que le la- avec le trompettiste Avishai Cohen ren-
in the Light. L’écorchée vive y lâchait enfin sa guitare bel fondé par Manfred Eicher, toujours forcent cette impression. Plus tran-
dissonante et son primitif rock rageur le temps d’un indépendant malgré de nombreuses chant, moins nostalgique, ce dernier
superbe titre piano voix, Defy This Love. Une chanson offres de rachat, a récemment célébré offre un soupçon de truculence ou des
à coller des frissons, dont l’épure ne faisait que en rééditant à petits prix cinquante al- douleurs plus aiguës, en contraste avec
renforcer l’intense vulnérabilité. Trop à son goût ? bums de son catalogue. S’il fallait en- la pudeur suggestive et le romantisme
L’Américaine se remit aussitôt après à se cacher core la rappeler, chacun pourra à leur ellingtonien du pianiste. Écouter leurs
derrière sa tignasse et le bruit… Après de timides écoute mesurer l’importance de la compositions et leurs fines relectures
retours vers cette mise à nu, il lui a fallu douze ans maison allemande au regard des évo- de John Coltrane (Crescent), de Stevie
pour livrer Providence 1, où son clavier sert d’unique lutions du jazz. Mais, plus admirable Wonder (Sir Duke) ou d’Abdullah Ibra-
support à ses captivants feulements. Wright laisse encore, l’histoire continue de s’écrire him (Kofifi Blue) revient à goûter un raf-
ses doigts filer avec grâce sur les touches – l’inverse et les beaux albums de sortir. Avec Joys finement d’exception, celui-là même
de son délibérément fruste jeu de guitare –, tandis and Solitudes, publié en janvier der- auquel le nom d’ECM demeure associé,
que sa voix égrène ses mélodies hantées aux mots nier, Yonathan Avishai s’affirmait déjà cinq décennies après sa naissance.
que l’on peine à déchiffrer. Car, même à découvert, comme un pianiste indifférent à la dé- — Louis-Julien Nicolaou
la chanteuse préserve son mystère, enchaînant ses monstration, concis et remarquable- | ECM.
Richard Dumas | 2009 Getty Images | Francesco Scarponi/ECM records

suppliques douloureuses, effrayées, face au monde,


à l’amour. À l’instar de White Chalk de PJ Harvey,
Shannon Wright ébranle et émeut en beauté.
On espérait également qu’un jour Anna Ternheim
refasse appel à Björn Yttling (de Peter Björn and John),
producteur de Leaving On a Mayday, son chef-
d’œuvre de pop aussi introspective sur le fond que
rayonnante dans la forme. Coécrites avec Yttling, les
chansons de A Space for Lost Time 2, son septième
album, renouent avec la fluidité mélodique et surtout
l’élégance des arrangements qui faisaient défaut
à la Suédoise, dont le délicieux chant au si léger voile
lui assurait seul notre fidélité depuis quelque temps.
Ne manque qu’un titre de la force de Black Sunday
Afternoon ou Terrified. — Hugo Cassavetti
1 Vicious Circle, z.
2 BMG, z.
Avishai Cohen et Yonathan Avishai, associés pour un album raffiné exceptionnel.

Télérama 3636 18 / 09 / 19 63
Musiques

La chanson
Neon Brown des soirées les plus moites ? Il s’ap-
R’n’B pelle Jeremy Nutzman. Il a grandi dans
Velvet Negroni une famille d’adoption qui lui imposa
la stricte discipline d’une éducation « Summertime and the living is easy… » Tiens,
z musicale classique et la rigueur des ça rappelle quelque chose. Billie Holiday ou
Que sait-on de l’étrange Velvet Negro- messes évangéliques (blanches) en lui Janis Joplin reprenant le standard de Gershwin ?
ni qui surgit en secret à la fin d’un été interdisant tout le reste. Il a grandi à Perdu. La phrase servait aussi d’intro au
caniculaire avec une crème d’album, Minneapolis, la ville de Prince dont il Doin’ Time de Sublime, le groupe ska punk
soyeux, languide, langoureux, tissé ignora longtemps l’existence et dont il californien de Bradley Nowell, idole alternative
dans l’intimité des nuits les plus emprunte le falsetto, les agaceries éro- mort d’une overdose d’héroïne à 28 ans en 1996.
chaudes pour s’écouter dans l’ivresse tiques et le jeu de guitare fluide. N ­ ourri Pour son cinquième album, Norman Fucking
de ces années de frustration, il invente Rockwell, la poupée Lana Del Rey surprend presque.
aujourd’hui son identité musicale en Elle semble sortir de son vaporeux univers pop
catimini, sans repère, sans contour, d’une autre époque, cette torpeur enveloppante
sans limite, sans autre famille qu’un qui est la sienne, pour mettre le nez dehors,
lointain cousinage avec la soul ankylo- se frotter au monde réel. La mélodie berce comme
sée de The Weeknd et le rock tamisé toujours, mais l’interprétation paraît plus incarnée
de Bon Iver, avec lequel il vient d’enre- qu’à l’accoutumée, comme si elle se prenait
gistrer. Peuplées d’échos, noyées la brutale Amérique d’aujourd’hui de plein fouet.
dans les grandes espaces de la réver- « Me and my girl we got this relationship/I love
bération, ses chansons en mode mi- her so bad but she treats me like shit » (« Avec
neur planent doucement d’un genre à ma copine, ça passe ainsi/Je l’aime à mourir,
l’autre, du rap moderne engourdi aux elle me traite comme une merde. ») Guère étonnant
complaintes R’n’B, en passant par qu’elle se réfugie aussitôt, en Tarantino de
bien d’autres chemins, plus ou moins l’easy listening, dans sa rassurante nostalgie
expérimentaux, comme celui du jazz, de l’âge d’or de la pop, de Hollywood et de

Timothy Saccenti
où il dévoile de subtils talents d’ins- l’american way of life sublimée d’autrefois…
trumentiste. À suivre. — Hugo Cassavetti
— Laurent Rigoulet | Extrait de Norman Fucking Rockwell.
Jeremy Nutzman, un style en pleine invention. | 4AD/Beggars Banquet.

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Télérama 3636 18 / 09 / 19
Musiques

Lookout Low bassiste, Jack Dolan, mènent la barque entre goût partagé pour les ambiances
Rock sur fond d’histoires d’amour chao- sereines et émerveillements de l’en-
Twin Peaks tiques et de vies désenchantées. Leur fance jamais abandonnés… Sans ou-
complicité s’épanouit aussi bien dans blier une aisance à trousser des mélo-
z de joyeuses cavalcades (Casey’s Groove), dies à la beauté évidente. À l’occasion
Les cinq trublions de Twin Peaks nient que sur des ballades soul-funk (Dance de la sortie de Diorama (2011), son pré-
toute référence à la série culte de David Through It) ou bluesy (Better Than Sto- cédent album, Dominik Eulberg, orni-
Lynch. On peut les croire, ou flairer le ned, Lookout Low). Même si le groupe thologue chevronné et militant écolo-
mensonge, ce serait leur genre. Entre s’oublie parfois dans des solos étirés et giste, expliquait qu’il composait en
sérieux et désinvolture, le groupe de quelques kitscheries, on pense sou- observant et en enregistrant la nature,
Chicago (25  ans de moyenne d’âge) vent, comme sur le survolté Oh Mama, avec pour studio son chalet de garde fo-
s’est bâti en cinq ans une réputation au lyrisme power pop de Big Star. Ce restier (son métier). Pas de risque qu’il
flatteuse dans le paysage indé améri- n’est pas la moindre de leurs qualités. en ait bougé si l’on se fie à son titre Gol-
cain, en trois albums d’un rock garage — Jean-Baptiste Roch dene Acht, où l’on entend le chant loin-
aux accents blues, où cohabitent classi- | 1 CD (Communion/Universal). tain d’un coucou et le bruissement
cisme et enthousiasme potache, entre d’un ruisseau. Mais rien de surligné ni
Rolling Stones et Black Lips, héros dé- Mannigfaltig de trop identifiable dans ce Mannigfal-
clarés. Le tout promu par des presta- Électro tig (« divers », « multiple »), délicat et as-
tions scéniques à l’énergie débordante. Dominik Eulberg sez souvent dansant, où le carillon des
Leur quatrième album studio pour- machines répond à ce que l’on imagine
suit le virage entamé sur Down In z être le craquement d’un hêtre sous la
Heaven (2016). Plus policés dans les ar- Le premier a brillamment remixé glace. Il l’a sûrement pensé ainsi, dans
rangements, Lookout Low conforte ­Parade, tube électro décroché en 2012 cette parade entre les sons de la forêt et
néanmoins tout le bien qu’on pensait par le second. De l’Allemand Dominik le pépiements des boîtes à rythmes, il
de ces gamins voués jusqu’ici aux enre- Eulberg, 41 ans, et du Français Rone, y a un peu du Printemps de Vivaldi. Eul-
gistrements faits maison. Dans leur pe- 39 ans, qui a influencé l’autre ? Sans berg nous l’avait appris, alors le saviez-
tite démocratie festive —  quatre des doute, chez ces grands sensibles ayant vous ? Le martinet noir, oiseau de la fa-
membres écrivent et chantent à tour de tous deux commencé leur carrière mille des apodidés, chante durant plus
rôle —, Cadien Lake James et Clay Fran- dans les années 2000, doit-on plutôt de vingt ans… — Erwan Perron
kel, chanteurs-guitaristes, ainsi que le parler d’une communauté de sons, | Studio !K7.

VenezprolongerleFramesFestivalàParis

UNE SOIRÉE TÉLÉRAMA 100% YOUTUBEURS


LE VENDREDI 11 OCTOBRE À LA MAISON DE LA POÉSIE À PARIS

Venez découvrir de jeunes vidéastes, parrainés par leurs aînés,


raconter les coulisses de leur création, images à l’appui ! Une soirée au cœur
de la création vidéo web !

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www.maisondelapoesieparis.com Télérama 3636 18 / 09 / 19
AU FIL DU DANUBE
UNE CROISIÈRE TÉLÉRAMA
AU CŒUR DE L’EUROPE Du 2 au 13 mai 2020

En compagnie de
© Pierrick Allain

Yasmine Youssi
rédactrice en chef culture
© Collection personnelle

Gilles Heuré
grand reporter
© RenaudMonfourny

et notre invité l’écrivain 12 jours


Emmanuel Ruben à partir de 3 190 €/par pers.*

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• La présence des membres de la rédaction Télérama de la croisière sur le Danube proposée par Télérama.
Licence : IM075950505 – Crédit photo : Fotolia/Noppasinw

• Un invité exceptionnel avec vous à bord Nom/Prénom . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............... ...........................


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Code postal Ville . . . . . . . . . . . . . . . . ............... ...........................
Tél. TRA2509
Itinéraire
Courriel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . @ . . . . . . . . . . . . . . .............. .........................
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Musiques | Classique

et s’est fait un devoir, pour le bicente-


naire de la naissance de Charles Gou-
nod, de lui (et nous) offrir un cadeau
digne de lui : une reconstitution de la
première version de Faust, d’abord
conçu pour le Théâtre-Lyrique et donc
plus proche de l’opéra-comique, avec
ses dialogues parlés parfois accompa-
gnés par l’orchestre, que du grand
opéra à la française avec récitatifs et
ballet qu’il devint dix ans plus tard.
Ce Faust entre deux eaux est plus
théâtral, et cela lui fait un bien fou. Il
est aussi plus homogène, plus riche
sur le plan psychologique, et plus am-
bivalent, avec des épisodes au co-
mique assumé. Concocté à partir d’ar-
chives diverses, il n’a jamais été donné
en l’état : on y trouve des éléments sup-
primés avant la création, d’autres ra-
joutés ensuite, et des airs inédits rem-
Une scène de
placent certains tubes. Mais c’est un
Faust, par José opéra cohérent, qui pourrait être mis
García Ramos en scène tel quel (à bon entendeur…).
(1852-1912).
Il est remarquablement servi par des

Charles Gounod
chanteurs qui parlent aussi bien qu’ils
chantent, et par un orchestre vif-
Faust (version 1859) argent, sur instruments d’époque, qui
Opéra rhabille l’œuvre de mille couleurs
Les Talens lyriques (dir. Christophe Rousset), Benjamin Bernheim, mordorées sans pour autant la ripoli-
Véronique Gens… ner. Véronique Gens chante sa pre-
mière Marguerite avec une classe folle
La première version du célèbre opéra, plus théâtrale et comique, ressuscitée et une empathie déchirante. Benjamin
par un orchestre vif et une distribution resplendissante. Une révélation. Bernheim est un Faust resplendissant,
éclatant de jeunesse, Jean-Sébastien
a Gounod et ses librettistes, Michel Car- Bou donne une belle noblesse à Valen-
Parmi les opéras français les plus joués ré et Jules Barbier, sont-ils respon- tin, frère et soldat confit dans son hon-
au monde, Faust, de Charles Gounod sables de notre inconfort ? Bien moins neur. Avec ses apartés et ses goguenar-
(1818-1893), nous a toujours paru un qu’on pourrait le penser à l’écoute de dises, ce Méphistophélès-là se
tantinet bancal. Certains personnages cette version « originelle », jouée au rapproche de celui de Goethe, et An-
secondaires n’ont pas le temps d’exis- Théâtre des Champs-Élysées en juin drew Foster-Williams joue le jeu avec
ter, on ne sait trop s’il faut rire avec Mé- 2018, et gravée dans la foulée. On la un plaisir communicatif. Côté chœur,
phistophélès ou le redouter, Faust doit au Palazzetto Bru Zane, alias le celui de la Radio flamande ne mérite
semble n’obéir qu’à ses instincts les Centre de musique romantique fran- que des éloges. — Sophie Bourdais
plus primaires… Jusqu’à quel point çaise, qui fête ses 10 ans cet automne, | 1 livre + 3 CD, Palazzetto Bru Zane.

Opéra
orchestrale savamment tissée. Devos, petit miracle de grâce
Le deuxième opéra de Charles et de fraîcheur. Vannina Santoni
Gounod a pourtant connu l’oubli, est une Agnès forte et généreuse,
Sortie de l’oubli en 2018 par l’Opéra jusqu’à cette résurrection menée au beau soprano lyrique. Chargée
Comique, cette œuvre flamboyante en juin 2018 par l’Opéra Comique d’incarner la nonne spectrale,
de Charles Gounod décoiffe. et le Palazzetto Bru Zane. Marion Lebègue impressionne
La mise en scène de David Bobée dans un rôle qui requiert des
Créé en 1854, La Nonne sanglante y joue astucieusement la carte graves sépulcraux (elle les a) et des
a tout pour plaire : un sujet qui fait du film/opéra de genre, et Laurence sauts d’octave (qui ne lui posent
délicieusement frissonner (des Équilbey dirige avec énergie aucun problème). Pas de fausse
Iberfoto/Roger-Viollet

amours empêchées par des haines et précision son Insula Orchestra. note parmi les seconds rôles,
familiales et un spectre rancunier), Le plateau vocal décoiffe, et les chanteurs d’Accentus brillent
Sur Télérama.fr
un solide livret d’Eugène Scribe à commencer par le Rodolphe dans les parties chorales. — S.Bo.
VIVA L’ARIA,
la chronique et Germain Delavigne, des airs héroïque du ténor Michael Spyres, | Charles Gounod, La Nonne sanglante,
lyrique de flamboyants et une musique suivi du page Arthur de Jodie 1 DVD ou 1 Blu-ray, Naxos, z.
Sophie Bourdais

e On aime un peu…  z … beaucoup  a … passionnément  r … pas du tout Télérama 3636 18 / 09 / 19 67
livres Evans se penche. Deux couples, Melis-
sa et Michael, Damian et Stephanie
—  autour d’eux, leurs jeunes enfants,
leurs parents, leurs amis… Tous les
quatre sont proches de la quarantaine,
jeunes encore mais assez engagés
dans l’existence pour sentir sur leurs
épaules peser les conséquences de
leurs choix intimes et professionnels,
et les renoncements corollaires aux-
quels ils ont dû consentir.
Au fil des quelque quatre cents
pages d’Ordinary People, palpitantes
de sensibilité et de vitalité, et non dé-
nuées d’un humour discret, la roman-
cière soumet chacun d’eux à un pro-
cessus d’introspec tion d’une
profondeur et d’une empathie saisis-
santes. Les regardant se débattre dans
un quotidien où les enfants et la vie
domestique occupent toute la place,
et dans des relations de couple qu’ont
largement usées déjà le passage des
années et la routine. Auscultant leurs
certitudes et leurs indécisions. Son-
dant la mélancolie qu’alimente un
peu plus chaque jour la somme de

Ordinary People
leurs regrets.
On est happé par la justesse de
Roman cette comédie humaine de notre
Diana Evans temps, par la qualité du regard porté
sur l’époque, par la minutie délicate et
Dans la banlieue de Londres, deux couples ferraillent contre la routine, rétive à toute facilité avec laquelle Dia-
tentés par le regret… Un roman magistral, d’une profonde humanité. na Evans construit et peaufine chacun
des personnages, Melissa, Michael,
u dividus pleinement de notre temps, Un regard juste Damian, Stephanie et les autres, leur
C’est dans les pages de Tolstoï, l’un des hommes et femmes de la classe et poétique sur les conférant à tous une sorte de présence
« gens ordinaires »
auteurs qui l’accompagnent et la moyenne britannique, immigrés de la qui peuplent notre réelle, corps et cœur, pensées et mé-
portent depuis les quelque quinze ans deuxième génération dont les parents époque. moire, au-delà des évidences sociolo-
qu’elle écrit, que Diana Evans a aperçu venaient de la Jamaïque, de Trinidad giques et des clichés. Sans omettre
l’éclat de la toute première étincelle ou du Nigeria. Des gens ordinaires, d’exhausser subrepticement son ro-
dont est né ce beau roman au titre si donc, dont la romancière saisit les man psychologique et réaliste en le pa-
minutieusement neutre et si juste, Or- existences sur un laps de temps de rant d’une aura poétique, incarnée
dinary People — un titre emprunté à quelques mois, des lendemains immé- par une discrète empreinte mytholo-
une chanson de John Legend : « We’re diats de l’élection de Barack Obama à gique, et par l’entêtante présence, au-
just ordinary people/We don’t know la Maison-Blanche, en novembre 2008, tour des personnages, du souvenir du
which way to go… » (Nous ne sommes à la mort de Michael Jackson, à la fin Crystal Palace, cette utopie architectu-
que des gens ordinaires / nous ne savons juin de l’année suivante. rale de fonte et de verre qu’un incen-
quel chemin prendre…) 1. « Dans Guerre Nous sommes dans les marges de la die jadis réduisit en cendres — comme
et Paix, Tolstoï s’était donné pour but métropole londonienne, dans cette la vie consume les illusions des gens
d’observer la vie d’une catégorie sociale zone de la banlieue sud qu’on appelle ordinaires… — Nathalie Crom
précise, à un moment historique déter- Crystal Palace, loin du faste de Mayfair 1 On peut écouter la playlist du roman
miné », explique volontiers la jeune ou de la bohème chic de Notting Hill. (outre John Legend, on trouve Snoop Dog,
femme aux ascendances anglaise et ni- Ici, dans les quartiers résidentiels ac- Amy Winehouse, Nina Simone…) sur le site
gériane mêlées. Aux aristocrates cessibles aux revenus ordinaires et à la diana-evans.com
russes et à la campagne de la Grande population mélangée, ils sont essen- | Traduit de l’anglais par Karine Guerre,
Armée, Diana Evans a substitué des in- tiellement quatre sur lesquels Diana éd. Globe, 378 p., 22 €.

68 Télérama 3636 18 / 09 / 19 t On aime un peu…  y … beaucoup  u … passionnément  r … pas du tout
Roman | Nouvelles

Son corps
et autres célébrations
Nouvelles
Carmen Maria Machado

Rebelles aux injonctions du patriarcat, des femmes reprennent le pouvoir sur


leur corps avec une inventivité truculente. Une œuvre politique formidable.

u ce ruban vert attaché autour de son


Exactement ce dont on a besoin en ce cou par l’héroïne du Point du mari, or-
moment. Une acuité féministe intransi- nement étrange qu’elle prétend intou-
geante, une intelligence politique tor- chable et de naissance, à la fois bijou et
rentielle, un style littéraire hardi. Effa- instrument de torture… Un exemple
rée par la bizarrerie du monde entre mille des fantaisies qui traversent
d’aujourd’hui, Carmen Maria Machado le livre et diffusent une lumière dan-
en a fait la matière première de ce re- sante sur une vérité contemporaine : il
cueil de nouvelles expérimentales, qui faut se méfier de l’eau qui dort. Faire
catapultent les règles du genre, et d’où bouger les frontières, « montrer ce qui
jaillit une joie insolente de dire les se joue au-dedans de mes paupières
choses, dans toute leur drôlerie, dans quand je m’endors », transformer la dé-
toute leur monstruosité. Le corps célé- valorisation de soi en force d’indépen-
bré par le titre est celui de la femme de dance, chaque personnage féminin ap-
tous les jours, parfois obèse, parfois les- porte sa pierre au combat collectif.
bienne, parfois téléphage, parfois mal Qu’ont encore en commun les hé-
mariée, mais toujours, résolument tou- roïnes de ces nouvelles aussi abraca-
jours extra lucide, et donc invincible. dabrantes que réalistes ? Leur langage,
Voilà le talent de cette jeune plume tellement ailé, précis et drôle. La vive
américaine : faire parler l’épiderme et sensibilité d’écriture de Carmen Maria Sélection Prix Goncourt 2019
les viscères, écouter la mémoire cellu- Machado, son art de faire claquer les
laire étouffée par des millénaires de pa- mots pour restituer les effets phy-
triarcat, observer les dégâts orga- siques de l’absurdité des situations,
“Ce roman superbe explore le destin de
niques et glorifier les zones intactes. son sens de l’insoutenable poésie qui trois aventuriers et l’histoire menacée des
Les femmes qui peuplent son livre s’immisce parfois dans l’épreuve, font paysages, avec une infinie délicatesse.”
ont intériorisé malgré elles des com- de ce livre un immense laboratoire de
Gilles Heuré, Télérama
portements de soumission systémique recherche sur la liberté. À tel point
— supporter que l’obstétricien recouse qu’il lui est possible de commencer
leur périnée trop serré pour le futur une histoire par cette phrase : « Plus
“Á la fois conte philosophique et épopée
plaisir sexuel de monsieur, s’infliger tard le silence dans ma tête n’a pas poétique, Un Monde sans rivage conti-
régimes et opérations chirurgicales d’égal », sans déranger personne, au nue de vous hanter longtemps après sa
pour obéir au diktat de la minceur —, contraire. — Marine Landrot
mais elles débordent de ressources | Her Body and Other Parties, traduit
lecture.”
quand il s’agit de défendre leur droit à de l’anglais (États-Unis) par Hélène Papot,
Léonard Desbrières, Lire
l’excentricité. Quelle idée féerique que éd. de l’Olivier, 320 p., 22 €.
“Le lyrisme éveillé qui fait le relief de ses
plus belles phrases s’accompagne de la
finesse de la réflexion sur le vivant qui
peut être portée par la poésie.”
Zoé Courtois, Le Monde des Livres
“Hélène Gaudy dresse des tableaux d’une
grande beauté, y effleure les pensées des
aventuriers et de leurs proches.”
Photo12/Alamy | Tom Storm

Fabienne Lemahieu, La Croix


Carmen Maria
Machado réussit “Émouvant, poétique et brillant.”
un manifeste
culotté en faveur Sophie Pujas, Le Point
de l’émancipation
des femmes.

Télérama 3636 18 / 09 / 19
Roman

L’Âge
de la lumière
Roman
Whitney Scharer

De New York à Paris, Lee Miller fut


top model, compagne de Man Ray et
photographe de guerre. Un premier
roman aussi ardent que son héroïne.

y
La fascinante et tourmentée photo-
graphe Lee Miller (1907-1977) disait
elle-même que sa vie était un puzzle
dont les pièces « ivres » ne concordaient
pas… À ce personnage violemment
­romanesque, qui inspira nombre de
biographies, il fallait enfin un vrai
­roman, jouant superbement du vrai et
du faux, riche de mille anecdotes sur Lee Miller chez
le Paris surréaliste des années 1920- Hitler à Munich,
1930 comme sur l’effroyable univers en 1945, peu après
le suicide du
de la Seconde Guerre mondiale, que dictateur. Elle
l’ex-mannequin vedette à l’allure couvre alors pour
hitchcockienne couvrit comme photo- Vogue la Libération
de l’Europe.
graphe pour le magazine Vogue.
­Incroyable destin que ressuscite à elle file à Paris, pour passer de l’autre part. De cette ardente histoire de pas-
merveille Whitney Scharer en mêlant côté de l’objectif. C’est Man Ray (1890- sion et de création, de liberté et de dé-
hardiment les temporalités. Dans ce 1976), alors portraitiste adulé des sur- pendance, de traumatisme et de désir,
premier roman, elle s’empare avec réalistes, qu’elle choisit pour maître. la romancière a tiré un poignant corps
fièvre d’une artiste follement inven- Elle en sera non seulement la disciple, à corps sentimental et psychique. La
tive, à une époque où il était si difficile mais aussi la maîtresse et la muse. simple et terrible histoire d’une fille
aux femmes de faire reconnaître leur Voire l’initiatrice, puisque c’est grâce à trop belle, trop douée, et qu’un viol a
talent. Pourtant, Lee Miller eut de la elle qu’il découvre la fameuse « solari- pour jamais détruite. L’histoire d’une
chance. Repérée par hasard dans une sation », soit une inversion totale du héroïne tragique. Belle à pleurer.
rue new-yorkaise à 20 ans, elle devient noir ou blanc sur un négatif ou un ti- — Fabienne Pascaud
aussitôt mannequin, mais lassée de rage photographique… Mais Lee avait | Age of Light, traduit de l’anglais
n’être que modèle — son père déjà ai- envie de créer seule et Man était un (États-Unis) par Sophie Bastid-Foltz,
mait à la photographier nue enfant… —, amant et un artiste trop jaloux. Elle éd. de L’Observatoire, 444 p., 23 €.

PROMENONS-NOUS
DANS LES BOIS,
TANT QUE L’HOMME
« L’un des écrivains les
N’Y EST PAS.
plus puissants et originaux
de la scène littéraire américaine. »
Florence Noiville,
Le Monde des Livres

En suivant une botaniste


qui perce le SECRET
de la COMMUNICATION
entre les ARBRES,
RICHARD POWERS
nous emmène au plus
profond de nos RACINES.
Poche | roman Gallimard
présente
Top poche
« J’avais envie de me faire tenir Paru en 2007, ce roman fou,
tout entier dans un livre. J’avais proliférant et foudroyant, dont
envie d’un autoportrait doublé la structure complexe et fluide
d’un art poétique. J’avais envie permet à Reinhardt de se tenir en
de conjuguer critique sociale équilibre entre fiction, autofiction
et recherche formelle, violence et critique sociale corrosive, est
et douceur, ingénuité et cruauté, sans doute celui grâce auquel il
humour et gravité, lucidité s’est définitivement installé parmi
et féerie, de connecter ciel et nos contemporains capitaux. AURÉLIEN BELLANGER

finance… », écrit Éric Reinhardt Douze ans plus tard, cette


LE CONTINENT
dans la postface qu’il donne ambition, cette folie plurielle sont DE LA DOUCEUR

Photo F. Mantovani © Gallimard


à cette nouvelle édition, dans parfaitement intactes. — Na.C. rom a n

la collection Folio, de Cendrillon. | Folio, éd. Gallimard, 624 p., 9 €, u.

La Clé USB
Roman GALLIMARD

Jean-Philippe Toussaint

C’est, au départ, une « porte dérobée » sur un écran d’ordinateur. Puis


un roman d’espionnage étourdissant, au pays de la cybersécurité mondiale.
AURÉLIEN

BELLANGER
y range pour ménager dans son emploi
Il n’est pas d’interstice si petit, de réa- du temps une parenthèse, un blanc de
lité si aride ou abrupte où la poésie et quarante-huit heures, afin de faire un
le romanesque ne puissent trouver à détour par la Chine pour y traquer le
se nicher et fleurir. Ainsi de cette mystère de cette backdoor suspecte. Le continent
« backdoor », cette « porte dérobée » L’expédition ne manquera ni de re- de la douceur
que le narrateur de La Clé USB repère bondissements ni de périls, mais est-
ROMAN
un beau soir en scrutant sur l’écran de ce bien sur le terrain des bitcoins, des
son ordinateur un code source infor- blockchains et des enjeux de la sécu­ « Aurélien Bellanger redonne un
matique. « J’aimais beaucoup cette mé- rité informatique à échelle internatio- souffle épique, une ampleur
taphore d’une porte dérobée, qui évo- nale que Jean-Philippe Toussaint romanesque à l’Europe. »
quait une scène galante, avec un visiteur cherche à nous entraîner, à la suite de Élisabeth Philippe et Grégoire Leménager, L’Obs
invisible qui vient d’entrer ou de sortir… » son narrateur aux aguets ? Plus on le
Qu’importe que la porte en question suit, plus on en apprend (et Dieu sait « Aurélien Bellanger offre à la
soit, en l’occurrence et plus prosaïque- qu’on en apprend énormément, tant mythologie de la construction
ment, « un moyen d’accès non autorisé, sur la philosophie de la prospective européenne, dans laquelle il a
dissimulé dans un programme, pour stratégique que sur les technologies grandi, un adieu mélancolique,
permettre à un ou plusieurs individus de stockage informatique et les enjeux traversé d’images et de formules
malfaisants de prendre totalement ou cruciaux de leur maîtrise), plus le véri- saisissantes. »
partiellement le contrôle d’une machine table dessein de ce roman ludique et Raphaëlle Leyris, Le Monde des Livres
à l’insu de son utilisateur légitime », Jean hautement virtuose se déplace et se
david scherman/The LIFE Picture Collection via Getty Images

Detrez n’en décide pas moins de la précise. L’aventure et les dangers qui « Avec cette fiction uchronique
franchir, et de se laisser happer par l’accompagnent ne s’inscrivent-ils pas mêlant la fable politique au roman
l’énigme sur laquelle elle ouvre… plutôt, pour Jean Detrez, parmi les d’apprentissage, Aurélien Bellanger
Personnage central de ce minu- « pratiques réductrices d’angoisse » et est plus brillant et facétieux que
tieux et grisant roman d’espionnage, autres « rites apotropaïques » par les- jamais. »
Jean Detrez est conseiller en prospec- quels l’homme tente de s’extraire du Marie Chaudey, La Vie
tive auprès des institutions euro- temps qui passe, d’échapper à l’an-
péennes à Bruxelles. Et c’est presque goisse de la perte, de dissiper l’hori- «Un roman absolument prodigieux
par hasard, ou par erreur (mais sait-on zon certain de sa propre fin ? C’est tout et extrêmement drôle.»
jamais…), qu’il s’est retrouvé en pos- le talent saisissant de Jean-Philippe Arnaud Viviant, France Inter
session de la clé USB recelant ce code Toussaint que de brouiller ainsi les
source suspect. Toujours est-il que le pistes, jusqu’à nous étourdir, nous stu-
voilà qui, dans le plus grand secret, et péfier, nous bouleverser.
alors qu’on l’attend au colloque Block- — Nathalie Crom
chain & Bitcoin Projects de Tokyo, s’ar- | Éd. de Minuit, 192 p., 17 €.

gallimard.fr I facebook.com/gallimard
Télérama 3636 18 / 09 / 19
Bande dessinée | Roman | Poésie

Visa transit sés, guère de dialogues, une relation tées, mais aussi de pure fiction. Dans
Bande dessinée complice mais peu détaillée, le récit fait ce patchwork, passé et présent se su-
Nicolas de Crécy la part belle au vide, à la rêverie, à ces perposent, le quinquagénaire d’au-
longues distances et à ce temps dilaté jourd’hui interpelle le routard d’hier,
y qui font l’essence même du voyage. Une des stations-service disparaissent mys-
Été 1986. Nicolas de Crécy et son cousin ivresse de la route célébrée par Jack Ke- térieusement, la mer Noire a des reflets
Guy larguent les amarres. Après avoir rouac et que Nicolas de Crécy, pour sa d’argent et un motard qui n’est autre
retapé et aménagé tant bien que mal première œuvre autobiographique, a re­ que le poète Henri Michaux vient jouer
une antique Citroën Visa qui pourrissait prise à son compte mais sans excès de les trouble-fête ! Un surréalisme inspiré,
au fond du jardin, les deux vingtenaires vitesse. De cette expédition vieille de onirique, frotté d’un humour que l’on
prennent la route. Sans trop d’inquié- trente ans, à une époque où n’existaient retrouve avec toujours autant de plaisir.
tude relative à une certaine centrale nu- ni téléphone portable ni réseaux so- Crécy y  adjoint une réflexion douce-
cléaire ukrainienne dont l’un des réac- ciaux, le dessinateur n’a gardé que amère sur notre époque si prompte à
teurs vient d’exploser, le tandem met le quelques photos. Cet album s’appuie tout conserver qu’elle ne voit plus
cap à l’est, destination la Turquie. Du uniquement sur sa mémoire et en la beauté de l’oubli. Un grain de poivre
road-movie, Visa transit a gardé la sa- épouse la subjectivité et les défaillances. inhabituel et bienvenu. Sur Télérama.fr
veur mais pas les travers. Pas de des- Visa transit est un entrelacs sédui- — Stéphane Jarno la bédéthèque
idéale
criptions minutieuses des pays traver- sant de choses vues, oubliées, réinven- | Éd. Gallimard, 136 p., 22 €.

77 ­innocence, sans nostalgie d’un temps

Rimes riches
Roman heureux qui a oublié d’exister. Avec le
Marin Fouqué grand Kevin, la fille Novembre, Enzo
qui deviendra le Traître et les faux ju-
y meaux, ils sont une bande de potes. Quelques vers d’un poète (ré)édité. Cette semaine,
Pas d’espaces, pas de chapitres ni de Ils se posent devant l’abribus ou près Kenneth White (né en 1936).
dialogues ; pas de temps à perdre dans de la station d’essence pour regarder
ce premier roman dont la composi- passer les voitures et se dire qu’un En plein Atlantique
tion et l’écriture respirent l’urgence, jour ils partiront très loin. Pour gran- à mi-chemin
la violence et la survie. 77, ou plutôt 7-7, dir, le shit bien gras partagé entre co- entre les Bahamas et les Açores
c’est un département à la lisière de pains est plus important que les pa- une zone de calme
­Paris et pourtant au bout du bout du rents et leur éducation trouée. Pour
monde. Un village avec des vieux qui survivre, il faut d’abord apprendre à immenses étendues d’eau
puent et des jeunes qui se noient dans se taire sous les coups. couvertes d’algues à perte de vue
un ennui dense comme le bitume. On Marin Fouqué, rappeur, boxeur,
y joue encore au Loto, on se fait cou- poète, décrit ce territoire avec une un navigateur y a beaucoup songé
per les cheveux au seul bistrot du coin brutalité de survivant. Il raconte un un poète aussi
par la fille du patron qui passe son CAP monde péri-urbain où les jeunes sont
coiffure. Évidemment, il y a des les nouveaux galériens. La société les le grand songe se poursuit.
Éditions gallimard

bandes, des bagarres, des vrais durs et a oubliés, mais il reste la rage, celle qui
des filles à reluquer du côté des py- aide à partir loin de l’abribus pour | Extrait d’« Okeanos », in Mémorial de la terre océane,
lônes et des bennes à ordures. Au fil écrire des romans fulgurants. édition bilingue, traduit de l’anglais par Marie-Claude White,
d’un monologue haletant, le narra- — Christine Ferniot éd. Mercure de France, 204 p., 19,80 €.
teur fait le bilan d’une enfance sans | Éd. Actes Sud, 224 p., 19 €.

72 Télérama 3636 18 / 09 / 19
PHOTO : NEMO PERIER STEFANOVITCH
Récit | Roman

Le Rugissant
Récit
Raphaël Malkin

Musicien génial le jour, mauvais garçon la nuit. L’histoire de Rud Lion, gloire
fugace de l’underground parisien des années 1990, méritait d’être racontée.

y seur d’énergies, il devient le clavier de


Le premier livre de Raphaël Malkin, Tonton David, alors au sommet de sa
Music Sounds Better With You (2015), re- gloire, compose la mélodie d’un tube
traçait le parcours des pionniers de la de Bashung, produit le prometteur
french touch, cette période faste pour groupe de rap Expression Direkt, orga-
la musique électronique française, à la nise des soirées ragga très prisées…
fin du xxe  siècle. Son deuxième ou- Mais les espoirs placés en lui sont
vrage nous plonge dans le Paris under- sans cesse broyés par une sorte de
ground du début des années 1990, au double maléfique, au fort potentiel ro-
croisement de la « guerre des gangs » et manesque. Chaque fois que le succès
de l’émergence de la culture hip-hop. pointe, le côté obscur de Gillas refait
Le Rugissant raconte l’histoire vraie ­irrémédiablement surface, telle une
de Marc Gillas (1969-1999), alias Rud malédiction. Et l’on découvre dans ce
Lion, une figure symptomatique de récit puissant un personnage aussi vol-
l’époque, un écorché vif au destin fa- canique que déroutant, un aimant à
çonné par la rue et le gangsta rap amé- embrouilles qui peut se battre pour un
ricain. Le « grand boucan », comme le regard mal placé, y compris avec ses
surnomme Raphaël Malkin, parvient proches. Le lecteur assiste alors, im-
par séquences à s’extirper de son quo- puissant, à la lente dégringolade d’un
tidien de banlieusard, rythmé par la bad boy à la vie chaotique — dont on se
violence, les squats, le deal, la prison… doute qu’elle va mal finir. « Live fast,
Rud Lion ne manque pas de talent. Mu-
sicien autodidacte, capable de fulgu-
die young », telle était la devise de Rud
Lion. — François Chevalier Avec Un monstre et un
rances créatives et formidable cataly- | Éd. Marchialy, 250 p., 20 €.

Attendre un fantôme
chaos, Hubert Haddad
Roman
Stéphanie Kalfon frappe droit au cœur.
Kate perd son amoureux dans un attentat. Mais le choc fait vite place à un Sandra Benedetti
désarroi plus grand. Un roman troublant sur la toxicité des liens familiaux. L’Express
y place royale. Le personnage maternel,
L’étude de la folie intéresse la roman- ­égoïste, hystérique et destructeur que
cière Stéphanie Kalfon — la folie poé- dessine Stéphanie Kalfon est un som-
tique et ambiguë dans son premier livre, met de perversité. Face à elle, les amis
Les Parapluies d’Erik Satie (éd.  Joëlle de Kate et les autres membres de la fa-
Losfeld, 2017), agressive et traumati- mille ne sont que des hochets. Kate de-
sante dans ce nouvel opus boulever- vra lutter pied à pied pour s’extraire de
sant, Attendre un fantôme. Kate, 19 ans, cette gangue, accepter la mort de Jeff et
rentre de vacances, et apprend la mort son absence définitive. Surtout, elle ap-
brutale de Jeff, son amoureux, dans un prendra à se débarrasser des chantages
attentat. Le choc est immense, amplifié affectifs qui gangrènent l’existence,
par le silence de sa mère, qui a cru la l’esprit, et même la mémoire.
protéger en ne lui disant rien du drame L’écriture musicale, la puissance
pendant plusieurs jours. « Je voulais que des dialogues, le travail sur différents
tu passes de bonnes vacances », répète- niveaux de langue donnent à ce livre,
t-elle, faisant mine de se mettre à la qui jongle avec la banalité du quotidien,
place de son enfant avec une mauvaise une force poétique exceptionnelle. Les
foi qui s’apparente à un abus de pouvoir. phrases se bousculent, elles tourbil-
Attendre un fantôme commence lonnent, comme l’esprit de Kate, atter-
donc comme un fait divers, puis s’am- rée, en plein chaos. En se déployant
plifie et se déploie pour décrire un ainsi, le livre de Stéphanie Kalfon de-
­basculement, un traumatisme dans le- vient une leçon de vie. — C.F.
quel le sadisme familial occupe une | Éd. Joëlle Losfeld, 144 p., 15 €.

www.zulma.fr
Télérama 3636 18 / 09 / 19
arts Olivier Theyskens, In praesentia
Mode

u
À l’entrée, une immense robe à crino-
line bleu électrique surgit dans l’obscu-
rité. On ne savait pas Olivier Theyskens
capable de telles extravagances. On le
pensait austère, abonné au noir, il se
révèle explorateur du vêtement. Quasi
autodidacte, ce Bruxellois de 42 ans,
passé par Rochas et Nina Ricci, revisite
souvent le passé, mais sans chercher à
l’imiter, comme s’il voulait fixer dans
une silhouette un souvenir un peu flou.
À chaque fois, il réinvente la technique
d’une époque ou d’un créateur. Les
­volumineuses tournures de la fin du
xixe siècle deviennent des fourreaux
d’où pendent d’incongrus faux bras.
Le Yacht pavoisé La coupe en biais allonge intermina-
au Havre, de Raoul blement les corps. Il y a beaucoup de
Dufy, 1904.
noir, mais il est rendu vivant par les ma-

Raoul Dufy au Havre


tières, des moirures de l’astrakan aux
plis cassants du lin enduit. Car ce par-
Peinture cours, fêtant les dix ans de la Cité de la
dentelle et de la mode de Calais, est
Contours dissous, jeu de couleurs pures… le spectacle de la mer fut sans très incarné. Les lumières rasantes ac-
cesse réinventé par Dufy. Autant de variations lumineuses captées au Havre. cusent le relief d’une soie brute ou le
scintillement d’une fausse chevelure
y mosphériques de ses prestigieux pré- brodée au dos d’une veste anthracite.
« Je cherche la lumière du tableau », di- décesseurs havrais, Eugène Boudin La délicatesse générale contraste avec
sait Raoul Dufy (1877-1953). La lumière (1824-1898) et Claude Monet (1840- la présence d’outils, de pièces de ma-
qui perce sous la peinture et éblouit 1926). De l’impressionnisme, Dufy sai- chines ou de catalogues d’échantillons
progressivement jusqu’à imprimer la sira au vol la légèreté de parasols et provenant des fabriques de dentelle de

MuMa Le Havre/David Fogel ©ADAGP, Paris 2019 | Julien Claessens et Thomas Deschamps
rétine, comme lorsque l’on regarde le d’ombrelles aux contours dissous dans la ville. La mode est traitée avec préci-
soleil couchant face à la mer. Pour le l’air tremblant. Puis il oblique vers la sion et poésie. — Xavier de Jarcy
peintre, tout part peut-être d’une ré- violence de la couleur pure cernée de | Jusqu’au 5 janvier, Cité de la dentelle et
miniscence de l’enfance, sur la plage traits noirs comme des coups de fouet de la mode, Calais (62), tél. : 03 21 00 42 30.
de Sainte-Adresse, où il allait le di- —  il gravite alors dans le milieu des Catalogue : éd. Liénart, 175 p., 30 €.
manche plonger depuis l’estacade, un fauves, Friesz, son ami havrais, Mar-
Avec cet ensemble
long ponton pointant vers l’océan. Ou quet, Braque, Matisse. Puis se prend au en taffetas de soie
sur le port du Havre où il a travaillé, jeu de la fascinante reconstruction moirée (hiver
adolescent, à surveiller le décharge- géométrique impulsée par Cézanne. 2000-2001), Olivier
Theyskens rafraîchit
ment de cargaisons exotiques venues Puis joue de la couleur, dissociée de la la crinoline.
de l’autre côté de l’Atlantique. Toutes forme. En quatre-vingts œuvres, l’ex-
choses qui finiront sur sa toile, tout position suit, étape après étape, le pro-
comme le grand bleu envahira son cessus évolutif de l’artiste, qui revient
œuvre en nappes diluées ou agitées de face à la mer, pour expérimenter, ou
vagues en forme de virgules. pour valider sa recherche sur ce ter-
Dufy est donc né au Havre, qu’il re- rain qu’il connaît bien : « la mer, la lu-
présente à ses débuts en aquarelles mière, le scintillement et les palpitations
limpides gardant la mémoire des im- aériennes ». — Sophie Cachon
Sur Télérama.fr
meubles anciens serrés face aux bas- | Jusqu’au 3 novembre, musée d’Art Tout chose,
sins, plus tard anéantis sous les moderne André-Malraux, Le Havre (76), le blog design
bombes de la Seconde Guerre mon- tél. : 02 35 19 62 62. Catalogue : et mode de
Xavier de Jarcy
diale. À 20 ans, il part sur les traces at- coéd. MuMa-Mare & Martin, 240 p., 29 €.

74 Télérama 3636 18 / 09 / 19 t On aime un peu…  y … beaucoup  u … passionnément  r … pas du tout
concerts, stand-up, balades,
brunch, vente de plantes
et activités en famille...

*sauf activités payantes prévues au programme


Arts UnE rEntréE sColAirE
soUs lE signE dU PAtrimoinE
La chronique d’Olivier Cena
u | Jusqu’au nées  1970-80) de son ralliement au
Mallarmé 13 octobre, Musée groupe Support/Surface. L’ensemble,
invite… départemental modeste comme le lieu, suffit pour-
Pincemin Stéphane-Mallarmé, tant à prouver le grand talent de colo-
Peinture, 4, promenade riste du peintre, son élégance extrême,
sculpture, Stéphane-Mallarmé, sa grâce, sa puissance poétique.
gravure Vulaines- Et puis il y a les sculptures. Vers la
Jean-Pierre sur-Seine (77). fin des années 1980, Jean-Pierre Pince-
Pincemin Tél. : 01 64 23 73 27. min récupère des bouts de bois colorés
qu’il fait assembler à l’aide de fil de fer
C’est encore la banlieue et déjà la cam- par des assistantes. Les formes, des vo-
pagne. La Seine y coule, paisible. Dans lumes à facettes, sont le plus souvent
Le Vicomte de Bragelonne, Alexandre indéfinissables — « Elles ont comme par-
Dumas cite ce lieu-dit, Valvins, comme ticularité de toujours ressembler à des
l’endroit où se baignait la Cour lorsque toupies », disait-il. Elles sont parfois
Louis XIV se déplaçait à Fontainebleau. suggestives, comme l’étrange oiseau
Un jour de 1874, séduit par la beauté du bicéphale de 1988 exposé au premier
lieu, le poète Stéphane Mallarmé y étage ou, au rez-de-chaussée, le grand
loua le premier étage d’une ancienne bateau-phare biscornu de 2000, et plus
auberge, puis en 1895, l’auberge en- rarement facétieuses comme celle, au
tière. Il y venait en vacances. Il canotait premier étage, dressée sur une ma-
sur la Seine « qui laisse s’engouffrer quette de maison composant sa base.
dans son eau des journées entières sans Quatre d’entre elles (elles ne sont pas
qu’on ait l’impression de les avoir per- datées), installées à l’entrée de l’expo-
dues, ni une ombre de remords ». Il culti- sition, vaguement anthropomorphes,
vait son jardin, soignait les roses, se s’élèvent comme de mystérieux to-
promenait en forêt. Il y ­recevait ses tems chargés de signes symboliques
amis : Berthe Morisot, Paul Valéry, Ma- — impressionnantes.
net, Vuillard, Renoir… Il y mourut en Ce ne sont pas des sculptures de
1898, à l’âge de 56 ans, d’une maladie sculpteur, ni vraiment des sculptures
respiratoire. Il est enterré tout près de de peintre. Le primitivisme les caracté- « Ce qui n’était que des pages de leurs
là, au cimetière de Samoreau. rise. Pincemin disait que les formes se manuels d’histoire du secondaire, parfois
L’auberge, classée monument his- construisaient « au petit bonheur la lointaines et vides de sens, s’est retrouvé
torique, est devenue le Musée départe- chance » et que leur matériau récupéré incarné dans cette visite. »
mental Stéphane-Mallarmé, ouvert au était une sorte d’hommage à l’art brut.
Céline, professeure en collège
public en 1992. On y visite au premier L’instinct les façonne, incertaines (la
étage les appartements du poète où, sculpture), mais le charme des cou-
dominant les souvenirs et les bibelots leurs usées vient rétablir leur évidence « Activité menée par des intervenants
abolis, se trouve le très beau portrait (la peinture). Elles ne ressemblent à qualifiés et en parfaite adéquation avec le
d’une jeune fille, dessiné en 1932 par rien d’autre qu’à elles-mêmes. On ima- programme de seconde. »
Matisse pour illustrer le recueil Poésies gine des peaux palpitantes peut-être,
Nicolas, professseur en lycée
de Mallarmé. Au rez-de-chaussée, trois des surfaces de sculptures plutôt que
petites pièces accueillent l’exposition des sculptures proprement dites, bri-
temporaire. En cet espace modeste et colées mais vivantes. Une grande force « Un premier contact attrayant avec un
charmant, le musée « invite » le peintre poétique les anime, comparable à celle univers qui leur est la plupart du temps
Jean-Pierre Pincemin (1944-2005). qui enlumine les peintures. L’exposi- étranger. »
L’étroitesse des salles, les plafonds tion modeste et tendre le confirme Danièle, institutrice en maternelle
bas imposent des formats petits et donc : Pincemin est bien l’un des
moyens : dessins, gravures, lithogra- grands artistes de son temps •
phies et peintures. Ils couvrent gros-
sièrement la carrière de l’artiste, du
vEndrEdi 20 sEPtEmbrE 2019
premier bois peint de 1967 marquant
les premiers pas de Pincemin, alors
âgé de 23 ans, jusqu’aux dernières
Plus de 650 activités culturelles
peintures figuratives des années 2000. de la maternelle au lycée
Une toile abstraite de 1981 montrant
trois bandes verticales mal ajustées www.les-enfants-du-patrimoine.fr
(« Ah ! le fameux décalage », disait-il
en riant) caractérise l’époque (les an-
Un événement des CAUE
t On aime un peu…  y … beaucoup  u … passionnément  r … pas du tout Télérama 3636 18 / 09 / 19
Les Enfants du Patrimoine est une marque déposée par les CAUE d’Ile-de-France
scènes rité. Un tableau s’achève, la poudre re-
muée retombe avec tristesse comme la
neige enveloppant l’amoureux errant.
À l’évocation du Lindenbaum, le « til-
leul » sous lequel celui-ci s’allongeait
avec sa bien-aimée, tous s’affaissent au
sol pour des portés compliqués. Preljo-
caj ne suit pas le drame pas à pas (Schu-
bert non plus d’ailleurs). La force pictu-
rale de sa danse s’impose avant tout ici,
avec ces marches pesantes de pèlerins
sans espoir, ces corps arqués appelant
à l’aide, ou ces pauses silencieuses lais-
sant résonner l’écho élégiaque du Win-
terreise s’achevant — pour Schubert
comme pour Preljocaj — sur le chant si
poignant du joueur de vielle.
— Emmanuelle Bouchez
| 1h15 | Du 24 au 27 septembre à Aix-en-
Provence (13), tél. : 08 20 13 20 13 ; du 3 au
5 octobre au Théâtre des Champs-Élysées,
Paris 8e, tél. : 01 49 52 50 50. Puis à
Martigues, Metz, Bruxelles, Dole, Nantes…

Le Cours classique
Théâtre
Yves Ravey

Winterreise
« houille » fine et brillante couvre la y
scène — belle idée de la styliste Une ambiance clinique… Celle d’une
Ballet Constance Guisset — sur laquelle cha- salle de classe sans fioritures, où le bu-
Angelin Preljocaj toie la lumière noire d’Éric Soyer. Dans reau du prof, encadré par deux portes
cette obscurité hivernale, le baryton ouvrant sur des couloirs sans fin, trône
Preljocaj compose un tableau d’une basse Thomas Tatzl, accompagné au face à un public endossant d’emblée le
grande force, enveloppé par la voix piano forte, incarne avec une pudeur rôle des élèves. En mettant en scène ce
de Thomas Tatzl et la mélancolie sensible un personnage d’amant dé- récit du romancier et dramaturge Yves
du Voyage d’hiver de Schubert. laissé quittant la ville pour errer sur les Ravey, paru il y a vingt-cinq ans, San-
chemins glacés, seul et abandonné, at- drine Lanno en traduit la saveur amère
y tiré par la mort. La musique qu’a écrite de confinement. La vie scolaire décrite
À l’inverse de Gravité, pièce de la sai- Schubert sur le cycle de poèmes de par l’écrivain (lui-même jadis prof de
son dernière où rayonnait une blan- son contemporain Wilhelm Müller français) semble appartenir aux an-
cheur conjuguée à une vivacité de (1794-1827) est hypnotique. Les mots nées 1950… Deux pédagogues s’y af-
mouvements, le chorégraphe Angelin « cœur » (Herz) et « amour » (Liebe) y frontent — le prof principal et le cen-
Preljocaj plonge avec Winterreise dans tintent comme le glas. seur des études — à l’occasion d’une
un univers sombre où le geste se dé- Vêtus de maillots noirs ajustés, lais- mauvaise farce des élèves à l’égard
ploie avec la lenteur de la mélancolie. sant bras et jambes nus se découper d’un enseignant. Le style indirect du
Inspirée par le cycle de Lieder de Schu- telles des virgules claires, douze inter- roman laisse ici la place au discours de
bert et d’abord conçu pour le Ballet de prètes se détachent sur scène. Tous ces deux personnages engagés dans
la Scala de Milan, l’œuvre a été recréée progressent sous le poids du destin. Ils une joute les opposant tout entiers.
avec sa propre troupe du Pavillon noir ont beau arpenter l’espace en tous sens, Grégoire Œstermann et Philippe Du-
d’Aix-en-Provence en juin dernier au rien n’y fait… Les pas de deux (bonheur clos semblent avoir bu leur rôle jusqu’à
Festival Montpellier Danse. Le public y perdu) s’éclipsent vite, les groupes la lie. Ils rendent grâce à la cruauté
Jean Claude Carbonne

fut saisi par le souffle romantique de sculptent des équilibres intenables, et tranquille exprimée lentement mais
ce Voyage d’hiver découpé en vingt- les défilés en ligne mettent surtout en Les interprètes sûrement par Ravey. — E.B.
quatre lieder et autant de tableaux par relief des êtres esseulés. Une étrange du ballet Preljocaj, | 1h40 | Jusqu’au 29 septembre, Théâtre du
dans le décor
le chorégraphe. Preljocaj a su choisir douceur se dégage pourtant d’une ges- hivernal imaginé par Rond-Point, Paris 8e, tél. : 01 44 95 98 21.
ses alliés pour créer ce monde… Une tuelle toujours accomplie avec intério- Constance Guisset. Puis à Amiens, Marne-la-Vallée, Chelles…

78 Télérama 3636 18 / 09 / 19 t On aime un peu…  y … beaucoup  u … passionnément  r … pas du tout
Scènes

La chronique de Fabienne Pascaud


y De l’adaptation théâtrale d’Orlando, souvent, de filmer en direct le spec-
Orlando on se souvenait d’un magnifique mo- tacle en train de se jouer, privilégiant
Théâtre-cinéma nologue quasi mental et abstrait, aux des détails en gros plans, révélant ce
Virginia Woolf hypnotisantes lumières géométriques, qui se passe en coulisse. Fascinante
| 1h50 | Mise en mais incarné avec électricité par une autopsie de la représentation. Dans
scène Katie Isabelle Huppert hors genre, hors âge, cet Orlando-là, les images déjà tour-
Et Gilgamesh détruisit la forêt magnifique… Mitchell. Spectacle rayonnante et impénétrable. C’était en nées donnent une épaisseur toute ro-
en allemand 1993, sous la direction de l’américain manesque à l’adaptation théâtrale, la
Outwitting the devil surtitré en français. Robert Wilson. Tout autre est l’ap- nourrissant de moments charnières
Danse Du 20 au 29 sept., proche de l’Anglaise Katie Mitchell, du livre qui s’emboîtent facétieuse-
Akram Khan Odéon-Théâtre de plus rompue à l’univers de sa compa- ment au spectacle, tandis qu’une nar-
l’Europe Paris 6e. triote Virginia Woolf (1882-1941), à son ratrice perchée dans les airs lit au mi-
t Tél. : 01 44 85 40 40. humour caustique, à sa mélancolie, à cro de longs passages de cette
Dans sa dernière création, le choré- ses déchirures. Pour les comédiens de abracadabrante intrigue transsexe,
graphe anglo-bangladais Akram Khan la Schaubühne de Berlin —  une nou- transespace, transtemps. La féministe
veut dénoncer le poids menaçant des velle génération moins fulgurante que Virginia Woolf s’y révèle visionnaire,
hommes sur la biodiversité. Il s’est, les précédentes —, elle a adapté le très anticipant avec audace, dès 1927, le fa-
pour cela, inspiré d’une tablette de curieux et picaresque roman de l’au- meux « on ne naît pas femme, on le de-
l’épopée de Gilgamesh (roi tout-puis- teure plutôt introvertie des Vagues et vient » de Simone de Beauvoir (Le Deu-
sant de la ville mésopotamienne d’Ou- de La Promenade au phare. Ainsi redé- xième Sexe, 1949) et la théorie du genre
rouk) retrouvée en Irak en 2011. Dans couvre-t-on via le théâtre-cinéma, la qui en découle. Orlando — nom inspi-
cet extrait, le tyran détruit sans ver- représentation mêlée de vivant et d’ar- ré du Roland furieux de l’Arioste ? d’un
gogne la plus belle des forêts de cèdres. tificiel, d’immédiat et de passé chère à héros de Shakespeare ?  — cumule et
Ce propos aurait pourtant mérité la metteuse en scène, la biographie cultive en effet, qu’il soit homme ou
d’être plus explicite. Pourquoi n’a-t-on imaginaire de cet Orlando conçue par femme, les mêmes désirs créatifs, les
pas connaissance de ce texte dans son Virginia Woolf tel un défi littéraire. mêmes pulsions sexuelles. Et la même
intégralité, dès le début du spectacle ? C’est en s’inspirant de son amante et solitude. Hallucinant personnage en
Heureusement, dans un décor de muse d’alors, l’intrépide et aristocrate vérité, qu’incarne avec une grâce
blocs noirs figurant les ruines d’une ci- poétesse Vita Sackville-West, qu’elle peut-être trop juvénile Jenny König,
té, les six interprètes témoignent sur crée en 1927 cet insensé personnage, plus Jeanne d’Arc « trans » que diabo-
scène d’une présence qui, à elle seule, contemporain de Shakespeare et de la lique séductrice.
tient en haleine le spectateur. L’opposi- reine Elizabeth Ire. Mais lui ne meurt Sur le plateau, compartimenté en
tion des deux Gilgamesh ( jeune et pas, conduira quelques siècles plus divers lieux d’action — chambre, salle
vieux), ou l’accord du gardien de la fo- tard sa voiture dans les rues de Londres à manger, coin cheminée et même es-
rêt avec la fille de la déesse protectrice et prendra l’avion, tout en ayant mysté- pace maquillage et costumes  —, s’af-
de la nature sont l’occasion de duos sur- rieusement changé de sexe à 30 ans, fairent constamment une dizaine de
prenants. Dans le rôle de cette sage di- après un long sommeil de sept jours… cameramen et de techniciens. Sans dé-
vinité, l’Indienne Mythili Prakash La voiture, l’avion, on les voit sur sordre, avec une harmonie parfaite.
semble d’ailleurs orchestrer la repré- un écran au-dessus du plateau, déjà fil- Sur un fond musical en sourdine, ils
sentation. Dans son sari orangé-or plis- més par Katie Mitchell, avec bien suivent et filment les comédiens, dont
sé, portée par son expérience de dan- Orlando, héros- d’autres scènes encore, comme au- certaines images apparaissent en gros
seuse traditionnelle, elle est impériale. héroïne de Virginia près de ce chêne qui inspire tant le plans. Ce permanent va-et-vient vidéo-
Woolf, et héraut
Et les images qu’elle offre sont parmi les de l’écologie chez poète qu’est Orlando… La metteuse en théâtre éclaire la représentation et lui
plus belles. Arquée sur ses deux jambes, Katie Mitchell. scène ne se contente pas ici, comme ajoute parfois — nouveauté chez Katie
tête appelant le ciel, bras ouverts, elle Mitchell — fantaisie et drôlerie. Car il y
pourrait renverser l’ordre du monde. en a beaucoup chez Woolf, dont on
Mais hélas, comme s’il n’avait pas suffi- connaît aussi l’amour du théâtre brico-
©JeanLouisFernandez | © Stephen Cummiskey 2019

samment confiance en ses danseurs lé en famille, en amateurs, entre soi


— dont les pas martelés au sol sont une (voir Freshwater). Katie Mitchell s’em-
bande-son en soi —, Akram Khan laisse pare à merveille de cette fringale-là,
trop de place à la musique : assourdis- osant porter sans façon à la scène un
sante, voire grandiloquente. Atténuée roman qui traverse le temps, l’espace
et remise à une plus juste place, elle au- et qu’elle actualise joliment en faisant
rait été parfaite. Dommage. — E.B. de son héros-héroïne toujours en
| 1h20 | Jusqu’au 20 septembre au 13e Art avance sur son temps — même emper-
(Théâtre de la Ville), Paris 13e, ruqué à la Barry Lyndon — un chantre
tél. : 01 42 74 22 77 ; les 29 et 30 novembre de l’écologie. Un être universel, neutre,
à Aix-en-Provence, tél. : 08 20 13 20 13. global, qui parle insidieusement, mys-
Et en janvier à Clermont-Ferrand. térieusement, à l’oreille de chacun •

Télérama 3636 18 / 09 / 19 79
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COPYRIGHTS : PREMIÈRES SOLITUDES. Programme et photographie © 2018 Sophie Dulac Productions / Carthage Films

Premières solitudes
Claire Simon a rencontré les dix
élèves de la classe de première option
cinéma du lycée Romain-Rolland
d’Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-
Marne, dans le cadre d’un projet
pédagogique. Pour apprendre à
les connaître, elle avait alors filmé
des entretiens sur le thème de la
solitude. La documentariste dépeint
admirablement les bouleversements
intimes de cet âge, entre nostalgie
d’une enfance quasi révolue, prise Le hors-série La Lune Votre supplément
de conscience de la fragilité du monde La Lune se prête à toutes parisien
© Propriété Graphique 2019 Blaq Out

adulte et appréhension d’un avenir les interprétations. Entre art Cinéma, théâtre, concerts,
inconnu. Comme le dit joliment Tessa et croyances, science et expos, spectacles…
à Judith, en observant l’hiver par la littérature, Découvrez ces Recevez en plus le guide
fenêtre : « Je sais qui je veux devenir, contours dans ce fabuleux des meilleures sorties
mais je ne sais pas qui je vais être. » hors-série. de Paris et sa région.
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* Renouvelable ensuite par tacite reconduction et dénonçable à tout moment. présentée dans les huit semaines suivant la date de
ABB36 débit de votre compte pour un prélèvement autorisé.
enfants la télé allumée
Par Pascale Paoli-Lebailly

u Les Temps modernes + 7 ans


Charlot dans les rouages de la
machine : l’image date de 1935
mais reste d’actualité. Entre
tragédie et burlesque, cette
comédie sociale, économique
et romantique dénonce un monde
où la cadence des machines
ordonne tout. Cet éloge génial
du mouton noir est à voir
et à revoir en famille.
| Film muet en noir et blanc (107 mn),
OCS Go.
T Destination Pékin + 6 ans

Ce que
talement s’éclaircit au bout des vagues. Un jars bravache, mais blessé,
La mer et le texte vont au diapason des traverse la Chine avec deux

diraient
sentiments d’Antoine, que le récit suit canetons espiègles encore trop
sans le quitter un instant. Le roman jeunes pour voler. Ce drôle de

nos pères
commence quand rien ne va plus. Sa voyage pédestre et claudicant
mère, à bout de forces et de patience, vaut aussi pour la qualité de
Roman + 12 ans est partie. Son père ne parvient pas à ses images de synthèse en 3D.
Pascal Ruter surmonter un échec professionnel, il Le camion de cochons péteurs
plonge, entraînant sa famille avec lui. révèle en revanche un humour
Parce que rien ne va plus dans sa Antoine a abandonné le lycée, échoue pas toujours très fin.
famille, Antoine part en vrille. Un à s’exprimer, malgré les mains qui se | Film d’animation (88 mn), myCanal.
beau texte incisif sur le désir de vivre. tendent. Bientôt il se laisse embarquer T Captain Tsubasa + 7 ans
par une petite bande en perdition… On Seconde jeunesse pour le manga
y s’attache vite à cet adolescent empêtré culte des années 1980 sur le
D’abord il y a la mer, dont l’humeur dans ses contradictions et ses men­ football, auparavant connu sous
changeante donne le ton du récit. Une songes. Pascal Ruter exprime, avec fi­ l’appellation Olive et Tom. Cette
mer plutôt sauvage, souvent grise, in­ nesse et sensibilité, sa rage et son dé­ version moderne et rythmée des
quiétante parfois quand elle part à l’as­ sarroi, la force aussi de son désir de aventures d’un jeune footballeur
saut des hautes falaises de craie qui vivre. Au bout de l’aventure, le temps a été graphiquement améliorée.
dessinent la frontière face à l’Angle­ est clair, « l’eau est verte, et bleue, et sou- Sous la plume de Amitié, entraide, dépassement
terre. Le texte lui fait écho, âpre, incisif, riante », la mer à nouveau dégage l’ho­ Pascal Ruter, la mer de soi sont au cœur de l’action.
et les sentiments
réaliste, et soudain poétique, fervent, rizon. — Michel Abescat du héros s’écrivent | Série d’animation (52 � 25 mn),
chargé d’espoir, comme l’horizon bru­ | Ed. Didier Jeunesse, 224 p., 15 €. d’un même souffle. dim., 9.10, TFX, 8.50, TFou, TF1.

Les Grands Mythes


L’Iliade
Télévision + 12 ans
frédérique Renoust/Didier Jeunesse, paris, 2019

t ­guerrier d’Homère. Vengeances mons­ bandes dessinées contemporaines), la


Agamemnon, Priam, Ménélas, Pâris, la trueuses, passions dévastatrices, sacri­ narration est enlevée. Parfois grandi­
belle Hélène, Achille, Hector, Ulysse, fices ultimes, honneurs bafoués, com­ loquent et forçant le suspense, le récit
Zeus et tous les dieux de l’Olympe bats héroïques et jeunes filles s’affranchit de l’œuvre d’Homère
sont convoqués dans ce récit passion­ kidnappées émaillent cette épopée où — pour évoquer le rôle pernicieux des
nant qui revisite la guerre de Troie. règne la démesure —  l’hubris. Intelli­ dieux —, au risque parfois, par le nom­
Après avoir arpenté le labyrinthe de la gemment mise en images par la fusion bre des personnages et la profusion
Sur Télérama.fr
Toute notre
généalogie des dieux et des héros grecs, entre des silhouettes noires animées en des détails, de nous faire perdre le fil
sélection dans cette saison  2, contée par François 2D et 3D, rappelant celles des vases an­ (d’Ariane) de l’histoire. — P.P.-L.
la rubrique Busnel, animateur de La grande librai- tiques, et une riche iconographie artis­ | Série documentaire (10 × 26 mn), dim.,
enfants
rie sur France 5, s’empare ici du poème tique (statues, toiles de la Renaissance, 14.05, Arte. Lire aussi p. 103.

t On aime un peu…  y … beaucoup  u … passionnément  r … pas du tout Télérama 3636 18 / 09 / 19 81
Avantages
Cette semaine, la rédaction a sélectionné les films, documentaires et courts métrages
en VOD offerts à nos abonnés. À voir sur tous les écrans.

Bref Canal VOD Tënk

t ut71    yt59   
Acide animé Les Éternels Dix-Sept Ans
Ambiance Magicien d’Oz à Paris Vertigineux et cinglant Le portrait saisissant d’un adolescent

youtube | Xstream Pictures/MK2 Productions/ARTE France Cinema | Tenk | Mano a Mano/Spicee | Entrefilmes/Karo Filmes/Material Bruto | Arcadia Motion Pictures
Ce court métrage, réalisé en 1999, où Dans une Chine en proie à de violentes Entre Didier Nion, le documentariste,
Ludivine Sagnier avait 20 ans, fait l’effet mutations, la métamorphose et Jean-Benoît, l’ado fragile, une rencontre
d’une machine à remonter le temps… d’une femme. Une fresque noire, implacable. de cinéma qui peut changer la vie.
Court métrage de Guillaume Bréaud film de Jia Zhang-ke – 2 h 15 Documentaire de Didier Nion – 1 h 30
– 0 h 18 – disponible à partir du 22 septembre

Spicee Canal VOD Mubi

y ut61    ut75   
L’Hécatombe des fous Le Chant de la forêt Blancanieves
Une page méconnue de l’histoire de France… Envoûtement assuré ! Sublime conte gothique
Le sort des malades mentaux sous La quête poétique d’un indigène brésilien, Blanche-Neige revisité : réussir un film
l’Occupation : une enquête fouillée pour tiraillé entre sa famille et un destin muet, en noir et blanc, aussi criant de talent
dénoncer la lâcheté collective d’un système. de chaman, la modernité et le sacré. et haut en couleur, chapeau !
Documentaire d’Élise Rouard – 1 h 15 film de JoÃo Salaviza et Renée Nader Messora – 1 h 54 film de pablo berger – 1 h 44
– disponible à partir du 25 septembre

à chaque instant, retrouvez tous les films VOD offerts à nos abonnés sur telerama.fr/avantages
En partenariat avec Canal VOD, Mubi, Bref, Tënk, LACINETEK, Spicee
Offres valables dans la limite des visionnages disponibles
t75    Taux de recommandation des lecteurs sur Télérama.fr et Vodkaster

t On aime un peu…  y … beaucoup  u … passionnément


Du 21 au 27 septembre

télévision
Cinéma

Documentaire

Série
Fiction
Musique
Spectacle
Sport
Magazine
Info
Divertissement
Marie-Eve Heer

« Je voulais montrer


On découvre d’abord Thomas, Aurore
et Pierre en pleine répétition de danse.
Concentrés, à fond. Puis la caméra suit

qu’ils sont nous »


Aurore et Pierre en balade sur la plage.
Un grand moment de tendresse cou-
ronné par un long et doux baiser,
presque comme au cinéma. Son docu-
L’amour chez les personnes handicapées est un sujet rarement traité. La réalisatrice Stéphanie mentaire Laissez-moi aimer, diffusé sur
Pillonca s’en empare, en suivant une association où ces « invisibles » dansent avec des valides, Arte, a beau traiter du handicap, Sté-
où les différences s’estompent. Un documentaire délicat, qui force à changer de regard. phanie Pillonca ne nous y dira jamais
de quoi souffrent les trois jeunes ☞

Télérama 3636 18 / 09 / 19 83
Documentaire

☞ adultes qu’elle a filmés durant un connaissent les transports et les tu-


an. Pas de voix off, zéro explication. multes du couple. « Je voulais montrer
« On colle trop souvent une étiquette à qu’ils sont nous », résume-t-elle. De sé-
ces personnes, “le garçon qui a ceci”, “la quence en séquence, son film délicat
fille qui a cela”, et on fait parler les nous ouvre les yeux, sur l’autre comme
autres à leur place : les médecins, les pa- sur notre propre ignorance.
rents. Je ne voulais ni déterminer ces in- Ce regard est le fruit d’un long che-
dividus, ni fermer des portes », com- minement. En 2010, Stéphanie Pil-
mente la réalisatrice. lonca produit une courte fiction tim-
Elle rencontre Thomas, Aurore et brée, Ya basta !, qui imagine des
Pierre en 2017, dans la commune va- personnes en situation de handicap
roise de La Farlède, dont elle est origi- s’insurger contre la fermeture de leur
naire. Cécile Martinez, une amie de structure d’hébergement. Au casting,
longue date, l’y a invitée au spectacle à ses côtés, les travailleurs d’un établis-
de fin d’année de son association sement et service d’aide par le travail
Au nom de la danse, où personnes han- (Esat) du Nord. « En les fréquentant, je
dicapées et personnes valides dansent me suis rendu compte qu’on s’arrêtait
toutes ensemble, pour « faire tomber trop souvent au fauteuil, au handicap,
les barrières » (voir encadré). Si Stépha- sans voir les personnes comme elles sont,
nie Pillonca connaît déjà bien la danse avec leurs travers, leur majesté, leur
inclusive, cette représentation est pour ­folie… » Elle réalise alors Bocuse, qua-
elle une révélation. « J’ai vite été happée torze minutes d’un savoureux humour
par l’émotion, et il ne s’agissait pas que de noir, où Anémone, en fauteuil, incarne
danse. Sur scène, il y avait des enfants une tueuse en série qui mange sa fa-
porteurs de trisomie  21 avec leurs ma- mille ! Et puis, en 2012, il y a son tout
mans, de grands gaillards autistes qua- premier documentaire, Je marcherai
dra avec leurs papas, et ce couple inat- jusqu’à la mer. Le portrait remuant
tendu, Aurore et Pierre… Il était question d’Alexandra, 35 ans, lourdement han-
de parentalité et d’amour. Dans la salle, dicapée après un accident survenu à sa
j’ai vu le cœur de la société : tous ces gens majorité. La jeune femme était venue à
qui se battent, réunis parce qu’un de une projection de Ya basta ! et avait glis-
leurs proches est handicapé, qui savent sé à Stéphanie Pillonca un petit bout
ce que sont la douleur et l’isolement. C’est de papier sur lequel était griffonnée
un monde qu’on ignore, mais qui est l’adresse de son site Web. Des photos
bourré d’énergies, de forces vives. » En très érotiques. « J’étais choquée. Qu’est-
coulisse, elle observe de jeunes dan- ce qui me dérangeait autant ? Qu’une
seuses valides de 16-17  ans « bienveil- fille avec un corps amoindri mette en
lantes, chaleureuses, qui embrassent les scène sa sexualité ? Je me suis dit que mon
danseurs handicapés ». « J’étais très tou- œil était vicié », explique la réalisatrice.
chée par leur naturel, l’absence de bar- En parcourant le compte Facebook
rières, se souvient-elle. Je me suis dit que d’Alexandra, elle découvre une insa-
le spectacle était au-delà de ce qui se pas- tiable croqueuse de vie. « Elle sautait en seule seconde qu’il était débile ? Je me suis Thomas avec Cécile
sait sur scène, dans la solidarité et la co- parachute, faisait du cheval, se mobili- sentie nulle. » Sans discours, par ses Martinez, créatrice
de l’association
hésion. » Naît alors l’envie de réaliser un sait pour les sans-papiers, s’enchaînait seuls choix de filmage et de réalisation, Au nom de la danse,
documentaire auprès de l’association, nue à des arbres pour qu’ils ne soient pas Laissez-moi aimer démontre en perma- durant le tournage.
avec l’amour comme sujet principal. abattus… Nous nous trompions dans nence que la limite est dans l’œil de ce- Et page précédente,
avec l’une des
« Pour Cécile, il n’y a pas de handicap, nos représentations. Alexandra ne res- lui qui regarde. Et Stéphanie Pillonca danseuses.
souligne Stéphanie Pillonca. Elle met semblait à aucun modèle. » n’a pas fini de vouloir faire changer les
en lumière des gens que notre société En 2017, dans la coulisse du spec- regards. Tout au long de cette année de
planque par honte. » Sous-tendu par la tacle monté par Au nom de la danse, travail sur son documentaire, elle a
même philosophie, Laissez-moi aimer Stéphanie Pillonca félicite Thomas à sa rencontré de jeunes pères d’enfants
donne à voir les personnes en situation sortie de scène. Le jeune homme de trisomiques, qui lui ont parlé de leur
de handicap comme trop rarement. Le 28 ans, atteint d’infirmités motrice et difficulté à affronter ce handicap. Elle
handicap n’y est jamais abordé par la cérébrale depuis la naissance, ne se dé- en a fait une histoire pour une fiction
différence. Il révèle au contraire ce qui place qu’en fauteuil et parle difficile- télé, dont le tournage pour M6 com-
nous met tous à égalité. En montrant ment. Elle se souvient de s’être adres- mencera à la fin du mois, à La Farlède.
longuement le quotidien d’Aurore, de sée à lui comme à un enfant, en « C’est la première fois qu’il y aura autant
Pierre et de Thomas dans ce qu’il a de sur-articulant. « Puis Cécile m’a appris de personnes trisomiques dans une fic-
plus banal, Stéphanie Pillonca expose qu’il avait fait des études et était militant. tion ! se réjouit Stéphanie Pillonca. Des
une réalité aussi évidente que néces- Qu’il avait commencé à danser à l’âge de adultes qui s’aiment et s’embrassent, un y
Laissez-moi aimer
saire à marteler : les personnes handi- 8 ans, et qu’il était porte-parole de l’asso- truc tout simple, mais qu’on ne voit ja- Mercredi 22.50
capées ont une vie amoureuse et ciation. Comment avais-je pu croire une mais. » — Marie-Hélène Soenen Arte

84 Télérama 3636 18 / 09 / 19
« Cela apporte tellement à ces corps passifs » rien faire avec ces gens-là“ »,
Cécile Martinez, fondatrice et fonctionnaient pas avec ces gamins
directrice de l’association Au nom en fauteuil. » En 2003, elle décide de se remémore Cécile Martinez. Son
de la danse, illumine le quitter l’école de danse pour fonder expérience lui a pourtant prouvé
documentaire. Danseuse et son association, « parce qu’au nom que tous les handicaps, même les
chorégraphe, elle enseigne avec de la danse tout est possible ». plus lourds, permettent de danser.
cœur la danse adaptée, appropriée Celle-ci compte 192 membres « Cela apporte tellement à ces corps
aux différents handicaps, pour désormais, dont 180 en situation de passifs, que d’autres déplacent,
que chacun progresse selon ses handicap. « Au départ, ça a été très lavent, habillent. Beaucoup me
besoins, et la danse inclusive, qui compliqué, se souvient-elle. Il a fallu disent que cela fait des années
rassemble personnes valides et changer les mentalités. Je devais qu’ils n’ont pas eu de contact avec
handicapées dans les mêmes cours. expliquer aux directeurs et aux le sol… » Le partage enrichit aussi
Tout commence en 1998, lorsqu’elle équipes encadrantes des structures les danseurs valides. « Ils ressortent
rencontre un groupe d’enfants spécialisées que, oui, les personnes de mes formations bouleversés,
polyhandicapés. « J’ai une culture handicapées pouvaient danser. » explique-t-elle. La plupart sont
classique, je viens du ballet. Il a Au début des années 2000, la danse enfermés dans leur technique, mais
fallu que je pense autrement, car inclusive, qui a vu le jour une en oublient l’essentiel, ce qui les fait
Marie-Eve Heer

ils ne pouvaient pas me donner décennie plus tôt en Angleterre, est vibrer au fond d’eux. Au contact des
de la technique. J’étais professeure, encore un art méconnu. « Le milieu personnes en situation de handicap,
mais mes outils pédagogiques ne professoral me disait “on ne peut ils redécouvrent ce qu’est la danse. »

t On aime un peu…  y … beaucoup  u … passionnément  r … pas du tout  I Pas vu mais… faut voir Télérama 3636 18 / 09 / 19 85
Série

Et un fils de Kabyles romans et réalisatrice de la totalité des


six épisodes. C’est d’ailleurs ce qui me sé-

conquit l’Élysée…
duisait dans le projet, poursuit-elle. For-
muler cette possibilité : que se passerait-il,
en France, si nous portions à l’Élysée un
Réalisée par Rebecca Zlotowski, Les Sauvages, fiction dystopique ultra responsable politique issu de l’immigra-
réaliste, s’empare de la question de l’immigration maghrébine en France. tion algérienne ? »
Dans la fiction, les choses tournent
y Les dystopies poli- Au centre de la multitude de figures qui vite mal pour le nouvel élu, cible d’un
Les Sauvages tiques ont le vent en peuplent Les Sauvages — la série comme attentat perpétré par un jeune ado-
Lundi 21.00
Canal+ poupe, ces temps-ci, la saga littéraire de Sabri Louatah dont lescent, lui aussi d’ascendance ma-
sur Canal+. Après elle est la transposition 2  —, un pré- ghrébine, sitôt sa victoire proclamée.
Years and Years, la fantastique mini-sé- sident de la République fraîchement Pourquoi ? L’intrigue s’emploiera à y
rie de Russell T. Davies qui nous plon- élu, Idder Chaouch (Roschdy Zem), répondre, même si « la partie policière
geait dans l’avenir cauchemardesque d’origine kabyle. « Le fait de mettre en a été ramenée à la portion congrue », in-
d’une Angleterre post-Brexit  1, un scène un président arabe nous place dique Sabri Louatah, qui a tenu à par-
autre feuilleton bouclé esquisse le por- d’emblée dans un avant-monde, parce ticiper à l’adaptation scénaristique de
trait, en trompe-l’œil réaliste et ultra que ça n’est, de fait, jamais arrivé, ob- sa somme romanesque, fortement
contemporain, d’une France qui pour- serve la cinéaste Rebecca Zlotowski, nourrie de son vécu.
rait être la nôtre aujourd’hui. Sauf que… cocréatrice de la série avec l’auteur des En suivant six jours de la vie des
Français suspendus au sort de leur
nouveau président, Les Sauvages em-
brassent, surtout, six jours de la vie de
deux familles originaires d’Algérie
dont les destins vont être durablement
marqués par l’attentat. D’un côté, les
Nerrouche : une tribu de la petite
classe moyenne à Saint-Etienne, ville
périphérique dont les habitants res-
sentent un fort sentiment de reléga-
tion. Des cousins et des tantes, des fils
et des mères et, au milieu, l’absence
béante des pères. De l’autre, les
Chaouch, un triangle parisien père-
mère-fille parvenu au sommet de
l’élite intellectuelle, sociale et poli-
tique. Entre les deux, une histoire
d’amour, celle de Fouad Nerrouche et
de Jasmine Chaouch ; et une histoire
de haine, celle de certains membres
de la famille Nerrouche à l’encontre
du président Chaouch ou, plus proba-
blement, de ce qu’il représente.
Allures de tragédie grecque, trame
de drame shakespearien façon Roméo
et Juliette : il y a, dans Les Sauvages, une
dimension opératique, que renforce la
caractérisation des personnages. Cha-
cun figurant, par sa trajectoire, un ho-
rizon possible pour les enfants et les
petits-enfants d’immigrés maghrébins
venus s’installer en France : inconfort
du transfuge, repli identitaire, retour
au religieux, nihilisme, accommode-
ment résigné ou désir d’assimilation…
Le prisme est large. Trop sans doute,
pour ne pas étouffer le souffle roma-
nesque de cette fresque, ni comprimer
son propos, tous deux un peu à l’étroit
dans ces six épisodes dominés par une
Un casting
prestigieux, présidé mise en scène qui brouille délibéré-
par Roschdy Zem. ment les genres en mêlant les in-

86 Télérama 3636 18 / 09 / 19
La séquence adn
fluences. Romantisme et veine hyper-
réaliste, qui empruntent à James Gray
comme au langage visuel des chaînes de « Marianne »
d’info en continu. Sabri Louatah a pa-
rachevé, dans un café de Saint-Etienne, Une jeune romancière misanthrope retourne dans le village perché sur
le premier tome de sa tétralogie en une falaise où elle a grandi. Elle devra y affronter une démone qui s’est
2011, peu avant les premiers attentats échappée de ses livres pour s’en prendre à sa famille et à ses amis
de Mohammed Merah ; Rebecca Zlo- d’enfance… Avec Marianne, Netflix s’essaye à l’horreur made in France.
towski, elle, a présidé au tournage de Ses influences esthétiques et narratives sont pourtant essentiellement
la mini-série au printemps 2019, dans américaines. La preuve par quatre avec son créateur et réalisateur,
une France meurtrie par la crise des Samuel Bodin. Propos recueillis par Pierre Langlais
CPB FILMS/SCARLETT PRODUCTION/CANAL+ | Emmanuel Guimmier/Netflix | Touchstone Pictures | youtube | warner Bros/Hawk film | Warner Bros./Evergreen Media Group/New Line Cinema/The Safran Company

Gilets jaunes. Baptisés en référence

15 %
aux révolutionnaires dépeints par Vic-
tor Hugo dans Les Misérables — « les
sauvages de la civilisation » —, ces Sau- Rushmore
vages-là sont le fruit de leur époque…

15 %
Et, aussi, de la volonté tenace des
deux coauteurs (épaulés au scénario
par Benjamin Charbit) de se saisir Lazy Company
franchement de la question raciale
telle qu’elle se pose aujourd’hui en
France. Amorcé il y a près de cinq ans

30 %
avec Canal+, le projet, ambitieux, a
connu des années de développement
difficile. Incompatibilité d’humeur et Shining
divergence de points de vue entre
l’écrivain et plusieurs scénaristes qui
se sont succédé pour mettre sur pied
un scénario. « On parlait de mélange
des genres, de la part du thriller par
rapport au soap, explique Sabri Loua-
tah. Mais personne n’osait, peut-être
par pudeur idéologique, mettre sur
40 %
Conjuring :
la table ce qui était pourtant le plus im-
les dossiers
portant pour moi : comment raconter
Warren
qu’en France les Arabes sont si peu
représentés, alors qu’ils sont si nom-
breux ? Force est de constater, par
exemple, que dans les cinquante pre-
mières villes de France, il n’y a pas un Rushmore Shining t
maire d’origine maghrébine. J’avais « J’ai un peu peur de la réalité. « Stanley Kubrick parvient à capter Marianne
Saison 1
peur que le sujet passe à la trappe, avec Le sociétal, ce n’est pas mon truc. l’effroi de la situation tout en Netflix
Rebecca, ce ne fut pas le cas. » Comme Wes Anderson, j’ai préféré donnant chair, avec une originalité
Rien ne garantit que Les Sauvages créer un décalage pour exprimer incroyable, aux personnages
connaîtront la même portée prophé- mes émotions, emmener mes de Stephen King. Shining (1980)
tique que The West Wing et 24 Heures, personnages dans des mondes est une œuvre d’horreur blanche,
qui avaient, chacune à leur manière, très fictionnels pour créer qui nous fige entre peur et rire
préfiguré l’élection d’un homme de une intimité particulière. » glacial. Marianne est plus légère,
couleur à la Maison-Blanche. Mais la mais vise ce même équilibre. »
série, grâce à un casting brillant Lazy Company
constitué de stars (Roschdy Zem, « Lazy Company [série sur un groupe Conjuring :
Amira Casar) et d’une jeune généra- de GI pieds nickelés en 1944, qu’il a les dossiers Warren
tion d’acteurs moins connus (Souhei- cocréée avec Alexandre Philip pour « D’un point de vue technique, James
la Yacoub, Dali Bensallah, le rappeur OCS, ndlr] est elle aussi influencée Wan est mon modèle. Conjuring :
Fianso…), permet à des visages et des par la culture américaine, avec au les dossiers Warren (2013) est
talents d’être enfin visibles à la télévi- centre une histoire de camaraderie génialement ludique. Wan maîtrise
sion française, dans toute la diversité – les femmes y sont souvent les le timing de la peur, étire à l’extrême
de leurs origines. C’est aussi ça, faire plus malignes. Contrairement les scènes de tension, sait
de la politique… — Émilie Gavoille à Marianne, c’est une parodie, mais surprendre. Esthétiquement,
1 Toujours disponible sur MyCanal. on y retrouve le même type de je m’inspire aussi de Sam Raimi,
2 Les Sauvages, 4 tomes, éd. Flammarion/ dialogues très rapides, où se mêlent plus grand-guignolesque mais tout
Versilio. naïveté comique et premier degré. » aussi virtuose. »

t On aime un peu…  y … beaucoup  u … passionnément  r … pas du tout  I Pas vu mais… faut voir Télérama 3636 18 / 09 / 19 87
Cinéma

Quatre rencontres E.T. l’extraterrestre (1982),


de Steven Spielberg

et un « Premier Contact »
L’extraterrestre lui aussi peut être
ton ami. Spielberg revient en influence
majeure, lui qui était très intéressé par
D’une profonde originalité, le film de science-fiction de Denis Villeneuve le scénario de Premier Contact et a fail-
regorge de mystères. Un ovni qui ne vient pourtant pas de nulle part. li le produire. Le petit animal humain
à tête de tortue et au long cou est l’em-
y Que veulent-ils ? sonore et visuelle, c’est du signifiant blème de l’étranger, l’inconnu, qu’on
Premier Contact Nous faire le plus agréable (de la musique associée à des peut trouver repoussant. Et qui s’avère
Dimanche 21.05
France 2 grand mal, on le couleurs), reste à comprendre et à tra- doux comme un agneau, mais aussi
craint fort. Et quelle duire le signifié. Dans Premier Contact, doué de pouvoirs christiques (il guérit
tête ont-ils ? Quand ils débarquent, les la langue est graphique. L’armée fait les plaies de son doigt miraculeux).
extraterrestres foutent les jetons, susci- carrément appel à une philologue émé- Les créatures chez Villeneuve ont gar-
tant mille interrogations. Dans Premier rite (Amy Adams, formidable d’atten- dé ce caractère pacifique (à condition
Contact, ils arrivent en vaisseaux noirs, tion et de concentration) pour tenter qu’on ne leur cherche pas des noises),
oblongs, sortes d’ovules géants qui ne de décrypter les logogrammes tracés à mais leur monstruosité est plus mar-
se posent pas mais restent suspendus, jets d’encre sur un écran. Des symboles quée, même si on les distingue mal.
en douze points du globe, à une tren- magnifiques, entre le test de Rorschach Entre l’éléphant dans la brume, la ba-
taine de mètres du sol. Chelous, les et l’action painting de Jackson Pollock. leine et l’araignée géante, on hésite.
aliens. En plus, ils n’en descendent pas, | Disponible sur Netflix. | Disponible sur Netflix.
de leur nef. Ils attendent. Qu’on leur
fasse la courte échelle ? Ce film de Denis Abyss (1989), 2001, l’odyssée de l’espace
Villeneuve est un cas de science-fiction de James Cameron (1968), de Stanley Kubrick
qui renferme plusieurs mystères capti- Bienvenue dans les profondeurs Kubrick a élevé la science-fiction
vants. Profondément original, nou- sous-marines, porte ouverte à la méta- très haut, à un degré de métaphysique
veau, on lui a néanmoins trouvé une pa- phore utérine. Dans cette aventure à et de beauté plastique jamais atteint
renté avec quatre autres films. la  fois intimiste et spectaculaire de jusque-là, rarement égalé depuis. Ville-
­Cameron, un responsable (Ed Harris) neuve a retenu la leçon. Côté visuel,
Rencontres d’une plate-forme de forage tente avec Premier Contact cultive élégance et
du troisième type (1977), sa femme de désamorcer un sous-­ épure, surtout pour l’intérieur du vais-
de Steven Spielberg marin nucléaire échoué au fond d’un seau, inspiré des installations lumi-
Souvenez-vous : c’est dans ce film abysse. Cette odyssée l’amène à croi- neuses de l’artiste américain James
pionnier que François Truffaut inter- ser une créature luminescente et on- Turrell. Côté philo, son film est plus
prète un scientifique. Après s’être ren- doyante qui le sauvera tout en préve- modeste, mais il joue lui aussi sur la
du en Inde pour décoder une série de nant l’humanité des dangers qu’elle bascule d’un temps qui ne serait plus li-
notes étranges chantée dans la rue, il court. On y retrouve le suspense, l’his- néaire. De là Hannah, le prénom de la
commence à croire à des messages pro- toire d’un couple, le flottement entre fille d’Amy Adams. Un palindrome (qui Le réalisateur
venant de l’espace. Spielberg se pen- la vie et la mort et la très forte expé- se lit de gauche à droite et vice versa), québécois a fait
chait sur la première difficulté rencon- rience d’immersion sensorielle pré- comme le film lui-même, vertigineux. mieux que revisiter
ses classiques :
trée avec nos lointains voisins : la sents dans Premier Contact. | Disponible en VOD. il les a régénérés.
langue. Celle de ses extraterrestres est | Disponible en VOD. — Jacques Morice Avec Amy Adams.

88 Télérama 3636 18 / 09 / 19
Sport

Le XV de France ne tourne pas rond


Aucun titre en neuf ans, désaffection du public : le rugby tricolore vit une crise meure donc la voix du rugby sur TF1.
inédite. À l’heure de la Coupe du monde, seul TF1 fait semblant d’y croire. Sans la concurrence d’un diffuseur
spécialisé en sport, le commentateur
Rugby C’est une intermi- nibilité assez fort. » Et c’est vrai que va devoir parler aussi bien aux fans du
France/Argentine nable dégringolade même un Géorgie/Uruguay offre une Top 14 qu’aux téléspectateurs qui, en
Samedi 9.35
TF1 qui semble ne jamais alternative intéressante à Demain nous quatre ans, ont eu le temps d’oublier
vouloir s’arrêter. Le appartient. la  règle du hors-jeu. Si lui estime
rugby français, malade, va de plus en Ces arguments n’ont pas convaincu que cette exclusivité « ne change stric-
plus mal. Dernier symptôme : ce les autres chaînes, auxquelles la Une tement rien » à son travail, le direc­
France/Italie du 30 août, dernier test a essayé de revendre une partie des teur adjoint des sports Julien Mille-
match avant la Coupe du monde, dis- droits, comme elle en a l’habitude. reux concède qu’il s’agit globalement
puté devant à peine trente mille spec- François Pellissier reconnaît avoir d’un « exercice d’équilibriste [pour ses
tateurs, dont un tiers d’invités. Un re- « discuté avec un peu tout le monde, sans équipes], même s’il y a toujours eu
cord au Stade de France, qui n’avait recevoir de proposition intéressante ». des férus de rugby qui choisissaient TF1
jamais sonné si creux. Même Canal+, indéfectible diffuseur lors d’une codiffusion ».
Sur TF1, ils étaient trois millions. du Top 14 et des trois dernières Coupes L’enjeu, surtout, est de fédérer au-
Un peu moins que devant le téléfilm de du monde, a cette fois décidé de s’abs- tour de l’équipe de France, que le
France 2, La Promesse de l’eau. Il faut tenir. Si bien que TF1, pour la première grand public ne connaît quasiment
dire que des promesses, le XV de fois, se retrouve avec l’exclusivité des pas. Julien Millereux compte créer
France n’en tient plus beaucoup. Le rencontres 1. Pas une raison pour se je- « des héros, des leaders ». Histoire d’en-
rugby français vit l’une des pires crises ter à corps perdu dans la bataille : trois tretenir l’espoir, à travers ce vieil adage
de son histoire. Aucun titre depuis équipes de journalistes sont envoyées selon lequel « tout est possible dans le
neuf ans, des humiliations accumu- au Japon, dont un seul trio de commen- sport ». D’ailleurs, le journaliste a trou- Sur Télérama.fr
Rubrique télé,
lées face à presque toutes les équipes, tateurs. Christian Jeanpierre, Dimitri vé une meilleure formule : « Le sport a le calendrier
un jeu de plus en plus dangereux, qui Yachvili et Christian Califano devraient souvent plus d’imagination que nous. » complet des
a causé la mort de trois jeunes joueurs couvrir dix-huit des quarante-huit C’est bien dit. — Michel Bezbakh matchs de la
Coupe du monde
l’année dernière… Largement de quoi matchs, le reste étant commenté en 1 Certains matchs seront diffusés de rugby 2019,
se détourner du ballon ovale. ­cabine depuis Boulogne-Billancourt. sur TMC, chaîne du groupe TF1. au Japon,
Pour cette Coupe du monde au Dépossédé du foot par Grégoire L’intégralité des rencontres sera visible du 20 septembre
au 2 novembre.
­Japon, qu’ils entament samedi contre Margotton, Christian Jeanpierre de- en direct sur mytf1.
l’Argentine, jamais les Bleus n’ont sem-
blé si près d’être éliminés au premier
tour. D’autant que le tirage au sort les
a placés dans le groupe le plus difficile,
en compagnie notamment de l’Angle-
terre. Jacques Brunel et les siens pour-
raient penser au voyage retour dès le
deuxième jour du tournoi en cas de
Sony/21 Laps Entertainment/FilmNation Entertainment/Lava Bear Films | PRESSE SPORTS

défaite contre les Argentins, demi-­


finalistes en 2015.
TF1 avait conscience de la situation
au moment de s’offrir les droits télévi-
sés pour 45 millions d’euros, en mars
2018. Mais la chaîne tenait à être le
­diffuseur de la compétition pour la
­sixième fois consécutive. Pour le di-
recteur des sports, François Pellissier,
« une Coupe du monde, c’est quelque
chose à part. L’attente des Français est
très forte sur ces événements majeurs. »
À condition d’être prêt à entendre son
réveil le week-end — certains matchs
débuteront dès 6h45… « L’expérience
de la Coupe du monde 2011 en Nouvelle-
Zélande nous montre que les horaires
matinaux sont plutôt un avantage, ose
encore François Pellissier. Les meil-
leures affiches sont prévues le samedi
et le dimanche, à un moment de dispo­ Ce 30 août, la France battait l’Italie lors du dernier test match avant le Japon… dans un Stade de France clairsemé.

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Sélection

Les rendez-vous de la semaine

O. Pastor | 20th Century Fox | J. CAUVIN/BEAUBOURG STORY/TF1 | C. Bethuel-Memento Films | Capa | tf1 | Komplizen Film-Chouchkov Brothers-Coop99 Filmprod.-KNM Das Kleine Fernsehspiel (ZDF)-Arte | France 2/Envoyé Spécial | Quality Pictures
Par Frédéric
Strauss

Spectacle Cinéma Téléfilm


y Wonderful Town t Aliens, le retour t La Part du soupçon
Passsage des arts Après les curieux extraterrestres de Premier Il avait tué sa femme et ses enfants avant de
Pour le centenaire de la naissance de Contact, à 21.00, on reste dans la science- disparaître… Est-il de retour, quinze ans plus
Leonard Bernstein, l’Opéra de Toulon a fiction mais en version guerrière. Quand tard, sous les traits d’un papa tranquille ?
déniché cette comédie musicale méconnue James Cameron dézingue les aliens, le Kad Merad joue ce personnage inspiré par
où deux sœurs partent à la conquête de cinéma américain se fait viril, pour mieux la mystérieuse affaire Dupont de Ligonnès.
New York. Rythmé et réjouissant. donner la vedette aux femmes. Et on se prend au jeu de ce thriller.
Samedi 22.25 France 5 Dimanche 23.00 France 2 Lundi 21.00 TF1

Cinéma Documentaire Spectacle


u Le Passé y La Virilité t Madame Foresti
Une Française reçoit la visite du mari iranien Entre réalité et fantasme, comment les ... a droit à toute une soirée rétrospective,
dont elle veut divorcer afin d’épouser hommes affirment-ils leur identité avec sa version de la crise de la quarantaine,
un homme dont la femme est, elle, dans masculine ? Devant la caméra d’une femme, puis sa vision de la maternité, et ses sketchs
le coma. Croire qu’on peut rompre avec ils sont quelques-uns à oser parler de ce qu’il à la Cigale, son premier spectacle, en 2005.
le passé est-il illusoire ? Le grand Asghar faut faire pour être viril et avoir une posture Une fabuleuse carrière qu’on retraverse
Farhadi entretient le doute. de caïd, comme chante Eddy de Pretto. joyeusement, miss Florence !
Mardi 20.50 France Ô Mardi 23.25 France 2 Mercredi 21.15 TMC

Cinéma Magazine Cinéma


y Western y Envoyé spécial t Julie en juillet
Ce film allemand a révélé une jeune cinéaste Chine, tout est sous contrôle Un autre étonnant voyage en Europe avec
au fort tempérament, Valeska Grisebach. Pour leur réapprendre les bonnes manières, le cinéma allemand, cette fois dans le sillage
Dans la campagne bulgare, non loin de la comme la civilité, l’empire du Milieu fait d’un professeur qui roule de Hambourg
Grèce, elle met en scène la confrontation basculer ses citoyens dans la science-fiction : au détroit du Bosphore pour l’amour d’une
de la population locale avec des ouvriers une vie quotidienne où les caméras sont femme… Le deuxième film de Fatih Akin,
venus d’Allemagne en conquérants… partout, voient tout et notent tout le monde. cinéaste de tous les élans.
Mercredi 23.45 Arte Jeudi 21.00 France 2 Vendredi 20.55 Arte

90 Télérama 3636 18 / 09 / 19 t On aime un peu…  y … beaucoup  u … passionnément  r … pas du tout  I Pas vu mais… faut voir
Sport en direct Replay
Tennis Foot
Laver Cup Lyon/PSG
2e et 3e jours 6e journée
Troisième édition de Ligue 1
de cette drôle Une bien belle
de coupe entre affiche, d’autant
l’Europe et le reste que le PSG a
du monde. C’est l’habitude de boire
plus classique chez la tasse dans le
les filles, avec la Rhône. Et si la
finale du tournoi Coupe du monde
d’Osaka, dimanche féminine vous a
à 5 heures sur laissé une bonne
beIN Sports 3. impression, jetez
Samedi 13.00 donc un œil à un
Dimanche 12.00 autre OL/PSG, Film Film
beIN Sports 3 le Trophée des
championnes, y Corporate y L’Ornitologue
Endurance samedi à 15h30. Inquiétante en DRH sans scrupules, tout Venu observer les oiseaux sur le fleuve
moto Dimanche 21.00 en contrôle et complice d’un système Douro, Fernando se réveille en milieu hostile.
Canal+ glaçant, Céline Sallette brille dans ce thriller Entre désirs obscurs et quête de soi,
Claire Nicol-Kazak Productions | Blackmaria | Silex Films/Financière Pinault | Michael Ochs Archives/Getty Images | taglicht media/Martin Kaeswurm/Tom Ockers | INA

Bol d’or psychologique sur le monde de l’entreprise le réalisateur d’O fantasma réinvente
L’Équipe Cyclisme et les mécanismes de « management par la vie de saint Antoine de Padoue… En objet
s’interrompt la terreur », de plus en plus en vigueur. érotique, Paul Hamy est remarquable.
plusieurs fois pour Championnats Jusqu’au 24 septembre Arte.tv Jusqu’au 24 septembre Arte.tv
reprendre à 0h30 du monde
puis à 8 heures Contre-la-montre
le dimanche matin. Les dames mardi,
Aucune interruption avant les hommes
sur Eurosport 1. mercredi. Galant.
Pas très raisonnable. Mercredi 13.55
Samedi 15.00 Jeudi 17.00
L’Équipe et Eurosport 1
Eurosport 1
Hand
Moto GP
France/Turquie
GP d’Aragon Qualifications
Ces motards-là pour l’Euro 2020
devraient terminer Même chose en
leur course à peu handball : mercredi,
près en même les Bleues terminent Documentaire Documentaire
temps… Sans gêne. vers 21 heures, pour
Dimanche 14.00 les coups d’envoi y Les Aventuriers de l’art moderne y Les Sept Vies d’Elvis
Canal+ Décalé des matchs de la Dans les années 1930, artistes et Les sept vies d’Elvis Presley narrées dans
Ligue des garçons intellectuels (Breton, Malraux, Picasso…) ce documentaire complet et remarquable.
Formule 1 (PSG/Toulouse, s’engagent et se déchirent face au Au programme : des chansons, des cris
notamment, totalitarisme et à la guerre. Ultimes épisodes hystériques, un déhanché démoniaque
GP de sur beIN Sports 3). d’une série documentaire visuellement et les nombreux témoignages de ceux
Singapour Mercredi 19.55 foisonnante. qui ont vécu le règne du King.
2e et 3e jours beIN Sports 9 Jusqu’au 29 septembre Arte.tv Jusqu’au 19 octobre Arte.tv
Ça devait arriver
avec toute cette Golf
mécanique : un
embouteillage sur Open de Napa
Canal+. Le Moto GP Jours 1 et 2
a migré sur Canal+ C’est reparti pour le
Décalé, la F1 reste PGA Tour, le circuit
sur l’antenne américain de golf.
principale. Jeudi 23.35
Dimanche 14.10 Vendredi 0.00
Canal+ Canal+ Sport

Basket Volley
ASVEL/ Demi-finale
Limoges de l’Euro
1re journée On compte sur les Documentaire MAGAZINE
du Championnat Bleus pour franchir
de France les huitièmes y Ces financiers y Rembob’INA
Voici le relais du (samedi ou qui dirigent le monde Dans ce numéro consacré à l’écrivain
Mondial de basket, dimanche), Personne ne la connaît, pourtant elle dirige Alexandre Soljenitsyne, trois extraits
qui s’est terminé les quarts (mardi), la finance mondiale. La multinationale d’Apostrophes et de Bouillon de culture
dimanche dernier. et nous faire vibrer BlackRock gère les actifs des plus grandes revisitent l’œuvre du dissident soviétique.
C’est bien fait. ce soir à Bercy. entreprises mondiales. La « world company » « Un homme qui a dérangé toute sa vie »,
Dimanche 16.00 Vendredi 20.30 existe. Découverte ahurissante. résume Bernard Pivot.
RMC Sport 2 L’Équipe Jusqu’au 15 décembre Arte.tv Jusqu’au 31 décembre lcp.fr

Télérama 3636 18 / 09 / 19 91
sélection

Vidéo à la demande
La sélection Les Éternels.
Pour ce petit chef
des nouveaux de la pègre locale,
films disponibles une femme s’est
en VOD sacrifiée. Mais lui,
à qui est-il fidèle ?
par Samuel
Douhaire

y La Chute de l’empire américain assumé qui, à Télérama, a autant d’un enfant qui bascule dans
Après Le Déclin de l’empire envoûté les uns que déçu les autres. l’adolescence.
américain en 1986 et Les Invasions | En VOD sur la plupart des plateformes, | En VOD sur la plupart des plateformes,
barbares en 2003, le Canadien en DVD et Blu-ray chez TF1 Studio. en DVD et Blu-ray chez Diaphana.
Denys Arcand clôt sa trilogie
nord-américaine avec un réjouissant u Les Éternels y Requiem pour un massacre
film d’arnaque sur l’argent sale. Dans une Chine en proie à de Réalisé en 1984, le chef-d’œuvre
Une association de malfaiteurs violentes mutations, Jia Zhang-ke d’Elem Klimov suit Fliora, un jeune
drôlement méchante et émouvante. chronique la métamorphose d’une garçon qui s’engage dans la
| En VOD sur la plupart des plateformes, femme qui s’est sacrifiée pour son résistance biélorusse contre les
en DVD et Blu-ray chez Jour2Fête. amant, petit chef de la pègre locale. nazis en 1943. Débutant comme
Les trois films sont par ailleurs réunis Une fresque noire, implacable, sur une fable, non dépourvu d’humour
dans un coffret 3 DVD. le thème du « ni avec toi, ni sans toi ». et ponctué d’admirables séquences
| En VOD sur la plupart des plateformes, poétiques, ce Requiem ô combien
y Ma vie avec John F. Donovan en DVD et Blu-ray chez Ad Vitam. macabre va vite se révéler un long
Autre cinéaste québécois, autre crescendo dans l’horreur. Le film
génération. Le premier film u 90’s sidère par la fusion du réalisme
anglophone de Xavier Dolan est A Los Angeles, Stevie, 13 ans, quasi documentaire et du lyrisme
un suspense romanesque sur trouve du réconfort auprès d’une de la mise en scène. On pense à
deux époques. Un jeune acteur se bande de skateurs. Pour son Tarkovski (L’Enfance d’Ivan), mais
souvient : enfant, il a entretenu une passage derrière la caméra, Jonah à un Tarkovski qui aurait abandonné
correspondance avec son idole, Hill signe un beau film de fraternité tout espoir en Dieu.
John, star de série tourmentée, autour d’une passion doublée du | En VOD sur la Cinetek, en combo DVD/
disparue depuis. Un mélodrame portrait sensible, juste et cocasse, Blu-ray chez Potemkine Films.

Xstream Pictures - MK2 Productions - ARTE France Cinéma

Invitation pour Vous êtes jeunes,


sorties Vous êtes jeunes, vous êtes beaux
Un film de Franchin Don
Avec Gérard Darmon et Josiane Balasko

vous êtes beaux, sortie le 2 oct. Lucius, 73 ans, vit seul et modestement.
Un jour, il fait la connaissance de Lahire
Pour participer, inscrivez-vous qui lui propose d’améliorer son quotidien
en participant à des combats de boxe
sur sorties.telerama.fr clandestins. Cette expérience va bouleverser
* Offre réservée aux abonnés dans la limite des places disponibles. sa vie, sous les yeux de Mona, sa compagne…

92 Télérama 3636 18 / 09 / 19 t On aime un peu…  y … beaucoup  u … passionnément  r … pas du tout  I Pas vu mais… faut voir
Chronique Du 21 au 27 septembre

20 La banalité du mâle
Touche pas « On va parler de l’embrouille entre même s’il joue de la vulgarité, c’est lui ».
à mon poste Jean-Marie Bigard et Muriel Robin, pro- « Vous êtes victime d’un boycott, dé-
C8
met Cyril Hanouna sur C8. L’origine de plore François Viot. Vous devenez une
la dispute, c’est une mauvaise blague de sorte de pestiféré. » Pauvre Bigard.
Jean-Marie dans Touche pas à mon « Les chéris, enchaîne Cyril Hanou-
poste en février. » La prétendue blague na, on va faire le point sur l’affaire Pa-
narrait le viol d’une patiente par son trick Bruel. » Le chanteur est visé par
médecin. « Son amie Muriel Robin s’est une enquête, une esthéticienne qui lui
désolidarisée de lui, rappelle l’anima- a prodigué un massage a dénoncé un
teur. Jean-Marie est avec nous ce soir. » comportement déplacé. L’animateur
L’invité arbore sur son tee-shirt l’ins- vante « nos informations : Valérie Bé-
cription « Allez tous vous faire encu- naïm a contacté une employée du spa. —
ler ! ». « Jean-Marie, ça t’a beaucoup tou- Elle dit avoir vu l’esthéticienne juste
Clararunaway #YouTube ché, compatit l’animateur. Hier, sur après, qu’elle ne se serait plainte de rien,
Qui ? Clara Codani, Lyonnaise de Sud Radio, t’as pas mâché tes mots. Re- puis qu’elle a assisté au concert ». Sa
22 ans d’origine niçoise, a deux pas- gardez. » Extrait : « Vous êtes la figure mauvaise foi est évidente. « On ne re-
sions : les séries anglo-saxonnes et de proue du machisme en France. — Oui, met en cause ni ce qu’elle dit, ni la pré-
l’argent. Alors pourquoi ne pas les mais tellement gentil et assumé que les somption d’innocence de Patrick Bruel,
mêler ? Avec son humour cinglant, vraies femmes n’en prennent pas om- précise Cyril Hanouna. Mais ça a été un
l’étudiante en éco-gestion et digital brage. Y a que les connasses qui veulent vrai déferlement dans les médias. — Le
s’attelle à des sujets hyper originaux, avoir des couilles qui gueulent après problème, c’est le déferlement, agrée
comme la manière de gérer le bud- moi. Comme Muriel Robin. » Le soir Jean-Marie Bigard. Avec un mot, tu pro-
get d’un tournage en cas de… mort même, la comédienne réagit en sou- voques un déferlement. —  Bah ! voilà,
d’un acteur. « Prenez des mouchoirs, haitant qu’il n’arrive jamais à la fille de convient l’animateur. — Ce que je vou-
cachez votre joie de vivre, et on est Jean-Marie Bigard ce qu’il raconte drais dire aux jeunes femmes, inter-
partis ! » lance-t-elle avec entrain. dans sa « blague ». Cyril Hanouna in- vient Géraldine Maillet, c’est qu’on a le
Pitch « Je vois mes vidéos comme une droit de dire non. — Là, je vous arrête,

En léger différé
vengeance universitaire », explique proteste Cyril Hanouna. Ça peut être
cette bonne élève qui troque la théo- très compliqué de dire non. » La chroni-
rie pour la pratique. Si elle utilise de Par Samuel Gontier queuse insiste : « On est en train de vic-
rigoureuses connaissances en pro- timiser les femmes. » Comme les faits
babilités et autres sciences mathé- supposés se sont produits en août, elle
matiques, la jeune femme n’hésite terroge : « Tu comprends que tu as pu ajoute : « Pendant l’été, y a pas trop de
pas à ponctuer ses contenus de voix choquer ? — Bien sûr, mais tous les per- monde, mais attendre pour faire un pro-
d’aliens et de zooms inspirés de sonnages de mes blagues sont imagi- cès dans un mois pour qu’il y ait beau-
blogs américains. Chaque sujet ré- naires. » Ce qui autorise à rire de leur coup de retentissement, c’est très dépla-
pond à des interrogations ponc- viol imaginaire. « Il n’y a que Muriel Ro- cé. » Il s’agit donc d’une machination.
tuelles. Un jour, elle apprend que le bin qui pense que cette personne existe « On se dirige tout droit vers les États-
film de son enfance, A nous quatre, et qu’elle a été violée par un médecin. » Unis où, si tu demandes du feu à une
où Lindsay Lohan joue des jumelles Muriel Robin manque d’imagination. femme, tu te retrouves en taule pour
qui échangent leur vie, est réadapté Éric Naulleau, un des « chroniqueurs » agression sexuelle, assure Jean-Marie
avec Vanessa Hudgens. Naît alors sa de l’émission, tente : « Quand vous Bigard. En plus, on parle pas de viol,
première pastille rafraîchissante : dites “grosse connasse” de Muriel Ro- là. » Si le harcèlement sexuel était puni
« Pourquoi produit-on des reboots ? » bin… — Je retire le mot “grosse” [rires, par la loi, ça se saurait.
(réponse : pour l’argent). Par ailleurs, applaudissements]. Je sais qu’elle Hanouna cite de récents accusés
Clara Codani ne traite pas que des n’aime pas être grosse. » Très drôle. disculpés, Pierre Palmade, Gérard
thèmes prosaïques. Elle s’adonne « Quand elle parle de mes enfants, est-ce ­Depardieu, Neymar. « Et Patrick Bruel
aussi à la fiction. En 2017, son court qu’elle ne devient pas une grosse n’a jamais eu aucun problème, on n’a
métrage onirique Friendcheap a re- connasse ? Et je retire le mot “grosse”. » ­jamais rien entendu sur lui. — C’est très
çu le prix Supercréative de l’associa- Toujours aussi drôle. Agathe Auproux dommageable pour elle et pour lui,
tion de youtubeuses Les Internettes. et Valérie Bénaïm jugent ensemble considère Castaldi. Évidemment plus
Elliot aubin/Memento/Arte 2018

S’il ne fallait voir qu’une vidéo Ce se- que « Muriel Robin mélange tout. Son pour Patrick, que j’aime beaucoup.
rait l’hilarante pastille « La fausse combat contre les violences faites aux — Une femme a le droit de dire non, s’obs-
monnaie de cinéma va-t-elle nous femmes est noble mais elle se trompe de tine Géraldine Maillet. On vit une drôle
ruiner ? ». Clara y détaille la diffé- cible. — Merci », réagit l’invité. Benja- d’époque. — C’est grave, renchérit Cas-
rence entre un vrai et un faux dol- Sur Télérama.fr
min Castaldi loue « un garçon extrême- taldi. Aujourd’hui, on a une relation
lar : sur la contrefaçon, Benjamin Ma vie au poste, ment sensible, gracieux », rejoint par avec une femme consentante et après,
Franklin s’est « pris un train et a une le blog de Valérie Bénaïm pour qui, « s’il y a bien parce qu’on est connu, elle peut aller
Samuel Gontier
gastro ». — Julie Lassale quelqu’un qui honore les femmes, porter plainte. » Toutes des salopes •

Télérama 3636 18 / 09 / 19 93
tnt
t22.30France 3Téléfilm y20.55ArteDocumentaire

samedi Meurtres en Martinique


| Téléfilm de Philippe Niang (France, 2015)
| Scénario : P. Niang, Alain Agat et Frank Thilliez
| 105 mn. Rediffusion | Avec Olivier Marchal,
Sara Martins, Magaly Brédas.
Les Paradis perdus d’Amazonie
| Documentaire d’Angus Macqueen (GB, 2017)
| 85 mn. Rediffusion.
En juin  2014, dans les profondeurs de
l’Amazonie, les membres d’une tribu iso-
Forcément, l’interaction entre ces deux
mondes produit des échanges à la fois
émouvants, passionnants et riches d’ensei-
gnements. Comme lorsque Xina, le jeune
Une joggeuse est assassinée sur la mon- lée entrent en contact pour la première chef de la tribu, explique qu’ils ne pour-
tagne Pelée, en Martinique. La capitaine fois avec le monde extérieur. Sur Internet, raient plus se passer de vêtements (sans
Léna Valrose, membre de la police scien- les images de la rencontre font le tour du quoi ils auraient honte), de casseroles ou de
tifique de Paris, fait le déplacement. Elle monde… Neuf mois plus tard, le réalisa- machettes. Car, loin de céder à l’imagerie
s’associe avec son homologue Paul Ventu- teur de ce documentaire, Angus Mac- du « bon sauvage » qui vivrait heureux dans
ra pour démasquer le meurtrier. Mais Lé- queen, est parti à la rencontre des trente- son éden, le documentaire dresse un état
na, d’origine martiniquaise, est venue cinq membres de la tribu Sapanahua, des lieux préoccupant de la situation des
pour une autre raison : découvrir l’iden­ aujourd’hui sédentarisés et placés sous la populations isolées, au Brésil et au Pérou. Si
tité de son père biologique. protection de la Funai, la Fondation natio- le petit groupe a renoncé à son ancien
Dire que cette nouvelle enquête de nale de l’Indien. Cet organisme brésilien a mode de vie, c’est par nécessité : quand ils
Meurtres à… révolutionne le genre serait la charge de superviser la transition, par- ne sont pas chassés par les narcotrafi-
excessif. Mais si on retrouve, sans sur- fois compliquée, de ces femmes et de ces quants ou les bûcherons, c’est la nourriture
prise, tous les éléments habituels de la sé- hommes vers la vie moderne. qui vient à manquer. — Xavier Thomann
rie (vieille légende locale, duo de flics mal
assortis, etc.), elle les marie plutôt habile-
ment. Et comme les deux protagonistes se y22.25France 5Spectacle

Wonderful Town
révèlent assez attachants, on passe
l’éponge sur ses défauts : scènes d’action
arthritiques, absence de suspense, dialo-
gues approximatifs et impression récur- | Comédie musicale de Leonard Bernstein. Livret de Jerome Chodorov et Joseph Fields. Paroles
rente de déjà-vu. — Pierre Ancery des chansons : Betty Comden et Adolph Green | Enregistré à l’Opéra de Toulon le 26 janvier 2018
| Direction musicale : Larry Blank | Mise en scène : Olivier Bénézech | Scénographie :
Luc Londiveau. Chorégraphie : Johan Nu. Costumes : Frédéric Olivier. Conception vidéo :
t22.20ArteDocumentaire Gilles Papain | Réalisation : Andy Sommer | 125 mn. Inédit | Par l’Orchestre et le Chœur de l’Opéra
de Toulon | Avec Jasmine Roy, Raphaëlle Cohen, Maxime de Toledo, Jacques Verzier,
Bien nourrir son cerveau Dalia Constantin, Thomas Boutilier.
| Documentaire de Raphaël Hitier (France, Grâces soient rendues à l’Opéra de Toulon, qui a brillamment assuré la tardive création
2019) | 50 mn. Inédit. française de Wonderful Town (1953), délicieuse comédie musicale composée par Leo-
Premiers plans : dans une mégapole, les nard Bernstein quatre ans avant West Side Story. Certes, l’argument est léger comme
voitures se sont transformées en de gi- une bulle de savon (les sœurs Sherwood quittent leur Ohio natal pour construire leur
gantesques burgers, pizzas ou autres vie à New York), mais comment résister à son traitement ? Les émotions, les déceptions
hot  dogs animés. Mon Dieu, que c’est et les bonnes fortunes de Ruth et d’Eileen suscitent autant de numéros cocasses, grin-
laid ! Censée symboliser les ravages de la çants ou émouvants, qui égratignent le rêve américain avec une douce ironie — et une
junk food en Occident, cette intro peu ra- belle collection d’inoubliables songs.
goûtante n’y va pas avec le dos de la cuil- L’esprit de Broadway souffle sur ce spectacle euphorisant, impeccablement rythmé, et
lère. « On sait que la malbouffe fait grossir, intelligemment transposé à l’époque trumpienne par le metteur en scène Olivier Bénézech.
mais la science nous dit désormais qu’elle Il est dirigé par un chef d’orchestre (Larry Blank) rompu à ce genre musical, et chanté et
pourrait aussi faire rétrécir le cerveau », joué par une troupe au top, menée par la charismatique Jasmine Roy. On n’oubliera pas de
assène Felice Jacka, docteur en épidé- sitôt son inventaire des One Hundred Easy Ways to Lose a Man, ni le moment où elle tente
miologie et professeur à l’université de d’apprendre à danser la conga à une horde de matelots brésiliens. À découvrir absolument,
Melbourne. Autrement dit, « tout ce qui sur France 5 ou grâce au DVD/Blu-ray édité par BelAir Classiques. — Sophie Bourdais
vous passe par la tête dépend aussi de ce Diffusé dans le cadre du magazine Passage des arts, présenté par Claire Chazal.
que vous mettez dans votre assiette ».
Réalisé par Raphaël Hitier, Bien nour-
rir son cerveau démontre, à grand renfort
d’expériences en laboratoire et d’images
de synthèse, que notre santé mentale,
nos humeurs et nos capacités cérébrales
seraient directement liées à notre coup
de fourchette. Exemple : composée à
90 % de graisse qu’elle ne sait pas fabri-
quer elle-même, notre matière grise re-
quiert une source continue en oméga 3
pour fonctionner normalement… Pis,
une alimentation carencée en vitamines
et minéraux peut générer chez le rat,
comme chez l’être humain, des pics
d’agressivité. Certes peu engageant vi-
suellement mais toujours didactique, ce
documentaire scientifique a le mérite de
s’adresser au plus grand nombre. Et d’in-
suffler une nouvelle dimension cognitive
à la célèbre maxime du gastronome Bril-
lat-Savarin : « Dis-moi ce que tu manges et je
te dirai qui tu es. » — Eléonore Colin Soixante-cinq ans après sa création, l’euphorisante comédie musicale de Bernstein enfin en France.

94 Télérama 3636 18 / 09 / 19 t On aime un peu…  y … beaucoup  u … passionnément  r … pas du tout  I Pas vu mais… faut voir
samedi 21

y21.00LCP-Public SénatDocumentaire

La Face cachée du cacao


| Documentaire de Paul Moreira (France, 2019) | 60 mn. Inédit. Comme à son habitude, Paul Moreira s’immisce là où ça dérange,
Sept millions de tonnes de chocolat sont produites chaque année, confrontant chaque maillon de la chaîne de production et de com-
et sa consommation double tous les dix ans. En Côte d’Ivoire, le mercialisation à ses incohérences et ses mensonges. Sa caméra
plus gros producteur au monde, un campement clandestin s’est s’attarde sur les visages des enfants esclaves, réduits à la survie. De
installé dans la forêt protégée du Goin-Débé. Les arbres y ont été la coopérative locale au géant de l’agroalimentaire Cargill en pas-
détruits pour laisser place aux plantations illégales. En vingt- sant par Chocovision, le Davos du chocolat, le journaliste ne se
cinq ans, c’est près de 90 % de la forêt ivoirienne qui a disparu au contente pas d’un état des lieux de la sordide face cachée du cacao
profit de ces dernières. Et dans ce business, un ouvrier sur trois mais entend suggérer une solution, évidente : pourquoi ne pas
est un enfant. Venus du Burkina Faso où la sécheresse fait rage, augmenter le prix du cacao pour accroître les revenus des paysans
souvent vendus par leurs parents, ils travaillent gratuitement en et éviter le recours au travail des enfants ? Alors que les industriels Des plantations
illégales où triment
échange d’un peu de nourriture. Leur quotidien ? Manier des ma- vendent 100 milliards de dollars de chocolat chaque année, un des enfants esclaves.
chettes tranchantes et répandre du glyphosate sans protection. cultivateur gagne, lui, moins de 1 euro par jour. — Mossane Sarr Le chocolat n’a
Intraçable, leur production de cacao se mêle facilement au cir- Suivi d’un débat. jamais eu un goût
cuit commercial légal et certifié. Rediffusion : 22/9 à 9.00. aussi amer.

r21.00France 3Téléfilm 9.05TF1Rugby


La Malédiction du volcan France-Argentine
| Téléfilm de Marwen Abdallah (France, 2018) folklore local : la « devineuse » (une sorte 1er tour de la Coupe du monde. Poule C
| Scénario : Sandro Agénor | 90 mn. Inédit de voyante) est sans doute le personnage | En direct de Tokyo | Commentaire : Christian Jeanpierre, Dimitri
| Avec Catherine Jacob, Ambroise Michel, le plus intéressant, mais le film dévie à Yachvili, Christian Califano | 120 mn.
Marie Denarnaud, Philippe Caroit. peine vers le surnaturel, préférant rester Il est rare de commencer une Coupe du monde par un match à éli-
Ce énième épisode non officiel de la série sur des sentiers bien balisés. L’intrigue mination directe. C’est pourtant ce qui attend les Bleus, ou presque,
Frederic Stephan | Bernard NANTET/saif images

Meurtres à… —  les polars régionaux de progresse essentiellement par des dialo- cette fois-ci. Une défaite contre l’Argentine et il faudra battre l’An-
France Télévisions — se déroule à La Réu- gues bavards filmés dans des intérieurs gleterre pour jouer les quarts de finale. Or les résultats récents font
nion. Une flic expérimentée du coin (Ca- pépères (commissariat, hôpital). du XV de la Rose un épouvantail. Les Pumas sont à peine moins fé-
therine Jacob) et un jeunot de métropole De l’île, le réalisateur Marwen Abdal- roces, eux qui ont laissé quelques mauvais souvenirs à notre équipe
(Ambroise Michel) enquêtent ensemble lah (Meurtres à Dunkerque, 2016) ne de France, en la battant deux fois lors du Mondial 2007, par exemple.
sur l’assassinat du fils unique du proprié- montre finalement rien, à part quelques Un brouillard épais enveloppe nos Bleus, en perdition depuis
taire d’une plantation. Comme d’habi- jolis plans de la forêt vue du ciel. Ne pas huit ans. D’ailleurs, comme un vilain symbole, quelques tem-
tude, on nous propose plusieurs mobiles se laisser piéger par le titre ronflant : l’ac- pêtes ont saccagé leurs séances d’entraînement, à Fujiyoshida.
pour brouiller les pistes — querelle d’héri- tivité volcanique du téléfilm tient davan- Mais derrière la foudre et les trombes d’eau se détachait toujours
tage, vengeance de descendants d’es- tage du Puy-de-Dôme que du piton de la le mont Fuji, en arrière-plan. La France et la Coupe du monde de
claves assassinés au xviie siècle, histoire Fournaise. — Nicolas Didier rugby, ça a souvent été ça, une équipe au bord de la noyade qui fi-
de carte au trésor de pirate. Et, comme Suivi de la rediffusion de Meurtres en nit presque tout en haut. Reste que le mont Fuji, c’est d’abord une
d’habitude, on habille le tout d’un peu de Martinique. sacrée montagne à gravir. — Michel Bezbakh

Télérama 3636 18 / 09 / 19 95
tnt câble | satellite
y20.50Canal+ CinémaFilm y20.40OCS MaxFilm

Wildlife : une Jackie


saison ardente | Film de Pablo Larraín (USA/France/Chili, 2016) | Scénario : Noah Oppenheim | 100 mn. VM
| Avec Natalie Portman (Jacqueline Kennedy), Peter Sarsgaard (Robert Kennedy), Greta Gerwig
| Film de Paul Dano (USA, 2018) | Scénario : (Nancy Tuckerman), Billy Crudup (le journaliste), John Hurt (le prêtre), Max Casella (Jack Valenti).
Zoe Kazan, P. Dano, d’après Richard Ford | 100 mn. | Genre : réflexion sur l’image.
VM | Avec Ed Oxenbould (Joe), Carrey Mulligan Le monde entier connaît ces images : une femme en rose rampe, affolée, sur le capot
(Jeanette), Jake Gyllenhaal (Jerry). d’une voiture officielle ; une femme en noir mène la marche funèbre, à Washington…
| Genre : le feu qui couve. Jackie Kennedy est incrustée dans notre imaginaire collectif.
« Je sens que je dois me réveiller. Mais de Pour son premier film américain, le Chilien Pablo Larraín ne fait jamais semblant de
quoi ? » lâche la mère fatiguée à son fils l’ignorer. Il n’a pas circonscrit par hasard son récit aux quelques jours qui suivirent l’as-
unique, Joe, 14 ans, qui assiste à la lente dé- sassinat de John F. Kennedy à Dallas, le 22 novembre 1963. Dans l’œil du cyclone, le point
sagrégation de son petit paradis familial, zéro d’un deuil et d’un trauma historique majeur, se tient Natalie Portman, comme on
dont il était le centre. Entre ses parents, ça ne l’a encore jamais vue. Jackie n’est pas un biopic au sens usuel, la petite histoire d’une
ne va plus très fort. Le père, prof de golf qui première dame dans les tourments de la grande. C’est un trompe-l’œil, une réflexion
a été viré, décide de rejoindre une cohorte magistrale sur l’image. Et même une réflexion au sens propre : dans l’une des plus belles
La jeune veuve
d’apprentis pompiers chargés d’éteindre scènes du film, Jackie Kennedy se regarde dans un miroir. Elle ne nous offrira ainsi que Jacqueline Kennedy
les incendies ­ravageurs, en cet été 1960. son reflet, fragmenté et multiplié, enclos dans la stupeur d’une tragédie nationale dont (Natalie Portman),
C’est le premier film de Paul Dano, ac- l’Amérique n’est jamais vraiment sortie. Toutes les Jackie se superposent : la victime, la miroir d’une nation
teur singulier, qui adapte ici Une saison ar- veuve, et surtout l’architecte de la postérité, à l’origine d’un mythe. — Cécile Mury traumatisée.
dente, de Richard Ford, grand écrivain de
la survie ordinaire. Marasme intérieur,

Scott Garfield/June Pictures/Nine Stories Productions/Sight Unseen Pictures | B. Gray/Jackie Productions/Wild Bunch/Fabula/LD Entertainment/Protozoa Pictures
chagrin, solitude, frustration, tous ces
maux sont décrits en aplats ou par touches
picturales —  certaines toiles figuratives
d’Edward Hopper, peintre du spleen lumi-
neux, sont carrément reconstituées. Paul
Dano décrit un monde où la beauté renvoie
à un vide ouaté. À l’anxiété. Le point de vue
reste constamment celui de Joe, gosse un
peu renfermé mais qui semble souvent
plus mûr que les adultes qui l’entourent.
Un fils exposé au danger de ses parents, qui
l’aiment mais règlent leurs comptes devant
lui, le mettant trop facilement dans la confi-
dence. L’impudeur est sans doute ce qui
est traité avec le plus de sagacité dans ce
­tableau familial, au bord du drame.
Malgré sa mise en scène un peu sco-
laire, Wildlife exerce une forme d’emprise
fascinante, suspension entre calme et tu-
multe, avec, finalement, la perspective
d’un pardon. — Jacques Morice
Rediffusions : 23/9 à 16.50, 25/9 à 2.20, 27/9
à 13.05, 28/9 à 22.35, 30/9 à 19.05, 2/10/à 12.15.

t20.40HistoireDocumentaire
Le roi danse
| Documentaire de Sébastien Renouil (France, Tout cela s’enchaîne au pas de course.
2019) | 55 mn. Inédit.  Dans le rôle des grands témoins, filmés
À l’occasion des 350 ans de la création de lors de la saison 2018-2019, on croise la ta-
l’Académie royale de musique, le 28 juin lentueuse soprano canadienne Barbara
1669, par le roi Louis XIV, le journaliste Sé- Hannigan, répétant courageusement Bé-
bastien Renouil nous propose une visite de rénice, du compositeur suisse Michael Jar-
l’Opéra national de Paris, désormais abrité rell, ou le danseur étoile Karl Paquette fai-
par deux maisons. Celle du palais Garnier, sant visiter, avant son départ « à la
inauguré en 1875 et décidé quinze ans plus retraite », la maison qui l’a bercé depuis
tôt par Napoléon III, et celle du site de la son plus jeune âge. Plans de répétition (Le
Bastille, voulue par François Mitterrand (et Lac des cygnes, par la jeune garde étoilée
Jack Lang), lancée en 1989 après une sacrée Léonore Baulac et Germain Louvet), cou-
bataille menée sur fond de cohabitation. Et lisses des représentations, points de vue
comme l’Opéra conjugue deux disciplines sur les escaliers tournicotants de Garnier
(l’art lyrique et le ballet), faire le tour de la ou le gigantisme de Bastille au si large pla-
question en cinquante-cinq minutes re- teau : ce film, au ton par ailleurs empha-
quiert une vitesse maximale. Évoquer l’his- tique, ne manque pas d’images intéres-
toire à grands traits (il est peu question du santes. Mais, faute d’angle précis, il ne
roi qui danse, d’ailleurs), survoler les que- creuse pas vraiment son sujet. Dommage.
relles architecturales (du temps de Garnier — Emmanuelle Bouchez
Joe, adolescent sensible qui a mûri trop vite. déjà), rencontrer les artistes au travail… Rediffusions : 22/9 à 11.25, 27/9 à 11.45.

96 Télérama 3636 18 / 09 / 19 t On aime un peu…  y … beaucoup  u … passionnément  r … pas du tout  I Pas vu mais… faut voir
tnt samedi 21
TF1 1 1 1 1 1 France 2 2 2 2 2 2 France 3 3 3 3 3 3 France 5 5 5 5 5 5 Arte 7 7 7 7 7
6.25 hRugby Australie/Fidji. 5.50 sLes z’amours Jeu. 5.35 sPlus belle la vie 6.00 sZouzous Oui-Oui, 7.55 sInvitation au voyage
Coupe du monde. 1er tour. Présentation : Bruno Guillon. 6.00 sLudo Marsupilami. enquêtes au Pays des Spécial îles Marquises.
Poule D. À Sapporo. 6.30 sLe 6h30 info En direct. 8.15 sSamedi Ludo tLes jouets. Le Village de Dany. 8.35 dGEO Reportage
En direct. 6.55 sJournal 6h55 Lapins crétins : invasion. tPetit Ours Brun. yZou. (Fr/All, 2013 et 2015). SOS,
8.35 hLe mag de la Coupe 7.00 sTélématin 10.50 sRiding zone tMini-Loup. Sam le glaciers suisses en danger.
du monde En direct. 10.00 sAffaire conclue, 11.30 dDans votre région pompier. tHé, Oua-Oua. Les bateaux légendaires
9.05 hRugby France/Argentine. tout le monde a 12.00 Le 12/13 tPeppa Pig. tSimon. Luo d’Oman.
Coupe du monde. 1er tour. quelque chose à vendre 12.55 shLes nouveaux Bao Bei. yLa Famille 10.05 dLes Délices du Piémont
Poule C. À Tokyo. En direct. 10.50 sTout le monde a son mot nomades Blaireau-Renard. tLes (All, 2018). Les lacs (2/4).
LIRE pages 89 et 95. à dire Jeu. Présentation : 13.30 ishUn livre, un jour Pyjamasques. tMily Miss 10.30 dBali Spirit (All, 2019).
11.05 hLe mag de la Coupe Semaine spéciale 500e. Vaincre à Rome, de Sylvain Questions. Mon job de rêve. 11.15 dsHistoires d’arbres
du monde En direct. Invités : Féfé, Leeroy Coher (éd. Actes Sud). Silence ça pousse, junior ! (Fr, 2015). Les racines
11.35 hRugby Nouvelle-Zélande/ 11.25 sLes z’amours Jeu. 13.35 sSamedi d’en rire 10.10 sSilence, ça pousse ! de l’enfance (3/5).
Afrique du Sud. Coupe Présentation : Bruno Guillon. Présentation : 11.10 sLa maison France 5 Les vainqueurs
du monde. 1er tour. Poule B. 12.00 sTout le monde veut Jean-Luc Lemoine. Le Médoc. du temps (4/5).
À Yokohama. En direct. prendre sa place Jeu. 15.15 shLes carnets de Julie 12.45 dsLes 100 lieux qu’il faut Les dieux de la nature (5/5).
13.35 sJournal Présentation : Nagui. La route des vins. L’Anjou. voir (Fr, 2015). 13.30 dMerveilles d’Afrique
14.00 sGrands reportages 13.00 sJournal En direct. 17.05 sExpression directe L’Ille-et-Vilaine. (All/Afr du S, 2019).
Histoires de train. 13.20 sh13h15, le samedi… CFE-CGC. 13.25 dsVues d’en haut Le désert du Namib (5/5).
15.15 sReportages découverte Présentation : 17.15 sTrouvez l’intrus (GB, 2016). Sur la frontière La vallée de la Luangwa (3/5).
Bien dans Laurent Delahousse. Jeu. Présentation : anglo-galloise (3/14). La réserve de Mashatu (4/5).
leurs belles pompes. 14.00 shTout compte fait Églantine Éméyé. 14.00 dsMalaisie, un pays La réserve de Mala Mala (2/5).
16.25 sLes docs du week-end Quand les marques nous 17.55 sQuestions pour mosaïque (Fr, 2016). 16.25 shInvitation au voyage
Présentation : Karine Ferri. font gaspiller ! Capsules un super champion 14.55 dsAlgérie, grande bleue, Rio de Janeiro.
J’ai 16 ans et je suis de café : vous reprendrez Jeu. Présentation : grand sud (Fr, 2019). 17.05 dshGEO Reportage
déjà maman. bien un peu d’aluminium ! Samuel Etienne. 15.50 idshJ’irai dormir chez (All, 2017). Le caroubier, l’or
17.50 s50 mn inside Quand les marques nous 19.00 Le 19/20 vous (Fr, 2009). Grèce (5/6). noir de la Crète.
L’actu. Le mag. font gaspiller ! Le scandale 20.00 isVu Divertissement. 16.50 dsLes Routes de 17.50 dhAbhishek et le mariage
19.50 sLes apprentis du goût du suremballage des colis. 20.15 tshParents mode l’impossible (Fr, 2019). (All, 2017).
Le lonzo. 15.55 sAffaire conclue, d’emploi Série Arménie, les résistants 18.35 iArte reportage
20.00 sJournal tout le monde a quelque (saison 8, 3, Fr, 2019). du Caucase. Présentation : William
20.35 sHabitons demain chose à vendre 20.40 sTout le sport 17.45 shC dans l’air En direct. Irigoyen et Andrea Fies.
La myotecture. 17.40 sJoker Jeu. Présentation : 19.00 shC l’hebdo Talk-show. Chine : la disparition
20.40 sTirage du Loto Olivier Minne. Présentation : Ali Baddou. des milliardaires.
20.45 sMerci Grégoire. 18.40 sN’oubliez pas les paroles 20.20 ydsUne maison, 19.30 ishLe dessous des
20.50 shQuotidien express Jeu. Présentation : Nagui. un artiste (Fr, 2019). cartes Présentation :
20.00 sJournal En direct. Oscar Wilde à Dublin, Émilie Aubry.
20.30 sh20h30 le samedi l’enfance du prince heureux Iran : au cœur des tensions.
21.00 tsjhVestiaires Série. (10/10). 19.45 hArte journal
20.05 28 minutes samedi
Présentation : Renaud Dély.

21.05 21.05 21.00 r 20.50 20.55 TT

Danse avec les stars N’oubliez pas La Malédiction Échappées belles Les Paradis perdus
shDivertissement. 125 mn. les paroles du volcan shMagazine. 95 mn. d’Amazonie
Présentation : Camille Combal et Présentation : Sophie Jovillard.
Karine Ferri. Épisode 1. En direct. shJeu. 155 mn. Présentation : rsjhTéléfilm de Marwen La Provence gourmande. ydshD’Angus MacQueen
Dix célébrités sont engagées dans Nagui. Demi-finales et finale Abdallah (Fr, 2018). 90 mn. Inédit. Des gorges du Verdon à Marseille, (GB, 2017). 85 mn.
l’aventure de cette dixième saison : des Masters. Avec Catherine Jacob, Ambroise Sophie Jovillard part à la 6 En juin 2014, une tribu
la chanteuse Liane Foly, Ladji Après deux semaines de Michel, Marie Denarnaud. rencontre de Provençaux, parfois amazonienne établit le contact
Doucouré, champion du monde compétition, les Masters livrent 6 Cet énième polar régional d’adoption, qui ont décidé de
leur dénouement au cours d’une avec le monde extérieur.
du 110 mètres haie, la mannequin de France Télévisions (façon mettre en avant ce terroir unique Neuf mois plus tard,
et comédienne Linda Hardy, dernière émission exceptionnelle. et généreux. Reportages :
Meurtres à…) se déroule à Angus MacQueen est allé à
Moundir, Hugo Philip, Elsa Esnoult, La Réunion. Dialogues bavards La ratatouille. Ça sent bon la
Sami El Gueddari, Yoann Riou, Provence. La truffe d’été. À l’école leur rencontre : il rend compte
dans des intérieurs pépères. de leur nouvelle vie et de ses
Clara Morgane et le benjamin des bergers transhumants.
de la compétition, Azize Diabaté. De l’île, le réalisateur ne montre Pique-nique à Marseille. Aux enjeux spécifiques. Sans céder
23.10 shDanse avec les stars, rien, à part quelques jolis plans origines de la cuisine provençale. à l’image d’Épinal. LIRE page 94.
la suite En direct. de la forêt vue du ciel. LIRE page 95. 22.25 shPassage des arts

0.40 23.40 22.30 T 22.25 TT 22.20 T


Danse avec les stars On n’est pas couché Meurtres en Martinique Wonderful Town Bien nourrir son cerveau
shDivertissement. 80 mn. shTalk-show. 145 mn. tsjhTéléfilm de Philippe Niang yshSpectacle. Enregistré tdshDe Raphaël Hitier
DALS : 10 saisons déjà ! Présentation : Laurent Ruquier. (Fr, 2015). 105 mn. Avec à l’Opéra de Toulon, en 2018. (Fr, 2019). 50 mn. Inédit.
Tous les artistes, juges et Olivier Marchal, Sara Martins, 125 mn. Inédit. Par l’Orchestre 6 Ce doc démontre que nos
danseurs qui ont fait le succès de 2.10 shLes enfants de la télé France Zobda. et le Chœur de Toulon. Dir. Larry
Divertissement. capacités cérébrales sont
Danse avec les stars sont réunis 6 Vieille légende locale, duo Blank. Avec Raphaelle Cohen,
pour une émission collector. Présentation : Jasmine Roy, Maxime de Toledo. directement liées à notre coup
Laurent Ruquier. mal assorti… Les ingrédients de fourchette. Peu engageant
2.00 Programmes de la nuit 3.10 dsLady Mond, récurrents de la série sont là, 6 L’esprit de Broadway porte
visuellement mais très
tf1 | france 2 | france 3 | france 5 | arte

2 6.30. la fabuleuse histoire mais on s’ennuie un peu moins cette euphorisante comédie
didactique. LIRE page 94.
de Maï la bretonne que d’habitude. LIRE page 94. musicale du grand Leonard
(Fr, 2014). Bernstein. Elle est menée 23.10 ishPhilosophie
3.50 dsPays et marchés 0.15 Les Amants magnifiques avec rythme et esprit, par 23.40 hSquare idée
du monde Cuba-Baracoa. Opéra de Jean-Baptiste 0.10 ihCourt-circuit
Lully et Molière. Mise en une troupe au top. LIRE page 94.
Cuba-Santiago. 1.00 tdshLa Fabrique
4.05 sAffaire conclue, scène : Vincent Tavernier. 0.30 dsL’Œil et la Main (Fr, du cerveau (Fr, 2017).
tout le monde a quelque Avec Mélanie Le Moine, 2019). Un nouveau souffle. 1.55 Arte journal
chose à vendre Marie Loisel, Claire 0.55 rdsOrsay, chroniques 2.15 yfL’État contre Mandela
2 5.55. Barrabès. d’un musée (Fr, 2016). et les autres Film
2.50 sLes carnets de Julie 1.50 dsAttachez vos ceintures documentaire de Gilles
Le pays camarguais. (GB, 2016, 3/3). Porte et Nicolas Champeaux
Les saveurs des fruits : 2.40 dsLes Dessous de (Fr, 2018).
les fruits d’été. (GB/Can, 2014, 3/8). 3.10 dSystem Error (All, 2018).
4.40 Les matinales 2 5.05. 3.25 La nuit France 5 2 4.55. 2 5.05.

TNT/Bouygues  Canal  Numericable/SFR  Orange  Free s Télétexte j Audiodescription h Télévision de rattrapage Télérama 3636 18 / 09 / 19 97
tnt
M6 6 6 6 LCP 13 107 13 France 4 14 63 14 France Ô 19 65 19 W9 9 59 9 Gulli 18 169 18
6 6 13 13 14 14 19 19 9 9 18 18
6.00 sM6 music 9.00 État de santé 7.30 sSlugterra : 9.15 shMiroir créole 6.00 sWake up 8.00 Jeunesse…
7.00 sAbsolument stars 10.00 Le journal les mondes souterrains 10.10 tshFoudre 7.30 sW9 hits 11.00 yLe Monde
Présentation : de la Défense Magazine. 9.20 sMarvel’s Série (saison 3, 9.20 sL’hebdo incroyable de Gumball
Claire Nevers. 11.00 Journées Avengers : 10 à 16/26, Fr, 2009). de la musique 11.55 Ben 10
10.00 s66 minutes : du patrimoine Ultron Revolution 12.50 tdshL’Histoire Magazine. Présentation : 12.30 thZig & Sharko
grand format Magazine. 11.30 Droit de suite 11.05 sÀ table les enfants savoureuse de Banania Érika Moulet. 12.55 yhOggy
Présentation : Xavier 12.00 tdPédale ! (Fr, 2019) 11.10 sBatman : Le retour (Fr, 2013). 12.40 rswBones Série et les cafards
de Moulins. Olympiades LIRE TRA 3635, page 123. des justiciers masqués 13.45 rshÀ nous deux (saison 6, 9, 10, 12, 8, 7, 3 13.25 European
des métiers : les Français 13.00 Droit de suite Téléfilm de Rick Morales la vie Téléfilm et 2/23, USA, 2010). VM. Fraîch’Fantasy
visent l’or. Au cœur Être homosexuel en (USA, 2016). d’Alain Nahum (Fr, 1998). 18.50 sLa Petite Histoire 13.30 hLes Super Nanas
du dernier chassé-croisé France aujourd’hui… 12.30 sTeen Titans Go ! 15.10 rshDu goût de France Série 14.30 thTotally Spies
de l’été. Un mois dans 13.30 LCP le mag 13.30 tsLes Minikeums et des couleurs (Fr, 2016). 15.30 Power Rangers
la vie des top models. 14.00 Rembob’INA 17.25 sBatman Unlimited : Téléfilm de Michaëla Beast Morphers Série
12.45 sLe 12.45 yBernard Pivot raconte L’Instinct animal Watteaux (Fr, 2006). (saison 1, 4, USA, 2019).
13.25 tsScènes Alexandre Soljenitsine. Téléfilm de Butch Lukic 16.45 tdshLes Chemins 16.00 hPokémon
de ménages Invités : Bernard Pivot, (USA, 2015). de l’école (Fr, 2015). De 16.30 hBeyblade Burst
Série (Fr, 2019). Agnès Chauveau. 18.35 sBatman Unlimited : Devi, Kritika et Olivier (1/3). 17.00 hGormiti
14.35 sChasseurs 15.45 Émois et moi Monstrueuse Pagaille 17.35 shDe l’or 17.25 European
d’appart’ Jeu. 16.00 Circo Magazine. Téléfilm de Butch Lukic sous la tôle (2 et 3/5). Fraîch’Fantasy
Présentation : 16.30 On va plus loin (USA, 2015). 18.30 shInfô soir 17.30 tMagic : Famille
Stéphane Plaza. 18.00 Parlement hebdo 19.50 sBatman Unlimited : En direct. féerique
19.45 sLe 19.45 18.30 Has#tag Machines contre 18.50 shLoca’Terre 18.00 yCorneil et Bernie
20.25 tsScènes 19.00 dhC’est vous mutants Téléfilm de 18.55 dshLa Route des 18.45 thZig & Sharko
de ménages la France (Fr, 2017). Butch Lukic (USA, 2016). arts (Fr, 2018). Regard 19.10 yhOggy
Série (Fr, 2019). 19.30 rdRaymond Aron : sur les objets polynésiens. et les cafards
le chemin de la liberté 19.50 dshMéditation, 19.30 thDragons :
(Fr, 2018). un chemin intérieur par-delà les rives
20.25 Un monde en docs (Fr, 2018). 20.50 G ciné Magazine.

21.05 T 21.00 TT 21.05 T 20.55 T 21.05 T 21.00 T

Instinct La Face cachée Le Voyage de la vie Un parfum Les Simpson Dragons : par-delà
tswhSérie (USA, 2018). du cacao tdshDe Ian Gray de Caraïbes tswDessin animé (USA, les rives
95 mn. Avec Alan Cumming, ydhDe Paul Moreira (GB/USA/Fr, 2014). 200 mn. tshTéléfilm de Michaël 2013, 2007, 2008). 260 mn. thDessin animé (USA,
Bojana Novakovic, (Fr, 2019). 60 mn. Inédit. (3, 4, 1 et 2/6). Perrota (Fr, 2004). 100 mn. (saison 24, 12 à 14/22) 2017). 70 mn. Se déchaîner
Daniel Ings. 6 Entre esclavage et 6 Valant surtout pour 6 Une Parisienne (saison 19, 9 à 12/20) au détroit (saison 6, 6/13).
Les crimes étaient presque déforestation, l’industrie son exceptionnelle qualité découvre ses racines (saison 24, 11, 9 et 10/22). Le jour le plus long (7/13).
parfaits (saison 1, 3/13). du chocolat n’ouvre pas d’images, cette série caribéennes. Un rôle que Les aléas de l’amour. La ruée vers l’or (8/13).
Le meurtre d’un jeune l’appétit ! Paul Moreira documentaire nous Corinne Touzet s’est taillé 21.25 Adulte une fois.
homme mènent Lizzie et emmène au plus près des 21.50 Charmeur grand- 22.10 Le Fantôme de Lord
confronte les acteurs sur mesure, avec quelques
Dylan sur la piste d’un requins, des chimpanzés, père. 22.15 Soupçons. Farquaad
de ce système et pointe coutures un peu voyantes.
photographe et d’une fille des kangourous… 22.40 Un pour tous, tous 22.30 thIl était une fois…
des solutions. LIRE page 95.
souffrant d’amnésie. 22.35 rshCoup de cœur pour Wiggum. 23.05 Les l’Homme
22.00 hUn monde en docs 0.25 dsMuriel Robin et
21.50 Pères et fils (4/13). Téléfilm de Dominique années 90. 23.35 wL’amour 22.55 yhIl était une
Débat. Une ouverture Chanee sur la terre des
Une attaque terroriste au Ladoge (Fr, 2013). à la springfieldienne. fois… les découvreurs
sur le monde. jaguars (Fr, 2018).
gaz toxique a été perpétré 0.00 shVinyle 0.05 A tuteur-tuteur ennemi. 23.25 tIl était une fois…
22.25 tdhLes Amoureux 2.30 sBasique, les
dans le métro new-yorkais. 0.55 shL’Outre-mer fait 0.30 wHomer entre en prépa. l’Homme
du Luxembourg sessions Magazine. son Olympia 2019 0.55 Un test avant d’essayer. 23.50 yhIl était une
(Fr, 2019). 2.45 sFrancofolies 2.55 shBlack box 1.25 Programmes fois… les explorateurs
de La Rochelle 2 3.30. sessions 2 4.10. 2 0.20.
de la nuit 2 6.00.

22.40 T 22.55 TT RMC Story 23 68  TMC 10 60 10 TFX 11 61 11 TF1 20 66 20 
Elementary Le Président 23 23 23 10 10 11 11 Séries Films 20 20
tswhSérie (USA, 2018 ydD’Yves Jeuland 11.45 swEnquête 6.40 sMonacoscope 7.10 wNicky Larson 9.15 sAu nom de la vérité
et 2013). 215 mn. VM. (Fr, 2010). 95 mn. prioritaire Guyane, crack 6.45 TV achat Magazine. 8.05 TFX infos (2012 et 2014).
Avec Jonny Lee Miller, 6 Portrait de Georges et narcotrafic. Autopsie 8.45 sNos chers voisins 8.10 wNicky Larson 14.15 sPetits plats
Lucy Liu, Jon Michael Hill, Frêche dans lequel la et police scientifique. 11.55 isQuotidien 11.40 rsSuper Nanny en équilibre
Desmond Harrington. politique apparaît avec ses Attaques à main armée Divertissement. Télé-réalité. 14.20 swhFire Twister
Signé Button Gwinnett passions et ses tricheries. et supermarchés. Présentation : 17.10 dsL’Extraordinaire Téléfilm de George
(saison 6, 3/21). Le constat est sinistre, 16.20 swIndices Yann Barthès. naissance du 1er bébé Erschbamer (USA, 2015).
Au cours de la reconstitution le film, passionnant. Magazine. Présentation : 13.25 tswCold Case : panda de France 16.00 shFace à la tornade
d’une bataille de la guerre LIRE TRA 3635, page 91.
Elizabeth Tchoungui. affaires classées Série (Fr, 2018). Téléfilm de Gordon Yang
d’Indépendance, un homme Piège macabre sur (saison 3, 8, 10 à 14/23, 18.55 dsLa Vie secrète (Can, 2011).
0.30 hHas#tag la route. Passion mortelle USA, 2006). VM. des chats (Fr, 2017). 17.50 rswProfilage
est assassiné.
Magazine. Présentation : à l’hôtel. La tuerie 18.45 sLes Mystères de Que fait mon chat… quand Série (saison 4,
23.30 Dernière séance (4/21).
Hélène Risser. Jadot, du Grand-Bornand. l’amour Série (saison 21, je ne suis pas là (nº1). 5 à 7/12, Fr, 2013).
En enquêtant sur la mort
l’écolo décomplexé. Dernier tango. 2 et 3, Fr, 2019). La langue du chat (nº3).
de sa thérapeute avec
1.00 ydLes Gendarmes
Sherlock, Watson découvre
et le territoire (Fr, 2019).
son propre dossier médical
2.00 Parlement hebdo
21.00 21.05 21.05 21.00
et en apprend plus
sur ses obsessions.
Magazine. Présentation : Hors de contrôle Columbo Chroniques Joséphine,
Kathia Gilder.
0.20 Secret d’État
2.30 iQuestions dshDe Mathieu Mouraud sSérie (USA, 1977). 200 mn. criminelles ange gardien
(saison 2, 3/24). et Julien Adam Avec Peter Falk, William
au gouvernement Débat. swMagazine. shSérie (Fr/Bel, 2003
Un pirate informatique (Fr, 2017 et 2018). 60 mn. Shatner, Lola Albright.
3.45 Séance à Présentation : Julie Denayer. et 2002). 220 mn. Avec
disparaît mystérieusement. Les inondations de Deux en un (saison 6, 1/3).
l’Assemblée nationale L’affaire Catherine Gardère : Mimie Mathy, Julie Dray,
1.10 L’empoisonneuse Vaison-la-Romaine. 22.30 tInculpé de meurtre.
2 3.45. rencontre mortelle en Gabriel Le Normand.
(4/24). 22.05 Indonésie, le tsunami
0.25 s90’ enquêtes Charente. Ethan Couch. Le stagiaire (saison 7, 1/4).
2.20 Programmes meurtrier (1/3). 22.50 L’affaire Sophie Le 22.50 La plus haute marche
Magazine. Présentation :
de nuit 2 6.00. 23.05 World Trade Center. Tan : La visite d’appartement (saison 6, 3/4).
Tatiana Silva. Fraudeurs,
0.10 11 septembre 2001 : a-t-elle mal tourné ? Patty 0.40 Programmes
profiteurs, travail au noir :
appels d’urgence. Hearst. 0.40 Affaire Edwige de la nuit
enquête sur la France
1.05 9/11 : The plane Perdrix : Le SMS de la mort. 2 6.45.
qui triche.
that hit the Pentagone. Meurtres au pays des stars.
1.55 Programmes
1.55 Programmes de nuit 2 2.30.
de la nuit 2 6.05.
2 6.00.

98 Télérama 3636 18 / 09 / 19 VM version multilingue w Déconseillé aux moins de 10 ans  x … de 12 ans  c … de 16 ans  v … de 18 ans
samedi 21
C8 8 58 8 RMC 24 98 24 Canal+ 4 4 4 Canal+ 42 12 155 Canal+ 43 13 154

bouquet canal+
8 8 Découverte 24 24 4 4 Séries 42 43 Family 43 44
7.00 Télé-achat 8.50 dsWheeler Dealers, 5.20 shLive in Canal Girls Hits. 8.00 ysxGomorra 6.45 hLes P’tites Canailles+
9.00 wAccusée d’amour occasions à saisir 5.55 s21 cm Invité : Ken Follett Série (saison 4, 1 à 12/12, 8.15 tfsjhCars 3
Téléfilm d’Alan Metzger (GB, 2016). Chevrolet 6.50 sCartoon+ Gribouille. Ita, 2019). VM. De Brian Fee (USA, 2017). VM.
(USA, 1995). Camaro 1973 (12/18). Onn/Off. En clair. 16.55 American Horror Story : 9.55 fswhDarkest Minds :
10.30 wPassé oublié Cadillac V8 1916 (16/18). 7.35 swhLa Maison 1984 Série (saison 9, épisode 1, Rébellion De Jennifer Yuh
Téléfilm de David Burton 10.30 dhPêche XXL biscornue d’après USA, 2019). VO. Nelson (USA, 2018). VM.
Morris (USA, 1997). (Can, 2016). Morsures Agatha Christie Téléfilm de 17.40 hMayans M.C. 11.35 sCartoon+
12.00 wLiaisons obscures atroces (5/12). Violent Gilles Paquet-Brenner (GB, Série (saison 2, épisode 3, 12.30 dsLes Nouveaux
Téléfilm de Michael combattant (6/12). Vampire 2017). VM. Avec Max Irons, USA, 2019). VO. Explorateurs (Fr, 2007, nº5).
W. Watkins (USA, 1996). de la jungle (7/12). Géant Stefanie Martini. 18.35 tsjwParis, etc. 13.20 tdshLes Paris du
13.25 JT armé (8/12). Terrifiantes 9.25 yswhYears and Years Série (saison 1, globe-cooker (Fr, 2016, 10/18).
13.35 L’Impossible Pardon mâchoires (9/12). Série (saison 1, 5 et 6/6, 5 à 8/12, Fr, 2017). 13.55 rfsjhLe Doudou
Téléfilm de Gregg 15.20 dhRetour à GB, 2019). VM. 20.45 L’hebd’Hollywood De Julien Hervé et Philippe
Champion (USA, 2010). l’instinct primaire USA 11.35 sStereo top En clair. Mechelen (Fr, 2018).
21.00 tsjxParis, etc.
15.20 Ma vie volée Téléfilm (USA, 2017). Le roi de la 11.45 shL’hebd’Hollywood 15.15 fsjhAlad’2
Série. On flotte. Surprise !
de Robert Dornhelm forêt (nº22). Renaissance En clair. De Lionel Steketee (Fr, 2018).
La course. Amour toujours
(USA/Can, 2004). (nº23). Sang-froid (nº24). 12.00 shTchi tcha En clair. 16.50 tfsjhJohnny English
(saison 1, 9 à 12/12, Fr, 2017).
16.55 wPremiers Doutes Paralysés par la peur 12.20 ishLe cercle En clair. contre-attaque De David Kerr
Téléfilm de Yelena (nº25). Mauvais sang 13.10 sMatch of ze day En direct. 23.10 ysjThe Young Pope (GB/Fr/USA, 2018). VM.
Lanskaya (USA, 2007). (nº26). Au-delà En clair. Série. Avec Jude Law, 18.15 tsCartoon+
19.05 La grande darka : des limites (nº27). 13.25 shFootball Leicester/ Diane Keaton (saison 1, 19.05 shToussa toussa
Divertissement. Tottenham. Premier League. 3 et 4/10, USA/Ita, 2016). VM. 19.30 rfsjhLe Petit Spirou
20.55 shAustralie, la ruée
Présentation : 6e journée. En direct. 6 Le huis clos imaginé De Nicolas Bary (Fr, 2017).
vers l’or (Aus, 2019).
Cyril Hanouna. 15.20 sAvant-match En direct. par Paolo Sorrentino déploie
Le désastre (10/13). 20.50 rfsjhJean-Christophe
15.30 shFootball sa déroutante atmosphère,
Un rare artefact (11/13). & Winnie De Marc Forster
Lyon/PSG. Trophée des entre calme trompeur, paranoïa
Contretemps accablants (USA, 2018). VM. Avec Ewan
championnes. À Guingamp. et dérision.
(4/13). Sur les traces des McGregor, Hayley Atwell.
En direct. 1.05 twThe Affair
ancêtres (5/13). 2 0.30. 6 Les nounours aux couleurs
17.25 sAvant-match En direct. Série (saison 5, 4/11, USA, 2019).
vives du dessin animé sont
21.05 NRJ 12 12 62 12 17.30 sFootball VO. LIRE TRA 3635, page 116.
remplacés, ici, par des peluches
Marseille/Montpellier. 2.00 tsjxJour polaire
12 12 Ligue 1. 6e journée. Série (saison 1, 1 et 2/8,
poussiéreuses en images
de synthèse. Un crève-cœur.
21.05 tsThe Big Bang En direct. Fr/Suè, 2016). VM.
Theory Série. 19.25 shCanal sports club 3.50 tdsh8 Secondes 22.30 rfshThe Karate Kid
Le professeur Proton. En direct. En clair. et des poussières (Fr, 2017). De Harald Zwart (USA/Ch,
Délire à Las Vegas. Bon 20.35 sPitch Série (saison 1, 2 4.50. 2010). VM. Avec Jackie Chan,
voyage ! La reconfiguration 13/15, Fr). En clair. Jaden Smith.
du dressing. Une 20.40 swhGroland le zapoï 0.45 tfshJohnny English De
titularisation mouvementée. En clair. Peter Howitt (GB/Fr, 2003). VM.
La clôture cognitive 2.10 tfsjhLes Vieux
La Télé des Bodin’s alternative…(saison 6, Fourneaux De Christophe
22 à 24/24, 19 à 21/24, Duthuron (Fr, 2018).
dD’Olivier Chapelle
16 à 18/24, 13 à 15/24, USA, 3.40 dshLes Nouveaux
(Fr, 2019). 100 mn.
2013). VM. 2 2.25. Explorateurs 2 4.30.
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meilleures apparitions CStar 17 64 17 21.00 T Canal+ 40 10 153 Canal+ 44 14 156
de Maria et Christian Bodin
17 17 Cinéma 40 41 Décalé 44 45
sur petit et grand écran,
commentée par leurs amis
The Little Stranger
21.00 hDC : Legends 7.45 Tchi tcha 14.50 hFormule 1 Grand Prix de
et par les Bodin’s of Tomorrow Série. tfsjxhThriller de Lenny 8.00 tfswhGood Morning Singapour. Essais qualificatifs.
en personne. L’attaque de la pieuvre Abrahamson (GB/Irl, 2018). England De Richard Curtis À Marina Bay. En direct.
géante. Profitez du 115 mn. VM. (GB/Fr/All, 2009). VM. 16.15 hVoile Sail GP. 5e étape.
22.45 wEnquête Avec Domhnall Gleeson,
sous haute tension voyage. À bas la reine. 10.10 tfsjhGringo 2e jour. À Marseille.
Nos jours peureux Will Poulter, Ruth Wilson. De Nash Edgerton 17.45 hMoto Grand Prix
Magazine. Présentation :
Carole Rousseau. (saison 4, 5, 6, 3 et 4/16, 6 Dans un manoir anglais, (USA, 2018). VM. d’Aragon. Essais libres 4 des
0.15 Programmes USA, 2018). VM. une femme hantée par 12.00 yfsjhPupille Moto GP. 18.15 Essais
de la nuit 2 7.00. 0.30 cEnquête le souvenir d’une enfant morte De Jeanne Herry (Fr, 2018). qualificatifs 1 et 2 des Moto GP.
très spéciale reçoit un jeune médecin, dont 13.45 yfsjhLe Grand Bain 18.55 hRallye de Turquie.
Magazine. Présentation : De Gilles Lellouche (Fr, 2018). 19.50 shIndycar Grand Prix de
les intentions sont charitables
Nephael. 2 2.20. 15.45 ihLe cercle Portland. Les temps forts.
mais assez mystérieuses. Ce film 16.35 fsxhJungle De Greg
6ter 22 67 22 Chérie 25 25 69 25 d’atmosphère raffiné stimule 20.50 hFormule 1 Grand Prix de
McLean (Aus, 2017). VM.
Singapour. Essais libres 3.
22 22 25 25 plaisamment l’imaginaire, 18.25 yfsxhLes Veuves
22.20 Essais qualificatifs.
mais rate un peu sa fin. De Steve McQueen (GB/USA,
8.00 shFace au doute 10.35 wSnapped : 2018). VM. 23.45 hMoto GP d’Aragon. Essais
Série (saison 2, les femmes tueuses 20.30 hTchi tcha qualificatifs 1 et 2 des Moto GP.
19, Fr, 2014). 13.00 wSnapped : 0.30 Essais qualificatifs 1 et 2
9.00 La boutique 6ter les couples tueurs 20.50 yfjhWildlife : Une
des Moto 2. 2 1.20.
11.05 shLes rois 14.45 swSnapped : saison ardente De Paul Dano
de la réno connexion mortelle (USA, 2018). VM. Avec Carey
22.55 Mulligan, Jake Gyllenhaal. Canal+ 41 11 118
13.35 hLes rois Kogut & Whittemore.
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(USA, 2017, 2018 et 2016). de l’histoire Magazine. de sa famille. Chagrin, solitude,
16.30 shNorbert, Colette. Marie-Louise
and The Queen frustration sont décrits par
15.00 hMoto Grand Prix
d’Aragon. En direct. Essais
commis d’office d’Autriche. Anne de shConcert. Enregistré à Paris, le petites touches, à la manière qualificatifs 1 et 2.
Magazine. Bretagne. tCatherine 28 mai 2019. 95 mn. Avec Damon d’un peintre délicat. 15.50 hFootball Manchester
Présentation : de Médicis. Joséphine Albarn, Paul Simonon, Tony Allen. LIRE page 96. City/Watford. Premier League.
Norbert Tarayre. de Beauharnais. Le groupe a été fondé en 2006 6e journée. En direct.
22.30 yfhMcQueen
par Damon Albarn et Simon Tong, 17.55 Match of ze day En direct.
De Ian Bonhôte et Peter
de The Verve, aux côtés de Tony
21.05 21.05 T 18.25 hFootball Newcastle/
m6 | lcp | france 4 | france ô | w9 | gulli | c8

Ettedgui (GB, 2018). VO.


Allen, batteur de Fela, et Paul Brighton & Hove Albion.
6 Ce documentaire très
Les rois de la piscine Maîtres et valets Simonon, le légendaire bassiste
documenté fait revivre Premier League. 6e journée.
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2017). 295 mn. 145 mn. Avec Eileen Atkins, 0.30 fsvLa Trompe hors norme qui mit son âme 20.25 Match of ze day En direct.
Une piscine pour le petit Keeley Hawes, Ed Stoppard. de l’éléphant 2 dans la couture. Un portrait 20.50 hZapsport la compile
loup. Un panorama de rêve. Dernière valse Film pornographique de intense et attachant. 21.00 hFootball
C’est tous les jours les (saison 2, 5/6). Pierre Moro. Avec Mya 0.15 yfsjxhShéhérazade Leicester/Tottenham. Premier
vacances. Piscine pour 22.10 Jours sombres (6/6). Lorenn, Louise Dulac. De Jean-Bernard Marlin League. 6e journée.
géant. Une oasis dans le 2.10 tfsxhShaun (Fr, 2018).
23.30 wHéritages of the Dead Film d’horreur 2.05 ihLe cercle 22.40 hJour de foot Présentation :
désert. Un grand enfant.
Magazine. Présentation : d’Edgar Wright (GB/Fr, 2.50 yfsjwhLe vent Karim Bennani. En direct.
Une piscine sportive. Viva
Jean-Marc Morandini. 2004). VM. Avec Simon tourne De Bettina Oberli 23.35 hVoile Sail GP.
Las Vegas. Une piscine qui a
Veuves noires. Pegg, Kate Ashfield. (Fr/Sui, 2018). 2 4.10. 5e étape. 2e jour.
du chien. Mon royaume pour
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une grotte. Les tropiques
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dans un jardin. Mon paradis
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aquatique. 2 2.00.

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Mezzo 160 181 260 Histoire 121 89 177 Voyage 87 Paris 31 55 70 RTL9 34 56 72 TV5 35 71 74
167 263 122 205 131 62 Première 36 28 37 29 Monde 34 70
11.00 hIntermezzo. 13.35 dsUn film et son 17.00 dL’Asie vue du ciel 14.00 tsCosmos 1999 20.45 rfwLe Contrat 19.05 dhGarde-manger
12.30 hLe Procès époque (Fr, 2004). Il était (GB, 2017). L’Indonésie. Série. Avec Martin De John Irvin (USA, 1986). (Can, 2015, nº1).
Ballet. Chorégraphie : une fois… Vol au dessus 17.50 dL’Espagne vue Landau, Barbara Bain, VM. Avec Arnold 20.00 hAcoustic
Martynas Rimeikis. d’un nid de coucou. du ciel (Esp, 2013). Catherine Schell Schwarzenegger, 20.30 hJournal (France 2)
Musique : Mindaugas 14.25 ysLes Dames Le littoral ibérique (1/3). (saison 2, 22, 20, Darren McGavin. 21.00 Secrets d’histoire
Urbaitis. Par le Ballet de de la côte Téléfilm 18.55 dSur les rails 23 et 24/24, GB, 1978). 6 Schwarzie doit venger Présentation : Stéphane
Lituanie. Avec L’Orchestre de Nina Companeez de France (Fr, 2018). 18.10 tswNCIS : Los l’assassinat d’un enfant. Bern. Néfertiti, mystérieuse
du Lithuanian Opera (Fr, 1979). La grande De la Picardie Angeles Série. VM. Avec Votre contrat ? Supporter reine d’Egypte.
and Ballet Theatre. tourmente, 1916-1917 (4/5). à la Normandie (nº1). Chris O’Donnell, LL Cool J, ça jusqu’au bout, sans 22.50 hJournal (RTS)
Dir. Modestas Barkauskas. 16.00 tdDans 19.55 dSerial Tourist Daniela Ruah (saison 4, 8, broncher. Trop dur ! 23.20 rwJaune Iris
13.40 uhSadeh21 les coulisses (Fr, 2014). Bangkok (2/8). 10 et 11/24, USA, 2013). 22.40 tfwDouble Téléfilm de Didier Bivel
Ballet. Chorégraphie : de Buckingham 20.50 dHorizons 20.50 Le Grand Gala de Détente De Walter Hill (Fr, 2014). Avec
Ohad Naharin. (GB, 2016, 1 et 2/2). (Fr, 2009). Japon, l’humour politique 2019 (USA, 1988). VM. Avec Patrick Chesnais,
Par La Batsheva : 17.35 tdBacchus l’Ouest éternel (14/62). Spectacle. En direct. Arnold Schwarzenegger. Camille Panonacle.
The Young Ensemble sans filtre (GB, 2018). 21.45 dPanoramas 22.45 Le Grand Gala de 0.25 rfwComme 6 Retour morose pour
Ohad Naharin. LIRE TRA 3635, page 100. (Fr, 2015). Tokyo, l’humour politique 2018 un oiseau sur la branche le duo formé par le
14.55 hIntermezzo 18.40 dVénus dévoilée la ville phoenix. Spectacle enregistré De John Badham commissaire Rousseau
16.30 dhTempo Madaras (GB, 2017). 22.50 dVoyage à travers au Théâtre de la tour (USA, 1990). et le commandant De
17.25 hGergely Madaras 19.40 ydMystères les couleurs (Fr, 2018). Eiffel, à Paris. 2.15 cFantasmes Série. Luca. On s’ennuie ferme.
dirige l’Orchestre d’archives (Fr, 2012). L’Australie en bleu (1/4). 1.00 tdJean Yanne 3.15 cLibertinages 1.00 hLe journal Afrique
philharmonique 1918. Les fêtes 23.55 dUne Fleur dans reviens, on est devenus 3.35 Alerte Cobra Série 1.30 hStars parade
de Liège Boesmans, Ravel. de l’Armistice (6/10). le Grand Sud (Fr, 2013). (trop) cons ! (Fr, 2016) (saison 19, 7/7, All, 2006) 2.00 hAfriquia Merzouga
19.05 hIntermezzo 20.05 Historiquement 0.50 dHorizons 2.10 Programmes (saison 20, 1/12). 2 5.10. Rally
show (Fr, 2009, 14/62). 2 1.50. de la nuit 2 6.10. 3.00 hJournal 2 3.20.

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Pralafera. Par l’Orchestre de l’Opéra de Paris. des Rocheuses (nº7). en chantier : 20.35 ysThis Is Us (saison 3, 3/3, Fr, 2017).
de l’Opéra royal LIRE page 96.
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Giordani, Ionut Pascu.
du Nouveau Monde 2019). Chute fatale (nº5). Boreanaz (saison 5, l’incontournable 1.05 xNew York, section
Enregistré à l’Opéra royal
(GB, 2015). Muses et Catastrophe à Bucarest 12 à 16/22, USA, 2010). cérémonie (Fr, 2017). criminelle (saison 5, 6/22,
de Wallonie-Liège, en 2017.
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international de jazz (USA, 2017). Louis II de l’Histoire 121 206 Breizh 38 54 78 80 80 57
de Montréal 2018 Bavière : le roi fou (3/4).
Béla Fleck & The 0.55 tdLouis XIV 20.40 tdLes Mensonges 20.50 tsCold Case : 20.55 hLa folle soirée des 20.55 twRiverdale
Flecktones. Avec Victor et le fort de Saint de l’histoire Affaires classées Série. caméras cachées 2. Série. VM. Avec Sarah
Wooten, Futureman. Sébastien (Fr, 2013). (Fr, 2017). 1972, VM. Avec Kathryn Morris, Présentation : les Nou. Habel, K.J. Apa (saison 1,
1.15 hJazz à Vienne 2017 1.50 dL’Italie passe le Watergate (nº2). 1985, Danny Pino (saison 7, 2 et 22.20 hLa folle soirée 4 à 6/13, USA, 2017).
Guillaume Perret. à table (Ita, 2017, 3/4). le Rainbow Warrior (nº1). 3/22, USA, 2009) (saison 6, des caméras cachées. 23.20 wSmallville
2.30 hJazz à Vienne 2014 2.35 dsCeux qui en 22.25 ydLes Dames 21, 22 et 18/23). Présentation : les Nou. Série. VM. Avec
Tom Harrell avec savaient trop (GB, 2015). du Panthéon (Fr, 2015). 1.15 yswAgatha 23.45 sAnthony Kavanagh : Tom Welling, Kristin Kreuk
Esperanza Spalding, Thomas Cromwell (nº1). Germaine Tillion, Christie : Dix Petits Showman Spectacle (saison 6, 6 à 10/22,
Colours of a Dream. 2 3.20. Geneviève de Gaulle. Nègres Téléfilm (1/3) de enregistré en 2016. USA/Can, 2006).
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2016 Kyle Eastwood. Stéphane Bern. VM. Avec Maeve La comédie musiculte (saison 1, 11/20, USA,
2 4.30. 2 0.00. Dermody. 2 2.20. Spectacle. 2 2.55. 2008). VM. 2 3.45.

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6 Vie et mort de Keith Haring, enfant prodige du street 6 Qui a tué Rachel Argyll ? Pas le colonel Moutarde,
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charme, même pour les plus rétifs à l’art urbain. à la fois respectueuse et surprenante.

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17.00 yAlcione Opéra de 18.00 dLes Plus Grands 15.50 tdshFemmes 12.15 tdLa Planète des 13.45 yChapeau melon 16.10 yfxL’Homme
Marin Marais. Mise en Musées de peinture du du Rwanda (Fr, 2017). géants (Fr, 2016, 1 à 3/3)). et bottes de cuir aux poings de fer
scène : Louise Moaty. Par monde Washington, USA. 16.45 dLe Sang des lions 15.00 tdSur les routes de Série (saison 6, 8 et 9/33, De RZA (USA, 2012). VM.
Le Concert des Nations, 19.00 dLes Plus Grands (USA, 2015). la science (Fr, 2016). GB, 1968). VM. 17.45 Escale à trois Téléfilm
chœur et orchestre. Peintres du monde 17.40 dhLe Trésor perdu Climat : quel impact sur les 15.30 tMiss Fisher de William H. Macy
Dir. Jordi Savall. Marry Cassatt. des Templiers séismes ? (Islande) (nº8). enquête Série (saison 1, 3 (USA, 2017). VM.
20.05 Intermezzo 20.00 dArtland Le meilleur (USA, 2015, 1 et 2/6). 15.50 dTerre en colère et 4/13, Aus, 2012). VM. 19.10 Honey 4
21.00 iMichel Dalberto des Etats-Unis (11/12). 19.15 dTerres de glace (Can, 2018). 17.30 yswTémoin Téléfilm de Bille Woodruff
joue Fauré 21.00 dLe Site (Fr/All/GB, 2012). La 17.25 tsUshuaïa nature indésirable d’après (USA, 2018). VM.
22.15 L’Orchestre national Le Corbusier de Firminy saison des ours (4/6). Madagascar : les Agatha Christie Série 20.50 The Village Série.
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Bloch Mozart, Mahler. d’Auguste Perret Pickers, la brocante 19.30 Une vie de bêtes 2018). VM. Lire ci-dessus. 1 et 2/10, USA, 2019).
Avec Alec Frank-Gemmill. La ville-béton. made in USA (USA, 2016). Portes ouvertes à la SPA. 20.50 tswMeurtres 23.00 tBritannia Série.
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dirige Schumann (Fr, 1995, 2004 et 2008). Pickers, la brocante 20.40 dLa Nature mise Trevor Eve, Sue Johnston Kelly Reilly. (saison 1, 1 et
Par l’Orchestre national tLe familistère de Guise made in USA à prix ? (2017). (saison 6, 1 et 2/12, 2/9, GB/USA, 2018).
de Lille. - Une cité radieuse au (USA, 2016 et 2014). 21.25 dBarro colorado, GB, 2006). 6 Par Toutatis, une série
0.45 uMontreux Jazz XIXe siècle. yL’abbatiale 23.55 dswhLes Grandes l’île mystérieuse 22.35 swAffaires non fantastique qui oppose des
Festival 2016 Richard Sainte-Foy de Conques. Batailles de la 2e Guerre (USA, 2016). classées Série. VM. druides celtes à
Bona et Mandekan Le château de Maisons- mondiale (GB). 22.20 dÉcho-logis Avec Tom Ward (saison 12, l’envahisseur romain. C’est
Cubano. Lafitte. Le siège de Stalingrad (Fr, 2015). 4 et 4/6, GB, 2008). original, parfois ridicule,
2.00 uHamlet Opéra 23.30 dSecret Treasures (5/10). D-Day (6/10). 23.20 tsUshuaïa nature 0.25 yChapeau melon mais très rock and roll !
d’Ambroise Thomas. Mise L’Assemblée Nationale. 1.35 rdswLes Unités À la recherche et bottes de cuir Série 1.00 tfwLa Momie
en scène : Cyril Teste. Dir. 0.00 dArt in Progress d’élite face aux attentats des hommes-nature. (saison 5, 19/24, GB, D’Alex Kurtzman
Louis Langrée. 2 2.00. (USA, 2005). 2 1.00. (Fr, 2015). 2 3.00. 2 1.05. 1967). VM. 2 1.15. (USA, 2017). VM. 2 2.45.

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TCM 90 31 162 Ciné+ 80 20 146 Ciné+ 81 21 147 Ciné+ 85 22 148 Ciné+ 84 24 150 Ciné+ 83 25 151
Cinéma 55 123 Premier 59 109 Frisson 60 110 Emotion 61 111 Club 63 113 Classic 64 114
6.15 tfMahler 7.30 rfsjh 7.05 Les + de la rédac’ 6.05 tfshUn heureux 9.45 yfhLes Aventures 8.55 yfshLe Bateau
De Ken Russell Eyjafjallajökull (Fr, 2013). 7.10 yfshL. 627 événement De Rémi du baron de sur l’herbe De Gérard
(GB, 1974). VO. 8.55 tfsjMarie- De Bertrand Tavernier Bezançon (Fr/Bel, 2011). Munchhausen De Terry Brach (Fr, 1971).
8.10 ufhLes Raisins Francine De Valérie (Fr, 1992). 7.50 tfhBébé mode Gilliam (GB/All, 1988). VM. 10.30 yfshLa Nuit
de la colère De John Ford Lemercier (Fr, 2017). 9.30 tfsxhThe Thing d’emploi De Greg Berlanti 11.45 yfsxhUne américaine De François
(USA, 1940). NB. VM. 10.30 tfsDunkerque De Matthijs van Heijningen (USA, 2010). VM. famille syrienne Truffaut (Fr, 1973).
10.10 tfhModesty De Christopher Nolan jr (USA, 2011). VM. 9.40 tfsxhStonewall De Philippe Van Leeuw 12.20 ydhDivine
Blaise De Joseph Losey (GB/Fr/USA, 2017). VM. 11.10 rfswhSecret De Roland Emmerich (Fr/Bel, 2017). VM. Victorine (Fr, 2019).
(GB, 1966). VM. 12.15 tfsxhMR 73 défense (Fr, 2008). (USA, 2015). VM. 13.10 yfsjhLe Divan 13.25 fhTraquée
12.05 yfhL’Homme D’Olivier Marchal 12.45 rfwhFrom Paris 11.45 rfhMaria by Callas de Staline De Fanny De Richard Wallace
de l’Ouest (Fr, 2008). With Love (Fr, 2010). VM. De Tom Volf (Fr, 2017). Ardant (Fr/Port, 2016). (USA, 1947). NB. VM.
D’Anthony Mann 14.15 rfshGeostorm De 14.15 ufsjxh 13.40 rfhL’Un dans 14.35 tfhOutsiders De
14.45 tfhLa Chance
(USA, 1958). VM. D. Devlin (USA, 2017). VM. Detroit De Kathryn l’autre De Bruno Chiche Francis Ford Coppola
d’être femme
13.45 tfLa Chute 16.05 tfsjxhHitman Bigelow (USA, 2017). VM. (Fr/Bel, 2017). (USA, 1983). VM.
D’Alessandro Blasetti (Ita/
de l’Empire romain & Bodyguard De Patrick 16.35 tfxhCommando 15.05 tfsjhJeune 16.30 yfwhInvasion
Fr, 1956). NB. VO.
D’Anthony Mann Hughes (USA/Ch, 2017). De Mark L. Lester (USA, Femme De Léonor De Kiyoshi Kurosawa (Jap,
16.15 yfhBellissima
(USA, 1964). VM. VM. 1985). VM. Serraille (Fr/Bel, 2017). 2018). VO.
De Luchino Visconti (Ita,
16.40 tfhL’Affaire 18.00 hParades 18.05 rfhGo Fast 16.40 yfhBabel 18.45 tfhBoire et
1951). NB. VO.
Pélican D’Alan J. Pakula 18.25 yswhLe Bureau D’Olivier Van Hoofstadt D’Alejandro González déboires De Blake
18.10 yfhReflets dans
(USA, 1993). VM. des légendes Série (Fr, 2008). Iñárritu (Mex/Fr/USA, Edwards (USA, 1987). VM.
un œil d’or De John
18.55 yfhLes Noces (saison 2, 5 et 6/10, 19.30 dwhMonstres, 2006). VM. 20.20 ydhLe Village
Huston (USA, 1967). VM.
rebelles De Sam Mendes Fr, 2015). l’ennemi intérieur 19.00 tfhPaparazzi (Fr, 2019). C’est une idée
19.55 tdhDouglas
(USA/GB, 2008). VM. 20.15 Hollywood live (Fr, 2015). D’Alain Berberian de poète (8/20).
LIRE TRA 3635, page 92.
Fairbanks (Fr, 2018).
20.25 Par ici les sorties 20.25 L’instant cinéma (Fr, 1998). Je suis une légende.
20.50 T 20.50 r 20.50 T 20.50 T 20.50 T 20.50 TT
Batman Le Transporteur 3 V pour vendetta Ma vie sans lui Filles uniques Que la fête
tfhFilm fantastique de rfshFilm d’action d’Olivier tfwhFilm de science- tfhComédie sentimentale tfhComédie de Pierre commence
Tim Burton (USA, 1989). Megaton (GB/Fr, 2008). fiction de James McTeigue de Susannah Grant (USA, Jolivet (Fr, 2003). 80 mn. yfwhFilm historique de
125 mn. VM. Avec Michael 100 mn. VM. Avec Jason (USA/GB/All, 2006). 125 mn. 2006). 105 mn. VM. Avec Avec Sandrine Kiberlain, Bertrand Tavernier (Fr, 1975).
Keaton, Jack Nicholson, Statham, Natalya Rudakova, VM. Avec Natalie Portman, Jennifer Garner, Timothy Sylvie Testud, Roschdy Zem. 115 mn. Avec Philippe
Kim Basinger. François Berléand. Hugo Weaving, John Hurt. Olyphant, Sam Jaeger. 6 Une jeune juge rigide Noiret, Jean Rochefort,
6 Tim Burton drape 6 Comment vous dire ? 6 Une production 6 Les fans de Jennifer apprend certaines règles Jean-Pierre Marielle.
d’expressionnisme On n’aimait pas les deux des Wachowski (Matrix). « Alias » Garner à une petite voleuse, qui Lire ci-dessous.
le justicier en latex noir, premiers, celui-là est Entre thriller romantique constateront que leur lui montre comment les
millionnaire hanté par encore plus pyrotechnique et politique-fiction, héroïne ne peut pas transgresser ! Jolie petite 22.45 tfshSans mobile
le décès de ses parents. et vain, donc, forcément, un blockbuster baroque grand-chose contre comédie tendre et alerte. apparent De Philippe
Une réussite. on n’aime vraiment pas. bourré de charme. un scénario formaté. Labro (Fr, 1972). Avec
22.10 tfhÀ la rencontre Jean-Louis Trintignant,
Au suivant ! Juste sympathique.
22.55 yfhBatman, 22.55 rfxhUniversal de Forrester De Gus Van Dominique Sanda.
le défi De Tim Burton 22.30 rfhOn fait comme Soldier : Le Combat 22.35 rfshUn ticket Sant (USA, 2000). VM. 6 Une série noire
(USA, 1992). VM. on a dit De Philippe absolu De Mic Rodgers pour l’espace D’Éric Avec Sean Connery, d’Ed McBain bien
Avec Michael Keaton, Bérenger (Fr, 2000). Avec (USA, 1999). VM. Avec Lartigau (Fr, 2006). Rob Brown. transposée à Nice par
Danny DeVito. Gad Elmaleh, Atmen Kelif. Jean-Claude Van Damme. Avec Kad Merad. 0.20 fchLa Femme- Labro. Solide polar.
1.00 rfPeur primale 23.45 tfschThe Jane 0.15 vhKatsumi la 0.05 yfsjhPerfect objet (Fr/Can, 1980). 0.20 tfhL’Homme
De Gregory Hoblit Doe Identity petite sorcière Téléfilm Mothers D’Anne Fontaine 1.35 fchJouir sans à la Ferrari De Dino Risi
(USA, 1996). VM. D’André Ovredal (GB/ d’Alain Payet (Fr, 2004). (Aus/Fr, 2013). VM. entraves (Fr, 2016). (Ita, 1968). VO.
3.05 yfJ.F. partagerait USA, 2016). VM. 2.05 tfswhNe le dis 1.55 tfshSelon Charlie 2.40 yfsjchQue 2.10 yfBilly le menteur
appartement 1.10 rfsjwHHhH à personne De Guillaume De Nicole Garcia Dios nos perdone De De John Schlesinger (GB,
De Barbet Schroeder (Fr/Bel, 2017). VM. Canet (Fr, 2006). (Fr, 2005). Rodrigo Sorogoyen (Esp, 1963). NB. VO.
(USA, 1992). VM. 3.10 rfsLa Fleur de 4.05 fsxhHowl la 3.45 tfwLa Femme du 2016). VM.
3.45 fhSeuls De Francis
4.50 rfc l’âge (Fr, 2013). terreur est sur la bonne gardien de zoo De Niki LIRE TRA 3635, page 132.
Reusser (Sui, 1981).
La Motocyclette 4.30 ufsjDans voie De Paul Hyett (GB, Caro (GB/USA, 2017). VM. 4.40 yfsxhL’Homme
2 5.15.
De Jack Cardiff (GB/Fr, la maison De François 2015). VM. 2 5.40. 2 5.50. blessé De Patrice Chéreau
1968). VM. 2 6.20. Ozon (Fr, 2012). 2 6.25. (Fr, 1983). 2 6.30.

y 22.20 OCS Max Film y 20.50 Ciné+ Classic Film


La Mélodie Que la fête commence
6 Un prof de violon désabusé se retrouve face à une 6 Un nobliau breton veut réclamer des comptes
classe « difficile », mais la musique ouvre des horizons… au très libertin Philippe d’Orléans. Tavernier, affamé
Ce film aurait pu être lénifiant, il est au contraire d’histoire, et ses acteurs (Noiret, Rochefort,
pudique et gorgé d’énergie, avec un Kad Merad ultra Marielle) offrent un tableau magistral et insolent
sobre et des gamins bien dirigés. de la Régence. Débauche de talents.

OCS 46 26 141 OCS 47 27 142 OCS 48 28 143 OCS 49 29 144 Paramount 91 32 Ciné+ 82 23 149
Max 50 37 City 51 38 Choc 52 39 Géants 53 40 Channel 160 56 52 Famiz 62 112
15.55 tfwhTrue Lies, 15.55 whBallers (saison 5, 14.35 fxhDétour De 13.55 tfwhLacenaire 13.05 tfUn chef de rayon 15.20 hWhisper 3
le caméléon De James 4/10, USA, 2019). VM. Christopher Smith (GB/ De Francis Girod explosif De Frank Tashlin Téléfilm de Katja von
Cameron (USA, 1994). VM. 16.25 yxhThe Afr du S, 2016). VM. (Fr, 1990). (USA, 1963). VM. Garnier (All, 2017). VM.
18.15 hStory movies Righteous Gemstones 16.15 tfxhOn l’appelle 15.55 hStory classique 14.40 rfFlashdance 17.10 fhMagic baskets
18.35 rhMissions Série (saison 1, 5/9, USA, Jeeg Robot De Gabriele 16.15 tfhRèglement (USA, 1983). VM. De John Schultz
Série (saison 2, 2019). VM. Mainetti (Ita, 2015). VM. de comptes à OK Corral 16.25 rfFootloose (USA, 2002). VM.
5 et 6/10, Fr, 2019). 17.10 xhSuccession 18.15 tfwhLe Fidèle De John Sturges De Herbert Ross 18.45 tfhRock Academy
19.40 ywh Série(saison 2, 6/10, USA, De Michaël R. Roskam (USA, 1957). VM. (USA, 1984). VM. De Richard Linklater
Irresponsable 2019). VM. (Fr/Bel, 2017). 18.15 tfhChouans ! 18.20 tfLes Cloches
Museum | Polar+ | OCS Max | Ciné+ Classic

(USA, 2003). VM.


Série (saison 2, 18.10 whLast week 20.20 hTu vois le genre ? De Philippe de Broca de Sainte-Marie 20.30 hCrevette
5 et 6/10, Fr, 2017). tonight with John Oliver 20.40 txhQuarry (Fr, 1988). De Leo McCarey 20.50 tfhLe Papillon
20.40 yfhJackie 18.45 yfhFront Runner : Série. VM. Avec 20.40 tfchFoxy Brown (USA, 1945). NB. VM. De Philippe Muyl
De Pablo Larrain (USA/Fr/ Le Scandale De Jason Logan Marshall-Green, De Jack Hill (USA, 1974). 20.40 rfhY a-t-il un flic (Fr, 2002). Avec Michel
Chil, 2016). VM. Avec Reitman (USA, 2018). VM. Josh Randall (saison 1, 7 VM. Avec Pam Grier, pour sauver Hollywood ? Serrault, Claire Bouanich.
Natalie Portman, Peter 20.40 txhThe Spy Série. et 8/8, USA, 2016). Antonio Fargas, De Peter Segal (USA, 22.10 rfhWild Child De
Sarsgaard, Greta Gerwig. VM. Avec Sacha Baron 22.55 xhPower Série Peter Brown. 1993). VM. Avec Leslie Nick Moore (USA/GB/Fr,
LIRE page 96. Cohen, Noah Emmerich, (saison 6, 4/15, USA, 22.10 tfchCoffy, Nielsen, Priscilla Presley. 2008). VM. Avec Emma
22.20 yfhLa Mélodie Alexander Siddig (saison 1, 2019). VM. la panthère noire de 22.15 tfCreepshow De Roberts, Lexi Ainsworth.
De Rachid Hami (Fr, 2017). 5 et 6/6, Isr, 2019). 23.55 tfwhAgents Harlem De Jack Hill George A. Romero (USA, 23.45 rfwhUn amour
Avec Kad Merad, Samir 22.40 txhRoom 104 secrets De Frédéric (USA, 1974). VM. Avec Pam 1982). VM. Avec Carrie de sorcière (Fr, 1996).
Guesmi, Renély Alfred. Série (saison 3, 2/12, Schoendoerffer (Fr, 2003). Grier, Booker Bradshaw, Nye, Hal Holbrook,
1.30 tfhLe Septième
LIRE ci-dessus. USA, 2019). VM. 1.45 tfxhScènes Morris Buchanan. Adrienne Barbeau.
Voyage de Sinbad
0.00 vhMa vraie orgie 23.05 tfwhIl divo De de crimes De Frédéric 23.40 yfhDuel 0.30 rfhAmerican
De Nathan Juran (USA,
libertine Téléfilm. Paolo Sorrentino (Ita/Fr, Schoendoerffer De Steven Spielberg Gigolo De Paul Schrader
1958). VM. 2 2.55.
2 1.35. 2008). VM. 2 1.05. (Fr, 2000). 2 3.25. (USA, 1971). VM. 2 1.10. (USA, 1980). VM. 2 2.35.
Bouygues  Canal  Numericable/SFR  Orange  Free 12.00 souligné : dernière diffusion Télérama 3636 18 / 09 / 19 101
tnt
y 21.00 TF1 Série Films Série

dimanche The Handmaid’s Tale


| Série créée par Bruce Miller (saison 2, 1 à 3/13, USA, 2018) | 3 × 60 mn.
VM. Rediffusion | Avec Elisabeth Moss (June/Defred), Yvonne Strahovski
(Serena Joy), Joseph Fiennes (le commandant), Alexis Bledel (Deglen),
fait d’elle un « bien » précieux, dans un monde où le taux de na-
talité est proche de zéro. Cette saison 2 se révèle toujours aussi
intense et plus sombre encore, notamment dans la mise en scène
Max Minghelia (Nick Blaine), Ann Dowd (tante Lydia), Nina Kiri (Alma). — en flash-back successifs — de l’installation de la dictature. Libé-
June, alias Defred, est-elle enfin libre ou roule-t-elle vers une rée du roman de Margaret Atwood, The Handmaid’s Tale poursuit
mort certaine ? Après s’être rebellée contre la tyrannique Répu- son récit en imaginant une aventure terrifiante, mais jamais pri-
blique de Gilead en refusant de lapider une compagne d’infor- vée d’espoir, reflet troublant de l’Amérique de Trump à l’heure
tune, la « servante écarlate » a été embarquée dans une camion- des mouvements #MeToo et Time’s Up. — Pierre Langlais
nette. Sa vie ne tient plus qu’à un fil : l’enfant qu’elle porte et qui Rediffusion : 27/9 à 23.30.

Suite de la série féministe d’après Margaret Atwood. Une saison 2 encore plus sombre et terrifiante, une héroïne en sursis (Elisabeth Moss).

t 23.00 Arte Documentaire sicien Willy Döpke, venu en répétition avec t 21.05 TF1 Film
un pistolet pour l’abattre, furieux d’avoir
Karajan, portrait du maestro été rétrogradé de violon solo à premier vio-
Sous le même toit
| Documentaire de Sigrid Faltin (Allemagne, lon… On eût aimé cependant qu’il fasse la | Film de Dominique Farrugia (France, 2017)
2019) | 55 mn. Inédit. part plus belle à la musique. Car derrière sa | Scénario : D. Farrugia et Laurent Turner | 115 mn
Trente ans après la mort du chef autri- mèche rebelle et son regard d’acier, Her- | Avec Gilles Lellouche, Louise Bourgoin, Adèle
chien, l’examen du cas Karajan continue bert von Karajan fut d’abord un monument Castillon, Kolia Abiteboul, Manu Payet.
de susciter un sentiment de fascination de la culture du XXe siècle, bouleversant | Genre : l’économie du couple.
mêlé de trouble. Était-il un mondain ? « Je par son énergie vitale, par la manière qu’il En 1996, Dominique Farrugia comptait
suis un ermite », rétorquait celui qui voya- a eue d’incarner et de sublimer, à travers les points entre deux jeunes mariés : Del-
geait en yacht et en jet privé. Était-il un pa- près de six cents enregistrements, le réper- phine 1, Yvan 0. Vingt ans plus tard, au
tron tyrannique ? « Je ne supporte pas les toire austro-allemand, de Beethoven à ­moment où Monsieur et Madame se sé-
gens lents, je ne supporte pas les gens qui ne Mah­ ler. Cet aspect esthétique est ici parent, le score n’a pas beaucoup changé :

George Kraychyk/Hulu - MGM Television | SWR/Karajan Institut


comprennent pas, je ne supporte pas les quelque peu occulté. — Sébastien Porte Delphine 80 % et Yvan seulement 20 % des
fonctionnaires », assumait-il quant à sa re- parts de la maison commune… Comme
lation avec les musiciens. Et surtout : était- Yvan attend toujours « d’exploser » en
il un nazi ? « On m’a dit d’adhérer, alors j’ai tant qu’agent de joueur de foot et que son
adhéré », se défend-il benoîtement en 1983, pote n’a pas l’intention de l’héberger à vie,
réduisant son appartenance au parti de ce perdant attachant s’incruste, à temps
Hitler à une simple formalité. partiel, chez son ex…
Sans verser dans l’hagiographie ni dans Après L’Economie du couple, de Joachim
le procès post-mortem, cet énième docu- Lafosse (2016), voilà la version comique de
mentaire sur le « titulaire à vie » du Berliner la cohabitation forcée entre divorcés. Mais
Philharmoniker brosse de celui-ci un por- Sous le même toit est aussi nimbé d’une
trait captivant et équilibré. Il balaie tous les douce mélancolie sur les rêves de jeunesse
traits saillants de sa palpitante biographie, qu’il est difficile de renier. Devant Gilles
dont certains sont des plus savoureux (sa Lellouche, parfait en grand gamin qui ne
rencontre à Saint-Tropez avec la manne- changera jamais, Louise Bourgoin éclate
quin française Éliette Mouret, âgée de 17 ans de rire. Car Jacques Brel avait raison : il faut
quand il en a 48, et qui deviendra sa troi- bien du talent pour être vieux sans être
sième épouse ; l’incident d’Ulm avec le mu- Un chef à la personnalité complexe et ambiguë. adulte. — Guillemette Odicino

102 Télérama 3636 18 / 09 / 19 t On aime un peu…  y … beaucoup  u … passionnément  r … pas du tout  I Pas vu mais… faut voir
dimanche 22
t 22.40France 5 Documentaire t 14.05 Arte Documentaire La première saison de cette collection, mi-
animée mi-illustrée, consacrée aux
Le IIIe Reich n’aura pas Les Grands Mythes : L’Iliade « grands mythes », il y a trois ans, avait pris
la bombe La pomme de la discorde le partir de feuilleter l’album de famille
| Documentaire de Nicolas Jallot (France, 2018) L’heure des sacrifices des divinités olympiennes. Cette seconde
| 55 mn. Inédit. | Documentaire de François Busnel, Gilbert salve d’épisodes restitue, à raison de deux
« La bataille de l’eau lourde. » Ces termes Sinoué et Jean-Charles Paugam. Réalisation : volets par dimanche, les temps forts de
font très série B. Ils désignent en fait une Sylvain Bergère (saison 2, 1 et 2/10, France, l’épopée mythologique. Si les qualités
guerre de l’ombre, scientifique, militaire 2019) | 2 × 30 mn. Inédit. restent les mêmes (rigueur du texte, ri-
et politique, entre Hitler et les Alliés, sur Cette mer Egée là, numérique, n’est pas chesse de l’iconographie), les défauts aus-
fond de course à la fabrication de la bleue mais d’un brun tirant sur l’ocre. Sur- si. Ainsi, les tableaux ou les sculptures qui
bombe atomique. Durant le second conflit volant presque ses eaux, une armada de na- accompagnent la narration ne bénéficient
mondial, qui aurait mis la main sur les ré- vires menaçants transporte devant Troie d’aucune indication d’origine ou d’auteur
serves d’eau lourde (substance rarissime une armée dirigée par les dieux, Achille, — on les cherchera, en vain, jusque dans le
produite uniquement dans l’usine de Ve- Ulysse, Agamemnon, Ménélas et Nestor. générique. Quant à la voix théâtrale, inu-
mork, en Norvège) aurait eu la maîtrise de Les soldats grecs sont déterminés à faire tilement sépulcrale, de François Busnel,
l’atome. De 1939 à 1944, cinq opérations tomber la cité du roi Priam : Pâris ayant ra- elle constitue en soi un mystère.
furent menées par les Alliés dans le but de vi Hélène à Ménélas, l’affront doit être lavé. — Aude Dassonville
détruire cette forteresse industrielle et Une guerre commence, qui donnera lieu à Dimanche prochain : La colère d’Achille
mettre un coup d’arrêt aux recherches une œuvre fondatrice, L’Iliade, et durera et Le sang de la déesse.
­nucléaires allemandes. dix épisodes sur Arte cet automne. Rediffusion : 28/9 à 4.05.
Le récit de ces opérations se trouve plu-
tôt bien resitué dans le cadre plus large de
la course à l’atome — retracée par des histo- y 21.05 France 2 Film

Premier Contact
riens et physiciens allemands et français, y
compris la fille de Frédéric Joliot-Curie et
Irène Curie. Dès 1939, ce couple, Prix Nobel
de chimie, travailla sans relâche. Objectif ? | Film de Denis Villeneuve (Arrival, USA, 2016) | Scénario : Eric Heisserer, d’après Ted Chiang
Doubler l’Allemand Werner Heisenberg. | 115 mn. VM | Avec Amy Adams (Louise Banks), Jeremy Renner (Ian Donnelly), Forest Whitaker
Pour nous transporter dans les années 1940, (le colonel Weber), Michael Stuhlbarg (l’agent Halpern), Mark O’Brien (le capitaine Marks).
le documentaire intègre de nombreuses sé- | Genre : traduire l’extraterrestre.
quences du film de Jean Dréville La Bataille Des extraterrestres ont débarqué. Enfin, pas tout à fait. Leurs vaisseaux sont s­uspendus,
de l’eau lourde, sorti en 1948, dans lequel les au-dessus du sol. Avant de comprendre leurs motivations, il faut les comprendre.
protagonistes jouent leur propre rôle. Au- Tâche complexe : ils émettent des sons inintelligibles. L’armée dépêche une linguiste
delà du romanesque de l’histoire, le réalisa- accomplie, Louise, pour établir un premier contact…
teur Nicolas Jallot raconte en filigrane la L’approche est un suspense en soi, une forte expérience d’immersion sensorielle,
naissance de la politique nucléaire fran- proche des installations de Bill Viola ou de James Turrell. L’apparition des aliens
çaise. — Yohav Oremiatzki (masses nébuleuses, entre baleine, araignée géante et éléphant…), leur moyen d’ex-
Rediffusion : 4/10 à 2.00. pression — des logogrammes tracés à jets d’encre sur un écran —, tout cela obéit à un
cérémonial envoûtant. Mais la méfiance ne retombe pas… Ce thème, déjà vu, est tiré
vers le haut. Car le film traite finement de l’obsession dévorante du contrôle absolu, de
t 23.00 France 2 Film la méfiance vis-à-vis de ce qui est étranger ou étrange. Il montre aussi comment le lan- L’étranger, le temps,
le langage… énigmes
gage que l’émérite philologue décrypte façonne peu à peu sa perception, sa pensée,
Aliens, le retour ses rêves. Et ouvre sur le vertige d’un bouleversement temporel. — Jacques Morice
au cœur d’un film
superbe et fascinant.
| Film de James Cameron (Aliens, USA/GB, Lire page 88. Avec Amy Adams.
1986) | Scénario : J. Cameron, Walter Hill
et David Giler | 135 mn. VM | Avec Sigourney
Weaver (Ripley), Carrie Henn (Newt), Michael
Biehn (le caporal Hicks), Paul Reiser (Burke).
| Genre : horreur sidérale (bis).
Seuls rescapés du Nostromo, Ripley et son
chat sont réanimés après cinquante ans
d’hibernation. Personne ne croit le récit de
la jeune femme : Achéron, d’où serait venu
l’alien, est depuis des années une paisible
colonie. Mais soudain la liaison avec la pla-
nète est coupée. On y envoie donc une ex-
Xenolinguistics/Sony Pictures Home Entertainment

pédition, à laquelle Ripley prend part…


Les « suites » ont toujours eu mauvaise
réputation. Là où Ridley Scott économisait
les effets, James Cameron les accumule. Il
ne s’agit plus de suggérer et de surprendre,
mais d’en mettre plein la vue, avec pléthore
d’effets spéciaux. C’est un autre genre, dans
lequel le réalisateur de Titanic est passé
maître : ce film claustrophobe offre une re-
marquable escalade dans la violence, et un
affrontement final à couper le souffle. On
retrouve d’ailleurs dans l’opposition entre
le vivant et le mécanique — des aliens très
arachnéens, en fil de fer — la patte de l’au-
teur de Terminator… — Aurélien Ferenczi

Télérama 3636 18 / 09 / 19 103


câble | satellite

Quatre enfants t 20.40 National Geographic Série


partent à
l’aventure… The Hot Zone
Émouvant conte | Minisérie créée par Brian Peterson, Kelly Souders et Jeff Vintar,
initiatique, d’après
d’après Richard Preston (1 et 2/6, USA, 2019) | 2 × 50 mn. VM. Inédit
Stephen King.
| Avec Julianna Margulies (Nancy Jaax), Noah Emmerich (Jerry Jaax),
Topher Grace (Peter Jahrling), Liam Cunningham (Wade Carter),
James d’Arcy (Trevor Rhodes), Paul James (Ben Gellis).
À la fin des années 1980, près de Washington, des scientifiques
découvrirent des traces d’un virus proche d’Ebola. Richard
Preston, alors journaliste au New Yorker, tira un roman de ce
fait divers, ici adapté en minisérie. Son héroïne, vétérinaire pa-
thologiste de l’armée américaine, voit des singes infectés, tire
la sonnette d’alarme… mais est ignorée par sa hiérarchie. Elle