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N°713 fevrier 2019

Dossier

1959 année
fantastique

Nouvelle Le moment

ule ! jazz
form d’antoine
Hervé
How High The
Moon décrypté

Portfolio
Laurent
de Wilde à

Les New York

Chocs
Debussy et
le jazz
Une histoire
d’amours

de l’année
Eric Clapton
Ambrose Akinmusire Le film
événement
Musiciens • Disques • Concerts
Tyshawn
Les coups de cœur Sorey
de la rédaction Bojan Z
Marc Copland
Eric Dolphy
L 11092 - 713 S - F: 6,90 � - RD
N° ISSN : 2425-7869 - F : 6.90€ - DOM: 7.9 € - BEL/LUX : 7.9 € - CH : 12.40 FS
CAN : 12.50 $CA - ESP/ITA/GR/PORT CONT : 7.9 € - D : 8.4 € - MAR 78 MAD - POL/A : 1800 CFP
| NOUVEL ALBUM | SORTIE 25 JANVIER 2019

anne paceo bright shadows


Sens de la mélodie et poésie sonore... pas question de s’enfermer dans une case trop restrictive. C’est tout
l’effet que nous procure Bright Shadows, le nouvel album d’Anne Paceo. Celui sans lequel la terre ne
tournera désormais plus très rond.

N
SÉLECTIO

| EN CONCERT | 02.04.19 L’ARSENAL, METZ


19.01.19 L’ASTRADA, MARCIAC 03.04.19 LE CHEVAL BLANC, SCHILTIGHEIM
21.01.19 LIVE À FIP, FRICHE BELLE DE MAI, MARSEILLE 09.04.19 CULLY JAZZ FESTIVAL, SUISSE
31.01.19 AGORA, BOULAZAC 24.04.19 SALLE PAUL FORT, NANTES
02.02.19 ALTITUDE JAZZ FESTIVAL, BRIANÇON 11.05.19 EUROPA JAZZ, LE MANS
16.02.19 FLAGEY, BRUXELLES 23.05.19 L’EQUINOX, CHATEAUROUX

19.02.19 LE 104, PARIS (RELEASE PARTY) 15.06.19 PHILHARMONIE DE PARIS

2 I<<< Septembre 2019 - N° 713 - Jazz magazine


En un clic, découvrez
la programmation
PHOTO : SYLVAIN GRIPOIX

Édito Frédéric Goaty


Directeur de la rédaction

Sommaire N° 713
Février 2019
N°713 fevrier 2019

Avant de la terminer en beauté par la célébration


Dossier

1959 année
fantastique

de notre soixante-cinquième anniversaire, nous avons


uvelle
décidé de commencer l’année avec un Jazz Magazine nouvelle
Le moment
No ! jazz
formule d’antoine
Hervé
How High The

formule. Parce qu’à une époque en mutation permanente et


Moon décrypté

Portfolio
Laurent

pourtant guère propice à l’épanouissement de la presse papier Les


de Wilde à
New York

Chocs
Debussy et

– raison pour laquelle nous sommes aussi très présent sur toutes
le jazz
Une histoire
d’amours

de l’année
Eric Clapton

les plateformes digitales –, nous continuons de croire dur comme Musiciens • Disques • Concerts
Ambrose Akinmusire Le film
événement

Tyshawn

fer à la nécessité de vous proposer chaque mois cent pages de


Les coups de cœur Sorey
de la rédaction Bojan Z
Marc Copland
Eric Dolphy

lecture dédiées à l’histoire et l’actualité de tous les jazz, et de L 11092 - 713 S - F: 6,90 � - RD
N° ISSN : 2425-7869 - F : 6.90€ - DOM: 7.9 € - BEL/LUX : 7.9 € - CH : 12.40 FS
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ses musiques “tangentielles” (comme nous aimons à dire depuis


quelques années). 4 Sortir
12 [Re]découvrir
Sortir en club ou en festival, [re]découvrir les nouveaux et les
26 Les Chocs de l’année
anciens visages, s’attarder sur nos archives photographiques,
se replonger dans un Jazzmag d’antan, revivre une année 38 Claude Debussy
extraordinaire (1959), découvrir la nouvelle série de la collection Les correspondances
CD “Franck Bergerot Présente” (en exclusivité pour nos abonnés), mytérieuses
passer un “Moment jJazz” avec Antoine Hervé, savoir quel disque 42 Les archives
écouter, quel livre lire... : autant de plaisirs que nous espérons Un ancien numéro passé au
sincèrement décupler avec ce Jazz Magazine nouveau, plus clair, crible : n° 103, février 1963
plus riche, encore plus varié, et dans lequel nous avons mis tout 45 1959, l’année folle
notre cœur. Le dossier du mois
56 Le jazz mais pas que
Toute la rédaction de Jazz Magazine vous présente ses meilleurs Eric Clapton
vœux pour 2019. Et félicitations à Ambrose Akinmusire, Vincent 59 En images
Peirani, Gauthier Toux et tous les artistes qui ont illuminé 2018. Laurent De Wilde à New York
Par Christian Rose
65 Les disques
89 Les concerts
96 Le moment jazz
Antoine Hervé
98 Les Jeudis Jazz Magazine
LA RÉDACTION En direct du Bal Blomet

Directeur de la Directrice artistique Ils ont contribué Ils ont également


publication Claude Gentiletti à ce numéro contribué à
Edouard Rencker Responsable Jacques Aboucaya, Pascal jazzmagazine.com LE PROCHAIN
Anquetil, Noadya Arnoux,
Directeur de la diffusion kiosques
Thierry P. Benizeau, Guillaume
Annie-Claire Alvoët, NUMÉRO DE
rédaction Maureen Richy-Dureteste de Chassy, Pierre de
Pierre-Henri Ardonceau, JAZZ MAGAZINE
Frédéric Goaty (01 60 39 69 13, Sophie Chambon, Joël
Chocqueuse, Vincent Cotro, Delayre, Rita Draper Frazão,
SERA EN KIOSQUE
(fredericgoaty maureen.boisguerin@ David Cristol, Guy Darol, Doc LE 28 FÉVRIER
@jazzmagazine.com) lva.fr) Mélanie Elbaz, Robert
Sillon, Lionel Eskenazi, Julien Latxague, Paulo Pacheco,
Rédacteur en chef Best man Ferté, Ludovic Florin, Jonathan Marion Paoli, Xavier Prévost,
Franck Bergerot Philippe Carles Glusman, Sylvain Gripoix, Monsieur Wang.
(franckbergerot Paul Jaillet, Yazid Kouloughli,
Chairman emeritus Félix Marciano, François
@jazzmagazine.com) Daniel Filipacchi Marinot, Jean-François
Communication, Pervulgateur inamovible Mondot, Stéphane Ollivier,
partenariat et publicité Frank Ténot Jacques Périn, Éric Quenot,
Céline Breugnon Christian Rose, Pascal Rozat,
(01 56 88 16 69, François-René Simon, Alfred
celinebreugnon Sordoillet, Katia Dansoko
@jazzmagazine.com) Touré, Jean-Pierre Vidal,
Philippe Vincent.

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 3


Sortir
Tyshawn
Sorey
ouvre de
nouveaux
espaces à
la musique
de notre
temps
CLUBS • CONCERTS • FESTIVALS LES COUPS DE CŒUR DE LA RÉDACTION

TYSHAWN
SOREY
À suivre
Avec non pas un mais deux
concerts au festival Sons
d’Hiver, les talents de ce
batteur hors norme vont enfin
éclater au grand jour.

4 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


¿ QUE VOLA ?
Sons cubains à
Sons d’Hiver

E n France, on n’a sans doute


pas encore mesuré l’envergure
de Tyshawn Sorey, multi-
Dimanche 3 février
17h00
Paris, Musée du Quai Branly
(Sons d’Hiver)
instrumentiste virtuose – batterie,
piano, trombone ! – considéré
aux États-Unis comme l’un des Révélation des festivals
musiciens capables de redessiner d’automne 2017, salué
le nouveau visage, forcément dans nos pages pour son
hybride et composite, de la disque qui vient de paraître
musique (afro)-américaine. En le chez Nø Førmat ([CHOC]

PHOTO : SIMON LAMBERT


programmant le 5 février en duo Jazz Magazine), le groupe ¿
avec le saxophoniste britannique
Evan Parker, légende de la free Que Vola ? du tromboniste
music européenne, puis le Fidel Fourneyron, associant
7 à la tête de son propre trio jeunes jazzmen français et
dynamitant les cadres traditionnels percussionnistes cubains, sera
de la canonique formule piano- l’un des moments forts du déjà
contrebasse-batterie, Sons d’Hiver,
plus que jamais à l’affût des
têtes chercheuses revivifiant les
langages du jazz et des musiques
improvisées, ouvre une petite
fenêtre sur la diversité du monde
merveilleux de ce musicien
insaisissable.

Découvert au tournant des


années 2000 au sein des Five AUXANE PHOTO : XDR
Elements de Steve Coleman, ce
batteur capable de dynamiter
les fameux grooves M’Base
CARTIGNY
On parie sur lui
par un cocktail de précision,
de puissance et d’inventivité a
vite diversifié ses collaborations Mercredi 20 février
en s’aventurant dans tous les 21h30
recoins de la modernité, qu’il Paris, Sunside
s’agisse de fourbir ses armes
auprès des grands anciens de
l’AACM (Roscoe Mitchell, Anthony On l’a découvert en 2017 auprès très riche festival Sons d’Hiver.
Braxton, George Lewis, Wadada du jeune guitariste Tom Ibarra, À l’affiche le 3 février au
Leo Smith) ou de s’engager dans et il fit une apparition remarquée Musée du Quai Branly, la
des formules expérimentales en lors de la première soirée “spécial formation arrivera de Bretagne,
compagnie de musiciens de sa piano” de Jazz Magazine au où elle se sera produite le
génération, comme Vijay Iyer et Bal Blomet. À l’automne, il était 31 janvier à Brest (Vauban)
Steve Lehman au sein du trio le premier des “20 pianistes à
Fieldwork, ou encore Kris Davis et et le 2 février à Quimper
Ingrid Laubrock, avec le groupe
suivre” de jazzmagazine.com et (Théâtre de Cornouailles).
Paradoxical Frog. remportait le prix Jazzymatmut Fidel Fourneyron, qui n’a jamais
Attiré par la théorie musicale de la Matmut. De l’influence qu’une seule casserole au
et la composition, Tyshawn première d’Oscar Peterson aux feu, jouera aussi le nouveau
Sorey explore aussi des formes formes ouvertes de l’après-Keith répertoire “Ornithologie” de son
orchestrales relevant du champ Jarrett, il se produit désormais trio Un Poco Loco le 13 février
de la musique contemporaine, sous son prénom, Auxane, et sera à Mont-de-Marsan (Théâtre
et travaille notamment à des l’hôte du Sunside le 20 février, de Gascogne), et se produira
“processus transitionnels” avec ses complices habituels le
permettant de nouvelles au sein Grand Orchestre du
articulations entre improvisation
contrebassiste Samuel F’hima et Tricotet et son hommage
et écriture. Entre abstraction et le batteur Tiss Rodriguez. à Lucienne Boyer, le 8 à
expressivité, Tyshawn Sorey ouvre Dunkerque (Bateau Feu).
de nouveaux espaces à la musique
de notre temps. Stéphane Ollivier
CONCERT Duo avec Evan Parker le 5
à Arcueil (Espace Jean Vilar), rencontre
avec le public le 6 à Paris (Université
PHOTO : XDR

Diderot), trio le 7 à Vincennes (Auditorium


Jean-Pierre Miquel)
CD “Very Similitude” (Pi Recordings /
Orkhêstra).

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 5


ANNE PACEO
Sortir
En pleine lumière
Samedi 2 février
20h30
Briançon, Théâtre du
Briançonnais

“Bright Shadows” est Choc dans


ces pages pour ces jeux de miroirs

PHOTO : XDR
évoqués par Frédéric Goaty entre les
voix d’Ann Shirley et Florent Mateo. À
l’intersection du jazz, de la soul et
de la pop, le nouveau programme
d’Anne Paceo est sur les routes
de France (mais pas que) avec
le saxophoniste Christophe
REGGIE WASHINGTON
Acoustique Avec son New Vintage Acoustic
Panzani, le guitariste Pierre Quartet, Reggie Washington
Perchaud et le claviériste Tony mais pas que renoue avec la contrebasse
Paeleman (qui sera remplacé acoustique en compagnie d’un
par Gauthier Toux le 2 février à des saxophonistes de premier
Mardi 12 février

PHOTO : SYLVAIN GRIPOIX


Briançon). Autres concerts : le plan de la scène belge, Fabrice
16 à Bruxelles (Flagey) et le 19 21h00
New Morning Alleman, et deux omniprésents
à Paris (Cent-quatre). On retrouvera de la scène américaine, le
Anne dans notre numéro de mars. batteur E.J. Strickland et le
claviériste Bobby Sparks (qui
doit bientôt publier son premier
album, où l’on retrouve Reggie
Washington).

STEVE COLEMAN & NATAL ECLIPSE


PHOTO : CATERINA DI PERRI

PHOTO : LAURENCE LABAT


YONATHAN AVISHAI TÉREZ
Mercredi 20 février
21h00
MONTCALM
Paris, Studio de l’Ermitage Jazz Magazine
aime
2019, la Vendredi 22 février – 20h00 – Créteil, Jeudi 28 février
consécration
PHOTO : JOHN D.-CATHERINE

Maison des Arts (Sons d’hiver) 20h30


Paris, Bal Blomet
C’est en toute discrétion que
ce pianiste s’est installé dans Toujours sur Le concert donné par Terez
le paysage hexagonal, avec la brèche Montcalm à l’Alhambra en
le soutien du label Jazz &
People et de Jazz Magazine, 2016 avait enthousiasmé le
Après avoir enflammé les salles public du premier festival Jazz
qui en fit sa “Révélation 2017”. européennes à l’automne avec ses Five
Adopté par le trompettiste Magazine, par la spontanéité
Avishai Cohen, il s’est fait Elements, Steve Coleman revient sur le avec laquelle elle avait adopté
connaître de Manfred Eicher, concept de « régénération de l’écriture sa toute nouvelle rythmique
pour qui il vient de signer son musicale par l’improvisation » de Natal et s’était adaptée à l’esprit
premier album ECM, “Joys And Eclipse, octuor sans batterie qui doit tant de la soirée. On la retrouve
Solitudes” ([CHOC] dans ces à l’art de la boxe qu’à l’héritage de la pour un nouveau Jeudi Jazz
Magazine au Bal Blomet en
pages). On l'entendra au Studio musique de chambre, et dont on connaît avant-première de la sortie de
de l'Ermitage le 20 février (avec déjà le trompettiste Jonathan Finlayson, “This Is The Day”, son nouvel
ses fidèles comparses Yoni la flûtiste Sylvaine Hélary et le pianiste
Zelnik et Donald Kontomanou) album avec Jean-Marie Ecay,
et sur France Musique dans
Matt Mitchell. Christophe Wallemme et
Open Jazz d’Alex Dutilh (le 4). Pierre-Alain Tocanier.

6 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


L’intégrale des enregistrements
du label Dreyfus Jazz
CD1 MARVELLOUS CD2 CONFÉRENCE DE PRESSE, VOL.1
CD3 CONFÉRENCE DE PRESSE, VOL.2 CD4 AU THÉÂTRE DES CHAMPS-ELYSÉES
CD5 FLAMINGO CD6 BOTH WORLDS CD7 TRIO IN TOKYO
CD8 CONVERSATION CD9 DREYFUS NIGHT IN PARIS
CD10 PIANO SOLO : THE COMPLETE CONCERT IN GERMANY
CD11 MICHEL PETRUCCIANI AND NHOP CD12 BOTH WORLDS LIVE

DVD1 NON STOP TRAVELS & TRIO LIVE IN STUTTGART


DVD2 CONCERT SOLO & LETTRE À MICHEL PETRUCCIANI
DVD3 BOTH WORLDS LIVE

Télérama ƒƒƒƒ

EN PARTENARIAT COFFRET 12 CD + 3 DVD

Photo : © Jean Ber


DÉJÀ DISPONIBLE

Livre-disque
32 pages
40 musiciens
nous parlent
de l’influence
du compositeur
et de la modernité
de sa musique.

EN PARTENARIAT

déjà disponible
A K S H A M
E l i n a D u n i . D a v i d E n h c o . M a rc Pe r re n o u d
Florent Nisse . Fred Pasqua

Album déjà disponible

Prochains concerts
1 3 . 0 1 Fribourg-en-Brisgau, Jazzhaus
1 8 . 0 1 Bern, Winter Jazz Festival
2 3 . 0 1 Pa r i s , Ce n t re C u l t u re l S u i s s e
2 6 . 0 1 Lausanne, Chorus Jazz Club
0 2 . 0 2 Genève, Forum Meyrin
0 8 . 0 4 Cully Jazz Festival
13.04 Paris, Café de la Danse
2 0 . 0 4 Lausanne, Les Faux Nez
2 6 . 0 4 Brême, Jazzahead
2 5 . 0 5 Schaffhauser Jazz Festival
1 7 . 0 7 Istanbul Jazz Festival (tbc)
Le jazz
CHARKHA
La fièvre monte
> mais pas
que
Le sextette Charkha est de ces groupes comme seule la Bretagne
sait en produire, aux confins du jazz et des traditions locales.
Charkha. Et pas seulement parce que sa voix est cen-
Samedi 9 février trale, sur des textes contemporains chantés en breton.
21 h 00 Passée par le piano, le chant traditionnel kan ha
Paris, Studio de l’Ermitage diskan, le rock progressif, les classes de jazz de Saint-
Brieuc et Brest, elle a étudié avec Steve Coleman lors

PHOTO : X/DR
Le leader de Charkah, Gurvant Le Gac, d’une édition de Nimbus, big band qui a marqué la
autodidacte pratiquant la flûte traversière scène bretonne en se réunissant épisodiquement le
irlandaise, se réclame de deux influences, temps d’une création autour de personnalités comme
Jean-Michel Veillon (spécialiste breton de Geoffroy de Masure, Guillaume Orti ou Magic Malik.
la flûte traverisère) et John Coltrane. Mais
c’est au sein de la Kreiz Breizh Akademi,
sorte d’université orchestrale créée par
C’est ainsi que l’héritage “M-Base” s’est combiné au
patrimoine modal, au service d’une transe qui n’est
THE REVOLUTION
le chanteur traditionnel Erik Marchand et pas étrangère à l’esprit du fest-noz. Ceux qui ont aimé
leur premier CD “La Couleur de l’orage” seront peut- Lundi 11 février
confrontant les traditions bretonnes aux 20 h
pratiques modales extra-européennes, qu’il être déroutés par la violente apnée où nous plonge
le second, “La Colère de la boue”. Mais les fans de La Cigale, Paris
a fait la connaissance du contrebassiste
John Caserta, du joueur d’oud Florian Baron, Magma se sentiront chez eux, et leur musique prend
du saxophoniste Thimotée Le Bour et de sur scène une singulière dimension. Avec Prince, The Revolution n’a donné
la chanteuse Faustine Audebert, auxquels Compositeur et improvisateur fiévreux, Gurvant Le Gac qu’un seul concert à Paris, en août 1986
justifie cette intensité par la sourde colère qui monte au Zénith. Trente-trois ans après, Wendy

PHOTO : FREDERIC LE FLOCH


s’ajoute Gaëtan Samson, batteur de rock
passé au zarb et qui utilise avec Charkha des zones rurales. Composé et enregistré en 2017, Mevoin, Lisa Coleman, Dr. Fink, Brown
un set de batterie constitué de cymbales et voilà un programme prémonitoire... Franck Bergerot Mark et Bobby Z reviennent à La Cigale
tambours à mains. Faustine Audebert fut CD Charkha “La Colère de la boue” Innacor / L’Autre Distribution
célébrer la mémoire de feu leur regretté
décisive dans les orientations prises par [✪✪✪✪] leader en interprétant ses tubes majeurs,
extraits d’albums mémorables comme
“1999”, “Around The World In A Day’,
“Parade” et, bien sûr, “Purple Rain”.

CORY HENRY

PHOTO : X/DR

Vendredi 1er février


21 h
New Morning, Paris

Sans ses Apostles mais en trio avec


Ian Bostridge et Brad Mehldau Isaiah Sharkey à la basse et Taron
Lockett à la batterie, l’organiste surdoué
PHOTO : MICHAEL WILSON

et familier des lecteurs de Jazzmag


Événement Le 25 février à la Philharmonie revient une fois de plus transformer le
de Paris, le chanteur lyrique Ian New Morning en étuve et embras(s)er le
meilleur des Grandes Musiques Noires.
Bostridge se joindra à Brad Mehldau Communion funky et grâce gospel
pour interpréter le répertoire classique assurées.
et les compositions du pianiste.
JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 9
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APRÈS E.S.T.
DU NOUVEAU
Rymden
Rymden, c’est le nouveau projet
réunissant Bugge Wesseltoft avec la
rythmique d’E.S.T., Magnus Öström et
Dan Berglund. Rencontre entre Paris et
Caen avec un trio qui a tout du all-star
scandinave.

À part l’accent nordique et ces


tenues un peu légères pour un Pourquoi
mois de novembre, ils pourraient
presque passer inaperçus dans le “Odysseys” ?
train pour Caen, où ils donnaient
ce soir-là leur premier concert en Parce que
France. Bugge Wesseltoft, Magnus
Öström et Dan Berglund ont pourtant c’est un
marqué les années 1990 : « Ce qui
était incroyable c’est que toutes ces
nouveau voyage
choses se passaient en Europe, alors
que d’habitude tout venait des États-
pour nous.
Unis, témoigne Bugge Wesseltoft.
Et avec des groupes comme E.S.T.,
qui était très connu, et moi dans
une certaine mesure, nous avons
contribué à changer le jazz européen,
à le remettre sur le devant de la
scène. » Tous se connaissent et
s’écoutent, mais les trois musiciens
suivront des voies distinctes :
Wesseltoft avec New Conception Of
Jazz, et Öström et Berglund dans
PHOTO : X/DR

E.S.T., qui s’affirmait comme l’un


des trios les plus captivants de son
époque.

12 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


De gauche à droite:
Dan Berglund, Bugge
Wesseltoft et Magnus
Öström.

Nouveau voyage et nouvelle


sonorité, puisque leur premier
disque “Reflections And Odysseys”,
fort de superbes ballades, surprend
par un côté live rugueux et
explosif très prononcé, loin des
paysages sonores éthérés et sans
aspérités souvent associés au
jazz scandinave. La surprise est
d’autant plus forte de la part du
leader, réputé pour son approche
mêlant samples, boucles et
improvisations, un mode opératoire
au résultat sonore séduisant,
mais parfois contraignant :
« L’ordinateur, les boucles et les
boîtes à rythme ont toujours un
peu fait partie de ma musique,
mais avec ce groupe, on voulait
s’éloigner un peu de ça, explique
t-il. On joue tout et on ajoute
les effets en direct quand on le
souhaite ! Je crois qu’on a tout
fait en trois jours, avec très peu
de retouches. Ça faisait longtemps
que je n’avais pas connu ça !,
s’enthousiasme t-il. Notre
ingénieur du son Ake Linton a
Et puis, les aléas de la vie aidant [lire d’y revenir. A deux, on se renvoie réussi à conserver l’énergie des
la Story consacrée à E.S.T. dans Jazz un peu trop la balle, à quatre séances sur le disque. »
Magazine n°707], leurs chemins les choses deviennent un peu Ce soir-là, après plus d’une heure
vont finir par se croiser : « Je crois compliquées, mais à trois, les idées et demi de concert, le public du
que c’était mon idée, explique circulent parfaitement. D’ailleurs, Théâtre de Caen ne s’y est pas
Wesseltoft. Après avoir rencontré Dan alors qu’Esbjörn écrivait seul dans trompé : Rymden a effectué avec
sur mon projet avec Henrik Schwarz, E.S.T, nous avons tous contribué à succès sa mise en orbite, et on ne
on a parlé de recruter Magnus, et l’écriture pour ce disque. » peut plus douter de leur capacité à
après quelques concerts je trouvais Et ce n’est pas un hasard si le s’inscrire à leur tour au firmament
que c’était super ! J’ai enfin pu projet, du nom du groupe à celui des meilleurs trios de jazz. Bugge
réaliser ce rêve de créer un trio avec du disque en passant par les titres Wesseltoft n’a en tout cas pas
piano. » Le courant passe, la musique énigmatiques des morceaux, reflète l’intention de s’arrêter en chemin :
commence à prendre forme.  cette communication : « Rymden « Je pense que les choses vont
Vu de loin, difficile de ne pas tenter signifie “espace” en suédois, évoluer avec les concerts. Quand
la comparaison avec feu l’illustre poursuit le batteur. Il s’agit d’étoiles on va vraiment commencer à
groupe d’Esbjörn Svensson. bien-sûr, mais ça désigne aussi tourner, ça va être top ! J’ai des
Timidement, l’envoyé spécial de l’espace qu’on créé ensemble, et tas d’idées sur la façon dont on
Jazzmag aborde cette idée du qu’on se donne pour s’exprimer, pourrait sonner dans ce trio, ce
retour au trio... La question ne et partager avec le public. – n’est qu’un début… ». Dont acte.
gêne nullement Wesseltoft : « Et aussi cette façon dont on Yazid Kouloughli
Je les paye bien ! », glisse le s’écoute,  renchérit Dan Berglund,
claviériste. [Éclat de rire général.] Et et dont on se renvoie la musique les CD Rymden : “Reflections And
Magnus Öström d’ajouter : « Dans uns aux autres – “Odysseys”, enfin, Odysseys” (Jazzland / Pias).
les deux cas, c’est un trio avec piano, parce que c’est un nouveau voyage Concerts  Le 21 janvier à La Friche de
mais ils sont très différents. J’adore pour nous », conclut Magnus. la Belle de Mai (Marseille), et le 25 mai
ce format, et je suis super content à la Maison Des Océans (Paris).

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 13


[Re]découvrir
> Playlist
DJ PREMIER

PHOTO : X/DR

C’est au sein de Gangstarr, en


duo avec le rappeur Guru, que DJ
Premier révéla à la fin des années PHOTO : LUCAS PERRIGOT
1980 ses talents de beatmaker
féru de jazz et de rare grooves.
Billy Cobham, Louis Armstrong,
Ahmad Jamal, Shelly Manne,
Bob James, Thelonious Monk ou
encore Miles Davis et Gil Evans :
habilement samplée par les doigts
experts de DJ Premier, la musique
de ces maîtres du jazz est détour-

AUX ORIGINES DU RAP


née et honorée avec amour.
Aux platines : Doc Sillon

DJ Premier In Deep
Concentration
Avec Gang Starr
“No More Mr. Nice Guy, Wild Pitch, 1989 Compile utile
Jazz Thing (Movie Mix)
Avec Gang Starr Après plusieurs années de recherches, Rocé publie sur
“Music From Mo Better Blues”
Columbia, 1990
son label la lumineuse anthologie “Par les damné.e.s de
la terre”. Entre discours d’émancipation et chansons de
Jazz Thing (Instrumental) luttes, un hymne à la préhistoire du rap.
“Jazz Thing” (CD-Single)
CBS, 1990
“Par les damné.e.s de la terre” rappelle Gontran Damas ou encore Dane Belany.
Here Today, Gone à la mémoire l’essai de Frantz Fanon Des noms oubliés pour la plupart. Et pour
Tomorrow paru en 1961 aux éditions Maspero. En cause, ils incarnent le contre-ordre des
Avec Gang Starr y faisant référence, le suprême rappeur humiliés, l’Histoire avec sa grande hache.
“Step Into The Arena” Rocé désigne à la fois la première geste François Tusques y montre son nez au
Chrysalis, 1990 écrite contre la violence du système sein du Groupement Culturel Renault, un
colonial, un rassemblement de voix véhicule rendant audible l’aliénation et le
Unbelievable engagées sur le front des luttes entre régime des cadences. Dans “Identité En
Avec The Notorious B.I.G. 1969 et 1988 et l’expression spontanée Crescendo” (No Format!, 2006), réalisé
“Readie To Die”
Arista Records, 1994
d’une révolte qu’il désire transmettre avec les contributions d’Archie Shepp et
avant la nuit des consciences. Ces Jacques Coursil, Rocé avait glissé Des
Come Clean voix racontent une histoire de France, problèmes de mémoire, titre prémonitoire
Avec Jeru The Dajama nullement alternative, car fondée sur de son projet actuel, celui d’en finir avec
“The Sun Rises In The East” des faits (crimes racistes et sécuritaires l’oubli et de concevoir enfin le rap comme
PayDay/ffrr, 1994 notamment) que révèlent des textes une « poésie de l’urgence » convoquant
engagés dont la scansion annonce l’éveil sans mots vagues. Augmentée d’un
The Blackwidow Blues le battement du rap et ses propos de savant livret de 36 pages, cette anthologie
Avec Buckshot LeFonque
“Buckshot LeFonque”
combattants. De nombreuses figures vibre à l’oreille comme une flèche
Columbia, 1995 illustrent cette prophétie du hip-hop à nécessaire dans l’histoire des vaincus.
travers des chansons-tracts de Colette Guy Darol
Some Shit @ 78BPM Magny, Lena Lesca, Alfred Panou, Léon
Avec Buckshot LeFonque CD “Par les damné.e.s de la terre. Des
“Buckshot LeFonque” voix de luttes 1969-1988” (Hors Cadres /
Columbia, 1995 horscadres.net).
Music Evolution
(DJ Premier Version)
Avec Buckshot LeFonque
“ Music Evolution” (CD-Single)
Columbia, 1997

The 6th Sense


Avec Common
“Like Water For Chocolate”
MCA Records, 2000

14 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


Disque
JOHN
COLTRANE THE
Parce qu’il eut été un rien
filou de publier six mois à
AMAZING
KEYSTONE
peine après sa sortie une
édition super deluxe de
“Both Directions At Once :
The Lost Album” de John

BIG BAND
Coltrane (dont les ventes
ont dépassés celles de
bien des nouveautés...), la
jazz team d’Universal US a
préféré imaginer le triple CD
“1963 : New Directions”,
également disponible en
quintuple LP. Vous pouvez
passer chemin si, comme WE LOVE ELLA
& DJANGO EXTENDED
tous les vrais fans, vous
aviez déjà craqué pour “Both
Directions At Once”, et
que “Dear Old Stockholm”,
“Newport ’63” ou encore le CONCERT
16 MARS - 20H
légendaire “Live At Birdland”
faisaient déjà la fierté de
votre compactothèque.
En revanche, si le cru
1963 de Trane n’y était
pas représenté, n’hésitez AVEC LA PARTICIPATION DE
CHINA MOSES
pas ! Seul bémol : les
six petites merveilles de
ballades gravées avec le

SARAH McKENZIE
crooner Johnny Hartman le
lendemain des séances du
PHOTO : CHUCK STEWART PHOTOGRAPHY, LLC

“Lost Album” passent un

BIRÉLI LAGRÈNE
peu inapercu. Cette douce et
magnifique parenthèse dans
la discographie de Trane
aurait mérité une réédition
à part, aussi soignée que la
version digipack de 1995...
Doc Sillon LA VOIX D’ELLA
SPECTACLE FAMILIAL
17 MARS - 11H
CONTE MUSICAL,
licence 3 : n°3-1071337 – SIRET 450 419 387 000 45 (Paris) - La Voix d’Ella, une histoire de Philippe Lechermeier, illustrée par Amanda Minazio @ Gautier-Languereau

Coffret
LES RÊVES LA VOIX D’ELLA, RACONTÉ PAR
Avec le polysouffleur Scott Robinson
(saxophones, trompette, clarinette...),

VINCENT DEDIENNE
Rufus Reid (contrebasse) et Billy

DE MONK Drummond (batterie), le pianiste


Frank Kimbrough s’est offert le luxe
d’enregistrer dans “Monk’s Dreams”
(1 coffret 6 CD Sunnyside Records,
distribution Socadisc) “The Complete
Compositions Of Thelonious Sphere
Monk”, soixante-dix morceaux en
sept jours ! Un projet un peu fou
comme on les aime, à la mesure
du génie monkien. Chronique dans
notre prochain numéro.

LOCATION POINTS DE VENTE HABITUELS


W W W. K E YS T O N E B I G B A N D. C O M - W W W. S A L L E P L E Y E L . C O M - W W W. F N A C . C O M
PHOTO : X/DR

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 15


[Re]découvrir

À HAUTEUR
D’HOMMES
Marc Copland
Le pianiste vient d’enregistrer
le bien nommé “Gary” en hommage
au contrebassiste Gary Peacock,
l’une de ses idoles, avec lequel
il a très souvent joué. Souvenirs.

Gary Peacok
au début des
années 1970.
PHOTO : PAUL MINSART

T out a commencé en 1983, lorsque


Marc Copland eut l’opportunité de
les aime, et aussitôt un dialogue s’est
instauré entre nous. D’une certaine
multiplier les occasions d’approfondir
leur dialogue, entre affinités électives
partager la scène avec Gary Peacock manière, Gary m’a testé durant cette et qualités quasi gémellaires, que
lors d’un concert à Seattle : « Albert prise de contact, en nous embarquant Copland résume d’une phrase : « Jouer
Ayler, Paul Bley, Keith Jarrett, Bill dans des régions harmoniques que avec Gary m’aura toujours donné le
Evans... Gary avait déjà joué avec tous peu de contrebassistes explorent. » Et sentiment de me regarder dans un
les plus grands musiciens. J’adorais quand Marc Copland a relevé la tête de miroir… »
son style, cette combinaison de son clavier et vu un large sourire sur
sophistication harmonique et de liberté le visage de Peacock, il s’est dit qu’ils Aujourd’hui, le pianiste franchit
dans le geste, et j’étais extrêmement étaient partis pour bien s’entendre... une nouvelle étape en consacrant
nerveux à l’idée de jouer avec une telle Trente cinq ans plus tard, c’est peu en solitaire un album entier aux
légende. » Il confesse même ne pas dire que cette intuition s’est confirmée. compositions de son ami. « Gary n’est
avoir pu regarder son idole en face Marc Copland fait aujourd’hui partie pas un compositeur très prolifique,
lorsqu’il s’est installé au piano, « mais du nouveau trio de Gary Peacock mais chacune de ses pièces est une
dès les premiers échanges, sur une avec Joey Baron à la batterie (dont proposition langagière et poétique
note tenue de la contrebasse, j’ai posé deux albums ECM témoignent), et les qui affirme une identité forte.
un accord un peu étrange, comme je deux musiciens n’ont jamais cessé de Toutes conjuguent des qualités de

16 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


concentration, de clarté, de précision
PHOTO : FRANCESCO PRANDONI (MARCCOPLAND.COM)

et d’absolue étrangeté dès qu’on en


pénètre les arcanes. Ce sont des sortes
de haïkus si l’on veut, des pièces assez
courtes, apparemment simples, mais qui
dès qu’on en expose le thème se mettent
à se déplier dans toutes les directions,
laissant apparaître un monde tout en
nuances et subtilités. Elles tracent une
route qui propose une orientation pour
l’improvisation, mais n’imposent jamais
un cadre trop précis et restrictif. Elles
laissent beaucoup de place et de liberté
à l’interprétation. » Faisant remarquer
la profonde cohérence chez Peacock
« entre son geste d’improvisateur et
son inspiration de compositeur », et que
seul importe pour lui de « laisser parler
la musique », Marc Copland avoue avoir
abordé ce répertoire dans le même état
d’esprit : « Quand Gary joue, il n’essaie pas
de “faire” quoi que ce soit – je veux dire,

Gary Peacock
trace une ligne,
très pure, qu’il
projette, et la suit.
volontairement. Il se met dans une sorte
de vacance et il joue, c’est tout. Je conçois
l’improvisation de la même manière. Ça
ressemble un peu à de la méditation, si
vous voulez. » Ne rien désirer,
se mettre en situation d’attendre que la
musique se présente, le traverse et
l’emmène là où elle le veut : c’est
exactement ce que Marc Copland
fait quand il se met au piano. « Pour
improviser sur un thème, je me lance
sans plan préétabli, et je me laisse aller
là où le morceau me mène. Ce qui est
génial avec Gary c’est qu’il compose de la
même façon, sans plan. Il trace une ligne,
très pure, qu’il projette, et la suit. C’est
pourquoi il m’est si naturel de me glisser
dans la logique de ses morceaux. »
En donnant l’impression que la musique
s’invente sous ses doigts au gré de sa
déambulation, Marc Copland explore avec
aisance les méandres secrets de ces
compositions « bien plus plus complexe
qu’il n’y paraît, avec toutes ces structures
harmoniques si subtiles et habilement
intriquées les uns dans les autres »,
offrant par là-même de son ami et alter-
ego un « portrait en musique » volontiers
mélancolique, tout en retenue et élégance
discrète. Stéphane Ollivier
CD “Gary – Marc Copland Piano Solo”
(www.illusionsmusic.fr)

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 17


> Lu
[Re]découvrir

Entendu
Steve Lukather,
guitariste de Toto
••• “A la fin du morceau,
Don’t Stop Me Now, Miles
a continué de jouer et
nous avons laissé la bande
tourner. Les dernières
notes que l’on entend dans
“Fahenrheit” sortent de
sa trompette... Après ça, PHOTO : ODIN RECORDS
tout ce que les critiques
disaient sur notre groupe
n’avait plus d’importance :
rien n’est plus cool que
d’avoir l’approbation de
Miles Davis.”
Extrait de son autobiographie The Gospel
According To Luke (éd. Constable).
TRONDHEIM
On aime
JAZZ ORCHESTRA
Nate Chinen,
journaliste Au tournant des années 1980, le centre de gravité du jazz
américain scandinave s’est insensiblement déplacé de la Suède vers
••• “Voodoo de D’Angelo la Norvège. La preuve avec le Trondheim Jazz Orchestra.
n’est pas un disque de La création de la première classe du bassiste et compositeur très
jazz, mais il contient d’étude de jazz du Conservatoire “zappaïen” Ole Morten Vagan, “Happy
des éléments discrets de musique de Trondheim a permis Endings”, le vingtième disque de
qui n’auraient pas à toute une nouvelle génération la formation propose une musique
pu venir d’une autre de musicien d’éclore, de Nils post-moderne, énergétique et
Petter Moalver à Arve Henriksen joyeusement baroque multipliant
source. (...) Autre signe en passant par Tord Gustavsen, court-circuits temporels et autres
évident de l’influence Christian Wallumrod et Trygve télescopages esthétiques par la grâce
jazz, cette tension entre Seim. D’abord simple orchestre de
conservatoire, le Trondheim Jazz
d’arrangements denses et hautement
sophistiqués, à mille lieux des
imprécision floue et clarté Orchestra, alias le “TJO”, a fortement grands espaces et des atmosphères
métronomique. (...) Les contribué à cette mutation en se embrumées habituellement associées
principaux musiciens de transformant depuis les années 2000 au jazz nordique. Une preuve
Voodoo tiennent J Dilla en une formation expérimentale supplémentaire du réchauffement de
changeant de taille, d’orchestration la planète ? Stéphane Ollivier
pour responsable de cette et d’orientation esthétique à chaque
révolution rythmique.” nouveau projet, confié à un directeur CD Trondheim Jazz Orchestra & Ole Morten Vågan :
artistique différent, et accueillant à “Happy Endings” (Odin, distribution Outhere).
Extrait de Playing Changes, Jazz for
the New Century (éd. Pantheon) l’occasion des invités de renommée
internationale – Pat Metheny, Chick
Corea, Joshua Redman...
Placé cette fois sous la direction

Guy
Exposition
Le Querrec Paris, Barbès,
1983, Archie
Shepp
Le très sélect Château Palmer,
accueillera Guy Le Querrec jusqu’au 19 août,
pour l’exposition Jazz de J à ZZ. On y retrouve
PHOTO : GUY LE QUERREC

notamment Archie Shepp, qui donna son


interprétation musicale du millésime Palmer 2016
dans les chais du domaine, selon une coutume
inaugurée par Jacky Terrasson en 2009.

18 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


Masterclass
BOJAN Z, > Playlist 10 morceaux qui tournent sur les platines
de la rédaction

LA TÊTE ET Randy Brecker &


NDR Big Band
Chris Potter
Hold It
LES MAINS
« La question fondamentale, c’est :
First Tune Of The Set
Très en forme l’aîné des deux
brothers les plus célèbres
Avec James Francies aux
claviers et Eric Harland à la
batterie, voici le meilleur titre
du jazz moderne. Il le prouve du premier album du saxo-
comment être pianiste de jazz et phoniste américain pour le
devenir riche par les temps qui avec cette composition bien
nommée qui ouvre en fanfare label anglais Edition Records.
courent … » : le 2 décembre dernier, Retour au jazz électrique, dix
Bojan Z a commencé sa masterclass un album puissant et inspiré
où l’on retrouve son vieux ans après “Underground”...
au studio Libretto de Frank Woeste Où ça ? “Circuits” (Edition
sous le signe de la truculence et de compagnon David Sanborn.
Où ça ? “Rocks” (Jazzline / Records, sortie le 22 février)
la dérision. Puis il a égréné quelques

PHOTO : X/DR
souvenirs de son apprentissage du Socadisc, sortie le 22 février) Robi Botos
jazz dans la Yougoslavie des années Naïssam Jalal
1980 : « A Belgrade, il n’y avait qu’un Songe
Real Book pour une quarantaine de Extrait d’un ambitieux double
musiciens. Tu attendais deux ans CD, ce subtil et envoûtant Robi Botos
pour pouvoir le consulter ! Enfin si
tu étais con, car si tu étais malin,
Songe a effectivement des Calhoun Square
vertus oniriques. À la flûte Conclusion très funky du nou-
tu le faisais toi-même en repiquant et au chant, Naïssam Jalal
les thèmes à l’oreille. C’est ce que vel album de ce claviériste de
est accompagnée par Claude Toronto : une reprise d’une
j’ai fait. Depuis [montrant sa tête] ils Tchamitchian, Leonardo
sont gravés pour plusieurs vies ! » pépite de Prince, Calhoun
Montana et Hamid Drake. Square. Avec Cory Henry à
Bojan s’assied au piano, se lève, Où ça ? “Quest Of The Invisible”
marche de long en large, en donnant l’orgue, Lionel Loueke à la
Joe Lovano (Les Couleurs du Son / L’Autre guitare et Ingrid Jensen à la
Distribution, sortie le 1er mars) trompette.
Mystic Où ça ? “Old Soul” (A440
Loin de faire tapisserie, Joe The Drops Entertainment / Import USA, déjà
Lovano tisse avec Marilyn Message In The Bottle dans les bacs)
Crispell (piano) et Carmen
Castaldi (batterie, percus- Quatrième album de Federico
sions) une dentelle extrê- Casagrande (guitare), Chris-
tophe Panzani (saxophone) Jacob Collier
mement délicate en laissant
– ECM oblige ? – beaucoup et Gautier Garrigue (batterie),
de place au silence. alias The Drops. Huit compo-
Où ça ? “Trio Tapestry” (ECM / sitions originales, plus cette
Universal, déjà dans les bacs) reprise plutôt réussie de The
Police, marquée par un subtil

PHOTO : X/DR
balancement reggae.
Nicolas Folmer Où ça ? “Hard Pop”
Get Lucky (The Drops Music / Tune Core,
Miles Davis a toujours vécu déjà dans les bacs)
la musique au présent, se Jacob Collier
souciant moins de quoi jouer Yaron Herman With The Love
des conseils aux jeunes pianistes que de comment le jouer. En Shadow Walk In My Heart
ILLUSTRATION : ANNIE-CLAIRE ALVÖET

qui sont venus l’écouter. Il rappelle réinventant le tube de Daft


l’importance du travail de base, par Le pianiste surdoué « revient Toujours aussi allumé et hors
Punk, Nicolas Folmer est so norme le polyvocaliste et
exemple le travail des intervalles, Miles dans sa démarche. à l’essentiel » avec Sam
ascendants et descendants (« Si vous Minaie à la contrebasse et Ziv multi-instrumentiste anglais
Applaudissements. ami des superstars qui, dit-
travaillez la sixte mineure, travaillez Où ça ? “So Miles” (Cristal Ravitz à la batterie. Les onze
autant do-la bémol que do-mi ! »). Il compositions originales et on, se produira cette fois avec
Records / Sony Music, sortie le un vrai groupe, et non plus
insiste sur le dialogue entre la tête 22 février) inspirées forment un disque
et la main pour l’acquisition des très homogène. La gravité seul sur scène. Rendez-vous
compétences : « N’emmagasinez lyrique de Shadow Walk nous le 8 février à La Cigale.
jamais une info dans votre tête sans Nicolas Gardel / Rémi touche. Où ça ? “Djesse Vol. 1” (Soul
la vérifier par les mains : autrefois Panossian Où ça ? “Songs Of The Degrees” Jazz Records / Import Angleterre,
les pianistes savaient beaucoup plus Dive With Me (Blue Note / Universal, sortie le déjà dans les bacs)
avec leurs mains qu’avec leur tête. Ainsi, quand il ne joue pas 15 février)
Aujourd’hui c’est le contraire : je avec ses électriques et
vois plein de jeunes pianistes qui ont
PHOTO : X/DR (UNIVERSAL)

éclectiques Headbangers, le Sam Minae, Yaron


beaucoup de choses dans leurs têtes, trompettiste Nicolas Gardel Herman et Ziv Ravitz
beaucoup moins dans les mains. » cultive sa belle sonorité en
Drôle et chaleureux tout en étant duo avec le pianiste Rémi
d’une exigence de fer, Bojan a l’art Panossian. Belle entrée en
de parler aux élèves : « Ne regarde matière que ce titre à la
pas ton piano. Tes réflexes sur mélodie prégnante, signée de
l’instrument doivent être aussi rapides sa plume.
que ta voix », dit-il à l’un d’eux. Une Où ça ? “The Mirror”
simple phrase pour des années de (Matrisse Productions / L’Autre
travail... Jean-François Mondot Distribution, sortie le 1er février)

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 19


LE CHAMAN
[Re]découvrir

Le multi-
Joseph Jarman 1937-2018 instrumentiste
de l’Art Ensemble
of Chicago est mort
le 9 janvier.
Il avait 81 ans.
De l’Art Ensemble of Chicago,
formation irréductible à l’un
ou l’autre de ses membres,
il était scéniquement le plus
“remarquable”, avec et à l’opposé
de Lester Bowie (le trompettiste à
la blouse blanche), par l’exotisme
du maquillage et de l’accoutrement
qu’il partageait avec Don Moyé et
Malachi Favors, ainsi que par sa
panoplie instrumentale, spécificité
du quintette, mais dont Jarman
était le champion, des anches aux
idiophones du monde entier. Tout
autant récitant et prêcheur, il tirait
le happening vers le rituel, et on le
vit s’éloigner de la scène, dans les
années 1990, pour le bouddhisme
et l’aïkido. On dit même que les
disciples du Jinkinshikan Dojo qu’il
avait créé à Brooklyn ignorait tout
de sa renommée de musicien.

Grandi à Chicago, il fit partie


avec Roscoe Mitchell et Malachi
Favors du cercle de Muhal Richard
Abrams, berceau de l’AACM dont
le Joseph Jarman Quintet anima
le premier concert deux ans
avant la concrétisation de l’Art
Ensemble. Relativement discrète,
sa discographie sous son nom
reste marquée par un duo avec
Anthony Braxton (“Alone Together”,
1971), un solo (formule dont il
fut le pionnier avant Braxton,
“Surbound”, 1976), plusieurs
collaborations avec Don Moyé,
dont il partageait le chamanisme
musical, et un regain d’activité
en 1996-1997 avec Scott Fields,
Marilyn Crispell, Myra Melford et
Leroy Jenkins). Franck Bergerot

Tout autant
récitant que
preacher, il tirait
le happening
vers le rituel.
PHOTO : PAOLO FERRARESI

20 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


Un peu de lecture
JEAN-CLAUDE
ZYLBERSTEIN
Créateur de collections bien
connues des amateurs de littérature
comme 10/18, Grands détectives Un jeudi par mois,
ou Domaine étrangers, Jean-Claude Jazz Magazine rythme
Zylberstein vient de publier Souvenir
d’un chasseur de trésors littéraires chez
la programmation
Allary Editions. Le jazz est très présent du Bal Blomet
dans cette autobiographie, notamment
dans les chapitres initulés Kind of Blue
et En avant la zizique !, puisqu’il fut
critique dans Jazz Hot puis, surtout,
dans Jazz Magazine, où il signa sous
l’égide de Daniel Filipacchi et Frank
Ténot chroniques de disques, revues de
presse (“Noir sur blanc”, sous le nom de
Dargenpierre), reportages et interviews
au long cours (Thelonious Monk, John
Coltrane, Sonny Stitt...). Avocat en droit
d’auteur, il a aussi bien défendu Françoise
Sagan que les Daft Punk. Vous avez dit
éclectique ?

Série culte
ECM, LA PREUVE PAR 50

LAURENCE LABAT
LAURENCE LABAT

Pour célébrer son cinquantième anniversaire, le grand label


munichois publie coup sur coup deux salves de rééditions CD
dans sa collection Touchstones. On se souvient que fin 2008, en
prélude à son quarantième anniversaire, ECM avait inauguré cette 28
février
collection avec quarante rééditions CD de classiques et de trésors
oubliés de son faramineux catalogue. Demi-siècle d’existence
oblige, ce sont cette fois pas moins de cinquante nouvelles
références que le label dirigé de main de maître par Manfred Térez Montcalm 2019
la plus rock
20h30
Eicher va publier en deux salves de vingt-cinq, la première est
déjà dans les bacs, la seconde le sera en mai.
Au programme, entre autres : “Mountainscapes” de Barre Phillips,
“Seeds Of Time” du Dave Holland Quintet, “Sound Suggestions”
des chanteuses
de George Adams, “The Jewel In The Lotus” de Bennie Maupin,
“New Directions” de Jack DeJohnette... (liste complète sur muziq.
de jazz
fr). Immense plaisir que de retrouver ces albums dans leurs
magnifiques digipacks fins et élégants. Rendez-vous dans nos
En avant première de
pages “Les Disques”, où plusieurs références sont d’ores et déjà la sortie de son album
RESERVEZ
ICI
chroniquées. Doc Sillon
“This Is The Day”, la
Manfred Eicher au travail
chanteuse canadienne
présentera pour la
première fois en
France ses nouvelles
chansons.
PHOTO : SCHEIDGES (ECM)

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 21


[Re]découvrir
> MON DISQUE À MOI
Par Pascal Rozat

Oliver Nelson
Nocturne
Prestige – 1961

Comparé au légendaire “The


Blues And The Abstract Truth”,
gravé six mois plus tard par le
même Oliver Nelson, “Nocturne”
semble de prime abord ne pas
avoir grand-chose pour lui, sa
pochette tristounette n’attirant
pas davantage l’attention que
PHOTO : ROB HENDRIKS

son casting low key : l’impec-


cable et méconnu Lem Winches-
ter est au vibraphone (il devait
disparaître tragiquement peu
après), l’obscur et bluesy Richard
Wyands au piano, le robuste et
discret George Duvivier à la
contrebasse, et il ne reste guère

PETRUCCIANI HAUT
que le nom du légendaire Roy
Haynes à la batterie pour rete-
nir un tant soit peu l’attention
du jazzfan... Alors, qu’est-ce qui

EN COULEURS
fait malgré tout de cet album l’un
des joyaux de la série Moodsville
de Prestige (1960-1963), plétho-
rique collection en trente-neuf
volumes dédiée à un certain
jazz “d’atmosphère” ? Eh bien
justement son ambiance, d’une
Compile utile
absolue cohérence de bout en
bout : compositions originales et Comment ça, “Colors” est la énième compilation
standards choisis distillant leur Dreyfus Jazz de Michel Petrucciani ?! Vous n’y êtes
charme doucement mélanco- pas.
lique, tempos moyens se dérou-
lant moelleusement sous les pas D’abord, tous les titres, pardon, les Brown...) sont de la plume du regretté
des solistes, retenue cool flirtant chansons comme il aimait tant dire, et pianiste, période Dreyfus Jazz, et le
par moment avec une approche pas des moindres (l’inédit Montélimar livret de 32 pages supervisé par notre
quasi chambriste. Et puis surtout, que les lecteurs de Jazz Magazine ont pigiste Pascal Anquetil regorge de
il y a le jeu d’Oliver Nelson, dont pu découvrir en exclusivité, Looking passionnants témoignages-hommages
on a fini par oublier quel mer- Up, Rachid, Brazilian Like, Charlie de pianistes, de Gauthier Toux (notre
veilleux saxophoniste il était : “Révélation Française de l’année”) à
improvisateur au lyrisme inné, Grégory Privat en passant par Laurent
déjà délicieux au ténor, c’est à Coulondre, Roberto Negro, Alain Jean-
l’alto qu’il donne ici sa pleine Marie, Laurent de Wilde ou encore Paul
mesure expressive, soufflant Lay. De plus, chaque chanson, donc,
ses lignes mélodiques bienfai- est commentée avec amour. Indis(sur
santes avec ce timbre chaud dix)pensable. Doc Sillon
relevé d’une pointe de vibrato CD Michel Petrucciani : “Colors”
serré reconnaissable entre mille, (Dreyfus Jazz / BMG, [CHOC] Jazz Magazine)
marque de fabrique d’un grand
styliste de l’instrument qui aura
rarement été aussi bien mis en
valeur qu’ici. •

22 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


Miles Davis : quoi
d’neuf ce doc ?
Documentaire Miles Davis : Birth
Of The Cool, le documentaire de
Stanley Nelson, vient d’être projeté
au Sundance Festival. Autorisé Un jeudi par mois,
par les héritiers du trompettiste, Jazz Magazine rythme
il promet des « documents la programmation
jamais vus », des du Bal Blomet
« photos rares »
et de « nouvelles
interviews »
(Quincy Jones,
Carlos Santana,
Clive Davis,
Wayne Shorter,
Ron Carter...). La
sortie française ?
Patience... On nous
l’a promise pour
l’automne.

Coffret

LAURENCE LABAT
SYLVAIN GRIPOIX

LE TOUR DU MONDE 28
DE BEN SIDRAN mars
Le sticker proclame fièrement “No digital release”. Quoi de plus Le phénomène 2019
Leila Martial
logique puisque “Ben There, Done That, Ben Sidran Live Around
The World (1975-2015)” est typiquement le genre d’anthologie
qui ne peut s’apprécier qu’au format “physique” tant l’objet-
disque est soigné : digipack, livret de 24 pages avec une longue et son trio 20h30
interview du chanteur, pianiste, auteur et compositeur (mais
aussi essayiste et homme de radio), et des témoignages de Janis BAA BOX
Siegel et Georgie Fame. De Minneapolis à Paris en passant par
Tokyo et Madrid, on se délecte de quarante ans de frissons live Pour la sortie de
inédits prodigués par le disciple le plus hip du grand Mose Allison. son nouvel album
Attention, cette coproduction Ben Sidran / Zev Feldman (Monsieur
RESERVEZ
ICI
Resonance Records) est en édition limitée à 3 000 exemplaires ! “Warm Canto”, cette
incroyable vocaliste,
inspirée par les chants
pygmées, inuits et
PHOTO : X/DR

tziganes, explorera
tous les chants du
possible entre humour
et émotion.

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 23


[Re]découvrir

Michel Portal et
Louis Sclavis,
Cachan, février 2013

Beau livre

JAZZ ALONE
TOGETHER
Jazz Alone Together du
photographe Olivier Degen est un
magnifique livre de 290 pages
où l’on croise Susanne Abbuehl,
Jeanne Added, Dave Holland,
Brian Blade, Joe Lovano, Vincent
Peirani, Gary Peacock, Walter
Smith III, Géraldine Laurent,
Martial Solal et beaucoup
d’autres. Rythmé par six
passionnantes “conversations”
(avec Joachim Kühn, Marc
Ducret, Daniel Humair, Michel
Portal, Tim Berne et Louis
Sclavis), il est préfacé par Francis
Marmande. On en reparle vite.
85 €, en vente sur olivierdegen.com

24 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


Un oscar pour
Quincy ?
Documentaire Quincy, le documentaire
consacré à l’invicible Quincy
Jones (bientôt 86 ans) et visible Un jeudi par mois,
sur Netflix depuis Jazz Magazine rythme
le 21 septembre la programmation
vient d’être nommé du Bal Blomet
pour les Oscars
dans la catégorie
Documentaire.
S’il gagne, “Q” ne
saura décidément
plus où ranger
ses innombrables
trophées...

LAURENCE LABAT
STANISLAS ZANCO

13
James Reese Europe au avril
temps des Hellfighters
Swing Manouche 2019
Aurore Voilqué
Pionnier du jazz trio Featuring 20h30
Angelo Debarre
JAMES La violoniste et chanteuse
REESE EUROPE Aurore Voilqué nous
RESERVEZ
ICI
Avant d’être le chef de musique présente son nouvel
des Hellfighters, régiment le plus
médaillé de l’armée américaine
album « La Valse
en 1918, Jim Europe fut le leader
artistique de la scène noire new-
Bohémienne » aux
yorkaise. Les huit morceaux qu’il côtés d’une des
grava entre 1913 et 1914 à la
tête de son Society Orchestra plus grandes figures de
viennent d’être restitués par
Archeophone, orfèvre inégalé la guitare manouche.
de la restitution des vieilles
cires. La comparaison avec les
mêmes musiques jouées par
d'autres orchestres de l'époque
souligne en quoi Jim Europe fut
un véritable précuseur de ce qui
ne s'appelait pas encore “jazz”.
Le tout commenté dans un livret
de 56 pages illustrées, par David
Gilbert, spécialiste de l’histoire
culturelle afro-américaine.
PHOTO : X/DR

Franck Bergerot
CD“The Product Of Our Souls”
(Archeophone / archeophone.com)

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 25


En couverture

musicien
etranger de
l’année
LES
chocs

Chocs des
Chocs de
l’année
DE L’ANNÉE
Comme chaque année, nos
D epuis 2011 et la sortie
de son premier disque pour
Blue Note, “When The Heart
journalistes ont choisi et Emerges Glistening”, Ambrose
Akinmusire a pris l’habitude de

commenté leur Choc personnel glisser à l’intérieur de chacun de


ses projets un morceau entier
consacré à réciter/recenser sur
et le concert qui les a le plus une trame musicale volontiers
complexe et sarcastique la liste
marqués. Sans oublier de des dernières victimes noires
tuées aux États-Unis par la police

voter pour élire le “Musicien


ou par des membres de groupes
d’autodéfense. “Origami Harvest”
ne déroge pas à la règle, qui
Étranger de l’Année”, Ambrose propose avec Free, White And
21 un nouvel avatar de cette

Akinmusire, le “Musicien funèbre et grinçante litanie plus


que jamais d’actualité. Pour
autant, si l’on évoque d’emblée, à
Français de l’Année”, Vincent travers ce morceau, la dimension
ouvertement politique et engagée
Peirani, la “Révélation de son nouvel opus, semblant à
bien des égards renouer, tout au

Française de l'Année”,
moins dans l’esprit, avec d’autres
époques où le jazz n’avait pas peur
de mettre ses forces expressives
Gauthier Toux, et, pour la au service d’un discours
contestataire, le jeune trompettiste

première fois, le disque “Choc nuance, comme par réflexe :


« Je me sens tout à fait concerné
par ce mouvement fort de
des Chocs” paru en 2018, conscientisation et d’engagement
sociétal symbolisé notamment par
“Origami Harvest” d’Ambrose le slogan “Black Live Matters”,
qui traverse aujourd’hui toutes

Akinmusire.
les couches de la communauté et
se reflète dans les formes d’art
afro-américain, du hip-hop au
jazz. Et c’est vrai que j’aime que

26 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


1Ambrose
Akinmusire
2
Ben
Wendel
1Cory
Henry

1Ambrose
Akinmusire
“Origami Harvest”
Blue Note/Universal
REPÈRES
2
1982
Naissance le 1er mai à
Oakland, Californie.
Vincent 2001
Peirani Steve Coleman le
remarque au sein du
“Living Being II”
Act / Pias Berkeley High School
Jazz Ensemble lors

3
Marc
d’un atelier musical
et l’intègre à ses Five
Elements pour une
tournée européenne.
Copland 2002
“Gary” Poursuit ses études à
Illusions / UVM la Manhattan School of
Music.
2007
Remporte la Thelonious
Monk International Jazz
Competition devant
des juges prestigieux
comme Terence
Blanchard, Quincy

“LE JAZZ EST UN


Jones, Herb Alpert, Hugh
Masekela, Clark Terry et
Roy Hargrove. Premier
disque en leader,
“Prelude (to Cora)”.
Consolide ses liens avec

COMBAT”
des artistes comme
Vijay Iyer, Aaron Parks,
Esperanza Spalding ou
Jason Moran.
2011
Premier disque Blue
Note, “When The Heart

Ambrose Akinmusire texte Stéphane Ollivier / photo X/DR (Universal)


Emerges Glistening”.
2017
Double album live, “A
Rift In Decorum : Live At
Révélé en 2008 par le label indépendant Fresh The Village Vanguard”.
Sound New Talent, Ambrose Akinmusire fait 2018
désormais partie des créateurs essentiels du jazz Enregistre en sideman
avec des musiciens
du XXIe siècle. Musicien de l’année, disque de aussi différents que
l’année avec “Origami Harvest”, son quatrième Wolfgang Muthspiel
(“Where The River
pour Blue Note : tout cela valait bien un portrait Goes”) et Mary
en forme de bilan avant son passage au Halvorson (“Code Girl”).
festival Sons d’Hiver.

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 27


ma musique, au-delà des notes, new-yorkais Das Racist. Ou encore du temps à l’élaborer « afin d’en
En couverture
véhicule des valeurs et des idées. le chanteur soul LmbrJck_T, digne contrôler les moindres aspects ».
Mais j’ai toujours des réticences héritier de Bilal par la suavité et la Il a notamment travaillé de façon
à évoquer mon travail en termes profondeur de sa voix. « C’est un très précise tous les rythmes,
exclusivement politiques, et aucun processus très naturel pour moi de « afin de ralentir volontairement le
de mes projets ne peut se réduire combiner tous ces éléments qui tempo général. Nous vivons dans
à un message univoque. » Jamais, font partie de ma culture, précise un monde saturé d’informations,
précise le trompettiste, n’a-t-il Ambrose Akinmusire. Si vous de biens de consommation, de
composé « un morceau pour en allez voir dans mon iPod, vous y propositions. La fonction d’un
faire le vecteur d’un mot d’ordre trouverez à la fois les quatuors de musicien n’est pas uniquement
militant », car sa conception du Bartok, le dernier Kendrick Lamar et d’apporter du plaisir, de la
politique prend en compte toutes Clifford Brown. » distraction, mais aussi d’aider les
les dimensions de l’existence : « Ma Pour ce projet, dit-il, il n’a eu gens à se positionner autrement
musique n’est pas là pour affirmer besoin de faire aucune recherche dans le monde qui les entoure et
constamment que je suis noir, mais particulière : il a juste regardé que, souvent, ils subissent. Jamais
il n’y pas une seule fois, à Oakland, autour de lui. « Je fais ça depuis l’individu n’a eu plus besoin de
où je prends ma voiture sans penser mon tout premier album. Ensuite, s’interroger. On ne pourra pas
que je peux être assassiné lors du c’est vrai qu’on continue de sortir de cette merde si les gens ne
trajet. C’est ma réalité, comme celle cataloguer ma musique comme du prennent pas la peine de trouver
de tous les Noirs aux Etats-Unis. » jazz, mais comme pour la plupart un moment pour s’écouter les uns
des musiciens de ma génération, les autres. Je crois que la musique
Un formidable maelström le mot jazz ne signifie plus grand- peut aider à cette libération. C’est
La musique d’Ambrose Akinmusire, chose d’un strict point de vue au-delà du politique ce que j’essaie
habilement composite, reflète stylistique. Le jazz c’est avant tout de vous décrire là, c’est spirituel,
la richesse et les tensions la liberté. Ou tout au moins une lutte existentiel. »
contradictoires concentrées dans pour la liberté. » Et de citer Wayne Cette conception universaliste et
la réalité afro-américaine actuelle. Shorter, qu’il adore : « Pour moi cathartique de la musique est au
Nourrie de toutes les musiques le jazz signifie : je te défie ! » Pour cœur du propos du trompettiste,
issues du riche héritage de la le trompettiste, cette phrase a du qui ne la limite pas à ses propres
musique noire, elle se situe à la sens, car « le jazz est une quête, projets, mais la décline aussi en
confluence du jazz le plus pur (son un combat, un défi. Tout sauf une tant qu’accompagnateur, faisant
style flamboyant et introverti à la assignation à résidence. » On l’aura preuve d’une plasticité stylistique
fois s’inscrit dans le prolongement compris : Ambrose Akinmusire lui permettant d’affirmer, en creux,
de grands stylistes de la trompette refusera toujours de se voir réduit une présence forte et stimulante,
quel que soit le contexte. Ainsi
aime-t-il jouer des musiques qui

Musicien français
ne relèvent pas « précisément » de
la culture afro-américaine. « C’est
Je suis noir mais important de ne pas s’enfermer
dans sa communauté. Je suis noir,
ma musique né à Oakland, ma musique participe
de cette histoire mais elle n’a pas
n’a pas besoin besoin de le réaffirmer sans cesse.
Elle est ce que je suis et ça suffit
de le réaffirmer

de l‘année
pour qu’elle s’inscrive naturellement
dans la culture universelle. »
sans cesse. C’est pourquoi il joue avec Kendrick
Lamar, Archie Shepp, Wolfgang
Muthspiel ou Mary Halvorson, et
que pour lui « fondamentalement, il
comme Booker Little et Woody dans ses ambitions esthétiques n’y a pas de différence ». Ambrose
Shaw), d’une certaine avant- parce qu’il joue de la trompette, Akinmusire n’adapte pas son style
garde renvoyant plus ou moins qu’il est noir et qu’il est catalogué de jeu selon les contextes mais,
directement aux thèses de la Great “musicien de jazz”. tout simplement, se met en accord
Black Music (de Roscoe Mitchell avec ses partenaires pour produire
à Steve Coleman) et du hip-hop Un aspect kaléidoscopique un certain type de musique :
contemporain dans ce qu’il a de Mais en poussant sa réflexion « C’est mon job ! ». Pour lui, la
plus réfléchi et expérimental – le bien au-delà de cette grande musique est « une seule et même
trompettiste n’a jamais caché sa mise à plat balayant toute idée de chose. Les notes entrent en moi
Musicien
profonde affinité avec cette culture, catégorisation et de hiérarchie des et ça m’évoque des sons. Ça peut Français

1Vincent
et intervient dans “To Pimp A genres, Ambrose Akinmusire fascine paraître simple, et ça l’est d’une
Butterfly” de Kendrick Lamar. en faisant de sa musique l’espace certaine manière, mais il s’agit de
En un formidable maelström de d’une réflexion critique sur nos ne jamais transiger. Car à la fin, la
rythmes et de formes, “Origami sociétés contemporaines : « Mon musique que je joue, je la signe de
Harvest” rassemble le quatuor à album peut donner l’impression mon nom, c’est une responsabilité, Peirani
2
cordes Mivos (formation réputée d’être dans une forme de trop- je dois être capable d’en justifier
dans le champ des musiques plein dans sa façon d’articuler des chaque instant. » Et c’est parce
nouvelles) et une section rythmique éléments de langage empruntés à qu’il ne dissocie jamais éthique et
capable de passer en quelques diverses traditions. Mais j’ai cherché esthétique qu’Ambrose Akinmusire Edward
mesures de beats hip-hop à à trouver de l’harmonie, du calme s’impose désormais comme l’un Perraud
3
de fluides embardées mettant dans ces formes composites. En des musiciens par qui le jazz peut
en œuvre toute les qualités de fait, il n’y a pas tant d’éléments que encore croire en son avenir.
souplesse et d’interaction propres ça, c’est juste que je multiplie les
au jazz. Mais aussi le rappeur angles d’attaques et les façons de CONCERT Le 1er février au Kremlin-Bicêtre
(Sons d’Hiver), le 23 avec Nasheet Waits à
Stéphane
Kool A.D., métis cubain et afro- les combiner, c’est ce qui donne au Créteil (Sons d’Hiver). Kerecki
américain, poète percutant au flow final cet aspect kaléidoscopique. »
sophistiqué, fer de lance du groupe Sa musique, le trompettiste a mis

28 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


C omment la musique
est-elle arrivée dans votre
vie, et pourquoi ce choix de
l’accordéon ?
Mon père a fait de la musique
en amateur dans sa jeunesse,
et il a tout arrêté quand je suis
né. Il travaillait à l’usine et avait
un orchestre de bal dans lequel
il jouait de l’accordéon, de la
guitare, du saxophone… Mais il
n’a jamais pu en faire son métier.
Sans faire de la psychologie
de bazar, je pense qu’il a voulu
vivre sa passion à travers moi,
en m’incitant très tôt à faire
de la musique et, comme tout
petit garçon en adoration devant
son papa, je me suis laissé
faire. Au départ je lui ai dit que
je voulais faire de la batterie,
mais il m’a imposé l’accordéon.
J’avais à peine 12 ans et,
franchement, pour moi ç’a été
la tuile : l’accordéon je trouvais
ça vraiment ringard. Mais il m’a
fait travailler très dur, et je me
souviens que pendant longtemps,
chaque fois qu’il me mettait
REPÈRES
l’instrument sur les genoux, je 1980
pleurais. Finalement au bout d’un Naissance le 24 avril
an de ce régime, il m’a dit : « Tu à Nice.
as bien bossé, tu vas pouvoir 1996
apprendre un autre instrument ! » Après des études
Je pensais que j’allais enfin d’accordéon et
me mettre à la batterie, mais il de clarinette au
conservatoire de Nice,
remporte le 1er Prix en
accordéon classique au
CNSM de Paris.
2001
Intègre le département
jazz du CNSM (1er Prix
en 2004).
2003
1er Prix du Concours

“J’AI VRAIMENT
National de Jazz de
la Défense. Multiplie
les collaborations
world, pop, jazz,
classique, chanson
française (Youn Sun

GALÉRÉ AVEC
Nah, Les Yeux Noirs,
Sanseverino, Laurent
Korcia...).
2012
Participe avec Emile
Parisien au groupe

MON ACCORDÉON”
“Sweet & Sour” de
Daniel Humair
2013
Premier album en
leader “Thrill Box”.
2014
Duo avec Emile , “Belle
Époque”. Remporte sa

Vincent Peirani texte Stéphane Ollivier / photo Sylvain Gripoix


première Victoire du
Jazz
2015
Création du quintette
Quand Stéphane Ollivier a rencontré Vincent Peirani Living Being.
l’automne dernier au moment de la parution du deuxième 2016
album de son groupe Living Being, l’accordéoniste jamais Duo avec le pianiste
avare de son temps lui avait aussi raconté ses débuts. allemand Michael
Wollny, “Tandem” (ACT
Son père, les bals, le conservatoire, jusqu’au choc de la Music).
découverte du jazz : retour sur les années cruciales de
son parcours musical.

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 29


m’a mis une clarinette dans les Evans, et ç’a été une claque encore Étudiants, profs, tout le monde
En couverture

Révélation française
mains ! Du coup, je suis entré plus forte que celle que j’avais se foutait de ma gueule ! J’étais
au Conservatoire de Nice, et j’ai reçue pour le classique. J’ai mis dans la même promo que Jeanne
commencé à m’initier à la musique l’autre dans la foulée : même chose. Added, et c’est bien simple : nous
classique. Avec mon père, j’avais J’ai appelé mon pote direct : « Les étions les deux rebuts, on était
principalement joué du musette, deux disques que tu m’as filés là, tous les deux relégués dans des
mais là, à travers la clarinette, je qu’est-ce que c’est ? » Évidemment positions subalternes, elle parce
découvre un autre monde, de la il n’a pas compris ma question, il qu’elle n’était “que” chanteuse, et
musique symphonique à la musique m’a répondu un truc du genre : moi parce que j’avais un instrument
de chambre, et je prends une « Bah c’est écrit dessus… – Non, atypique, hyperconnoté. A force de
vraie claque. Mon père s’est rendu ok, je veux dire : ce n’est pas du travail, on a su s’imposer.
compte aussitôt de mon goût pour rock, ni du classique, qu’est-ce
le classique et m’a dit : « Mais tu que c’est ? » Et là il est tombé de Aviez-vous déjà commencé

de l’année
sais qu’avec ton accordéon tu peux sa chaise : « Tu ne sais pas ce à écouter ce que certains
jouer aussi cette musique-là ? » Et que c’est ?! Mais c’est du jazz ! » accordéonistes avaient proposé
il m’a emmené voir un professeur J’ai enregistré l’information, mais dans le domaine du jazz ?
qui s’est mis à jouer devant moi je ne l’ai pas laissé tranquille pour Spontanément, je n’ai pas eu ce
des pièces de Bach et Mendelssohn autant : « Du jazz ? Ok ! Mais lequel réflexe ! Ce n’est qu’au bout de
à l’accordéon. Deuxième choc ! À des deux ? – Eh ben les deux ! » plusieurs mois à m’essayer à jouer
partir de ce moment-là, j’ai arrêté Que des musiques aussi différentes du jazz qu’un jour un type m’a parlé
de pleurer quand on me mettait puissent relever d’une même de Richard Galliano. Je suis allé
l’accordéon dans les bras. catégorie, je trouvais ça fascinant. écouter, et... pendant plusieurs
C’est comme ça que j’ai découvert à années, je vais être littéralement
Dans l’imaginaire collectif, quoi pouvait bien ressembler le jazz “gallianisé”. Ensuite j’ai écouté Marc
l’accordéon demeure associé dans toute sa diversité stylistique, Berthoumieux, Daniel Mille, Marcel
à la musique populaire, au et je me souviens m’être dit : « Si Azzola… Tous m’ont nourri d’une
folklore, à la chanson...
Mon père m’a toujours dit : « Tu
aimes le classique c’est une chose,
tu sors de tout ce pétrin et que tu
refais de la musique c’est de ce
côté-là qu’il faudra aller voir ! » Dès
façon ou d’une autre. Le moment où
je découvre le jazz est une période
de grande boulimie. Je me faisais
1Gauthier
mais tout bon accordéoniste doit que je suis sorti de l’hôpital et que des séances d’écoute intensive
faire du bal ! » Il m’a vraiment j’ai commencé à m’initier au jazz, de plusieurs heures, allant jusqu’à Toux
2
poussé à jouer le répertoire cette impression de pouvoir jouer ce programmer des disques en boucle
populaire, à le maîtriser, à savoir que l’on est, j’ai trouvé ça exaltant. pour m’endormir avec, pour que la
faire danser les gens. J’ai bien musique pénètre mon inconscient.
Mes grands chocs sont alors Géraud
Bill Evans, Hermeto Pascoal, Pat
Metheny et Frank Zappa. D’eux, j’ai
Portal
Glisser un accord tout écouté. Ensuite vinrent Chick
Corea, Bill Frisell, Herbie Nichols, 3
jazz sophistiqué Miles Davis, Herbie Hancock, Keith
Jarrett, John Coltrane. Tous ces
Carl-Henri
dans un contexte immenses musiciens m’ont peu ou Morisset
de chanson, prou influencé.
c’est hors sujet. Quand commencez-vous à
ressentir le besoin de faire
entendre votre propre musique ?
Assez tard finalement. Mon
premier vrai projet, c’est Living
Being, et c’est tout récent. Je me
dû faire une demi-douzaine de Alors pourquoi retourner suis longtemps satisfait de mon
saisons de baloche, et ça m’a à l’école en optant pour le statut d’accompagnateur. J’aime
fait reconsidérer le répertoire du département jazz du CNSM ? beaucoup l’idée d’accompagner.
musette, qui a vraiment une image Je débarquais à Paris, je sortais un C’est une des leçons de mon
ringarde – mais ce ne sont pas peu dans les clubs pour essayer père : si tu veux bien jouer d’un
les chansons qui sont mauvaises, de faire des rencontres, mais ça instrument, il faut savoir bien
c’est la façon qu’on a eue de les prend du temps. Mon père me accompagner ! Mon défi a été de
interpréter pendant des années ! mettait une pression de fou et je comprendre ce que je pouvais
Quand on l’extrait du folklore commençais à me décourager, proposer de personnel tout en
“gourmette, chemise ouverte et quand François Jeanneau, avec qui respectant les musiques que je
sourire crispé”, le musette est un j’ai eu la chance de faire quelques jouais. Glisser un accord jazz
genre à redécouvrir. Ce n’est pas jams à ce moment-là, me dit : « Tu sophistiqué dans un contexte de
facile de jouer cette musique-là devrais t’inscrire au conservatoire, chanson, ce n’est pas “faux” en soi,
correctement, c’est même tout un ça te permettra de rencontrer des c’est hors sujet. Tout ça m’a permis
art. musiciens de ton âge, et en plus de comprendre qu’en musique,
il n’y a jamais eu d’accordéon, ça l’important c’est de savoir ce que
Et quand découvrez-vous le peut être super ! » J’ai trouvé l’idée l’on veut raconter.
jazz ? géniale, c’était la façon idéale de
A l’orée des années 2000. J’ai rassurer ma famille et de gagner À ÉCOUTER “Live Being II Night Walker”
(ACT Music / Pias), [CHOC] Jazz Magazine.
été très malade, et j’ai dû arrêter du temps ! Le conservatoire, ce
la musique pendant presque trois sont une soixantaine de musiciens CONCERTS Le 8 février à Lagnon (Carré
ans. Un de mes copains venait aux parcours et aux sensibilités Magique), le 12 à Elancourt (Le Prisme).
régulièrement me voir à l’hôpital très différentes qui passent quatre
avec des disques. Un jour, il est NET Retrouvez la version intégrale de cet
années à vivre et jouer ensemble. entretien sur jazzmagazine.com.
arrivé avec “You Must Believe In C’est très stimulant ! Mais je ne vais
Spring” de Bill Evans et “L’eau de pas le cacher, au début j’ai vraiment
là” de Sixun. J’ai d’abord écouté Bill galéré avec mon accordéon.

30 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


TOUX
POUR PLAIRE
Gauthier Toux texte Stéphane Ollivier / photo Sylvain Gripoix

Il suffit de parler une


heure avec lui pour
comprendre que ce
jeune pianiste de 26 ans N é le 10 janvier 1993 à Chartres, c’est sans
motivation particulière que le petit Gauthier
de sa vocation : un dimanche par mois, pendant
un an, le pianiste lui prodiguera quelques
tout juste n’est pas là Toux se met au piano à l’âge de 8 ans et rejoint conseils particuliers. « Il va non seulement
par hasard. Intelligent dans la foulée le conservatoire municipal pour m’initier à l’histoire du jazz en me faisant
et talentueux, la une initiation musicale tout ce qu’il y a de plus découvrir les grands anciens, Bud Powell en
“Révélation française de académique. La découverte du jazz à 13 ans tête, mais m’ouvrir les yeux sur la technique
l’année” Jazz Magazine va d’un coup changer la donne. « Ç’a été un
vrai coup de foudre. Petrucciani d’abord, et très
du piano au sens large. Pas la virtuosité – mais
ce que ça signifie concrètement de produire un
sait ce qu’elle veut et vite les trios de Jarrett : j’ai tout de suite senti son ! »
est prête à brûler les que c’était ma musique ! » Même s’il fait ses
étapes. premières armes dans un groupe de reggae, Remontant le temps à partir de ces nouvelles
il monte son premier orchestre de jazz à 15 bases – Wynton Kelly, Tommy Flanagan, Herbie
ans, y testant d’emblée quelques compositions Hancock, Kenny Kirkland – et découvrant via
originales influencées par le lyrisme et les Trotignon Eric Harland, Aaron Parks, Avishai
sophistications rythmiques de la musique de Cohen (le bassiste), Shai Maestro, Ambrose
Tygran Hamasian. Mais c’est sa rencontre avec Akinmusire ou encore Brad Mehldau, Gauthier
Baptiste Trotignon qui décidera définitivement Toux commence à penser à faire de la musique

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 31


JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>> I3
DISQUES, CONCERTS, LES CHOCS DES
son métier. Une fois son bac en poche, il rejoint
En couverture
en 2011 le conservatoire de Lausanne. En plus
d’y bénéficier de l’enseignement d’Emil Spanyi
(« Le meilleur pédagogue de piano jazz selon
moi, mon mentor !»), le jeune pianiste va surtout
se frotter aux personnalités fortes de jeunes
musiciens talentueux, férus de jazz comme lui, JACQUES PASCAL PIERRE-HENRI
mais aussi de hip-hop (J Dilla, The Roots) et
de musique électronique : « Tous ces langages
ABOUCAYA ANQUETIL   ARDONCEAU 
que je vais intégrer durant ces années ont été
essentiels dans la maturation de ma propre
musique. Ça m’a appris à simplifier mon jeu, à
gagner en efficacité au niveau de la construction
d’un morceau et de prendre en compte une
certaine culture du son. »

En 2014, au terme de son apprentissage,


Gauthier Toux monte un trio avec Maxence
Sibille (« Un vrai batteur de jazz mais avec
un sens de la frappe nourri au hip hop et Mon Choc Mon Choc Mon Choc
à la pop ») et Kenneth Dahl Knudsen (« Un
bassiste alliant l’énergie au lyrisme dans la SWING BONES ERIC LE LANN & ERIC LE LANN &
grande tradition scandinave ») et jette les Tribute to PAUL LAY PAUL LAY
bases d’« une musique flirtant avec la pop par François Guin Thanks A Million Thanks A Million
son sens mélodique et sa carrure rythmique.» 1 CD Courtois / 1 CD Gazebo / 1 CD Gazebo /
courtois-paris.com L’Autre Distribution L’Autre Distribution
Très vite, la formation enregistre un premier
 
Mon concert Mon concert Mon concert
CHICK COREA ERIC LE LANN BIRELI LAGRÈNE AVEC
AKOUSTIC BAND ET PAUL LAY LE CHARLIER / SOU-
L’irrésistible Juan-les-Pins
(Jazz à Juan), 18 juillet
Paris (Bal Blomet),
7 novembre
RISSE MULTIQUARIUM
BIG BAND 
ascension d’un “Remember Jaco Pastorius”
Nantes (Rendez Vous de
jeune prodige. l’Erdre), 2 septembre

Energie, enthousiasme. « À la trompette on ne Revisiter en 2018 les


Deux vertus inhérentes peut rien jouer qui ne mythiques sessions du
au jazz. Transcendant vienne d’Armstrong, duo Louis Armstrong /
les styles et les époques, pas même les trucs Earl Hines des grands
elles ont contribué au modernes. » Eric Le débuts du jazz : sacré
succès de cette musique. Lann fait sienne cette pari ! Aucune trace d’un
Elles restent intactes affirmation de Miles revivalisme étriqué chez
chez les Swing Bones Davis. Se ressourcer au Eric Le Lann et Paul
dont l’album-hommage à passé pour ensemencer Lay, mais une incroyable
leur inspirateur, François le présent et mieux liberté dans les échanges
Guin, est aussi un éloge féconder l’avenir, telle entre ces deux solistes
vibrant au swing de la est la philosophie de la superbement inventifs.
disque à compte d’auteur qui a la chance grande période, magnifié conversation que Le Lann Hommage à la fois
d’être repéré par TSF Jazz (“More Than Ever”), par un groupe aussi entretient avec Paul respectueux et d’une
et fin 2015, “Unexpected Thing”, avec deux cohérent que talentueux. Lay, deux musiciens modernité rayonnante.
souffleurs en invité, Christophe Panzani au Cette joie de jouer, cette complices qu’une Il faut bien sûr associer
ténor et Zacharie Ksyk à la trompette. Une jubilation de tous les génération sépare, mais Laurent De Wilde,
victoire au Concours National de Jazz de la instants, on la retrouve que réunit l’amour pour producteur de l’album, à
Défense en 2016, suivie de plusieurs concerts chez Chick Corea. Les Satchmo. Rassurez-vous, cette belle réussite.
remarqués au Duc des Lombards finit alors expériences diverses, ce n’est pas un énième Quant à Bireli Lagrène,
d’assoir la réputation du jeune talent en la célébrité semblent disque d’hommage, compagnon de route
devenir. n’avoir pas de prise sur mais un exercice de Jaco Pastorius en
Aujourd’hui Gauthier Toux continue non un pianiste qu’elles n’ont d’admiration, une 1986, boosté par un
seulement d’approfondir son art singulier du en rien blasé. Flanqué profession de gratitude big band punchy, il a
trio, comme en témoigne son dernier album de John Patitucci et de envers cet alchimiste rendu un hommage
“The Colours Yous See”, mais s’apprête avec Dave Weckl, il donne, qui sut transformer le impressionnant à celui
son nouveau projet “For A word” à s’ouvrir dans une pinède qu’il a cuivre en or et faire qui a métamorphosé
de nouvelles perspectives, en proposant en maintes fois fréquentée, naitre d’un folklore l’approche de la guitare
compagnie de Valentin Liechti à la batterie, une exemplaire leçon de métissé et brouillon un basse. Présent sur scène
Julien Herné à la basse et Léa Maria Fries à fraîcheur. art réglé et vigoureux. Le pendant toute la durée
la voix « une musique toujours ancrée dans disque est une merveille. du concert, Bireli a joué
le jazz mais résolument électrique, avec une Mais leur prestation uniquement de la basse
vraie recherche sonore qui l’oriente du côté de sur scène, zone de électrique. Se régalant
la pop indé, du rock et du funk ». On attend vérité irremplaçable, visiblement à choruser
avec impatience cette nouvelle étape dans c’est encore mieux. Un sur des thèmes chers
l’irrésistible ascension du jeune prodige. émerveillement de tous à Jaco (The Chicken,
les instants provoqué par Palladium, Speak Like A
CONCERTS Le 2 février avec Anne Paceo à Briançon la liberté de l’échange et Child...).
(Altitude Jazz Festival), le 7 mars à Paris (Studio de
l'Ermitage) en trio avec Christophe Panzani (saxophone) la beauté du son dans sa
en invité. puissance comme dans
sa fragilité.

32 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


RÉDACTEURS
THIERRY-P. FRANCK PHILIPPE PIERRE DE VINCENT
BENIZEAU BERGEROT CARLES CHOCQUEUSE COTRO

Mon Choc Mon Choc Mon Choc Mon Choc Mon Choc
JOHN COLTRANE ANTOINE PIERRE INGRID LAUBROCK TORD GUSTAVSEN RAINER BÖHM
Both Directions At URBEX Contemporary TRIO Hydor
Once, The Lost Album Sketches Of Nowhere Chaos Practices – The Other Side 1 CD Act / Pias
2 CD Impulse / 1 CD Igloo / Socadisc Two Works For 1 CD ECM /
Universal Orchestra Soloists Universal Mon concert
Mon concert 1 CD Intakt / Orkhêstra EDOUARD FERLET ET
Mon concert MILLER’S TALE Mon concert VIOLAINE COCHARD
EDWARD Pantin (Dynamo de Mon concert ENRICO PIERANUNZI Paris (Café de la Danse),
PERRAUD TRIO Banlieues bleues), TIGER TRIO (Nicole Paris (Sunside), 9 novembre
Paris (Studio de 26 octobre. Mitchell, Myra Melford, 9 août
l’Ermitage), Joëlle Léandre).
15 octobre Paris (19 Paul Fort),
12 novembre

L’évidence du Choc De vraies visions de Ici et là, le mot serait On connaît l’attachement L’album solo de Rainer
s’est imposée dès le compositeur que le l’acmé. La saxophoniste de Tord Gustavsen pour Böhm m’a impressionné
première écoute de batteur Antoine Pierre et improvisatrice Ingrid la musique liturgique. par l’effarante subtilité de
ces inédits de John a livrées au meilleur de Laubrock “oxymorise” Principale source son jeu. J’ai découvert
Coltrane. Au-delà de la scène belge – Jean- au fil de ses chaos d’inspiration du pianiste, un maître de l’allusion
la valeur documentaire Paul Estiévenart (tp), Bert contemporains au point elle est plus présente que / illusion auditive, au
d’un work in progress, à Cools (elg, elec), Bram de suggérer-inventer un jamais dans “The Other toucher et aux contrastes
plus de cinquante-cinq De Looze (p, elp), Félix quatrième courant du Side” (ECM), un disque profonds. Le dosage
ans de distance, il y a Zurstrassen (elb)… – et genre concerto grosso, mêlant jazz et musique entre maîtrise technique,
l’incroyable fraîcheur soumises sur quelques dont le concertino diffus sacrée enregistré en trio. construction et libre
de ce matériau brut (ou titres à ces autres visions serait complété par les Des chorals de Bach, de exploration ne laisse pas
presque) et l’énergie que sont les solos du indispensables Mary vieux hymnes norvégiens l’auditeur en repos, et il a
créative du légendaire flûtiste Magic Malik. Ces Halvorson (g), Kris Davis et quelques compositions fait mon bonheur.
quartette qui demeure “Sketches Of Nowhere” (p) et Nate Wooley (tp), personnelles, modales, Au cours du concert
encore la référence pour semblent bien venir de jusqu’à un conclusif lentes, et d’une grande donné en novembre
bon nombre de jazzmen. nulle part. hyperfree Vogelfrei simplicité mélodique, en sur la scène du Café
Autres références avec Tout comme ces (astucieusement constituent le répertoire. de la Danse à Paris,
Edward Perraud, improvisations libres traduit “hors-la-loi” par Nous étions prévenus, Edouard Ferlet et
batteur inspiré dont qu’échangèrent pour David Cristol). Quant l’avion d’Enrico Violaine Cochard  ont
la prestation a sucité le dernier concert de au Tiger Trio, c’est Pieranunzi avait décollé fait mieux que reproduire
chez votre serviteur leur tournée européen dans un underground de Rome avec beaucoup des extraits de leurs
des réminiscences les quatre membres parisien élégamment de retard et son concert enthousiasmants “Bach
majeures : Paul Motian, du quartette Miller’s chaleureux que ces trois en solo ne commencerait Plucked / Unplucked”
Ed Blackwell, Milford Tale : Ikue Mori (elec), maîtresses à la virtuosité pas à l’heure. Le maestro et “Plucked’n Dance”
Graves. Variété des Evan Parker (ss), Sylvie féline déployaient leurs est arrivé directement de (Alpha Classics). Une
timbres, contrôle des Courvoisier (p) et Mark paroxysmes d’empathie l’aéroport, tirant derrière performance haletante
dynamiques, respiration. Feldman (vln). Certes, ils et leurs pouvoirs de lui sa valise. S’excusant et souriante, sur le fil
Avec Bruno Chevillon et ne sont pas tombés de charme, prolongeant dans le sabir qui lui est d’arrangements tour
Paul Lay, à son bord, la dernière pluie, ne se l’eau à la bouche du CD coutumier, il s’assit au à tour ingénieux ou
c’est un trio / vaisseau connaissent pas d’hier “Unleashed” (RogueArt, piano, posa ses doigts profondément expressifs,
spatial qu’Edward et ils viennent de pays 2016) et aiguisant notre sur le clavier et les notes et où la claveciniste
Perraud propulse à et de scènes distinctes. impatience d’un “à se mirent à danser. ne fut pas en reste
travers l’espace où sa Mais d’où leur vient en suivre” (sur le même dans la prise de risque
musique l’emmène commun cet art de l’inouï label) superbement improvisée.
jusqu’au silence sidéral. toujours renouvelé ? féministe et exquisément
Le Choc du temps Le bonheur de cette “déchaîné”. Patience ! 
présent.  musique sans préalable,
c’est cette qualité
d’écoute et d’initiative qui
lui permet d’advenir. Une
grande leçon de vivre
ensemble.

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 33


DISQUES, CONCERTS, LES CHOCS DES RÉDACTEURS
En couverture

DAVID GUY LIONEL LUDOVIC JONATHAN


CRISTOL DAROL ESKENAZI  FLORIN  GLUSMAN

Mon Choc Mon Choc Mon Choc Mon Choc Mon Choc
SATOKO FUJII / ROBERTO NEGRO WAYNE SHORTER SYLVAIN SLY AND ROBBIE
JOE FONDA / Kings And Bastards Emanon DARRIFOURCQ / IN MEET NILS PETTER
GIANNI MIMMO 1 CD Cam Jazz / Harmonia 1 CD Blue Note / Universal LOVE WITH MOLVAER
Triad Mundi Coïtus Interruptus Nordub
1 CD Long Song Records Mon concert 1 CD Gigantonium / 1 CD Okeh / Sony Music
/ bandcamp.com Mon concert CHICK COREA Gigantonium
THOMAS DE AKOUSTIC BAND Mon concert
Mon concert POURQUERY & Sète (Jazz à Sète), Mon concert ILHAN ERSAHIN
JOHN ZORN / BILL SUPERSONIC 19 juillet BRAD MEHLDAU TRIO “Istanbul Sessions” avec
LASWELL Brest (Atlantique Jazz, Marciac (Jazz in Erik Truffaz
Milan (festival Jazzmi / Le Quartz), Marciac, Chapiteau), Paris (Café de la Danse),
Teatro dal Verme), 13 octobre 29 juillet 7 juin
6 novembre
 

En 2016 et 2017 Une petite lumière que L’événement On avait apprécié le Cela faisait longtemps
Satoko Fujii a publié l’on promène sur le bord discographique premier album d’In qu’on n’avait pas
les merveilleux “Duet” de la route en marchant de l’année est Love With, mais “voyagé” ainsi lors d’un
avec le contrebassiste à rebours. Et l’on trouve incontestablement “Coïtus Interruptus” concert… On aurait
new-yorkais Joe des images (l’Afrique), la sortie du coffret nous emballe encore dit du Miles, et pas
Fonda et “June” du des sons (chansons “Emanon”. Deux CD davantage. Avec ce trio à n’importe lequel ; celui
sextette Trouble Kaze. d’amour italiennes, enregistrés live à la formidable énergie et à de 1975, à Osaka !
En 2018, la pianiste musiques de films), des Londres où le quartette l’esprit aiguisé, imaginé Porté par de longues
marque son soixantième sensations qui serrent le de Wayne Shorter par Sylvain Darrifourcq séquences électrisantes
anniversaire en publiant cœur. Roberto Negro est au sommet d’une avec les frères Ceccaldi, et furieusement groovy
douze CD, du solo au se livre et se délivre. interaction musicale l’auditeur est placé dignes d’“Agharta” et
big band. Avec Fonda Préparé ou dé-préparé, profonde développée dans un temps cohérent “Pangaea” (grâce à deux
l’aventure continue, et son bagage est un piano depuis dix-sept ans. Le alors que la musique batteurs et le clavier de
l’Italien Gianni Mimmo et nous voyageons avec CD studio où le quartette procède par ruptures Gil Scott-Heron), Erik
(saxophone soprano) lui. À travers les temps est entouré de l’Orpheus perpétuelles. Tout Truffaz, au bord de la
se joint à eux pour mêlés de la musique Chamber Orchestra est simplement génial ! transe, venait alors de
ce “Triad” empreint rappelant Debussy, tout aussi passionnant. Dans un genre très prendre le contrôle de
de mystères, un jazz Bartók, Nino Rota, Aphex Chick Corea, qui a joué différent, comment ne la scène du Café de la
improvisé entre chien et Twin et bien d’autres avec Shorter en 1969 pas être littéralement Danse où le saxophoniste
loup, séduisant, d’une couleurs. C’est le disque chez Miles Davis, est transporté par un Ilhan Ersahin l’avait
belle distinction. éblouissant d’un retour lui aussi en très grande concert du trio de Brad convié. En y repensant,
Pour sa troisième édition, sur soi. forme. Il a livré avec son Mehldau ? Plus le temps lui aussi semblait un peu
le festival milanais À sa façon, Thomas de Akoustic Band où l’on passe, plus il approfondit “parti”.
Jazzmi a reçu un duo Pourquery chemine, retrouve John Patitucci son art, et plus il nous C’est avec un autre
rare. La rencontre en mais toujours en un concert de jazz touche, ce qui est le trompettiste invité dans
tandem de John Zorn dansant. Dyonisos ludique et flamboyant, propre des plus grands. ses Istanbul Sessions
(as) et Bill Laswell (elb), muni d’un saxophone, où l’entente musicale En à peine dix minutes, qu’on a pu prolonger
partenaires de longue d’humour, d’amour, constitue l’enjeu majeur. son trio est parvenu à le voyage. Nils Petter
date au gré de moult il électrise Le Quartz Si Keith Jarrett semble capter l’auditoire du Molvaer, accompagné
projets, exerçait un attrait avec son Supersonic, s’être replié sur lui- chapiteau de Marciac cette fois de Sly et
tout particulier. Trouvant sextette ultraïste bandé même et si Herbie où, pendant les ballades, Robbie, la mythique
un terrain d’entente vers le ciel d’où ruisselle Hancock a pu récemment on aurait entendu une paire rythmique, nous
via l’influence partagée du bleu, comme un décevoir, Chick Corea mouche voler. Là encore, embarquèrent dans un
d’Ornette Coleman, épanchement de vie. continue de porter la génial !  trip dub futuriste vers la
les deux icônes ont Il fait chanter “Sons Of flamme en s’amusant Jamaïque...
médusé l’assistance Love”, Sun Ra, et le comme un gamin dans
avec un chambard d’une paradis éclipse le triste cette formule magique
redoutable densité. monde. du trio acoustique.

34 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


FRÉDÉRIC PAUL ROBERT FÉLIX JEAN-FRANÇOIS
GOATY JAILLET LATXAGUE MARCIANO MONDOT

Mon Choc Mon Choc Mon Choc Mon Choc Choc de l’année
SYLVAIN DANIEL LARRY OCHS & PHILIPPE ROMAIN PILON EDWARD PERRAUD
Palimpseste Voyage GERALD CLEAVER MOURATOGLOU Copper Espaces
imaginaire dans les Songs Of The Wild Univers Solitude 1 CD Jazz & People / Pias 1 CD Label Bleu / L’Autre
ruines de Detroit Cave 1 CD Vision Fugitive / L’Autre   Distribution
1 CD ONJ Records / L’Autre 1 CD Rogueart / Rogue Art.com Distribution Mon concert
Distribution JEAN-LUC PONTY Mon concert
Mon concert Mon concert Courbevoie (Espace YVES ROUSSEAU
Mon concert THE BRIDGE #8 EMILE PARISIEN ET Carpeaux), 6 novembre SPIRIT DANCE
LEILA MARTIAL Pantin(La Dynamo de VINCENT PEIRANI   QUINTET
Paris (Studio de Banlieues Bleues), INVITENT MICHEL Le Perreux (Auditorium
l’Ermitage), 9 octobre PORTAL Maurice Ravel), 6 février
12 octobre. Saint-Sébastien
(Jazzaldia, Teatro Victoria
Eugenia), 29 juillet

Tellement heureux Surprenants et très Ecouter le trio de Surtout connu pour ses “Espaces” aura été
d’avoir pu découvrir réjouissants ces Philippe Mouratoglou, productions acoustiques, l’occasion de redécouvrir
comment l’un des échanges fertiles, c’est céder à la magie Romain Pilon a réussi en Edward Perraud
meilleurs bassistes de enregistrés, cinquante d’un univers tout avec brio son passage au un batteur foncièrement
la scène française, le pieds sous terre, dans acoustique. Plus le tout électrique. Entouré mélodique, un Bruno
très demandé Sylvain l’obscurité totale et le plaisir brut d’un jazz de complices impliqués Chevillon au sommet de
Daniel, avait parfaitement silence minéral d’une livré nature. La guitare et inspirés, il est parvenu son art et un Paul Lay
réussi à cadrer sur grotte magdalénienne du de Philippe Mouratoglou à créer un univers sonore tout en finesse et folie
support “physique” son sud de la France. Cette s’offre comme une innovant et cohérent en cachée.
“Voyage imaginaire dans caverne ornée par nos pochette surprise dont combinant de multiples Quant au fabuleux
les ruines de Detroit”, ville lointains ancêtres est les vertus ne cessent de influences (jazz, pop, concert du Spirit
en pleine renaissance un partenaire original se renouveler au contact progressif, folk…) dans Dance Quintet d’Yves
habitée par tant de qui stimule l’imaginaire de l’art subtil de Bruno une sorte de fusion Rousseau et ses
musique(s) vitales, du jazz fiévreux du puissant Chevillon et des sonorités ultime. Un disque d’une extraordinaires musiciens
à la techno en passant saxophoniste Larry hors cadre de Ramon grande poésie qui fait (Fabrice Martinez, Bruno
par le rock, la soul et le Ochs et de l’expressif Lopez. défiler des pièces aux Ruder, David Chevallier
hip-hop. Autant de styles batteur Gerald Cleaver Le concert de San multiples couleurs, et Christophe Marguet),
que, via de forts subtils qui tissent une superbe Sebastian fut un inventives et sensibles, il m’a fait oublier ce
effets de palimpseste musique improvisée moment d’émotion fruit d’une évidente soir-là la neige et le froid
sonore, il est arrivé à venue du fond des âges. particulièrement vif, passion. par la richesse de ses
brasser avec intelligence, Les fructueuses Michel Portal, le C’est la même passion inventions orchestrales,
naturel et inventivité (et rencontres Bayonnais, n’ayant plus qui animait Jean-Luc avec notamment de
sur scène à Banlieues transatlantiques entre joué sur cette scène Ponty, lors de l’un de magnifiques effets
Bleues ce ne fut pas Chicago et la France basque festivalière ses trop rares concerts de timbres et une
moins mémorable). Aussi sont toujours l’occasion majeure depuis plus de dans l’Hexagone. complémentarité
experte en tangentielles d’excitants concerts trente ans. Le pari de Entouré de son équipe magnifique entre la
créatives, la Fregoli du inédits. Dans le cadre l’improvisation avec ses française, le violoniste trompette et la guitare.
chant Leila Martial, idéal de La Dynamo de deux hôtes, Vincent revisitait certains des
accompagnée par son Banlieues Bleues, la Peirani et Emile plus beaux titres de son
guitariste Pierre Tereygol cuvée #8 de The Bridge Parisien, s’en trouva répertoire “américain”
et son batteur Eric Perez, était particulièrement d’autant plus stimulé des années 1970, celui
avec lesquels elle ne fait capiteuse. Chauffés et c’est debout que le de ses albums cultes.
qu’une seule femme, a à blanc par une public de Jazzaldia salua L’occasion de redécouvrir
donné aux spectateurs fracassante rythmique, leur fin de concert. cette musique
du Studio de l’Ermitage Mars Williams et Antonin profondément originale,
quelque primeur de Tri Hoang soufflaient qui faisait un pont entre
son Baa Box nouveau des tornades sonores jazz, rock, folk, classique
(à paraître en mars). bienfaitrices. et progressif avec une
L’émotion ? Grande. inventivité de chaque
L’impatience de découvrir instant.
le disque ? Idem.

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 35


DISQUES, CONCERTS, LES CHOCS DES RÉDACTEURS
En couverture

STÉPHANE JACQUES PASCAL FRANÇOIS- KATIA DANSOKO


OLLIVIER PÉRIN ROZAT RENÉ SIMON TOURÉ
     

Mon Choc Mon Choc Mon Choc Mon Choc Mon Choc
BARRE PHILLIPS DELGRES CÉCILE MCLORIN BEAVER HARRIS / AMBROSE
End to End Mo Jodi SALVANT DON PULLEN AKINMUSIRE
1 CD ECM / Universal 1 CD Pias / Pias The Window A Well Kept Secret Origami Harvest
    1 CD Mack Avenue / Pias 1 CD Corbett vs Dempsey / 1 CD Blue Note / Universal
Mon concert Mon concert Orkhêstra
MILLER’S TALE ACOUSTIC Mon concert Mon concert
Pantin (La Dynamo de MISSISSIPPI BLUES LEÏLA MARTIAL / Mon concert  JOWEE OMICIL
Banlieues bleues), le 26 SUMMIT MARIE-PASCALE DUBÉ FIDEL FOURNEYRON Paris (New Morning),
octobre. Grande-Synthe Paris (Atelier du ¿ QUE VOLA ? 11 octobre 2018
  (Bay Car Blues Festival), Plateau), 13 avril 2018 Eymet (espace culturel),
3 novembre 13 octobre 2018
 

Avec “End to End”, Barre Ils ont écumé les scènes Rarement la certitude Trésor rescapé plutôt Un disque magistral et
Phillips aura signé cette pendant trois ans avant d’avoir affaire à un qu’oublié, reproduit en bouleversant à l’image
année, à 84 ans, son de délivrer ce premier chef-d’œuvre se sera CD en enregistrant un même d’une époque
album peut-être le plus album, qui jette des imposée à moi de vinyle original encore où se déchaînent les
essentiel et intemporel. passerelles entre les manière aussi claire. jamais lu sur une platine, passions. Magistral car
Dans cette manière de Antilles, la Louisiane et Flanquée du pianiste l’album de Beaver le mix des genres, soit
testament artistique le le Mississippi. Nommé Sullivan Fortner – qui Harris (qui fut batteur des cultures, est d’une
contrebassiste, seul Delgres en hommage signe aussi cette année pour Archie Shepp) et justesse prodigieuse.
avec son instrument, à Louis Delgrès, colonel un grand disque en trio de Don Pullen (qui fut Bouleversant car cet
bouleverse par son sens anti-esclavagiste, –, Cécile McLorin pianiste pour Charles ensemble d’harmonies,
de l’épure et sa façon si le groupe s’articule Salvant porte son art à Mingus) est animé par aussi lumineuses que
singulière de conjuguer autour des tambours un degré de raffinement l’esprit même du jazz : sombres, reflètent des
dans le même geste de Baptiste Brondy, du et d’originalité inouï, une expérience humaine questionnements, des
introspectif assurance et sousaphone de Rafgee engageant la grande qui fait le tour du monde, constats, des victoires
fragilité. et de la guitare cinglante tradition du jazz vocal pour reprendre l’intitulé et des déceptions avec
C’est d’une même qualité de Pascal Danaë. Ce dans une voie nouvelle exact de la formation lesquelles est aux
de “présence au monde” dernier chante aussi et a qu’elle semble pour “360° Experience” prises une certaine
que le quartette Miller’s composé des textes qui l’heure la seule à rejointe ici par Hamiet humanité. Ambrose
Tale ont fait preuve lors mêlent l’intime (Ramene pouvoir suivre. Dans Bluiett et Ricky Ford. Akinmusire s’installe là
de leur dernier passage mwen) et la revendication une toute autre Celle de Fidel au sein d’un admirable
à La Dynamo de Pantin. (Respect nou, Mo direction, conjuguant Fourneyron est peut- topos façonné par une
Lorsque la musique jodi…). Et auxquels le chant de gorge inuit être partie de Cuba, mais génération de jazzmen
improvisée atteint ce créole va si bien. et improvisation son intitulé interrogatif africains-américains – à
degré de concentration Grande-Synthe accueille libre, Leïla Martial – en français : Quoi de l’éducation musicale
et d’exigence collective un formidable festival et Marie-Pascale neuf ?  – interpelle : bien différente de celle
dans la fabrique d’un de blues, le Bay Car, Dubé ne nous ont pas jazz ou rumba ? Danse de leurs aînés mais qui,
terrain d’entente, c’est avec cette année un trio moins ému : on pourra spontanée ou concepts comme eux, jouent tout
toute la richesse de acoustique inédit. Vasti toujours réécouter leur harmoniques ? Effets haut ce qu’ils pensent
l’éphémère de notre Jackson, Zac Harmon incroyable performance spectaculaires des tout bas. Quant au live,
existence qui soudain et Terry “Harmonica” sur le site de l’émission percussions ou accords on retiendra ce concert
prend forme et sens. Bean ont quitté leur À l’improviste d’Anne savants des soufflants ? de Jowee Omicil qui,
groupe respectif pour Montaron, mais rien ne C’est un syncrétisme entouré de musiciens
la parenthèse aussi remplacera jamais la dûment pensé et vécu hors pairs, a glorifié ce
chaleureuse qu’intense présence physique de qui amalgame tous ces que l’on nommera son
d’un Acoustic ces deux voix a cappella paramètres et les fait leitmotiv : joie, joie, joie.
Mississippi Blues rauques et haletantes, rugir... joyeusement ! 
Summit. dans une intimité que
seul l’Atelier du plateau
pouvait offrir.

36 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


JEAN-PIERRE PHILIPPE
VIDAL VINCENT
LE GRAND RENDEZ-VOUS
DE LA MUSIQUE
ET DES MUSICIENS

Mon Choc  Mon Choc 3/4/5 MAI 2019


BEN WENDEL
Seasons
CD Motéma / Pias
VINCENT PEIRANI
Living Being II / Night
Walker
LA SEINE MUSICALE
1 CD Act / Pias
Mon concert 
MAKAYA MCCRAVEN Mon concert
New Morning LUCKY DOG
Paris, 2 Novembre Aignes et Puypéroux
(Respire Jazz Festival),
1er juillet 2018

Entre climats solaires Dans l’exercice très


et brumes hivernales, personnel et parfois
le saxophoniste Ben déchirant du choix
Wendel a confirmé avec unique, le disque de
“Seasons” ses qualités Vincent Peirani s’est
de compositeur inspiré, imposé à nos oreilles
tout comme la brillance parfois rassasiées de
de son jeu hors norme. nouveautés convenues
En novembre, le New et sans surprise. De
Morning accueillait Purcell à Led Zeppelin
le label International en passant par le fameux

3
Anthem, berceau de la Bang Bang de Sonny e
scène jazz de Chicago. Bono qu’il intercale
Le batteur Makaya avec bonheur entre ses
McCraven en était propres compositions, édition
la tête d’affiche, suite rien ne résiste à Peirani
à son dernier album, qui semble pouvoir
surprenant et éclectique transformer tout ce qu’il
collage superposant avec touche en or, le tout avec 1 BILLET UNIQUE POUR DÉCOUVRIR :
habileté, intonations free, un « groupe qui est une
hip-hop et jazz modal.
Sur scène, c’est tout
affaire de famille » et où
brille le soprano venu du
300 exposants :
autre chose, McCraven ciel d’Emile Parisien. les instruments et l’univers de la musique
propulse son quintette Quant à Lucky Dog
d’un drumming puissant (Yoann Loustalot, 30 concerts dans tous les styles musicaux
et musclé, dans la pure Fred Borey, Yoni Zelnik
tradition d’un Elvin et Fred Pasqua), leur 80 ateliers d’éveil musical
Jones, pour un set superbe concert du et d’initiation à un instrument
d’une impressionnante festival Respire nous
intensité, avec en prime a rappelé que le jazz 30 conférences et master class
une version anthologique peut nous offrir de
dolenc.fr Illustration : Dorota Dolenc

du There Comes A Time temps en temps des


de Tony Williams, aussi moments magiques où
dense que superbement l’improvisation collective www.musicora.com
mélancolique. se fait limpide et
étincelante. #Musicora2019

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 37


Story

LES
CORRESPONDANCES
MYSTÉRIEUSES
Claude Debussy et le jazz Si le génial
compositeur français n’a pas vécu assez longtemps
pour croiser les plus grands jazzmen, son influence sur
eux est manifeste. Explications.
par Guillaume de Chassy

tèmes », disait-il), il a créé un monde musical pas les œuvres comme elles sont mais tels
unique où plaisir des sens et liberté sont la que nous sommes » (4)
règle. Il a ouvert des portes que personne n’a
refermées depuis. « La musique moderne s’éveille à L’Après Midi
D’un Faune » (5). Ravel, Schönberg, Webern,
« Claude Debussy fait vibrer toutes les cordes Stravinsky, Bartók, Messiaen, Dutilleux… tous

L
de la sensibilité, toutes les fibres du désir, ces compositeurs majeurs ont été influencés
toutes les puissances de l’intelligence… Nos- par Debussy. Les musiciens de jazz en ont
talgie debussyste, le trouble qu’elle nous fait leur miel. A l’instar de Bix Beiderbecke,
es lieux sont encore plongés dans apporte » (2) Billy Strayhorn et Duke Ellington, ils y ont
l’obscurité. Silence. Puis une musique s’élève. « Dans cette musique libertaire, qui échappe puisé des trésors d’harmonie, allant parfois
Apparemment libre de toute forme, elle se aux classifications, au prévisible, l’auditeur jusqu’à revisiter certaines de ses composi-
déploie dans un chatoiement de couleurs. doit se laisser porter, sans savoir où, et se tions, comme l’ont tenté Branford Marsalis,
Que nous dit-elle ? Où va-t-elle ? Nous ne livrer totalement à l’action magique des sons. et tout récemment Hervé Sellin, seul face à
pouvons rien en deviner ; nous sommes sim- C’est un sentiment d’insécurité qui fascine les son piano, ou Franck Tortiller, Vincent Peirani
plement emportés par un flux sonore à la force uns et explique la résistance des autres. Ten- et Jacky Terrasson avec le Quatuor Debussy.
poétique inexplicable ; un charme mystérieux. dresse mystérieuse de cette musique… » (3) Mais la question du jour est ailleurs, vers ces
Nous sommes chez Debussy. territoires incertains où nous mène Debussy .
Raffinement inouï de l’orchestration, sensua- « Au fond de l’inconnu pour trouver du nou-
Nul ne parvient comme ce magicien à « créer lité de l’harmonie, subtilité des rythmes et des veau » (6).
une couleur, susciter une image, un état nuances, importance du timbre… ce sont-là
d’esprit, une atmosphère particulière, étaler le quelques clés de cette musique insaisissable. C’est là que quelques sorciers du jazz le
temps, donner l’illusion de la suspension » (1). Viennent à l’esprit de multiples correspon- rejoignent. Qu’ont-ils en commun ? Une es-
Goûtons les délices orchestrales du Prélude dances, picturales ou littéraire : avec l’univers thétique sonore recherchée, un goût pour les
à l’Après-Midi d’Un Faune, de La Mer ou de des peintres Whistler, Turner, Monet et Klimt, harmonies subtiles. Mais, surtout, le pouvoir
Jeux, dans la poésie des Préludes et Etudes avec la poésie de Baudelaire, Rimbaud et Mal- de susciter le mystère dans leur musique, de
pour piano ou dans le monde étrange et tour- larmé. Tous ont en commun l’art de ne pas nous plonger dans un rêve. Ils manient l’al-
menté de l’opéra Pelléas et Mélisande… ne expliciter les choses, mais plutôt de convoquer lusion, le silence et l’énigme. Comme pour
cherchons pas à comprendre : l’expérience notre imaginaire. Debussy a, suprêmement, Debussy, leur art imprévisible défie l’analyse.
debussyste est avant tout sensible. «  La ce don d’évocation. Prenons ses Préludes Rendons visite à ces démiurges …
musique doit humblement chercher à faire pour piano génial recueil d’impressions fugi- En commençant par Gil Evans. Dès 1956, il
plaisir », disait cet hédoniste. tives. Sur la partition, le compositeur a pris arrange La Plus Que Lente pour le sextette
soin de noter les titres à la fin de chaque de Gerry Mulligan. Cette réappropriation de
OVNI apparu dans le ciel des Arts à l’orée pièce : Brouillards, Des Pas sur la Neige, Ce Debussy dans un contexte cool jazz est un
du XXe siècle, Claude Debussy (1862-1918) qu’a vu le Vent d’Ouest, Les Sons et les Par- coup de maître, annonciateur des merveilles
PHOTO : X/DR

a inventé une nouvelle façon de percevoir la fums Tournent dans l’Air du Soir… Ce ne sont à venir. Tel ce prélude pour flûte alto et
musique. Loin des académismes, guidé par que des suggestions pour l’auditeur, qui doit harpe semblant tout droit sorti de Pelleas et
son extraordinaire intuition (« Je hais les sys- inventer sa propre histoire. « Nous ne voyons Mélisande qui introduit The Barbara Song de

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Wayne Shorter
se sentirait
chez lui au milieu
des Nuages
de Debussy

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 39


1964. Par la finesse de son écriture au ser-
Story
vice d’une sensibilité à fleur de peau, Evans
réussit à capter ce Je ne sais quoi, ce Presque
rien qui caractérise l’univers de Debussy. La
richesse des timbres orchestraux, la sophis-
tication harmonique, l’impression de temps
suspendu, l’émotion latente, tout subjugue
dans cette musique presque immobile qui
semble ne tenir qu’à un fil. Venu de nulle
part, le sax ténor de Wayne Shorter émerge
un moment avant de disparaître dans les
brumes… Magique.

De Gil Evans à Miles Davis, il n’y a qu’un pas.


S’il est un musicien de jazz qui incarne le
mystère, l’ellipse, c’est bien Miles. Réécou-
tons “Kind Of Blue”, 1959 : cette énigmatique
introduction piano-contrebasse de So What

Comparse de Paul
Bley, Paul Motian
est peut-être
le plus debussyste

PHOTO : X/DR
des batteurs.
Playlist
(écrite par Gil Evans) crée d’emblée l’atmos- 1. CLAUDE DEBUSSY 4. GERRY MULLIGAN 8. WAYNE SHORTER 11. CLAUDE
phère de tout l’album. L’ombre de Debussy “Orchestral Works” “The Original Sextet HERBIE HANCOCK DEBUSSY
est là. Elle s’incarne dans les accords presque Orch. New Philharmonia - Complete Studio “1+1” “Sonates et Trios” 
immatériels de Bill Evans. / Cleveland dir. Pierre Master Takes” Verve (1997). Capuçon, Chamayou,
Boulez, Sony (1995). Lone Hill (origine EmArcy) Caussé, Pahud,
Un soir de juin 1967, salle Pleyel, Miles es- Langlamet, Moreau, Erato
quisse le thème de Round Midnight. En peu
(1956). 9. JEANNE LEE
2. CLAUDE DEBUSSY RAN BLAKE ( 2018).
de notes et beaucoup de silences, il suggère “Intégrale de l’œuvre 5. GIL EVANS “The Newest Sound
la solitude, la pénombre, le secret.Les harmo- pour piano” “The Individualism Around” 12. PAUL MOTIAN
nies lunaires d’Herbie Hancock lui répondent. Jean Efflam-Bavouzet, Of Gil Evans” RCA Victor (1962). “Sound Of Love”
Chandos (2014). Verve (1964). Winter & Winter (1997)
Tout un monde lointain se dévoile. Sorcelle-
rie… Wayne Shorter est à leurs côtés. Lui 10. JIMMY GIUFFRE
3. CLAUDE DEBUSSY 6. MILES DAVIS PAUL BLEY STEVE 13. BILL
aussi connaît l’art d’évoquer des paysages “Pelléas et “Kind Of Blue” CARROTHERS
SWALLOW
imaginaires. Sur scène, sa créativité fulgu- Mélisande” Columbia (1959). “Jimmy Giuffre 3, “Excelsior”
rante se nourrit constamment du danger, de Von Otter, Holzmair,
1961” Outhere (2011).
l’inattendu. Il résume sa philosophie en une Naouri, Orch. National 7. MILES DAVIS
de France dir. Bernard ECM (1992).
phrase (difficilement traduisible) : « How do Haitink”, Naïve (2001). “The Bootleg Series
you rehearse the unknown ? » Vol. 1”
Columbia Legacy (2016).
Il est donc permis de penser que cet ama-
teur d’abîmes se sentirait chez lui au milieu
des Nuages de Debussy (premier des trois
Préludes pour orchestre). Et on l’attend (en
vain…) sur les premières mesures des Reflets et tendre. Giuffre ne cachait pas son admira- solo une suite de seize miniatures totalement
dans l’Eau (Images pour piano). En 1997, en tion pour la Sonate pour Flûte, Alto et Harpe, improvisées. Il l’intitule Excelsior, du nom de
duo avec Hancock, il explore des altitudes l’une des dernières pièces de Debussy. D’une sa bourgade natale, perdue dans le Minnesota
rarement visitées. Dans le titre Meridianne- écriture presque ascétique, elle est empreinte profond. Un univers tour à tour merveilleux
Notes
A Wood Sylph, les deux musiciens semblent à la fois de mystère et d’une entêtante nos- ou inquiétant surgit de la fabuleuse palette
1. Citation du avancer à tâtons sur une passerelle invisible talgie. C’est un petit miracle d’équilibre. On sonore du pianiste. Par le truchement de Du-
pianiste classique
Philippe Cassard. tendue au-dessus du vide. Et trouvent l’abso- retrouve cette grâce dans Jesus Maria, avec tilleux et Messiaen, Debussy semble lui avoir
2. Citation du lue beauté au prix du vertige. une manière plus anguleuse (la poésie brute insufflé l’esprit des ses Etudes (notamment
philosophe et de Bley…) et une respiration qui évoque les « Pour Les Agréments » et « Pour Les Sono-
musicologue Retour en 1962, avec Laura, revisité par vastes espaces de “Kind Of Blue”. rités Opposées »).
Vladimir Jeanne Lee et Ran Blake. Autre pas-de-deux
Jankélévitch.
vers l’inconnu, ou comment transmuter une Comparse de Paul Bley, Paul Motian est peut- D’autres créateurs singuliers mériteraient
3. Citation du
musicologue Roland chanson archi-rabâchée en un chef-d’œuvre être le plus debussyste des batteurs : maîtrise d’être cités, mais nous devons arrêter ici cet
de Candé. d’étrangeté. Une voix d’un autre monde, à la du son et du silence, art du sous-entendu inventaire nécessairement subjectif et lacu-
4. Citation de fois sensuelle, maternelle et vénéneuse ; un musical, instinct de l’alliage des timbres. On naire. Il n’a d’autre but, au fond, que de nous
l’écrivaine Anaïs Nin. piano éminemment debussyste, tour à tout s’en convainc en écoutant sa très nostalgique inviter à écouter autrement Gil Evans, Wayne
5. Citation du minéral ou liquide, comme éclairé par en composition Play, enregistrée en trio avec Joe Shorter, Paul Bley et les autres, au regard de
compositeur et chef dessous, évoquant « Et la Lune Descend Sur Lovano et Bill Frisell. Et on ne peut s’empê- leurs liens (plus ou moins souterrains) avec les
d’orchestre le Temple Qui Fut » (Images pour piano). cher de penser que si Debussy avait connu
Pierre Boulez. mystères de Debussy. Et à explorer sans fin
Un an plus tôt, Jimmy Giuffre, Paul Bley et la guitare électrique, il aurait écrit pour cet la musique du plus génial des compositeurs
6. Charles
Baudelaire :  Steve Swallow gravent la composition de Carla alchimiste des sons qu’est Bill Frisell. français. •
Le Voyage. Bley Jesus Maria, joyau intimiste, intriguant En octobre 2010, Bill Carrothers enregistre en

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JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 41
La revue de presse

N°103
février
1964

QU’EST-CE
Archives
QUE LE JAZZ ?
En ce mois de Avec ses lignes de texte couvrant la totalité de la
février 1964, le numéro 103 de page, en lieu et place de l’habituel gros plan sur
Jazz Magazine soulevait à travers le visage d’un musicien, la couverture du numéro
103 de Jazz Magazine fut sans doute l’une des
sa couverture une question plus surprenantes et énigmatiques de l’époque.
En l’observant de près, on réalisait cependant
fondamentale, et à vrai dire vite qu’il s’agissait d’un “dictionnaire du jazz”
toujours en suspens : qu’est-ce inventé par les rédacteurs afin d’y introduire
subtilement le sommaire. S’il faut reconnaître
que le jazz ? que leur ouvrage n’aurait guère été pratique en
l’état, les notices biographiques y étant agencées
par Jonathan Glusman / dans le désordre (Byrd, Ellington, Davison...), un
photos Archives Jazz Magazine tel projet visant à définir le jazz et nous présenter
ses protagonistes s’avérait en revanche bel et
bien nécessaire en cette période de grands bou-

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C’est par Jazz
leversements. En effet, comme en témoigne une Hall « ont joint leurs forces au quartette Gerry
Magazine que j’ai
publicité de la marque anglaise Everplay Extra en Mulligan-Bob Brookmeyer ». C’est toutefois vers véritablement
page 11, incitant les « drummers à exiger les nou- une double-page au design épuré que notre compris et
velles peaux plastiques » (avec cette américanisa-
tion du vocable qui aujourd’hui peut faire sourire),
attention se porte. On y annonce en effet que
« le Grand Prix 1963 des lecteurs de Jazz Maga- apprécié le jazz
la musique évoluait alors aussi rapidement que zine a été décerné à l’album “Money Jungle”
les nouvelles technologies. Et à voir l’expression enregistré par Ellington, Mingus et Roach »,
de Donald Byrd, immortalisé tel un Penseur de obtenant « 2.322 points, soit 1.074 de plus que autres de Third Stream (inventé selon lui par
Rodin, le regard tourné vers le ciel, on se dit que son suivant immédiat, “Monk’s Dream” ». Un Duke Ellington et non John Lewis), d’Herbie
lui aussi semblait un peu perdu… demi-siècle plus tard, ce palmarès regroupant Hancock (qu’il a présenté à Miles Davis), de
les noms de Miles Davis, John Coltrane, Clifford l’influence de Coltrane (sur Freddie Hubbard),
Passé le courrier des lecteurs, dans lequel mon- Brown et Charlie Parker (dans cet ordre) laisse de la trompette coudée de Dizzy Gillespie (une
sieur V. Fisera rend probablement le plus bel toujours aussi rêveur. invention complètement illogique), ou encore de
hommage à notre revue (« C’est par Jazz Maga- « Je n’ai jamais eu l’intention véritable de deve- son prochain disque enregistré avec un chœur
zine que j’ai véritablement compris et apprécié nir un musicien de jazz : mes projets concer- de gospel que personne n’a encore entendu,
le jazz »), on apprend dans la rubrique “Flashes” naient tous la musique dite classique », confiait mais « qui se vendra probablement très bien » : il
que Nat “King” Cole « jouera de l’orgue pour la ensuite Donald Byrd dans le grand entretien que ne croyait pas si bien dire ! Nous refermons alors
première fois de sa carrière dans son prochain lui accordait ce mois-là Jazz Magazine alors qu’il ce numéro sur une réclame un brin désuète pour
album », que Charles Lloyd « va entrer dans le venait de s’installer en France pour se consacrer le grand rhum blanc Duquesne avec « ce sourire
sextette de Cannonball Adderley à la place de à l’étude de la composition sous la direction de et cette détente qui signifient ambiance, charme
Yusef Lateef » ou encore qu’Art Farmer et Jim Nadia Boulanger. Le trompettiste y parle entre et joie de vivre » •

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 43


Un jeudi par mois,
Jazz Magazine rythme
la programmation
du Bal Blomet

Térez Montcalm
la plus rock des
chanteuses de jazz
28 En avant première de la sortie
février de son album “This Is The
2019 Day”, la chanteuse canadienne
20h30 présentera pour la première
fois en France ses nouvelles
chansons.

LAURENCE LABAT

Le phénomène
Leila Martial et son
trio BAA BOX
28 Pour la sortie de son nouvel
mars album “Warm Canto”, cette
2019 incroyable vocaliste, inspirée
20h30 par les chants pygmées, inuits
et tziganes, explorera tous
les chants du possible entre
humour et émotion.
SYLVAIN GRIPOIX

Swing Manouche
Aurore Voilqué
trio Featuring
13 Angelo Debarre
avril La violoniste et chanteuse Aurore
2019 Voilqué nous présente son nouvel
20h30 album « La Valse Bohémienne »
aux côtés d’une des plus grandes
figures de la guitare manouche.

STANISLAS ZANCO
Dossier

1959
L’ANNÉE FOLLE
Miles Davis Il y a soixante ans, le jazz entrait en
KIND OF BLUE P. 46
ébullition. Miles Davis inventait “une
Lester Young
et Billie Holiday espèce de bleu”, John Coltrane faisait des
DERNIER SOUFFLE P. 49 “pas de géant”, Ornette Coleman inventait
Wayne Shorter “la forme du jazz à venir”, Wayne Shorter
& Joe Zawinul
DESTINS CROISES P. 50 et Joe Zawinul prenaient déjà date pour
John Coltrane un avenir lointain... 1959 fut vraiment une
A PAS DE GEANT P. 51 année folle qui bouleversa le destin du jazz.
Charles Mingus Jazzmag avait cinq ans et s’en souvient en
APRES LA CRISE P. 52
Cinéma sept chapitres et cinquante neuf dates.
CERTAINS L’AIMENT JAZZ P. 53 Dossier réalisé par Franck Bergerot avec Pascal Anquetil,
Ornette Coleman Noadya Arnoux, Guy Darol et Stéphane Ollivier
PARFUM DE SCANDALE
AU FIVE SPOT P. 54

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 45


Dossier
La fin d’une
époque
Par Franck Bergerot

«  L e jazz est mort, vive le jazz ! » Cette phrase que l’on prononçait pour
l’inhumation des rois de France, on aurait pu la proclamer en cette
année 1959 aux enterrements de deux Louisianais nés à la fin du XIXe
siècle, Baby Dodds, le grand ancêtre de la batterie, et Sidney Bechet, le
premier grand improvisateur de l’histoire du jazz. Et si l’on n’avait guère
le cœur à clamer quoi que ce soit aux obsèques de Lester Young et
Billie Holiday, qui moururent l’un et l’autre d’un trop grand mal de vivre
sans avoir pu atteindre la cinquantaine, il n’en est pas moins vrai que
la disparition en l’espace de cinq mois de ces quatre grandes figures
marquaient la fin d’une époque, alors qu’advenait au même moment un
jazz tellement neuf et tellement divers que l’on ne manquerait pas de
mettre en doute son identité.

Le grand tournant de 1959 a pour pivot un album qui aura cette vertu d’être
tout à la fois une œuvre d’avant-garde et un immédiat best seller, “Kind
Of Blue” de Miles Davis. Derrière cette “sorte de bleu” dont le mystérieux
charisme rappelle cette “espèce de sourire” que Leonard de Vinci
imagina en peignant La Joconde, on peut en partie deviner l’évolution du
trompettiste de Flamenco Sketches à Spanish Key (sur “Bitches Brew” dix
ans plus tard) et les multiples ramifications que susciteront ses formations
au cours des sixties. À commencer par les œuvres de Bill Evans et John

BLEU
Coltrane. En cosignant officieusement “Kind Of Blue”, Evans s’affirme
comme le père d’une nouvelle pensée harmonique qui irriguera le piano
jazz à venir, de Herbie Hancock à Brad Mehldau.

John Coltrane, qui a déjà quelques idées sur la question de l’harmonie,


saura s’emparer de la “chose modale” qui est au cœur de “Kind Of

COMME
Blue” et qui présidera à son travail de My Favorite Things (1960) à
Offering (1967), non sans avoir exprimé, comme on presse un citron,
tout ce que l’on pouvait tirer des vieilles recettes harmoniques du
bebop, avec Giant Steps et Countdown, qui resteront des sujets d’étude
dans les écoles de jazz du nouveau millénaire.

MILES
Quant à Cannonball Adderley, l’autre saxophoniste de “Kind Of Blue”,
comme John Coltrane et Bill Evans, il quitte le trompettiste parce qu’il
a aussi une mission à remplir avec son frère, celle du “soul jazz” qui
fleurira dans les années 1960, et dont Charles Mingus donne déjà
sa vision très personnelle en trois disques qui sont d’emblée des
classiques, “Blues & Roots”, “Ah Hum” et “Mingus Dynasty”.

Deux autres figures décisives font une discrète apparition en 1959 : Joe
Zawinul et Wayne Shorter qui fraternisent, devinant peut-être qu’un jour
ils codirigeront le groupe le plus durable et créatif de l’histoire du jazz-
rock, Weather Report. Pour l’heure, Wayne Shorter est pressenti par
John Coltrane comme son successeur chez Miles, qui commence par
Kind Of Blue
Par Guy Darol / photos Don Hustein (Sony Music)
repousser ses avances. En attendant, il fera ses classes chez Art Blakey,
faisant entrer les Jazz Messengers dans une ère nouvelle. Quant à
Zawinul, aux côtés des frères Adderley à partir de 1961, il participera à
l’aventure du jazz soul dont il composera en 1966 l’un des hymnes les Le 2 mars et le 22 avril 1959,
plus célèbres, Mercy, Mercy, Mercy. Cannonball Adderley, John
S’il est un autre best seller dont le succès repose sur un concept Coltrane, Bill Evans, Wynton
progressiste, c’est “Time Out” de Dave Brubeck avec ses mesures à
cinq et neuf temps (Take Five et Blue Rondo A La Turk). Mais une autre
Klelly, Paul Chambers et
avant-garde ne fait pas du tout l’unanimité, qui ébranlera bientôt le Jimmy Cobb enregistrent sous
monde du jazz sous le nom de “free jazz”. Annoncé au Five Spot, club
fréquenté par la bohème artistique de Manhattan, Ornette Coleman
le direction de Miles Davis
arrive de la côte Ouest précédé d’une réputation contradictoire. On lui six compositions qui seront
prête la faculté de faire fuir le public par la bizarrerie de sa musique. Le
free jazz n’est encore qu’à l’aube de son histoire, mais il focalisera les publiées le 17 août sous le titre
passions des années 1960, jusqu’à éclipser parfois la diversité de ce de “Kind Of Blue”. Retour sur la
qui se joue tout au long de cette décennie, et que reflète déjà l’année
1959, année folle et passionnante. • genèse d’un chef-d’œuvre.

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1959 EN
59 DATES
Janvier
Le 1er  Red Garland
remplace Bill Evans
au sein du Miles
Davis Sextet pour un
nouvel engagement
au Birdland au cours
duquel le pianiste
cédera son tabouret à
Wynton Kelly.
Le 5 Première des trois
séances d’où sortira le
recueil d’Ella Fitzgerald
“Sings The George And
Ira Gershwin Songbook”
arrangé par Nelson
RIddle.
Le 7 Arrivée à New
York de l’Autrichien Joe
Zawinul. Le lendemain,
il prend le train pour
Boston où il est attendu
à la Berklee pour un
séjour de quatre mois
suite à une annonce
vue dans Downbeat.
Voir p. 44.
Le 15 Premier studio
de John Coltrane chez
Atlantic pour “Bags
& Trane” avec Milt
Jackson.
Le 18 Première séance

PHOTO : DON HUSTEIN (SONY MUSIC)


Blue Note de Jackie
McLean (“Jackie’s
Bag”).
Le 23 Lester Young
succède à Stan Getz au
Blue Note de Paris.

Février
Le Manifeste d’une Le 2 Alors que le
nouveau sextette de
nouvelle musique Miles Davis joue au
Sutherland Hotel de
safranée de pigments Chicago, Paul Chambers
en profite pour entraîner
exotiques en studio Cannonball

E n ce début d’après-midi assom-


bri de nuages, laissant derrière lui le
Adderley, Wynton Kelly
et Jimmy Cobb autour
de la trompette du
monde profane et le vent d’hiver, Jimmy jeune Freddie Hubbard
Cobb entra dans l’espace sacré du stu- (Paul Chambers “Go”,
Vee Jay). À l’issue
dio Columbia, au 207 East 30th Street, Sa batterie installée, il vit arriver Miles, Evans, qu’ils enroulent le clavier à leurs d’une seconde séance,
une ancienne église de style victorien, Julian “Cannonball” Adderley, John Col- façons en le faisant parler dans leurs Hubbard cède la place
tapissée de pendrillons muraux, dont trane, Paul Chambers, Bill Evans, les ac- langues respectives. Ou quelque chose à John Coltrane pour
la voûte se hissait à trente mètres au- teurs d’une aventure sans comparaison. comme ça. six titres (Cannonball
dessus de sa tête. C’était à Manhattan, Ayant suspendu leurs manteaux aux pa- Adderley “In Chicago”,
un sanctuaire acoustique qui avait vu tères fixées à l’entrée du studio, chacun Un Miles heureux Emarcy).
se recueillir, avant sa modernisation en cherchait à se placer. Miles choisit un Bien que d’allure quelconque, c’était un Le 4 Première d’une
1970, Billie Holiday, Duke Ellington et tabouret qui était une espèce d’éminence jour superlatif. L’homme de la rue n’en série d’enregistrements
Leonard Bernstein. À présent, le batteur d’où il pourrait observer, écouter, médi- savait rien, pas plus que les musiciens historiques qui
stellaire (aux innombrables associations, ter à son aise. Evans était assis devant triés sur le volet. Car il ne faisait aucun jalonneront l’année,
de Clark Terry à Dinah Washington, et le Steinway qui avait vu, trois ans plus doute qu’ils étaient là pour accomplir une Charles Mingus
enregistre “Blues &
toujours parmi nous !) en traversait la tôt, se pencher la convexe silhouette de conflagration, chacun d’eux devant ré- Roots” chez Altantic.
nef, rejoignant Irving Townshend, le nou- Glenn Gould. Venu de Brooklyn en taxi, pondre au désir de changement qu’avait Voir p. 46.
veau producteur de Miles, celui qui allait Wynton Kelly ne savait trop comment le programmé Miles. N’avait-il pas dévié le
superviser les séances d’enregistrement prendre. Miles lui expliqua qu’il n’y avait bebop de sa route ? Et donné naissance
de “Kind Of Blue”. pas méprise. Il désirait de lui, et de Bill au cool, avant d’ouvrir, avec “Milestones”,

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 47


Dossier
PHOTO : DON HUSTEIN (SONY MUSIC)

John Coltrane, Cannonball Adderley, Miles Davis et


Bill Evans en train d’enregistrer un chef-d’œuvre.

On ne s’étonne pas
la voie du jazz modal, prémisse des fusions à d’apprendre qu’il
venir à la fin des années 1960 ? Il avait assu-
rément un plan, semblable à cette méthode produisit sur James
que les cinéastes de la Nouvelle Vague com-
mençaient à expérimenter en renonçant aux Brown un effet secouant
dialogues studieusement appris, au script écrit
d’avance et qui effaçait toute surprise.
Les musiciens ne disposeraient d’aucune
notation classique mais d’esquisses, de tieusement fixé. Certaines images traduisaient jus d’orange » de Quincy Jones et la Bible
consignes verbales, de schémas à partir sans fausses notes l’humeur facétieuse de de Q-Tip, le meneur de A Tribe Called Quest.
desquels ils n’auraient qu’à se laisser aller à Miles. Lorsqu’on l’interrogeait, Hustein était Un rayonnement solaire qui allait durablement
l’expression de couleurs sincères, sans ma- formel. Il se souvenait d’un Miles heureux, gagner, et réchauffer, tout l’univers musical
niérisme ni enluminure. Quelque chose que déambulant dans le studio en lançant rires et (jazz, rock, funk, hip-hop, électro…), de Herbie
le modal rendait possible en accueillant la bons mots qui signaient son contentement, la Hancock à Sly Stone, en passant par Carlos
sérénité des tempos et des lignes mélodiques certitude du travail bien fait. Santana, Brian Eno, John Legend, Steve Reich
quasiment infinies. “Kind Of Blue” s’annonçait ou encore Donald Fagen, moitié de Steely Dan.
comme le Manifeste d’une nouvelle musique Quelques millions d’exemplaires Mon fils, Walden, 14 ans, à qui je fis subir le
safranée de pigments exotiques, d’impres- “Kind Of Blue” en était le titre et le message. Une test de l’écoute intensive n’évoque pas une
sionnisme et de formules grisantes bien avant espèce de blues balançant entre deux souvenirs. torture mais « une vague de notes longtemps
le psychédélisme. Le premier rapprochait Miles d’une cuisinière à tenues » qui lui rappellent les disques de Philip
Bill Evans était l’un des grands sourciers de gaz où il avait ressenti, bambin, un mélange Glass et de Moondog. Pour lui, “Kind Of Blue”
Miles. Celui-ci avait été véritablement fas- d’inquiétude et d’éblouissement en regardant est une pièce maîtresse du minimalisme. En
ciné par Piece Peace, une composition que danser les flammes. Le deuxième le transportait fouillant ci et là, à la recherche de l’action
le pianiste enregistra en décembre 1958, et au côté d’une femme chantant un gospel déchi- exercée par ce disque sur tous les courants
qui se développait sur un ostinato suggérant rant, cri venu des tréfonds de milliers d’âmes et musicaux, on ne s’étonne pas d’apprendre
à la fois Erik Satie et le Jardin d’Éden mais que Miles interpréta comme la somme des bleus qu’il produisit sur James Brown un effet
aussi cette « mer toujours recommencée » au cœur de tout le peuple noir. secouant.
que Paul Valéry avait fait entrer dans nos Le disque était sans doute un pronunciamento Lorsqu’il sera demandé à Bill Evans de rédiger
yeux et Debussy dans nos oreilles. Avec Bill modal, mais il était surtout un réflecteur de les notes de pochette, celui-ci commentera
Evans, Miles s’éduquait au sensationnalisme, l’abomination transposée en soulèvement chacun des titres avec la brièveté d’un archer
baignant dans les océans de Ravel, et notam- musical. zen visant l’essentiel. Ses scolies sont bien sûr
ment le Concerto pour la main gauche marqué Depuis sa sortie, le 17 août 1959, l’opus salué des éclairs de génie qui donneront lieu au fil
par la délicatesse. pour sa fraîcheur et son imagination (les mots des siècles à d’intarissables thèses. Et d’abord
Son influence est si considérable que Miles le plus souvent employés) avait été vendu à parce qu’il compara le disque au suiboku-ga,
confiera au pianiste et chanteur Ben Sidran : quelques millions d’exemplaires. Et peut-être un courant japonais de la peinture du VIIIème
« C’est la conception du piano d’Evans qui était-il le best seller absolu dans les rayons siècle, lequel désirait exprimer le réel en le
a donné son cachet à “Kind Of Blue”. » Une du jazz. Mais surtout, et jusqu’aujourd’hui, baignant de brume et d’encre.
conception et surtout un climat bouillonnant c’était un agent secret d’influences. Le motif Baudelaire répandit l’encre noire de la mélan-
de lyrisme et de mélancolie. Atmosphère dont et la motivation qui donneraient au jazz et au colie là où Miles distinguera le bleu, le presque
témoigne Blue In Green, la « paisible miniature » rock de bonnes raisons de changer. C’était, bleu, aérien, volcanique, profond, amer, vio-
dont parle Ashley Kahn dans sa monographie pour Duane Allman, l’origine de son solo sur lent, doux, palpitant, vif, piquant, caressant,
capitale* et dont Bill Evans parviendra, non sans In Memory Of Elisabeth Reed dans l’album céleste, infernal, chaud, brûlant, terriblement
difficulté, à revendiquer la paternité. On ne sau- “Idlewild South” de l’Allman Brothers Band. inspirant, comme une pensée abyssale, ou
rait dire pourtant que Miles détestait partager ! C’était, pour Richard Wright, la progression une matière sacrée, la source des sources,
C’était l’une des cinq pièces d’un monument d’accords dans l’ouverture de Breathe, sur le commencement de toute révolution dans
dont les derniers raffinements avaient été tra- “The Dark Side Of The Moon”, le huitième le jazz – et ailleurs. •
cés le mercredi 22 avril 1959, au cours d’une album studio de Pink Floyd. Et c’était Strange * Kind of Blue, le Making of du chef-d’œuvre de Miles
prodigieuse après-midi que Don Hustein, le Feelin’, ce concentré quintessentiel sur “Hap- Davis (Le Mot et le Reste, 2017).
photographe attitré de Columbia, avait minu- py Sad” de Tim Buckley. C’était encore « le

48 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


1959 EN
I l allait avoir 50 ans, elle en avait à peine 44. En dépit
des brouilles et des embrouilles, ils n’avaient jamais cessé
59 DATES
de s’aimer de ce genre d’amitié tendrement chaste qui Le 5 Seconde séance
de Gil Evans pour son
vaut souvent mieux que l’amour. Pendant de nombreuses album “Great Jazz
années, principalement de 1934 à 1946, ils avaient avec Standards”.
sensualité entrelacé leurs voix, lui jouant ce qu’elle chantait, Le 9 Claude Bolling
elle chantant ce qu’il jouait. Il la surnomma Lady Day ; elle enregistre la version
l’appela Prez. instrumentale de
A Paris, en février 59, Lester, des sanglots dans la voix, Scoubidou, chanson
confesse au micro de François Postif : « She’s still my Lady imaginée par Sacha

À BOUT
Day. » Le 14 mars, dans l’avion qui le ramène à New York Distel d’après Apples,
après trois mois d’engagement au Blue Note, Prez crache Peaches and Cherries
du sang. Hémorragie interne. Refusant l’hôpital, il préfére de l’auteur de Strange
aller mourir seul à trois heures du matin à l’hôtel Alvin. La Fruit, qui donnera son
nom au petit tressage
police en profite pour saisir Lady Violet, son sax ténor qu’il alors en vogue dans les
aimait tant. « Tout le monde veut que je cesse de boire, cours de récréation.

DE FORCE
dit-il à Gene Ramey. On me dit que je vais y laisser ma Le 14 Mort du batteur
peau. Eh bien, tant mieux, qu’on me laisse mourir. Là, au néo-orléanais,
moins, je serai heureux. » Apprenant son décès, Charles compagnon de
Mingus composera le lendemain, entre deux sets, le sublime King Oliver et Louis
Goodbye Pork Pie Hat. Et quelques mois plus tard, pour Armstrong, Baby Dodds.
les Jazz Messengers, Wayne Shorter composera en guise Le 18 Ray Charles
d’hommage Lester Left Town. enregistre What I’d Say,
Le 19 mars, lors de son enterrement, Lady Day plus déchar- chanson improvisée

Lester Young et née et fantomatique que jamais, meurtrie d’apprendre qu’on


lui interdit de chanter aux obsèques de son ami, prévient
lors d’un concert-
marathon de décembre
1958 pour gonfler
Billie Holiday l’assistance : « Je serai la prochaine. » Crainte ou souhait ?
Deux mois plus tard, elle est hospitalisée d’urgence pour
insuffisance hépatique. Une infirmière ayant trouvé de la
son répertoire. Malgré
la censure exercée
par de nombreuses
Par Pascal Anquetil / photos X/DR poudre blanche dans sa boîte à mouchoirs, la brigade des radios parce que « ça
stups flanque deux cerbères devant sa chambre, vérifiant commence à l’église et
Brisés, désabusés, usés par ainsi la confidence prémonitoire glissée à Françoise Sagan
quelques mois plus tôt au Mars Club, à Paris : « Chérie,
ça finit au plumard », ce
sera son premier disque
les excès, épuisés de solitude je mourrai bientôt à New York entre deux flics. » Le le 17 d’or.

et de lassitude, Lester Young juillet Lady Day s’efface et devient Lady Night. Lady Death.
En cette année 1959, l’agonie à petit feu de Lester et de
Le 19 Dinah
Washington enregistre
et Billie Holiday rendirent à Billie clôt pitoyablement une époque qui fut à ses débuts What a Difference a Day
Made, reprise d’une
glorieuse. Cette double mort signe la fin d’un monde, celui
New York leur dernier souffle à de la Swing Era, avec tout son cortège d’enfer et de paradis.
chanson mexicaine
de 1934 créée en
quatre mois d’intervalle... Un nouveau monde arrive. Plein de bruit et de fureur free.
Il n’était décidément pas fait pour ces deux êtres à bout de
anglais par Bob Crosby
et le Tommy Dorsey
force et d’espérance sans qui le jazz n’aurait jamais eu la Orchestra, qui vaudra à
même couleur, le même rythme, la même poésie. • la chanteuse d’entrer
en août dans le Top
Ten du Billboard Hot
100 et de remporter
À ÉCOUTER Lester Young : “In Paris” le Grammy de la Best
(2 mars, Verve) Rhythm and Blues
Billie Holiday : “With Ray Ellis And His Performance.
Orchestra” (mars, Verve)
Le 20 Chet Baker est
arrêté pour usage de
stupéfiant et passera
quatre mois à la prison
de Rikers Island. Peu
de temps après sa
libération pour bonne
conduite, il part pour
l’Europe et s’installe en
Italie.
Le 23 Première séance
de “Seven Pieces” de
Jimmy Giuffre avec Red
Mitchell et Jim Hall.
Le 28 Thelonious Monk
présente son tentet au
Town Hall de Manhattan
sur son répertoire
arrangé par Hal
Overton. La captation
de ce concert pour
Riverside fait apparaître
Charlie Rouse pour la
première fois à ses
côtés sur un disque
officiel.
PHOTO : X/DR

N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 49


DESTINS CROISÉS
Wayne Shorter & Joe Zawinul
Dossier

Par Franck Bergerot

1959 vit naître une amitié qui s’accomplirait douze ans plus tard à
travers une longue collaboration, sous le nom de Weather Report.

L e 7 janvier 1959, le pianiste autrichien


Joe Zawinul débarque à New York, pour
Schubert, Berg et même Friedrich Gulda, le
mentor et l’ami autrichien de Zawinul.
Art Blakey pour remplacer Hank Mobley, qui
a posé un lapin aux Jazz Messengers. Après
quatre mois d’études à la Berklee School. le concert, Blakey ira convaincre Ferguson
Il est aussitôt recommandé pour jouer en Mais bientôt, à Detroit, en pleine tournée, que Shorter mérite mieux qu’un pupitre
trio avec Gene Cherico et Jake Hanna au le pianiste est viré par Ferguson, ainsi que dans un big band.
Storyville de Boston, en alternance avec Slide Hampton ! Auraient-ils pris trop d’as- Le 1er août au Birdland, Wayne Shorter fait
Ella Fitzgerald. Hanna le pistonne à son cendant sur l’orchestre de ce leader sans ses débuts au sein des Jazz Messengers,
tour auprès du trompettiste Maynard Fer- autorité ? Découvrant qu’ils ont engagé un dont il deviendra bientôt le directeur musi-
guson – le pianiste de son big band venait nouveau trompettiste (Freddie Hubbard), cal et le principal compositeur. Dix ans plus
de partir sous les drapeaux. Ferguson donne l’épouse de Ferguson se serait écriée  : tard, Zawinul et Shorter se retrouveront lors
rendez-vous à Zawinul pour une audition... « Mais ils prennent le pouvoir. Ce sera bien- des premières séances électriques de Miles
en concert ! Sur la scène du légendaire tôt un orchestre noir ! » Davis, prologue à l’aventure Weather Report
Apollo Theater de Harlem ! Une audition qui Peu importe pour Zawinul qui, après qui les réunira quinze ans durant. •
a valeur d’engagement. Zawinul sympa- quelques semaines d’insouciantes va-
thise rapidement avec le tromboniste Slide cances, tombe sur Dinah Washington. Celle- À ÉCOUTER
Maynard Ferguson : “A Message From Birdland”
Hampton, directeur musical de l’orchestre. ci l’invite au Village Vanguard et l’engage sur (17 juin, Roulette)
Tous deux auditionnent trois candidats à le champ. C’est auprès d’elle que Cannon- Joe Zawinul : “To You With Love” (septembre,
un poste vacant dans la section de saxo- ball Adderley et Miles Davis commenceront Strand – Fresh Sound)
phones  : Eddie Harris, George Coleman à apprécier le pianiste. Wayne Shorter : “Introducing Wayne Shorter”
et Wayne Shorter qui, tout juste rentré du Quant à Wayne Shorter, le 24 juillet, au To- (10 novembre, Vee Jay)
service militaire, a leur préférence. L’amitié ronto Jazz Festival, où Maynard Ferguson Art Blakey : “Belle Africaine” (10 novembre, Blue Note)
entre Zawinul et Shorter se scelle autour joue en même temps que les Jazz Messen-
de leur passion pour la musique classique : gers, il est recommandé par Lee Morgan à

Leur amitié se scelle


autour de leur
passion pour
la musique classique PHOTOS : X/DR

50 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


1959 EN
59 DATES
Mars
Le 2 New York, Miles
Davis réunit son
Dans Giant Steps, sextette en studio pour
la première séance de
John Coltrane “Kind of Blue” (Freddie
Freeloader, So What et
se risque Blue In Green).
en pleine mer Le 4 Le concert de
Dave Brubeck à
sans escale l’université de Géorgie
est annulé, Brubeck
ayant refusé de
remplacer Eugene
Wright par un bassiste
blanc.
Le 7 La tournée
européenne du Trio

PHOTOS : X/DR
de Sonny Rollins avec
Henry Grimes et Pete
LaRocca s’arrête à
l’Olympia de Paris en
première partie du

A PAS DE GÉANT
quintette d’Horace
Silver auquel il
succèdera du 23 au 28
au Club Saint-Germain.
On le verra encore en
avril et mai sur la côté
Ouest avec Freddie
Hubbard, puis il prendra
une longue retraite

John Coltrane Par Franck Bergerot Photo X/DR


au cours de laquelle
il pratiquera son
saxophone sur le pont
de Williamsburg.
Au printemps 1959, cela fait déjà quelques mois que le Le 15 Mort de Lester
Young, dix jours après
saxophoniste s’entraîne sur ces progressions harmoniques que son retour de Paris à
New York. Voir p. 43.
l’on appelle les Coltrane Changes, et pour parvenir au chef- Le 16 Première des
d’œuvre que l’on connaît, il multiplie les prises sur une suite deux séances d’Ahmed
Abdul Malik pour son
d’accords intitulées à bon escient Giant Steps. Mais de quoi album “East Meets
West”, prélude à ce que
s’agit-il ? Explications. l’on appellera parfois
“ethno-jazz”. [Voir le
CD Collection envoyé

I
à nos abonnés avec ce
numéro, NDLR.]
maginons l’improvisateur comme un navigateur et les douze Dans Giant Steps, John Coltrane se risque en pleine mer pour Le 26 Premières prises
tonalités de l’harmonie occidentale – sur lequel repose le jazz couper sans escale de Marseille (Si) à Alger (Sol) puis Tunis (Mi de Giant Steps pour
d’I Got Rhythm à Giant Steps – comme douze ports d’attache bémol), à raison de neuf traversées en l’espace de temps que l’album du même titre
répartis autour d’une mer circulaire. C’est le cycle des quintes, dure sa composition (seize mesures). Une prouesse à laquelle que John Coltrane
parce que les tonalités (et les “gammes” majeures qui en dé- son pianiste Tommy Flanagan n’est pas préparé, et son solo terminera le 5 mai.
coulent) se succèdent par quintes ascendantes dans le sens des prend rapidement l’eau, qu’il écope néanmoins avec un sang Voir ci-contre.
aiguilles d’une montre (gammes majeures de Do – Sol – Ré froid superbe. Avec Countdown, extrait du même album, Le 25 George
– La – Mi – Si – Fa dièse) ou descendantes dans l’autre sens Coltrane va plus loin en superposant deux trajets triangu- Russell termine
(Do – Fa – Si bémol – Mi bémol – La bémol – Ré bémol – Sol laires… qui forment une étoile de David. Faut-il y voir quelque l’enregistrement de
bémol). D’un port à son voisin, la langue ne change guère : intention ésotérique ? Considérons surtout qu’en enregistrant “New York, N.Y.”
entre les tonalités de Do et Sol (ou Fa), il n’y a respectivement ces deux pièces, John Coltrane force les limites du système commencé à l’automne
1958.
qu’un dièse (ou un bémol) de différence. C’est comme de lon- tonal qu’il abandonnera ensuite pour explorer, non sans braver
ger la côte de Marseille à Toulon (ou à Montpellier), soit une de formidables tempêtes, la grande diversité du vocabulaire
simple affaire d’accent. Mais aller directement de Do (aucune modal qui lui permet de traverser la mer en tous sens, par
altération) à Sol bémol (six bémols) ou Fa dièse (six dièses), c’est bateau, voire par les voies aériennes ou sous-marines. • 
comme prendre le large pour rallier directement Alger.
Auparavant, l’improvisateur-navigateur ne s’éloignait guère de À écouter
son port d’attache (la tonalité du morceau), pratiquant une sorte “Giant Steps” (4, 5 mai et 2 décembre, Atlantic)
de cabotage harmonique en longeant prudemment les côtes Sur le Net vox.com/authors/estelle-caswell
d’un port à l’autre. Mais dès la fin des années 30, on diversifia
les modes de sortie en mer et on accéléra les déplacements.
Improviser sur les huit mesures du pont de Jordu (Duke Jordan)
revient à naviguer entre Alicante et Marseille en longeant les
côtes d’Espagne, d’Algérie, de Tunisie, d’Italie et de France.

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 51


APRÈS LA CRISE
Charles Mingus Par Stéphane Ollivier photo X/DR
Dossier

En quelques mois, comme pour résoudre une profonde crise


identitaire, Charles Mingus signe trois piliers de son œuvre :
“Blues And Roots”, “Mingus Ah Um” et “Mingus Dynasty”.

A près avoir posé les fondations de son


petit théâtre musical sarcastique et contes-
créativité après un galop d’essai à la Nona-
gon Art Gallery capté en janvier 1959 par
un goût contradictoire toujours plus prononcé
pour l’oralité et la sophistication des arran-
tataire avec “Pithecantropus Erectus” United Artists (“Jazz Portraits”), il enregistre gements, s’affirmant dans le prolongement/
(1956), “The Clown” et “Tijuana Moods” pour Atlantic “Blues And Roots”, puis pour dépassement d’Ellington comme le grand
(1957), Charles Mingus traverse une période Columbia “Mingus Ah Um” et “Mingus Dy- “classique moderne” de sa génération, seul
de remise en question identitaire. Profondé- nasty”, parfaits aperçus de ses paradoxes capable de concilier fièvre de l’improvisation
ment affecté sur un plan personnel par sa intérieurs. Dans le cadre de mini big bands collective, goût pour la complexité et souci de
séparation d’avec sa femme Celia, il se fait aux orchestrations luxuriantes, il y remet en la cohésion orchestrale. Sa rencontre décisive
interner à l’hôpital psychiatrique de Bellevue jeu et en forme(s) les rapports entre tradi- l’année suivante avec Eric Dolphy fera osciller
à New York, fin 1958, à l’issue d’une année tion et modernité, expressivité individuelle ce bel équilibre précaire du côté du désordre
de silence discographique. Car ses interro- et architecture collective. et le propulsera dans une nouvelle phase de
gations sont également musicales, partagé sa quête. •
qu’il est entre son amour pour la tradition Puisant ses influences aux sources premières
et un rapport ambigu et conflictuel avec les de la musique afro-américaine (le blues, le À écouter
premières manifestations du free jazz, qu’il gospel), ainsi qu’aux langages des grands “Blues & Roots” (4 février, Atlantic)
accueille dans un mélange de circonspec- maîtres du passé (Duke Ellington, Charlie “Ah Hum” (5 et 12 mai, Columbia)
tion, de colère et de paradoxale attirance. Parker, Jelly Roll Morton, Lester Young…), “Mingus Dynasty” (1 er et 13 novembre,
Et soudain, en quelques mois d’une intense Mingus articule avec une virtuosité inégalée Columbia)

Mingus remet
en jeu et en forme(s)
les rapports
entre tradition et
modernité.

PHOTO : X/DR

52 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


1959 EN
59 DATES
Avril
Le 2 Miles Davis est
filmé en quintette
(avec John Coltrane et
Wynton Kelly) et avec

CERTAINS
l’orchestre de Gil Evans
pour la CBS-TV dans
le cadre du Robert
Herridge Theater Show.
On l’y voit jouer des
morceaux de “Miles

L’AIMENT JAZZ
Ahead” ainsi que So
What, enregistré un
mois plus tôt, dont
l’introduction jouée
par Bill Evans et
Paul Chambers est
orchestrée par Gil
Evans. Voir p.40.
Le 15 Cecil Taylor
enregistre “Love For
Sale”, son second
album pour United
Cinéma Par Noadya Arnoux

Artists, avec trois


standards de Cole
1959 ? Grand cru pour les BO jazz au cinéma, aux
Porter en face A et
deux abstractions de sa
États-Unis comme en France, et de Shadows à Certains
plume en face B. l’aiment chaud en passant par Autopsie d’un meurtre,
Le 16 Le sextette Miles
Davis et l’orchestre de
le swing s’imprime de bien des façons sur la pellicule.
Gil Evans partagent

C
l’affiche du Birdland
jusqu’au 29.
Le 20 Au Sunset huut... Le film va commencer, et dans les salles obscures noir mise en scène sur un tempo on ne peut plus swing par
Auditorium de Carmel américaines les musiques composées ou interprétées par des Billy Wilder. Impossible d’oublier Marilyn Monroe, sublime
California, premier jazzmen, et pas des moindres, envahissent les écrans : Duke dans le rôle de la touchante et un peu paumée Sugar Kane,
enregistrement d’Afro Ellington dans Autopsie d’un meurtre d’Otto Preminger, John chanteuse de l’orchestre 100 % féminin Sweet Sue & The
Blue par Cal Tjader Lewis dans Le Coup de l’escalier de Robert Wise, Charles Society Syncopators, et Tony Curtis, alias Joe (puis José-
avec son compositeur, Mingus dans Shadows de John Cassavetes, Gene Krupa dans phine...), saxophoniste, et Jack Lemmon, alias Jerry (puis
Mongo Santamaria, The Gene Krupa Story de Don Weis ou encore Louis Arms- Daphnée), contrebassiste, obligés de se travestir en femme
pour l’album “Concert trong dans The Five Pennies de Melville Shavelson. pour échapper à des gangsters.
By The Sea” qui paraîtra
en octobre. Mongo En France, dans le sillage du succès de la BO d’Ascenseur Jamais à court de déguisements, Joe/Joséphine se fait aus-
Santamaria en donnera pour l’échafaud de Miles Davis, place à Art Blakey et ses Jazz si passer pour un riche héritier d’un magnat du pétrole pour
sa propre version le Messengers dans Les lLaisons dangereuses de Roger Vadim séduire Sugar Kane. Et quand elle explique au (faussement)
mois suivant (cf. le et Des femmes disparaissent d’Edouard Molinaro, Barney Wilen coincé Shell Oil Junior (!) que la musique qu’elle joue est
CD Collection envoyé et son Quintet dans Un témoin dans la ville d’Edouard Molinaro très syncopée, leur dialogue est des plus savoureux, qui dit
à nos abonnés avec (encore !), sans oublier le metteur en scène Claude-Bernard la place du jazz dans la psyché collective. Shell Oil Junior :
ce numéro) et Oscar Aubert, qui fait appel à Martial Solal pour Match contre la mort « Syncopated ? Does that mean you play that very fast music
Brown y mettra des et à André Hodeir pour Les Tripes au soleil. called... jazz ? » Sugar Kane : « Yeeaah, reeeal HOT ! » Shell
paroles chantées par
Abbey Lincoln puis Liste impressionnante de drames psychologiques, de bio- Oil Junior : « Well, I guess some like it hot, I personally prefer
par lui-même l’année pics et, surtout, de films policiers, genre noir auquel les classical music... » Est-il besoin de traduire ? •
suivante. notes bleues ont si souvent été
Le 22 Seconde séance associées. Celle d’Autopsie d’un
de “Kind Of Blue” meurtre est souvent citée par
(Flamenco Sketches et Wynton Marsalis (un connais-
All Blues). seur) comme l’un des sommets
créatifs de Duke Ellington. Celle
Mai
de John Lewis, enregistrée avec
Jim Hall, Bill Evans et Milt Jack-
Le 4 Deuxième séance son (entre autres), impressionne
pour “Giant Steps” dont par son originalité, tandis que la
John Coltrane terminera
l’enregistrement le musique de Mingus colle parfai-
lendemain. tement à l’esprit avant-gardiste
Le 5 Pour la première et libertaire de Shadows. Mais
de quatre séances la perfection hard-bop des Jazz
Columbia (voir ci- Messengers a tout pour séduire
contre), Charles aussi, autant que l’élégante coo-
Mingus donne la litude de Barney Wilen.
PHOTO : X/DR

première version de Et puis il y a Adolph Deutsch.


sa charge musicale Qui  ? Le compositeur de la
contre le sénateur BO de Certains l’aiment chaud
raciste de l’Arkansas
Fables Of Faubus, voyons ! Ou plus précisément
mais se voit interdire de Some Like It Hot – le titre Le légendaire big band 100 % féminin (?) Sweet Sue & The Society Syncopators, avec
l’enregistrement des original est tellement plus expli- notamment, de gauche à droite, Joséphine (Tony Curtis), Daphnée à la contrebasse (Jack
paroles sarcastiques cite –, trépidante parodie de film Lemmon) et Sugar Kane (Marilyn Monroe). Photo extraite de Some Like It Hot.
SUITE PAGE 55

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 53


Je ne sais pas
ce que c’est,
mais ce n’est
Dossier

pas du jazz !

PARFUM DE
SCANDALE AU
Ornette Coleman
FIVE SPOT Par Franck Bergerot / Photo X/DR

Le 17 novembre 1959, le tout New


York artistique se presse au Five Spot
et attend de pied ferme la nouvelle
sensation du jazz arrivée de la Côte
Ouest, un saxophoniste alto qui jouerait
sur un instrument en plastique...

L a rumeur courait déjà d’une côte à l’autre. Dès 1957, Sonny Rollins
avait jammé avec Ornette Coleman sur les plages du Pacifique. Après
chèque de 30 $ en paiement de la leçon. Thelonious Monk hausse les
épaules en déclarant : « Je faisais ça il y a dix ans. » En écoutant les
deux disques pour Contemporary, le label du jazz West Coast, Ornette faces du pianiste de 1947 pour Blue Note, on ne peut pas lui donner
Coleman avait été recommandé chez Atlantic par le très respectable complètement tort. Troublé, Charles Mingus déclare: « Je n’irai pas
John Lewis. “The Shape Of Jazz To Come” proclamait le titre du pre- jusqu’à dire que tout le monde doit jouer désormais comme Ornette
mier album du saxophoniste alto publié par le label des frères Ertegun. Coleman, mais il va falloir cesser d’imiter Charlie Parker. » Dizzy est
Allons donc ! “La forme du jazz à venir” dépendrait de ce saxophoniste plus réticent : « Je ne sais pas ce que c’est, mais ça n’est pas du
ignorant les règles de l’harmonie bop ? Pire : il se disait que lors d’un jazz ! » Miles reste discuter avec le barman, dos ostensiblement tourné
concert à Baton Rouge, au cœur de la Louisiane, son interprétation à la scène. Cannonball Adderley se fait l’interprète de la majorité des
du blues avait tant choqué les spectateurs que certains d’entre eux boppers et hardboppers en déclarant que si l’avenir du jazz c’est ça,
l’avaient frappé et détruit son saxophone, remplacé depuis par un à quoi bon avoir consacré tant d’années à l’étude du saxophone et de
instrument en plastique. l’harmonie ? Quant à Max Roach, il s’introduit carrément en coulisse
pour mettre son poing dans la figure d’Ornette, et l’on racontera que
Aussi ce 17 novembre 1959 l’attend-on de pied ferme au Five Spot tard dans la nuit, le batteur hurlait encore des menaces sous sa fenêtre.
de New York. Pour Leonard Bernstein, ça ne fait pas un pli : Ornette Et Sonny Rollins ? En congé sabbatique depuis plusieurs semaines, il
Coleman est le meilleur qui soit arrivé au jazz depuis des lustres, et le a entrepris une remise à plat de son art qu’il met à l’épreuve, seul la
chef d’orchestre en témoigne en montant sur scène pour l’embras- nuit, sur le pont de Williamsburg... •
ser et l’inviter le lendemain dans les coulisses du Carnegie Hall afin
de le présenter aux musiciens du Philharmonique de New York. John À ÉCOUTER “The Shape Of Jazz To Come” (22 mai, Atlantic)
“Turn Of The Century” (8-9 octobre, Atlantic)
Coltrane est plus sobre : « Ce doit être la réponse… » dit-il en pre-
nant rendez-vous pour un entretien, à l’issue duquel il lui enverra un

54 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


1959 EN
59 DATES
l’accompagnant, qui Août la privation de sa carte
ne verront le jour que Le 12 Lee Morgan et de cabaret, il demande
l’année suivante sur Wayne Shorter sont à Nat Adderley de le
le label indépendant les invités du trio de remplacer.
Candid (“Charles Wynton Kelly sur l’album Le 29 Admis parmi
Mingus Presents Charles “Kelly Great !” (Vee Jay). les étudiants du stage
Mingus”). Première composition d’été de Lenox, Don
Le 6 Ray Charles enregistrée de Wayne Cherry et Ornette
enregistre “The Genius”, Shorter : Mama G. Coleman se produisent
une face en big band Le 13 John Coltrane au sein d’ateliers où
arrangée par Quincy rejoint Miles Davis pour se côtoient notamment
Jones et une face de un nouvel engagement Kenny Dorham, Steve
ballades avec vents de deux semaines au Kuhn, Ran Blake et Ian
et cordes arrangées Birdland. Un retour Underwood.
par Ralph Burns, Bob provisoire comme il l’a
Brookmeyer, Manny confié à Wayne Shorter
Albam et Al Cohn. Septembre
en lui disant : « cette
Le 14 Mort de Sidney place est désormais Le 9 Martial Solal
Bechet. la tienne. » Shorter enregistre sa suite en
s’autorisera à offrir Ré bémol à la RTF avec
Le 22 Encore sur la Côte Roger Guérin, Paul
Ouest, Ornette Coleman ses services à Miles
qui lui répondra très Rovère et Daniel Humair
enregistre son premier (la date d’enregistrement
album pour Atlantic “The sèchement, visiblement
contrarié par le départ pour Columbia France
Shape Of Jazz To Come”. restant inconnue).
de Coltrane.
Le 18 Dave Brubeck
Juin enregistre Blue Rondo
Le 19 Nouveau résident a la Turk composition à
parisien, Bud Powell est neuf temps pour l’album
annoncé à Paris au Chat “Time Out”.
qui pêche en compagnie
de Chuck Israel et J.T.
Hogan. Le 10 Diffusion sur
NBC du premier des
Le 23 Mort de Boris Vian. 27 épisodes de Johnny
Staccato de John
Juillet Cassavetes. Novembre Le 20 Gil Evans et Le 22 L’Académie du
Le 11 Réplique de Le 10 Grosse journée Miles Davis terminent jazz remet le prix Django
Le 1er Deuxième séance l’enregistrement du Reinhardt à Georges
de “Time Out” : le Dave Prestige sous label pour Wayne Shorter qui
New Jazz au succès enregistre son premier Concierto de Aranjuez. Arvanitas.
Brubeck Quartet ose
le 5 temps sur Take Le 20 Le percussionniste de Jimmy Smith sur album “Wayne Shorter Le 28 Pour son album
Five composé par Paul nigérian Babatunde Blue Note, avec la Quintet” chez Vee Décembre “Portrait in Jazz”, Bill
Desmond, qui atteindra Olatunji enregistre son première séance de Jay puis son premier Evans se réapproprie sa
John “Hammond” Smith album pour Art Blakey Le 2 John Coltrane composition dont Miles
la 25e place du Hot de premier album “Drums enregistre Harmonique
Billboard en octobre Of Passion” (voir notre (album “All Soul”) avec “Africaine” publié par Davis s’est attribué le
Thornell Schwartz qui Blue Note en 1981. selon un principe encore crédit sur la pochette
1961. CD Collection) dont timide d’émission du son
plusieurs morceaux avait accompagné Le 17 Avant-première de “Kind Of Blue”. Le
Le 17 Mort de Billie Jimmy Smith sur ses qui deviendra central pianiste y présente son
Holiday. Voir p.43. seront plagiés par pour la presse d’Ornette dans son œuvre à venir.
Serge Gainsbourg sur premiers Blue Note de Coleman au Five Spot nouveau trio avec Scott
Le 24 Démissionnaire “Gainsbourg Percussion” 1956. (voir p.48). Il y partage Le 4 Après “All Soul” de LaFaro, à propos duquel
du sextette de Miles en 1964. l’affiche avec le Jazztet John “Hammond” Smith, il déclarait en octobre
Davis, John Coltrane d’Art Farmer et Benny Prestige enregistre “Soul dans Jazz Review :
présente une formation Le 25 Le soir où son Octobre Searching” de l’organiste « J’espère que le trio ira
sextette joue pour l’AFRS Golson où l’on découvre
impromptue pour la Le 4 Première séance un certain McCoy Tyner. Shirley Scott. dans la direction d’une
séance du lundi du (service radio des forces d’enregistrement du improvisation simultanée
armées), Miles Davis Le 18 Début Le 18 Concert des Jazz
Birdland : Freddie pianiste Duke Pearson Messengers au Théâtre plutôt que juste un mec
Hubbard, Wayne Shorter, est agressé devant le chez Blue Note (dont il discographique du qui joue suivi par un
Birdland à l’heure de la Cannonbal Adderley des Champs-Elysées
Tommy Flanagan deviendra le conseiller avec pour invités, en autre. »
alternant avec Cedar pause par un policier qui artistique) pour l’album Quintet avec son frère
lui demande de circuler. Nat, Bobby Timmons, première partie, Roger
Walton, George Tucker de Donald Byrd “Fuego”. Guérin, Barney Wilen
alternant avec Ahmed Matraqué, il passe la Sam Jones et Louis
nuit au poste après avoir Le 5 Remarqué Hayes, live au Jazz Martial Solal et Bud
Abdul Malik, Elvin par Cannonball Powell qui cherche à
Jones. Notamment au reçu dix points de suture. Workshop de San
Tandis qu’il se remet et Adderley dans un club Francisco. Du morceau se dissimuler parmi les
répertoire : Moment’s d’Indianapolis, Wes spectateurs lorsqu’il
Notice, Giant Steps, se lance dans la bataille qui donne son titre
juridique qui fera annuler Montgomery enregistre à l’album Riverside, est annoncé par Walter
Naima. son premier disque Davis Jr. Tard dans la
le chroniqueur de
Le 24 Au Toronto Jazz pour Riverside, “A New Jazz Monthly écrira : nuit, Bud ira frapper à la
Festival, Art Blakey Dynamic Sound”. « This Here est devenu porte de la chambre de
débauche Wayne Shorter au mouvement soul Wayne Shorter pour lui
membre du Maynard l’équivalent de ce demander de lui jouer
Ferguson Big Band. Voir qu’avait été Dippermouth quelque chose.
p.44. Blues ou How High The
Moon. »
Miles Davis et Frances Taylor

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 55


Si après tout, vous
revenez toujours au jazz.

Crédit photo : Unsplash

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qobuz.com *Nous avons la passion de la musique


>>> En images

1995 : sur la 37e Rue, entre la 8e et la 9e Avenue, comme si de rien n’était, Laurent de Wilde se plonge dans
la lecture de son quotidien favori, le New York Times (même s’il ne dédaignait pas lire aussi le New York Post...).

UN FRENCHMAN
Par
Christian
Rose

À NEW YORK
Né en 1946, Tribune, ainsi que
Christian Rose a de nombreuses
commencé tout pochettes
jeune à collaborer de disques.
à Jazz Magazine : Magazines, livres,
en 1965 ! documentaires... :
« Le jazz », dit-il, quand on aime New York, Clinton Recordings prise de son trois étoiles grâce au
« l’a toujours le jazz et ses
accompagné, musiques Studio, entre fin avril et début regretté David Baker, qui fut l’un
ainsi que les tangentielles mai 1995 : à 34 ans, le pianiste des ingénieurs du son les plus
autres formes (soul, blues, Laurent de Wilde enregistre “The appréciés et respectés du métier.
de musiques ». rock...), on a Back Burner”, son cinquième Pour Jazz Magazine, Christian
Son entrée forcément vu au album personnel et son premier s’était envolé de l’autre côté de
dans le petit moins une fois pour une major company, l’Atlantique pour immortaliser
monde, il la doit une photo de Columbia. À ses côtés, le l’événement : un frenchman in
à Daniel Humair. Christian Rose trompettiste Eddie Henderson, le New York qui faisait son album
Longtemps, ses dans sa vie ! saxophoniste alto Antonio Hart, le avec des pointures américaines
photos ont illustré
les articles de Photo : Gwen contrebassiste Ira Coleman et le pour une prestigieuse firme
Mike Zwerin dans Duchatel batteur Billy Drummond. Soit un phonographique, ça n’arrivait pas
le New York Herald quintette all-stars bénéficiant d’une tous les jours ! •

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 57


En images

Début des séances d’enregistrement de “The Back Burner” : l’ingénieur du son, le regretté David Baker, face à Antonio Hart
(saxophone alto) et Eddie Henderson (trompette).

Moment de détente à Washington Square : Laurent de Wilde, quoique n’étant pas


joueur d’échecs, semble très intéressé par la stratégie des habitués du lieu...

Un Steinway B choisi, s’il vous plaît, au Steinway


Hall de la Big Apple. Le grand luxe !

58 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


Pose “Philip Marlowe” juste au-dessus de Central Park – non, Laurent de Wilde ne s’est pas assis dans la calèche pour
faire le tour de la “ville debout” ! Pour y avoir vécu entre 1986 et 1991, il la connaissait déjà par cœur...

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 59


En images

HEXA : FF9700
RVB : R255 V151 B
CMJN : C0 M50 J9
Attention la versio
l’impression ne do
et change donc l’a

Du 2 mars au
6 avril, Christian
Rose exposera ses
plus beaux clichés
jazz à la Galerie
de L’Esperluète de
Chartres (dans le
cadre du festival
Jazz de Mars), ainsi
que du 8 mars au
25 Mai au Petit
Faucheux à Tours.

La 37e Rue étant située dans le quartier de la confection, le Garment Center, pas difficile d’embaucher un mannequin pour
vaincre la solitude du musicien de rue en train de prendre nonchalamment son café sur le trottoir... Une équipe de tournage était
là aussi, pour les besoins d’un EPK (Electronic Press Kit). « Nous avions songé à filmer un truc avec des danseuses dans le Bronx,
se rappelle le pianiste, mais finalement le budget nous en a empêché... » Cette photo fit aussi la Une de Jazz Magazine (n° 451,
septembre 1995), et toute ressemblance avec le célèbre vidéo clip de Rockit d’Herbie Hancock n’est peut-être pas si fortuite...

60 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


HEXA : FF7984

Qwest tV PReMIUM est La 1ère pLateforme mondiaLe


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onne pas la même luminosité l’impression ne donne pas la même luminosité
aspect de la couleur et change donc l’aspect de la couleur

dédiée au jazz et à ses musiques affiLiées


Concerts, programmes originaux, documentaires primés, archives rares...


Je crois que d'ici une centaine d'années, lorsque
les gens se rappelleront le XXe siècle, ils verront
Bird, Miles et Dizzy, comme Mozart, Bach, Chopin et
Tchaïkovski, et j'espère que Qwest TV saura perpétuer
et mettre à profit l'immense héritage qu'est le jazz


pour de nombreuses générations à venir.

quincy jones,
co-fondateur de qwest tv

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HEXA : 7C75FF HEXA : 57D5C9 HEXA : 46
>>> Le jazz mais pas que

LES MAUX
BLEUS
Eric Clapton
Avec Eric Clapton : Life in 12 Bars,
documentaire sans concession qui
s’attarde sur tous les aspects
de la vie mouvementée du virtuose
du blues anglais, la productrice
et réalisatrice Lili Fini Zanuck
signe un film qui fera date.
texte Frédéric Goaty / photo Bob Gruen
DAM FACCIEN ARNU COENINATQUAM

62 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


Bronzy et Muddy Waters lui ouvrent
les portes d’un monde inconnu. « Je
ne savais même pas que c’était de la
ET AUSSI
musique noire, ni même qu’il y avait
des différences entre les Noirs et
les Blancs... Mais j’ai été touché. Et
dès que j’ai pu acheter des disques,
j’ai fouiné dans les rayons blues des
disquaires jazz. J’aimais l’idée qu’un
homme et sa guitare, seul contre le
monde, n’ait nulle autre option que
de chanter et de jouer pour apaiser sa CHIC mix en 5.1 (les possesseurs
douleur. » Vous avez dit transfert ? The Chic Organization d’un home cinéma vont
1977-1979 pouvoir s’immerger dans
La première heure d’Eric 1 COFFRET 4 CD ou 4 LP Atlantic le grand bain électrique,
Clapton : Life in 12 Bars / Warner Music blues et psychédélique) et
s’attarde sur les cruciales et Chic est une fabuleuse l’excellent documentaire At
fulgurantes années 1960. La révélation machine à danser digne des Last... The Beginning : The
grands big band de l’âge d’or Making Of Electric Ladyland,
au sein des Yardbirds, puis la copié-collé sur l’édition DVD
confirmation avec les Bluesbreakers de du swing. Le regretté Bernard
Edwards (basse) et le toujours de 2008 (mais curieusement
John Mayall, deux groupes qu’il quitte non sous-titré !). « Enfin de la
actif Nile Rodgers (guitare)
à chaque fois sur un coup de tête. en étaient les deux figures de musique sauvage avec tout le
Puis Cream bien sûr, ce formidable proue. Leurs arabesques funky confort moderne », aurait dit
« trio de blues qui fusionnait le jazz et mâtinées de sophistication jazz Claude Debussy s’il avait pu
le rock ». Et Derek And The Dominoes étaient portées par les grooves écouter dans ces conditions
aussi, groupe éphémère formé avec du batteur Tony Thompson. l’intro légendaire Voodoo Child
(Slight Return) ou la version
Eric Clapton : Life in 12 Bars une autre légende de la guitare, Mais Chic, ce ne sont pas
transfigurée de All Along The
commence par l’hommage que Duane Allman, puis Blind Faith enfin, seulement des hymnes à
danser comme Le Freak ou Watchtower de Bob Dylan
le natif de Ripley rendit à son idole, avec Steve Winwood. Sans oublier en feuilletant les cinquantes
Good Times, mais aussi des
B.B. King, dans les heures qui suivirent sa rencontre et son amitié avec chansons plus profondes pages de ce superbe livre-
sa mort. Seul face à son smartphone, l’étoile filante Jimi Hendrix – sur les qu’il n’y paraît, telle At Last I disque. • Julien Ferté
Clapton dit sans pathos toute son photos qui défilent, les regards de Am Free, ballade aérienne et
admiration pour le maître du blues. l’un et l’autre en disent long sur leur languissante dont les paroles PRINCE, MY NAME IS
Deux plus tard, le film se termine par admiration réciproque.. furent écrites par Nile Rodgers Par Marc Borbon
l’hommage de B.B. King rendu à son La musique est toujours au cœur de quand il faisait encore partie Camion Blanc, 338 pages, 30 €
ami Eric lors du Crossroads Guitar l’image, via ce son et ce phrasé hérités des Black Panthers. Elles
évoquent entre les lignes la Le génie de songwriter
Festival : « J’ai beaucoup voyagé, j’ai de ses modèles et héros, B.B. King, de Prince souffe-t-il
libération d’un être opprimé
connu des rois et des reines, mais Little Walter, Otis Rush ou encore – métaphore de la libération d’une certaine forme
je n’ai jamais rencontré un homme Bismillah Khan (passion qu’il partage des esclaves ? Voire... “The incompréhension ? Pourtant,
meilleur que mon ami Eric Clapton. » avec John Coltrane). Chic Organization 1977-1979” « derrière l’emballage pop
Entre ces deux moments forts, Lili La deuxième heure ressemble à une contient les trois premiers et l’invitation à la danse, ses
chansons donnaient toujours
Fini Zanuck explore la psyché d’Eric descente aux enfers, entre drogues disques de Chic (“Chic”, “C’est
Clapton à travers de nombreux dures et alcools forts, amours Chic” et “Risqué”), chapitres
documents d’archives, dont une impossibles (avec Patti Boyd, la essentiels de l’histoire des
grande partie a été fournie par le femme de son ami George Harrison) et Grandes Musiques Noires,
ainsi qu’un autre petit
guitariste, lui-même producteur du tragédie personnelle – la mort de son monument de perfection,
film. Grâce à un montage très habile premier fils, Conor, 4 ans, tombé par “We Are Family” de Sister
et de nombreux témoignages en voix la fenêtre de son appartement new- Sledge, produit par Edwards
off, elle porte son regard de femme sur yorkais, au 53e étage... et Rodgers. Ce superbe mini-
toutes les facettes de la personnalité coffret CD contient aussi un
tourmentée de celui qui, très jeune, Lors de la première du film, à disque de versions remixes et
suscita l’admiration, voire l’adulation Londres, Eric Clapton se confiait 45-tours, et existe en format
– “Clapton is God”, lisait-on sur les à l’excellent animateur-musicien Jools 33-tours. FG
murs de Londres dès le milieu des Holland : « J’ai toujours pris soin de matière à réflexion », rappelle
années 1960. Profitant de la confiance saboter tous les groupes dans lesquels THE JIMI HENDRIX fort justement Marc Borbon
totale de Clapton, Lili Fini Zanuck jette je jouais dès qu’ils commençaient à EXPERIENCE qui, 338 pages durant,
une lumière crue et puissamment avoir du succès. Était-ce conscient ? Electric Ladyland analyse avec précision,
Deluxe Edition finesse et passion l’œuvre du
révélatrice sur un guitar hero qu’on Je ne sais pas... Et si l’on me voit regretté multi-instrumentiste,
redécouvre tel qu’en lui-même, sans à un moment dans le film avec la 2 CD / 1 DVD / BLU-RAY
Experience Hendrix / Sony Music
performer, producteur et
fard : cash. même voiture que George Harrison auteur-compositeur unique
c’est parce que je voulais l’imiter. Je Même si rien ne pourra sans en ses genres, dont on
Car Eric Clapton : Life in 12 suis un imitateur, je l’ai été toute ma doute jamais remplacer la n’a certainement pas fini
Bars ne cache rien et dit tout, vie. » Vous avez dit modeste ? Quoi foudre divine tombée sur de mesurer – et donc de
enfin, presque tout de la vie de ce qu’il en soit, Eric Clapton : Life in 12 ceux qui ont eu la chance de réévaluer – l’importance
découvrir le double 33-tours dans l’histoire de la musique
baby boomer rejeté par sa mère et Bars ne ressemble à aucun autre en octobre 1968, il faut se populaire de ces quarante
qui n’a jamais connu son père. Elevé documentaire, et grâce soit rendue à réjouir qu’“Electric Ladyland” dernières années. Jusqu’au
par ses grands-parents, le jeune Lili Fini Zanuck d’avoir réalisé un film soit disponible dans cette remarquable épilogue
Eric va d’abord se passionner pour aussi fort et original que le fut en son nouvelle édition Deluxe qui, consacré à Prince le guitar
la peinture et le dessin, « tout ce qui temps Thelonious Monk, Straight No outre l’album original, contient hero (lui aussi largement sous-
était introverti » et lui permettait de Chaser de Charlotte Zwerin. • un CD façon work in progress estimé), Marc Borbon ne faillit
s’inventer son monde, loin de celui truffé de premières prises et pas à sa tâche : nous faire,
des adultes. « Je savais que j’étais FILM Eric Clapton : Life in 12 Bars, de Lili Fini de versions alternatives, un CD en tous sens, entendre Prince
Zanuck (actuellement en salles). “Live At The Hollywood Bowl” autrement. Remarquable. FG
différent, mais je ne savais pas CD “Genius Amplified Eric Clapton : Life in enregistré le 14 septembre
pourquoi. » Mais un beau jour, en 12 Bars” (UMC / Universal). 1968 et, pour les audiophiles
écoutant l’émission pour enfants de LIVRE The Life And Music Of Eric Clapton de 2.0, un blu-ray contenant des
Derek McCulloch, alias Uncle Mac, Philip Norman (éd. W&N). fichiers haute résolution des
c’est le coup de foudre : Big Bill mixes stéréo, un nouveau

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 63


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LES CHOCS DE FÉVRIER


LES CHOCS >>>

Emile Parisien Claudio Fasoli p. 78


Quartet p. 65 Anne Paceo p. 78
Yonathan Avishai William Parker
Trio p. 66 p. 78
¿Que Vola? p. 66 Hanna Paulsberg
Dave Holland Concept p. 78
Quintet p. 66 Joe McPhee p. 80
Pierre de Milford Graves
Bethmann p. 66 p. 80
Bex Catherine Michel
Romano p. 72 Petrucciani p. 84
Benoît Delbecq Enrico Pieranunzi
Jorris Dijsktra & Thomas
John Hollenbeck Fonnesbaek p. 84
p. 72
At Barloyd’s p. 84
Eric Dolphy p. 76
John Abercrombie Kenny Wheeler
p. 84
Emile Parisien Quartet
p. 76
Double Screening
1 CD Act / Pias
Abréviations utilisées dans les pages suivantes
acc accordéon comp composition perc percussions NOUVEAUTÉ. Où Quartet, dont sont ici
afl flûte alto cor cor plt platines
arr arrangements dir direction prod production l’on retrouve Emile célébrées les vertus de
as saxophone alto
b contrebasse
dm batterie
elb basse électrique
prog programmation
ss saxophone
Parisien tel que nous le complicité et de fidélité.
bars saxophone elg guitare soprano découvrions au milieu
baryton électrique ssn saxophone Charisme est probablement le
bcl clarinette basse elp piano électrique sopranino des années 2000, jeune mot qui vient le premier au sujet
bjo banjo
bs saxophone basse
elec effets
électroniques
tb trombone
tp trompette
saxophoniste dont le de son succès. Sa présence
bsn basson fl flûte ts saxophone ténor charisme allait faire scénique fascine sans tricherie.
btb trombone basse g guitare tu tuba Il est un improvisateur habité
bu bugle htb hautbois vib vibraphone de lui l’un des jazzmen
dans cette adhésion du corps à la
cello violoncelle
cl clarinette
hca harmonica
hp harpe
vln violon
voc chant
les plus demandés des phrase. Mais fermons les yeux :
cla claviers, mar marimba vtb trombone à scènes européennes, ça chante. De ces mélodies qui
synthétiseurs org orgue pistons
cnt cornet p piano accompagné de son viennent à son saxophone et dont

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 65


LES CHOCS
Suite de la page 67

il fait rarement des chansons


– plutôt des bribes dont il nous
refuse sinon l’achèvement, du
moins la fixation (l’embryon
mélodique de la suite
Hashtag, seule pièce dont il
soit ici le compositeur) – aux
abstractions (notamment les
trois miniatures intitulées
Spam), il imprègne chaque
note et intervalle joués d’un
lyrisme qui, s’il privilégiait la
facilité mélodique, pourrait
Yonathan ¿ Que Vola ? Dave Holland
succomber au kitsch. Avishai Trio ¿ Que Vola ? Quintet
Et c’est au sein de son Joys And Solitudes 1 CD Nø Førmat / Pias Seeds Of Time
quartette qu’il s’affranchit 1 CD ECM / Universal NOUVEAUTÉ. De l’ouverture 1 CD ECM / Universal
le mieux de cette tentation, majestueuse de ce premier disque
NOUVEAUTÉ. Membre du quartette du tromboniste Fidel Fourneyron RÉÉDITION. Lorsque parut “Seeds Of
garantissant à son “chant” du trompettiste Avishai Cohen avec Time” en 1985, nous ne savions rien
toute sa puissance. Auprès pour le label défricheur Nø Førmat
lequel un enregistrement en duo est à son grand final, la tension ne de Steve Coleman, or c’est par sa
de Julien Touéry (auteur d’un en préparation, le pianiste franco- composition Uhren que s’ouvrait ce
Deux Point Zéro qui se termine retombe pas un seul instant.
israélien Yonathan Avishai confirme nouvel album de Dave Holland, avec
sur un semblant d’accident dans ce premier opus en trio pour vue sur de nouveaux horizons.
Le voilà donc enfin le fruit des voyages
de lecture du CD), de Julien ECM qu’il est non seulement l’un des et du travail racontés dans le précédent
Loutelier (auteur d’un Double nouveaux grands de l’instrument, Jazzmag (“Et voilà... Que Vola !”, n° Avant même que l’on ne fasse
Screening II qui n’est pas sans mais aussi un compositeur inspiré. 712, p. 14) par Pascal Bussy, qui n’osait connaissance avec les Five Elements,
évoquer la descendance de pas, par pudeur sans doute, employer le la philosophie du M’Base est là, non
François Jeanneau, Joachim Ses deux disques précédents, “Modern mot chef-d’œuvre à propos de “¿ Que seulement dans l’étrangeté métrique de
Kühn, Jean-Paul Céléa Times” et “The Parade”, s’ouvraient Vola ?”. Nous le faisons donc à sa place la composition (fluidifiée par le “drum
et Daniel Humair), d’Ivan sur deux pièces de bois martelant un pour les simples et bonnes raisons que chant” du premier batteur des Five
Gélugne (dont Algo signale rythme. La frappe ici rythmée d’une ce disque, d’une quarantaine de minutes Elements, le phénoménal Marvin “Smitty”
le goût du jeu et du narratif), baguette sur une cymbale charleston (durée idéale) où chaque seconde a du Smith), mais aussi dans les mystérieuses
Emile Parisien est chez lui. introduit de même le premier thème sens, s’impose dès la première écoute angulations mélodiques qu’en tire
Il s’y montre fidèle à cette de “Joys And Solitudes”, une relecture – et toutes les suivantes – comme le le saxophoniste. Plus loin, Coleman
innocence jubilante que, au- miraculeuse de Mood Indigo. Yonathan témoignage vital d’un leader discret qui, reprend la plume pour une spectaculaire
delà du départ de son premier Avishai prend son temps pour en faire plus de vingt ans après les non moins description du trafic automobile new-
batteur Sylvain Darrifourcq, chanter la mélodie. Son jeu économe, essentiels “The Sign And The Seal” de la yorkais, dont la manière évoque les
le groupe a su cultiver, l’importance qu’il accorde au silence, Mystic Rhythm Society de Steve Coleman univers tant de Charles Mingus que de
réinventant constamment, à la respiration de ses phrases ne sont et “Habana” du Roy Hargrove’s Crisol, l’Art Ensemble of Chicago (Gridlock,) et
avec les quatre “jouets” pas sans rappeler le piano d’Ahmad réinvente et revitalise les vieilles amours apporte deux pièces de son mentor Doug
du quartette acoustique, Jamal et de John Lewis, celui de Duke musicales entre le jazz et l’immense Hammond, admirablement orchestrées
de nouvelles règles et de Ellington l’influençant également. De héritage afro-cubain. Augmentés d’un pour le quintette (Perspicuity et World
nouvelles parties. ce dernier, il a déjà repris en trio I Got hallucinant trio de percussionistes locaux Protection Blues). Kenny Wheeler semble
It Bad (And That Ain’t Good), déjà avec – loco oui ! –, le bien prénommé Fidel aussi à l’aise dans son art du looping
Franck Bergerot Yoni Zelnik et Donald Kontomanou, des sur les compositions de Coleman qu’il
et son septette ont réussi à capturer
musiciens qui conviennent parfaitement en studio ce qui fait l’essence du jazz l’est sur son mystérieux The Good Doctor
Emile Parisien (ss, ts), Julien à la simplicité de son approche musicale. dont les traînes mélodiques prennent
Touéry (p), Ivan Gélugne (b), live. Leurs rythmes pourtant complexes
Ses notes, Yonathan Avishai les utilise sont d’une rare évidanse, les souffles des accents héroïques à l’apparition
Julien Loutellier (dm). Amiens, avec parcimonie ce qui donne une d’un tambour militaire. Julian Priester,
Studio Gil Evans, décembre conjugués des cuivres sont comme
beauté singulière à ses compositions. une fête, Bruno Ruder est exceptionnel également compositeur sur une fort
2017. Est-ce parce qu’il vécut quelques années dynamique Celebration, contribue tant
au Fender Rhodes et le contrebassiste
au Japon et s’intéressa au kabuki que Thibaud Soulas tisse des liens très forts par le lyrisme virtuose de sa coulisse que
l’élégance et la pureté de leurs lignes avec les trois percussionnistes en feu. par sa contribution au “cuivré” du son
mélodiques les rendent si attachantes ? Voilà qui, deux ans après la création collectif. Homecoming, du leader, fait un
Ce goût pour l’épure est manifeste dans à Banlieues Bleues, nous promet un écho allègre à la luminosité mélancolique
les pièces rassemblées ici, que ce soit concert d’anthologie le 7 février à Paris du légendaire Conference Of The Birds
dans le méandreux When Things Fall dans le cadre du festival Sons d’Hiver. En (1972). Le disque se termine par Double
Apart qui semble se créer au fur et à attendant, apprenez ce disque par cœur Vision, la pièce la plus longue, où la
mesure qu’il est joué, dans Les Pianos et par corps. Frédéric Goaty plume du contrebassiste semble dresser
de Brazzaville, morceau au sein duquel le le tonique bilan de ces prolifiques
piano sonne parfois comme un balafon, Fidel Fourneyron (tb), Aymeric séances de 1984 dont le titre, Semences
ou dans ce Tango décalé et réinventé qui Avice (tp), Benjamin Dousteyssier du temps, ne se trouve pas démenti
n’en est pas vraiment un. (as, bs), Hughes Mayot (ts), Bruno trente ans plus tard. Franck Bergerot
Pierre de Chocqueuse Ruder (elp), Thibaud Soulas (b),
Elie Duris (dm), Adonis Panter Kenny Wheeler (tp), Julian Priester
Yonathan Avishai (p), Yoni Zelnik Calderon, Ramon Tamayo (tb), Steve Coleman (fl, ss, as),
(b), Donald Kontomanou (dm). Martinez, Barbaro Crespo Richard Dave Holland (b), Marvin “Smitty”
Lugano, Auditorio Stelio Molo RSI, (perc). Villetaneuse, Midilive Smith (dm). Ludwigsburg, Ton
février 2018. Studio, 21-24 mai 2018. Studio, novembre 1984.

66 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


NOUVEAUTÉS & RÉÉDITIONS

Sophie Agnel Alexis Avakian Chet Baker


John Edwards Miasin Chet Baker Big Band
Steve Noble 1 CD Absilone / Socadisc 1 CD State Of Art Records / Pias
Aqisseq ✪✪✪✪ RÉÉDITION. Ayant eu vent
1 CD ONJ Records / NOUVEAUTÉ. L’ambiance que Chet Baker, lors de son
premier séjour en Europe,
Pierre de Bethmann L’Autre Distribution
NOUVEAUTÉ. Pianiste
nocturne de l’illustration de
pochette évoque les Night avait joué à Baden-Baden
Medium Ensemble de l’ONJ d’Olivier Benoit,
entourée de ses comparses,
Hawks d’Edward Hopper… La
ressemblance s’arrête là. La
pour la radio allemande avec
le soutien d’un big band
Volume 3, Todhe piliers rythmiques de la
scène free britannique,
musique de ce CD, troisième
opus du saxophoniste Alexis
dirigé par Kurt Edelhagen,
les responsables de Pacific
Todhe Sophie Agnel nous propose Avakian, en continuité avec Jazz souhaitèrent à son retour
une musique improvisée, ses deux précédents albums, en Californie réitérer cette
2 CD Aléa / Socadisc
bruitiste et expérimentale. s’inscrit résolument dans la expérience orchestrale. Au
NOUVEAUTÉ. À la tête d’un Medium Une performance avec un clarté : lumineuses mélodies, menu, dix plages enregistrées
Ensemble resongé, le pianiste signe grand P qui hisse l’art du thèmes habilement structurés, en octobre 1956 avec
un opus brillant dont l’aboutissement trio piano-basse-batterie où s’interpénètrent sans se deux grandes formations
formel s’exprime tout en élégance et vers des contrées vierges confronter le jazz et la culture différentes : d’abord un onztet
légèreté. et inexplorées. L’art de arménienne (Le Rôle est beau, composé de vraies pointures
transcender les sonorités de Improvisation pour Julien). du jazz west coast (Conte
En ce qu’elle suggère une stricte chaque instrument et de les Avakian qui a signé presque Candoli, Frank Rosolino, Bud
continuité avec les albums précédents, assembler dans un flux sonore toutes les compositions de Shank, Art Pepper… mais
l’expression “Volume 3” s’avère quelque inédit et mystérieux évoque l’album a su parfaitement aussi Bobby Timmons)
peu trompeuse, tant Pierre de Bethman a les expériences tendues et conjuguer sensibilité et sur trois arrangements
travaillé à redéfinir le paradigme de son radicales que sait programmer énergie, dans une écriture malheureusement aussi
orchestre, lui faisant notamment subir Anne Montaron dans son “climatique” (Yerevanadzor) datés que convenus de
une discrète cure d’amaigrissement : émission A L’Improviste sur surprenante (Circus) et qui Jimmy Heath ; ensuite un
adieu voix, cor et tuba, au profit d’un France Musique. Une musique a gagné en densité et en nonet sur sept titres, dont
effectif resserré dont le caractère souple qui gagne à être “vue” en spiritualité. Avec Yaoundé, en quatre composés et arrangés
et nerveux se voit encore souligné par concert, afin d’être saisie ouverture, le jazz s’installe par deux musiciens – oh
l’adjonction du vibraphone de David de plein fouet au spectacle dans une réminiscence surprise ! – français. Dans
Patrois. Des textures moins opulentes, du traitement de la matière assumée de l’héritage ses bagages, Chet avait en
donc, des lignes claires faisant ressortir sonore par ces sculpteurs coltranien ou dans la discrète effet ramené de Paris des
la précision d’une écriture constamment musicaux. Faute d’images, canonisation de l’autre géant compositions originales que
mélodique, et un surcroît d’espace et de cet univers étrange et insolite du saxophone (Wayne The Pierre Michelot et Christian
réactivité qui permet à tous les solistes exige un effort minimum Saint), tandis que la coloration Chevallier lui avaient écrites
de s’exprimer à leur meilleur (ce qui d’attention et d’ouverture arménienne est introduite par pour ses toutes dernières
n’est pas peu dire). Détail curieux : la d’esprit, mais le jeu en vaut la les instruments traditionnels sessions Barclay que l’on
présentation en 2 CD ne semble pas chandelle. Lionel Eskenazi d’Artyom Minasyan et par la retrouve ici en bonus ainsi
résulter d’une nécessité technique (le total voix de Miqayel Voskanyan que six pièces en sextette de
n’excédant pas les 80 minutes fatidiques), Sophie Agnel (p), John
Edwards (b), Steve Noble (Erzeroumi Shoror, Gugo’s 1954 avec Bob Brookmeyer.
mais plutôt d’un choix esthétique, chaque Jokes). Le timbre singulier Question : écrin ou écran,
disque présentant sa cohérence propre, (dm). Brighton Alternative
Jazz Festival, septembre du saxophone d’Avakian et le tremplin ou carcan le big band
à manière d’une face de 33-tours. S’y toucher subtil et swingant de est-il pour Chet la formule
décline un vaste éventail de climats, de 2016.
Ludovic Allainmat participent à idéale ? Pas si sûr quand
la ballade rêveuse (Nuance) au up-tempo l’équilibre des sonorités d’un on sait que son troublant art
retors (Mir, Volseau), de la méditation sextette où l’impressionnante aérien s’exprime avec une
énigmatique (Wabi Sabi) à des moments présence de Mauro Gargano, évidence lumineuse dans
de pur groove tel cet Amplitude aux à la basse, et le drumming des contextes plus feutrés et
suprenants accents boogaloo. À l’arrivée, inventif de Fabrice Moreau intimistes. Il n’empêche que
une petite merveille d’équilibre, qui ne assurent la remarquable Baker, doué comme personne
pourra que nous inciter à guetter avec cohésion. Thierry P. Benizeau d’un talent intuitif et d’une
gourmandise la parution d’un probable oreille étonnante de justesse,
volume 4. Pascal Rozat Alexis Avakian (ts, fl, g),
Ludovic Allainmat (p, fait preuve ici d’une autorité
Sylvain Gontard (tp, bu), Denis Leloup
elp), Mauro Gargano (b), naturelle et d’un son de
(tb), Stéphane Guillaume (fl, ts), trompette au timbre clair qui
Sylvain Beuf (as), David El-Malek (ts), Fabrice Moreau (dm) +
Artyom Minasyan (hautbois sait se faire incisif et puissant
Thomas Savy (bcl), David Patrois (vib), quand il le faut.
Pierre de Bethmann (p), Simon Tailleu doudouk et zurna, fl chevi),
Pascal Anquetil
(b), Karl Jannuska (dm). Paris, studio Miquayel Voskanyan (tar).
Ferber, 10 et 11 juillet 2018. Studio de Meudon, 2018. Personnels détaillés dans
le livret.

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 67


NOUVEAUTÉS & RÉÉDITIONS

Bix Beiderbecke Paul Bley The Bridge Constant Stranger Jozef Dumoulin
The Bix Beidebecke Ballads Sessions 09 Constant Stranger & Lidlboj
Legend 1 CD ECM / Universal Stroboscope 1 CD Fresh Sound New Talent / Live In Neerpelt
1 CD Poll Winners / Pias ✪✪✪✪ 1 CD The Bridge Session / Socadisc 1 CD El Negocito Records /
✪✪✪✪ RÉÉDITION. En 1967, de bandcamp.com ✪✪✪✪ elnegocitorecords.com
RÉÉDITION. Du cornettiste retour d’une épique tournée ✪✪✪✪ NOUVEAUTÉ. Contrairement ✪✪✪✪
blanc Bix Beiderbecke (1903- européenne avec Mark NOUVEAUTÉ. La série des aux apparences, il s’agit d’un INÉDIT. Lors de ce concert,
1931), vous ne retenez que Levinson et Barry Altschul, Bridge Sessions propose des faux album de trio avec piano. le groupe belge Lidlboj
Jazz Me Blues et Singin’ The plus sa nouvelle compagne rencontres interculturelles et Seules quatre des dix plages intégrait pour la première fois
Blues au mépris des faces Annette Peacock, Paul Bley se intergénérationnelles entre laissent en effet entendre les dans ses rangs le bassiste
avec les grandes formations mit à fréquenter régulièrement des musiciens français et trois musiciens de Constant Dries Laheye, étrennant de
de Jean Goldkette et Paul les studios en trio, tantôt avec étatsuniens parmi les plus Stranger sans invité, dont surcroît un nouveau répertoire
Whiteman qui, toutes blanches Mark Levinson, tantôt avec représentatifs des nouvelles une seule dépassant les tandis que son leader Jozef
qu’elles étaient, participèrent Gary Peacock. Lorsque, de formes de musiques deux minutes de musique (By Dumoulin expérimentait
à la genèse du big band. En passage à New York, Manfred improvisées héritées du And By). Autant dire qu’à la une éphémère combinaison
1961, George Avakian (après Eicher lui rendit visite, deux free jazz. Elle a déjà donné création d’un monde fermé de claviers dont le Fender
avoir laissé Miles Davis chez ans avant la création d’ECM, il naissance à quelques grands sur lui-même Richard Sears, Rhodes se voyait pour une
Columbia aux mains de Teo ne manqua pas de remarquer moments d’insurrection Martin Nevin et Guilhem fois exclu. Autant dire que cet
Macero et avant de “manager” le mur de bandes magnétique joyeuse, mais ce concert Flouzat préfèrent le partage enregistrement live exhumé
Charles Lloyd et Keith Jarrett) qui s’accumulaient chez exceptionnel, capté en dans l’interprétation de leurs par le label El Negocito,
s’était attaché à nous faire le pianiste. C’est ainsi que 2014 au cœur du quartier compositions. Ce qui ne les quoique d’une parfaite qualité
aimer ces faces oubliées sur trois improvisations sur des portoricain de Chicago, atteint empêche pas pour autant de technique, relève davantage
le LP “The Bix Beiderbecke compositions d’Annette des sommets d’intensité parvenir à un son bien marqué du work in progress que du
Legend”. Quel bonheur ! Peacock constituèrent la qu’on n’avait pas entendus et une couleur cohérente produit fini, ce qui en constitue
Certes, tous les solistes dixième référence de son sur disque depuis longtemps. sur tout l’album. “Constant peut-être justement tout le
ici n’ont pas cette autorité nouveau catalogue en 1971. Associant le mythique Larry Stranger” se caractérise par charme. Fluide et insaisissable
gracieuse ni ni cette élégance « Avec cet album, raconte Ochs (membre fondateur du une approche profondément comme un ruisseau de
mélodique et rythmique qui le pianiste, je voulais des Rova Saxophone Quartet) et ancrée dans la tradition du montagne, baignée de
inspira moult trompettistes (de ballades d’une durée de vingt l’iconoclaste Mars Williams jazz, mais sans conservatisme. sonorités électroniques
Rex Stewart à Eric Le Lann minutes et plus. À l’époque (navigant à vue entre De fait, l’ensemble sonne lunaires, cette musique d’un
en passant par Roy Eldridge), je travaillais à être le pianiste musique improvisée, rock de manière contemporaine abord faussement aride se
mais l’ensemble a le charme le plus lent du monde. » alternatif et free punk) à une alors même que la nature révèle riche d’une harmonie
de l’époque (rarement ringard Enregistré en trio avec Gary section rythmique “made in de l’effectif est sinon datée aux pôles contrastants,
et souvent fort audacieux) Peacock, Ending (17’20) France” animée/perturbée du moins intemporelle. On dont le Yin serait la voix
sous la plume de l’arrangeur fut gravé en face A, Mark par la guitare free-rock goûte ainsi avec délectation troublante de Lynn Cassiers
Bill Challis, avec l’archet Levinson figurant sur la face B délicieusement bruitiste de le sens du swing, la teinte et le Yang la découpe précise
de Joe Venuti, le médiator en un bref duo (Circles, 2’59) Julien Desprez, ce quintette quelque peu mélancolique du baryton de Bo Van der
d’Eddie Lang, les baguettes et en trio (So Hard It Hurts, éphémère atteint d’emblée d’une bonne part du répertoire Werf. Ouverte et méticuleuse,
de Chauncey Morehouse ou 12’13). Parler de lenteur du cet espace magique de ou l’interaction gracile de ce synthétique et sensuelle,
Gene Krupa (ne manquez tempo est un euphémisme. Il “complète communion” trio. Après avoir d’abord été sophistiquée rythmiquement
pas les timbales d’Harold s’agirait plutôt de suspension, où toutes les identités se accroché par l’impeccable tout en dégageant un étrange
McDonald sur There Ain’t No où le discours progresse par (con)fondent pour ne plus Dayna Stephens au ténor, sentiment d’immobilité quasi
Sweet Man), les basses du élans successifs du piano sur constituer qu’un seul grand on en vient à se laisser ambient, elle nous emmène
contrebassiste Steve Brown ou un commentaire permanent corps mouvant et organique convaincre par l’alto de Sam doucement ailleurs, dans un
du saxophoniste Min Leibrook, d’Altschul, Peacock suivant d’une incroyable sensorialité. Gendel, son étrange vibrato entre-deux ambigu où se
les vocaux de Bing Crosby… le pianiste comme son ombre Sa musique dense, volontiers et cette singularité qui le brouillent délicieusement les
En bonus quelques prises alors que Levinson reste sombre et crépusculaire, situe quelque part entre le repères de notre perception.
supplémentaires : le délicieux très en retrait. Si la prise de faisant émerger du magma saxophone classique du début Pascal Rozat
trio Beiderbecke-Trumbauer- son est assez éloignée de sonique des bribes de du XXe siècle et Lee Konitz. Un
album pour jazzfans, mais pas Lynn Cassiers (voc, elec),
Lang (Wrigin’ An’ Twistin’), le l’esthétique qui allait faire réminiscences fantomatiques Bo Van der Werf (bars,
fameux solo de piano de Bix le succès du label, elle est (Ayler notamment), s’accueille seulement ! Ludovic Florin
elec), Jozef Dumoulin (cla),
de In A Mist et ses trois autres conforme avec une certaine comme une fascinante Richard Sears (p), Martin Dries Laheye (elb), Eric
compositions pour piano rudesse de l’œuvre de Bley plongée aux origines du chant. Nevin (b), Guilhem Flouzat Thielemans (dm). Neerpelt
sous l’influence de Claude des années 1960, la musique Stéphane Ollivier (dm) + Sam Gendel (as), (Belgique), 13 janvier 2011.
Debussy et du compositeur elle-même extrapolant les Larry Ochs (ts, Dayna Stephens (ts). Los
américain Eastwood Lane, étrangetés douces amères de sopranino), Mars Williams Angeles, Knobworld, 8 et
telles qu’enregistrées par Jess la compositrice. (saxophones), Julien 11 août 2017.
Stacy en 1939. Franck Bergerot Desprez (elg), Mathieu
Franck Bergerot Paul Bley (p), Gary Peacock Sourisseau (b), Samuel
Livret en anglais de 16 ou Mark Levinson (b), Barry Silvant (dm). Chicago,
pages avec notamment les Altschull (dm). Mars et Strobe Recording Studio, 30
liner notes originales. juillet 1967. avril 2014.

68 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


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FLASHES NOUVEAUTÉS & RÉÉDITIONS
YOUN SUN NAH. “Immersion”, le nouvel album de la
diva sud-coréenne, fraîchement signée sur Arts Music
(Warner), sera dans les bacs le 8 mars. Entre chansons
originales et reprises (George Harrison, Leonard Cohen),
la production est signée Clément Ducol (Camille, Melody
Gardot, Christophe). Tournée en mars et en mai à prévoir.

KARL JANNUSKA. Ce batteur canadien résident à Paris John Escreet The Gil Evans
depuis 2000 a produit un nouveau disque de pop songs, Learn To Live Orchestra
entouré de musiciens qui lui sont familiers, à commencer Blue Room Music / Import USA Hidden Treasures,
par la chanteuse Cynthia Abraham, plus Seamus Balke ✪✪✪✪ Volume One
(ts), Christophe Panzani (ts et arr de vents), Baptiste NOUVEAUTÉ. Ambrose 1 CD Bopper Spock Suns Music
Germser (cor, elb, cla), Federico Casagrande, Pierre Akinmusire, Tyshawn Sorey, / Import
Perchaud (elg), Julien Herné (elb), Nicolas Moreaux (b). Evan Parker, Knower, David NOUVEAUTÉ. Le sous-titre
Shed Music / bandcamp. Binney, Wayne Krantz, Chris “Monday Nights” de ce
Potter... : depuis que John premier de trois “trésors
PAUL JARRET. Ce guitariste et leader de PJ5 a été Escreet s’est intallé à New cachés” évoque les lundis de
York au début des années Gil Evans et son orchestre
sélectionné par l’Adami parmi 35 candidats au soutien à 2000, il ne joue pas avec les au Sweet Basil de 1983 à
un projet avec un artiste de renommée mondiale. C’est premiers venus. “Learn To 1994. Si le noyau central et
avec le batteur Jim Black découvert à l’adolescence avec Live” est son septième album. certains invités y renvoient, ce
le disque “AlasNoAxis” que Paul Jarret a proposé de Il y jongle avec les claviers, que présentent ici les fils de
travailler et qu’il recevra une somme de 25 000 € qui lui du piano acoustique (l’intro l’arrangeur (Noah et Miles) se
permettra de lancer son projet (transport, hébergement, de A World Without Guns dit démarque du laisser-faire du
son élégance) au Prophet Gil Evans dernière manière.
salaires de répétition, studio, etc.). 6 en passant par le Fender En témoignent les ambiances
Rhodes. Virtuosité jubilatoire très structurées de Subway
TOM JOBIM. “The Music Of Tom Jobim” est le sous- et jamais clinquante héritée composé par Pete Levin, qui
titre de l’album “Eu Te Amo” du bandéoniste Daniele di de l’âge d’or du jazz en encadrent judicieusement les
Bonaventura et du pianiste Giovanni Ceccarelli, avec les fusion : c’est sa marque de solos de Dave Bargeron et
voix de Camille Bertault et Ivan Lins, le violoncelle de fabrique. Nourrie à l’énergie Alex Foster (également inspiré
new-yorkaise, sa musique sur le très lyrique I Surrender
Jacques Morelenbaum. (bonsaimusic.fr). puissante et sophistiquée cosigné par le ténor avec
laisse ce qu’il faut de place Delmar Brown). Composé
L’HARMATAN. Spécialiste de la publication des travaux aux solistes, entre envolées par Miles Evans, LL Funk
universitaires, cet éditeur publie simultanément l’étude avant-gardistes et grooves fait appel à Daryl Jones et
comparée Archie Shepp et Pharoah Sanders, deux “post-funk” d’une rare Vernon Reid pour ne pas faire
héritiers de John Coltrane de Jean Francheteau (déjà intelligence – Global Citizen mentir son titre. C’est le cor
sonne comme une relecture de John Clark qui donne sa
auteur de L’Univers de John Coltrane chez le même moderne de l’héritage couleur initiale à Groove From
éditeur) et une nouvelle biographie de John Coltrane des Headhunters d’Herbie the Louvre avant un festival
intitulée La Décennie fabuleuse. Hancock. Les raisons de d’embouchures (Alex Sipiagin,
s’enthousiasmer ne manquent Shunzo Ohno et Dave Taylor).
pas, et ne serait-ce que Le piano de Gil Goldstein
pour la présence de Greg illumine la reprise de Lunar
Osby et l’étourdissant double Eclipse créé par Gil en 1970
drumming d’Eric Harland et avec son auteur, le regretté
de Justin Brown (sur quatre Masabumi Kikuchi. La vignette
titres), “Learn To Live” prouve orchestrale Moonstruck
que la nouvelle vague du empruntée à The Band (déjà
jazz anglais peut éviter tous reprise en duo avec Lee Konitz
les clichés revivalistes et en 1980) sert d’introduction
s’inventer un futur excitant en au fameux Eleven de Gil,
direct de la Grosse Pomme. tremplin idéal aux échappées
Recommandé. Frédéric Goaty de Chris Hunter et Alex Foster.
John Escreet (p, cla), Réjouissant, si l’on ne cherche
Nicholas Payton (tp), Greg pas à retrouver l’esprit
Osby (as), Matt Brewer original. François Marinot
(b), Eric Harland, Justin Shunzo Ohno, Miles Evans
Brown (dm). New York, Sear (tp), John Clark (cor), David
Sound, 19-21 février 2018. Taylor (btb), Chris Hunter
(as, fl), Pete Levin (cla),
Mark Egan (elb), Kenwood
Dennard (dm), Mino Cinelu
(perc) + avec entre autres
invités ceux cités dans le
texte. New York, Avatar
Studio, 14 juin 2016, 17
juillet 2017.  

70 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


STORY
“La diva anglaise
s’est enfin penchée
sur l’intégrale
de son œuvre”
Michael Jonathan
Felberbaum Finlayson
3Elements 3 Times Around
1 CD Fresh Sound New Talent / 1 CD Pi Recordings / Orkhêstra
Socadisc NOUVEAUTÉ. Pilier des Five
NOUVEAUTÉ. Guitare, sax, Elements de Steve Coleman
piano, sans basse ni batterie : depuis le tournant des années
la formule est aussi rare que 2000, Jonathan Finlayson
surprenante. Mais c’est avec s’est s’aventuré au-delà
cette formation minimaliste des sentiers battus (d’Henry
et atypique que Michael Threadgill à Craig Taborn en
Felberbaum avait envie de passant par Mary Halvorson
s’exprimer dans son sixième ou Steve Lehman) tout en
album. Et il va sans dire que gardant un pied fermement
“3Elements” ne ressemble à ancré dans la tradition (ancien
rien de connu. Puisant autant élève de trompettistes comme
dans la musique de chambre Eddie Henderson ou Jimmy
que dans le rock, le folk et le Owens, il a notamment
jazz, le répertoire du guitariste régulièrement joué avec le
fait perdre tout repère en mythique Von Freeman).
entraînant l’auditeur dans un Pour son troisième disque
univers inconnu, forcément en leader après “Moment &
intimiste, mais ni planant, ni The Message” (2013) et “Still
pesant. Dépouillement oblige, Moving” (2016), il présente
chaque musicien trouve une musique représentative
naturellement sa place dans de ce parcours, qui s’inscrit
cette succession de pièces sans ambiguïté dans le
aux arrangement millimétrés sillage des grands maîtres
et toujours variés, comblant de l’AACM et leur approche
quand il le faut l’absence de syncrétique et “ouverte” de
rythmique par des solutions la tradition afro-américaine
inventives et prenant son tour
Julien Ferté
(outre Threadgill et Coleman
de chorus dans une belle dont les ombres planent
complicité. Et on se laisse constamment sur cette
rapidement emporter par
les circonvolutions de ces
musique, le disque est dédié
au fondateur de l’AACM, vous dit tout
mélodies enchevêtrées où
tout reste pourtant limpide –
Muhal Richard Abrams). A
la tête d’un sextette de rêve sur les coffrets
Felberbaum étant un fervent
adepte de la ligne claire dans
propulsé par les métriques
déconstructivistes d’une remasterisés de
Kate Bush
son jeu comme dans son section rythmique où brille
écriture. On ressent la même particulièrement le pianiste
légèreté qu’en abandonnant Matt Mitchell (déjà repéré
un véhicule en pleine nature dans le groupe de Tim
pour suivre un sentier à Berne), Finlayson, tout en
pied dans la forêt, en se contrôle et fluidité, propose
surprenant de retrouver le des formes sophistiquées
vrai goût – le vrai son – des très précisément dessinées
instruments, sans le “poids” qui tout à la fois cadrent et
d’un orchestre complet. orientent des interventions
Surprenant et rafraîchissant ! solistes toujours pensées
Félix Marciano dans un rapport dialectique
au collectif. Une musique
Frédéric Borey (ss, ts),
aussi savante que jouissive.
Michael Felberbaum (elg,

muziq.fr
Stéphane Ollivier
g), Leonardo Montana (p,
elp). Jonathan Finlayson (tp), Steve
Lehman (as), Brian Settles (ts,
fl), Matthew Mitchell (p), John
Hebert (b), Craig Weinrib (dm).
Brooklyn, Brooklyn Recording, Le site qui aime les mêmes
5 et 6 mars 2018.
musiques que vous

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 71


LES CHOCS NOUVEAUTÉS & RÉÉDITIONS

Champian Fulton Mick Goodrick


The Stylings of In Pa(s)sing
Champian 1 CD ECM / Universal
1 CD autoproduit / champian.net ✪✪✪✪
✪✪✪✪ RÉÉDITION. Enseignant
NOUVEAUTÉ. Chanteuse et redoutable et respecté dont la
Bex Catherine Benoît Delbecq pianiste, protégée de Clark liste des étudiants ressemble
à who’s who de la guitare
Romano Jorris Dijsktra Terry, Champian Fulton
l'incarnation de ce que l’on moderne, Mick Goodrick a
La Belle Vie John Hollenbeck qualifia de “mainstream”
avant que la signification de
attendu d’avoir 34 ans avant
d’enregistrer ce premier
1 CD Sunset Records / L’Autre
Distribution
Linger ce mot ne se déplace sur le disque sous son nom – non
sans avoir tout d’abord
1 CD Driff Records / driffrecords.com curseur de l’Histoire, soit des
NOUVEAUTÉ. Qu’ils sont magnifiques valeurs qui se sont dessinées contribué à plusieurs disques
nos Space Cowboys du jazz, la force NOUVEAUTÉ. L’improvisation libre dans les années 1920 à ECM de Gary Burton featuring,
tranquille est en eux, leur groove se destine-t-elle à une écoute 1940, n’assimilant les acquis tiens, tiens, l’un de ses plus
est in the pocket et leur swing laid sans lendemain ou à la fixation des générations suivantes fameux élèves, Pat Metheny.
back, comme on dit là-bas, au pays pour l’éternité ? La musique de que par un tamis toujours Très recherché, et jusqu’ici
où le trio guitare, orgue Hammond “Linger” se situe dans la seconde plus serré. Un concert ou un très rare en CD (parce que
et batterie est né. Formule magique perspective. disque de Champian Fulton se réédité une seule fois et
qu’ils se sont appropriée avec autant déguste ainsi comme un vieux rapidement épuisé), “In Pa(s)
de naturel que d’élégance. Benoît Delbecq et le saxophoniste Jorrit cognac dont le connaisseur sing” est typique des opus
Dijskra se sont rencontrés au Banff détaille, des papilles à ECM “de guitariste” enregistré
« Aldo Romano on drums, Philip Jazz Workshop de 1990. En 2012, ce l’arrière-palais, les arômes dans la seconde moitié des
Catherine à la guitare, Emmanuel Bex, dernier fondait avec le pianiste Pandelis qui sont le fruit de techniques années 1970, période dorée
organ... Merci, thank you very much, Karayorgis le label Driff Records pour ancestrales de distillation pour cette génération de baby
yeah man ! Yeaaah... », conclu lui-même produire de la “musique improvisée et de longs échanges boomers tricoteurs de manche
Philip Catherine après cette heure de transatlantique”. Par ailleurs, Dijskra qu’opère le cœur d’eau élevée aux sons du rock’n’roll
musique live passée en compagnie joue en duo depuis vingt ans avec John de vie avec l’atmosphère et du rhythm’n’blues, et dont
de trois musiciens dont il serait faire Hollenbeck. Après “Sequence” (Trytone du chais et le chêne des la vie a changé le jour où
insulte à nos lecteurs de rappeler leur Records, 2005), les deux musiciens vieux fûts limousins. Avec Jim Hall et Wes Montgomery
importance dans l’histoire du jazz made ont eu envie de réenregistrer pour l’ouillage (qui consiste à sont entrés dans leur vie. Un
in Europe. Dans l’antre cosy du Sunset, Driff, et c’est tout naturellement qu’ils remplacer la “part des anges” sentiment de sérénité, voire
Bex, Catherine et Romano (213 ans à eux ont invité Delbecq pour une session évaporée par le cognac d’un de douceur, émane d’“In Pa(s)
trois, r.e.s.p.e.c.t. comme dirait Aretha) d’improvisation totale. Un exercice qui fût voisin), ces échanges sing” à travers la sonorité
ont donné suffisamment de bonheur aux peut s’avérer austère. C’est tout le sont au cognac, ce qu’est délicate et ronde et les soli
jazzfans parisien.ne.s pour que ce disque contraire ici. Dijskra possède un sens l’assemblage irréductible méticuleusement architecturés
live s’impose comme un témoignage de la ligne mélodique qui, associé à un obtenu par Champian Fulton de Goodrick, dont le jeu
essentiel : celui d’improvisateurs on ne son moelleux quoiqu’affirmé, emmène à l’écoute des maîtres s’accorde idéalement à
peut plus expérimentés qui ne jouent l’auditeur en des contrées inattendues anciens et de ses pairs. celui de John Surman, qui
aucune note superflue et savent la avec un certain confort. De ce côté-ci de Aussi parvient-elle en une ne s’attarde jamais sur
valeur d’une mélodie. Au menu, trois l’Atlantique, on connaît suffisamment la journée de studio au fameux les rives du spectaculaire,
compositions pour chaque musicien, délicatesse, la finesse et le raffinement Systems Two à faire d’un préférant se baigner dans
puisées dans leurs songbooks respectifs. du piano de Delbecq pour ne pas avoir double album de standards des eaux calmes, bercées
Rien à jeter, toutes sont marquées besoin d’insister. Quant à Hollenbeck, il joués et chantés comme par le clapotis de l’inspiration
du sceau d’une certaine mélancolie agit tel un peintre pointilliste, ajoutant un jardin clos où, lassé des mélodique. Et quand on
couleur bleu nuit. “La belle vie”, c’est des touches légères et en travaillant sa injonctions à l’innovation du sait qu’Eddie Gomez et
le jazz qu’on aime, comme une douce palette avec un soin infini. À cela s’ajoute monde moderne, on pourrait Jack DeJohnette glissent
extase. C’est la chaleur contagieuse qui un usage idoine de l’électronique, s’enfermer pour finir sa vie, à leurs côtés par savantes
s’échappe de l’orgue Hammond, cette sous forme de synthétiseur basse le bugle de son père, Stephen vagues rythmiques, on ne
guitare si habitée, si cultivée, c’est le ting pour Delbecq et d’effets d’échos, Fulton venant butiner ici une peut que prendre du plaisir
tiding ting tiding amoureux des baguettes d’harmonisations, de multiplications de demie douzaine de titres afin à (ré)écouter ce disque
sur les cymbales. Bex, Catherine et l’alto de Dijskra. Chaque plage possède de garantir la pollinisation de quadragénaire qui n’a pas pris
Romano jouent comme on se murmure une texture et une expression propre, cette flore charmante. une ride. Julien Ferté
de belles choses, et c’est une sacrée dont l’extatisme, le déploiement de Alfred Sordoillet Mick Goodrick (elg), John
leçon de jazz. Noadya Arnoux temps multiples simultanés, ou l’attention Surman (bs, ss, bcl), Eddie
portée aux micro-détails n’en décrivent Champian Fulton (p, voc),
Emmanuel Bex (orgue), Philip Hide Tanaka (b), Fukushi Gomez (b), Jack DeJohnette
que quelques aspects. Que du plaisir ! (dm). Oslo, Talent Studio,
Catherine (elg), Aldo Romano (dm). Tainaka (dm) + Stephen
Ludovic Florin novembre 1978.
Paris, Sunset. Fulton (bu). Brooklyn,
Jorrit Dijkstra (as, électroniques), Benoît
Delbecq (p, cla), John Hollenbeck (dm, Systems Two, 27 mars
perc). Acton (Massachusetts), Wellspring 2018.
Studio, 24 janvier 2016.

72 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


ENTRETIEN EXCLUSIF
Joe Jackson joue cartes
sur table sur muziq.fr

Sam Harris Uriel Herman


Harmony Quartet
Autoproduction / bandcamp.com Face To Face
Révélation ! 1 CD Laborie Jazz / Socadisc
NOUVEAUTÉ. Depuis huit ans NOUVEAUTÉ. Son patronyme,
qu’il est l’accompagnateur Herman, sa nationalité, son
indéfectible d’Ambrose instrument, son goût de la
Akinmusire, on l’attendait : musique classique,du jazz,
l’album sous son nom à et des chansons pop, ses
travers lequel Sam Harris débuts discographiques enfin
nous dévoilerait enfin sa sur le Label Laborie font
personnalité musicale beaucoup de points communs
profonde. Le voici donc, et avec Yaron Herman. Mais,
l’on n’est pas déçu du voyage. sans aucun lien de parenté
Là où son premier opus avec celui-ci, il propose une
personnel (“Interludes, Fresh musique très différente,
Sound, 2014) se plaisait à que l’on pourrait qualifier
brouiller les pistes, “Harmony” de world music orientale
révèle une vision artistique teintée de jazz et de pop. Ici
aux partis pris tranchés, prime la mélodie, portée par
d’une modernité archaïque le piano, la clarinette, l’oud,
trempée dans le blues originel et parfois la voix. The Man
autant que marquée par Who Sold The World de David
l’héritage d’une lignée de Bowie est complètement
pianistes afro-américains transformé dans un contexte
allant de Duke Ellington à arabo-andalou plutôt pesant.
Jason Moran en passant L’univers biblique n’inspire
par Mal Waldron. Signant pas mieux Uriel Herman avec
une suite d’une demi-heure la vision kitsch qu’il nous livre
dont les cinq mouvements
ressassent chacun avec
du psaume I Shall not Die
But Live. À l’inverse les deux “Lorsque
obstination un bref motif
aux contours rythmiques
morceaux inspirés de l’univers
des films de Bergman (Les je reprends
abrupts (l’influence du courant
minimaliste y compte sans
doute aussi pour quelque
Communiants et L’Heure
du Loup) lui réussissent sur scène
chose), le trentenaire creuse
un sillon profond, gorgé de
beaucoup mieux et figurent
parmi les plus intéressants d’anciens
feeling, nous plongeant dans
une forme de transe radicale
de l’album. Un disque inégal
où l’on est séduit par le jeu titres, j’ai
d’où tout élément superflu,
tout effet gratuit paraissent
de piano d’Uriel Herman et
par la cohésion sonore de l’impression
de reprendre
son groupe, mais assez peu
bannis. Soit un univers par les compositions et les
totalement à contre-courant développements musicaux.
des tendances dominantes
du piano jazz contemporain,
C’est dommage, car ce
musicien a certainement un
les chansons
qui mérite toute l’attention
des amateurs de sensations
potentiel à explorer, on attend
donc avec intérêt la suite de
d’un autre”
fortes et d’expressions ses aventures sur le label de
singulières. En téléchargement Jean-Michel Leygonie, dont on
uniquement ! Pascal Rozat apprécie en général le flair et
Sam Harris (p), Martin Nevin le bon goût. Lionel Eskenazi
(b), Craig Weinrib (dm). New Uriel Herman (p), Avri
York, Sear Sound, 16 avril Borochov (b, oud), Uriel

muziq.fr
2018. Weinberger (anches), Haim
Peskof (dm) + Daniel Krief
(voc), Yehuda Shuki Shveiky
(voc, g), Aviv Bahar (voc, g),
Arthur Krasnobaev (tp), Ilan
Bar-Lavi (g), Maayan Doari Le site qui aime les mêmes
musiques que vous
(perc). Tel Aviv, Pluto Studio
et Jaffa Sound Art (date non
précisée).

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 73


NOUVEAUTÉS & RÉÉDITIONS

Fred Hersch Stéphane Huchard Ikui Doki KS2 Guy Lafitte


Trio ’97 Cultisongs Trio Ikui Doki Day His Tenor Sax and His
@ The Village Off-Off Broadway 1 CD Ayler Records / ayler.com 1 CD Re:jazz / Inouïe Orchestra, 1954-1959
Vanguard 1 CD Jazz Eleven / jazzeleven.com NOUVEAUTÉ. Cet album ✪✪✪✪ 1 CD Fresh Sound / Socadisc
NOUVEAUTÉ. Depuis le temps constitue l’une de ces NOUVEAUTÉ. La singularité RÉÉDITION. L’apport de
1 CD Palmetto / Bertus Guy Lafitte au patrimoine du
qu’ils écument les scènes surprises que l’on aimerait de KS2 tient dans le dialogue
✪✪✪✪ jazz de France et d’Europe avoir plus souvent. Le trio jazz, français et européen,
instantané entre les claviers
INÉDIT. On ne connaît aux côtés d’innombrables français Ikui Doki, lauréat de Cédric Hanriot et les est en train d’être réévalué.
jamais assez un artiste. Du musiciens, Stéphane de la troisième édition du percussions de Franck Son purgatoire aura duré
moins croit-on l’avoir bien Guillaume, Thomas Bramerie dispositif Jazz Migration, Agulhon. Faisant suite à une quelque vingt ans. Dans
cerné jusqu’à la publication et Stéphane Huchard n’ont propose un disque qu’on première collaboration en les rééditions successives
d’un enregistrement ancien plus rien à prouver. Alors, peine à classer dans un 2006, “Day” se présente de ces derniers mois, qui
– tel celui-ci – qui change quand il se réunissent au style tant son esthétique comme le travelling sonore prennent, en quelque sorte,
notre perception. Hersch, sein du Cultisongs Trio, c’est lui est propre, et c’est sa d’une journée ordinaire. valeur de réhabilitation, le
on le connaissait sideman pour se faire plaisir, sans qualité. Peut-être est-ce De moments sereins en label de Jordi Pujol aura joué
impeccable, pianiste autre but que partager la grâce à son instrumentation, embardées plus intenses, un grand rôle. On en connaît
capable d’improviser en musique qu’ils aiment, en relativement atypique — la notion de groove est le principe : rassembler en
solo à quatre voix réelles, toute simplicité. Et pour “Off- basson, saxophone, clarinette ici omniprésente et un CD plusieurs LPs - en
extraordinaire interprète de Off Broadway”, ils ont décidé et harpe électrique —, et à fondamentale. Le duo ne l’occurrence des extraits de
ballades, mais on décelait de revenir aux sources du l’écriture des morceaux, très fait qu’un, mêlant fluidité sessions échelonnées de mars
parfois, ici ou là, de manière jazz en célébrant l’âge d’or soignée sans verser dans jazz, beats concassés 1954 à septembre 1959 et
furtive mais palpable, des comédies musicales une sur-orchestration en aux intonations hip hop et publiées chez Philips, Pathé
quelques relâchements au avec quatorze standards manque de spontanéité. Le drum’bass, avec des couleurs et Columbia sous le nom du
plan rythmique. Cet album éternels – My Heart Belongs répertoire, notamment inspiré électroniques parfois proches saxophoniste. Durant ces
chasse cette impression to Daddy, Every Time We Say de compositeurs français tels de la musique ambient. Le années, celui-ci est en pleine
dès la reprise, en ouverture, Goodbye, My Foolish Heart… que Debussy, Ravel ou Satie, projet surprend et séduit par possession de ses moyens.
d’Easy To Love : le talent – réduits à leur essence, contribue nettement à la son étonnante cohérence, Plusieurs prix sont déjà venus
rythmique de Fred Hersch sans même le support d’un sensation de nostalgie teintée Hanriot et Agulhon faisant récompenser ses disques et
est époustouflant. S’ajoute instrument polyphonique. Un d’étrangeté (Almanita) que ensemble preuve d’une il apparaît comme l’un des
l’intérêt d’entendre Tom dépouillement extrême qui procure Ikui Doki. Le résultat, spontanéité rare, chacun musiciens français les plus
Rainey dans un contexte met en lumière des mélodies onirique, est semblable à un maîtrisant les plus larges prometteurs. Il appartient à la
“classique”. En 1997, Rainey ancrées dans le patrimoine, voyage sonore aux multiples effets sonores que leurs lignée des ténors qui ont opté
était déjà le batteur du trio mais avec une vision inédite, étapes, qui nous font passer instruments respectifs pour le sillage de Coleman
de Fred Hersch depuis six et très personnelle. Comme de territoires musicaux autorisent. Neuf compositions Hawkins, son plein et massif,
ans, ce qui explique leur à son habitude, Guillaume parfois familiers et presque originales, aux structures et swing efficace, plutôt que pour
entente quasi télépathique. En s’envole sur les thèmes et les enfantins à des contrées plus harmonies aussi efficaces la fluidité lestérienne. C’est
dehors de trois compositions chorus en alternant les saxes, singulières, pouvant rappeler qu’accrocheuses, laissent seulement quelque temps
originales, deux de Hersch et tandis que Bramerie creuse Steve Coleman & the Five volontiers l’espace pour après que son style évoluera
une de Drew Gress, le reste l’harmonie pour en faire jaillir Elements (LSP). Hughes quelques superbes moments sous diverses influences, mais
du répertoire se compose de la substantifique moelle et que Mayot et Sophie Bernado d’improvisation. “Day” n’est ceci est une autre histoire. La
standards. À aucun moment Huchard martèle ses peaux complètent parfaitement la pas sans rappeler le projet présente compilation fournit
on ne s’ennuie, grâce pour renouer avec l’origine harpe de Rafaelle Rinaudo, “Mehliana” du duo Melhdau l’occasion de réentendre ou
notamment aux arrangements des tambours. Un disque protéiforme, qui se meut en / Guiliana. Il s’en distingue de découvrir des musiciens
disséminés ici et là au audacieux. Félix Marciano guitare classique ou électrique néanmoins par un son fort estimables dont certains
cours de l’interprétation, ou encore en koto japonais d’ensemble plus brut, mais ont sombré dans l’oubli quand
Stéphane Guillaume (ss, as, (Songe Pastel). Globalement d’autres ont, depuis, atteint
mais aussi à la joie de jouer surtout par la personnalité de
ts), Thomas Bramerie (b), très cinématographique, le zénith. Sans établir la
contagieuse des musiciens. Cédric Hanriot, aussi efficace
Stéphane Huchard (dm). ponctué avec goût de pièces moindre hiérarchie et pour
En 1997, Fred Hersch était au Fender Rhodes que brillant
Renaison (42), Studio des vocales aux textes poétiques s’en tenir aux pianistes, on se
peut-être encore l’un des au piano acoustique. Quant
Tontons flingueurs, 9 et (Tiger) et servi par une contentera de rappeler que
secrets les mieux gardés du à Agulhon, il imprime une
10 juin 2017. technique instrumentale Raymond Fol, André Persiany,
jazz, mais voilà qu’en 2019 rythmique puissante, se jouant
cet enregistrement inédit exemplaire, cet album est de toutes les possibilités de Claude Bolling et Martial Solal
confirme, si besoin était, d’une fraîcheur dépaysante ses peaux. Un projet moderne étaient aussi de remarquables
sa place parmi les grands. qu’on ne peut que saluer. À et convaincant, prouvant une arrangeurs. Ils en apportent ici
Ludovic Florin découvrir. Yazid Kouloughli fois encore la vitalité de la la démonstration, que ce soit
Fred Hersch (p), Drew Gress Sophie Bernado (bsn), scène jazz hexagonale. en petite formation ou en big
(b), Tom Rainey (dm). New Hughes Mayot (sax, cl), Jean-Pierre Vidal
band. Jacques Aboucaya
York, Village Vanguard, 18 Rafaelle Rinaudo (hp, elec). Guy Lafitte (ts) + personnel
juillet 1997. Montreuil, Studio Music Cedric Hanriot (p, elp, cla), détaillé dans le livret.
Unit, du 11 au 13 juin 2018. Franck Agulhon (dm, perc).
Nancy, International Music
Académie, janvier 2017.

74 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


FLASHES
LIGNE SUD TRIO février avec “La révolte des BRANFORD MARSALIS THE RONGETZ
CHRISTIAN GAUBERT. couverts” (Train Fantôme QUARTET. Le saxophoniste FOUNDATION. Le groupe
au piano, Diego Imbert / L’Autre Distribution) revient avec “The Secret du trompettiste Stéphane
à la contrebasse, ANdré entouré de Fred Pallam Between The Shadow And Ronget revient avec
cecarelli à la batterie sortent (basse électrique), Antonin The Soul” le 1er mars (Okeh “Alphabet City Music Club”
“Musiques de Film & Jazz” Rayon (claviers), Vinvent / Sony Music) (Brooklyn Butterfly Sound /
(Cristal Records / Sony Tageer (batterie), Frédéric The Pusher), son nouvel opus
Music). Invités : Karine Gastard (saxes), Matthias KACZMARCZYK VS. enregitsré en deux sessions
Michel (chant), Christophe Mahler (trombone) et Sylvain PADEREWSKI. Ce grand distinctes à New York.
Leloil (trompette, bugle) et Bardiau (trompette) orchestre polonais sort
Thomas Savy (clarinette “Tatra” (All About Music ARNAUD CUISINIER.
basse, saxophone) LAURENT DEHORS. Avec Records) avec, en invité Le contrebassiste passe
Gabriel Gosse à la guitare et spécial, Mino Cinelu aux derrière le micro et chante
JOEY DEFRANCESCO. Franck Vaillant à la batterie, percussions. sur son nouvel album,
L’organiste et trompettiste le saxophoniste signe “Follow Poets” (Quark) : dix
a invité Pharoah Sanders “Moutons” (Association Tous MANU KATCHÉ. Outre compositions basées sur des
(saxophone ténor) et Billy Dehors / L’Autre Distribution, son nouvel personnel, poèmes de William Blake,
Hart (batterie) sur son sortie 1er février). “The Scope” (Anteprima Lord Byron ou encore Walter
nouvel album “Keys To The Productions, sortie le 1er de la Mare. Avec Daniel
Universe” (sortie le 1/3, CHRYSTELLE ALOUR. La février), le batteur joue Erdmann (saxophones),
Mack Avenue / Pias) grande sœur de Sophie et en duo avec la pianiste Giani Caserotto (guitare),
Julien, pianiste et chanteuse, Yelena Eckemoff dans le Armel Dupas (claviers,
WILDMIMI. Le groupe sort son premier disque CD “Colors” (In-Akustik / arrangements), Edward
de Rémi Sciuto (anches, de jazz, “Traversée” (Jazz Pias, sortie le 22 février), Perraud (batterie).
claviers, voix...) revient le 1er Family / Socadisc) enregistré par le légend.

MICHEL
MEIS
4TET

SORTIE D’ALBUM
LE 28 FEVRIER
AU SUNSIDE, PARIS

Michel Meis – batterie


Alisa Klein – trombone
Cédric Hanriot – piano
Stephan Goldbach – contrebasse

Une excellente tromboniste et un jazz moderne et LOST IN TRANSLATION


expérimental qui réussit à être aventureux ALBUM DISPONIBLE
sans tomber dans l’hermétisme.
Le Jazzophone (FR) www.michelmeis.com

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 75


LES CHOCS NOUVEAUTÉS & RÉÉDITIONS

Sarah McCoy Makaya McCraven


Blood Siren Universal Beings
1 CD Blue Note / Universal 2 CD International Anthem
RÉVÉLATION ! Recording / intlanthem.com
NOUVEAUTÉ. D’emblée, la NOUVEAUTÉ. Quatre sessions
voix de Sarah McCoy captive enregistrées dans autant
Eric Dolphy John Abercrombie et, plus important encore, ses
chansons forment un écrin
de mégapoles, en divers
formats menés par le batteur
Musical Prophet Night idéal. Cette jeune femme de
33 ans a grandi dans le Sud
de Chicago que l’on avait
découvert auprès de Marquis
3 CD Resonance Records / Bertus 1 CD ECM / Universal des Etats-Unis, puis vécu des Hill. A en croire le dithyrambe
RÉÉDITION/INÉDITS. Passeur, « aventures psychédéliques qui l’entoure, le disque serait
prophète, Eric Dolphy restera RÉÉDITION. Dix ans après le » en lâchant les amarres un magnum opus d’une
toujours d’actualité. La preuve avec formidable “Timeless”, John façon road movie, traversant ambition digne de Guerre et
ce coffret dont toutes les facettes Abercrombie retrouvait Jan quarante-quatre états de son Paix. Un tantinet exagéré.
resplendissent comme celles d’un Hammer et Jack DeJohnette, pays natal avant de s’installer Des rythmes marqués par
diamant noir. ainsi que Michael Brecker, croisé à La Nouvelle-Orléans, où le hip-hop sont associés à
au temps de l’éphémère groupe elle ne tarda guère à se faire des arômes issus tout droit
Aux déjà connus “Conversations” et “Iron Dreams. Vous avez dit groupe de remarquer. De fil en aiguille, de “The Elements” de Joe
Man”, s’ajoute ici un troisième CD de rêve ? Vous avez raison. le pianiste Chilly Gonzales Henderson et Alice Coltrane
prises inédites dont la découverte justifie la présenta au producteur (1973), petit classique du
d’une autre manière le beau qualificatif Si “Timeless” est aujourd’hui considéré Renaud Létang, et la voilà jazz modal spiritualiste
de “passeur” attribué par Jean-Louis comme un classique du jazz électrique donc, nouvelle Blue Note dont “Universal Beings”
Comolli à celui qui a magnifié la clarinette et du catalogue ECM, “Night” n’est recording artist, fort d’un prolonge les thématiques,
basse, glissé un merle pas que moqueur peut-être pas encore reconnu à sa juste “Blood Siren” superbement entre revival et actualisation.
dans sa flûte et fait sonner dans son valeur. En 1984, le regretté guitariste de mis en sons : voix placée Les breakbeats méditatifs
saxophone alto des phrases aux allures Port Chester était-il alors éclipsé par ses au centre émotionnel de la échafaudés à New York
de rodéo. C’est en effet en passant non moins prestigieux confrères John musique, accompagnement passent crème. A Chicago, ce
par Jason Moran et Charles Lloyd pour Scofield, alors sideman vedette de Miles minimaliste, arrangements sont des transes saccadées
arriver à James Newton qui les possédait Davis, et Pat Metheny, heureux leader sobres et subtils. Double et de l’électro en version
que le producteur Zed Feldman a mis d’un Group des plus populaires ? Quoi révélation donc, celle d’une acoustique. Et à Londres, des
la main sur ces inédits confiés par qu’il en soit, cette réédition extraite de voix envoûtante aux inflexions grooves qui n’auraient pas
Dolphy comme ce qu’il avait « de plus la bien nommée collection Touchstones bleu nuit, habitée par les dépareillé sur le label Black
précieux » à ses amis Hale et Juanita tombe à pic, et nous rappelle si besoin anges et les démons du Jazz se mêlent à des effluves
Smith avant de partir en 1964 pour un était que John Abercrombie était un blues, de la soul, de la pop d’acid jazz et du dubstep de
voyage sans retour en Europe. C’est soliste dont le jeu en constante évolution et du jazz, de Billie Holiday à Croydon. Pour la convivialité,
notamment ce que raconte le superbe avait atteint une fluidité et une plénitude Dr. John en passant par Tom des extraits de conversation
livret de cent pages avec propos relevés expressive sans égal. Il était aussi Waits, Nina Simone, Bozz s’incrustent sur quelques
(John Coltrane, Sonny Rollins, Ornette un compositeur d’exception, attaché Scaggs, Amy Winehouse, pistes. Loin du jeu incisif
Coleman), interviews (James Newton, aux mélodies chantantes (3 East), Karen Dalton... Loin de d’un James Brandon Lewis,
Han Bennink, Nicole Mitchell, Oliver délicates (Look Around) ou rieuses et nous l’idée de faire entrer ou de l’invention formelle
Lake, etc.) et photos qui accompagne “ornettecolemaniennes” (Four On One). prématurément Sarah McCoy des membres de l’AACM,
l’essentiel, la musique. Diversité des Avec des accompagnateurs du niveau dans ce panthéon, mais les saxophonistes (Shabaka
styles et des configurations – du solo de Jan Hammer, qui signe l’entêtant quand dès son premier album Hutchings, Nuby Garcia,
au duo, au trio et aux bouillonnements Ethereggae (et dont la performance on signe des chansons à la Josh Johnson) se montrent
collectifs –, déconstruction et cloue le bec à ceux qui pensent qu’avoir puissance aussi évocatrice ici étonnamment timorés,
reconstruction de standards comme composé la BO de Miami Vice l’avait que Boogieman, New Orleans, et ce post-jazz mondialisé
Jitterburg Waltz ou Alone Together, perdu pour le jazz), Michael Brecker Devil’s Prospects ou Mamma’s d’une rythmicité constante
l’inventivité et la conviction de Dolphy (déjà au sommet de son art) et Jack Song, tous les voyants sont au est paradoxalement frappé
explosent à chaque instant. Avec un DeJohnette (aussi à l’aise et créatif vert pour tracer une route à d’un certain statisme. Selon
swing toujours fringant et une émotion sur tempo rapide qu’en mode reggae- nulle autre pareille. l’humeur, on peut se laisser
toujours palpable. Sans oublier A chaloupé), il signait là un album essentiel Noadya Arnoux happer par ses ambiances
Personal Statement, bonus bouleversant. à (re)découvrir d’urgence. Et quand on vaporeuses, à défaut de réelle
songe que “Current Events” et “Getting Sarah McCoy (voc, p), Chilly structure ou direction, ou
François-René Simon Gonzales (cla, dm), Vincent
There” suivront... Respect éternel. estimer comme quelqu’un
Eric Dolphy (as, bcl, fl), avec, Frédéric Goaty Taurelle (cla), Stella LePage qui avait du nez que c’est un
selon les plages, Clifford Jordan (cello), Renaud Letang peu court, jeune homme. Les
(ss), Sonny Simmons (as), Prince John Abercrombie (elg), Michael (claquements de mains). férus de la nébuleuse allant de
Lasha (fl), Woody Shaw (tp), Garvin Brecker (ts), Jan Hammer (cla), Paris, Studio Ferber, février Kamasi Washington à Yussef
Bushell (bsn), Bobby Hutcherson Jack DeJohnette (dm). New York, 2018. Kamaal devraient cependant y
(vb), Bob James (p), Richard Davis, Power Station, avril 1984. trouver leur content.
Eddia Kahn, Ron Brooks (b), J. C. David Cristol
Moses, Charles Moffett (dm)…
New York et Ann Arbor, 1er et 3 Détails dans le livret.
juillet 1963, 2 mars 1964.

76 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


Andy Milne & Giovanni
Dapp Theory Mirabassi Trio
The Seasons Of Being Summer’s Gone
1 CD Sunnyside / Socadisc 1 CD Cam Jazz / Pias
✪✪✪✪ ✪✪✪✪
NOUVEAUTÉ. Andy Milne NOUVEAUTÉ. En écoutant
poursuit son chemin sans faire le disque, on pense à
de bruit. Aujourd’hui âgé de un vers d’Eluard : « J’ai
51 ans, il s’était révélé aux la beauté facile, et c’est
côtés de Steve Coleman, dont heureux. » Car ici la beauté
il fut le compagnon actif plus et le lyrisme semblent
de dix ans. Sur ce cinquième couler de source. C’est d’un
album avec son groupe Dapp romantisme échevelé, le
Theory, le pianiste recherche plus souvent lumineux mais
à travers la sophistication avec des moments de doute
de ses compositions, les et de déchirement intime
bienfaits d’une musique à (dans Summer’s Gone par
haute teneur spirituelle. On exemple) et avec une qualité
peut volontiers y adhérer et chantante hors du commun,
se laisser séduire par les qui vient sans doute de
qualités de cette musique l’italianité mais surtout de
intimiste. Milne s’ouvre à la personnalité de Giovanni
de larges timbres, oscillant Mirabassi, et de sa longue
des textures acoustiques fréquentation des chanteurs
de son piano, des cuivres et des chanteuses. De tels
et des cordes aux touches ingrédients, le lyrisme, le
plus urbaines qu’apportent chant, le romantisme, peuvent
les voix douces, déclamées/ facilement se retourner contre
chantées de John Moon et un musicien et se dégrader
La Tanya Hall, tout comme en grandiloquence ou en
les virtuoses interventions mièvrerie. Mais ici, ce n’est
du guitariste Ben Monder et pas le cas. D’abord grâce aux
du trompettiste Ralph Alessi. ressources propres du jeu
Musique raffinée, élégante, pianistique, son énergie, sa
lévitant entre tensions légères vitalité, son impétuosité qui,
et moments de recueillement par moments, colorent son
aérien, elle prolonge à sa lyrisme d’inquiétude et même
manière un angle apaisé de de désespoir. Et aussi parce
l’héritage Colemanien. Andy qu’il a pu s’entourer de fortes
Milne fait ici preuve d’une personnalités. Le bassiste
imagination harmonique Gianluca Renzi, en particulier,
sophistiquée, terrain propice se pose en interlocuteur
à l’épanouissement de ses sans concession. Il apporte
compagnons, rivalisant tous beaucoup, en particulier
d’une invention instantanée. par ses longues notes qui
Ce jazz de chambre témoigne résonnent incroyablement
d’une maturité indéniable, (par exemple dans Summer’s
aussi profonde que salutaire. Gone). Deux morceaux
Jean-Pierre Vidal bouleversants sortent du lot :
Aaron Kruziki (as, cl, bcl), le très beau Ausencias, avec
Andy Milne (p), Christopher des couleurs qui évoquent
Tordini (b, elb), Kenny Pieranunzi, et dans lequel
Grohowski (dm), John le pianiste se met à nu, et
Moon (voc) + Ralph Alessi Valentina, valse dépouillée,
(tp), Michael Attias (as), chantante, lumineuse.
Christopher Hoffman, Jean-François Mondot
Jody Redhage (cello), Ben Giovanni Mirabassi (p),
Monder (elg), La Tanya Hall Ginaluca Renzi (b), Lukmil
(voc). Brooklyn, System Two Perez (dm). Cavalicco,
Studios, avril 2016. novembre 2016.

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 77


LES CHOCS

Claudio Fasoli Anne Paceo William Parker Hanna Paulsberg


N.Y. 4et Bright Shadows Flower In A Concept
Selfie 1 CD Laborie Jazz / Socadisc Stained-Glass Daughter Of The
1 CD Abeat / UVM NOUVEAUTÉ. Quatre ans après le
splendide “Circles”, Anne Paceo,
Window & The Sun
NOUVEAUTÉ. Si le musicien de
l’année 2018 de notre confrère
musicienne-voyageuse dont les
grooves pointillistes n’ont d’égal que
Blinking Of The Ear 1 CD Odin / Outhere
italien Musica Jazz s’offre une si 2 CD Centering Records / Orkhêstra NOUVEAUTÉ. Un univers musical
le sens de la mélodie, affirme ses original, subtil et tellement
belle rythmique américaine – Matt talents de compositrice et ouvre plus NOUVEAUTÉ. Avec ce double
Mitchell, Matt Brewer, Justin Brown maîtrisé ! Le quatrième album de
grand encore l’éventail des voix avec album, le contrebassiste, multi- cette saxophoniste norvégienne
–, ce n’est pas juste pour faire joli. ce doux manifeste du chant mêlé. instrumentiste, parolier, poète, confirme ses qualités de
philosophe William Parker poursuit compositrice et d’arrangeuse, mais
On aime la sonorité de ce quasi On saluera d’abord la volonté de mettre tel un alchimiste sa quête d’alliages
octogénaire, la tranquillité de son phrasé, surtout la dimension poétique de
en œuvre la musique via un objet-disque étourdissants. son art.
le choix chantant de ses notes et ses qui reflète les exigences artistiques de
compositions dont les mélodies sont celle qui l’a imaginé. Prise de son Boris Dédié à Martin Luther King, le premier
moins des lignes que des fragrances, Vous êtes à bord d’une nacelle. Au sol
Darley, photos Sylvain Gripoix, design CD "Flower In a Stained-Glass Window” des broussailles, des fougères, des
des humeurs, une poignée d’intervalles Jérôme Witz : ceux qui mettent en relief de ce double album met en lumière une
lui suffisant pour mettre en valeur renoncules rampantes. Pas la jungle,
et en lumière le travail des musiciens ancienne complice de Parker, chanteuse- mais au moins le maquis. La nacelle
ses musiciens comme la brume sait jouent aussi un rôle essentiel. Voilà récitante, la vibrante Leena Conquest,
remodeler un paysage. Il y a chez lui du s’élève. Des lignes apparaissent. Des
pourquoi la musique d’Anne Paceo est sorte de croisement entre Abbey Lincoln géométries simples ou complexes
Wayne Shorter, des fragilités oniriques, un Tout-Monde. Sonore bien sûr, mais et June Tyson. Elle dialogue avec un
des fluidités folâtres, une façon de rêver se mettent à danser sous vos yeux.
aussi visuel, sensuel. Et métissé. Car ce puissant et brillant septette où l’on Hanna Paulsberg aime commencer ses
la musique. Aux premières notes du qu’on aime par dessus tout dans “Bright retrouve outre la contrebasse terrienne
disque, on se souvient du saxophone compositions par une sorte de chaos
Shadows”, ce sont ces subtils jeux de du leader, son fils Isaiah au piano, le poétique à base de souffles, slaps,
que l’on n’entendait pas mais devinait miroir entre voix “noires” et “blanches”, véloce vétéran Steve Swell au trombone
dans les résonances du piano de Joe grommellements bruitistes, lambeaux
voix “féminines” et “masculines”. et un jeune batteur sud-africain, Kesivan de phrases, d’où s’envole peu à peu
Zawinul sur Milky Way (“Weather Report”, La douceur grave d’Ann Shirley et le Naidoo. Les textes magnifiés par Leena
1971). Et la réplique en accords de Matt une mélodie. Hermulen Tar Ferie, le
timbre diaphane de Florent Mateo ne font Conquest évoquent l’inutilité de la guerre, troisième morceau est un bon exemple
Mitchell qui suit semble prolonger cette qu’un.e. Ces deux vocalistes font bouger Emmet Till, le réchauffement climatique,
réminiscence. Comme Wayne Shorter de sa démarche. Parfois ça se joue
les lignes des chants du possible : jazz, l’assassinat du Révérend King, l’écologie, dans l’autre sens, comme dans Scent of
dans Weather Report, quoique dans une soul, pop ? Selon votre vécu et votre la liberté, les droits sociaux et civiques.
toute autre esthétique, Fasoli fait la part Love, le premier morceau, une grande
culture, votre point de vue d’auditeur La pièce finale invite les auditeurs à se réussite, où l’on passe d’une mélodie
belle à ses complices, les laissant finir ou sera à chaque fois différent. Anne réveiller pour se libérer. Le second volet,
n’intervenant qu’à la fin d’un morceau très prenante (avec présence d’un
Paceo invente ainsi une musique sans consacré à la relecture de la suite “The chœur magnifique à l’arrière-plan) à une
où il confie une belle introduction frontières dont les formes (é)mouvantes Blinking Of The Ear”, met en vedette
hadenienne à Matt Brewer ; offrant jungle bruitiste. Magnus Broo tire de sa
épousent à fleur de peau tout ce qu’elle l’agile mezzo-soprano AnnMarie Sandy trompette une fraîcheur acide et une
ailleurs un bref tremplin thématique à aime dans les autres musiques. Globe- entourée d’un ébouriffant quintette de
Justin Brown invité à poursuivre seul fragilité onirique. Sa sonorité s’entrelace
trotteuse infatigable, elle rapporte de jazz libertaire. Cette alliance amoureuse à celle de Hanna Paulsberg, et c’est à
jusqu’à un point d’orgue des cymbales ; chaque voyage de nouvelles couleurs entre une grande voix classique et
se dédoublant parfois en contrepoint à qui sera l’ombre de l’autre. Le bassiste
pour enrichir sa palette musicale. Entre l’énergie organique de l’improvisation Tryggve Fiske a une présence énorme,
lui-même ou entraînant ses comparses l’ombre et la lumière, “Bright Shadows” jazzistique est véritablement magique.
en un délicat “pas de quatre” rubato où ses coups de boutoir font trembler
relie le meilleur des mondes sans les William Parker a superbement réalisé son la maison. Au piano, Oscar Grönberg
chacun improvise son pas en guettant banaliser. Grand disque. Frédéric Goaty impossible rêve : combiner habilement
celui de l’autre jusqu’au moment où, apporte dissonances et intensité.
Anne Paceo (dm, voc), Pierre musique écrite et musique improvisée. Splendide. Jean-François Mondot
d’un commun accord, on décide que tout Paul Jaillet
est dit. Il ne fait pas de doute qu’ici l’on Perchaud (elg), Tony Paelman Magnus Broo (tp), Hanna
s’écoute, que l’on s’entend bien, dans (cla), Christophe Panzani (ts, cl), Leena Conquest et AnnMarie Paulsberg (ts, compositions),
une belle réciprocité de l’inspiration, que Ann Shirley, Florent Mateo (voc). Sandy (voc), Steve Swell (tb), Trygve Fiske (b), Hans Hulbaekmo
les tempos soient vifs, retenus ou en Studio Besco, février 2018. Daniel Carter (tp, ss, as, ts), (dm). Mölndal (Suède), Avril 2018.
suspension. Franck Bergerot Abraham Mennen (ts), Isaiah
Parker et Eri Yamamoto (p),
Claudio Fasoli (ts, ss), Matt William Parker (b, comp), Leonid
Mitchell (p), Matt Brewer (b), Galaganov (dm). Brooklyn, Park
Justin Brown (dm). Brooklyn, West Studio, 1 mars et 26 mai
System Two, 8 juin 2017. 2018. Manhattan, The Stone, NYC,
27 juin 2018.

78 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


NOUVEAUTÉS & RÉÉDITIONS

Nicole Mitchell MizikOpéyi


Maroon Cloud Creole Big Band
1 CD FPE Records / Orkhêstra 1 CD Azted Music / Pias
✪✪✪✪ NOUVEAUTÉ. Créé en 2006
NOUVEAUTÉ. C’est quasiment par Tony Chasseur et Thierry Résidence de musiques
un manifeste que signe ici Vaton, le big band MizikOpéyi
l’ancienne présidente de propose un mélange original
l’AACM (Association for the de rythmes antillais et de
Advancement of Creative thèmes afro-caribéens
Musicians). Manifeste à la fois avec des arrangements jazz
musical – éventail ouvert à dans la tradition des grands
360 degrés – et intellectuel, orchestres américains. Pour
les deux étant naturellement leur nouvel album, les deux
liés. En témoignent non compères ont sélectionné un
seulement la présence répertoire typiquement créole,
de la chanteuse assez regroupant des mélodies des
extraordinaire Fay Victor – Antilles, d’Haïti et de l’Océan
intonations gospel mêlées aux Indien revues à la sauce jazzy
modulations les plus savantes en y ajoutant quelques inédits
grâce à un ambitus très large – et même un standard,
–, mais aussi l’abondance Stardust, repris en biguine. Le
de mots se terminant en résultat est à la hauteur du
“ness” à la fois dans les projet : chaleureux, généreux,
titres (New Dark Realness, festif, coloré et ensoleillé,
Otherness) et dans les courts embaumé de parfums
textes/poèmes chantés/ épicés. D’autant qu’aux
vocalisés (“formlessness”, dix-sept musiciens du big
“awareness”), eux-mêmes band s’ajoutent de nombreux
prélèvements d’un texte plus invités prestigieux intervenant
long, What Was Feared Lost, en tant qu’instrumentistes
dont un extrait est publié ou solistes, comme Alain- Situé dans la Drobie, vallée sauvage de l’Ardèche méridionale,
dans la pochette. Le plus Jean Marie, Michel Alibo, et entouré d’un environnement naturel exceptionnel, le
remarquable est que cette Meddy Gerville ou Jacques
musique tour à tour complexe Schwarz-Bart. Souvent signés Murmure des lauzes est un lieu d’accueil dédié à la musique
et spontanée, harmonieuse Christian Martinez ou Philippe et pouvant recevoir des stages, Master-class ou résidences
et grinçante, écrite et Slominski, les arrangements de travail d’artistes et musiciens selon différentes formules
improvisée, languissante luxuriants servent à merveille
et swingante, est devenue la voix de Tony Chasseur, d’hébergement dans le cadre préservé d’une
bien plus communément qui s’en donne à cœur joie. maison-hammeau cévenole.
audible qu’il y a peu (l’album Certes, en restant résolument
a été enregistré en public, dans le registre des big bands
au National Shawdust à traditionnels, l’ensemble
Brooklyn). Elle s’enrobe autour n’a rien d’innovant, mais
des mots souvent étirés, MizikOpéyi possède un
susurrés, déclamés, lamentés, charme indéniable avec son www.murmuredeslauzes.fr
hurlés par la chanteuse, mélange de styles chaloupés
comme s’ils étaient les mots qui dégage une agréable
d’un esperanto de l’espérance douceur. Félix Marciano
désespérée. Si Nicole Mitchell Tony Chasseur (voc, dir),
n’est plus à présenter, Thierry Vaton (p, dir),
soulignons la parfaite liaison Christian Martinez, Philippe
assurée par la violoncelliste Slominski (tp, arr), Just
Tomeka Reid, dont le son Wody Cereyon (b), Jean-
parfois épouse celui de la Philippe Fanfant (dm), Bago
flûte, et le rôle ponctuant du Balthazar (perc) + Alain-
pianiste cubain Aruan Ortiz. Jean Marie, Meddy Gerville
François-René Simon (p), Michel Alibo (elb), ou
Nicole Mitchell (fl), Fay Jacques Schwarz-Bart (ts)
Victor (voc), Tomeka Reid + personnel détaillé sur
(cello), Aruan Ortiz (p). New le livret. Villepinte, Studio murmuredeslauzes@sfr.fr - La Coste 07260 ST Melany
York, 29 mars 2017. des Abeilles et Montreuil,
Studio, 26 bis. Date non Vincent Guillo (33) 06 87 83 86 07
précisée.

Annonce-MDL.indd 2 JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 79 16:50:0


06/10/2018
NOUVEAUTÉS & RÉÉDITIONS Label
Corbett vs. Dempsey
Le label de Chicago tandem du natif de Poughkeepsie et de
Mats Gustafsson (bs, fl, elec), après leur
nous gâte avec une association dans des formations à poigne
cargaison de nouveautés (Peter Brötzmann Tentet, The Thing). De
et rééditions, fleurons la musique improvisée tendue et austère,
de l’édition sur support jusqu’à l’assaut final de Bat Cave Feast,
Gerry Mulligan Les Musiques physique. Trois sont toutes tripes dehors.
Sont également rééditées deux raretés.
I Want To Live ! à Ouïr consacrées à Joe “Bäbi” [****], cuvée 1976 de Milford
1 CD Pol Winner Records / Pias Duke & Thelonious McPhee, récipiendaire
RÉÉDITION. La BO concoctée 1 CD Les Musiques à Ouïr / L’Autre du premier “Instant
par le compositeur et Distribution Award ”, récompensant
arrangeur Johnny Mandel pour NOUVEAUTÉ. Denis Charolles des improvisateurs
le film de Robert Wise I Want et ses Musiques à Ouïr se
To Live figure désormais au jouent des compositions de d’exception.
premier rang des noces entre Thelonious Monk et Duke
jazz et cinéma. Cette réédition Ellington comme d’autant de Enregistré les 12 et 13 décembre 1970,
soignée nous propose à la mécanos qu’ils recomposent, “Nation Time” [CHOC] est ici augmenté
fois la bande sonore du film complètent et détournent. de trois inédits tirés des mêmes sessions.
enregistrée en grand orchestre De Creole Rhapsody en Little Joe McPhee (as, ts, tp, cl, voc) s’y montre
par la fine fleur des musiciens Rootie Tootie, on navigue sensible aux tendances de l’époque :
de studio de l’époque sous entre le reconnaissable rock et funk (Shakey Dance, avec guitare
la direction de Mandel et une et le méconnaissable, et piano électriques), blues (Blues in Graves (dm), en trio avec les éruptifs
version pour petit ensemble l’interprétation et C), Coltrane avec Naima, et une reprise Arthur Doyle et Hugh Glover aux anches,
de jazz en mettant en scène l’imagination, toutes les du succès Secret Love. Le morceau- promeut une approche tribale et
un fabuleux sextette dirigé par associations d’idées étant titre se présente comme une synthèse cathartique. Graves donne de la voix, des
Gerry Mulligan dans la plus permises comme dans cette hédoniste des éléments qui agitaient baguettes et de sa personne, pour ce qui
pure tradition west coast. A suite sur le motif central alors le jazz, du côté d’Archie Shepp et relève de la cérémonie initiatique. Un
la fois “fonctionnelle” dans de Koko dont le troisième de Sun Ra. Le groupe compense ses disque bonus donne à entendre le trio
sa dimension clairement mouvement est retitré limites par une conviction irrésistible, et en 1969 et déjà extrême. Un document
cinématique (chaque Chaos. N’était-ce pas ce la diversité des styles abordés résulte en brut de fonderie, entre tambours
morceau est pensé dans le dont Ellington menaçait guerriers, barrissements éperdus et
cadre d’une dramaturgie sublimement son chef incantations animistes. Et c’est une
qu’il s’agit d’illustrer, d’œuvre par ses audaces ? rasade d’improvisation européenne A.O.C.
soutenir, incarner…) et La plume de Charolles qui nous attend avec “Groupcomposing”
dépassant simultanément pourrait en avoir pris prétexte [CHOC] . À Rotterdam le 14 mai 1970,
cette contrainte formelle pour lâcher les chiens, en Misha Mengelberg (p), Peter Brötzmann
par la grâce de solistes l’occurrence Hugues Mayot (ts), Evan Parker (ss, ts), Peter Bennink
particulièrement en verve et Gueorgui Kornazov aboyant (as, cornemuse), Paul Rutherford (tb),
(Bud Shank virevoltant, Art furieusement à la tête d’un Derek Bailey (g) et Han Bennink (dm,
Farmer suave et précis, Red riff digne du Brotherhood of perc) alignent deux manifestes pétulants,
Mitchell et Manne, irrésistibles Breath. Les compositions du illustrant leur désir de s’émanciper de
de swing…), cette partition leader font flotter des rubans l’influence américaine, sur les mêmes
élégante et sophistiquée, qui semblent provenir de instruments que leurs homologues du
si elle n’atteint pas les celles des maîtres anciens free jazz et partageant avec eux une
sommets de la discographie entre lesquelles elles un album accessible et réjouissant. Outre inextinguible soif de liberté. Ces fortes
de Mulligan, n’en est pas s’intercalent, notamment ses formations made in USA, McPhee a individualités sont servies par une
moins une totale réussite lorsque l’A Train de Billy multiplié les aventures transfrontalières, prise de son intelligible, et les débats
utilisant au mieux le potentiel Strayhorn traverse les Brilliant avec Evan Parker, Daunik Lazro, André d’ensemble alternent avec des échanges
dramaturgique du jazz. A Corners de Monk dans Le Jaume, et pour les générations suivantes, mesurés en sous-groupes. Avec en prime
noter en complément de Rutilant Train B du coin de Rodrigo Amado, Alexander Hawkins, un humour goguenard propre à cette
programme, deux morceaux la rue. Grand final avec Pascal Niggenkemper… Sa discographie, scène, dont cette réédition donne un
extraits de la BO du film “The Melodious Ponk, variations de sur des labels discrets pour l’essentiel, parfait aperçu. David Cristol
Subterraneans” de Ronald Claude Barthélémy sur Monk’s recèle bien des pépites. Plus sollicité que
jamais, il fraye ici avec deux hyperactifs Corbett vs. Dempsey / Orkhêstra
MacDougall d’après le roman Mood où les projecteurs se
éponyme de Jack Kerouac braquent sur les exploits notoires. Et retrouve, après un hiatus
faisant entendre, sur une d’Aymeric Avice et Christophe de vingt ans, Hamid Drake (dm) sur
musique d’André Previn, une Girard. François Marinot “Keep Going” [****], mis en boîte le
petite formation composée 24 février 2018. Le vétéran déclame en
Aymeric Avice (tp), Gueorgui introduction des paroles mobilisatrices
entre autres d’Art Pepper et Kornazov (tb), Julien Eil (fl,
Jack Sheldon. empruntées à Harriet Tubman. Son alto
bcl, bars), Hugues Mayot se signale par une expressivité rugueuse,
Stéphane Ollivier
(cl, ts), Matthieu Metzger à l’opposé de tout lyrisme, sa trompette
Gerry Mulligan (bs), Art (sopranino, ss, as, bars), de poche primesautière par contraste.
Farmer (tp), Bud Shank (as), Raphaël Quenehen (as, Les percussions irisées du Chicagoan
Frank Rosolino (tb), Pete bars), Christophe Girard complètent à merveille les idées de
Jolly (p), Red Mitchell (b), (acc), Thibault Cellier (b), McPhee, sur des titres honorant des
Shelly Manne (dm), Johnny Denis Charolles (dm). Paris, figures politiques afro-américaines. Plus
Mandel (arr). Los Angeles, Lavoir moderne parisien, revêche, “Brace for Impact”, daté du 2
24 mai 1958. 3 au 5 septembre 2018 ; décembre 2007, marque la rencontre en
Meylan, L’Hexagone, 3 mai
2018.

80 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


Judy Niemack André Persiany
New York Stories Featuring Guy Lafitte
1 CD Sunnyside / Socadisc 1 CD Fresh Sound / Socadisc
✪✪✪✪ ✪✪✪✪
NOUVEAUTÉ. A la fin des RÉÉDITION. Particulièrement
années 80, le label Freelance fructueuse, dans les années
nous avait fait découvrir cette 50, la collaboration entre le LE LABEL ÉMOUVANCE PRÉSENTE
Américaine dont les deux pianiste, arrangeur et chef

CLAUDE TCHAMITCHIAN
premiers disques, l’un avec d’orchestre André Persiany
le trio de Cedar Walton et et le saxophoniste ténor
l’autre avec Fred Hersch et Guy Lafitte se concrétisa par
Joe Lovano, annonçaient une plusieurs enregistrements NOUVEAU DISQUE «IN SPIRIT»
chanteuse douée de bien des publiés successivement
qualités. Ses disques suivants, sous le nom de l’un ou de SORTIE COMMERCIALE LE 25 JANVIER
où elle eut toujours de grands l’autre. Ici, sous la houlette CONCERT DE SORTIE LE 1ER FÉVRIER AU TRITON
pianistes à ses côtés (Kenny du pianiste, sont présentées
Barron, Mal Waldron, Kenny trois formations allant du PROCHAINS CONCERTS
Werner), le confirmèrent, si nonette au big band, soit le
l’on fait exception de son fruit de trois LPs couvrant 1 FÉVRIER - CONCERT SORTIE LE TRITON
dernier, “In the Sundance”, la période 1954-1958. On y 8 AVRIL - SAINT DENIS JAZZ CLUB
dont le parti pris de facilité retrouve, outre Guy Lafitte, 8 MAI - EUROPA JAZZ AU MANS
n’était pas à la hauteur de son auteur de soli toujours 29 MAI - JAZZ À COUTANCES
talent. Quelques années plus intéressants et bien construits,
tard (cet enregistrement date la fine fleur des musiciens
de 2013), Judy Niemack nous français de l’époque, les
revient avec le brio qu’on lui trompettistes Guy Longnon
connaissait et une maturité et Pierre Thibault, Benny
remarquable. Portées par Vasseur et André Paquinet
l’excellent Danish Radio Big (tb), les saxophonistes Michel
Band, les qualités vocales de Villers et Jean-Claude
de la chanteuse sont mises Fohrenbach, entre autres,
en lumière plus que jamais, propulsés par des rythmiques
d’autant plus que le répertoire que dirige Persiany lui-même.
est savamment choisi et les Ce dernier, auteur de nombre
arrangements de McNeely des pièces arrangées par ses
finement ciselés. Si Judy a soins (on lui doit notamment
gardé les paroles originales de un séduisant Blue Organ
Round Midnight et celles de pour lequel il a troqué le
Jon Hendricks sur In Walked piano pour l’orgue Hammond)
Bud, elle a mis les siennes consacre sept plages aux
avec succès sur Misterioso compositions de Count Basie
(encore Monk), Daahoud parmi les plus célèbres, One
(Clifford Brown) et trois autres O’Clock Jump, Blue and
morceaux plus modernes de Sentimental, Jive at Five. Le
Pat Metheny, Don Grolnick drive de Christian Garros et
et Jean-François Prins qui Paul Rovère engendre un
signe la pièce éponyme de swing intense qui propulse
l’album. Répertoire, textes, la grande formation vers les
arrangements, direction sommets. Ces seules pièces
orchestrale et qualités vocales justifieraient l’acquisition
font de ces “New York Stories” de cet album tout à fait
l’un des meilleurs albums de recommandable par ailleurs.
Judy Niemack. Un témoignage précieux sur
Philippe Vincent une époque féconde et, pour
beaucoup, trop jeunes pour
Judy Niemack (voc), l’avoir connue, une véritable
Jim McNeely (arr, dir), révélation. Jacques Aboucaya
Danish Radio Big Band.
Copenhague, Studio 3 André Persiany (p, org, arr)
de la Danish Brodcasting + personnel détaillé dans
Corporation, novembre le livret.
2013.

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 81


NOUVEAUTÉS & RÉÉDITIONS NOUS AVONS AUSSI ÉCOUTÉ

Adrien Chicot Laurent Allan Harris Jazz Orchestra


City Walk David The Genius of Eddie Of The Concert
Enrico Pieranunzi Gregory Porter 1 CD Gaya Productions Naked Jefferson Gebouw feat
Gabriele One Night Only (Live At / L’autre Distribution 1 CD Label Durance / 1 CD Resilience Lonnie Smith
I Didn’t Know What
Mirabassi Gabriele The Royal Albert Hall) Nouveauté. On
connaissait “Citi
Absilone
Nouveauté. Toujours
Music Alliance /
resiliencemusic.com Time It Was
Pieranunzi 1 CD + 1 DVD Blue Note / Universal Movement”, la suite
pour septette de
aussi productif et
inventif, Laurent David
Révélation ! 1 CD  Joc records /
Bertus
NOUVEAUTÉ. En dix ans, Nouveauté. S’il a
Play Gershwin Wynton Marsalis. s’essaie cette fois atteint la soixantaine Nouveauté. Le
Gregory Porter est devenu une Une inspiration quasi au solo intégral. Un et en est à une légendaire organiste
1 CD Cam Jazz / Pias
véritable star, particulièrement similaire anime exercice ni courant ni dizaine de disques Dr Lonnie Smith avait
NOUVEAUTÉ. Au moment les compositions évident quand il s’agit publiés au Etats-Unis,
en Angleterre où il fut reçu un rêve non exaucé :
même où sort son très beau du pianiste Adrien de basse électrique, le chanteur Allan jouer avec le big band
au “10 Downing Street” et Chicot, comme mais qui, malgré son
duo avec le contrebassiste Harris est inconnu en de Thad Jones et Mel
où il a chanté pour la Reine à l’indique le titre de apparente austérité, France et c’est bien Lewis. Il le réalise en
Thomas Fonnesbaek (voir la son second album. La
plusieurs reprises. Aussi n’est- se révèle passionnant. dommage. Voici l’un partie avec cet album
chronique dans ce numéro), le comparaison s’arrête En dix courtes pièces des hommages les live en compagnie
il pas étonnant que les trois
pianiste italien, jamais avare là. Ce disque convie – huit originales et plus réussis rendu à du grand orchestre
concerts qu’il donna au Royal à une déambulation deux standards –, Eddie Jefferson, l’un
de nouveaux enregistrements, hollandais JOC, dirigé
Albert Hall de Londres en avril dont l’ambiance ne et quasiment sans des maîtres du style de main de maître
publie également cet album serait pas le bruit artifice électronique, le vocalese. Avec le piano
dernier le furent à guichets par Hank Meutgeert.
d’un genre bien différent. On et la fureur urbains, bassiste se met à nu d’Eric Reed qui sait Bebop, blues et surtout
fermés. Pour l’occasion mais, à l’inverse, – d’où le titre “Naked”
sait Pieranunzi très amateur ce que blues et bebop swing chaleureux sont
les petits plats avaient été une légèreté et une – pour nous entrainer veulent dire et les ici au rendez-vous. A
de musique dite classique (en recherche constante
mis dans les grands et dans un voyage saxophones toujours 73 ans, Smith allume
témoignent son album sur de l’harmonie. Y narratif et méditatif au jeunes de Richie Cole quelques étincelles
Vince Mendoza fut recruté
Scarlatti et son grand intérêt contribuent Sylvain cœur de son monde et de Ralph Moore, la soul jazz qui nous
comme arrangeur et pour Romano et Jean-Pierre intérieur, à la manière superbe voix soul et
pour Fauré et Debussy), et renvoient à la grande
diriger les 70 musiciens du Arnaud, les membres d’un conteur. Etonnant le formidable timing période sixties des Lou
ce n’est pas une surprise de son trio, dont la et attachant. de ce baryton font
London Studio Orchestra qui Donaldson et consorts.
de le voir à la tête d’un trio cohésion et l’équilibre Félix Marciano mouche à tous les Pour nostalgiques
s’ajoutaient au trio habituel du apportent un élément
typé “musique de chambre” coups. Quelle belle d’orgue hammond B3
chanteur. Côté répertoire, la essentiel à la réussite surprise ! mais pas seulement.
avec deux musiciens issus de ce CD.
majorité des titres sont repris Philippe Vincent Jean-Pierre Vidal
du monde du classique. Jacques Aboucaya
de “Nat King Cole And Me”,
Son frère Gabriele est un
le dernier album de Porter
violoniste réputé et Gabriele
qui battit des records de
Mirabassi (frère du pianiste
vente. Avec un tel orchestre
Giovanni) est un clarinettiste
et un tel programme, on
très actif dans le monde de
ne peut s’empêcher de
la musique contemporaine.
penser aux grands chanteurs
La majeure partie de l’album
comme Sinatra qui ont fait
est constituée des deux
une carrière tous publics
œuvres les plus connues de
et on espère que Gregory
Gershwin (An American In Dave Liebman Ramon Lopez Ramon Lopez Paul Moer
Porter ne tournera pas le Ravy Magnifique Threefold Barry Guy Complete Trio
Paris et Rhapsody In Blue)
dos aux morceaux plus Seven Stairs / India 1 CD NotTwo / Siderius Nuncius Sessions
transcrites avec autant de
musclés de ses débuts. Ceci 1 CD Jazzwerkstatt nottwo.com – The Starry 2 CD Fresh Sound /
goût que d’esprit par Enrico Messenger
dit, son aisance vocale fait / UVM Nouveauté. Le Socadisc
pour trois instruments, 1 CD Maya /
merveille ici et la capacité ✪✪✪✪ batteur Ramon Lopez Réédition. Surtout
et les quatre préludes du nous fait découvrir ici maya-recordings.com connu pour avoir été le
d’adaptation de ce talent brut Inédit. De passage
compositeur américain ainsi à Paris en 2007 Percy Pursglove qu’il Nouveauté. La partenaire des grands
à un nouvel environnement a rencontré chez Barry de la West Coast, Stan
que la variation sur un de ses et 2008, intrigué « constellation
musical est étonnante. Pour Guy, trompettiste tout de tambours et Getz, Zoot Sims, Shorty
thèmes sont de véritables par la vaste culture
terrain, n’ignorant
un premier disque live, rythmique du cymbales » que Rogers, entre autres,
petits bijoux à découvrir. Je ne rien de la ligne claire Ramon Lopez l’invita Paul Moer n’a jamais
on aurait pu penser à un percussionniste indien
sais s’il s’agit là de jazz mais Ravy Magnifique, David swinguée ni des à rejoindre le temps connu la notoriété à
enregistrement au parfum textures hirsutes de la d’une séance de laquelle il aurait pu
cette relecture de Gershwin Liebman lui demanda
plus soul, mais le talent de d’être mis à l’épreuve trompette free. Avec novembre 2017 prétendre. La réédition
par trois musiciens de ce Rafal Mazur (guitare des quelques plages
Porter est si multiforme qu’il du solo improvisé dans inspira à Barry Guy
niveau est enchanteresse. un esprit d’initiation. basse acoutisque, le titre donné par qu’il a enregistrées
peut s’exprimer dans bien des phrasé nerveux), à la tête de plusieurs
Philippe Vincent Loin d’un quelconque Galilée à la publication
genres. Philippe Vincent exercice de style, sur ils rivalisent d’un de ses premières trios révèlent un
Enrico Pieranunzi (p), lyrisme sans entrave, observations du ciel, pianiste sensible,
Gregory Porter (voc), une vaste panoplie
de l’élan rubato à
Gabriele Mirabassi (cl), percussive, David Siderius Nuncius [le au toucher délicat,
Tivon Pennicott (sax), l’ostinato pulsé, sur message céleste], les doté d’imagination
Gabriele Pieranunzi (vln). Liebman engage
Chip Crawford (p), Jahmal toute sa générosité des compositions micros braqués par et de sens du swing,
Tavagnacco (Italie), du batteur et des Sylvain Thévenard Compositeur, en
Nichols (b), Emanuel expressive autant
Artesuono Studio, février que son savoir-faire, improvisations révélant de nouveaux outre, de la plupart
Harrold (dm) + Vince collectives qui donnent des morceaux de
2017. tant aux flûtes et au détails de ces pléiades
Mendoza (arr, dir) et le piano qu’aux ténor et à rêver. percussives à la façon ce double album, il
London Studio Orchestra. soprano. Un disque François Marinot des lunettes inventées savait s’entourer de
par l’astronome. musiciens aptes à le
Londres, Royal Albert Hall, 2 très remarquable
Et chez ces deux mettre en valeur, en
avril 2018. dans la pléthorique
discographie “guest improvisateurs de particulier le bassiste
star” du saxophoniste. l’absolu dont on Jimmy Bond et le
Franck Bergerot croyait pouvoir tout batteur Maurice Miller.
deviner, nous revoici Jacques Aboucaya
saisi d’émerveillement.
François Marinot

82 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


L’aventure
continue...

Eric Plandé & Kevin Reveyrand Swing Vibrations


Bruno Angelini Reason And Heart Opus One
Black Moon 1 CD Assai Records / 1 CD Team Zic /
1 CD Cristal Records / Socadisc Inouie
Sony Music Nouveauté. Surtout Nouveauté. Nicholas
Nouveauté. Revivifiant connu comme Thomas (vib), César
une complicité de accompagnateur, Poirier (ts, cl), Benjamin
près de trente ans Kevin Reveyrand Blackstone (g) et
(ces deux-là se sont publie un troisième Sébastien Girardot
rencontrés au CIM en album personnel qui (b) revisitent avec
1990 et n’ont depuis lui permet d’exposer bonheur le répertoire
jamais cessé de se toutes les facettes de leurs aînés, dans la
donner des nouvelles de son jeu de basse tradition des combos
à intervalle plus ou mais aussi de ses swing des années
moins réguliers), le talents de compositeur. 30 tels celui de John
saxophoniste Eric Parfaitement Kirby ou le quartette
Plandé et le pianiste accompagné par de Benny Goodman
Bruno Angelini offrent
ici un panorama
Olivier-Roman Garcia
(elg) Francis Arnaud
avec Lionel Hampton.
Quelques compositions
ORCHESTRE
exhaustif de leurs (dm) et quelques originales s’y intègrent
FRANCK
Must TSF_PRINT_CMJN_2017_BAT.pdf 1 04/09/17 15:55

territoires communs invités, il y présente non seulement à la


en un art du dialogue neuf thèmes originaux, lettre, mais à l’esprit
d’une belle humilité.
Attentive à ne jamais
arrangés d’onirique
manière, mais surtout
d’une musique
recréée avec bonheur. TORT ILLER C

CM

MJ

CJ

COLLECTIV
déborder le cadre de interprétés avec L’instrumentation et
CMJ

mélodies très finement cœur, en privilégiant les arrangements


dessinées, cette l’harmonie et la confèrent à cet
musique de l’intime, mélodie dans un bel album un charme
lyrique et toute en équilibre de couleurs délicieusement désuet.
retenue, touche par et de rythmes. Un Jacques Aboucaya
sa sincérité et son jazz à la fois actuel et
exigence. intemporel, métissé et
Stéphane Ollivier raffiné. Félix Marciano
SÉLECTION 5 MEILLEURS
ALBUMS JAZZ
LE MONDE - ANNÉE 2018

Franck Tortiller Joël Chausse


vibraphone, composition trompette
John Zorn Peter Erskine Curtis Amy Rémy Béesau Pierre Elgrishi
Salem 1692 Juni Four Classic trompette, buggle basse électrique
1 CD Tzadik / 1 CD ECM / Albums
Orkhêstra Universal 2 CD Avid / UVM Pierre Bernier Yovan Girard
Réédition. On connaît saxophones violon, voix
✪✪✪✪ ✪✪✪✪
Nouveauté. Inspiré Réédition. Ultime cette collection
économique : quatre Maxime Berton Abel Jednak
d’un fameux épisode album de la saxophones saxophones
de chasse aux remarquable tétralogie albums en deux
CD, avec liner notes
sorcières, “Salem enregistrée entre
originales. Elle revient Tom Caudelle Léo Pellet
1692ˮ reprend la 1992 et 1997 par saxhorne, flugabone trombone
formule inaugurée le batteur avec le ici sur les faces
oubliées de ce funky
avec “Insurrection”ˮ regretté pianiste
brother West Coast, Pierre-Antoine Vincent Tortiller
(CHOC de notre John Taylor et le Chaffangeon batterie
numéro d’août), à contrebassiste Palle le saxophone Curtis
Amy qui enregistra claviers
savoir un quartette à Danielsson, “Juni”, qui
deux guitares où le figurait déjà dans le six disques sur Pacific
jazzeux Julian Lage coffret-intégrale 4 CD de 1960 à 1963.
et le métalleux Matt “As It Was” paru en En voici les quatre
Hollenberg se livrent 2016, est au même premiers : “The Blues
à d’homériques
joutes de shredding.
titre que les trois
autres le témoignage
Message” et “Meetin’
Here” (cosignés francktortiller.com
par l’organiste Paul
Entre rock extrême
épileptique et écriture
essentiel d’un trio
parfaitement équilibré, Bryant), “Groovin’ Blue” labelmco.com
dodécaphonique, emmené à six mains (cosigné par le batteur
déflagrations d’énergie par trois musiciens Frank Butler) et “Way
et étranges moments déterminés à Down” (“featuring
Victor Feldman” Booking +33 (0)6 20 76 10 10 Admin. +33 (0)6 83 18 48 69
d’accalmie, le résultat magnifier la notion de
se révèle une nouvelle jouer-ensemble – dire au piano). Un son fr.peyratout@nemomusic.com jorland.isabelle@gmail.com
fois diabolique, à qu’il aurait pu paraître de ténor tranchant
l’image d’un packaging sous le nom de Taylor comme un cran d’arrêt
génial qui semble faire ou de Danielsson et des comparses
surgir le CD tout droit n’est sans doute pas prometteurs à
des flammes de l’enfer. faire injure à Peter leurs débuts
Pascal Rozat Erskine... Si vous discographiques
(Carmell Jones, Bobby
la force des artistes

n’avez pas le coffret


“As It Was”, n’hésitez Hutcherson, Roy Ayers).
pas. Julien Ferté Alfred Sordoillet

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 83


LES CHOCS

Michel Petrucciani Enrico Pieranunzi At Barloyd’s Kenny Wheeler


Dreyfus Jazz Thomas Fonnesbaek 1 coffret 9 CD Jazz & People / Pias Double, Double You
Complete Blue Waltz Live At d’abord l’histoire d’un instrument 1 CD ECM / Universal
NOUVEAUTÉ. Ce coffret est

Recordings Gustav’s d’exception, un Steinway D « remisé RÉÉDITION. Saluons la nouvelle


sans égards au fond d’un hangar, par réédition – qui vous évitera de
1 coffret 12 CD / 3 DVD Dreyfus Jazz 1 CD Stunt Records / UVM un festival périclitant », avant d’être débourser une somme folle pour la
/ BMG NOUVEAUTÉ. Dans la discographie acquis puis patiemment restauré première version CD de 1991 – de
RÉÉDITION. Le vingtième impressionnante du pianiste italien, par Bastien Herbin, accordeur et cet album exceptionnel gravé à
anniversaire de la mort de Michel certains enregistrements sont amoureux des pianos. New York par le plus anglophile
Petrucciani est l’occasion de se incontournables. C’est le cas de ce des trompettistes canadiens en
replonger in extenso dans la dernière “Blue Waltz” saisi sur le vif lors du C’est ensuite dans le salon du pianiste compagnie de quatre musiciens
de ses trois grandes périodes Copenhagen Jazz Festival 2017. Laurent Courthaliac, alias Barloyd, que d’exception, fidèles du label ECM.
discographiques, parfaitement fut installée la bête pour être apprivoisée,
reflétée par ce coffret CD/DVD. Enrico Pieranunzi a toujours entretenu sous le signe du partage et de l’écoute. Quand on pense “Kenny Wheeler” et
une relation privilégiée avec les Neuf figures incontournables des clubs “ECM”, le premier album qui vient à
Passées les années OWL Records, contrebassistes. On se souvient de ses parisiens représentant trois générations l’esprit est évidemment “Knu High”,
celles de la découverte, puis les années disques avec Charlie Haden ou Hein Van (nés entre 1945 et 1987), soit autant 1975, marqué par la présence d’un
Blue Note, celles des rêves américains, de Gein, et de son long compagnonnage de fortes personnalités reliées par certain Keith Jarrett au piano. Mais
vinrent les années Dreyfus Jazz, celles avec Marc Johnson, notamment en un attachement sans nostalgie à la comme Manfred Eicher a eu la bonne
des projets ambitieux (“Marvellous” duo. Pas étonnant alors qu’il trouve une tradition du jazz, ont eu la chance d’être idée d’inclure “Double, Double You” dans
avec Dave Holland, Tony Williams et complicité remarquable avec celui qui est conviées à cette expérience hors du sa collection de rééditions Touchstones,
un quartette à cordes, “Both World” l’un des meilleurs de sa génération et le commun : une journée d’enregistrement nul doute que cet album va enfin
en sextette sur des arrangements de digne héritier d’une école danoise de la chacun pour exprimer à sa façon tout le revenir dans la lumière. À l’époque du
Bob Brookmeyer), des collaborations basse initiée par Niels-Henning Ørsted- potentiel d’un instrument d’exception, 33-tours, la face B était entièrement
avec les Maîtres (Eddy Louiss pour Pedersen. Sait-on si les deux musiciens seuls ou parfois accompagnés d’un occupée par une longue et aventureuse
les deux volumes de “Conférence se connaissent depuis longtemps ? À complice de leur choix. Standards, suite permettant à John Taylor (lyrique
de presse”, Stéphane Grappelli pour notre connaissance, c’est la première originaux et improvisations alternent et lunaire), Wheeler (délicat et comme
“Flamingo”, disque d’or pour ses 100 fois qu’ils enregistrent ensemble), mais pour dessiner autant de nuances de à vif), Dave Holland (toujours aussi
000 exemplaires !), des tournées avec la façon qu’ils ont d’imbriquer leurs toucher que d’expressions intimes du habité), Michael Brecker (en feu) et,
Anthony Jackson et Steve Gadd (le jeux respectifs montre une connivence swing, dessinant un ensemble musical enfin, Jack DeJohnette (en feu aussi) de
fameux “Trio In Tokyo”, sorti après sa musicale saisissante, y compris dans aussi riche que cohérent. Comme pour faire subtil étalage de leurs immenses
mort) et de l’affirmation seul face au les parties les plus virtuoses, comme souligner la singularité de chaque talents respectifs. Sur la face A, dans
piano – cf. le mémorable “Au Théâtre si la magie du live les transcendait. Si univers au-delà de l’instrument et de le post-bop et mélancolique Foxy Trot,
des Champs-Élysées”. Ce coffret contient l’album commence avec le Everything la tradition qui les unissent, chaque CD Wheeler et Brecker signaient encore
aussi les disques et les DVD parus I Love de Cole Porter, on entre dans s’orne de l’un des beaux clichés de Paris deux improvisations mémorables, tandis
dans les années qui suivirent la mort de le vif du sujet avec les compositions à toute heure et en tous lieux, réalisés que dans Ma Bel (en duo), le leader
“Petrou”, et parmi ceux-ci le superbe de Pieranunzi qui signe la majeure par Laurent Castanet. On ne peut que démocratique du jour faisait miroiter la
duo avec NHØP, sans oublier le toujours partie du répertoire. Dès Blue Waltz, remercier Jazz & People et Vincent sonorité exquise de sa trompette sur les
émouvant film de Frank Cassenti Lettre morceau éponyme de l’album qu’il a déjà Bessières – dont le texte de présentation touches d’ivoire et d’ébène du piano de
à Michel Petrucciani. Vingt ans après, on enregistré en solo, on retrouve son sens relate avec élégance la genèse et le Taylor. W.W., enfin, mettait en valeur les
mesure à quel point ce pianiste rayonnait mélodique extraordinaire où la couleur déroulement de cette belle expérience – chants croisés de Wheeler et de Brecker,
de bonheur quand il jouait, quel que soit poétique est rehaussée par un toucher pour cette petite mais grande anthologie souffleurs subtils et virtuoses touchés par
le contexte. Sa musique n’a rien perdu de de piano unique. Quant à la contrebasse du piano jazz contemporain à la la grâce. Julien Ferté
son pouvoir euphorisant. À (re)découvrir de Fonnesbaek, elle rend coup pour française. Vincent Cotro
d’urgence. Julien Ferté coup, caresse pour caresse, et se hisse Kenny Wheeler (tp, bu), Michael
Michel Petrucciani (p, cla) avec d’emblée au niveau de jeu proposé. Franck Amsallem, Pierre de Brecker (ts), John Taylor (p), Dave
entre autres, Flavio Boltro (tp), Les spectateurs de ces deux soirées Bethmann, Vincent Bourgeyx, Holland (p), Jack DeJohnette (dm).
Stefano Di Battista, Kenny Garrett au “Gustav Bistro” de Copenhague se Pierre Christophe, Laurent Coq, New York, Power Station, mai
(as), Eddy Louiss (org), Vincent souviendront sans doute longtemps de Laurent Courthaliac, Alain Jean- 1983.
Courtois (cello), Dave Holland, ces moments de grâce où la musique Marie, Fred Nardin, Manuel
Niels-Henning Ørsted Pedersen, atteint de tels sommets. Rocheman (p), Pierre Boussaguet,
George Mraz (b), Anthony Jackson, Philippe Vincent Samuel Hubert, Clovis Nicolas (b),
Marcus Miller (elb), Tony Williams, Enrico Pieranunzi (p), Thomas Baptiste Herbin, Olivier Zanot (as).
Roy Haynes, Steve Gadd, Lenny Fonnesbaek (b). Copenhague, Paris, chez Barloyd, juin-décembre
White (dm)... 1994-1998. Gustav Bistro, 14 et 15 juillet 2017 2016.

84 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


NOUVEAUTÉS & RÉÉDITIONS

Rymden Terje Rypdal


Reflections & The Chasers
And Odysseys Blue
1 CD Jazzland / Pias 1 CD ECM / Universal
NOUVEAUTÉ. Derrière ce ✪✪✪✪
nom énigmatique se cache RÉÉDITION. Au milieu des
un groupe dont la réputation années 1980, le style Rypdal
des membres n’est plus à était toujours aussi lyrique et
faire. Pour réaliser son rêve expressif que celui dont il avait
d’avoir enfin son propre trio,
Bugge Wesseltoft s’est entouré
de Magnus Öström et Dan
fait sa marque de fabrique
dès le début de la décennie
précédente – réécoutez
40 €
/AN
VIVEZ LE JAZZ EN LIVE !
Berglund, anciens membres par exemple Adagio dans
d’E.S.T. Ils livrent un premier “Odyssey”, ce grand classique
opus à la structure en forme ECM. Mais en 1987, toujours
de voyage spatial, du décollage décidé à bien vivre avec son
explosif de l’introduction (The époque, exit les longues
Odysees) au retour sur la terre suites héritées du Miles Davis
ferme (Homegrown). Que les “électrique” (Rolling Stone,
effets donnent subitement toujours dans “Odyssey”) :
au son des instruments des rendez-vous sur www.parisjazzclub.net
le gitar helten (guitar hero)
proportions cosmiques ou norvégien remettait sa six-
que la musique se fasse cordes au centre des débats
intime et réconfortante, c’est en mode power trio, dans la
un disque qui témoigne de grande tradition des albums
l’expérience de ses membres, de “guitare en chanteuse”
mêlant compositions de Jeff Beck, et préfigurant
soigneusement élaborées même l’avènement des Joe
(The Lugubrious Youth Of Satriani et autres Steve Vai
Lucky Luke) et fulgurantes sur la planète hard-rock.
improvisations. De torrents Ainsi, dans la lignée de “To
d’énergie brute en ballades, Be Continued” (avec Miroslav
et de swing en passages Vitous et Jack DeJohnette)
contemplatifs (Orbiting), les et plus encore dans celle
morceaux font entendre de “Chaser” (ECM, 1985),
mille nuances qui se révèlent “Blue” faisait la part belle aux
au fil des écoutes comme formats courts, proches de
autant de possibilités pour “chansons sans paroles”. Et
de futures explorations, si Rypdal s’épanchait toujours
et devraient constituer à loisir, c’était dans un cadre
de formidables pistes de plus strict, porté par les
lancement en concert. Le grooves funk-rock subtils et
disque est d’ailleurs dominé puissants du duo Kjellemyr /
par un côté live prononcé, Kleive. Rypdal ajoutait même,
de l’enchaînement des de ci de là, de jolies couleurs
morceaux jusqu’au travail de synthétiques so eighties à
mixage. Varié mais jamais sa musique (“Blue” est daté,
fouillis pour autant, “Reflections mais dans le bon sens du
and Odyssees” démontre la terme). Avec “Chaser” et “The
cohésion sonore et le son de Singles Collection”, “Blue”
groupe que Wesseltoft, Öström forme une trilogie insécable
et Berglund sont parvenus à dont on ne se lasse pas.
obtenir. Comme d’un voyage Julien Ferté
imaginaire dans les étoiles, Terje Rypdal (elg), Bjorn
on ressort de ce disque avec Kjellemyr (elb, b), Audun
l’envie de monter à nouveau Kleive (dm). Oslo, Rainbow
dans cette fusée scandinave, Studio, novembre 1986.
vers de nouveaux horizons.
Yazid Kouloughli
Bugge Wesseltoft (p, elp,
elec) Dan Berglund (b, elec)
Magnus Öström (dm, perc).

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 85


NOUVEAUTÉS & RÉÉDITIONS

Walter Smith III Philippe Soirat David Torn Ralph Towner Chucho Valdés
In Common Limes And Spaces Cloud About Mercury Gary Burton Jazz Batá 2
1 CD Whirlwind / Socadisc 1 CD Paris Jazz Underground / 1 CD ECM / Universal Matchbook Mack Avenue / Pias
✪✪✪✪ Socadisc ✪✪✪✪ 1 CD ECM / Universal
NOUVEAUTÉ. Le premier ✪✪✪✪
NOUVEAUTÉ. “Rafraichissant” album publié, en 2015, sous RÉÉDITION. David Torn ✪✪✪✪ NOUVEAUTÉ. En 1972 sur
est le qualificatif qui s’impose le nom du batteur, “You Know accompagné par Tony Levin RÉÉDITION. Oslo, novembre “Jazz Batá”, Chucho Valdés
dès les premières notes de I Care”, portait le nom d’une et Bill Bruford, la rythmique 1972 : Gary Burton enregistre – après l’expérience sans
cet album. La narration, ainsi composition de Duke Pearson. celle de King Crimson ?! en duo avec Chick Corea le suite de son père Bebo Valdés
que la douceur du son et des Cette fois, c’est un morceau ECM, le label de tous les légendaire “Crystal Silence”, en 1952 – tenta d’extraire
compositions sont en effet ici de Joe Lovano qui sert de titre possibles... Torn, d’aucuns qui marque le début d’une de son contexte religieux le
une priorité évidente, le tout générique à un album tout le connaissaient grâce à sa longue collaboration entre le tambour sacré batá associé à
assorti d’un jeu – collectif à fait digne du précédent : participation à l’Everyman vibraphoniste et le pianiste la musique Yoruba. La création
et individuel – d’une grande même quartette, mêmes Band (deux disques sur ECM, (“Crystal Silence” fera l’année suivante d’Irakere et
économie : peu de notes, mais qualités déjà unanimement et quelques-uns en tant que d’ailleurs partie de la seconde le succès de cette formation
un lyrisme réel, quoique tout louées. A savoir, d’abord, le backing band du grand jazzfan livraison de rééditions de allait entraîner une mise de
en retenue, notamment chez talent d’un leader qui n’a Lou Reed, mais sans Torn). la collection Touchstones). côté du projet. 2018 : le
le très en vue Walter Smith III, d’égal que sa discrétion Bien peu, sans doute, avaient Deux ans plus tard, c’est pianiste revient à sa vieille
dont le timbre de saxophone (s’il a joué avec nombre écouté son premier 33-tours avec Ralph Towner, qui avait idée. Si le format (piano,
ténor délicat et voilé nous de musiciens, et des plus solo, l’aride “Best Laid Plans”. déjà enregistré deux disques contrebasse et percussions)
porte tout au long du disque. grands, il a rarement occupé Mais la présence de Levin pour ECM, que Burton ainsi que l’intention sont
On y découvre Matthew le devant de la scène) et sa et de Bruford, rock stars de grave neuf pièces en duo. identiques, Chucho Valdés,
Stevens ainsi que Joel Ross, faculté d’adaptation à des culture jazz, a braqué les La magie du duo Burton/ bien que fidèle à lui-même,
musiciens dont la sagesse contextes fort divers sans spotlights sur “Cloud About Corea n’est peut-être pas est cependant tout à la
musicale rappelle volontiers qu’en soient jamais altérés Mercury”. Tant mieux, car cet toujours au rendez-vous, fois un autre. Sa culture
celle d’un John Abercrombie son swing et l’efficacité album a très bien passé le mais “Matchbook” peut tout pianistique est bien plus
concernant le premier de son soutien rythmique. cap des ans. En 1987, Torn, de même considéré comme importante et ses expériences
et d’un Dave Friedman L’enthousiasme, ensuite, 34 ans, était déjà un soliste l’un des meilleurs disques extra-cubaines plus riches.
concernant le second. manifesté par un quartette hors norme. À ses envolées de Towner pour le label de Le résultat s’apparente en
Harish Raghavan se signale dont chacun des membres en single notes hantées par Manfred Eicher. Ce guitariste conséquence à une œuvre
lui aussi par un jeu très s’investit dans des reprises le fantôme de Jimi Hendrix acoustique exceptionnel dont polymorphe, extrêmement
sobre, fait de ponctuations allègres de thèmes tels que répondaient de singulières le jeu à la douze cordes, riche, la plage d’ouverture
légères et redoublées. Countdown de John Coltrane textures sonores, et ses unique (phrasé, toucher, tout s’apparentant par exemple
Notons, enfin, les 37 minutes ou Second Genesis de Wayne phrases savamment étirées force l’admiration) est aussi à un poème symphonique
du disque, judicieuses si Shorter, voisinant avec des et vrillées étaient idéalement un compositeur inspiré. Deux (évoquant les immenses
elles relèvent d’un choix. compositions signées David doublées ou échoïsées par standards sont certes joliment plages d’un Villa-Lobos,
Un format raisonnable qui Prez ou Vincent Bourgeyx, la trompette (ou le bugle) de revisités (Some Other Time et bien que dans un genre tout
préserve le plaisir, et tranche par ailleurs improvisateurs Mark Isham. Et puis, bien sûr, Goodbye Pork Pie Hat), mais différent). Dans son approche
par rapport à nombre de inspirés. La complicité qui unit la sonorité unique de Levin à les meilleurs moments du du piano, Valdés penche vers
productions actuelles parfois le batteur au contrebassiste la basse (ou sur son fameux disques portent son sceau la percussion, y compris pour
prétentieuses. Yoni Zelnik, encore renforcée Chapman Stick), combinée (Burton ne signe qu’un titre) : aller jusqu’à certains effets
Eric Quenot au fil du temps, assure à ces aux grooves futuristes de en 2019, on souhaite à proches du free ceciltaylorien.
derniers une assise sans faille. Bruford (proches de ceux tou(te)s les jeunes Ailleurs (100 Años de Bebo), il
Walter Smith III (ts), qu’il distillait à la même
Matthew Stevens (elg), Joel Si bien que le projet initial musicien(ne)s de composer joue alla Bach, tendance salon
porté par Philippe Soirat – époque au sein de son groupe des mélodies aussi du XIXe siècle. Recourant à
Ross (vib), Harish Raghavan Earthworks) complétaient
(b), Marcus Gilmore (dm). reconfigurer, notamment sur délectables que Drifting des tournures rythmiques
le plan rythmique, quelques une fresque électr(on)ique Petals, Song For A Friend, caractéristiques de la culture
Rhinebeck, NY, Clubhouse, haute en couleurs. Vingt ans
décembre 2017. standards du jazz moderne – Aurora et le morceau-titre. cubaine sans que jamais la
prend ici toute son envergure. et moult aventures plus tard Comme on s’en doute, musique ne verse dans les
Chacun y apporte en toute (avec Terry Bozzio, Vernon les vertus intimistes et clichés “typiques”, il remporte
liberté sa touche personnelle, Reid ou David Bowie), Torn chambristes de ce duo “tout brillamment son pari.
contribuant à renouveler fit son comeback sur ECM acoustique” sont parfaitement Ludovic Florin
quasiment de fond en comble en compagnie de Tim Berne, mises en valeur par la prise
Craig Taborn et Tom Rainey. Chucho Valdés (p), Yelsi
un matériau que l’on eût pu de son “maison”, ECM
Mais c’était une autre Heredia (b), Dreiser
croire figé et qui se retrouve oblige. Épilogue : en mai
histoire... Julien Ferté Durruthy Bombalé (batás,
ici repeint aux couleurs les 1985, Burton et Towner se
voc), Yaroldy Abreu Robles
plus pimpantes. David Torn (elg), Mark retrouvèrent au même endroit
(perc) + Regina Carter (vln).
Jacques Aboucaya Isham (tp, bu, cla), Tony pour graver un acte 2 aussi
South Orange (NJ), Alleycat
Levin (elb), Bill Bruford réussi que le premier, “Slide
Studio, 2018.
David Prez (ts), Vincent (dm). Londres, Audio Show”. Noadya Arnoux
Bourgeyx (p), Yoni Zelnik International, mars 1986. Ralph Towner (g), Gary
(b), Philippe Soirat (dm).
Burton (vib). Ludwigsburg,
Villetaneuse, studio
Studio Bauer, 26 et
Midilive, 6 et 7 février 2018.
27 juillet 1974.

86 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


VEN 15 FÉV | 20H30_14€ | 10€ | 8€ LUN 18 FÉV | 20H30_14€ | 10€ | 8€
LÉTÉ, AVICE,GOUBAND KEPLER
OSTRAKINDA CRÉATION Lenteur. Mélodie. Retenue.
Kepler est un trio épuré qui invite
Nouveau trio d’Olivier Lété entre
à une écoute différente.
les œuvres de John Cage et les

David S. Ware Hal Willner


mélodies minimales de Dead Man.
+ ANTICHAMBER
The Balance (Vision Amarcord Nino Rota + LE BANQUET invite MUSIC - THE BRIDGE
Festival XV) 1 CD Corbett vs. Dempsey / NICOLAS JULES #10 CRÉATION
Orkhêstra Gourmandise des sons. Soif Un quartet inspiré par les poèmes
1 CD AUM Fidelity / Orkhêstra
✪✪✪✪ ✪✪✪✪ des genres. Le Banquet vous convie de jeunesse de James Joyce.
à sa table pour une douce orgie Une entière liberté de la forme
NOUVEAUTÉ. Chaque RÉÉDITION. De ce premier acoustique... une subtile décadence. et du fond.
automne, depuis 2015, le “hommage-concept”
label indépendant new-yorkais d’Hal Willner sous-titré
AUM Fidelity commémore la “Interpretations Of Nino Rota’s
naissance du bouillonnant Music From Films Of Federico
David S. Ware, en publiant, Fellini”, il n’existait que de
en tirage limité, une archive rares éditions CD. Aussi se 36E FESTIVAL BANLIEUES BLEUES DU 22 MARS AU 19 AVRIL 2019
inédite. La dernière livraison réjouit-on de retrouver la
de ces DSW-ARC est, comme suite de 11’39 inspirée à
Carla Bley et son orchestre PASS DYNAMO DYNAMO I ABONNEZ-VOUS !
la précédente, composée
d’enregistrements du trio par les thèmes de 81/2 , 4 CONCERTS POUR 20 € OU 24 €
aussi sulfureux qu’éphémère à laquelle on fut tenté de 20€ : - de 18 ans, étudiants, demandeurs d’emploi, RSA I 24€ : TP & TR1
(dix mois d’existence) avec réduire l’album à l’époque.
son éternel complice William Pouvait-on imaginer plus
Parker et le foisonnant batteur adéquate relecture musicale banlieuesbleues.org
coloriste Warren Smith. du chef d’œuvre de Fellini- 01 49 22 10 10

Ce nouvel album présente Rota ? Elle était précédée de


l’intégralité d’un fabuleux longues variations solo sur
concert donné en 2010 dans Amarcord par Jaki Byard,
le cadre du mythique Vision toujours visionnaire sous ses
Festival. Le trio s’y présente dehors de gardien du temple,
comme une formidable et d’un solo acoustique de Bill
centrale d’énergie gérée selon Frisell avec fond de guitares
électriques sur Juliette des 1509_LADYNAMO_19_JAZZMAG_92x126_FEV19.indd 1 18/01/2019
les principes de la démocratie
participative et instantanée. Esprits. Ces trois plages
Au cours de cette longue suite judicieusement entrecoupées
en trois parties, David S. Ware, de transitions du vibraphoniste
soutenu par la contrebasse David Samuels sur Juliette
terrienne de William Parker et La Dolce Vita faisaient de
la face A du vinyle un petit
et constamment relancé par
les grondements provoqués chef-d’œuvre en soit qui
vaut ses 4 étoiles à cette
Jazz Café Montparnasse
par Warren Smith, improvise
au ténor de longues phrases belle réédition sous pochette Paris 14ème
turbulentes et déchirées, cartonnée à double battant au
faisant preuve d’une
virtuosité stupéfiante dans
format CD. Les arrangements
de David Amram, de William 12 mars
des séquences en souffle Fischer (avec les jeunes
frères Marsalis heureusement 21h (entrée libre)
continu. En guise de bouquet
final sont ajoutés quatre bousculés par George Adams)
titres enregistrés en studio et de Muhal Richard Abrams
lors de la séance «Onecept». – avec notamment Claudio
Ware y joue avec fougue d’un Roditi (tp), Henry Threadgill
saxello sinueux accompagné (fl) et Jay Hoggard (vib) –
faisaient tirer en longueur une
artwork T ibowankenobi

par un tissage sombre de


contrebasse en pizzicato ou face B sauvée par un solo
à l’archet avec des timbales de Steve Lacy sur Roma et
graves. Cet album richement la coda de Jaki Byard sur La
illustré complète un chapitre Strada. Le producteur Hall
important de la carrière de Willner se montrerait plus
ce géant du saxophone libre. constant dans ses hommages
Paul Jaillet suivants à Thelonious Monk,
Kurt Weill et Charles Mingus.
David S. Ware (ts, saxello), Franck Bergerot
William Parker (b),
Warren Smith (dm, perc). Personnels détaillés sur la
Manhattan, Vision Festival, pochette.
27 juin 2010 Brooklyn,
Systems Two Studios,
w w w. t h e y e l l b o w s . c o m
2 décembre 2009.

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 87


les concerts
>>> FESTIVALS • CLUBS • CONCERTS • RADIO • INTERNET • TÉLÉVISION

Agenda réalisé par Jonathan Glusman

LES FESTIVALS >>>


ALTITUDE JAZZ FESTIVAL,
Briançon & environs, jusqu’au 2
février (altitudejazz.com)
Le 1er Trio Miral, Group
Listening, Laurent Coulondre
“Gravity Zero”
Le 2 Mental Climbers, Anne
Paceo “Bright Shadows”
(Florent Mateo / Ann Shirley
/ Chritophe Panzani / Pierre
Perchaud / Gauthier Toux),
Passion Coco

DU BLEU EN HIVER, Tulle &


Brive-la-Gaillarde, jusqu’au 2
février (dubleuenhiver.fr)
Le 1er Roberto Negro / Marcel
Balboné, Three Days Of Forest
(Angela Flahaut / Séverine

PHOTO : ALEXANDRE LACOMBE


Morfin / Florian Satche), Eve
Risser White Desert Orchestra
Le 2 Sofiane Saidi / Stéphane
Cézard, Roberto Negro /
Valentin Ceccaldi, Chromb!,
Sofiane Saidi & Mazalda

JAZZ EN VILLE, Saint-Maur-


des-Fossés, jusqu’au 3 février
(lhappyjazz.com)
Le 1er A Night In New-Orleans
Le 2 Gilles Portier 4tet, Eternal
Duke, Florin Niculescu 4tet
Le 3 Pacific Four, Jazz 'n
Sprituals, Panama Swing
Orchestra
Weare4
LES HIVERNALES DU JAZZ,
Weare4 est un nouveau quartette de passe-murailles
Vannes & environs, jusqu’au
3 février (leshivernalesdujazz.
entre jazz et hip-hop grâce à un dynamique dispositif
com) d’interaction entre le chanteur et beatboxer Sly Johnson,
Le 1er Na au pays de Zzazzan,
Fred Pallen “Cartoons”, Festen le claviériste Laurent de Wilde, le bassiste Fifi Chayeb et
(Damien Fleau / Maxime Fleau /
Jean Kapsa / Oliver Degabriele) le batteur André Ceccarelli. À découvrir le 16 février
Le 2 Étienne Mbappé And
The Prophets (Nicholas Vella
à l’Atalante de Mitry-Mory.
/ Clément Janinet / Arno
de Casanove / Blathazar
Tout cela n’empêche nullement Laurent de Wilde de
Naturel / Anthony Jambon / continuer à défendre son New Monk Trio le 8 à Alès,
Nicolas Viccaro) + Orchestre
symphonique, Natascha Rogers le 9 à Pau, le 10 à Tarbes, le 28 à Tourcoing où la veille,
/ Anthony Jambon
Le 3 Hyleen il aura donné une conférence sur... Thelonious Monk,
ce grand futuriste du dance floor.
>>>

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 89


LES FESTIVALS PARIS >>> Jam sessions
LES JAZZERIES chante Un poète à New VENDREDI 1ER Humair, Roman Maresz Trio Dimanche
D'HIVER, Saint-Étienne, York de Federico Garcia 38 Riv Jérémie Henan Trio Café Laurent Cynthia Bab-Ilo à 18h30, brésilien avec Sorriso et ses
du 1er au 15 février Lorca, Danyèl Waro 6tet Bal Blomet Frederik Steen amis.
Abraham / Leila Oliveisi Baiser Salé à 21h30 avec Place aux jeunes
(gagajazz.com) Le 22 Eve Risser Red Brink 5tet avec César Poirier Caveau de la Huchette
Le 1er Chut Oscar Desert Orchestra, avec Philippe Maniez et Bastien Brison (le 3),
Café de la Danse Manu Swing Society Vincent Tortiller (les 10 et 17), Caloé (le 24).
Le 8 Ciné-concert avec Steve Coleman “Natal Katché CNSM Festival de la classe Sunside 20h Jam blues avec Big Dez “Tribute
Joel Forrester Eclipse”(Roman Filiu / Café Laurent Christian de jazz Fin de masterclass To The Chicago Blues Women” le 3, “EdyVoice”
Le 9 Eric Seva Body And Mike McGinnis / Jonathan Brenner / Dominique avec John Patitucci avec Laurence Saltiel le 10, jam vocale avec
Soul 6tet Finlayson / Sylvaine Lemerle / Pier Paolo Pozzi Duc des Lombards Antoine Cecil L. Recchia le 24.
Le 10 Cinéma: Eric Hélary / Henry Wang Caveau de la Huchette Pierre “Urbex”
Clapton, Life In 12 Bars / Matt Mitchell / Gerg Blues de Paris Jazz Café Montparnasse Lundi
Le 13 Big Band de Saint- Chudzik) Baiser salé à 21h30 avec François Constantin
Duc des Lombards Daniel Aurore Voilqué 7tet et invités (jam de tous les jazz),
Etienne Le 23 Nasheet Waits Humair Trio New Morning Citrus Sun /
Le 15 Charlier / Sourisse Sunside à 21h Vandojam de Michael Chéret
“Children Of The Star” Jazz Café Montparnasse Bluey Of Incognito “Hommage à Herbie Hancock” le 4, Fabien Mary
/ Winsberg avec Ambrose Akinmusire Bungalow Sisters Sunset Hugo Corbin 4tet “Hommage à Clark Terry” le 11, Hugo Lippi
& Miles Okazaki, Fred New Morning Cory Henry avec Adrien Sanchez “Hommage à Wes Montgomery” le 18, Laurent
SONS D’HIVER, Val- Wesley & The New JB’s Trio Sunside Pierre-Yves Plat, Courthaliac “Hommage à Bud Powell” le 25
de-Marne, du 1er au 23 Pan Piper Thierry Maillard Adrien Brandeis 5tet Caveau de La Huchette Blues & Swing Monday
février (01 46 87 31 31, AU FIL DES VOIX, Paris Big Band avec Big Dez les 4, 18 et 25.
sonsdhiver.org) du 4 au 16 février (01 40 Sunset Clovis Nicolas 4tet JEUDI 7
Le 1er Heroes Are Gang 20 40 25, aufildesvoix. Mercredi
avec Dmitry Baevsky Baiser Salé Sylvain Beuf Disquaires à 20h Jay Golden’s Jam School avec
Leaders “Tribute To Amiri com) Sunside Belmondo 5tet / Alain Jean-Marie, Mario François Faure
Baraka” avec James Musiques du monde, avec Eric Legnini Canonge & Michel Zenino
Brandon Lewis, Ambrose notamment le 5, le 8 à invitent Lionel Suarez & Les bœufs de la Cave du 38 Riv’. Le lundi,
Akinmusire “Origami l’Alhambra, le 9 et le 12 SAMEDI 2 Adriano Tenorio mardi (funk) et le jeudi, plus le 1er mercredi du
Harvest” (Kool A.D. / Sam au Studio de l’Ermitage, 38 Riv Joachim Govin Bal Blomet Les 1001 Nuits mois à 20h15. Le vendredi et samedi à 23h15.
Harris / Justin Brown) + le 13 au Bal Blomet, le Baiser Salé Velvet Club du Jazz “De Frank Zappa à
Mivos Quartet 16 au Trianon. Voir la Café de la Danse Robyn Herbie Hancock” par Raphaël
Le 2 Shabazz Palaces, rubrique Paris. Bennett Imbert avec (Johan Farjot Blaise Chevallier / Jean-Yves New Morning Reggie
Dälek Café Laurent Fabien Mary / Benoît Sourisse / André Roucan Washington New Vintage
Le 3 Fidel Fourneyron JAZZ À L’ÉTAGE, Rennes / Christian Brenner / Gilles Charlier) Caveau de la Huchette Acoustic (Fabrice Alleman
“¿Que Vola?” métropole & Saint-Malo, Naturel / Pier Paolo Pozzi Café Laurent Christian Swing Society / Bobby Sparks / E.J.
Le 5 Eve Risser / du 9 février au 9 mars Caveau de la Huchette Brenner / Jean-Pierre Duc des Lombards Steeve Strickland)
Benjamin Duboc / Edward (jazzaletage.com) Bungalows Sisters Rebillard / Paul Bivalski Laffont Trio / Costel Nitescu Studio de l’Ermitage Pujuila
Perraud, Evan Parker / Le 9 Yutaka Shiina 5tet Duc des Lombards Pablo Caveau de la Huchette Jazz Café Montparnasse 4tet, Romain Descharmes /
Tyshawn Sorey (Pierrick Pedron / Max Campos Swing Society Diamant Noir Florent Pujuila
Le 6 Lucie Antunes, Ionata / Thomas Bramerie Jazz Café Montparnasse Duc des Lombards Pierrick La Petite Halle Papatef Aka Sunset Monica Pereira 7tet
Fantasia Nel Dessert, / Junji Hirose) Angéline Annonier 5et Pedron 5tet Cyril Atef Sunside Antony Soler 4tet
Coax (Antoine Viard Le 16 Paul Lay Trio Radio France Riccardo Del Jazz Café Montparnasse Pan Piper Jean-Loup
/ Julien Desprez / (Isabel Sörling / Simon Fra 5tet (Tomasz Dabrowsk Vanina De Franco Longnon Big Band MERCREDI 13
Yann Joussein) / Peter Tailleu) / Jan Prax / Carl-Henri New Morning Hailey Tuck Studio de l’Ermitage 38 Riv Le Julien
Brötzmann Le 23 Bijan Chemirani Morisset / Nicolas Fox) / Sunset Tactus 5tet Charkha Francomano
Le 7 Tyshawn Sorey Trio Le 27 Gaël Horellou Kurt Rosenwinkel, Stéphane Sunside Stéphane Tsapis Sunset Sonia Cat-Berro Baiser Salé Mario Canonge
(Cory Smythe / Chris Workshop Kerecki “French Touch” Trio & invités, Gianluca 5tet / Michel Zenino, Rick
Tordini), Sylvie Courvoisier (Emile Parisien / Jozef Renzi / Mike Lee / Lawrence Sunside At Barloyd’s Margitza 4tet
& Mark Feldman “Play Dumoulin / Fabrice Moreau) Leathers avec Alain Jean-Marie, Bal Blomet Elina Duni
John Zorn” Sunset Stellere & Friends, Trois Baudets Matthis Fred Nardin, Laurent Coq, Café Laurent Cynthia
Le 8 Irreversible Robby Marshall 4tet Pascaud Square One Manuel Rocheman, Laurent Abraham / Clelya Abraham
Entanglements, Marc Sunside voir au 1er Courthaliac Caveau de la Huchette Eiji
Ribot “Songs Of VENDREDI 8 Hanaoka
Resistance” 4tet DIMANCHE 3 38 Riv Marianne Solivan 4tet DIMANCHE 10 Jazz Café Montparnasse
Le 9 The Ex “Ethiopian Caveau de la Huchette Baiser Salé Mario Canonge Baiser Salé Philippe Maniez Vladimir Medail Scarlet
Night” Bungalows Sisters & Michel Zenino invitent / Bastien Brison Swing Band
Le 12 Das Kapital (Hasse Sunset Jazz & Goûter fête Franck Nicolas / Owee Omicil Caveau de la Huchette New Morning Viken Arman
Poulsen / Daniel Erdman Charles Trenet & Georges / Jean-Claude Montredon Vitality Five Sunset Kirk Joseph 5tet
/ Edward Perraud), Michel Brassens avec Matthieu Boré Bal Blomet Soirée Jazz Sunset Jazz & Goûter fête Sunside Benjamin De
Portal / Joachim Kühn Magazine “No More Blues” les comptines avec Pierre- Roubaix
Le 13 “Rise Up !!” LUNDI 4 avec une 20taine d’invités Yves Plat
(Praline Gay-Para / Café Laurent Isabelle Café Laurent Christian JEUDI 14
Christiane Ildevert) Carpentier / Pierre Brenner / Jean-Pierre LUNDI 11 Baiser Salé Ludovic de
Le 14 “Attica Usa 1971” Christophe Rebillard / Jean-Yves Roucan Baiser Salé Matthieu Preissac “Kaminhar” Trio /
Le 15 Julien Desprez & Duc des Lombards Caveau de la Huchette Barjolin Organ 4tet Sylvain Bellgarde
Rob Mazurek Ensemble Christophe Panzani Thiefs Swing Society Café Laurent Christelle Café Laurent Christian
(Isabel Sörling / Susanna Duc des Lombards Voir au 7 Pereira / Joël Bouquet Brenner / Blaise Chevallier
Santos Silva / Lotte Anker MARDI 5 Jazz Café Montparnasse Caveau de la Huchette Caveau de la Huchette
/ Mette Rasmussen / Alhambra Jairo (Baptiste Hawa Sow & The Soul Vitality Five Patricia Bonner
Ingebrigt Haker Flaten / Trotignon / Carlos El Tero / Seeders CRR Ateliers jazz de Joe Jazz Café Montparnasse
Gerald Cleaver / Mauricio Minino Garay) La Cigale Jacob Collier Quitzke et Yvan Robilliard Faby Medina
Takara), Anthony Braxton Baiser Salé Clélya Abraham New Morning Gyedu Blay PSPBB Band New Morning Funk And
Zim Music (Jean Cook / 4tet, Lown 4tet Ambolley & His Sekondi Théâtre Alliance Française The City
Ingrid Laubrock / Carl- Café Laurent Franck Band Frantz Loriot / Christian Sunside Clémence
Ludwig Hübsch / Miram Amsallem / Viktor Nyberg Pan Piper Sarah Lancman & Wolfarth, Géraldine Keller / de Tournemire / Arnaud
Overlach / Jacqueline Caveau de la Huchette Giovanni Mirabassi Dominique Pifarély Fournier, Sara Lazarus / Alain
Kerrod) Wendy Lee Taylor / Philippe Sunset Urban Groove Unit Jean-Marie Trio
Le 16 Anthony Braxton, Petit Trio Sunside At Barloyd’s avec MARDI 12
Dave Douglas “Uplift” (Jon CNSM Festival de la classe Pierre De Bethmann, Franck Baiser Salé Dayna Kurtz VENDREDI 15
Irabagon / Mary Halvoson de jazz Amsallem, Vincent Bourgeyx, & Robert Mache, Balthazar 38 Riv Karim Blal Trio
/Rafiq Bhatai / Bill Laswell Disquaires Ishkero Pierre Christophe, Laurent Naturel 5tet Baiser Salé Ludovic de
/ Ian Chang) Jazz Café Montparnasse Courthaliac Bal Blomet Artho Duo (Julie Preissac 4tet / Francesco
Le 19 Serge Teyssot-Gay Ecca Garnier / Marc Anthony), Bearzatti
/ Khaled Aljaramani, Sunset Charles Turner 4tet SAMEDI 9 Laurent Cavalié Bal Blomet Chicuelo
Maâlem Mokhtar Gania / Sunside Louise Woolley 38 Riv Red Dolphin Café Laurent Sylvain Café Laurent Christian
Jamie Saft / Hamid Drake 5tet, François Bernat 4tet Baiser Salé Mario Canonge Bellegarde / Ludovic De Brenner / Laurent Fradelizi /
/ Adam Rudolph avec Fred Borey & Michel Zenino invitent Preissac Olivier Robin
Le 20 Naïssam Jalal / Cynthia Abraham / Allen Caveau de la Huchette Eiji Caveau de la Huchette
Ahmed El Attar, Nicole MERCREDI 6 Hoist / Tilo Bertholo (set Hanaoka Marie Laure Celisse & The
Mitchell’s Black Earth 38 Riv Hélène Makki 4tet de 19h) et Naïssam Jalal / Disquaires Liv Monaghan Frenchy’s
Ensemble Alhmbra Fanfaraï Big Band Nguyên Lê (set de 21h30) Jazz Café Montparnasse Duc des Lombards Olivier
Le 21 Beñat Achiary Baiser Salé Mario Canonge Café Laurent Chester Freddy Miller & Cédric Hutman – Steve Williams
/ Michel Zenino / Daniel Harlan / Christian Brenner / Christophe 4tet avec Olivier Témime

90 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


ÎLE-DE-FRANCE
(hommage à Clifford Caveau de la Huchette Priscilia Valdazo AUVERS-SUR-OISE, Le 8 The Allergies BOUSSY-SAINT-ANTOINE,
Jordan) Olivier Franc Maison de l'île (01 34 48 00 Le 9 Setenta Salle Gérard Philipe (ville-
Jazz Café Montparnasse Montparnasse Jérôme LUNDI 25 10, auversjazz.com) Le 15 Stéphane Castry boussy.fr)
Adrien Moignard 4tet Laborde Swing Bones / Baiser Salé Alexis Le 16 Mario Canonge Trio Le 16 Manu Guerrero 5tet Le 9 Daniel Zimmerman 4tet
avec Aurore Voilqué Robinson Khoury Valet Trio Le 21 Tango Jazz Quartet (Pierre Durand / Mathias
Studio de l'Ermitage New Morning Banda Café Laurent Leslie BAGNEUX, Maison de la Allamane / Julien Charlet)
Pierre De Bethmann Black Rio Lewis / Gérard Hagen Musique et de la Danse (01 BOULOGNE-BILLANCOURT,
Medium Ensemble Studio de l’Ermitage Caveau de la Huchette 71 10 71 90, bagneux92.fr) La Seine Musicale (01 74 34 CHEVILLY-LARUE, Maison
Sunset Pierre Marcus Yonathan Avishai Trio Big Dez Le 10 Naïssam Jalal 4tet 54 00, laseinemusicale.com) Léo Ferré (ville-chevilly-
4tet avec Baptiste Herbin Sunset Duo New Morning Tommy (Claude Tchamitchian / Le 1er Lisa Simone 4tet larue.fr)
Sunside Jean-Michel Impressioniste Castro & The Painkillers Leonardo Montana / Hamid Le 9 Hommage à Michel Le 22 Philippe Chagne 5tet
Davis 5tet Sunside Speleo 4tet, Philharmonie Brad Drake) Petrucciani avec Flavio
Auxane Trio Mehldau & Ian Bostridge Boltro, Géraldine Laurent, CLICHY, Théâtre Rutebeuf
SAMEDI 16 BEYNES, La Barbacane (09 Joe Lovano, Jacky Terrasson, (01 47 15 98 50, ville-clichy.
38 Riv Fred Perreard Trio JEUDI 21 MARDI 26 78 03 82 13, labarbacane.fr) Franck Avitabile, Laurent fr)
Café Laurent Deborah Baiser Salé Sylvain Beuf Café Laurent Anne Le 1er Yves Rousseau Coulondre, Philippe Le 8 Sarah McKenzie
Tanguy / Christian / Damien Argentieri / Carleton / Ludovic De Fragments 7tet (Jean-Louis Petruciani, Lenny White, Aldo Le 9 Éric Legnini
Brenner / Gilles Naturel / Fabrice Moreau Preissac Pommier / Géraldine Laurent Romano… Le 10 Matthis Pascaud
Olivier Robin Bal Blomet Les 1001 Caveau de la Huchette / Thomas Savy / Etienne Le 15 André Manoukian / Square One (Christophe
Caveau de la Huchette Nuits du jazz autour de Malo Mazzurié invite Lars Manchon / Csaba Palotaï Jean-François Zygel Panzani / Tony Paeleman /
Marie Laure Celisse & Nina Simone par Raphaël Franck / Vincent Tortiller / Yves Le 21 Natalie Dessay et le Ouriel Ellert / Karl Jannuska)
The Frenchy’s Imbert (avec Célia Kemani Disquaires Joachim Rousseau) Big Band de Fred Manoukian
Duc des Lombards Voir / Johan Farjot) Machado CONFLANS-SAINTE-
au 15 Café Laurent Christian Duc des Lombards BOULOGNE-BILLANCOURT, BOULOGNE-BILLANCOURT, HONORINE, Conservatoire
Jazz Café Montparnasse Brenner / Jean-Pierre Geoffrey Keezer Trio / Le Nubia (09 62 52 35 34, Carré Belle-Feuille (01 55 18 de Musique George
Ellen Birath & The Rebillard Gillian Margot clubnubia.com) 54 00, boulognebillancourt. Gershwin (01 39 19 88 98,
Shadow Cats Caveau de la Huchette Jazz Café Montparnasse Le 2 The MAP (Musial com) conflans-sainte-honorine.fr)
Sunset Romain Olivier Franc Adrien Brandeis Anthropological Power Le 8 Lou Tavano / Alexey Le 16 Daniel Zimmermann
Vuillemin 4tet Duc des Lombards New Morning Le 3 Salsa Dura Project Asantcheeff, Renaud Garcia- 4tet (Pierre Durand / Mathias
Sunside Anna Torres House Of Waters Jacques Schwarz-Bart Le 6 Ivan Paduart / Patrick Fons, Renaud Garcia-Fons Allamane / Julien Charlet)
4tet, Adrien Chicot Trio Jazz Café Montparnasse 4tet (Gregory Privat Deltenre Trio (Stéphan Caracci / David
Trianon Nubiyan, Arat Chris Rime Africain Blues / Stéphane Kerecki / Le 7 Laura Buenrostro 4tet Venitucci)
Kilo / Mmani avec Mike Project Arnaud Dolmen)
Ladd La Petite Halle Bill Sunside Masaé
Laurance Gimbayashi, Michel
DIMANCHE 17 Studio de l’Ermitage Fernandez 4tet
Baiser Salé Vincent
Tortiller
Caveau de la Huchette
Stéphane Roger
Tullia Morand Orchestr
Sunside Dominique
and the Guys
Sunset Virginie Capizzi
MERCREDI 27
Baiser Salé Mario
Canonge / Michel Zenino
Paris, les adresses
Megaswing 4tet 4tet Bal Blomet Basstet 38 RIV’ CAVEAU DES NEW MORNING
Sunset Jazz & Goûter Café Laurent Isabelle 38, rue de Rivoli (4e) OUBLIETTES 7, rue des Petites Ecuries
fête Billie Holiday avec VENDREDI 22 Carpentier / Christian 01 48 87 56 30 52, rue Galande (5e) (10e)
Leila Olivesi Café Laurent Christian Brenner / Jean-Pierre 38riv.com 01 46 34 23 09 01 45 23 51 41
Sunside Hommage à Brenner / Blaise Rebillard caveaudesoubliettes.com newmorning.com
John Coltrane présenté Chevallier / Jean- Caveau de la Huchette L’ALHAMBRA
par Lionel Eskenazi avec Christophe Noël Malo Mazurié invite Lars 21, rue Yves Toudic (10e) LE CENTQUATRE PAN PIPER
Jacques Vidal Trio et Eric Caveau de la Huchette Franck 01 40 20 40 25 5, rue Curial (19e) 2-4, impasse Lamier (11e)
Barret alhambra-paris.com 01 53 35 50 00 01 40 09 41 30
Gerard Saurel Swing Duc des Lombards 104.fr pan-piper.com
Band Geoffrey Keezer Trio BAB ILO
LUNDI 18 Centre Wallonie- Jazz Café Montparnasse 9, rue du baigneur (18e) CENTRE WALLONIE- PETITE HALLE
Baiser Salé François Bruxelles Toine Thys Marko Balland avec 01 42 23 99 19 BRUXELLES Parc de La Villette
Constantin Trio (Hervé Samb / Karl Bassam Bellman babilo.lautre.net 127-129, rue Saint-Martin 09 82 25 91 81
Café Laurent Larry Jannuska) + Sam Yahel Sunset Quartetto (4e) lapetitehalle.com
Browne / Ludovic De Jazz Café Montparnasse Minimo LE BAISER SALÉ 01 53 01 96 96
Preissac Naïma 4tet Sunside Nico Morelli 58, rue des Lombards (1er) cwb.fr PHILHARMONIE
Pan Piper Jean-Marie Sunset Bruce Trio 01 42 33 37 71 Parc de la Villette
Machado Danzas “Mississippi” Johnson lebaisersale.com CHAPELLE DES 01 44 84 44 84
Sunside Viktoria Tolstoy JEUDI 28 LOMBARDS philharmoniedeparis.fr
MARDI 19 & Jacob Karlzon Baiser Salé Les Rues de BAL BLOMET 19, rue de Lappe (11e)
Baiser Salé Florian Paris ne sont plus sûres 33, rue Blomet (15e) 01 43 57 24 24 RADIO FRANCE
Marques 4tet SAMEDI 23 Bal Blomet Jeudi Jazz 01 45 66 95 49 la-chapelle-des-lombards. 116, av. du Président
Café Laurent Sarah 38 Riv Laura Buenrostro Magazine avec Terez balblomet.fr com Kennedy (16e)
Thorpe / Alain Jean-Marie 4tet Montcalm 01 56 40 15 16
Caveau de la Huchette Baiser Salé Tricia Evy & Café Laurent Christian CAFÉ DE LA DANSE LA CIGALE radio-france.fr
Olivier Franc Haïlé Jno-Baptiste Brenner / Jean-Pierre 5, passage Louis-Philippe 120, Bd. Rochechouart
Centquatre Anne Paceo Café Laurent Pascal Rebillard (11e) (18e) STUDIO DE
“Brightshadows” Gaubert / Christian Caveau de la Huchette 01 47 00 57 59 01 49 25 81 75 L’ERMITAGE
Chapelle des Brenner / Gilles Naturel / voir au 27 cafedeladanse.com lacigale.fr 8, rue de l’Ermitage (20e)
Lombards Étudiants Jean-Christophe Noël Duc des Lombards Davel 01 44 62 02 86
du conservatoire et du Caveau de la Huchette Crawford CAFÉ LAURENT CRR studio-ermitage.com
PSPBB Voir au 22 Jazz Café Montparnasse 33, rue Dauphine (6e) 14, rue de Madrid (8e)
Disquaires 4db Duc des Lombards O’djila 01 43 29 43 43 01 44 70 64 00 SUNSET/SUNSIDE
Jazz Café Montparnasse Vincent Payen New Morning The cafe-laurent.com www.crr-paris.fr 60, rue des Lombards (1er)
Emilie Hedou Jazz Café Montparnasse Expansions, Resolution 01 40 26 46 60/21 65
Sunside Vintage Sanseverino Blues Band 88 CAVEAU LES DISQUAIRES sunset-sunside.com
Orchestra Studio de l'Ermitage Studio de l'Ermitage
DE LA HUCHETTE 4-6, rue de Taillandiers (11e)
Akalé Wubé Sarah Murcia 6tet (Mark
5, rue de la Huchette (5e) 01 40 21 94 60 SWAN BAR
MERCREDI 20
01 43 26 65 05 lesdisquaires.com THÉÂTRE DE
Sunset Guilhem Flouzat Tompkins / Olivier Py / caveaudelahuchette.fr L’ALLIANCE
38 Riv Pablo Campos 4tet Gilles Coronado / Benoît DUC DES LOMBARDS FRANÇAISE
Trio Sunside Dexter Coronado / Franck CAVEAU DES 42, rue des Lombards (1er) 101, Boulevard Raspail
Baiser Salé Mario Goldberg Trio Vaillant) LÉGENDES 01 42 33 22 88 (6e)
Canonge / Michel Zenino, Sunside Antoine 22, rue Jacob (6e) ducdeslombards.fr 01 45 44 89 42
Magic Malik 5tet avec DIMANCHE 24 Brochot Trio, Michel 01 43 26 36 26
Olivier Laisney & Maxime Caveau de la Huchette Meis 4tet caveaudeslegendes.fr JAZZ CAFÉ LE TRIANON
Sanchez Voir au 17 MONTPARNASSE 80, bd Rochechouart (18e)
Bal Blomet Carine Radio France Daniel 13, rue du Commandant 01 44 92 78 00
Bonnefoy Large Ensemble Yvinec joue Nino Rota René Mouchotte (14e) letrianon.fr
Café Laurent Tina May / Sunset Jazz & Goûter 01 43 21 58 89
Patrick Villanueva fête The Beatles avec jazzcafe-montparnasse.com

JAZZ MAGAZINE - N° 713 - FÉVRIER 2019 >>>I 91


ÎLE-DE-FRANCE RÉGION >>> Sous le
COURBEVOIE, Espace
Carpeaux (01 47 68 51 50)
MONTREUIL, Instants
Chavirés (01 42 87 25 91,
AIX-EN-PROVENCE, Le
Petit Duc (04 42 27 37
Le 1er Imprint Of Rythm
Le 15 Eym Trio
signe du Z
Le 18 Steeve Lafont Trio instantschavires.com) 39, lepetitduc.net) REIMS
Le 1er Cylène, Kreemer), Xavier Le 1er Lou Tavano BREST, Beaj Kafe (09 52
ELANCOURT, Le Prisme (01 30 Boussiron (Guillaume Latil / Alexey 14 46 21, beajkafe.fr) Du 1er au 5 février, l’association
51 46 06, leprisme.elancourt.fr) Le 7 Phil Minton / John Butcher Asantcheeff) Le 13 Céline Rivoal /
Le 12 Vincent Peirani Living / Roger Turner / Veryan Weston, Jean-Luc Thomas Jazzus de Reims accueille cinq
Being (Emile Parisien / Tony Félicie Bazelaire ALBI, Le Frigo (actal.org) Le 20 Oko (Nicolas artistes sélectionnés en Europe par
Paeleman / Julien Herné / Le 21 Dead Neanderthals, Le 11 The Bridge#10 Péoc'h / Lionel Mauguen les diffuseurs du dispositif Criss
Yoann Serra) Rinaudo / Zielinski / Du Closel, Antichamber Music / Nicolas Pointard) Cross Europe qui travailleront sous
Qonicho Ah ! + Farida Amadou (Claudia Solal / Benoît Le 27 Christelle Sery /
FONTENAY-SOUS-BOIS, Le Delbecq / Lou Mallozzi / Christophe Rocher
la direction de Bojan Z. Concert
Comptoir (01 48 75 64 31, MONTREUIL, Les Pianos (09 Katherine Young) de fin de résidence le 6 à la
musiquesaucomptoir.fr) 63 53 85 17) BREST, Le Vauban Cartonnerie de Reims.
Le 1er “H” Le 9 Jean-Benoît Culot Trio ALÈS, Le Cratère (04 66 (02 98 46 06 88,
Le 3 Yesser Oliveira Trio, 52 52 64, lecratere.fr) cabaretvauban.com)
Fanfarinha PALAISEAU, Caveau Jazz Le 8 Laurent De Wilde Le 22 The Bridge#10
Le 8 Macha Gharibian (ville-palaiseau.fr) New Monk Trio Antichamber Music
Trio (Chris Jennings / Dré Le 15 Steeve Laffont (Claudia Solal / Benoît
Pallemaerts) ANGERS Delbecq / Lou Mallozzi)
Le 16 Roberto Negro & Émile PANTIN, Salle Jacques Brel Le 28 The Workshop ÉPINAL, Lavoir-Théâtre
Parisien “Les Métanuits” (01 49 15 41 70, ville-pantin.fr) Le 8 Aquari
(Stéphane Payen / Olivier BRIEC, Arthémuse (02 Le 15 Galissa / (03 29 31 04 85,
Le 21 Blues Bivouac Le 9 The Very Big Experimental Laisney / Guillaume 98 57 79 33, briec.bzh) Liebeskind cafejazz-cafechanson.fr)
Le 22 Michel Edelin / Steve Toubifri Orchestra & Loïc Ruelland / Le 3 Eric Seva “Body And
Potts / Sophia Domancich / Le 1er Matthieu
Lantoine Vincent Sauve) & Bo Blues”
Stéphane Kerecki / Simon DELLE, Caveau des Chazarenc 4tet
Van Der Werf Remparts (delle- Le 8 Berline “Mes
Goubert PANTIN, La Dynamo (01 49 22 CAEN, Théâtre
10 10, banlieuesbleues.org) animation.com) Révérences”
ANNECY, Jazz Club (02 31 30 48 00,
HERBLAY-SUR-SEINE, Le 15 Ostrakinda (Aymeric Le 22 Géraldine Laurent
(04 50 33 54 54, orchestredecaen.fr) EYMET, Jazz Off (05 53
Théâtre Roger Barat (01 30 40 Avice / Olivier Lété / Toma Le 6 Insight (Quentin “At Work” (Paul Lay /
jazzclubannecy.com) 23 82 37, maquizart@
48 50, herblay.fr) Gouband), Clément Janinet / Le 13 Robin Mansanti & Ghomari / Pascal Mabit / Yoni Zelnik / Donald
Le 8 The Very Big Expérimental Johan Renard / Clément Petit Kontomanou) maquizart.com)
Dexter Goldberg Jérémy Bruger / Matyas
Toubifri Orchestra & Loïc / Simon Drapier Quatuor + Le 09 Quatuor Caliente &
Szandaï / Fred Pasqua)
Lantoine Nicolas Jules CAEN, El Camino (02 31 DIJON, La Vapeur (03 80 Vincent Maillard “
ANNEMASSE, Château
Le 18 The Bridge #10 (Claudia Rouge (04 50 43 24 24, 84 40 04) 48 86 00, lavapeur.com) Le 23 Nico Morelli Trio
LE PERREUX-SUR-MARNE, Solal / Benoît Delbecq / Lou chateau-rouge.net) Le 14 Nicolas Leneveu Le 20 Das Kapital (Daniel
Centre des Bords de Marne (01 Mallozzi / Katherine Young), Le 6 Médéric Collignon / Rénald Fleury / Jean- Erdmann / Hasse Poulsen GRENOBLE,
43 24 54 28, cdbm.org) Kepler (Julien Pontvianne / Benoît Culot / Edward Perraud) Salle Stendhal
Le 5 Antoine Karacostas Trio, Adrien Sanchez / Maxime AVIGNON, Ajmi (04 90 (jazzclubdegrenoble.fr)
Olivier Ker Ourio / Manuel Sanchez) 86 08 61, jazzalajmi.com) CENON, Le Rocher DUNKERQUE, Bateau Le 7 Momo Otani /
Rocheman Le 1er William Parker & de Palmer (Le Cuvier Feu (lebateaufeu.com) Chistophe Pannekoucke
LE PERREUX, Centre des Matthew Shipp Artigues-Près-Bordeaux) Le 8 Grand Orchestre 4tet
LES LILAS, Le Triton (01 49 72 Bords de Marne (01 43 24 54 Le 7 Radiant Imprints (05 56 74 80 00, du Tricot “Hommage à Le 21 Sonny Troupé 6tet
83 13, letriton.com) 28, cdbm.org) Le 13 Antichamber Music lerocherdepalmer.fr) Lucienne Boyer” Le 24 Yussef Remadna
Le 1er Claude Tchamitchian, Le 5 Antoine Karacostas Trio, The Bridge #10 (Benoit Le 8 Eténèsh Wassié & 4tet
Frank Woeste / Ryan Keberle Olivier Ker Ourio / Manuel Delbeq / Claudia Solal / Mathieu Sourisseau Trio DUNKERQUE, Jazz- Le 28 José Fallot 6tet
Le 2 Yves Rousseau Fragments Rocheman Lou Mallozzi / Katherine Le 16 The Bridge#10 Club (03 28 63 51 00,
7tet (Jean-Louis Pommier / Young) Antichamber Music jazzclubdunkerque.fr) GRENOBLE, MC2
Géraldine Laurent / Thomas SAINT-DENIS, Jazz Club Le 21 Joëlle Léandre / (Claudia Solal / Benoît Du 31 janvier au 2 février (mc2grenoble.fr)
Savy / Etienne Manchon / (theatregerardphilipe.com) Bernard Santacruz Delbecq / Lou Mallozzi / Pierrick Pedron “Tokyo Le 12 Rhoda Scott Ladies
Csaba Palotaï / Vincent Tortiller Le 19 Paul Lay “Billie” Le 22 Jazz Story #4 : Katherine Young) Rome Connection” (Max All Stars
/ Yves Rousseau) Labels Clef & Norgran Ionata / Yutaka Shiina /
Le 7 Thomas de Pourquery / SAINT-MAUR-DES-FOSSÉS, Le 27 Pablo Cueco CHAMBÉRY, Jazz Thomas Bramerie / Junji LANNION, Carré
Kaori Ito À Tout Va Bien (01 48 83 09 Club de Savoie Hirose) magique (02 96 37 19
Le 8 Thomas de Pourquery / 43, lhappyjazz.com) BOURG-EN-BRESSE, (jazzclubdesavoie.fr) Le 22 Jérôme Lelard Trio 20, carre-magique.com)
Nguyên Lê / Laurent David Le 15 Gaël Horellou 4tet La Ferme à Jazz Le 1er Rimendo joue / Marjorie Lorthioir Le 8 Vincent Peirani
Le 9 Yochk’o SefferNeffesh (Étienne Déconfin / Viktor (lafermeajazz.com) Boris Vian “Living Being II” (Emile
Music Nyberg / Antoine Paganotti)
Le 14 Quatuor Caliente /
Vincent Maillard SCEAUX Les Gémeaux (01 46
Le 15 Marc Ducret Trio (Bruno 60 05 64)
Chevillon / Eric Echampard) Le 1er Matthis Pascaud Square
Le 16 Emmanuel Borghi Trio
(Jean-Philippe Viret / Philippe
One (Christophe Panzani / Tony
Paeleman / Ouriel Ellert / Karl Pierrick
Pedron
Soirat) Jannuska)
Le 21 Christophe Marguet 4tet Le 19 Franck Tortiller et le
(Yoann Loustalot / Julien Touéry quatuor Debussy “Debussy
/ Hélène Labarrière) On Jazz”
Le 22 Oboman (Jean-Luc EN TOURNÉE
Fillon) / Didier Ithursarry SURESNES, Théâtre Jean Vilar
Le 28 Pierre De Bethmann / (01 46 97 98 10, theatre-
Manuel Rocheman suresnes) En mai 2018, le saxophoniste
Le 17 Amazing Keystone “Le Pierrick Pedron s’associait avec
MALAKOFF, Théâtre 71 Carnaval Jazz des animaux” le pianiste Yutatka Shiina pour
((theatre71.com) former le Tokyo-Paris-Rome-New
Les 14 et 15 Xavier Desandre VINCENNES, Espace
Navarre In Pulse 4tet Sorano (01 43 74 73 74, York Connection avec le sax ténor
(Stéphane Guillaume / Emile espacesorano.com) italien Max Ionata, le contrebassiste
Sapnyi / Stéphane Kerecki) Le 2 Jakob Bro Trio (Thomas Thomas Bramerie et le batteur
Morgan / Joey Baron) Junji Hirose. Après le succès d’une
MITRY-MORY, L'Atalante (01
60 54 44 80, mitry-mory.fr/ tournée japonaise, notamment au
latalante) festival Takatzuki Jazz Street, la
Le 16 Laurent De Wilde Weare4 nouvelle formation se révélera u
(Sly Johnson / Fifi Chayeb / public français du 31 janvier au 2
André Ceccarelli)
février au Jazz Club de Dunkerque,
PHOTO : X/DR

les 7 et 8 à Paris (Duc des


Lombards) et le 9 à Saint-Malo
(Théâtre Chateaubriand).

92 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


RÉGION
Parisien / Tony Paeleman / MILLAU, Jazz Club QUIMPER, Théâtre de
Julien Herné / Yoann Serra) (millaujazz.fr) Cornouailles (02 98 55 98 55,
Le 16 Théo Ceccaldi Trio theatre-cornouaille.fr)
LA ROCHE-SUR-YON, Django (Guillaume Aknine / Le 2 Fidel Fourneyron Que
CRD (02 51 47 48 91, Valentin Ceccaldi) Vola ? (Aymeric Avice /
larochesuryon.fr) Benjamin Dousteyssier / Bruno

PHOTO : X/DR
Le 26 The Workshop MONT-DE-MARSAN, Ruder / Thibaud Soulas /
(Stéphane Payen / Olivier Théâtre de Gascogne Elie Duris / Ramon Tamyao
Laisney / Guillaume Ruelland / (theatredegascogne.fr) Martinez / Adonis Panter
Vincent Sauve) & Bo Van Le 13 Un Poco Loco (Fidel Calderon / Barbarito Crespo
Der Werf Fourneyron / Geoffroy Gesser / Richard)

LA SEYNE-SUR-MER, Jazz
au Fort Napoléon (04 94 30
42 80, laseynejazzworkshop.
Sébastien Beliah)

NANCY, Manu Jazz


Club (03 83 37 42 42,
REIMS, La Cartonnerie (03 27
77 77 76)
Le 6 Bojan Z Criss Cross
Claudia Solal
com)
Le 1er Dao Electro (Pierre De
nancyjazzpulsations.com)
Le 7 David Enhco 4tet
Europe (Yuri Rhodenborgh
/ Pol Belardi / Kirke Karja /
EN TOURNÉE
Bethmann / Christophe Dal (Maxime Sanchez / Florent Anneleen Boehme / Mathieu La dixième édition de The Bridge, dispositif d’échange
Sasso / Sylvain Ghio ) Nisse / Gautier Garrigue) Perrot) transatlantique mis en place par Alexandre Pierrepont, a été
Le 15 David Linx / Miche
LISIEUX, Théâtre (02 31 61 NANTES, Pannonica (02 51 Hatzigeorgiou imaginée sous le titre “Antichamber Music” par la chanteuse
04 40) 72 10 10, pannonica.com) Claudia Solal à partir de Chamber Music, recueil de poèmes de
Le 5 Patrick Martin / Rénald Le 1er Charlène Martin “Song ROUEN, Le 106 jeunesse de James Joyce. Son désir en matière d’association
Fleury / Jean-Benoît Culot For Six” (rouenjazzaction.asso.fr) de timbres a pris différentes formes orchestrale avant de se
Le 2 Ronan Courty & Le 6 Emile Parisien Sfumato
LYON, AmphiOpéra (opera- Christiane Bopp (Chez 5tet (Manu Codjia / Roberto fixer pour la tournée de ce mois de février sur le basson et
lyon.com) l’habitant) Negro / Simon Tailleu / Mario l’électronique de Karen Young, le piano de Benoît Delbecq et les
Le 1er Sofiane Saidi et Le 6 Jean-Luc Cappozzo Costa) + Vincent Peirani platines et l’électronique de Lou Mallozzi.
Mazalda / Benjamin Duboc / Jean- Lancement le 8 à Tours (Petit Faucheux) et à suivre le 9 à
Sébastien Mariage ROMANS-SUR-ISÈRE, La
LYON, Hot Club (04 78 39 54 Le 8 Grand Ensemble Koa “ Cordonnerie (citemusique- Vitrolles (Moulin à Jazz), le 10 Saint-Anastasie (La Bergerie), le 11
74, hotclubjazzlyon.com) Le 15 The Bridge #10 romans.com) à Albi (Frigo), le 13 Avignon (Ajmi), le 14 à Toulouse (Le Taquin),
Le 1er Gipsy Groove Gang Antichamber Music (Claudia Le 1er David Linx 4tet le 15 à Nantes (Pannonica), le 16 à Cenon (Le Roche de Palmer),
Le 2 Big Chiefs Solal / Katherine Young / (Diederik Wissels / Chris le 18 à Pantin (La Dynamo), le 20 à Lyon (Périscope), le 21 à
Le 8 Third Roam Benoît Delbecq / Lou Mallozzi) Jennings / An, Clément
Le 20 Magnetic Orchestra & Short Fuse (Cyril Trochu / Bratjman 4tet Poitiers (Confort Moderne), le 22 à Brest (Vauban).
Vincent Périer Pierre-Yves Merel / René
Béranger), SAINT-CLAUDE, La
LYON, Bémol 5 (09 67 34 55 Le 16 Nik Bärtsch’s Ronin Fraternelle (03 84 45 42 26,
01, bemol5-jazz.com) (Sha / Thomy Jordi / Karspar maisondupeuple.fr)
Les 1er, 2 David Bressat Trio Rast) Le 2 Grand Ensemble Koa
& Catoline Bugala Le 23 Alfa Mist, DJ Fan Le 8 Cie Ektos “Coltrane
Les 8, 9 Possible 4tet Le 24 “À travers moi” (Concert Formes”
Le 14 Love That Jazz illustré : Collectif à l’Envers) Le 9 Drummerz, Tony Hymas TARBES, le Parvis (parvis.net) VALENCE, Théâtre de la Ville
Les 22, 23 Crescent 4tet / Hélène Labarrière / Simon Le 8 “Requiem pour L” d’après (theatre.valence.fr)
Le 28 Jam Savarez avec NÉRAC, Espace Culturel Goubert Mozart mis en scène par Le 2 David Linx 4tet (Pierre-
Xavier Bozetto & Stéphane d'Albret (05 53 97 40 50, Alain Platel et en musique par Alain Goualch / Diego Imbert /
Rivero nerac.fr) SAINT-ÉTIENNE, Le Fil (04 Fabrizio Cassol André Ceccarelli)
Le 2 The Very Big 77 34 46 40, le-fil.com) Le 3 Song Tales, McPherson
LYON, Le Second Souffle (09 Expérimental Toubifri Le 9 Eric Seva “Body And TOULOUSE, Salle Meets Maimone
54 48 49 80, second-souffle- Orchestra & Loïc Lantoine Soul” Nougaro (05 61 93 79 40,
restaurant.fr) Le 15 Charlier / Sourisse / sallenougaro.com) VALS-LES-BAINS, Théâtre
Le 1er Joachim Expert / NEVERS, Théâtre Municipal Winsberg Le 5 Thomas De Pourquery & Les Quinconces (04 75 37 49
Mathilde Malenfant (djazznevers.com) Supersonic 21, lesquinconces.com)
Les 14, 15, 16 Grégory Sallet Le 12 Enzo Carniel “House Of SAINT-FONS, Théâtre Jean Le 7 Angelo Debarre Trio Le 1er The Very Big
/ Matthieu Roffé Trio Echo” (Marc-Antoine Perrio / Marais (04 78 67 68 29, Experimental Toubifri
Les 21, 22, 23 Nuzut Trio Simon Tailleu / Ariel Tessier) theatre-jean-marais.com) TOULOUSE, Le Taquin (05 61 Orchestra & Loïc Lantoine
Le 1er Charlier / Sourisse / 21 80 84, le-taquin.fr)
LYON, Le Périscope (04 78 38 NICE, Théâtre Francis Gag Winsberg + Randy Brecker Le 7 Grand Ensemble Koa VANNES, Scènes du
89 29, periscope-lyon.com) (04 92 00 78 50, theatre- Le 14 The Bridge#10 Golfe (02 97 01 62 04,
Le 20 The Bridge#10 francis-gag.org) SAINTE-ANASTASIE, La Antichamber Music (Claudia scenesdugolfe.com)
Antichamber Music (Claudia Les 1er, 2 NJO invite Jaïro Bergerie Solal / Benoît Delbecq / Lou Le 1er Le Sacre du Tympan
Solal / Benoît Delbecq / Lou Le 10 The Bridge#10 Mallozzi / Katherine Young) “Cartoons”
Mallozzi / Katherine Young) NICE, Forum Nice Nord Antichamber Music (Claudia
(nicemusiclive.fr) Solal / Benoît Delbecq / Lou TOULOUSE, Metronum (05 VAYRAC, Cinéma (05 65 38
MACON, Le Crescent (03 85 Le 27 Fred Wesley & the New Mallozzi / Katherine Young) 31 22 94 17, metronum. 28 08)
39 08 45, lecrescent.net) JB’s, East Orange Funk toulouse.fr) Le 23 Quartet Lande
Le 1er Alexis Avakian 6tet SÈTE, The Marcel (04 67 74 Le 7 Høst'Chestra
Le 2 Galissa & Liebeskind 4tet ORLÉANS, Théâtre, Scène 20 89, the-marcel.fr) VILLENEUVE-D’ASCQ, La
Le 9 Fabrice Tarel Trio Nationale (02 38 62 45 68, Le 21 Soul Jazz Rebels TOURCOING, Maison Folie Ferme d’en Haut (03 20 31 90
Le 16 Jonathan Kreisberg & theatredorleans.fr) d'Hospice d'Havré (03 59 63 50, jazzaveda.com)
Nelson Veras Le 9 Oggy & The Phonics SEYNOD, Auditorium (04 50 43 53, tourcoing.fr) Le 10 Japanese War Tubas,
52 05 20, auditoriumseynod. Le 28 Laurent De Wilde New Atelier jazz du CMA de
MARCIAC, L’Astrada PAU, Cinéma Le Méliès com) Monk Trio Dunkerque avec Jean-Luc
(jazzinmarciac.com) (tonnerre-de-jazz.com) Le 14 Nicolas Folmer 6tet Landsweerdt
Le 9 Stéphane Kerecki Le 9 Laurent De Wilde New (Antoine Favennec / Olivier TOURS, Le Petit Faucheux (02
“French Touch” (Émile Parisien Monk Trio (Jérôme Regard / Louvel / Laurent Coulondre 47 38 67 62, petitfaucheux.fr) VITROLLES, Moulin à Jazz
/ Jozef Dumoulin / Fabrice Donald Kontomanou) / Julien Herné / Archibald Le 7 Dominique Pifarély 7tet (04 42 79 63 60, charlie-jazz.
Moreau), Émile Parisien 4tet Ligonnière), The Jelly Sugar Le 8 The Bridge#10 com)
(Julien Touery / Ivan Gélugne / POITIERS, Confort Moderne Band Antichamber Music (Claudia Le 9 Antichamber Music The
Julien Loutellier) (jazzapoitiers.org) Solal / Benoît Delbecq / Lou Bridge #10 (Benoit Delbeq /
Le 8 Yasaï STRASBOURG, Fossé des Mallozzi / Katherine Young) Claudia Solal / Lou Mallozzi /
MELLE, Café du Boulevard Le 21 The Bridge #10 Treize (jazzdor.com) Katherine Young)
(05 49 27 01 28) Antichamber Music (Claudia Le 8 Human Feel (Andrew TREMARGAT, Salle des fêtes
Le 2 Didier Fréboeuf MOX 4tet Solal / Benoît Delbecq / Lou D’Angelo / Chris Speed / Kurt (02 97 23 83 83 - leplancher. VIVIERS, CavaJazz (04 75
Mallozzi) Rosenwinkel / Jim Black) com) 52 63 90, smac07.com)
METZ, Librairie Autour du Le 9 Moltaka (Gab Faure / Le 16 Charlier / Sourisse &
Monde (fragment-asso.com) QUIMPER, Théâtre Max TARBES Abdenbi Elmeknassi) Winsberg
Le 15 Li Ping Ting / Michel Jacob (theatre-cornouaille.fr) Le 10 Laurent De Wilde New
Doneda Le 24 Michel Fernandez 4tet Monk Trio

FÉVRIER 2019 >>>I 93


ÉTRANGER >>> RADIO TV
BELGIQUE Quinn “Soothin” RADIO jour, par Anne Chépeau
Martial
RADIO
Solal
Le 9 Travelling Nat King
BRUXELLES, Flagey Cole, District Five 4tet 24 HEURES SUR 24 FIP
(+32 (0)2 641 10 20) Le 15 Andres Jimenez CLUB JAZZAFIP, tous les Les 23 et 24 février de 18h à 19h dans
Le 7 Stefano Bollani New Trio TSF Jazz (98.1 Amiens jours de 19h à 20h le cadre de l’émission Les Légendes
Le 10 Martin Kohlstedt Le 16 Magnoni-Balda, / 98.1 Antibes / 107.5 du jazz sera diffusée l’intégralité du
Le 11 Jacob Collier Nimitta Arcachon / 98.5 Bourg- FRANCE MUSIQUE concert donné en 1991 au Théâtre des
Le 14 Bert Dockx Le 22 Marc Ribot's en-Bresse / 98.1 Cannes À L’IMPROVISTE, le jeudi
Le 16 Anne Paceo “Bright Ceramic Dog / 91.4 Chambéry / 97.7 de 23h à minuit, par Anne Champs Elysées par Martial Solal, Gary
Shadows” Le 23 Adieu mes très Laval / 90.2 Nevers / 98.1 Montaron Peacock et Max Roach.
belles (Poline Renou Nice / 106.7 Orléans / 89.9 Le 7 Franz Hautzinger / John
BRUXELLES, Bozar / Matthieu Donarier / Paris / 96.6 Poitiers / 106.9 Edwards
(+32 (0)2 507 84 44) Sylvain Lemêtre) Saint-Brieuc / 89.5 Valence) Le 14 COAX invite Peter
Le 7 Uri Caine (tsfjazz.com) Brötzmann
Le 23 Toine Thys Trio GENÈVE, One More Time Avec entre autres : Le 21 Sylvain Lemêtre / Le 20 Julian Lage
(Hervé Samb / Karl (jazz-agmj.ch) MATINS JAZZ, de 6h à Benjamin Flament Le 21 Cyrille Aimée Le 27 SINGJAZZ FESTIVAL
Jannuska) + Sam Yahel Le 8 Four Men In Blue 9h30, par Laure Albernhe Le 28 Maâlem Mokhtar Le 22 Vijay Iyer & Craig 2016, par Amos Rozenberg
Night DELI EXPRESS, du lundi Gania / Hamid Drake / Adam Taborn
BRUXELLES, Jazz Le 15 Swiss Tribe au vendredi de 12h à 13h, Rudolph / Jamie Saft Le 25 Joachim Kühn 21h Bad Bad Not Good
Station Le 22 Louis Billette 5tet actualités du jazz par Jean- Le 26 Naïssam Jalal 21h55 Seun Kuti & Egypt 80
(+32 (0)2 733 13 78) Charles Doukhan BANZZAÏ, du lundi au Le 27 Flash Pig 22h55 Taylor McFerrin
Le 2 Kim Versteynen SUISSE JAZZLIVE, du lundi au vendredi de 19h à 20h, par Le 28 Théo Ceccaldi &
“Kim in the Middle) LAUSANNE, Chorus vendredi de 20h à minuit, Nathalie Piolé Roberto Negro MEZZO LIVE HD (les temps
Le 6 Mikael Godée / (chorus.ch) jazz sur scène par Sébastien forts du mois, programmes
Eve Beuvens 4tet Le 1er Sylvie Bourgan / Doviane JAZZ CLUB, le samedi de RFI complets sur mezzo.tv)
Le 7 Jazz Station Big Matteo Mengoni LES LUNDIS DU DUC, le 19h à 20h, par Yvan Amar L'ÉPOPÉE DES MUSIQUES
Band Le 2 Pierre-François lundi de 19h à 20h, en direct NOIRES, le dimanche à Le 14 DHAFER YOUSSEF
Le 9 Leila Martial “Baa Massy / Charles du Duc des Lombards, par LES LÉGENDES DU JAZZ, 16h30, par Joe Farmer
Box” (Pierre Tereygeol / Schneider / Bertrand Sébastien Vidal et Laurent les samedi et dimanche 20h30 Olympia 2017, par
Eric Perez) Gallaz / Olivier Clerc Sapir de 18h à 19h, par Jérôme TV Laurent Hasse
Le 16 Amaury Faye Trio Le 8 Antonio Farao BON TEMPS ROULER, Badini 21h35 Jazz sous les
Le 20 Diederik Wissels / Marco Rici / André le mardi de 19h à 20h Le 3 Erroll Garner MEZZO (les temps forts du Pommiers 2010, par Thierry
Le 23 Kartinka Trio Ceccarelli (rediffusion le samedi), par Le 9 Earl Hines mois, programmes complets Villeneuve et Laurent Hasse
(Broché / Pirotton / Cirri) Le 9 Oestetik (Basile Jean-Jacques Milteau Les 16, 17 Maria Schneider sur mezzo.tv)
Rosselet / Alvin Schwaar PORTRAIT IN JAZZ, les Les 23, 24 Martial Solal / Le 21 DIZZY GILLESPIE
GAND, De Bijloke / Virgile Rosselet / Noé mercredis de 19h à 20h Gary Peacock / Max Roach Le 6 JAZZ À VIENNE 20h30 Cirque Royal de
(+32 (0)9 233 68 78) Franklé) (rediffusion le dimanche), par Bruxelles, par Claude
Le 20 Joshua Redman Le 15 Big Band de l’école Laurent de Wilde OPEN JAZZ, du lundi au 21h R+R=NOW, Jazz à Misonne
4tet (Ron Miles / Scott de Jazz de Montreux MADE IN CHINA, le jeudi vendredi de 18h à 19h, par Vienne 2018, par Fabien
Colley / Brian Blade) Le 16 Ibra Galissa / Marc de 19h à 20h (rediffusion Alex Dutilh Raymond Le 21 JAZZ À VIENNE
Liebesking / François le samedi à 11h), par China Le 1er Joe Lovano 22h Christian Scott aTunde
TURNHOUT, De Warande Gallix / Stéphane Foucher Moses Le 4 Yonathan Avishai Adjuah, Jazz à Vienne 2017, 21h05 Christian Scott
(+32 (0)14 41 94 94) Le 22 David Friedman JAMIE CULLUM SHOW, Le 5 Nicolas Gardel & Rémi par Fabien Raymond aTunde Adjuah, Festival Jazz
Le 21 Joshua Redman / Bob Degen / Markus le vendredi de 19h à 20h Panossian 23h Keziah Jones, Festival à Vienne 2017, par Fabien
4tet (Ron Miles / Scott Schieferbecker / Peter (rediffusion le dimanche à Le 6 Frank Morgan & George Jazz à Vienne 2017, par Raymond
Colley / Brian Blade) Perfido 11h, par Jamie Cullum Cables Nicolas Micha 22h10 R+R=NOW, Festival
Le 27 Mélanie De Biasio Le 23 Louis Billette 5tet Le 7 Rymden (Bugge Jazz à Vienne 2018, par
( Zacharie Ksyk / Marion SWING FM (101.2 Limoges / Wesseltoft / Magnus Öström Le 13 JAZZ IN MARCIAC Fabien Raymond
Kiss / Blaise Hommage / swingfm.asso.fr) / Dan Berglund)
SUISSE François Lana Le 8 Gil Evans Orchestra 21h Wynton Marsalis 7tet Le 28 MARK GUILIANA
Les 7, 14 et 28 Etudiants JAZZ RADIO (97.3 Lyon / Le 11 Jeanne Lee & Ran avec Naseer Shamma, Jazz
GENÈVE, Amr (amr- de l’Hemu, le 21 jazzradio.fr) Blake in Marciac 2017, par Jean- 20h30 Mark Guiliana Beat
geneve.ch) Etudiants de l’Ejma. Le 12 Harold Mabern Marc Birraux Music avec Bigyuki, Festival
Le 1er Haratago RADIOS NATIONALES Le 13 Thomas Enhco 22h05 Kyle Eastwood, Jazz International de Jazz de
Le 2 Timelapse Le 14 Yaron Herman in Marciac 2016, par Jean- Montréal 2018, réalisé par
Du 4 au 7 Gysler / Perez FRANCE INFO Le 15 Giovanni Guidi Marc Birraux Mathieu Mastin
/ Nick TENDANCES JAZZ, le Le 18 Brittany Anjou 23h05 Lisa Simone, Jazz 21h45 Mark Guiliana Jazz
Le 8 Oestetik, Nolan dimanche plusieurs fois par Le 19 Nguyên Lê in Marciac 2016, par Jean- 4tet
Marc Birraux

Ricardo Del Fra &


Stéphane Kerecki
RADIO

Joshua Le 2 février à Paris, la Maison


de la Radio accueillera deux

Redman contrebassistes-leader : Riccardo


PHOTO : X/DR

Del Fra à la tête de son quintette


italo-germano-franco-polonais
EN TOURNÉE Moving People, hommage aux
Migrants, avec Kurt Rosenwinkel
Pour sa tournée européenne, le en guest star, et Stéphane Kerecki
saxophoniste Joshua Redman est dont la French Touch Quintet fait
entouré du trompettiste Ron Miles, moins référence à la nationalité de
du contrebassiste Scott Colley et du ses membres, qu’à l’école française
batteur Brian Blade. Ils passeront de House Music représentée
notamment par Daft Punkdont il
PHOTOS : X/DR

par la Belgique où ils sont attendus


le 20 à Gand (De Bijloke) et le 21 à a transposé la musique pour un
Turnhout (De Warande). quartette de jazz.

94 I<<< FÉVRIER 2019 - N° 713 - JAZZ MAGAZINE


N°713 fevrier 2019

Dossier

Chaque mois,1959 année


fantastique
l’histoire et l’actualité
Nouvelle
de tous les jazz Le moment
! jazz
formule d’antoine
Hervé
How High The
Moon décrypté

Portfolio
Laurent
de Wilde à

Les New York

Chocs
N°713 fevrier 2019 Debussy et
Dossier le jazz
Une histoire
1959 année d’amours
fantastique

de l’année
Eric Clapton
Ambrose Akinmusire Le film
événement
Musiciens • Disques • Concerts
Nouvellee!
Le moment Tyshawn
jazz
Les coups de cœur
formul d’antoine Sorey N°713 fevrier 2019

de la rédaction
Dossier

Hervé Bojan Z 1959 année


fantastique
How High The
Moon décrypté Marc Copland
Eric Dolphy
Nouvelle
Le moment
! jazz

L 11092 - 713 S - F: 6,90 � - RD


Portfolio formule d’antoine
Hervé
N° ISSN : 2425-7869 - F : 6.90€ - DOM: 7.9 € - BEL/LUX : 7.9 € - CH : 12.40 FS How High The

Laurent CAN : 12.50 $CA - ESP/ITA/GR/PORT CONT : 7.9 € - D : 8.4 € - MAR 78 MAD - POL/A : 1800 CFP
Moon décrypté

de Wilde à Portfolio

Les
Laurent
New York de Wilde à

Les New York

Chocs
Chocs
Debussy et
le jazz
Debussy et N°713 fevrier 2019

Dossier
Une histoire
d’amours
le jazz 1959 année
de l’année
fantastique Eric Clapton
Une histoire Ambrose Akinmusire Le film
événement
d’amours Nouvelle
formule
!
Musiciens
Le moment
jazz
• Disques • Concerts
Tyshawn
d’antoine
Hervé Les coups de cœur Sorey
de la rédaction
How High The
Moon décrypté
Bojan Z

de l’année
Marc Copland
Eric Clapton
Portfolio
Laurent
de Wilde à Eric Dolphy
Les New York
L 11092 - 713 S - F: 6,90 � - RD

Ambrose Akinmusire Le film


Chocs
Debussy et N° ISSN : 2425-7869 - F : 6.90€ - DOM: 7.9 € - BEL/LUX : 7.9 € - CH : 12.40 FS
CAN : 12.50 $CA - ESP/ITA/GR/PORT CONT : 7.9 € - D : 8.4 € - MAR 78 MAD - POL/A : 1800 CFP
le jazz