Vous êtes sur la page 1sur 10

Chapitre 9

Les théories de la monnaie et


des politiques monétaires

1-QU’EST-CE QUE LA MONNAIE?

1-1 Les formes et les fonctions de la monnaie.


1-1-1 Les formes matérielles de la monnaie.
1-1-2 A quoi sert la monnaie ? Une approche fonctionnelle.

1-2 La monnaie, un pouvoir.


Georg Friedrich KNAPP, Théorie étatique de la monnaie, 1905

2-CRÉER ET CONTRÔLER LA MONNAIE : UN SYSTÈME HIÉRARCHISÉ.

2-1 Le rôle des banques de second rang : les crédits font les dépôts.

2-2 Le rôle de la banque centrale.


2-2-1 Assurer la stabilité du système financier.
2-2-2 Réguler la création monétaire.
2-2-3 Les canaux de transmission des actions de la banque centrale.

3-LES LIENS ENTRE L’ÉCONOMIE RÉELLE ET LA MONNAIE ET LEURS


IMPLICATIONS EN TERME DE POLITIQUE MONÉTAIRE.

3-1 Une monnaie neutre : la “monnaie voile“.


Jean BODIN, La response de Maistre Jean Bodin Advocat en la Cour au paradoxe de Monsieur de Malestroit, touchant
l’enchérissement des choses, et le moyen d’y remédier, 1568
Irving FISHER, Le pouvoir d’achat de la monnaie, 1911

2-2 Une monnaie endogène : la “monnaie réelle“.


2-2-1 La banking school.
Thomas TOOKE, A history of prices, 1838-1856
2-2-2 Les développements keynésiens.

2-3 Une monnaie exogène et active : le monétarisme.


Milton FRIEDMAN, Le rôle de la politique monétaire, 1968
Chapitre 9
Les théories de la monnaie et
des politiques monétaires

Monnaie = gros problème pour les économistes, avec des théories profondément divergentes.

1-Qu’est-ce que la monnaie?


1­1 Les formes et les fonctions de la monnaie.
1­1­1 Les formes matérielles de la monnaie.
La présentation traditionnelle est celle d’une dématérialisation progressive :
•La monnaie marchandise possède une valeur intrinsèque. C’est d’abord souvent le bétail comme en
sanscrit rûpa ou en latin pecus, le sel, les cauris en Asie et en Afrique, puis la monnaie métallique,
cuivre,   argent   et   surtout   or.   Celui­ci   est   le   métal   magique   depuis   l’origine :   beau,   ductile   et
inaltérable, suffisamment rare pour que sa valeur intrinsèque reste importante.
L’usage de ces métaux conduit au monométallisme ou bimétallisme.
•Puis les banques commencent à émettre des billets en échange des effets de commerce : c’est la
monnaie fiduciaire.
Les  billets  payables   à vue  à tout  moment (et  pas seulement   à une  échéance)  apparaissent   à la
Banque de Stockholm de John Palmstruch en 1656. Ils se généralisent lorsque l’Etat instaure le
cours légal des billets (obligation de les accepter en moyen de paiement) et même le cours forcé (les
billets ne sont plus convertibles) ponctuel ou définitif (par exemple en France de 1870 à 1875, de
1914 à 1928 puis définitivement après 1936).
•Puis de plus en plus se développe la monnaie scripturale détenue sur un compte de dépôt à vue par
simple jeu d’écriture (aujourd’hui en France 90% de la monnaie est scripturale et 10% fiduciaire
contre 50/50 dans la première moitié du 20ème  siècle). Elle circule par le biais des virements, des
chèques, des cartes bancaires…
 1­1­2 A quoi sert la monnaie   ? Une approche fonctionnelle.
La monnaie peut être vue comme un instrument économique avec trois fonctions principales :
•Unité de compte = nécessité de la commensurabilité.
Certaines monnaies ne servent qu’au compte (ex de la livre tournoi au 18 ème  siècle en France).,
certaines monnaies sont modifiées en tant qu’unité de compte (nouveau franc en 1963, euro en
1999). Cela permet de résoudre le problème de l’expression de la valeur d’un bien en valeur de tous
les autres biens (soit pour n biens : n(n ­ 1)/2 rapports d’échanges dans une économie de troc).
•Intermédiaire des échanges.
Il y a un lien évidemment fort entre une économie d’échange (économie de marché) et monnaie, qui
permet   de   réduire   fortement   les   coûts   de   transaction   en   résolvant   le   problème   de   la   double
coïncidence des besoins inhérent à l’économie de troc.
Fusion avec la fonction d’unité de compte.
•Instrument de réserve .
Elle permet de faire face aux problème de synchronisation, et surtout de faire face à l’incertitude : la
monnaie est un lien entre le présent et le futur comme le montre Keynes, car elle est liquide c’est­à­
dire immédiatement disponible sans coûts de transformation ni risque (hors inflation).
=> mais la définition n’est pas si simple car il faut déterminer quels actifs remplissent ces fonctions,
afin de délimiter la masse monétaire.
Ex : en Europe, définition de plusieurs agrégats monétaires classés par degré de liquidité.
M1 = actifs monétaires (pièces, billets et dépôts à vue)
M2 – M1 = dépôts à court terme comme en France les livrets A, les CEL… susceptibles d’être
transformé instantanément en moyens de paiements et qui sont donc de la quasi­monnaie.
M3 – M2 = des actifs négociables comme les OPCVM monétaires, les pensions, les instruments du
marché monétaire (comme les certificats de dépôts).
=> la monnaie est donc un actif liquide parmi d’autres actifs financiers, ces actifs évoluant au gré
des innovations financières, conduisant à des redéfinitions de la masse monétaire. Il n’y a pas de
séparation nette mais plutôt un spectre continu d’actifs différant par leur degré de liquidité.
1­2 La monnaie, un pouvoir.
Georg Friedrich KNAPP, Théorie étatique de la monnaie, 1905
On peut aussi chercher une définition essentielle de la monnaie (définir ce qu’elle est en soi) autour
de trois notions.
•La monnaie est un lien social.
Dans   les   sociétés   industrielles,   la   monnaie   permet   la  socialisation   des   efforts   privés  dans   une
économie basée sur l’initiative individuelle et intéressée. Elle ainsi directement liée à la division du
travail, et elle est un  instrument de la liberté : d’échanger (avec qui l’on veut, en multipliant les
possibilités  de contact  parce qu’elle place les  individus en situation de commensurabilité) mais
aussi d’échapper aux relations sociales communautaires (en objectivant la relation).
Pour   Hayek,   elle   est   une   convention   (un   ensemble   de   règles)   construite   progressivement   par
adaptations successives, née au cœur même du marché et qui permet de réduire l'incertitude (liée à
l'émiettement   des   savoirs   dans   la   communauté   car   l’information   est   dispersée).   L’information
véhiculée par les prix permet de coordonner les activités des agents.
En fait la monnaie comme le langage est utile et efficace car elle est partagée, et elle est un signe
d’appartenance à une communauté.
•La   monnaie   est   liée   à   la  confiance  (sinon   pas   de   système   monétaire   possible),   ce   qui   pose  à
nouveau la question de sa nature :
­elle peut être vue comme une “substance“ dotée d’une valeur intrinsèque (en particulier l’or) et elle
échappe à l’arbitraire humain de création (même les billets sont gagés sur le métal). Il ne doit pas y
avoir alors de cours forcé (Rueff).
­elle peut également être considérée comme un signe nominal basée sur la confiance basée sur la
confiance (fiducia) des acteurs en l’acceptation de la monnaie par d’autres acteurs et en la signature
de   la   banque.   La   dématérialisation   –   ou   symbolisation   –   peut   être   alors   vue   comme   un
approfondissement de la confiance collective dans la pérennité de la société marchande.
Cette thèse développée notamment en Allemagne et en Autriche donne un poids considérable à
l’Etat   pour   assurer   cette   confiance   (“la   monnaie   est   une   création   de   la   loi” :   un   billet   est   une
monnaie si l’Etat en décide ainsi).
•La monnaie est donc un pouvoir, attribué à différents organismes parfois en concurrence.
Ex :   aux   Etats­Unis   au   19ème  siècle,   plus   de   1500   types   de   billets   sont   émis   par   différentes
institutions  et sont convertibles   à des  taux variables  (free banking). Parmi elles  les  greenbacks
(imprimés   en   vert)   émis   à   partir   de   1862   (Civil   war)   par   le   gouvernement   sans   contrepartie
métallique.
Par la suite un conflit social oppose les milieux agrariens du Sud et de l’Ouest (favorables  à la
liberté   et   l’abondance   monétaire)   au   lobby   industriel   républicain   du   Nord   (favorable   à   un
encadrement plus strict).
L’étalon­or est adopté en 1900 mais la Fed, avec monopole et centralisation du pouvoir monétaire,
n’est créée qu’en 1913.
•Ainsi, la monnaie est un instrument du pouvoir avec une dimension politique aussi importante que
la dimension économique.
­elle est une source potentielle de revenu notamment pour les guerres. Historiquement, les banques
centrales   émettrices   de   monnaie   ont   été   créées   pour   permettre   aux   Etats   d’avoir   un   prêteur
complaisant et faire face aux besoins liés à la guerre (ex de la Banque d’Angleterre créée en 1694
pour financer  la  guerre  du  Hollandais  Guillaume  III  contre  la  France).  Elles   ne sont  pas  alors
l’instrument d’une politique monétaire qui n’existe pas comme telle.
­c’est un puissant symbole politique de l’identité nationale : la monnaie souligne l’appartenance de
chacun à la collectivité. La consolidation des Etats­nations au 19 ème siècle s’accompagne alors d’une
centralisation   progressive   du   pouvoir   monétaire   aux   mains   de   l’Etat,   établissant   le   lien   entre
souveraineté   politique   et   souveraineté   monétaire   [mais   il   y   a   plusieurs   manières   d’exercer   ce
pouvoir].
Ainsi les  Banques  Centrales  ont progressivement  acquis  une position  de monopole  conféré  par
l’Etat pour certaines fonctions. C’est le fruit d’un processus historique assez long souvent accéléré
par les crises (par exemple celle de 1907 aux Etats­Unis).

2-Créer et contrôler la monnaie : un système hiérarchisé.


2­1 Le rôle des banques de second rang : les crédits font les dépôts.
Monnaie = à la fois créance (pour l’agent économique) et dette (pour la BC).
•Cas hypothétique d’une économie avec une seule banque :
­si la réserve de la banque est de 100 UM en or ou en monnaie BC, ce montant est inscrit à l’actif
(puisque déposé) et au passif (puisque sur le compte du déposant qui peut en faire l’usage qu’il
veut). Mais la Banque doit gagner de l’argent, car on ne va pas faire payer le client pour déposer de
l’argent, même s’il existe un coût de gardiennage de l’or ou des billets…
­la banque octroie un prêt de 100 UM : à l’actif, on trouve désormais 100 UM d’origine + 100 UM
de créances et au passif 200 UM en billets utilisables par le débiteur.
=> de la monnaie a été créée par crédit (loans make deposits et pas l’inverse).
=> cette monnaie est détruite à échéance du remboursement. La quantité de monnaie en circulation
dans   l’économie   est   donc   largement   liée   au   solde   de   l’ensemble   des   opérations   de   création   /
destruction.
­un autre mode de création monétaire est la conversion de devises liées aux opérations extérieures
excédentaires.
•Cas d’une économie avec plusieurs banques : le problème de la liquidité des banques.
Si un client reçoit un crédit de A et achète qqch à un client de B, alors de l’argent va passer de la
banque A (qui est victime d’une fuite en dehors de son circuit) à la banque B [autrement dit la
banque A a relativement plus de part de marché en terme d’octroi de crédit qu’en terme de collecte
de dépôts].
L’opération est réglée en une monnaie commune qui est la monnaie BC (ex : compensation des
chèques). Les banques disposent donc d’un excès/manque de monnaie BC et l’offre/demande est
confronté   sur   le   marché   interbancaire   (avec   un   taux   de  refinancement).   Ces   besoins   restent
relativement modestes si en gros « les banques marchent du même pas » (Keynes).
•Pris dans son ensemble, le système bancaire subit des fuites en monnaie centrale qui font qu’il est
globalement endetté et qui contraignent la BC à émettre de la monnaie centrale :
­la fuite en billets : les clients demandent des billets, selon une proportion calculée et relativement
prévisible de ses dépôts. Leur banque s’adresse alors à la banque centrale, qui seule a le pouvoir de
convertir de la monnaie scripturale en billets. Cette dernière monnaie est non destructible, c’est la
monnaie suprême, celle du prince…
­les opérations en devises peuvent conduire au même effet.
=> le pouvoir de création monétaire est limité par des contraintes économiques (dont la rentabilité :
une banque est une entreprise…) et institutionnelles.
2­2 Le rôle de la banque centrale.
2­2­1 Assurer la stabilité du système financier.
La banque centrale est d’abord la banque de l’Etat (elle gère le compte du Trésor public) et aussi
l’interlocuteur privilégié des banques et des institutions étrangères (qui y ont obligatoirement un
compte). Elle est donc la clé de voûte du système.
•La banque centrale exerce une fonction de  surveillance  du système bancaire, de prévention des
risques, plus généralement de régulation.
­les banques sont confrontées fondamentalement à des risques, qu’elles doivent savoir mesurer. Les
deux principaux sont ;
Le risque d’insolvabilité  est lié à l’éventuelle défaillance des débiteurs. Des créances douteuses
accordées en trop grand nombre peuvent conduire à la faillite, leur évaluation est difficile et lente si
les   échéances   sont   lointaines   (cf   les   banques   japonaises   depuis   une   décennie)   (cf   la   crise   de
subprimes).
Le risque d’illiquidité  vient d’une insuffisance de monnaie centrale pour satisfaire les besoins de
refinancement de la banque. Cela peut venir d’une insuffisance du crédit interbancaire, ou d’un run
vers les dépôts en cas de crise de confiance des clients, encore plus fort s’il n’y pas de système
d’assurance des dépôts (risque avéré dans les crises asiatiques, russes ou argentines).
­la banque centrale impose un coefficient de réserve i.e. les banques commerciales doivent détenir
une proportion minimale des crédits qu’elles ont octroyés sur leur compte à la banque centrale (pour
la BCE ce coefficient s’élève à environ 2%).
Cela permet à la fois de réduire les risques d’illiquidité et d’exercer un contrôle sur la création
monétaire. Tout dépend cependant de la relation de causalité et il y a deux approches pour évaluer
le montant de monnaie créé en fonction des réserves :
Le multiplicateur de crédit : la banque détient des réserves R, le coefficient est x<1, le montant des
crédit accordé est R/x. Mais les banques peuvent ne pas prêter à hauteur de leurs possibilités.
Le  diviseur  de crédit : la banque recherche d’abord des clients solvables à qui elle prête, puis se
refinance pour maintenir son niveau de réserve [c’est le cas dans la zone euro].
­les banques doivent également respecter des ratio prudentiels, c’est­à­dire disposer d’une certaine
proportion de fonds propres relative au montant des crédits accordés. Le ration Cooke puis le ratio
Mc Donough sont les normes généralement admises.
­les banques doivent aussi diversifier leurs risques en évitant de trop s’exposer à un même débiteur,
et les Banques Centrales exercent donc une surveillance des grands risques.
•Surtout, la Banque centrale est le prêteur en dernier ressort.
Le risque principal est systémique : la faillite d’un acteur risque d’entraîner celle des autres acteurs,
mettant en danger l’ensemble du système financier et de l’économie.
La BC joue le rôle de prêteur en dernier ressort pour éviter cette contagion, en usant d’un pouvoir
exorbitant, en levant les règles de fonctionnement normales de l’économie de marché (notamment
l’obligation de respecter le contrat i.e. payer ses dettes), et en opérant une redistribution en faveur
des débiteurs qui ont pris un gros risque. La BC se place hors marché et offre un  bien public, la
stabilité du système de paiement.
Cela pose le problème de l’aléa moral, en risquant d’encourager les comportements irresponsables
sans que soient assumés les risques et sans sanction du marché. C’est le cas par exemple pour les
créanciers privés internationaux qui grâce au FMI récupèrent leurs avoirs dans les crises des pays
émergents comme la Russie too nuclear to fail. Ce problème s’est posé également à l’automne 2008
avec la faillite de Lehman Brothers.
2­2­2 Réguler la création monétaire.
Les instruments sont variés mais interdépendants et utilisés ensembles [présentation schématique].
•Les instruments prudentiels aperçus ci­dessus constituent aussi des moyens de réguler la création
monétaire, puisque les banques ne peuvent pas dépasser un certain montant de crédits sans devoir se
refinancer. Mais ils sont assez stables dans le temps et ne sont pas des instruments conjoncturels.
•L’action  indirecte sur la liquidité  bancaire permet d’agir sur les conditions du refinancement et
donc des conditions que pourront proposer les banques à leurs propres emprunteurs :
­le taux d’escompte a été utilisé pendant longtemps.
­les nombreux taux utilisés par les banques centrales sont généralement à court terme. Beaucoup
sont   des   taux   de   “prise   en   pension“   de   titres   déposés   comme   “caution“   par  les   banques,   avec
engagement   de   rachat   (ils   sont   synthétisés   dans   l’Euroland   par   l’Eonia  Euro   Overnight   INdex
Average, la grande majorité des opérations se faisant à moins de 10 jours).
­l’achat et la vente définitifs de titres sur le marché monétaire permet de fournir ou de ponctionner
de la liquidité [à l’origine, la politique d’open market  au sens strict consiste en l’achat/vente de
titres publics] et donc d’influencer les taux en vigueur sur le marché interbancaire.
­action sur la liquidité en blanc (sans garanties apportées par des titres).
•L’action directe sur le crédit :
Le contrôle direct sur le volume de crédit a parfois été utilisé, avec d’assez gros inconvénients
comme la faible concurrence entre les banques qui ne cherchent pas à se développer et qui gardent
des taux élevés, ou la sélection des tout meilleurs emprunteurs uniquement. Par exemple, il a été
supprimé en France en 1987.
Le contrôle sélectif sur le crédit permet de favoriser tel ou tel secteur. En France, l’agriculture ou
l’immobilier (et ses multiples prêts bonifiés) en sont un exemple.
=> ces actions ont naturellement une influence sur les autres taux, notamment le crédit bancaire aux
agents économiques mais aussi indirectement les taux longs du marché obligataire. Par là, elles
influencent l’investissement, la consommation, le prix des actifs (notamment les actions), la masse
monétaire et donc le niveau des prix.
 2­2­3  Les canaux de transmission des actions de la banque centrale.
Les choix de politique monétaire, exprimés dans la manière d’utiliser les instruments de la BC, se
transmettent à l’économie par des mécanismes variés.
•En première approche, le canal du taux d’intérêt est le plus évident : une modification de son
niveau modifie le coût du capital et influence donc directement l’activité économique.
Mais la BC contrôle directement les taux à court terme, qui n’ont qu’une influence indirecte sur les
taux à long terme déterminants pour la plupart des opérations d’investissement. Ceux­ci dépendent
comprennent   une   prime   de   risque   supplémentaire   (liée   à   l’horizon   plus   lointain   et   donc   plus
incertain), mais incluent aussi les anticipations sur l’évolution future des taux d’intérêts.
•Le canal du crédit prend en compte les imperfections existant sur marchés de capitaux (semblables
à   celles   qui   touchent   les   relations   contractuelles).   Le   financement   par   crédit   est   coûteux   non
seulement  du  fait  du  taux  d’intérêt,   mais   aussi du  fait  de  la  prime   de  risque demandée  par  la
banque : elle ne connaît pas parfaitement la situation de l’entreprise avant de lui prêter (asymétrie
d’information), elle ne connaît pas le comportement de celle­ci après le prêt (opportunisme).
Une baisse du taux d’intérêt va diminuer le risque de non remboursement, et a donc un double
effet : le taux baisse, et la prime de risque associée aussi.
•Le   canal   des   anticipations   et   des   effets   d’annonce   est   devenu   primordial   compte   tenu   de   la
puissance des marchés financiers et du risque que se développent des anticipations autoréalisatrices
destructrices.
L’annonce   de simples   intentions   peut  avoir  un effet   immédiat  sur  le  comportement  des   agents
financiers si ceux si jugent crédible la banque centrale.
C’est très net par exemple pour casser les spirales inflationnistes.

3-Les liens entre l’économie réelle et la monnaie et leurs


implications en terme de politique monétaire.
Critères : effets nominaux/réels, monnaie exogène/endogène.
3­1 Une monnaie neutre : la “monnaie voile“.
Jean BODIN, La response de Maistre Jean Bodin Advocat en la Cour au paradoxe de Monsieur
de Malestroit, touchant l’enchérissement des choses, et le moyen d’y remédier, 1568
Irving FISHER, Le pouvoir d’achat de la monnaie, 1911
•La théorie quantitative de la monnaie, dominante dans la pensée du 18ème aux années 1930, trouve
son origine dans la grande inflation du 16ème siècle qui touche d’abord l’Andalousie, puis l’Europe
du Nord Ouest (prix X3,5 en GB entre fin 15ème et fin 17ème).
Pour Jean Bodin, la hausse des prix a essentiellement une cause monétaire, et s’explique par l’afflux
de l’or des  conquistadores  en Europe. Mais il n’établit pas de relation de proportionnalité entre
masse monétaire et prix.
•Ces idées reprises au 17ème  siècle, par Locke en particulier, sont développées à l’occasion de la
controverse bullioniste au début du 19ème siècle en Grande­Bretagne.
Le contexte est celui des guerres napoléoniennes, qui posent comme tous les conflits d’importants
problèmes monétaires. Le cours forcé des billets –qui ne sont donc plus convertibles ­ est instauré
en 1797. Doit­on revenir à la convertibilité en or ?
La currency school emmenée par Ricardo voit dans cette inflation un excès d’émission monétaire,
qui peut être limitée en la couvrant entièrement par de l’or.
•Irving   Fisher   formule   l’équation   quantitativiste   (et   simpliste)   selon   laquelle   MV   =   PQ   qui
représente la valeur globale des transactions effectuées.
Les hypothèses sont que V est relativement stable au moins à court terme (elle dépend de facteurs
techniques   et   institutionnels)   et   que   M   n’a   pas   d’influence   sur   les   quantités   échangées   (qui
dépendent de la démographie et du progrès technique).
M n'est alors relié qu'à P : toute augmentation de M se traduit par une augmentation de P, l'inflation
est un phénomène monétaire [mais l’équation ne se lit pas de droite à gauche : un seul sans de
causalité].
•Il peut cependant y avoir un puissant correctif endogène appelé effet Pigou d’encaisses réelles : si
les prix s’élèvent, les agents augmentent leurs encaisses nominales pour compenser la dépréciation
que leur valeur réelle subit.
Mais au­delà d’un certain stade se produit au contraire une fuite devant la monnaie (Robertson) : si
les prix s’élèvent trop, alors les agents recherchent à tout prix des biens, ce qui peut conduire à une
spirale inflationniste liée notamment à une forte augmentation de la vitesse de circulation (cf hyper
inflation allemande).
=>   ces   théories   concluent   à   une   forte   dichotomie   entre   sphère   réelle   et   sphère   monétaire.   La
politique monétaire a donc très peu d’influence sur les variables réelles.
2­2 Une monnaie endogène : la “monnaie réelle“.
   .
 2­2­1 La  banking school
Thomas TOOKE, A history of prices, 1838-1856
•Le   courant   intégrationniste   a   pour   fondement   de   récuser   la   dichotomie   et   de   considérer
généralement que :
­la monnaie peut avoir une influence sur l’économie réelle.
­inversement, l’état de l’économie a une influence sur les variables monétaires, en particulier la
demande de monnaie des agents qui est donc endogène.
­le niveau des prix est plutôt déterminé par le coût des facteurs.
­la vitesse de circulation est instable et imprévisible (dépendante des anticipations, des variations du
volume des substituts à la monnaie).
=> l’équation quantitativiste se lit plutôt de droite à gauche.
•Ainsi, dans la controverse bullioniste, Thomas Tooke et la  Banking school  défendent les idées
suivantes à partir d’études empiriques sur les premières décennies du 19ème siècle :
  ­l’inflation   a   des   causes   réelles   (par   exemple   liées   à   la   guerre :   pénurie,   mauvaises   récoltes,
dépenses militaires à l’extérieur, dislocation des échanges commerciaux), la circulation monétaire
croissante – notamment par accroissement de la demande de monnaie de crédit ­ entérinant ex post
cette situation comme conséquence plutôt que comme cause des hausses de prix.
­un accroissement de la masse monétaire peut très bien être stérilisé et n’avoir pas d’effet sur les
prix.
2­2­2 Les développements keynésiens.
•Keynes (mais aussi le deuxième Fisher) montre que la monnaie est un élément central de la sphère
économique, par exemple dans son Traité sur la monnaie de 1930.
En particulier, la monnaie peut être demandée pour elle­même, pour plusieurs raisons ;
­motif de transaction : facteur classique, décalage entre recettes et dépenses.
­motif de précaution : en univers incertain, on peut vouloir garder de la monnaie pour faire face à
des dépenses imprévues.
­> ces deux premiers motifs dépendent du revenu.
­motif de spéculation : les agents peuvent placer leur argent en obligations ou non.
­> ce motif dépend du taux d’intérêt qui varie à l’inverse du prix des actifs financiers.
Exemple :
-achat d’une obligation qui rapporte 4 euros par an et vaut 100 euros, soit un taux de 4%.
-hausse des taux à 5% : il y a donc de meilleures façons de placer son argent, et l’obligation ne reste
rentable que si elle vaut désormais 80 euros et rapporte 4 euros (soit un taux de 5%).
-à l’inverse, si les taux baissent à 2%, le prix de l’obligation s’envole à 200 euros car elle est
(relativement) très rentable.
Il peut arriver que la monnaie injectée dans le système soit thésaurisée en encaisses oisives, et
qu’elle n’ait donc pas d’influence sur les prix. Dans ce cas de trappe  à liquidité, une politique
monétaire   même   très   lâche   n’a   pas   d’effet   (en   quelque   sorte,   toute   augmentation   de   M   est
compensée   par   une   diminution   de   V,   qui   est   instable,   plutôt   fonction   du   revenu   et   donc
procyclique).
•En dehors de ce cas limite, la monnaie peut avoir des effets réels notamment sur l’investissement
(composante de la demande) qui dépend d’une comparaison entre une rentabilité future espérée et
les taux d’intérêts, beaucoup plus que de l’épargne ou du prix des facteurs.
Le keynésianisme a été dominant dans les années 1950 à 1970, autour d’un arbitrage entre inflation
et emploi en faveur de celui­ci. La réduction du chômage est vue comme un exercice majeur, et
l’économie doit être financée à la demande.
=> la BC peut agir de manière discrétionnaire, au coup par coup, par des instruments variés visant à
maintenir une convention de taux longs assez faibles.
2­3 Une monnaie exogène et active : le monétarisme.
Milton FRIEDMAN, Le rôle de la politique monétaire, 1968
•Cet héritage est repris par Friedman, avec des hypothèses proches du quantitativisme, mais aussi
de certains aspects keynésiens.
­la trajectoire de croissance à long terme est déterminée par des facteurs réels, de même que le “taux
naturel“ de chômage.
­la  demande  de monnaie  est  relativement  stable  et dépend  principalement  du revenu (≠  motifs
keynésiens de transaction, précaution, spéculation) = elle est donc conséquence de facteurs réels, et
les excès de monnaie seront dépensés entraînant une hausse des prix.
­la vitesse de circulation de la monnaie n’est pas nécessairement stable mais peut être déterminée et
prévue de façon assez fiable.
•A court terme, la monnaie n’est pas neutre, une baisse du taux d’intérêt a un effet sur l’économie :
­incitation à investir (taux plus bas, déformation de la répartition en faveur des débiteurs).
­augmentation de la production et de l’emploi surtout grâce à l’illusion monétaire des agents : leur
salaire   réel   baissent   car   les   prix   augmentent   assez   rapidement   [plus   que   les   salaires   fixés   par
convention], ce qui n’est pas immédiatement perçue par les travailleurs dont les salaires nominaux
peuvent même avoir augmenté.
­les salaires réels vont ensuite augmenter et le chômage revenir à son niveau antérieur, mais avec
une inflation désormais plus forte.
Il y a donc un processus d’anticipations adaptatives vers ce nouvel état, qui présente le risque, si les
politiques monétaires actives sont répétées, de conduire à une accélération de l’inflation.
•Il y a donc  une forte dichotomie  à long terme  qui fait de l’inflation  un phénomène purement
monétaire, et il n’y a donc pas dans la durée de relation stable entre variable monétaires et variables
réelles. La véritable différence entre visions keynésienne et friedmanienne réside en fait dans la
durée de la non­neutralité de la monnaie [de manière empirique, 1 ou 2 ans chez Friedman].
•Pour Friedman, l’objectif final doit être la stabilité de l’inflation et de la croissance de la masse
monétaire à un taux faible proportionnel au revenu pour satisfaire la demande de monnaie, et c’est
tout.   C’est   un   objectif   modeste   mais   avec   l’ambition   de   préserver   la   qualité   de   l’information
transmise par les prix.
=> la BC doit se contenter de suivre une règle très stricte de croissance de la masse monétaire. Son
contrôle doit être possible, dans une optique de multiplicateur de crédit, par le coefficient de réserve
et les opérations d’open market notamment (et pas tellement par le taux d’intérêt).
­par le rapport réserves/dépôts (coefficient de réserve).
­par le rapport billets/dépôts.
Mais application difficile dans un contexte d’innovations financières où la distinction entre monnaie
et quasi­monnaie sont plus difficiles à établir. Politiques rarement strictement monétaristes.

CCL :
­monnaie = véritable lien social (condition permissive du marché, de la DT) ce qui pose la question
de la confiance, donc celle du pouvoir. Bien public en même temps que bien privé (créé par les
banques, pour les agents privés).
­différents   types   d’approche,   et   donc   de   politiques   monétaires   et   de   modes   de   financement   de
l’économie.