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Marcelin Abdelkerim

& Emmanuel Ndingangar Teadoum

Traité du droit
de l’environnement
La Problématique de la protection de
l’environnement en droit positif tchadien

Tome 1

2
2
Remerciements

Que ceux, nombreux qui ont contribué à la réalisation


de ce travail, trouvent ici l’expression de notre profonde
reconnaissance et sincère gratitude. Nous pensons
particulièrement :
– Monsieur le Professeur SIETCHOUA DJUITCHOKO
Célestin
– et Monsieur Olivier KIMTO
Pour leurs soutiens scientifiques.

2 3
42
Sigles et principales abréviations

ABN : Autorité du Bassin du Niger


AEDE : Agence pour l’Énergie Domestique et
l’Environnement
AFDI : Annuaire Français de Droit International
AHJUCAF : Associations des Hautes Juridictions de
Cassation des pays ayant en partage l’usage du Français
AJDA : Actualité Juridique, Droit Administratif
ANGMV : Agence Nationale de la Grande Muraille Verte
CBLT : Commission du Bassin du Lac Tchad
CEBEVIRHA : Commission Économique du Bétail, de la
Viande et des Ressources Halieutiques
CEEAC : Communauté Économique des États de l’Afrique
Centrale
CEFOD : Centre d’Études et de Formation pour le
Développement
CEMAC : Communauté Économique et Monétaire de
l’Afrique Centrale
CEN-SAD : Communauté des États Sahélo-Sahariens
CIJ : Cour Internationale de Justice
CILDEB : Comité Interministériel de Lutte contre la
Dégradation de l’Environnement et le Braconnage

2 5
CILSS : Comité Inter-État de Lutte contre la Sécheresse au
Sahel
CJP : Cahiers Juridiques et Politiques
CNPC : China National Petroleum Company
COMIFAC : Commission des Forêts d’Afrique Centrale
CONACILSS : Comité National du Comité Inter-État de
Lutte contre la Sécheresse au Sahel
COP21 : 21e Conférence des Parties
CTD : Collectivité Territoriale Décentralisée
CTNSC : Comité Technique National de Suivi et de
Contrôle de l’exécution du plan de gestion de
l’environnement des projets pétroliers
DIE : Droit International de l’Environnement
DS : Droit et Société
ECOFAC V : Programme de conservation des Écosystèmes
Fragilisés d’Afrique Centrale
EIE : Étude d’Impact Environnemental
ES : Environnement et Société
FSE : Fonds Spécial en faveur de l’Environnement
HCNE : Haut Comité National pour l’Environnement
IGMV : Initiative Grande Muraille Verte
INSEED : Institut National de la Statistique, des Études
Économiques et Démographiques
IRUF : Intercâmbio Revue d’Études Françaises
LARU : Les Annales de la Recherche Urbaine
LEF : Liaison Énergie Francophonie
LRCEI : La Revue Camerounaise d’Études Internationales
MEP : Ministère de l’Environnement et de la Pêche
NEPAD : Nouveau Partenariat pour le Développement de
l’Afrique
ODEMET : Observatoire de la Déontologie et de l’Éthique
des Médias au Tchad

62
OHADA : Organisation pour l’Harmonisation en Afrique
du Droit des Affaires
ONG : Organisation Non Gouvernementale
ONRTV : Office National de Radiodiffusion et Télévision
du Tchad
OSC : Organisations de la Société Civile
OUA : Organisation de l’Unité Africaine
PEXULAB : Plan d’Extrême Urgence de Lutte Anti-
Braconnage
PNUE : Programme des Nations Unies pour
l’Environnement
RADE : Revue Africaine de Droit de l’Environnement
RASJ : Revue Africaine de Sciences Juridiques
RCDSP : Revue Camerounaise de Droit et de Science
Politique
RDA : Revue de Droit Administratif
RDA : Revue de Droit Africain
RGDIP : Revue Générale de Droit International Public
RGPH2 : Recensement Général de la Population et de
l’Habitat 2
RJE : Revue Juridique de l’Environnement
RJP : Revue Juridique et Politique
RJT : Revue Juridique Tchadienne
RJT : Revue Juridique Thémis
RTJC : Revue Trimestrielle du Juris Classeur
UA : Union Africaine

2 7
82
Introduction générale

Notre environnement1 est de nos jours l’objet de


préoccupations quotidiennes partout dans le monde. L’une
des questions essentielles et fondamentales qui n’échappent
sans doute plus aux débats tant économiques, sociaux,
politiques que scientifiques aujourd’hui, est belle et bien
celle relative à l’environnement, constituant à la fois une
thématique actuelle et une problématique universelle.
Le débat de la transformation de l’environnement cesse
sur la scène internationale d’être monopolisé par les
scientifiques. L’actualité tant internationale, régionale, sous
régionale que nationale en est d’ailleurs la preuve. Cette
énigme liée à l’environnement ne laisse personne indifférent,
insensible non plus, qu’il s’agisse du citoyen profane ou du
chercheur, des pouvoirs publics ou de la communauté
internationale.

1
Pour la Cour Internationale de Justice, « l’environnement n’est pas une
abstraction, mais bien l’espace où vivent les êtres humains et dont dépendent
la qualité de leur vie et leur santé ». CIJ, avis consultatif, 8 juillet 1996, Licéité
de la menace ou de l’emploi d’armes nucléaires, Rec. CIJ 1996, I, p. 241.

2 9
L’attention particulière accordée à la question
environnementale, jadis « phénomène de mode2 », est due
non seulement à la dégradation de l’environnement dans
son ensemble, mais surtout à l’allure que prend celle-ci.
L’histoire de l’humanité est marquée par diverses
mutations climatiques. L’actuel changement climatique
inquiète par le rythme avec lequel il se déroule. La vitesse de
cette variation réduit, voire soustrait à plusieurs espèces,
toute opportunité d’une adaptation. Leur disparition est à
envisager.
Le point de départ se situe à la fin du Moyen-Âge,
période à laquelle est apparu le productivisme3. Pour la
satisfaction des besoins croissants des sociétés humaines, le
choix a été fait pour une utilisation extrême sans retenue et
réserve des ressources naturelles à cette fin. La destruction
de la nature était privilégiée pour la satisfaction de ces
besoins grandissants.
La vie sur Terre tributaire de l’état favorable de
l’environnement est perpétuellement et permanemment en
danger. La survie des espèces humaine et animale est plus
que jamais menacée avec ce constant risque d’atteinte
progressive de l’état d’irréversibilité, d’un « chemin de non-
retour ». La nature elle-même dans son ensemble n’est pas
aussi épargnée.
L’on tenait déjà pour socle de ce trouble de la nature,
les religions monothéistes dont les fiers représentants sont

2
KAMTO Maurice, Droit de l’environnement en Afrique, Paris, EDICEF-
AUPELF, 1996, p.15.
3
Sur les causes de la dégradation mondiale de l’environnement en général
et le productivisme en particulier, lire LAVIEILLE Jean-Marc, Droit
international de l’environnement, Paris, Ellipses, 2e éd., 2004, pp.9-11.

2
10
le Judaïsme, le Christianisme4 et l’Islam. Ces courants ont
dans le temps été très vite battus en brèche.
La dégradation de l’environnement n’a été perçue qu’à
travers une série de grandes catastrophes. Le réchauffement
climatique, la désertification, l’érosion, la sécheresse, les
grandes inondations, les éruptions volcaniques sont autant
d’indices de la détérioration de l’environnement.
Cette détérioration a un lien étroit avec l’intensification
des activités humaines nuisibles pour l’environnement
consistant en grande partie en l’émission des gaz à effet de
serres telles qu’annonçait déjà ARRHENIUS Svante vers la
fin du 19esiècle. Ceci constitue une spécificité du
changement climatique actuel parce que c’est d’une manière
inédite que l’Homme y joue un rôle déterminant. Depuis la
fin du 19e siècle, l’on ne conteste plus que les industries, en
fonction de leur nature, sont de sources potentielles de
nuisances ou de risques pour leur environnement.
Le continent africain constitué de pays en
développement avec une faible industrialisation du tissu
économique, est la partie du globe qui pollue le moins, vu son

4
Cette opinion se fondait sur certains versets bibliques. Selon Genèse 1 :
28-29, « Dieu les bénit et leur dit : Soyez féconds, multipliez, emplissez la
terre et soumettez-la ; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du
ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre. Dieu dit : Je vous donne
toutes les herbes portant semence, qui sont sur toute la surface de la terre,
et tous les arbres qui ont des fruits portant semence : ce sera votre
nourriture ». La lecture croisée de ces versets permet d’y relever la
consécration d’un pouvoir sans limite de l’Homme sur la faune et la flore.
Tel n’est pas véritablement le cas car plus loin, selon Genèse 2 : 15,
« Yahvé Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour le cultiver
et le garder ». L’Homme est plutôt le gardien de la nature. C’est ainsi
qu’après la construction de l’arche, Dieu ordonna à Noé d’y mettre toutes
les espèces animales mâles et femelles, Genèse 6 : 19-20 ; 7 : 2-3.

2 11
niveau de développement. Ce n’est pas pour autant dire qu’il
échappe aux impacts des changements climatiques. A
contrario, l’Afrique est le continent qui subit le plus ces
mutations. Elles touchent déjà l’ensemble du continent où les
populations restent très vulnérables face aux effets néfastes et
pervers des changements climatiques. En outre, cela
débouche sur une impasse en ce sens que le développement
en Afrique est essentiellement et intrinsèquement lié aux
ressources naturelles. Le développement est ainsi tributaire
de l’environnement dans son ensemble.
Les catastrophes industrielles, conflictuelles, écologiques
qui ont eu de sérieux impacts sur l’environnement ont très
rapidement fait naître une prise de conscience partout. Celle-
ci en orientant la communauté internationale, les États, les
ONG (Organisations Non Gouvernementales) et les
individus a débouché sur la nécessité de préserver
l’environnement : d’où la naissance progressive du droit de
l’environnement. C’est à la fois le droit protecteur de la nature
et de la lutte contre les nuisances. A la vérité, il s’agit d’un
droit a priori pour l’environnement, car il concourt à la
limitation des impacts des activités de l’Homme sur la nature.
C’est un moyen pour résoudre la crise environnementale
qui sévit dans le monde. Le droit de l’environnement est à cet
égard un remède. Il s’agit encore plus d’un outil fondamental
de régulation des activités humaines qui menacent
dangereusement l’environnement. Le Professeur BRETON
Jean-Marie souligne que « la saisie par le droit des questions
environnementales, dans leurs dimensions naturelle et
patrimoniale, et la formulation normative des réponses à y
apporter ont fait écho au souci de concevoir et de mettre en

2
12
œuvre des instruments aptes à satisfaire à des objectifs de
protection5 ».
Le droit de l’environnement est passé par plusieurs étapes
pour arriver à sa maturité telle que connue actuellement. La
Conférence de Stockholm de 1972 sur l’environnement a posé
quelques jalons de ce droit consolidés par la Conférence de
Rio de 19926. La récente COP21 de novembre – décembre
2015 en France qui s’est soldée par l’Accord de Paris7, en
passant par la Conférence de Tokyo de décembre 1997 ont
donné un élan très décisif au droit de l’environnement,
toujours dynamique, évolutif car s’adaptant aux incessantes
nouvelles réalités environnementales.
Ainsi, pour M. NAIM-GESBERT Eric, « il est un droit
par nature vivifiant. Et vitaliste. Il met en scène, en un
système juridique qui mène quelque part, la vraie vie, la vie
réelle, concrète, matérielle – au sens d’immanence bien sûr
[…]8 ». L’on assiste à une « naissance de la physiologie
environnementale » selon cet auteur, car « dès lors se crée un
droit environnemental qui, par les propriétés du genre,
englobe les espèces, et leur donne une raison unificatrice,
cohérente, qui s’apparente à un système de droit, [c’est] un

5
BRETON Jean Marie, « Entre protection et valorisation : le patrimoine
saisi par le droit », Études caribéennes [En ligne], 20 Décembre 2011, mis
en ligne le 28 juin 2013, consulté le 06 mai 2016,
www.Étudescaribeennes.revues.org/5374.
6
Pour s’imprégner des divers enjeux de ces Conférences, lire KISS
Alexandre et BEURIER Jean-Pierre, Droit international de
l’environnement, Paris, Pedone, 3e éd., 2004, pp.34-48.
7
Sur les enjeux de cet accord décisif, lire NAIM-GESBERT Eric, « Accord
de Paris sur le climat : commencement d’une mutation de notre temps ? »,
Revue Juridique de l’Environnement, n° 2, 2016, Vol. 41, pp.210-212.
8
NAIM-GESBERT Eric, « Causes du droit général de l’environnement »,
Revue Juridique de l’Environnement, n° 3, 2015, Vol. 40, p.401.

2 13
droit de la nature modifiant les lignes classiques de la pensée
juridique9 ».
Toutes ces conférences ont vu la pleine participation
des pays développés que sous-développés. Les seconds
avaient plus d’intérêts en jeu à préserver que les premiers.
Avant 1972, il existait déjà quelques instruments
juridiques internationaux portant sur certains aspects de
l’environnement. En effet, il se trouve qu’après analyse des
travaux d’historiens, l’on s’accorde sur le fait que le droit de
l’environnement trouve ses racines profondes enfouies dans
l’Antiquité. Les souverains édictaient déjà à cette époque
quelques normes dans l’optique de protéger les milieux
naturels. Il s’agit notamment du pharaon AKHENATHON10de
l’Égypte antique, du roi HAMMOURABI de la Babylone11et
d’ASOKA du vaste Empire indien12. D’ailleurs, le droit forestier
a pris naissance vers 1900 av. J-C à Babylone13.
En Afrique, il faut reconnaître avec le Doyen KAMTO
Maurice que « le droit de l’environnement en particulier y est

9
Ibidem, p.402.
10
BAZOMBANZA Clémentine, La protection juridique de l’environnement
en droit burundais : cas des forêts, Mémoire de Licence, Université Martin
Luther King, 2011, disponible sur www.memoireonline.com.
11
Le Roi a pris plusieurs mesures pour protéger les forêts, qui ont été
divisées en zones forestières ; de sorte de rangers spéciaux au domaine
forestier étaient chargés des enquêtes sur l’abattage des arbres de la forêt
afin de savoir qui a coupé l’arbre. Les forestiers sont responsables de la
sécurité des forêts. Voir État Babylonien Hammourabi disponible sur
www.materiel-pedagogique.com, consulté le 30 avril 2016.
12
MALJEAN-DUBOIS Sandrine, « La mise en œuvre du droit
international de l’environnement », analyses n°03, Gouvernance
Mondiale, Paris, ex-Les notes de l’IDDRI n°4, 2003, p.9.
13
BAZOMBANZA (C), La protection juridique de l’environnement en
droit burundais : cas des forêts, op.cit.

2
14
à la fois ancien et jeune14 ». Ces deux caractéristiques
porteuses d’intérêt mais ostentatoirement antinomiques
d’ancienneté et de jeunesse sont liées à l’histoire de ce
continent, des sociétés traditionnelles aux États
indépendants en passant par la période coloniale.
De la naissance progressive du droit de
l’environnement, apparaissait de concepts15et principes
nouveaux liés aux réalités de l’heure16. Ce sont
essentiellement, le développement durable, les générations
futures, les principes de prévention, de précaution,
pollueur-payeur, de participation, et de l’information. Ces
préceptes font désormais du droit de l’environnement, un
droit préventif, curatif et répressif17.
Le développement durable, concept plus englobant et
résumant ces principes postule selon le Principe 3 de la
Déclaration de Rio que « le droit au développement doit être
réalisé de façon à satisfaire équitablement les besoins relatifs
au développement et à l’environnement des générations
présentes et futures ». Par ailleurs d’après le Principe 4 de cette
même Déclaration, « pour parvenir à un développement
durable, la protection de l’environnement doit faire partie
intégrante du processus de développement et ne peut être
considérée isolement ».

14
KAMTO (M), Droit de l’environnement en Afrique, op.cit., Résumé.
15
KISS (A) et BEURIER (J-P), Droit international de l’environnement,
op.cit., pp.144-152 ; KAMTO Maurice, « Les nouveaux principes du droit
international de l’environnement », Revue Juridique de l’Environnement,
n°1, 1993, pp.11-21.
16
LAVIEILLE (J-M), Droit international de l’environnement, op.cit.,
pp.83-100 ; KISS (A) et BEURIER (J-P), Droit international de
l’environnement, op.cit., pp.123-144.
17
KAMTO (M), Droit de l’environnement en Afrique, op.cit., p.17.

2 15
Le constat est qu’« aujourd’hui, la protection de
l’environnement a fini par s’imposer à la conscience universelle
comme une nécessité18 ».Une conscience écologique s’est enfin
forgée. Dans le contexte africain elle est perçue assez tôt car
juste quelques années après l’accession à la souveraineté
internationale de plusieurs pays sur le continent, sous l’égide
de l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine), fut adoptée le
15 septembre 1968 à Alger, la Convention Africaine sur la
Conservation de la Nature et des Ressources
Naturelles19révisée sous l’égide cette fois de l’UA (Union
Africaine), à Maputo le 11 juillet 200320. Cette convention,
produit d’une conscience écologique née assez tôt, contribue
ainsi avec d’autres instruments juridiques internationaux à la
naissance d’un ordre public écologique21en Afrique comme le
conçoit si bien M. GARGA Sadou.

18
KAMTO (M), Droit de l’environnement en Afrique, op.cit., p.15.
19
KAMTO Maurice, « Les conventions régionales sur la conservation de
la nature et des ressources naturelles en Afrique et leur mise en œuvre »,
Revue Juridique de l’Environnement, n° 4, 1991, pp.421-422.
20
MEKOUAR Mohamed Ali et DOUMBE BILLE Stéphane, « La
Convention Africaine révisée sur la conservation de la nature et des
ressources naturelles : un cadre nouveau pour le développement intégré du
droit de l’environnement en Afrique », in GRANIER (L) (Coord.), Aspects
contemporains du droit de l’environnement en Afrique de l’ouest et centrale,
UICN, Droit et politique de l’environnement, n°69, pp.197-214 ;
MEKOUAR Mohamed Ali, « La convention africaine sur la conservation
de la nature : hâter son entrée en vigueur en vue d’assurer sa mise en
œuvre », Revue Africaine de Droit de l’Environnement, n°1, 2014, pp.155-
159 ; DOUMBE-BILLE Stéphane, « La nouvelle Convention africaine de
Maputo sur la conservation de la nature et des ressources naturelles »,
Revue Juridique de l’Environnement, n°1, 2005, pp.5-17.
21
GARGA Sadou, « La lutte contre la désertification : élément d’un ordre
public écologique africain », Cahiers Juridiques et Politiques, 2015, pp.83-
107.

2
16
Les pays africains caractérisés par la pauvreté et la
précarité ancrées des populations, sont les pays qui
subissent de plein fouet les effets pervers de la dégradation
de l’environnement. Dans ce contexte, la pauvreté se trouve
en amont et en aval de la dégradation de l’environnement.
Elles sont substantiellement liées entre elles. Il en résulte
une double étiquette du phénomène de pauvreté face à la
dégradation de l’environnement. Comme le relève si bien
M. ZAKANE Vincent, elle est une cause majeure22 de la
détérioration de l’équilibre environnemental, mais au-delà,
une conséquence profonde par l’insuffisance et le manque
de ressources naturelles qu’elle provoque.
La défense de la nature, « d’abord limité[e] aux espaces
nationaux, le mouvement passe ensuite à l’échelle
internationale, l’expérience ayant montré que la plupart des
problèmes environnementaux ne peuvent être résolus
efficacement qu’à un niveau international, qu’il soit bilatéral,
régional ou mondial23 ». C’est dans cette logique de
coopération que l’on constate assez tôt, la naissance de
plusieurs organisations internationales, régionales et sous
régionales. Dans cette dernière catégorie, l’on peut citer à
titre illustratif dans le contexte africain, d’abord la CBLT
(Commission du Bassin du Lac Tchad)24, ensuite le CILSS

22
ZAKANE (V), « Problématique de l’effectivité du droit de
l’environnement en Afrique : l’exemple du Burkina Faso », in GRANIER
Laurent (Coord.), Aspects contemporains du droit de l’environnement en
Afrique de l’ouest et centrale, UICN, Droit et politique de
l’environnement, n°69, p.25.
23
KAMTO (M), Droit de l’environnement en Afrique, op.cit., p.15.
24
C’est pour préserver les multiples intérêts du lac Tchad dans les
domaines écologique, économique et social que la CBLT a été créée par
la convention signée le 22 mai 1964 à Fort-Lamy (actuellement
N’Djamena), par le Cameroun, le Nigeria, le Niger et le Tchad.

2 17
(Comité Inter-permanent de Lutte contre la Sècheresse
dans le Sahel) et enfin l’Autorité du Bassin du Niger.
Les pays africains, assujettis très tôt aux impacts de la
dégradation de l’environnement, sont en grande partie,
ceux qui se trouvent sur la bande sahélo-saharienne, allant
du Sénégal à Djibouti en passant par le Tchad25.

25
Le Tchad est proclamé République le 28 novembre 1958 et accède à la
souveraineté nationale et internationale le 11 août 1960. État enclavé de
l’Afrique centrale, il est situé entre les 7° et 24° de latitude Nord et entre
le 13° et 24° de longitude Est. Il est limité au Nord par la Libye, à l’Ouest
par le Niger et le Nigeria, au Sud par le Cameroun et la Centrafrique, à
l’Est par le Soudan. « Le Tchad est une République souveraine,
indépendante, laïque, sociale, une et indivisible, fondée sur les principes de
la démocratie, le règne de la loi et de la justice. Il est affirmé la séparation
des religions et de l’État », Confer Art. 1 de la Constitution du 31 mars
1996 révisée par les lois constitutionnelles n° 008/PR/05 du 05 juillet 2005
et n° 013/PR/2013 du 03 juillet 2013.
Pays sahélien, le Tchad est l’un des pays au monde, dont presque la moitié
du territoire est constituée du désert. Ceci a un impact direct sur les
conditions de vie des personnes vivant sur ce vaste territoire de 1 284 000
km2. Se succèdent tour à tour sur cette superficie du Nord au Sud : la zone
saharienne, la zone sahélienne et la zone soudanienne. Avec une population
de 11 679 974, y compris les réfugiés selon le RGPH2 de 2009, c’est au Sud
du pays que se trouve la forte concentration démographique. A contrario,
le Nord zone désertique, est faiblement peuplé. Les langues parlées sont le
Français et l’Arabe conformément à l’Art. 9 de la Constitution.
Le Tchad dispose d’un réseau hydrographique très varié. Ce réseau est
menacé depuis quelques décennies par la dégradation de l’environnement.
Les deux principaux cours d’eau qui irriguent le Sud et l’Ouest du pays sont
le Chari et le Logone. Ils se rejoignent à N’Djamena avant de se jeter dans
le lac Tchad qu’ils alimentent à plus de 90 %. Le lac Tchad était jadis, l’un
des plus grands lacs du monde, sa surface s’est considérablement réduite
depuis 1960. À cette date, elle était encore de 26 000 km2. En 2000, elle ne
couvrait plus que 1 500 km2. Ce rétrécissement à une vive allure montre que
la menace est réelle. Le danger sera la disparition totale ou l’assèchement
final de cette précieuse source de vie dans la sous-région. Il risque le même

2
18
Ayant abrité l’ancienne Mer Paléotchadienne, de par sa
formation géologique et sa position géographique, le Tchad
regorge plusieurs ressources minières, minérales, végétales
et animales. Ce sont les ressources naturelles dont dispose
ce pays. Elles ont fait l’objet de convoitises et conflits au
niveau international que national. Au niveau international,
la plus flagrante était l’invasion libyenne de KADHAFI
Mouammar dès 1973 de la bande d’Aozou. Au niveau
national, les récurrents affrontements entre bandes armées
sur les mines d’or au Tibesti et au Batha constituent depuis
quelques années des problèmes sans solutions appropriées.
Depuis l’exceptionnelle sécheresse des années 1968 à
1973, on assiste dans l’ensemble du Sahel, et au Tchad plus
précisément à la dégradation sans interruption du fragile
équilibre entre l’homme et son environnement, se traduisant
par la désertification des zones plus sensibles. Pour le Doyen
KAMTO Maurice, « la désertification bouleverse l’équilibre
écologique des zones affectées, entraîne la disparition totale de

triste sort de la Mer d’Aral. Le recul dramatique de sa superficie peut


s’expliquer par l’utilisation excessive de ses eaux et des rivières, ainsi que
l’irrigation, le facteur déterminant reste le réchauffement climatique. La
baisse du niveau du lac se manifeste par l’émersion des sommets de dunes
précédemment immergés. Comme conséquence, la navigation y est
désormais impossible de nos jours. Toutefois, un projet de renflouement
du lac Tchad soutenu par le NEPAD (Nouveau Partenariat pour le
Développement de l’Afrique) consisterait à détourner une partie des eaux
de l’Oubangui (bassin du Congo), ceci grâce à un canal de 1 350 km. A côté
de ces importants fleuves et lac, il existe de lacs dits d’Ounianga dans la
partie saharienne du pays, qui font du désert tchadien, un désert clément
car on y trouve de l’eau. Le lac Léré et ses derniers lamantins, constituent
d’importants éléments du patrimoine national. Lire Tchad et Culture, 8ème
forum mondial sur la sauvegarde du lac Tchad : le débat continue, n° 291,
novembre 2010, p.24.

2 19
certains écosystèmes et met directement en péril la survie de
nombreuses populations26 ». Elle est en effet, « soit un processus
d’expansion de la zone désertique, soit une mutation aride
d’une zone précédemment dotée d’un potentiel floristique et/ou
agricole. Elle n’est donc pas nécessairement liée à l’existence
d’un désert. Elle résulte de divers facteurs au rang desquels les
variations climatiques et les activités humaines27 ». L’une des
plus grandes menaces environnementales au Tchad est la
désertification28. La lutte contre la désertification est une
priorité en matière d’environnement. Le Tchad fait ainsi face
à plusieurs défis environnementaux à la suite de l’une des plus
grandes sécheresses de toute son histoire ayant sévi sur
l’ensemble du territoire national.
L’instabilité politique dont a fait l’objet le Tchad au
lendemain de l’indépendance, a eu de sérieuses répercussions
sur la protection de l’environnement. C’est à juste raison qu’il
ressort du Principe 1 de la Déclaration de Rio que « la paix, le
développement et la protection de l’environnement sont
interdépendants et indissociables ». Il faut souligner qu’un lien
fort existe entre la paix, le développement et la protection de

26
KAMTO Maurice, « La désertification. Aperçu écologique et esquisse
pour une convention sur les zones désertiques, arides, semi-arides, et sèches
subhumides », in PRIEUR Michel et DOUMBE-BILLE Stéphane, Droit de
l’environnement et développement durable, Limoges, PULIM, 1994, p.150.
27
Ibidem, p.151.
28
Au Tchad, le désert avance d’un kilomètre par an (1km/an) et se trouve
aux portes de la capitale N’Djamena. « A ce sujet, la comparaison de la
limite septentrionale de la végétation sur une période de 20 ans fait
ressortir une régression de l’ordre de 100 km. Ce qui donnerait une
régression du désert avoisinant 5 km par an ». Cette estimation date de
1993, V.Rapport final, Commission Environnement, Santé, Affaires
Sociales, Condition de la Femme et Droits de l’Enfant, Conférence
Nationale Souveraine, N’Djamena, 1993, p.2.

2
20