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Chapitre 3

La croissance économique en Europe, aux Etats-Unis et


au Japon au 19ème siècle : les voies nationales d’industrialisation

1-DES GÉNÉRATIONS DIFFÉRENTES.

1­1 Le modèle anglais.
1­1­1 « Britannia rule the waves » : apogée et déclin de la “superpuissance“.
1­1­2 Pourquoi l’Angleterre est­elle la première ?
Robert C. ALLEN, The British Industrial Revolution in Global Perspective, 2009
1­1­3 L’avance anglaise, un contexte différent pour les autres pays.

1­2 Les chemins des suiveurs : des voies nationales spécifiques ?
1­2­1 Le modèle du décollage (take­off).
Walt ROSTOW, Les étapes de la croissance économique, 1960
1­2­2 L’industrialisation s’étend à d’autres pays : Allemagne, Etats­Unis, Japon.
1­2­3 Les particularités de l'industrialisation tardive.
Alexander GERSCHENKRON, Economic backwardness in historical perspective, 1962

2-DES BASES COMMUNES, MAIS DES VOIES D’INDUSTRIALISATION


ORIGINALES POUR LES PAYS DE SECONDE GÉNÉRATION.

2­1 Le rôle de l’Etat : l’exemple du Japon de Meiji.
2­1­1 Le Japon préindustriel.
2­1­2 Les réformes de l’ère Meiji (après 1868)

2­2 Le rôle de l’agriculture et le poids déterminant des chemins de fer : l’exemple des Etats­Unis.
2­2­1 Une agriculture performante.
2­2­2 L’effet d’entraînement des chemins de fer à un stade précoce de l’industrialisation.

2­3 Le cas français : archaïsmes et modernité.
François CARON, Histoire économique de la France XIXème-XXème siècle, 1995
2­3­1 Une histoire mouvementée : la Révolution française.
2­3­2 Le bilan d’un siècle de croissance : « un grand pays industriel faiblement industrialisé ».
Chapitre 3
La croissance économique en Europe, aux Etats-Unis et
au Japon au 19ème siècle : les voies nationales d’industrialisation

19ème siècle des historiens.
questions :
­la diffusion de l’industrialisation.
­le mode d’industrialisation : modèle anglais ? différences nationales ?
­les rapports de force internationaux.

1-Des générations différentes.


1-1 Le modèle anglais.
1-1-1 « Britannia, rule the waves » : apogée et déclin de la “superpuissance“.
•L’économie   anglaise   est   déjà   une   économie   largement   tournée   vers   l’industrie   qui   emploie   la
moitié  des  actifs,  mais  ne  doit pas   être  totalement  identifiée  au secteur  “moderne“(des  régions
restent "comme avant", des secteurs peu modernisés…).
L’agriculture a nettement reculé (22% de la PA en 1851), l’urbanisation progresse avec un exode
rural désormais accéléré (2/3 des citadins sont nés à la campagne au recensement de 1851).
La population est jeune, en plein dans la transition démographique (de 7 M d’habitants au milieu du
18ème siècle à 21 M en 1851).
•L’économie anglaise possède une avance maximale vers 1850 :
­elle est encore la première puissance économique.
­elle est de plus en plus ouverte sur l’extérieur, exportatrice de produits de pointe (textile, rails par
exemple) qui tirent la croissance, importatrice de produits bruts (agricoles, coton…).
­la GB poursuit une aventure coloniale mondiale.
•Après 1875, apparaît un déclin industriel relatif et un déficit commercial.
­des concurrents apparaissent, tandis que les premières générations d’industrie, vieilles déjà de près
d’un siècle, deviennent de plus en plus obsolètes. Les exportations industrielles se réduisent.
­l’agriculture est en déclin, notamment dans les années 1880 (11% d'agriculteurs  à la fin de la
période). Les importations de produits bruts s’accroissent.
­mais la GB reste de très loin la première puissance financière (flotte marchande pour d’autres pays,
assurances et services bancaires et revenus des investissement) : elle est le banquier du monde…
1-1-2 Pourquoi l’Angleterre est-elle la première ?
Robert C. ALLEN, The British Industrial Revolution in Global Perspective, 2009
•Mise   en   avant   de   plusieurs   facteurs   essentiels   :   agriculture,   population,   demande,   institutions
politiques, innovations technologiques. Mais facteurs pas proprement anglais :
­l’agriculture hollandaise a de bons rendements, elle est très commerciale avec une forte population
urbaine. Le commerce international est développé.
­croissance démographique  en France, avec un bon réseau de communications  et des  droits de
propriété assez bien sécurisés.
­les explications culturelles sont également avancée : ouverture sociale de la noblesse, bourgeoisie
entreprenante, minorités religieuses…
•En fait, la GB présente l’ensemble de ces facteurs.
Pour   Allen,   l’explication   et   l’originalité   décisives   sont   à   chercher   du   côté   des   facteurs   de
production :   les   salaires   élevés   à   l’époque   moderne   et   l’abondance   de   charbon   peu   coûteux
conduisent à innover pour des combinaisons labour­saving plus capitalistiques et plus mécanisées.
Il rejette l’explication culturelle et technologique (l’“esprit anglais“ ou la science pour la science),
et montre que les nouvelles techniques étaient à la portée des autres (France par exemple) mais peu
rentables compte tenu de la structure des coûts des facteurs de production..
1-1-3 L’avance anglaise, un contexte différent pour les autres pays.
•Les   autres   pays   démarrent   dans   un   contexte   marqué   par   l’avance   anglaise,   donc   dans   des
conditions   nécessairement   différentes   de   celle   de   la   GB.   C’est   à   la   fois   un   atout   (free   lunch,
rattrapage) et un inconvénient (concurrence très en avance). Cela pose donc une nouvelle question,
celle de l’endogénéité ou de l’exogénéité du développement des suiveurs.
•Une part est exogène, avec des transferts de technologies :
­ils   sont   d’abord   prohibés :   les   sorties   d’ouvriers   et   artisans   sont   interdites   jusqu’en   1825,   les
exportations   des   machines   jusqu’en   1843.   Cela   n’empêche   pas   une   certaine   diffusion   des
techniques, par l’espionnage, les voyages clandestins, les plans et les machines  démontées  puis
copiés … (ex de Le Turc).
­les transferts même légaux sont de toutes façons difficiles au début, à cause d’un savoir­faire peu
formalisé dans un langage scientifique (ex de la sidérurgie) qui impose la migration des techniciens.
De très nombreux entrepreneurs continentaux font le pèlerinage sur l’île au 19ème siècle.
Ex :   coulée   de   fonte   par   Wilkinson   au   Creusot   en   1785,   patronat   normand   parfois   d’origine
britannique, contrats de vente accompagné de la fourniture de techniciens pour les machines de
Boulton et Watt…
•Ensuite   la   formation   de   techniciens   et   les   innovations   locales,   dés   les   années   1840­1850
notamment   pour   les   machines   (ex   la   France   commence   à   exporter   des   locomotives   vers
l’Espagne…), permettent un développement plus endogène, avec un sentier propre.
Mais les mêmes difficultés se posent pour les transferts de technologie internes à un pays et ils sont
de toute façon conditionnés à un niveau de formation, un contexte mûr.
1-2 Les chemins des suiveurs : des voies nationales spécifiques ?
1-2-1 Le modèle du décollage (take-off ).
Walt ROSTOW, Les étapes de la croissance économique, 1960
•Rostow a construit  un modèle  célèbre,  autour de l’idée que toutes  les  économies  développées
passent par une succession de cinq étapes : la société traditionnelle, les conditions préalables, le
take­off (puis la maturité et l’ère de la consommation de masse ensuite). Il écrit à un moment où les
pays en développement nouvellement indépendants cherchent leur voie de développement.
La   recherche   des   causes,   du   contexte…   de  la   RI  amène   forcément   à   se   poser  la   question   des
préalables qui sont pour Rostow : des gains de productivité dans l’agriculture, des infrastructures de
transport, une nouvelle élite qui change d’attitude envers l’économie. Ces  prerequites  sont assez
larges, assez aisément constatables, mais peuvent revêtir des caractéristiques variées et jouer un rôle
plus ou moins grand.
•Surtout, Rostow défini un moment, celui du décollage, déclanché par des stimuli variés dans un
contexte mûr (politique au Japon, technique en GB…). Sa chronologie est fondée sur un indicateur,
le taux d’investissement qui doit doubler.Cela permet de dater le début de la RI sans se perdre dans
le   temps   long   des   changement   structurels,   et   même   si   croissance   et   progrès   techniques   sont
effectivement   modérés   au   début.   C’est   une  discontinuité   historique  majeure   après   laquelle   la
croissance   s’enclenche   sans   retour,   autosoutenue   et   cumulative,   ce   que   confirme   l’expérience
historique : aucun pays ne s’est désindustrialisé après avoir démarré.
GB : vers 1780
Allemagne, Etats­Unis : vers 1860
France : vers 1840­1860, lent
Japon : vers 1880
1-1-2 L’industrialisation s’étend à d’autres pays : Allemagne, Etats-Unis, Japon.
•En Allemagne. la croissance est forte : 2,5% à 2,9% par an entre 1850 et 1913, sans fléchissement
à la fin du siècle, soit un produit national multiplié par 5 mais une population presque doublée.
La performance impressionnante en termes de puissance économique (vive concurrence avec la GB
sur les marchés mondiaux, par exemple dans l’Empire ottoman pour les chemins de fer) et politique
(marine marchande et militaire notamment à partir des années 1890).
•La   croissance   états­unienne   à   démarré   avant   1860   mais   la   fin   de   la  Civil   War  (1861­1865)
constitue un tournant.
Les Etats­Unis sont la première puissance mondiale indiscutable en 1914 (notamment les industries
lourdes mais aussi les industries nouvelles) avec un contexte particulier : la démographie.
Les facteurs sont à la fois attractifs (travail, pays neuf… et publicité des compagnies de navigation)
et   répulsifs   (difficultés   européennes),   ces   derniers   semblant   l'emporter   :   les   grandes   vagues
coïncident avec les crises économiques européennes.
L’immigration est adulte, jeune et active : c’est un immense transfert de "capital humain" même si
elle   est   souvent   non   qualifiée,   surtout   pour   la   seconde   vague   venue   d'Europe   centrale   et
méditerranéenne. Elle est employée dans des conditions très dures.
Les maxima sont atteints dans les années 1900 (1,3 million d’entrées en 1907), pour un total de 33
M de personnes dont 25 M après 1880. Mais il y a aussi un flux de retour assez important et
rarement évoqué (10 M, 1/3 des entrées ?).
•On considère que le Japon entre dans la révolution industrielle après 1868, même si le phénomène
est nécessairement progressif.
=> dans tous les cas, il y a une forte croissance démographique et un élargissement des marchés par
des transports planétaires et transition progressive.
1-3-2 Des particularités nationales.
Alexander GERSCHENKRON, Economic backwardness in historical perspective, 1962
•La   Révolution   industrielle   dépend   de   la   structure   sociale   et   institutionnelle,   du   degré   de
modernisme, qui sont des prerequites. Mais les pays en retard évoluent dans un contexte différent –
ils sont suiveurs – et présentent des handicaps, qui peuvent être compensés par des “substituts“.
­l’Etat intervient davantage.
­les technologies adoptées sont d’emblée plus complexes, les combinaisons plus capitalistiques, les
gains de productivité plus rapides.
­la pression sur les niveaux de vie populaires est forte.
•Cela dit, le retard présente des inconvénients.
­la concurrence des early industrializers.
­les problèmes d’une industrialisation déséquilibrée sur le plan géographique et sectoriel.
A long terme, le retard n’a pas semblé favoriser (ni être comblé rapidement) par les PED ou même
les pays méditerranéens d’Europe. Les pays d’Europe du Nord et les pays neufs forment le groupe
le plus riche, assez homogène dans ses structures de départ (différence de degré plutôt que de
nature).
2-Des bases communes, mais des voies d’industrialisation originales
pour les pays de seconde génération.
2-1 Le rôle de l’Etat : l’exemple du Japon de Meiji.
2-1-1 Le Japon préindustriel.
•Le  Japon  est une  société   féodale.   Le  shogun  [litt.  commandant   de  l’armée]   Tokugawa  exerce
depuis 1600 le pouvoir (comme une sorte de régent permanent au détriment de l'empereur), appuyé
sur   les  daïmios  (grands   seigneurs   dans   leur  han)  et   les  samouraïs  (petite   noblesse   militaire   et
administrative, dépendante). Il s’appuie sur son domaine propre (1/4 du Japon dont Edo, Kyoto et
Osaka).
Les métiers sont organisés en corporations, les villages assez autonomes ne sont pas asservis mais
lourdement imposés. La structure agraire est le microfundium, avec d’assez hauts rendements mais
une faible productivité par actif générant des crises frumentaires. La population est stabilisée à
30 M hab environ de 1720 à Meiji).
•Surtout, le Japon est presque totalement fermé aux influences extérieures depuis 1643 (interdiction
de   sortir,   interdiction   d’entrer   pour   les   étrangers).   Quelques   ouvertures   existent   cependant,
notamment celle de l’île artificielle de Dejima (baie de Nagasaki) où les Hollandais de la VOC sont
tolérés et par où transitent écrits et techniques (avec un centre de traduction à partir de 1811 et déjà
des savants hollandistes).
•Le choc (exogène) initial est provoqué par l’arrivée en 1853 des “bateaux noirs“ du commandant
américain   Perry   qui   force   les   Japonais   à   signer   un   traité   d’ouverture   commerciale,   à   autoriser
l’installation des étrangers… La menace d’une dépendance envers l’Occident, amorcée en Chine,
pousse à un sursaut national : le shogunat se désintègre, le pouvoir impérial est restauré.
2-1-2 Les réformes de l’ère Meiji (après 1868)
•L’empereur   Mutsuhito   règne   sous   le   nom   de  Meiji  (gouvernement   éclairé)   et   préside   à   une
véritable révolution par le haut qui transforme très profondément le Japon, empruntant à l’Occident
pour se renforcer face à lui, en un apparent paradoxe.
Une   groupe   d’homme   au   pouvoir,   appuyé   sur   de   jeunes   samouraïs   qui   se   reconvertissent
efficacement   dans   l’administration   ou   l’entreprise,   modifie   rapidement   et   profondément   les
institutions,  et mène  une politique  volontariste  pour faire un “pays riche, armée forte“ (fukoku
kyôhei).
•En particulier, l’Etat investit, contribuant jusqu’à 30 ou 40% de la FBCF, créant des entreprises
dans des secteurs variés (soie, coton, chantiers navals, cimenteries…), ensuite revendues au secteur
privé. Certaines sont à l’origine des  zaïbatsus  (“groupe financiers“) qui existaient parfois depuis
longtemps   (dans   le   commerce),   parmi   lesquels   les   4   grands   (Mitsui,   Mitsubishi,   Sumimoto   et
Yasuda) jouent un rôle considérable durant tous le 20ème siècle.
L’Etat   organise   aussi   les   transferts   de   technologie,   par   exemple   en   organisant   des   voyages   à
l’étranger comme la fameuse mission Iwakura en 1871­1873 au cours de laquelle la moitié des
membres du premier gouvernement visitent douze pays.
•Le financement provient d’une mobilisation des surplus agricoles par le biais d’une lourde taxe
foncière, l’agriculture contribuant ici beaucoup à l’accumulation primitive d’un capital d’emblée
important. L’agriculture connaît une croissance significative, comme partout : 1,7% par an sur la
période   1870­1914   (accroissement   des   rendements   rizicoles   notamment,   sans   transformations
agraires structurelles), davantage que celle de la population (1,2% par an).
=> on a là une nette rupture, un choc exogène (politique) dans un contexte quand même mûri sous
l’apparent   immobilisme   des   Tokugawa.   La   victoire   militaire   contre   la   Russie   en   1905   marque
l’avènement d’une nouvelle puissance.
2-2 Le rôle de l’agriculture et le poids déterminant des chemins de fer : l’exemple des Etats-
Unis.
2-2-1 Une agriculture performante.
•Aux Etats­Unis. le revenu par habitant est déjà nettement plus élevé qu'en Europe à la fin du 18 ème
siècle, dans un pays très majoritairement agricole (7 à 8% d’urbains) et très peu peuplé (4 M fin
18ème).  Les   conditions   naturelles  sont  exceptionnelles   et   il  n’y  a   pas  de   prélèvements   agricoles
contrairement aux sociétés traditionnelles européennes.
La révolution du coton a lieu à la fin du 18ème siècle, et croît très rapidement pour conduire à une
spécialisation à outrance (plus de la moitié des exportations  américaines dans les années 1830­
1860). L’économie a donc une structure coloniale héritée du système de l’exclusif, et est sensible
aux à­coups de la production cotonnière anglaise. Le nombre des esclaves (ainsi que leur valeur)
augmente fortement, par croissance naturelle plus que par traite clandestine. Jusqu’au années 1860,
le rôle du Sud esclavagiste et agricole est prépondérant dans l’économie américaine.
La guerre civile marque le basculement du centre de gravité économique autour du Nord industriel,
qui était déjà puissant mais est désormais triomphant.
•Mais la spécialisation agricole perdure, avec près du quart des actifs en 1914 et une production
énorme appuyée sur les  terres colonisées  à l’ouest et la mécanisation  (par exemple la  combine
moissonneuse­batteuse)   et   très   vite   les   industries   agro­alimentaires   (comme   les   abattoirs   de
Chicago). Les exportations progressent.
2-2-2 L’effet d’entraînement des chemins de fer à un stade précoce de l’industrialisation.
•Il   y   a   autant   de   voies   ferrées   aux   Etats­Unis   que   dans   le   reste   du   monde   lorsque   le   premier
transcontinental est achevé en 1869 (jonction dans l'Utah) à un rythme frénétique (jusqu’à 15 km
par jour en plaine, avec un minimum d’ouvrages d’art).
­les compagnies sont privées et reçoivent d’immenses concessions foncières fédérales le long des
voies (principale forme de subvention). Elles peuvent les revendre pour tenter d’attirer des pionniers
et ainsi une clientèle, avec un succès mitigé. Elles favorisent cependant la mise en valeur de l’ouest,
soutenue   par   le  Homestead   Act  de   1862   concédant   à   titre   quasi­gratuit   64   ha   de   terres   à   tout
demandeur.
­l’effet d'entraînement est énorme, d’autant plus qu’on en est à un stade précoce du développement
et des investissements  (jusqu'à la moitié de la production sidérurgique qui prend le relais  de la
production anglaise…).
­la structure des marchés est très fortement modifiée, plus qu’en Europe, avec un fort élargissement.
­elles   deviennent   des   acteurs   centraux   dans   la   société   américaine.   Leur   politique   tarifaire   est
souvent dénoncée par les farmers, de même que leurs manières violentes (gangs, police privée) et
leur influence sur la vie politique à l’ouest.
•Les historiens de la NEH comme Robert Fogel ­ qui partage le prix Nobel avec North en 1993 –
ont tenté de démonter ce raisonnement
Il écrivent une histoire contrefactuelle en calculant « la différence entre le coût actuel du transport
des biens (et des personnes) en une année donnée et le coût alternatif du transport des biens (et des
personnes) entre les mêmes points sans les chemins de fer ».
D’après les résultats obtenus, les  social savings  du CdeF sont très bas, entre 4 et 6% du PIB au
début, jusqu’à 10% du PIB à la fin du siècle, soit quelques années de croissance seulement.
Mais les hypothèses présentent des failles :
­il  n’y a pas  de substitution  parfaite  possible : les  chemins  de fer  ont généré  une demande  de
transport   grâce   à   leur  coût   et   leur  rapidité,   les  transports  n’auraient   donc  pas  cru  de   la  même
manière sans CdeF. L’eau et la route ont d’ailleurs continué à croître et les différents transports
coexistent.
­l’effet   d’entraînement   est   mesurable   (demande   de   fer…)   mais   cela   sous­estime   le   fait   qu’il
intervient à un stade décisif permettant les investissements initiaux.
­l’organisation de l’espace et des marchés ainsi générée n’est pas prise en compte : unification des
prix, l’amoindrissement des rentes de situation.
•Ces  caractéristiques  (agriculture  historiquement  importante  et performante,  marché intérieur…)
confèrent à l’industrie certaines caractéristiques propres :
­elle   s’appuie   sur  l’american  system,  une organisation  du  travail  labour  saving  car  les  salaires
restent élevés malgré la croissance démographique, traduisant la forte intensité des besoins de main
d'œuvre   de   l'industrie   américaine.   La   recherche   de   gains   de   productivité   est   systématique,   la
croissance capital­intensive.
­la   tradition   artisanale   est   moins   présente,   conduisant   plus   rapidement   à   l’usine   et   à   la
standardisation.
­il y a une forte polarisation sur le  marché intérieur, valable encore aujourd’hui (comme pour les
machines agricoles, créées par McCormick dés 1832, installé à Chicago, innovateur aussi pour les
procédés).
2-3 Le cas français : archaïsmes et modernité.
François CARON, Histoire économique de la France XIXème-XXème siècle, 1995
Débat : quelle spécificité française ? (lenteur et conservatismes ? modernité avérée ?)
Chronologie politique.
2-3-1 Une histoire mouvementée : la Révolution française.
La France est la première puissance économique mondiale à la veille de la Révolution, et le pays le
plus peuplé à part la Russie (28 M d’habitants, de quoi lever une Grande Armée…).
•La Révolution est une période de bouleversements  institutionnels majeurs  pour une économie
libérale et capitaliste.
­le droit de propriété reconnu parmi les tout premiers DH et la vente des biens nationaux issus du
clergé créé une petite ou moyenne paysannerie propriétaire.
­le marché est libéralisé avec la fin des réglementations d’Ancien Régime par la loi d'Allarde du 2
mars 1791 (liberté d’entreprise) et Le Chapelier du 14 juin 1791 (liberté du travail, mais interdiction
des coalition et des grèves).
•Mais le bilan des guerres révolutionnaires est très lourd : la production stagne au moment décisif
de   l'implantation   de   la   RI,   le   commerce   colonial   et   ses   industries   –   secteur   de   point   avant   la
Révolution – est arrêté, les pertes démographiques sont importantes.
2-3-2 Le bilan d’un siècle de croissance : « un grand pays industriel faiblement industrialisé ».
La croissance est assez lente, avec un décollage moins nettement identifiable qu’ailleurs, sans doute
entre 1840 et 1860. Surtout, l’économie française connaît un ralentissement prolongé entre 1870 et
1890 avant la reprise de la Belle Epoque. Elle présente des caractéristiques originales :
•La croissance démographique  est faible,  voire  nulle   à partir  du dernier  quart du siècle (36 M
d’habitants   en   1851,   40 M   en   1911).   Pas   d’émigration   donc,   et   la   mobilité   des   facteurs   de
production est limitée en l’absence de pression démographique stimulante. Le pays est malthusien,
la croissance assez faible mais très proche de celle des autres pays en ce qui concerne le produit par
tête.
A ceci s’ajoute les facteurs politiques : la guerre de 1870­1871 a des effets directs par l'amputation
territoriale (sidérurgie, industries mécaniques alsaciennes, textile moderne à Mulhouse)
•Le progrès technique est cependant réel : l’impulsion vient d’abord de GB (ex : dans les années
1830,   début   de   la   filature   mécanique   du   lin   dans   le   Nord,   à   base   de   machines   sorties
frauduleusement de GB et de plans relevés sur place), puis les technologies sont naturalisées avant
que la France ne joue un rôle de premier plan dans la vague d’innovations de la fin du siècle :
automobile (premier producteur européen en 1913 avec 50.000 véhicules par an, contre 250.000
pour le seul Ford, beaucoup d’exportations vers la GB), électricité, aluminium, aéronautique….
•Mais la société française reste fondamentalement paysanne : 40% d'agriculteurs dont le nombre ne
diminue pas (exode rural mais pas agricole), avec des structures foncières très morcelées (plus de
80% des exploitations ont moins de 10 ha au début du 20ème siècle), d’assez faibles investissements,
un rendement du sol assez faible. En conséquence, les taux d’urbanisation (44% en 1911) et de
salarisation sont assez faibles.
L’agriculture connaît en particulier une grave crise dans le dernier quart du 19ème  siècle, liée à la
concurrence  des  pays  neufs, malgré  les  tarifs  protectionniste  de Méline, et au phylloxéra.  Cela
entraîne   même   une   diminution   du   revenu   paysan   et   contribue   à   rendre   plus   étroit   le   marché
intérieur, qui ne présente les caractéristiques d’un marché de masse que pour quelques produits.
L’évolution est très différente de l’agriculture britannique avec ses grands domaines mécanisés qui
emploient à peine plus de 10% de la PA, en une transition sectorielle très avancée.

CCL :
­la RI est donc un phénomène occidental (et japonais) au moins jusque dans la deuxième moitié du
20ème siècle, impulsant une dynamique d’inégalité croissante.
­le problème de la diffusion de l’industrialisation dans les pays en développement reste posé et
montre les pays d’Europe au 19ème  ne sont pas dans la même situation que les PED aujourd’hui
(communauté culturelle et technique ?).

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