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Les dépenses publiques productives :

Le modèle de Barro 1990

Licence AES AGE,AGT,CAI, semestre 6

Introduction
Pour aborder cette question, le mieux est de se référer au modèle de Barro de
1990, qui donne une idée assez intuitive sur la question. En effet, Barro considère
l’impact des dépenses publiques sur la croissance. Il part du principe relativement
simple que des dépenses visant à créer des infrastructures telles qu’une autoroute,
une ligne de chemin de fer ou encore un réseau de télécommunications rendent plus
efficace l’activité productive des entreprises privées.

Cependant, il s’agit de biens plus ou moins collectifs. Dans son modèle, il consi-
dère que ce sont des biens collectifs purs (non rivaux, non excluables). Il se pose
alors le problème traditionnel de leur financement par le secteur privé. En présence
d’un tel type de défaillance de marché, il peut très bien ne pas exister de marché
du bien collectif compte tenu du prix élevé de ces infrastructures. En tout cas, sa
production sera insuffisante du point de vue de l’optimum social. La sphère privée
ne peut se substituer au gouvernement pour le financer. C’est la raison pour laquelle
l’état prélève un impôt de façon à produire ce type de bien collectif.

Les entreprises privées utilisent donc deux types de facteurs pour produire : le
capital privé et le capital public.
— Le capital privé a des propriétés usuelles : il connaı̂t des rendements décrois-
sants. A dépenses publiques constantes, sa productivité marginale décroı̂t.
On est dans le cas classique d’un modèle à la Solow où un seul facteur est
accumulable et où la croissance s’étouffe.

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— Le capital public est en fait une dépense financée par l’État, mais il n’est
pas nécessaire que les biens produits le soient à partir d’un capital productif
nationalisé. Les dépenses sont intégralement financées par un impôt, que l’on
suppose proportionnel au revenu.

L’idée de Barro est que la dépense publique a deux effets opposés : i) le premier est
que le capital public rend le capital privé plus productif et évite que sa productivité
marginale s’annule progressivement quand le revenu augmente. ii) cependant, l’impôt
a un effet dépressif sur cette productivité, puisqu’il réduit son rendement privé en
ôtant aux entreprises une part du revenu tiré de leur activité.

Pour Barro, on peut montrer que pour une petite taille du gouvernement (des
dépenses publiques), le premier effet l’emportera. Puis, de moins en moins. Barro
montre que l’on peut déterminer une dépense publique optimale. A ce point, un
dollar de dépense publique supplémentaire coûte plus en productivité que ce qu’il
rapporte.

Dans ce modèle, une croissance endogène apparaı̂t. Les dépenses publiques per-
mettent la croissance du revenu. La croissance du revenu permet l’accroissement
de la base fiscale. Celle-ci induit une croissance des dépenses publiques qui à leur
tour rendent possible l’accumulation du capital. Sur le sentier de croissance d’état
régulier, le rapport de la dépense publique au revenu reste constant égal au taux
d’imposition.

Barro fait quelques remarques sur la nature des dépenses publiques. Tout d’abord,
il fait remarquer que, si les dépenses qui représentent une prestation de services aux
consommateurs ont un impact en termes d’utilité, elles découragent la croissance. En
effet, elles n’accroissent pas la productivité du capital privé, mais leur financement
par l’impôt pèse sur la rentabilité du capital. Seul l’effet négatif joue au niveau des
entreprises. L’imposition liée à ces dépenses décourage l’épargne et l’investissement.

Par ailleurs, Barro élargit son propos initial, limité aux infrastructures, en envisa-
geant l’effet de dépenses destinées à définir plus clairement les droits de propriété. Il
prend comme exemple les dépenses de maintien de l’ordre et de la sécurité. Il montre
qu’elles ont le même effet qu’une baisse du taux d’imposition. De cette manière, elles

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améliorent la productivité du capital privé.

On peut remarquer que la nature de la croissance liée aux dépenses publiques


est effectivement une externalité. L’activité d’un agent (l’Etat en l’occurence) a des
effets sur celle d’un autre agent (les entreprises privées).

1. Les hypothèses du modèle


Hypothèse 1 : On suppose que la fonction de production comporte deux inputs,
i) le capital et ii) les dépenses publiques productives.

yt = Akt1−α gtα

Hypothèse 2 : L’état taxe le revenu de l’économie à un taux tel que les recettes
publiques sont déterminées par :
gt = τ.yt

Hypothèse 3 : Pour simplifier on suppose que le taux de croissance de la


population est nul.
DLt
=n=0
Lt

Hypothèse 4 : L’agent représentatif cherche à maximiser une fonction de


consommation intertemporelle de la forme :
Z +∞ 1−σ
−ρt ct −1
U= e dt
0 1−σ
Si l’on considère qu’une part du revenu est captée par l’état alors l’agent représentatif
ne dispose que d’une part (1−τ ) pour pouvoir investir et consommer. Ainsi l’équation
dynamique de l’accumulation du capital est donnée par :

Dkt = (1 − τ )yt − ct

L’investissement par tête est donc la part du revenu net d’impôt non affecté à la
consommation.

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Le problème d’optimisation conduit au résultat suivant :

Dct 1
= ((1 − τ )P mkt − ρ)
ct σ

2. L’équilibre décentralisé
Le problème est qu’il faut déterminer la productivité marginale du capital pour
connaitre le taux de croissance de l’économie. Dans un premier temps nous allons
supposer que l’agent représentatif détermine la productivité marginale du capital de
façon a décider du taux d’imposition que devrait pratiquer l’état. L’agent représen-
tatif comprend bien que s’il augmente le capital pour un niveau de dépense publique
il va augmenter la production et donc le bien être.

Comme la fonction de production est : yt = Akt1−α gtα la P mkt est donnée par :
 (α)
∂yt gt
P mkt = = (1 − α)A
∂kt kt

Il faut maintenant remarquer que :

gt gt y t gt Akt1−α gtα
= =
kt yt kt yt kt
En simplifiant il vient :  α
gt gt gt
= A
kt yt kt
Or on sait que gt = τ yt donc que gt /yt = τ ainsi il vient :
 α
gt gt
= τA
kt kt

On peut en déduire la valeur de gt /kt :


gt 1
= (τ A) (1−α)
kt

En remplaçant cette valeur dans l’expression de la P mk il vient :

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α
P mkt = (1 − α)A(τ A) (1−α)

En arrangeant cette expression on trouve :

1 α
P mk = (1 − α)A 1−α τ 1−α

Ainsi le taux de croissance de l’économie est :

Dct 1 1 α

= (1 − τ )(1 − α)A 1−α τ 1−α − ρ
ct σ

Une augmentation de la taille de l’état (τ ) à deux effets,


— Un effet négatif, plus d’impôts réduit l’accumulation du capital et,
— un effet positif, l’augmentation des dépenses publiques rend le capital privé
plus productif.
Ainsi l’agent représentatif aimerait que l’État fixe un taux d’imposition de façon
à maximiser le taux de croissance de l’économie. Pour trouver ce taux d’imposition
optimal il suffit de résoudre le problème suivant :

∂ Dc
ct
t

=0
∂τ

Sans être très compliqué, le calcul est un peu long. Je vous laisse le soins de le
retrouver ! On montrerait que :

τ∗ = α

On en déduit que le taux d’imposition optimal que l’agent représentatif aimerait


voir pratiquer par l’État doit être égal à l’élasticité de production du capital public
dans la fonction de production macroéconomique. L’interprétation est assez simple :
l’élasticité de production du capital public est la variation du taux de croissance de
la production par tête consécutivement à la variation de 1% du taux de croissance
du capital public par tête. Si le taux d’imposition (τ ) est inférieur à cette valeur α,
l’agent représentatif aimerait voir le taux d’imposition augmenter de façon à rendre

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son capital privé plus productif. En revanche, si le taux d’imposition est supérieur à
cette valeur α, il serait plus efficace, en termes, de production que le secteur privé
augmente son capital plutôt que le secteur public.

On peut facilement comprendre le concept d’élasticité de production du capital


public g à partir de l’égalité suivante issue de la fonction de production de Barro :

Dy Dk Dg
= (1 − α) +α
y k g

On voit bien que si le capital privé n’évoluent pas Dkk


= 0, une variation de 1
unité de g entraı̂ne une variation de (α) unités de la croissance par tête Dy
Dg
y
.

Pour calibrer le modèle de Barro, il est possible d’estimer la croissance de long


terme en france à 2,25%. En donnant la valeur suivante aux paramètres : A = 0.35,
ρ = 2%, σ = 2 il est alors possible de représenter l’évolution du taux de croissance
en fonction du taux d’imposition. La croissance maximum γ = 2, 26% est obtenue
pour τ = α = 0.3
Barro reprend en dynamique la fameuse courbe de Laffer en dynamique puisque
pour τ = 0 ou τ = 1, le taux de croissance est γ = − σρ .

La question qui se pose maintenant est de savoir si les pays ont un taux d’impo-
sition égal à l’élasticité de production du capital public. Le tableau suivant donne
les estimations obtenues par différents auteurs.

Auteurs Aschauer 89 Munnel 90 Holz-Eakin 88 Eisner 91 Mera 73


Niveau national national national USA Japon
α 0.39 0.34 0.39 0.17 0.20

Table 1 – Sources : Munnel 1992

Ces valeurs estimées cadrent avec la calibration du modèle de Barro. Mais on


se rend compte que le poids de l’état en France est supérieur à celui que l’on peut
estimer. La question est de savoir si les dépenses publiques sont tant productives
en France ! Dans les dépenses de l’État il y a certes les dépenses productives mais
également les dépenses de transfert.

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3. l’équilibre centralisé
L’agent en faisant son calcul de productivité marginale a en fait estimé de combien
augmenterait sa production lorsqu’il augmente son capital, toutes choses étant égales
par ailleurs. En particulier il considère les dépenses publiques comme étant fixées à
un certain niveau ḡ. Or l’État fixe non pas un niveau de dépenses publiques mais
un taux d’imposition si bien que lorsque le secteur privé augmente le capital, la
production augmente et donc le prélèvement fiscal augmente à taux d’imposition
inchangé. Donc il ne faut pas raisonner toutes choses étant égales par ailleurs. Il
faut prendre en considération les conséquences d’une augmentation du capital sur la
production mais aussi sur l’augmentation des dépenses publiques gt . Cela veut dire
que la fonction de production peut s’écrire de la façon suivante :

(α)
yt = Akt1−α gt = Akt1−α (τ yt )α

soit  1 (α) 
yt = A 1−α τ 1−α kt

Ainsi au niveau centralisé la P mkt devient :


 1 (α) 
P mkt = A 1−α τ 1−α

Si l’on compare les P mk décentralisée et centralisée, on a :


 1 α

P mktd = (1 − α) A 1−α τ 1−α

 1 (α) 
P mktc = A 1−α τ 1−α
soit
P mktd = (1 − α)P mktc

Il faut bien comprendre que le taux d’imposition qui maximise la P mk centralisée


est exactement le même que celui qui maximise la P mk décentralisée. En revanche
le taux de croissance de l’économie est plus important puisque la P mk centralisée

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est plus élevée (1 − α) < 1. En fait, dans l’équilibre décentralisé, les agents (secteur
privé) n’investissent pas assez. En conservant le même poids de l’État (c’est à dire
α), il serait possible d’avoir un taux de croissance plus important si les agents privés
investissaient plus. En effet, il y aurait plus de capital mais aussi plus d’impôts payés
donc plus de dépenses publiques donc encore plus de production. La question qui
se pose est alors de savoir comment l’État peut inciter les agents privés à investir plus ?

Une première solution consisterait à ce que l’état gère lui même l’investissement
de façon centralisée. Cela reviendrait a avoir une politique complètement centralisée
sans propriété privée. Cette situation n’est pas envisageable dans ce cours ! Les
interventionnistes purs et durs bien évidemment préconisent cette solution.

En revanche l’État peut inciter fiscalement les agents privés à investir. Mais de
quelle manière ?
1. L’État peut subventionner la production, c’est à dire payer une part de
l’investissement des agents privés. On comprend bien que dans ce cas, la
productivité marginale du capital augmente et que les agents privés vont
investir plus. Si l’État subventionne trop peu l’investissement les agents ne
vont pas assez investir. En revanche si l’État subventionne trop fortement
l’investissement, les agents vont beaucoup investir mais l’État n’aura plus
assez de revenu pour pouvoir assurer des dépenses publiques. Le capital privé
deviendrait moins efficace par le biais d’un manque de dépenses publiques.
2. L’État peut changer sa fiscalité. Par exemple plutôt que d’adopter un impôt
proportionnel au revenu de l’économie, l’État pourrait choisir un impôt
forfaitaire. Si l’impôt forfaitaire est trop faible les agents vont beaucoup investir
mais les dépenses publiques seront faibles. En revanche si l’impôt forfaitaire
est trop élevé, il y aura peu d’investissement donc peut de production donc
peu de dépense publique. On comprend bien qu’il existe un niveau d’impôt
forfaitaire optimal.
Le graphique suivant montre les différences en termes de croissance entre l’équi-
libre centralisé et décentralisé.

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Taux de croissance
6

-
α Poids de l’Etat

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