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DOSSIER THÉMATIQUE

Prise en charge nutritionnelle


périopératoire en chirurgie
digestive carcinologique
Nutritional care in perioperative gastrointestinal
­o ncological surgery
Hervé Chrostek, Nicolas Flori, Pierre Senesse*

D
epuis l’étude de H. Studley en 1936 (1), la tômes, souvent exprimés bruyamment. La chirurgie
communauté médicale a progressivement dite majeure représente 70 % des cancers diges-
pris conscience de l’impact de la dénutrition tifs (6). Tout geste interventionnel crée un “stress
sur la morbidité et la mortalité postopératoires ainsi chirurgical”, c’est-à-dire un ensemble de mécanismes
que de l’importance de la prise en charge nutrition- inflammatoires et neuro-hormonaux qui conduisent à
nelle en chirurgie programmée, et en particulier en une altération des fonctions vitales, une anorexie, une
chirurgie digestive, dans le but de réduire les compli- lipolyse accrue et une augmentation du catabolisme
cations postopératoires. protéique. Cela aboutit à la dénutrition, qui sera d’au-
Les premières recommandations périopératoires tant plus importante que l’intervention chirurgicale
françaises, sous la co-organisation de la Société fran- est lourde et compliquée. La douleur postopératoire
cophone Nutrition clinique et métabolisme (SFNEP) peut également être un de ces facteurs à l’origine
et de la Société française d’anesthésie-réanimation des complications nutritionnelles postopératoires.
(SFAR), datent seulement de 1994. Elles ont été Il s’agit d’une préoccupation de chaque praticien, du
actualisées en 2010 sous la forme de recomman- médecin spécialiste au chirurgien, rapportée par une
dations d’experts (2). De cette globalité découle la étude récente dans les centres régionaux de lutte
multidisciplinarité à laquelle les chirurgiens et les contre le cancer (CRLC) [7], mettant en lumière la
équipes paramédicales sont amenés à s’ouvrir dans prévalence de la dénutrition dans les cancers diges-
un objectif commun : la réduction des complications tifs : elle est de 31,2 % chez les malades ayant un
postopératoires (3, 4), des coûts et des durées de cancer colorectal et de 49,5 % chez ceux avec un
séjour (5), ainsi que de l’amélioration de la qualité cancer du tractus digestif supérieur. Après chirurgie
de vie et de la survie de leurs patients. oncologique colorectale programmée, la mortalité est
de 3,4 % et la morbidité de 35 % (6). La dénutrition
pré­opératoire reste un facteur de risque indépen-
Définition de la dénutrition dant de complications postopératoires, en raison de
en chirurgie carcinologique l’augmentation de la morbidité (infections, retard de
la cicatrisation, etc.) et de la mortalité. Le patient
Selon la Haute Autorité de santé, la dénutrition est atteint de cancer est potentiellement à risque de
le reflet d’une inadéquation entre les apports et les dénutrition, et il est donc nécessaire de faire une
besoins protéino-énergétiques de l’organisme, avec évaluation de son état nutritionnel (2), au mieux
des pertes tissulaires ayant des conséquences délé- avant sa prise en charge chirurgicale et, au pire, au
tères pour l’organisme. Le risque supplémentaire en moment de sa consultation d’anesthésie (2). En cas * Institut de cancérologie
chirurgie peut être la détérioration rapide de l’état d’intervention chirurgicale en urgence, une évaluation de Montpellier, unité de nutrition
et de gastro-entérologie, CRLC,
nutritionnel des patients en préopératoire liée au doit être faite dans les 48 heures après l’opération Montpellier.
jeûne prolongé secondaire à la maladie et à ses symp- pour organiser le support nutritionnel (2).

La Lettre de l’Hépato-gastroentérologue • Vol. XVI - n° 1 - janvier-février 2013  |  29


Points forts
Mots-clés »» L’on reconnaît les patients à risque de complications postopératoires par l’évaluation systématique
Assistance nutritionnelle de l’état nutritionnel et le dépistage de la dénutrition.
Nutrition entérale »» Il faut corréler l’état nutritionnel au risque opératoire à l’aide du grade nutritionnel.
Nutrition parentérale »» L’on veillera à prévenir les complications par le support nutritionnel préopératoire et en anticipant
Périopératoire la période postopératoire.
»» Il convient de connaître les recommandations et indications du support nutritionnel.
Dénutrition
»» Il faut toujours privilégier la nutrition entérale plutôt que la nutrition parentérale.
Chirurgie à risque

Highlights Comment évaluer l’état En cancérologie, les chirurgies à haut risque de


»» Systematic assessment of nutritionnel en préopératoire ? morbidité sont la duodéno-pancréatectomie cépha-
the nutritional status and lique (DPC), la résection antérieure du rectum, la
screening for malnutrition L’importance de l’évaluation nutritionnelle réside en résection étendue du grêle, l’iléostomie, l’œsophagec-
allow determining patients at ceci qu’elle permet non seulement de discuter de tomie, la pelvectomie avec geste digestif ou urinaire,
risk of postoperative compli- l’indication d’un support nutritionnel préopératoire la gastrectomie totale pour cancer, la chimiothérapie
cations. mais également de l’anticipation du postopératoire hyper­thermique intrapéritonéale (CHIP) associée
»» The nutritional grade corre- en identifiant les patients à risque et en élaborant à une chirurgie de réduction tumorale, tout geste
lates with the nutritional status avant le geste une stratégie de prise en charge digestif chez un patient âgé de plus de 80 ans.
and the operative risk.
nutritionnelle adaptée. Une consultation diété- En 1982, une étude réalisée chez 125 patients avec
»» The preoperative nutritional
support can prevent postopera- tique personnalisée doit être intégrée au dispositif cancer digestif montrait le bénéfice d’une nutrition
tive complications. d’annonce et adaptée à une prise en charge oncolo- parentérale préopératoire (10), puisque 80 % des
»» The recommendations gique programmée, avec réévaluation tout au long patients étaient dénutris à la prise en charge initiale
about perioperative nutritional du parcours de soins du patient. (perte de poids de plus de 5 kg ­et/­ou albuminémie
support must be known. < 35 ­g/­l), mais que l’instauration en préopératoire
»» When the gut works and Cette évaluation doit être inscrite dans le dossier d’une assistance nutritionnelle avait un impact signi-
is available, enteral nutrition et comporte : ficatif en termes de complications et de mortalité
should always be preferred to ➤➤ la mesure du poids actuel et l’estimation de la (4,5 % de décès avec support nutritionnel versus
parenteral nutrition.
perte (volontaire ou non) par rapport au poids habi- 16,6 % sans assistance préopératoire).
tuel associée au calcul de l’IMC (poids/taille2) [2] ;
Keywords ➤➤ l’évaluation des apports alimentaires actuels
en comparaison des apports habituels par l’échelle
Parcours de soins personnalisés
Nutrition support
analogique ou visuelle des ingesta. en chirurgie digestive
Enteral nutrition
Parenteral nutrition
L’hypoalbuminémie n’est en aucun cas spécifique oncologique programmée :
d’un mauvais état nutritionnel du fait de l’origine
Perioperative plurifactorielle de cette diminution (8), mais elle est
proposition d’algorithmes
Malnutrition plutôt un facteur prédictif de morbi-mortalité (9). adaptés des recommandations
High risk surgery
En chirurgie oncologique, la dénutrition peut se Une des clés de voûte de cette prise en charge est
définir par : l’anticipation de la période postopératoire avec
➤➤ un IMC ≤ 18,5 ou < 21 chez les plus de 70 ans ; la préparation à l’assistance nutritionnelle via la
➤➤ et/ou une perte pondérale d’au moins 10 % en programmation de la voie d’abord (tracée dans le
6  mois ; dossier).
➤➤ et/ou une albuminémie < 30 g/l indépendam- La nutrition postopératoire “de principe” est indi-
ment de la CRP. quée (13) :
➤➤ chez tous les malades ayant reçu une nutrition
Un grade nutritionnel en chirurgie carcinologique artificielle préopératoire (grade A) ou n’ayant pas
corrèle le risque chirurgical et l’état nutritionnel reçu de nutrition artificielle préopératoire mais sévè-
préopératoire : rement dénutris (grade A) ;
➤➤ grade nutritionnel 2 (GN2) : patient non dénutri ➤➤ chez les malades qui sont incapables de reprendre
ET chirurgie à risque élevé de morbidité ; une alimentation couvrant 60 % de leurs besoins
➤➤ grade nutritionnel 3 (GN3) : patient dénutri nutritionnels, dans un délai d’une semaine après
ET chirurgie sans risque élevé de morbidité ; l’intervention (grade A) ;
➤➤ grade nutritionnel 4 (GN4) : patient dénutri ➤➤ chez tout patient présentant une complica-
ET chirurgie à risque élevé de morbidité ; tion postopératoire précoce responsable d’un
➤➤ le grade nutritionnel 1 (GN1) ne concerne pas hyper­métabolisme et de la prolongation du jeûne
les patients atteints de cancer. (grade A).

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Évaluation nutritionnelle

Perte de poids < 10 % Perte de poids < 10 %


ou IMC < 18,5 et IMC > 18,5
ou albuminémie < 30 ­g/­l et albuminémie > 30 ­g/­l

Conseils diététiques ± CNO


Patient dénutri Non dénutri GN2 et
= immunonutrition
consultation nutritionniste

GN3 GN4
• Immunonutrition • Immunonutrition
• CNO* x 2/jour • Assistance nutritionnelle**
• Assistance nutritionnelle** si nécessaire systématique * CNO : complément nutritionnel oral.
• Programmation de la voie d’abord • Programmation de la voie d’abord
** Assistance nutritionnelle : nutrition entérale ou parentérale.

Figure 1. Prise en charge préopératoire du patient en chirurgie digestive oncologique programmée.

Immunonutrition
Postopératoire
Il s’agit d’un mélange nutritif complet, hyper-
protidique, normo-énergétique, supplémenté en Reprise alimentaire orale
nutriments spécifiques tels que l’arginine, la gluta- des 24 premières heures*
mine, les micronutriments, les acides gras insaturés
oméga-3 ou les nucléotides, et pouvant être admi-
nistré soit par voie orale (Oral Impact®) soit par voie GN2 GN3 GN4
• per os impossible : 1,5 • per os impossible : 1,5 à 2,5 l • poursuite de
entérale (Enteral Impact®). à 2,5 l de  glucosé 5 %/24 h de glucosé 5 %/24 h l’immuno­nutrition
L’immunonutrition permet un renforcement • apports oraux prévisibles • conseils diététiques • assistance nutritionnelle**

immunitaire périopératoire complémentaire dans à 7 j < 60 % des besoins et CNO*** systématique
= assistance nutritionnelle** • apports oraux prévisibles • ± apports en acides gras
les chirurgies dites “à risque” répondant au stress à 7 j < 60 % des besoins et glutamine i.v.
chirurgical de l’intervention. En chirurgie oncologique = assistance nutritionnelle**
programmée, quel que soit le statut nutritionnel,
l’immunonutrition est recommandée dans les 5 à * Recommandation 27 (2), sans impact sur la mortalité ni la morbidité postopératoire (11).
7 jours préopératoires (2). ** Assistance nutritionnelle : nutrition entérale en première intention ou parentérale, sur une durée minimale de 7 jours (12).
Trois études prospectives ont prouvé que l’immuno- ***CNO : complément nutritionnel oral.
nutrition préopératoire, dans les cancers digestifs,
Figure 2. Prise en charge postopératoire du patient en chirurgie digestive oncologique
réduisait de façon très significative l’incidence des programmée.
complications postopératoires. La plus importante
de ces études comportait 305 patients non ou
moyennement dénutris (perte de poids inférieure
à 10 %) et porteurs de cancers digestifs (œsopha- Cas particulier de la chirurgie
giens, gastriques, pancréatiques et colorectaux). digestive oncologique
Les auteurs ont observé une réduction de 50 % des
complications infectieuses postopératoires dans le
de l’obèse
groupe qui recevait l’immunonutrition préopéra- La définition de l’obésité s’obtient par l’indice de
toire (14). Il est également recommandé que, chez masse corporelle. On évoque un surpoids pour un
les malades GN4, l’immunonutrition se poursuive en IMC supérieur à 25, une obésité lorsqu’il est supé-
postopératoire, en association avec un autre support rieur à 30 et une obésité morbide pour un IMC supé-
nutritionnel. rieur à 40. Longtemps considérée comme facteur

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DOSSIER THÉMATIQUE
Cancer et nutrition Prise en charge nutritionnelle périopératoire

de risque de morbi-mortalité, aujourd’hui, l’obésité protéique (2), les besoins étant calculés sur le poids
modérée ou sévère (hors obésité morbide), est-il normalisé pour un IMC théorique de 25 à 30. Les
précisé, est plus un facteur de risque de morbidité indications d’assistance nutritionnelle et de stra-
que de mortalité (2). Le risque, pour ce type de tification en fonction du grade nutritionnel restent
patients, est d’ignorer une éventuelle dénutrition les mêmes.
masquée par la surcharge pondérale. C’est pour-
quoi la SFNEP recommande un suivi particulier de
ces patients obèses, qui doivent être considérés Assistance nutritionnelle :
comme potentiellement dénutris (2), donc à risque entérale ou parentérale ?
de complications postopératoires. Il n’est ainsi pas
indiqué, malgré toute la difficulté inhérente au geste La nutrition artificielle est un apport protéino-
technique chirurgical, d’instaurer de régime amai- énergétique exogène correspondant aux besoins
grissant préopératoire (2). De la même manière, du patient, comportant notamment un apport éner-
la prescription de produits hypoénergétiques en gétique, des protéines, des vitamines et des oligo-
postopératoire n’est pas recommandée, mais au éléments. Les apports conseillés sont de 30 ­kcal/­kg/­j
contraire, une prescription d’apport protéique élevé pour un patient alité sans apports oraux (ou de
(environ 1,5 g/kg de poids normalisé par jour) afin de 25 ­kcal/­kg/­j si oralité conservée) et de 35 ­kcal/­kg/­j
freiner le catabolisme et de rééquilibrer la balance pour un patient ambulatoire.

Tableau. Résumé de la prise en charge nutritionnelle périopératoire en chirurgie oncologique programmée en fonction
du grade nutritionnel.

Chirurgie à bas risque Chirurgie à haut risque

GN1 GN2

Préopératoire : Préopératoire :
• pas de support nutritionnel • évaluation nutritionnelle systématique
• conseils diététiques ± CNO* si diminution des apports
• immunonutrition : Oral Impact® 7 jours avant, 3 ­fois/­j
• prévoir voie d’abord pour assistance nutritionnelle**
Non postopératoire
dénutri
Postopératoire : Postopératoire :
• alimentation orale 24 h • alimentation orale dans les 24 h
• si apports oraux prévisibles < 60 % des besoins sur • si à 48 h apports oraux insuffisants : conseils diété-
7 jours tiques et CNO*
= assistance nutritionnelle** • si apports oraux prévisibles < 60 % des besoins sur 7 j
ou complications p­ ostopératoires = assistance nutri-
tionnelle**

GN3 GN4

Préopératoire : Préopératoire :
• évaluation nutritionnelle • évaluation nutritionnelle
• si apports insuffisants : CNO* 2 fois/j et si insuffisants, • assistance nutritionnelle** 7 à 10 jours, voire 21 jours
discuter assistance nutritionnelle** si dénutrition sévère
• immunonutrition : Oral Impact® 7 jours avant, 3 fois/j • immunonutrition : Oral Impact® 7 jours avant, 3 fois/j
Dénutri • programmer voie d’abord • programmer voie d’abord

Postopératoire : Postopératoire :
• alimentation orale 24 h • alimentation orale 24 h
• systématiquement conseils diététiques et CNO* • systématiquement assistance nutritionnelle**
• si apports prévisibles < 60 % des besoins • poursuite immunonutrition
ou complications p­ ostopératoires : assistance nutri- • discuter apports acide gras et glutamine i.v.
tionnelle**

* CNO : complément nutritionnel oral.


** Assistance nutritionnelle : nutrition entérale ou parentérale.

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La nutrition entérale via une sonde naso-gastrique en placée dans le même temps opératoire) versus nutri-
silicone de 7 à 10 Fr ou une gastrostomie/jéjunostomie tion parentérale (sur dispositif veineux implantable)
(pour une durée prévisible supérieure à 3 semaines) en chirurgie postopératoire de néoplasie digestive,
reste la forme d’alimentation péri­opératoire recom- confirmait l’intérêt du support entéral en première
mandée en première intention, du fait de sa bonne intention. Il existait une différence significative en
tolérance générale et du faible taux de complications. faveur du bras nutrition entérale, aussi bien dans le
Elle trouve ainsi son ­indication sur un tube digestif taux de complications (plus fréquentes en parenté-
fonctionnel, c’est-à-dire sur un tube digestif ayant rale) que dans la durée d’hospitalisation (plus courte
conservé ses capacités d’absorption de nutriments, en entérale) [15].
hors occlusion ou péritonite ou en cas d’échec ou
d’insuffisance de la voie orale sur la couverture des
apports quotidiens. Cette forme de nutrition permet Conclusion
de préserver la trophicité et la perméabilité intesti-
nales ainsi que la sécrétion biliaire d’immunoglobu- La prise en charge des patients en chirurgie carcino-
line A avec des propriétés antibactériennes et virales logique programmée doit répondre à la question
connues jouant un rôle notamment dans la limitation de la globalité et de la pluridisciplinarité par la
des translocations bactériennes. complexité des interventions et des complications
À l’inverse, la nutrition parentérale via une voie postopératoires secondaires à tout geste invasif,
centrale ou un dispositif veineux implantable a une mais surtout du fait de la fragilité d’un individu. Il
place limitée aux contre-indications ou impossibi- est nécessaire aujourd’hui que la chirurgie s’accorde
lités de la nutrition entérale (malabsorption sévère sur le prendre soin plus que sur le soin, en intégrant
anatomique ou fonctionnelle occlusion intestinale la pratique spécialisée des soins dans un parcours
aiguë ou chronique) ou en cas d’échec d’une nutrition personnalisé du patient, qui permette, par le dépis-
entérale bien conduite. tage, l’évaluation et l’anticipation, de prévenir des
La nutrition entérale doit donc être privilégiée chez complications, et ce dans un objectif de qualité de
tout patient dont le tube digestif est fonctionnel vie et de diminution des comorbidités. C’est en ce
et, dans ce cas, la nutrition parentérale n’est pas sens que l’identification des patients à risque et leur
recommandée. prise en charge nutritionnelle précoce prennent tout
En effet, l’étude de H. Ortiz et al., qui comparait leur sens, dans une dimension d’accompagnement
nutrition entérale (sur gastrostomie ou jéjunostomie global de nos patients. ■

Références bibliographiques
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DOSSIER THÉMATIQUE
Cancer et nutrition Prise en charge nutritionnelle périopératoire

Auto-évaluation
Question 1 : Un ampullome vatérien a été diagnostiqué Question 3 : Après une hémicolectomie droite
chez une femme de 64 ans. pour cancer chez une femme de 66 ans non dénutrie,
Après la mise en place d’une prothèse biliaire plastique, en l’absence de complications,vous réalimentez
une duodéno-pancréatectomie céphalique est la malade :
envisagée. L’intervention est prévue dans 1 semaine.
1 – dès la reprise des bruits hydroaériques ;
La patiente pèse 64 kg pour une taille de 1,65 m.
Son poids habituel est de 67 kg. Avant l’intervention, 2 – dès l’apparition de la première selle ;
que proposez-vous sur le plan nutritionnel ? 3 – dès le lendemain de l’intervention ;
4 – 48 heures après l’intervention ;
1 – Aucune mesure particulière.
5 – 72 heures après l’intervention.
2 – Une supplémentation orale enrichie en arginine, oméga 3
et nucléotides.
Question 4 : Vous entamez une radiochimiothérapie
3 – Une nutrition entérale intragastrique.
néo-adjuvante pour un malade de 58 ans chez qui vous
4 – Une nutrition parentérale périphérique. venez de diagnostiquer un cancer du rectum T3 N1
5 – Une nutrition parentérale à l’aide d’une voie veineuse M0. Le malade pèse 70 kg pour 1,75 m, et son poids
centrale. de forme est de 73 kg. Que proposez-vous sur le plan
nutritionnel pendant la radiochimiothérapie ?
Question 2 : Une patiente de 73 ans est hospitalisée
1 – Une surveillance du poids et de l’albumine plasmatique.
pour un syndrome subocclusif responsable de
vomissements qui évoluent depuis 1 mois. Elle a perdu 2 – Une supplémentation orale enrichie en acides gras n-3.
12 kg (1,64 m, 51 kg). Le bilan met en évidence une 3 – Une prise en charge diététique active.
dilatation iléale liée à une masse située juste en amont 4 – Une nutrition entérale intrajéjunale.
de la valvule de Bauhin. Vous suspectez une tumeur 5 – Une nutrition parentérale à l’aide du dispositif veineux
neuroendocrine. implantable que vous venez de faire poser.
1 – Vous proposez une intervention chirurgicale dans
les 72 heures et vous assurez en attendant une réhydratation Question 5 : Une radiochimiothérapie de type Mac
par voie veineuse périphérique. Donald est prévue chez une femme de 71 ans opérée
2 – Vous prévoyez une intervention chirurgicale dans 10 jours
d’un cancer gastrique (gastrectomie totale). Elle pèse
55 kg pour 1,66 m, et son poids de forme est de 64 kg.
et vous mettez en place une nutrition parentérale par voie
Sur le plan nutritionnel, vous proposez :
veineuse périphérique.
3 – Vous prévoyez une intervention chirurgicale dans 10 jours 1 – une prise en charge diététique ;
et vous mettez en place une nutrition parentérale par voie 2 – une supplémentation orale enrichie en acides gras n-3 ;
veineuse centrale. 3 – une nutrition entérale intrajéjunale ; 5 : 3
4 – Vous prévoyez une intervention chirurgicale dans 10 jours 4 – une nutrition parentérale par voie 4 : 3
et vous mettez en place une nutrition entérale postpylorique. périphérique ; 3 : 3
5 – Vous prévoyez une intervention chirurgicale dans 1 mois 5 – une nutrition parentérale à l’aide du 2 : 3
et vous mettez en place une nutrition parentérale par voie dispositif veineux implantable que vous venez 1 : 2
veineuse centrale. de faire poser. Réponses :

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© février 1998 - EDIMARK SAS - Dépôt légal : à parution. Imprimé en France - ÉDIPS - 21800 Quetigny
Avec ce numéro est routé :
Supplément “Les 10 meilleures communications sur le syndrome de l’intestin irritable…” Mayoly Spindler (12 p.)

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