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I N S T I T U T S T.

P A U L
De Philosophie et de Théologie

L'EUTHANASIE
ET L'EGLISE CATHOLIQUE

Travail pratique dans le cadre du cours de « Bioéthique »


Préparé par : Jean Pierre FADEL

Présenté à : Rd. P. Chawki KARAM

HARISSA - LIBAN
2009 - 2010
2
Introduction

Un des problèmes discutables et insolubles de notre époque est


l'euthanasie. Sur ce sujet, de diverses opinions sont posés par les
médecins, les moralistes, les juristes, les malades... Il faut donc
s'approfondir dans un tel sujet car l'euthanasie est aussi un problème
social qui dépend de notre mentalité, notre éducation, notre
formation...

Le droit à la vie, qui était auparavant premier considération des


droits humains essentiels, tend à être supplanté par un autre droit. Si
les médecins considéraient depuis deux millénaires que le serment
d'Hippocrate interdisait de façon absolue de donner la mort à un
malade, aujourd'hui, cet accord est surmonté.

Dans mon sujet, j'essayerai de jeter une vue d'ensemble brève


sur l'euthanasie, puis je vais insister sur le point de vue de "l'église
catholique" sur ce sujet.

3
1. Etymologie et tentation de définition

Au sens étymologique, le mot euthanasie est construit à partir


du grec ευθάνατος, qui signifie "mort douce et paisible" ou "mort
heureuse". Mais aujourd'hui, ce sens n'est plus utilisé, on utilise tout à
fait le sens contraire qu'on va expliquer ci-dessous.

Le nouveau Petit Robert nous définit le terme "Euthanasie qui


ce qui suit : « L'euthanasie c'est un usage de procédés qui permettent
d'anticiper ou de provoquer la mort, pour abréger l'agonie d'un
malade incurable, ou lui épargner des souffrances extrêmes »1. Donc,
on parle de l'euthanasie au niveau de l'intention des personnes, et cet
acte pose fondamentalement un problème de conscience entre la
personne qui est censée "désirer la mort" et la personne qui est dans la
situation de la "décider". La personne qui désire la mort peut avoir des
raisons très respectables qui tournent le plus souvent autour de la
"souffrance", soit une souffrance physique, morale, psychique. Et
même la personne qui est en situation de décider la mort ou la
provoquer, a des raisons de compassion, de piété pour l'individu qui
souffre.

L'euthanasie est volontaire lorsqu'elle est pratiquée aux désirs


d'une personne qui souffre, mais qui est capable de comprendre la
nature et les conséquences de la décision à prendre envers lui, et elle

1
Le nouveau petit Robert, Edition ROBERT, Paris, 2009

4
est involontaire lorsqu'elle est pratiquée aux désirs d'une personne qui
en est incapable.

On emploie le mot "aide au suicide" pour désigner le fait d'aider


une personne pour qu'elle se suicide, en lui procurant les moyens
nécessaires, quelles qu'en soient les motivations. Dans ce cas, c'est le
« patient » lui-même qui déclenche sa mort. L'aide au suicide
demande une manifestation claire et libre de la volonté de mourir, ce
qui la distingue de "l'incitation au suicide".

Un autre usage du mot est l'application des soins palliatifs, qui


ne visent jamais à avancer le décès ou éviter le prolongement de
l'agonie des patients même si, pour calmer la douleur, il arrive aux
soignants d'user de doses d'analgésiques ou d'antalgiques risquant de
rapprocher le moment du décès2.

2. Acharnement thérapeutique

L’acharnement thérapeutique est le prolongement de la vie


d’une personne malade par des moyens techniques extraordinaires et
qui ne visent pas de grands bénéfices. Il consiste à imposer à un
malade des traitements, des examens et des hospitalisations dont les
inconvénients (souffrances pour le malade, coût...) sont sans mesure
avec les avantages, si la guérison est impossible. Au lieu de maintenir

2
cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Euthanasie

5
un traitement qui a fait la preuve de son inefficacité, le médecin doit
tout faire pour permettre au malade l'accès à des soins palliatifs.

L’Eglise a depuis longtemps affirmé qu’il n’est pas nécessaire


de s’acharner sur le malade, de le faire souffrir inutilement, et que
dans ce cas on ne commet pas l’euthanasie.

3. L'église catholique et l'euthanasie

De nos jours, l'expérience de la mort présente certains aspects


nouveaux, surtout quand l'homme se détache de son créateur, en se
considérant comme gérant de lui-même, où il peut demander de la
société - et surtout celle qui est développée - de mettre fin à sa vie, une
fin « douce ».

L'église catholique nous enseigne que la vie humaine est sacrée,


car elle comporte l'action créatrice de Dieu, qui est le seul maître de la
vie. En conformité avec le Magistère de ses Prédécesseurs et en
communion avec les Evêques de l'Eglise catholique, Jean-Paul II
confirme que « l'euthanasie est une grave violation de la Loi de Dieu,
en tant que meurtre délibéré moralement inacceptable d'une personne
humaine»3. Donc personne, en aucun cas, n'a le droit de mettre fin à la
vie humaine, pour n'importe quel motif.

3
Evangelium Vitae 65

6
L'euthanasie, pour l'église catholique, se définit comme ce qui
suit : « une action ou une omission qui, de soi et dans l'intention,
donne la mort afin de supprimer ainsi toute douleur ».4

D'abord, l'Ecriture Sainte révèle dès le début de l'histoire


humaine cette image, on la trouve dans le récit du meurtre d'Abel par
son frère Caïn. Dieu puni Caïn avec cruauté : « tu es maudit et chassé
loin du sol qui a bu le sang de ton frère versé par ta main »5. En plus,
Dieu l'a demandé ce qu'il avait commit à son frère : « Qu'as-tu fait ?
J'entends le sang de ton frère crier vengeance...6 ». Alors l'homme doit
avoir la pleine responsabilité de garder son frère, surtout en cas de
souffrance voire d'inconscience.

Ensuite, elle précise l'interdit du cinquième commandement :


«tu ne tueras pas l'innocent ni le juste»7, et dans le sermon sur la
montagne, le Seigneur nous rappelle ce précepte : «Tu ne tueras pas»8
et y ajoute l'interdiction de la colère, de la haine et de la vengeance.

On peut observer, à la lecture du catéchisme, qu'elle rejette


totalement l'euthanasie. "Quels qu'en soient les motifs et les moyens,
l'euthanasie directe est moralement irrecevable. Elle constitue un
meurtre gravement contraire à la dignité de la personne et au respect
du Dieu Vivant, son Créateur. " Donc, on peut comprendre que c'est

4
Evangelium vitae : 65
5
Gen 1, 11
6
Gen 1, 10
7
Ex. 23, 7
8
Mt. 5, 21

7
Dieu qui donne la vie, et c'est à lui seul le fait de la reprendre, donc, «
l'homme ne peut pas détruire ce qu'il n'est pas capable de créer »9.

Une telle pratique comporte l'intention d'un suicide ou d'un


homicide. Or, le suicide est toujours inacceptable, et aider quelqu'un à
se suicider - ce qu'on appelle suicide assisté - signifie que nous
sommes collaborateurs de cet acte, même si cela est une réponse à une
demande du patient.

Jean-Paul II ajoute sur l'euthanasie qu'elle est « une fausse


Pitié, et plus encore une inquiétante « perversion » de la pitié »10. Ce
qui est plus dangereux, est de pratiquer l'euthanasie sur une personne
qui n'a jamais demandé cela, comme par exemple sa famille, pour des
causes financières, au lieu de prier pour lui. Ou même, ce qui est
dangereux quand les médecins qui se considèrent comme connaissant
du bien et du mal, et par suite, possédant le pouvoir de décider qui doit
vivre et qui doit mourir, oubliant que Dieu seul a ce pouvoir de faire
mourir ou de faire vivre : « C'est moi qui fais mourir et qui fais vivre
»11. C'est là où la vie du faible serait mise entre les mains du fort. Tout
cela est le contre-chemin de la voie de Jésus, la voie du vrai amour, de
la vraie piété, « qui n'aime pas n'a pas découvert Dieu, puisque Dieu
est amour »12, donc ce qui pratique l'euthanasie, n'a jamais découvert
9
http://qe.catholique.org/euthanasie/183-quelle-est-la-position-de-l-eglise-sur-l'euthanasie
10
Evangelium vitae : 66
11
Dt. 32, 39
12
1 jean 4, 8

8
Dieu, car « l'amour prend patience, [...] ne fait rien de laid, il ne
cherche pas son intérêt »13.

L'expérience de l'apôtre Paul est un meilleur exemplaire de


l'endurance des souffrances, en disant : « Je trouve ma joie dans les
souffrances que j'endure pour vous, et je complète en ma chair ce qui
manque aux épreuves du Christ pour son Corps, qui est l'Eglise » 14.
La souffrance est un problème longtemps développé, auquel se heurte
la pensée humaine. St. Jean Chrysostome a éprouvé la réalité de la
souffrance humaine, il a cherché par lui-même à en comprendre le
sens. Malgré ses souffrances, il déclare être dans la joie, dans le calme
en pensant à leur bienveillance15. Donc, le message chrétien attribue à
la souffrance une grande importance, car Jésus Christ, par elle, a opéré
la rédemption. En une question, pourquoi le chrétien doit accepter la
souffrance? C'est pour l'acquisition de la Gloire de l'homme qui peut
être vraie. Chrysostome parle de la "Κενοδοξία", ou la gloire humaine
sur la terre dans un sens négatif16. Cette gloire est la récompense de la
vertu, la vie éternelle. Pour cela, tous les chrétiens, surtout qui
souffrent, sont invités à accepter cette souffrance pour acquérir cette
Gloire. Comme Paul, l'Homme doit trouver sa joie dans ses

13
1 Co 13, 4 - 5
14
Col 1, 24
15
NOWAK Edward, Le chrétien devant la souffrance, étude sur la pensée de Jean Chrysostome,
col. Théologie Historique, Ed. Beauchesne, Paris, 1972, p. 15
16
Ibid. p. 163

9
souffrances, et compléter dans sa chair ce qui manque aux épreuves du
Christ pour son corps.

Un autre problème aujourd'hui se pose : la législation civile des


droits qui favorisent l'euthanasie. L'introduction de nouvelles
législations injustes place souvent les hommes, moralement droits, en
face à de difficiles problèmes de conscience. Les chrétiens, depuis
toujours, sont appelés à avoir la conscience, à ne jamais collaborer aux
pratiques qui sont admises par la législation civile, et qui sont en
opposition avec la Loi de Dieu. Ce n'est pas seulement un appel pour
eux, c'est un devoir, pour orienter l'homme vers le chemin de la Vérité
et le Bien.

10
Conclusion

Dieu a donné la vie à l'homme, il lui a confié ce lingot, et c'est à


lui le droit et le devoir de le garder avec sa sagesse et sa prudence.
L'homme, est gérant de sa vie, et n'a aucun droit de la limiter. « Le
service que nous sommes tous appelés à rendre à notre prochain est
donc un service d'amour, pour que la vie du prochain soit toujours
défendue et promue »17. L'amour est la vocation de l'homme, la règle
fondamentale dans les relations humaines, et cet amour n'autorise pas
le fait d'utiliser ou d'exploiter une personne à son profit ou l'utilisation
de l'autre, surtout le faible sans son consentement. «Par fidélité à la
conscience, les chrétiens, unis aux autres hommes, doivent chercher
ensemble la vérité et la solution juste de tant de problèmes moraux»18.
C'est à sa conscience que l'homme est invité à obéir, cette voix inscrite
par Dieu dans le fond de lui-même, pour s'éloigner des décisions
aveugles.

17
Evangelium Vitae 77
18
Lumen Getium 16

11
Table des matières

INTRODUCTION......................................................................... 3

1. Etymologie et tentation de définition.................................. 4

2. Acharnement thérapeutique................................................. 5

3. L'église catholique et l'euthanasie ...................................... 5

CONCLUSION.............................................................................. 10

Bibliographie................................................................................. 11

12
Bibliographie

Sources :

- La bible de Jérusalem, Nouvelle édition revue et corrigée,


CERF, Paris, 1998.
- Lettre encyclique Evangelium Vitae, 1995
- Lumen Gentium 16
- Catéchisme de l'église catholique, Ed. Le Centurion, CERF,
Paris, 1998

Références :

Livres :

- NOWAK Edward, Le chrétien devant la souffrance, étude sur


la pensée de Jean Chrysostome, col. Théologie Historique, Ed.
Beauchesne, Paris, 1972

Articles :

- Wikipedia [en ligne] - [consulté en Décembre 2009],


Disponible sur :
< cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Euthanasie >

- qe.catholique.org [en ligne] - [consulté en Décembre 2009],


Disponible sur :
< http://qe.catholique.org/euthanasie/183-quelle-est-la-position-
de-l-eglise-sur-l'euthanasie >

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