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Droit de la consommation BENNIS BENNANI

par za3o9a | etudier.com

Introduction

Dans un monde où la protection des droits des consommateurs est devenue l'une des
impératives, Le Maroc a accompagné sa politique de libéralisation de l’économie et
d'ouverture sur les marchés extérieurs par l'adoption de mesures législatives,
réglementaires et institutionnelles visant à renforcer la protection du consommateur. Cette
dernière nécessitant une intervention agissante des associations actives dans le domaine
de la protection des consommateurs pour appuyer le rôle de vigilance des gouvernements
sur le marché.
Le Maroc, depuis son indépendance, a connu deux catastrophes majeures qui ont fait
plusieurs milliers de victimes : l’affaire des huiles nocives de Meknès en 1959 et le
tremblement de terre d’Agadir en 1960. Le drame cruel, qui relève d’une action humaine
volontaire, est le premier qui est causé par des commerçants qui avaient mis sur le marché
une huile de table trafiquée qui a provoqué chez la population des dégâts majeurs avec
des milliers de cas de décès ou d’infirmité à vie. 
Cette fraude alimentaire et ses effets ont posé, avec intensité et sensibilité, le problème de
la protection du consommateur.
Les sujets des risques qui touchent la sécurité physique du consommateur, ne sont pas les
seules préoccupations. Plusieurs problèmes se posent aux consommateurs comme le
sujet du pouvoir d’achat des citoyens qui est touché par l’augmentation des prix par
exemple.
Ainsi que plusieurs problèmes qui s’étendent à d’autres secteurs variés comme les
services bancaires, le transport, l’enseignement privé, les soinsmédicaux...
Bref la protection du consommateur couvre tous les aspects en relation avec la
consommation des produits et services, aussi bien auprès des professionnels.
Sur le plan historique, en terre de l’islam, les deux sources fondamentales de la Sharia n’ont
pas manqué de se prononcer sur le sujet de la protection des consommateurs : 
• Le texte coranique a mis en exergue l’obligation de loyauté qui pèse sur le commerçant
au bénéfice du consommateur, dans plusieurs sourates, ex : al ahzab, annas, al aâraf,
houd,...
• La sounna est également riche en informations, dans la mesure où le Prophète a donné
non seulement des directives précises dans ses hadiths, mais a également souligné la
conduite à suivre, à travers son propre comportement honnête et loyal, car il exerçait lui-
même des activités commerciales. Il été surnommé « ALAMINE » en raison de son
comportement exemplaire vis-à-vis aussi bien des autres commerçants que des
consommateurs.
Des organes de contrôle furent ainsi mis en place dans la cité Musulmane, pour veiller à la
loyauté des transactions et à l’autodiscipline dans chaque corps de métiers : il s’agit du
Mohtassib et de l’amine.

L’ancienneté du thème de la protection du consommateur, se conjugue également avec


son universalité. A titre d’exemple, les atteintes à la sécurité physique du consommateur,
ne sont plus confinées à l’intérieur de tel ou tel pays, mais ont désormais une dimension
planétaire : les problèmes des organismes génétiquement modifiés (O.G.M) en sont une
excellente illustration. 
Les enseignements que donne l’histoire du droit et ledroit comparé témoignent de la «
permanence » et de « l’actualité » du thème de la protection du consommateur. Ils
soulignent également la recherche constante par les différents législateurs de la mise en
place de mécanismes appropriés pour défendre le consommateur. Trois tendances
fondamentales se dégagent à ce propos :
- L’application des règles classiques du droit commun (dol, rédhibition, etc.) avec des
extensions jurisprudentielles, en faveur du consommateur, en vue de rétablir l’équilibre du
contrat.
- L’adoption de textes législatifs et réglementaires relevant du droit économique pour
renforcer les dispositions traditionnelles du droit civil, du droit pénal, du droit commercial,
etc. dans ce cas-là, le législateur répond à des situations nouvelles en édictant des règles
spécifiques et ponctuelles, dépourvues d’unité . 
- La mise en place d’une politique de défense des consommateurs, réfléchie et globale,
représente la troisième tendance vers laquelle s’orientent, de plus en plus, les pouvoirs
publics à la faveur du développement du droit de la consommation. Ce mouvement traduit
en effet la volonté des consommateurs de passer de la situation de « victime » au statut de
« partenaire ».
Avant d'être adopté par les juristes, les mots "consommateur" et "consommation" ont
d'abord été utilisés par les économistes. Pour eux, la consommation constitue le dernier
stade du processus économique; elle intervient après la production et la distribution des
biens ou produits qui sont destinés à satisfaire les besoins de la population.
Alors que pour les juristes,l'acte de consommation est un acte juridique qui se traduit
presque toujours par un contrat, écrit et très souvent non écrit, conclu entre un
consommateur et un professionnel ayant la qualité de commerçant ou prestataire de
service (profession libérale par exemple).
Cet acte permet au consommateur d'obtenir, par voie d'achat d'un bien ou d'un service en
vue de satisfaire un besoin personnel ou familiale. 

Dans le cadre du renforcement du cadre juridique relatif à la protection du consommateur,


le ministère de l'Industrie, du Commerce et des Nouvelles technologies a élaboré un projet
de loi portant sur les mesures à prendre pour assurer une meilleure protection des
consommateurs.
Le projet de loi 31-08 sur la protection du consommateur se veut un moyen de
réglementation
En effet, la question qui se pose est :
« Comment le droit de consommation au Maroc protège-t-il les consommateurs à travers
ses lois? »

Plan

Partie I : le droit de la consommation et ses lois de protection du consommateur


Chapitre I : Généralités et contextualité du droit de consommation
Section 1 : Différence entre professionnel et consommateur
Section 2 : Contenu et fondement du droit de la consommation 
Chapitre 2 : les lois du droit de consommation protégeant le consommateur au Maroc
Section 1 : Le projet de loi n°27-00
Section 2 : La loi n°31-08

Deuxième partie : la protection du consommateur au Maroc à travers la loi n°31-08


Chapitre 1 : La protection du consommateur et le contrat de consommation :
Section 1 : La protection du consommateur lors de la formation du contrat
deconsommation
Section 2 : La protection du consommateur lors de l’exécution du contrat de
consommation
Chapitre 2 : l’organisation de La défense des consommateurs et procédures de
constatation des infractions
Section1 : L’organisation de défense des consommateurs
Section 2 : Les procédures de recherche et de constatation des infractions
Conclusion
Partie I : le droit de la consommation et ses lois de protection des consommateurs
Chapitre I : Généralités et contextualité du droit de consommation
Section 1 : Différence entre professionnel et consommateur 
Le droit de la consommation cherche à équilibrer les relations entre professionnels et
consommateurs : il met à la charge des premiers des obligations qui sont autant des droits
pour les seconds. Professionnels d’un côté, consommateurs de l’autre sont les sujets du
droit de la consommation.
A. Définition du professionnel :
Le professionnel est la personne physique ou morale qui agit dans le cadre d’une activité
habituelle et organisée de production, de distribution ou de prestation de service.
Il peut être aussi bien une personne morale qu’une personne physique. Il a, en droit de la
consommation, un sens plus large : une société personne morale a aussi la qualité de
professionnel : elle assume vis-à-vis du consommateur, les mêmes obligations qu’un
professionnel personne physique.
Le droit de la consommation a vocation à s’appliquer à toutes sortes d’activités
professionnelles. On y trouve des producteurs et des distributeurs, des vendeurs de biens
meubles et des marchands de biens immeubles, ainsi que lesprestataires de services de
toutes sortes : banquiers, médecins, garagistes, avocats...

B. La notion du consommateur :
Définition : Le consommateur est une personne physique qui se procure ou qui utilise un
bien ou un service pour un usage non-professionnel.
Premier élément de la définition : des personnes qui se procurent ou qui utilisent. C'est-à-
dire il existe deux catégories de consommateurs :
Ceux qui procurent des biens ou des services dans un but non-professionnel. Les biens ou
les services sont fournis par une autre personne qui est généralement un professionnel. Le
contrat entre le consommateur et le professionnel est appelé contrat de consommation. Il
s’agit d’une vente, louage, prêt, assurance...
Il existe aussi ceux qui utilisent des biens ou des services. Le consommateur qui se
procure est souvent celui qui utilise. Mais il n’en est pas toujours ainsi. Un bien acheté par
une personne peut, par exemple, être utilisé par les membres de la famille, qui sont des
tiers au contrat de vente. Ces tiers utilisateurs sont eux aussi des consommateurs, bien
qu’ils soient un peu en marge d’un droit encore enchaîné à la notion de contrat.
Deuxième élément de la définition : des biens ou des services
L’emploi de ces deux mots, biens ou services, montre que la notion de consommateur
couvre un large domaine et s’applique à des situations variées :
Tous les biens peuvent être objets de consommation, dès lors qu’ils sont acquis ou utilisés
dans un but non-professionnel. Il ne faut pas réduire la consommation aux biens qui sont
détruits dès le premier usage.
Laconsommation s’étend aussi aux services. Certains de ces derniers sont de nature
matérielle, d’autres de nature financière, d’autres encore de nature intellectuelle. Tous
peuvent devenir objet de la consommation.
Troisième élément de la définition : But non-professionnel
Le consommateur se définit donc par opposition au professionnel. A la différence de celui-
ci, le consommateur agit pour un usage personnel ou familial : acheter sa nourriture, se
faire soigner, faire construire son logement...
Du fait de cette finalité personnelle ou familiale, le consommateur est nécessairement une
personne physique, du moins dans une conception stricte.
On voit par là que professionnels et consommateurs ne forment pas deux classes
distinctes de citoyens. Toute personne physique prend, en de multiples occasions de son
existence et pratiquement chaque jour, la qualité du consommateur, même si elle exerce
par ailleurs une activité professionnelle.

Section 2 : Contenu et fondement du droit de la consommation 


A. Contenu du droit de la consommation
Il est difficile de trouver une délimitation précise du droit de la consommation. Les
disciplines juridiques n’ont jamais de frontières tracées, et le droit de la consommation ne
fait pas exception à la règle.
La seule démarche possible est de commencer par le cœur du droit de la consommation,
et d’aller progressivement vers la périphérie.
a) Les règles générales du droit de la consommation :
Le cœur du droit de la consommation est constitué par les règles qui répondent
cumulativement à deux critères :
Leur application réservée auxrelations entre professionnels et consommateurs :
Pour qu’une règle fasse partie du droit de la consommation, il suffit qu’elle s’applique
principalement aux relations entre professionnels et consommateurs.
Leur but de protéger les consommateurs :
Il est difficile de se limiter aux règles dont le but est de protéger les consommateurs. Les
rapports entre professionnels et consommateurs donnent parfois lieu à l’application de
règles qui n’ont pas un but consumériste, mais qui peuvent avoir un effet, positif ou négatif,
sur les consommateurs. Par exemple : l’inexécution du contrat, vices du consentement....
Il existe aussi des règles spéciales, faites pour protéger les consommateurs de tel bien ou
tel service déterminé : produits alimentaires, voitures automobiles, logement, assurances...
Le droit de la consommation est donc plus étendu que le code de la consommation.

b) Pluridisciplinarité du droit de la consommation :


Aujourd’hui, la classification des disciplines juridiques est fondée sur la fonction de la règle
juridique.
Le droit commercial a constitué le premier exemple de ces disciplines nouvelles ; le droit
du travail, le droit de la concurrence, le droit de la distribution, le droit de la consommation
relèvent de la même classification fonctionnelle.
Cette classification est en quelque sorte perpendiculaire : chaque discipline de la seconde
catégorie recoupe les diverses disciplines de la première catégorie. C’est en ce sens que
l’on peut parler de pluridisciplinarité.
Alors les disciplines concernées par le droit de la consommation :
1) Le droitcivil : Il doit être cité en premier, vu que les rapports entre professionnels et
consommateurs donnent lieu dans la plupart des cas, à des contrats de droit privé.
Certaines théories de droit civil, comme l’obligation de sécurité ou l’obligation de
renseignement, ont une importance particulière pour les consommateurs et entrent dans le
champ du droit de la consommation.
2) Le droit pénal : Occupe une place importante dans le droit de la consommation. De
nombreuses obligations imposées aux professionnels dans le but de protéger les
consommateurs sont assorties de sanctions pénales.
3) Le droit judiciaire : a aussi un rôle à jouer en droit de la consommation, tant en
procédure civile qu’en procédure pénale. Il ne suffit pas de protéger les consommateurs au
moyen de règles de fond, il faut encore leur faciliter l’accès à la justice. C’est dans le but
que des procédures simplifiées ont été instituées et que les associations ont reçu le droit
d’agir pour défendre l’intérêt collectif des consommateurs.
4) Le droit administratif : apporte aussi sa contribution au droit de la consommation.
Les agents de l’administration ont pour mission de contrôler l’application des textes
protégeant les consommateurs.

B. Fondement du droit de la consommation :


L’existence du droit de la consommation se fonde sur triple constatation :
Les consommateurs sont naturellement en position de faiblesse vis-à-vis des
professionnels
La loi a pour fonction de protéger le faible contre le fort
Le droit civil classique est impuissant à assurer la protection des consommateurs
La loi a pourfonction de protéger le faible contre le fort. La vie en société ne serait pas
possible si certaines personnes étaient en permanence victimes d’abus de puissance.
Le droit civil classique est impuissant d’assurer cette protection. On trouve bien dans le
code civil des remèdes contre certains déséquilibres contractuels : ainsi la théorie des
vices du consentement, la garantie de la vente... Mais les remèdes du code civil sont
généralement inaccessibles pour les consommateurs, car ils supposent des actions en
justice exercées après la conclusion et souvent même après l’exécution du contrat.
Les règles nouvelles doivent donc prendre une dimension préventive et collective que n’ont
pas celles du code civil, par exemple, retirer du marché les produits dangereux avant qu’ils
ne causent des dommages, ou encore à éliminer les clauses abusives avant que les
contrats ne soient conclus.
Les règles du droit de la consommation, spécialement les règles préventives et collectives,
imposent des contraintes aux professionnels. Elles dérogent donc au principe de liberté du
commerce et de l’industrie. En outre, il est dangereux de donner aux consommateurs
l’impression que la loi les protège en toutes circonstances, ils risquent d’utiliser cette
protection d’une manière abusive, surtout les plus malins.
Enfin, les contraintes imposées aux entreprises ont un coût qui se répercute
nécessairement sur les prix demandés aux consommateurs. Il s’agit des frais de la
protection.

Chapitre 2 : les lois de protection du consommateur au Maroc


Section 1 : le projet de loin°27-00
Un projet de loi, élaboré en 2006. Contient plus de 200 articles, vise à assainir les relations
entre fournisseurs et consommateurs.
Il instaure l’obligation d’informer ces derniers, de protéger leurs intérêts et de renforcer leur
représentation.
Cette ancienne loi oblige ainsi les vendeurs et les prestataires de services à mettre à la
disposition du consommateur toutes les caractéristiques des produits, biens et services
commercialisés avant la conclusion du contrat. Générale, cette obligation est également
minimale.
Elle devra être renforcée par des textes spécifiques. L’utilisation de la langue arabe dans la
désignation, la présentation, l’étiquetage, le mode d’emploi ou le manuel d’utilisation
deviendra obligatoire. Idem pour l’étendue et les conditions de garantie ainsi que les
factures et quittances. L’indication de la date limite de livraison ou de réalisation de la
prestation sera impérative lorsque l’exécution du contrat n’est pas immédiate. Ce titre
sanctionne le caractère abusif de toute clause relevant d’un contrat. Une liste non
exhaustive de 18 clauses abusives est fixée par le texte: réduction du droit à réparation,
modification unilatérale du produit, écriture illisible, suppression de la responsabilité légale
du fournisseur en cas de décès du consommateur.
Ce projet de loi n’a pas pu être réalisé. Il a été remplacé par la loi n°31_08.

Section 2 : la loi n°31-08


A. Description de la loi n°31-08 :
Loi apparue le 18 février 2011, édicte des mesures de protection de consommateurs. Cette
loi, comptant 206 articles, a consacré 10 titres àdifférentes questions, notamment le droit
du consommateur à l'information, la protection du consommateur contre les clauses
abusives insérées dans les contrats d'adhésion. Ainsi qu'un titre autour de la
réglementation de certaines pratiques commerciales, comme la publicité, le démarchage.
Un titre sur les associations de consommateurs, un autre sur les sanctions pénales.
Cette loi s'inspire de la législation européenne en matière de protection du consommateur
et de la loi dite « Scrivener », introduite dans le code français de la consommation et qui a
pour but de protéger le consommateur contre les dangers de certains crédits.
Cette loi introduit des innovations, au niveau du droit de la vente en procurant une
protection et des garanties légales au consommateur, comme le droit de rétraction de sept
jours pour les droits conclus à distance et ceux qui découlent de l'obligation d'information
qui est à la charge du vendeur.
En outre, cette loi  institue à la fois un cadre juridique et culturel dans lequel doivent
s'exercer les relations entre vendeurs et prestataires de services, d'une part, et le
consommateur, d'autre part, qui sont parties à un acte de développement responsable.
B. Finalités de la loi n°31-08 :
La nouvelle loi n°31-08 édictant des mesures de protection de consommateurs, a pour
finalité :
• D’assurer l’information appropriée et claire du consommateur sur les produits, bien ou
services qu’il acquiert ou utilise ;
• De garantir la protection du consommateur quant aux clauses contenues dans les
contrats de consommation notamment les clausesabusives et celles relatives aux services
financiers, aux crédits à la consommation et immobiliers, aux ventes à distance et aux
démarchages ;
• De fixer les garanties légales et conventionnelles des défauts de la chose vendue et le
service après-vente ainsi que les conditions et les procédures relatives à l’indemnisation
ou à la réparation des dommages ou préjudices touchant le consommateur ;
• D’assurer la représentation et la défense des intérêts des consommateurs à travers les
associations de consommateurs.
Deuxième partie : la protection du consommateur au Maroc à travers la loi n°31-08
Chapitre 1 : La protection du consommateur et le contrat de consommation :
Section 1 : La protection du consommateur lors de la formation du contrat de
consommation
1- La notion du contrat de consommation
La nouvelle loi n’a pas apporté de définition au contrat de consommation. Cependant, pour
en appréhender les apports, nous allons tenter d’apporter des éclaircissements quant à
cette notion.
En général, le contrat de consommation est un contrat d'adhésion qu’on peut définir
comme la convention par laquelle un professionnel procure à un consommateur une
marchandise ou une prestation de service. Les règles de formation et d'exécution de ce
contrat obéissent avant tout à celles du droit civil qui, en tant que droit commun, a vocation
à s'appliquer à l'ensemble des contrats.
Cependant, à la lecture de la nouvelle loi, il parait que le droit de la consommation déroge
aux principes de formation des contrats en prévoyant des délais de réflexion et un droit de
repentir,il impose des obligations d'information et met en œuvre un contrôle du contenu
par le biais des règles applicables aux clauses abusives ou en incluant dans le contrat une
obligation générale de sécurité.
2- L’obligation d’information
Dans le cadre contractuel, celui qui détient l'information dispose d'un pouvoir considérable
sur son cocontractant.
Pour éviter que le professionnel n'abuse de l'information que lui confère sa compétence
pour tirer des profits illégitimes, la nouvelle loi l'oblige à la partager avec son
cocontractant.
L’article 3 met à la tête du fournisseur une obligation de mettre, par tout moyen approprié,
le consommateur en mesure de connaître les caractéristiques essentielles du produit, bien
ou du service et lui fournir les renseignements susceptibles de lui permettre de faire un
choix rationnel compte tenu de ses besoins et de ses moyens.
A cet effet, il doit notamment par voie de marquage, d’étiquetage, d’affichage ou par tout
autre procédé approprié, informer le consommateur sur les prix des produits et biens et
tarifs des services, les limitations éventuelles de la responsabilité contractuelles, le cas
échéant, et les conditions particulières de la vente ou de la réalisation de la prestation.
Le fournisseur a donc une obligation générale d’information vis-à-vis du consommateur.
Les modalités de l’information seront fixées par voie réglementaire.
De cette obligation d’information du consommateur, peut découler deux objectifs :
• Protéger le consentement du consommateur à l’encontre des mensonges, tromperie ou
de simples omissions surses droits ou sur les caractéristiques essentielles d’un bien ou
d’un service.
• Protéger la santé et la sécurité du consommateur.
3- Le droit de rétractation
Aux termes de l’article 230 du DOC, les obligations contractuelles valablement formées
tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites, et ne peuvent être révoquées que de leur
consentement mutuel ou dans les cas prévus par la loi.
Le principe de la liberté contractuelle découlant de l’article précédent, entraîne la force
obligatoire des conventions. Cependant, le droit de la consommation, partant de
l’existence d’une inégalité de situation entre le fournisseur et le consommateur, offre à ce
dernier la possibilité de se rétracter dans un délai légal.
Le droit de rétractation consiste dans la faculté, pour le consommateur, de revenir sur son
consentement, sans justification particulière de motifs, sans pénalités, et cela durant un
certain délai (7 jours ou trente jours selon le cas). Cette faculté est offerte dans 3 cas :
• La vente à distance : (ex : Internet ou téléphonie) (article 36).
• La vente à domicile, à résidence ou au lieu de travail suite à un démarchage (article 49).
• La vente à crédit (article 85).
4- Le consommateur face à la publicité
L’article 21 de la nouvelle loi pose une interdiction de principe de la publicité mensongère
ou trompeuse. En effet, il interdit toute publicité comportant, sous quelque forme que ce
soit, des allégations, indications ou présentations fausses ou de nature à induire en erreur,
sous quelque forme que ce soit, lorsque celles-ci portent sur un ou plusieurs deséléments
ci-après : existence, nature, composition, qualités substantielles, teneur en principes utiles,
espèce, origine, quantité, mode et date de fabrication, propriétés, date de péremption prix
ou tarif et conditions de vente des biens, produits ou services objets de la publicité,
conditions ou résultats de leur utilisation, motifs ou procédés de la vente ou de la
prestation de services, portée des engagements pris par l’annonceur, identité, qualités ou
aptitudes du fabricant, des revendeurs, des promoteurs ou des prestataires. »
De même, la publicité comparative, aux termes de l’article 22, n’est autorisée que si elle est
loyale, véridique et qu’elle n’est pas nature à induire en erreur le consommateur.
Cette interdiction touche, aussi, toute utilisation du courrier électronique à des fins de
publicité, sans le consentement préalable, libre, informé et exprès du consommateur.
L’auteur des infractions précitées est puni de la façon suivante :
• Une peine d’emprisonnement d’un mois à un an ;
• Une amende de 50.000 à 250.000 Dh. En cas de personne morale, l’amende peut
atteindre 1.000.000 Dh ;
• Publication et/ou l’affichage du jugement ;
• Cessation de la publicité litigieuse.
5- Les règles relatives au démarchage à domicile, à résidence ou au lieu de travail
La conception de démarchage telle qu’elle est adoptée par la nouvelle loi, est large puisque
sont visées toutes les situations de démarchage dans les lieux non destinés à la
commercialisation du bien, produit ou du service proposé (art. 45).
La loi donne comme exemple le démarchage au domicile d’unepersonne physique, à sa
résidence ou à son lieu de travail, même à sa demande.
Les règles obligatoires en matière de démarchage sont :
• La rédaction d’un contrat écrit comportant, à peine de nullité, un certain nombre de
mentions obligatoires ;
• Un formulaire détachable doit être intégré à l’exemplaire du contrat remis au
consommateur ;
• Le consommateur a la faculté de se rétracter dans un délai maximum de sept jours à
compter de la commande ou de l’engagement d’achat.
En cas de non-respect de ces règles, les peines encourues par le démarcheur ou par le
commanditaire sont :
• Une amende de 1.200 à 25.000 Dh ;
• Une amende de 50.000 à 1.000.000 Dh si le contrevenant est une personne morale.
Sur le plan civil, l’omission d’une mention obligatoire entraîne la nullité du contrat.
Section 2 : La protection du consommateur lors de l’exécution du contrat de
consommation
1- Dispositif d’élimination des clauses abusives
L’article 15 de la nouvelle loi prévoit qu’elle est abusive, toute clause qui a pour objet ou
pour effet de créer, au détriment du consommateur, un déséquilibre significatif entre les
droits et obligations des parties au contrat.
Le caractère abusif d’une clause s’apprécie en se référant, au moment de la conclusion du
contrat, à toutes les circonstances qui entourent sa conclusion, de même qu’à toutes les
autres clauses du contrat. Il s’apprécie également au regard de celles contenues dans un
autre contrat lorsque la conclusion ou l’exécution de ces deux contrats dépendent
juridiquement l’un de l’autre.
Lorsqu’un consommateur constate qu’une telleclause figure dans un contrat, il peut saisir
le juge. Dans ce cas, le fournisseur doit apporter la preuve du caractère non abusif de
ladite clause. Si la clause est reconnue abusive par le juge saisi, elle est réputée non écrite.
En effet, le contrat restera applicable dans toutes ses dispositions autres que celles jugées
abusives s’il peut subsister sans lesdites clauses.
2- Le système de garantie renforcé
Tout vendeur est tenu d’une garantie impérative de vices cachés qui se trouve, aujourd’hui,
être renforcée par la nouvelle loi. En effet, l’article 65 de cette loi rend inapplicable aux
contrats de vente de biens ou de produits conclus entre fournisseurs et consommateurs, la
règle édictée par le DOC qui permet au vendeur de ne pas répondre des vices de la chose
ou de l'absence des qualités requises s'il a stipulé qu'il ne serait tenu d'aucune garantie.
Le texte définit la garantie conventionnelle comme toute garantie supplémentaire que le
fournisseur peut proposer au consommateur mais à la condition d’en définir précisément
la durée et la portée. Il doit, en outre, lui préciser dans sa proposition de garantie
conventionnelle, que la garantie légale s’applique en tout état de cause.
3- La lutte contre le surendettement accentué
Vu la nature des contrats utilisés en matière de crédit considérés comme des contrats
d’adhésion, la nouvelle loi réserve tout un titre relatif à l’endettement. Dans ce titre, il traite
du crédit à la consommation et du crédit immobilier.
Ce titre conditionne la validité des contrats de crédits immobiliers et à la consommation
parune obligation imposant au fournisseur de présenter une offre préalable de crédit écrite
au consommateur, de manière à ce que ce dernier puisse apprécier la nature et la portée
de l’engagement financier auquel il peut souscrire et les conditions d’exécution du contrat.
Le contenu de cette offre est défini d’une manière détaillée.
Le consommateur peut se rétracter même si l’acceptation de l’offre est finale. Il peut, aussi,
à son initiative, rembourser son crédit par anticipation.
En cas de problèmes financiers empêchant des remboursements réguliers notamment en
cas de licenciement, le consommateur bénéficie d’un délai de grâce sous conditions. La
suspension est décidée par Ordonnance du Président du Tribunal compétent qui peut, en
plus décider que, durant le délai de grâce, les sommes dues ne produiront point intérêt.

Chapitre 2 : l’organisation de La défense des consommateurs et procédures de


constatation des infractions
Section1 : L’organisation de défense des consommateurs
Les dispositions de cette nouvelle loi s’étendent également aux associations. En effet, la
défense des consommateurs peut être conduite collectivement par les associations de
consommateurs.
1- Le rôle des associations de consommateurs
Les associations de consommateurs assurent l’information, la défense et la promotion des
intérêts des consommateurs, et concourent au respect de la nouvelle loi.
L’article 153 de la nouvelle loi exclut de la dénomination des associations de
consommateurs et du champ d’application de cette loi, les associations qui :
• Comptent parmileurs membres des personnes morales ayant une activité à but lucratif ;
• Perçoivent des aides ou subventions d’entreprises ou de groupements d’entreprises
fournissant des produits, biens ou services aux consommateurs ;
• Font de la publicité commerciale ou qui n’a pas un caractère purement informatif, pour
des biens, produits ou services ;
• Se consacrent à des activités autres que la défense des intérêts des consommateurs ;
• Poursuivent, sous quelque forme que ce soit, un but à caractère politique.
2- Les associations des consommateurs reconnues d’utilité publique et leurs pouvoirs
Peuvent être reconnues d’utilité publique, les associations des consommateurs répondant
aux conditions fixées par la législation et la réglementation en vigueur relatives au droit
d’association.
Ces associations auront à se constituer en une Fédération nationale de défense des
consommateurs qui acquiert de plein droit la reconnaissance d’utilité publique. Cette
reconnaissance lui est reconnue par décret.
Il y a lieu de signaler que seules les associations de consommateurs reconnues d’utilité
publique et la fédération nationale les regroupant, peuvent se constituer en partie civile par
le biais des actions en justice au profit de l’intérêt collectif des consommateurs ou pour la
suppression des clauses abusives ou illicites. De même, elles peuvent intervenir devant la
Justice pour faire cesser des agissements illicites ou supprimer une clause illicite.
En outre, elles peuvent exercer des actions en représentation conjointe si elles sont
mandatées par les consommateurs personnesphysiques ayant subi des préjudices
individuels qui ont été causés par le fait d’un même professionnel.
Par ailleurs, les associations non reconnues d’utilité publique et dont l’objet est
exclusivement la protection des consommateurs, ne peuvent agir en justice qu’après avoir
reçu une autorisation spéciale selon les conditions à fixer par un texte réglementaire.
Section 2 : Les procédures de recherche et de constatation des infractions
Vu la spécificité du droit de la consommation par rapport au droit commun, la nouvelle loi
détermine des procédures spéciales de recherche et de constatation des infractions.
1- Le corps des inspecteurs assermentés
Des inspecteurs assermentés et porteurs d’une carte professionnelle délivrée par
l’administration compétente, seront spécialement commissionnés à l’effet de procéder à la
recherche et à la constatation des infractions portant atteinte aux droits des
consommateurs. Lesdits agents sont astreints au secret professionnel.
2- La constatation des infractions par PV
Les constatations des infractions donnent lieu à l’établissement de procès-verbaux qui
sont transmis au procureur du Roi compétent au plus tard dans les quinze jours à partir de
la fin des enquêtes.
Ces PV doivent énoncer la nature, la date et le lieu des constatations ou des contrôles
effectués. Ils sont signés par l’enquêteur et par la personne concernée par les
investigations. En cas de refus de celle-ci de signer, mention en est faite au Procès-Verbal.
Un double est laissé aux parties intéressées. Ils font foi jusqu’à preuve du contraire.
3- Le pouvoir desenquêteurs
Les enquêteurs peuvent accéder à tous locaux, terrains ou moyens de transport à usage
professionnel, demander la communication des livres, des factures et tout autre document
professionnel et en obtenir ou prendre copie par tous moyens et sur tous supports,
recueillir sur convocation ou sur place les renseignements et justifications.
Les PV correspondants doivent indiquer que le contrevenant a été informé de la date et du
lieu de leur rédaction et que sommation lui a été faite d’assister à cette rédaction.
Il y a lieu de signaler que les visites en tous lieux ainsi qu’à la saisie de documents et de
tout support d’information diligentées par les enquêteurs, ne peuvent avoir lieu que dans le
cadre d’enquêtes demandées par l’administration compétente, sur autorisation motivée du
procureur du Roi dans le ressort duquel sont situés les lieux à visiter.
La visite et la saisie s’effectuent sous l’autorité et le contrôle du procureur du Roi qui les a
autorisées. Pour cette raison, il désigne un ou plusieurs officiers de police judiciaire
chargés d’assister à ces opérations et de le tenir informé de leur déroulement.
En matière de publicité mensongère, trompeuse ou comparative, les enquêteurs peuvent
exiger de l’annonceur la mise à leur disposition de tous les éléments propres à justifier les
allégations, indications ou présentations publicitaires. Ils peuvent également exiger de
l’annonceur, de l’agence de publicité ou du responsable du support la mise à leur
disposition des messages publicitaires diffusés. En outre, l’annonceur pour le compte
duquel lapublicité comparative est diffusée doit être en mesure de prouver dans un bref
délai l’exactitude matérielle des énonciations, indications, et présentations contenues dans
la publicité.

Conclusion

D’après la recherche on a pu constater que le droit de la consommation est un droit qui


protège l’acheteur, il corrige ainsi l’inégalité de situation entre le vendeur professionnel qui
dispose de l’information et le consommateur qui ne dispose pas des compétences
nécessaires.
Dans le cadre des contrats que concluent le ces deux derniers, la loi confère donc au non-
professionnel plusieurs droits, essentiellement le droit à l’information.
Le consommateur peut être défendu par des organismes ainsi que des associations qui
protègent ses droits et également ses intérêts.
Au Maroc, le droit de consommation est un reflet de double dialectique, où la démarche
étatique classique est enrichie par un mouvement social profond qui plaide pour la
citoyenneté économique. C’est un droit évolutif qui tente de s’adapter le plus rapidement
possible dont peuvent être victimes les consommateurs.

Bibliographie

Droit de la consommation 8e édition ( Auteur : Calais-Auloy, Jean, Temple, Henri) /


(Editeur : Dalloz) / (Publication : 2010)

Article : « Loi sur la protection du consommateur : Un nouveau jalon dans l'édifice du droit
de la consommation » Par : El Mostafa NASSIRI / Publié dans L’opinion le 11- 06 – 2011

Dahir des obligations et contrats

Le projet de loi n° 27-00

Abdellah BOUDAHRAIN : « Le droit de la consommation au Maroc», éd. AL MADARISS,


Casablanca 1999