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SOIXANTE ANS D'ÉCONOMIE DU DÉVELOPPEMENT : QU'AVONS-NOUS

APPRIS POUR LE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE ?

Alain de Janvry et Elisabeth Sadoulet

De Boeck Supérieur | « Revue d'économie du développement »

2013/2 Vol. 21 | pages 9 à 21


ISSN 1245-4060
ISBN 9782804183424
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Soixante ans d’économie
du développement :
qu’avons-nous appris
pour le développement économique ?
Sixty Years of Development Economics:
What Have we Learned for Economic Development?
Alain de Janvry
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Élisabeth Sadoulet*

Soixante ans après son introduction dans les milieux académiques, l’économie du développement
est devenue un domaine reconnu de la science économique. Elle a fait ses preuves en publiant ses
recherches dans les grandes revues économiques, en mobilisant une vaste clientèle d’étudiants et
de chercheurs, en recevant des ressources financières importantes des acteurs du développement
et en ayant une influence sur les prises de décision pour le développement. Nous identifions
cinq leçons pour que ses succès passés se reproduisent dans le futur : maintenir un engagement
soutenu avec la politique économique, définir des priorités de recherche afin d’assurer la per-
tinence pour le développement, pousser les découvertes vers des thèmes d’importance à plus
grande échelle, étendre le domaine de l’identification des causalités pour les recommandations de
politique économique, et renforcer la capacité de l’État de jouer son rôle en complément à celui
du marché et de la société civile.

Mots-clés : Économie du développement, développement économique,


convergence, pauvreté.
Classification JEL : O10, N01, O47.
Sixty years after its entry in academic circles, development economics has now been main-
streamed in economics. It has proven itself in placing articles in top economic journals, in mobi-
lizing a vast membership of students and researchers, in receiving important financial contribu-
tions from development actors, and in influencing decision-making in economic development.
We identify five lessons for its past successes to be reproduced in the future: maintain a strong

*
Université de Californie à Berkeley et FERDI.

9
10 Alain de Janvry et Élisabeth Sadoulet

engagement with policy advice, define research priorities to secure pertinence for development,
push for discoveries on themes with greater importance, extend the identification of causal rela-
tions to the level of policy recommendations, and consolidate the capacity of the state to fulfill its
functions in complement with those of the market and civil society.

Key words: Development economics, economic development, convergence,


poverty.

Si l’économie du développement est un domaine de la pensée économique dont


le but est d’aider les pays en retard à rattraper ceux qui sont en avance sur
eux, surtout en ce qui concerne le revenu par habitant, alors elle doit être
un des plus anciens domaines de la science économique contemporaine. Dès
que l’Angleterre a réussi à s’industrialiser avant ses voisins, l’économie du
développement était née. Elle a permis de définir des stratégies d’industriali-
sation accélérée en France à la fin des guerres Napoléoniennes, en Allemagne
sous Bismarck, en Russie après l’abolition du servage, aux États-Unis après
la Guerre Civile, et au Japon avec la restauration de la dynastie des Meiji.
C’est à la fin des années 1940 et au début des années 1950 que l’économie du
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développement s’est établie comme une discipline académique, il y a soixante
ans. Cela s’est produit dans le contexte de récessions des pays industrialisés,
mettant fin à la division du travail selon laquelle les pays en voie de dévelop-
pement pouvaient compter sur l’importation de biens industriels en échange
des exportations du secteur primaire, et aussi dans le contexte de l’écroule-
ment des régimes coloniaux et l’émergence de nouveaux pays indépendants ;
ces deux cas créant une demande pour des directives visant un rattrapage
industriel. Ce soixantième anniversaire nous donne l’occasion de regarder en
arrière ce qui a été réalisé et de tirer des leçons sur la façon de relever les défis
futurs du développement économique.
Pendant cette période, les économistes du développement ont montré que
le développement économique peut en effet réussir, quelquefois pour des pays
considérés comme des causes perdues pour un décollage vers une croissance
soutenue, et que l’économie du développement a souvent joué un rôle décisif
pour assurer ces succès. Dans cette pratique, le domaine lui-même s’est pro-
fondément transformé. Aujourd’hui, l’économie du développement est bien
plus multidimensionnelle et analytique qu’au temps des « pionniers » (Meier,
1985). La profession est devenue une composante reconnue de la science éco-
nomique, la plupart des grandes universités offrant une spécialisation en éco-
nomie du développement dans leurs départements d’économie. Elle a attiré
un grand nombre de talents exceptionnels, satisfaisant ainsi le « test de recru-
tement » proposé par Hirschman comme critère du succès professionnel d’une
Soixante ans d’économie du développement 11

discipline scientifique. Elle a reçu des ressources financières considérables de


la part des organisations internationales, des agences bilatérales de dévelop-
pement, et des bailleurs de fonds. Et elle a contribué au succès du dévelop-
pement, avec l’élargissement du club de la convergence vers une affiliation
de plus de quatre milliards de personnes, la réduction du taux de pauvreté
extrême de 50 % pendant les 25 dernières années (Chen et Ravallion, 2008) et
l’émergence d’une classe moyenne mondiale grandissante (Ravallion, 2010).
Les contributions de l’économie du développement à ces événements ont eu
lieu par le biais d’idées tirées de la recherche, du conseil à la formulation des
politiques économiques, et de l’enseignement. Une grande partie de cette in-
fluence a été invisible, incorporée dans le capital humain d’étudiants rentrant
dans leurs propres pays après une formation à l’étranger. Cela a été le cas, par
exemple, de la collaboration du Yale Economic Growth Center avec Taiwan
et le Pakistan, de la « mafia de Berkeley » en Indonésie, des Chicago Boys au
Chili, de la formation d’économistes Chinois par D. Gale Johnson au Centre
Chinois pour la Recherche en Économie, de la collaboration des universités
publiques Américaines par le biais du Titre XII de l’USAID avec des universi-
tés agricoles de par le monde, et de la formation de centaines d’économistes du
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développement en Afrique subsaharienne dans le cadre du Consortium pour
la Recherche Économique en Afrique (AERC). Le CERDI a, au fil des années,
lui aussi formé des centaines de fonctionnaires en économie du développement
et en administration publique dans le cadre de son Programme de Gestion
de la Politique Économique (GPE), dont beaucoup occupent aujourd’hui des
postes publics clés dans leurs propres pays. Beaucoup reste à apprendre de
cette période de soixante ans, un apprentissage d’autant plus nécessaire que
des défis importants restent encore à relever et doivent être résolus pour que
l’avenir du développement économique soit assuré. C’est ce que nous discu-
tons dans cet article.
Première leçon : La genèse, l’image de marque, et l’enthousiasme
pour l’économie du développement sont venus historiquement de
son engagement dans la politique économique. Cet engagement doit
être maintenu dans le contexte actuel d’intégration du domaine
comme une discipline académique de la science économique.
A ses origines, l’économie du développement était fortement orientée vers la
résolution des problèmes. Elle a surgi dans les années 1940 et 1950 en réponse
aux demandes de la part des gouvernements pour des conseils de politique sur
la façon d’accélérer la croissance et l’industrialisation. Ces demandes ont été
renforcées dans les années 1960 par l’indépendance des pays d’Afrique au sud
du Sahara, avec eux aussi des visions de rattrapage des niveaux de vie de leurs
populations.
12 Alain de Janvry et Élisabeth Sadoulet

Être une source de conseils pour la formulation des politiques écono-


miques de rattrapage était donc un objectif fondamental de l’économie du
développement à son origine. On lui demandait de résoudre le « problème du
sous-développement » tel qu’il se posait à ces époques. Cela impliquait aussi
pour les économistes du développement une préoccupation pour la mise en
œuvre de ces politiques. C’est la raison pour laquelle il leur fallait avoir une
compréhension globale de la politique économique, transversale aux diffé-
rentes disciplines en économie, avec une préoccupation pour l’économie poli-
tique de la politique économique, et une pratique de l’interdisciplinarité pour
en assurer le succès.
Il n’est donc pas surprenant que les « pionniers » du développement dans
les années 1940 et 1950 étaient activement impliqués dans la politique éco-
nomique, travaillant de façon proche avec les gouvernements des pays en
voie de développement. Ce fut le cas de Hirschman, Lewis, Prebisch, Myrdal,
Rosenstein-Rodan, et Tinbergen. Mais c’est aussi ce qui fit de l’économie du
développement un domaine non conformiste dans la science économique. En
étant aussi vaste et orientée vers la politique économique, les idées nouvelles
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étaient abondantes (Bardhan, 1993), mais la rigueur faisait souvent défaut re-
lativement aux autres domaines de l’économie. L’économie du développement
était plus intégrative et interdisciplinaire que spécialisée dans un ensemble de
techniques analytiques rigoureuses, comme c’était le cas des autres domaines
de la science économique.
La leçon à en tirer ici est que l’objectif normatif de l’économie du déve-
loppement a été la clé de son succès, et que cet objectif doit être prudemment
préservé. L’intégration de l’économie du développement dans la science éco-
nomique, qui s’est effectivement réalisée dans les 10-15 dernières années, doit
être rendue compatible avec la poursuite de cet engagement dans la politique
économique. Cela crée des tensions évidentes pour les universitaires, et le be-
soin de trouver des compromis créatifs pour servir deux maîtres : les demandes
académiques de publier dans les meilleures revues professionnelles, comme
dans les autres domaines de l’économie, et le besoin de pertinence pour la poli-
tique économique dans la pratique du développement. Aujourd’hui, beaucoup
d’économistes du développement ont été incroyablement ingénieux pour tirer
des articles économiques de première qualité de leurs engagements profonds
dans le conseil à la politique et aux programmes de développement. Cette voie
délicate au succès professionnel comme économiste du développement doit
être étudiée en détail. Cette concurrence requiert la capacité de voir le géné-
rique dans le particulier, le potentiel pour le normatif dans l’analyse positive,
et ce qui est politiquement faisable dans la logique des recommandations de
Soixante ans d’économie du développement 13

politique économique. Elle requiert d’être capable de tirer parti de l’engage-


ment dans la politique économique pour en extraire des leçons sur des aspects
fondamentaux des comportements humains, le dessein institutionnel, et la
formulation des politiques. Le succès dans le domaine de l’économie du déve-
loppement est certainement un art d’une grande difficulté à exercer.
Deuxième leçon : Les objectifs du développement économique sont
devenus de plus en plus multidimensionnels. Cela implique le besoin
de donner des priorités et de cibler la recherche en économie du
développement sur des sujets de première importance pour le déve-
loppement économique.
Les objectifs du développement ont changé dans le temps. Ils ont évolué de (1)
la croissance et l’industrialisation dans les années 1940 et 1950, à (2) la réduc-
tion de la pauvreté et la satisfaction des besoins essentiels (santé, éducation)
dans les années 1960 et 1970, (3) la stabilisation et l’ajustement pour la reprise
de la croissance dans les années 1980 et 1990, (4) atteindre les Objectifs du
millénaire pour le développement, y compris la réduction de l’extrême pau-
vreté et de la faim, la satisfaction des besoins essentiels, et assurer un environ-
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nement durable dans les années 2000, et (5) répondre aux demandes des pays
pour un bien-être multidimensionnel dans la période actuelle. Les objectifs du
passé ne sont donc plus forcément en vigueur, et les objectifs actuels doivent
être basés sur la vision propre à chaque pays de son avenir et le choix du mo-
dèle de développement économique qui lui correspond. Définir les priorités du
développement doit donc être basé sur des diagnostics d’ensemble du dévelop-
pement, et pas seulement sur des diagnostics de croissance comme le propose
Rodrik (2007), qui de façon explicite identifient les arbitrages à faire entre les
objectifs de développement. C’est un rôle important que les économistes du
développement doivent remplir non seulement pour chaque pays en question,
mais aussi pour eux-mêmes en établissant leurs priorités de recherche.
Aider un pays à réaliser sa vision et ses priorités pour son développement
peut être différent des objectifs et des priorités de la recherche académique. Le
premier va favoriser le « grand jeu » de ce qui permettra au pays de réaliser son
développement ; le second va souvent favoriser le « moindre jeu » de questions
de recherche à la fois intellectuellement intéressantes et faisables en termes
de recherche rigoureuse (Rosenzweig, 2012). La conséquence est que l’on a vu
dans les années récentes plus de progrès avec le moindre qu’avec le grand jeu,
avec des études au niveau micro plutôt que meso et macro- économique, et le
lien entre les deux a souvent été perdu (Foster et Rosenzweig, 2010). Moindre
au lieu de grand implique de donner plus d’attention au secteur informel que
formel, aux micro et petites entreprises au lieu des moyennes et grandes, à
l’emploi indépendant plutôt qu’au marché du travail, à la micro-finance au
14 Alain de Janvry et Élisabeth Sadoulet

lieu des prêts faits par des banques commerciales, à l’auto-assurance et l’as-
surance mutuelle au lieu de l’assurance commerciale, au rôle des comporte-
ments pour l’adoption des innovations plutôt qu’au rôle de la profitabilité et
des équilibres de marché, et aux transferts en espèces conditionnels ou non
conditionnels plutôt qu’à la création de revenus par les individus. Cela ne
veut pas dire que les deux soient incompatibles. Au contraire, la poursuite
des « moindres » objectifs peut être une voie stratégique pour atteindre les
« grands » objectifs. L’agriculture de subsistance, les filets de sécurité sociale,
les start-ups de micro-entreprises, et l’apprentissage de la compétitivité dans
le secteur informel peuvent être des voies vers le grand jeu. Cependant, pour
que cela arrive, il faut identifier et utiliser dans ce but la vision, les arbitrages,
les diagnostics, et les priorités du développement. Ce lien est trop souvent
absent. Le moindre jeu devient alors une poursuite intellectuelle, une source
efficace de publications, ou un objectif populiste en lui-même.
La leçon à en tirer ici est que l’élargissement et la spécificité des agen-
das nationaux de développement requièrent une focalisation précise de la re-
cherche académique selon des axes qui lui permettent d’aborder les questions
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prioritaires pour le développement. Si cet exercice n’est pas fait, le moindre
jeu aura tendance à dominer la recherche et le but normatif de l’économie du
développement sera mal servi par l’intégration académique de la discipline
dans la science économique.
Troisième leçon : Il existe une multiplicité de chemins spécifiques
pour réussir le développement, la plupart d’entre eux étant à décou-
vrir. L’innovation, l’expérimentation, et l’apprentissage sont donc
l’essence de l’économie du développement.
Lindauer et Pritchett (2002) nous disent que les « grandes idées » du déve-
loppement qui existaient dans les années 1960-1970 et 1980-1990 n’ont pas
donné lieu à de telles nouvelles idées pour les années 2000. Dans les années
1960-1970, les grandes idées avaient pour sujet le rôle central de l’État pour
combattre les défaillances du marché, la priorité à donner à l’accumulation
du capital pour la croissance, la gestion des déséquilibres sectoriels comme
instrument pour accélérer la croissance, et le recours à l’aide internationale
comme source de fonds d’investissements. Dans les années 1980-1990, les
grandes idées concernaient le rôle central du marché, du commerce interna-
tional et de l’investissement privé pour la croissance, la méfiance vis-à-vis de
l’intervention de l’État, et le rôle de l’aide au développement pour la mise
en place des équilibres macro-économiques fondamentaux et pour attirer
l’investissement privé. Dans les années 2000, avec l’expansion de la multi-
dimensionnalité du développement et la reconnaissance de l’hétérogénéité
Soixante ans d’économie du développement 15

des conditions entre pays (ce qui voue à l’échec toute possibilité de recettes
toutes faites et de solutions rapides au développement), proposer des principes
universels sur les instruments pour le développement n’est pas acceptable.
C’est en fait une bonne nouvelle. Au lieu « d’instruments présumés » (pour
utiliser l’expression de Rodrik, 2007), l’essentiel est au contraire de réaliser
des diagnostics d’ensemble et de formuler les stratégies correspondantes pour
éliminer les obstacles au développement. Ce n’est pas pour autant la fin des
grandes idées, seulement leur redéfinition à un autre niveau. Elles doivent
maintenant être découvertes au niveau des méthodes et de l’épistémologie, et
non pas au niveau d’instruments présumés.
Les grandes idées du moment sont en conséquence le besoin de comprendre
les comportements (les fondations micro-économiques du développement),
d’établir les causalités pour appuyer les recommandations de politique éco-
nomique (identification, mesures d’impact, expérimentation), d’utiliser l’État
pour guider le secteur privé et la société civile vers une vision partagée du futur,
de mettre en œuvre des diagnostics de développement qui soient basés sur des
données empiriques et établis de façon participative, et de mettre en place une
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bonne gouvernance pour la cohérence des politiques et leur mise en œuvre. Les
chemins vers le développement et la mise en œuvre des grandes idées sont spéci-
fiques à chaque pays et toujours changeants. D’où le besoin d’innover, d’expéri-
menter, et d’apprendre comme étant l’essence de l’économie du développement.
Des progrès impressionnants ont été faits sur la façon de mettre en œuvre
ces principes au niveau du moindre jeu. La prochaine révolution dans l’écono-
mie du développement sera d’apprendre à faire cela au niveau du grand jeu,
ré-établissant en particulier le lien entre les niveaux d’analyse micro et macro,
essayant par ce biais de pousser à la hausse les indicateurs de développement,
comme au temps des pionniers.
La leçon à en tirer ici est que l’innovation, l’expérimentation, et l’apprentis-
sage sont nécessaires pour faire face aux thèmes du développement présents et
futurs, plutôt que de compter sur de nouvelles grandes idées et la mise en œuvre
des meilleures pratiques. Les grandes idées ne sont pas mortes, simplement dé-
placées du niveau des instruments à celui des principes méthodologiques et de
l’épistémologie. La convergence souhaitable est celle des niveaux de revenu par
habitant, non celle des façons d’obtenir le développement. L’hétérogénéité des
stratégies de développement et des instruments à utiliser est en fait une source
d’efficience au niveau de chaque pays particulier. La découverte et la mise en
œuvre de ces stratégies sont au cœur du défi actuel du développement écono-
mique. Avec la créativité comme norme, c’est ce qui fait que le domaine de l’éco-
nomie du développement soit à la fois exceptionnellement difficile et intéressant.
16 Alain de Janvry et Élisabeth Sadoulet

Quatrième leçon : Au niveau méthodologique, les recommandations


de politique économique peuvent être erronées si elles ne sont pas
fondées sur une identification rigoureuse des causalités entre ins-
truments et résultats. Les recommandations de politique fondées
sur l’identification doivent être étendues aux grands thèmes du
développement.
Les implications de politique des analyses positives ne peuvent être basées sur
des corrélations partielles. Cela tout simplement parce que la relation causale
présumée entre instruments et résultats basée sur des corrélations partielles
est conditionnelle à un ensemble de corrélations cachées ou à d’autres résul-
tats endogènes non contrôlables. Les recommandations de politique sans iden-
tification restent cependant omniprésentes.
On observe aujourd’hui une profession à deux vitesses et une collection de
revues professionnelles également à deux vitesses, où l’identification est exigée
dans quelques-unes et ignorée dans la plupart. Le « triage » des économistes du
développement entre ces deux groupes de revues permet à certaines d’obtenir
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des facteurs d’impact élevés sans identification. Les sujets du grand jeu sont sou-
vent sans identification alors que ceux du moindre jeu le sont plus souvent, mais
il n’est pas inévitable que ce soit le cas. Une obligation pour se placer dans la
profession est de révéler son type : identifier, ou ne pas identifier, telle est la ques-
tion. Il en est de même pour les revues, avec des recommandations de politique
basées sur l’identification souvent au coût de perte de leur facteur d’impact.
Des efforts considérable ont récemment été faits pour utiliser des mé-
thodes expérimentales avec contrôle aléatoire (RCT) afin d’avoir une straté-
gie d’identification rigoureuse. Des progrès importants ont été faits à la suite
des travaux, en particulier, de Banerjee et Duflo (2011) et de Karlan et Appel
(2011), et cela a profondément marqué la profession. L’approche par les RCT
s’est montrée utile pour aborder des questions de recherche au niveau micro-
économique, telles que l’impact de l’accès à la micro-finance, les contraintes
à l’adoption de nouvelles technologies agricoles dues aux comportements et
aux institutions, les différentes options pour organiser une salle de classe et
motiver les enseignants, et comment organiser une stratégie de déparasitage
des écoliers. L’approche par les RCT est cependant plus adéquate pour traiter
des moindres problèmes du développement que pour traiter de questions de
politique à un plus haut niveau. Malgré ses limites, cette approche a permis de
mettre de la rigueur dans des débats souvent tirés par l’idéologie, tels que les
grandes thèses sur l’aide internationale avancées par Sachs (2005) et Easterly
(2006). Plus récemment, les propositions d’Acemoglu et Robinson (2010), comme
quoi des systèmes économiques et politiques inclusifs sont nécessaires pour une
Soixante ans d’économie du développement 17

croissance économique soutenable, tombent à nouveau dans le piège d’une


simplification excessive, échouant pour autant à expliquer des expériences
réussies de croissance, en particulier grâce à la centralisation du pouvoir poli-
tique et un rôle fort de l’État en Asie. Aborder avec une rigueur causale ces
plus grands problèmes du développement est une des frontières actuelles du
progrès en économie du développement.
Il existe heureusement des approches additionnelles aux RCT pour obtenir
une identification rigoureuse qui permette de faire des recommandations de
politique économique. La profession a récemment été incroyablement créative
pour élever l’identification vers des plus grands problèmes de politique éco-
nomique, utilisant pour cela des expériences naturelles. Cela inclut le travail
innovateur fait par Acemoglu, Johnson et Robinson (2002) sur le rôle des ins-
titutions pour la croissance à long terme, même si la stratégie d’identification
par variable instrumentale utilisée n’a pas résisté aux critiques ultérieures
de la profession. D’autres exemples incluent le travail de Bleakley (2010) sur
l’impact de l’éradication du paludisme sur la productivité du travail, de Field
(2007) sur l’effet de donner des titres de propriété aux habitants des bidonvilles
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de Lima sur leur participation au marché du travail, de Ferraz et Finan (2008)
sur l’effet d’exposer la corruption des hommes politiques par des audits muni-
cipaux sur la responsabilisation électorale, et de Atkin (2012) sur le rôle du
commerce international (l’accord de libre-échange entre le Mexique, les États-
Unis et le Canada) sur la demande de main-d’œuvre non qualifiée et son effet
négatif sur l’éducation des hommes. Ce sont des recherches passionnantes en
économie du développement, où la rigueur s’applique à des grands thèmes de
politique économique et à la mesure des effets de long terme de ces politiques,
offrant des résultats qui ne pourraient être obtenus par la méthode des RCT.
La leçon à en tirer ici est que la pratique trop généralisée consistant à
donner des conseils de politique économique sans identification rigoureuse
doit être plus systématiquement mise en question pour son utilité douteuse
et ses conséquences potentiellement dangereuses. La rigueur pour l’analyse
causale des moindres problèmes et le manque d’identification pour les plus
grands posent un dilemme sérieux pour le conseil en politique économique.
La tâche urgente pour l’économie du développement est d’étendre le domaine
de l’analyse rigoureuse pour devenir pertinente pour le conseil en politique,
et cela est plus que d’étendre la validité externe des résultats obtenus sur les
moindres problèmes. Des progrès importants ont été faits dans cette direction,
avec un besoin de plus de travail dans ce domaine intéressant et fructueux.
Cinquième leçon : Le rôle de l’État a été au centre de l’économie du
développement depuis les pionniers, et son rôle reste aussi essentiel
18 Alain de Janvry et Élisabeth Sadoulet

que jamais. Redéfinir son rôle en relation à celui du marché et de la


société civile, et mettre en œuvre ce rôle, sont aujourd’hui les mail-
lons essentiels pour utiliser l’économie du développement pour le
développement économique. Cela requiert de lier la politique écono-
mique à l’économie politique pour rendre politiquement faisable le
rôle de l’État dans le développement économique.
Sous l’influence des pionniers, l’économie du développement avait reconnu que
beaucoup de marchés étaient défaillants, et que les résultats économiques pro-
duits par les marchés pouvaient ne pas coïncider avec les objectifs nationaux
(du fait que même un équilibre avec des marchés parfaits n’avait jamais eu la
prétention de fournir un résultat socialement désirable en termes de bien-être
social), ce qui impliquait le besoin d’intervention de la part de la société civile
ou de l’État pour guider les résultats fournis par le marché. Si le problème à
résoudre était au-delà de la capacité de la société civile, ou si à son tour elle
défaillait parce qu’elle était capturée par des intérêts privés, alors l’intervention
de l’État était une condition sine qua non au développement. Le Consensus de
Washington a été utile pour corriger les excès de l’État encourus après des poli-
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tiques soutenues d’industrialisation par substitution aux importations (avec
une protection à des secteurs économiques choisis par l’État) et d’industrialisa-
tion orientée vers l’exportation (avec des subventions à des entreprises choisies
par l’État), mais le développement ne peut être atteint en démantelant la capa-
cité économique de l’État à cause des risques de recherche de rentes (Krueger,
1974). La leçon principale à apprendre des pionniers est qu’un État fonctionnel
est essentiel pour compléter les rôles du marché et de la société civile. Ces rôles
relatifs sont spécifiques à chaque pays et à chaque conjoncture, et ne sont pas
les mêmes qu’ils l’étaient au temps des pionniers. Bien évidemment, l’État et
le marché ont des rôles plus complexes à jouer aujourd’hui que de leur temps,
avec une fonction de partenaire, facilitateur, et régulateur plutôt que de gestion
directe des secteurs économiques de pointe. Cependant, aujourd’hui, dans le
contexte d’une reprise économique encore précaire qui devrait justifier l’éco-
nomie Keynésienne, on fait face à une perte de légitimité de l’État qui sape le
rôle que joue l’économie du développement dans le développement économique.
Dans la perspective des leçons apprises de soixante ans d’économie du déve-
loppement, l’État a des fonctions essentielles à jouer dans le « grand » jeu du
développement : catalyser la formulation d’une vision nationale du développe-
ment, faciliter des diagnostics d’ensemble, établir des priorités stratégiques,
coordonner les comportements des agents du développement dans le cadre
d’équilibres multiples, compenser les défaillances du marché et de la société
civile, superviser la mise en œuvre des réformes de politique économique, et réé-
quilibrer les résultats du développement pour coïncider avec la vision nationale.
Soixante ans d’économie du développement 19

Comme l’ont proposé Acemoglu et Robinson (2010), un équilibre écono-


mique sous défaillances du marché particulières correspond à un équilibre
politique spécifique. Faire appel à l’État pour surmonter ces défaillances de
marché implique donc de passer à un autre équilibre politique. La faisabi-
lité politique de ce nouvel équilibre doit être établie si on veut l’atteindre.
Restaurer l’efficacité de l’État pour le développement requiert donc de faire
rentrer l’économie politique dans l’analyse économique pour que toute recom-
mandation normative venant de l’économie du développement ait une réalité
politique correspondante. De fait, il ne peut exister de recommandation de
politique économique qui implique un rôle pour l’État sans une recommanda-
tion correspondante d’économie politique.
La leçon à en tirer ici est que réinventer l’économie du développement au-
delà du Consensus de Washington requiert de redéfinir le rôle de l’État dans
le développement économique. Cette redéfinition inclut de décharger l’État de
fonctions passées non justifiées, d’améliorer la qualité de sa performance, de
coordonner son rôle avec les initiatives du secteur privé et de la société civile,
et de restaurer la confiance dans l’État comme un instrument pour le dévelop-
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pement. C’est aujourd’hui le plus grand défi pour traduire à nouveau les idées
venant de l’économie du développement en des réussites de développement
économique.
Conclusion : Un regard vers l’avenir sous l’angle de soixante ans
d’économie du développement pour le développement économique.
L’économie du développement sort de soixante années d’expérience dans une
position de force qui provient de ses contributions au développement écono-
mique. Cela lui donne un avantage considérable pour prendre des positions
ambitieuses pour l’avenir, pour mobiliser les meilleurs talents en économie, et
pour accéder à des ressources importantes pour l’analyse, l’expérimentation,
et l’apprentissage. Pour faire face aux énormes défis de la sortie de la pau-
vreté du « bottom billion » (Collier, 2007), de la montée des inégalités (Stiglitz,
2012) et de la réduction des disparités de convergence auxquels nous sommes
confrontés, les leçons suivantes peuvent être extraites pour l’économie du
développement afin de relever ces défis :
1. Un engagement soutenu avec la politique économique : Mainte-
nir l’objectif des pionniers de contribuer à la formulation de politiques
économiques pour le développement, et essayer de concilier les tensions
entre pertinence pour le développement et intégration dans la profession
économique.
20 Alain de Janvry et Élisabeth Sadoulet

2. Des priorités pour la pertinence : Aider à la définition de visions d’en-


semble et aux diagnostics de développement correspondants pour la for-
mulation des priorités. Élever l’agenda pour le développement économique
vers le « grand » jeu, tout en utilisant de façon stratégique les instruments
du « moindre » jeu pour s’acheminer vers les résultats du « grand » jeu.
3. Des découvertes à plus grande échelle : Étant donné l’hétérogénéité et
la spécificité des conditions pour le développement de chaque pays, des voies
spécifiques vers le développement doivent être découvertes, expérimentées
et apprises. Les excellents progrès faits dans ce domaine avec des initiatives
à moindre échelle doivent maintenant être étendus vers les thèmes de poli-
tique à l’échelle nationale.
4. Une rigueur étendue : Étendre le domaine de la rigueur dans l’iden-
tification des causalités entre instruments et résultats pour obtenir non
seulement l’extension du domaine de validité extérieure des résultats des
programmes locaux, mais surtout la crédibilité scientifique pour les recom-
mandations de politique économique.
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5. Un État avec des rôles et une capacité renforcés : Définir de façon
claire les rôles relatifs de l’État, du marché, et de la société civile dans les
stratégies de développement choisies, et consolider la capacité et la crédi-
bilité de l’État comme agent de développement pour compléter les rôles
du marché/secteur privé et de la société civile. Cela requiert de chercher à
rendre politiquement faisable l’équilibre politique associé à toute recom-
mandation de politique économique.
L’économie du développement peut envisager son rôle futur avec une
certaine confiance sur la base de ses succès passés. Au cours de ses soixante
années d’existence comme discipline académique, elle est devenue un secteur
dynamique central à la science économique, avec des défis d’importance capi-
tale à relever, un recrutement en plein essor, de grands apports de ressources
financières, et des adhérents à l’échelle mondiale. Elle peut réussir à s’atta-
quer aux défis du développement actuels et futurs, mais pour cela la liste des
conditions à remplir que nous avons établie doit être prise en compte, en s’en
servant comme guide de l’objectif fondamental et du sens de la mission des
pionniers du développement.
Soixante ans d’économie du développement 21

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