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Le chômage : évolution et analyse

Chapitre 2

A. Le chômage : définitions, mesures et évolutions

a. Les définitions et mesures du chômage


Chômage : Situation ou un individu souhaite de travailler mais n’y parvient pas. L’idée de
volonté est importante.
Selon Jacques Fressinet, on peut considérer que le chômage est une invention de la
société industrielle. Il faut aussi qu’il soit institutionnalisé. C’est pour ça qu’en 1958 on a la
création de l’Unedic et des Assedic. Puis en 1967, on crée l’ANPE pour faciliter aux
chômeurs de retrouver un emploi. Ils ont été fusionnés en 2008.
Le chômage relève de plusieurs éléments : l’offre de travail, demande du travail et du
marché du travail.
Il est devenu un problème social évident après la crise de 1929 : 25% de chômeurs en 1933
aux Etats-Unis, doublement du nombre de chômeurs entre 1931 et 1936.

Le repérage statistique du chômage


Deux définitions en France : BIT (INSEE) et demandeurs d’emploi (Pôle emploi)

1- Critères du BIT (enquête-emploi trimestrielle)


 être sans emploi (ne pas avoir travaillé même une heure la semaine qui précède
l’enquête)
 être disponible (dans les quinze jours qui suivent l’enquête) pour travailler
 être à la recherche d’un emploi (justifier cette démarche).
On parle PSERE, de population sans emploi à la recherche d’un emploi.

2- Statistiques de Pôle emploi (né en 2008 de la fusion UNEDIC-ANPE)


On retrouve plus ou moins les mêmes critères.

Le taux de chômage : nombre de chômeurs/population active.

b. Les évolutions du chômage


Le chômage est devenu de masse et structurel. D’après Olivier Marchand et Claude
Thélot, on a eu un chômage faible au début du 20ème siècle (2%) puis on a eu 3 périodes
d’augmentation.
Années 1910  Années 1930  Depuis les années 1970
Développement important du sous-emploi et de la précarité également depuis les années
1970. Les salariés en sous-emploi c’est l’ensemble de personnes pourvues d’un emploi
salarié ou non qui travaillent involontairement moins que la durée normale de travail dans
leur activité et qui sont à la recherche d’un travail supplémentaire.

En France en 2014, 13,1% des femmes employées étaient en sous emploi selon l’INSEE,
c’est plus que l’ensemble qui était à 6,4%
Plus de 4/5 CDD signés depuis 2014 sont précaires.

Cas des Etats-Unis : La baisse du taux de chômage aux Etats-Unis a partir des années 2010
s’explique par un surcroit d’activité mais surtout par un accroissement du nombre de
chômeurs découragés visible dans les niveaux du taux d’emploi qui passe d’un peu plus de
63% en 2006 à un peu plus de 58% en 2010.
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On a donc un accroissement important du chômage de longue durée  transformation du


chômage conjoncturel en chômage structurel. Or par effet d’hystérèse, le chômage de
longue durée  perte de compétences et d’employabilité.

Pour l’INSEE,

Le halo du chômage permet de quantifier avec plus de précisions les niveaux du chômage
en intégrant notamment les chômeurs découragés. En 2012, si les chômeurs représentaient
2 211 000 actifs au sens du BIT, on comptait 3 530 000 personnes. Non seulement le halo a
grandi mais le sous-emploi aussi s’est accru.

B. Les explications du chômage

a. Les déterminants du chômage


Chômage frictionnel : chômage temporel reflétant le temps de passage d’un travail à un
autre. Pour Cahuc et Zylberberg explique que un marché du travail dynamique détruit
chaque année 15% des emplois mais permet aussi la création équivalente de nouveaux
emplois. Dans ce cas, une cause de chômage c’est le manque de fluidité de l’offre de travail
qui risque d’accroître ce chômage frictionnel.

Le chômage conjoncturel est un chômage qui nait lorsque l’activité économique se


dégrade. La loi d’Okun mise en évidence par Arthur Okun : le taux de chômage est une
fonction croissante de l’écart entre le taux de croissance effective et le taux de croissance
potentielle (gap d’Okun). Lorsque la croissance effective est inférieur à la croissance
potentielle, cela signifie que l’économie produit moins que ce qu’elle pourrait produire, et
engendre ainsi du chômage. Cette relation permet de déterminer le niveau de croissance
économique nécessaire pour voir le chômage reculer.
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Aujourd’hui en France, on considère qu’il faut au moins 1,5% de croissance pour voir le
chômage baisser.
Cette relation d’Okun va varier selon les économies puisque la richesse en emploi de la
croissance peut varier.

Le facteur progrès technique : traité par Jean Fourastié.


Emploi = PIB / productivité => créations d’emploi si le produit (PIB) augmente plus vite
que la productivité.
A long terme, les gains de productivité favorisent l’emploi selon Alfred Sauvy (1898-1990) :
théorie du déversement.

Théorie du déversement d’Alfred Sauvy : La relation entre progrès technique et emploi


est complexe. Si à court terme le progrès technique (produire autant ou plus avec moins de
travailleurs) peut être destructeur d’emploi, des dynamiques sectorielles différenciés vont
permettre un déversement.

Loi de Baumol : gain de productivité fort dans l’industrie et faible dans les services.

Le progrès technique est important dans l’agriculture et dans l’industrie, tant que la
demande de produit agricole et industrielle croît plus vite que le progrès technique,
l’emploi se développe dans ce secteur. En revanche, dans les services, le progrès technique
est faible (loi de Baumol) et c’est parce que la demande de services va s’accroître en raison
de la baisse des prix industrielles qu’une dynamique de déversement des emplois va
apparaître.

Pour aller plus loin : conséquences de la robotisation et de l’automatisation.

Etude de Roland Berger : Les classes moyennes face à la transformation numérique (2014)
Positions de Nouriel Roubini (NYU) et Robert Skidelsky (Warwick University) : Le
progrès technique permet d’augmenter la rémunération des facteurs, ou baisser les prix, ou
baisser le temps de travail. Nécessité de partager le travail en réduisant le temps de travail
et en luttant contre les inégalités liées à la propriété du capital.

Certains considèrent que la mondialisation est à l’origine du chômage mais de façon limitée
car elle a amené la délocalisation internationale, à cause de l’émergence des pays à bas
salaires et à capacités technologiques. Le problème majeur de Pierre-Noel Giraud c’est la
lutte contre l’inutilité. Ce qu’il appelle l’homme inutile c’est l’homme qui ne sert a rien aux
autres, et donc à lui même, et donc il va se radicaliser.

Mais la mondialisation peut aussi avoir des effets positifs possible : mécanisme de
déversement. Mais est-ce que ca va suffire ?

La démographie :
Lorsque la dynamique démographique est favorable à la population active, cela ne conduit
pas nécessairement à un accroissement du chômage. D’autres dynamiques rentrent en
ligne de compte et notamment les dynamiques de compétences et de consommation. En
effet, en général, les jeunes sont plus compétents et plus innovants. Puis on aura un effet en
terme de consommation (on s’équipe, on rentre dans la vie).
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Portrait robot du chômeur aujourd’hui en France :


 15-24 ans (risque de chômage plus élevé)
 Femme (plus de risque)
 Ouvrier/employé
 Sans diplôme
 Inexpérimenté
 Immigré ou étranger hors UE

Problème lorsque qualifications acquises et requises divergent  chômage


d’inadéquation
Renforcé par le manque d’information et le manque de mobilité des travailleurs (rôle de
l’immobilier)
Analyse proposée par William Beveridge (1879-1963, c’est un keynésien) à travers la
mise en relation entre taux de chômage et taux de vacance des emplois.

La courbe de Beveridge :

Donc quand le chômage augmente  baisse de la vacance


Et quand le chômage baisse  Augmentation de la vacance de postes
Dans la zone de surchauffe, augmentation du risque inflationniste ne serait-ce que par
l’augmentation.
Lorsque la courbe se déplace vers la droite, ça signifie que le chômage structurel (relève
des structures économiques comme la formation et l’assurance chômage) s’accroit car la
courbe plus a droite que la courbe initiale signifie que le chômage réduit moins le taux de
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vacances. Les chômeurs ne pourront pas combler les postes vacants. Pour y remédier, il
faut améliorer les structures.
Selon la Banque de France, depuis 2010, la courbe de Beveridge de la France s’est déplacée
vers la droite puisqu’on a assisté à une hausse simultanée du taux de vacances des postes
et du taux de chômage. Cela s’explique par le fait que les qualifications des nouveaux
chômeurs ne correspondent pas aux besoins des employeurs. Deux possibilités sont
avancer pour y remédier : former les chômeurs (mais ça prends du temps) et réduire le
coût du travail des moins qualifiés, mais on a une rigidité à la baisse des salaires.

Aller plus loin : Prix Nobel d’économie attribué aux spécialistes du marché du travail

Peter Diamond, Dale Mortensen et Christopher Pissarides nous disent que, tant qu’il y
a des imperfections de l’information on a des frictions du marché. Pour eux il faut mettre
en place une allocation chômage bien ciblée améliorant l’appariement et l’efficience de
l’économie. Ils cherchent à déterminer la bonne incitation qui permettra la meilleure
allocation possible des compétences, c’est-à-dire le niveau et la durée d’allocation qui ne
désincite pas à l’emploi.
Pour eux le chômage n’est pas forcément mauvais si il permet une meilleure allocation des
compétences dans l’économie.

b. Les théories du chômage


Chômage volontaire des néoclassiques : lié aux rigidités du marché
Chômage involontaire des keynésiens : chômage conjoncturelle
Chômage naturel :
Chômage structurel : niveau de l’emploi offert, décalage qualifications/emploi.

Le chômage volontaire des néoclassiques se fait selon l’arbitrage consommation/loisir (ou


plutôt oisiveté) d’après Walras et Pigou.
Taux
de O
salaire

N:
Demande de Offre de Travail
travail des travail, pas
producteurs d’équilibre
qui apparaît
Chômage
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Donc selon eux, il n’y a pas de chômage, c’est juste du chômage volontaire, càd des gens qui
préfèrent l’oisiveté au travail parce que la rémunération est faible.
Pour les néoclassiques, les rigidités institutionnelles (salaire minimum, place des syndicats)
vont conduire à l’apparition d’une situation de chômage et ces rigidités doivent être
combattus. Si l’équilibre d marché est situé en dessous du planché, la demande de travail
sera inférieure à l’offre des travailleurs et laissera apparaître le chômage. Certains
considèrent aujourd’hui que le généreux salaire minimum français est un frein à l’emploi
des moins qualifiés puisqu’il excède leur productivité marginale.

Chez Keynes, ce qui explique le chômage c’est lorsque les quantités produites par
l’économie ne nécessitent pas d’embaucher toute la main d’œuvre disponible. La
production est insuffisante parce que les producteurs ont anticipé des débouchés
(demande effective) insuffisantes.

La théorie des équilibres à prix fixes de Jean-Pascal Benassy et Edmond Malinvaud :


c’est l’idée qu’il y a rigidité des prix à court terme, c’est pour ça qu’on parle de théorie des
équilibres à prix fixes, les ajustements se font par les quantités et non pas par les prix. Si on
a un déséquilibre sur le marché des B/S, on aura un chômage de type keynésien, or si c’est
le marché du travail, c’est le chômage classique.

En gros ils disent qu’il n’y a pas UNE explication, ca dépend de la situation économique.
Si on a un excès d’offre, au moins un vendeur est rationné (il peut pas vendre tout ce qu’il
produit).
Si on a un excès de demande, l’acheteur est rationné (il ne peut pas acheter tout ce qu’il
souhaite).

Chômage keynésien : années 1990 causé par un manque de demande.


Chômage classique : année 1970 causé par un coût du travail (salaires net + cotisations
salariales + cotisations patronales) trop élevé.

Chômage volontaire c’est une typologie keynésienne, mais on en a aussi dans l’économie
classique quand le marché du travail fonctionne mal.

Les théories du chômage naturel et d’équilibre :


C’est l’idée que de toute façon que nos capacités productives sont telles qu’un certain taux
de chômage incompressible existe : c’est le taux de chômage naturel.

Pour les théoriciens des adaptations rationnelles, la courbe de Phillips est verticale à court
comme à long terme, ce qui signifie que le taux de chômage ne peut être réduit que par un
accroissement des capacités productives.
Le chômage conjoncturel = chômage effectif – chômage naturel
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Ce qui pousse les économistes à réfléchir en terme de chômage d’équilibre : niveau de


chômage qui rend compatibles le niveau de salaire réel souhaité par les salariés et celui
souhaité par les entreprises.

Il dépend du pouvoir de négociation des salariés, des règles d’indemnisation du chômage et


des règles de licenciement, de la rentabilité recherchée par les entreprises.

Modèle WS/PS (Wage Settings/Price Settings) de Richard Layard, Stephen Nickell et


Richard Jackman

On essaye de déterminer le taux de chômage d’équilibre :

U : pour unemployement
W/P : pour taux de salaire

Ici l’approche est différente de celle de la courbe de Phillips, puisqu’on on réfléchit en


terme de niveau de salaire et de prix, on cherche a déterminer le taux de salaire pour lequel
les salariés et les patrons ont ce qu’il veulent.
Plus le chômage est faible, plus les exigences salariales sont fortes. En revanche, quand le
chômage est élevé, les rémunérations seront moins fortes. WS dépend aussi de facteur
institutionnels comme le salaire minimum ou la nature du contrat du travail.

Le PS : les entreprises fixent leurs prix P selon la rentabilité recherchée. P s’élève avec W.
Cela dit, quand P augmente il y a réduction du salaire réel qui va avoir un impact sur les
travailleurs.
Si l’économie ralentie, il y a réduction de l’activité, les ventes baissent donc pour ne pas
avoir trop de stock il faut baisser les prix. Donc le coût du travail s’accroit ce qui conduit à
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embaucher moins. Plus le travail est cher, plus le chômage est élevé. Conséquence, il y a
une relation croissante en taux de chômage et taux de salaire.

Les salariés demandent quand leur salaire réel baisse une hausse des salaires, donc
l’entreprise pour garder ses marges augmente les prix et ainsi de suite  spirale
inflationniste : boucle prix/salaires

Ici la déflation est seulement monétaire (les prix baissent c’est tout) et pas réel (débouche
sur une déflation par la dette et une baisse des coût ?).
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Déplacement de WS vers la gauche: les exigences salariales s’accroissent de manière structurelle ce


qui conduit à un accroissement du chômage naturel
Déplacement de PS vers la gauche: les coûts de production des firmes s’accroissent fortement (ex :
choc pétrolier) conduisant alors également à un chômage structurel ou d’équilibre plus élevé.
????????

Donc pour ces auteurs, le taux de chômage ne sera réduit que si les éléments pesant sur la fixation
des salaires sont éliminé ou réduit, c’est ce qui est appelle réforme structurelle du marché du
travail et qui doit conduire à une libéralisation (question du contrat unique, repousser l’âge du
départ à la retraite)

Ce modèle a été évalué par l’OFCE en 2002 et les résultats obtenus ne sont pas probants. Les
auteurs mettent en particulier en évidence les difficultés pour établir un lien direct entre évolution
du chômage et institution du marché du travail. Pour eux, durant les années 1970 s’expliquent par
le ralentissement des gains de productivité, les années 1980 par les politiques de désinflation et les
années 1990 par l’insuffisance de la demande.

D’autres approches théoriques du chômage :


Théorie du job search : George Stigler
Le chômeur va utiliser son temps à la recherche d’un emploi, et plus il tarde plus il
espère gagner plus. Il faut donc réduire la durée d’indemnisation par exemple pour
eviter ce chômage frictionnel.
Théorie de la segmentation (dualisation) : Michael Piore et Peter Doeringer
Deux marchés du travail : primaire et secondaire. Dans le primaire le salaire n’est pas
la variable d’ajustement, l’emploi est plutôt garanti (emploi qualifié et expérimenté).
Dans le secondaire, le salaire est variable d’ajustement.
Théorie des contrats implicites (aversion au risque) : Costas Azariadis
Rigidité des salaires en période de récession  chômage
Les salariés arbitrent en faveur une rémunération plus faible en échange d’une
stabilité de l’emploi et de la rémunération  ca se traduit par une rigidité à la baisse
des salaires
Théories du salaire d’efficience (relation d’agence) : George Akerlof et Joseph Stiglitz
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Chapitre 2

Salaire > salaire d’équilibre  chômage


Le marché du travail en information imparfaite va conduire les producteurs à
rémunérer les travailleurs au dessus du salaire d’équilibre pour attirer les meilleurs
ce qui va générer du chômage
Théorie insiders/outsiders : Assar Lindbeck et Dennis Snower
Rigidités structurelles internes (situations de rente)  chômage
Les insiders c’est ceux qui sont déjà dans l’emploi stable, les outsiders sont ceux qui
veulent y accéder en passant par l’emploi précaire. Les insiders font valoir le coût de
la formation des nouveaux travailleurs pour se maintenir dans l’emploi même au
détriment des personnes qui pourrait travailler pour un coût inférieur.
Effet d’hystérèse : Edmund Phelps, Lawrence Summers et Olivier Blanchard
Transformation du chômage conjoncturel en chômage structurel par la dégradation
du capital humain  chômage de longue durée

« L’invention » du chômage d’équilibre a permis de repenser les causes du chômage (mauvais


appariement, détérioration du capital humain, spécificités de la formation des salaires) et de
proposer de nouvelles pistes de lutte contre le chômage (cf. M4P2CH3).

Cependant, désaccords importants persistent concernant sa mesure.