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TRANSMISSIONS, FILIATIONS, UNE MÉTAPHORE MATERNELLE DANS

LA CULTURE

Soraya Ayouch

In Press | « Le Divan familial »

2012/2 N° 29 | pages 171 à 186


ISSN 1292-668X
ISBN 9782848352435
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Transmissions, filiations,
une métaphore maternelle dans la culture
Soraya Ayouch

C et article se propose d’élaborer une hypothèse concernant la


transmission : pour qu’il y ait du père, au sens de la métaphore de
son nom, ou encore un signifiant paternel dans la culture, tel que cela
a été théorisé par Freud puis repris par J. Lacan, il faut qu’il y ait de la
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mère, au sens de ce qui représente la mère dans la culture, la mère en lien
à l’héritage et à la transmission. C’est donc la mère, plus précisément une
métaphore maternelle, qui est au centre du processus de transmission, en
dialectique avec le père.
Un fil va faire nouage entre concepts et notions, tant cette question
de la métaphore maternelle interfère dans différents processus, s’élabore
dans la relation primaire à la mère, se reformule dans les identifications
œdipiennes, s’interprète dans l’après-coup du discours de la rencontre
amoureuse, dans une perspective dialectique entre l’homme et la femme,
le père et la mère. De fait, elle s’articule à la fonction de transmission dans
la culture, qu’elle soit intergénérationnelle 1 ou transgénérationnelle, dans
l’optique déjà montrée par les auteurs fondamentaux de la psychanalyse à
la suite de Freud (1913), Lacan (1998), R. Kaës (1993) 2.

1. Reveyrand-Coulon O., Guerraoui Z., (2006), Pourquoi l’interdit ? Regards


psychologiques, culturels et interculturels – Filiations, Transmissions et
pluripaternité, p. 64, Érès.
2. Kaës R., Faimberg H., Enriquez M., Baranès J.‑J (1993), Transmission de la vie
psychique entre générations, Paris, Dunod.

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L’intérêt pour la psychanalyse étant de comprendre les logiques des


transmissions, prises ou pas dans une dialectique avec les filiations, il
s’agit de saisir ce qui dans la culture fait œuvre de transmission des acquis
culturels d’une génération à l’autre, faisant qu’il y ait du changement, et
pas du même. Le passage d’une civilisation à une autre, d’une génération
à l’autre est possible, quand il y a différence entre les générations, quand
on fait fructifier les acquis d’un héritage en articulation avec le collectif.

Dialectique métaphore paternelle, métaphore maternelle


Avant même qu’il y ait le père et la mère, il y a une rencontre amoureuse
entre un homme et une femme, pris dans la symbolique du désir dans la
relation. C’est aussi dans ce qui s’incarne de l’homme et de la femme, dans
l’aboutissement de la représentation de l’altérité, que se situe l’amour dans
son rapport à la loi.
La métaphore est substitution ; elle vient de la poésie et prend sens
dans le langage.
J. Lacan a parlé d’un signifiant majeur : le Nom du père 3. Dans une
élaboration complexe, son œuvre démontre la façon dont la mère désigne
dans son discours le père comme puissant, dans un regard de désir et
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d’amour se tournant vers lui, nommé en une métaphore signifiante de
son Nom, permettant à l’enfant de sortir de la séduction à la mère, et dans
le même temps ouvre vers le social, ce qui articule la transmission pour
l’enfant. Or comment peut-il y avoir une métaphore du père, s’il n’y a
pas au préalable une métaphore maternelle, une symbolisation de cette
fonction de procréation ?
J. Lacan (op. cit.) a fait valoir l’importance de ce signifiant dans un
contexte aussi culturel, interrogeant, du moins dans la société dans laquelle
il évoluait, l’importance donnée par les femmes et les mères au statut de
l’homme et du père, à son autorité, à la valeur et la signification accordées
à sa parole, sa fonction, ce qu’il a nommé la métaphore paternelle. C’est
dans une dialectique avec la métaphore paternelle que va se dessiner la
métaphore maternelle, comme désignation dans la parole du père de la
représentation de la femme dans son articulation au maternel, dans la
culture.

3. Lacan J. (1998), Les Formations de l’inconscient, Seuil.

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Au commencement était la mère


Qui n’a pas, dans sa plus tendre enfance, baigné dans des contes racontés
par une mère, une nourrice, des contes de Grimm, ceux d’Andersen ou
encore les Mille et une nuits 4, faisant appel à un imaginaire vivant !
Les contes étant l’expression de ce qui se transmet dans la culture, dans
le même temps qu’ils sont paroles de femme.
De par la position maternelle, les étayages primordiaux, la mère
accueille les premières paroles, stimule le corps, permet dans une logique
réfléchie de présence-absence le ressenti du manque et les représentations
de la réalité, invitant aux premières expériences subjectives, oriente vers
l’Autre, l’extérieur, notamment le père. Elle parle, raconte, transmet ce qui
introduit au langage symbolique, induit les trajectoires, les aiguillages.
C’est ainsi que l’enfant se sépare, ne se situe pas comme un objet
intériorisé de la mère, prolongement phallique, trophée ou dans ce qui fait
don et contredon dans l’échange. Au-delà du magma originel dont il faut
se séparer, c’est la mère qui fait les enfants qu’il s’agit de se représenter,
telles ces premières représentations d’une déesse, une déesse qui parle, qui
a des pouvoirs, qui transmet, avec laquelle on peut être dans le secret.
Les questions sur l’intérieur du ventre de la mère, images mais aussi
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attaques, dans le mouvement psychique d’élaboration de la représentation,
dont témoignent les travaux kleiniens, participent de la métaphorisation
de l’intérieur du ventre maternel. Elles s’intriquent aux interrogations du
savoir sur l’origine 5, qui vont s’affilier aux filiations réelles ou imaginaires.
Au-delà d’une première identification paternelle dont parle Freud (op. cit.),
une symbolisation primaire s’élabore.
Dans ces étayages primordiaux va commencer à se symboliser la
métaphore de l’engendrement, dans les identifications au corps maternel,
articulé au phallus paternel, dans un effet miroir. Ces représentations
signifiantes commencent dans l’enfance, se rejouent à l’adolescence et
à l’âge adulte, se liant à l’organisation du complexe d’Œdipe avec les
images parentales adjacentes.

4. Bencheikh J.-E., Miquel A. (trad.) (2006), Les Mille et Une Nuits, Gallimard,


Bibliothèque de la Pléiade.
5. Mijolla-Mellor S. (2002), Le Besoin de savoir, Théories et mythes magico-sexuels
dans l’enfance, Paris, Dunod.

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Au commencement était le père


La découverte de la sexualité, et de la représentation de l’image du corps,
dans les modalités d’organisation œdipienne pour le garçon ou la fille,
dans les identifications du masculin et du féminin, du paternel-maternel,
dans l’avoir ou l’être phallique, les enjeux de rivalité et d’ambivalences,
représentation homosexuelle de la femme en miroir, équation œdipienne
du pénis à l’enfant, intégration des objets maternels, continuent ce lent
travail de symbolisation. Il est étonnant que les recherches sur le primat
du phallus et de la féminité (représentation de l’intériorité féminine : sexe
féminin/vagin, de la cavité maternelle) n’aient pas développé la place de la
représentation du ventre maternel où se fait la procréation, où l’embryon
est conçu, là où pendant neuf mois il grandit, prend forme comme bébé
de façon complète, avant le temps de l’accouchement. Cette problématique
de la conception prend sens dans la place donnée à l’enfant par les parents
dans le cadre des relations de filiation.
C’est aussi dans l’interrogation sur l’amour entre les parents, dans
l’articulation entre la représentation du maternel originel dans son lien
au phallus paternel, que va se symboliser cette métaphore maternelle en
dialectique avec la métaphore du nom du père dans la parole de la mère.
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Au-delà de la sexualité dans le désir c’est bien cette fonction métaphorique
de la femme en miroir qui va s’élaborer, dans l’aspect d’un mythe de la
forme procréatrice du maternel.
À propos de la sexualité féminine, Freud (1932) évoque derrière l’im-
portance du lien au père, un lien à la mère tout aussi intense, découvrant
la civilisation minoé-mycénienne derrière celle des Grecs. Derrière le
père, dans sa puissance symbolique phallique, là où l’homme est incarné,
c’est la mère qui transmet, dans ce qui la représente dans la métaphore
procréatrice. Dans la réactivation œdipienne, que ce soit pour l’homme ou
la femme, c’est de la symbolisation de la métaphore maternelle qu’il s’agit,
de cette forme mythique liée à la fonction d’engendrement.
C’est dans cette représentation de la mère originelle dans sa relation
à l’homme et au père, ses objets de transmission, que l’enfant est pris,
représentation qui se rejoue dans l’après-coup des événements de vie,
aussi dans leurs aspects traumatiques, qui vont donner forme, distorsion,
métamorphose, symbolisation à la question. Tout cela va se mettre en
perspective, dans la trajectoire de la mère, prise elle-même dans son
propre héritage réel et symbolique, dans ce qui va incarner l’homme, en
sa fonction et sa représentation.

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Le secret d’alcôve entre la mère et l’enfant :


splendeurs et joyaux des origines
Il ne suffit pas que la mère soit dans une relation au père pour qu’il y ait
séparation d’avec l’enfant. Il y a des mères qui ont un désir envers le père,
et maintiennent une relation de secret et de vases communicants dans la
transmission à l’enfant. Car c’est parfois dans la profondeur du secret entre
la mère et l’enfant que s’opère la passation de l’objet de la transmission.
Secret d’alcôve, rejoignant le secret des initiés, prenant toutes les garanties
pour faire passer l’objet essentiel, joyau signifiant, objet culturel passant
d’une génération à l’autre en passe d’être identifié et transmis. Car c’est
dans le langage métaphorique et métaphorisé de la mère envers l’enfant que
se jouent, s’organisent, s’échangent les objets des transmissions, où sont
rendus possibles leurs passages dans l’histoire et la culture. La métaphore
de langage, au sens de la langue articulée à l’affect, vient métaboliser les
événements sacrificiels non métabolisés, au-delà des réels événements
traumatiques ayant pu jalonner la trajectoire d’un sujet, ou d’un groupe,
afin que l’enfant ne s’inscrive pas dans des trajectoires de sacrifices.
Si le primat du phallus prend sens dans la réalité de la mère à son enfant,
il est pris dans la réalité des transmissions par la mère ; la question étant
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aussi comment cette forme du maternel en sa fonction procréatrice se
constitue dans la psyché de l’enfant, dans l’articulation aux filiations. La
représentation maternelle vient des identifications primaires et secondaires,
mais aussi d’une élaboration dans le mythe des origines de la question
de la procréation à laquelle elle s’articule. Intégrer le symbolique de la
métaphore de procréation est rendu possible par la désignation par la parole
de la mère des affects du sujet, qui s’intriquent à leur valeur symbolique.
La mère qui procrée et donne naissance a le phallus du père en son corps,
et est tournée vers lui. Soit le phallus du père, soit le phallus de son propre
père, ou de son frère, le phallus des relations familiales maternelles.
La métaphore maternelle est liée au phallus, mais pas seulement.
Certes, nous dit Freud (1939), la première identification symbolique est
une identification paternelle. Mais elle vient s’apposer à la représentation
de la mère dans sa fonction procréatrice, qui rejoint la représentation de
la déesse mère des premières représentations qu’a l’enfant de la toute-
puissance maternelle. De par ce qu’elle permet de l’entrée dans le langage
et le symbolique, l’enfant va reconnaître et identifier ses propres objets
internes, objets du corps, porteurs de signification symbolique, et aura
la capacité de créer-recréer la fonction symbolique de création, créer,

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recréer son monde interne, articulé à la mère, mais qui est le sien. La
métaphore maternelle se lie à la capacité de création/procréation, où les
objets sont symbolisés. Dans le même temps, la mère fait passer à l’enfant
un héritage : héritage de son nom à elle, joyau de ce qui la nomme, mais
qui la désigne aussi, dans la métaphore maternelle signifiante, lequel
va s’associer au nom du père. Dans un double mouvement s’intègrent
l’héritage de l’Homme, en son secret (héritage du « signifiant du nom du
père »), et l’héritage de la mère : joyau signifiant que la mère fait passer à
l’enfant comme pacte, message, emblème, signifiant symbolique, secret
de l’essentiel d’une transmission vitale. Ce qui vient du transgénérationnel
comme objet non identifié tel un météore passant de génération en géné-
ration (objet non-dit, objet culturel, objet de transmission) peut se trouver
pris dans une fonction métabolisante, sublimatoire, transformatrice de
l’objet brut en sa signification symbolique et symbolisée. L’instance
maternelle va s’incarner en puissance idéale, se faisant vierge mère, icône
ou incarnation de la déesse, en tous les cas instance idéale, qui permet
et promeut un processus sublimatoire. La métaphore maternelle est une
instance symbolisée du maternel en sa fonction sublimée procréatrice,
contenant les objets et symboles du maternel, et idéale. Ce n’est pas
la mère au sens biologique, c’est l’idéal de la mère qui en devient le
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maternel symbolisé.

Le murmure des sources :


une transgression fondamentale dans la culture,
du côté du totem maternel
Dans les histoires de filiations, pierre angulaire de l’œuvre freudienne,
toujours une femme ou une mère, princesse, reine, paysanne, ou déesse,
qui interfère dans le destin des hommes, en devient l’enjeu, ou sauve le
bébé du sacrifice, malgré les décrets inauguraux des rois ou des dieux.
Telle la mère d’Œdipe, aidée d’une de ses nourrices, qui pour prévenir le
décret royal de Laïos de mettre à mort le nouveau-né, après la révélation
de l’oracle de la pythie de Delphes, le mit dans une corbeille en osier, le
sauvant et il fut recueilli et grandit chez des paysans (R. Graves, 1967).
Œdipe, dont le destin est scellé avant même sa naissance, répond à l’ultime
question de la Sphinge sur l’homme, permettant de sauver la Cité jusqu’à la
révélation dans l’après-coup par la Pythie du secret de ses origines. Levée
du voile de la vérité d’une figure de l’inceste ou écho du crime, autant
d’effets de révélations qui interfèrent avec les histoires humaines et leur

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réalité traumatique, dans leur résonance aux événements familiaux mais


aussi du groupe et de la loi dans la culture.
Autant emblématique est Iphigénie, qu’Agamemnon son père mène
pourtant à sa demande à l’autel du sacrifice pour gagner la guerre de Troie
et récupérer la silencieuse Hélène, qui met l’honneur des Grecs en péril,
Iphigénie remplacée par une biche par la déesse Artémis. Le sacrifice
d’Iphigénie va préfigurer un des chapitres de la tragédie de la famille des
Atrides : vengeance de sa mère Clytemnestre qui tue Agamemnon, puis
meurtre de celle-ci par son fils Oreste sur ordre de sa sœur Électre.
Autre femme tenant le sceptre de la filiation comme seul emblème,
Antigone, fille d’Œdipe, s’oppose à son oncle, roi de la cité, réclamant une
sépulture pour la mémoire de son frère.
Poursuivant la démarche d’investigation freudienne, des événements
individuels se télescopant à ceux du groupe familial et culturel, nous
rejoignons Totem et Tabou 6 dans la culture, le mythe de la horde, le
sacrifice primordial, le sacré inaugurant la Loi. Dans l’instauration d’une
loi primitive, Freud nous apprend que le totem engendre le tabou.
Dans la continuité de la réflexion freudienne sur la métaphore du Totem
et du père de la horde, nous faisons l’hypothèse d’un Totem maternel.
Mircea Eliade (1949 7) nous explique que, si les sociétés structurées par la
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chasse avaient coutume d’attribuer à un étranger le massacre des proies, les
collectivités agricoles assumaient la responsabilité d’un meurtre primordial
et de l’incorporation cannibalique qui s’ensuivait, la victime de ce meurtre
inaugural était identifiée comme un être féminin.
Les théories de Marija Gimbutas parlent du culte de la Déesse, univer-
sellement répandu dans la préhistoire : les grandes divinités se fondent
en une seule et même déesse, sorte de figure cosmogonique, créatrice du
monde, symbole de l’unité et de la nature, patronne de la régénérescence
vitale et du renouveau incessant. L’archéologie a retrouvé les traces des
sociétés et hordes féminines – dont Çatal Hüyük est l’exemple le plus connu
– dans toute l’Europe méridionale, de la péninsule Ibérique aux Balkans et
en Afrique du Nord. Les sociétés et les hordes féminines étaient de nature
pacifique et ont mis en place les interdits du cannibalisme, un des premiers
tabous humains. Elles développèrent l’agriculture et se sédentarisèrent

6. Freud S. (1913), Totem et Tabou, Paris, PUF, 1998.


7. Eliade M. (1949), Traité d’histoire des religions, préface de Georges Dumézil,
traduction du roumain, par Mme Carciu, Jean Gouillard, Alphonse Juilland, Mihai
Sora et Jacques Soucasse, édition revue et corrigée par Georges Dumézil, Paris,
Payot, « Bibliothèque scientifique », nouvelle édition, 1964.

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pour former les premières cités. C’est ce que plusieurs archéologues


ont pu mettre en évidence à la suite de Marija Gimbutas. Toutes furent
détruites par le saccage et la violence vers – 3500 ; des traces d’incendies
et de violences diverses ont pu être mises en évidence par les fouilles
archéologiques. Il reste aujourd’hui quelques traces dans plusieurs régions
du monde : sociétés pastorales de nomades d’Eurasie où l’on retrouve des
traces de prêtresses, femmes chamanes, curieusement, à partir de – 4000
environ, guerrières, ce qu’a évoqué le mythe des Amazones. Ce sur quoi
on s’interroge aujourd’hui est de savoir de quelles façons le patriarcat a
substitué les sociétés dirigées par des femmes pour s’imposer 8.
À ce moment-là, dans cette promiscuité de la horde primitive, seule la
filiation maternelle pouvait être prouvée. La conscience des fonctions des
deux sexes dans la procréation n’est arrivée que plus tard et la maternité
était perçue par les primitifs comme parthénogénétique relevant du
surnaturel dont le corps de la femme était dépositaire. C’est cette certitude
de la filiation maternelle qui va déterminer l’émergence du matriarcat et
sa fonction civilisatrice, rejoignant l’adage mater certissima, pater semper
incertus et c’est par voie matrilinéaire que va se transmettre la civilisation,
première forme d’organisation sociale participant du processus de civili-
sation. Le système de type matriarcal, ou plutôt de type matristique pour
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reprendre la thèse de Marija Gimbutas (op. cit.), a lié la représentation de
la maternité à la représentation de la création et au sacré.
Si Totem et Tabou et Moïse et le monothéisme apportent un éclairage
sur la fonction symbolique de la Loi de la génération dans la culture chez
l’homme, comment se joue le rapport à la loi maternelle, dans l’assomption
à sa fonction symbolique, pour les garçons ou les filles ? Les versions du
crime et de la vénération du totem sont diverses : Expression de la violence
du patriarche, filles envers la mère pour récupérer les hommes qui lui
étaient soumis, emprise d’une mère sur les fils qui la tuent pour chercher
d’autres femmes…
Les modalités d’un totem maternel sont particulières aux aires culturel-
les : mythe des Amazones qui rejoint le thème du Bellérophon, événement
dans l’histoire des dieux grecs avec Apollon.
Dans Totem et Tabou, si les femmes ont une place dans la loi de
l’exogamie, avec l’alliance, elles sont aussi citées dans la transmission,
qu’elles soient de type maternel ou paternel, dans les ordres de parentés,

8. Gimbutas M. (2006), Le Langage de la déesse (The Language of the Goddess),


traduit de l’américain par Camille Chaplain, Paris, Éd. Des femmes.

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et les modalités spécifiques d’échanges. Chaque aire géoculturelle a ses


mythes et structures de parentés, définit le statut de la femme et de la mère,
la façon dont circulent les objets et symboles des transmissions dans les
modalités des échanges symboliques des lois spécifiques aux filiations. La
psychanalyse nous apprend, justement dans l’articulation aux cultures, à
être attentif à cet objet de transmission, à la manière dont il prend forme
et place dans la fonction symbolique.
Or le Totem renvoie à la violence du sacrifice primordial et au sens
donné au sacré. Les mères et les femmes participent à perpétuer la Loi,
comme elles peuvent lever le voile sur le secret du groupe, œuvrant dans la
transgression à la passation d’un objet de transmission dans la culture.
La toute-puissance maternelle dans sa relation au sacré de la création (ou
de l’idée de mère dans la représentation de l’enfant), si elle est un préalable
dans la nomination maternelle, est différente de la toute-puissance non
articulée au symbolique.
La loi maternelle où n’interfère pas la relation phallique est une loi
incontrôlée, séductrice, quasi incestueuse, elle n’est pas celle qui pose
la limite ; ce qui forme les limites, les contours, est d’interdire la mère à
l’enfant, interdiction qui permet d’intégrer la réalité de ses objets symbo-
liques. Si l’interdit du père permet l’ouverture tierce, l’interdit de l’inceste
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au père posé par la mère envers son enfant (fille ou garçon) rend possible
que soient figurées les représentations de la filiation maternelle.
Pour la femme, l’assomption en la fonction symbolique du maternel peut
se lier à une métaphore de création. C’est la femme qui va aussi interpeller
l’homme et le père, là où l’assomption en la fonction symbolique du père
en sa fonction procréatrice renvoie à sa responsabilité. La Loi maternelle,
c’est la femme prise dans l’amour de l’homme en la métaphore phallique
dans le cadre des filiations, et la circulation des échanges symboliques
entre eux et dans la famille.
Dans la passation d’un objet de transmission dans la culture, le chan-
gement dans la loi est possible par la métaphorisation symbolique de cet
objet.
Prenant un autre fil, il est intéressant de voir ce que les mythologies
nous apprennent sur celles que l’on appelle des mères : ainsi que nous
l’apprend Vinciane Pirenne-Delforge 9, chez les Grecs, seulement quelques

9. Pirenne-Delforge V. (2005), « La maternité des déesses grecques et les déesses


mères : entre mythe, rite et fantasme », Regards complémentaires, 21, 129-138.
< http://clio.revues.org/index1427.html > (consulté en septembre 2010).

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déesses portent le nom de mères : Rhéa, femme de Cronos, figurant la


création primordiale ; Héra, femme de Zeus, délivrant les enfants de sa
voracité et permettant la génération, et Déméter, mère de Perséphone,
participant de l’équilibre, dans le cycle de la vie et de la régénérescence.
Athéna, pourtant vierge, sortie de la tête de son père, est appelée Mère
des cités. Appellation qui ne revient pas à Aphrodite, pourtant déesse de
la beauté et de l’amour.
Par ailleurs, un dictionnaire biblique 10 déclare ce qui suit : « Artémis
(vénérée à Éphèse) présente de si étroites analogies avec Cybèle, la déesse
phrygienne, et avec d’autres représentations féminines de la puissance
divine dans les pays d’Asie, telles que Ma de Cappadoce, Astarté ou
Ashtaroth de Phénicie, Atargatis et Mylitta de Syrie, qu’on peut penser que
toutes ces divinités ne sont que les variantes d’un seul et même concept
religieux qui présente quelques différences selon les pays, différences qui
s’expliquent du fait que ce concept a évolué en fonction des circonstances
locales et de la mentalité du pays. »
Dans le panthéon de Babylone, la déesse recevant le nom de Mère
est Ishtar, déesse de l’amour et de la fécondité, descendante d’Innane la
sumérienne et incontestablement l’Astarté de Carthage, qui rayonna sur
l’Orient et la Méditerranée.
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Ceci rejoint nos hypothèses d’une métaphore maternelle dans l’assomp-
tion d’une fonction symbolique du maternel, en sa métaphore sacrée, ou son
signifiant maternel, liée au père, en la métaphore de son nom. Métaphore
maternelle qui fait se rejouer dans l’après-coup le destin originel quand la
déesse mère sauve l’enfant offert au sacrifice des dieux.

Cet obscur objet du désir


L’amour de la Loi au commencement
Objet de l’énigme et de la rencontre étrangement inquiétante et familière,
cet obscur objet du désir serait-il représentable par les transmissions ?
Trajectoire de l’objet qui croise le sujet, dans son parfum de secret d’alcôve,
ravivant le secret de l’énigme des origines ? C’est dans un après-coup,
dans la dialectique de l’amour et du désir se croisant dans leurs champs,
que les transmissions trouvent leur sens et leur portée, de métaphore en
métaphore.

10. Hastings J. (1904), A Dictionary of the Bible, vol. I, p. 605. Abridged edition
(January 1, 1989).

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Ouvertures et débats 181

Devenir Père ou Mère, assumer cette place n’est pas sans mise en place
d’un processus dans les identifications maternelles et les réactivations de
la figure du père, témoignant de métaphores culturelles de la fonction de
parenté, maternelle/paternelle, et de transmission.
La métaphorisation du lien d’engendrement, qui est ce qui sous-tend
la fonction paternelle/maternelle, est complexe : qu’un être engendre un
autre être est concevable au plan biologique mais plus complexe au plan
symbolique, indiquant une représentation symbolique de la femme et de
la mère en sa fonction créatrice : se représenter le rapport sexuel dans le
cadre d’un mythe de création d’origine où figurent le père de la procréa-
tion et la mère dans sa capacité d’enfanter, dans la représentation d’un
ventre maternel où s’origine l’embryon qui se développe dans le liquide
amnyotique. Ce processus s’inaugure dans la relation à la mère, dans le
lien d’ombilic, qui, dès l’origine, permet les identifications prises dans les
étayages et les rets culturels. Ce que la mère transmet (ou rend possible,
introduit vers les identifications) est la capacité d’engendrement, prise dans
la relation au père de la procréation (dans son rôle et sa place).
C’est aussi dans un après-coup que peut s’opérer la transmission d’un
joyau signifiant entre le père et la mère, entre la mère et l’enfant, objet
identifié, nommé, différent du météore. Si nous reprenons l’espace de la
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transmission dans le cadre de la crypte, avec Nicolas Abraham et Maria
Torok (1978), nous pouvons la penser dans cet entre-deux du travail de
deuil, entre la vie et la mort, dans le secret avec l’ancêtre généalogique.
Ceci reviendrait à faire l’hypothèse de signifiants fondamentaux
portés par la culture, portés par le généalogique, la structure symbolique,
nommés dans ou hors le champ familial, circulant dans le champ culturel,
s’incurvant dans ce que nous avons montré des différentes formes de
transmission. Signifiants pris dans l’histoire familiale, lesquels sont aussi
liés au groupe culturel, et à la place de signifiants fondamentaux inscrits
dans la structure du lien social, dans la place donnée au père, et de son
autorité non sans relation avec le statut de la femme et de la mère. Si
J. Lacan a parlé d’un signifiant majeur : le Nom du père 11, métaphore
du père, renvoyant au sacré du nom. Or c’est la mère en sa métaphore
maternelle qui désigne le père en sa fonction paternelle, encore faut-il que
le père s’en saisisse. Désignation de la femme dans son articulation à la
mère, qui rejoint le statut donné à celle-ci dans la loi culturelle, là où la
femme a un statut dans la transmission.

11. Lacan J. (1998), Les formations de l’inconscient, Seuil.

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Si le père opère une fonction symbolique, la mère ou la femme pose le


cadre et la loi, les limites, opérant une castration qui renvoie l’homme à ses
objets culturels, à ses choix d’objets, objets de transmission où, s’adressant
à l’homme, elle le mande de nommer ce qui la signifie.
C’est dans une dialectique de langage, de métaphores et d’amour entre
la femme et l’homme, entre la mère et le père, dans une symbolisation
du père, mais aussi de la femme dans sa fonction maternelle que s’opère
la transmission viable des signifiants dans la culture, que s’institue
l’événement qui fait du sacré pas seulement au sens du sacrifice dans le
rituel, mais de ce qui fait événement dans l’histoire là où s’inscrit le nom
sacré dans le fantasme…
C’est par l’homme que la femme accède à l’ouverture possible dans
le champ de ses origines et des filiations. Si l’intégration phallique ouvre
à l’homme son propre champ de filiations, c’est la nomination de la
métaphore maternelle en la femme qui lui permet de recevoir son propre
héritage. Recevant le signifiant maternel, il peut nommer le père en son
nom.
Si l’on cherche l’ouverture dans les filiations du côté des ancêtres du
monothéisme, Isaac et Ismaël, fils d’Abraham, ils restent liés à la parole
des femmes, celle de Sarah, qui enjoint à Abraham d’enfanter sa servante
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Hajar, qui lui donnera un fils, Ismaël. Présence de cette femme dans son
statut de mère, de quelle résonance s’est-elle fait l’écho pour que Sarah
tombe ensuite miraculeusement enceinte d’un fils, Isaac ?
Femmes qui deviennent mères d’un fils, sauvé par l’intercession divine,
mais où la destinée fait que c’est Sarah qui reste seule avec le patriarche
Abraham et Isaac, d’où vient la filiation du judaïsme. Hajar, sans le père
qui l’a enfantée mais qui est sauvée, va seule avec son fils dans le désert,
d’où une source va jaillir pour étancher la soif de l’enfant, et lui permettre
de vivre. C’est de cet enfant, Ismaël, que va se reconnaître la filiation
musulmane prise dans cette histoire entre sa mère Hajar, son père et cette
autre mère, Sarah, qui a parlé au patriarche.
Est-ce aussi une négociation entre les paroles des femmes qui a permis
de sauver le fils du sacrifice par la substitution de l’animal suite au rêve
d’Abraham ? Parole de l’une qui a permis l’enfantement d’un fils de la
servante devenue mère ; Présence d’une mère, Hajar, qui a peut-être rendu
possible l’engendrement d’une autre filiation en miroir.
On peut saisir cette question de la métaphore maternelle tout au long
du développement du sujet dans la clinique et la psychopathologie, dans
son agencement dans l’enfance, dans la réactivation à l’adolescence quand

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Ouvertures et débats 183

se pose la question du désir et de l’amour, et dans l’après-coup de la


représentation de la femme pour l’homme dans la rencontre amoureuse,
ou encore dans la fonction de parenté.
On voit différents types de mères, celles qui n’ouvrent pas à l’articulation
tierce et ne sont ni dans la métaphore maternelle ni paternelle ; celles qui
sont dans la symbiose mais qui transmettent aussi un objet, étant dans
la métaphore maternelle et la passation d’un nom du père sans que la
symbolisation soit dans le langage, ou encore celles qui tentent la relation
à l’homme dans le langage et la signification symbolique.
On peut repérer la métaphore maternelle dans la relation de la femme au
maternel, dans les modalités délicates du rapport du féminin au maternel
pour sa mise en place.
Dans la psychopathologie, comme dans le cas de viols ou d’incestes,
la métaphore maternelle est morcelée ; et, bien qu’il soit plus classique
d’évoquer le défaut de la fonction paternelle dans la psychose, on peut saisir
comment s’incarne la forme de la métaphore maternelle par exemple dans
les mythes et donner des clés pour la psychothérapie.
Deux vignettes sont illustratives de la métaphore maternelle du côté de
la femme dans la relation à la mère, mais on peut la situer cliniquement
de façon multiple comme ce qui vient d’être évoqué.
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Maya, venue d’Espagne, raconte la cérémonie de mariage où elle fut
bouleversée par le vol de ses bijoux dont elle pense qu’il proviendrait de
sa belle-mère. Elle relate un vécu ne lui ayant pas permis de vivre avec
enthousiasme ce moment. Elle décrit que tout ce qui concernait sa féminité
(joyaux, habits de mariage) avait comme volé en éclats. Elle ne put rester
avec cet homme dont elle se sépara quelque temps après et c’est dans
l’éloignement de son pays et de ses parents qu’elle eut un fils d’un homme
ayant des problèmes judiciaires.
Fathia consulta pour des problèmes de boulimie et évoqua ensuite
sa relation conjugale et un souhait de séparation légitime, son mari lui
imposant notamment des rôles traditionnellement dévolus au foyer sans
écoute ni échange. La séparation fut très difficile compte tenu des liens
d’attachements.
Dans l’une et l’autre des situations, on peut interroger les étayages précoces
dans la relation à la mère, participant des identifications et de l’élaboration
identitaire, qui fait entrer dans le processus du développement, déjà dans
les assises narcissiques qu’il permet. C’est pourtant ce qui se métaphorise
du côté des représentations de la mère, dans l’élaboration de son statut, que
l’on a nommé métaphore maternelle, qui participe des transmissions.

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Pour conclure
La métaphore maternelle est une symbolisation du maternel dans son
lien au féminin. Elle est rendue possible par le père, dans l’opération de
séparation de la mère, tout en intégrant ce qui la signifie métaphoriquement,
dans sa fonction procréatrice. C’est une symbolisation primordiale pouvant
se ré-agencer dans l’après-coup de la rencontre amoureuse.
Elle puise dans le passé primordial de la phylogenèse, s’articule à la
fonction symbolique de la loi dans la culture et à la loi de l’exogamie et de
l’alliance, là où les femmes participent de la transmission. Elle peut faire
se rejouer le destin primordial et la loi dans la culture.
En dialectique constante avec la métaphore paternelle dans un mouve-
ment d’élaboration et de métaphorisation dans la langue et la culture, dans
un après-coup de la rencontre entre l’homme et la femme, elle rejoint la
puissance de l’amour en sa capacité de sublimation.
Si c’est le père qui rend possible la métaphore maternelle, c’est la mère
en sa métaphore maternelle qui désigne le père en sa fonction paternelle,
encore faut-il que le père s’en saisisse.
La métaphore maternelle est la forme stable du maternel dans son lien
au féminin.
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Érès, p. 64.

ij
Résumé

« Transmissions, filiations, une métaphore maternelle dans la culture. » Cet article est une
élaboration sur une métaphore maternelle dans la culture, permettant les transmissions,
inscrite dans le champ des filiations. Il développe l’hypothèse suivante : Pour qu’il y ait
du père, au sens de la métaphore de son nom, ou encore un signifiant paternel dans la
culture, tel que cela a été théorisé par Freud puis repris par J. Lacan, il faut qu’il y ait de
la mère, au sens de ce qui représente la mère dans la culture, la mère en lien à l’héritage
et la transmission. C’est donc la mère, plus précisément une métaphore maternelle, qui
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est au centre du processus de transmission, en dialectique avec le père. Nous voyons
comment la métaphore maternelle interfère dans différents processus, s’élabore dans la
relation primaire à la mère, se reformule dans les identifications œdipiennes, s’interprète
dans l’après-coup du discours de la rencontre amoureuse, dans une perspective dialectique
entre l’homme et la femme, le père et la mère. Par ailleurs, elle est aussi interrogée
dans le champ d’investigation culturelle sur la loi de l’exogamie et de l’alliance. En
dialectique constante avec la métaphore paternelle dans un mouvement d’élaboration
et de métaphorisation dans la langue et la culture, la métaphore maternelle rejoint la
puissance de l’amour en sa capacité de sublimation.

Mots clés

Métaphore maternelle — Métaphore paternelle — Féminin — Maternel — Cultures


— Transmissions — Filiations — Totem — Déesses mères — Symbolisation —
Changements — Loi.

Summary

“Transmissions, filiations, a cultural maternal metaphor.” This article discusses the


symbolism of maternity, a cultural metaphor enabling transmission in the genealogical
and educational domains. For there to be fatherhood − whether in the metaphorical sense
of the paternal “name”, or in the sense of paternal signification in culture as theorized
by Freud and then elaborated upon by J. Lacan − there must also be motherhood, in the

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sense of what the mother represents in culture : maternity as heritage and transmission.
It is thus the mother, or more precisely a maternal metaphor, which lies at the center of
the process of transmission, in dialectic with the father. The author examines how the
maternal metaphor intervenes in various processes, developing first within the infant’s
relation to the mother, reformulating itself in the Oedipus complex, and reinterpreting
itself in the aftermath of the discourse of the romantic encounter. In addition, it is also
involved in the cultural exploration of laws pertaining to exogamy and alliance. A constant
dialectic is formed with the paternal metaphor in a movement of symbolic elaboration
of love in its sublimation capacity.

Key words

Maternal metaphor — Paternal metaphor — Feminine — Maternal — Culture —


Transmission — Filiations — Deities — Totem — Law.

Resumen

« Transmisiones, filiaciones, una metáfora materna en la cultura. » Este artículo es una


elaboración en torno de una metáfora materna en la cultura que permite las transmisiones
y se inscribe en el campo de las filiaciones. Se desarrolla la hipótesis siguiente : para
que exista lo paterno, en el sentido metafórico del nombre del padre, para que exista un
significante paterno en la cultura, tal como fue teorizado por Freud y después retomado
por J. Lacan, tiene que existir lo materno, en el sentido de lo que representa la madre
en la cultura, la madre vinculada con el legado, herencia y transmisión. Es entonces la
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madre, más precisamente una metáfora materna, la que se encuentra en el centro de la
transmisión, en dialéctica con el padre. Vemos cómo la metáfora materna interfiere en
diferentes procesos, se gesta en la relación primaria con la madre, se reformula en las
identificaciones edípicas, se interpreta en el discurso del encuentro amoroso, en una
perspectiva dialéctica entre el hombre y la mujer, el padre y la madre. Por otra parte, la
metáfora materna es interpelada en el campo de la investigación cultural en torno de la
ley de la exogamia y la alianza. En dialéctica constante con la metáfora paterna, y en un
movimiento de elaboración y metaforización en la lengua y en la cultura, la metáfora
materna confluye hacia el poder del amor en su capacidad de sublimación.

Palabras claves

Metáfora materna — Metáfora paterna — Femenino — Materno — Culturas —


Transmisión — Filiaciones — Tótem — Diosas madres — Simbolización — Cambios
— Ley.

ij
Soraya Ayouch
psychothérapeute, psychanalyste
24, rue Censier
75005 Paris
sorayaayouch@orange.fr

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